20 février 2019

[Paix Liturgique] Comment le MJCF a opté pour la messe traditionnelle? Une contribution à l'histoire liturgique récente

SOURCE - Paix Liturgique - lettre n°683 - 19 février 2019

Le MJCF, Mouvement de la Jeunesse Catholique de France, crée en 1967 est devenu dans les années 70 du siècle dernier un élément important de la résistance aux reformes liturgiques et un acteur majeur de la défense de la liturgie traditionnelle. Nous avons demandé à Christian Marquant de nous exposer les étapes et les raisons de ce choix.
Quel était la situation liturgique en France en 1967 au moment où est né le MJCF?
Christian MARQUANT – Dès la fin du Concile, et même quelques années avant, la liturgie a commencé à être célébrée, au moins en France, très diversement selon les lieux et les paroisses (la réforme liturgique a commencé en 1964). Par exemple au sein du patronage de la paroisse Saint-Pierre de Montrouge où nous suivions nos activités scoutes, à partir les années 1964, la messe était dite largement en français pour toutes ses prières publiques. Mais ces premières innovations ne nous choquaient pas, car, au moins dans cette paroisse, elles étaient vécues d’une manière en rien blessante pour notre foi catholique. Nous nous mettions à genoux pendant le canon encore récité en silence par l’officiant, et bien sûr nous recevions la communion à genoux sur les lèvres. Lorsque je servais la messe matinale du curé de la même paroisse, celle-ci était semblable à celle à laquelle nous assistons aujourd’hui dans nos chapelles traditionnelles.
Le Concile n’eut il pas de conséquences immédiates?
Le Concile Vatican II qui se termina en 1965, entraina très vite une période de grande instabilité, et de luttes entre, d’une part, les tenants du « vrai Concile » (dont faisaient partie les catholiques les plus conservateurs, car personne ne s’opposait vraiment au Concile à ce moment et la plupart des décisions de Vatican II furent approuvées in fine par les prélats les plus traditionnels, comme Mgr. Lefebvre, etc.), qui pensaient pouvoir « bien interpréter » le Concile, et d’autre part, ceux du terrifiant « esprit du Concile ». Le fait est que ces derniers semblaient plus autorisés que les premiers, qui menaient un combat d’arrière-garde : il fallait s’y faire, Vatican II n’était pas le Concile de Trente.

La situation se détériora profondément à partir de 1968, non seulement à cause de l’accélération de la réforme, que par l’addition de débordements surtout politique aux délires ecclésiaux : ce fut alors à Paris un déchainement de folie, où nous vîmes les célébrations changer du tout au tout, non seulement dans les formes de la liturgie, mais aussi à cause du bouleversement général de l’Eglise qui interférait avec le chamboulement de la liturgie. Nous avons de nombreux souvenirs de cette période, par exemple, celui des Scouts de France prirent parti pour la révolution de 68. Ou encore, l’épisode d’une veillée de prière – ce n’était pas un phénomène isolé – dans la paroisse Saint-Eloi, où l’on a magnifié Che Guevara. A cette époque, l’Office catholique du Cinéma prima Théorème, le film de Pasolini, prétendument « spirituel », mais en fait on ne peut plus charnel, et le sulfureux Catéchisme hollandais influençait la catéchèse française.
Existait-il des résistances à cette évolution?
Il existait bien sur quelques prêtres qui ne se satisfaisaient pas de ces évolutions par exemple les membres de l’Opus sacerdotale du chanoine Catta qui, bien que réunissant de nombreux prêtres, n’était ni écouté ni respecté. En fait, la plupart des prêtres n’avaient pas été préparés à vivre de tels événements. Et s’ils en comprenaient la nocivité, ils manquaient du tempérament et du courage pour s’y opposer. Certains arrivaient cependant à aller à contre-courant. L’abbé de Nantes fut l’un des premiers, par ses Lettres et ses conférences, à rendre publique une critique de ces dérives. Je me souviens aussi de l’abbé Coache, alors curé de Montjavoult dans le diocèse de Beauvais, avec son bulletin, Le Combat de la Foi, qui remit en honneur les processions traditionnelles de la Fête-Dieu dans sa paroisse, au moment où elles disparaissaient à peu près partout. Un petit livret, qu’il rédigea avec le P. Noël Barbara, en 1968, le Vade mecum du catholique fidèle, rappelant les points essentiels concernant la messe, le catéchisme, la morale, signé par 400 prêtres, se vendit à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires.

A cette époque nous avions plus de proximité, via les scouts d’Europe parisiens, avec l’Alliance Saint-Michel de Bernard Prud’homme, qui interrompait des cérémonies scandaleuses, distribuait des tracts, etc.
Aviez-vous une compétence particulière pour vous commencer à vous investir ainsi dans le domaine religieux?
Nous étions de simples fidèles catholiques qui certes avions reçu de nos parents et maîtres une solide formation catéchétique, mais sans avoir, à ce moment-là, aucune formation profonde en liturgie ou en théologie. Cependant, les excès, et les scandales qui se perpétraient devant nous justifiaient pleinement nos réactions. D’autant qu’on nous rebattait les oreilles sur le droit et même le devoir des laïcs à intervenir et à s’exprimer, cependant qu’on jetait aux orties les fameux « mandats » qui soumettaient les mouvements d’Action catholique à la hiérarchie. Nous avons saisi cette opportunité : on demandait aux laïcs de participer à la vie de l’Eglise ? Nous avons donc participé ! Et nos bons clercs se sont retrouvés en face de laïcs, parfois très jeunes, qui contestaient les orientations du Concile…au nom de l’esprit du Concile!
Comment s’est imposée la nouvelle messe?
Brutalement. On est passé de 1964 à 1969, en cinq ans d’un univers dans un autre. L’étape définitive a été l’entrée en vigueur, le 30 novembre 1969, c’est-à-dire le premier dimanche de l’Avent, d’un missel complètement nouveau. Chaque conférence épiscopale pouvait fixer des délais pour assurer une entrée en vigueur progressive. Mais en France les évêques l’imposèrent avec une violence morale inouïe à tous les membres du clergé en proscrivant l’ancien rite. Ceux qui voudraient se rendre compte de ce qu’a été cette violence pourraient lire avec intérêt un opuscule intitulé Face à Face, qui est la publication des échanges de correspondance entre Mgr François Ducaud–Bourget et le cardinal Marty, entre 1970 et 1977. Cette violence et ce manque étonnant de charité constituèrent certainement le terreau sur lequel émergea notre attachement de plus en plus vif vis-à-vis à la messe traditionnelle.

C’était une réaction du sens de la foi : entre une messe que nous avions toujours connue et qui portait notre foi catholique et une nouvelle liturgie indigente et sur laquelle se greffaient abus et des scandales, le choix semblait simple.
Mais vous avez trouvé des éléments qui ont ensuite soutenu la réaction d’«instinct de la foi»?
Les voix théologiques autorisées furent nombreuses. C’est la publication, en 1970, de l’ouvrage de Louis Salleron, La nouvelle messe, aux Nouvelles éditions latines, dans la collection « tinéraires», qui nous fit comprendre avec clarté et précision le caractère véritablement révolutionnaire de cette nouvelle liturgie et les raisons de ne pas y adhérer. La lecture de ce livre constitua pour nous pendant plusieurs années une étape essentielle dans la réflexion qui nous fit évoluer vers la messe traditionnelle. Ce combat liturgique, en 1970, n’était pas encore prioritaire pour tous. Par exemple, l’assemblée des « Silencieux de l’Eglise », de Pierre Debray, qui se tint à Versailles les 7 et 8 novembre 1970, s’était donné pour objet la résistance au nouveau catéchisme, mais ne parlait à propos de la messe que des abus qui scandalisaient le peuple de Dieu. D’ailleurs, la messe célébrée au Palais des Congrès pour les silencieux était selon le nouvel Ordo missæ…
Cependant, vous n’aviez pas encore fait le choix de la messe traditionnelle?
C’est vrai. Cela peut paraitre étrange aujourd’hui, mais il nous était le plus souvent impossible, à l’époque, d’assister à d’autres messes que la messe nouvelle. Il se trouvait bien ici ou là quelques prêtres résistants, mais qui souvent célébraient en cachette, parfois sans fidèles ! De fait, nous avons-nous-même continué à assister pendant plusieurs années à la nouvelle messe célébré par l’Abbé Jean-François Guérin.
Racontez-nous votre rencontre avec l’abbé Guérin?
L’abbé Guérin qui était un peu comme le chapelain de la Cité catholique de Jean Ousset, devenue en 1963, « L'Office international des œuvres de formations civiques et d'action doctrinale selon le droit naturel et chrétien » - ouf !

Lorsqu’éclata la crise de la messe, l’abbé Jean-François Guérin, prêtre du diocèse de Tours, oblat de l’abbaye de Fontgombault, s’éloigna de cette abbaye, car elle conservait la messe traditionnelle et que lui-même pensait qu’il fallait accueillir la nouvelle liturgie avec obéissance, tout en l’« interprétant » le mieux possible. Il s’était installé à Paris comme délégué général de l’Œuvre d’Orient. Lors du congrès de Lausanne de Paques 1970, organisé par l’Office international, il participa à l’élaboration d’un compromis peu glorieux : pour éviter des censures ecclésiastiques, les offices furent tous célébrés selon divers rites orientaux.

L’abbé Guérin accepta de célébrer une messe de Paul VI en latin pour des étudiants, le mercredi, dans la chapelle des Sœurs du Bon-Secours de la rue N-D des Champs. Très vite cette messe, qui avait conservé au maximum les apparences de la liturgie traditionnelle attira tous les jeunes mal à l’aise dans les nouveautés liturgiques de la capitale.
Vous ressentez donc une dette envers l’abbé Jean-François Guérin?
Oui, nous sommes immensément redevables à l’abbé Jean-François Guérin. Comme je l’ai dit, avant lui nous ignorions à peu près tout de la liturgie et que nous avions jusqu’alors plutôt réagit contre les nouveautés. Eh bien, rue ND des Champs, à travers un rite qui nous paraît aujourd’hui bien imparfait, nous avons pu entrevoir les trésors du culte traditionnel. Grâce en quelque sorte à la « copie », nous avons commencé à comprendre l’« original », la messe traditionnelle, à l’aimer et à la servir, avant de pouvoir vraiment la défendre. C’est l’abbé Guérin qui nous permis de nous familiariser avec le service de l’autel et le chant grégorien. C’est lui qui nous fit découvrir les richesses de la liturgie de la semaine sainte, lors de sessions en Suisse. C’est lui qui nous initia à la liturgie des Heures et à la récitation de complies du petit Office de la Sainte Vierge, qui devint une des prières les plus répandu au MJCF.
Mais l’abbé Guérin dut interrompre son apostolat parisien?
En effet, car accepter le nouvel Ordo, mais en lui donnant toutes les apparences et surtout l’esprit de la liturgie ancienne, était insuffisant pour les autorités de l’époque. Le cardinal François Marty, archevêque de Paris, le convoqua pour lui dire son mécontentement de le voir continuer à célébrer la messe traditionnelle. Pour dire vrai, le cardinal lui reprochait surtout son insupportable succès auprès des jeunes. Devant les dénégations respectueuses de l’abbé, qui lui affirma célébrer la nouvelle messe, le cardinal s’emporta et – nous le tenons de l’abbé Guérin lui-même – lui rétorqua avec son accent rocailleux : « Ne me prenez pas pour un couillon, je sais que vous célébrez l’ancienne messe ! » L’abbé Guérin dut cesser son apostolat parisien fécond. On sait la suite. Grand directeur spirituel et éveilleur de vocations, il fonda en 1976 la Communauté Saint-Martin, accueillie par le cardinal Siri dans le diocèse de Gènes. La Communauté se verra confier des ministères en France à partir des années 80. Ses prêtres, toujours en soutane, pratiquent en paroisse une liturgie non latine, mais délibérément classique.
Quelle fut votre réaction?
Il est paradoxal que ce cher abbé qui était un homme d’ordre, peu préparé à la résistance, se soit vu admonesté par le cardinal Marty pour ne pas avoir obéi, alors qu’il obéissait, mais pas dans l’esprit nouveau. Eh bien, c’est parce qu’il a été persécuté pour une messe moderne qui n’était pas assez moderne, que nous nous sommes tournés vers la messe ancienne. En effet, la persécution contre l’abbé Guérin nous montrait que l’intention des novateurs ne voulaient pas changer la forme, tout en gardant le fond, mais qu’ils voulaient bien changer le fond. Il s’agissait bien d’une tentative de subversion de la foi de la part de pasteurs. Voilà comment obéissant à en mourir, Jean-François Guérin nous amena à refuser d’obéir pour vivre pleinement note foi catholique.

A désobéir apparemment. Mgr Guérin est mort deux ans trop tôt, en 2005, pour savoir, par le motu proprio Summorum Pontificum de 2007, que la messe ancienne n’avait jamais été abolie. Il avait donc  obéi à une obligation inexistante. Mais il avait trop souffert de s’être ainsi contraint pour revenir à la messe traditionnelle. Avant même le texte de Benoît XVI, lorsque l’interdiction de célébrer la messe traditionnelle avait été partiellement levée, en 1984 et 1988, Jean-François Guérin n’avait pas voulu se dédire et en profiter…
C’est donc à ce moment que Le MJCF s’orienta et évolua vers une adhésion claire et nette en faveur de la liturgie traditionnelle?
Tout à fait. Pour nous, et sans doute pour d’autres, cet épisode fut fondateur d’une décision claire en faveur de la messe traditionnelle. En effet, si pour les autorités, lorsque l’on obéissait en célébrant le Nouvel Ordo, mais d’une manière conforme à la foi de toujours, on devenait « désobéissant », c’était donc bien cette foi de toujours qui était contestée. Ainsi l’avaient compris les cardinaux Bacci et Ottaviani, comme ils l’expliquaient dans leur Bref examen critique du nouvel Ordo Missæ, de 1969.

C’est donc à ce moment que le MJCF s’orienta vers une nette adhésion à la liturgie traditionnelle. Si bien qu’à Noel 1974, lorsque décédèrent dramatiquement deux animatrices nationales du MJCF, ce fut la liturgie traditionnelle que nous choisîmes pour leurs funérailles, au risque d’attirer sur nous les foudres du cardinal Marty . Il ne nous fut d’ailleurs pas facile de trouver un prêtre qui acceptât de célébrer cette liturgie en public dans une église paroissiale et en présence du curé du lieu. Cependant les temps étaient en train de changer, notamment par le fait qu’en 1970, Mgr Lefebvre avait fondé son séminaire d’Ecône, où il allait commencer à ordonner ses premiers prêtres, ce qui allait modifier profondément le paysage sacerdotale français
Cette orientation fut-elle suivie par tout le MJCF ?
On peut dire que oui. Ensuite, la plupart des nombreuses vocations sacerdotales et religieuses qui émergèrent au sein du mouvement s’orientèrent vers les communautés traditionnelles naissantes, il y eut cependant quelques garçons qui crurent que – même dans les années de plomb – il était encore possible d’agir à l’intérieur au sein des églises diocésaines. Ils sont restés nos amis, même si leur choix ne permit pas le rétablissement liturgique et doctrinal qu’ils avaient souhaité.
Et maintenant ?
La semence a germé. Cette orientation prise dans les années 70 enracina des générations de militants comme défenseurs de la liturgie traditionnelle, qui se retrouvent encore aujourd’hui dans les combats et les œuvres structurés par cette liturgie, le pèlerinage de Chrétienté à Chartres, Renaissance Catholique, Paix Liturgique et bien sûr dans la toutes ces maisons sacerdotales et religieuses traditionnelle féminines et masculines  qui se sont développées depuis 50 ans
Que diriez-vous pour conclure ?
Je dirais qu’on peut affirmer que le MJCF n’a pas adopté la messe traditionnelle par nostalgie, ni pour des motifs esthétiques, ni par amour du latin, mais simplement parce qu’elle nous est apparue, au fur et à mesure que nous la découvrions et que nous assistions aux attaques dont elle était l’objet, comme le vecteur de notre foi Catholique

19 février 2019

[Walter Card. Brandmüller & Raymond Leo Card. Burke] Le mal est qu’on s’est éloigné de la vérité de l'Évangile

SOURCE - Cardinal Brandmüller et Cardinal Burke - L'Homme Nouveau - 19 février 2019

Les cardinaux Burke et Brandmüller ont décidé de rendre publique la lettre qu’ils adressent à leurs confrères évêques, présidents des conférences épiscopales du monde, qui se réunissent demain, 20 février, à Rome autour du Pape. Ce n’est pas le « cléricalisme » qui est la cause du mal, mais le fait que l’esprit du monde a pénétré le clergé. A la racine du mal est l’effondrement doctrinal dans l’Eglise, où l’on s’est éloigné de la vérité de l’Evangile.
Lettre ouverte aux Présidents des conférences épiscopales 
Chers Confrères, Présidents des conférences épiscopales, 
Nous nous adressons à vous avec une grande tristesse. 
Le monde catholique est désorienté et se demande avec angoisse : où va l'Église? 
Face à la dérive en cours, il semble que le problème se réduise à celui des abus sur les mineurs – un crime horrible, tout particulièrement quand il est commis par un prêtre, mais qui n'est qu'un élément d'une crise bien plus vaste. Telle une plaie, la cause homosexuelle se répand dans l'Église, promue par des réseaux organisés et protégée par un climat de complicité et d'omertà. Les racines de ce phénomène se trouvent évidemment dans ce mélange de matérialisme, de relativisme et d'hédonisme qui refuse absolument l'existence d'une loi morale absolue, c'est-à-dire qui ne souffre pas d’exceptions. 
On accuse le cléricalisme est d’être responsable des abus sexuels, mais la première et principale responsabilité du clergé n'est pas dans l'abus de pouvoir, mais dans le fait de s'être éloigné de la vérité de l'Évangile. La négation, y compris publique, dans les paroles comme dans les actes, de la loi divine et naturelle, est à la racine du mal qui corrompt certains secteurs de l'Église. 
Face à cette situation, cardinaux et évêques se taisent. Vous tairez-vous également lors de la réunion convoquée ce 21 février au Vatican? 
Nous sommes de ceux qui ont interpellé le Saint-Père en 2016 sur les dubia qui divisaient l'Église à l'issue des conclusions du Synode sur la famille. Aujourd'hui, ces dubia non seulement n'ont pas reçu de réponse mais s'inscrivent dans une crise de la foi bien plus générale. Nous voulons par conséquent vous encourager à faire entendre votre voix et à proclamer l'intégrité de la doctrine de l'Église. 
Nous invoquons le Saint-Esprit pour qu'il assiste l'Église et éclaire les pasteurs qui la guident. Un acte décisif est aujourd'hui urgent et nécessaire. Nous mettons notre confiance dans le Seigneur qui a promis : « Voici que je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde » (Mt 28, 20). 
Walter Card. Brandmüller
Raymond Leo Card. Burke

[FSSPX Actualités] Revue de presse: Quo vadis Ecclesia Dei ?

SOURCE - FSSPX Actualités - 19 février 2019
Le 19 janvier 2019, un Motu proprio du pape François a supprimé la Commission Ecclesia Dei. Comme l’indique l’agence Zenit, le document romain donne quatre raisons à cette suppression : 1) « le changement des circonstances » qui avaient conduit Jean-Paul II à l’instituer ; 2) la « stabilité » trouvée aujourd’hui par les communautés ayant fait le choix de célébrer selon le rite de 1962 et que la Commission avait pour mission de soutenir ; 3) le fait que les questions dont la Commission était chargée sont « principalement doctrinales » ; 4) le souhait du pape que les communautés ecclésiales prennent davantage « conscience » de ces finalités doctrinales, – la transformation de la Commission en une section de la Congrégation pour la doctrine de la foi en serait le signe.

Le jour même, 19 janvier, lors du Congrès du Courrier de Rome à Paris, l’abbé Davide Pagliarani, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, donnait une première réaction à chaud : « la raison pour laquelle on a pris la décision, de supprimer l’Ecclesia Dei qui est transformée en une section de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, c’est qu’aujourd’hui les conditions ne sont plus les mêmes. “Les instituts et les communautés religieuses qui célèbrent habituellement dans la forme extraordinaire ont trouvé aujourd’hui une vraie stabilité de nombre et de vie”. Ainsi, tous les instituts Ecclesia Deiont trouvé aujourd’hui leur paix, leur stabilité dans l’Eglise ! Surtout maintenant, sous le pontificat du pape François ! Je pense que ce n’est pas la peine de commenter cela. » – Le texte intégral de l’intervention de l’abbé Pagliarani au congrès du Courrier de Rome est publié dans le dernier numéro de Nouvelles de Chrétienté (n°175, janvier-février 2019). 

Le 29 janvier, Mgr Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la Commission doctrinale de la Conférence des évêques de France (CEF), publiait un commentaire sur le site de la CEF. Rappelant « la nécessité de discussions doctrinales approfondies avec la Fraternité Saint-Pie X », il indiquait ce qui – selon lui – devrait être au cœur de ces discussions doctrinales : « Les points en jeu ne sont pas des détails. Il ne suffit pas d’insister sur la réalité sacrificielle de l’Eucharistie, encore faut-il préciser ce qu’est ce sacrifice qui, en régime chrétien, ne saurait être une prolongation des sacrifices païens ni même des sacrifices du Temple ; il ne suffit pas de se réclamer de la Tradition, encore faut-il rendre clair ce qu’est la Tradition du Christ à ses Apôtres qui ne saurait n’être (sic) que le poids du passé s’imposant à toutes les générations ; il ne suffit pas d’affirmer que la religion catholique est la seule vraie, encore faut-il expliquer en quoi cette vérité exclusive honore la puissance salvifique du Christ qui a acquis le pouvoir de répandre son Esprit-Saint en tous les hommes pour attirer tous les hommes ».

Sur son blogue, le 31 janvier, Jeanne Smits relevait les expressions étranges contenues dans la déclaration de Mgr de Moulins-Beaufort : « Voilà des mots bien lapidaires, et finalement bien courts, qui semblent considérer la Fraternité Saint-Pie X dans l’ensemble attachée au fixisme. Ils révèlent une gêne certaine à l’égard de la messe en tant que sacrifice, non sanglant certes, mais réel, du Fils unique de Dieu à son Père, sacrifice propitiatoire qui détourne des hommes la condamnation pour leurs péchés : la “colère de Dieu”, en somme, notion volontiers considérée aujourd’hui comme inconvenante. (…) Le sacrifice d’Abraham plaît à Dieu qui, de fait, va substituer à Isaac l’Agneau véritable, son propre “Premier-né”. Et si les sacrifices du Temple ne pouvaient être le sacrifice parfait, parfaitement expiatoire, ils étaient voulus par Dieu et lui étaient agréables. En ce sens, il est difficile de dire que le sacrifice toujours renouvelé de Notre Seigneur n’en est pas, d’une certaine manière, le prolongement : il les dépasse, et accomplit pleinement le sacrifice voulu par le Père ».

Le 7 février, sur le blogue Le Rouge & le Noir, l’abbé Claude Barthe, directeur de la lettre d’information et d’analyse Res Novæ, accordait un entretien où il indiquait le contexte dans lequel a été décidée la suppression de la Commission Ecclesia Dei : « le pape François n’a pas le même intérêt que Benoît XVI pour la liturgie traditionnelle, c’est le moins qu’on puisse dire ; il a dit à deux ou trois reprises que les personnes attachées à la messe traditionnelle lui paraissaient des nostalgiques qui suivaient une “mode”. Pour autant, il n’a pas, pour sa part, la moindre intention de revenir sur les dispositions de Summorum Pontificum. Je n’en dirais pas autant des personnes de son entourage qui s’intéressent au problème et pour lesquelles la situation créée par Summorum Pontificumest intolérable. (…)

Et de rappeler également que le pape « n’attache que très peu d’importance aux débats doctrinaux : que la Fraternité Saint-Pie X et d’autres ne reconnaissent pas l’autorité du magistère du Concile, au moins comme magistère “authentique”, le laisse indifférent. En revanche, le motif politique, à savoir que la Commission Pozzo s’est révélée incapable de mener à bien le rapprochement, a été déterminant. Le motif doctrinal invoqué permet en même temps de faire une bonne manière à la Fraternité Saint-Pie X (qui, lors de l’entretien de son Supérieur général avec le cardinal Luis Ladaria, le 22 octobre 2018, a rappelé que « la question doctrinale reste absolument primordiale », voir DICI n°379, décembre 2018. NDLR). Et Mgr Pozzo se retrouve affecté au redressement des comptes du Chœur de la Sixtine… »

Selon l’abbé Barthe, « l’affaiblissement de la liturgie traditionnelle (circonscrite, en outre, s’il était possible, à la Fraternité Saint-Pie X), est en effet le projet, non du pape, mais de nombreux bergogliens. Ainsi, Andrea Grillo, professeur à l’Université Saint-Anselme, l’université liturgique de Rome, écrit dans un article du 21 janvier 2019 sur le blogue Come se non : “Le péché d’Ecclesia Dei s’appelle Summorum Pontificum : Rome, par Summorum Pontificum, avait indûment mis la liturgie traditionnelle et la nouvelle sur un pied d’égalité, alors que la liturgie traditionnelle est la traduction dans la lex orandi de la doctrine antérieure au Concile.” La Commission Ecclesia Dei, protectrice de la liturgie ancienne, consacrait cette situation, selon lui, aberrante. Sa disparition remet l’usage de la liturgie tridentine à sa vraie place, celle d’une miséricorde que chaque évêque peut ou non exercer.

« C’est bien comme cela que l’entend Mgr Fernández, grand ami du pape, récemment nommé évêque de La Plata, en Argentine, qui a pris, le 24 décembre dernier (alors que le texte concernant la disparition d’Ecclesia Dei était prêt) un décret qui annule concrètement les dispositions de Summorum Pontificum : toutes les messes dans son diocèse doivent être célébrées selon le Novus Ordo, en langue vernaculaire, et face au peuple. Désormais, même pour célébrer de manière privée la messe traditionnelle, il faudra demander la permission à l’évêque. Décret clairement contra legem, mais dont personne ne s’avisera de demander au Saint-Siège l’annulation : la cause serait par avance entendue ».


La suppression de la commission Ecclesia Dei à la lumière de la Plata


Sur les mesures très restrictives prises par l’archevêque de La Plata, concernant la messe traditionnelle, FSSPX.Actualités écrivait le 6 février : « Mgr Victor Manuel Fernández, chantre de la théologie du peuple, est considéré comme suffisamment proche de l’actuel pontife romain, pour lui avoir inspiré l’exhortation apostolique Amoris lætitia. 

« Par deux décrets successifs datés des 17 et 24 décembre 2018, ce prélat argentin est revenu sur les principales dispositions du Motu proprio Summorum Pontificum, par lequel le pape Benoît XVI libéralisait, en 2007, l’usage du rite traditionnel. 

« Depuis lors, la messe de toujours – célébrée jusque-là par une dizaine de prêtres dans le diocèse – a vu sa place se réduire comme peau de chagrin : le dimanche à 12h dans l’église du Sacré-Cœur, et le mercredi à 7h10 dans l’église Saint-Louis-de-Gonzague, toute célébration supplémentaire demeurant soumise à un improbable placet épiscopal.

« De plus, la célébration ad orientem – encouragée pourtant par l’actuel préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, le cardinal Robert Sarah – se trouve elle-même remise en cause. 

« Ces récentes dispositions diocésaines prises par un proche du pape actuel, au mépris du droit rappelé par le pape Benoît XVI, font-elles exception, ou sont-elles à rapprocher – comme le fait Anne Le Pape dans le journal Présent du 9 janvier 2019 – des débats ayant agité en novembre 2018 l’assemblée plénière la Conférence des évêques d’Italie, autour du statut juridique du Motu proprio Summorum Pontificum?».

Pour conclure, l’abbé Barthe donne son point de vue sur les conséquences pratiques de cette suppression pour les communautés Ecclesia Dei : « (hormis la Fraternité Saint-Pie X) la disparition d’Ecclesia Dei représente pour le reste du monde traditionnel, les célébrations paroissiales et les communautés Ecclesia Dei, un acte symbolique très négatif. C’est aussi la disparition d’une protection, pas toujours très efficace, mais qui valait mieux que pas de protection du tout. Certes, d’aucuns se veulent rassurants en faisant remarquer : 
  • que le Motu proprio constate comme un fait sur lequel on ne revient pas “que les instituts et les communautés religieuses qui célèbrent habituellement dans la forme liturgique extraordinaire ont retrouvé aujourd’hui leur propre stabilité en nombre et en vitalité” ;
  • que le personnel du bureau de la Congrégation sera le même (sauf Mgr Pozzo) que celui de la Commission ;
  • et enfin que toutes les compétences de la Commission sont transférées à un bureau spécial de la Congrégation. Ainsi, les instituts Ecclesia Dei ne dépendront pas de la Congrégation pour les religieux, ce qui eût été pour eux un désastre.
« Ils en concluent que rien ne sera vraiment changé : c’est à voir. D’abord, à l’heure où je réponds à vos questions, on ne sait toujours pas qui sera désigné comme capo ufficio, chef de cette section, de l’esprit duquel la ligne du bureau va dépendre.

« Ensuite, rien ne dit que la Congrégation pour la doctrine de la foi – et notamment son Secrétaire, Mgr Morandi, par lequel vont passer toutes les décisions à prendre – aura les mêmes bonnes dispositions que Mgr Pozzo vis-à-vis du monde traditionnel. Or ce sera la Congrégation qui désignera les visiteurs canoniques, et non plus la Commission, qui les choisissait parmi des prélats d’esprit traditionnel. C’est la Congrégation, et non plus la Commission, qui confirmera les élections de supérieurs, qui interviendra pour régler des problèmes internes, qui recevra les plaintes contre tel ou tel institut (ces “recours à Rome”, qui sont généralement le grand moyen par lequel on lance le torpillage d’une communauté). Attendons de voir. Mais on peut dire, à tout le moins, que la nouvelle situation est beaucoup moins favorable que la précédente ».

15 février 2019

[Lettre à Nos Frères Prêtres - FSSPX] Les Juifs sont-ils «déicides»?

SOURCE - Lettre à Nos Frères Prêtres - FSSPX - décembre 2018

Jésus a été condamné à mort, injustement, lui le saint et l’innocent. De plus, Jésus était Dieu : de même que la mise à mort d’un parent est techniquement un « parricide », que l’assassinat d’un roi est un « régicide », de même la condamnation et l’exécution injuste de celui qui est Dieu s’appelle un « déicide ».
 
Nous pouvons donc nous poser la question : qui est responsable de ce « déicide » ? Et parce que, au cours de l’histoire, de façon populaire, on a quelquefois accusé « les Juifs », plus ou moins indistinctement, d’être les responsables de la mort du Christ, on se demande si réellement les Juifs sont « déicides », et de quelle manière.
 
Pour répondre convenablement à cette question, il convient de faire un certain nombre de distinctions.
Ceux que nous voyons, dans l’Évangile, agir contre Jésus
Les Évangélistes sont très clairs. Si la plupart des auditeurs de Jésus sont transportés d’enthousiasme par sa prédication, ses miracles et le rayonnement qui émane de sa personne, un certain nombre de contemporains lui deviennent progressivement de plus en plus hostiles, désirant d’abord son élimination, ensuite sa mort, puis complotant en vue de cette mort, enfin faisant procéder à son arrestation et réclamant voire exigeant du Procurateur romain son exécution.
     
En ce qui concerne spécifiquement le complot pour le faire mourir (avec son aboutissement fatal), et non pas simplement l’hostilité doctrinale, pour saint Matthieu, il s’agit des princes des prêtres et des anciens du peuple (Mt 26, 3) ; pour saint Marc, des princes des prêtres et des scribes (Mc 14, 1), ou encore des grands prêtres, des scribes et des anciens (Mc 14, 43) ; pour saint Luc, des princes des prêtres et des scribes (Lc 22, 2), ou encore des princes des prêtres, des magistrats du Temple et des anciens (Lc 22, 52) ; pour saint Jean, il s’agit des princes des prêtres et des pharisiens (Jn 11, 47). Tous signalent par ailleurs que Jésus comparut devant le Sanhédrin (la plus haute autorité judiciaire juive) et fut condamné par ce tribunal, même si la condamnation « exécutive » fut celle de l’autorité romaine.
    
Il s’agit là, nettement, des « autorités » de la nation juive : autorités religieuses, politiques et intellectuelles, les trois dimensions étant d’ailleurs intimement mêlées dans cette « nationreligion ».
Ce ne sont pas tous les Juifs
Toutefois, il est clair que ce ne sont pas tous les membres de ces catégories (princes des prêtres, anciens du peuple, scribe, magistrats du Temple, pharisiens) qui sont impliqués dans ce complot, mais seulement quelques-uns : même si ceux-là furent spécialement actifs.
 
Les trois premiers Évangélistes signalent ainsi qu’un chef de synagogue demanda un miracle à Jésus (Mt 9, 18 ; Mc 5, 22 ; Lc 8, 41). Saint Jean nous parle de Nicodème, « pharisien et un des premiers des Juifs » (Jn 3, 1) qui était disciple de Jésus. Il témoigne qu’il y avait division entre les pharisiens à propos de Jésus (Jn 9, 16). Il souligne que « même parmi les chefs » du peuple juif, un certain nombre crurent à Jésus (Jn 12, 42). Les Actes des Apôtres affirment qu’une « foule considérable de prêtres » vint à la foi chrétienne après la Pentecôte (Ac 6, 7).
 
Concernant spécifiquement le Sanhédrin, saint Jean signale une intervention de Nicodème en faveur de la régularité d’un éventuel procès (Jn 7, 50-51). Saint Luc parle de Joseph d’Arimathie, « qui n’avait pas consenti aux décisions des autres » membres du Sanhédrin (Lc 23, 50-51). Les Actes des Apôtre affirment que Gamaliel, « pharisien, docteur de la Loi et honoré de tout le peuple » (Ac 5, 34), donna au Sanhédrin des conseils de modération à propos des Apôtres.
   
De façon plus générale, saint Jean souligne que même parmi « les Juifs » (dans le sens spécifique qu’il emploie et que nous avons déjà expliqué), il y avait une forte division à propos de Jésus (Jn 10, 19-21).
Ceux-là sont coupables de « déicide »
En tout, les membres du complot homicide contre Jésus doivent représenter quelques dizaines de personnes, peut-être quelques centaines. Et comme ils avaient vu tous ses miracles, d’origine certainement divine, ils avaient le devoir de mener une enquête religieuse extrêmement sérieuse pour vérifier les titres de crédibilité de Jésus, et recevoir son enseignement s’il s’avérait venir de Dieu lui-même.
    
En refusant de le faire, contre toute évidence et toute justice, ces hommes ont pris la responsabilité de « guerroyer Dieu de ses dons » et, au moins dans la cause (quelle que soit leur perception exacte du statut de Jésus), ils sont réellement coupables de déicide.
Les assistants du Vendredi saint à Jérusalem
On peut joindre à ce groupe militant contre Jésus, si l’on veut, les quelques centaines ou milliers de personnes rassemblées le jour du Vendredi saint devant la forteresse Antonia et qui, par entraînement, ignorance, peur, etc., ont fini par réclamer à Pilate la mort de Jésus, sans forcément comprendre ce qui était en jeu.
   
Toutefois, même s’ils n’ont pas parfaitement perçu de ce qui était en train de se passer, ils ont au moins demandé la mise à mort d’un homme innocent et visiblement béni de Dieu, ce qui les rend coupables d’un grave péché, lequel est, en fait et matériellement, un déicide.
Les Juifs de la Palestine et de la diaspora de l’époque, en général
En dehors de ces deux groupes (les participants du complot et les personnes présentes devant la forteresse Antonia), les Juifs qui résidaient alors en Palestine n’ont rien su de ce qui s’est passé le matin du Vendredi saint, n’ont rien demandé, n’ont rien fait dans un sens ou dans un autre.
    
La chose est évidemment encore plus vraie pour les Juifs de la diaspora, qui résidaient à des milliers de kilomètres de Jérusalem, et qui n’étaient guère informés des événements de la Palestine. De cet éloignement et de cette ignorance témoignent, par exemple, les Juifs de Rome accueillant saint Paul prisonnier : « Nous n’avons reçu de Judée aucune lettre à ton sujet, et il n’est venu aucun de nos frères qui nous ait avertis et qui ait dit du mal de toi. Mais nous demandons à apprendre de toi ce que tu en penses ; car au sujet de cette secte [l’Église chrétienne], nous savons qu’on la contredit partout » (Ac 28, 21-22).
    
Ces hommes qui n’ont pris aucune part personnelle à la mort de Jésus, qui en ont d’ailleurs tout ignoré, n’en sont évidemment pas responsables personnellement.
Une « responsabilité » historique et culturelle
Tout au plus peut-on dire, étant donné que ceux qui ont poussé à la mort de Jésus étaient en bonne partie les chefs du peuple juif, et le représentaient en quelque manière, que les Juifs de l’époque sont englobés « politiquement » dans cette responsabilité, comme n’importe quel peuple est englobé dans les décisions de ses dirigeants.
   
Lorsque nous disons : « Les Français ont déclaré la guerre aux Allemands en 1939 », nous savons bien que les Français de base n’en ont rien fait : ce sont les responsables politiques qui ont pris cette décision, mais statutairement ils représentaient le pays. D’ailleurs, tous les Français, même ceux qui ne voulaient pas la guerre, en ont subi les conséquences (les morts, l’Occupation, les restrictions, etc.). Il s’agit donc là d’une responsabilité non pas morale et personnelle, mais simplement politique et collective, « culturelle » si l’on peut dire, dans la mesure où chaque citoyen subit les conséquences (bonnes ou mauvaises) des agissements des chefs du pays.
Les Juifs d’aujourd’hui, en général
Un long temps s’est désormais écoulé depuis la mort de Jésus, et le statut du peuple juif a considérablement évolué durant cette période. Qu’en est-il donc aujourd’hui de la mort de Jésus?
   
Les Juifs d’aujourd’hui n’ont évidemment pas demandé personnellement la mort de Jésus : ils ne peuvent donc en être tenus pour personnellement responsables. Par ailleurs, l’entité politique qui représentait le judaïsme à l’époque ayant été entièrement détruite, ils ne peuvent pas non plus être englobés dans la responsabilité « politique » des Juifs qui vivaient à l’époque : pas plus que les Italiens actuels ne peuvent être englobés dans la responsabilité « politique » de l’Empire romain.
 
Toutefois, dans la mesure où le judaïsme actuel revendique l’héritage du judaïsme ancien, de l’histoire du peuple d’Israël à travers le temps et l’espace, ce judaïsme actuel en assume naturellement les gloires et les hontes, sur un plan culturel. Il s’attriste ainsi de la ruine de Jérusalem en l’an 70, aussi bien qu’il se glorifie de la bataille de Massada, mais seulement sur un plan culturel, sans en être réellement partie prenante : comme nous, Français, nous assumons dans notre histoire la victoire de Rocroi ou la défaite de Pavie, sans évidemment nous en sentir responsables.
 
C’est seulement au regard de cet héritage culturel (à certains égards largement mythique, d’ailleurs) que le judaïsme actuel peut, dans une faible mesure, être tenu pour solidaire de ce que certains Juifs ont fait à Jésus il y a plus de deux mille ans.
Les Juifs religieux aujourd’hui
La plupart de ceux qui se proclament juifs actuellement n’ont guère de lien avec la religion juive, sauf quelques lambeaux de tradition, comme nos contemporains offrent des cadeaux à Noël et mangent des œufs en chocolat à Pâques sans comprendre réellement le sens de ces actions.
     
Il en va différemment des Juifs actuels qui pratiquent le judaïsme, lequel est en réalité le judaïsme moderne, post-christique, ou encore talmudique. Ce judaïsme, réélaboré dans la période qui a suivi la vie de Jésus par cette portion des Juifs qui avait refusé de reconnaître Jésus comme le Messie, se construit sur ce refus d’admettre la messianité de Jésus.
 
Or, il est clair pour tout lecteur des Évangiles que Jésus a été condamné par le Sanhédrin pour un motif religieux : le blasphème. Un homme qui se présente comme Messie et Fils de Dieu sans l’être réellement est, selon la Loi juive elle-même, un blasphémateur digne de mort. Donc, il est clair que le judaïsme talmudique, qui récuse la messianité de Jésus, accepte dans son principe la condamnation religieuse de Jésus, quoi qu’il en soit des circonstances concrètes de son procès (qui peuvent être très contestables juridiquement), ou de la sentence prononcée.
     
Le Juif religieux actuel adhère, évidemment, à ce qu’est le judaïsme talmudique, adhère en fait (qu’il connaisse sa propre religion, ou n’en ait qu’une idée vague) à cette assertion que la condamnation de Jésus pour blasphème est religieusement justifiée. Le Juif religieux actuel se trouve donc logiquement et dans le principe solidaire des chefs religieux juifs qui condamnèrent le Christ Jésus, même si en fait et personnellement, lui-même n’a aucune intention de souscrire à cette condamnation, encore moins à ses conditions concrètes (injustices, mise à mort, etc.).

14 février 2019

[FSSPX Actualités] Une nouvelle église pour la Fraternité Saint-Pie X aux Etats-Unis

SOURCE - FSSPX Actualités - 14 février 2019

Le District des Etats-Unis de la Fraternité Saint-Pie X compte une nouvelle et vaste église à Dickinson, dans l’Etat du Dakota du Nord. Fruit de l’initiative de l’abbé Richard Boyle et des efforts consentis par la communauté des fidèles, Notre-Dame-de-Bon-Succès de la Purification est entrée dans sa phase d’achèvement au début de l’année 2019. 

C’est en 1989 qu’un groupe de catholiques du Nord Dakota fit appel aux prêtres de la Fraternité. Ainsi naquit la Mission des Anges Gardiens, située à une trentaine de kilomètres de Dickinson. 

Au fil des années, la communauté se mit progressivement à stagner, jusqu’à ce que le développement d’activités dans le secteur pétrolier attire un nombre inattendu de familles : une ruée traditionaliste vers l’or noir, comme les Etats-Unis en ont le secret ! 

Fort de ce signe de la Providence, l’abbé Boyle, alors en charge de l’apostolat de la Mission, fixa un objectif à la mesure de la croissance de la communauté : déménager le lieu de culte au cœur de la ville de Dickinson, afin d’être au plus près des fidèles. 

Au prix de bien des prières et des sacrifices, les paroissiens de la Mission parviennent à réunir la somme importante permettant de financer les travaux, qui commencèrent en octobre 2017. 

Même s’il reste encore à trouver 900.000 dollars pour achever la construction, l’église s’élève déjà fièrement et le sacrifice de la messe de toujours peut y être dignement célébré. 

Le nouveau sanctuaire est placé sous le titre de Notre-Dame-de-Bon-Succès, en référence au sanctuaire d’apparitions mariales de Quito (Equateur), là où il y a quatre siècles, la Vierge avait prophétisé la venue d’un prélat dont la mission serait de défendre le sacerdoce catholique contre les attaques dont il serait l’objet. 

Le 30 juin 1988, lors des sacres épiscopaux, Mgr Marcel Lefebvre avait mentionné cette apparition pour expliquer l’opération survie de la Tradition qui exigeait de se donner des successeurs pour assurer la pérennité du sacerdoce catholique.