17 novembre 2018

[Mgr Faure, sajm - Les Nouvelles du Séminaire] "Chers amis et bienfaiteurs..."

SOURCE - Mgr Faure, sajm - Les Nouvelles du Séminaire - Automne 2018

Chers amis et bienfaiteurs,
 
Les papes Jean XXIII et Paul VI, "inspirés du Saint Esprit" nous avaient promis un Printemps Conciliaire: il fallait ouvrir les fenêtres de la vieille Eglise accusée de se confiner dans le passé, pour s' ouvrir à un avenir radieux, qu en' allait pas manquer de réaliser l'Eglise moderne, adaptée, enfin, à l'homme moderne "roi de la Terre et désormais prince des cieux" ( Paul VI au lendemain de la conquête de la Lune), adaptée à la liberté de conscience, l'un des "Droits de l'homme de 1789" et fruit de"l'arbre de la connaissance du bien et du mal qui vous ouvrira les yeux et vous serez comme des dieux" (Genèse 3:5), adaptée aussi au dialogue avec les ennemis de l' Eglise afin de convertir les loups en agneaux... Dialogue qui s'est aussi mal terminé que celui de la fable.
 
Paul VI devait avouer qu' "après le Concile, les fumées de Satan avaient envahi l'Eglise" mais se refusait à en admettre la vraie cause :le Concile lui-même, cheval de Troie des idées de la Franc-Maçonnerie, "coup de maître de Satan".Après soixante ans de Religion Conciliaire, la population a décroché massivement de la pratique religieuse. La jeunesse lui a tourné le dos. Les vocations sacerdotales tendent à disparaître. Les églises sont abandonnées par centaines. Cet effondrement du tissu ecclésial français s'explique par une cause principale : la pastorale post conciliaire, son mépris de la Tradition de l'Eglise et de la Foi "des anciens jours". Aujourd'hui 25% des ordinations en France s'effectuent sous "la forme extraordinaire" et proviennent de communautés religieuses restées peu ou prou « fidèles » à certains éléments ou apparences traditionnelles, qui sont les seules à attirer des vocations."De cet ensemble de faits indéniables il ressort qu'aujourd'hui il y a une Eglise qui vit et une Eglise qui meurt". (Extrait de « Témoignage d’un curé de campagne ») Ceux qui, au Concile, et après, nous expliquaient que la Tradition n'intéressait plus personne et pouvait - ou devait - être abandonnée sans dommage pour l'Eglise, se sont trompés ! Et ils ont trompé les fidèles et les prêtres.
   
Face à ce constat de faillite totale comment ne pas se rappeler que Notre-Seigneur et les Apôtres nous ont avertis que dans les derniers jours viendra une apostasie générale, que seul un très petit reste résistera à ce torrent d’iniquité : "Le Fils de l'Homme trouvera -t-Il encore la Foi sur la Terre ? Si ces jours n'étaient abrégés, personne ne serait sauvé". (Luc 18,8)L'aboutissement de cette catastrophe sans précédent éclate à la face de ces prélats conciliaires avec les scandales et la dissimulation des péchés contre nature (Rom, I v. 20-32) dans lesquels la hiérarchie à son plus haut degré se trouve impliquée."Seul celui qui persévérera jusqu'à la fin sera sauvé." (Math 24,13).Jusqu'au triomphe du Cœur Immaculé de Marie qu'Elle nous a promis à Fatima.En attendant, nous devons rester fidèles au poste et essayer de faire quelque chose dans la modeste mesure des deux talents de l’Évangile que le Seigneur nous a confiés. Telle la petite garde qui ne se rend pas!
    
Tel est d’ailleurs le nom providentiel de la propriété où réside actuellement le Séminaire Saint Louis Grignon de Montfort qui grandit lentement mais sûrement. C’est ainsi que, dans deux ans auront lieu, si Dieu veut, les premières ordinations grâce à votre générosité inépuisable.Que le Bon Dieu et Notre-Dame vous le rendent au centuple, chers bienfaiteurs.

Mgr Jean-Michel Faure

[Abbé Benoît de Jorna, fsspx - Fideliter] Retrouver l'obéissance (éditorial)

SOURCE - Fideliter n° 245 - septembre-octobre 2018

Dans Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry fait poser cette question par le Roi au héros : « « Si j'ordonnais à un général de voleter autour de fleurs à la façon d'un papillon, ou d'écrire une tragédie ou de se changer en oiseau de mer, si le général n'exécutait pas l'ordre, serait-ce sa faute ou la mienne ? » On peut deviner qu'aujourd'hui le prince répondrait : « Si tu ordonnais à tes concitoyens de se jeter à la mer, ils feraient la révolution. » Car les hommes savent de moins en moins obéir.

D'où vient qu'on obéit moins ? Si nous remontons aux causes profondes, c'est que nous vivons dans l'ère de la quantité et pourtant la qualité devrait guider nos vies. Mais par nature notre intelligence à tendance à simplifier. Il est plus facile d'additionner des chiffres que d'élaborer lentement une progression qualitative de nos âmes. Et les vertus sont des qualités. On connaît les quatre vertus cardinales et on sait qu'elles sont mères de nombreuses filles. Quelle est la mère de l'obéissance ? C'est la justice. Et saint Thomas nous dit que cette dernière est la « qualité par laquelle on donne d'une volonté ferme et perpétuelle à chacun son droit ». Avouons qu'aujourd'hui ni la fermeté ni la perpétuité ne caractérisent plus les mœurs. Le papillonnage et la superficialité sont manifestes dans tous les domaines.

La volonté, beaucoup trop sujette des passions, a bien du mal à garder l'empire qu'elle devrait avoir sur elles. Comme des papillons, on survole d'une fleur à l'autre au gré du plaisir qu'elle apporte, toujours momentané. Par ailleurs il n'y a plus de perpétuité que dans le mouvement. Vieille théorie toujours actuelle. C'est la trop fameuse continuité dans le changement !

Alors si la mère – la justice – défaille comme sa fille – l'obéissance –, cette dernière pourrait-elle encore continuer d'exister ? Et pourtant nul homme ici-bas ne peut prétendre atteindre sa fin dernière sans cette vertu. Car notre fin dernière est la perfection chrétienne et celle-ci requiert toutes les vertus. Personne ne peut prétendre à la sainteté sans l'obéissance. Mais pour être obéissant, encore faudrait-il que le supérieur commande un précepte juste et légitime. Nous savons en effet, et peut-être trop, que « la volonté divine est la règle suprême et que toutes les volontés raisonnables sont réglées – ou devraient l'être – par elle, et ce plus ou moins directement, selon l'ordre établi par Dieu ». C'est l'enseignement de saint Thomas, le docteur angélique qui devrait être le docteur commun de l'Église.

Nous vivons, il est vrai, dans le dérèglement habituel. Les préceptes enjoints, dans l'Église,par les autorités suprêmes, sont de plus en plus injustes et illégitimes. Ils sont pour beaucoup manifestement contraires à la volonté divine ; ce nous est donc un devoir de n'y point souscrire. En conséquence l'obéissance devient tout simplement impossible. Et cette pauvre fille, n'ayant plus d'objet et donc d'occasion de s'exercer, se fait toute petite, s'efface et disparaît. Car saint Thomas prend soin de préciser : « L'objet précis de l'obéissance, c'est en effet le précepte ou l'expression d'une volonté qui n'est pas la nôtre, mais que la nôtre par obéissance s'empresse d'accomplir. » On s'habitue donc à vivre sans obéissance et, bien vite, on perdra même l'esprit d'obéissance, cette volonté de se conformer à la volonté du supérieur. Or c'est là que le bât blesse. Nous prétendons finalement vivre comme des bienheureux : au Ciel, plus de préceptes ! C'est non seulement du rêve, mais une erreur. On ne saurait perdre au Ciel toute la perfection acquise ici-bas. La vision faciale de Dieu dont parle saint Paul ne détruit aucune vertu !

L'obéissance est le respect envers les supérieurs ; et à supérieurs différents, obéissance différente. Ainsi, dit encore saint Thomas, les enfants ne sont pas obligés d'obéir à leurs parents quand il s'agit par exemple de vocation. « Mais pour la conduite de sa vie et les travaux domestiques, l'enfant doit obéir à son père » ! L'obéissance est une vertu sur la terre comme au Ciel ; elle l'était déjà au paradis terrestre, bien que la pratique de l'obéissance diffère dans ces trois situations.

Aujourd'hui on n'obéit plus, on négocie. La vie commune devient l'agglomération de la recherche, par les hommes, de leurs intérêts propres. Dès lors, ou on exagère l'unité, comme le font le communisme et l'islam et l'obéissance devient servilité ; ou bien on tue l'obéissance sous prétexte de liberté, et on divague dans la diversité comme l'a voulu le concile Vatican II ; un regard sur les paroisses conciliaires le montre à l'envi, comme le montre le dossier de ce numéro de Fideliter.

Seule l'Église peut tenir le juste équilibre de la diversité dans l'unité. Et ce n'est pas un oxymore. Il est évident que Dieu lui-même donne l'exemple : il s'est fait obéissant jusqu'à la mort. Notre-Seigneur obéit au précepte de son Père et donne sa vie pour nous sauver. À nous de l'imiter sans attendre un martyre ou une épreuve extraordinaire, mais en filant tout le jour cette obéissance que l'on doit à son supérieur immédiat. Mais aussi que les supérieurs sachent demander et même exiger par des préceptes raisonnables cette obéissance qui grandit l'homme puisqu'elle le fait un autre Christ.

Saint Grégoire a ces belles paroles : « Nous soumettre humblement à la voix d'un supérieur, c'est nous élever intérieurement au-dessus de nous-mêmes ».

Abbé Benoît de Jorna+, Supérieur du District de France de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

15 novembre 2018

[FSSPX Actualités] Une nouvelle présentation des sites de la Fraternité Saint-Pie X

SOURCE - FSSPX Actualités - 9 novembre 2018

A l’occasion du 48e anniversaire de la fondation de la Fraternité Saint-Pie X, la présentation de ses sites internet a été mise à jour. Ils offrent toujours la même richesse de contenu au plan doctrinal, catéchétique et informatif que dans la précédente version, mais la navigation est grandement facilitée. L’objectif est d’aider les visiteurs à mieux se repérer et à trouver facilement toutes les informations, qu’elles soient nouvelles ou archivées.

Des articles, vidéos, photographies, sermons sont constamment mis en ligne sur l’ensemble de ces supports. 
Bref rappel historique
La Fraternité Saint-Pie X a été érigée canoniquement le 1er novembre 1970 dans le diocèse de Fribourg, en Suisse, à la demande de Mgr Marcel Lefebvre, son fondateur. La même année, le Séminaire international Saint-Pie X ouvrait ses portes à Ecône, dans le Valais. La vie liturgique traditionnelle comme l'enseignement de la philosophie et de la théologie selon saint Thomas d'Aquin y sont délivrés, conformément aux sages et constantes directives des papes.

La Fraternité Saint-Pie X a placé au cœur de la formation des futurs prêtres la dévotion au saint sacrifice de la messe, et sa digne célébration selon le rite immuable codifié par le pape saint Pie V. La Fraternité Saint-Pie X est « essentiellement apostolique parce que le sacrifice de la messe l'est également » (Statuts de la Fraternité Saint-Pie X).

Longtemps missionnaire en Afrique, Mgr Lefebvre put constater partout les merveilleux fruits de la messe. Il en retira cette profonde conviction : « La messe est le cœur de la théologie, de la pastorale et de la vie de l'Eglise ».

Dans la réalité du sacrifice de l'autel, à la fois temporel et éternel, les mystères de l'Incarnation et de la Rédemption s'accomplissent, entraînant la rédemption des âmes et la transformation spirituelle, morale et concrète de la société.

Par ces sites et l'apostolat sur Internet, la Fraternité Saint-Pie X offre à toutes les âmes de bonne volonté une source d’information et d’édification à la lumière de Notre Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai Homme.


Sites de la Maison générale :

Prieurés :

14 novembre 2018

[Paix Liturgique] Le scandale de la falsification du Credo en passe de cesser

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 668 - 13 novembre 2018

Depuis un demi-siècle, les catholiques de France professaient dans leur messe dominicale un Credo défectueux, contenant une proposition jugée par d’éminents esprits comme hérétique. Il aura fallu tout ce temps pour que la rectification doctrinale intervienne enfin, ce qui donne la mesure abyssale de la crise liturgique et ecclésiologique dans laquelle nous sommes plongés.

Paix liturgique a cru important de souligner à de nombreuses reprises ce considérable problème. Elle a consacré spécifiquement plusieurs lettres (lettres 401, 402, 589) à la question des traductions défectueuses du missel de Vatican II. Elle se concentre sur la question emblématique du consubstantialem Patri (le Fils est consubstantiel au Père) traduit par « de même nature que le Père », dans les éditions successives du missel, toutes approuvées par la Congrégation pour le Culte divin, (Desclée-Mame, 1974, 1977-78, et 2003), du Credode Nicée-Constantinople, récité notamment à la messe dominicale.
Une traduction « à strictement parler hérétique » (Jacques Maritain)
L’évacuation du « consubstantiel » renvoyait à l’hérésie du prêtre Arius au IVe siècle, qui avait provoqué une des crises les plus profondes qu’ait connues l’Église. À peine sortie de la grande période des persécutions, elle dut affronter la contestation de ce prêtre d’Alexandrie qui refusait de voir dans le Christ la parfaite image du Père, « Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu ». Très sensible aux influences de la philosophie mondaine, Arius ne pouvait concevoir que Jésus soit véritablement et littéralement le Fils de Dieu, devenu dans le sein de la Vierge Marie, par pure miséricorde, le Fils de l’homme, selon la belle formule de la tradition patristique : « Sans cesser d’être ce qu’Il est, il est devenu ce qu’Il n’était pas. » Les théologiens fidèles à l’Écriture et à la Tradition de l’Église élaborèrent la notion de « consubstantialité », concept qui fut reconnu par les Pères du Concile de Nicée (325) comme exprimant parfaitement la foi chrétienne depuis les temps apostoliques. Jésus est vraiment le Fils de Dieu. Il est un seul être avec Lui et avec le Saint-Esprit, chacune des trois personnes divines étant Dieu. C’est là le premier et le plus grand mystère de la foi catholique, un seul Dieu en trois Personnes, et c’est Dieu lui-même qui a ainsi révélé ce qu’Il est à ses enfants par la médiation de son Fils et par l’envoi du Saint-Esprit sur l’Église pour la conduire à la vérité tout entière. Cette vérité dogmatique fondamentale est la gloire de l’Église, le trésor des fidèles, et beaucoup de chrétiens ont préféré donner leur vie, subir la persécution et supporter d’incroyables souffrances pour défendre et servir cette foi qu’ils ont reçue des Apôtres.

Du coup, le philosophe Étienne Gilson, voyait dans la traduction du missel réformé français – traduction approuvée par Rome – le refus d’affirmer clairement l’unicité de la Trinité : « On ne dit assurément pas que le Fils soit un autre Dieu que le Père, on interdit seulement de faire usage de la seule formule dogmatique qui exclut toute possibilité d’erreur à cet égard » (La société de masse et sa culture, Vrin, 1967, p. 128).

Plus sévère encore, le philosophe Jacques Maritain écrivait dans un Mémorandum adressé directement à son ami Paul VI : « Sous prétexte que le mot "substance", et, a fortiori, le mot "consubstantiel" sont devenus impossibles à comprendre aujourd’hui, la traduction française de la messe met dans la bouche des fidèles, au Credo, une formule qui est erronée de soi, et même, à strictement parler, hérétique. Elle nous fait dire, en effet, que le Fils, engendré, non créé, est "de même nature que le Père", ce qui est l’homoiousios des Ariens ou semi-Ariens, opposé à l’homoousios, ou consubstantialis, du Concile de Nicée » (Jacques Maritain, Œuvres complètes, Éditions universitaires de Fribourg, 2000, vol. XVI, p. 1115).

S’agissait-il d’une véritable hérésie arienne ? Malheureusement pas. En réalité, la vraie raison du remplacement est bien celle que donne Maritain : la précision dogmatique du consubstantialem a semblé aux traducteurs du missel trop difficile à entendre par les hommes d’aujourd’hui, et ils ont finalement considéré qu’elle avait un intérêt mineur. Il s’agit plus de désintérêt pour le dogme que d’hérésie, ce qui est finalement bien plus grave.

Louis Salleron (La nouvelle messe, Nouvelles Éditions latines, 1970) notait qu’en suivant les principes selon lesquels, pour nos contemporains, le vocabulaire théologique et philosophique ne signifiait plus rien, ne « parlait plus », il faudrait aussi renoncer à ce compte à toutes les notions dogmatiques : Trinité, Incarnation, Rédemption.
Un très lent mouvement de rectification des traductions
Ce n’est qu’en 2001, le 28 mars, que la Congrégation pour le Culte divin, alors présidée par le cardinal chilien Medina, publia l’instruction Liturgiam authenticam, qui déclarait : « La traduction des textes de la Liturgie romaine n’est pas une œuvre de créativité ; il s’agit plutôt de rendre de façon fidèle et exacte le texte original dans une langue vernaculaire » (n. 20). Elle précisait : « Il est nécessaire que le texte original ou primitif soit, autant que possible, traduit intégralement et très précisément, c’est-à-dire sans omission ni ajout, par rapport au contenu, ni en introduisant des paraphrases ou des gloses ; il importe que toute adaptation au caractère propre et au génie des diverses langues vernaculaires soit réalisée sobrement et avec prudence ».

D’où un travail de correction des traductions précédentes : « Il faudra veiller à ce que les corrections de ce genre ne tardent pas trop » (n. 133).

Las ! On allait encore au contraire beaucoup tarder. Le cardinal Arinze, successeur du cardinal Medina, commença un interminable bras de fer entre la Congrégation du Culte divin et les Conférences des Évêques pour la rectification des traductions existantes. C’est au sein de l’aire anglo-saxonne, que maîtrisait mieux le cardinal nigérian, que le travail aboutit le plus heureusement, grâce au comité Vox Clara, constitué en 2002. Mais les Allemands, les Espagnols, traînèrent des pieds, et plus encore les Français, représentés alors pour ces questions par Mgr Robert Le Gall, archevêque de Toulouse, dont les lenteurs diplomatiques faisaient enrager le cardinal Arinze.

Le cardinal Sarah tenta ensuite de continuer cet effort dans le contexte infiniment plus difficile du pontificat du Pape François. En dehors de la nouvelle traduction de la 6ème demande du Pater (« ne nous soumets pas à la tentation »), son projet de traduction rectifiée concernait essentiellement le Con?teor (« C’est ma faute, c’est ma faute, c’est ma très grande faute », au lieu de : « Oui, j’ai vraiment péché »), l’Orate fratres(« Priez mes frères pour que mon sacrifice qui est aussi le vôtre soit agréable à Dieu le Père tout-puissant – Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice pour la louange et la gloire de son nom, pour notre bien et celui de toute sa sainte Église », au lieu de : « Prions ensemble au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Église – Pour la gloire de Dieu et le salut du monde »), et surtout le Credo (« consubstantiel » devant remplacer « de même nature »).

Mais le motu proprio Magnum principium du 9 septembre 2017, est venu corriger le canon 838, qui traite des traductions des livres liturgiques, dans un sens plus favorable à la liberté des conférences épiscopales, ce qui donnera du poids aux résistances de l’épiscopat français dès lors représenté par Mgr Bernard-Nicolas Aubertin, archevêque de Tours.
Un épilogue en demi-teinte
Et malgré ce, la Conférence des Évêques de France, dans son assemblée, qui vient de se tenir à Lourdes du 3 au 8 novembre, a validé la nouvelle version réalisée par elle et par les autres conférences épiscopales francophones (hors Afrique) et présentée par Mgr Guy de Kerimel, évêque de Grenoble-Vienne, actuel président de la Commission épiscopale pour la Liturgie et la Pastorale sacramentelle. Cette version sera envoyée à la Congrégation pour le Culte divin pour la confirmatio définitive. Elle devrait être publiée, non pas toutes affaires cessantes, mais en 2019, pour prendre effet au premier dimanche de l’Avent.

On pourra juger du résultat des diverses rectifications quand il sera connu, très transactionnel selon ce que laisse entendre Mgr de Kerimel. En tout cas, le « de même nature » aura vécu et sera remplacé par « consubstantiel au Père ». Le commentaire de Mgr de Kerimel laisse pantois : consubstantiel au Père est « une formule plus affinée sur le plan théologique ». Une formule plus affinée…Merci, pour le Concile de Nicée !

Á l’âge des repentances à tous vents, serait bienvenu quelque chose comme un regret, une demande d’excuse, exprimée par les pasteurs de l’Église, docteurs de la foi, d’avoir laissé professer durant le temps de deux générations un Credo matériellement hérétique par tous les fidèles francophones.

Pas par tous les fidèles, il est vrai : ceux qui pratiquent la liturgie traditionnelle ont toujours professé intégralement la foi de Nicée.

[Abbé Christian Thouvenot, fsspx - FSSPX Actualités] La messe de saint Paul VI?

SOURCE - Abbé Christian Thouvenot, fsspx - FSSPX Actualités

Le 14 octobre 2018 le pape François a officiellement « canonisé » son prédécesseur le pape Paul VI qui gouverna l’Eglise de 1963 à 1978. 

Avec cette nouvelle canonisation, Paul VI rejoint Jean XXIII et Jean-Paul II pour porter Vatican II et sa nouvelle religion sur les autels : un vague humanisme né d’une volonté de se concilier le monde en adoptant son langage et ses valeurs. 
Vatican II plus important que Nicée? 
Déjà, Paul VI avait affirmé, dans une lettre adressée à Mgr Marcel Lefebvre le 29 juin 1975, que ce Concile « ne fait pas moins autorité et est même sous certains aspects plus important que celui de Nicée ». On ignore quels sont ces aspects qui feraient de Vatican II un concile aussi important sinon plus que Nicée, le premier concile œcuménique de l’histoire de l’Eglise qui proclama la divinité du Christ, anathématisa l’hérésie d’Arius et fixa l’essentiel du Credo ! 

Cette attitude de Paul VI prétendant imposer de manière autoritaire un concile qui s’était voulu pastoral et non doctrinal parut abusive. Même le cardinal Jean-Marie Villot, alors Secrétaire d’Etat, qui avait pris connaissance de la lettre à Mgr Lefebvre avant son envoi, avait critiqué cette comparaison pour le moins osée. Mais Paul VI y tenait beaucoup et la maintint. 

Car le pape Montini entendait obtenir la soumission de « l’évêque de fer » aux textes de Vatican II et à ses réformes, quelles que soient ses objections, pourtant graves et motivées. Paul VI, qui dès sa première encyclique s’était présenté comme le pape du dialogue avec le monde, n’entendait visiblement pas dialoguer avec l’un de ses frères dans l’épiscopat avant son entière soumission. L’ouverture au monde signifiait unilatéralement marcher dans le « sens de l’histoire » et du progressisme. 

Le 24 mai 1976, devant les cardinaux réunis en consistoire, Paul VI se faisait plus précis en dénonçant nommément l’attitude de Mgr Lefebvre et des groupes traditionalistes. En particulier il exigeait que la nouvelle messe soit partout célébrée : « C’est au nom de la Tradition que nous demandons à tous nos fils, à toutes les communautés catholiques, de célébrer, dans la dignité et la ferveur, la liturgie rénovée. L’adoption du nouvel Ordo Missae n’est pas du tout laissée au libre arbitre des prêtres ou des fidèles ». La raison en est que « le nouvel Ordo a été promulgué pour être substitué à l’ancien, après une mûre réflexion, et à la suite des instances du concile Vatican II. Ce n’est pas autrement que notre saint prédécesseur Pie V avait rendu obligatoire le missel réformé sous son autorité, à la suite du concile de Trente. Avec la même autorité suprême qui nous vient du Christ Jésus, nous exigeons la même disponibilité à toutes les autres réformes liturgiques, disciplinaires, pastorales, mûries ces dernières années en application des décrets conciliaires ». [1]

Un an après avoir affirmé que Vatican II ne faisait pas moins autorité que celui de Nicée – et même davantage « sous certains aspects » –, le pape invoquait le concile de Trente et la réforme de saint Pie V dans le sillage duquel il prétendait s’inscrire. 
La nouvelle messe dans le sillage de la réforme tridentine ? 
Le concile de Trente (1545-1563) fut un concile dogmatique et disciplinaire qui réalisa la réforme que toute la Chrétienté attendait. Sa mise en œuvre fut couronnée de succès puisqu’elle déboucha sur un renouveau profond et une reconquête durable de la vie catholique, tant spirituelle que sociale. 

La réforme tridentine est tout entière illustrée par la messe dite de saint Pie V. Loin d’être une invention, elle est une codification, qui débarrasse la liturgie d’ajouts étrangers pour restaurer le rite dans son authenticité et sa sainteté. 

Les fruits qui en découlent pour l’Eglise sont innombrables. La formation des prêtres s’en trouve galvanisée, les séminaires voient le jour et les sciences sacrées connaissent un ample renouveau. Les noms de saint Charles Borromée et de saint Robert Bellarmin sont indissociables de ce nouvel élan, à côté de ceux de saint Pie V ou Sixte-Quint. 

Parallèlement, dans la vie chrétienne, le renouveau de la vie sacerdotale et religieuse est assuré par saint Ignace, saint Pierre d’Alcantara, sainte Thérèse d’Avila, saint Jean de la Croix, mais encore saint Jean de Dieu, saint Camille de Lellis, saint François Borgia, saint Philippe Néri, puis saint François de Sales ou saint Vincent de Paul au siècle suivant… 

Prétendre que le rite réformé que Paul VI promulgua en 1969, malgré les sages et graves mises en garde des cardinaux Ottaviani et Bacci, par exemple, s’inscrit dans une démarche semblable à celle d’un saint Pie V, voilà qui ne manque pas de sel.
Paul VI nouveau saint Pie V des temps modernes?
Cette attitude est pourtant significative. Elle ressemble à une folle course en avant, un refus de voir la réalité en face et les fruits que la nouvelle messe répand partout : crise des vocations, crise des prêtres qui abandonnent le sacerdoce par milliers, crise de la foi et du catéchisme, effondrement de la pratique religieuse qui voit les églises se vider au gré des expériences liturgiques, des abus en tous genres, de la créativité et de la vulgarité envahissant le temple de Dieu. 

De même que Paul VI avait invoqué l’autorité de Nicée, la référence à Trente et à saint Pie V pour la liturgie indique qu’il sera, spécialement en cette matière, intraitable et inflexible. Quand son ami Jean Guitton lui suggère des mesures d’apaisement, et d’autoriser au moins temporairement que la messe traditionnelle soit célébrée en France, il s’écrie : « Cela, jamais ! ». La seule évocation du nom de Mgr Lefebvre semble le faire enrager : « C’est un soldat perdu. Il relève de l’hôpital psychiatrique. C’est la plaie de mon pontificat », confie-t-il à l’Académicien français. [2]

Lorsque le pape François, dans son homélie du 14 octobre, a présenté Paul VI comme le « prophète d’une Eglise ouverte qui regarde ceux qui sont loin et prend soin des pauvres », il a omis de préciser que cette ouverture ne s’étendait pas aux catholiques fidèles ni à leur principal défenseur. 

Même Hans Küng regrettait l’attitude inflexible de Paul VI à l’égard de Mgr Lefebvre, alors que lui-même jouissait de sa protection, en dépit de ses positions hétérodoxes. Jean Guitton, qui visita encore Paul VI en septembre 1977, rencontra un pape triste et inquiet, presque torturé. Il a porté ce jugement sur son ami : « Paul VI n’était pas fait pour être pape. Il était fait pour être le secrétaire, le collaborateur d’un grand pape. Il n’avait pas ce qui fait le propre du pape, la décision, l’énergie de la décision ». 
Une conclusion logique 
Finalement, la canonisation de Paul VI voudrait faire accroire qu’il fut le saint pape de la sainte messe d’un saint concile. 

Pour étayer cette thèse, Paul VI prétendit comparer “son” concile à Nicée et “sa” réforme liturgique à Trente. Or Vatican II, concile pastoral, ne saurait de ce fait se prévaloir de la même autorité que le saint concile de Nicée et donc lui être comparé. Quant à la réforme liturgique d’Annibale Bugnini, elle n’a rien à voir avec la messe de saint Pie V qui éleva, à la suite du saint concile de Trente, un rempart inexpugnable contre l’hérésie protestante et toute atteinte à la sainteté du rite catholique. 

Quant au pape lui-même, qu’il ait souffert et qu’il fut écrasé par la charge qui pesa sur les épaules ne saurait faire oublier qu’il fit souffrir les catholiques en démolissant l’Eglise, emporté par le courant dévastateur du Concile et sa frénésie de nouveautés. Ses propres paroles sur l’auto-démolition de l’Eglise et les fumées de Satan répandues dans le sanctuaire n’auront pas suffi à stopper le désastre. 

La conclusion suit logiquement. 

Abbé Christian Thouvenot 
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[1.] Quarante ans plus tard, il revenait au pape Benoît XVI, le 7 juillet 2007, de proclamer que la loi liturgique de 1962 – donc la messe de saint Pie V – n’avait jamais été abrogée, reconnaissant indirectement l’abus de pouvoir dont avaient été victimes Mgr Lefebvre et tous ceux qui étaient restés indéfectiblement attachés à la messe de toujours. Nonobstant la promulgation à perpétuité du rite tridentin par la bulle Quo primum tempore du 14 juillet 1570... Paul VI le « prophète d’une Eglise ouverte ».
[2.] Cet article emprunte beaucoup au livre de Yves Chiron, Paul VI le pape écartelé, Perrin, 1993, ch. 10. Réédité en 2008 chez Via Romana.