17 décembre 2018

[François Hoffman - Présent] L'Eglise des barricades?

SOURCE - François Hoffman - Présent - 15 décembre 2018

La présence de prêtres et séminaristes, sur les Champs-Elysées, le samedi 8 décembre 2018, a surpris plus d'un observateur. Le père Grégoire, prêtre du diocèse de Beauvais, a même béni les Gilets jaunes et les forces de l'ordre. Une posture inédite de la part d'ecclésiastiques?
   
Accusée d'être au service de l'ordre, l'Eglise est aussi proche de son peuple. Experte en humanité, elle a quelquefois suivi de près des situations insurrectionnelles. On notera sa volonté d'accompagner les fidèles, mais aussi de tenter des médiations. Petit retour en arrière. En 1848, lors des insurrections de juin, l'archevêque de Paris, Mgr Denys Affre, devait même mourir sur les barricades. Persuadé qu’il pouvait contribuer à ramener la paix, l'archevêque n'avait pas hésité à se rendre sur les barricades. Le 25 juin, il se rendit sur l'une d'elles, à l'entrée du Faubourg Saint-Antoine. Accompagné de ses vicaires généraux, Mgr Affre fut touché par une balle perdue, dont on ne sut jamais l'origine. L'archevêque fut alors transporté au presbytère de l'église Saint-Antoine-des-Quinze-Vingt (le revers de son étole et un fragment de l'enveloppe de son matelas y sont conservés), puis à l'archevêché, alors situé rue Saint-Louis-en-l'Isle. Mgr Affre mourut deux jours plus tard. Ses obsèques à Notre-Dame de Paris rassemblèrent 200 000 personnes.
   
Un siècle plus tard, on trouvera des prêtres aux côtés des barricades quand Paris se soulève le 19 août 1944 contre l'occupant allemand. Des barricades et des for-tins sont érigés pour lutter contre l'ennemi dans des conditions parfois laborieuses. Quelques prêtres aideront les Parisiens. Ils apporteront ainsi l'extrême-onction aux agonisants. Mais la présence des religieux est aussi un signe de joie. Le 29 août 1944, une messe d'action de grâce est célébrée en plein air à la libération de Montreuil.
   
L'abbé André Depierre dit la messe « avec, écrit-il, des pensées reconnaissantes pour tous les martyrs de la Résistance ». La scène, photographiée, sera même immortalisée sous le nom de « messe de la barricade ». Anecdote : la célébration avait été demandée par un grand nombre d'habitants, malgré l'opposition d'un responsable FTP anticlérical. A sa façon, l'Eglise est parfois une barricade tournée vers le ciel. 

15 décembre 2018

[Abbé Pierre Célestin N'dong Ondo - Reconquista] Second voyage missionnaire en Ouganda (14 - 30 novembre 2018)

SOURCE - Abbé Pierre Célestin N'dong Ondo - Reconquista - 13 décembre 2018

Certains de nos lecteurs ne connaissent peut être pas bien encore M l'abbé N'dong Ondo. C'est un ancien confrère de la Fraternité ordonné en 2001 à Ecône. Victime des injustices et des purges arbitraires de Mgr Fellay, la providence l'a donc obligé à rester au Gabon.  Fidèle, lui aussi à la Tradition et à Mgr Lefebvre, il s'est donc tourné vers les évêques de la Fidélité, sous l'autorité morale desquels il fait son apostolat. Et Dieu bénit manifestement son labeur, fruit d'années de sacrifices. Dans son dernier bulletin il nous fait part de son  aventure missionnaire en Ouganda : 
1. Un jour à Kampala
Nous décollons de Libreville avec une heure de retard en raison d'une forte pluie en cet après-midi du 14 novembre. Au décollage de Kigali, au Rwanda, nous avons à nouveau une heure de retard pour une raison qui m'est inconnue. Nous arrivons donc à Entebbe, en Ouganda, avec une heure de retard à 2h du matin.

Quand je sors de l'aéroport, j'ai la désagréable surprise de constater que je ne suis pas attendu. Des personnes de bonne volonté me viennent en aide et appellent mes deux contacts en Ouganda. Mais à cette heure tardive de la nuit, personne ne répond car ils dorment du sommeil du juste. Une heure plus tard, une personne de bonne volonté appelle à nouveau et enfin Francis répond. Francis est le coordinateur de notre apostolat en Ouganda. Il est surpris de me savoir à l'aéroport car il m'attendait pour le lendemain. Six heures plus tard, il arrive enfin à l'aéroport : il était temps !

Il me conduit chez une famille, membre des Marian Workers. Je découvre ce mouvement marial pour la première fois. Plus tard, j'apprendrais que cette famille est en fait à l'origine de ce mouvement marial. Nous passons juste la nuit et le lendemain après-midi, nous nous dirigeons vers Masaka, à environ 3h de route de Kampala. La famille et les autres personnes présentes me demandent de revenir car elles veulent assister à nouveau à la messe tridentine. Je leur réponds de ne pas s'inquiéter car j'ai prévu de revenir pour prêcher une retraite de saint Ignace.
2. Deux jours à Masaka
A notre arrivée à Masaka, je suis reçu en grande pompe avec des chants traditionnels. Dans la soirée, Agatha, nous rejoint. C'est mon second contact en Ouganda et elle travaille en soutien à Francis. Nous sommes chez maman Anastasia, une sexagénaire avec un caractère bien trempé. Lors des changements liturgiques, elle a décidé purement et simplement de ne plus mettre les pieds à l'église. Pendant toutes ces années, son grand désir était de pouvoir assister à nouveau à la messe comme avant.
   
Le lendemain samedi, je prépare les baptêmes du dimanche. A l'origine, huit baptêmes étaient prévus mais trois familles se sont désistées par crainte du curé. Il restait donc cinq enfants à baptiser dont une fillette de sept ans. Malheureusement, elle n'a pas pu répondre de façon satisfaisante aux questions de catéchisme. Elle sera donc baptisée lors de mon prochain voyage en Ouganda.

Le lendemain dimanche, après la messe, je baptise quatre enfants puis nous prenons un repas de réjouissance tous ensemble. Ensuite, c'est le départ pour Kabale, lieu de naissance de Francis. Je laisse derrière moi un groupe de plus de cinquante personnes très intéressées par la messe de toujours. Ce groupe est sous la ferme et maternelle direction de maman Anastasia. Elle était dans une joie extraordinaire de pouvoir enfin assister à nouveau à cette messe qu'elle avait connue dans sa jeunesse. Plus tard, j'apprendrais qu'elle est un membre des Marian Workers.
3. Quatre jours à Kabale
Nous arrivons très tard à Kabale et nous passons la nuit chez les parents d'Agatha. Le lendemain, nous devons trouver refuge chez les Marian Workers, tout près de là. Les parents d'Agatha ne peuvent pas me garder plus longtemps par crainte du curé.

Les Marian Workers de la localité sont regroupés depuis un ou deux jours dans une résidence mise à leur disposition par une dame vivant en Angleterre. En fait, ils m'attendent car ils veulent la messe tridentine. Il est prévu que je passe quatre jours en leur compagnie. Ils auront donc la messe de toujours mais je leur donnerai aussi quelques cours de catéchisme du concile de Trente.

A mon arrivée, il a bien au moins une cinquantaine de personnes en prières. Je remarque une femme habillée en religieuse et une autre qui pleure en se roulant sur le sol. Pour la messe du lendemain, la salle est bondée, il y a environ 70 personnes. Lors de la communion, la dame en pleurs de la veille s'écroule immédiatement après avoir reçu la sainte hostie. Je suis très intrigué par une telle chose. Après la messe, je remarque un monsieur allongé comme inconscient et la dame habillée en religieuse est également allongée comme en extase. Je me demande alors à qui ai-je affaire ? Où suis-je?

Un peu plus tard, la dame habillée en religieuse et trois autres personnes responsables du groupe demandent à me parler. Je pense qu'ils ont remarqué mon étonnement devant toutes ces manifestations. Ils m'expliquent que cela est courant chez eux, les Marian Workers, et que la dame habillée en religieuse reçoit des messages de la Vierge Marie en faveur du groupe. D'ailleurs, après la messe, elle a reçu un message de sainte Vierge à mon intention. La dame n'explique aussi que c'est à la demande de la Mère de Dieu, qu'elle s'habille en religieuse. Je leur réponds que je n'ai aucune évidence que ces manifestations viennent vraiment de Dieu et que par conséquent, je ne peux ni les approuver, ni les repousser. J'ajoute que le temps me permettra d'y voir plus clair. Je demande alors de me raconter l'histoire des Marian Workers depuis les origines mais je suis surpris de les voir se dérober les uns après les autres. Pourquoi une telle débandade ? Me cacheraient-ils quelque chose ? Je leur demande également des explications au sujet de la dame qui s'est écroulée après avoir communiée. Là encore, pas de réponse. Que se passe-t-il ?

Le lendemain, je fais appel à cette dame et je lui explique qu'elle ne devrait pas perturber la messe de cette manière. Elle semble plutôt humble et gêné. Elle me répond qu'elle ne comprend pas ce qui lui arrive. Toujours est-il qu'à la messe suivante, elle ne s'est pas écroulée après avoir communiée. Un peu plus tard, les trois responsables du groupe viennent me demander d'aller rendre visite à un de leurs autres groupes, situé à Kisoro soit environ 2h de route de Kabale. J'accepte d'y aller afin d'en apprendre davantage sur eux. Enfin, je fais la connaissance de Stidia, ancienne novice chez la FSSPX au Kenya. Elle m'explique ce qui s'est passé au Kenya et exprime son désir toujours intact de consacrer sa vie à Dieu dans la Tradition. Elle se dit disposé à venir au Gabon dans ce but si nécessaire.
4. Un jour à Kisoro
Ce mercredi matin, comme prévu la veille, nous nous rendons à Kisiro. Nous nous arrêtons d'abord sur un terrain que le groupe a acheté afin d'y construire une maison de communauté. A un certain point, nous rencontrons plusieurs singes dont deux babouins marchant tranquillement sur la chaussée dans l'attente de friandises de la part des voyageurs routiers. Nous arrivons dans la soirée et nous faisons le programme du lendemain.

Le lendemain, confessions, messe et conférence sur la Tradition. Après le repas de midi, nous prenons une photo de groupe avant le retour à Kabale. Il y avait environ une quarantaine de personnes. Avant de passer la nuit chez les parents d'Agatha, nous devons nous rendre de l'autre côté de Kabale pour bénir deux salles de prières chez deux membres du groupe dont le président. C'est très tard que nous sommes enfin conduits chez les parents d'Agatha pour une courte nuit avant le départ pour Kampala. C'est l'âme brisée que je quitte ce groupe car ils sont chassés des paroisses en raison de leur attachement à la Tradition. Ils sont comme des orphelins sans prêtres pour s'occuper d'eux. Ils me supplient donc de revenir les voir dès que possible.
5. Six jours à Kampala
Le voyage retour vers Kampala a duré une éternité : 10h de temps dont près de 2h sur place à Kabale à attendre que le bus soit complet. A Masaka, deux dames nous rejoignent pour Kampala. Une des deux est maman Anastasia qui m'a reçu chaleureusement à chez elle, à Masaka. Les deux dames veulent assister à la retraite que je dois prêcher à Kampala. Nous y arrivons en début de soirée mais les embouteillages sont tellement nombreux que nous n'arriverons à notre destination finale que 2h plus tard. La fatigue est telle que je vais directement me coucher. Je suis de retour dans cette famille qui est à l'origine des Marian Workers.

Samedi est le premier jour de la retraite. Trois personnes sont venues de Kabale (Francis, Agatha et Stidia) et deux personnes de Masaka, celles qui nous rejointes dans le bus. La retraite est également l'occasion de donner des conférences sur la Tradition et d'enseigner comment assister à la messe tridentine. J'en profite aussi pour connaître plus profondément les Marian Workers car je suis à l'endroit même où tout a commencé, dans cette modeste famille de Kampala de 16 enfants. Je reçois enfin toutes les explications nécessaires sur l'histoire de ce mouvement marial. Les fondateurs sont encore vivants sauf un, le père de famille.

Tout commence en janvier 1988 lors de l'année mariale proclamée par le pape Jean-Paul II. Une des filles de la maisonnée affirme recevoir des messages de la Mère de Dieu pour établir ce mouvement. La sainte Vierge lui aurait demandé de s'habiller en religieuse. Elle aurait aussi demandé des prières régulières et quotidiennes ; la dévotion et la consécration au Sacré-Cœur et au Cœur Immaculée de Marie ; la modestie chrétienne dans le vêtement ; la réception fréquente des sacrements ; l'étude et l'enseignement du catéchisme ; la communion à genoux et sur la langue ; le jeûne chaque mardi et vendredi ; la prière en famille ; l'abstinence de boisson alcoolisée ; le refus de la télévision ; la régularisation du concubinage par le mariage chrétien sans prétexter le manque d'argent ; tout cela en esprit de sacrifice, de pénitence, d'expiation et pour la conversion des pécheurs. Le mouvement s'est répandu dans tout l'Ouganda mais aussi au Kenya et en Tanzanie. En Ouganda, j'ai donc été en contact avec les groupes de Kampala, Kisiro, Kabale et Masaka. Les membres de ce mouvement marial ont été persécutés par les autorités ecclésiastiques jusqu'à être chassés pour la plupart des paroisses. Ces persécutions ont entraîné beaucoup de division parmi eux, certains acceptant les conditions des curés pour pouvoir rester dans les paroisses comme la communion debout et dans la main.

Excepté les cinq personnes venues de Kabale et Masaka, tous les assistants à la retraite étaient des Marian Workers soit de Kampala, soit d'autres localités du pays.

Certains n'assistaient qu'à quelques activités en fonction de leur disponibilité. Une religieuse avec près de 60 ans de vie consacrée a tout fait pour assister pendant quelques jours à la retraite. Elle est persécutée dans sa congrégation en raison de son attachement à la Tradition. Elle est ainsi envoyée de couvent en couvent pour la décourager mais elle tient bon depuis plusieurs années. Une autre religieuse a aussi assisté à presque toute la retraite. Elle par contre a dû quitter son couvent en raison des persécutions qu'elle subissait car elle était attachée à la Tradition. Il y avait constamment une dizaine de personnes à la retraite qui semble-t-il a été une belle réussite. J'espère en prêcher une autre mais cette fois-ci à Kabale. J'ai aussi rencontré un monsieur de 53 ans, ancien séminariste dans les années 80. Il a été renvoyé du séminaire car il était trop attaché à la Tradition. Il a gardé intact son désir de devenir prêtre dans la Tradition. Je ne sais si je pourrai l'aider à réaliser ce désir.
6. Vocations
La première vocation sérieuse est celle de Francis, notre coordinateur, pour le sacerdoce. Mon désir est de le faire venir au Gabon avant juin prochain pour qu'il apprenne le français et puisse ensuite commencer sa formation sacerdotale à mes côtés. Il commencerait alors sa première année de philosophie.

L'autre vocation sérieuse est celle de Stidia comme religieuse. Elle ne parle pas français mais elle suffisamment jeune pour pouvoir l'apprendre sans difficulté particulière. Elle a déjà une certaine expérience de la vie religieuse après son postulant et son noviciat chez les sœurs de la FSSPX au Kenya. Après l'arrivée de Francis, je désire la faire venir au Gabon pour y mener cette vie religieuse. Son adaptation à la vie gabonaise sera plus facile s'il y a déjà un ougandais dans notre communauté du Gabon. Elle sera une aide précieuse pour la régularité de la vie de prière, pour le catéchisme auprès des filles et des femmes et pour les tâches matérielles que nous pourrons lui confier.

Enfin, il y aurait cette vocation sacerdotale tardive à étudier sans oublier la possibilité d'offrir un refuge à ces deux religieuses persécutées en Ouganda. La langue sera une difficulté à surmonter si jamais nous devons aller dans le sens de les faire venir au Gabon en ce qui concerne les deux religieuses. Nous laissons tout cela entre les mains de la divine Providence.
7. Besoin d'aide financière
Cet apostolat en Ouganda a un certain coût que malheureusement ni moi, ni ces fidèles ougandais ne sont pour l'instant en tout cas, pas capables de supporter. La véritable difficulté est l'achat des billets d'avion entre le Gabon et l'Ouganda. C'est ici que je demande instamment votre aide. J'ai l'intention de faire le voyage deux fois par an : un premier voyage entre janvier et juin ; puis, un second voyage entre juillet et décembre. J'ai également besoin de votre aide pour le billet de Francis pour qu'il puisse venir au Gabon. Pour l'année prochaine, les besoins sont donc de trois billets d'avion : deux pour moi et un pour notre futur séminariste. Le prix du billet aller-retour est de 700 euros environ. Toute aide sera la bienvenue.

Saints martyrs de l'Ouganda : priez pour nous !

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Discussions Renouvelées? – III

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 15 décembre 2018

Une belle niaiserie... comme on n’en voit plus guère:
"Dîner avec le diable sans une longue cuillère."
   
Certains lecteurs de ces “Commentaires” seront peut-être mécontents de voir que, pour la troisième fois, nous revenons sur la rencontre entre le Cardinal Ladaria et l’abbé Davide Pagliarani qui s’est tenue à Rome le 22 novembre dernier. Il peut leur sembler qu’il s’agit là de simples disputes entre prêtres. Mais, catholique ou non, tout être humain souffrira les peines éternelles de l’enfer s’il ne sauve pas son âme. Pour cela, il est nécessaire d’agir en accord avec la doctrine catholique ; c’est pourquoi cette doctrine doit rester pure. Dans les années 1970, la Fraternité de Saint Pie X était la plus ardente à défendre au sein de l’Église la doctrine catholique contre la confusion de Vatican II. Mais voilà que, depuis 2012, la Fraternité se montre moins fidèle à cette doctrine. C’est pourquoi, il est légitime que tout être humain se préoccupe de savoir si, oui ou non, les discussions avec Rome vont venir à bout de la fidélité de la Fraternité à l’Église et à la doctrine de Notre Seigneur Jésus-Christ, unique Sauveur du genre humain.

Il y a deux semaines, ces “Commentaires” (EC 594) présentaient globalement le communiqué de presse du 23 novembre. Le siège de la Fraternité, à Menzingen, décrivait la rencontre de la veille entre l’abbé Davide Pagliarani, nouveau Supérieur Général de la Fraternité, et le Cardinal Ladaria, Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Il y a une semaine, les “Commentaires” (EC 595) présentaient le texte intégral des troisième et quatrième paragraphes de ce communiqué de presse, avec leur lueur d’espoir pour que la Fraternité revienne sur la voie tracée par son Fondateur qui voulait défendre la doctrine de la foi. Mais lorsque le cinquième paragraphe concluait que les discussions doctrinales avec Rome doivent être reprises, la lueur s’assombrit. Pourquoi donc ? Parce que les discussions doctrinales entre Rome et la Fraternité ont déjà eu lieu entre 2009 et 2011 (EC 594) ; parce que les néo-modernistes romains d’hier et d’aujourd’hui n’arrivent plus à penser droit (EC 595) ; mais aussi parce que Rome n’a qu’un seul but dans ces discussions avec la Fraternité : mettre un terme définitif à sa résistance historique contre le Nouvel Ordre Mondial satanique.

On le sait : chaque fois que les communistes voulaient s’emparer d’un pays, le principal obstacle sur leur chemin était toujours l’Église catholique qui rejette catégoriquement – doctrinalement – le matérialisme athée des communistes. Mais les communistes ont appris à ne pas combattre les catholiques sur le plan de la doctrine, là où les catholiques fidèles sont les plus forts. Au lieu de cela, ils les ont invités à se joindre à eux dans une action commune, supposément pour le bien du peuple. Une fois établie la collaboration entre catholiques et communistes, ces derniers exploitaient les contacts pratiques qui en résultaient pour contourner le blocage doctrinal. La seule chose que les communistes ne voulaient pas, c’était que les catholiques rompent tout contact. Car sans contacts, il était impossible aux marxistes de subvertir les catholiques.

De même, il y a dix ans de cela, le Cardinal Castrillón Hoyos, employa la même tactique lorsque Rome lui demanda de négocier avec les prêtres de la Fraternité : “Commençons par un accord pratique”, leur disait-il ; une fois ensemble, nous réglerons les problèmes doctrinaux. Ce qui importe, c’est que nous arrivions d’abord à un accord pratique ». A l’inverse, Mgr Lefebvre ne cessait d’insister pour que la doctrine catholique passe avant tout. Hélas ! Les successeurs de Monseigneur ont pensé qu’ils savaient s’y prendre mieux que lui. Si bien qu’ils ont constamment cherché à entrer en contact avec les apostats romains, qui, logiquement, ont été ravis d’aller dans ce sens. De sorte que, depuis 2000, la Fraternité défend la Foi de plus en plus faiblement. Le sel est en train de perdre sa saveur. Si la Fraternité ne change pas sérieusement de cap, elle finira par être jetée et foulée aux pieds (Mt. V, 13).

L’autre problème qui se pose est de savoir si la Fraternité désire avoir des discussions avec Rome afin d’obtenir l’autorisation officielle de consacrer la nouvelle génération d’évêques dont elle a cruellement besoin pour assurer son apostolat de par le monde. Mais si elle ne veut pas consacrer de nouveaux évêques sans la permission de Rome, comment pourra-t-elle faire autrement que d’accepter les termes qui lui seront imposés ? En se mettant à mendier, la Fraternité fait que c’est Rome qui choisit, c’est Rome qui est au volant, évidemment. Or, s’il s’agit de défendre la Foi, les conciliaires n’ont rien à faire à la place du conducteur. Le nouveau Supérieur Général veut-il reprendre les discussions théologiques en vue d’obtenir une permission romaine ? Dieu le sait. Mais en tout cas, discuter avec Rome signifie que le Supérieur Général devra danser avec les loups. Mission à haut risque !

Kyrie eleison.

[FSSPX Actualités] Inde : grande fête chez les Sœurs Consolatrices du Sacré-Cœur

SOURCE - FSSPX Actualités - 14 décembre 2018
Les Sœurs Consolatrices s’emploient à consoler le Sacré-Cœur de Jésus, non seulement par leur dévotion et par la promotion de la dévotion au Sacré-Cœur – en particulier, par la pratique de « la garde d’honneur » et la récitation des neuf « offices du Sacré-Cœur » –, mais elles veulent aussi le consoler dans leur travail au service des personnes âgées qui résident au couvent, et par l’aide qu’elles apportent aux prêtres de la Fraternité Saint-Pie X, tel l’encadrement de retraites spirituelles et de camps d’été.

En 2006, à l’invitation de l’abbé Daniel Couture, alors supérieur du district d’Asie, les Sœurs Consolatrices ont accepté d’accueillir une postulante indienne qui dirigeait son propre orphelinat et son foyer pour personnes âgées. Cette postulante était sœur Maria Immaculata, et son œuvre est désormais celle des Sœurs Consolatrices.

En la fête de l’Immaculée Conception, ce 8 décembre 2018, les sœurs Maria Cecilia et Maria Aloisia ont prononcé leurs premiers vœux, et sœur Maria Immaculata ses vœux perpétuels. La cérémonie a été marquée par la présence de plusieurs prêtres venus spécialement pour l’occasion, l’abbé Couture, prédicateur de la retraite, l’abbé Brucciani, ancien prieur pour l’Inde, qui fut un père pour l’orphelinat, l’abbé du Chalard, supérieur ecclésiastique des Sœurs Consolatrices, sans oublier sœur Maria Rita, Supérieure générale accompagnée de sœur Maria Pia, venues de Vigne di Narni (Italie). Tous furent accueillis chaleureusement par le père Theresian, actuel prieur, et par ses collaborateurs. De nombreux fidèles sont également venus manifester leur attachement à l’œuvre.

L’orphelinat comprend maintenant 7 sœurs professes qui se dévouent d’une manière admirable auprès de 45 filles et une dizaine de personnes âgées ou infirmes. La maison abrite aussi du personnel laïc, pour permettre aux sœurs de suivre leur règle religieuse : cuisinières, femmes de ménage et vacher – il y a actuellement 17 têtes de bétail, vaches et veaux. 

Comme en Europe, les inspections administratives et policières ne manquent pas, avec toujours de nouvelles exigences comme des caméras de surveillance extérieures et intérieures, mais aussi l’installation d’un berceau à l’entrée de l’orphelinat pour donner la possibilité d’y déposer les nouveau-nés abandonnés par leurs parents.

32 enfants vont à l’école de la Fraternité, et 13 dans d’autres établissements pour compléter leur formation, dont 2 futures infirmières. Depuis sa fondation, 7 filles se sont mariées, dont 3 cette année. En général, ces filles restent à l’orphelinat jusqu’au mariage et ensuite gardent contact avec les sœurs et fréquentent les centres de messe de la Tradition.

L’orphelinat vit uniquement de l’aide de la Providence pour faire face à toutes les exigences : nourriture, personnel, entretien des bâtiments, frais médicaux (car il n’y a aucune assistance), frais pour les études, etc. Chaque semaine, pour nourrir plus de 75 personnes qui vivent à l’orphelinat, il faut compter autour de 12.000 roupies (150 euros) pour le seul marché. Un enfant représente une dépense de 600 euros par année (50 par mois), sans compter la scolarité. Les dons subissent les effets de la crise économique, d’où la nécessité de faire connaître toujours plus cette œuvre de charité exemplaire.

[Paix Liturgique] Cinq questions à l'abbé Claude Barthe au sujet de son dernier ouvrage "La messe de Vatican II. Dossier historique"

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 672 - 11 décembre 2018
L'abbé Claude Barthe vient de publier aux Editions Via romana une étude majeure consacrée à l'histoire de la Nouvelle messe. Pour y voir plus clair et inviter nos lecteurs à acquérir au plus vite cet ouvrage, nous avons demandé à son auteur de préciser son projet en répondant à quelques-unes de nos questions. Notons que cette étude intéressera tout particulièrement ceux qui n'ont pas vécu eux-mêmes ces turbulences mais qui désirerons en mesurer le plus exactement possible les étapes et les enjeux.
Pourquoi avez-vous donné ce titre, La Messe de Vatican II, à votre livre?
De même qu’on parle de Messe tridentine pour qualifier la messe codifiée par Pie V après le concile de Trente, l’appellation adéquate de la messe composée par Paul VI en suite du concile Vatican II me semble être : Messe de Vatican II. Certes, comme on l’a souvent remarqué, le Consilium (Commission) institué par Paul VI en 1964, pendant le Concile par conséquent, pour appliquer la réforme liturgique voulue par Vatican II, est allé au-delà de ce qu’un certain nombre d’évêques du Concile imaginaient. Mais le texte qu’ils avaient voté, Sacrosanctum Concilium, prévoyait une « révision » de toute la liturgie romaine, et notamment de la messe, et ouvrait la voie à ce qu’a été cette réforme par une série de dispositions très ouvertes. En fait, Vatican II a hérité de tout le travail de préparation qu’avait accompli le Mouvement liturgique des années 50, organisé en véritable groupe de pression, spécialement en France (le CPL, puis CNPL, Centre national de Pastorale liturgique), en Belgique, en Allemagne, prônant la concélébration, la messe face au peuple, l’infusion de langue vernaculaire, la suppression de l’offertoire « doublet » du canon, etc.

Il faut bien se rendre compte qu’à l’époque où s’est ouvert Vatican II, tout le monde voulait réformer, un peu, beaucoup, passionnément, selon les tendances, sans jamais se poser la question : « pourquoi réformer ? », car il allait de soi que la liturgie devait être transformée. Aujourd’hui, au vu des résultats pastoraux, cet enthousiasme fébrile est complètement tombé, au point que de nouvelles modifications importantes venues de Rome sont devenues impensables.

Mais cette volonté de réforme très particulière, consistant à opérer une adaptation au monde moderne, sans s’inquiéter du fait qu’il s’était bâti contre la religion et en s’imaginant qu’on pouvait le « baptiser » peu ou prou, caractérise l’entier projet de Vatican II : réformer les rapports du pape et des évêques dans un sens plus collégial ; réformer la formation des prêtres ; réévaluer l’importance du sacerdoce commun des laïcs ; moderniser la vie religieuse ; réformer les rapports de l’Eglise et du monde ; repenser les rapports avec les religions non chrétiennes et avec les Eglises non catholiques ; réviser les rapports de l’Ecriture et de la tradition ; etc. Le tout avec un « souci œcuménique » devenu une sorte de leitmotiv. La transformation du culte divin n’était que l’un des aspects de tout cela, qui s’est avéré être le plus grand chambardement que l’Eglise a opéré dans l’histoire, d’elle-même et sur elle-même. Cette transformation du culte avait une particulière importance dans la mesure où elle a été la vitrine du rajeunissement que l’on entendait donner à l’Eglise.
Qu’est- ce qui caractérise cette transformation de la liturgie?
Plusieurs choses. D’abord, selon ce désir de tout remettre à neuf, la transformation de la liturgie a été totale : elle a concerné la toute la messe, tous les sacrements, l’ensemble de l’Office divin, toutes les bénédictions, toutes les cérémonies, sans aucune exception. Pensez qu’on a réformé jusqu’aux cérémonies de couronnement des statues de la Sainte Vierge, qu’on a totalement revu tous les rites latins particuliers, comme le vénérable rite mozarabe, qui n’est célébré pour une poignée d’assistants, dans deux ou trois chapelles d’Espagne.

L’autre caractéristique, conforme aux visées du Mouvement liturgique, a été de chercher à reconstituer un hypothétique état de la liturgie romaine avant les « ajouts » pratiqués par le Haut Moyen Âge, qui ont constitué la messe de l’époque de la réforme grégorienne, au XIe siècle, telle qu’en a hérité le Concile de Trente et telle s’est transmise jusqu’à nos jours. On voulait retrouver la messe romaine du IVe au VIe siècle comme qu’on l’imaginait. Et en même temps, il s’agissait de rendre accessible aux « hommes de ce temps » cette refondation. En fait, cette volonté d’adaptation à la sensibilité contemporaine s’est avérée la plus décisive et a recouvert l’hypothétique reconstitution du rite « vieux romain ».

Mais la caractéristique peut-être la plus importante dans les faits est assurément ce qu’on pourrait appeler le « bricolage ». Les réformateurs du Consilium, sous la direction de Mgr Bugnini et la supervision très active de Paul VI, se sont trouvés en mesure de tout transformer, reprendre, recomposer. Pour prendre l’exemple des oraisons de l’Office et de la messe dans les nouveaux livres : la grande majorité d’entre elles sont nouvelles ; quant à celles qui ont été reprises de l’ancien missel ou qui ont été puisées dans d’anciens sacramentaires, elles ont toutes été modifiées, au moins un petit peu. Chacun des réformateurs, membres de la Commission, experts, évêques appelés à donner leur avis, sans oublier Paul VI lui-même, avait tel ou tel thème de prédilection : la beauté de la Tradition apostolique d’Hippolyte (un document dont la teneur est controversée et dont on s’est inspiré pour composer la 2ème prière eucharistique) ; les similitudes à retrouver entre la première partie de la messe et le culte de la Synagogue ; la recherche d’un symbolisme pour notre temps ; la phobie des génuflexions et gestes médiévaux, etc. Leur travail fut extrêmement rapide, et du coup presque artisanal. Quant aux utilisateurs, les prêtres de terrain, ils étaient imprégnés par les thèmes du Mouvement liturgique et, compte tenu des libertés que laissaient les nouveaux livres, ils devenaient eux-mêmes d’autres réformateurs, d’autant que la célébration en langue populaire, avec une infinité de choix possibles, favorise grandement le jeu personnel des acteurs liturgiques. De Paul VI au dernier vicaire de paroisse, tout le monde réformait à plein régime. D’ailleurs, à la limite, on pourrait dire que, dans la nouvelle liturgie, l’acte de réformer est aussi important que le contenu de la réforme.
Le désir d’œcuménisme vers nos frères protestants explique-il ce désir de recréation?
Vers les protestants, en effet, dont certains représentants ont été invités comme observateurs de la composition de la réforme, et non vers les Orientaux, qui ont été délibérément écartés de cette fonction d’observateurs, tant l’esprit traditionnel des liturgies orientales s’opposait à cette recomposition de la liturgie romaine. On a peine à imaginer aujourd’hui l’importance de l’intention œcuménique qui animait Vatican II et tout ce qu’il a mis en œuvre. Lors du Concile, il suffisait, dira le P. Congar, d’invoquer l’argument : « c’est œcuménique ! », ou « ce n’est pas œcuménique ! », pour faire adopter ou au contraire faire repousser une proposition.

Il est évident que la généralisation de la célébration face au peuple intentionnelle (et non pas pour se tourner vers l’orient, comme c’était le cas dans les basiliques romaines) s’est faite dans un désir de rapprochement avec les protestants, plus d’ailleurs avec les calvinistes qu’avec les luthériens qui célébraient souvent « vers le Seigneur ». La célébration en langue vernaculaire allait aussi en ce sens, comme les affaiblissements des marques de révérence à la présence réelle (suppression de nombreuses génuflexions du prêtre, distribution de la communion par des laïcs, bientôt communion dans la main), l’infléchissement du rôle du célébrant qui de hiérarque devient président, et surtout l’amoindrissement de ce qui signifiait clairement que la messe est un vrai sacrifice (notamment par la suppression des prières sacrificielles de l’offertoire).

En présence des observateurs protestants, les réformateurs catholiques ont multiplié les prévenances : suppression, autant que possible, de tout ce qui rappelle l’intercession des saints ; cessation de l’utilisation de textes qui indiquaient l’assimilation de la Sainte Vierge et de la Sagesse de l’Ancien Testament ; et surtout, ils essayèrent de composer un lectionnaire qui s’accorderait avec celui que les diverses confessions protestantes tentaient de composer dans le même temps. Diverses réunions communes eurent lieu, notamment organisées par le Conseil œcuménique des Églises de Genève. Mais comme les catholiques voulaient aller très vite, l’harmonisation fut en définitive très modeste. Cependant c’est un lectionnaire tout nouveau qui fut réalisé, devant manifester que les catholiques aussi avaient un grand amour de l’Ecriture, et l’organisation plus que millénaire des lectures des dimanches abolie.
La brutalité de la réforme explique-t-elle son échec?
L’essentiel de la réforme, pour ce qui concerne la messe, s’est déroulé de 1964 à 1969, date de la publication du nouveau missel romain, soit en cinq ans au cours desquels on modifia un missel transmis pour l’essentiel depuis un millénaire, et en ce qui concerne son cœur, le canon romain, depuis au moins le IVe siècle (certes le canon a été conservé, mais comme l’une des prières eucharistiques). De 1964 à 1969, les modifications se sont succédé à un rythme intense, donnant l’impression qu’un rite réputé d’une fixité parfaite, qui symbolisait celle du catholicisme, était désormais entré dans une ère de changement perpétuel. Les plus grosses modifications furent : l’introduction des langues vernaculaires à la place du latin, la messe pouvant être dite totalement en langue vulgaire dès 1967 ; l’instauration d’un rituel de concélébration, en 1965 ; et, en 1968, la fin de l’unicité de la prière eucharistique, le canon, par la création de nouvelles prières eucharistiques : 3 en 1968, 13 à partir de 1969. 13 nouvelles prières, si on ne considère que les prières officielles, car les prières « sauvages » étaient, et sont encore très nombreuses : l’historien Luc Perrin estime qu’en 1966, 50 prières eucharistiques étaient en circulation dans les seuls Pays-Bas ; aujourd’hui-même, l’abbé Daniel Duigou, qui est resté curé de Saint-Merry, à Paris, jusqu’au mois dernier, explique dans une Lettre ouverte d’un curé au Pape François (Presses de la Renaissance, 2018), qu’il composait l’ensemble des textes de la messe, y compris la prière eucharistique, chaque dimanche, « à la lumière de l’actualité ».

Cette brutale radicalité de la réforme liturgique est étonnante. On est en présence d’un événement complètement atypique dans l’histoire de l’Église et même de la culture occidentale : d’un coup a été évacuée toute la richesse de la liturgie latine dans le but de mieux se faire entendre aux « hommes de ce temps ».

Or, ils ne sont pas rentrés dans les églises, et la grande majorité de ceux qui s’y trouvaient en sont sortis : en France, d’une pratique dominicale, en 1960, qui était en moyenne de 25% des Français, on est passé, en 2017, à moins de 2% de pratiquants (Ipsos pour La Croix, 12 janvier 2017). L’historien Guillaume Cuchet, dans son livre Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement (Seuil, 2018), dont l’une de vos Lettres a fait une recension, date le début de l’hémorragie de 1965, c’est-à-dire de la fin du Concile et du début de la réforme liturgique. Il l’explique par le fait que toute règle impérative de foi (il cite l’étonnante évolution de la prédication sur les fins dernières, qui évacue enfer et même purgatoire) et toute règle disciplinaire semblaient être suspendues par le grand bouleversement en cours. On dit parfois que la pratique se serait tout de même effondrée si, ni l’Eglise, ni sa liturgie, n’avaient changé. Le fait est que le changement, à tout le moins, a été incapable de retenir les pratiquants et d’en attirer d’autres.
Vous concluez sur l’originalité – vous dites sans précédent – d’une situation où cohabitent deux formes d’un même rite?
C’est que le nouvel Ordo Missæ a rencontré tout de suite un phénomène de « non-réception », au plus haut niveau, avec le Bref examen critique du nouvel Ordo Missæ des cardinaux Ottaviani et Bacci, et à la base, avec la célébration continuée de la messe ancienne par de nombreux prêtres, et en France par de nombreux curés, le tout entouré et soutenu par un important malaise au sein du peuple chrétien. Ce n’est pas le lieu de refaire toute l’histoire de cette opposition dont Paix liturgique diffuse l’expression depuis longtemps. Mais il faut constater qu’elle a été longtemps dominée par la figure Mgr Marcel Lefebvre, du fait qu’il était évêque et qu’il lui a donné un avenir en ordonnant des prêtres « non-acceptants », et qu’elle a rencontré une opposition réformiste, dont le chef de file a été le cardinal Joseph Ratzinger, lequel a eu l’intelligence d’entendre la souffrance des opposants – qu’il partageait largement – et qui a, en inspirant des textes romains successifs, en 1984, en 1988, et enfin, devenu Benoît XVI, en 2007, qui a redonné à la messe ancienne droit de Cité : le missel d’avant le Concile a été reconnu officiellement comme n’ayant jamais été abrogé.

Or, normalement, toute modification liturgique est obligatoire et remplace l’état antérieur. Sauf que cette réforme de Vatican II bouleversait tout. C’est spécialement pour cette raison – sa radicalité – que l’état antérieur a perduré et a finalement été officiellement consacré comme légitime. A la manière d’un rite oriental ? Non : il ne s’agit pas d’un rite liturgique concernant une région du monde, un pays, une province, comme le rite byzantin, le rite malabar, le rite ambrosien, le rite mozarabe, qui coexistaient avec le rite romain. Aujourd’hui, c’est l’état antérieur du rite romain qui coexiste avec son état postérieur. Ce qui est une nouvelle preuve du caractère sans précédent de cette réforme.

Il ne faut pas oublier que la liturgie est, selon l’adage lex orandi…, la représentation de l’enseignement de l’Eglise. Autrement dit, si on y réfléchit bien, c’est l’état de la doctrine catholique antérieur à Vatican II qui est ainsi reconnu comme non abrogé. Pourrait dire qu’il y a maintenant dans l’Eglise une doctrine « ordinaire » et une doctrine « extraordinaire »?

Claude Barthe La Messe de Vatican II. Dossier historique
Chez Via Romana, 21 novembre 2018, 306p., 24€
Table des matières
Introduction : Une réforme d’aggiornamento
I. « Purifier » la liturgie romaine ?Le contexte sur le temps long : une rationalisation ambivalente
Le « Mouvement grégorien »
Les thèmes du Mouvement liturgique
Une « purification » de la liturgie romaine
La promotion de la participation des fidèles à nouveaux frais
Les réformes pianes
II. Un influent groupe de pression
En Belgique
En France
Dans l’aire germanophone
En Italie et en Espagne
Les réunions internationales
III. Une réforme en marche
Vers la suppression de l’offertoire sacrificiel
La concélébration
La célébration face au peuple
L’explosion de la participation : les langues vernaculaires et les « commentateurs »
Les paraliturgies
IV. L’aboutissement conciliaire
La préparation
Le baroud d’honneur des liturgistes tridentins
Sacrosanctum Concilium
Le débat sur la liturgie
Le texte conciliaire : la constitution Sacrosanctum Concilium
V. La première phase de la réforme : 1964-1968
La mise en place d’une « assemblée constituante »
Le passage du latin aux langues vernaculaires
La diffusion de la concélébration
La première étape de la réforme du missel
Un climat de grand chambardement
Le Mai 68 de la liturgie romaine : la fin de l’unicité de la prière eucharistique romaine
VI. Le missel de 1969
Le missel de Paul VI
Missel obligatoire ?
Le nouveau lectionnaire
Les messes à la maison, messes de groupes, messes « c’est la fête ! », « messes buffets », « messes au cirque »
Les traductions et adaptations pour une « liturgie pleinement rénovée »
VII. Une forme rituelle informe
Un univers rituel pulvérisé
Les gestes
Les paroles
La multiplication des libres choix
La confusion des langues
La messe nouvelle, lex orandi ?
VIII. Une hémorragie du sacré
L’arrière-fond œcuménique en direction du protestantisme
Une moindre expression de la présence réelle
Prêtre hiérarque ou président ?
Moins de transcendance, plus d’« insertion dans la vie »
IX. Un sacrifice estompé
Le contexte de « réévaluation » du sacrifice de la messe
Une expression faible de la messe comme sacrifice propitiatoire
Un glissement vers le « faire simplement mémoire »
X. Aperçu sur les livres nouveaux autres que le missel
Une refonte de tous les livres liturgiques
La nouvelle cérémonie du baptême des petits enfants : un rituel irénique
Le nouveau rituel de la confirmation, comme une joyeuse fête
Les nouvelles ordinations
L’affaiblissement de la prédication des fins dernières dans le nouveau rituel des funérailles
XI. La non-réception de la réforme
La bataille du latin (1964-1969)
Le Bref Examen critique des cardinaux Ottaviani et Bacci (1969)
XII. Les hommes et les organes du grand refus
Une nébuleuse d’opposition
La Contre-Réforme catholique de l’abbé de Nantes
Jean Madiran et la revue Itinéraires
Brésil et Italie
Arnaldo Vidigal Xavier da Silveira
Romano Amerio
Un réseau de messes de Saint-Pie-V
Les prêtres de terrain
Fontgombault et ses filles
Les bénédictins de Dom Gérard Calvet
Les messes « sauvages »
La Fraternité Saint-Pie X, Saint-Nicolas-du-Chardonnet
XIII. L’infructueuse recherche d’une troisième voie
XIV. L’impossible « restauration »
Conclusion. Une liturgie mondanisée