3 août 2019

[Paix Liturgique] Rappel à Dieu d'un gran évêque catholique, Mgr Juan Rodolpho Laise

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 705 - 31 juillet 2019

Monseigneur Juan Rodolfo Laise célèbre pour son attachement à l'Eucharistie et à la distribution traditionnelle de la sainte communion est décédé le 22 juillet dernier à San Giovanni Rotondo ou il s'était retiré depuis 2001.Nous allons consacré deux lettres à ce héros de l'épiscopat, la première que nous publions aujourd'hui ou nous avons demandé à son disciple le père Gabriel Diaz de nous parler de son évêque qui était aussi son ami. Une seconde lettre qui sera diffusé la semaine prochaine reproduira la quintessence de plusieurs entretiens que nous avions eu ces dernieres années avec Mgr Laise au sujet de son attachement à la liturgie traditionnelle.

ENTRETIEN AVEC LE PÈRE GABRIEL DIAZ
Paix liturgique - Nous avons sollicité vos souvenirs car nous croyons que vous avez très bien connu Mgr Juan Rodolfo Laise ?
Père Gabriel Diaz - En effet, et même avant de le connaitre « en vrai », je le connaissais déjà de réputation ! Pour ma part, je l’ai rencontré par l’intermédiaire d’un prêtre de ses amis qui, connaissant ma vocation sacerdotale, m’a orienté vers lui. Nous étions alors en 1988 et depuis ce temps-là je n’ai cessé de le côtoyer d’abord en tant que séminariste, puis en tant que prêtre puis comme son chancelier, enfin comme ami et assistant jusqu’à aujourd’hui en continuant à le rencontrer très régulièrement en Italie où il avait choisi de terminer sa vie terrestre.
Paix liturgique - Quelle vision conservez-vous de lui depuis votre rencontre jusqu’à aujourd’hui ?
Père Gabriel Diaz - D’abord c’était surtout et avant tout un religieux capucin qui rayonnait de la belle spiritualité franciscaine si souriante, bonne et bienveillante. Franciscain il l’était depuis l’origine, car orphelin de père et de mère dans son enfance il avait été confié à une pension tenue par des pères capucins où il fit ses études. Eminemment spirituel il se sentit très jeune attiré par la vie religieuse et naturellement il passa du collège au noviciat … pour être ordonné prêtre le 4 septembre 1949 à l’âge de 23 ans.
Paix liturgique - Quelle était sa vocation ?
Père Gabriel Diaz - Il m’a souvent dit qu’il avait eu le désir de continuer à faire ce qu’il avait vu faire par ses maîtres capucins en les imitant, tout particulièrement dans leur rôle d’enseignants. Mais le Bon Dieu avait d’autres vues sur lui : il a enseigné, en effet, pendant des années, mais aux novices, jamais aux enfants des écoles comme il le rêvait. Cependant, quand il était curé de paroisse, il a construit une école à la fin des années 50 dont il a été le recteur pour quelque temps. Cette école existe encore et se porte très bien.
Paix liturgique - Quelles études poursuivit-il ?
Père Gabriel Diaz - Lui qui désirait enseigner se trouva engagé dans des études juridiques, tant canoniques que civiles. Il a obtenu ainsi une licence en Droit Canonique à l’Université Grégorienne de Rome et un doctorat en Droit Civil à l’université de Cordoba en Argentine.
Paix liturgique - Vous avez évoqué hors de cet entretien une anecdote au sujet des études de Mgr Laise?
Père Gabriel Diaz – Oui, ayant fréquenté dans son jeune âge les frères des écoles chrétiennes puis les pères capucins et enfin les jésuites à Rome, ce ne fut que lors de ses études juridiques à Cordoba que, déjà homme mûr, il eut pour la première fois des professeurs « laïcs » car tous ceux qui l’avaient formé jusqu’à ce moment avaient été des religieux. Ceci renvoie à une époque révolue aujourd’hui, mais explique aussi l’habitus ecclésial de Mgr Laise, qui avait baigné pendant toute sa jeunesse, son adolescence et le début de sa vie d’homme dans un univers chrétien, spirituel et ecclésiastique, ce qui ne l’empêcha pas cependant devenu étudiant à Cordoba dans un monde estudiantin ordinaire, et ensuite dans sa longue vie, d’être un homme équilibré et accompli avec tous ceux qu’il ne manquait pas de rencontrer dans sa vie quotidienne. A propos de cette période à l’Université, de nombreuses années plus tard, celui qui était alors président de la république argentine, Carlos Menen, évoqua devant une grande assemblée son souvenir d’avoir vu, quand il était étudiant, ce frère capucin en habit avec sa barbe en broussaille qui fréquentait les cours de l’université de Cordoba et ne passait inaperçu pour personne.
Paix liturgique - Pour beaucoup de nos lecteurs Mgr Laise est surtout l’homme de la communion sur les lèvres…
Père Gabriel Diaz – Indépendamment des circonstances qui l’amenèrent à devenir comme vous dites « l’homme de la communion sur les lèvres », il ne faut pas oublier que Mgr Laise était un homme qui avait une profonde dévotion eucharistique et un authentique amour de l’Eucharistie : c’était sans doute l’une de ses caractéristiques spirituelles majeures. De cela je peux donner des exemples. Arrivé évêque de San Luis il instaura assez vite une adoration quotidienne dans sa cathédrale pour que, de la messe du matin à la messe du soir, ses fidèles puissent venir à tout moment dans la journée adorer le saint-sacrement exposé. C’est d’ailleurs dans cette chapelle, dans un endroit qu’il a préparé il y une quarantaine d’années en face du Saint-Sacrement, que son corps sera transféré selon son souhait.
Paix liturgique - Comment se trouva-t-il engagé dans l’affaire de la communion ?
Père Gabriel Diaz - Pour le comprendre il faut se souvenir que, jusqu’en 1996, en Argentine, le seul mode de distribution de la communion était le mode traditionnel. Or, lors d’une réunion de la Conférence des évêques d’Argentine qui se tint en 1996, il fut décidé de demander à Rome la permission d’autoriser la communion dans la main. La réponse de Rome laissait à chaque évêque, « selon sa prudence et sa conscience » (sic) la décision s’il devait ou non appliquer dans son diocèse ce qui n’était qu’un indult (c.à.d. un ’autorisation à agir contre la loi). Il décida de ne pas le faire, en suivant par ailleurs la recommandation contenue dans le document qu’était la référence fondamentale de la réponse de Rome. Et d’ailleurs ses successeurs sur le siège de San Luis ont continué à conserver cette pratique jusqu’à aujourd’hui.
Paix liturgique - Mais cela n’engendra-t-il pas des remous ?
Père Gabriel Diaz - Bien sûr, dans toute l’Argentine et pas seulement dans le monde ecclésial mais aussi dans la presse et à la télévision. C’est dans ces débats que Mgr Laise fut amené à creuser la question de la réception de la sainte communion sous tous ses angles historiques, liturgiques, canoniques et pastoraux, rassemblant tout un dossier confortant sa résistance à la nouvelle pratique. Mais le fondement principal juridique étaient les termes mêmes du document de référence de l’indult octroyé par Rome, à savoir l’instruction Memoriale Domini, qui disait clairement : « Il n'a pas paru opportun au Souverain Pontife de changer la façon selon laquelle depuis longtemps est administrée la Sainte Communion aux fidèles » (c.à.d. sur les lèvres), et après : « Le Siège apostolique exhorte de façon véhémente les évêques, les prêtres et les fidèles à se soumettre diligemment à la loi en vigueur une fois encore confirmée. » L’indult en question n’était donc destiné qu’à ces endroits où la résistance à la demande du Saint-Siège menaçait créer un conflit canonique, ce qui n’était pas de tout le cas de notre diocèse.

Pour dissiper tout doute, la Congrégation pour la Doctrine de la foi (à l’époque présidée par le Cardinal Ratzinger) a répondu à Monseigneur Laise: « Ce Dicastère vous fait savoir qu’un examen attentif des documents du Saint-Siège en la matière fait apparaître clairement que, en décidant de maintenir inchangée la tradition de distribuer la Sainte Communion dans la bouche, vous avez agi conformément au droit et que, de ce fait, vous n’avez pas rompu la communion ecclésiale. En vérité, Votre Excellence n’a fait que se conformer à l’obligation faite à chaque évêque, par l’instruction De modo Sanctam Communionem ministrandi, d’évaluer les conséquences que pourrait avoir, dans la vie sacramentelle des fidèles, une modification de la pratique eucharistique en vigueur ».
Paix liturgique - C’est donc ainsi que naquit le dossier devenu un livre sur la communion dans la main ?
Père Gabriel Diaz – Oui, et les choses allèrent vite car si l’on se souvient que l’instauration de la pratique nouvelle avait eu lieu dès août 1996, la première version espagnole du livre a été publiée en Argentine en Février 1997.
Paix liturgique - Cet ouvrage eut-il un grand retentissement ?
Père Gabriel Diaz – On peut l’affirmer, car dans toute l’Argentine, des fidèles, mais aussi de nombreux prêtres et même des évêques l’ont remercié de son travail, certains de ces confrères lui avouant que s’ils avaient eu connaissances de toutes les informations que révèle l’ouvrage ils auraient pris la même décision que lui de rester fidèles à la pratique traditionnelle. Mais son édition se répandit bientôt dans tout le monde hispanique et l’ouvrage fut réédité cinq fois depuis 1997. Sa diffusion ne cesse de se poursuivre aujourd’hui à la suite d’une édition enrichie qui fut publiée en 2005, et d’une 5ème édition en Espagnol publiée (aux Etats Unis) en 2014. En Espagne, on prépare actuellement ce qui sera la 6ème édition encore enrichie des éléments ajoutés à l’édition anglaise de 2018.


Paix liturgique - Comment cet ouvrage se répandit-il en dehors du monde hispanophone ?
Père Gabriel Diaz – C’est grâce au CIEL (Centre International d’Etudes Liturgiques) que le travail de Mgr Laise poursuivit sa diffusion dans le monde. Les organisateurs du CIEL avaient sollicité l’intervention de Mgr Laise lors du Colloque qu’ils tinrent à Poissy, en région parisienne, en 1999. Celui-ci y intervint devant de nombreux spécialistes venus de toute l’Europe. Sa communication était en fait une présentation de son livre qui fut publiée en Français par le CIEL pour cette occasion. Une 2ème édition française a été publiée deux ans plus tard, et sa diffusion dans le monde francophone n’a jamais cessé depuis.
Paix liturgique - Vous avez, je crois, une anecdote à rappeler au sujet de la venue de Mgr Laise à Poissy ?
Père Gabriel Diaz - Je rappelle que, depuis 1971, Mgr Laise était évêque de San Luis, une ville d’Argentine fondée le 25 août 1594 par Luis Jofré de Loaiza y Meneses qui lui donna le nom du saint roi de France, parce que sa fondation avait eu lieu le jour de la fête du saint. Cette paternité spirituelle du saint sur son diocèse développa chez Mgr Laise une profonde vénération pour le saint roi, dévotion qu’il a développée chez les fidèles. Aussi, lorsqu’il fut invité à participer à un colloque devant se tenir à Poissy, la ville ou était né saint Louis et où il fut baptisé – saint Louis signait ses lettres « Louis de Poissy » ou « Louis, seigneur de Poissy » – il fut enchanté, et malgré son calendrier très chargé ne voulut pas manquer l’occasion de venir prier à Poissy. J’ai conservé une photo de lui qu’il s’est faite faire à côté des fonts baptismaux où le futur saint est devenu chrétien.
Paix liturgique - Mais l’aventure de la diffusion de cet ouvrage sur la communion n’était pas terminée?
Père Gabriel Diaz - Non, en 2007 fut publiée une édition polonaise, en 2010 une édition anglaise (et américaine devrais-je dire) et en 2016 une édition italienne (réimprimée plus tard), qui donna l’occasion à Mgr Laise de rencontrer ses amis et éditeurs à Rome. Aujourd’hui plusieurs autres versions sont en préparation et nous espérons voir bientôt se répandre, si Dieu le veut, des éditions en allemand, en portugais et pourquoi pas, en russe !
Paix liturgique - Après avoir renoncé à sa charge épiscopale Mgr Laise s’était retiré à San Giovanni Rotondo ?
Père Gabriel Diaz - Oui depuis 2001 Mgr Laise s’était retiré au couvent capucin de San Giovanni Rotondo, où est vénéré le saint Padre Pio. Il y est revenu à la vie conventuelle des capucins et a exercé chaque jour son ministère de la confession. C’est là qu’il est décédé, prêtre de Jésus-Christ jusqu’au derniers instants de sa vie.

Laissez-moi vous dire pour conclure que Mgr Laise, qui fut pour moi un père et un ami, restera pour tous ceux qui l’ont connu un modèle de piété et de courage, lui qui, même dans l’adversité, ne céda jamais à l’opinion, démontrant qu’aux justes qui se battent pour lui et pour son Eglise, Dieu accorde souvent le succès et toujours sa grâce.

De ce fait, sa vie nous enseigne que si des pasteurs courageux s’étaient levés en plus grand nombre contre les abus liturgiques et théologiques qui se sont répandus dans l’Eglise depuis 50 ans, la situation actuelle aurait été bien différente de ce qu’elle est aujourd’hui, au moins en y faisant cohabiter davantage de pluralisme et donc d’opportunités pour les prêtres et pour les fidèles de montrer clairement leurs choix et leurs préférences.

UNE COURTE BIOGRAPHIE DE MGR JUAN RODOLFO LAISE

Mgr Laise est né le 22 février 1926 à Buenos Aires. Se sentant appelé à la vie religieuse, il est entré dans l’ordre des capucins. Il a reçu le sacerdoce le 4 septembre 1949, alors qu’il n’avait que 23 ans. Il a ensuite obtenu sa licence de droit canonique à l’Université grégorienne de Rome et son doctorat en droit civil à l’Université nationale de Córdoba, Argentine. Il a été professeur de droit et de morale de 1954 à 1960 au Collège de Théologie de Villa Elisa. Parallèlement, il a exercé, depuis Villa Elisa, la charge de juge synodal à la curie de La Plata, et a donné des cours de théologie à l’Institut supérieur d’Enseignement religieux.

De décembre 1956 à janvier 1958, il a lancé et dirigé la construction du Collège St-François d’Assise, dont il a été Directeur de 1959 à 1962. En 1962, il a été nommé Vicaire judiciaire adjoint du Tribunal ecclésiastique de La Plata et, la même année, juge pro-synodal. L’année suivante il a été nommé juge pro-synodal de l’archidiocèse de Buenos Aires. En 1963, il a été nommé Secrétaire provincial des Pères Capucins, dont il a été nommé Supérieur provincial pour l’Argentine en 1969. En 1967, il était Visiteur des maisons religieuses de l’archidiocèse de Buenos Aires.

Elevé à l’épiscopat en 1971, il a été consacré le 29 mai 1971, pour être évêque coadjuteur du diocèse de San Luis dont, peu après, à la mort de son prédécesseur, il est devenu évêque.

Depuis cette date, son activité a été multiple et incessante : les fondations, les créations, les constructions d’églises, de chapelles, l’organisation de congrès, les directives apostoliques se sont succédées.

Lorsque, en 1971, il a pris possession de son diocèse, aucune ordination sacerdotale n’avait eu lieu depuis 18 ans. Il n’y avait qu’un seul séminariste. Le clergé était très réduit et profondément divisé par la théologie de la libération. Quand il a quitté son diocèse en 2001, il disposait de plus de cinquante séminaristes dans le séminaire qu’il avait fondé, et d’un clergé jeune et nombreux. Sous son épiscopat est également née dans le diocèse une communauté religieuse féminine très vivante, qui a essaimé dans toute l’Argentine.

Mgr Laise avait profité de la parution du Catéchisme de l’Eglise Catholique pour publier une série de catéchismes adaptés à l’usage des enfants. Mais son œuvre la plus connue est son combat pour la réception de la communion selon la forme traditionnelle, dont traite l’entretien avec le P. Gabriel Diaz, ci-après.

Mgr Laise, depuis 2001, était revenu à la vie conventuelle franciscaine a San Giovanni Rotondo, en Italie, devenu un pèlerinage sur la tombe du Padre Pio, où il passait ses matinées à confesser les pèlerins. Il y est décédé le 22 juillet dernier.



[Paix Liturgique] Natalia Sanmartin «La messe traditionnelle est le culte le plus utile et l'adoration la plus profonde que nous puissions offrir à Dieu»

SOURCE - Paix Liturgique - Lettre n°704 - 23 juillet 2019

Natalia Sanmartin Fenollera, née en Galice en 1970, journaliste au grand journal économique espagnol Cinco Días, est une révélation littéraire internationale : elle s’est fait connaître par un roman, L’éveil de Mademoiselle Prim (Grasset, 2013), dont on espère qu’il en annonce bien d’autres, qui a eu un tel succès que l’éditeur espagnol, Editorial Planeta en a vendu les droits pour 70 pays.

C’est un roman délicieusement décalé, dont l’héroïne, Prudence Prim, débarque dans un petit village, quelque part vers le centre de la France, Saint-Irénée d’Artois, voisin d’une abbaye bénédictine où l’on célèbre la liturgie en latin (qui fait penser à un abbaye des bords de la Creuse…), pour y tenir le rôle de bibliothécaire chez un célibataire aussi cultivé qu’original.

Dans ce village, volontairement hors du temps présent, les enfants, dont un certain nombre vont à la messe traditionnelle tous les matins, reçoivent une éducation de haute qualité humaniste, non au lycée mais à la maison. On ne parle, dans ce bourg, ni de télévision, ni de téléphone mobile, mais on vit d’art, de lecture, de musique, des plaisirs de la conversation. Les dames se veulent vraiment « féministes », c’est-à-dire qu’elles sont suprêmement féminines. Et le temps coule au ralenti, en marge de la modernité.

Sans être hermétiquement séparés des circuits économiques d’aujourd’hui, commerçants, artisans, propriétaires de Saint-Irénée vivent dans une espèce de système « distributiste », résolument antilibéral, inspiré de Chesterton (et de la doctrine sociale de l’Eglise). Leur contestation du « système », pour être douce et policée, n’en est pas moins, une contestation assez radicale, qui plus est, une contestation catholique, spécialement du point de vue de l’éducation, pour laquelle la messe traditionnelle tient une place cardinale.

Nous avons demandé à Natalia Sanmartin de s’en expliquer, et aussi de nous donner quelques lumières sur son propre itinéraire.
Paix liturgique – Saint-Irénée évoque-t-il un village particulier du centre de la France ? Vous semblez rendre un hommage, dans votre roman, à la sensibilité catholique de Chesterton, interprète méconnu de ce que l’on appelle la « doctrine sociale » de l’Eglise.
Natalia Sanmartin – Saint-Irénée n’évoque pas un village particulier, mais tous ceux qui ont surgi autour des monastères et qui ont tissé, pour ainsi dire, l’Europe. En un sens, il représente la quintessence de l’ancien ordre médiéval. Une petite ville a émergé autour d’un cœur spirituel - un monastère bénédictin qui préserve la liturgie traditionnelle - dans laquelle sont cultivés le bon voisinage, l’économie familiale, les traditions anciennes, les familles et un ordre entre la vie et le travail. Oui, Chesterton a une présence significative dans le livre. Je conviens qu’il est maintenant un auteur très populaire, en particulier dans les milieux catholiques, La pensée de Chesterton sur l’enseignement social catholique, son plaidoyer en faveur du « distributisme », sa critique farouche du libéralisme et sa vision de la façon dont il a détruit la famille sont très lucides, presque prophétiques, mais cette partie de sa pensée ne convient pas à certains secteurs, même aux catholiques. En général, nous ne doutons pas trop de l’incompatibilité entre le communisme et l’évangile, par exemple, mais lorsqu’il s’agit d’incompatibilité avec le libéralisme, avec le rôle actuel de la femme dans la société en ce qui concerne l’acceptation de l’ordre de la famille et des relations entre hommes et femmes, comme les voit saint Paul, les choses ne sont plus aussi faciles à digérer.
Paix liturgique – Le personnage principal de votre roman est Mademoiselle Prim, jeune fille très indépendante, cultivée, qui a fréquenté l’Université, sûre d’elle, mais très droite. Elle subit une sorte de conversion, aidée par un penchant sentimental. Alors qu’elle défend ardemment la pensée dominante de notre société, elle ressent une étrange attirance pour la vie des habitants de Saint-Irénée. Peut-on considérer que Mademoiselle Prim est une métaphore d’une conversion possible des modernes de bonne volonté ?
Natalia Sanmartin – Oui, cela peut être considéré de cette façon. Je dirais que Mademoiselle Prim est une prisonnière et un produit typique de son temps. Elle n’est ni athée, ni même sceptique, car on ne peut pas être sceptique sur ce que l’on ne sait pas, qui est la grande tragédie de ce siècle en ce qui concerne le christianisme. L’idée du livre est née d’une phrase du cardinal Newman qui exprime très bien la douleur du paradis perdu que nous avons inscrite dans le cœur. Mademoiselle Prim, comme tant de modernes non évangélisés ou mal évangélisés (ce qui, à mon avis, est encore pire), a perdu son chemin pour retourner chez elle, mais estime qu’il existe un moyen et qu’il existe également un foyer dans lequel retourner. Comme beaucoup de gens aujourd’hui, elle essaie d’étouffer ce sentiment de nostalgie et de perte, mais elle ne comprend pas très bien. Elle ne sait pas comment identifier ce qu’il se passe, mais sent que quelque chose ne fonctionne pas ; elle ressent une anxiété qui ne se calme pas. Et cela ne se calme pas car seul Dieu peut le calmer.
Paix liturgique – Le prénom de Prudence que vous lui avez donné a-t-il une signification aristotélicienne ? Peut-être représente-t-elle la vie vertueuse comme un terrain favorable à la grâce ?
Natalia Sanmartin – Oui, cela a un sens, bien que je doive dire que Prudence Prim est un protagoniste très imprudent, surtout au début du livre. Mais j’ai aussi choisi un nom pour qu’il puisse fonctionner dans plusieurs langues. Je ne savais pas que le livre allait être traduit dans de nombreuses langues, mais je n’ai pas non plus exclu cette possibilité.
Paix liturgique – L’un des points les plus importants de votre livre semble être de porter un regard critique sur l’enseignement d'aujourd’hui. Enseigner à Saint-Irénée semble donner la priorité à l’étude de la littérature classique et à l’enseignement des choses que les générations ont apprises et que le monde a oubliées. Est-ce une plaidoirie discrète pour l’école à la maison, ou au moins l’école familiale et catholique ?
Natalia Sanmartin – Je suis convaincu que les épopées et la poésie ont un don particulier pour transmettre la foi, en particulier aux plus jeunes. L’épopée classique, les sagas nordiques, les romans et les légendes médiévales, mais aussi la littérature contemporaine tirée de ces sources et qui en reprend l’essence, et je pense à quelqu’un comme Tolkien, ont ce pouvoir. Le bien, le beau et le vrai, la figure du héros et du sacrifice, les travaux et épreuves à mener pour arriver à destination, la fidélité au roi dont le retour est attendu, la lutte contre le mal, les tentations qui peuplent le chemin, agissent comme des échos de la seule véritable épopée qui résonne toujours dans nos cœurs. C’est une langue extraordinaire qui doit être apprise plutôt à la maison qu’à l’école. En ce sens, l’école à la maison, le homeschooling, me semble quelque chose de précieux et de presque héroïque. J’admire profondément ceux qui font ce pas.
Paix liturgique – La vie à Saint-Irénée correspond-elle de quelque manière que ce soit à votre enfance et à votre adolescence, au type d’éducation que vous avez reçu de votre famille ?
Natalia Sanmartin – Dans un certain sens, oui, mais seulement comme inspiration. J’ai grandi dans une maison où la bibliothèque était ouverte aux enfants. Un monde dans lequel les livres ne sont pas classés en fonction des âges et, s’ils le sont, personne n’y prête trop d’attention. Je ne me souviens pas d’avoir été guidé d’une manière spécifique en lecture, sauf dans certains cas où il s’agissait de livres qui passaient de l’un à l’autre, presque par tradition familiale. Mais en général, mes six frères et moi avons lu tout ce qui était entre nos mains, tout ce qui nous intéressait et nous avons assimilé ce que nous pouvions. C’étaient de bons livres, des poèmes, des livres d’aventures, des contes de fées et de nombreux classiques. Je ne me souviens pas non plus que personne ne m’ait jamais dit “laisse ce livre, c’est trop difficile”. Si c’était le cas, je suppose que je m’ennuyais à le lire et que je le délaissais. Il me semble qu’il existe aujourd’hui une certaine tendance à considérer les enfants comme des créatures triviales devant lire des choses vulgaires. Mais les enfants ne sont pas sans importance, les enfants sont des enfants. Et ce n’est pas pareil.
Paix liturgique – Est-il permis de vous demander si la rencontre de la messe « en latin » par votre héroïne est autobiographique ?
Natalia Sanmartin – Pas comme cela est décrit dans le roman, mais oui, la messe traditionnelle est un élément fondamental de ma foi, de mon plein retour vers celle-ci. Comme beaucoup d’autres personnes, à un certain âge, j’ai malheureusement pris mes distances par rapport à la pratique religieuse et lorsque je suis revenu à la foi, lorsque j’ai lu les Évangiles pour la première fois, lorsque j’ai lu certains des textes des pères de l’Église et que j’ai découvert la beauté des Psaumes, j’ai réalisé que la grandeur et la radicalité de ce que j’avais « découvert » ne correspondaient pas au culte auquel j’étais revenu. Je ne savais pas pourquoi, mais il y avait quelque chose qui ne convenait pas. Jusqu’à ce que je découvre, presque par hasard, la messe traditionnelle : toutes les pièces se sont alors emboîtées. Je me souviens m’être agenouillée lors de ma première messe, en silence, et avoir pensé : voilà ce dont il s’agit, c’est le sacrifice de la messe, c’est le ciel sur la terre, comme disent les Orientaux. La foi chrétienne n’est pas quelque chose de banal, elle ne peut donc pas être exprimée dans un culte banal. C’est une question de mystère, de sang et de sacrifice; c’est quelque chose de sacré, de voilé, d’accablant. 
Paix liturgique – L’influence de la messe traditionnelle dans la vie de Saint-Irénée, en tout cas dans l’éducation des enfants, est importante. Pensez-vous que cette façon de célébrer – et de croire – puisse aider notre société à se « reculturer » ?
Natalia Sanmartin – Je ne suis pas trop optimiste quant à la restauration ou au retour d'un haut niveau de Culture en Occident, du moins si nous parlons de majorités ou de masses. Oui, il est vrai que la liturgie traditionnelle attire de nombreuses personnes qui ne connaissaient pas la foi chrétienne ou s’en étaient éloignées. Cela ne semble pas non plus être une coïncidence si une époque riche en conflits sociaux, en délinquance, en divisions familiales, en violences de toutes sortes et en une indifférence croissante pour la foi est une période qui a brisé brutalement la beauté. En ce sens, la profondeur et la richesse de la messe traditionnelle peuvent aider à établir des liens avec une culture qui a toujours essayé de refléter la beauté en tant qu’attribut divin. Mais à la fin, ce n’est pas la chose la plus importante, car la messe ne nous concerne pas principalement, mais est pour Dieu. La messe traditionnelle est le culte le plus utile et la forme la plus profonde d’adoration que nous puissions offrir à Dieu. C’est ce qui est objectif, c’est l’essentiel et c’est ce qui nous incite à nous battre pour cela. Et dans cette lutte, le problème n’est pas numérique, ce n’est même pas une question de force ou d’influence. Nous savons bien ce que Dieu peut faire avec la faiblesse.
Paix liturgique – En octobre, vous serez à Rome pour intervenir lors de la 5éme Rencontre Summorum Pontificum. 
Natalia Sanmartin – Oui, je le serai et je suis très heureuse d’y participer. J’ai récemment confirmé ma présence, et j'ai hâte de vous y retrouver.

30 juillet 2019

[Abbé Benoît de Jorna - FSSPX Actualités] Université d’été 2019 : Catholiques de Tradition, êtes-vous fiers de votre Foi?

SOURCE - Abbé Benoît de Jorna - FSSPX Actualités - 30 juillet 2019

La XIVe université d’été du district de France de la Fraternité Saint-Pie X aura lieu au domaine de l’école Saint-Joseph-des-Carmes, à Montréal-de-l’Aude, du 14 au 18 août 2019.
Catholiques de tradition, êtes-vous fiers de votre foi ?
Poser la question : « êtes-vous fiers de votre foi ? », c’est se demander si l’on ne risquerait parfois pas d’en avoir honte. En théorie, non ; mais en pratique, un peu quand même. Honte d’être dans le monde et de ne pouvoir être du monde, de ne pouvoir bénéficier de toutes les commodités que procurerait une foi incolore, inodore et sans saveur.

Mais est-il envisageable, en 2019, d’adopter un tel profil bas ?

La multiplication des profanations d’églises et de cimetières chrétiens, les campagnes médiatiques orchestrées – par le livre et par l’image – contre l’Eglise catholique, sa doctrine et sa morale, peuvent-elles nous laisser muets ?

Face aux scandales à répétition qui secouent dramatiquement l’Eglise aujourd’hui, devons-nous nous taire ? Devant les innombrables mea culpaqu’elle frappe sur la poitrine des générations précédentes : « c’est votre faute, votre très grande faute », n’avons-nous aucune réponse à apporter ?

Faut-il que nous soyons des déracinés, des catholiques hors sol, pour nous rendre présentables aux yeux du monde globalisé ? Faut-il que nous vivions comme des déshérités, sans passé ni identité, pour être fréquentables dans un monde déchristianisé ?

Le trésor de la Tradition doit-il rester enfoui ? Ses richesses doctrinales, morales et liturgiques que la Fraternité Saint-Pie X protège et propage, sont-elles réservées à une minorité confinée dans un village gaulois, encerclé par les légions romaines ?

Les convertis qui ont découvert ce trésor bimillénaire avec émerveillement, nous reprochent, à nous catholiques de Tradition, notre pusillanimité. Eux qui ont souffert du relativisme postmoderne, du laxisme libéral, ils nous demandent : « êtes-vous fiers de votre foi ? ». Ils nous font honte de n’être pas plus fiers de notre foi.

En 1915, le père de Foucauld écrivait à son ami le général Laperrine : « J’avais cru, en entrant dans la vie religieuse, que j’aurais surtout à conseiller la douceur et l’humilité ; avec le temps, je vois que ce qui manque le plus souvent, c’est la dignité et la fierté ! ».

A travers conférences et ateliers, l’université d’été 2019 nous donnera les connaissances dont nous avons besoin. Et elle ravivera en nous la fierté des responsabilités que nous avons reçues par le baptême : « Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde ». (Mt 5, 13-14) Car il ne s’agit pas d’une fierté vaniteuse ou méprisante, mais bien d’une fierté responsable et missionnaire. Enthousiaste et contagieuse.

Le mot d’ordre de cette université d’été est double : la doctrine s’acquiert, la fierté se conquiert !

Abbé Benoît de Jorna
Supérieur du district de France

Voici le programme détaillé des dix conférences :
  1. Plan de l’UDT 2019 : Entre cathophobie et repentance, quelle place pour la fierté ? – Abbé Alain Lorans
  2. Peut-on être médecin et catholique ? – Dr Vincent Wojciesko
  3. Table ronde : Comment rendre un catholique de Tradition fier de son héritage ? - Abbé Michel de Sivry, Sophie Magerand, Me Benoît de Lapasse
  4. Notre héritage doctrinal : le réalisme thomiste face à l’utopie - Abbé Foucauld le Roux
  5. Notre héritage moral : la loi naturelle et chrétienne face à la démesure prométhéenne – Abbé Bernard de Lacoste
  6. Notre héritage politique : la cité catholique face à la dissociété libérale – Abbé Alain Lorans
  7. Comment développer une autorité et exercer une influence au service de la foi ? - Baudouin Bévillard
  8. Découvrir et faire découvrir le trésor catholique – Pr Stéphane Mercier
  9. Pie XII, un éclairage catholique des sciences modernes à (re)découvrir – Dr Gérald Le Bartz
  10. Fierté et responsabilité – Abbé Benoît de Jorna

Université d’été de la Fraternité Saint-Pie X du 14 au 18 août 2019 à Montréal-de-l’Aude (11)
Inscriptions sur le site de l’UDT : http://udt-fsspx.frCourriel : udtfsspx@gmail.com – Téléphone : 06 49 85 85 46
Par voie postale : UDT de la FSSPX 20 rue Gerbert F-75015 Paris
Tarif plein : 120 € ; tarif étudiant : 80 € ; tarif pour une journée : 25 € ; voir tous les tarifs détaillés sur le site de l’UDT

[FSSPX Actualités] France : réconciliation de l’ancienne chapelle de la Visitation au Puy-en-Velay

SOURCE - FSSPX Actualités - 30 juillet 2019

Le mardi 16 juillet 2019, en la fête de Notre-Dame du Mont-Carmel, l’ancienne chapelle de la Visitation au Puy-en-Velay, récemment acquise par la Fraternité Saint-Pie X, a été réconciliée avec le culte catholique. 
Une histoire mouvementée
Construite en 1655, la chapelle du couvent des Visitandines fut profanée par les révolutionnaires qui la transformèrent en parodie de tribunal, jugeant et condamnant à mort de nombreux prêtres, religieux et laïcs pour leur foi et leur attachement à l’Eglise. Ces sacrilèges, ces meurtres et ces profanations successives, qui sont autant de graves offenses envers Dieu, empêchaient toute célébration cultuelle dans cette chapelle, tant que celle-ci n'avait pas été « réconciliée » par les cérémonies prévues dans le rituel de l’Eglise. 
Un jour béni sous l’égide de la Vierge du Carmel et de Notre-Dame du Puy
Il aura donc fallu attendre le 16 juillet 2019 pour voir cet édifice restitué à sa première destination par l’actuel supérieur du prieuré Saint-François Regis d’Unieux, qui dessert les lieux. D’abord, les murs extérieurs sont aspergés d’eau bénite en récitant le psaume Miserere, puis tous entrent dans la chapelle en invoquant les saints du Ciel. Ensuite le psaume 67 est chanté. Chaque verset est précédé de l’antienne « Exsurgat Deus » [Dieu se lève et ses ennemis se dispersent, ses adversaires fuient devant sa face]. Enfin les murs intérieurs sont aspergés ; la messe du jour peut alors commencer. 

L’homélie fut l’occasion d’évoquer la sainteté de ce lieu, le souvenir des filles de sainte Jeanne de Chantal et de saint François de Sales qui s’y sont sanctifiées, le sang versé par de nombreux martyrs, et bien sûr l’importance du Puy. Le Mont-Anis fut en effet choisi entre mille par la Sainte Vierge pour y être servie et honorée jusqu’à la fin des siècles. La chapelle de la Visitation est à moins de 300 mètres de la cathédrale du Puy-en-Velay, que le pape Pie IX érigea en basilique en 1856. 

La tradition rapporte que la basilique du Puy fut consacrée par les anges, ces mêmes anges qui fêtent Notre-Dame du Mont-Carmel, ainsi que s’exprime l’Introït de la messe : « Réjouissons-nous ensemble dans le Seigneur, car la fête que nous célébrons aujourd’hui est celle de la Bienheureuse Vierge Marie. Cette solennité réjouit les anges et tous en chœur louent le Fils de Dieu. » 
Beaucoup reste à faire 

Si la messe peut à nouveau être célébrée, l’état délabré de l'intérieur de la chapelle fait peine à voir. D’importants travaux de rénovation doivent encore être entrepris. Les dons sont à adresser au prieuré Saint François-Régis – 31, rue Holtzer – 42240 Unieux.

27 juillet 2019

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Contradiction endémique

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 27 juillet 2019

Dans les contradictions, nul ne sait que penser –
Mais les âmes, le vrai, ne peuvent que sombrer.

Revenons à Mgr Huonder, non pour attaquer sa personne, mais pour illustrer la confusion universelle qu’il illustre si bien. Lors de sa démission du diocèse de Coire, en Suisse, et de son installation dans l’école Traditionnelle de garçons de Wangs, dans le diocèse de Saint-Gall, école dirigée par la Fraternité St Pie X, son déménagement paraissait si surprenant que Mgr Huonder a publié le même jour deux déclarations : l’une pour la Tradition et l’autre pour l’Église conciliaire. Voici les passages-clés de chacune d’entre elles, qui ne sont point faussés en étant sortis de leur contexte.

A l’adresse de ses anciens collègues et aux fidèles du diocèse de Coire, il écrit à propos de sa retraite à Wangs : « Conformément aux vues du Pape François, je m’efforcerai [à Wangs] de contribuer à l’unité de l’Église, non en pratiquant l’exclusion, mais en faisant la part des choses pour tenir compagnie aux gens en vue de cette intégration ». Simultanément, pour les catholiques Traditionnels chez lesquels il est sur le point de s’installer, il co-signe avec le Supérieur Général de la FSSPX, l’abbé Davide Pagliarani, une déclaration commune contenant ces mots : « Le seul et unique but de la retraite de Mgr Huonder dans une maison de la FSSPX est de se consacrer à la prière et au silence, de célébrer exclusivement la Messe tridentine et de travailler pour la Tradition comme étant le seul moyen de renouveler l’Église ».

Cet honorable évêque ne se rend-il pas compte de la contradiction entre ses deux déclarations ? Depuis que François est devenu Pape en 2013, qui n’a pas constaté le flot presque quotidien de propos et d’actes par lesquels ce Pape engage les catholiques à délaisser l’Église de la Tradition ? Qui n’a pas senti sa répugnance profonde et instinctive pour l’Église telle qu’elle était avant le Concile, répugnance partagée avec tous ces hommes d’Église conciliaires qui, comme lui, sont les vétérans de la véritable révolution de Vatican II ? Comment Mgr Huonder ne peut-il pas voir qu’entre « les vues du Pape François » et « la Tradition » il existe un gouffre infranchissable ?

Si Monseigneur s’imagine que « les vues du Pape François » sont autres qu’elles ne sont, ou s’il espère que le Souverain Pontife peut être amené à en changer, il est certain que le Pape ne ratera pas l’occasion de lui faire savoir rapidement et fermement ce qu’il pense en réalité. Par ailleurs, si Monseigneur imagine ou espère que la Tradition n’est pas ce qu’elle est, nous devons sur ce point admettre, hélas, qu’il a bien pu être trompé par le changement opéré sur 20 ans dans la Fraternité Saint Pie X : la Néo-fraternité a bien changé depuis qu’elle est dirigée par les successeurs de Mgr Lefebvre. Avec son Fondateur, la FSSPX était la principale forteresse de l’Église, en sauvegardant la doctrine catholique, les sacrements et la morale de toujours. Mais l’autorité personnelle de l’Archevêque a disparu avec lui lors de son décès en 1991, et en conséquence l’autorité de la Rome officielle, qui attire normalement tout catholique romain, a repris le dessus en l’espace de quelques années seulement. Avec le GREC, la Fraternité a commencé son glissement vers la Néo-fraternité pour s’adapter à la Néo-église de Rome. Et il est probable que Mgr Huonder ne voit là aucune contradiction puisque lui-même veut apporter sa contribution à cette réunion.

Mais qu’en est-il du cosignataire de la Déclaration commune faite pour les Traditionalistes, c’est-à-dire de l’abbé Pagliarani, Supérieur Général de la Néo-fraternité ? Évidemment, il connaît les intentions du pape François, de même qu’il savait certainement il y a 20 ans, ce qu’entendait Mgr Lefebvre par la Tradition. Alors, en cosignant la Déclaration, connaissait-il l’intention de Mgr Huonder de travailler à Wangs simultanément « selon les vues du Pape » et « selon la Tradition » ? Et s’il était au courant de cette intention double, n’y voyait-il, lui non plus, aucune contradiction ? Et s’il y voit maintenant une contradiction, que pense-t-il du fait d’avoir installé un cheval de Troie, aussi bien intentionné soit-il, au sein de la Tradition ? Peut-être se dit-il : « Bof ! ça n’a pas vraiment d’importance. Mgr Lefebvre ne voulait-il pas que nous nous occupions des prêtres de l’Église conciliaire ? (Certes, mais pas pour en faire des chevaux de Troie !) . Mgr Huonder est bien gentil. Nous sommes tous gentils. Nous nous entendons tous. La contradiction est un problème plutôt théorique que pratique, etc...»

Si le nouveau Supérieur Général pense de la sorte, c’est qu’il a attrapé la maladie conciliaire, et que la vraie Fraternité est vraiment frappée à mort. Par contre la Néo-fraternité fondante, sur la doulce mer de confusion et de contradiction, s’apprête avec joie à naviguer pour toujours de concert avec la Néo-église, elle aussi fondante. Mais malheur aux âmes !

Kyrie eleison.