17 novembre 2019

[Francis Bergeron - Présent] Présent privé des aides aux quotidiens d’information politique et générale

SOURCE - Francis Bergeron - Présent - 16 novembre 2019

Une nouvelle offensive qui vise le seul quotidien de réinformation
Elle pourrait être mortelle 
Le quotidien catholique et identitaire Présent, qui entre dans sa 39e année d’existence, et qui est vendu en kiosques, a appris, par un courriel envoyé du ministère de la culture le 29 octobre à 18h30, qu’il était privé, au titre de l’année 2019, de « l’aide aux quotidiens nationaux d’information politique et générale à faibles ressources publicitaires ». 

Au nom de quoi cette aide est-elle supprimée ? Est-ce que Présent ne serait plus un quotidien, mais serait subrepticement devenu un hebdomadaire ou un mensuel ? Est-ce que Présent ne traiterait plus d’informations politiques et générales, mais se consacrerait désormais au tiercé et aux mots croisés ? Est-ce que Présent croulerait actuellement sous les revenus publicitaires ? 

Non, le Ministère de la Culture, par la voix de son « bureau du régime économique de la presse, direction générale des médias et des industries culturelles », a trouvé un autre argument, d’ordre technique, bien entendu, et pas d’ordre idéologique. Il nous explique en effet, aux termes d’un message très alambiqué, et légèrement gêné aux, entournures, que, ce qui est en l’occurrence reproché à Présent pour le priver de cette aide légale, dont bénéficient tous les autres quotidiens, c’est de n’être pas vendu assez cher. 

Le Ministère de la Culture ne peut pas écrire noir sur blanc que Présent, par son soutien à Eric Zemmour, par ses campagnes en faveur des mairies « hors système », et en faveur des candidats qui vont bousculer en mars prochain l’entre-soi des « partis de l’arc républicain », par son refus des évolutions sociétales matérialistes, eugénistes, par sa dénonciation de l’islamisme et de l’Islam politique, par ses révélations sur les actes, voire les crimes antichrétiens, en France et dans le monde, par sa mise en valeur de toutes les manifestations patriotiques, par ses appels à la résistance au grand remplacement, ne fait pas partie du camp du bien. Présent doit être toujours plus marginalisé, et ne saurait donc bénéficier de quelque façon que ce soit des aides légales de l’Etat. Au nom des valeurs démocratiques, au nom des valeurs républicaines. 

Le prix de vente moyen des quotidiens : secret d’Etat ! 

Le ministère nous a expliqué, le 29 octobre 2019 qu’il a constaté que le prix de vente du journal, au 1er janvier 2019, à 1,80 euros, n’était pas assez cher, inférieur à « 80% du prix de vente moyen pondéré des quotidiens nationaux », pratiqué au 1er janvier 2019. 

On veut bien le croire, mais, outre le fait que l’accusation d’un prix de vente trop faible est assez grotesque et misérable, nul ne sait à aujourd’hui quel est ce « prix de vente moyen pondéré des quotidiens nationaux ». Secret d’Etat ! Il ne figure d’ailleurs pas dans la réponse du ministère de la Culture. Nous n’avons toujours pas à ce jour la possibilité de vérifier si le ministère de la culture ne s’est pas trompé dans ses calculs, et à quel prix nous aurions dû vendre Présent à compter du 1er janvier 2019. 

Nous nous sommes tournés vers le Syndicat de la Presse Quotidienne Nationale pour connaitre ce fameux « prix de vente moyen pondéré des quotidiens nationaux » au 1er janvier 2019. Mais à ce jour nous n’avons aucune réponse : le syndicat nous réclame notre cotisation annuelle, mais il ne semble guère excité à l’idée de s’engager pour soutenir l’un de ses mandants. 

Pourtant le calcul devrait être simple à faire : le texte dont il nous est fait une application punitive ne concerne pratiquement que neuf quotidiens : Le Figaro, Le Monde, Les Echos, Libération, Le Parisien/Aujourd’hui, La Croix, L’Humanité, L’Opinion et Présent, bien entendu. 

Dans ces conditions, il ne doit pas être bien difficile de savoir quel était le prix de vente de ces titres au 1er janvier 2019, et de nous l’indiquer. Mais seul le ministre de la culture peut donner la liste des titres éligibles au regard des faibles ressources publicitaires, et peut expliquer les pondérations opérées pour éliminer Présent. Or aucune explication, aucun détail n’est donné sur ce calcul, dont les conséquences peuvent être la mort de Présent. 

Assurer le pluralisme de la presse écrite, disent-ils 

Dans le passé, Présent a déjà subi l’interruption du versement de ces aides à la presse, sous des prétextes divers, notamment à l’époque Mitterrand et sous Jospin pendant la cohabitation. Dans un cas Présent avait été éliminé au prétexte qu’il était vendu…trop cher, et dans l’autre, parce que qu’il ne paraissait que cinq jours par semaine au lieu de six. Les aides avaient été rétablies lors du changement de majorité. Dans ces différents cas du passé et à nouveau par la mesure qui nous est appliquée au titre de 2019, il est évident que nous avons affaire à une véritable lex presentiana, un décret ne visant en fait ou à dessein que Présent, les autres « quotidiens nationaux d’information politique et générale à faibles ressources publicitaires » appartenant, eux, à « l’arc républicain », et ayant donc naturellement droit à ces aides de l’Etat. 

Ces aides ont officiellement pour but d’assurer le pluralisme de la presse écrite. Elles sont perçues par Le Monde comme par Le Figaro ou L’Humanité. Leurs règles conduisent pourtant à éliminer le seul quotidien non-conforme : huit quotidiens politiques et d’information pour le « camp du bien », aucun quotidien pour les millions de Français en révolte contre le système ? Et L’Humanité est même garantie de publication à vie, par la voix du président de l’Assemblée nationale. C’est cela leur pluralisme ? L’Humanité, dont chaque numéro papier est subventionné par le gouvernement à hauteur de 0,46 euros, ce qui constitue une sorte de record ? 

Il nous est parfois objecté qu’accepter l’aide de l’Etat aux quotidiens à faible ressources publicitaires, c’est s’aliéner notre liberté d’écrire, et qu’il aurait été préférable de la refuser d’emblée. Mais dans le système économique français de la presse écrite, il est impossible d’éditer un quotidien papier sans les aides à la presse, et ceci alors même que la plupart des autres quotidiens politiques et d’information générale sont adossés à des groupes industriels puissants, détenus par des milliardaires internationaux (Drahi pour Libération, Niel pour Le Monde, Bernard Arnault, qui est son beau-père, pour Le Parisien et Les Echos, la famille Dassault pour Le Figaro ...). Chaque quotidien bénéficie de l’aide d’Etat à la presse, outre des renflouements réguliers de mécènes milliardaires. Présent n’a pas de mécènes milliardaires, il n’a que ses lecteurs. Quant à l’aide de l’Etat, elle nous est donc retirée, avec effet rétroactif au 1er janvier 2019, en quelque sorte. 

Soutenir que l’attribution de cette aide nous priverait de notre liberté d’expression, est démenti par les faits : en nous la retirant (elle représente 12 à15% du budget annuel du journal), le gouvernement menace l’existence même du journal, et si Présent interrompt sa publication, le débat sur notre liberté de ton soi-disant amoindrie par ces aides, ne se pose plus, pour le coup. 

Il suffit de lire Présent, ce que chacun peut faire chaque jour en allant à son kiosque, pour constater de visu si Présent s’autocensure à l’égard des puissants de l’époque. Si des artifices procéduriers sont utilisés pour priver le journal de cette aide, c’est bien que, quelque part, notre parole gêne. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, actuellement, le mouvement national est confronté à la plus importante censure et répression jamais organisée depuis un bon demi-siècle : Zemmour et le contrôle préalable de ses émissions, les réseaux sociaux qui éliminent les sites et blogs qu’ils jugent politiquement incorrects, l’OJIM, observatoire objectif des médias, menacé de procès, les militants identitaires traqués comme des criminels, le RN, Jean-Marie Le Pen, Jacques Bompard et d’autres croulant sous les actions judiciaires, le site Boulevard Voltaire qui subit des attaques informatiques, la Nouvelle Librairie, au Quartier latin, périodiquement agressée etc. 

Dans le passé, Présent avait contesté devant le tribunal administratif, les décisions qui l’avaient privé des aides de l’Etat mais le journal avait été débouté. Il est impossible en effet de prouver que le dispositif est fait pour n’éliminer que Présent, même si tout le monde comprend bien qu’avec neuf titres de presse correspondant à la définition ministérielle il est aisé de réaliser des simulations, de faire bouger le curseur, pour fixer des règles qui éliminent le seul titre que l’on veut éliminer. 

Quels sont les autres indices qui nous font penser que cette décision d’élimination de Présent n’est pas technique, mais purement politique ? 
  • Pourquoi Présent reçoit-il habituellement l’aide à la presse le dernier jour du dernier mois de l’année, alors que nous lisons que des journaux comme L’Humanité et Libération pouvaient la recevoir en cours d’année. Il est d’ailleurs curieux qu’une aide à la presse pour 2019 ne soit versée que le dernier jour de 2019, – quand elle est versée - ! 
  • En principe le ministère de la culture, si on suit son explication, connaissait dès le 2 janvier 2019 les prix de vente des titres, permettant ainsi d’exclure Présent vendu pas assez cher par rapport à la moyenne des autres titres. Mais pourquoi a-t-il attendu le 29 octobre 2019 et de nombreuses relances (notamment relances écrites des 26 août, 4 septembre, 3 octobre) pour enfin nous annoncer … que Présent était éliminé en raison de son prix de vente du 2 janvier 2019 ? Est-ce parce qu’au 29 octobre il nous était impossible de faire marche arrière ? 
  • Pourquoi le ministère ne nous a-t-il pas alerté tout de suite sur le risque de perdre nos aides ? Même question au syndicat de la presse quotidienne. 
  • Pourquoi le prix de vente moyen pondéré 2019 dont nous sommes censés nous être trop écartés ne nous est-il toujours pas communiqué ? 
  • Pourquoi le Syndicat de la Presse Quotidienne Nationale ne monte-t-il pas au créneau pour nous défendre ? 
  • Pourquoi le SPQN, qui nous réclame notre cotisation annuelle (4657,86 euros, tout de même !) relaie-t-il même la parole gouvernementale, sans commentaire, sans protestation ? Curieux syndicat… 
Une stratégie globale d’offensive contre le mouvement national 

A la vérité cette exclusion n’est pas le fruit de la malchance ou d’initiatives isolées. Elle s’inscrit dans une stratégie globale d’offensive contre le mouvement national. Le quotidien Le Monde a révélé l’existence d’une note technique gouvernementale pour torpiller l’élan patriotique et identitaire, qui se matérialisera en mars prochain par un « grand remplacement » au niveau de nombreuses mairies. Cette note technique met l’accent sur les approches juridiques, les obstacles d’ordre procédural à dresser face au mouvement national. Nous y sommes. 

L’offensive est tout azimut : les censures pratiquées de plus en plus systématiquement par les réseaux sociaux, et dont Présent a déjà fait les frais à deux reprises, la mise en place d’un contrôle préalable des prises de parole d’Eric Zemmour, par la suppression de ses émissions en direct, l’indécente campagne contre le RN à l’occasion de l’affaire de Bayonne, les mensonges et les messages de haine alimentés et relayés par les médias, spécialement les médias du service public (sic !), sans parler des menaces et agressions physiques dont font l’objet élus et candidats nationaux, et pratiquement jamais relayés dans les médias… 

Le rapport Libertex 2019, qui vient d’être publié, et qui compare la situation de la liberté d’expression dans neuf des principaux pays développés, place désormais la France en dernière position, derrière la Russie et la Hongrie, d’ailleurs, les USA, le Japon et le Danemark figurant, eux, en tête du classement. Cette dernière place de la France découle de l’absence d’une diversité d’agences de presse, des lois mémorielles, des lois « contre les propos haineux », de la censure instaurée sur Twitter et Facebook, et des pressions gouvernementales sur les applications des messageries instantanées. Sur chacun de ces points, la France a une mauvaise note. 

Beaucoup de ces atteintes à la liberté d’expression concernent les réseaux sociaux et, du coup, cela doit attirer notre attention sur la nécessité de conserver une presse écrite, beaucoup plus coûteuse, certes, mais beaucoup plus difficile à censurer, également, car nécessitant obligatoirement une décision de justice. 

Quelles sont les conséquences de cette privation d’aide, pour Présent ? Notre budget avait été établi en tenant compte de cette subvention. L’an dernier, elle avait été de 140 000 euros. Nous l’avions budgétée à hauteur de 130 000 euros, car nous constations chaque année une réduction de celle-ci, sans possibilité pour nous de savoir sur quels critères (nos budgets publicitaires, pourtant très maigres ? Notre diffusion, pourtant légèrement en hausse ?). Cette somme représente 12 à 15% de notre chiffre d’affaires annuel. 

Notre ambition, pour cette fin d’année et pour 2020, était et reste d’être en pointe dans la campagne des municipales, de multiplier les rencontres avec nos lecteurs, comme à Orange en septembre dernier et à Nancy le 7 décembre prochain, de développer des partenariats radio et télévision (TVLibertés, Radio Courtoisie, Radio Libertés), de promouvoir le livre et la lecture grâce notamment au prix des Lecteurs et Amis de Présent, d’augmenter notre visibilité dans les kiosques etc. 

Tous ces projets, nous devons les assurer, parce que c’est notre « devoir d’état », la raison d’être du quotidien Présent, qui n’est pas qu’un journal d’information. Néanmoins, nous avons été contraints de réduire immédiatement la voilure, pour faire des économies, d’utiliser par exemple un papier moins épais, et donc moins cher, pour la version papier de Présent, de réduire à douze pages au lieu de seize notre édition du samedi. 

Une question de vie ou de mort 

Mais en toute hypothèse, sans l’aide de nos lecteurs, sans un élargissement de notre lectorat, sans la possibilité de combler ce manque à gagner, Présent ne pourra pas assurer ces développements, et sans ces développements, Présent ne survivra pas, car se posera alors tout simplement la question de l’utilité de Présent. A l’heure du Grand Remplacement et de la subversion sociétale, Présent demande à tous ceux qui sont attachés à une vraie liberté d’infirmation le courage de cet effort. Par les temps qui courent, chacun se doit d’ériger le courage politique, spirituel, culturel en vertu cardinale (1). 

Pour beaucoup de lecteurs de Présent, - ils le disent -, l’abonnement, le soutien financier est déjà un effort. Mais pour la survie de Présent, alors que votre quotidien s’apprête à entrer dans sa 39e année d’existence (ce qui n’est pas rien pour un titre de la droite nationale), il faut aller plus loin. Et pour Présent, c’est une question de vie ou de mort. La formule « il vaut mieux allumer une bougie que de maudire l’obscurité » n’a jamais été autant d’actualité. Et cent bougies de la réinformation éclairent autant, sinon mieux, que les projecteurs aveuglants des gros médias. 

Il nous est aussi parfois objecté par l’un ou l’autre que ce n’est pas la première fois que Présent crie misère et appelle ses lecteurs à la rescousse. Oui, c’est exact, et ce n’est sans doute pas la dernière fois non plus. Au cours de sa très longue existence, y compris au cours des toutes premières années ayant suivi son lancement, en janvier 1982, Présent a été menacé dans sa survie, mais a pu faire face, grâce à ses lecteurs, répondant aux appels de Jean Madiran et de François Brigneau. Aujourd’hui le modèle économique des médias de la droite nationale, catholique, identitaire, passe nécessairement par des soutiens financiers exceptionnels de ses lecteurs. C’est vrai pour Présent, comme c’est vrai pour tous les autres médias de la réinformation. Mais ceci n’est pas nouveau : L’Action française, le grand quotidien de Charles Maurras, Léon Daudet et Jacques Bainville, malgré son influence intellectuelle, malgré le prestige de ses collaborateurs, malgré le dévouement ses militants, et le sang versé par les siens, lors de la Grande Guerre, ne survivait que grâce au coup de pouce financier de souscripteurs permanents. Rien n’a changé sur ce plan, ou plus exactement tout est même devenu plus difficile, malgré le sursaut patriotique actuel. Oui Présent a besoin d’une nouvelle mobilisation financière de ses lecteurs et de ses amis. 

Francis Bergeron 


(1) Cf l’essai de François Bousquet, Courage ! manuel de guérilla culturelle.

12 novembre 2019

[Jérôme Bourbon - Rivarol] Présent, la subvention publique et les prud’hommes

SOURCE - Jérôme Bourbon - Rivarol - 13 novembre 2019

Dans Présent du 5 novembre, Francis Bergeron, le gérant du journal, fait savoir que le quotidien ne recevra pas, contrairement aux années précédentes, la subvention gouvernementale qu’il estimait pour 2019 à quelque 140 000 euros et sollicite à nouveau l’aide de ses lecteurs. Cet appel a été largement relayé sur les réseaux sociaux, du Salon beige à Français de souche en passant par Riposte laïque, TV Libertés et l’Observatoire du journalisme, qui crient tous au scandale et à la persécution politique. Les choses sont-elles aussi simples que cela ? Que faut-il vraiment en penser ? 

Beaucoup de lecteurs de Présent auront en tout cas été surpris d’apprendre que le quotidien percevait chaque année une aide de l’Etat, une subvention publique de plus de cent mille euros. Il est en effet étonnant d’attendre d’un gouvernement que l’on combat, ou que l’on est censé combattre, une aide publique. De plus, au sein de la droite nationale, on s’est toujours opposé au principe des subventions publiques, qui plus est pour la presse. Jean-Yves Le Gallou a souvent expliqué, non sans raison, qu’une presse devait être libre et ne dépendre que de ses seuls lecteurs. Précisons que RIVAROL, lui, ne perçoit, ni n’a jamais perçu le moindre centime d’aide publique. Ce qui explique sans doute sa totale liberté de ton et la radicalité de sa ligne éditoriale.

L’actuelle direction de Présent ayant depuis cinq ans le monopole de la communication et recourant régulièrement à la désinformation, il nous paraît nécessaire, au moment où l’on parle tant dans nos milieux de la nécessité de la réinformation, de rétablir la stricte vérité des faits pour que le public puisse valablement se faire une opinion sur ce qui se passe actuellement, et depuis un certain temps déjà, à Présent. Il est certes très délicat d’aborder ce genre d’affaires pénibles mais nous taire plus longtemps nous rendrait complice d’une imposture dont le lecteur est la première victime. A quoi sert en effet un journal d’opinion si la vérité doit être mise sous le boisseau et si l’on n’ose rien dire de crainte de se faire des ennemis, d’être incompris ou d’indisposer tel ou tel ? RIVAROL prend donc une nouvelle fois ses responsabilités.
UN JOURNAL DOIT-IL ÊTRE SUBVENTIONNÉ ?
On savait que la plupart des journaux étaient subventionnés par l’Etat et ne vivaient que sous respiration artificielle. Beaucoup auront appris ces jours-ci que Présent est également dans ce cas. C’est d’autant plus étonnant que le journal a toujours dit qu’il ne vivait que de ses lecteurs et qu’il s’est bien gardé de dire, ou alors ô combien discrètement, qu’il bénéficiait depuis de très longues années d’une subvention publique de plusieurs centaines de milliers d’euros par an. Une rapide recherche sur Internet permet de connaître le montant des aides reçues chaque année du gouvernement : en 2015 Présent a ainsi perçu 262 257 euros d’aide publique directe, 218 128 en 2016, et encore 157 562 en 2017. Aides directes auxquelles il faut ajouter l’aide indirecte, non négligeable également.

Un bon produit n’a pas besoin d’être subventionné. Que dirait-on d’un boulanger subventionné pour vendre son pain ou d’un boucher aidé pour écouler sa viande ? Un commerce doit vivre des ventes de ses produits. Si ce qu’il propose au public est de qualité, il doit en principe pouvoir se maintenir et même éventuellement se développer. On a rarement entendu qu’un boulanger faisant du bon pain ou un pâtissier réalisant de succulents gâteaux ait fait faillite. 

Le principe des subventions publiques est donc éminemment contestable. Il l’est davantage encore pour la presse. Car comment combattre frontalement et sans arrière-pensée un gouvernement dont on attend chaque année l’aide publique ? La crainte de perdre la subvention publique ne conduit-elle pas à un amollissement de la ligne éditoriale, à un attiédissement des convictions ? N’invite-t-elle pas à certaines timidités éditoriales ? Et surtout le fait de pouvoir compter régulièrement sur des aides publiques n’engendre-t-il pas le risque de conduire à une certaine médiocrité ? Pourquoi consentir à des efforts, viser l’excellence, si l’on sait que de toute façon on touchera chaque année une subvention permettant de durer ?

La raison invoquée par le ministère de la Culture pour refuser à Présent l’aide publique cette année, pour la première fois depuis douze ans, est que le prix de vente du quotidien est en-dessous des autres quotidiens. Les autres quotidiens à faibles ressources publicitaires que sont La Croix et L’Humanité sont vendus respectivement 2 euros et 2,20 euros. Si Présent s’était aligné en janvier 2019 sur les prix de vente de ses deux confrères, il y a fort à parier qu’il aurait bénéficié à nouveau de sa subvention publique cette année, subvention qu’il touchait sans discontinuité depuis 2008. Et s’il passe à 2 euros ou 2,20 euros en janvier 2020, tout laisse supposer qu’il récupérera la subvention l’année prochaine. C’est si vrai que, dans le passé, lorsque Présent avait déjà perdu une fois sa subvention annuelle parce que son prix de vente était trop élevé, il lui a suffi l’année suivante de baisser son prix pour être dans la moyenne des autres quotidiens et, ainsi, de récupérer aussitôt la subvention momentanément suspendue, comme nous l’a confirmé la gérante de l’époque, Jeanne Smits. Donc, dans cette affaire, s’agit-il exclusivement d’une manœuvre politique du gouvernement ou surtout d’une impéritie, d’une incurie de l’actuelle direction du quotidien ?

Dans Présent daté du 8 novembre, le rédacteur en chef, Samuel Martin, un intime de Caroline Parmentier — qui a quitté le navire début 2019, sentant le naufrage arriver, pour devenir attachée de presse au Rassemblement national — écrit une « lettre ouverte à nos confrères quotidiens » dans laquelle il demande très officiellement à huit quotidiens, La Croix, L’Opinion, Libération, L’Humanité, Le Figaro, Le Monde, Le Parisien, Les Echos, de verser à Présent une partie de leur subvention annuelle. Faut-il n’avoir aucun sens de l’honneur et aucune dignité pour demander de l’argent à l’ennemi que l’on combat ! Mieux vaut mourir debout, le drapeau fièrement déployé, la bannière claquant au vent, que de solliciter, de manière plaintive, l’aide du gouvernement et de journaux cosmopolites. 
PRÈS DE 400 000 EUROS RÉCLAMÉS EN UN AN !
Francis Bergeron demande à ses lecteurs d’ouvrir largement leurs porte-monnaie puisqu’il réclame 140 000 euros, soit le montant estimé de la subvention selon ses calculs. En l’espace d’un an environ, Bergeron a demandé presque 400 000 euros aux lecteurs de Présent : 210 000 euros pour l’affaire Rémi Fontaine, journaliste de fondation à Présent qui a gagné aux prud’hommes en première instance, puis plus largement encore en appel, 35 000 euros pour l’affaire Yves Brunaud, journaliste de fondation à Présent qui a gagné en première instance aux prud’hommes, et voilà que, dans un troisième appel au secours, en quelques mois, Bergeron demande encore 140 000 euros pour une subvention publique perdue !

Cela ne va pas s’arrêter là et les dévoués lecteurs de Présent doivent savoir qu’ils seront appelés à mettre très souvent encore la main au portefeuille dans ce puits sans fonds qu’est devenu ce quotidien. Pendant longtemps, Francis Bergeron a fait croire qu’il n’y avait qu’un seul et non plusieurs procès aux prud’hommes, intentés contre la SARL Présent par d’anciens journalistes du quotidien écœurés par les méthodes de gestion et le changement de ligne éditoriale de la nouvelle direction. Il ciblait uniquement Rémi Fontaine, régulièrement traîné dans la boue et auquel était systématiquement refusé tout droit de réponse. Puis Bergeron avoua un deuxième procès, une fois qu’il l’eut perdu, celui d’Yves Brunaud. La vérité, c’est qu’il n’y a pas un, ni deux procès, mais SIX procès aux prud’hommes dont celui intenté par l’ancienne gérante et directrice de la publication et de la rédaction Jeanne Smits, débarquée en mars 2014 dans des conditions humainement épouvantables et qui ont gravement altéré à l’époque son état de santé, et bien plus encore celui de son époux, Olivier Figueras. Les six journalistes qui ont été aux prud’hommes sont Jeanne Smits, Olivier Figueras, Catherine Robinson, Rémi Fontaine, Yves Brunaud et Maroun Charbel. Bergeron, qui n’en est pas à un mensonge près, se garde bien d’informer ses lecteurs, sans doute pour ne pas les décourager, qu’il a déjà perdu un troisième procès, celui de Catherine Robinson, qui va coûter 146 000 euros (124 000 euros accordés par les prud’hommes, plus 22 000 euros attribués par la commission arbitrale des journalistes) au journal, ou plutôt à ses lecteurs appelés à renflouer sans cesse le tonneau des Danaïdes. On peut trouver tous les jugements en PDF sur la page Wikipédia consacrée à Présent
SIX PROCÈS AUX PRUD’HOMMES
Lorsque Bergeron a demandé 210 000 euros aux lecteurs de Présent pour payer la somme prétendument allouée par les juridictions prud’homales en première instance à Rémi Fontaine, les lecteurs ont été très généreux puisque, de l’aveu même de Bergeron, en quelques mois, ils ont donné près de 300 000 euros, plus encore que la somme demandée. Or, d’après ce que dit Rémi Fontaine dans un communiqué, non seulement la somme alors demandée était mensongèrement gonflée mais il n’a à ce jour perçu qu’un petit dixième de la somme due en vertu d’un jugement pourtant exécutoire. Où est donc passé l’argent puisque Bergeron écrit que le journal n’a quasiment plus de trésorerie aujourd’hui et qu’il est condamné à une mort imminente sans un nouveau renflouement massif de la part de ses lecteurs ? De la même façon, Yves Brunaud nous confirme qu’à ce jour il n’a pas touché un centime des 35 000 euros que Bergeron avait récoltés auprès de lecteurs de Présent toujours aussi généreux. Où est passé l’argent donné par les lecteurs ?

Si on additionne tous les procès perdus à ce jour aux prud’hommes par Présent, on est déjà très largement au-dessus de 300 000 euros, et le total pourrait s’alourdir encore dans les mois qui viennent, Jeanne Smits, Olivier Figueras et Maroun Charbel étant en appel, comme d’ailleurs Catherine Robinson et Yves Brunaud. Or, traditionnellement, en droit du travail, les juridictions d’appel sont plus favorables aux salariés qu’aux employeurs. Martin Peltier, qui avait perdu en première instance contre National-Hebdo après avoir fait valoir la clause de conscience pour quitter ses fonctions de rédacteur en chef de l’hebdomadaire frontiste au moment de la scission mégrétiste en 1999, avait gagné sur toute la ligne en appel, ce qui avait durablement affaibli le périodique qui a cessé définitivement sa parution en juin 2008. 

Que les lecteurs soient appelés à aider un journal qui connaît une difficulté passagère, conjoncturelle, ou qui a perdu un procès politique à cause de positions courageuses, politiquement ou historiquement incorrectes, il n’est rien là de plus légitime. Mais les lecteurs à qui l’on doit la vérité et qu’il est particulièrement irrespectueux de manipuler et de tromper, d’autant plus quand on leur demande régulièrement de l’aide, doivent-ils en permanence prendre sur leurs deniers, se priver de ce que Bergeron appelle « le superflu », pour payer les conséquences d’une gestion exécrable des relations humaines en son sein ? Car à qui fera-t-on croire que tous les torts sont d’un seul côté quand, quasiment du jour au lendemain, plus d’une dizaine de collaborateurs ont quitté le journal et que six d’entre eux, dont deux de fondation ainsi que l’ancienne directrice, sont allés aux prud’hommes ? Curieux que Bergeron qui a été DRH dans une grande entreprise se soit montré aussi calamiteux dans la gestion des ressources humaines au point de conduire à la révolte des journalistes de fondation ! 
MARINOLÂTRIE
La vérité, c’est qu’en 2014, un « clan familial » (dont les liens ne sont de surcroît pas conformes à la morale catholique qu’est censé défendre le quotidien) s’est emparé du journal avec une extrême brutalité — d’où les nombreux départs et les six procès aux prud’hommes —, en a altéré la ligne éditoriale, transformant le quotidien fondé en 1982 en bulletin mariniste inconditionnel. 

RIVAROL avait d’ailleurs épinglé en 2017, quelques semaines avant la présidentielle et avant le débat calamiteux de Marine Le Pen, les dithyrambes insensés à l’égard de la présidente du Rassemblement national : « En tout cas, la marinolâtrie s’intensifie chaque jour davantage dans le quotidien qui avait autrefois pour devise « Dieu Famille Patrie ». En témoigne en page une cet article du 7 mars 2017 (« Mobilisation générale ») de son principal actionnaire Francis Bergeron qui passe la brosse à reluire : « il n’y a qu’un seul candidat, à droite — et même dans tout l’échiquier politique français — qui ait une stature d’homme d’Etat, c’est elle (Marine Le Pen) ». Emporté par son enthousiasme, Bergeron ose écrire : « Pour ceux qui ont étudié l’histoire de notre courant politique — le courant identitaire et patriotique, pour faire simple —, jamais nous n’avons eu de tête de file de la qualité de Marine Le Pen. Le moment est tout simplement extraordinaire. » Oui, vous avez bien lu : Marine Le Pen est un chef de file ô combien supérieur à saint Louis, à sainte Jeanne d’Arc, à Drumont, à Barrès, à Maurras, au maréchal Pétain, à Poujade, à Tixier-Vignancour, à Jean-Marie Le Pen (qui a dû apprécier le compliment !) Personne dans notre histoire ne saurait égaler (l’ex-)concubine de Louis Aliot qui est tellement extraordinaire. On croirait lire La Pravda du temps de Staline. Des dithyrambes qui confinent au délire. Décidément les élections rendent fou, font perdre tout jugement, tout bon sens, toute mesure, toute dignité intellectuelle. »
UN REDRESSEMENT QUI N’A PAS EU LIEU
Depuis plusieurs années, partout où il est invité, à Chiré, sur Radio Courtoisie, à TV-Libertés, et encore dans un livre paru récemment, Présent, un défi au quotidien, Bergeron fait croire, avec l’humilité qui le caractérise, qu’il a redressé le journal et que tous les torts incombaient à l’ancienne gérance (Jeanne Smits), « ce pelé, ce galeux, d’où vient tout le mal ». Il suffit toutefois de consulter les comptes de la société déposés chaque année depuis 2014 au greffe du tribunal de commerce de Paris pour se rendre compte qu’il s’agit là d’un fieffé mensonge. Le chiffre d’affaires annuel de Présent est en baisse quasiment constante, les déficits et les dettes augmentent, les abonnements et les ventes en kiosques chutent de manière sensible. Il est donc totalement mensonger de prétendre qu’il a redressé le journal.

Il est des individus qui, à cent ans, attendent encore fébrilement la Légion d’honneur. Bergeron, qui rêvait dans sa vieillesse de diriger à sa guise un journal pour en faire sa danseuse, son bâton de maréchal, n’a reculé pour ce faire devant aucun moyen, aucune forgerie, aucune manipulation, aucune falsification. Se croyant tout permis, il s’est ainsi emparé en 2016 de la présidence de Présent-militants, qu’il a transformée en CLAP (Club des Lecteurs et Amis de Présent), alors qu’il n’était même pas membre de l’association et qu’il n’a pas pris la peine de convoquer un conseil d’administration en bonne et due forme, n’informant ni ne convoquant par lettre recommandée avec AR les membres de plein droit de Présent Militants (Jeanne Smits qui disposait de 5 voix sur une totalité de 22, ainsi qu'Yves Chiron, 1 voix, Olivier Figueras, 1 voix, Jean-Claude Absil, 1 voix, Rémi Fontaine, 1 voix, et plusieurs autres). 

Enfin, ce qui en dit long sur le personnage, au moment où l’actuelle direction de Présent poursuivait l’ancienne gérante de Présent, Jeanne Smits, devant le tribunal de commerce de Paris, en essayant de la faire condamner le plus lourdement possible pour de supposées fautes de gestion, Bergeron, qui est la fourberie faite homme, faisait publier, avec une évidente fausse compassion, un petit texte pour assurer Jeanne Smits de toute sa sympathie au moment où elle venait de perdre son père. Difficile d’aller plus loin dans la tartuferie !

Jérôme BOURBON
RIVAROL numéro 3399 du 13 novembre 2019, page 11

11 novembre 2019

[Valeurs Actuelles] Incendie de Notre-Dame : le dernier curé de Saint-Germain l’Auxerrois se confie

SOURCE - Valeurs Actuelles - 4 septembre 2019

Le Père Gilles Annequin déplore la délocalisation des activités de la cathédrale de Paris qui entraîne la mise entre parenthèses de cette paroisse, laboratoire de communion entre les différentes sensibilités ecclésiales.

A l’heure où il faut quitter ce qui nous a été confié, on ne peut que le remettre entre les mains de la Providence. Nécessité faisant loi, il était nécessaire d’envisager un déplacement des activités de la cathédrale dans une église voisine, et le choix a été fait de Saint-Germain l’Auxerrois. Quelle que soit la paroisse choisie, cela représentait, hélas, de grands bouleversements, dont certains difficiles à vivre pour les communautés présentes et qui s’y étaient épanouies. Saint-Germain l’Auxerrois était une vraie paroisse, paroisse territoriale pour ceux qui habitent le quartier - même si les bureaux prennent le pas sur les logements -, mais aussi paroisse d’élection.

Si la liturgie a été l’occasion d’une véritable guerre de religion dans l’Eglise de France, qui perdure dans maints endroits, à Saint-Germain l’Auxerrois, les différentes sensibilités avaient trouvé leur place et chacun pouvait célébrer sa foi et prier selon son cœur : en latin selon la forme extraordinaire, en français selon la forme ordinaire, en grégorien, en espagnol avec la dynamique et joyeuse communauté latino-américaine. Les prêtres se croisaient, certains en soutane, d’autres sans le moindre signe distinctif, des Français, des étrangers, nombreux, des visiteurs aussi, touchés par la beauté des lieux, et chacun respectait l’autre, parce qu’une vraie liberté, une vraie harmonie régnaient. Le Centre Saint-Paul, la Fraternité Saint-Pierre… se sentaient accueillis.
Saint-Germain l’Auxerrois, c’est aussi la "paroisse royale du Louvre"
L’expérience spirituelle tentée attirait les jeunes, dont de nombreux couples, qui ne venaient pas seulement à la messe mais découvraient ou redécouvraient le sacrement de pénitence : combien de fois m’a-t-on fait la demande d’une confession avant ou après la célébration ! Dans la fréquence de ce sacrement est le cœur battant d’une paroisse et l’engagement profond, l’engagement intérieur de chrétiens fiers de la vie nouvelle qui bat à un rythme plus intense dans leur existence fortifiée. L’enthousiasme et l’éclat des chorales faisaient vraiment plaisir à entendre.

Saint-Germain l’Auxerrois, c’est aussi la "paroisse royale du Louvre". Depuis plus de cent ans on y célèbre chaque année un office à la mémoire du roi Louis XVI et des martyrs de la Révolution, en lien avec L’Œillet blanc et la famille d’Orléans. C’est un honneur de pouvoir célébrer cette messe tout à fait particulière qui rattache cette église à l’histoire de France et à ses vicissitudes.

Ainsi, cette très ancienne église, fondée en 542, la première à Paris après Notre-Dame, qui fut la paroisse des rois de France, celle des "artistes des beaux-arts", était-elle devenue la figure de cette Eglise plurielle, née des réformes de Vatican II… « Il faut savoir se laisser enrichir par toutes les formes liturgiques latines ou orientales qui privilégient le silence. Sans cet esprit contemplatif, la liturgie demeurera une occasion de déchirements haineux et d’affrontements idéologiques au lieu d’être le lieu de notre unité et de notre communion dans le Seigneur. Il est grand temps d’entrer dans ce silence liturgique, tourné vers le Seigneur, que le concile a voulu restaurer. » (Cardinal Sarah, la Force du silence, octobre 2016.)

Mon rôle de pasteur en tant que curé cesse et j’ai été très heureux de pouvoir permettre ce lien communautaire et paroissial, d’établir une vraie fraternité dans le sens de l’Eglise. Les fruits de ce ministère sont la joie d’avoir pu accompagner ceux qui m’ont été confiés, d’avoir reçu autant que possible les nombreuses demandes et ouvert largement la paroisse à la vie diocésaine et au monde extérieur. Depuis mon ordination, la phrase de saint Paul a été le fil conducteur de mon ministère : « Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns. » (Omnibus omnia factus sum, ut omnes facerem salvos - 1Co 9, 22.)

C’est une consolation de savoir que notre archevêque va pouvoir trouver un lieu, même temporaire, dans l’attente du moment où la cathédrale reprendra vie. Mais comment cacher que les paroissiens sont profondément blessés par la nouvelle installation, qui leur a été imposée ? Ils ont été traités en quantité négligeable, les communautés ont été dispersées, la vie paroissiale et l’harmonie ecclésiale réduites à néant. Cette épreuve diocésaine que représente l’incendie de la cathédrale devrait nous rendre plus humbles et être source d’une remise en cause de nos attitudes, de notre rapport aux autres, de l’exercice de la charité entre les prêtres, de la solidarité qui donne sens à notre humanité.

Dans mon ministère précédent, j’ai été vicaire épiscopal pour la pastorale de la santé et aumônier d’hôpital pendant plus de quinze ans. Le contact avec la souffrance physique et morale, au cœur des hôpitaux et dans la vie pastorale, m’a montré combien souvent au cœur de l’épreuve renaît l’espérance et combien l’homme revient à l’essentiel.

Bien avant ce funeste incendie, un projet en cohérence avec la paroisse avait été décidé : celui d’installer à Saint-Germain l’Auxerrois un lieu de visibilité pour le séminaire de Paris et l’Œuvre des vocations grâce à la présence manifeste au centre de la capitale de ces jeunes qui se préparent au sacerdoce.

A notre époque où la pratique religieuse est en baisse, où les vocations se raréfient, il est plus que temps d’accueillir largement, de se laisser enrichir par la diversité d’expression de la foi et de pratiquer le sens réel de la charité qu’est la tolérance.

[Séminaire de Wigratzbad - FSSP] La "section lusophone"

SOURCE - Séminaire de Wigratzbad - FSSP - 31 octobre 2019

Arrivé en 2017, notre premier séminariste portugais est désormais en 3e année. Il a été rejoint l'an dernier par quatre compatriotes, qui ont reçu leur soutane le 19 octobre. Avec l'entrée cette année de quatre autres jeunes, notre "section lusophone" connaît donc une progression spectaculaire !

Et cerise sur le gâteau, on voit ici nos neuf séminaristes entourer l'abbé Fernando Antonio, prêtre jésuite portugais, qui vient d'être incorporé à la FSSP, pour laquelle il a été affecté en France, à notre apostolat de Pau. 

Ensemble ils forment notre "petite armée de Notre Dame de Fatima", que nous confions à la Reine du Clergé, et à vos prières. 

"Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi !" 
(Notre Dame à Fatima, le 13 juillet 1917)

[Abbé de Jorna - Lettre à Nos Frères Prêtres (FSSPX)] Reprendre en main le chapelet

SOURCE - Abbé de Jorna - Lettre à Nos Frères Prêtres (FSSPX) n°83 - septembre 2019

L’occurrence du mois d’octobre, traditionnellement consacré au rosaire en raison de la fête de Notre Dame du Rosaire, le 7 octobre, nous rappelle l’importance de la dévotion du chapelet dans notre vie spirituelle, et spécialement en ces temps difficiles que nous traversons.
     
De grands saints ont présidé à l’élaboration puis à la diffusion de cette dévotion : citons simplement saint Dominique, le bienheureux Alain de la Roche et le Pape saint Pie V. Cette prière avait notamment pour but de remplacer pour les chrétiens l’assistance à l’office divin, auquel ils pouvaient facilement accéder antérieurement grâce aux très nombreux chapitres canoniaux (ce dont témoigne l’architecture de multiples églises, même de campagne) et monastères, mais dont beaucoup avaient disparu par le malheur des temps.
   
Cette dévotion du chapelet se présente comme une merveille spirituelle, avec les prières vocales essentielles de la chrétienté (Je crois en Dieu, Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire au Père) soutenant l’oraison mentale par la méditation des grands mystères de la vie du Christ ; le tout, simple et possible à réciter en tout lieu, en tout temps et en toute circonstance.
   
Cette dévotion du rosaire a été encouragée, recommandée, indulgenciée par tous les Papes des cent cinquante dernières années (au moins) : songeons que le Pape Léon XIII a consacré pas moins de douze encycliques à exhorter les chrétiens à réciter le chapelet. Tous les saints des derniers siècles ont usé du rosaire et l’ont recommandé, comme d’ailleurs tous les auteurs spirituels.
     
Le Code de droit canonique en promeut la récitation (CJC 1917, canon 124 § 2 ; CJC 1983, canon 246 § 3). Dans un autre ordre d’idées, les apparitions célestes qui ont jalonné les deux derniers siècles (Lourdes, Fatima, etc.) ont à de très nombreuses reprises évoqué l’importance de cette dévotion.
     
C’est dans ce contexte que le peuple chrétien unanime s’est attaché de façon préférentielle à cette dévotion du rosaire, y voyant une source de prière, de sanctification et de bénédiction céleste pour les personnes, les familles et les sociétés. La puissance d’impétration de cette dévotion n’a plus à être démontrée, l’histoire de l’Église comme l’histoire des âmes le démontre éloquemment.
     
Alors, reprenons en main notre chapelet, soyons fidèles chaque jour à le réciter, soyons-y, si l’on peut dire, « obstinément fidèles », car il nous assurera quotidiennement le minimum vital de prière et d’oraison en toute circonstance.
     
Et soyons assurés que Notre Dame du Rosaire bénira notre humble fidélité, veillera fidèlement sur nous et nous accompagnera tous les jours de notre vie.
     
Abbé Benoît de JORNA