24 juin 2018

[FSSPX Actualités] Australie : la résistance s’organise

Père Michael Whelan
SOURCE - FSSPX Actualités - 22 juin 2018
Plusieurs Etats d’Australie ont décidé que le secret de la confession sacramentelle pouvait être violé en cas d'abus sur mineurs. L’Eglise ne l’entend pas de cette oreille : l’orage gronde en Océanie. 

La paroisse Saint-Patrick de Sydney, à l’instar de nombreux lieux de culte catholique de la métropole australienne, n’entend pas transiger avec la discipline de l’Eglise : « l’Etat nous demande à nous, prêtres catholiques, de commettre un sacrilège, et cela nous ne pourrons jamais le faire », prévient le père Michael Whelan.

L’Etat d’Australie-du-Sud a emboîté le pas à celui de Canberra afin de mettre fin au secret de confession dans les cas concernant des abus sur mineurs.

D’ici quelques semaines, ce sera au tour du Nouveau-Pays-de Galles-du-Sud de se prononcer sur la même question.

« Au point où nous sommes arrivés, je m’attends à ce que tous les Etats d’Australie s’alignent sur les recommandations de la Commission royale demandant de mettre fin au secret de la confession, mais l’Eglise ne suivra pas », prévient le père Whelan.

« Comme tous mes confrères prêtres, je préfère aller en prison plutôt que d’enfreindre le secret de la confession », déclare le curé de Saint-Patrick.

[Paix Liturgique] Une conversion extraordinaire

SOURCE - Paix Liturgique - Lettre n°649 - 21 juin 2018

En mai 2017, le courrier d’une lectrice qui découvre la forme extraordinaire du rite romain nous incita à lui demander ce qui l’attirait dans la liturgie traditionnelle. Les mystères de l’électronique font que ce n’est qu’en mai 2018, soit un an plus tard, qu’elle prit connaissance de notre question. Et non seulement sa réponse a confirmé le choix préférentiel effectué en 2017 mais elle a éclairé d’une lueur proprement surnaturelle son parcours spirituel et celui de sa famille. Anne (ainsi l’appellerons-nous) vient en fait du protestantisme et n’a découvert la forme extraordinaire du rite romain qu’après s’être pleinement investie dans la vie de sa paroisse (ordinaire). Plutôt originale en France, cette conversion à deux étages recoupe en fait parfaitement celle de nombreux fidèles de par le monde. Lors de nos visites à Amsterdam et à Hambourg l’hiver dernier, nous avons ainsi rencontré plusieurs anciens protestants nous expliquant avoir trouvé dans la liturgie traditionnelle l’exacte nourriture spirituelle qu’ils attendaient de l’Église catholique en franchissant le seuil de leur paroisse.
I – Le témoignage d’Anne
Mai 2017 

Cela fait moins d’un mois que nous entendons la messe traditionnelle, célébrée dans une chapelle voisine par un chanoine de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre.

Je suis (j’étais) protestante, et avec mon mari nous sommes depuis plus d’un an sur le chemin de la confirmation, que nous recevrons le 3 juin prochain. Plus nous apprenons à connaître le Christ et son Eglise , plus nous ressentons le besoin de vivre une liturgie qui puisse nourrir notre foi de façon croissante. Nous comptons garder d’étroites relations avec les personnes qui composent notre paroisse telle que nous la connaissons depuis que nous avons commencé notre parcours (des personnes qui souvent ont un a priori négatif concernant la messe traditionnelle), et nous regrettons que les contacts entre fidèles de l’une ou l’autre messe ne soient pas plus fréquents.

Dans la messe traditionnelle nous sommes enfin arrachés à nous-mêmes, et tout concourt à notre joie, sans esquiver pourtant aucune croix que nous retrouvons en sortant.

Mai 2018

Je vous prie de recevoir mes sincères excuses pour tout le temps qu’il m’aura fallu avant de répondre à votre message.

Notre conversion est journalière, au sens où c’est chaque jour que nous devons tourner notre cœur vers le Seigneur alors que le monde pèse de toutes ses forces en sens contraire. Mais c’est dans la joie et l’action de grâces que nous faisons mémoire des moments où nous avons commencé ce pèlerinage. La forme extraordinaire de la messe continue à jouer un rôle prédominant, tandis que les difficultés liées au progressisme dans la partie ordinaire de notre paroisse nous offrent des occasions d’ascèse et de sanctification.

Nous avons augmenté la fréquence à laquelle nous entendons la messe tridentine. Au début c’était une fois par mois, maintenant cette proportion s’est inversée et nous n’allons donc plus qu’une fois par mois à la messe ordinaire. Nous gardons ainsi contact avec le reste de la paroisse car nous y connaissons beaucoup de personnes, étant donné que c’est à leur contact que notre conversion s’est accomplie.

Ces personnes ont parfois des réflexions qui nous appesantissent tant elles montrent une volonté, parfois consciente, de contester le magistère et la dimension surnaturelle de la foi. Un peu tristes pour ces gens que nous aimons, nous nous disons que nous ne devons pas nous couper d’eux, autant pour des raisons d’amitié que par Espérance. À force de voir combien la Tradition nous rend heureux et sereins, nous nous disons qu’ils finiront par se rendre compte du besoin d’ouvrir les yeux sur certaines réalités.
II – Les réflexions de Paix Liturgique
1) À Amsterdam, l’hiver dernier nous avons rencontré une dame élevée dans le protestantisme mais ayant mené une vie loin de la religion avant de se convertir au catholicisme par amour eucharistique. Vite insatisfaite de sa paroisse dont la liturgie lui semblait trop humaine et horizontale, elle a pris le chemin d’une paroisse plus classique manifestant un plus grand respect pour la Sainte Eucharistie avant d’entendre parler de la forme extraordinaire et de l’existence de la paroisse personnelle Sainte-Agnès (voir notre lettre 624). Là, elle nous a dit avoir trouvé « la dévotion envers la Sainte Eucharistie qui [l]’avait tant impressionnée dans les lectures spirituelles qui avaient accompagné [sa] conversion ». Une foi vive en la présence réelle de Notre Seigneur Jésus-Christ dans le Saint-Sacrement accompagne en effet souvent la conversion des protestants convertis, nourrissant ainsi leur désir d’une liturgie plus digne et recueillie.

2) Souvent le zèle des convertis les rend excessifs dans leurs jugements et leurs affections. Ce n’est pas le cas d’Anne et de sa famille qui savent devoir leur conversion en partie à la communauté paroissiale qui les a accueillis dans la foi. Aussi et même si l’on comprend qu’Anne préfère aujourd’hui « la joie » que lui procure la messe traditionnelle et souffre des vieux réflexes progressistes qui se manifestent dans sa paroisse ordinaire, elle refuse de se couper de cette paroisse – qui est « sa » paroisse – et tient à continuer à y vivre une partie de sa vie catholique. La croissance de la messe traditionnelle s’est faite, en quelque sorte, par une respiration à deux poumons. Il y a les fidèles qui ont « tout quitté » pour maintenir la célébration de cette messe, pratiquant dans des conditions parfois très ascétiques, parfois dans des granges et des garages, et dont la constance envers et contre tout a fini par faire plier les autorités ecclésiastiques. Et il y a une majorité des fidèles catholiques qui ont toujours voulu vivre leur foi dans leur paroisse sans en troubler l’harmonie et que nos sondages, aussi bien nationaux que diocésains, ont illustré de façon cohérente dans le temps et dans l’espace (de 2001 à 2017 et de La Rochelle au Brésil).

3) Le témoignage d’Anne nous rappelle que la liturgie traditionnelle de l’Église romaine est un formidable outil d’évangélisation. C’est pour cela que nous soutenons la lettre et l’esprit du motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI, qui tente de l’inscrire dans le cadre paroissial et ne la cantonne plus, comme c’était encore le cas à l’étape du motu proprio Ecclesia Dei de Jean-Paul II, aux marges de la pastorale diocésaine. Pour rayonner et participer pleinement au renouveau de la foi, la forme extraordinaire du rite romain doit pouvoir être proposée comme un élément à part entière de la vie paroissiale – et osons le dire sa meilleure part, sans nier la bonne foi et la bonne volonté des fidèles "ordinaires" – et pas comme une spécialité, un privilège ou une concession réservée à une élite ou à un ghetto !

4) « Dans la messe traditionnelle nous sommes enfin arrachés à nous-mêmes », dit très joliment Anne. Elle exprime ainsi, indirectement, la critique la plus immédiate faite à l'endroit de la messe ordinaire : celle d'être une messe véritablement "ordinaire" qui, aussi bien célébrée soit-elle, reste très – trop – liée aux choses de la terre et du monde. Dans le même temps, elle identifie très justement ce qui est l’essence de la liturgie et que l’on trouve dans la messe traditionnelle : arracher nos âmes aux pesanteurs de la terre pour leur faire goûter aux saveurs du ciel.

23 juin 2018

[FSSPX Actualités] Etats-Unis : sept nouveaux prêtres pour la Fraternité

SOURCE - FSSPX Actualités - 23 juin 2018

Jour de liesse au séminaire Saint-Thomas-d’Aquin de Dillwyn en Virginie : Mgr Bernard Tissier de Mallerais a conféré le sacrement de l’Ordre à sept candidats, au cours de la messe pontificale qu’il a célébrée le 22 juin 2018.

C’est à 9 h que débuta la procession menant le pontife et les ordinands, cierges dans la main droite et chasuble sur le bras gauche, sous la tente des ordinations.

Après l’homélie prononcée par Mgr Tissier de Mallerais, les rites solennels de l’ordination sacerdotale se sont déployés avec faste, et les sept diacres - les abbés McManus, Sheahan, Tamm, Fabula, Buschmann, O’Hart et Graziano - sont devenus prêtres pour l’éternité.

Ce fut une magnifique journée qui réunit la communauté du séminaire et les fidèles dans une même action de grâces, et dans le souvenir du vénéré Fondateur de la Fraternité.

[Mgr Bernard Fellay - FSSPX Actualités] La crise dans l’Eglise : quelles racines, quels remèdes ?

SOURCE - FSSPX Actualités - 23 juin 2018

Message de Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, à la journée d’étude sur « les racines de la crise dans l’Eglise », Rome, 23 juin 2018.

Cette journée d’étude est très utile, car il est plus que nécessaire aujourd’hui de remonter aux racines de la crise dans l’Eglise. En septembre dernier, lors de la publication de la Correctio filialis que j’ai signée, je souhaitais que « le débat sur ces questions majeures s’amplifie, afin que la vérité soit rétablie et l’erreur condamnée » (FSSPX.Actualités 26/09/17), c’est dire que j’adhère pleinement à l’objectif que vous vous êtes fixé : « Le rejet de ces erreurs et le retour, avec l’aide de Dieu, à la Vérité catholique complète et vécue, est la condition nécessaire de la renaissance de l’Eglise. » (Présentation du congrès du 23 juin 2018)

Correspondance entre le cardinal Ottaviani et Mgr Lefebvre

Votre démarche s’inscrit dans la ligne d’un échange de correspondance peu connu entre le cardinal Ottaviani et Mgr Lefebvre, qui peut nous fournir un éclairage précieux. Cet échange a eu lieu un an après la fin du Concile, en 1966.

En effet, le 24 juillet 1966, le cardinal Alfredo Ottaviani, alors Pro-préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, faisait parvenir aux évêques une lettre dans laquelle il dressait la liste de 10 erreurs qui s’étaient manifestées après le concile Vatican II. On peut y lire ces affirmations dont l’actualité, plus de 50 ans après, demeure intacte :

« La vérité objective et absolue, ferme et immuable, n’est presque pas admise par certains, qui soumettent toutes choses à un certain relativisme et ceci pour la raison fallacieuse que toute vérité suit nécessairement le rythme de l’évolution de la conscience et de l’histoire ». (n° 4)

« Des erreurs non moindres sont répandues dans le domaine de la théologie morale. En effet certains, non en petit nombre, osent rejeter la règle objective de la moralité ; d’autres n’acceptent pas la loi naturelle, mais affirment la légitimité de la morale de situation, comme ils disent. Des opinions pernicieuses sont proposées sur la moralité et la responsabilité en matière sexuelle et matrimoniale ». (n° 9)


La remise en cause de « la vérité objective et absolue » et de « la règle objective de la moralité », la promotion d’un « relativisme », la légitimation de « la morale de situation », telles sont les racines de la crise dans l’Eglise.

Le 20 décembre 1966 Mgr Marcel Lefebvre, alors Supérieur général des Pères du Saint-Esprit, répondit au cardinal Ottaviani par une liste de doutes. Ces dubia n’étaient pas les siens, mais ceux qu’il voyait s’introduire dans l’enseignement officiel, à la suite du Concile : « Qu’il s’agisse :

- de la transmission de la juridiction des évêques,
- des deux sources de la Révélation,
- de l’inspiration scripturaire,
- de la nécessité de la grâce pour la justification,
- de la nécessité du baptême catholique,
- de la vie de la grâce chez les hérétiques, schismatiques et païens,
- des fins du mariage,
- de la liberté religieuse,
- des fins dernières, etc.

Sur ces points fondamentaux, la doctrine traditionnelle était claire et enseignée unanimement dans les universités catholiques. Or, de nombreux textes du Concile sur ces vérités permettent désormais d’en douter ».

Au sujet de cette clarté de la doctrine traditionnelle rendue trouble à partir du Concile, l’aveu - 24 ans après - du P. Peter Henrici s.j., dans son article « La maturation du Concile » (in Communio n° 92, nov.-déc. 1990, p. 85 et sqq.), confirme le bien-fondé de l’inquiétude de Mgr Lefebvre. Le théologien suisse n’hésite pas, en effet, à voir au Concile « l’affrontement de deux traditions différentes de la doctrine théologique, qui ne pouvaient, au fond, se comprendre mutuellement ! ».

Conséquences pratiques des doutes et erreurs

Mais Mgr Lefebvre ne se contentait pas d’énoncer et de dénoncer les doutes nouvellement apparus, il ajoutait aussitôt au cardinal Ottaviani : « Les conséquences en ont été rapidement tirées et appliquées dans la vie de l’Eglise ». Suivent alors, sous la plume de Mgr Lefebvre, les conséquences pratiques, pastorales, de ces doutes :

- Les doutes sur la nécessité de l’Eglise et des sacrements entraînent la disparition des vocations sacerdotales.

- Les doutes sur la nécessité et la nature de la « conversion » de toute âme entraînent la disparition des vocations religieuses, la ruine de la spiritualité traditionnelle dans les noviciats, l’inutilité des missions.

- Les doutes sur la légitimité de l’autorité et l’exigence de l’obéissance provoqués par l’exaltation de la dignité humaine, de l’autonomie de la conscience, de la liberté, ébranlent toutes les sociétés en commençant par l’Eglise, les sociétés religieuses, les diocèses, la société civile, la famille. (...)

- Les doutes sur la nécessité de la grâce pour être sauvé provoquent la mésestime du baptême désormais remis à plus tard, l’abandon du sacrement de pénitence. (...)

- Les doutes sur la nécessité de l’Eglise source unique de salut, sur l’Eglise catholique seule vraie religion, provenant des déclarations sur l’œcuménisme et la liberté religieuse, détruisent l’autorité du Magistère de l’Eglise. En effet, Rome n’est plus la « Magistra Veritatis » unique et nécessaire.


Proposition de remèdes concrets

Face à ces maux, Mgr Lefebvre propose respectueusement à l’adresse du Souverain Pontife des remèdes concrets : « Que le Saint-Père (...) daigne par des documents importants proclamer la vérité, poursuivre l’erreur, sans crainte des contradictions, sans crainte des schismes, sans crainte de remettre en cause les dispositions pastorales du Concile ».

Il demande au pape de soutenir efficacement les évêques fidèles : « Daigne le Saint-Père :

- encourager les évêques à redresser la foi et les mœurs individuellement, chacun dans leurs diocèses respectifs, comme il convient à tout bon pasteur ;
- soutenir les évêques courageux, les inciter à réformer leurs séminaires, à y restaurer les études selon saint Thomas ;
- encourager les supérieurs généraux à maintenir dans les noviciats et les communautés les principes fondamentaux de toute ascèse chrétienne, surtout l’obéissance ;
- encourager le développement des écoles catholiques,
- la presse de saine doctrine,
- les associations de familles chrétiennes ;
- enfin réprimander les fauteurs d’erreurs et les réduire au silence ».

A son humble niveau, dans la Fraternité Saint-Pie X qu’il fonda en 1970, Mgr Lefebvre s’est efforcé de mettre en œuvre ces remèdes : enseignement thomiste dans les séminaires, ascèse chrétienne et obéissance inculquées aux séminaristes et, autour des prieurés : écoles catholiques, presse catholique, associations de familles chrétiennes.

Cette mise en œuvre pratique était essentielle pour le fondateur de la Fraternité : faire ce qui est possible à son niveau, avec les grâces de son état, mais en n’oubliant jamais – comme il l’écrit au cardinal Ottaviani – que « le Successeur de Pierre et lui seul peut sauver l’Eglise ».

De l’exclusif à l’inclusif... et retour

Il convient d’ajouter ici qu’aux yeux de Mgr Lefebvre, cette mise en œuvre pratique est un remède efficace au relativisme. Il veut répondre au plan doctrinal, mais aussi au plan pastoral parce qu’il a conscience de la dimension idéologique des nouveautés postconciliaires. Or on ne peut répondre de façon purement spéculative à une idéologie, car elle ne verra dans cette réponse qu’une idéologie contraire et non pas le contraire d’une idéologie. Tel est le mode de raisonnement de ce relativisme subjectiviste qui dilue « la vérité objective et absolue » et « la règle objective de la moralité ».

En fait, les « doutes » dénoncés plus haut ont pour conséquence la remise en cause de l’essentiel, à savoir la mission salvifique de l’Eglise, par la promotion de ce « christianisme secondaire » si bien analysé par Romano Amerio. Cette perte de vue de l’essentiel brouille l’enseignement doctrinal et moral jusque-là clair. Lorsque la mission salvifique de l’Eglise n’est plus centrale, ni prioritaire, plus rien n’est hiérarchisé, ni structuré harmonieusement, et l’on a tendance à justifier les contradictions, les incohérences – qui sont beaucoup plus que des « doutes » !

Dès lors, on va faire en sorte que ce qui dans la bouche de Notre Seigneur était exclusif : ou l’un ou l’autre (« Nul ne peut servir deux maîtres, car ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. » Mt 6, 24), devienne conciliable ou inclusif, comme on dit aujourd’hui. On remplacera le ou l’un ou l’autre par la formule et l’un et l’autre « qui combine le ciel et le monde en un composé, dont la partie dominante qui donne au composé son caractère, est le monde » (Romano Amerio, Iota unum, étude sur les variations de l’Eglise catholique au XXe siècle, Nouvelles Editions Latines, 1987, p. 417). – Cela au nom d’une « miséricorde pastorale », englobant immigration, droits de l’homme et écologie...

C’est pourquoi Mgr Lefebvre a tant insisté pour qu’on laisse à la Fraternité Saint-Pie X une entière liberté pour « faire l’expérience de la Tradition ». Face à l’idéologie relativiste et à ses conséquences stérilisantes pour l’Eglise (vocations en déclin, pratique religieuse en chute constante...), il savait qu’il fallait expérimentalement opposer les fruits de la Tradition bimillénaire. Il souhaitait que ce retour à la Tradition permette, un jour, à l’Eglise de se la réapproprier. Remonter aux racines de la crise, c’est – dans le même temps – remonter à la Tradition : des effets aux causes, des fruits à l’arbre, comme nous y invite Notre Seigneur. Et là, il n’y a pas d’idéologie qui tienne, car les faits et les chiffres ne sont pas « traditionalistes », encore moins « lefebvristes », ils sont bons ou mauvais, comme l’arbre qui les produit.

Qu’à partir de cette expérience modeste mais irréfutable, l’Eglise puisse se réapproprier sa Tradition, tel est le but de Mgr Lefebvre et de son œuvre. Et nous ne pouvons que faire nôtre la conclusion de sa lettre au cardinal Ottaviani : « Sans doute suis-je bien téméraire de m’exprimer de cette manière ! Mais c’est d’un amour ardent que je compose ces lignes, amour de la gloire de Dieu, amour de Jésus, amour de Marie, de son Eglise, du Successeur de Pierre, évêque de Rome, Vicaire de Jésus-Christ».