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11 mai 2012

[Abbé de Tanoüarn, ibp - Monde & Vie] Rome-FSSPX - Les accélérateurs de polémiques

SOURCE - Abbé de Tanoüarn, ibp - Monde & Vie - mai 2012

La fuite sur Internet du Compte rendu de la visite canonique effectuée par la Commission Ecclesia Dei à l’Institut du Bon Pasteur n’en finit pas d’alimenter la polémique entre Rome et les prêtres de la FSSPX, au moment où l'accord doit se conclure.
 
Le 3 mai dernier, la Porte Latine diffusait largement un texte de l’abbé Petrucci, supérieur du district d’Italie, qui, s’appuyant sur la publication intempestive, via Internet, du rapport de la Commission Ecclesia Dei après la visite canonique de l’Institut du Bon Pasteur, soulignait « le problème de conscience »  qui se pose aux traditionalistes dans la conduite des négociations avec Rome. Pour ce prêtre, qui fut longtemps supérieur du Prieuré de Nantes, « la volonté de la Commission Ecclesia Dei » est de pousser à « l’acceptation au moins en principe de la liturgie moderne dans l’esprit du Motu proprio Summorum pontificum ». Il dénonce « des pressions progressives pour ramener les dissidents » - qui n’ont pas du tout envie qu’on les ramène.
 
Le rapport de la Commission Ecclesia Dei contenait en effet deux demandes sensibles : D’abord la suppression du terme « exclusivité »  dans les statuts de l’IBP à propos du rite traditionnel, qui serait considéré désormais comme « le rite propre » de l’Institut. On n’emploierait plus le terme « exclusif ». Ensuite, deuxième demande, à propos de la formation au Séminaire, l’idée qu’il faudrait désormais privilégier, par rapport à « une critique même sérieuse et constructive du concile Vatican II »  « l’herméneutique du renouvellement dans la continuité », telle qu’elle est exposée dans « le catéchisme de l’Eglise catholique ».
 
Ce même 3 mai, sur son site Disputationes theologicae, l’abbé Stefano Carusi, membre de l’IBP, insiste sur le fait que,  tout en marquant le plus grand respect à la Commission, il est possible de considérer ce Rapport non comme une succession d’ordres auxquels il faudrait obéir, mais comme l’exposition d’un certain nombre de demandes auxquelles il serait loisible de ne pas déférer. Parmi ces demandes, ajoute-t-il, il convient justement de refuser celles qui portent sur la messe traditionnelle et sur les changements à apporter dans l’enseignement donné au Séminaire sur le dernier concile.
 
Que veut l’abbé Carusi pour son Institut ? Il souhaite que l’IBP puisse « offrir un témoignage de la possibilité d’une position ecclésiale qui inclut les présupposés cités » à savoir « l’usage exclusif du rite traditionnel et la critique constructive du Concile ».
 
De façon très troublante, la position des deux prêtres italiens, celui qui est membre de la FSSPX, l’abbé Petrucci et celui qui est membre de l’Institut du Bon Pasteur, l’abbé Carusi s’identifient. Pour eux il est clair que, de façon maladroite, la Commission Ecclesia Dei fait pression sur une petite société religieuse pour mieux la « normaliser ». Rome dévoile ainsi à l’IBP les arrière-pensées que nourrissent les hiérarques à l’encontre de la FSSPX. L’IBP est en droit de refuser ces « conseils » romains en s’appuyant sur la lettre de ses propres statuts, apparemment mise en cause. La situation leur semblant grave, des prêtres de l’IBP considèreront qu’il est urgent d’aider la Fraternité Saint Pie X en rendant public l’exposé romain qui fait suite à la Visite apostolique.
 
Mais n’y a-t-il pas une autre lecture de ce document ? Je crois que, en particulier depuis que mons. Pozzo (et le cardinal Levada) ont remplacé le cardinal Castrillon Hoyos à la tête de la Commission Ecclesia Dei, on assiste à une lente prise de conscience de l’importance du problème doctrinal qui existe tout de même entre Rome et la FSSPX (et dans une moindre mesure entre Rome et l’IBP).
 
Quel est ce problème ? La reconnaissance de la légitimité de l’Eglise issue du Concile, du rite qu’elle célèbre et du catéchisme qu’elle enseigne. Comment peut-on être effectivement membre de l’Eglise catholique si l’on refuse en principe comme étant non-catholique, la forme rénovée du rite romain qu’elle célèbre ? Ou bien comment peut-on maintenir qu’il n’est jamais possible d’y assister, alors même qu’il s’agit d’un rite catholique et qu’on le reconnaît comme tel ? Il y a là une double incohérence qui compromet gravement l’intégration des traditionalistes dans l’Eglise et les fruits que doit porter cette intégration.
 
Il ne s’agit donc pas un instant pour la Commission Ecclesia Dei d’empêcher que l’IBP ne possède « comme rite propre » le rite traditionnel. Il ne s’agit pas non plus de lui interdire toute critique du rite rénové ou du Concile. Il s’agit de faire en sorte que, selon la formule de Cajétan, l’Institut du Bon Pasteur puisse « agir comme une partie dans l’Eglise » et non cultiver un esprit qui, quelles que soient les intentions, serait de facto schismatique. Pour agir comme une partie dans l’Eglise, l’Institut, nous dit-on, doit former ses séminaristes avec le Catéchisme de l’Eglise Catholique et doit jouir de son rite propre sans lancer l’anathème sur la nouvelle forme du rite romain (qu'elle garde néanmoins le droit et le devoir de critiquer). Est-ce trop demander ? Il me semble que c’est le minimum…
 
Au-delà du pilpoul doctrinal, la concomitance des derniers événements permet de remarquer une rencontre d’intérêt entre la branche « radicale » de l’IBP, représentée ici par l’abbé Carusi et ceux qui à la FSSPX ne veulent pas d’accord avec Rome. En effet, ceux qui, à l’IBP, ont l’ambition, le plus sérieusement du monde, de représenter « la Fraternité Saint Pie X dans l’Eglise » s’accordent spontanément avec ceux qui, au sein de la FSSPX, ne veulent pas que cette Fraternité puisse revenir dans le périmètre visible de la catholicité. Comme souvent, ici le billard est à trois bandes et une rencontre d’intérêt ne signifie pas des intérêts vraiment communs.
 
 Abbé G. de Tanoüarn IBP
 
 PS : Je me sens d’autant plus fondé à vous livrer mon analyse que celle de l’abbé Carusi a été publiée sur son site.