7 juillet 2019

[Maxence Hecquard / Abbé Guillaume de Tanoüarn - Monde & Vie] Les papes de Vatican II sont-ils légitimes?

SOURCE - Monde & Vie - 13 juin 2019

Sous l’égide d’Olivier Figueras, à l’occasion de la publication chez Pierre-Guillaume de Roux du dernier livre de Maxence Hecquard sur La crise de l’autorité dans l’Église, nous organisons un grand débat sur ce sujet tabou entre l’auteur et l’abbé Guillaume de Tanoüarn. À vous de voir!

OF: Comment définissez-vous l’autorité dans l’Église ? 
 
GT: L’autorité est ce qui augmente, selon l’étymologie, ce qui permet à ce qui lui est soumis d’atteindre son but. Elle n’établit pas un rapport de force entre chef et sujets, mais réalise un ensemble harmonieux où chacun trouve sa place, au plus près du bien commun. De quelle autorité parle-t-on ? De celle du pape qui n’est pas de droit humain. Le pape n’est pas choisi par des hommes, il est « de droit divin » parce qu’il a choisi Dieu et que Dieu l’a choisi. 
 
MH: J’ajoute que l’Église est une société d’êtres humains : l’autorité est détenue par des personnes physiques. Telle est la constitution voulue par le Christ. Pierre est le fondement : l’Église repose sur la personne physique du Pape, qui dit ce qu’il faut croire, ce qu’il faut faire. 
   
GT: On ne peut nier le problème de gouvernance dans l’Église. Beaucoup de gens ont peur de l’instabilité de l’institution, mise en cause par des crimes de pédophilie. Le pape, qui aurait couvert des actes de pédophilie (on le sait depuis les révélations du Spiegel) se trouve devant un exercice de l’autorité humainement périlleux.
   
MH: On assiste même à quelque chose de nouveau depuis quelques mois : la remise en cause officielle de l’autorité de François par des prélats et des théologiens qui reconnaissaient l’autorité de Benoît XVI. 
 
GT: Ce n’est pas un hasard. Il y a un nouveau sédévacantisme. Il y a eu celui des années 80 avec Mgr Guérard des Lauriers et il y en a un nouveau chez des intellectuels aujourd’hui…
 
MH: Ce mouvement prend de la force, puisque tant Mgr Athanasius Schneider que, récemment, un groupe de professeurs et de théologiens, ont déclaré officiellement  : « François est hérétique ! ». Il y a la question des mœurs du clergé que vous évoquez, mais il y a également des questions strictement doctrinales. Certes dès la fin de Vatican II, certains ont estimé qu’il énonçait des hérésies, mais sur des points plutôt techniques et théoriques : la liberté religieuse par exemple. Aujourd’hui lorsque François explique que « la diversité des religions est une sage volonté de Dieu », on se dit que ce n’est pas conforme à la doctrine traditionnelle de l’Église.
 
GT: L’appel des professeurs est de qualité inégale. Il est contestable sur certains points. En tout cas ce n’est pas un texte qui fait foi juridiquement, c’est un symptôme ! 
 
OF: Il serait peut-être bon que Maxence définisse ce qu’il entend par « crise »? 
 
MH: Je considère que depuis Vatican II les papes énoncent des hérésies. Je pense notamment à la liberté religieuse qui est la contradiction de la doctrine définie par Grégoire XVI et par Pie IX. Mon livre ne reprend pas la démonstration de ces hérésies, qu’il suppose acquise. Il traite la question : comment cette situation est-elle possible ? Comment un pape pourrait-il énoncer des hérésies ? 
 
GT: L’hérésie n’est pas seulement de dire des choses en dehors de la tradition de l’Église. Le péché d’hérésie est formellement constitué par la pertinacité de l’hérétique, pertinacité mesurée par le procès qui lui est fait, et à travers lequel se manifeste sa persévérance dans l’erreur. 
 
MH: Saint Thomas d’Aquin reprend la définition de l’hérésie de saint Augustin : est hérétique celui qui dit des choses nouvelles dans l’Église ou met en doute, voire nie, une vérité de foi. Ce rejet de l’autorité de l’Église en matière de foi et de mœurs constitue le péché d’hérésie. 
 
GT: En aval de cette délimitation juste de l’objet de l’hérésie, la seule définition que l’on puisse retenir comme étant à effet juridique, c’est l’hérésie juridiquement constatée. Vous pensez que l’on peut se passer de la constatation juridique de l’hérésie, qui serait « manifeste » par elle-même. S’agissant de quelqu’un qui exerce une fonction capitale dans l’Église, il faut que son hérésie soit reconnaissable par tous. Sinon certains vont dire qu’elle est présente et d’autres diront qu’elle ne l’est pas. Bruno Neveu disait : « L’Église fait exister l’hérésie pour la tuer ». Elle précise, elle définit ce qui est hérétique.
 
MH: Un péché n’est formel que s’il est conscient. Dès que le rejet d’une doctrine définie par l’Église est conscient, le péché est constitué. La procédure de monitions de l’hérétique prévue par le code de droit canonique ne vise pas à rendre formelle l’hérésie du suspect, mais à prendre acte qu’elle existe, afin de le priver de sa charge ecclésiastique et de lui imposer les peines prévues. Il ne faut pas confondre la constitution du péché et la sanction canonique.
 
GT: Dans le cas présent on cherche à établir non le péché d’hérésie, mais ses effets juridiques non seulement sur la personne du pape, mais sur toute l’Église hypothétiquement décapitée… Ce n’est pas parce que je pense que untel est hérétique qu’il est hérétique, c’est parce qu’au regard de l’Église il s’est entêté dans une hérésie et qu’on la lui a montré, qu’on peut le déclarer hérétique.
 
MH: Le code de droit canonique (canon 188) explique que l’hérétique perd sa charge ipso facto. C’est aussi la sentence de la plupart des théologiens, de saint Robert Bellarmin au Cardinal Billot. Dans tous les cas le pape n’est pas soumis au code de droit canonique qui ne vaut que pour le clergé inférieur (canon 1556). Paul IV explique bien qu’un pape qui s’avèrerait être hérétique perdrait sa charge ipso facto (bulle Cum ex apostolatus 15/2/1559). Vous essayez d’enfermer le sujet dans une procédure juridique, c’est ce que fait la Fraternité Saint-Pie X depuis 40 ans. 
 
GT: On peut donc dire qu’on est d’accord sur le fait qu’on n’est pas d’accord.
 
OF: Au sein de l’histoire de l’Église il n’y a pas eu de papes hérétiques?
 
MH: Aucun
 
GT: Honorius…
 
MH: De tous temps les Grecs, puis les protestants, puis les gallicans ont prétendu que des papes seraient tombés dans l’hérésie. Les historiens catholiques ont démonté ces calomnies. Honorius n’a jamais proféré d’hérésie. On nous dit qu’il a fait l’objet d’une condamnation par le IIIe concile de Constantinople ; un historien aussi éminent que le cardinal Baronius considérait que le IIIe concile de Constantinople ne parle pas d’Honorius. Saint Robert Bellarmin, dans ses Controverses, déclare fausse la lettre imputée à Honorius. D’autres historiens catholiques disent : quand bien même il y aurait eu une condamnation au IIIe concile de Constantinople, il y a eu des interpolations faites par les hérétiques grecs dans les lettres d’Honorius (c’était courant à l’époque). Dans tous les cas on ne pourrait lui reprocher qu’un manque de fermeté mais non d’avoir adhéré à l’hérésie monophysite. Allons plus loin : il est de foi que les papes ne sont jamais tombés dans l’hérésie… 
 
GT: Votre théorie, c’est le serpent qui se mord la queue ! Honorius n’est pas hérétique parce qu’il ne peut pas l’être… 
 
MH: Ce n’est pas une théorie mais une définition de Vatican I : les papes n’ont jamais chuté dans l’hérésie. Elle est reprise par Léon XIII (Satis cognitum) qui cite le pape saint Hormisdas : « Le siège de Pierre est pur de toute erreur ». Sur ces débats historiques, je renvoie à l’excellente synthèse de l’abbé B-M Constant L’histoire et l’infaillibilité des papes (1869, réimpression Saint-Rémi 2015).
 
GT: Pour éclairer la question d’Honorius, on peut se demander : est-ce que le pape est déposé par sa seule hérésie ? La position de Cajetan là-dessus, c’est qu’il y a évidemment une contradiction entre l’hérésie d’un pape et sa fonction, mais que la papauté étant de droit divin et pas de droit humain, aucun homme ne peut de son propre chef mettre fin à un droit divin. Par conséquent il faut, face au droit divin du pape, que s’élève au moins le droit divin de l’Église. Le pape n’est pas déposé ipso facto par son hérésie mais son pouvoir souffre d’une carence de légitimité : il doit être déposé étant hérétique. Papa deponendus non depositus. Cette déposition virtuelle du pape doit être rendue réelle par un procès public qui est plus souvent un procès posthume bien évidemment, c’est le cas pour le pape Honorius premier. Son cadre ? Un concile œcuménique, Constantinople III ; l’anathème que les Pères conciliaires jetèrent contre Honorius fut confirmé par un pape, Léon II. Donc il y a des exemples historiques de papes plus ou moins hérétiques, il n’y a sans doute pas d’exemples historiques de papes formellement hérétiques et persistant formellement dans une hérésie qu’on leur aurait montrée.
 
MH: Donc il n’y en a pas.
 
GT: Et donc pour l’instant il n’y en a pas un. Ni Paul VI, ni François, ni personne.
   
MH: En fait, nous sommes dans une situation théoriquement impossible : puisque le pape est infaillible, dans le cadre de ses fonctions il ne peut pas être hérétique, sauf comme personne privée. Certains théologiens de la Fraternité Saint-Pie X arguent du caractère privé des déclarations des pontifes de Vatican II : cela ne tient pas la route. Paul VI lui-même explique qu’il a engagé toute son autorité de successeur de Pierre dans ses déclarations. François déclare de même après Amoris laetitia que l’interprétation de l’évêque de Buenos Aires est authentique. Ils agissent comme papes, pas comme personnes privées…
 
OF: Il n’y a pas que l’autorité du pape, il y a l’autorité du concile lié au pape…
   
MH: Un concile œcuménique constitue l’instance la plus solennelle de l’Église. Lorsqu’il se prononce sur les questions de dogmes ou de mœurs, avec la sanction du pape, il est infaillible. Pour justifier sa position critique, Mgr Lefebvre a développé une théorie selon laquelle le concile Vatican II serait un concile pastoral qui selon lui n’engageait pas l’infaillibilité pontificale. En réalité, Paul VI a écrit à Mgr Lefebvre qu’il ne pouvait pas se prévaloir de la distinction entre concile pastoral et concile dogmatique, ajoutant que Vatican II est plus important que le concile de Nicée ! Certains théologiens, l’abbé Calderon, le Père Pierre-Marie d’Avrillé…, avancent que Paul VI n’a pas voulu engager son autorité… Leur position ne résiste pas à l’analyse, il suffit de lire les formules qui concluent toutes les constitutions de Vatican II : elles sont très solennelles et typiques des déclarations ex cathedra.
 
GT: Vatican II est plus long que tout le magistère de l’Église antérieure. Pourquoi ? Parce que le genre littéraire est différent. D’un côté, des textes qui définissent formellement ce qui est à croire ou à faire. De l’autre l’élaboration bavarde d’une politique doctrinale de l’Église face à la modernité. Vatican II n’est pas infaillible de la même façon que les autres conciles, parce qu’il se veut intrinsèquement lié au temps où il a été écrit, qui n’est déjà plus le nôtre.
   
MH: Vatican II est un concile comme les autres mais, dans sa formulation, il a évité de proclamer des canons ou de fulminer des condamnations. Jean XXIII et Paul VI ont expliqué que Vatican II a préféré la miséricorde et a voulu prendre le langage de l’époque moderne. Les théologiens expliquent que, dans les définitions qu’ils énoncent, le pape n’a aucune règle de forme. Il suffit qu’il parle de foi ou de mœurs et qu’il engage son autorité de successeur de Pierre…
 
GT: Il faut encore qu’il définisse avec la volonté d’obliger à croire dit Vatican I, il n’est pas infaillible formellement sans cela. Par ailleurs, pour beaucoup de théologiens, la question du pape hérétique est purement théorique. Je pense à un théologien du XIXe siècle, le père Dominique Bouix. Pour lui, le pape hérétique est immédiatement démissionné de sa fonction pontificale, sauf que, ajoute-t-il, ça ne pourra jamais arriver. Donc sa réflexion théologique se présente elle-même comme absolument hypothétique et uniquement théorique. Il est évident que quand on est dans une réflexion pratique comme Cajetan qui dit lui : des papes tyranniques, il y en a eu ; des papes hérétiques il peut y en avoir, eh bien on prend des précautions qu’on ne pense pas nécessairement avoir besoin de prendre lorsque la question est purement vue du point de vue de Sirius.
 
MH: La question a été transformée après la définition de Vatican I. Avant elle constituait un cas théorique entre théologiens. Depuis Vatican I nous savons qu’un pape ne peut pas être hérétique dans le cadre de ses fonctions. Si une hérésie manifeste est constatée par le reste de l’Église, il ne peut y avoir que deux explications. Soit elle est énoncée par le pape en tant que Docteur privé, ce n’est pas le cas qui nous importe. Soit le pape est un imposteur, c’est-à-dire que son élection était nulle pour quelque raison. Dans ce cas la charge est perdue ipso facto. Pourquoi ? Précisément parce que personne ne peut faire de procès au pape : « Le premier siège n’est jugé par personne ». L’Église, sans pape, sera-t-elle dans une situation de chaos ? Non : cela signifie simplement que la personne assise sur le siège de Pierre n’a pas d’autorité pontificale. Faudrait-il ce que Jean de Saint Thomas appelle une sentence déclarative ? La plupart des théologiens conviennent qu’il n’y a aucune obligation et le pape Paul IV dit bien que le pontificat est perdu sans aucune déclaration. Mais plusieurs auteurs, comme saint Alphonse de Ligori, considèrent qu’une sentence déclarative permettrait d’éclairer les fidèles. En cas de doute sur la qualité des Cardinaux électeurs le cardinal Billot explique que la désignation du pape reviendrait à l’instance la plus élevée de l’Église après le pape : le concile général. 
 
GT: Vous tendez là à la position du papa deponendus. L’idée de Cajetan est la suivante : on a eu des papes erratiques, Jules II, Alexandre VI. Il souligne qu’un pape peut être despotique, et peut donc en tant que despote ou tyran aller contre le bien commun, y compris du point de vue de l’hérésie, c’est une possibilité, ça mérite qu’on y réfléchisse à deux fois avant de déclarer qu’un pape hérétique est déposé ipso facto. Bien entendu que l’hérésie et la fonction pontificale sont incompatibles l’une avec l’autre. Mais il ne faudrait pas que cette incompatibilité avérée entraîne des désordres plus graves et un chaos ecclésial sans nom. Il faut donc que la déposition du pape se fasse dans l’ordre. Il faut aussi, le pape étant pape de droit divin, que s’oppose au droit divin du pape, pour qu’il y ait cet ordre, le droit divin de l’Église. Donc pour Cajetan le pape hérétique doit être déposé par la réunion de l’Église ; il n’est pas immédiatement déposé lorsque son hérésie paraît. Il me semble que ça relève et de l’exactitude quant aux droits divin et humain mis en cause et de la prudence quant aux faits. 
 
MH: Soulignons que cette crise affreuse est prophétisée clairement dans plusieurs livres de la Bible. Notre Seigneur nous renvoie à la lecture de Daniel (cf. Mt 24). Ce prophète a au moins 4 prophéties sur la crise de l’Église. Il explique que le peuple saint sera dispersé, que le sacrifice perpétuel sera aboli, et que l’on verra l’abomination de la désolation dans le lieu saint. Et le Christ dit qu’alors viendra le jugement général. Daniel voit le combat du bélier et du bouc. Les pères de l’Église considèrent que le bélier, qui est chef du troupeau, symbolise le clergé. Le bélier est défait et piétiné par le bouc. Ses cornes sont brisées. Le bouc impose le culte Dieu Maozim (la force), le peuple saint est dispersé et c’est l’abomination de la désolation dans le lieu saint. Daniel tombe malade pendant plusieurs jours tellement il est malheureux. D’autres prophéties de Daniel disent de même. L’Apocalypse également. Le texte est difficile mais les pères l’expliquent. Les diverses prophéties s’enchaînent (on parle de concatenatio) et portent en fait sur les mêmes événements. Et il est dit que le soleil sera obscurci, deviendra comme un sac de crin, et le ciel sera roulé. Les pères expliquent que le soleil est l’Église qui donne la lumière. Le ciel symbolise aussi l’Église, et sera roulé comme un livre qu’on ne pourra plus lire. Les étoiles tomberont du ciel : les étoiles sont les prélats hérétiques. Les sauterelles sortant de l’abîme symbolisent les hérésies et leur queue le mauvais clergé qui adhère à ces hérésies. Les exégètes médiévaux voient l’hérésie atteindre le sommet de l’Église. Saint Paul a dénoncé le mystère d’iniquité. Saint Augustin explique qu’il s’agit de l’hérésie qui au début de l’Église reste cachée et qui va grossir jusqu’à devenir visible et entraîner l’apostasie générale. Celle-ci est un des signes précurseurs du jugement général, explique le catéchisme du concile de Trente. 
 
GT: Je n’ajouterai à cette évocation que le mot bien connu du Christ : « Lorsque le fils de l’homme reviendra sur la terre retrouvera-t-il la foi ? ». Dans la prophétie sur la fin du monde en Mathieu 24 il est dit aussi : « Il y aura des miracles et des prodiges capables s’il est possible de séduire les élus eux-mêmes mais à cause des élus ces jours seront abrégés ». Donc le Christ nous dit une seule chose : « Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre l’Église », mais il ne nous garantit pas qu’une crise majeure ne puisse pas intervenir au cœur de l’institution, et même il nous y prépare. Et la Vierge Marie, à La Salette, a ces paroles étranges : « Rome perdra la foi et deviendra le Siège de l’Antéchrist ». Mais elle avait précisé dans le même texte : « Le Saint Père souffrira beaucoup, je serai avec lui jusqu’à la fin ».

[France TV Info] "Gilets jaunes" : qui est l'abbé Michel, dans la tourmente après avoir entonné un chant anti-Macron à la fin d'une messe ?

SOURCE - France TV Info - 5 juin 2019

Le préfet de l'Eure a saisi la procureure de la République d'Evreux pour outrage envers le chef de l'Etat et pour violation de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat.

L\'abbé Francis Michel lors de la messe du dimanche 2 juin au Planquay (Eure).L'abbé Francis Michel lors de la messe du dimanche 2 juin au Planquay (Eure). (CAPTURE D'ECRAN YOUTUBE)

Dans la vidéo qui circule sur les réseaux sociaux depuis le dimanche 2 juin, on le voit en soutane, l'air mi-amusé mi-inquiet, en train de chanter à pleine voix "Emmanuel Macron, oh tête de con, on vient te chercher chez toi...", entouré de "gilets jaunes".

L'abbé Francis Michel, qui officie dans l'église du Planquay (Eure), est dans la tourmente après que le préfet de l'Eure a saisi la procureure de la République d'Evreux pour outrage envers le chef de l'Etat et pour violation de la loi de 1905 séparant les Eglises de l'Etat, car il est selon lui "clair que le type de manifestation qui se passait dans l'église du Planquay dimanche n'était pas une messe".

Franceinfo dresse le portrait de cet homme d'église controversé, dont la notoriété locale est repartie à la hausse à la faveur du mouvement des "gilets jaunes".
Un sympathisant des "gilets jaunes" de la première heure
Si le nom de l'abbé Francis Michel était jusqu'à dimanche largement inconnu à l'échelle nationale, les médias normands connaissent bien ce religieux, qui a multiplié les coups d'éclat depuis le 17 novembre.

Dès le premier jour du mouvement, le religieux a en effet pris fait et cause pour le mouvement des "gilets jaunes", n'hésitant pas à enfiler une chasuble fluorescente par-dessus sa soutane ou à emmailloter l'Enfant Jésus présent dans sa crèche d'un gilet jaune. Régulièrement présent sur les ronds-points, cet homme de 69 ans indiquait en février à L'Eveil normand avoir trouvé une seconde famille chez les manifestants.
Avec les 'gilets jaunes', j’ai retrouvé une communauté de frères. Avec eux, je prends aussi conscience de mon bonheur. Je suis privilégié par rapport à beaucoup d'entre eux qui ne gagnent vraiment rien, qui ne peuvent même pas partir en vacances et vivre décemment.
L'abbé Francis Michel à "L'Eveil normand"
L'abbé s'est tellement impliqué dans les manifestations qu'il a été placé en garde à vue le 25 mai dernier pour avoir empêché les forces de l'ordre d'intervenir en mettant un pied sur une barricade, à Paris, rapporte La Nouvelle République.

Cet épisode lui a valu le respect de nombreux "gilets jaunes", qui se sont rendus dimanche dans l'église de l'abbé Michel "pour lui faire une surprise", raconte un participant à Paris Normandie. "Nous sommes tous rentrés dans l'église avec nos gilets jaunes dans la poche, nous avons écouté la messe, et à la fin nous avons mis nos gilets jaunes ! Puis discuté avec l'abbé Michel, qui été très heureux de cette surprise".
Un religieux condamné par la justice et en conflit avec sa hiérarchie
L'abbé a également eu affaire à la justice. Fin 2017, il avait été définitivement  condamné à 15 000 euros d'amende pour avoir détourné à son profit, entre 2006 et 2008, plusieurs centaines d'euros provenant de l'argent des quêtes de son ancienne paroisse de Thiberville, qui regroupe 13 églises, rapportait alors Paris Normandie.

Après une plainte de l'évêché, les gendarmes avaient ainsi mis au jour l'existence de 11 comptes bancaires pour le prêtre, qui ne touchait en principe que 900 euros par mois. Si le curé avait la réputation de vivre dans le dénuement, portant une soutane trouée, ses relevés bancaires avaient révélé des dépenses pour des nuits d'hôtel à Paris, pour de la maroquinerie et des piercings, précise l'AFP.

Rétrogradé en 2010 par l'évêque d'Evreux au rang de simple recteur, ce qui lui interdisait de célébrer mariage, baptêmes et inhumations, l'abbé Michel a carrément été déchu de ses prérogatives d'homme d'église en 2016, bien qu'il ait toujours nié les faits qui lui sont reprochés. "Francis Michel n'a plus aucune responsabilité ni pouvoir dans l'Eglise catholique. Mais nous n'avons ni pouvoir de police ni de gendarmerie. J'ai écrit au maire du Planquay pour indiquer qu'il n'avait plus rien à faire dans cette paroisse, mais on ne m'a jamais répondu", a indiqué à LCI Christian Nourrichard, évêque d'Evreux.
Un septuagénaire "dépassé" par la situation
Cité par Le Parisien après le dernier coup d'éclat en date de l'homme d'église, l'évêque déplore que l'abbé Michel "continue à faire tout et n’importe quoi".
Je dirais vulgairement qu'il devient un peu fou.
Mgr Christian Nourrichard, évêque d'Evreux au "Parisien"
Dans les colonnes de Paris Normandie, l'abbé sulfureux reconnaît avoir été "dépassé" par la chorale improvisée des "gilets jaunes" venus dans son église et "déplore l'interprétation qui a pu en être faite". Il précise que les chants ont eu lieu après la fin de l'office, et qu'il a préféré sortir de l'église avec ces surprenants paroissiens, "par crainte que des fidèles entrent à ce moment précis pour prier ou se recueillir". Reste à savoir si cette explication convaincra les autorités si le parquet décide d'ouvrir une enquête.
  

[Le Progrès] A Unieux, ils sont une centaine à suivre les messes des catholiques traditionalistes

SOURCE - Le Progrès - 11 mai 2019

Chaque dimanche, ils sont près d’une centaine de fidèles à se rendre à la chapelle du prieuré Saint-François-Régis pour assister à la messe selon le rite de Saint-Pie X. Une messe en latin dos aux fidèles.

La Fraternité sacerdotale Saint Pie X a été fondée par Mgr Lefebvre en 1970, en opposition au concile Vatican II (1962-1965). En rupture avec le modernisme et la liberté religieuse, elle n’est plus, depuis 1975, une œuvre de l’Église catholique romaine.

C’est pourquoi ses membres ne fréquentent plus les messes « officielles » où « tout se mélange et où on se demande parfois s’il y a Dieu », note une jeune étudiante stéphanoise de 25 ans venue assister à un office de cette mouvance à la chapelle du prieuré Saint-François-Régis d’Unieux.
Une centaine de fidèles chaque semaine
Comme elle, ils sont une centaine à se déplacer chaque dimanche dans la commune de l’Ondaine pour suivre la messe en latin, dos aux fidèles, données, pendant près d’une heure trente, par l’abbé Barrère.

Les fidèles, dont certains ont fait près d’une heure de route, encensent la cérémonie à laquelle ils sont venus assister. « C’est un rite qui nous est cher, qui exprime davantage la présence réelle de Jésus dans l’eucharistie », s’enthousiasme un père de famille tout en jetant un œil sur ses jeunes enfants qui se dégourdissent les jambes un peu plus loin en habits du dimanche.

Son voisin de banc approuve : « Ici, on est dans l’intégralité de la foi telle qu’elle a été transmise. On est tourné vers le sacrifice alors que dans le nouveau rite, l’aspect sacrificiel est gommé. »

La réputation quelque peu sulfureuse de la FSSPX et notamment ses liens avec l’extrême droite n’intéressent guère les traditionalistes. À l’image de la jeune étudiante stéphanoise qui l’assure : « Les opinions sont très diverses ici. On ne fait pas de politique. »

[Youna Rivallain - La Vie] Jean-Claude Romand, des barreaux à la clôture

SOURCE - Youna Rivallain - La Vie - 3 juillet 2019

L’abbaye de Fontgombault, dans l’Indre, héberge depuis le 28 juin le quintuple assassin en liberté conditionnelle. Une coopération avec la justice fidèle à la tradition de l’accueil monastique.

Après 26 ans de réclusion à la maison centrale de Saint-Maur, dans l’Indre, Jean-Claude Romand est accueilli, depuis le 28 juin dernier, en liberté conditionnelle à l’abbaye bénédictine de Fontgombault. En 1996, celui qui s’était fait passer pour un médecin de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) auprès de ses proches avait été condamné à perpétuité pour avoir assassiné sa femme, leurs deux enfants et ses parents en 1993.

Décrit comme un détenu modèle et converti au catholicisme lors de sa détention, il habitera pendant au moins deux ans dans cette abbaye, muni d’un bracelet électronique. Il vivra aux côtés des 60 moines de la congrégation de Solesmes, qui célèbrent selon la forme extraordinaire du rite romain (la « messe en latin »). L’ex-détenu ne sera pas autorisé à quitter l’abbaye pendant la nuit, ni à certaines heures de la journée.
Un intermédiaire entre prison et vie civile
Ce n’est pas la première fois qu’une abbaye accueille un détenu en liberté conditionnelle. En 1978, Guy Desnoyers, surnommé le curé d’Uruffe, condamné pour double assassinat, avait été hébergé après 22 ans de prison par l’abbaye de Kergonan, dans le Morbihan. La même communauté, qui reçoit déjà des personnes condamnées à des travaux d’intérêt général, a hébergé en 2016 un détenu condamné pour meurtre. Les clarisses de Malonne, en Belgique, ont accueilli quant à elles, en 2012, Michelle Martin, ex-épouse et complice du tueur en série Marc Dutroux, provoquant l’ire des habitants de cette petite ville du sud du pays.

Ces liens entre la justice et les communautés religieuses concernant l’accueil des détenus en fin de peine ne sont pas institutionnels. « Mais cela fait partie de la tradition monastique, rappelle le bénédictin Jean-Pierre Longeat, ancien président de la Corref (Conférence des religieux et religieuses de France). L’abbaye, comme lieu retiré avec une forme de vie autonome, présente plus de protection que des lieux à ciel ouvert. » Le monastère serait ainsi une mesure prudente, un intermédiaire entre la prison et la vie civile. Si des prêtres en attente de jugement peuvent être placés dans une communauté avant ou après leur suspension de tout ministère, la décision est -souvent une demande particulière du détenu. « Certains repris de justice éprouvent même le besoin de changer de vie, jusqu’à parfois devenir moines », ajoute-t-il.

Le cas Romand fait écho à ces changements de vie. En prison, il aurait connu un réveil spirituel, au contact de ses visiteurs, catholiques pratiquants, comme le rapporte le média chrétien Aleteia. Après sa rencontre avec des membres des Équipes Notre-Dame, il serait devenu intercesseur pour l’association, s’engageant à se lever la nuit au moins une fois par mois afin de prier pour leurs intentions. La décision de vivre dans un lieu spirituel et retiré viendrait de lui. Avant de se diriger vers l’abbaye traditionaliste de Fontgombault, il avait cherché à intégrer une communauté Emmaüs.

Les moines de Fontgombault, soumis par la justice au silence médiatique, n’ont pas souhaité donner plus d’informations au sujet de leur hôte. Cependant, au regard de certaines affaires comme celle de Michelle Martin, dernière criminelle en date ayant été accueillie par un couvent, il semblerait que de telles dispositions soient parfois davantage dictées par la nécessité. « Pour obtenir une libération conditionnelle, vous devez témoigner d’un logement et d’une occupation, mais, après des années en prison, vous êtes -socialement mort, résume Emmanuel Pierrat, avocat membre de l’Observatoire international des prisons. Pour les détenus croyants, l’abbaye est une option parmi d’autres. L’Église fait simplement partie de cette chaîne de solidarité pour faciliter la réinsertion. »
L'accueil de l'ex-épouse de Marc Dutroux
Socialement morte, c’est ainsi que se retrouve Michelle Martin lorsqu’elle obtient sa libération sous conditions en juillet 2012, après 16 ans de prison. « Quand le temps fut venu pour Mme Martin de pouvoir bénéficier d’une libération conditionnelle, en vue d’une réinsertion sociale, nous espérions que les instances prévues à cet effet allaient lui procurer un lieu d’accueil, expliquent les sœurs clarisses de Malonne dans un communiqué de presse en 2012. Mais il n’a pas été possible de trouver ce lieu. Il faut savoir que Mme Martin n’a pas de famille et qu’elle n’a pas trouvé en Belgique de lieu de réinsertion prévu pour des femmes. »

En prison, l’ex-épouse de Marc Dutroux correspond avec une des sœurs clarisses depuis plusieurs années, « comme cela se fait beaucoup chez les contemplatives », explique sœur Francine. Ne trouvant pas de lieu d’accueil, elle demande de venir habiter au couvent. Contactée par les avocats de Michelle -Martin, la communauté se réunit pour discuter la décision. « Ce fut un défi pour nous, bouleversées que nous étions par l’horrible souffrance des victimes et de leurs familles, relate le communiqué de presse de l’époque. Nous avons cherché à vivre au mieux cette tension : comment porter ces deux réalités à la fois ? Ce ne fut pas facile... Nous avons choisi d’accueillir en nous ces deux souffrances qui ne sont en rien comparables l’une avec l’autre. »
Le désir de vivre l’Évangile jusqu’au bout
Sept ans après leur choix contesté – une vague de protestations et d’apostasies a suivi la décision des religieuses –, sœur Francine se souvient : « Notre décision prise à l’unanimité était en fidélité à l’Évangile, ce qui signifie être humain et croire en l’humain à la manière de Jésus. Nous voulions donner à Mme -Martin une nouvelle chance de repartir dans la vie. » Vivant dans un petit studio aménagé par les sœurs et soumise comme elles au silence, Michelle Martin a bénéficié d’un accompagnement psychologique et juridique tout en participant à la vie communautaire. Sortie de l’abbaye en 2015, l’ex-femme de Marc Dutroux a ensuite trouvé refuge chez un ancien juge et universitaire qui avait accepté de l’héberger dans un appartement indépendant. Elle se serait alors lancée dans des études de droit. Sœur Francine de confier : « Elle nous rend visite de temps en temps.»

Jean-Claude Romand, quant à lui, devrait rester au moins deux ans à Fontgombault, où les frères bénédictins cultivent la terre, font de l’élevage et de la poterie artisanale. Là, comme Michelle Martin, il espérera retrouver une vie presque) normale.

[Vincent Mongaillard - Le Parisien] Retour de la soutane : un habit obligatoire jusqu’en 1962

SOURCE - Vincent Mongaillard - Le Parisien - 7 juillet 2019

La tenue, de plus en plus portée par les jeunes ecclésiastiques, a connu depuis le XVIe de nombreuses réglementations. Entre interdiction et réhabilitation.

La soutane s'est imposée au XVIe siècle, dans la foulée du Concile de Trente exigeant du clergé qu'il porte « un habit bienséant » le différenciant du commun des mortels. À partir du XVIIe siècle, elle devient, dans de nombreux diocèses, obligatoire sur « le lieu de résidence » du prêtre. Mais pendant la Révolution française, cet habit porté comme « vêtement ordinaire de dessus » est interdit en dehors des cérémonies religieuses.

Il ressuscite au XIXe siècle, même si certaines communes prennent, dans un climat anticlérical d'avant 1905, des arrêtés municipaux bannissant son port sur la voie publique. Il demeure obligatoire dans la plupart des diocèses jusqu'en 1962. Cette année-là, le cardinal Maurice Feltin, archevêque de Paris, décide, à quelques mois du début du concile Vatican II (qui marque l'ouverture de l'Église au monde moderne) de le rendre facultatif dans la capitale.
Un vêtement « différent des laïcs »
Il autorise la tenue du « clergyman », le costume sombre avec col romain. La très grande majorité des diocèses de l'Hexagone adoptent presque instantanément les mêmes règles. Il faut dire que la longue robe noire austère boutonnée sur le devant était de plus en plus contestée par les curés eux-mêmes appelant à plus de discrétion.

Aujourd'hui, le Vatican exige, à travers le Directoire pour le ministère et la vie des prêtres datant de 2013, que ceux-ci portent « la soutane ou un habit ecclésiastique digne ». « Lorsque l'habit n'est pas la soutane, il doit être différent de la manière de se vêtir des laïcs, et conforme à la dignité et à la sacralité du ministère », rappelle ce document de la Congrégation pour le clergé.