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Actualité(s) du Traditionalisme Catholique

7 juillet 2015

[Paix Liturgique] La messe traditionnelle dans tous ses états (4ème partie) - la messe basse

SOURCE - Paix Liturgique - lettre n°498 - 30 juin 2015

Dans notre série « La Messe Traditionnelle dans tous ses états », introduite par notre lettre 488, nous avons évoqué la messe pontificale (lettre 491) et de ce qu’on a l’habitude d’appeler la Grand’messe (lettre 494). Nous allons traiter cette fois-ci de la "Messe basse". 

La bulle Quo primum, de saint Pie V, parle de « messes récitées », ou de messes « à voix basse » (demissa voce), durant lesquelles on se contente de « lire » au lieu de chanter. C’est pourquoi, les textes officiels parlent d’ailleurs aujourd’hui de « messe lue », à notre connaissance depuis l’instruction De Musica sacra, de la Congrégation des Rites, du 3 septembre 1958, de préférence à « messe [à voix] basse ». 

La messe basse ou messe lue est donc une célébration du saint sacrifice dont sont exclus les chants qui font qu’une messe est proprement qualifiée de chantée, laquelle comporte le chant du propre, ou à tout le moins de l’ordinaire (Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei), et le chant des parties qui reviennent au prêtre (dialogues, oraisons, préface, Pater). Rien n’interdit cependant, lors de la messe basse, d’interpréter des cantiques, des motets ou des morceaux de musique sacrée à l’orgue, instrument de musique liturgique par excellence, voire même avec d’autres instruments. 
Origine et signification de la messe basse
La messe basse est pratiquement inconnue des liturgies orientales qui sont toujours chantées avec solennité. De fait, les messes célébrées hors des dimanches et jours de fête sont rares en Orient (mariages, funérailles). Cependant les liturgies orientales catholiques (et même parfois non catholiques), du fait de l’influence romaine, connaissent des adaptations, par abréviation des formules et cérémonies, qui permettent des messes de semaine plus fréquentes.

Mais la messe basse fait partie des spécificités latines et romaines, avec quelques autres comme l’unicité de la prière eucharistique, le canon romain, et sa récitation à voix basse (c’est la manière pour les latins de pratiquer le secret sur les saints mystères que les Orientaux, qui chantent l’entière prière eucharistique, obtiennent en faisant tomber le voile devant la porte de l’iconostase lorsqu’elle commence).

La multiplication des messes privées correspond à un approfondissement théologique de la valeur du sacrifice de la messe offert « pour les vivants et pour les défunts » : les fruits de l’unique sacrifice de la Croix sont d’autant plus appliqués par les sacrifices de la messe, que sont nombreuses les messes, ce que permet leur célébration privée. C’est une des raisons pour lesquelles la liturgie romaine traditionnelle ne connaissait pratiquement pas la concélébration (sauf pour les ordinations de prêtres et d’évêques), laquelle « mobilise » pour une seule messe tous les prêtres concélébrants.

En Occident, les messes privées sont attestées dans les territoires francs au VIIIe siècle chez les chanoines de la cathédrale de Metz]. Leur croissance va de pair avec celle du nombre des prêtres, notamment religieux (à l’origine, il n’y avait que peu de prêtres dans les communautés monastiques, mais leur nombre s’est considérablement accru). Le développement historique de la messe privée correspond également à celui de la pénitence privée qui, sous l’influence de monde monastique gaélique s’est répandue à l’époque mérovingienne, remplaçant peu à peu la pénitence publique, la célébration d’une messe demandée à un prêtre moyennant un « honoraire », équivalant à une pénitence imposée. Enfin, ces messes correspondaient aux intentions particulières de ceux qui en demandaient la célébration, comme cela est toujours le cas : repos de l’âme d’un défunt, fin d’une épidémie, pour le souverain, etc. 

C’est pourquoi les prêtres ont pris l’habitude de célébrer quotidiennement le saint sacrifice de la messe. Ils n’y sont cependant pas obligés, alors qu’ils sont absolument tenus de réciter ou de chanter l’Office divin chaque jour (l’obligation du bréviaire) au nom de l’Église. Le Cérémonial des Évêques prévoit ainsi que des prêtres qui n’ont pas célébré la messe et assistent à celle de l’évêque puissent y communier. Bien entendu, aussi « privée » que soit une messe, elle reste moralement « publique », célébrée dans l’Église, pour toute l’Église militante et souffrante.

La célébration de la messe basse, simplement récitée par le prêtre, explique aussi la naissance du missel. En effet, lorsque sont apparus les livres liturgiques, le célébrant, prêtre ou évêque, disposait du sacramentaire qui contenait toutes les oraisons, préfaces, canon, lus ou chantés par lui. Les chantres avaient à leur disposition des antiphonaires ou graduels. L’évangile et les lectures étaient chantées sur des évangéliaires, des épistolaires et des lectionnaires. Mais du fait de la célébration de messes privées, lors desquelles le célébrant devait lire toutes les parties de la cérémonie sans l’assistance d’autres ministres, un livre rassemblant tous les autres, dit « missel plénier » a fait son apparition et s’est imposé du IXe au XIe siècle. Beaucoup plus tard, à partir du Concile de Trente, apparaîtront les missels des fidèles.
Les deux modalités de la messe basse
Concrètement, la messe basse peut prendre deux formes : 
1/ La messe privée, célébrée par un prêtre avec seulement un servant (ou même, de nos jours, sans servant, quand il n’est pas possible d’en avoir), sans assistance ou avec une assistance très réduite. 
2/ La messe communautaire, dite devant une assistance plus ou moins nombreuse. 
1/ La messe privée
C’est donc une messe avec quelques assistants, ou sans assistant. Joris-Karl Huysmans décrivait celle-ci, dans la cathédrale de Chartres : « Un enfant de chœur parut, précédant un vieux prêtre et, pour la première fois, Durtal vit servir réellement une messe, comprit l’incroyable beauté que peut dégager l’observance méditée du sacrifice. Cet enfant agenouillé, l’âme tendue et les mains jointes, parlait, à haute voix, lentement, débitait avec tant d’attention, avec tant de respect, les répons du psaume, que le sens de cette admirable liturgie, qui ne nous étonne plus, parce que nous ne la percevons depuis longtemps, que bredouillée et expédiée, tout bas, en hâte, se révéla subitement à Durtal » (La Cathédrale). 

Nous le disions dans notre lettre 488 : même si en certains lieux quelques libertés – parfois tolérables en raison des circonstances – sont prises avec le missel de 1962 et ses rubriques (1), on peut constater avec plaisir que, pour la messe lue dans sa célébration privée, tous les prêtres qui célèbrent selon la forme extraordinaire le font unanimement dans le respect scrupuleux de ce missel et de ses rubriques. Ajoutons que, pour pas mal de prêtres qui, suite au Motu Proprio de 2007, ont voulu bénéficier de la liberté reconnue à tout prêtre latin de célébrer en la forme traditionnelle, la célébration de la messe privée est la seule qui leur permette d’user de ce droit.

C’est par exemple la messe célébrée tous les matins par les religieux d’une communauté, à l’exception de celui qui dira la messe communautaire ; comme c’était le cas jadis, dans toutes les cathédrales, la messe célébrée par les chanoines, ou, dans les autres églises de quelque importance. celle dite par les clercs attachés à la paroisse sur les nombreux autels des chapelles latérales ou disposées dans le déambulatoire. Tous ceux qui ont fait un séjour dans une abbaye vouée à la messe traditionnelle ont connu l’expérience de cet embrasement spirituel produit par les messes silencieuses qui surgissent au petit matin sur tous les autels de la nef et des cryptes : « À la fin des laudes, dans le silence du chœur, […] l’angélus dégageait du clocher ses trois volées de sons et alors, à leur dernier tire-d’aile qui se prolongeait dans la nuit, tous se redressaient et les prêtres allaient se vêtir pour dire la messe. Les convers et parfois les novices les servaient ; et c’était souvent le père Abbé, assisté par deux moines (2), qui célébrait au grand autel, la première » (Joris-Karl Huysmans, L’Oblat).
2/ La messe communautaire, dite devant une assistance plus ou moins nombreuse
On veut ici parler des messes paroissiales de semaine ou des messes quotidiennes dites pour l’ensemble d’une communauté religieuse, d’un noviciat, d’un séminaire. Il s’agit aussi des messes paroissiales non chantées du dimanche. Elles peuvent parfaitement être accompagnées, comme on l’a dit plus haut, de chants et de musique. Elles pourraient même comporter les chants du Kyriale n’exigeant pas l’intervention chantée du prêtre (Kyrie, Sanctus, Agnus Dei) (3). 

Anciennement, ces célébrations communautaires étaient silencieuses du côté de l’assistance, qui, se tenant à genoux durant tout l’office – sauf lors des lectures de l’évangile et du dernier évangile –, se contentait au plus de répondre Et cum spiritu tuo, aux salutations liturgiques du prêtre. Cette manière d’assister au saint sacrifice est restée celle de l’ensemble du monde anglo-saxon. En revanche, les régions plus marquées par le Mouvement liturgique, telles que la France, la Belgique, l’Allemagne, ont connu, de longue date, une « participation » plus notable. Ce mouvement a puisé ses inspirations dans l’impulsion du monachisme bénédictin restauré par Dom Guéranger et dans les réformes de saint Pie X. Il a aussi été animé par des tendances plus modernisantes, qui trouveront leur aboutissement ultime dans la réforme des années soixante. Mais, dans toutes ses composantes, il a eu le souci de promouvoir la participation des fidèles. 

Contrairement à ce qu’on voudrait nous faire accroire, cette « participation active », actuosa participatio, n’est donc pas une invention du dernier concile ni de la réforme liturgique. On pourrait citer Pie X et Pie XI. Pie XII, dans l’encyclique Mediator Dei, du 20 novembre 1947, disait : « [Depuis la fin du XIXe siècle], les cérémonies sacrées de la messe ont été mieux connues, comprises, estimées ; la participation aux sacrements a été plus large et plus fréquente ; la beauté des prières liturgiques plus goûtée, et le culte de la sainte Eucharistie considéré, à juste titre, comme la source et l’origine de la vraie piété chrétienne. En outre, plus que par le passé, on a fait connaître aux fidèles qu’ils forment tous ensemble un seul corps, très étroitement uni, dont le Christ est la tête, et que le peuple chrétien a le devoir de participer, à sa juste place, aux rites liturgiques. […] Il est donc nécessaire que tous les chrétiens considèrent comme un devoir principal et un très grand honneur de participer au sacrifice eucharistique, et cela, non d’une manière passive et négligente, mais avec une attention et une ferveur qui les unissent étroitement au souverain Prêtre ».

La manière de mettre en pratique cette participation dans l’assistance à la messe basse est extrêmement diverse. On peut, sans entrer dans trop de détails (4), dire que la participation à la messe basse communautaire tend à calquer pour les attitudes (agenouillements, station debout, assis) et pour la récitation des prières, la manière dont se tient le clergé, et les parties que chantent la schola et le chœur lors de la messe chantée ou solennelle. Par exemple, de même que le clergé se tient debout et chante le Gloria et le Credo, d’un seul chœur, ou de manière alternée, durant la messe solennelle, les fidèles, généralement, se tiennent debout et disent le Gloria et le Credo avec le prêtre au cours de la messe basse. Il importe au reste de laisser en ce domaine une grande liberté, surtout dans les paroisses, aussi éloignée que possible d’une caporalisation des mouvements et des paroles des assistants laïcs : tel suit toutes les prières dans son missel, répond, se lève, s’assied ; tel autre s’unit au saint sacrifice par l’oraison de cœur ; tel autre, par la méditation des mystères du rosaire. Dans les séminaires et maisons religieuses, il est bon cependant de veiller à une cohésion générale, toujours en respectant les usages et coutumes. Et surtout, il convient de rappeler, comme le faisait Benoît XVI, dans L'esprit de la liturgie (Ad Solem, 2001), que « le terme participatio actuosa a très vite été pris dans le sens extérieur et superficiel d'une activité nécessaire, généralisée, comme s'il fallait que le plus grand nombre de personnes, et le plus souvent possible, soit manifestement actives », alors que la participation première est celle de la pieuse communion spirituelle aux mystères célébrés.

Il est peut-être bon, en terminant, d’exhorter vivement à la fréquentation des messes quotidiennes. Il est vrai que la vie actuelle la rend parfois difficile. Mais assister à la messe aussi souvent qu’on le peut, n’est-il pas un des grands critères d’une vie chrétienne fervente ? La messe basse quotidienne n’est nullement réservée aux prêtres qui la disent : elle est un trésor spirituel commun à disposition de tous les fidèles. Nous citerons Huysmans une dernière fois : « Le matin, la messe des ouvrières et des bonnes était non moins touchante ; il n’y avait là, ni bigotes, ni curieux, mais de pauvres femmes qui venaient chercher dans la communion la force de vivre leurs heures de besognes onéraires, d’exigences serviles. Elles savaient, en quittant l’église, qu’elles étaient le custode vivant d’un Dieu » (En route).
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1- Les rubriques sont les notations, imprimées dans les livres liturgiques en lettres rouges, rubræ, qui indiquent le détail des cérémonies à accomplir.

2- Le Père Abbé, comme un évêque, peut dire sa messe basse, assisté à l’autel de deux chapelains. En Italie, on nomme ce type de messe basse, la messe prélatice.

3- Voire même des parties du propre : lors d’une messe basse d’enterrement, la schola ou les chantres pourront exécuter le Kyrie, le Sanctus, l’Agnus Dei, et à la rigueur l’introït, le Dies iræ et l’antienne de communion, d’autant plus normalement que l’absoute qui suit la messe est obligatoirement chantée.

4- Ils sont donnés à profusion dans l’instruction De Musica sacra, de la Congrégation des Rites, du 3 septembre 1958, déjà évoquée.

[Valérie Hubert-Cassant - Sud-Ouest (journal)] Bergerac : la Fraternité Saint-Pie X agrandit son école

SOURCE - Valérie Hubert-Cassant - Sud-Ouest (journal) - 2 juillet 2015

Créée depuis quatre ans, l’école traditionaliste Sainte-Jeanne-d’Arc, affiliée à l'association Fraternité Saint-Pie X, a déposé un permis de construire
Ouverte en 2011, l'école bergeracoise traditionaliste privée Sainte-Jeanne-d'Arc, regroupant des classes maternelles et primaires, va quitter ses locaux de la rue Jules-Michelet pour doubler sa superficie.

Au mois de mai, un permis de construire a été déposé à la mairie de Bergerac par l'association Fraternité Saint-Pie X, afin de construire « une structure scolaire primaire ».

Fondée en 1980 par Mgr Lefebvre, l'association semble prendre ses quartiers à Bergerac. Le projet concerne la construction d'une maison et d'une salle de réunion privées sur un terrain de 5 600 m² qui comporte déjà un bâtiment. Celui-ci accueillera la structure scolaire, sur 900 m².

Il s'agira d'une école primaire traditionaliste privée hors contrat. Le reste de la parcelle sera utilisé par la Fraternité Saint-Pie X.
Fonds propres

Actuellement, l'école Sainte-Jeanne-d'Arc est installée rue Jules-Michelet, dans des locaux dont elle n'est pas propriétaire. Les adeptes bergeracois de Mgr Lefebvre se sont structurés au fil des années et peuvent aujourd'hui acheter cette bâtisse à étage en pierre, avec dépendances, sur un terrain de 5 600 m2, grâce leurs fonds propres: «Ce sont des amis et bienfaiteurs qui, voulant soutenir cette école, qui ne reçoit aucune aide financière de l'État, nous ont permis d'envisager l'achat d'un terrain et d'un bâtiment sur l'avenue Foch», explique l'abbé Gabard, le directeur actuel de l'école.

Les demandes d'inscription seraient-elles en augmentation ? Le directeur évoque « un besoin d'espace supplémentaire pour accueillir des enfants de la grande section au CM2 ».

Sur le permis de construire délivré par la mairie de Bergerac, on peut lire les détails de ce projet d'école. Au rez-de-chaussée, le bâtiment se composera d'un hall permettant l'accueil des enfants, de deux salles de classe pour un total de 19 élèves (actuellement, l'effectif est de 15), d'un bureau, de sanitaires et d'un préau.
« Entièrement libre »

« Notre établissement suit les exigences de l'académie quant au degré de connaissance nécessaire à chaque enfant selon son niveau, souligne le directeur. Cependant, son caractère entièrement libre lui donne la possibilité d'agencer la succession des cours et des notions abordées selon sa méthode propre. L'école suit les méthodes traditionnelles syllabiques dans l'apprentissage de la lecture. Les notions dans toutes les matières sont présentées selon un enchaînement logique et non global. L'accent est posé avant tout sur l'apprentissage du français dans toutes ses composantes et sur le calcul. Ce qui permet de suivre les enfants en souplesse sans être submergé par les matières annexes, comme l'éducation civique, le sport ou les activités manuelles, qui ne sont pas négligées pour autant.»

6 juillet 2015

[L'Homme Nouveau] Homélie du cardinal Burke pour l'ordination de 11 nouveaux prêtres de l'ICRSP

SOURCE - L'Homme Nouveau - Cardinal Burke - 2 juillet 2015

Jeudi 2 juillet, en la fête de la Visitation de la Très Sainte Vierge Marie dans le calendrier de la forme extraordinaire, son Éminence le cardinal Burke, cardinal patronus de l’Ordre de Malte, a ordonné 11 nouveaux prêtres de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre (ICRSP) dont huit Français. La cérémonie s’est déroulée en l’église Santi Michele e Gaetano de Florence, desservie par l’ICRSP, en présence des familles des nouveaux prêtres et d’amis venus du monde entier. La veille, Mgr Cordileone, archevêque de San Francisco (USA), avait procédé à l’ordination de 9 sous-diacres et de 7 diacres alors que le mardi 30 juin, Mgr Perry, évêque auxiliaire de Chicago (USA), avait conféré les ordres mineurs. Nous publions ci-dessous le texte de l’homélie donnée par son Éminence le cardinal Burke. 
Aux fidèles

Les paroles d'Elisabeth à la Visitation de la Bienheureuse Vierge Marie expriment la source profonde de notre joie aujourd'hui :

Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque vos paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles que lui furent dites de la part du Seigneur (Lc 1, 42-45.).

Dans le mystère de la Visitation, nous contemplons la vérité : Dieu le Père a rempli sa promesse de salut par l'Incarnation de son Fils unique dans la Vierge Marie, couverte par l'ombre de l'Esprit-Saint. La Bienheureuse Vierge Marie a porté Dieu, le Fils incarné dans son sein, jusqu’à la demeure de Zacharie et Elizabeth, qui portait elle-même en ses entrailles Saint Jean-Baptiste, le précurseur du Christ. La Sainte Vierge est en effet la Mère de Dieu, qui a cru que la parole que le Seigneur lui a annoncée par l'Archange Gabriel serait accomplie. Quand elle fut en présence d'Elizabeth, saint Jean-Baptiste, toujours caché dans les entrailles de sa mère, a rendu témoignage à la vérité de l'Incarnation en tressaillant de joie.

Dieu le Père a envoyé son Fils unique, l'Epoux, pour épouser son peuple, l’Epouse. A la Visitation, l'Epoux - le Christ -, et l'ami de l'Époux - Saint Jean-Baptiste -, se sont rencontrés pour la première fois à travers le voile du ventre de leurs mères. Le mystère insondable de l'amour conjugal de Dieu pour l'homme, loué dans le poème nuptial du Cantique des Cantiques, a trouvé la plénitude de son expression dans l'Incarnation rédemptrice dont Saint-Jean-Baptiste est le héraut fidèle, d'abord dans le sein de sa mère et enfin par le martyre. Devant le mystère de la présence constante du Christ demeurant avec nous dans l'Église, nous crions :

Ta voix est douce, et ton visage, charmant (Ct 2, 14.).

Nous prions afin que, à l'imitation de saint Jean-Baptiste, nos voix puissent résonner avec la même douceur que la voix du Christ et que la sainteté du visage du Christ brille de plus en plus sur nos visages.

Commentant le mystère de la Visitation comme éclairé par la lecture d'aujourd'hui, tirée du Cantique des Cantiques, Dom Prosper Guéranger écrit :

Entre Jean et l’Époux, que d’épanchements ineffables ! Quel dialogue sublime du sein d’Élisabeth à celui de Marie ! Admirables mères, plus admirables enfants ! Dans la rencontre fortunée, l’ouïe, les yeux, la voix des mères, sont moins à elles qu’aux fruits bénis de leurs seins ; leurs seins sont le treillis par lequel l’Époux et l’Ami de l’Époux se voient, se comprennent et se parlent
(Prosper Guéranger, L’année liturgique, Le temps après la Pentecôte, Tome III, 15ème éd., Tours, Maison Alfred Mame et Fils, 1926, p. 507).

Avec Saint Jean-Baptiste, laissons-nous remplir de joie aujourd'hui par le Mystère de la Foi, le mystère de l'Incarnation rédemptrice, et laissons notre joie trouver sa plus haute expression dans l'union de nos cœurs avec le cœur de l'Epoux qui rend de nouveau présent le Sacrifice du Calvaire et son fruit incomparable : son Corps, Sang, Âme et Divinité, nourritures célestes de notre pèlerinage terrestre.

Notre joie aujourd'hui est encore plus grande parce que nous assistons, lors de la célébration de la Sainte Messe, à l'ordination de onze diacres au sacerdoce sacré. Par la grâce sacramentelle qui leur est conférée, ils seront conformés, au plus profond de leur être, au Christ-Epoux dans son amour incommensurable et incessant du troupeau paternel, son Epouse, en tout temps et en tout lieu. Désormais, ils participeront à la charité pastorale de Dieu le Fils incarné, qui est venu pour sauver tous les hommes de leurs péchés et de la mort éternelle.

La réalité de leur consécration sacerdotale pour notre salut est exprimée d'une manière frappante dans le réponsdu complément de l'ordination qui suit la Sainte Communion :

Je ne vous appellerai plus mes serviteurs, mais mes amis, parce que vous avez su tout ce que j’ai fait parmi vous. Alléluia. 

Recevez en vous le Saint Esprit Consolateur : Celui que mon Père vous enverra. Alléluia[1].

Vous serez mes amis si vous accomplissez mes commandements. Recevez en vous le Saint Esprit Consolateur.

Nous nous réjouissons que le Christ ait appelé et soit sur le point de consacrer nos fils et nos frères à partager son haut ministère sacerdotal pour le salut d’innombrables âmes, ministère déjà manifesté quand il était conçu mais pas encore né, dans le mystère de la Visitation de la Bienheureuse Vierge Marie.

Que la grande joie qui nous remplit aujourd'hui, nous fasse nous engager à prier chaque jour pour ceux qui seront ordonnés, afin que notre assistance ne leur fasse pas défaut dans la charité pastorale du Christ pour les âmes confiées à leurs soins.

Devant le grand mystère de l'amour de Dieu dont nous serons témoins lors de la consécration de nouveaux prêtres, je remercie, au nom de l'Eglise, leurs parents, leurs familles et amis, les prêtres qui ont les ont inspirés et assistés, les prêtres chargés de leur formation sacerdotale au Séminaire Saint-Philippe-Néri, et tous ceux qui les ont aidés de quelque façon à répondre à l'appel du Christ :
« Suivez-moi, et je vous ferai pêcheurs d'hommes » (Mt 4, 19.).

Aux ordinands

Chers fils, vous êtes sur le point d'être élevés à l'ordre de la prêtrise. Vous enseignerez la foi au nom du Christ. Continuez à vous consacrer à l'étude des vérités de notre foi catholique, afin d'être toujours prêts à en rendre compte à d'autres, en particulier aux âmes qui seront confiées à votre soin sacerdotal. En communion avec le Pontife romain, successeur de saint Pierre, obéissez au Christ en tout ce que vous pensez, dîtes et faites. Invoquant quotidiennement l’intercession de saint Michel Archange, soyez attentifs aux germes toxiques de confusion et d'erreur que Satan et ses cohortes ne cessent de semer dans le monde entier.

Vous aurez aussi à sanctifier les fidèles, surtout à travers les sacrements de la Pénitence et de l'Eucharistie. Que votre manière de célébrer les rites sacrés fasse voir aux fidèles que c’est le Christ Lui-même qui les inonde de grâces divines. Puissiez-vous trouver toujours votre identité sacerdotale dans l'offrande quotidienne du Saint Sacrifice de la Messe.

Vous devrez aussi corriger et gouverner le troupeau confié à vos soins, afin que tous les membres du Corps mystique du Christ, comme des rameaux, tirent plus pleinement et efficacement leur vie du Christ, la Vraie Vigne. Le Christ remplit votre cœur de son amour pur et désintéressé pour vous rendre sages et courageux dans la direction de l'Eglise, en communion avec votre Prieur général, avec les évêques dans les diocèses où vous serez appelés à servir, et avec le Pontife Romain.

Que la pureté de votre offrande de vous-même au Christ, votre Frère dans le sacerdoce, soit évidente par votre continence parfaite, en pleine imitation de Lui. Que votre cœur sacerdotal, uni au Cœur Immaculé de Marie, repose toujours et en toute sécurité dans le Cœur transpercé et glorieux de Jésus, dans lequel il trouvera la purification de tout péché et une abondante effusion de la charité pastorale pour le soin du troupeau.

Aujourd'hui et toujours, confiez votre vie et ministère sacerdotal à l'intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, Mère des prêtres, des saints Benoît de Nursie, Thomas d'Aquin et François de Sales, patrons de l'Institut, et vos saints patrons. Ils ne manqueront pas d'intercéder pour vous obtenir la grâce dont vous avez besoin pour être de bons et saints prêtres.

Puissiez-vous vous accomplir la mission sacrée pour laquelle sont consacrés aujourd'hui de telle sorte que, lorsque vous aurez atteint la fin de votre pèlerinage terrestre, le Christ, Éternel et Souverain Prêtre, vous accueille dans sa demeure éternelle, vous ses bons et fidèles frères dans le sacerdoce.
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[1] “Iam non dicam vos servos, sed amicos meos, quia omnia cognovistis, quae operatus sum in medio vestri, alleluia. Accipite Spiritum Sanctum in vobis Paraclitum. Ille est, quem pater mittet vobis, alleluia. Vos amici mei estis, si feceritis quae ego praecipio vobis. Accipite Spiritum Sanctum in vobis Paraclitum”.
“De ordinatione presbyterorum”, Pontificale Romanum, editio typica 1961-1962, ed. Manlio Sodi e Alessandro Toniolo (Città del Vaticano: Libreria Editrice Vaticana, 2008), pp. 56-57.