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11 février 2016

[Abbé Fernando Altamira, Scaturrex] Lettre ouverte de l'abbé Altamira à la Résistance

SOURCE - Scaturrex - 28 janvier 2016

Cher Mgr. Faure (ac Mgr. Williamson), chers Pères:

Permettez-moi de vous parler en toute franchise: il me semble que nous ne faisons pas preuve d’honnêteté envers nous-mêmes ni envers nos fidèles.

Nous sommes en train de faire comme Mgr. Fellay et nous provoquerons les mêmes conséquences. Dans la situation actuelle de crise de l’Eglise et de “crise de la Résistance”, il ne reste plus grand chose et ce qui reste est malade.

Par ailleurs, nos camarades qui sont encore dans la FSSPX (prêtres et frères), en voyant comment nous sommes, ne se joindront jamais à nous. L’un d’eux a dit: si nous en venions à faire quelque chose (contre Mgr. Fellay), nous ne viendrions pas à la Résistance.

Mgr. Fellay et son groupe continue et continuera de bien rigoler de nous. Le fait que nous soyons tels que nous sommes est le meilleur que pouvait lui arriver.

Au sujet de Mgr. Williamson:

Certains (quatre) ont tenu à défendre Mgr. Williamson et ses propos sur la nouvelle messe (USA, Commentaires Eleison, etc.)

J’ai l’impression que nous ne faisons pas preuve d’honnêteté: Si Mgr. Fellay avait dit ces choses, on l’aurait critiqué vivement. Mais c’est Mgr. Williamson qui les a dites: “Alors, n’en disons rien et il faut le défendre”. Pardonnez-moi mon franc-parler, mais ce que nous faisons est honteux, on est la risée de tout le monde.

Mgr. Faure défend Mgr. Williamson avec insistance (dans ses déclarations lors de son voyage au Mexique, dans ses courriers, etc.)

Mgr. Faure affirme qu’il n’y a pas d’erreur dans les Commentaires Eleison, ce qui est très discutable.

Ce qui est plus grave encore si l’on prend en considération les propos de Mgr. Williamson aux USA (si quelqu’un souhaite les écouter à nouveau, voici le lien; je n’approuve pas le style moqueur mais l’information est exacte: https://www.youtube.com/watch?v=vzI4WKwDlPk). Il convient de remarquer que, d’un point de vue moral, ce que Mgr. Williamson a dit à cette dame est inacceptable.

Encore plus grave si l’on prend également en considération les autres informations concernant Mgr. Williamson (affaire des “nazis”; réintégration dans l’apostolat de l’Abbé XX; ses propos à plusieurs prêtres de la FSSPX; etc).

Un autre argument de Mgr. Faure en vue de défendre les miracles de Mgr. Williamson dans la nouvelle messe, est le fait que Dieu peut opérer des miracles en dehors de l’Eglise Catholique, et que Dieu a fait des miracles lors de certains sacrilèges.

Mais il y a là un sophisme puisque, si Dieu permet un miracle, par exemple, dans une religion fausse, de toute évidence il ne servira pas de caution à ce qui est faux ou mauvais, mais ce sera contre cela.

Il en va de même lors d’un miracle dans un cas de sacrilège, par exemple avec des hosties, c’est toujours contre le sacrilège, jamais en sa faveur.

Or, les “miracles” mis en avant par Mgr. Williamson favorisent clairement la nouvelle messe, à savoir, ses “fruits”: ainsi, le “grand” sanctuaire national en Pologne… au service de la fausse religion du Concile.

Chers confrères: Je crois qu’il est temps de cesser de rechercher des arguments pour défendre ce qui est indéfendable. Autrement, nous pourrions encourir la malédiction divine. “Les Commentaires Elesion et les déclarations aux USA sont seulement ambigües”: Comme c’est curieux: c’est justement ce que fait Mgr. Fellay.

Dom Tomas a tenu à peu près le même discours pour défendre Mgr. Williamson.

L’Abbé Cardozo a écrit déjà deux articles contre ce sujet des soi-disant miracles de la nouvelle messe.

Et sans même pas aborder le sujet des risques d’invalidité de l’épiscopat et du sacerdoce modernes. A ce propos, et en toute logique, Mgr. Williamson cautionne la thèse de leur validité.

Et tout ceci sans oublier les autres problèmes que nous avons (relire la lettre: «Les mêmes causes produiront les mêmes effets»).

J’imagine que vous avez déjà vu la vidéo aberrante de François sur ses intentions pour l’année 2016 et les différentes religions: https://www.youtube.com/user/vaticanfr

Face aux scandales et aux hérésies de François:

1) Se rendre à la fausse Rome. Mgr. Fellay: Je vais à Rome. Mgr. Williamson: Je vais à Rome. Mons. Faure: Je vais à Rome.

2) Accord. Mgr. Fellay: Je voudrais un accord. Mons. Williamson: Une régularisation canonique ou un statut juridique sont souhaitables, bien sûr. Mgr. Faure: … ?

3) François. Nous critiquons Mgr. Fellay parce que, publiquement, il ne dit rien, ou presque, sur François. Mgr. Williamson: Même chose. Mons. Faure: Même chose.

4) Nous nions la possibilité théologique et factuelle du sédévacantisme. Et ce, contre toute la bonne théologie qui parle de cette possibilité. Et nous évoquons la possibilité de faire de serments contre le sédévacantisme, ce qui est absurde: on ne peut faire des serments contre des faits qui sont possibles.

5) “L’Abbé Altamira est sédévacantiste”. C’est faux: je prie pour François, sub conditione. Mais je n’exclus pas ni ne mets de côté les confrères qui refusent de le faire, que ce soit en France ou en Amérique hispanophone. Et encore moins après une vidéo pareille!

Cher confrères: Permettez-moi de vous faire part de mon avis, en toute simplicité: il faut changer de cap. On est en train d’agir comme Mgr. Fellay et son groupe. Il détruira la FSSPX. Et nous, nous en ferons autant avec la Résistance, quasiment avant qu’elle ne soit née. (Et il en va de même de l’USML).

“L’intérêt du groupe compte davantage que la Vérité, les prêtres de la Résistance qui refusent de le faire sont mis de côté, isolés, marginalisés, ils se retrouveront seuls”.

Si nous continuons d’agir ainsi, le risque est grand que Dieu s’éloigne de nous et nous retire sa bénédiction. Veuille Dieu que certains se décident à agir face à cette situation, afin de la résoudre.   Je vous salue fraternellement en Jésus et Marie. (Dimanche 10 janvier 2016)


10 février 2016

[Riposte Catholique] Quand Golias critiquait vivement le cardinal Bergoglio…

SOURCE - Riposte Catholique - 10 février 2016
Comme le rappelle opportunément un tweet du diocèse de Bayonne, Golias n’était pas très tendre à l’égard du cardinal Bergoglio en 2010. En effet, cette année, le futur pape François avait protesté contre l’ouverture du mariage aux homosexuels en Argentine.

Extrait de cette dépêche qui ne va pas par le dos de la cuillère, nommant vulgairement le cardinal -archevêque de Buenos-Aires (« Bergoglio est parti en croisade »):
Alors que l’Argentine se prépare à voter le 14 juillet prochain pour ou contre la légalisation du mariage homosexuels, Bergoglio est parti en croisade : « Ne soyons pas naïfs : il ne s’agit pas d’un simple combat politique. C’est le projet de détruire le plan de Dieu (…) Une movida du père du mensonge qui entend embrouiller et tromper les enfants de Dieu ». Pas moins !
« Tromper les enfants de Dieu »: on constate que Golias s’y complaît au nom de ses conceptions fumeuses du Christ et de l’Évangile. En ce temps de Carême, nous prions pour leur conversion. Merci au diocèse de Bayonne de nous rappeller certaines choses : il est vrai que dans la polémique-poubelle contre Mgr Aillet, Golias ne se ménage pas… (Mgr Aillet a osé dénoncer… l’avortement !). Pour notre part, nous ne ménageons pas nos efforts pour rappeler les affirmations des sycophantes et autres dénonciateurs perpétuels.

[Abbé Daniel Couture - FSSPX Canada - Lettre aux amis et bienfaiteurs] «La lampe du sanctuaire s’éteignit…»

SOURCE - Abbé Daniel Couture, supérieur du district - FSSPX Canada - Lettre aux amis et bienfaiteurs - Février 2016

« La lampe du sanctuaire s’éteignit… »
Chers Amis et Bienfaiteurs, 

La très sainte Vierge apparut sous le vocable de Notre-Dame du Bon Succès en Équateur, il y a de ça plus de 350 ans. Cette apparition fut très vite approuvée par l’Église. Pendant une période de 46 ans (1588-1634), la sainte Vierge fit des prophéties pour notre temps, parlant explicitement de la franc-maçonnerie (qui n’existait pas encore), décrivant certains détails de la vie de Garcia Moreno (qui sera président trois fois entre 1860 et 1875), prédisant entre autres qu’il consacrerait l’Équateur au Sacré-Cœur; et donnant des détails précis de son martyre. Enfin, Notre-Dame annonça qu’un évêque sauvera l’Église lors d’une crise effroyable.

C’est bien Monseigneur Lefebvre qui fit connaître au monde cette apparition de Notre-Dame du Bon Succès (peu connue en dehors de l’Équateur jusque-là) dans son sermon lors du sacre des quatre évêques, le 30 juin 1988:

« La Vierge (Notre-Dame du Bon Succès) a prophétisé pour le XXe siècle. Elle a dit explicitement : Pendant le XIXe siècle et la plus grande partie du XXe siècle, des erreurs se propageront de plus en plus fortement dans la Sainte Église. Elles mettront l'Église dans une situation de catastrophe et les mœurs se corrompront et la foi disparaîtra...

Il semble que nous ne pouvons pas ne pas le constater...

Et je m'excuse de continuer ce récit de cette apparition. Mais elle parle d'un prélat qui s'opposera absolument à cette vague d'apostasie et à cette vague d'iniquité en préservant le sacerdoce, en faisant de bons prêtres. Vous ferez l'application si vous voulez, moi je ne veux pas la faire. »

Certains nient que cette prophétie s’appliquerait à Mgr Lefebvre, qu’il s’agirait d’un évêque en Équateur. Mais s’il ne faut jamais oublier que de telles prophéties sont toujours mystérieuses, les faits sont quand même là : aucun évêque soit en Équateur, soit dans le monde entier ne s’est levé comme l’a fait Mgr Lefebvre pour lutter contre le modernisme conciliaire et sauver le sacerdoce catholique dans la seconde moitié du XXe siècle.

Il y a un autre parallèle très intéressant avec Mgr Lefebvre qu’il vaut la peine de mentionner. À Quito, Notre-Dame s’inquiète des enfants, des âmes à sauver, elle annonce qu’aux XIXe et XXe siècles tous les sacrements seront gravement atteints par cette crise terrible. Elle parle principalement de l’Équateur, mais qui ne voit que cela s’applique au monde entier, (tout comme la franc-maçonnerie qui sera universelle) ? Monseigneur Lefebvre fit tout ce qu’il put pour sauver le rite traditionnel des sacrements pour l’Église universelle quand il ordonna des prêtres et des évêques pour la Fraternité St-Pie X. De plus, à la mention de la crise future des sept sacrements, on ne peut s’empêcher de penser à sa Lettre Ouverte aux Catholiques Perplexes dans laquelle il décrit ce qui s’est passé avec tous les sacrements depuis Vatican II.

Dans la quatrième apparition, en 1610, Notre-Dame dit :

« Je t'apprends qu'à partir de la fin du XIXe siècle, et peu après la moitié du XXe siècle dans ce qui est aujourd'hui la Colonie et qui sera un jour la République de l'Équateur, exploseront les passions et il y aura une totale corruption des mœurs, car Satan régnera presque complètement au moyen des sectes maçonniques. Celles-ci se concentreront principalement sur les enfants pour maintenir cette corruption générale. Malheur aux enfants de cette époque ! Malheur aux enfants de cette époque ! Il sera difficile de recevoir le sacrement du baptême et aussi celui de la confirmation. Les enfants ne recevront le sacrement de confession que s'ils restent dans les écoles catholiques, car le diable s'efforcera de le détruire au moyen de personnes en position d'autorité. La même chose arrivera pour le sacrement de la sainte communion. Hélas ! Comme cela m'afflige de te parler des énormes sacrilèges publics et privés qui surviendront en profanation de la sainte eucharistie ! Souvent, pendant cette époque, les ennemis de Jésus-Christ, poussés par le diable, voleront des hosties consacrées dans les églises pour profaner les espèces eucharistiques. Mon très saint Fils sera jeté à terre et piétiné [...]. Mais à cette époque, tu seras déjà connue, ainsi que les faveurs que je t'accorde. Combien j'aime les heureux habitants de ce saint lieu ! Et cette connaissance stimulera l'amour et la dévotion à ma sainte statue. Pour cette raison, aujourd'hui, avec autorité, je t'ordonne de faire faire cette statue: qu'elle soit sculptée exactement comme tu me vois, et fais-la placer sur le siège de l'abbesse, afin que de là je puisse gouverner et diriger mes filles et défendre mon Couvent ; parce que Satan, se servant tant du bien que du mal, engagera une bataille féroce pour le détruire. [...] Comme ce pauvre pays sera privé de l'esprit catholique, le sacrement de l'extrême-onction sera peu considéré. Beaucoup de personnes mourront sans le recevoir - par négligence de leurs familles, ou à cause d'une affection mal comprise envers les malades. D'autres, poussés par le diable, se révolteront contre l'esprit de l'Eglise catholique et priveront un grand nombre d'âmes d'innombrables grâces, consolations et de la force dont ils ont besoin pour faire le grand saut au temps de l'éternité. Mais certaines personnes mourront sans recevoir ce sacrement par un châtiment juste et secret de Dieu.

Pour le sacrement du mariage, qui symbolise l'union du Christ avec son Église, celui-ci sera attaqué et profondément profané. La franc-maçonnerie, alors au pouvoir, approuvera des lois iniques dans le but de s'affranchir de ce sacrement, rendant facile pour chacun de vivre dans le péché, et encourageant la procréation d'enfants illégitimes, nés sans la bénédiction de l'Église. L'esprit catholique disparaîtra très rapidement, éteignant la précieuse lumière de la foi, jusqu'à ce que l'on arrive à une presque totale corruption des mœurs. À cela s'ajouteront les effets de l'éducation séculière qui sera une des raisons de la mort des vocations sacerdotales et religieuses.

Le sacrement de l'ordre sera moqué, opprimé et méprisé, parce que dans ce sacrement, l'Église de Dieu et Dieu lui-même sont rejetés et méprisés, car c'est Dieu qui est représenté par les prêtres. Le démon cherchera à persécuter les ministres du Seigneur de toutes les façons possibles, et il agira avec astuce et cruauté pour les détourner de l'esprit de leurs vocations, en corrompant beaucoup d'entre eux. Ces prêtres corrompus, qui seront motif de scandale pour les catholiques, feront en sorte que la haine des mauvais catholiques et des ennemis de l'Église catholique apostolique et romaine retombe sur tous les prêtres.»

Enfin en 1634, dans la sixième apparition, où elle explique le mystère de la lampe du sanctuaire qui s’éteint et annonce le prélat sauveur, elle termine avec ces paroles d’espérance que nous avons bien besoin d’entendre aujourd’hui :

« Cette nuit sera la plus horrible, parce qu'il semblera qu'humainement parlant, le mal aura triomphé. Ce sera alors le signe que mon heure est arrivée, quand je détrônerai l'orgueilleux Satan en l'écrasant sous mon pied et en l'enchaînant dans les abîmes de l'enfer, libérant ainsi finalement l'Église et la nation de sa cruelle tyrannie. »

Puissions-nous voir cette heure dès que possible car cette « horrible nuit » est bien avancée ! En passant, ce 2 février-ci commémorera le 25e anniversaire du couronnement canonique de la statue de Notre-Dame du Bon Succès. Quelques prêtres de la Fraternité y sont présentement avec des pèlerins.
Nouvelles du District : Le 19 janvier dernier, mademoiselle Katherine McManus de Burlington, Ontario, a pris l’habit dominicain chez les Dominicaines enseignantes à Tynong, en Australie. Prions pour sa persévérance.

En Jésus et Marie Immaculée,
Abbé Daniel Couture
Supérieur

[Paix Liturgique] le témoignage d'un silencieux exemplaire

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 529 - 9 février 2016
Nous avons rapporté dans notre précédente lettre l’incroyable histoire de la dernière messe en latin du capitaine Richard “Dick” Stratton, à Hanoï un soir de décembre 1967, alors qu’il était aux mains des Vietcongs. La Providence nous ayant permis de retrouver le capitaine Stratton – sa science de l’Internet et sa gentillesse ayant fait le reste – nous avons le privilège de vous livrer aujourd’hui son témoignage exclusif sur son retour à la messe dominicale hebdomadaire en 1973, alors que la réforme liturgique avait profondément modifié le culte dont il avait été privé durant la majeure partie de sa détention.

Ce témoignage illustre parfaitement ce que nous qualifions de phénomène des « Silencieux », ces catholiques choqués par les réformes conciliaires mais demeurés fidèles à leur paroisse et qui, lors de notre campagne de sondages internationaux de 2009-2011, ont exprimé clairement – dans des proportions comprises entre 40 et 60 % des pratiquants – leur intention de participer à la forme extraordinaire du rite romain, SI CELLE-CI ÉTAIT CÉLÉBRÉE DANS LEUR PAROISSE.
I – Les réflexions de Richard Stratton sur la nouvelle messe
Pater dimitte illis non enim sciunt quid faciunt. (Luc 23, 34) (*)

Après sept années loin des États-Unis, dont six en prison, j’étais totalement coupé de la situation de l’Église. Aussi, à mon retour, ai-je été parfaitement troublé par la déconstruction complète du Saint Sacrifice de la Messe, par le dénuement des églises, par les sermons qui ne parlaient plus de péché, d’examen de conscience, de pénitence ni de réparation, par la Sainte Eucharistie livrée aux mains des laïcs, et par la réduction de l’exercice du saint sacerdoce à celui du rôle de M. Loyal.

Autant la marine américaine et ma famille ont su m’entourer d’attentions en tout genre pour faciliter ma réinsertion, autant l’Église, elle, m’a laissé sans assistance d’aucune sorte. En considérant aujourd’hui l’état dans lequel l’Église se trouvait alors, un tel abandon n’a rien de surprenant : l’Église elle-même n’avait aucune explication cohérente à fournir à son implosion. Au bout du compte, j’ai donc consacré mon temps et mon énergie à la reprise de ma vie de famille et de ma carrière : j’avais appris avec succès à intérioriser ma foi durant mes années de prison et ai donc continué de la sorte ensuite.

Je ne trouvais aucune explication rationnelle aux bouleversements de la liturgie, à part l’évident, mais trompeur, désir de la rendre plus accessible par le recours aux langues nationales. La nouvelle messe ne me parlait pas : je ne parvenais pas à me l’approprier. En fait, elle me heurtait par l’arrivée de pratiques que les protestants européens avaient introduites à l’époque de Luther et d’Henri VIII pour détruire la messe catholique. C’était comme si mon culte dominical était devenu un rendez-vous protestant, mes églises catholiques, des temples protestants. Le fait que la pratique religieuse aux États-Unis a diminué de moitié depuis Vatican II montre que je ne suis pas le seul à avoir été déboussolé.

Père de trois garçons, âgés de 7, 9 et 11 ans en 1973, je n’imaginais toutefois pas abandonner le précepte dominical. Constatant que la consécration avait à peu près survécu au naufrage de la nouvelle messe, j’en arrivai à un modus vivendi qui consistait à me concentrer sur cette partie de la messe en ignorant les distractions qui l’entouraient. Il me suffisait de me « débrancher » comme j’avais appris à le faire durant les interrogatoires en prison. En fait, je fis de la messe dominicale ma pénitence pour mes péchés de la semaine.

Très franchement, mon impression était que les autorités de l’Église m’avaient tourné le dos. Du coup, je passai en quelque sorte en mode survie. Pendant longtemps, je n’eus aucune idée de l’existence du mouvement « traditionaliste », ni même de Mgr Lefebvre. Je n’eus pas non plus connaissance du Motu Proprio Ecclesia Dei de 1988. Ni par l’Église, ni par moi-même.

Devenu assistant social après mon service dans l’US Navy, ce n’est qu’à ma retraite, en 2001, que j’ai commencé à m’intéresser à l’histoire du concile Vatican II. Découvrant le catholicisme traditionnel, je compris que j’en étais plus proche que de la hiérarchie vaticane, du moins jusqu’à l’élection du pape Benoît XVI. J’appris alors qu’il y avait une église de Jacksonville qui offrait la messe basse tous les dimanches et la messe solennelle une fois par mois. J’en suis devenu un fidèle régulier. Du moins tant que ma santé le permettait.

Renouer avec la messe de toujours a été comme une grande gorgée d’eau fraîche après une semaine de marche forcée dans le désert. Cela coulait de source et ne posa aucun problème en famille. Cela n’empêcha pas toutefois une parente éloignée de recourir à une ordination hérétique pour devenir prêtre soi-disant catholique.

Hélas, le Motu Proprio de Benoît XVI n’a pas eu d’écho dans mon diocèse. Il faut dire qu’il n’a bénéficié d’aucune promotion. Les catholiques dévots de la messe traditionnelle ont été catalogués comme revanchards, nostalgiques, un peu cinglés. Reste que je suis convaincu que le Novus Ordo Missæ ne résistera pas au jugement de l’histoire et finira par être rangé au rang des hérésies.

Pendant tout ce temps, je suis sans cesse revenu à l’enseignement reçu au début des années 50 de mon maître des novices, le père Costello, OMI, sur la meilleure façon de méditer le chapelet afin d’embrasser tous les mystères de la foi catholique romaine. Cela m’a servi pendant mes six années de séminaire, mes six années de prison et mes 35 années de survie dans les contrées arides du Novus Ordo.

Richard A. Stratton, Floride
27 janvier 2016, en la fête de saint Jean Chrysostome
II – Les commentaires de Paix liturgique
1) Né en 1931 dans les environs de Boston, Dick Stratton a reçu une éducation catholique dans une famille marquée par la Grande Dépression des années 30. L’incendie de son église paroissiale alors qu’il entrait au lycée lui fit ressentir la force de son attachement à sa foi et le conduisit à entrer au petit séminaire des Oblats de Marie Immaculée à Newburgh (NY) puis de poursuivre en philosophie à Washington. À la veille de prononcer ses vœux, il comprit que sa vocation était ailleurs et termina ses études à l’université de Georgetown avant de rejoindre la Navy dans les rangs de laquelle son père avait combattu lors de la Première Guerre Mondiale et où servait déjà son frère. Homme de devoir, le capitaine Stratton le sera donc aussi vis-à-vis des siens lorsqu’il décidera de continuer à aller à la messe tous les dimanches en dépit de son malaise face aux changement survenus dans l’Église, et en particulier dans la célébration du culte dominical, durant son enfermement dans les camps Vietcongs.

2) Avant d’accepter de nous livrer son témoignage, Dick avait tenu à nous préciser que sa redécouverte de la messe traditionnelle n’avait rien eu de particulier car c’était comme « remonter à vélo, rentrer à la maison après une mission ou retrouver et enfiler de nouveau sa paire de gants préférée : une chose toute naturelle ». Et pourtant, pendant près de 30 ans, il a vécu sans son vélo, sans rentrer à la maison, sans ses gants. « J’ai trois garçons qui, depuis, m’ont donné six petites-filles. Ils n’écoutent pas ce que je peux dire mais sont attentifs à tout ce que je peux faire, ou ne pas faire. C’est pour ça que j’ai fidèlement continué à aller à la messe, dans ma paroisse, tous les dimanches et fêtes d’obligation, même si je ne reconnaissais plus le Saint Sacrifice de la messe. Aujourd’hui tous ont la foi, du moins celle enseignée depuis le concile Vatican II. »

3) Pour résister à la nouvelle messe comme il avait résisté aux Vietcongs, le capitaine Stratton a utilisé la même technique, celle de se déconnecter du milieu hostile où il se trouvait et de se concentrer sur ce qui comptait réellement pour lui. Mieux, pour donner un sens à cette assistance dominicale qui lui coûtait, il l’a offerte en pénitence pour ses péchés, appliquant ainsi les tactiques du combat spirituel apprises dans sa jeunesse. C’est en cela que ce témoignage, qui en rejoint tant d’autres, est le plus fort : tout se passe comme si la grâce était transmise par la nouvelle liturgie, malgré la nouvelle liturgie. « La grâce suinte ou ruisselle, écrivait Mauriac, à travers les décombres de la liturgie détruite ».

4) Le malheur, comme le dit le capitaine Stratton, est que les églises se sont vidées depuis la réforme de Vatican II. Sans doute la faute ne relève-t-elle pas seulement de la réforme liturgique : la sécularisation galopante de la société y a aussi contribué. Mais il est clair que la réforme, à tout le moins, n’a pas endigué l’hémorragie des pratiquants. Un témoignage comme celui-ci désigne un échec cuisant. Dans toute organisation sagement administrée, on ferait le bilan d’une situation catastrophique, on tirerait les leçons des mauvaises orientations, et on prendrait des mesures pour y remédier. Sauf, lorsque – par exemple, dans le monde politique – le désastre est la conséquence de postulats idéologiques : la fuite en avant est alors la règle. C’est ici clairement le cas.

5) Dick, en dépit du jugement sans concession qui est le sien sur la liturgie réformée (« je suis convaincu que le Novus Ordo Missæ ne résistera pas au jugement de l’histoire et finira par être rangé au rang des hérésies »), n’a semble-t-il jamais jugé bon de manifester son mécontentement voire son opposition à son curé, préférant faire de sa souffrance une occasion de rédemption. En ce sens, son témoignage rejoint parfaitement celui de cet autre « silencieux » dont nous avons parlé dans notre lettre 470 : après l’avènement de la nouvelle messe, ce fidèle bourguignon a continué à assister à la messe dans sa paroisse tout en continuant à utiliser son missel traditionnel ! En Floride comme en Bourgogne, on observe donc un même attachement des « silencieux » à la messe dominicale célébrée dans LEUR paroisse et comprend mieux pourquoi « bien des pasteurs ignorent tout de ces fidèles qui continuent en silence à participer à la vie paroissiale sans en partager les bouleversements ».

(*) « Père, pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font ».

[Abbé Benoît Paul-Joseph - FSSP] La Croix demeure

SOURCE - Abbé Benoît Paul-Joseph, supérieur du district de France - FSSP - 10 février 2016
Chers amis et bienfaiteurs,

Sûrement connaissez-vous la devise des Chartreux qui orne habituellement le blason de leur Ordre : « Stat Crux dum volvitur orbis, La Croix demeure tandis que la terre tourne ».

Au milieu des turbulences que nous traversons depuis plusieurs mois, il importe de faire nôtre la sagesse des fils de saint Bruno. Il ne s'agit pas de désespérer de la situation actuelle, ni d'aller chercher refuge dans les réalités surnaturelles, mais de jeter un regard chrétien sur les évènements bouleversants que nous sommes en train de vivre. Certes, en eux-mêmes, ils peuvent légitimement générer de l'inquiétude et de l'appréhension : la tuerie du 13 novembre dernier est proprement effrayante, le désordre politique français est décourageant, la doxa imposée par les médias de masse est asphyxiante et l'afflux des migrants vers l'Europe, au-delà de la pitié que nous pouvons éprouver pour les personnes, nous donne le sentiment d'assister aux derniers feux d'une civilisation.

Pas plus que les autres, les catholiques ne sont autorisés à négliger la médiation politique qui est indispensable à toute société. Pour autant, ils doivent garder les yeux fixés sur la Croix, laquelle couvre de son ombre l'histoire des hommes depuis plus de 2000 ans et que les civilisations païennes ou les idéologies athées ont été impuissantes à abattre. Stat Crux dum volvitur orbis ! 

Abbé Benoît Paul-Joseph
Supérieur du district de France