14 novembre 2018

[Abbé Christian Thouvenot, fsspx - FSSPX Actualités] La messe de saint Paul VI?

SOURCE - Abbé Christian Thouvenot, fsspx - FSSPX Actualités

Le 14 octobre 2018 le pape François a officiellement « canonisé » son prédécesseur le pape Paul VI qui gouverna l’Eglise de 1963 à 1978. 

Avec cette nouvelle canonisation, Paul VI rejoint Jean XXIII et Jean-Paul II pour porter Vatican II et sa nouvelle religion sur les autels : un vague humanisme né d’une volonté de se concilier le monde en adoptant son langage et ses valeurs. 
Vatican II plus important que Nicée? 
Déjà, Paul VI avait affirmé, dans une lettre adressée à Mgr Marcel Lefebvre le 29 juin 1975, que ce Concile « ne fait pas moins autorité et est même sous certains aspects plus important que celui de Nicée ». On ignore quels sont ces aspects qui feraient de Vatican II un concile aussi important sinon plus que Nicée, le premier concile œcuménique de l’histoire de l’Eglise qui proclama la divinité du Christ, anathématisa l’hérésie d’Arius et fixa l’essentiel du Credo ! 

Cette attitude de Paul VI prétendant imposer de manière autoritaire un concile qui s’était voulu pastoral et non doctrinal parut abusive. Même le cardinal Jean-Marie Villot, alors Secrétaire d’Etat, qui avait pris connaissance de la lettre à Mgr Lefebvre avant son envoi, avait critiqué cette comparaison pour le moins osée. Mais Paul VI y tenait beaucoup et la maintint. 

Car le pape Montini entendait obtenir la soumission de « l’évêque de fer » aux textes de Vatican II et à ses réformes, quelles que soient ses objections, pourtant graves et motivées. Paul VI, qui dès sa première encyclique s’était présenté comme le pape du dialogue avec le monde, n’entendait visiblement pas dialoguer avec l’un de ses frères dans l’épiscopat avant son entière soumission. L’ouverture au monde signifiait unilatéralement marcher dans le « sens de l’histoire » et du progressisme. 

Le 24 mai 1976, devant les cardinaux réunis en consistoire, Paul VI se faisait plus précis en dénonçant nommément l’attitude de Mgr Lefebvre et des groupes traditionalistes. En particulier il exigeait que la nouvelle messe soit partout célébrée : « C’est au nom de la Tradition que nous demandons à tous nos fils, à toutes les communautés catholiques, de célébrer, dans la dignité et la ferveur, la liturgie rénovée. L’adoption du nouvel Ordo Missae n’est pas du tout laissée au libre arbitre des prêtres ou des fidèles ». La raison en est que « le nouvel Ordo a été promulgué pour être substitué à l’ancien, après une mûre réflexion, et à la suite des instances du concile Vatican II. Ce n’est pas autrement que notre saint prédécesseur Pie V avait rendu obligatoire le missel réformé sous son autorité, à la suite du concile de Trente. Avec la même autorité suprême qui nous vient du Christ Jésus, nous exigeons la même disponibilité à toutes les autres réformes liturgiques, disciplinaires, pastorales, mûries ces dernières années en application des décrets conciliaires ». [1]

Un an après avoir affirmé que Vatican II ne faisait pas moins autorité que celui de Nicée – et même davantage « sous certains aspects » –, le pape invoquait le concile de Trente et la réforme de saint Pie V dans le sillage duquel il prétendait s’inscrire. 
La nouvelle messe dans le sillage de la réforme tridentine ? 
Le concile de Trente (1545-1563) fut un concile dogmatique et disciplinaire qui réalisa la réforme que toute la Chrétienté attendait. Sa mise en œuvre fut couronnée de succès puisqu’elle déboucha sur un renouveau profond et une reconquête durable de la vie catholique, tant spirituelle que sociale. 

La réforme tridentine est tout entière illustrée par la messe dite de saint Pie V. Loin d’être une invention, elle est une codification, qui débarrasse la liturgie d’ajouts étrangers pour restaurer le rite dans son authenticité et sa sainteté. 

Les fruits qui en découlent pour l’Eglise sont innombrables. La formation des prêtres s’en trouve galvanisée, les séminaires voient le jour et les sciences sacrées connaissent un ample renouveau. Les noms de saint Charles Borromée et de saint Robert Bellarmin sont indissociables de ce nouvel élan, à côté de ceux de saint Pie V ou Sixte-Quint. 

Parallèlement, dans la vie chrétienne, le renouveau de la vie sacerdotale et religieuse est assuré par saint Ignace, saint Pierre d’Alcantara, sainte Thérèse d’Avila, saint Jean de la Croix, mais encore saint Jean de Dieu, saint Camille de Lellis, saint François Borgia, saint Philippe Néri, puis saint François de Sales ou saint Vincent de Paul au siècle suivant… 

Prétendre que le rite réformé que Paul VI promulgua en 1969, malgré les sages et graves mises en garde des cardinaux Ottaviani et Bacci, par exemple, s’inscrit dans une démarche semblable à celle d’un saint Pie V, voilà qui ne manque pas de sel.
Paul VI nouveau saint Pie V des temps modernes?
Cette attitude est pourtant significative. Elle ressemble à une folle course en avant, un refus de voir la réalité en face et les fruits que la nouvelle messe répand partout : crise des vocations, crise des prêtres qui abandonnent le sacerdoce par milliers, crise de la foi et du catéchisme, effondrement de la pratique religieuse qui voit les églises se vider au gré des expériences liturgiques, des abus en tous genres, de la créativité et de la vulgarité envahissant le temple de Dieu. 

De même que Paul VI avait invoqué l’autorité de Nicée, la référence à Trente et à saint Pie V pour la liturgie indique qu’il sera, spécialement en cette matière, intraitable et inflexible. Quand son ami Jean Guitton lui suggère des mesures d’apaisement, et d’autoriser au moins temporairement que la messe traditionnelle soit célébrée en France, il s’écrie : « Cela, jamais ! ». La seule évocation du nom de Mgr Lefebvre semble le faire enrager : « C’est un soldat perdu. Il relève de l’hôpital psychiatrique. C’est la plaie de mon pontificat », confie-t-il à l’Académicien français. [2]

Lorsque le pape François, dans son homélie du 14 octobre, a présenté Paul VI comme le « prophète d’une Eglise ouverte qui regarde ceux qui sont loin et prend soin des pauvres », il a omis de préciser que cette ouverture ne s’étendait pas aux catholiques fidèles ni à leur principal défenseur. 

Même Hans Küng regrettait l’attitude inflexible de Paul VI à l’égard de Mgr Lefebvre, alors que lui-même jouissait de sa protection, en dépit de ses positions hétérodoxes. Jean Guitton, qui visita encore Paul VI en septembre 1977, rencontra un pape triste et inquiet, presque torturé. Il a porté ce jugement sur son ami : « Paul VI n’était pas fait pour être pape. Il était fait pour être le secrétaire, le collaborateur d’un grand pape. Il n’avait pas ce qui fait le propre du pape, la décision, l’énergie de la décision ». 
Une conclusion logique 
Finalement, la canonisation de Paul VI voudrait faire accroire qu’il fut le saint pape de la sainte messe d’un saint concile. 

Pour étayer cette thèse, Paul VI prétendit comparer “son” concile à Nicée et “sa” réforme liturgique à Trente. Or Vatican II, concile pastoral, ne saurait de ce fait se prévaloir de la même autorité que le saint concile de Nicée et donc lui être comparé. Quant à la réforme liturgique d’Annibale Bugnini, elle n’a rien à voir avec la messe de saint Pie V qui éleva, à la suite du saint concile de Trente, un rempart inexpugnable contre l’hérésie protestante et toute atteinte à la sainteté du rite catholique. 

Quant au pape lui-même, qu’il ait souffert et qu’il fut écrasé par la charge qui pesa sur les épaules ne saurait faire oublier qu’il fit souffrir les catholiques en démolissant l’Eglise, emporté par le courant dévastateur du Concile et sa frénésie de nouveautés. Ses propres paroles sur l’auto-démolition de l’Eglise et les fumées de Satan répandues dans le sanctuaire n’auront pas suffi à stopper le désastre. 

La conclusion suit logiquement. 

Abbé Christian Thouvenot 
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[1.] Quarante ans plus tard, il revenait au pape Benoît XVI, le 7 juillet 2007, de proclamer que la loi liturgique de 1962 – donc la messe de saint Pie V – n’avait jamais été abrogée, reconnaissant indirectement l’abus de pouvoir dont avaient été victimes Mgr Lefebvre et tous ceux qui étaient restés indéfectiblement attachés à la messe de toujours. Nonobstant la promulgation à perpétuité du rite tridentin par la bulle Quo primum tempore du 14 juillet 1570... Paul VI le « prophète d’une Eglise ouverte ».
[2.] Cet article emprunte beaucoup au livre de Yves Chiron, Paul VI le pape écartelé, Perrin, 1993, ch. 10. Réédité en 2008 chez Via Romana.

[Guillaume Desvignes - Aleteia] Abbé de Tanoüarn: «Il faut trouver quelque chose de plus grand que la raison»

SOURCE - Guillaume Desvignes - Aleteia - 12 novembre 2018

Comment refonder la fraternité dans une société qui se fragmente de manière exponentielle ? C’est la question que pose l’abbé de Tanoüarn dans son dernier et brillant essai qui, à contre-courant des idées reçues et de la désespérance diffuse, ouvre de stimulants horizons.
Aleteia: Quelle réflexion est à l’origine de ce livre?
Guillaume de Tanoüarn : Ce qui guide le philosophe thomiste que j’essaie d’être, c’est la quête du bien commun aujourd’hui. Le bien commun n’est pas une notion rigide qui s’épanouirait dans le ciel empyrée des idées, c’est une finalité concrète dont la réalisation n’est pas facultative. La question est beaucoup plus difficile à résoudre dans nos sociétés individualistes que dans des civilisations holistes. Je suis convaincu que l’on ne reviendra pas à un modèle patriarcal. Nous sommes installés dans l’individualisme et on y est pour longtemps. Est-ce que, dans cette société individualiste, il peut encore y avoir un bien commun réel à cultiver ? Est-ce que ce bien commun peut créer une forme de fraternité ?
Et avez-vous pu identifier un socle sur lequel bâtir cette fraternité ?
Le prix de la fraternité, c’est une forme de foi commune. Je tire cette idée du théologien Cajétan selon lequel il existe en chacun d’entre nous une foi innée et commune à tous. Il s’appuie sur les deux premiers chapitres de l’épître de saint Paul aux Romains, et sur le verset 9 du prologue de l’évangile de saint Jean : « Le Verbe était la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde ». C’est d’une manière innée que la foi se découvre dans l’homme avant toute prédication. Et la prédication n’est au fond, pour celui qui l’entend et qui est bien disposé, que l’écho de quelque chose qu’il porte en lui. Mon expérience pastorale me fait toucher cette réalité tous les jours.
Cette foi commune, le prêtre que vous êtes la définit comme «non confessionnelle»?
Parce que l’Église n’est plus ce qu’elle était. Elle fut le temple de la définition des devoirs. Elle n’est plus aujourd’hui que le signe dressé à la face des nations d’une unité qui semble perdue. Il reste pourtant une trace de la civilisation chrétienne, c’est le service. L’acte du colonel Beltrame m’a éclairé : j’y ai vu la puissance de l’exemple dans l’ordre du service. Il s’est mis au service d’une femme dont il a sauvé la vie et son geste a été compris par l’ensemble des Français. Je vois là la preuve que la vieille idée de service n’est pas morte. Si les syndicats défendent le service public, c’est encore pour de vieilles raisons chrétiennes inconscientes, mais fortes !
Ne craignez-vous pas de choquer les chrétiens qui vous lisent en prenant acte de ce déclin?
Il est très important que le chrétien comprenne quelle est sa foi. Plus qu’autrefois. Aujourd’hui, sous le poids des remises en causes imposées par le monde « lumineux » dans lequel nous vivons, la foi est malade et chacun doit se faire sa propre foi. Une foi purement héritée, cela n’existe plus. Le chrétien, doit savoir qu’il existe une dimension naturelle et une dimension surnaturelle dans la foi. La dimension naturelle me fait le frère de tous les hommes. La dimension surnaturelle me fait le fils de Dieu. Mais je reconnais que cette distinction n’est pas très à la mode en théologie aujourd’hui!
Peut-on tracer le contour de cette foi commune?
On peut appeler cette foi commune de différentes manières. Orwell parlait de décence commune. Les thomistes parlent de loi naturelle. La foi commune, c’est d’abord la croyance au bien. Une émotion pour le bien. Une détestation du mal. C’est une attitude innée, qui ne dépend pas de la culture que nous avons reçue, et qui peut bien sûr évoluer en fonction de notre éducation. Je ne dis pas que je n’aurais pas aimé que cette foi commune soit la foi de l’Église, mais celle-ci n’a plus la force de représenter ce recours universel.
Cette foi commune demeure néanmoins imbibée de valeurs chrétiennes...
Car ces valeurs chrétiennes sont accessibles à tous si l’on accepte de conjurer l’esprit des Lumières, ce rationalisme qui ampute l’homme de cette dimension fondamentale de lui-même qui est la foi. Si nous sortons de l’ère des Lumières, c’est parce que ces Lumières ne fonctionnent plus dans un monde mélangé où il faut trouver quelque chose de plus grand que la raison. C’est ce que dit Michel Houellebecq qui a, sur ce point me semble-t-il, une dimension prophétique. On peut proposer au monde les valeurs chrétiennes parce qu’elles sont universelles, et parmi ces valeurs, le service en priorité.
La tolérance, précisez-vous, est une condition indispensable à l’épanouissement de cette foi commune
Pour Cajétan, la tolérance est une vertu évangélique, enseignée par le Christ dans la parabole du bon grain et de l’ivraie (Mt 13, 24-30) et dans le discours sur la Montagne (Mt 5, 45). Dieu fait briller son soleil sur les bons et sur les méchants. Donc l’homme doit imiter Dieu à cet égard. La tolérance nous est enseignée, nous dit Cajétan, non pas parce que c’est un pis-aller, parce que faute de mieux il faut être tolérant, mais parce que l’irrespect des personnes est une attitude mauvaise.
Pourtant, vous mettez en garde contre le multiculturalisme, promu au nom de la tolérance?
Le multiculturalisme, c’est le système selon lequel chacun a son propre système de valeurs, son propre langage, ses propres références, son mode de vie, au mépris de ceux à côté desquels il vit. Dans le système multiculturaliste, il faut accepter que nous ne soyons pas tous frères, que nous n’ayons pas tous cette foi commune, ces références communes, cette vie commune, mais que nous vivions les uns à côté des autres dans une espèce d’indifférence continuelle pour les différences. C’est le système au nom duquel il n’est plus nécessaire de décréter la fraternité.
Quelle sera la conséquence ultime de ce mécanisme?
Si chacun reste attaché à sa culture, on va se retrouver devant des insécurités culturelles qui aboutiront à des tensions de plus en plus fortes, comme le montre une actualité marquée par une violence constante. Si l’on suit l’actualité sur Twitter, un message sur deux est un message de violence physique et morale. C’est la société multiculturelle qui engendre cette violence. Et j’ose croire qu’autre chose est possible. Un véritable vivre-ensemble. Le multiculturalisme parle sans cesse du vivre-ensemble, mais il le met entre parenthèses car il oublie que vivre ensemble, c’est vivre avec.
PMA, GPA, mariage gay… Ces évolutions sociétales menacent-elles la fraternité?
Dans l’argumentaire des partisans de la PMA et de la GPA, le désir de l’être humain, comme le désir d’enfant chez une femme lesbienne, doit devenir un droit permis par les évolutions technologiques. C’est le comble du rationalisme, c’est-à-dire le calcul d’un bonheur conçu comme la satisfaction de tous les désirs. C’est, en grossissant le trait, le principe de Sade [mon désir me donne le droit] que l’on retrouve dans cette logique consumériste appliquée à ce qu’il y a de plus sacré.
Dans vos pages, vous rendez un bel hommage au pape François. Pourquoi?
Le pape François porte l’universalité de la mission de l’Église. Ce n’est pas du tout un humanisme vague et sans contour qu’il propose parce qu’il se réfère constamment au problème du mal qui crée l’urgence de se convertir. Il a le génie de porter sur ses épaules, aujourd’hui, la figure de l’universalité chrétienne, c’est-à-dire de la catholicité.

9 novembre 2018

[Petites Sœurs de Marie, Mère du Rédempteur - Riposte Catholique] Les Petites Sœurs de Marie, Mère du Rédempteur demandent à être relevées de leurs voeux

SOURCE - Petites Sœurs de Marie, Mère du Rédempteur - Riposte Catholique - 9 novembre 2018

Les religieuses ne veulent pas cautionner le cléricalisme de leur évêque, avalisé par les autorités romaines, et c’est exprimé dans un courrier du 7 novembre :
Chers Amis,

Plus de six mois se sont écoulés depuis le dernier courrier que nous vous avons adressé et que nous avons souhaité rendre public. Sept mois exactement que nous avons traversé dans la souffrance et l’offrande, n’ayant de cesse de nous mettre à l’école de la Vierge Marie, recevant ce glaive de douleur comme le lieu et l’expression de la part que nous avons toujours souhaité prendre, par vocation particulière, à l’Œuvre de la Rédemption.

Nous remercions le Comité de Soutien de vous avoir largement informés sur la manière dont se sont déroulés ces derniers événements très éprouvants, pour chacune des sœurs de notre Congrégation. Il nous semble bon maintenant de prendre nous-mêmes la parole pour nous expliquer sur la décision très importante que nous venons de prendre.

Au mois de juin dernier, nous avons accueilli les trois commissaires apostoliques dans nos communautés respectives: des rencontres éprouvantes avec des personnes choisies par Rome, soucieuses d’accomplir consciencieusement leur mission mais si étrangères à notre style de vie et encore plus à notre charisme, que nous n’avons pu que déplorer, une nouvelle fois, de n’avoir pas été entendues lorsque nous sollicitions auprès du dicastère romain la nomination de personnes plus proches de ce que nous vivons. Il nous a bien été demandé d’ailleurs si nous étions au courant de la « nouvelle théologie de la vie consacrée » ; de fait, nous sommes bien au courant et nous avons lu et étudié les textes qui se rapportent à ce sujet, non sans que cela soit source de nombreux questionnements pour nous.

Malgré tout, le rapport des commissaires rendu le 30 juin dernier est loin de ressembler à celui du 5 décembre 2016, du Père Laurent Tournier (Eudiste) et de Sr Nicole Legars (Augustine de Malestroit), que nous avons spontanément dénoncé dès sa lecture, il y a un an. Ainsi, les mesures romaines (suspension du gouvernement central de la congrégation et nomination de trois commissaires) ayant été prises sur la base de ce premier rapport, nous pensions tout naturellement que ces dernières devaient tomber, n’ayant plus aucun fondement : nous évoquons la question à la Commissaire, Sr Geneviève Médevielle, qui, au contraire, nous assure du maintien de ces mesures.

Ainsi, nous allons de consternations en consternations, nous demandant où trouver un peu d’objectivité dans cette affaire, sans parler du « précepte d’obéissance », qu’a reçu l’un de nos trois aumôniers, prié, il y a deux mois, par son Archevêque, Monseigneur Le Gall, à la demande de Rome, de quitter les lieux dans les dix jours et de n’avoir plus aucun contact avec la Congrégation. Ce genre de procédé nous en rappelle un autre, tout aussi violent, à l’encontre de Notre Mère Générale et de la Maîtresse des novices, il y a de cela un peu plus d’un an.

Par ailleurs, nous avons beaucoup souffert de la volonté d’opposer nos deux communautés du Midi qui se sont toujours fort bien entendues ; l’on a cherché à mettre à mal celle qui, dans sa liturgie exprime davantage la Tradition alors même qu’aucun groupe ne s’est jamais vu refuser de prier et de célébrer comme il l’entendait. Une autre raison invoquée par Monseigneur Le Gall lors de sa rencontre avec Mère Claire-Marie et Mère Marie-Liesse, le 15 septembre dernier : les Sœurs de l’une de ces deux communautés ne vont plus assister à la Messe qu’il célèbre dans leur EHPAD, alors que celles de l’autre communauté s’y rendent.

Ainsi, si Monseigneur le Gall était venu un jour frapper à la porte de la Communauté qu’il voyait comme la plus « en passe de se perdre », pour lui parler un peu de ce qui l’inquiétait et pour tenter de ramener la « brebis perdue » : quelle joie pour le Pasteur et pour le troupeau ! Quelle joie d’œuvrer ainsi pour l’unité plutôt que pour la division. Les sœurs auraient pu alors lui expliquer bien des choses, leur Supérieure aussi. Il est vrai que cette portion du troupeau aura bien souffert de l’absence de son Pasteur.

Enfin, alors même que les supérieures seraient taxées d’un « autoritarisme déviant », selon les termes employés dans le premier rapport, voici que l’obéissance nous est soudainement brandie comme un devoir sans appel, sans que le souci d’une conscience droite n’ait son mot à dire, sans que jamais ne nous ait été expliqué le moindre fondement objectif de toutes ces mesures romaines : ainsi, y aurait-il donc deux poids, deux mesures en cette affaire ? Il est certain en tout cas que si les supérieures avaient eu une fois ou l’autre envers leurs sœurs la même attitude que celle qu’elles subissent aujourd’hui de la part des autorités ecclésiastiques, elles auraient été vite sanctionnées, et à raison. Or, aucune des sœurs ne souffre de ce genre d’attitude au sein de l’Institut, comme elles en ont encore témoigné dernièrement sur notre site de soutien (soutienpsm.com) et même les cinq sœurs qui ont fait le choix de suivre les demandes du dicastère, restent bien sûr traitées avec beaucoup de.charité.

Selon les autorités ecclésiastiques, il y aurait chez nous un « problème de gouvernance » ; la supérieure générale élue trois fois par ses sœurs, pour leur plus grande satisfaction, ne plaît pourtant pas à certains, pour son côté trop classique et parce que l’unité qu’elle a su faire au sein de son Institut les dérange; sans parler qu’elle se trouve être la nièce de la fondatrice et que de ce fait son souci de fidélité a fait craindre un « immobilisme » dans la manière de vivre le charisme. Quel dommage pourtant de se priver de la grâce d’avoir encore auprès de nous les témoins les plus proches de notre chère Fondatrice !

Qu’à cela ne tienne, si la personne en place ne convenait pas aux yeux de certains, il suffisait de patienter un peu pour voir se dérouler un chapitre électif qui aurait dû se tenir cet été, avec l’assurance de l’élection d’une nouvelle supérieure générale, les Constitutions ne permettant pas un quatrième mandat pour Mère Marie de Saint-Michel.

Mais, l’éventualité d’une succession qui serait restée trop fidèle aux orientations prises jusque- là, a conduit l’évêque de Laval à prendre les devants et, à nous mettre sous tutelle romaine.

En date du 17 septembre 2018, le Cardinal Préfet de la Congrégation pour les religieux, Monseigneur Braz de Aviz nous écrivait, nous posant un ultimatum : soit nous acceptons « sans réserve » la Commissaire, soit nous ne l’acceptons pas, auquel cas le droit prévoit que nous puissions être renvoyées de l’Institut :
  • Après avoir acquis la certitude morale tout au long de cette année que l’accueil de la commissaire apostolique au sein de notre Institut, causerait un mal grave et certain, à plus ou moins long terme, tant pour ce qui relève de la compréhension du charisme légué par Dieu à Mère Marie de la Croix, notre Fondatrice, que pour la manière de le vivre.
  • Après avoir maintes fois proposé des solutions d’apaisement, sans qu’aucune réponse ne nous ait jamais été donnée,
  • Après avoir pris conseil auprès de personnes autorisées et compétentes,
  • Après avoir beaucoup prié et soucieuses, toujours, de demeurer filles de l’Eglise,
Voulant rester fidèles et obéissantes à la vérité :

Il nous est apparu que nous n’avions d’autres choix que de renoncer à nos vœux. Nous sommes donc 34 sœurs sur 39, que comporte l’Institut, à avoir fait la demande d’être relevées de nos vœux auprès du Dicastère pour les religieux.

Nous ne faisons pas ce sacrifice à la légère : nous souhaitons demeurer en pleine communion avec l’Eglise, mais nous ne pouvons pas signifier plus clairement, ni plus douloureusement d’ailleurs, notre impossibilité, en conscience, à obéir à ce qui nous est imposé.

Chers amis, alors que notre Mère l’Eglise souffre de bien des maux à l’heure actuelle, puissent ces épreuves nous permettre une réparation qui ne se paye pas de mots. Nous voulons remercier profondément tous ceux qui nous soutiennent, d’une manière ou d’une autre. Nous voulons dire à tous ceux qui ne le font pas, par conviction ou par crainte, que nous les gardons dans nos prières, conscientes que notre choix puisse heurter certains. Nous voulons demander pardon si nous avons blessé l’un ou l’autre et dire aussi à ceux qui nous ont blessées et salies que nous leur pardonnons.

Nous sollicitons la prière de tous, pour que ce Chemin de Croix porte tous ses fruits de grâces en chacune de nous!

[Abbé Jean-Michel Gomis, fsspx - Anne Le Pape - Présent] Un apostolat à la mesure d’un continent : entretien avec l’abbé Jean-Michel Gomis

SOURCE - Abbé Jean-Michel Gomis de la Fraternité Saint-Pie X, réalisé par Anne Le Pape - Présent - 2 novembre 2018

C’est de Notre-Dame de Consolation, au cœur de Paris, que l’abbé Gomis nous entraîne à l’autre bout du monde, en Amérique latine. Il est en effet venu exposer l’apostolat de la Fraternité Saint-Pie X dans ces pays lointains géographiquement, mais si proches de nous spirituellement.
Monsieur l’abbé, quel est votre rôle dans le district d’Amérique latine?
Je suis secrétaire du supérieur de district, M. l’abbé Trejo. Cela reste une fonction assez large parce qu’en plus de l’aide au supérieur dans tout ce qui est tâches administratives, contacts avec les prêtres, contacts avec la Maison générale, d’autres tâches me reviennent, comme le soin de la revue du district, Jesus Christus, les études des jeunes prêtres, des voyages d’apostolat, des retraites…
Où se trouve le siège du district ?
A Martinez, dans la banlieue nord de Buenos-Aires, en Argentine.
Il s’agit du district de toute l’Amérique latine?
Disons de l’Amérique du Sud, le Mexique étant un district à part, ainsi que l’Amérique centrale, maison autonome fondée l’année dernière, donc district en formation, incluant le Guatemala, les pays d’Amérique centrale et la République dominicaine. Notre district comprend tout le reste, sauf le Brésil, c’est-à-dire la Colombie, l’Equateur, le Chili, le Pérou, la Bolivie, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay.
Si je comprends bien, c’est vous qui vous occupez de la Patagonie?
Bien sûr ! Nous avons le sud de l’Argentine, la Patagonie. Nous y allons de temps en temps en apostolat, même jusqu’à Ushuaïa, car nous y suivons des familles qui vivent dans cette ville, la plus au sud du monde.
La Fraternité a son propre séminaire en Amérique latine, à La Reja, dans la banlieue ouest de Buenos Aires. Quel est le nombre et l’origine des vocations? 
Le séminaire est plein, nous avons une bonne cinquantaine de séminaristes. Ils viennent pour la plupart d’Amérique latine, même s’il peut arriver que nous en ayons venant d’autres continents, comme des Etats-Unis ou d’Espagne, ou même de France, parfois – selon des circonstances particulières, des contacts…
Vos séminaristes ne poursuivent aucune année d’étude en Europe?
Non, notre séminaire est totalement indépendant. Nous avons toutes les années d’étude sur place : deux ans de philosophie, trois ans de théologie, en plus de l’année de propédeutique et de la première année, sorte de grande retraite spirituelle, l’année de spiritualité.
Mais vous dépendez de la Maison générale de Menzingen?
Exactement.
Combien de prieurés, desservis par combien de prêtres? 
Nous avons dans notre district sept prieurés, auxquels il faut ajouter le siège du district, desservis par 35 prêtres. Nos prêtres parcourent des distances impressionnantes, parfois 1000 km pour deux jours sur place, et certains fidèles font 300 km pour assister à la messe. Voyez votre chance en France !
Quelles relations avez-vous avec les évêques? Mgr Bergoglio entretenait sur place de bonnes relations avec la Fraternité. En ressentez-vous les effets?
C’est assez varié selon les diocèses mais, d’une manière générale, nous n’avons aucune difficulté particulière. Nous avons un statut assez spécial, effectivement, le pape étant argentin, et la Fraternité en Argentine (pas forcément dans tout le district) ressent les effets de ses bonnes relations avec l’abbé Bouchacourt, par exemple.
Les évangéliques prennent-ils de plus en plus de place en Amérique latine?
Oui, ils s’étendent toujours plus, en même temps que les mormons et les témoins de Jéhovah. La nature a horreur du vide, et le message de l’Eglise catholique en général perdant de son intensité, de sa présence, les gens se tournent vers ceux qui proposent une certaine morale, comme les évangéliques, ou qui arrivent avec des moyens impressionnants, comme les mormons. A Buenos Aires se trouve le plus grand temple d’Amérique latine.
Voyez-vous un trait à relever, propre au continent d’Amérique latine?
Beaucoup d’apostolat à fournir dans des pays qui ne connaissent pas encore la Tradition, comme l’Equateur, visité il y a deux ans, et où se manifestent quelques groupes de prière. Je m’y suis rendu en début d’année pour prêcher une retraite de saint Ignace et j’ai été impressionné en rencontrant des gens qui ont un fond catholique très présent – 95% de catholiques en Equateur – mais déconcertés en raison de la crise du clergé qui pointe, et qui ont soif de vérité. Dont beaucoup de familles et beaucoup de jeunes. Tout cela est très encourageant !

Propos recueillis par Anne Le Pape

Saint Joseph, notre Soros catholique 
C’est surtout pour vos écoles que vous sollicitez de l’aide? 
Oui ! Nous avons trois écoles dans le district d’Amérique latine, réunissant 500 élèves : La Reja, Cordoba et Mendoza, qui ont particulièrement besoin d’aide, de par leur structure (Cordoba doit s’agrandir, les bâtiments de bois de La Reja tombent en miettes) et à cause de l’inflation galopante (en janvier, il fallait 22 pesos pour un euro, aujourd’hui il en faut 45). 
Mais saint Joseph, que nous ne cessons d’implorer, nous envoie des signes, comme, à Mendoza, l’insistance du groupe commercial Jumbo pour acheter notre petite église et notre petit prieuré tout neufs installés au milieu d’un grand terrain. Pour arriver à ses fins, le groupe a construit pour nous une plus grande église et un plus grand prieuré à 500 mètres de là, entièrement à ses frais. 
Autre exemple : nous devions 20 000 euros aux impôts pour notre école de La Reja, celle pour laquelle le gouffre financier est le plus important. Aucune solution en vue. Coup de fil de l’économe des carmélites d’Amérique du Nord (elles ne peuvent engranger plus de dons qu’il ne leur en faut pour vivre) nous annonçant l’envoi de 2 000 euros. En fait, ce sont 20 000 euros qui nous arrivent… pour repartir aussitôt : la sœur s’était trompée de somme au téléphone. 
De tels signes nous encouragent… à vous demander votre aide pour que notre œuvre perdure et s’étende. 
Chèques postaux ou bancaires à l’ordre de « FSPX Amérique du Sud », M. l’abbé Jean-Michel Gomis, 36 rue Mirabeau 59370 Mons-en-Barœul. 
Anne Le Pape

8 novembre 2018

[Abbé Nicolas Cadiet, fsspx - FSSPX Actualités] La liberté religieuse au concile Vatican II

SOURCE - Abbé Nicolas Cadiet, fsspx - FSSPX Actualités - 7 novembre 2018

L’abbé Nicolas Cadiet est professeur au séminaire de Zaitzkofen où il enseigne la théologie dogmatique et la philosophie. Après son étude sur la collégialité, il présente aux lecteurs de FSSPX.Actualités une analyse de cette autre nouveauté de Vatican II : la liberté religieuse. 

L’un des textes les plus problématiques du concile Vatican II est la célèbre déclaration sur la liberté religieuse Dignitatis humanae, du 7 décembre 1965. Sa partie essentielle dit ceci (n°2) : 

« Le Concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être soustraits à toute contrainte de la part soit des individus, soit des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu'en matière religieuse nul ne soit forcé d'agir contre sa conscience, ni empêché d'agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d'autres. Il déclare, en outre, que le droit à la liberté religieuse a son fondement dans la dignité même de la personne humaine telle que l'a fait connaître la Parole de Dieu et la raison elle-même. Ce droit de la personne humaine à la liberté religieuse dans l'ordre juridique de la société doit être reconnu de telle manière qu'il constitue un droit civil ». 

Cette liberté consiste donc en un droit inviolable, lié à la nature humaine elle-même, à être exempt de toute contrainte quelle qu’elle soit en matière religieuse. Cette déclaration entend donner une ligne de conduite pour les gouvernants dans le cadre du pluralisme religieux contemporain. Elle visait également à donner un signal aux pays communistes où la religion catholique était persécutée. Mais pour en comprendre la portée, il est bon de se représenter ce que doit être la société civile idéale, compte tenu de la nature humaine telle que nous la connaissons au moyen de la raison naturelle, et de ce que la Révélation chrétienne nous enseigne. 
L’ordre juste de la société 
La nature humaine comporte la capacité de connaître l’existence de Dieu créateur, et de ce fait le devoir de lui rendre un culte, non seulement individuel, mais collectif, dans les familles comme dans toutes les sociétés, puisqu’aussi bien elles sont toutes créatures de Dieu. 

Mais la Révélation indique en outre qui est Dieu, comment l’homme s’est séparé de Lui, comment la Rédemption a été opérée, comment ses effets sont dispensés aux hommes, et comment ces derniers doivent lui rendre un culte public : c’est là l’œuvre confiée par Jésus-Christ à son Eglise, qui n’est autre que l’Eglise catholique. 

Cette dernière, unique et universelle, avec un gouvernement unique sous la direction du Pape, a donc droit à une place tout à fait spéciale dans tous les pays. Sa compétence concerne le culte divin, le gouvernement de la vie religieuse des fidèles et l’évangélisation. De son côté, l’Etat s’occupe dans chaque pays du bien commun temporel, de sorte que chacune de ces deux sociétés garde ses compétences bien distinctes. 

La société civile idéale est par conséquent celle où l’Etat reconnaît la vraie religion et aide l’Eglise à accomplir sa mission. La religion catholique fait partie intégrante d’une véritable cité, l’Etat chrétien. Cela suppose de réprimer les violateurs publics de la religion catholique en raison du mauvais exemple qu’ils donnent, et de l’outrage qu’ils infligent à Dieu. Mais aussi d’empêcher l’introduction et la propagation de fausses religions, puisque celles-ci ne peuvent que nuire, non seulement à la vie religieuse privée des âmes, mais encore au cadre chrétien dans lequel s’épanouit la société. En outre l’introduction d’autres religions ne peut être que source de divisions et de troubles civils – qu’on songe aux guerres de religion provoquées par la Réforme luthérienne et, actuellement dans les pays occidentaux, des conséquences de l’implantation et du développement de l’Islam. 

Tout cela est clair, mais paraît aujourd’hui irréaliste, tant le pluralisme religieux semble définitivement ancré dans les sociétés modernes. Désormais, il n’y a pour ainsi dire plus aucun Etat officiellement catholique. Dans ces conditions, on peut comprendre que l’Eglise, dans sa communication publique, tâche de faire connaître au moins quelques exigences de droit naturel auprès de ceux qui n’admettent pas la Révélation. Parmi ces principes, on doit reconnaître qu’il n’est pas légitime de contraindre une personne à embrasser la vraie religion (encore moins une fausse religion), qu’il n’est pas permis d’empêcher la recherche et l’exercice de la vraie religion, et que la compétence de l’Etat regarde le bien commun temporel, non la vie privée comme telle, ni directement les affaires religieuses. 
Défauts de la Déclaration 
Ces principes, la déclaration Dignitatis humanae les étend démesurément (« tous les hommes », « toute contrainte », de « quelque pouvoir humain que ce soit »), et en premier lieu au fait qu’on ne puisse exercer de contrainte en matière religieuse. Bien sûr il serait inadmissible de menacer un incroyant de mort s’il ne se convertit pas. Mais une prédication sur l’enfer comme châtiment des incroyants (« celui qui ne croira pas sera condamné », dit le Sauveur), la présence de calvaires, d’églises, de crucifix, de crèches dans les lieux publics, les habits ou insignes religieux, peuvent facilement être – et de fait sont souvent, non sans mauvaise foi – présentés comme d’insoutenables contraintes psychologiques. 

De plus on ne peut toujours admettre l’objection de conscience opposée pour des raisons religieuses : est-il légitime qu’un jeune homme réquisitionné pour défendre son pays déclare qu’il n’en fera rien parce que sa religion lui interdit le port des armes ? Il devrait avoir suffisamment de bon sens pour éclairer sa conscience et comprendre qu’un tel comportement conduit au suicide de la société, que cette religion n’est pas raisonnable, et donc n’est pas la vraie. 

En outre, quant à l’incompétence de l’Etat en matière religieuse, il faut là encore distinguer : que le Président de la République ne détermine pas les règles liturgiques, c’est entendu. Mais la propagande islamique n’est pas indifférente au bien commun. Ni le fait que toutes les religions sauf la religion catholique admettent divorce, contraception, avortement et autres immoralités. Toutes ces doctrines, opinions ou postions lèsent aussi le bien commun temporel. 

En fait, les timides ajustements de la Déclaration en termes d’« ordre social juste » ne parviennent pas à dissiper l’impression d’un vaste indifférentisme de la société, dans lequel toute religion est, comme telle, considérée comme légitime. De la liberté de la recherche religieuse que doit mener l’homme encore incroyant, l’interprétation vulgaire du principe affirmera le droit positif de professer toute erreur, de la mettre en pratique et d’en faire la propagande, ce qui est inadmissible. 

Cette compréhension en faveur de l’indifférentisme est renforcée par l’enseignement des papes modernes. Que l’on songe à cette affirmation de Benoît XVI, le 1er janvier 2011 : « Toute personne doit pouvoir exercer librement le droit de professer et de manifester individuellement ou de manière communautaire, sa religion ou sa foi, aussi bien en public qu’en privé, dans l’enseignement et dans la pratique, dans les publications, dans le culte et dans l’observance des rites. Elle ne devrait pas rencontrer d’obstacles si elle désire, éventuellement, adhérer à une autre religion ou n’en professer aucune. » Que reste-t-il des enseignements constants des papes, de Mirari vos de Grégoire XVI, du Syllabus ou de Quanta Cura de Pie IX, d’Immortale Dei ou Satis cognitum de Léon XIII ? 

Car la Déclaration Dignitatis humanae ne parle pas des seuls droits de la vraie religion, mais du droit des personnes à pratiquer leur religion, sans considération de la valeur de cette dernière. 
Origines de l’erreur 
Les formulations de la Déclaration conciliaire, en faisant la part belle aux notions de dignité de la personne, de liberté, d’autonomie, connotent la notion moderne du droit, selon laquelle l’homme du simple fait de sa nature humaine, est sujet absolu de droits, c’est-à-dire d’exigences de prestations de la part de l’Etat, sans aucune référence à ses devoirs à l’égard de la vérité, de Dieu, et de sa destinée éternelle. Le devoir de l’Etat se réduit à faire respecter ces droits. Et la vie de l’homme semble plus consister, au mieux, dans une honnête recherche philosophique, pleine de dialogues paisibles et forcément enrichissants, d’expériences et de rencontres, que dans la paisible possession de la vérité pour la faire partager. 

A vrai dire il ne s’agit pas seulement de fausse notion du droit, mais de rêve éveillé. Les religions apparaissent dans Dignitatis humanae comme toutes bonnes, certes plus ou moins proches de la vérité, mais toutes désireuses de contribuer à la recherche commune en proposant leurs modèles de vie sociale dans le respect des différences… Un coup d’œil sur l’actualité dégrisera rapidement le rêveur, à l’heure de la persécution antichrétienne généralisée dans les pays musulmans, ou encore en Inde, etc. 
Conséquences de la Déclaration 
Pourtant le Saint-Siège et les évêques n’ont pas manqué de promouvoir l’application de la Déclaration Dignitatis humanae : interventions auprès des Etats pour retirer de leur Constitution la mention d’une religion d’Etat (Italie en 1984, Colombie en 1973, Valais en 1974) ; exhortations à la liberté religieuse dans des Etats presque entièrement catholiques, comme le pape François s’y est employé auprès de la présidente du gouvernement slovène (cf. Zenit, 13 juin 2013), encouragement et aide positifs à l’érection de mosquées… 

En contrepartie de ces abandons depuis plus de cinquante ans, le communisme n’a rien relâché de sa hargne antichrétienne tant qu’il a duré, et la laïcité agressive n’a pas désarmé. La foi, quant à elle, cessant d’être protégée là où le pouvoir civil y veillait encore, a considérablement reculé, et ceux qui auraient pu songer à embrasser la foi catholique en sont dissuadés par une prédication qui ne croit plus à sa propre vérité. Il n’en faut pas tant pour demander que cette déclaration soit abandonnée. 

Abbé Nicolas Cadiet 
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Bibliographie: