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19 mars 2013

[Jean-François Mayer - Orbis.info] Quand le pape n’est plus à Rome: antipapes et sédévacantistes

SOURCE - Jean-François Mayer - Orbis.info - 19 mars 2013

Pape Michel
Le pape Michel vit dans l’État américain du Kansas:
il a été élu par cinq fidèles (dont ses parents) en 1990.
Un film documentaire lui a été consacré
(http://popemichaelfilm.com).
« Non habemus antipapam: le prochain usurpateur n’a pas encore été annoncé à Rome », écrivait le pape Michel sur sa page Facebook le 13 mars 2013, à la veille de l’élection du successeur de Benoît XVI. Né en 1959, son nom civil est David Bawden. Il a été élu pape en 1990 par un conclave de cinq personnes (dont ses parents) et réside avec sa mère dans un paisible village du Kansas, devenu ainsi un improbable Vatican en exil: avec sa poignée de partisans, il estime en effet que tous les papes postérieurs à Pie XII étaient tombés dans l’hérésie. À l’instar du pape Michel, d’autres catholiques, à l’époque contemporaine, se disent convaincus que « Rome n’est plus dans Rome » et que l’occupant actuel du Vatican est illégitime. Certains en arrivent à suivre d’autres papes, tandis que d’autres considèrent le siège pontifical comme vacant. La chaîne La Télé m’a invité hier soir à en parler, mais nous n’avions que quatre minutes à disposition — difficile de proposer un tour d’horizon de la question en si peu de temps. En quelques paragraphes, essayons d’aller un peu plus loin.

Pour les passionnés d’histoire évoque des épisodes déjà lointains. Il est en effet parfois arrivé, entre le IIIème et le XVème siècle, de voir deux ou trois personnages revendiquer en même temps le siège pontifical, chacun soutenu par une partie du monde chrétien occidental. Il s’agissait souvent de querelles politiques plus que doctrinales, dans lesquelles il n’était pas toujours aisé de déterminer la légitimité des prétendants: ceux qui l’ont emporté ont été rétroactivement considérés comme les papes « officiels », et les autres placés au rang des antipapes. Dans les cas de ces querelles pour choisir l’occupant légitime du trône pontifical, il s’agissait de divisions à grande échelle, ce qui est très différent des personnes qualifiées d’antipapes à l’époque contemporaine: les groupes constitués aujourd’hui autour de tels prétendan
ts au souverain pontificat représentent clairement des phénomènes de marge religieuse.
Et si les papes d’Avignon existaient toujours?…
Les antipapes du Moyen-Âge n’ont pas eu de postérité, même si une séduisante légende s’est forgée autour de la figure de Pedro de Luna (1329-1423), originaire d’Aragon, qui devint pape à Avignon en 1394 et prit le nom de Benoît XIII. Après de multiples péripéties, l’Occident se retrouva en 1409 avec trois papes. La crise fut finalement surmontée, mais Benoìt XIII, retiré en Aragon, refusa le compromis qui avait mis fin au grand schisme. Il désigna quatre cardinaux: trois d’entre eux choisirent à sa mort un nouveau pape, Clément VIII, qui abdiqua en  1429 en reconnaissant le pape de Rome, Martin V.
 
Mais l’un des cardinaux de Pedro de Luna s’obstina dans sa résistance: il se nommait Jean Carrier et, arrivé par la suite, contesta pour simonie l’élection de Clément VIII. Il aurait alors élu seul un pape en 1425 en la personne d’un prêtre, Bernard Garnier, même si ce dernier contesta avoir été appelé à cette fonction. Jean Carrier mourut en prison, quasiment abandonné, en 1433. Il y eut cependant des paysans du Rouergue qui restèrent fidèles à l’héritage de Pedro de Luna et finirent par mener une existence de proscrits dans les gorges du Viaur, mais les derniers moururent ou furent condamnés en 1467. (Leur histoire a été racontée dans un article ancien par Noël Valois, « La prolongation du Grand Schisme d’Occident au XVe siècle dans le Midi de la France »,  Annuaire-Bulletin de la Société de l’histoire de France, t. 36, 1899, pp. 162-195; voir également Nicole Lemaître, Le Rouergue flamboyant: le clergé et les fidèles du diocèse de Rodez, 1417-1563, Paris, éd. du Cerf, 1988, pp. 87-99.)
 
Fascinés par le destin de ces ultimes fidèles, certains auteurs contemporains ont cependant laissé entendre que l’Église avignonnaise aurait clandestinement survécu jusqu’à aujourd’hui. On doit notamment la diffusion de cette thèse à Pierre Geyraud, qui a consacré à « Une survivance secrète du Grand Schisme d’Occident » un chapitre de son livre L’Occultisme à Paris (Paris, Éditions Émile-Paul-Frères, 1953, pp. 161-177). Selon Geyraud, l’Église catholique apostolique avignonnaise durerait « à travers les siècles par la personne d’un successeur légitime »: celui porterait le titre d’ »Évêque d’Avignon, Vicaire de Jésus-Christ, successeur du Prince des Apôtres, Pontife Suprême de l’Église universelle, Patriarche d’Occident, Primat de France, Archevêque et Métropolitain de la Province Avignonnaise, humblement régnant ». Le Saint-Siège avignonnais serait secrètement installé dans un monastère en Suisse. Geyraud lui attribuait douze cardinaux, une vingtaine de préfets apostoliques, des évêques et quelque 10.000 fidèles tenus au secret. Certains éminents prélats de l’Église catholique romaine y appartiendraient. L’Église avignonnaise, toujours selon Geyraud, aurait décidé de « conférer à l’Église romaine la légitimité pontificale qui lui manque, afin de légitimer son action »: « À chaque élection d’un nouveau pape romain, notification écrite lui est donnée par le pape avignonnais qu’il devient son mandataire. » Il est à peine besoin de préciser que le Vatican dément avoir jamais reçu de telles notifications…
 
Si la légende de la survivance de la papauté avignonnaise et de la résistance de Pedro de Luna et de Jean Carrier ne semble pouvoir s’appuyer sur aucune preuve historique, elle ne cesse de fasciner: il m’est déjà arrivé de recevoir des courriers de personnes espérant que je pourrais les aider à identifier le monastère suisse supposé abriter le pape d’Avignon. Des romans en ont été tirés. Le plus beau est sans doute celui de Jean Raspail, L’Anneau du Pêcheur (Paris, Albin Michel, 1995). Et après tout, permettons-nous de rêver…
Plusieurs types de vocations pontificales
Les « antipapes » contemporains, en revanche, s’ils cultivent parfois un peu de mystère, sont bien identifiés pour la plupart et en général accessibles, n’hésitant pas à utiliser les canaux offerts par Internet, même s’il existe quelques groupes plus fermés. La question se pose de savoir si le terme d’antipapes est adéquat pour les décrire, puisque chacun d’entre eux affirme, au contraire, être le vrai pape et considère l’actuel occupant du Vatican comme illégitime: parler d’antipapes pour désigner ces prétendants au souverain pontificat pourrait donc ressembler à un jugement de valeur. D’autre part, le fait qu’il ne s’agit pas de dissidences majeures au sein du catholicisme et qu’aucun d’entre eux n’ait le soutien de cardinaux ou évêques catholiques romains les place d’emblée dans une situation de marge et d’opposition à une institution dominante,face à laquelle ils ne parviennent pas à présenter une menace sérieuse. Contrairement à certains pontifes médiévaux finalement classés parmi les antipapes, ils ne contrôlent aucun secteur de l’institution catholique, mais se développent d’emblée sur les marges de celle-ci. Même si je n’en abuserai pas, le qualificatif d’antipapes apparaît comme justifié sur le plan des réalités sociologiques observées.
 
Nous voyons apparaître à partir des années 1960 des personnages se déclarant papes ou choisis comme tels par leurs disciples. Il n’est pas étonnant que ces vocations aient fleuri particulièrement dans le sillage des turbulences qui ont accompagné le concile Vatican II. Dans leur majorité, les papes marginaux des XXème et XXIème siècles attirent des fidèles à sensibilité plutôt traditionaliste ou conservatrice.
 
Cependant, cette dimension ne suffit pas à expliquer leur apparition. Nous pouvons distinguer deux types principaux d’antipapes, même si ces catégories ne sont pas étanches:
  • d’une part, des antipapes issus d’un terreau visionnaire, choisis généralement par élection divine et recrutant des fidèles particulièrement parmi les fervents d’apparitions non reconnues, sur les réseaux desquelles ils tenteront de se greffer;
  • d’autre part, des antipapes qui réagissent aux transformations de l’Église catholique romaine à l’époque contemporaine, qui estiment que Rome est tombée dans l’hérésie, qu’il n’y a plus de pape légitime, et qu’il faut donc en trouver un nouveau.
ClementXV_NB.jpgLe premier modèle est bien illustré par Clément XV (Michel Collin, 1905-1974). Ordonné en 1933, il se signala tôt par une certaine exaltation religieuse ainsi qu’un intérêt pour visions et prophéties. Il avait été réduit à l’état laïc en 1951, mais agit continué à exercer une activité sacerdotale. Affirmant avoir été choisi mystiquement comme pape dès 1950, il se fit officiellement couronner par ses disciples le 9 juin 1963, quelques jours après la mort de Jean XXIII (en union avec lequel il aurait gouverné officiellement dès 1961, soutiennent ses partisans). Il était installé depuis 1961 à Clémery (Meurthe-et-Moselle): le siège de l’Église rénovée fondée par Clément XV fut baptisé le Petit Vatican. L’Église rénovée diffusait, outre son journal La Vérité, des brochures et tracts qui dénonçaient violemment Paul VI. L’Église rénovée rassemblait plusieurs milliers de fidèles, répartis non seulement en France, mais aussi en Allemagne, en Suisse, en Italie, au Canada, aux États-Unis et dans d’autres pays (Antoine Delestre, Clément XV, prêtre lorrain et pape à Clémery, Nancy-Metz, Presses Universitaires de Nancy-Éd. Serpenoise, 1985; Walter Heim, « Die ‘Erneuerte Kirche’ Papst Clemens XV. in der Schweiz », Schweizerisches Archiv für Volkskunde, 66/1-2, 1970, pp. 41-96). Il n’en subsiste aujourd’hui que quelques restes: le centre de Clémery existe toujours, mais n’accueillerait plus que de rares pèlerins. Il ne semble y avoir aucune activité de propagande vers l’extérieur: les derniers fidèles vivent repliés sur leur groupe.
 
Pierre_II_Palmar
Associé dès l’origine à Grégoire XVII et à l’aventure de Palmar de Troya. Pierre II (Manuel Alonso Corral, 1934-2011) lui avait succédé: on le voit ici lors de son dernier acte pontifical.
Autre visionnaire devenu pape: Clemente Dominguez Gomez (1946-2005), devenu Grégoire XVII. Cet Espagnol développa ses activités à partir d’un site d’apparitions mariales non reconnues à la fin des années 1960, à Palmar de Troya, dans la région de Séville. Comme je l’ai raconté dans un article publié sur ce site, il devint pape à la mort de Paul VI, en 1978. À sa mort, Pierre II lui a succédé, puis Grégoire XVIII en 2011. L’Église catholique palmarienne a des règles de vie très strictes, et le nombre de fidèles a décliné, sans parler de schismes en raison de développements doctrinaux: certaines estimations évoquent moins de 2.000 adeptes aujourd’hui.
 
Jean_Gregoire_XVII.jpg
Un pape québecois: dans les années 1970,
Jean-Grégoire XVII baptise un enfant
de fidèles (source: Magnificat, juin 1980).
Le foisonnement de visions et de manifestations célestes caractérisant de tels groupes débouche sur une créativité religieuse et des innovations — assez paradoxalement en apparence, puisque ces mouvements regardaient avec méfiance ou condamnaient nombre de réformes ayant accompagné Vatican II. Ainsi, sous la direction de Grégoire XVII, la messe tridentine, d’abord prônée, a été remplacée par la suite par une « messe palmarienne », plus courte, et pouvant donc être célébrée plus souvent chaque jour par le clergé. Le texte de la Bible a aussi été révisé. De nouvelles doctrines ont aussi été introduites. Il en est allé de même chez Clément XV, qui avait par exemple intégré la croyance aux extraterrestres: il croyait à une union entre l’Église interplanétaire et l’Église terrestre, et pensait aussi que des soucoupes volantes viendraient enlever les élus pour aller trouver refuge sur la Planète Marie avant les grandes épreuves apocalyptiques.
 
Car il est à peine besoin de préciser que ces papes voient leur rôle dans un contexte de fin des temps et associent étroitement leur ministère à la période apocalyptique ainsi qu’à des perspectives millénaristes pour les élus.

Bien entendu, dans un tel climat, les schismes ne sont pas rares. L’Église rénovée en a connu du vivant de Clément XV déjà: en 1968, la branche canadienne, sous la direction du Père Jean-Grégoire de la Trinité (Jean-Gaston Tremblay, 1928-2011), prit son indépendance, son chef devenant le pape (Jean-)Grégoire XVII. Connu sous le nom d’Apôtres de l’Amour Infini, le groupe a essaimé à l’étranger également à partir de son centre québécois, même si son importance a décliné au fil des ans, d’autant plus qu’il a connu des problèmes avec la justice canadienne. Il présente la particularité d’ordonner prêtres des femmes: selon des informations non confirmées qui circulent en ligne, une femme aurait succédé à Jean-Grégoire XVII sous le nom de Gregoria XVIII. Un ancien membre  des Apôtres de l’Amour Infini se présente comme le pape Léon XIV, à la tête d’une Église catholique de la Nouvelle France, même si celle-ci semble exister surtout en ligne.
 
L’autre modèle de pape contemporain est marqué principalement par la protestation contre les réformes intervenues dans l’Église catholique romaine depuis les années 1960. Les papes de ces groupes estiment remplir le vide laissé par l’hérésie dans laquelle seraient tombés leurs concurrents régnant à Rome. J’ai évoqué en début de cet article le cas du pape Michel. Un autre exemple serait celui d’un ancien mécanicien en automobile, Maurice Archieri, devenu Pierre II: il s’est notamment signalé, en 2009, en réduisant à l’état laïc « l’abbé apostat Joseph Ratzinger », « évêque invalide et pape invalide », pour « crime d’hérésie ».

Tant Pierre II que le pape Michel du Kansas ont fréquenté les milieux traditionalistes catholiques dans la mouvance de Mgr Marcel Lefebvre (1905-1991) avant de s’en éloigner: Mgr Lefebvre n’a jamais accepté la thèse de la vacance du siège apostolique. Ces papes ont adopté une position plus radicale; ils affirment avoir été élus au souverain pontificat soit par appel d’en haut, soit par décision d’un « conclave » d’un petit reste de fidèles (sans cardinaux, bien sûr).
Plus de pape (pour l’instant)!
Le point de départ de leur démarche a donc été la conviction que le siège de Pierre était devenu vacant, en adoptant une approche « conclaviste » ou en acceptant la possibilité d’une intervention divine pour rétablir la papauté. D’autres partagent cette conviction, mais ne considèrent pas possible l’élection d’un nouveau pape est possible. Ils se distinguent des traditionalistes qui, tout en contestant les orientations actuelles de l’Église catholique romaine, commémorent le Pape en célébrant la messe et le considèrent comme légitime. Cette approche place les traditionalistes face à un dilemme, puisqu’ils ont une haute idée du rôle du Pape tout en n’obéissant pas au pontife régnant. Les sédévacantistes résolvent ce dilemme et poussent jusqu’à ses conséquences logiques la contestation traditionaliste, en considérant qu’il n’y a plus de pape légitime depuis Pie XII ou Jean XXIII, mais ils se retrouvent ainsi face à la difficulté de concevoir une Église catholique sans pape, alors que la place de celui-ci demeure en principe centrale. Les sédévacantistes ne commémorent donc pas le Pape en célébrant la messe.
 
Au sein de ces courants sédévacantistes, on peut distinguer deux tendances. Les premiers considèrent simplement que les récents occupants du siège de Rome ont été des usurpateurs: ayant enseigné des hérésies (au regard de la compréhension de la tradition catholique cultivée par ces cercles). Ainsi, un catéchisme sédévacantiste explique que l’Église catholique de la fin des temps sera petite en nombre, privée de gouvernement pastoral et « luttera contre la Prostituée romaine ». Momentanément, il n’y aura plus de collège d’évêques dirigé par le Pape:
 
« En effet, suite à l’apostasie généralisée, la plupart des évêques sont passés à la contre-église œcuménique-romaine. Or, comme depuis Vatican II il n’y a plus eu que des faux papes, ceux-ci n’ont pas le pouvoir d’installer des évêques légitimes […]. Néanmoins, il y a encore des évêques qui ont été sacrés d’après le rituel traditionnel du sacrement de l’ordre; ce sont ceux qui feront en sorte que les fidèles puissent continuer à recevoir les sacrements. »
 
« Le magistère est uniquement garanti par les papes encore qu’il n’est pas indispensable que l’Église ait toujours un pape, puisque, chaque fois qu’un pape meurt, l’Église se trouve sans pape à sa tête pendant un temps plus ou moins long. Il y a eu pas mal de périodes où le siège de Pierre était vacant. D’autre part il y a eu des périodes où il y avait un plusieurs antipapes et personne ne savait quel était le vrai pape. Il se pourrait donc que le Christ permette qu’à la fin des temps il n’y ait pas de pape pendant un certain temps ou même plus de pape du tout jusqu’au retour du Christ. D’ailleurs, c’est le Christ Lui-Même qui dirige les fidèles, car c’est Lui la tête de l’Église. » (Catéchisme de l’Oratoire, Sarrebruck, SAKA-Verlag, 1992, p. 385)
 
La seconde catégorie n’est pas complètement « sédévacantiste » à proprement parler, car ses partisans suivent une thèse élaborée par un dominicain, Michel Guérard des Lauriers (1898-1988): le sédéprivationnisme. Selon cette thèse subtile, les papes récents ont embrassé l’hérésie et ne sont donc papes que matériellement, mais pas formellement; il suffirait cependant qu’un de ces papes rejette les « erreurs modernistes » et retourne à la plénitude de la foi catholique pour devenir un pape authentique. Après une explication détaillée de la distinction entre materialiter et formaliter, qu’il serait trop long de résumer ici. Guérard des Lauriers en tirait ces conclusions:
« L’occupant du Siège apostolique n’est pas pape formaliter. Il ne faut pas le désigner par le mot Pape.
« C’est-à-dire que ledit occupant n’est pas, en aucun de ses actes, le Vicaire de Jésus-Christ. Ces actes, en tant précisément qu’ils prétendent être actes du Pape, en tant que Pape, sont nuls. [À propos des actes du de l'occupant du Siège apostolique:] Il faut, non désobéir, mais ignorer.
« L’ «occupant» du Siège apostoliques cependant « Pape » materialiter. On peut, commodément, le désigner sous le nom de « pape »: les guillemets consignifiant qu’il n’est pas Pape.
« C’est-à-dire que l’ « occupant » occupe le Siège d’une manière illégitime et sacrilège [puisqu'il n'est pas Pape, et se fait passer pour tel]; mais il l’occupe. Désigner un Pape véritable requiert canoniquement d’avoir, au préalable, constaté et déclaré la vacance réelle du Siège matériellement occupé.
« En résumé, on peut dire. Au plus tard à partir du 7 décembre 1965, il y a vacance formelle du Siège apostolique, bien que ce Siège ait été et soit « occupé » materialiter par trois personnes [le texte date de 1988, NDLR], toutes en état de Schisme capital. » (Le Problème de l’Autorité et de l’Épiscopat dans l’Église, t. II,Verrua Savoia, Centre Librario Sodalitium, 2006, p. 35)
Dans un communiqué du 15 mars 2013, l’Institut Mater Boni Consilii, qui se place dans la postérité de l’auteur des lignes précitées, porte le constat suivant sur l’élection du cardinal Bergoglio comme pape François:
« Si le Grand Orient d’Italie, et même plus cette organisation maçonnique très particulière qu’est le B’naï B’rith (Fils de l’Alliance), se sont vivement réjouis du choix fait en la personne de Jorge Mario Bergoglio, le monde catholique au contraire pleure non seulement parce qu’il est encore privé d’un vrai, authentique et légitime successeur de Pierre et vicaire du Christ, mais aussi parce que – en châtiment pour nos péchés et pour d’autres motifs insondables – celui qui occupe le Siège Apostolique est un véritable ennemi intérieur de l’Église catholique. »
Guérard des Lauriers avait pour souci de maintenir sur terre l’oblation pure, l’oblatio munda (Malachie, 1:11). Pour cela, il faut des prêtres, et des évêques. Or, selon lui, les messes célébrées par Mgr Lefebvre et par le clergé qu’il avait ordonné étaient entachées de schisme, puisque « l’occupant du Siège apostolique » est commémoré dans ces célébrations (la formule una cum famulo tuo Papa nostro N. dans le canon de la messe). Afin de préserver l’oblatio munda, Guérard des Lauriers se fit consacrer évêque en 1981 par Mgr Pierre-Martin Ngô-Dinh-Thuc (1897-1984), ancien archevêque de Hué (Vietnam), qui consacra d’ailleurs plusieurs autres évêques dans les dernières années de sa vie, dont le futur Grégoire XVII et quatre de ses associés à Palmar de Troya. Mgr Guérard des Lauriers procéda lui-même pour sa part à trois consécrations épiscopales. Même si le recours aux services de Mgr Ngô-Dinh-Thuc reste un sujet de controverses, l’existence d’évêques permet à des groupes sédévacantistes d’envisager l’avenir. Il existe aussi des prêtres sédévacantistes sans lien avec un évêque.
La fascination pour le Pape
Pius XIII
Le pape Pie XIII en prière.
Il est à peine besoin de préciser que les effectifs de la plupart des groupes évoqués dans ces lignes sont modestes, et parfois infimes. Certains ont cependant réussi à créer des structures potentiellement durables, notamment dans le milieu sédévacantiste, même si le risque de divisions internes compromettant leur survie existe toujours, ainsi que c’est souvent le cas dans des mouvances très idéologisées, où l’on qualifie vite d’hérétiques ceux qui ont des vues différentes (sans parler des querelles de personnes).
 
Certains groupes tentent de composer leur petite taille en saisissant les possibilités ouvertes par l’existence d’Internet. Le pape Michel du Kansas reconnaît ainsi que l’existence d’Internet et des moyens  électroniques de diffusion de son message lui a ouvert des canaux sans lesquels il n’aurait pu faire connaître son point de vue.
 
Bien entendu, je n’ai pas évoqué dans cet article tous les antipapes ou groupes sédévacantistes: je me suis borné à quelques exemples pour évoquer ces courants et leurs orientations. Il aurait fallu parler aussi de Pie XIII (Lucian Pulvermacher, 1918-2009) et sa Vraie Église Catholique, apparemment resté sans successeur; ou Alexandre IX (Alejandro Tomás Greico, né en 1983), en Argentine, qui a succédé à Léon XIV et à Innocent XIV à la tête de l’Église catholique romaine en exil (même si l’on s’interroge sur la consistance, voire la réalité de certaines des branches revendiquées par ce groupe). D’autres encore pourraient être ajoutés à la liste.

La figure du Pape fascine — pas seulement les croyants catholiques, mais aussi les médias et le grand public. Rien d’étonnant si certains y voient l’aboutissement suprême d’une carrière religieuse, même sur les marges. Le dernier en date, probablement, nous vient de l’Afrique, plus précisément du Bénin. Il se nomme Christophe XVIII, de son nom civil l’abbé Mathias Vigan, qui exerçait le ministère de prêtre exorciste depuis 2008, mais a été suspendu en 2011 et, finalement, excommunié en février 2013 par l’évêque d’Abomey. L’histoire de cette dissidence de l’Église catholique, dont le siège se trouve à Banamè (où la quasi-totalité des fidèles catholiques auraient cessé de fréquenter l’église paroissiale), remonte à 2009, avec la rencontre entre l’abbé Mathias Vigan et Vicentia Tadagbe Tchranvoukinni (née en 1990), dite Parfaite, qui serait à l’origine venue le voir pour lui demander un exorcisme. La jeune femme se présente comme rien moins que l’incarnation de l’Esprit Saint. C’est donc elle qui a élevé l’abbé Vigan au souverain pontificat: l’annonce a été faite en novembre 2012, et la cérémonie de consécration et couronnement de Christophe XVIII s’est déroulée en février 2013. Le mouvement affirme vouloir  »bouter hors du Bénin la sorcellerie » et « restaurer, assainir l’Eglise catholique mise en place par Jésus-Christ ».

Marqué fortement par un contexte culturel africain, le groupe est assez différent de ceux qui ont été présentés dans cet article. Et il semble attirer plus de fidèles que beaucoup d’entre eux, sur un continent où les églises sont certes pleines. Surtout, il témoigne à sa manière de la fascination pour le Pape et son rôle.