TradiNews

Actualité(s) du Traditionalisme Catholique

27 mai 2017

[Anne Le Pape - Présent] "Tout peut arriver" : Entretien avec l’abbé Alain-Marc Nély

SOURCE - Présent - 27 mai 2017


L’abbé Nély est, depuis plus de dix ans, second Assistant de Mgr Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X. Ses activités lui font parcourir le monde en des voyages parfois harassants, et ses pas le portent également souvent à Rome. 
— Monsieur l’abbé, vous que vos fonctions amènent à beaucoup voyager, pouvez-vous nous raconter des rencontres originales faites au cours de vos déplacements ?  
— Il y a, certes, des rencontres étonnantes dans les avions ou les aéroports. Le costume ecclésiastique que je porte permet à ceux que je croise de savoir à qui ils s’adressent. Il m’est arrivé quelquefois – je me souviens précisément de l’aéroport de Tokyo ou de celui de Zurich – de rencontrer des évêques, qui réagissent plus ou moins bien, ou des prêtres qui viennent me voir, ont envie de discuter, veulent connaître la Fraternité. Mais nous passons de l’aéroport au prieuré et du prieuré à l’aéroport dans des délais courts, qui ne laissent pas beaucoup de place aux entrevues inopinées. 

Une rencontre faite au cours de mon dernier voyage au Vanuatu, au mois de février, me revient à l’esprit. Nous venons d’ouvrir là-bas une mission dans un village et je voulais rencontrer l’évêque du lieu pour faire sa connaissance. J’arrive donc dans la cour de l’évêché avec l’abbé Bochkoltz, qui s’occupe du Vanuatu, de la Nouvelle-Calédonie et de la Nouvelle Zélande. J’aperçois un monsieur corpulent en maillot bleu, pieds nus dans des sandalettes. Je lui dis que je suis de la Fraternité Saint-Pie X et que j’aimerais rencontrer l’évêque. « Ah non ! Il n’a rien à faire avec vous, me répond-il, vous êtes hors de l’Eglise... » « Mais qui êtes-vous ? » lui dis-je alors. « Je suis l’évêque... » « Monseigneur, je suis désolé, je suis l’abbé Nély, deuxième Assistant, etc. » « Mais vous venez dans mon diocèse mettre la pagaille », me répond-il. « J’ai rencontré le Saint-Père il y a quelques jours, il a été beaucoup plus agréable que vous ! » lui ai-je rétorqué. Je lui montre une photo sur laquelle je suis avec le pape François. Changeant alors complètement d’attitude, il m’a dit à ce moment-là qu’il nous tolérait, et nous nous sommes quittés là-dessus. Je lui ai promis de lui envoyer un petit mot de Rome lors de mon prochain séjour... 
— A propos des conversations avec Rome, sentez-vous, après les avancées faites par le pape François (à propos des confessions, des mariages...), un changement d’attitude des évêques vis-à-vis de la Fraternité ? 
— Deux évêques en France ont transmis tout pouvoir pour les mariages à la Fraternité, Mgr Planet, évêque de Carcassonne, et Mgr Rey, évêque de Toulon. Un évêque en Nouvelle Zélande l’a fait également, et le nonce en Argentine a écrit à tous les évêques pour leur demander de laisser à la Fraternité les coudées franches. 
— Ne s’agit-il pas d’avancées importantes ? 
— Certes ! Nous sommes en train actuellement de rédiger un directoire pour expliquer la teneur de ce document et dans quelle mesure il nous revient de l’appliquer en respectant la volonté du Saint-Père. Je pense que cela prendra quelques mois pour que les choses soient claires dans l’esprit des prêtres et dans celui des fidèles, car il s’agit d’une situation relativement nouvelle. 
— Sans vous demander de révéler de secret, je ne peux pas ne pas vous poser la question : tous s’interrogent à propos d’une déclaration du pape vis-à-vis de la Fraternité... On parlait de Fatima le 13 mai dernier, on évoque désormais le 7 juillet, anniversaire du motu proprio libérant la messe traditionnelle. Cela repose-t-il sur un fondement solide ? 
— J’ai entendu parler de ces deux dates possibles. Je n’en vois pas les fondements. On a dit Fatima parce que le pape sait que les prêtres de la Fraternité sont très dévots à Fatima. Quant au 7 juillet, nous n’en savons rien non plus, mais tout peut arriver. Seulement, on ne voit pas pourquoi ces deux dates ont été émises à propos de cette déclaration. 
— La Fraternité ne cherche-t-elle pas à acquérir actuellement une maison au centre même de Rome, donc plus proche que le prieuré d’Albano, lui-même un peu excentré ? 
— Ce n’est pas nouveau puisque, quand j’ai été nommé supérieur d’Italie en 2004, une de mes priorités absolues était de trouver juste- ment un endroit à Rome, notamment une église plus visible que celle de la Via Urbana où nous célébrons la messe depuis maintenant à peu près trente ans, située entre Sainte- Marie-Majeure et Termini. Il s’agit d’un local aménagé qui ne peut contenir qu’une petite cinquantaine de personnes. En 2006, quand j’ai été élu deuxième Assistant, l’abbé Pagliarani est devenu Supérieur du District d’Italie, et il a continué à chercher. Ensuite l’abbé Petrucci, qui lui a succédé, a fait de même.

Actuellement, nous avons en vue trois ensembles immobiliers, qui pourraient chacun nous permettre de nous installer à Rome. La Maison généralice restera dans tous les cas à Menzingen, mais il serait bon d’avoir un pied- à-terre à Rome, une « procure » selon le nom coutumier, comme en ont d’ailleurs toutes les congrégations.

Ce que nous souhaitons, de plus, c’est d’avoir un institut, un centre universitaire, un lieu où l’on pourrait donner des conférences, l’équivalent de ce que l’on fait à Paris avec l’Institut Saint-Pie X.

Donc oui, nous cherchons à Rome un lieu où nous puissions avoir simultanément un pied-à-terre pour la Maison généralice, une belle église et des locaux universitaires. Prions pour que ce projet puisse se réaliser enfin ! 
— Les facilités données à la Fraternité par le pape pour les confessions et les mariages concernent-elles de la même façon les « congrégations amies » ? 
— En principe, ce qui touche la Fraternité Saint-Pie X regarde aussi les congrégations amies. C’est prévu dans l’ébauche de statuts de la prélature. Il est clair que la Fraternité n’est pas une entité séparée de ceux qui voudraient continuer à la suivre dans le combat actuel. 
— Voudriez-vous ajouter quelque chose pour les lecteurs de Présent... journal que vous avez vous-même vendu, je crois, dans le métro ? 
— Avec les fondateurs, oui, dont j’étais très proche, Bernard Antony, Max Champoiseau, au métro Opéra, je me souviens très bien ! Mais c’était alors le mensuel, avant la fondation du quotidien. J’ai bien connu aussi Jean Madiran... Ce sont des souvenirs qui restent profondément gravés dans ma mémoire.

J’encourage Présent, bien sûr, à continuer ce travail difficile qu’il mène, libre de toute servitude, et ses lecteurs à le soutenir activement. 

Propos recueillis par Anne Le Pape

26 mai 2017

[Abbé Lorans, fsspx - FSSPX Actualités] Contre « l’enfouissement », une procession en plein cœur de Paris

SOURCE - FSSPX Actualités - 26 mai 2017


Dans l’après-Concile, c’est une « pastorale de l’enfouissement » qui était en vigueur. Il s’agissait pour les prêtres d’être invisibles, et ils se mirent en civil. Il fallait que les fidèles se contentent d’assurer une simple « présence », un « témoignage » si discret qu’il en devenait incolore, inodore et insipide. On n’évangélisait plus, on dialoguait. On ne prêchait plus, on proposait.

Tel n’est pas l’esprit qui se manifestera le lundi de Pentecôte, à travers les rues de Paris. En début d’après-midi, les pèlerins de Chartres entreront en procession, depuis la Porte de l’Hippodrome jusqu’aux Invalides, en passant par le Trocadéro et la Tour Eiffel. Fatigués physiquement par cette marche de plus de 100 km, mais spirituellement réconfortés par ces trois jours de prière, ils retrouveront les accents enthousiastes du Lauda Sion Salvatorem, composé par saint Thomas d’Aquin :

« Sit laus plena, sit sonora, sit jucunda, sit decora mentis jubilatio. Que la louange soit pleine, qu’elle soit sonore, qu’elle soit joyeuse, qu’elle soit belle la jubilation de l’esprit ! »

Laisserons-nous ces milliers de pèlerins proclamer sans nous la gloire de Dieu ? Resterons-nous enfouis dans nos appartements, dans une torpeur confortable ? Non ! Tous ensemble sous le manteau de Notre-Dame de Fatima, à l’ombre de la cathédrale Saint-Louis des Invalides, nous dirons haut et fort que le Cœur immaculé est notre refuge inexpugnable en ces temps troublés. Nous nous réunirons tous pour manifester notre confiance inébranlable, car à la fin c’est bien ce Cœur qui triomphera !


Abbé Alain Lorans


[Marco Brunner - Le Temps] Au CHUV, les intégristes d'Ecône prient contre l’avortement

SOURCE - Le Temps - 26 mai 2017


Pour «réparer les crimes de l’avortement», la Fraternité Saint-Pie X utilise la chapelle du CHUV pour y dire des prières expiatoires. Depuis une dizaine d’années. Assurant qu’elle «tombe des nues», la direction de l’hôpital prend des mesures pour défendre le droit à l’interruption de grossesse

Cela se passe le 13 de chaque mois à 19h30 à la chapelle du CHUV, le centre hospitalier universitaire vaudois. Des croyants intégristes sont appelés à se rendre dans ce lieu de culte afin d’y prier «pour réparer les crimes de l’avortement». Ainsi que Le Temps l’a constaté, l’invitation figure dans le bulletin mensuel de la Fraternité Saint-Pie X, un courant plus familièrement connu sous le nom d’Ecône.

Il ressort de la même publication que, le samedi 13 mai, au moment même où le pape François célébrait à Fatima, au Portugal, le centenaire des apparitions de Marie, la Fraternité commémorait le miracle de son côté par une «messe votive» au CHUV.

Chapelle sans surveillance permanente

Le principal établissement hospitalier vaudois est-il donc devenu un lieu de présence privilégié pour le mouvement religieux conservateur? «Tout le monde ici tombe des nues», répond François Rouiller, responsable de l’aumônerie du CHUV, assurant tout ignorer de ces manifestations. «En soi, nous ne pouvons pas exclure que de telles prières aient pu avoir lieu, même sans notre accord», précise-t-il, car la chapelle n’est pas surveillée en permanence.

Propriété du CHUV, et donc de l’Etat de Vaud, la chapelle en question est un lieu œcuménique, dédié au soutien spirituel pour les patients et leurs familles. Elle est gérée par le service d’aumônerie de la cité hospitalière, pour lequel une vingtaine de théologiens, pasteurs et prêtres assurent une présence sept jours sur sept, en collaboration avec les Eglises protestantes et catholiques.
 François Rouiller insiste sur le fait qu’il n’existe aucun lien entre l’aumônerie, sa chapelle et la Fraternité. Il se demande du reste comment cette communauté a fait pour célébrer une messe votive sans accès à la sacristie.

«La vie doit être défendue»

Le jeune abbé Jean de Loÿe, 30 ans, responsable de la paroisse lausannoise de la Fraternité Saint-Pie X, confirme au Temps l’existence de ces prières. Non seulement elles ont lieu à la chapelle, mais elles se tiennent depuis au moins une dizaine d’années, affirme-t-il. «Il ne s’agit pas d’une manifestation revendicative. Mais la vie doit être défendue», explique-t-il.

L’abbé ne veut donner aucune précision sur le choix du CHUV pour ces prières. On peut toutefois imaginer que cet hôpital n’est pas choisi au hasard, étant l’un des sites où se pratiquent le plus d’avortements en Suisse romande. Selon les chiffres fournis par le CHUV, 757 interruptions de grossesse ont été effectuées en 2015 au Département femme-mère-enfant. Au niveau suisse, l’Office fédéral de la statistique a enregistré pour la même année 10 255 cas. Une légère baisse est constatée depuis quelques années, surtout parmi les jeunes femmes.

Une bénévole à l’œuvre ?

Une congrégation religieuse qui se flatte d’organiser des prières réparatrices au CHUV, une direction d’hôpital qui n’a rien vu, quelle est la réalité? Ce qui semble sûr, c’est qu’il n’y a jamais eu dans la chapelle de l’hôpital de rassemblement important de chrétiens traditionalistes. «La chapelle est un lieu apprécié par beaucoup d’employés de l’hôpital qui l’utilisent pour y faire de la méditation pendant les pauses, relève Pierre-François Leyvraz, le directeur général du CHUV. Elle est ouverte à toutes les croyances et nous ne voulons pas faire de la police.»

Tout en répétant n’avoir rien remarqué, les responsables de l’hôpital formulent l’hypothèse qu’une ancienne bénévole de l’hôpital pourrait être au centre de ces prières, qui ne réuniraient qu’un nombre très réduit de personnes. Le nom de cette bénévole apparaît en tout cas aussi dans le bulletin de la Fraternité.

Le CHUV réagit

Interrogé par Le Temps, le conseiller d’Etat Pierre-Yves Maillard, responsable politique du CHUV en tant que chef du Département de la santé et de l’action sociale (DSAS), indique que «si cette pratique est avérée, la direction du CHUV fera en sorte que ce lieu de recueillement propriété de l’Etat ne soit plus utilisé pour la diffusion de messages mettant en cause le droit à l’avortement».

Au CHUV, des mesures sont en effet annoncées. Le service de sécurité a reçu l’instruction de fermer la chapelle le 13 du mois entre 19h et 20h. De plus, une lettre sera envoyée ces prochains jours à la Fraternité Saint-Pie X pour lui signifier cette interdiction d’accès et lui demander de supprimer de son bulletin l’annonce des prières. «L’avortement est un droit. En tant que service de l’Etat nous défendons la loi et ne voulons pas du prosélytisme dans nos locaux», ajoute le directeur Pierre-François Leyvraz.

Un droit remis en cause

Le mouvement d’Ecône, présent à Lausanne depuis une trentaine d’années, a récemment créé la surprise avec son emménagement en février dans la chapelle de l’ancien Institut Mont-Olivet. L’interruption de grossesse est légalisée en Suisse depuis 2002, dans les douze premières semaines. Une légalisation que les milieux conservateurs n’ont pas acceptée et tentent de remettre en cause.

22 mai 2017

[Paix Liturgique] Avec le Cardinal Sarah, la liturgie est en de bonnes mains

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 595 - 22 mai 2017

« Nous devons être reconnaissants au Pape François d’avoir placé un tel maître spirituel à la tête de la Congrégation qui est responsable de la célébration de la Liturgie dans l’Église. » Benoît XVI, Pape émérite
     
Touché par le dernier livre du cardinal Robert Sarah, La Force du silence (Fayard, 2016), le Pape émérite Benoît XVI a tenu à rédiger la préface à l'édition allemande qui sort chez fe-verlag à la fin du mois. La version anglaise de ce texte, qui fera désormais office de postface aux rééditions du livre dans les autres langues, a été diffusée la semaine dernière par le site de la revue conservatrice américaine First Things. Nous sommes heureux de publier cette semaine, la version française officielle de ce texte, préparée par les éditions Fayard, qui confirme, comme nous l'avions écrit dès le 3 décembre 2014 (voir notre lettre 467), l'excellence et la continuité du choix fait par le Pape François en matière liturgique.
     
Depuis que j’ai lu, dans les années 50, les épîtres de Saint Ignace d’Antioche, je suis resté particulièrement impressionné par un passage de sa Lettre aux Éphésiens : “Il est préférable de rester silencieux et d’être que de parler et de n’être pas. Il est beau d’enseigner si l’on fait que ce que l’on dit. Il n’y a qu’un seul Maître qui a dit et a fait, et les œuvres qu’il a faites dans le silence sont dignes du Père. Celui qui possède vraiment la Parole de Jésus peut entendre Son silence même, afin d’être parfait, afin d’œuvrer par Sa parole et être connu par le seul fait de rester dans le silence” (15, 1s.). 
Que signifie entendre le silence de Jésus et Le reconnaître à Son silence? Les Évangiles nous apprennent que Jésus a continuellement vécu les nuits, seul, “sur la montagne” à prier, en dialoguant avec Son Père. Nous savons que Son langage, Sa parole, provient de cette permanence dans le silence et que c’est seulement dans ce silence qu’elle pouvait donner du fruit. Il apparaît donc clairement que Sa parole ne peut être comprise de façon juste que si l’on pénètre dans Son silence même; on ne peut apprendre à l’écouter qu’en demeurant dans ce silence.
     
Certes, pour interpréter les paroles de Jésus, il est indispensable d’avoir une compétence historique qui nous apprend à comprendre le temps et le langage de Son époque. Mais, dans tous les cas, cela ne suffit pas pour saisir vraiment le message du Seigneur dans toute sa profondeur. Celui qui, de nos jours, lit les commentaires des Évangiles, devenus toujours plus volumineux, reste finalement déçu. Il apprend beaucoup de choses utiles sur le passé, et de nombreuses hypothèses, lesquelles ne facilitent en rien la compréhension du texte. À la fin, on a la sensation qu’il manque quelque chose d’essentiel à cette surabondance de mots : la nécessité d’entrer dans le silence de Jésus d’où sa Parole prend naissance. Si nous ne réussissons pas à entrer dans ce silence, nous n’écouterons Sa parole que de façon superficielle et, en conséquence, nous ne la comprendrons pas vraiment.
      
Toutes ces considérations ont de nouveau traversé mon âme à la lecture du nouveau livre du cardinal Robert Sarah. Il nous enseigne le silence : surtout à rester en silence avec Jésus, le vrai silence intérieur, et c’est justement ainsi qu’il nous aide à comprendre d’une façon nouvelle la parole du Seigneur. Naturellement, il ne nous parle que très peu ou pas de lui-même, mais, cependant, de temps en temps, il nous permet de jeter un regard sur sa vie intérieure. A Nicolas Diat qui lui demande : “Dans votre vie, vous est-il arrivé de penser que les mots deviennent trop ennuyeux, trop lourds, trop bruyants?”, il répond : “… Quand je prie et, dans ma vie intérieure, j’ai souvent ressenti l’exigence d’un silence plus profond et plus complet… Les jours passés dans le silence, dans la solitude et dans le jeûne absolu ont été d’une grande aide. Ils ont été une grâce incroyable, une lente purification, une rencontre personnelle avec Dieu… Les jours en silence, dans la solitude et le jeûne, avec la Parole de Dieu comme unique nourriture, permettent à l’homme d’orienter sa vie vers l’essentiel” (réponse n. 134, p. 156; édition française pp. 113-114). Dans ces lignes apparaît la source de vie du Cardinal qui confère à sa parole une profondeur intérieure. C’est là le fondement qui lui permet de reconnaître les dangers qui menacent de façon continuelle la vie spirituelle, et en particulier celle des prêtres et des évêques, touchant ainsi l’Église elle-même, dans laquelle, à la Parole, se substitue trop souvent un verbiage dans lequel se dissout la grandeur de la Parole. Je voudrais citer une seule phrase qui peut être à l’origine d’un examen de conscience pour tous les évêques : “Il peut arriver qu’un prêtre bon et pieux, une fois élevé à la dignité épiscopale, tombe rapidement dans la médiocrité et la préoccupation des choses temporelles. Succombant ainsi sous le poids des charges qui lui sont confiées, mû par le désir de plaire, préoccupé par son pouvoir, son autorité et les nécessités matérielles de sa fonction, il se délite peu à peu” (réponse n.15, p.19 ; édition française p. 39).
      
Le cardinal Sarah est un maître spirituel qui parle en se fondant sur une profonde intimité avec le Seigneur dans le silence; Par cette unité avec Lui, il a vraiment quelque chose à dire à chacun de nous.
      
Nous devons être reconnaissants au Pape François d’avoir placé un tel maître spirituel à la tête de la Congrégation qui est responsable de la célébration de la Liturgie dans l’Église. Pour la Liturgie, comme pour l’interprétation de l’Ecriture Sainte, il est nécessaire d’avoir une compétence spécifique. Il est également vrai que, dans le domaine de la liturgie, la connaissance du spécialiste peut, en fin de compte, ignorer l’essentiel, si elle n’est pas fondée sur l’union profonde et intérieure avec l’Église orante, qui apprend sans cesse de nouveau du Seigneur lui-même ce qu’est le culte. Avec le Cardinal, un maître du silence et de la prière intérieure, la Liturgie est en de bonnes mains.
     
Cité du Vatican, Semaine de Pâques 2017
Benoît XVI, Pape émérite

[Mgr R. Michael Schmitz, icrsp - Lettre à Nos Amis et Bienfaiteurs de la Province de France] Nos oblats au service du Sacerdoce catholique Editorial

SOURCE - Mgr R. Michael Schmitz, icrsp - Lettre à Nos Amis et Bienfaiteurs de la Province de France - mai 2017

Chers amis de l'Institut,

Par la grâce de Dieu, l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre peut se réjouir de beaucoup de vocations. Notre Séminaire international à Gricigliano est plein de jeunes hommes venant de France et du monde entier, qui ont trouvé dans la forme canoniale et communautaire de notre vie l'atmosphère connaturelle à leurs âmes de futurs prêtres. Ils se préparent avec l'aide de leurs supérieurs et professeurs à devenir chanoines, c'est-à-dire à consacrer leurs jeunes existences à Dieu par la liturgie solennelle de l'Office Divin et aux hommes de notre temps par la fidélité à la foi catholique toute entière. Les chanoines séculiers ont toujours constitué une tête de pont entre Dieu et le monde, justement par le fait de rendre accessible au milieu de la cité tous les mystères de Dieu dans leur forme la plus soignée. Depuis le début, sans faire ni ombre ni concurrence à la vocation de prêtre diocésain, les chanoines séculiers vivant en communauté ont attiré des vocations cherchant cette vie commune et, à leur place, ont pu contribuer à la grande culture catholique. Nous sommes heureux de pouvoir continuer cette tradition plus que millénaire et d'introduire nos jeunes dans cette vie typiquement canoniale entre liturgie et pastorale.

Pourtant, notre Institut ne se compose pas seulement de vocations sacerdotales. Tous connaissent désormais nos Sœurs Adoratrices du Cœur Royal de Jésus Souverain Prêtre qui jouissent aussi de nombreuses jeunes vocations (sept postulantes cette année !). Une autre vocation importante pour notre vie canoniale qui attire également de plus en plus de jeunes hommes au service du Seigneur reste pour le moment trop peu connue en France : nos oblats, c'est-à-dire des jeunes hommes qui se sentent destinés à se consacrer au sacerdoce de Jésus Souverain Prêtre par une vie de prière liturgique avec les chanoines et par le service rendu au ministère sacerdotal dans notre Institut.

La vocation d'oblat dans l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre est née providentiellement. Peu de temps après la fondation de l'Institut, des jeunes hommes se sont présentés aux Supérieurs:sans avoir la vocation sacerdotale, ils voulaient rejoindre notre vie canoniale pour pouvoir servir Dieu et son Église. D'autres ont pu comprendre après quelques années au séminaire que c'était cette voie que le Seigneur avait choisie pour eux. Le nombre d'oblats a connu une croissance lente, mais continuelle, initialement en Allemagne et aux États-Unis, puis en France, de sorte qu'à l'heure actuelle ils constituent déjà plus de 10% des membres de notre Institut canonial. Les oblats participent pleinement à notre vie communautaire et liturgique, peuvent recevoir des ordres jusqu'au diaconat selon leur vocation spécifique, et aident le sacerdoce selon leurs différentes compétences professionnelles, par exemple comme instituteurs, catéchistes, intendants, sacristains, organistes, artistes, cérémoniaires, administrateurs ou dans une autre fonction qui convienne à leurs talents personnels.

Pour commencer leur période de formation de cinq ans qui se déroule dans une de nos maisons dans leur pays natal, ils doivent avoir 18 ans accomplis et avoir obtenu le Baccalauréat, un équivalent ou une formation professionnelle. Pendant leur formation, ils reçoivent des cours de latin et d'autres langues si nécessaire, de spiritualité, de liturgie, de théologie et d'autres instructions appropriées à leur vocation ainsi qu'une formation professionnelle si leur charge le demande. Leur participation à notre vie commune et leurs fonctions dans la liturgie contribuent à leur croissance humaine et spirituelle. Non seulement le Prieur de la maison, mais aussi un délégué du Prieur Général pour les oblats veillent que rien ne leur manque et que leur vocation se développe sans difficulté et joyeusement dans le service du Seigneur. Comme les séminaristes, ils sont toujours libres s'ils choisissaient une autre vocation. C'est « la liberté de la gloire des enfants de Dieu » (Rom 8,21) qui fait une bonne vocation, et cela vaut aussi pour nos oblats ! Dans cet esprit, ils revêtent la soutane après les premières années de formation et ils émettent une promesse conclusive à la fin de celles-ci.

Il est temps que cette belle vocation, pleinement incorporée dans notre Institut depuis longtemps, soit plus connue partout. Pendant mes voyages continuels pour notre Institut, je vois souvent des familles nombreuses avec beaucoup de garçons, ou d'autres jeunes hommes proches de la vie de l'Église. Tous n'ont pas la vocation, bien sûr, mais parmi ceux auxquels le Seigneur adresse sa voix pour qu'ils le suivent il y aura certainement, dans le présent comme dans le passé, ceux avec cette vocation particulière au service du Souverain Prêtre comme oblat. Il n'y a pas de crise de vocation puisque le Seigneur appelle toujours, mais il y a une crise de discernement des vocations puisque les vocations ne sont pas suffisamment encouragées quand elles ne sont pas empêchées. Encourageons donc toute vocation, pour le sacerdoce, pour l'oblature, pour la vie de sœur religieuse ! Certes, chaque vocation engendre un sacrifice, mais toute vocation pour Dieu suivie avec générosité procure un contentement que le monde ne donnera jamais. Dieu a toujours appelé pour différents services, n'empêchons-en aucun, et surtout pas par mondanité ! Aider une jeune âme à la découverte et à la poursuite de sa vocation en toute liberté est le plus grand service qu'on puisse lui rendre.

C'est l'un des buts centraux de notre Institut. Nous vous remercions de nous aider à la réalisation de ce but auquel sert notre Séminaire International à Gricigliano, la formation de nos oblats et le noviciat de nos sœurs. Votre soutien par la prière et votre générosité matérielle pour notre Province de France aidera aussi nos oblats en formation. Je vous remercie de tout cœur de tout ce que vous faites pour nous tous et je vous assure de mes prières fidèles à l'autel du Seigneur pour nos amis et bienfaiteurs.

Avec mes meilleurs vœux pour un temps pascal plein de grâce, je reste bien à vous in Christo Rege,

Mgr R. Michael Schmitz, Vicaire Général dans l'Institut, Provincial de France

N.B. : Dans cette lettre provinciale vous trouverez la bonne nouvelle d'une Confrérie de la Consolation pour les âmes du Purgatoire érigée dans la chapelle de la maison provinciale. S'il vous plaît, lisez attentivement ce que vous pouvez faire pour aider ces âmes qui ont tous besoin de nous !