22 octobre 2017

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] La Salette, En Acte.

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 21 octobre 2017

Nous cherchons le passé, voulant le rétablir,
Mais il est disparu – il faut nous ressaisir.

Toute prophétie est mystérieuse. À preuve le Secret de La Salette, révélé en 1846 à une paysanne française dans les Alpes. Ce fameux Secret rejoint toutefois les grandes lignes des prédictions du vénérable Holzhauser sur les cinquième, sixième et septième Époques de l’Église. De sorte que la majeure partie du Secret couvre nos temps qui se situent à la fin de la cinquième Époque. Nous citons ci-après en italique une partie substantielle du Secret, et nous la faisons suivre par une analyse parallèle que fait un prêtre de la Résistance de nos temps à la fin de la même Époque. D’abord N.D. de la Salette :—
“Il y aura en tous lieux des prodiges extraordinaires, parce que la vraie foi aura été éteinte et qu’une fausse lumière éclairera le monde. (...) Le vicaire de mon fils aura beaucoup à souffrir, parce que pour un temps l’Église sera livrée à de grandes persécutions : ce sera le temps des ténèbres ; l’Église subira une crise affreuse. La sainte foi de Dieu étant oubliée, chaque individu voudra se guider par lui-même et être supérieur à ses semblables. On abolira les pouvoirs civils et ecclésiastiques, tout ordre et toute justice seront foulés aux pieds ; on ne verra qu’homicides, haine, jalousie, mensonge et discorde, sans amour pour la patrie ni pour la famille. (...) Les gouvernements civils auront tous un même dessein qui sera d’abolir et de faire disparaître tout principe religieux, pour faire place au matérialisme, à l’athéisme, au spiritisme et à toutes sortes de vices...“
Et maintenant le prêtre de nos propres temps: —« L’impact de la Révolution a toujours été colossal, mais aujourd’hui, en 2017, la tempête est à son comble. Il est temps de nous replier pour nous aider mutuellement à survivre. Pour cela il faut un abandon total à la Providence divine, mais aussi prier davantage et étudier la façon dont nous devons naviguer pour survivre dans cet ouragan. Il est inutile de vouloir faire revivre le style de vie du « catholique du dimanche » que trop de Traditionalistes se sont efforcés de restaurer après le séisme de Vatican II. Les années 1950 et 1970 sont à jamais révolues. Par cette crise, Dieu purifie son Église. Il se peut qu’elle soit réduite à un petit nombre et qu’elle doive adopter un style de vie proche de l’Église primitive. Les beaux bâtiments, les reliques, les œuvres d’art et les musées se sont perdus une première fois avec les modernistes ; ils le seront une fois encore avec les musulmans, avec les causes naturelles et les guerres. Préparons-nous à l’entière disparition de l’héritage chrétien et, de même que Lot dut s’enfuir de Sodome, fuyons la Rome néo-moderniste sans regarder derrière nous!

«En effet, supposons que, par extraordinaire, une intervention directe de Dieu permette, lors du prochain Conclave romain, l’élection du meilleur des cardinaux au souverain pontificat. Que pourrait-il faire pour restaurer l’Église? Pratiquement rien, si ce n’est offrir à Dieu toutes les persécutions qu’il devrait subir au lendemain même de son élection. Pourquoi ? Parce que, comme nous l’avons vu avec le Président Trump aux États-Unis, tout le mécanisme administratif de l’Église resterait encore aux mains des ennemis du pape, et il ne disposerait de personne de convenable pour les remplacer. Et même si, au prix d’une série de miracles, Rome, dans son ensemble, revenait à la foi catholique, ne serait-il pas devenu pratiquement impossible de convertir le reste du monde au vu de son orientation actuelle? Où trouver le moyen d’empêcher l’humanité de sombrer presque entièrement dans l’inhumain, dans la contre-nature, dans l’irréalité? Comment une Rome convertie pourrait-elle demain évangéliser les «Zombies»?

«Nous traversons un nouveau Déluge, celui de la Révolution, où l’Arche salvatrice, autrefois installée à Rome, est maintenant piratée par les ennemis de Dieu et en passe d’être sabordée. La Fraternité Saint Pie X a joué le rôle d’un canot de sauvetage. Mais depuis 2012, elle a jeté une corde vers cette arche en train de sombrer et elle lui reste désormais bien attachée. Nous autres, pauvres âmes de la «Résistance», ballottés dans les eaux, nous nous accrochons à des bouts de bois pour avoir la vie sauve. C’est ainsi. Nous ferons mieux de faire face à la réalité qui nous entoure.»

Kyrie eleison.

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Ce que dit Poutine

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 14 octobre 2017

Les tribulations sont riches d’enseignements.
C’est pourquoi fer et feu frapperont l’Occident.

Tout ce qui nous entoure aujourd’hui dans le monde est sens dessus dessous. Il ne faut donc pas s’étonner d’entendre le pape parler comme un chef communiste alors que le chef de la Russie parle comme un pape catholique. En lisant les «Commentaires» du 5 août dernier, un lecteur a été surpris du fait que nous parlions de la « sainte Russie », alors que, depuis 1917, la Russie répand ses erreurs partout dans le monde. Mais l’expression “sainte Russie” remonte bien avant le 20ème siècle. Elle évoque le penchant naturellement religieux du peuple russe. Certes, de 1917 à 1989, la Russie servit de berceau au communisme international, mais ce fut uniquement par ferveur religieuse, car il s’agissait et il s’agit encore du messianisme matérialiste, principal ersatz juif servant de religion pour les post-chrétiens. (Au demeurant, ceux-ci n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes!)

Toutefois, les souffrances causées par 72 ans de communisme ont servi de leçon au peuple Russe, si bien qu’ils retrouvent maintenant le chemin vers le Christ. Or ce retour vers Dieu leur a mérité d’avoir de Lui pour dirigeant un véritable homme d’État. Beaucoup d’âmes honnêtes, partout dans le monde, mettent en lui leur espoir. Certains connaisseurs de la perfidie du Nouvel Ordre Mondial se méfient encore de Vladimir Poutine, ce qui est compréhensible ; mais, comme on dit en Amérique, s’il parle, s’il marche et s’il agit comme un disciple du Christ, le bon sens veut qu’il soit effectivement disciple du Christ. Voici le texte d’un discours prononcé il y a quatre ans en Russie (retranscrit d’après les sous-titres d’une vidéo). Vous jugerez vous-mêmes si sa vision du monde est chrétienne ou non :
Ce que nous observons hors de Russie en politique étrangère, en morale ou dans d’autres domaines, constitue un défi pour l’avenir de notre identité nationale. Nous constatons que de nombreux États euro-atlantiques ont pris le chemin du reniement ou du rejet des racines chrétiennes qui constituent la base de la civilisation occidentale. Dans ces pays, les fondements de la morale et de toute identité traditionnelle sont remis en cause – les identités nationales, religieuses, culturelles, voire du genre lui-même, sont niés ou relativisés. Dans ces pays, une famille nombreuse est traitée, sur le plan juridique, à l’égal d’un partenariat homosexuel : la foi en Dieu équivaut à la foi en Satan. Les excès et les exagérations du «politiquement correct» font que ces pays envisagent sérieusement de considérer comme légitimes des partis politiques favorisant la propagande pour la pédophilie. 
En fait, ces pays européens ont une telle honte de leur appartenance religieuse qu’ils ont même peur d’en parler. Les vacances et les fêtes chrétiennes sont supprimées ; on les rebaptise d’un nom neutre, comme s’il s’agissait d’un objet de honte. En conséquence, la valeur morale profonde de ces célébrations est perdue de vue. Ces pays tentent d’imposer cette manière de voir à d’autres pays. Je suis profondément convaincu que vivre de cette façon conduit à une culture dégradée, et produira un retour à l’état primitif. C’est pourquoi la crise démographique et morale de l’Occident va toujours s’aggravant. Aujourd’hui, dans presque tous les pays de l’Ouest, le taux de natalité est insuffisant pour permettre le renouvellement des générations, en dépit de l’apport de populations immigrées. Cette incapacité à se reproduire n’est-elle pas la preuve la plus flagrante de la crise morale que traverse l’Occident? 
Privés des valeurs morales enracinées dans le christianisme et dans d’autres religions du monde, dépourvus des règles et des valeurs morales qui se sont élaborées et développées au cours de millénaires, les peuples perdent inévitablement leur dignité. C’est pourquoi nous pensons qu’il est juste et naturel de défendre les valeurs morales propres au christianisme. Certes, nous devons respecter le droit à l’auto-détermination de chaque minorité mais, selon le même principe, il ne peut et ne doit y avoir aucun doute sur les droits de la majorité. 
Corrélativement à la décadence occidentale que nous constatons au niveau des nations, nous observons, au niveau international, une tentative d’unification du monde selon un modèle unipolaire, cherchant à relativiser ou abolir les institutions de droit international ainsi que la souveraineté des peuples. Or, dans un monde unipolaire unifié, il n’y a plus de place pour les États souverains : un tel monde n’envisage que des liens de vassalité. Sur le plan historique, cette unipolarité planétaire reviendrait pour chaque peuple à renoncer à sa propre identité et à la diversité voulue par Dieu.
Kyrie eleison.

[+ F. Louis-Marie, o.s.b., abbé - Abbaye Ste-Madeleine du Barroux - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs] Le moine a-t'il des droits?

SOURCE - F. Louis-Marie, abbé - Abbaye Ste-Madeleine du Barroux - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs - 22 septembre 2017
Ne cherchez pas dans la Règle l’expression « les droits de l’homme », vous ne la trouverez pas. Les moines n’ont-ils alors aucun droit ? Formulé ainsi, aucun. Si ce n’est peut-être qu’au chapitre sur les choses impossibles il est dit que le moine a le droit de signaler au supérieur que l’ordre donné dépasse ses possibilités. 
     
Mais pour comprendre la pensée de saint Benoît, la belle harmonie qu’il veut faire régner dans le cloître, prenons quelques exemples. Le moine a-t-il le droit de posséder un crayon, du papier et toute autre chose indispensable à sa vie contemplative ? Il semblerait que oui, car saint Benoît juge ces objets indispensables, mais il ne dit pas explicitement que le moine « a le droit » de les avoir à son usage, il dit que l’abbé « a le devoir » de les donner. Autre exemple : l’abbé a-t-il le droit d’être obéi par les moines ? Nulle part dans la Règle vous ne trouverez ce droit exprimé de façon aussi directe. Non, saint Benoît entend simplement que les moines ont le devoir d’obéir à leur supérieur. Les moines ont-ils le droit de garder leur rang en communauté et ont-ils le droit de recevoir la même affection de la part du père Abbé ? Saint Benoît dit non pas cela, mais que le supérieur a le devoir de ne pas troubler l’ordre sans raison et surtout de ne point faire acception des personnes. Saint Benoît insiste donc sur les devoirs mutuels et non sur les droits.
     
Cela semble tout à fait égal puisqu’à la fin les moines ont leur crayon, le père abbé est obéi et l’ordre est respecté. Mais ce n’est pas égal du tout, car l’esprit est tout différent et même aux antipodes dans l’une et l’autre formule. L’une, insistant sur les devoirs, favorise la charité, et l’autre, insistant sur les droits, favorise l’égoïsme. C’est finalement la différence entre la cité de Dieu, où l’amour de Dieu et des autres va jusqu’à la haine de soi, et la cité du diable, où l’amour de soi va jusqu’à la haine de Dieu et des autres. 
     
Et c’est une des raisons pour lesquelles saint Benoît bannit tout murmure en communauté. En effet, les murmures sont souvent dus à la revendication de droits. Déjà, au début de la Règle, il se moque de ces soi-disant moines qui déclarent saint tout ce qu’ils désirent. Le moine ne doit jamais réclamer pour lui quoi que ce soit, ce qui exprime bien que l’âme du moine s’élève vers Dieu en pensant non pas à ses droits mais à ses devoirs. Il en est de même pour les familles. Saint Paul rappelle non les droits des époux mais bien leurs devoirs mutuels et notamment ceux du mari, qui doit se sacrifier pour son épouse. Ainsi pour les relations entre parents et enfants. 
     
Et cela est valable pour les entreprises. Aux entretiens d’embauche se présentent de jeunes candidats avec sous le bras un dossier contenant leurs innombrables droits : RTT, vacances et autres grandes valeurs républicaines. Et si les actionnaires ne pensent qu’à leurs dividendes, comment ne pas s’étonner du cercle vicieux qui conduit aux conflits ? Et nous pouvons l’appliquer à la presse. Si la règle suprême est « le droit de savoir » comment s’étonner de tant de manques au devoir de la charité et au respect de l’honneur de chacun ?
     
Mais le pire est que, depuis la loi permettant l’avortement, qui a évolué en droit fondamental de la femme, l’esprit de la société est passé du droit de l’enfant, qui était finalement le devoir des parents, à un droit à l’enfant. C’est diabolique. Mais nous avons l’exemple et la grâce de Jésus-Christ, qui n’a pas réclamé le droit d’être traité en égal de Dieu mais qui a accompli son devoir jusqu’au bout. Imitons-le.
     
+ F. Louis-Marie, O.S.B., abbé

21 octobre 2017

[Paix Liturgique] La messe de Paul VI, une forme rituelle informe?

SOURCE - Paix Liturgique - lettre n°616 - 17 octobre 2017

Élaborée dans le contexte théologique et des mentalités religieuses de la fin des années soixante, la réforme liturgique de Paul VI, n’a pas rempli, loin s’en faut, ses optimistes promesses. Mais si beaucoup conviennent aujourd’hui qu’elle a largement échoué, peu imaginent possible d'en dresser un bilan réaliste. Nous avons, pour notre part, ponctuellement procédé à l’analyse critique de certains des rituels de cette réforme : celui du baptême (voir notre lettre 413), celui de la confirmation (voir notre lettre 471), et celui des funérailles (voir notre lettre 443). 

Nous voudrions appliquer ici notre examen au cœur de la réforme, à la messe promulguée par la constitution apostolique Missale romanum du 3 avril 1969. Bien d’autres l’ont fait avant nous, à commencer par les cardinaux Ottaviani et Bacci dans leur Bref examen critique du nouvel Ordo Missæ, en 1969 (nouvelle édition, Renaissance catholique, 2004), mais contribuer à une réactualisation de ces analyses alors que cette réforme va bientôt avoir un demi-siècle nous a paru opportun. 

Nous y consacrerons une série de trois lettres, considérant tant l’aspect rituel, ou pour mieux dire a-rituel du nouveau missel – c’est l’objet de cette première lettre –, que son contenu proprement dit. Car l’examen du nouveau missel fait en premier lieu apparaître un aspect cérémoniel tout à fait étonnant : en comparaison de celle qui l’a précédée et des autres liturgies catholiques (les liturgies orientales, la liturgie ambrosienne, etc.), la messe romaine nouvelle n’est plus véritablement un rite. Elle est comme une forme sans forme.

L’ensemble rituel du catholicisme s’était organisé au cours l’Antiquité chrétienne à partir de l’ordre du Christ : « Faites ceci en mémoire de moi ! » et des cérémonies de fraction du pain des communautés apostoliques. Entre le VIe et le XIIe siècle, les ordines romani témoignent du développement considérable du monde cérémonial au cours de l’Antiquité tardive et du Haut Moyen Âge, parallèle à celui du riche trésor de la catéchèse patristique des mêmes époques. Transmis par le Moyen Âge monastique et les cathédrales, cet héritage fut précieusement recueilli par la Rome de la Contre-Réforme. Ayant une conscience aigüe du fait que la liturgie, et très spécialement la liturgie romaine, véhicule une traduction concrète du dogme dans le domaine des sacrements et de la prière (lex orandi, lex credendi), une des spécificités de l'époque tridentine fut, dans le domaine du culte, la clarification et la canonisation de l’Ordo, soit, de l’ordonnancement des cérémonies.

Au XXe siècle, un double mouvement de « retour aux sources » – c’est-à-dire d’une récupération supposée des formes liturgiques antiques par-delà les « ajouts » et « surcharges » postérieurs – et d’autre part d’adaptation aux temps présents s'en est pris au « fixisme » des règles liturgique, en même temps, d’ailleurs, qu’était attaqué le « fixisme » des formulations dogmatiques. Le soin méticuleux avec lequel les livres liturgiques traditionnels ordonnaient la liturgie dans leurs rubriques (indications concernant l’ordonnancement de la cérémonie imprimées en lettres rouges, rubræ) parut dès lors totalement désuet. L’explosion eut lieu en quelques années seulement. Dès les premières étapes de la réforme conciliaire de la messe, la créativité déborda : celle du sommet (la Commission pour l’Application de la constitution sur la liturgie) était surmultipliée par celle de la base comme l'illustraient parfaitement les fameux « nouveaux prêtres » de Michel de Saint-Pierre. Les modifications continues qui s’étagèrent de 1964 (instruction Inter oecumenici) à 1968 – pensons aux « rubriques de 1965 » tout de suite dépassées par celles de 1967 (instruction Tres abhinc annos) – donnèrent l’impression qu’en matière liturgique toutes les normes étaient évolutives. Sur quoi vint le missel de 1969, qui pulvérisa littéralement l’univers rituel ancien.
  
I - Un univers rituel pulvérisé
  
Passer d’un missel à l’autre produit, du point de vue des règles à suivre, une impression saisissante : on change de monde. Au lieu de gestes et d’attitudes du corps strictement déterminés par un usage immémorial, les nouvelles rubriques ne sont que des indications – souvent de simples propositions – assez générales. Au point que l’apprentissage de la messe, qui prend une grande place concrète dans la formation des prêtres célébrant la liturgie traditionnelle, n’existe plus, dans les séminaires actuels où s'enseigne la messe de Paul VI. Car il va du rite comme du sens rendu par les traductions des textes : une certaine liberté personnelle est considérée comme légitime et l’indétermination qui en résulte sans grande importance, voire souhaitable, pour mieux « coller à la vie ». 

Prenons seulement l’exemple du début de la célébration de la messe :
a) Les gestes
- Dans le missel traditionnel : « Le prêtre monte au milieu de l’autel, où il dépose le calice vers le côté de l’Évangile, extrait le corporal de la bourse, qu’il étend au milieu de l’autel, y place le calice couvert du voile, tandis qu’il met la bourse du côté gauche, etc. […] Il redescend sur le pavé, se tourne vers l’autel ou il reste debout au milieu, les mains jointes devant la poitrine, les doigts joints et étendus, le pouce droit croisé sur le pouce gauche (ce qu’il doit toujours faire quand il joint les mains, sauf après la consécration), tête nue, ayant fait d’abord vers la croix ou l’autel une inclination profonde ou une génuflexion si le Très Saint Sacrement est dans le tabernacle, il commence debout la messe. Etc. […] Lorsqu’il dit Aufer a nobis, le célébrant mains jointes monte à l’autel, etc. […] Incliné au milieu de l’autel, les mains jointes posées sur l’autel de telle sorte que les petits doigt en touchent le devant, cependant que les annulaires sont posés sur la table (chose qu’il faudra toujours observer lorsque les mains jointes sont posées sur l’autel), etc. […] Lorsqu’il dit "les corps dont les reliques sont ici", il baise l’autel au milieu, les mains étendues posées à égale distance de chaque côté, etc. […] À la messe solennelle, il met trois fois de l’encens dans l’encensoir, en disant en même temps : Ab illo benedicaris, "Sois bénis par celui", etc.
   
- Dans le nouveau missel : « Le prêtre monte à l’autel et le vénère par un baiser. Ensuite, s’il le juge bon, il l’encense en en faisant le tour. […] Puis, tourné vers le peuple et les mains étendues, le prêtre le salue avec une des formules proposées ».
b) Les paroles
- Dans le missel traditionnel : « Ayant fait la révérence due, il se signe du signe de la croix sur le front et la poitrine, et sauf si une rubrique particulière en décide autrement, il dit à haute voix : In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. Amen. Ensuite, les mains jointes devant la poitrine, il commence l’antienne :Introibo ad altare Dei. Les ministres répondent : Ad Deum qui lætificat juventutem meam. Ensuite, alternativement avec les ministres il dit : etc. (ps 42) […] En montant à l’autel, il dit à voix basse : Aufer a nobis… "Ôtez de nous, nos fautes, nous vous en prions, Seigneur, afin que nous puissions pénétrer jusqu’au Saint des Saints avec une âme pure. Par le Christ notre Seigneur. Amen". Ensuite les mains jointes sur l’autel, incliné, il dit : Oramus te, Domine, "Nous te prions, Seigneur, par les mérites de tes saints (il baise l’autel au milieu) dont les reliques sont ici, etc. " […] À la messe solennelle, lorsque ce n’est pas une messe des défunts, le célébrant, avant de commencer l’antienne d’Introït, bénit l’encens en disant : Ab illo benedicaris, etc.»
   
- Dans le nouveau missel : [Après que le prêtre ait baisé l’autel et l’ait encensé, s’il le juge bon], « le chant d’entrée achevé, le prêtre et les fidèles, debout, se signent, tandis que le prêtre dit : "Au nom du Père et du Fils, et du Saint Esprit. Amen." Puis, les mains étendues, le prêtre salue le peuple en utilisant, par exemple, l’une des trois formules suivante : "La grâce de Jésus notre Seigneur, l’amour de Dieu le Père, etc." […] Le prêtre ou un ministre capable peut librement faire une introduction à la messe du jour. Puis le prêtre invite les fidèles à la pénitence, en disant, par exemple : "Préparons-nous à la célébration de l’Eucharistie en reconnaissant que nous sommes pécheurs" » Suivent quatre possibilités : 
  1. « Je confesse à Dieu tout-puissant, etc.»
  2. « Seigneur, accorde-nous ton pardon, etc.» 
  3. « Seigneur Jésus envoyé par le Père, etc. », avec deux variantes : « Seigneur Jésus-Christ, venu réconcilier tous les hommes, etc. » ; « Seigneur Jésus, par ton mystère pascal, etc.»
  4. L’aspersion d’eau bénite : « Mes frères, demandons au Seigneur de bénir cette eau, etc.»
II - La multiplication des libres choix

On voit ainsi les options s’emboîter et les choix se multiplier. Ce que confirme la suite de la célébration :
a) Lors de la liturgie de la parole, à la fin de la première lecture, on peut, « si cela est opportun », observer un moment de silence. La seconde lecture n’est pas obligatoire. Le chant d’acclamation de l’Évangile est habituellement l’Alleluia. On peut ou non encenser et porter des cierges pour l’Évangile.
b) La profession de foi se fait par le symbole de Nicée-Constantinople ou par celui des Apôtres.
c) La prière universelle comporte dix introductions possibles, qui n’excluent pas l’usage d’autres formules, et de neuf prières de conclusion, mais on peut aussi s’inspirer de la prière universelle du Vendredi Saint ou encore d’autres prières.
d) L’apport des oblats à l’autel (et d’autres dons destinés à subvenir aux besoins de l’Église et de pauvres) peut s’organiser librement. Le prêtre dit à voix haute ou basse les paroles de présentation : "Tu es béni, Dieu de l’univers, etc.", auxquelles le peuple peut répondre par une acclamation : "Beni soit Dieu, maintenant et toujours".
e) Alors que la tendance de la liturgie romaine – et même des autres rites – avait été, depuis l’Antiquité, au resserrement des textes constituant le cœur de la messe, assurément pour des raisons de maintien de l’orthodoxie, les nouvelles préfaces sont difficiles à dénombrer : quarante-six pour le temporal, dix pour le sanctoral, treize pour les communs des saints, seize pour les défunts, les messes de mariages, profession religieuse, les messes votives.
f) Surtout, alors que la prière eucharistique qu’introduisaient les préfaces était (et avait sans doute toujours été) unique, les prières eucharistiques sont désormais officiellement au nombre de onze :
quatre principales ; deux pour la réconciliation ; trois pour les messes d’enfants ; une pour les rassemblements ; et une pour des circonstances particulières, en fonction desquelles peuvent être choisies quatre préfaces – 1. L’Église en marche vers l’unité ; 2. Dieu guide son Église sur la voie du salut ; 3. Jésus chemin vers le Père ; 4. Jésus modèle de charité – auxquelles correspondent quatre prières d’intercession (l’équivalent du Te igitur du canon romain) placées dans la seconde partie de la prière, après la consécration, comme dans les prières eucharistiques II, III, IV. Mais il en existe d’autres, car certaines conférences épiscopales, notamment à l’occasion d’évènements particuliers, ont demandé l’approbation de prières eucharistiques spécifiques.
g) La consécration est suivie de trois acclamations au choix.
h) L’introduction au Pater connaît deux variantes, mais on peut en prendre d’autres. La paix et la charité mutuelles se manifestent selon les coutumes locales. Deux prières au choix, pour le prêtre, suivent l’Agnus Dei.
i) La bénédiction du peuple peut être aussi donnée selon un mode solennel avec vingt-six introductions tripartites possibles ponctuées chacune par trois Amen. 
La confusion des langues

L’explosion rituelle est rendue plus sensible encore par la disparition du latin. L’évaluation du nombre des traductions en langues et dialectes dans lesquelles se célèbre aujourd’hui la liturgie, dite encore curieusement liturgie latine, est de 350 à 400 (la Congrégation pour le Culte divin ne parvient pas à en donner un décompte exact). Ces traductions ont été réalisées sous l’impulsion des conférences épiscopales nationales et approuvées par la Congrégation pour le Culte divin. En fait, une instruction du 25 janvier 1969 ouvrait les portes à une très grande liberté, notamment en ce qui concerne les réalités « qui choquent le sens chrétien actuel », l’actualisation du contenu des oraisons, avec une invitation à opérer de nouvelles créations. Un certain mouvement de restauration s’est appliqué depuis à tenter la rectification de traductions insuffisamment conformes aux éditions latines (instruction Liturgiam authenticam, du 28 mars 2001), mais avec des résultats que l’on peut dire insignifiants hormis, peut-être, dans le monde anglophone. 

Les conférences épiscopales ont ainsi pris des libertés assez conséquentes, la plus célèbre étant la traduction du pro multis (sang versé « pour beaucoup ») de la consécration du Précieux Sang, traduit par for all, per tutti, für alle, « pour tous », ou encore celle du consubstantialem du Credo en « de même nature ». Libertés qui servaient en un certain nombre de cas des visées d’inculturation de la liturgie (instruction Varietates legitimæ, 25 janvier 1994). Ainsi, en Chine, querelle des rites chinois obligeant, on célébra dès le 15 février 1972, les anciens rites d'inspiration confucéenne en l’honneur des ancêtres défunts. En Zambie, on supprima le mélange d’eau et de vin, sous prétexte qu’il n’avait pas de fondement biblique alors que cet usage avait déjà été, du temps de l'hérésie monophysite, condamné par le concile de Florence, l’eau symbolisant l’humanité du Christ. Le rite zaïrois, adaptation congolaise du rite romain, promu par le cardinal Joseph Malula, archevêque de Kinshasa, fut approuvé en 1988, avec invocation des ancêtres, préparation pénitentielle reportées avant l’offertoire, dialogues divers entre prêtre et peuple, gestes et mouvements rythmés.

On peut certes dénoncer ce qu’on appelle « abus » de célébrants qui n’en font qu’à leur guise, mais c’est intrinsèquement que la nouvelle liturgie est ouverte à la créativité. Lorsque le missel nouveau porte que le prêtre salue en disant « par exemple » telle formule au choix, ou qu’on lui propose comme « exemple » une monition à faire, il est invité par le livre lui-même à la création personnelle. L’insertion par chaque ministre de monitions et de commentaires personnels, que rien n’interdit et même que ce mode cultuel nouveau appelle, devient de fait naturelle. La langue vernaculaire conduit par ailleurs l’acteur liturgique à une « interprétation » personnelle du texte qu’il prononce, le tout avec les meilleures intentions pastorales du monde. Les tentatives de restauration que l’on a connues à partir de 1985, outre qu’elles ont été ou sont très aléatoires, se heurtent radicalement à ce caractère fluide et « vivant » de la messe nouvelle.

La messe nouvelle, lex orandi ? 

Le fameux adage : lex orandi, lex credendi, « la loi de la prière règle la loi de la foi », s’explique par le fait que tous les éléments de la discipline universelle de l’Église romaine sont, pour ce qu’ils contiennent en matière de foi et de morale, une des expressions du magistère ordinaire et universel : l’Église de Pierre ne peut pas induire en erreur ses fidèles dans la manière selon laquelle elle leur ordonne de prier. Cette expression de la foi une nécessite tout naturellement une certaine canonisation (1), des moyens qui la véhiculent. 

Certes, l’explosion rituelle de la réforme est seconde par rapport à la modification du contenu même du message, sujet que l'on étudiera dans deux prochaines lettres. Mais, dans un contexte général – celui de mai 68 – de relativisation de la règle dogmatique, cet abandon par l'Église latine de son univers rituel traditionnel a beaucoup contribué à affaiblir le caractère du culte comme véhicule de la profession de foi romaine. Cette subjectivité nouvelle, manifestée par celle du rite, n’est pas sans poser des problèmes du point de vue de la rigueur de la valeur doctrinale des cérémonies nouvelles. 
Qu'il nous soit permis de faire l’hypothèse suivante : au caractère « pastoral », c’est-à-dire non proprement dogmatique (infaillible), du concile Vatican II, correspond le caractère « pastoral » de la nouvelle liturgie qui en est issue, dans la mesure où celle-ci ne prétend pas véhiculer par la prière une règle suprême de la foi. Tout simplement parce qu’elle ne cherche pas à être, au sens le plus fort du terme, une loi de prière, une lex orandi. 
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(1) Au sens de codification.

[FSSPX Actualités] Rome: le cardinal Burke ne renonce pas à une « Correction fraternelle»

SOURCE - FSSPX Actualités - 20 octobre 2017

Le 3 octobre 2017, dans un entretien avec le vaticaniste Edward Pentin du National Catholic Register, le cardinal Raymond Burke a précisé que sa nomination, le 30 septembre dernier, comme membre du Tribunal suprême de la Signature Apostolique, ne demanderait pas un travail à temps plein, mais qu’il serait sollicité parfois pour siéger sur des causes ponctuelles.
   
Il a affirmé que cette nomination ne changerait pas ni ne retarderait une Correction fraternelle adressée au pape François à propos de l’exhortation apostolique Amoris lætitia. Sur ce point, l’historien Roberto de Mattei répondait, dans Correspondance européenne du 29 septembre, à ceux qui s’étonnaient que les deux auteurs survivants des Dubia, les cardinaux Walter Brandmüller et Raymond Burke, n’aient pas signé la Correction filiale : « c’est ignorer, écrivait-il, comme le souligne (le site américain) Rorate Cœli, que la Correctio filialis des soixante-deux [signataires] a un caractère purement théologique, tandis que celle des cardinaux, quand elle paraîtra, aura une autorité et une portée bien différente, ne serait-ce que sur le plan canonique. » – Certains observateurs romains croient savoir que la parution de cette « Correction fraternelle » serait imminente.