Ce blog n'est plus mis à jour. Les articles en ligne restent accessibles. Merci à toutes les personnes qui ont soutenu cette initiative.

22 mars 2013

[Jérôme Bourbon - Rivarol] Election de François Ier : le triomphe du modernisme pur et dur

Jérôme Bourbon - Rivarol - 22 mars 2013

AUCUN vaticaniste n’avait prévu l’élection du cardinal Jorge Mario Bergoglio. Sans doute à cause de son âge avancé (76 ans et demi), de son état de santé (il n’a qu’un seul poumon depuis l’âge de vingt ans) et de son profil généralement jugé beaucoup plus progressiste que celui de Benoît XVI. Pourtant l’ancien archevêque de Buenos Aires était celui qui avait obtenu le plus de voix lors du conclave de 2005 derrière Josef Ratzinger. Preuve qu’il est considéré comme l’un des prélats les plus ouvertement modernistes, il avait alors reçu le soutien des partisans du défunt cardinal Martini, chef de file des éléments les plus progressistes. Sauf énorme surprise, tout laisse donc à penser que le règne de François Ier marquera une inflexion à gauche. D’ailleurs, beaucoup de traditionalistes qui, fort naïvement, avaient salué l’élection de Jean Paul II en 1978 et de Benoît XVI en 2005, croyant voir en eux d’authentiques conservateurs, sont cette fois amers et inquiets si l’on en juge par ce que l’on peut lire sur les différents forums.

Ainsi le journaliste Yves Daoudal qui avait toujours manifesté jusque-là la plus extrême déférence envers les précédents occupants du siège de Pierre se montre très sévère sur son blog envers le successeur de Benoît XVI : « (Bergoglio) a choisi un nom qu’aucun pape n’avait porté. C’est la première fois depuis un certain Landon qui ne fut pape que pendant six mois au début du Xe siècle. Cela montre la volonté de ne pas s’inscrire dans une lignée (dans une… “tradition”). On peut l’interpréter autrement, mais on peut aussi l’interpréter comme cela, surtout dans le contexte. D’autant qu’il refuse aussi d’être François Ier, donc de créer éventuellement une lignée. Il est le premier pape à paraître au balcon de Saint-Pierre de Rome sans aucun ornement liturgique, et ne daigne revêtir une étole que pour la bénédiction urbi et orbi, récitée et non chantée. Il commence son allocution par “Bonsoir” et la termine par “Bonne nuit”, comme tous ces prêtres réfractaires à tout esprit liturgique qui commencent la grand-messe par “Bonjour à tous” et la terminent par “Bon dimanche”. Il s’exprime exclusivement en tant qu’évêque de Rome, et ne s’adresse qu’aux Romains, alors qu’il a devant lui des gens du monde entier, et par la télévision le monde entier. »

L’ELECTION de Jorge Mario Bergoglio peut en effet s’analyser comme un désaveu de Josef Ratzinger qui a peut-être été contraint à la démission par encore plus progressiste que lui. Certes, tous les deux sont des modernistes, adeptes de Vatican II et de la révolution doctrinale, liturgique, disciplinaire et pastorale qui en est issue comme l’étaient du reste les 115 cardinaux électeurs tous nommés soit par Karol Wojtyla, soit par Josef Ratzinger. Mais si le modernisme des deux derniers savait parfois se déguiser sous des oripeaux apparemment traditionnels, celui de Bergoglio est beaucoup plus brut de décoffrage. En tant qu’archevêque de Buenos Aires, cet Argentin d’origine italienne qui a interdit l’application du Motu Proprio SummorumPontificum dans son diocèse et qui n’a jamais manifesté le moindre intérêt pour la messe tridentine non plus que pour les précieux et dorés ornements sacerdotaux (d’où le désarroi des tradisEcclesia Dei et des éléments ralliéristes de la FSSPX) est allé très loin dans l’œcuménisme et le dialogue interreligieux et l’on peut s’attendre à de nouvelles “avancées” dans ce sens. Le 19 juin 2006, au cours de la « troisième Rencontre de la communion fraternelle renouvelée des évangéliques et des catholiques » qui a eu lieu dans le stade Luna Park à Buenos Aires, Jorge Bergoglio est tombé à genoux pour être béni par les quelque vingt pasteurs protestants présents, c’est-à-dire par des personnes qui ont toujours été considérées comme des hérétiques par l’Eglise catholique.

MAIS c’est surtout envers les juifs que celui qui veut une « Eglise pauvre » (ira-t-il jusqu’à vendre ou offrir les trésors du Vatican ?) et attentive à l’environnement (c’est la mode de l’écologie !) a montré le plus d’affinités et de complaisance. Il a ainsi participé activement à des cultes talmudiques dans des synagogues, célébrant notamment la fête juive d’Hanoukka, a co-écrit un livre avec un rabbin, préfacé celui d’un autre (présenté comme son “professeur”), ainsi que le note avec satisfaction le site ultra-sioniste JSSNews. Dans la cathédrale de Buenos Aires qu’il prête régulièrement aux juifs, aux musulmans et aux protestants, Bergoglio a fait allumer, le 12 novembre 2012, six bougies « à la mémoire des 6 millions de Juifs tués dans l’Holocauste » et a effectué devant un auditoire en grande partie composé de rabbins des réflexions très convenues sur la commémoration de la Nuit de Cristal. On peut donc s’attendre à de nouvelles reptations devant le grand Sanhédrin et au dépôt de nombreux grains d’encens devant la religion holocaustique. Dans ces conditions l’on comprend que le B’naiB’rith, le grand rabbinat d’Israël, le président israélien Shimon Perez et les principales instances israélites aient été dithyrambiques envers François Ier à l’annonce de son élection. Ce n’est d’ailleurs pas aux catholiques que le successeur de Benoît XVI a adressé son premier message mais à la communauté hébraïque de Rome. Le jour-même de son élection, François Ier a trouvé le temps d’écrire une lettre à la dite communauté, dans laquelle il affirme : « J’espère vivement pouvoir contribuer au progrès que les relations entre juifs et catholiques ont connu à partir du concile Vatican II, dans un esprit de collaboration rénovée et au service d’un monde qui puisse être toujours plus en harmonie avec la volonté du Créateur. » Comme on le voit, depuis l’avènement de Jean XXIII le 28 octobre 1958, à Rome rien jamais ne change, sinon en pire. Toutefois, il faut se garder de confondre la religion catholique et cette contrefaçon d’Eglise qui occulte et éclipse l’Eglise de Jésus-Christ. Nous vivons en effet le temps de la Grande Apostasie prédite par les Ecritures. En cette période apocalyptique il convient d’abord et avant tout d’être lucide et de ne pas s’illusionner car, comme l’enseignait Bossuet, « il n’est pire dérèglement de l’esprit que de voir la réalité non telle qu’est mais telle qu’on voudrait qu’elle soit. »