18 janvier 2019

[Maurice Page - cath.ch] Dix ans après la levée de l'excommunication, où en sont les rapports entre Rome et Ecône?

SOURCE - Maurice Page - cath.ch - 17 janvier 2019

Dix ans après la levée des excommunications frappant les quatre évêques de la Fraternité sacerdotale saint Pie X (FSSPX), ou en est le dégel annoncé entre les intégristes de Mgr Lefebvre et Rome? Si de part et d’autre les positions semblent figées, les traditionalistes bénéficient aujourd’hui d’une certaine reconnaissance de facto.

Par un décret de la Congrégation des évêques du 21 janvier 2009, le pape Benoît XVI levait l’excommunication qui pesait depuis 1988 sur les quatre évêques de la Fraternité sacerdotale saint Pie X (FSSPX). Bernard Fellay, Bernard Tissier de Mallerais, Richard Williamson et Alfonso de Galarreta avaient auparavant assuré le pape par écrit de leur loyauté et de leur obéissance.

En 2007, Benoît XVI avait déjà fait une importante concession aux traditionalistes, en accordant à tous les prêtres la possibilité de célébrer partout la messe selon l’ancien rite fixé dans le missel de 1962.

Pour beaucoup, cette levée de l’excommunication ouvrait la voie de la réconciliation et de réintégration des intégristes dans le giron de l’Eglise. Mais c’était sans compter sur l’un des quatre évêques, le Britannique Richard Williamson qui avait nié publiquement l’existence des chambres à gaz. Une vague internationale d’indignation a déferlé: le pape pardonnait à un négationniste et le ramenait dans l’Eglise! Face au tollé Benoît XVI était obligé de s’excuser publiquement. Finalement Williamson est exclu de la FSSPX en 2012. Il fonde sa propre chapelle, ordonne un nouvel évêque et est à nouveau excommunié.

Malgré ce point de départ catastrophique, un dialogue formel s’établit entre la FSSPX et le Vatican dès l’automne 2009. En automne 2011, le Vatican présente à la Fraternité un “préambule doctrinal” comme condition préalable à la réconciliation. Il s’agit en particulier de reconnaître le Concile Vatican II. Mais la FFSPX ne parvient pas à se résoudre à signer ce protocole. En mars 2012, le Vatican constate l’échec de la démarche.
Le pape François rebat les cartes
Un an plus tard, l’élection du pape François rebat les cartes de manière inattendue. Si le jésuite argentin n’a pas les sympathies de Benoît XVI pour la tradition, il est un homme pragmatique ouvert à la diversité au sein de l’Eglise. On raconte aussi que comme archevêque de Buenos Aires, il avait de bons contacts avec la branche argentine de la FSSPX. Alors que le dialogue piétine au plan formel, le pape, dans un souci de realpolitik, concède une reconnaissance de facto aux prêtres de la Fraternité.

En 2015, il accorde au supérieur général de la FSSPX le droit de juger en première instance. Pour l’Année Sainte de la Miséricorde, en 2016, il leur accorde le droit d’entendre licitement les confessions. Toujours en 2016, il reçoit Mgr Fellay à la Maison Ste Marthe. En 2017, Rome recommande aux diocèses de reconnaître les mariages célébrés au sein de la FSSPX.

Selon la rumeur romaine, le pape envisagerait même aujourd’hui de supprimer la Commission Ecclesia Dei chargée du rapport avec les traditionalistes. La structure créée pour ramener les dissidents dans le bercail romain n’aurait plus lieu d’être. La FSSPX pourrait ainsi traiter directement avec la Congrégation pour la doctrine de la foi et les autres organes de la curie. Ce qui équivaudrait pour elle à une forme de reconnaissance.
Une Fraternité contrainte à se remettre en question
En réaction à ces mains tendues, du côté de la Fraternité, deux ailes s’affrontent. Ceux qui refusent toute normalisation avec Rome et ceux qui penchent pour un accord pratique. Si Mgr Fellay a toujours défendu la seconde option, son successeur Davide Pagliarani, élu en juillet 2018, passe pour un tenant de l’aile dure. Il se rend néanmoins, en novembre 2018, en visite à la Congrégation pour la doctrine de la Foi.

De nouvelles discussions doctrinales sont-elles utiles et souhaitables? Faut-il continuer à attendre que Rome condamne le Concile Vatican II, ou peut-on se contenter de garanties et d’une certaine liberté d’action? L’idée d’une prélature personnelle est-elle encore envisageable? Peut-on se satisfaire d’un statut ‘par morceaux’? Dans un jour pas si lointain, la FSSPX devra renouveler ses évêques, le pape les lui accordera-t-il? Autant de questions sur lesquelles, la Fraternité ne semble pas être capable de trancher entre la volonté de défendre le statu quo et ses impératifs d’ordre idéologique.

Face aux dissensions internes, obtenir, à court ou à moyen terme, une reconnaissance canonique de Rome, sous la forme d’une prélature personnelle, ne peut certainement pas être un objectif.
La FSSPX a perdu son rôle de leader
La Fraternité Saint Pie X est aussi confrontée à un autre défi. Naguère, elle était le fer de lance de la résistance au modernisme. Aujourd’hui, elle a perdu ce rôle de leader. Les concessions des papes en faveur des revendications traditionalistes lui ont coupé l’herbe sous les pieds. Les institutions traditionalistes ralliées à Rome lui ‘piquent’ ses prêtres et ses fidèles. La célébration dans chaque diocèse de la messe selon le rite tridentin extraordinaire ne lui permet plus de se poster en martyre.

Dans le clergé et chez les fidèles, le climat n’est plus aussi hostile à la tradition. Obtenir une église pour un mariage ou un pèlerinage ne pose plus de difficultés majeures. Les critiques contre les “errances” romaines ne sont plus son apanage exclusif, lorsque même des cardinaux s’y mettent. L’enjeu pour la FSSPX est donc de trouver un nouveau positionnement. Soit elle s’enferre dans une logique sectaire des purs contre les infidèles, soit elle se contente du marché de niche que l’Eglise voudra bien lui laisser.
Une présence marquée en Suisse
La Fraternité sacerdotale saint Pie X est étroitement liée à la Suisse. Peu après sa fondation en 1970 à Fribourg, elle établit son premier séminaire à Ecône, dans le Valais central. Des générations de séminaristes y seront formés et ordonnés. Son fondateur Mgr Lefebvre y est enterré. A tel point que le nom d’Ecône sert parfois à désigner l’ensemble du mouvement. En 1998, la FSSPX y construit une massive église néo-romane.

La Maison générale de la Fraternité sacerdotale, où réside le supérieur général, se trouve aussi en Suisse, à Menzingen, dans le canton de Zoug. Le prieuré du district suisse est basé à Rickenbach, dans le canton de Soleure. Les prêtres de la FSSPX desservent 27 lieux de culte en Suisse. La Fraternité compte en outre sept écoles et une maison de retraites spirituelles.

Chronologie

Depuis le Concile Vatican II, une minorité de traditionalistes se sont opposés à la modernisation de l’Eglise catholique. Retour sur les étapes importantes du conflit :

1962-1965: Le Concile Vatican II décide de moderniser l’Eglise catholique. Une minorité conservatrice rejette les réformes; elle critique notamment l’ouverture œcuménique, la déclaration sur la liberté religieuse ainsi que les innovations dans la liturgie.

1970: Mgr Marcel Lefebvre, participant au Concile, fonde la Fraternité sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) et obtient une reconnaissance de l’évêque de Lausanne, Genève et Fribourg. L’évêque accuse l’Église romaine d’avoir détruit la tradition avec le Concile et la réforme liturgique. Il installe un séminaire pour la formation des prêtres à Ecône, en Valais.

1975: Le diocèse de LGF retire sa légitimité ecclésiale à la Fraternité. Mgr Lefebvre qui continue d’ordonner des prêtres est suspendu a divinis par le pape Paul VI.

1984: Le pape Jean Paul II autorise, sous certaines conditions, la messe tridentine.

1988: Le cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, négocie un compromis avec Mgr Lefebvre qui se rétracte au dernier moment. Le 30 juin, Mgr Lefebvre ordonne quatre évêques malgré l’interdiction romaine. Cet acte lui vaut l’excommunication. Le pape fonde la commission “Ecclesia Dei” pour le dialogue avec les traditionalistes. Certains groupes, dont la fraternité sacerdotale Saint Pierre, qui refusent de suivre Mgr Lefebvre dans le schisme, sont réintégrés dans l’Église catholique.

1991: Décès de Mgr Lefebvre qui est enterré à Ecône.

1994: Mgr Bernard Fellay, évêque suisse consacré par Mgr Lefebvre, devient Supérieur général de la FSSPX. Il le restera jusqu’en 2018. Il prend des contacts avec la commission Ecclesia Dei.

2000: La FSSPX, avec à sa tête Mgr Fellay, organise un grand pèlerinage à Rome à l’occasion du jubilé,

Avril 2005: Mgr Fellay salue l’élection papale de Joseph Ratzinger comme une “lueur d’espoir”. En août, il est reçu par Benoît XVI. Selon le Vatican, le “désir d’arriver à une communion parfaite” se manifeste dans la conversation.

Juillet 2007: Par le motu proprio Summorum pontificum Benoît XVI permet que les messes traditionnelles soient célébrées partout selon le rite de 1962. C’est ce qu’on appelle la forme extraordinaire du rite romain.

Décembre 2008: Mgr Fellay demande au nom des quatre évêques le retrait de l’excommunication. Il assure la reconnaissance de la primauté pontificale et l’acceptation des enseignements du pape.

21 janvier 2009: La Congrégation des évêques lève l’excommunication des quatre évêques lefebvristes. Presque simultanément, une violente polémique éclate autour de Mgr Richard Williamson qui nie l’existence de chambres à gaz. L’affaire éclabousse le Vatican et Benoît XVI.

Mars 2009: Benoît XVI écrit à tous les évêques de l’Église universelle. Il y admet les erreurs de la curie dans l’affaire Williamson. En même temps, il affirme son intention de réintégrer la Fraternité.

Juillet 2009: Benoît XVI invite la FSSPX à Rome pour des discussions sur les questions doctrinales. Les rencontres débutent en octobre.

Septembre 2011: Le Vatican présente un “Préambule doctrinal” aux dirigeants de la Fraternité pour signature.

Mars 2012: Rome rejette la réponse de la FSSPX jugée insuffisante.

Mars 2013: Election du pape François.

Septembre 2014: Le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal Gerhard Ludwig Müller, rencontre Mgr Fellay. Tous deux espèrent une réconciliation complète.

Octobre 2014: La Fraternité critique vivement le Synode des évêques sur la famille. Selon elle, les discussions de Rome ont ouvert “la porte de l’enfer”.

Septembre 2015: Pour l’Année Sainte de la Miséricorde, le pape François permet à tous les fidèles de se confesser valablement et légitimement aux prêtres de la Fraternité. A la fin de l’Année Sainte, cette mesure est maintenue.

Avril 2016: Le pape François rencontre personnellement Mgr Fellay.

Eté 2016: Un négociateur du Vatican annonce que le supérieur général a accepté la proposition de devenir une “prélature personnelle” comme l’Opus Dei.

Janvier 2017: Mgr Fellay se prononce en faveur de la fin de la séparation d’avec Rome. Un accord est “en route”. Selon lui, il n’est pas nécessaire d’attendre que la situation à l’intérieur de l’église soit “absolument satisfaisante”.

Avril 2017: Le Vatican invite les évêques locaux à reconnaître les mariages célébrés par la communauté traditionaliste.

Juillet 2018: Le chapitre général de la FSSPX élit l’Italien Davide Pagliarani, 47 ans, comme nouveau supérieur général.

Novembre 2018: L’abbé Pagliarani est reçu au Vatican où il rencontre préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. A l’issue de la rencontre, il constate “une divergence doctrinale irréductible” avec Rome.

[Abbé Xavier Beauvais, fsspx - L'Acampado] Gilets Jaunes, je vous ai compris, mais lisez ceci....

SOURCE - Abbé Xavier Beauvais, fsspx - L'Acampado - janvier 2019

Une des caractéristiques de l’homme moderne, c’est de le qualifier d’homme consumériste, ou d’homme qui intègre une société de consommation. Tocqueville au XIXe siècle prédisait déjà que selon lui, l’homme - et la société du XXe siècle - serait un homme de faible stature spirituelle, toujours à la recherche d’utilités et de petits intérêts, sous un Etat aux apparences paternelles, mais totalitaire en son fond. Cette particularité de l’homme moderne nous permet de le qualifier de « homo economicus ». Quand l’argent, au-delà de sa finalité naturelle, qui est de déterminer l’équivalence entre les choses, domine avec séduction sur ceux qui vivent dans la cité, cette cité se convertit en un grand marché et le citoyen en un être producteur et consommateur.
     
Quels sont les traits de l’entrepreneur ?      
Son but principal n’est pas toujours l’appât du gain. Ce qui préoccupe et absorbe tout homme d’affaires, ce qui remplit sa vie et donne un sens à son activité, c’est l’intérêt de son entreprise. Ce en quoi l’homme d’affaires concentre son travail, ses préoccupations, ce sur quoi il chiffre sa fierté et ses désirs, c’est son entreprise. L’entreprise est pour lui un être en chair et en os qui grâce à sa comptabilité, son organisation, ses contrats commerciaux, entraîne une existence économique indépendante. L’homme d’affaire ne connaît pas d’autre fin, n’a pas d’autre préoccupation que de voir croître son négoce jusqu’à se convertir en un organisme florissant, fort et prospère. La grande majorité des chefs d’entreprise n’ont pas d’autre aspiration que celle d’amplifier leur négoce. Si on leur demande pourquoi tout cela, quel objet ont en réalité toutes ces préoccupations, ils vous regardent la bouche ouverte et vous répliquent un peu irrités que cela ne demande aucune explication, que le requiert le développement de la vie économique, que l’exige le progrès. Une telle analyse pour l’observateur impartial, une telle réponse paraît absurde jusqu’à impliquer une espèce de régression à l’état élémentaire de l’âme infantile. L’enfant à quatre idéaux qui dirigent sa vie.
      
- Le premier c’est la grandeur incarnée dans les personnes d’âge mûr, et en dernier lieu par le géant. On retrouve cela dans la valorisation quantitative propre à l’homme d’affaires. Pour lui, avoir du succès signifie avoir des avantages sur les autres, arriver à être plus que le voisin, à avoir plus que lui, être plus grand comme le veulent les enfants, une certaine recherche d’infinitude qui est parfois la signature de l’esprit de lucre. 
       
- Le deuxième idéal propre aux enfants, c’est celui du mouvement rapide. La célérité pour mener à bien ses plans économiques intéresse l’homme d’affaires moderne autant que son caractère massif et quantitatif; le concept de record arrive aux affaires. 
       
- La troisième affection de l’enfant, c’est la nouveauté. L’enfant se fatigue vite de ses projets, il en laisse un pour en prendre un autre. Egalement l’homme d’affaires de notre temps est attiré par ce qui est nouveau parce que nouveau, inédit.
     
- Finalement, l’enfant cherche à sentir qu’il a un certain pouvoir, et pour cela il donne des ordres à ses petits frères ou oblige le chien à faire des pirouettes. La recherche du pouvoir est la quatrième tendance de l’homme d’affaires. Ainsi le chef d’entreprise moderne polarisé dans son négoce, a une teinture morale qui l’assimile aux enfants. Il y a donc en lui un certain infantilisme. Attention, tous les chefs d’entreprise ne sont pas ainsi, il y en a de véritablement exemplaires, mais la plus grande partie d’entre eux s’adonnent fébrilement à leur activité jusqu’à la limite des possibilités humaines, au détriment de leur famille, au détriment surtout de leur vie spirituelle. Tous et chacun des moments de la journée, de l’amour, de la vie, toutes les aspirations de l’esprit, toutes les préoccupations et les inquiétudes sont consacrées à une seule chose : la production. Un tel excès d’activité finit par détruire le corps et corrompre 1’ âme. Regardez cet homme qui vit en dépendance des va-et-vient de la bourse. Il se trouvait déjà sur le point de mourir, ses yeux étaient déjà fermés. Tout à coup, il les ouvrit et avec ce qu’il lui restait de voix, il s’adressa à l’un de ses fils « A combien est aujourd’hui la cotation du dollar ?». Ce furent ses dernières paroles. Une pareille polarisation sur les gains, fait que ce type d’hommes d’affaires, aujourd’hui dominant, sont totalement étrangers à toute considération étrangère à autre chose que le gain, convaincus qu’ils sont de la supériorité de la valeur lucrative sur toutes les autres valeurs. Il n’existe déjà plus aucun scrupule de type moral, esthétique ou sentimental. On peut leur appliquer ce qui s’est dit d’un des Rockefeller: « Ils ont su passer au-delà de tout obstacle moral avec un manque de scrupules presque ingénu », John Rockefeller dont les mémoires reflètent d’excellente manière cette mentalité, en une occasion a résumé son credo en disant qu’il était disposé à payer un salaire d’un million de dollars à un de ses mandataires, à condition qu’il possède - en dehors des aptitudes nécessaires - une carence de scrupules et qu’il soit disposé à sacrifier sans la moindre considération, des milliers de personnes. Voilà pour le visage de l’homme d’affaires, face active de 1’esprit consumériste. Voyons maintenant la figure du consommateur. Il est lui aussi obsédé par la valeur économique, toujours à la recherche de l’utile, du quantitatif sur la qualité. Le mot d’ordre c’est produire au maximum et consommer le maximum. L’homme est une machine à produire et à consommer. Or il y a une différence profonde entre les valeurs économiques et les valeurs spirituelles. Le propre des valeurs économiques consiste à être échangées et consommées. Le propre des valeurs spirituelles consiste à être exprimées et communiquées. Une valeur spirituelle, par exemple, la magnanimité ne s’échange pas, elle se communique ; e1le ne se consomme pas, elle s’exprime. Et plus elle se communique et s’exprime, plus elle s’enrichit et elle grandit, plus elle devient puissante. Par contre, les valeurs économiques, argent ou choses, s’échangent, s’utilisent, se consomment. Cela signifie qu’elles peuvent être achetées ou vendues. Personne en revanche ne peut acheter ou vendre les valeurs spirituelles, car elles ne sont pas de la marchandise. Cela ne veut pas dire que les biens matériels soient méprisables. Leur achat et leur vente impliquent un juste prix et le juste prix s’établit sur une base de critères moraux, ce qui fait que les échanges économiques peuvent être un acte de justice.
       
En ce cas, le fait d’acheter et de vendre, qui est le propre des valeurs économiques, inclut une certaine valeur spirituelle qui, à travers les valeurs non spirituelles, devient concrète, fait partie de la vie. C’est pour cette raison qu’il serait erroné de dénigrer, au nom d’un spiritualisme abstrait, les valeurs économiques. Il serait aussi erroné de surévaluer, au nom d’un matérialisme obtus, les valeurs économiques, comme c’est le cas aujourd’hui. Il serait également erroné de mettre les deux catégories de valeurs sur le même plan.
     
- des valeurs économiques, on en fait usage ;
     
- des valeurs spirituelles, on les savoure. L’expression est de saint Augustin, d’après qui,
   
- aux périssables, correspond le « uti », leur utilisation ;
     
- aux choses qui ne périssent pas, correspond le « frui » la jouissance.
     
Les premières sont un moyen, se consomment. Les autres, en jouissant d’elles, croissent. Mais l’homme consumériste n’établit pas ces distinctions. Pour lui, seuls comptent les biens terrestres. C’est l’ère du plastique : avoir et user, utiliser et jeter, avoir du nouveau. Eh bien il faut l’affirmer et réagir contre: la métaphysique du 2 n° 144 - janvier 2019 néant, par la possession de très nombreuses choses, est la mort quasi totale de tous les idéaux. La maladie de notre Occident jadis chrétien est l’abondance : avoir tout le matériel et avoir réduit au maximum le spirituel. Comblé d’objets, l’homme se sent vide, tout le contraire de ce qu’écrivait saint Paul aux Corinthiens : « N’ayant rien nous le possédons tout entier ». Chaque civilisation offre une vision propre à l’homme, et c’est par là qu’on peut le juger. Ainsi les civilisations du passé ont eu leur aristocratie en lesquelles s’incarnait un idéal humain déterminé. On ne pouvait pas comprendre, par exemple, la civilisation grecque sans connaître l’idéal du beau-bien qui est sa fleur ; de la même manière on ne comprendrait pas la civilisation médiévale si l’on n’espérait rien du saint, du chevalier, du courtois. Toutes les grandes civilisations ont fait ressortir un type d’homme, un modèle humain qui, peut-être jamais, ou quasiment ne s’est totalement concrétisé mais dont l’attraction résultait fascinante, suscitant l’effort de tous ceux sur lesquels elle irradiait. La civilisation moderne qui ne sait plus déjà ce qu’est l’homme, qui ignore le sens de l’intelligence et se trouve amputée de toute finalité, peut être définie essentiellement comme une civilisation de moyens, une civilisation technique; les moyens eux-mêmes se sont convertis en fin. Posséder les moyens sera posséder la fin. Il est évident que la richesse matérielle a toujours joué un rôle important dans la société, mais jamais n’a constitué en elle-même un objet d’admiration. L’homme a constamment cherché l’or et l’argent, mais jamais sa recherche et son obtention ne furent considérées dans le passé comme la fin ultime de 1’intelligence humaine. Pour les hommes traditionnels, la richesse n’était autre que ce qui rendait parfois possible un effort créateur. Seule la société actuelle a exalté la figure de l’homme consumériste dont la destinée finale se réalise ici sur la terre. Ce fait de tout consommer qui nous atteint, aliments, produits de toute espèce, modes, valeurs, idées, néologismes, nouveautés, informations, idoles, marques, images, et tout cela d’une manière frénétique, manifeste dans l’homme un désir profond de s’assimiler à ce qui n’est pas, à ce que sa condition humaine ne lui permet pas. Il s’agit là de l’expression multitudinaire et dégradée d’une fausse extase qui exige de cet homme, de consommer chaque fois plus et d’être chaque fois moins. Voilà l’homme qu’on propose aujourd’hui, celui de citoyen consommateur, l’homme anxieux de satisfaire ses désirs, un homme réduit à ses nécessités matérielles. En dernière instance, tout tourne autour de la passion, limitée en bonne part aux biens de consommation. C’est là le propre de l’homme passionné : ne plus voir en lui que sa passion, se laisser aveugler par elle, s’identifier avec elle. La propagande moderne a bien compris cette fonction mutilante de la passion quand elle sort de son orbite. Elle donne aujourd’hui un homme « light » qui ne s’intéresse plus aux héros et aux saints. Ses modèles sont ceux qui ont triomphé économiquement, une race pleine de choses, mais vide de tout l’essentiel, vide de l’être. Et c’est ainsi qu’on forme une masse soumise à l’abrutissement quotidien des médias, accoutumée à réagir personnellement, sans le moindre esprit critique, pleinement soumise à tout type de manipulation.
         
L’homme consumériste est donc un homme inquiet. Non pas inquiet au sens où l’entendait saint Augustin quand il disait que le cœur de l’homme est « inquiet tant qu’il ne repose pas en Dieu », inquiet en raison de ses appétits supérieurs, mais inquiet par sa recherche infatigable de ce qui lui est inférieur. Devant le rythme spasmodique du progrès centré sur la technique, devant l’information superficielle, les spectacles faciles qui nous inondent, l’âme ne se développe en rien; bien au contraire, elle se rétracte, et la vie spirituelle diminue, perd en qualité. Le bien être augmente pendant que le développement spirituel se réduit. La surabondance laisse dans le cœur une tristesse déchirante.
         
Non, il est impossible de confier toutes les espérances dans la science, la technologie, la croissance économique. La victoire de la civilisation scientifique et technique nous a inculqué une sorte d’insécurité spirituelle. Ses dons nous enrichissent mais nous soumettent aussi à l’esclavage. Tout se réduit aux intérêts, tout est lutte pour les biens matériels, mais une voix intérieure nous dit que nous laissons là de côté quelque chose de pur, de supérieur et de fragile. Nous ne discernons plus déjà le sens, la finalité de notre existence.
       
Alors reconnaissons-le, même à voix basse et pour nous en corriger : engagés, attrapés dans ce mouvement vertigineux, pourquoi vivons-nous ? Les questions éternelles demeurent, il dépend de nous de réagir pour rester libres, de la liberté des enfants de Dieu. Esclaves de Dieu, oui, esclaves de la chair, voilà qui est contraire à notre dignité. Puissions-nous en prendre davantage conscience avec la grâce de Dieu qui nous est toujours accordée très largement.

[Abbé Xavier Beauvais, fsspx - L'Acampado] «Dios no muere» Dieu ne meurt pas (d’après les écrits du P. Castellani)

SOURCE - Abbé Beauvais, fsspx - L'Acampado - décembre 2018

Notre Seigneur affirme trois fois devant Pilate qu’Il est roi, mais Il refuse d’être roi dans le sens dont l’entendaient Pilate et les Juifs. « - Donc en définitive, tu es roi ? - Tu l’as dit, c’est vrai. Je suis Roi.»
   
Et Notre Seigneur dit « Mon royaume n’est pas de ce monde ». Mon royaume ne procède pas de ce monde. Il n’a pas dit : « Mon royaume n’est pas en ce monde », il n’a pas dit non plus « Je ne suis pas roi de ce monde mais de l’autre » comme si son royaume était un règne de morts et de phantasmes. Il a dit : « Mon royaume ne vient pas de ce monde », il ne vient pas des puissances de ce monde, il ne vient pas de l’élection frauduleuse au nom du peuple, il ne tient pas son pouvoir des banques internationales et des grandes puissances d’argent. Son règne est en ce monde et il est roi de tout ce monde ; mais son règne procède de sa propre nature, d’être Celui qui est. Ce ne sont pas les hommes qui lui ont donné ce pouvoir, et les hommes ne peuvent lui reprendre ce pouvoir. Il est la Vérité et son règne est le règne de la Vérité. Mais c’est un règne réel, ce n’est pas un règne idéal seulement. La Vérité n’est pas une chose idéale seulement : vérité et réalité sont la même chose. Trois choses sont donc ici signifiées :
  • Mon royaume ne vient pas de ce monde, 
  • Mon royaume est en ce monde, 
  • Mon royaume va de ce monde à l’autre monde. 
Mais apparemment, quel « pauvre roi » qui aujourd’hui ne règne pas beaucoup, c’est peu dire, car s’il régnait, le monde irait beaucoup mieux. Une grande partie du monde, ne le connaît plus, une autre partie le connaît mais le renie comme les Juifs : « Nous ne voulons pas qu’il règne sur nous », et, finalement une autre partie le reconnaît en paroles, dans ses dires, mais le renie pratiquement dans les faits. Là c’est bien souvent nous-mêmes, chrétiens lâches.
   
Mais si les vassaux se soulèvent contre le roi, ce dernier ne cesse d’être roi, tant qu’il conserve le pouvoir de les châtier et de les soumettre de nouveau. S’il n’a pas ce pouvoir, c’est autre chose.
   
Et ainsi aujourd’hui, les hérétiques modernistes admettent que le Christ est roi en un certain sens, mais ils nient la seconde venue du Christ. C’est donc en effet alors un pauvre roi. Les modernistes, ou changent complètement le sens de la parousie en la convertissant en autre chose, comme l’a fait Teilhard de Chardin, ou alors disent qu’il reviendra aux calendes grecques, c’est-à-dire jamais.
   
Fin 1925, alors, le pape Pie XI proclame la royauté du Christ en instituant cette fête par l’encyclique « Quas primas ». Il n’était pas nécessaire de la définir excathedra. Douze ans après, en 1937, c’était l’encyclique « Divini redemptoris » qui condamnait le communisme athée comme satanique.
     
A la même époque, c’est-à-dire dans le deuxième quart du 20ème siècle, apparaissait publiquement le parti du « monde unique », la synarchie qui veut un seul gouverne ment dans le monde avec un seul homme à sa tête et qui veut que disparaissent les nations, à commencer par les nations chrétiennes bien sûr. Ces trois événements ont un lien entre eux, car ils représentent simplement l’annonce du vrai roi de ce monde et la proclamation du roi illégitime. La tentative d’arriver à une fausse unification de l’humanité est déjà présentée dans le livre de la Genèse au chapitre 11.
   
L’écrivain sacré montre que les hommes ne voulurent pas obéir au Seigneur qui leur avait ordonné de se disperser et de peupler la terre ; ils prétendirent édifier une cité et une tour dont le sommet arriverait ainsi jusqu’au ciel et qui leur vaudrait une fameuse renommée, le pouvoir finale ment. La Tour de Babel incarne cette volonté de créer une civilisation laïque, opulente, injuste et promotrice d’une religion idolâtrique, le christianisme adultéré.
   
Pie XI institua la fête du Christ Roi contre le libéralisme, qui est une espèce de lâcheté. Le libéralisme nie la royauté du Christ, son pouvoir de droit sur la société humaine.
   
Cette hérésie actuelle est très compliquée car elle a comme 3 sections : libéralisme économique, libéralisme politique, libéralisme religieux. Pour beaucoup hélas, le libéralisme économique ne semble pas si mauvais. Eh bien non, ce système économique se fonde sur l’idée fausse de l’homme naturellement bon, mais corrompu par la société. Dans ce système, comme l’homme est naturellement bon et que la société le corrompt, en donnant la liberté absolue à tout homme (et sur le plan économique, au commerce et au capital) l’homme devient automatiquement bon, meilleur, très bon et même un petit saint.
   
Ce système nie l’élévation de l’homme à l’état surnaturel, nie la chute de l’homme, nie la nécessité de la rédemption de l’homme. Et avec tout cela, nie la royauté du Christ. Le libéralisme économique, le libre échangisme prit la devise « Laissez faire, laissez passer ». Les philosophes et les économistes anglais en firent une théorie et l’imposèrent à tout le monde, au siècle passé. Le libéralisme a éliminé le règne du Christ en disant une chose qui apparut comme innocente à beaucoup : à savoir que la religion était une affaire privée et que les nations devaient donc respecter toutes les religions, et donc que l’Eglise n’avait pas à se mêler des affaires publiques. Si nous faisons de Dieu une affaire privée, une affaire de l’intérieur de la conscience de chacun, par la même nous faisons de l’Etat, un dieu et nous convertissons Notre Seigneur et le Père éternel en sous-dieux. Et comme l’Etat est une affaire publique, la religion est inférieure et doit donc se soumettre à l’Etat, puisque ce qui est public est supérieur à ce qui est privé, et que le privé doit se soumettre au public. L’histoire l’a d’ailleurs démontré cruellement en France avec cette hérésie de la laïcité, car finalement, on le voit aujourd’hui, le laïcisme libéral ou la prétendue neutralité par rapport à la religion catholique, est en réalité une véritable hostilité à la religion ; et elle termine toujours par déifier, diviniser l’Etat, chose qui est d’ailleurs concrétisée et organisée en ce système philoso phique monstrueux et idolâtrique, le système de Hegel et de Marx.
     
Une autre hérésie nie le règne du Christ plus radicalement encore, c’est le modernisme, né du libéralisme, c’est l’hérésie nouvelle qui mine l’Eglise. Malheureusement, il faut bien le dire aussi, ce modernisme utilise les mauvais soldats du Christ Roi, c’est-à-dire la lâcheté des chrétiens. Un roi ne déteste rien tant comme la lâcheté chez ses soldats. Si ses soldats sont lâches, c’en est fini pour le roi. Ils ne font pas honneur au Christ Roi, ces chrétiens qui ont une espèce de complexe d’infériorité à s’afficher catholiques. Qu’aurait de chrétien un catholique ministre de l’éducation qui livrerait l’université aux pourrisseurs ? Qu’auraient de chrétiens des gouvernants catholiques qui iraient chercher un écrivain athée et blasphémateur, ennemi du Christ pour le mettre directeur de la Bibliothèque Nationale ?
   
Pour que le Christ soit réellement roi, au moins en nous, il faut vaincre la peur, la lâcheté, la pusillanimité, il faudra vaincre tout cela car les temps qui se préparent, sentent non pas l’antisémitisme mais bien l’anticatholicisme. Il faudra ne pas être «des hommes de peu» comme disait sainte Thérèse. Mais comment vaincre la peur me diront certains, la peur est un géant. Je vous répondrais alors par cette phrase de Notre Seigneur : « Avez-vous oublié que j’étais avec vous ? »
     
On a bien souvent entendu l’objection suivante : « Le Christ n’a jamais été roi du monde et il ne peut l’être ». Objection qui répond à la question ironique de Pilate « Donc tu es roi ? » Il Le voyait en effet dans une situation peu semblable à celle d’un roi. La même situation qu’aujourd’hui. « Nous ne voulons pas qu’I1règne sur nous » criaient les Juifs au-dehors. Et Notre Seigneur avait déjà répondu dans une parabole, alors qu’il s’approchait de Jérusalem pour y mourir. Un homme de grande naissance s’en alla dans un pays lointain pour être investi de la royauté et revenir ensuite. Etant en chemin, ses concitoyens envoyèrent après lui des députés chargés de lui dire : « Nous ne voulons pas que tu règnes sur nous ». Quand il revint après avoir été investi de la royauté, il récompensa d’abord les sujets fidèles qui avaient fait prospérer le royaume avec l’argent qu’il leur avait laissé, après les avoir appelés « bons serviteurs », il fit ensuite appeler ceux qui avaient dit « Nous ne voulons pas qu’il règne sur nous » et avec un véritable mépris du suffrage universel, avec un véritable mépris de l’autodétermination des peuples et des droits des minorités, il leur fit couper la tête en sa présence.
     
Qui sont donc ceux qui aujourd’hui disent : « Nous ne voulons pas que le Christ règne sur nous » ? et qui incitèrent le pape à publier cette encyclique « Quas Primas » ?
   
Je les ai déjà nommés : d’un côté les communistes, et de l’autre les sinarchistes, les mondialistes, un mouvement né du dedans du capitalisme : les deux haïssent de manière égale l’Eglise du Christ et la tiennent pour principal obstacle de leurs idéaux, et les deux naissent du libéralisme.
   
Il y a aujourd’hui un nombre croissant d’hommes décidés à enseigner à leurs frères qu’il n’y a pas de Dieu, qu’il n’y a pas d’autre vie, et que la seule chose pour laquelle il faille lutter c’est d’arriver à une société prospère et heureuse en ce monde. Toutes les immenses forces de l’argent, de la politique, de la technique moderne doivent être mises au service de cette grande entreprise de l’humanité. Mais comment de telles prédications, d’arôme sulfureux, peuvent-elles obtenir tant d’audience ? Parce que, étant donné le genre d’éducation que reçoit la majorité des gens, les nou velles générations croissent dans une incroyable ignorance, et pire encore, dans une terrible confusion religieuse, qui convertit Dieu et JésusChrist en choses lointaines et étrangères. D’un autre côté, comme les faibles sont les plus nom breux dans l’humanité, voilà une minorité plus astucieuse active et énergique, qui arrive à s’approprier des moyens de production et des ressorts du pouvoir. Cette minorité ne peut pas désirer la gloire du nom de Dieu. Dieu est en effet la seule arme qui a, contre cette minorité, l’immense foule des déshérités.
   
Il n’est donc pas surprenant qu’à l’autre extrême de ce phénomène de la domination du démon Pluton (dieu des richesses) dans le monde moderne, il existe une autre petite bande d’hommes très préparés, violents, enthousiastes qui ont comme idéal suprême, la destruction d’un état de choses si horrible. Ces hommes veulent détruire jusqu’aux racines et ces soutiens de l’ordre actuel, ils se heurtent à la religion, à l’Eglise, au catholicisme, à Jésus de Nazareth qui a dit qu’il était Dieu et Roi. Donc la conclusion sera parfaitement logique.
   
Marx dira alors : « La religion est l’opium du peuple ».
   
Bernard Shaw dira : « Dieu est l’humanité en marche vers une super-humanité ». Nietzsche dira : « Dieu est mort » et Lénine s’esclaffera : « Que Dieu meure ! ».
   
Mais plus profonde encore et plus basse et plus terrible que ces deux bandes de capitalistes et communistes, il en existe une plus horrible et plus secrète, composée d’hommes froids et puissants, possédés d’une violente passion contre le catholicisme, qui s’oppose et s’opposera toujours à la royauté du Christ : ces hommes, isolés ou unis par la franc-maçonnerie, constituent un pouvoir persécuteur, plus terrible parce que moins visible, et expliquent beaucoup de phéno mènes sociologiques contemporains parce qu’ils se consti tuent comme l’âme et les chefs de mouvements antichrétiens, à commencer par ceux qui aujourd’hui s’efforcent de former un gouvernement impérial universel. Mais, ne craignez rien, ils ne vont pas proclamer le Christ comme empereur, ils n’iront pas consacrer cet empire au Sacré Cœur de Jésus.
   
Il y a plus qu’une tendance aujourd’hui, il y a plus qu’un idéal pervers, il y a aujourd’hui un commencement très net de gouvernement antichrétien du monde.
   
Oui, ce sont ces pouvoirs occultes qui aujourd’hui lancent le même cri qu’ils lançaient hier : « Nous ne voulons pas que le Christ règne sur nous ». Au lieu de dire : « Que le Christ vainque, que le Christ règne, que le Christ commande ».
     
Nous devrions dire : « Le Christ vivra, le Christ règnera, le Christ commandera », et alors, d’après sa parole, il fera couper la tête à ceux qui se sont soulevés contre Lui, quand Il reviendra.
   
Mais, jusqu’à ce qu’il revienne, ils continueront à faire des leurs. Alors, Seigneur, que Votre règne arrive, car le dernier mot sera celui de Garcia Moreno, président de l’Equateur mourant assassiné :
     
« Dios no muere » (Dieu ne meurt pas !)

[FSSPX Actualités] Pape François: quand la critique vient du Vatican

SOURCE - FSSPX Actualités - 17 janvier 2019

Deux jours après l’audience du 2 janvier 2019 dans laquelle le pape François avançait l’idée selon laquelle il valait mieux être athée qu’être un chrétien vivant hypocritement dans la haine de son prochain, Mgr Nicola Bux, consulteur de la Congrégation pour la cause des saints, a commenté des propos dont il craint qu’ils ne «vident encore un peu plus les églises». 

L’ancien proche de Benoît XVI a répondu le 4 janvier 2019 aux questions posées par le journal italien Quotidiano di Foggia. Le théologien et liturgiste romain a commencé par pointer du doigt l’improvisation dont François est coutumier dans ses interventions: «je pense que le problème vient du moment où le pape s'éloigne du texte écrit qu'il prépare pour lui et lève les yeux vers le public», explique-t-il. 

Revenant sur les paroles du pape avançant qu’un athée vaut mieux qu’un catholique pratiquant hypocrite, le consulteur de la Congrégation pour la cause des saints s’interroge: «si je dis que ceux qui vivent dans l’état de haine du prochain - et qui sont donc effectivement en état de péché grave - font mieux de rester éloignés de l'Eglise, mais qu’en même temps j'affirme que nous devons laisser communier les divorcés-remariés - qui sont également pécheurs - je tombe dans la contradiction. En fait, les deux parties sont dans le péché. Alors pourquoi être strict avec ceux qui sont dans le péché de haine et miséricordieux avec les divorcés-remariés?» 

Ce faisant, le Saint-Père glisse inconsciemment, selon Mgr Bux, « dans une vision contradictoire et péroniste, une schizophrénie qui se heurte à l'idée même de la miséricorde qu’il a répandue ». 

La question de fond est posée par Mgr Bux à la fin de sa démonstration: «le pape peut-il propager ses idées privées au lieu de celles qui appartiennent à la vérité catholique perpétuelle? Non, il n’est pas un docteur privé et (…) ne saurait enseigner quelque chose qui se heurterait à la doctrine catholique et au dépôt de la foi». 

Et le théologien romain de conclure «Voilà pourquoi les pasteurs de l'Eglise doivent toujours faire preuve de fidélité à la doctrine pérenne et durable et à la vérité sans mélange d’erreur, la gardant avec soin». 

[FSSPX Actualités] Brésil: avec Bolsonaro, les évangéliques prennent le pouvoir

SOURCE - FSSPX Actualités - 18 janvier 2019

Le 1er janvier 2019, Jair Messias Bolsonaro a été intronisé nouveau président du Brésil après avoir remporté les élections avec 55% des suffrages contre 44% pour Fernando Haddad, son adversaire du Parti des travailleurs (PT).

L’ancien capitaine de l’armée, dont le slogan de campagne a été « Le Brésil au-dessus de tout, Dieu au-dessus de tous », est un catholique de naissance qui a épousé une évangélique. Il s’est fait symboliquement « rebaptiser » en 2016 dans le Jourdain, en Israël, par un pasteur protestant. Si l’on en croit les médias brésiliens, il fréquente non pas l’église mais le temple. Selon les instituts de sondage, il a récolté 20 millions de votes évangéliques sur les 42 millions d’électeurs qui se disent « évangéliques ». Son concurrent, Fernando Haddad en a recueilli 10 millions.

L’immense majorité des chefs des sectes pentecôtistes a clairement appelé les fidèles à voter pour Jair Bolsonaro. « Sa pensée est chrétienne : il défend la famille traditionnelle, est contre l’avortement et la théorie du genre. Il est honnête. Après toute la corruption de ces dernières années, c’est un facteur de poids », a témoigné le responsable d’une communauté évangélique à l’AFP au moment des élections.

Comme à son habitude, l’Eglise catholique a été avare en prises de position à l’exception de Mgr Orani João Tempesta, archevêque de Rio de Janeiro qui a soutenu publiquement le candidat de la droite. La Conférence nationale des évêques du Brésil, la CNBB, s’est montrée beaucoup plus prudente. Mgr Leonardo Steiner, son secrétaire général, a déclaré avant le scrutin « ne pas appeler les électeurs catholiques à voter pour tel ou tel candidat. Mais nous les enjoignons à choisir un candidat qui aide à préserver et non à détruire les systèmes démocratiques ». Un discours frileux qui reflète aussi l’engagement « à gauche » d’un certain clergé que les partisans de Bolsonaro ont dénoncé le 19 octobre 2018. Quelques jours seulement avant le deuxième tour des élections présidentielles, une quinzaine de personnes affichant leur soutien au candidat conservateur ont ainsi fait irruption au siège de la CNBB, à Brasilia, la capitale. Ils ont brandi des drapeaux du Brésil et une banderole : « Dehors les communistes »…
Le vote décisif des évangéliques

Selon les observateurs, les 20 millions de votes évangéliques, sur les 58 millions obtenus au total par Bolsonaro, ont donc été fondamentaux dans la victoire finale de celui que les médias ont surnommé le « Trump tropical ».

« La campagne présidentielle, comme celle qui a permis l’élection de Donald Trump aux Etats-Unis, a vu la participation active de nombreuses communautés protestantes, qui ont appuyé en grande partie le candidat de la droite », souligne Ricardo Mariano, sociologue brésilien cité par l’agence cath.ch. Selon lui, les « évangéliques de mission » (luthériens, presbytériens, méthodistes, baptistes, adventistes, etc.) n’ont « jamais influencé de manière décisive la vie politique du pays ». Ce qui n’est pas le cas des évangéliques d’origine pentecôtiste qui affichent un taux de croissance exponentiel de fidèles ».

Le maire de Rio, Marcelo Crivella, lui-même pasteur de l’« Eglise universelle du royaume de Dieu », fut élu en 2016 sur une base « mi-politique, mi-religieuse ». Les évangéliques disposent aujourd’hui au Brésil de partis politiques, notamment l’influent Parti républicain brésilien (PRB) dont Crivella est membre, et de nombreux relais médiatiques, en particulier avec le groupe Record.

Interrogé par Le Figaro, Lamia Oualalou, journaliste ayant vécu 10 ans au Brésil, rappelle que « le succès des évangéliques en politique tient surtout à la manière dont ils ont su utiliser l’appareil médiatique comme les catholiques n’ont jamais su le faire, de la télévision aux réseaux sociaux. Ils ont leurs chanteurs, leurs maisons de disques, leurs télénovelas aux messages moralisateurs, et tout est articulé : le chanteur, connu, devient député. On assiste à la mise en place d’une véritable culture évangélique ».

Le Brésil est désormais le deuxième pays évangélique au monde après les Etats-Unis. Et l’effondrement des fidèles catholiques est spectaculaire : en 1990, 92% des Brésiliens étaient catholiques. En 2010, ils n’étaient plus que 64%. Les démographes prédisent que les deux religions seront au coude à coude d’ici 2030.