18 avril 2019

[Jean-Pierre Maugendre - Renaissance Catholique] Rebâtis mon Église !

SOURCE - Jean-Pierre Maugendre - éditorial de la revue Renaissance Catholique n° 156 - 18 avril 2019

Il y a bien longtemps que notre pays n’avait vécu un tel moment d’émotion partagée ! L’enjeu n’était plus de savoir si la France allait être, ou non, championne du monde de football ou de handball mais d’évaluer les capacités de la voûte et des beffrois de la cathédrale Notre-Dame de Paris à résister à l’incendie qui faisait rage.

Quand la flèche s’est effondrée un cri a jailli de la foule. Dans les rues de la capitale des groupes en prières récitaient le chapelet. Les églises de France ont sonné le glas. La cathédrale de Chartres s’est ouverte à 22 h, en union de prières avec l’autre Notre-Dame. Chacun, confusément, a bien senti que c’est l’âme même de la France qui était en jeu, qu’il ne s’agissait pas d’un simple amas de bois et de pierres ou d’un musée, si prestigieux fut-il. La cathédrale Notre-Dame de Paris nous relie à la fois à notre Histoire longue, à nos racines mais aussi au Ciel. Parce qu’elle est l’œuvre inégalée de siècles de foi, le symbole éclatant de toute une civilisation en péril, elle continue d’interroger notre siècle matérialiste, gavé de biens matériels mais toujours en quête de sens. Ce drame nous rappelle que ce que nous croyons indestructible peut disparaître.

Une nouvelle union nationale

Un grand mouvement d’union nationale s’est amorcé pour reconstruire la cathédrale. Les dons affluent importants ou modestes, de personnalités célèbres ou inconnues. C’est une grâce. Cependant que peut signifier cet incendie dans le plan de Dieu ? En 1210, le pape Innocent III vit en songe un petit moine qui soutenait l’église Saint-Jean-de-Latran en ruine. Au même moment saint François d’Assise entendit une voix lui ordonner : « Va et rebâtis mon Église qui tombe en ruine ».

C’est à cette reconstruction de l’Église, alors ébranlée par l’hérésie cathare, que s’attacha saint François. Au-delà de la reconstruction matérielle de la cathédrale Notre-Dame de Paris, ce drame, qui frappe notre mémoire et notre identité en plein cœur, pourrait être l’occasion d’un sursaut salvateur. Il faudrait pour cela que la, nécessaire, démarche de reconstruction matérielle soit complétée et accompagnée par une démarche spirituelle de prière et de pénitence, renouant avec l’Histoire longue et l’âme même de notre pays. Le président de la République nous a appelés « à retrouver le fil de notre projet national ».

Prenons le aux mots ! Pour préparer le millénaire du baptême de la Pologne, célébré en 1966, le cardinal Wyszynski initia une neuvaine d’années de prières à Marie qui renouvela en profondeur le pays. Quelques années plus tard, le cardinal Wojtyla, archevêque de Cracovie, devenait pape sous le nom de Jean-Paul II et la Pologne se libérait du joug communiste.

La passion de l’Église

L’Église de France semble ne jamais devoir arriver au bout du chemin de croix qu’elle parcourt, douloureusement, depuis des années. L’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris est le point d’orgue de bien des mois d’épreuves. Citons la fermeture du séminaire de Lille, la condamnation pénale du cardinal Barbarin (archevêque de Lyon et primat des Gaules) pour non-dénonciation de l’activité pédophile du père Preynat, à ce jour non jugé… Sans oublier, à l’échelle de l’Église universelle, le scandale, globalement impuni, des abus sexuels commis par des prêtres, des évêques voire des cardinaux sur des mineurs ou des adolescents, la confusion sur l’accès des divorcés remariés à la communion, le relativisme doctrinal vis-à-vis de l’islam, etc.

À la suite de son divin maître, l’Église chemine, sous les crachats et les coups, portant la croix, vers le calvaire, dans l’espérance de la Résurrection. Cependant, la dévotion populaire du chemin de croix le rappelle, ce qui est méritoire ce n’est pas de tomber mais de se relever, à trois reprises selon la Tradition. Il ne suffit pas de déplorer les malheurs des temps, il s’agit d’œuvrer à rendre les temps meilleurs. Et cela sous le regard de Dieu. Les Ninivites le comprirent qui, à la prédication de Jonas, décrétèrent quarante jours de pénitence pour que Dieu les épargne malgré leur mauvaise conduite. Dieu, « lent à la colère » (Jo, IV, 2) se laissa fléchir et Ninive fut épargnée. On se demande bien à quel titre notre pays mériterait d’être épargné ! La loi naturelle, qui est l’autre nom de la loi de Dieu, est en permanence bafouée par une législation civile qui ne connaît d’autre règle que la satisfaction immédiate des désirs et des pulsions de chacun. Quant à l’Église, elle a fait depuis cinquante ans le choix de s’associer au monde dans une union sacrilège, dont les fruits vénéneux sont chaque jour plus apparents sous nos yeux : banalisation de l’homosexualité, silence sur les réalités du mariage, abandon de la prédication sur les fins dernières, autocélébration de l’assemblée en lieu et place du culte dû à Dieu, etc.

Un ultime avertissement ?

L’incendie de Notre-Dame de Paris, selon la volonté directive ou permissive de Dieu – nous laissons le pape François trancher –, frappe au cœur à la fois l’État français et l’Église. L’État, comme propriétaire du lieu. L’Église, comme affectataire du lieu de culte. Ultime avertissement à peu de frais avant des choses plus sérieuses ? Seul Dieu le sait. Ne l’oublions pas : notre Dieu est « un Dieu jaloux » (Ex, 34, 14) dont « on ne se rit pas, ce qu’on sème c’est aussi ce qu’on récolte » (Gal, VI, 7). Le « maître des horloges » a dû remettre sine die le beau discours qu’il avait consciencieusement préparé pour répondre à la « foule haineuse ». Mieux lotie, l’Église de France a touché du doigt qu’il restait encore un humus chrétien dans notre vieux pays, une braise sous la cendre qui ne demande qu’à illuminer de nouveau nos vies et nos patries.

Des foules jeunes et priantes se sont rassemblées pour des prières publiques dans les jours qui ont suivi l’incendie. « France, fille aînée de l’Église, es-tu fidèle aux promesses de ton baptême ? » interrogeait le pape Jean-Paul II, le 1er juin 1980, à Paris ? Poser la question, c’est y répondre.

Ce n’est sans doute pas un hasard si ce tragique événement s’est déroulé au soir du Lundi saint, alors que les catholiques entrent dans la « semaine peineuse ». Dieu semble absent, vaincu. Nous sommes comme les apôtres dans la barque pendant la tempête ou les disciples sur la route d’Emmaüs. Mane nobiscum. « Restez avec nous car le soir approche et déjà le jour baisse » (Lc, 24,29), implorent les disciples s’adressant au Maître qu’ils n’ont pas encore reconnu. Ayant abandonné Dieu, notre monde a perdu sa boussole. Plus ou moins consciemment chrétiens et incroyants sentent bien que l’incendie qui a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris constitue une nouvelle atteinte aux liens de plus en plus ténus qui nous relient à la fois avec nos anciens, notre Histoire, notre civilisation et avec l’au-delà, le Ciel, le Salut. Ces liens qui nous rappellent que notre horizon ne se réduit pas à celui, un peu animal, d’être des consommateurs compulsifs.

La Semaine Sainte qui s’ouvre est l’occasion de renforcer ce lien, voire de le renouer.

17 avril 2019

[Paix Liturgique] Un grand débat catholique dans le boucle de la Seine, au diocèse de Versailles

SOURCE - Paix Liturgique - 9 avril 2019

Nous poursuivons aujourd’hui notre enquête auprès des fidèles de la Boucle de la Seine pour lesquels nous avions fait réaliser par un institut professionnel indépendant une enquête d’opinion en 2018. Nous avons présenté les résultats de ce sondage dans notre lettre 670 du 27 novembre 2018. Ils nous ont semblé tellement significatifs que nous avons entrepris une démarche d’amitié et de dialogue auprès des paroissiens de la Boucle pour leur faire connaitre les résultats de cette enquête et écouter leurs réactions. Aujourd’hui cette action de sensibilisation est terminée et nous avons demandé à Marc et Marie-Hélène Bouhier de nous présenter une sorte de bilan de cette sorte de « Grand débat » de sensibilisation.
Q – Comment avez-vous entrepris votre démarche ?
R - Nous avons rédigé un texte court mais complet qui reprend sans polémique les résultats de l’enquête de 2018 – Voir ce document en cliquant ici - que nous avons décidé d’aller distribuer à tous les fidèles pratiquants de la boucle à l’entrée ou à la sortie des célébrations dominicales.
Q – Vous êtes allés dans toutes les paroisses ?
R - En effet entre novembre et décembre 2018 nous sommes allés au contact de nos frères catholiques de la Boucle lors de la totalité des 17 assemblées dominicales, le plus souvent une fois mais parfois deux ou trois fois car nous avons rapidement vu que la pratique de nombreux fidèles étant plutôt mensuelle qu’hebdomadaire. Pour beaucoup de fidèles il était parfois nécessaire de revenir une seconde fois pour aller à la rencontre d’un plus grand nombre de nos frères.
Q – Comment avez-vous été reçus ?
R- Pour faire simple nous avons retrouvé dans l’accueil qui nous a été réservé ce que l’enquête de 2018 nous avait révélé.
Q – Qu’est-ce à dire ?
R- L’enquête révèle que 27% des catholiques pratiquants du doyenné assisteraient volontiers à la messe célébrée selon la forme extraordinaire si celle-ci était célébrée dans leurs paroisses et ajoutons que 12 autres pourcent y assisteraient une fois par mois. Eh bien ces fidèles, désireux de vivre leur foi catholique au rythme de la liturgie traditionnelle, nous les avons rencontrés avec leurs sourires, leur soutien et leur enthousiasme, ceci en précisant que nous ne connaissions pas la plupart d’entre eux.
Q – Combien de familles êtes-vous actuellement à solliciter concrètement la messe traditionnelle dans la boucle ?
R – Avant cette opération nous étions 38 familles à partager ce désir (ce qui représente plus de 100 fidèles) mais lors de cette opération de dialogue nous avons rencontré plusieurs dizaines de familles nouvelles qui ont souhaité se joindre à nous d’une manière explicite en nous fournissant leurs coordonnées ou leurs mèls.
Q – En dehors de cet accord d’adhésion, quel fut l’accueil du plus grand nombre ?
R – Là aussi il fut ce que nous avait indiqué le sondage qui révélait que 65 % des fidèles trouvaient « normale » la célébration des deux formes du rite dans leur paroisse. Ces fidèles que nous pouvons nommer « du bon accueil » nous les avons vus en grand nombre, polis, aimables, souriants, même si parfois ils nous disaient courtoisement ne pas être eux-mêmes demandeurs de ce type de célébration. Mais beaucoup de ces fidèles ont trouvé tout à fait normale notre démarche et parfois même un peu plus.
Q – Qu’est-ce à dire ?
R – Je pense à ce fidèle du Vésinet qui nous a parlé et nous a écrit « A l’approche de la semaine de l’unité, j’apprécierais de pouvoir me rapprocher de gens comme vous dans ma paroisse afin d’y prier en commun. Car je suis étonné chaque année des efforts qui sont faits dans nos paroisses pour rassembler des catholiques avec des protestants, des anglicans, ou des orthodoxes presque introuvables, et qu’on ne songe pour ainsi dire pas à réunir des catholiques de sensibilités différentes qui ne se fréquentent pas, ou très peu ».
Q – Vous avez rencontré des oppositions ?
R- Les temps changent… Lors de nos précédentes actions et notamment lors de notre participation au Synode diocésain en 2011 nous avions rencontré des réactions dures, parfois violentes, de la part des opposants à notre demande. Cette fois-ci les oppositions ont été très rares et très limitées même si parfois elles étaient plus proches de l’insulte que du dialogue entre frères.
Q – Que voulez-vous dire par là ?
R – Quand une vielle dame aboie « Retournez chez Lefèvre ! » ou qu’une autre en froissant notre dépliant nous affirme « Jamais ici ! » nous pouvons craindre que les paroles généreuses du Pape François qu'il avait prononcé le 18 mai 2014 devant les fidèles réunis Place Saint-Pierre que nous avions diffusées en 2014 ne soient pas encore bien entendues.
Mais l’essentiel est surtout que ce type d’attitude d’un autre temps (permettez-moi de dire d’un autre millénaire) a été très rare et pas représentatif de l’accueil que nous avons rencontré auprès de nos frères du doyenné.
Q – Avez-vous rencontré le clergé de la Boucle au cours de vos visites ?
R - Un peu, et les contacts ont été divers ; de la courtoisie rapide à des attitudes moins bienveillantes. Le contact qui nous a le plus étonné fut celui que nous avons eu avec un prêtre de la Boucle qui nous a affirmé qu’il connaissait bien la forme extraordinaire, qu’il l’aimait et qu’il la célébrait. Cela nous a permis de lui demander pourquoi il ne la célébrait pas dans l’une des églises de la Boucle au profit des fidèles qui le demandent depuis au moins le motu proprio de 2007… Mais il ne nous a pas répondu car il avait déjà tourné ses talons… Cette rencontre nous a semblé prophétiquement merveilleuse.
Q- Pourquoi ?
R – Et bien il faut savoir que parmi les nombreuses objections qui sont faites aux demandeurs, l’une des plus fréquentes est qu’il ne se trouve pas dans la ou les paroisses concernées de prêtres qui sachent célébrer la messe traditionnelle. Or cette rencontre nous a indiqué explicitement qu’au moins un prêtre du doyenné – en fait il y en a plusieurs - connaissait ET aimait la liturgie extraordinaire, ce qui élimine cette peu franche et honnête objection.
Q – Cela veut-il dire que le clergé du doyenné est globalement hostile à la célébration extraordinaire?
R – C’est plus complexe… Prenons l’événement de 2007, où par son Motu Proprio le pape Benoit a affirmé la légitimité de la messe traditionnelle. Cette décision n’a pas été totalement occultée dans les paroisses. Prenons le cas de celle de Croissy, dont nous reproduisons la feuille paroissiale du 30 septembre 2007. Nous y lisons l’annonce de ce souhait du pape de voir célébrer désormais des messes traditionnelles pour les fidèles qui le demanderaient. Les prêtres du doyenné l’on déjà anticipé en proposant à ceux qui le désirent d’aller… A Port-Marly dans l’Eglise Saint-Louis confiée par l’évêque à l’Institut du Christ-Roi ou même à Saint-Germain du Chesnay ! Pourquoi pas, à Paris ?
Q – Les prêtres ne souhaiteraient donc pas que ces fidèles restent dans leurs paroisses ?
R – Ils prétendent que c’est le désir de ces fidèles : on entend couramment affirmer que les fidèles attachés à la messe traditionnelle souhaitent vivre leur vie chrétienne en ghetto. La plupart des réponses – des réponses franches – émises par les prêtres du diocèse qui répondent aux sollicitations des demandeurs va dans ce sens.
Q – N’exagérez-vous pas ?
R- Je vous cite in extenso la réponse de l’un des curés de la boucle au groupe de demandeurs qui ont sollicité une célébration dans leur paroisse : « La Messe selon le missel de Jean XXII étant célébrée chaque dimanche à proximité de Chatou, il me semble que la poursuite de votre participation à la vie de la communauté de Port-Marly reste la meilleure façon de répondre à votre légitime aspiration ».
Q- Allez faire communauté ailleurs, en somme !
R- Tout à fait. Il y a aujourd’hui un décalage évident entre les prêtres (et les évêques), d’une part, et les catholiques pratiquants, d’autre part. En 2019, les catholiques qui pratiquent encore sont soit traditionnels, soit ouverts à la liturgie traditionnelle, alors que leurs pasteurs appartiennent encore largement au vieux monde.
Q – Qu’allez-vous faire maintenant ?
R – Notre action à la rencontre de nos frères du doyenné nous a montré que la vraie paix est possible. Aussi allons–nous continuer à faire connaitre notre désir peut-être en organisant des réunions de prières.
Q – Pourquoi ne feriez-vous pas circuler une supplique qui pourrait-être signée par toutes ces personnes que vous avez rencontrées?
R – Ce n’est pas notre intention actuellement car nous savons que ce type de démarche n’est pas bien accueillie par nos pasteurs. Nous préférons qu’ils soient conduits à un processus de paix, par exemple en organisant une réunion sur ce sujet qui serait proposée à tous les fidèles de la Boucle afin que s’instaure un dialogue dans la charité.
Q – Avez-vous bon espoir ?
R - Bien sûr, car il est impossible que nos paroisses restent repliées sur elles-mêmes dans une attitude qui n’est plus en phase avec le catholicisme d’aujourd’hui.
Q – Alors, quel avenir ?
R - Un avenir de paroisses redevenues plurielles, où les paroissiens puissent, chacun dans leurs sensibilités, participer à la vie commune et œuvrer ainsi fraternellement à la ré-évangélisation si nécessaire aujourd’hui.
Q – Un mot pour finir ?
R - Ce qui nous a le plus marqués, au cours de nos démarches, c’est d’observer que nombreux sont ceux qui viennent à l’église à pied ou en vélo, car ils habitent à proximité de leurs églises paroissiales, et qu’ils se connaissent - voisins, amis, parents. Ce qui justifie que ceux d’entre eux qui veulent participer à la messe traditionnelle puissent le faire chez eux, ou en tout cas près de chez eux, dans la Boucle, et pas à l’extérieur comme s’ils étaient des pestiférés n’aspirant qu’à vivre aux ghettos : ils sont, nous sommes, des paroissiens du doyenné de la Boucle. Nous désirons, ils désirent, vivre la foi catholique au rythme de la forme extraordinaire dans la Boucle, au sein de leurs voisins et amis, dans leur milieu catholique propre.

[Père Guillaume - interia.pl] "Notre Dame est notre église mère..."

SOURCE - Père Guillaume - interia.pl - 17 avril 2019

"Notre-Dame est notre église mère, et la voir brûler c'est évidemment quelque chose devant lequel on reste comme incrédule. On n’y croit pas et pourtant les flammes sont là. Il se trouve que j'étais en Bretagne le 15 avril, et que j'ai donc vu brûler Notre-Dame, à la télévision. C'était évidemment d'abord une grande inquiétude. En fait la vieille dame, Notre-Dame la vieille dame, a bien tenu, elle a tenu bon malgré les siècles, elle ne s'est pas effondrée. Elle est toujours là, elle attend simplement une génération de reconstructeurs. Vous savez, en France la “déconstruction”, cette mode intellectuelle, mais je pense qu'aujourd'hui, Notre-Dame détruite fait signe pour la reconstruction. Une reconstruction qui est fondée sur une vraie foi commune, pas forcément une fois de catholique pratiquant, mais ça touche bien au delà des catholiques pratiquants, ça touche tout le monde. Et je pense que la foi est tisonnée, la foi dans le cœur de chacun, de chaque Français par cet événement. C'est le travail du négatif: ce n'est pas si négatif que ça. Elle est toujours là, l’écrin de pierre est intact, et elle attend une génération de reconstructeurs"

16 avril 2019

[Jérôme Bourbon - Rivarol] Notre-Dame de Paris en flammes : images d’apocalypse et sanction de l’apostasie d’une nation (éditorial)

SOURCE - Jérôme Bourbon - Rivarol (éditorial) - 17 avril 2019

LES IMAGES sont impressionnantes, saisissantes, terrifiantes : Notre-Dame de Paris est en flammes au moment où nous écrivons ces lignes et où nous nous préparons à envoyer ce numéro à l’imprimerie. D’ores et déjà la flèche de la cathédrale s’est effondrée ainsi que le clocher central. La tour gauche a également été atteinte par un incendie dont l’ampleur gigantesque est stupéfiante et suscite bien sûr des interrogations. 

Toute la charpente de Notre-Dame de Paris « est en train de brûler », a déclaré le porte-parole de la cathédrale. « Tout est en train de brûler. La charpente, qui date du 19e siècle d’un côté et du 13e de l’autre, il n’en restera plus rien », a déploré André Finot. « Il faut voir si la voûte, qui protège la cathédrale, va être touchée ou pas », a-t-il ajouté. Le feu a pris aux alentours de 18 heures 50 dans les combles de la cathédrale, monument historique le plus visité d’Europe (environ 15 millions de touristes le visitent chaque année).

L’intervention télévisée d’Emmanuel Macron qui devait annoncer des mesures et donner ses conclusions à l’issue du pseudo-grand débat national à la suite du soulèvement des gilets jaunes est reportée sine die. 

Mais le chef de l’Etat a quand même tenu à s’exprimer à la télévision en fin de soirée pour déplorer l’incendie et affirmer que Notre-Dame serait rebâtie. Le président de la République a annoncé le lancement d’une souscription. C’est évidemment plus facile pour lui de briller dans ce genre d’exercice compassionnel que de répondre aux préoccupations des Français et de redresser le pays ! Les politiciens n’excellent que dans les catastrophes : accidents de la route, séisme, incendie, inondations, attentats. Car ils n’ont alors qu’à commenter, la mine défaite, les événements, tout en bénéficiant d’une publicité maximale grâce aux media audiovisuels, et n’ont pas à rendre des comptes ou à défendre un bilan. Chirac n’avait ainsi pas son pareil pour montrer sa bobine dès qu’une tragédie se déroulait : il arrivait sur les lieux presque avant même que le crime ait été commis ou que la catastrophe soit arrivée !

CE GIGANTESQUE incendie est-il d’origine criminelle ou accidentelle, thèse qui a été développée quarante minutes seulement après le début de l’incendie ? On nous répète que ce sont les travaux de réfection à l’intérieur de la cathédrale qui seraient à l’origine du feu mais pour l’heure on ne comprend ni pourquoi, ni comment. D’aucuns s’étonnent aussi que les canons à eau que nous montrent les télévisions aient été si peu nombreux et soient arrivés si tard, le président Trump a conseillé, quant à lui, de mobiliser des canadairs, façon de critiquer le fait qu’ils n’aient pas été utilisés, même si l’on nous affirme que leur emploi eût pu être dangereux. 

On notera par ailleurs que ce sinistre survient moins d’un mois après l’incendie criminel de l’église Saint-Sulpice et dans un contexte national où, depuis des années, des églises brûlent à travers la France tandis que d’autres sont pillées et profanées, cela dans un effrayant silence médiatique et dans une quasi-indifférence générale ! Tandis que les media et les politiciens en faisaient des tonnes pour deux arbres coupés à la mémoire d’Ilan Halimi et quelques tags insignifiants, des dizaines d’églises étaient en même temps affreusement saccagées, souillées, profanées. De plus, des centaines d’édifices catholiques sont rasés chaque année ou sont transformés en cinéma, en lieu d’habitation, en office de tourisme, en commerce, ou laissés à l’abandon.

En septembre 2016, un attentat à la voiture piégée tout près de Notre-Dame avait été déjoué. De même, en avril 2015, un attentat contre des églises parisiennes avait été évité de justesse. Un Franco-Algérien, connu des services de renseignement pour ses « velléités de départ en Syrie » pour y rejoindre les rangs djihadistes, s’apprêtait à passer à l’action lorsqu’il a été interpellé. 

Tout le monde ne pleure pas la destruction de Notre-Dame de Paris. Sur Twitter, comme on pouvait s’y attendre, des quidams se réjouissent bruyamment. Il s’agirait de la vengeance d’Allah, voire des ancêtres, à cause des supposées exactions françaises en Afrique. Une certaine Hafsa, membre du bureau national de l’UNEF (Union nationale des étudiants de France), voit dans la consternation générale « un délire de petits Blancs » et clame qu’elle « se fiche de Notre-Dame » comme, d’ailleurs, de l’histoire de France. La donzelle est en réalité coutumière de l’insulte, et appelle allègrement au meurtre des Blancs, mais cela n’a jusqu’ici pas arrêté sa carrière à l’UNEF. Il aurait fallu s’attaquer à un pan spécifique de notre histoire, sans doute, pour que cette inculte gauchiste fût inquiétée. Pareillement, toujours sur les réseaux sociaux, des Béninois se sont félicités de ces images d’apocalypse : « J’espère que toute la France brûlera. Elle est l’ennemie de l’Afrique. » Ce genre de catastrophe a au moins le mérite de faire sortir du bois les ennemis de l’intérieur !

RESTE une question : pourquoi ce gigantesque incendie ? Et pourquoi maintenant ? Et pourquoi Notre-Dame qui est par excellence le symbole de la France, de l’Europe, de la chrétienté ? On ne peut s’empêcher de penser à la date. Nous sommes aujourd’hui le lundi saint, au deuxième jour de la semaine qui conduit le Christ à Sa Passion et à Sa mort sur la Croix. Tous les textes de la messe du lundi saint appellent de manière poignante et insistante à être délivrés des persécuteurs. Et comment ne pas penser que ce mois d’avril 2019 commémore les cinquante ans de la « nouvelle messe » de Paul VI “promulguée” le 3 avril 1969 et également le demi-siècle du nouveau rite invalide des consécrations épiscopales et des ordinations sacerdotales “promulgué” certes le 18 juin 1968 mais rendu obligatoire le 6 avril 1969, le dimanche de Pâques, il y a tout juste un demi-siècle ? C’est d’ailleurs pendant une synaxe de Paul VI à Notre-Dame que l’incendie s’est déclaré, le 15 avril vers 18h50, que les sirènes incendie ont retenti et que les assistants ont — heureusement — eu le temps de quitter les lieux. Voilà un demi-siècle (et même soixante ans car la révolution moderniste et toute l’entreprise de destruction ont commencé avec et sous Jean XXIII) que la véritable Eglise est occupée, occultée, éclipsée et mise au tombeau par des intrus qui imposent une fausse messe, un faux culte, de faux sacrements, une fausse doctrine, une fausse morale et qui s’acharnent à obstruer les canaux de la grâce ? 

Et que dire des millions de touristes qui, pour beaucoup d’entre eux, visitent Notre-Dame avec des tenues et des comportements tout à fait indécents : en mini-shorts, en débardeurs, parfois en fumant, en avalant un sandwich ou en mâchant un chewing-gum, en s’embrassant goulûment, sans aucun respect pour le lieu saint ? 

CET INCENDIE nous procure à tous une immense peine. C’est un peu une part de nous-mêmes qui s’en va en fumée. Nous avons les yeux embués de larmes et le cœur lourd. Ce feu gigantesque qui broie tout sur son passage est le symbole de la destruction totale et méthodique de notre civilisation chrétienne. Mais plus profondément c’est aussi la sanction, le châtiment de l’apostasie de toute une nation autrefois si catholique. La destruction d’un monument magnifique, vieux de huit siècles, symbole de la France chrétienne, est évidemment une tragédie nationale. Mais la perte générale de la foi est une tragédie bien plus grande encore. Le travestissement ou l’abandon de la religion catholique, du vrai culte, est la seule véritable catastrophe. 

Puissions-nous, à l’orée de Pâques, comprendre qu’un peuple, qu’une nation ne peuvent survivre dans l’irréligion et l’immoralité. Et malgré la tristesse voire le désarroi qui nous accablent en ce lundi saint devant ce spectacle d’apocalypse et de chaos, pensons aux fêtes de Pâques qui approchent, où la Vie triomphe de la mort, l’espérance du désespoir, la foi du doute. Bernanos aimait à écrire que l’espérance est un désespoir surmonté. Que nos cœurs brûlent, comme ceux des pèlerins d’Emmaüs, lorsque le Christ leur parlait en chemin et leur expliquait les Ecritures ? Le Christ est ressuscité pour toujours et vit dans nos âmes, tel est bien l’essentiel.

Bonnes et saintes fêtes pascales à tous !

[FSSPX Actualités] Benoît XVI sort de son silence

SOURCE - FSSPX Actualités - 15 avril 2019

Le pape émérite Benoît XVI a fait paraître le 11 avril 2019 un texte d’une douzaine de pages dans le mensuel allemand Klerusblatt. Il s’exprime à propos des scandales dans l’Eglise, de la grave crise qu’ils provoquent, et des attaques régulières dont l’institution ecclésiastique est l’objet de la part des médias. Il précise qu’il publie ce travail avec l’accord du Secrétaire d’Etat du Vatican, le cardinal Pietro Parolin, et du pape François.

Les mérites de ce texte sont incontestables, à plusieurs titres. En pleine tourmente, son auteur cherche à éclairer certaines zones sombres et va jusqu’à révéler des dysfonctionnements profonds, passés et présents, dans l’Eglise. Il faut reconnaître un certain courage à ce qui pourrait ressembler à une sorte de mea culpa. Peut-être l’approche de l’éternité est-elle pour quelque chose dans ces considérations ?
Une prise de parole critiquée par l’intelligentsia médiatique
D’ailleurs, les médias dans l’air du temps ne s’y sont pas trompé et les critiques ont fusé de toutes parts contre une analyse qui dérange. Les arguments les plus improbables sont employés pour discréditer le message de l’ancien préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi (CDF).

Certains le disent « manipulé » par son entourage ou mettent en doute le fait qu’il en soit vraiment l’auteur. L’opportunité de cette publication est fortement contestée. Marco Politi, vaticaniste progressiste reconnu, ne craint pas de parler de pamphlet et d’asséner : « Le pape émérite aurait dû choisir le silence » car, « dans les moments les plus graves, une seule voix doit être entendue au sommet, sinon on sème la confusion ». Il soupçonne Benoît XVI d’être « sous l'influence des cardinaux allemands ultra-conservateurs Walter Brandmüller et Gerhard Müller », l’ancien Préfet de la CDF que le pape argentin n’a pas reconduit en 2017 ; deux prélats qui seraient, selon lui, « engagés dans une vaste opération de diversion pour faire endosser les péchés de pédophilie au sein de l'Eglise à la culture gay et à la perte de la foi ».

Face à de telles réactions, les réflexions de l’ancien pape allemand méritent d’être analysées sereinement. Elles s’articulent en trois parties : le contexte social ; ses conséquences sur les hommes d’Eglise ; la recherche d’une solution adaptée.
Première partie : les causes 
Le contexte social de la libération des mœurs
Benoît XVI entend d’abord rappeler que « dans les années 1960, un événement d’une ampleur sans précédent dans l’histoire s’est produit. On peut dire qu’en vingt ans, de 1960 à 1980, les normes en matière de sexualité se sont complètement effondrés ».

Telles sont les causes profondes des abus : la révolution libertaire des années 60 et la mise en place agressive d’une éducation sexuelle de plus en plus débridée, accompagnée de l’irruption de la pornographie qui envahit alors les écrans de cinéma puis ceux de la télévision. Dès cette époque, l’on trouve des chantres de la pansexualité pour louer et promouvoir la pédophilie.

Cette analyse est vivement contestée par les faiseurs d’opinion. Il suffit pourtant de consulter l’article sur l’Apologie de la pédophilie publié sur l’encyclopédie en ligne Wikipédia pour être édifié à ce sujet. L’introduction est instructive : « L’apologie de la pédophilie est l’ensemble des actions, écrits et prises de position visant à faire accepter socialement la pédophilie ou simplement à en faire l’éloge. Cette tendance a principalement existé à l’époque dite de la révolution sexuelle, essentiellement dans les années ayant immédiatement suivi 1968, du fait de personnes se présentant elles-mêmes comme pédophiles, mais aussi de “sympathisants”. Des groupes de personnes et des individus isolés ont alors cherché à présenter la pédophilie comme une attirance sexuelle acceptable, ou à contester les notions de majorité sexuelle ou d’abus sexuel sur mineur. La pédophilie a parallèlement fait l’objet à l’époque de diverses formes de complaisance, médiatiques, politiques ou intellectuelles. Cette mouvance n’a jamais atteint un niveau de reconnaissance durable et notable malgré, dans les années 1970, quelques soutiens médiatiques et politiques de portée limitée. »

En France, un journal comme Libération a longtemps milité pour l’assouplissement de la législation en matière de détournement de mineurs, à grand renfort de pétitions que signaient des personnalités comme Aragon, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, François Chatelet, Patrice Chéreau, Jacques Derrida, Françoise Dolto, Michel Foucault, André Glucksmann, Félix Guattari, Bernard Kouchner, Jack Lang, Alain Robbe-Grillet, Jean-Paul Sartre, Philippe Sollers… Daniel Cohn-Bendit, figure de mai 68, fit l’éloge de la pédophilie, fût-ce avec une fillette de cinq ans.

Benoît XVI voit dans ce flot nauséabond qui considérait la pédophilie comme « autorisée et appropriée » l’une des explications de la corruption de la jeunesse, y compris parmi toute une génération de prêtres dont beaucoup firent alors massivement défection.
La révolution de la théologie morale
Parallèlement avait lieu un « effondrement » de la théologie morale et de l’enseignement de l’Eglise en matière de mœurs. Ce fut le fruit d’une véritable révolution, née du mépris conscient de la loi naturelle.

Benoît XVI écrit : « Jusqu’au concile Vatican II, la théologie morale catholique était largement fondée sur la loi naturelle, tandis que les Saintes Écritures n’étaient citées que comme contexte ou fondement. Dans la lutte du Concile pour une nouvelle compréhension de la Révélation, l’option de la loi naturelle a été largement abandonnée, et une théologie morale entièrement basée sur la Bible était réclamée. »

L’aveu est de taille : c’est bien le Concile qui est donné comme responsable de l’abandon de la loi naturelle. L’analyse de Benoît XVI reconnaît cet abandon, sans mesurer semble-t-il qu’il constitue une rupture de la tradition. Car la théologie morale ne saurait se passer ou se détacher de la loi naturelle : la grâce ne détruit pas la nature, mais la présuppose. Vouloir construire la morale sans elle, est un pur non-sens (Cf. Nouvelles de Chrétienté, n° 176, mars-avril 2019, pp. 5-9). De plus, prétendre opposer loi naturelle et Révélation est illusoire. Car la loi naturelle est contenue dans la Sainte Ecriture, source de la Révélation, comme le montre clairement le Décalogue. Cette loi est inscrite dans le cœur de l’homme par Dieu Lui-même, Auteur de la nature.

De là les innombrables dérives de la nouvelle théologie, et spécialement le relativisme moral, que dénonce justement Benoît XVI. De là encore, la revendication d’indépendance de la part des théologiens vis-à-vis du Magistère, perçu comme ennemi de la liberté et frein au progrès de la théologie et de l’humanité. Benoît XVI mentionne plusieurs épisodes de cette contestation.

Il tente de se défendre, et Jean-Paul II avec lui, en mettant en avant son action lorsqu’il était préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi. C’est sous sa direction que fut publié le nouveau Catéchisme de l’Eglise catholique, tandis que l’encyclique Veritatis splendor venait, malgré ses limites, réaffirmer l’existence des fondements intangibles de la morale.
Les attaques contre le Magistère de l’Eglise
Le pape émérite mentionne aussi cette « hypothèse selon laquelle le Magistère de l’Eglise ne devrait avoir la compétence finale (“infaillibilité”) qu’en matière de foi ». Largement répandue et acceptée, elle avait pour conséquence que « les questions de moralité ne devraient pas entrer dans le champ des décisions infaillibles du Magistère de l’Eglise ».

Bien qu’il voie dans cette hypothèse « probablement quelque chose de juste » – ce qui est lui donner consistance –, Joseph Ratzinger défend l’existence d’une « morale minimale indissolublement liée au principe fondateur de la foi », sans laquelle ne pourrait exister l’infaillibilité de l’Eglise et du pape en matière de foi et de mœurs. Les contestataires les plus radicaux, en l’ignorant, prétendent logiquement que « l’Eglise n’a pas et ne peut pas avoir sa propre moralité ».

La réponse du pape émérite est l’affirmation nette que le fondement de toute morale est la révélation que l’homme a été créé à l’image de Dieu, la foi au Dieu unique, et l’aspect pérégrinant de la vie chrétienne. Nous cheminons vers la patrie, et l’Eglise doit protéger les fidèles du monde.
Deuxième partie : les effets
Le deuxième volet des réflexions de Benoît XVI montre quels furent les ravages provoqués par la double dissolution de la morale chrétienne et de l’autorité de l’Eglise en matière de mœurs. C’est ici qu’il s’emploie à dénoncer les effets tout en épargnant le Concile et ses réformes. Il reconnaît cependant l’insuffisance des moyens de sanction – et de guérison – que l’Eglise s’est donnés après le Concile.
Rupture de la formation dans les séminaires
L’ancien préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, qui en sait long sur le sujet, évoque d’abord la formation des prêtres. Il admet sans ambages qu’en « ce qui concerne le problème de la préparation au ministère sacerdotal dans les séminaires, il y a en fait une rupture profonde avec la forme précédente de cette préparation. » Cette rupture dans la formation a permis que, « dans plusieurs séminaires, des clans homosexuels se sont constitués, qui ont agi plus ou moins ouvertement et ont changé de manière significative le climat des séminaires. Dans un séminaire du sud de l’Allemagne, des candidats au sacerdoce et des candidats au ministère laïc d’assistant pastoral vivaient ensemble. Aux repas communs, les séminaristes et ces candidats mangeaient ensemble, (…) ces derniers parfois accompagnés de leurs épouses et de leurs enfants, ou même de leurs petites amies. Le climat de ce séminaire ne pouvait prétendre assurer la préparation à la vocation sacerdotale ».

Le Saint-Siège avait connaissance de ces problèmes, répandus particulièrement aux Etats-Unis. Des visites apostoliques furent organisées. C’est ici la seule mention de l’homosexualité dans les séminaires.  Dans un document traitant de la pédophilie, c’est plus que n’en peuvent supporter les médias et faiseurs d’opinion… 
Rupture dans le recrutement des évêques
Dans ce climat d’effondrement moral, Joseph Ratzinger avoue également que l’application du Concile eut pour conséquence de faire monter dans la hiérarchie de l’Eglise des pasteurs insuffisamment formés à leurs tâches. 

« Les critères de sélection et de nomination des évêques ayant également été modifiés après le concile Vatican II, les relations des évêques avec leurs séminaires étaient également très différentes. Par-dessus tout, un critère pour la nomination de nouveaux évêques était maintenant leur “conciliarité”, ce qui pouvait être compris comme signifiant des choses assez différentes. Dans de nombreuses parties de l’Eglise, les attitudes conciliaires étaient comprises comme une attitude critique ou négative à l’égard de la tradition existante, qui devait maintenant être remplacée par une nouvelle relation, radicalement ouverte, avec le monde. Un évêque, qui avait été auparavant recteur de séminaire, avait organisé la projection de films pornographiques aux séminaristes, prétendant les rendre ainsi résistants à des comportements contraires à la foi. Il s’est trouvé – pas seulement aux Etats-Unis – des évêques rejetant la tradition catholique dans son ensemble et cherchant à faire naître une sorte de nouvelle “catholicité”, moderne, dans leurs diocèses. »

Derrière ce constat se cache la véritable « épuration » dont furent victimes les évêques attachés à la tradition, systématiquement mis de côté ou remplacés par un épiscopat progressiste acquis aux idées nouvelles, celles du Concile et de l’aggiornamento qui autorisait à peu près n’importe quoi. C’est l’application de Vatican II par le pape Paul VI qui est ici en jeu à travers la nomination des évêques. Un sujet qui mériterait d’être approfondi. 
Rupture dans la législation canonique
Benoît XVI aborde enfin directement la question de la pédophilie et de l’insuffisance des moyens de répression fournis par le nouveau Code de Droit canonique. Ce passage est particulièrement instructif.

« La question de la pédophilie (…) ne s’est posée que dans la seconde moitié des années 1980 ». Les évêques des Etats-Unis, où le problème était devenu public, « demandèrent de l’aide, car le droit canonique, consigné dans le nouveau Code (1983), ne semblait pas suffisant pour prendre les mesures nécessaires. (…) Ce n’est que lentement qu’un renouvellement et un approfondissement du droit pénal délibérément peu structuré du nouveau Code ont commencé à prendre forme. »

A la source de cette faiblesse délibérément voulue, « il y avait un problème fondamental dans la perception du droit pénal. Seul le garantisme était considéré comme “conciliaire”. Il fallait avant tout garantir les droits de l’accusé, dans une mesure qui excluait en fait toute condamnation. (…) Le droit à la défense par voie de garantie a été étendu à un point tel que des condamnations étaient difficilement possibles. »

Le pape émérite justifie son action, en expliquant la conduite tenue : « Un droit canonique équilibré (…) ne doit donc pas seulement protéger l’accusé (…). Il doit aussi protéger la foi (…). Mais personne aujourd’hui n’accepte que la protection de la foi soit un bien juridique. »

A cause de ce garantisme, il fallut contourner la difficulté en transférant les compétences de la Congrégation du Clergé, normalement responsable du traitement des crimes commis par les prêtres, à la Congrégation pour la Doctrine de la foi sous le chef de “Délits majeurs contre la foi”. Ceci permit « d’imposer la peine maximale, l’expulsion, qui n’aurait pu être imposée en vertu d’autres dispositions légales. » Afin de protéger la foi, il fallut pour ce faire mettre en place une véritable procédure pénale, avec possibilité d’appel à Rome.

Ainsi la logique implacable du personnalisme, qui fait passer l’individu avant la société et le bien commun, a rendu la justice de l’Eglise quasiment inopérante avec le Code de Droit canonique de 1983. Depuis lors, la curie romaine s’est employée à contourner l’obstacle, au prix de contorsions juridiques et avec des résultats mitigés. Un gâchis…
Troisième partie : perspectives 
 Benoît XVI achève ses réflexions en essayant de donner quelques perspectives de solution.
Rappeler l’existence de Dieu car une société sans Dieu supprime la distinction entre bien et mal
S’adressant dans ce texte à des prêtres principalement, il les exhorte à s’en remettre à l’amour de Dieu mais aussi à réaffirmer fortement l’existence de Dieu à la face du monde. Il faut reconnaître l’intervention divine dans l’histoire des hommes, car le refus de Dieu entraîne la destruction de la liberté :
« Une société sans Dieu – une société qui ne Le connaît pas et Le traite comme inexistant – est une société qui perd sa mesure. De nos jours, on a inventé le slogan de la mort de Dieu. Quand Dieu meurt dans une société, elle devient libre, nous a-t-on assuré. En réalité, la mort de Dieu dans une société signifie aussi la fin de la liberté, parce que ce qui meurt, c'est le but qui donne une orientation. Et parce que disparaît la boussole qui nous indique la bonne direction en nous apprenant à distinguer le bien du mal. La société occidentale est une société dans laquelle Dieu est absent de la sphère publique et n'a plus rien à lui offrir. Et c'est pourquoi c'est une société dans laquelle la mesure de l'humanité est de plus en plus perdue. »
C’est par l’absence de Dieu que certains en sont arrivés à répandre le laxisme étendu jusqu’à la pédophilie.

Au passage, Benoît XVI relève que les hommes d’Eglise ne parlent pas suffisamment de Dieu dans la sphère publique. Il semble regretter que la Constitution européenne ignore Dieu comme « principe directeur de la communauté dans son ensemble ». A qui la faute, alors que depuis Vatican II les autorités de l’Eglise se sont employées à détruite les Etats catholiques en supprimant l’invocation du Dieu un et trine en tête de leurs constitutions ?
La question liturgique
Le pape émérite poursuit : il ne suffit pas de rappeler l’existence de Dieu, il faut encore vivre de l’Incarnation, particulièrement à travers la sainte Eucharistie. Fidèle à ses enseignements passés, il dresse un constat troublant :
« Notre célébration de l’Eucharistie ne peut que susciter l’inquiétude. Le concile Vatican II a voulu le retour de ce sacrement de la Présence du Corps et du Sang du Christ, de la Présence de sa Personne, de sa Passion, de sa Mort et de sa Résurrection, au centre de la vie chrétienne et de l’existence même de l’Eglise. (…) Pourtant, une attitude assez différente prévaut. Ce qui prédomine n’est pas une nouvelle révérence pour la présence de la mort et de la résurrection du Christ, mais une manière de traiter avec Lui qui détruit la grandeur du Mystère. Le déclin de la participation à la célébration eucharistique dominicale montre combien nous, chrétiens d’aujourd’hui, savons encore peu de choses sur la grandeur du don qu’est sa présence réelle. L’Eucharistie est dévalorisée en un simple geste cérémoniel lorsqu’on tient pour acquis que la courtoisie (sic) exige qu’il soit offert à tous ceux qui sont invités (…). » 
Ces considérations sont proprement stupéfiantes, et montrent très clairement les limites de l’analyse de l’ancien pape, qui reste attaché à la réforme de Paul VI tout en déplorant une liturgie devenue banale parce que désacralisée. Nous y reviendrons.
La foi en l’Eglise
Enfin l’ancien Souverain Pontife se penche sur le mystère de l’Eglise. Il s’interroge et se lamente sur des (pseudo) renaissances qui n’ont finalement pas eu de lendemain. De même qu’il vient d’expliquer que Vatican II avait voulu « un retour » du sacrement de l’Eucharistie – pour un piètre résultat –, de même il explique que Vatican II voulut faire de l’Eglise une réalité non plus extérieure mais censée « s’éveiller dans les âmes ». Cinquante ans plus tard, « en reconsidérant ce processus et en regardant ce qui s'était passé », il est tenté de dire : « l'Église meurt dans les âmes. » Ce constat d’un échec patent devrait conduire à remettre en question les principes ecclésiologiques de Vatican II. Malheureusement il n’en est rien. Benoît XVI trouve une autre explication :
« L’Eglise aujourd’hui est largement considérée comme une sorte d’appareil politique [il faudrait plutôt dire sociologique]. On en parle presque exclusivement en catégories politiques, et cela vaut même pour les évêques, qui formulent leur conception de l’Eglise de demain presque exclusivement en termes politiques. La crise, provoquée par les nombreux cas d’abus cléricaux, nous pousse à considérer l’Eglise comme quelque chose de presque inacceptable, que nous devons maintenant prendre en main et redessiner. Mais une Eglise qui s’est faite elle-même ne peut constituer une espérance. »
Il y aura toujours de l’ivraie parmi le bon grain dans le champ du Seigneur, et des mauvais poissons à côté des bons dans les filets de pêche de l’Eglise. Et de conclure par une belle application d’un passage de l’Apocalypse (12, 10) où le diable est présenté comme « l’accusateur de nos frères », comme il fit avec Job en l’accusant devant Dieu.
« Le Dieu Créateur est affronté au diable qui dit du mal de toute l’humanité et de toute la création. Il dit, non seulement à Dieu, mais surtout au monde : Regardez ce que ce Dieu a fait. Soi-disant une bonne création, mais en réalité pleine de misère et de dégoût. (…) Il veut prouver que Dieu Lui-même n’est pas bon, et ainsi nous détourner de Lui. (…) Aujourd’hui, l’accusation contre Dieu, c’est avant tout de qualifier Son Eglise d’entièrement mauvaise, et donc de nous en éloigner. L’idée d’une Eglise meilleure, créée par nous-mêmes, est en fait une proposition du diable, avec laquelle il veut nous éloigner du Dieu vivant, par une logique trompeuse par laquelle nous sommes trop facilement dupés. Non, même aujourd’hui, l’Eglise n’est pas seulement composée de mauvais poissons et de mauvaises herbes. L’Eglise de Dieu existe aussi aujourd’hui, et c’est aujourd’hui l’instrument même par lequel Dieu nous sauve. Il est très important d’opposer les mensonges et les demi-vérités du diable avec toute la vérité : oui, il y a le péché dans l’Eglise et le mal. Mais même aujourd’hui, il y a la Sainte Eglise, qui est indestructible. »
Ce beau passage, s’il est consolant, ne doit pas cacher la réalité de la crise déclenchée par des doctrines délétères répandues à pleines mains par de mauvais pasteurs.
Commentaire 
Une analyse limitée
Le diagnostic porté par Benoît XVI, s’il est sévère et paraît lucide, reste néanmoins dans la ligne symptomatique : il décrit la maladie par ce qui la manifeste, il remonte à certaines de ses causes, mais il est incapable d’identifier les causes profondes et véritables, ou de nommer la maladie elle-même. Ce qui a pour conséquence qu’il ne peut proposer que des soins palliatifs, qui, comme chacun sait, ne font qu’atténuer les symptômes d’une maladie sans agir sur sa cause.

Certes, la révolution libertaire a profondément marqué la société dans laquelle nous vivons, et elle abîme les consciences. Mais cette révolution fut concomitante avec le Concile, qui s’était justement donné pour mission de « scruter les signes des temps » afin de répondre aux aspirations du monde. Ce faisant, l’Eglise s’est lancée dans un maelström de réformes qui a emporté les fidèles comme les pasteurs.

Alors que mai 68 disait : « du passé faisons table rase », Vatican II avait déjà adopté cet esprit cherchant à faire de « la tradition table rase ». Cet esprit est bien présent dans plusieurs textes du Concile, comme Dignitatis Humanæ, Unitatis redintegratio, Gaudium et Spes, ainsi que dans les différentes déclarations qui vinrent le clôturer. Cette révolution s’est manifestée de multiples manières, en particulier dans les séminaires. La jeunesse cléricale et religieuse a été contaminée par l’ambiance d’un monde matérialiste, athée et licencieux.

De même, la révolution de mai 68 affirmait : « il est interdit d’interdire ». La théologie morale ébranlée a répété ce slogan en prônant le relativisme et le refus de régulation par le magistère.

Les symptômes sont donc patents. Mais Benoît XVI refuse d’en retrouver les causes dans le Concile et ses réformes, au nom de cette interprétation biaisée dont il fut le chantre : la fameuse « herméneutique de rupture » à laquelle il opposait une « herméneutique de la continuité » censée exonérer Vatican II et le magistère subséquent de toute responsabilité.
Des responsabilités écrasantes
En ces temps troublés, ceux de l’époque des années 60 jusqu’à nos jours, il faut affirmer que l’autorité n’a pas agi efficacement, ce qui est un signe soit de faiblesse tragique, soit de complicité. Mais n’était-ce pas « saint » Paul VI qui dirigeait la barque de Pierre à cette époque ? Ce « saint » a-t-il été faible à ce point, ou complice ?
   
Lorsqu’un effet est constaté avec régularité, il manifeste une cause. Vouloir la limiter à une herméneutique est insuffisant. L’induction doit être menée jusqu’au bout et il faut avoir le courage de remonter aux germes qui se trouvent dans le Concile, sous peine de renoncer au principe de causalité.

D’autant que les mesures prises pour essayer de résoudre le problème manifestent, à leur tour, cette cause qui prospère, tel un foyer infectieux. Le pape émérite est bien obligé de reconnaître l’insuffisance du nouveau Droit Canon, et son incapacité à résoudre les problèmes. Mais qui donc a promulgué ce Code ? Et qui a ensuite été obligé d’échafauder des solutions de secours, elles-mêmes insuffisantes ? N’est-ce pas « saint » Jean-Paul II ?

Et d’où vient cette insuffisance ? De ce principe de liberté moderne, appliqué à travers le personnalisme à toute la législation de l’Eglise, la rendant inopérante. C’est l’autorité qui s’est elle-même liée les mains en proclamant qu’elle ne voulait plus condamner, comme l’attestent les discours de Jean XXIII lors de l’ouverture du Concile et de Paul VI lors de sa clôture.

Quant à la cécité sur la nocivité de la réforme liturgique, elle est presque caricaturale. Le pape émérite affirme les bonnes intentions du Concile et ses belles réalisations. Il constate ensuite que le résultat est catastrophique, mais il se garde bien d’arriver à la conclusion qui s’impose. Le fait que les évêques ne voient plus l’Eglise que de manière politique ou sociologique ne le fait pas non plus s’interroger sur la qualité de l’ecclésiologie nouvelle véhiculée par Lumen gentium.

C’est pourquoi ses propositions pour un redressement, malgré une certaine valeur palliative, seront incapables d’éradiquer la maladie. Comme le disait Mgr Lefebvre, le modernisme est une sorte de sida spirituel répandu dans l’Eglise, qui affaiblit l’organisme en le privant de ses défenses. Ceux qui en sont frappés n’ont plus les forces nécessaires pour reconnaître l’agresseur et mettre en œuvre les moyens adaptés pour l’éliminer. Seule la restauration de toutes choses dans le Christ, par la fidélité de l’Eglise à sa propre tradition, à ses rites sacro-saints, à sa doctrine révélée, à sa morale parfaite et à sa discipline multiséculaire, pourront redresser la barque de Pierre et laver notre Sainte Mère des affronts qui la défigurent depuis trop longtemps.