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18 mai 2017

[Marie d’Armagnac - Monde et Vie] C’est la Révolution chez les tradis

SOURCE - Marie d’Armagnac - Monde et Vie - 18 mai 2017

La lettre du pape François, envoyée aux ordinaires des conférences épiscopales du monde entier à propos des mariages célébrés par des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X (cf. n° précédent) a fait l’effet d’une bombe au cœur de l’œuvre de Mgr Lefebvre.
Et en effet, les réactions n’ont pas tardé, parfois violentes,souvent fortes au sein de la FSSPX.
   
Aussitôt la lettre publiée, monseigneur Fellay en avait sobrement remercié le pape. Mise en situation de collaborer avec les autorités diocésaines, la FSSPX annonçait la publication imminente d’un texte valant ligne de conduite pour les prêtres, concernant notamment l’épineuse question de la juridiction de suppléance, ou état de nécessité. 
    
Mais tout ne s’est pas exactement passé comme prévu… 
   
Le 7 mai, sept doyens du district de France, dont les abbés de La Rocque et Beauvais, ainsi que le supérieur de la Fraternité de la Transfiguration, le prieur du monastère de Bellaigue et le gardien du monastère capucin de Morgon ont cosigné une lettre adressée à leurs fidèles, dans laquelle ils expliquent pourquoi ils refuseront d’appliquer le texte du pape, parfois assez flou, il faut bien le dire.
   
Au prétexte que la juridiction extraordinaire qui est de fait celle des prêtres de la FSSPX à cause de la crise que l’Église traverse depuis quarante ans, n’est pas devenue caduque, elle doit rester valable et surtout suffisante. « En effet il y a non seulement un grave inconvénient, mais un réel danger à remettre son salut entre les mains des pasteurs imbus de l’esprit libéral. » Et donc, poursuivent-ils « nous n’avons d’autres choix que de nous protéger d’une telle autorité », pour ne pas « imposer (aux fidèles) un ministre qui oriente habituellement son ministère dans la direction adultère officialisée à Vatican II ». Et de poursuivre : « les autorités romaines prétendent tout simplement vous priver de la forme extraordinaire du mariage, par négation de l’état de nécessité. Ce document veut donc vous obliger à recourir pour votre mariage à un prêtre diocésain (…) ». Rejetant cette décision romaine « aussi injuste que nulle » les signataires avertissent : « nous continuerons donc à célébrer validement et licitement vos mariages dans nos églises et chapelles (…) indépendamment de toute entente préalable avec l’ordinaire. » car « l’état de nécessité qui légitime notre façon de faire n’est pas canonique mais dogmatique, l’impossibilité de recourir aux autorités en place n’est pas physique mais morale ». Enfin, ils refuseront également de se soumettre à l’ordinaire diocésain si celui-ci donnait délégation non pas à un prêtre de la FSSPX mais à un prêtre Ecclesia Dei. Sans doute serait-il trop libéral?
Feu sur les insoumis
La réaction de l’abbé Bouchacourt, supérieur du district de France, n’a pas tardé, extrêmement forte dans les termes. Condamnant la « façon subversive » d’une déclaration préparée dans le secret, « dans le but de surprendre, de déstabiliser et de placer les supérieurs devant le fait accompli, cette déclaration prend les fidèles en otages en les constituant juges des prêtres et des supérieurs ». et déplorant ce manque de prudence d’une lettre « bonne à être jetée au rebut » qui suscite déjà querelles et divisions, l’abbé Bouchacourt joint à cette lettre un texte voulant éclaircir la lettre du Pape.
     
Rappelant les conditions toujours valides de l’état de nécessité, au vu de la crise de l’Église récemment aggravée par Amoris Laetitia, le texte expose inconvénients et avantages de la lettre pontificale : « le profit tout pratique que la Fraternité pourra retirer de la Lettre du cardinal Müller n’implique pas une restriction de cette légitimité, mais donne le bénéfice d’une juridiction ordinaire. » et empêche ainsi que des époux mariés dans la FSSPX puissent si facilement faire déclarer leur mariage nul par la rote diocésaine, ce qui arrive tous les deux mois en France. 
     
Ils affirment en conclusion que « Les supérieurs de la FSSPX, sans aucune contrepartie et sans remettre en cause la légitimité d’une juridiction de suppléance, ont prudemment jugé qu’il était légitime de tirer parti de cette initiative romaine ». Une interprétation toute prudentielle du texte de François est donc le modus operandi retenu par les autorités de la FSSPX. Et pour bien montrer que cette interprétation est la seule valable, l’abbé Bouchacourt annonçait le 10 mai démettre de leurs fonctions les doyens signataires, avec effet immédiat pour l’abbé de La Rocque remplacé par l’abbé Vassal.
    
Dans le même temps, Monseigneur Planet évêque de Carcassonne et monseigneur Rey évêque de Fréjus-Toulon annonçaient donner directement la délégation de pouvoirs aux prêtres de la FSSPX, et cela qu’ils célèbrent les mariages dans leurs chapelles ou dans les églises paroissiales, à condition cependant qu’ils remplissent les documents et registres diocésains formalisant la célébration du sacrement. On espère que d’autres évêques suivront, même si on doit rester d’un optimisme (très) mesuré, parce qu’enfin, on est en France!
     
Marie d’Armagnac