9 février 2009





La paroisse argentine de Mgr Williamson serre les rangs
09/02/2009 - la-croix.com
Fidèles et séminaristes argentins proches de Mgr Williamson font bloc autour du directeur du séminaire intégriste qui vient d’être limogé

Marta ajuste sa mantille noire avant d’entrer dans l’église où la messe en latin a commencé. Depuis trois ans, cette femme de 71 ans s’est installée à La Reja, à 50 kilomètres de la capitale argentine, Buenos Aires, pour se rapprocher de l’église Nuestra Señora de Corredentora, relevant de la Fraternité Saint-Pie-X.

C’est ici que Mgr Richard Williamson dirigeait un séminaire depuis 2003, avant d’être démis de ses fonctions par le supérieur général de la FSSPX, Mgr Bernard Fellay. Cette décision a été prise « il y a quelques jours », selon un communiqué publié dimanche 8 février dans la soirée par le P. Christian Bouchacourt, supérieur du district d’Amérique du Sud.

« Les affirmations de Mgr Williamson ne reflètent absolument pas la position de notre congrégation, affirme-t-il. Il est évident qu’un évêque catholique n’a pas d’autorité ecclésiastique pour parler d’autre chose que de thèmes relatifs à la foi et à la morale. Notre fraternité ne revendique aucune autorité sur d’autres questions. » Il déplore cependant que « les accusations permanentes » contre la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FFSPX) aient « aussi pour but manifeste de la discréditer ». "J’ai provoqué une tempête, faites-moi la même chose qu’à Jonas"
Marta, elle, n’en démord pas : « Monseigneur est un homme affable, poli, charitable, et très tendre en tant que confesseur. Cela fait des années que je le connais. Je reprise ses soutanes. Ses déclarations polémiques ? C’est un coup monté contre l’annulation de l’excommunication. » Ici, tous défendent Mgr Williamson : « C’est un homme respecté, intelligent. Ses opinions ne regardent que lui», déclare Esteban Falcionelli, dont le père corse a émigré en Argentine après la guerre.

Parmi les prêtres, la discrétion était de mise dimanche matin, alors que les rumeurs d’un départ de Mgr Williamson, qui défie le pape en refusant de retirer ses propos négationnistes, allaient bon train. « C’est à nos supérieurs de s’occuper de cela, affirmait un prêtre français qui vit à La Reja depuis une vingtaine d’années, préférant garder l’anonymat.

Mgr Williamson lui-même m’a dit il y a quelques jours : “J’ai provoqué une tempête, faites-moi la même chose qu’à Jonas.” » Selon lui, Mgr Williamson « avait lui-même la conviction qu’il ne devait pas rester » à cette fonction, compte tenu du « retentissement de ses propos ». En France, l’abbé Régis de Cacqueray, supérieur du district de France de la FSSPX, a d’ailleurs estimé lundi qu’il était «exagéré de parler de sanction». Selon lui, Mgr Williamson «avait lui-même la conviction qu’il ne devait pas rester» à cette fonction, compte tenu du «retentissement de ses propos». Regain d’antisémitisme dans un pays où de nombreux nazis ont trouvé refuge
Et la Shoah ? « Aujourd’hui, on doute de tout, du Christ, de l’historicité des Évangiles… On vit dans le doute universel. À mon sens, ce qui vient d’arriver est une torpille pour empêcher la levée des excommunications », estimait le même prêtre installé à La Reja. La plupart des fidèles considèrent que l’Holocauste « est quelque chose qui concerne l’Europe. Ici, la guerre, c’est un peu loin. »

En Argentine, le scandale survient au moment où les organisations juives dénoncent un regain d’antisémitisme dans ce pays où de nombreux nazis ont trouvé refuge après la Seconde Guerre mondiale. Hasard du calendrier ?

Le cardinal Jorge Bergoglio, président de la Conférence épiscopale, avait prévu de rendre hommage lundi au rabbin argentin Léon Klenicki, qui a passé quarante ans à promouvoir le dialogue entre juifs et catholiques. Angeline MONTOYA, à La Reja