31 mars 2018

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Résurrection de l’Eglise?

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 31 mars 2018

L’Église ressuscitera, si chaque homme le veut,
Si au moins dans sa vie, chacun fait ce qu’il peut.

La vigile de Pâques est un moment propice pour penser à la façon dont notre Sainte Mère l’Eglise sortira de son état d’affliction actuel. De par notre foi catholique, nous savons de science certaine qu’elle ressuscitera, et qu’elle durera jusqu’à la fin du monde (Mt. XXVIII, 20). Mais ce serait une grande erreur de penser que, cette fois encore, elle se relèvera grâce à de simples moyens humains. Il ne faudrait pas croire qu’il suffit, pour venir à son secours, de recourir à des moyens humains, tels que des «discussions théologiques» ou des négociations diplomatiques avec les maîtres actuels du Vatican.

Car, les discussions théologiques de 2009–2011 ont-elles abouti à quelque chose ? Non. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous n’en avons presque jamais entendu parler depuis. Ces discussions n’ont fait autre que prouver que le fossé doctrinal séparant la Rome Conciliaire de la Tradition Catholique ne peut pas être comblé. Quant aux négociations diplomatiques, elles peuvent, tout au plus, donner l’illusion d’un sauvetage de la Tradition. En fait, les Romains d’aujourd’hui ont 2 000 ans d’expérience de la diplomatie et ils ne veulent pas de la Tradition. Elle constitue un trop sérieux obstacle pour leur Nouvel Ordre Mondial dans lequel Notre-Seigneur Jésus-Christ n’a plus rien à faire, et où Il n’a absolument plus à régner. Alors, où se situe le problème ? Dans un total rejet de Dieu de la part de l’humanité dans son ensemble, et de la part des hommes d’Église qui sont à Rome en particulier.

Voilà pourquoi les moyens purement humains ne pourront jamais résoudre le problème. Le Cardinal Villot lui-même (1905–1979), ancien secrétaire d’État au Vatican sous trois Papes conciliaires (1969–1979), ne l’a-t-il pas clairement admis sur son lit de mort en affirmant : «Humainement, l’Église est finie»? C’est donc un manque grave d’esprit surnaturel de la part des dirigeants actuels de la Fraternité Saint-Pie X, que de prétendre – non sans de l’arrogance – que la Fraternité doit négocier un accord avec les responsables de l’Église romaine parce qu’il n’y a pas d’autre solution à la crise de l’Église. Ces hommes de Menzingen pensent-ils vraiment que le Seigneur est à court de moyens pour venir au secours de son Église ? Pensent-ils vraiment que le bras de Dieu est raccourci par la méchanceté des hommes ? Écoutons le prophète Isaïe (LIX, 1–3) :—

1 Non, la main du Seigneur n’est pas raccourcie qu’Il ne puisse plus sauver, ni Son oreille trop dure qu’Il ne puisse entendre ; 2 mais ce sont vos iniquités qui ont creusé un abîme entre vous et votre Dieu ; ce sont vos péchés qui Lui ont fait cacher sa face pour ne plus vous entendre. 3 Car vos mains sont souillées par le sang et vos doigts par le crime ; vos lèvres ont proféré le mensonge, votre langue médite le mal. 4 Nul n’invoque la justice, nul ne juge selon la vérité ; on se confie dans le néant, on profère des vanités, on conçoit l’affliction, on enfante l’iniquité.

Le problème réside dans l’iniquité des hommes. Est-ce à dire que Dieu n’a pas de solution ? Non. – Est-il probable qu’Il veuille que les hommes ne prennent aucunement part à Sa solution ? Non plus. – Et est-il probable qu’il veuille que, pour sauver son Église, les hommes fassent quelque chose de particulièrement difficile ou compliqué ? Toujours non. En revanche, ce qui est hautement probable, c’est qu’il attende des hommes l’humilité. Car «Dieu résiste aux orgueilleux et donne Sa grâce aux humbles» (Jacques IV, 6).- Et Sa solution demandera-t-elle la Foi ? Certainement, car «Sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu» (Heb.XI, 6). Mais, se pourrait-il que Dieu ait omis d’indiquer à l’humanité – actuellement au bord de se suicider – les humbles moyens auxquels les hommes doivent recourir avec foi pour qu’Il intervienne et les sauve de leur destruction ? Une telle omission est absolument exclue. – Mais alors, qu’a-t-il effectivement indiqué à l’humanité pour que Son Eglise puisse ressusciter ?

Il l’a dit par sa Mère, à Fatima, en 1917, à Pontevedra en 1925 et à Akita en 1973. – A Fatima : la Russie doit être consacrée au Cœur Immaculé de Marie par le Pape et tous les évêques. – A Pontevedra : les catholiques doivent pratiquer la dévotion des premiers samedis.- À Akita : les catholiques doivent réciter le Rosaire, pour le Pape, pour les évêques, pour les prêtres. – Ces trois points correspondent-ils à la voie de l’humilité ? Certainement. – Sont-ils surnaturels, exigent-ils une foi surnaturelle ? Absolument. – L’un de ces moyens serait-il trop exigeant pour que l’Église ressuscite, et pour que l’humanité – au bord de la destruction – enfin se reprenne ? En aucune façon. Alors, que personne n’aille se plaindre en disant qu’il n’y a plus rien à faire !

Kyrie eleison.

30 mars 2018

[Wigratzbad (blog) - FSSP] Messe chrismale

SOURCE - Wigratzbad (blog) - FSSP - 30 mars 2018

Pour la cinquième année consécutive, le Séminaire s'est déplacé à Vaduz au Liechtenstein en ce Jeudi Saint, pour participer à la messe chrismale célébrée dans sa cathédrale par l'archevêque, Mgr Wolfgang Haas. 

Rentrés au séminaire pour le déjeuner, nous poursuivons le Triduum pascal en fin d'après-midi, avec la messe vespérale célébrée par l'abbé Patrick du Faÿ, recteur du séminaire. A son terme, nous partons en procession avec le Saint-Sacrement, jusqu'à notre chapelle intérieure, où les séminaristes et les fidèles prient au reposoir jusqu'à minuit, en union avec l'agonie de Jésus.

29 mars 2018

[Paix Liturgique] Le Pater de la messe romaine : une prière éminemment sacerdotale

SOURCE - Paix Liturgique - lettre n°637 - 29 mars 2018

Nous entamons cette semaine une série d'études dont le but est de faire mieux comprendre, et par conséquent mieux aimer, la liturgie traditionnelle.

En plus de quinze siècles d'histoire, l'usus antiquior s'est développé en cimentant une somme considérable de particularités et de richesses qui, trop souvent, échappent à notre modeste culture liturgique. Il nous semble donc utile de nous pencher à travers une série de lettres, comme nous l'avons fait naguère pour la célébration traditionnelle des sacrements (voir ici le baptême, par exemple), sur certains aspects de la liturgie qui pourraient nous paraître étranges voire étrangers. Face à l'ancienneté de ce qui est aujourd'hui la forme extraordinaire du rite romain, il arrive en effet que la superficialité de nos connaissances nous porte à négliger, voire à critiquer, des éléments aux profondes racines bibliques, patristiques ou théologiques. L'explication de ces éléments permettra aussi aux fidèles qui ont grandi avec la forme ordinaire de mieux les apprécier et de saisir pourquoi ils ne sauraient être abandonnés.

Nous serons heureux, au cours de cette série de lettres, de recevoir les suggestions de nos lecteurs sur les points qui mériteraient d'être soumis à notre réflexion. Qu’il soit clair, par ailleurs, que nous n’avons aucune intention polémique vis-à-vis des pratiques de quiconque : plus que jamais, il faut d’abord cultiver la paix liturgique entre ceux qui célèbrent la liturgie traditionnelle.
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«Quand vous priez, dites : "Notre Père…"». La traduction liturgique que l’Église a retenue de la prière enseignée par le Seigneur à ses Apôtres est celle relatée en saint Matthieu 6, 9-13. Toutes les liturgies catholiques ont intégré ce Pater, depuis des temps immémoriaux. On le trouve dans les plus anciens rituels du baptême. Il a toujours eu sa place, selon les plus anciens témoins, dans l’Office divin. Pour ce qui est de la messe romaine, on est assuré qu’il y était présent à la fin du IVe siècle. L’une des spécificités de la messe romaine (1) est même qu’il y est au premier rang des grandes prières sacerdotales.
«La première oraison de la Nouvelle Alliance»
La tradition, à Rome, voulait que Pater ait été la première forme des oraisons de la messe. Durand de Mende, le grand liturgiste du XIIIe siècle, assurait qu’à son époque, dans la Basilique du Latran, le Pater remplaçait lesorationes – il voulait parler des collectes – de la messe et de l’Office divin. Il le qualifiait de «première oratiode la Nouvelle Alliance».

Le Pater de la messe est donc considéré à Rome comme la prière sacerdotale par excellence, la prière du Grand Prêtre compatissant qui est proférée au cœur de la messe au moment où «tout est accompli» (Jn 19, 30). Il faut savoir, en effet, que les commentateurs «mystiques» de la messe, dans leurs explications allégoriques, expliquaient que son déroulement peut être assimilé à celui de l’histoire du salut : annonce du Christ par les prophètes dans l’Introït ; Gloria des anges, lors de la naissance à Bethléem ; prédication préparant les cœurs par saint Jean-Baptiste symbolisée par l’épître ; proclamation de l’Évangile durant la vie publique de Notre-Seigneur ; offertoire, comme l’offrande de sa vie au Père au Jardin des Oliviers ; Passion correspondant au Canon et la consécration. Et, avant la Résurrection, que manifeste la réunion du Corps et de l’âme (elle-même symbolisée par le Précieux Sang, cf. Lévitique 17, 14), lors de commixtion d’une parcelle d’hostie dans le calice : Pater, qui représente la consommation du sacrifice, où le Christ en mourant a dit à son Père: «Je remets mon âme entre vos mains ; tout est accompli». Vient ensuite la communion, semblable pour les fidèles aux apparitions de Jésus aux Apôtres, et la bénédiction finale comme celle qu’il leur a donnée lors de son Ascension, sur le mont des Oliviers.

Le Pater, à Rome, s’intègre ainsi dans les grandes prières sacerdotales:
  • la collecte, la secrète et la postcommunion (avec parfois une oraison super populum, durant le Carême),
  • la préface du canon,
  • le canon, qui est, quant à sa structure, une suite d’oraisons se terminant chacune par per Dominum nostrum…
  • et le Pater.
En prononçant ou en chantant ces oraisons, le prêtre s’exprime in persona Christi, comme représentant du Grand Prêtre, le Christ, qui intercède auprès de son Père du haut de la Croix et pendant le sacrifice de la messe pour demander la rédemption des hommes. Il utilise toujours le «Nous» de majesté, alors que dans les autres prières, par exemple celles de l’offertoire, dites prières «privées», il dit, le plus souvent : «Je». C’est pourquoi, avant de commencer le Pater, il utilise aussi ce «Nous» de majesté dans la très ancienne introduction («Prions. Comme nous l’avons appris du Sauveur, et selon son divin commandement, nous osons dire»), introduction déjà connue de saint Jérôme au IVe siècle, et citée par saint Cyprien au IIIe siècle :audemus dicere. En outre, dans ces solennelles prières sacerdotales, oraisons, préface, canon, Pater, le prêtre se tient, non pas mains jointes, mais dans l’attitude l’orant antique – mains écartées et élevées à hauteur des épaules en regard l’une de l’autre –, qui évoque un peu la posture du Christ en Croix.
L’intervention célèbre de saint Grégoire le Grand
Le pape Grégoire le Grand, pape de 590 à 604, confirma et amplifia cette signification. Chez les Grecs, le Pater était chanté par le diacre, alors qu’à Rome, à Milan, en Espagne, il était réservé au prêtre, auquel on répondait par la dernière demande : Sed libera nos a malo. En outre, chez les Grecs, en Gaule, en Afrique, en Espagne, à Milan, il était prononcé après la fraction du pain, immédiatement avant la communion.

Par une lettre à Jean de Syracuse, Grégoire attesta la double spécificité de l’usage romain, d’une part, en rappelant que la prière du Seigneur était chanté, lors de la messe, par le célébrant et non comme chez les Grecs par le peuple (en fait par le diacre), et d’autre part, en décidant – ou en confirmant – qu’il devait être dit en conclusion de la prière eucharistique, avant la fraction: «Nous disons l’oraison dominicale aussitôt après le canon, parce que la coutume des Apôtres était de n’en faire point d’autre pour la consécration, et il ne m’a pas paru convenable d’y dire une prière composée par un scholasticus et n’y pas dire celle que Notre Seigneur a composée lui-même. Chez les Grecs, tout le peuple dit l’oraison dominicale ; chez nous, il n’y a que le prêtre». Le raisonnement de Grégoire Ier est hautement mystique, et un peu elliptique car il fait allusion à une allégorie pour lui évidente : le Pater est prononcé sur le Corps du Christ immolé ; or, on vient de réciter le canon, composé par un scholasticus [par un rhéteur chrétien, avant le IVe siècle] ; il est donc juste qu’on y ajoute aussi la prière donnée par le Sauveur lui-même. Il ne serait pas convenable que le prêtre dise seulement une prière composée par un homme, le canon, sur l’oblation sacrifiée (le Corps et le Sang consacrés de manière séparés et pas encore rassemblés par la commixtion qui va suivre) : il faut qu’il dise aussi sur les signes de son sacrifice sacramentel, le Corps et le Sang sous les espèces du pain et du vin, la prière du Seigneur.

Du coup, dans la messe de rite latin, se déploie un grand ensemble, qui commence par la préface, continue par le canon, et s’achève par le Pater. Ce qui n’empêche qu’on puisse aussi le considérer, comme le faisait saint Ambroise (2), comme une prière qui prépare à la communion. En effet, spécialement à cause de la 4ème demande sur le pardon des offenses, il exprime la nécessaire disposition du cœur que l’on doit avoir avant de s’avancer vers l’autel (Mt 5, 23-24).

On considérait d’ailleurs, et pas seulement à Rome, que la messe proprement dite commençait vraiment à l’offertoire et qu’elle s’achevait avec le Pater, même si la communion produit l’unité du Christ dans les âmes des participants. Saint Césaire d’Arles disait à ce propos: «La messe n’a pas lieu au moment où on lit les lectures divines dans l’église, mais lors de l’offrande des dons et de la consécration du Corps et du Sang du Seigneur. Car les lectures, qu’elles soient tirées d’un prophète, de l’Apôtre ou de l’Évangile, vous pouvez aussi les lire chez vous ou écouter les autres les lire ; mais la consécration du Corps et du Sang du Christ, c’est seulement dans la maison de Dieu que vous pourrez l’entendre et la voir. C’est pourquoi celui qui veut participer à la messe entière avec un bénéfice pour son âme, doit rester à l’église, dans une attitude d’humilité et le cœur contrit, jusqu’au moment où l’on dit l’oraison dominicale et où la bénédiction est donnée au peuple [la bénédiction qui précédait alors la communion]» (Sermo 73, 22).
Quand le Pater a commencé à être prononcé par tous
Dans une vue de «participation active», le Mouvement liturgique des années cinquante, qui anticipait en bien des points la réforme conciliaire, voulait que le Pater soit récité par l’ensemble des fidèles, insistant sur son caractère – qui au reste n’est pas contestable – de préparation à la communion. De fait, en un certain nombre de paroisses «avancées», il était récité, contre toutes les règles, par les fidèles, y compris en langue vulgaire.

Le Saint-Siège qui voulait, sous Pie XII, encadrer le mieux possible ce «tout participation», introduisit deux mesures:
  • le nouveau rituel de la Semaine Sainte de 1955 décidait que le Pater, lors de l’office du Vendredi Saint, serait désormais récité par l’assemblée avec le prêtre avant la communion, mais en latin. Les liturgistes expliquaient que cela ne dérogeait pas aux vénérables prescriptions de saint Grégoire, puisqu’il ne s’agissait pas d’une messe et que le canon n’était pas récité,
  • en outre, l’instruction Musica sacra, de la Congrégation des Rites, du 3 septembre 1958, accordait que lePater puisse être récité par les fidèles avec le célébrant, mais seulement lors des messes lues (messes basses) et uniquement en latin. Le P. Antonelli, officiel de la Congrégation, précisait : «Qu’on le note bien : maintenant, la récitation du Pater par les fidèles est seulement permise, et uniquement aux messes lues ; elle n’est donc pas obligatoire» (3).
Pourtant, dans la dernière édition typique [l’édition typique est une édition modèle pour les imprimeurs] du missel tridentin du 15 janvier 1962, il était toujours précisé par le Ritus servandus in celabratione missae (le rituel qui doit être observé dans la célébration de la messe), que le Pater est prononcé ou chanté par le prêtre jusqu’à la réponse finale : Sed libera nos a malo, le prêtre ajoutant ensuite à voix basse : Amen.

C’est seulement lors des premières étapes de la réforme conciliaire, que l’instruction Inter œcumenici, du 26 septembre 1964, édictée par la Congrégation des Rites et la Commission d’application de la réforme liturgique, décida, «en attendant que soit entièrement restauré l’Ordo de la messe» : que le psaume Judica me des prières dites prières au bas de l’autel était supprimé ; que la secrète serait lue à haute voix ou chantée de même que la doxologie terminant le canon à partir du per ipsum, signes de croix omis ; que le dernier évangile était supprimé, et que le Pater serait désormais lu ou chanté par tous.

Comme on sait, l’usage général de ceux qui ont refusé la réforme liturgique du Concile, a été de reprendre la dernière édition du missel tridentin, celle de 1962. Cet usage a été confirmé comme règle par la lettreQuattuor abhinc annos de 1984, le motu proprio Ecclesia Dei de 1988, et le motu proprio Summorum Pontificum de 2007. Toutefois, pour des raisons pastorales diverses, certains prêtres et certaines communautés qui avaient adopté quelques-unes des premières réformes liturgiques conciliaires avant de reprendre la liturgie anté-conciliaire ont jugé bon de conserver le chant du Pater par l’assemblée. Dans la mesure où le chant par le célébrant du Pater reste bien considéré comme la règle traditionnelle et vénérable, qui bénéficie de l’autorité de saint Grégoire le Grand, cette pratique récente peut bien entendu, au coup par coup, être tolérée pour le bien de la paix.

La liturgie romaine, qu’il faut aujourd’hui préserver jalousement, pourra bien, en des temps futurs, connaître, comme par le passé, une croissance organique, qui n’aura rien à voir avec l’aggiornamento, la mise au goût du jour, de la réforme de Bugnini. On peut rêver et souhaiter que la vie liturgique de l’Église, miraculeusement préservée au milieu de la terrible crise qui aurait pu la faire disparaître, retrouve un jour son cours traditionnel dans les paroisses de la chrétienté. On peut par exemple imaginer, en ce qui concerne le chant du Pater, que soit rétabli en certains lieux cet antique usage qui fut pieusement conservé dans quelques cathédrales (4) : lors de la messe solennelle, pendant que le prêtre chantait la grande imploration christique du Pater, ses bras étaient soutenus par le diacre et le sous-diacre qui symbolisaient Hur et Aaron soutenant les bras de Moïse, figure du Christ à venir, pendant qu’il priait pour les que Hébreux l’emportassent sur les Amalécites. Car chaque fois que Moïse baissait les bras, les Hébreux reculaient, et chaque fois qu’il les élevait ils l’emportaient sur les ennemis (Exode 17, 8-16). Ainsi, le prêtre intercède-t-il pour le peuple : Pater noster qui est in cœlis.
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(1) Ces spécificités romaines sont : l’unicité de la prière eucharistique, dite canon, considérée comme une véritable règle de foi ; la récitation silencieuse de ce canon, qui l’entoure d’un respect semblable à celui de la fermeture de l’iconostase dans les liturgies orientales ; la multiplication des célébrations des messes sacerdotales – les messes «basses» non chantées – pour la plus grande application possible des fruits de la Passion aux âmes des vivants et des défunts.
(2) Ambroise de Milan, Des sacrements, des mystères, Cerf, «Sources chrétiennes», 1961, pp. 129-137. Saint Ambroise précise cependant que le Pater suit immédiatement la consécration (p. 133).
(3) Documents de SS Pie XII, Saint-Augustin, 1958, note p. 636.
(4) On pourra consulter à ce sujet : Claude Barthe, La Messe : une forêt de symboles, Via Romana, 2011.

[Mgr Fellay, FSSPX - Ecône] La joie de Pâques - sermon de la messe chrismale 2018

SOURCE - Mgr Fellay, FSSPX - Ecône - 29 mars 2018

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit,

Chers Messieurs les abbés, chers séminaristes, bien chers fidèles,

Nous avons la joie ce matin selon la Tradition de l’Église de confectionner les saintes Huiles, les Saintes Huiles qui serviront dans quatre des sept Sacrements de l’Église, certains pour la validité, d’autres pour la confection du Sacrement. Cette cérémonie est très, très, particulière et même si nous devons être assez courts parce que les prêtres doivent repartir dans leur ministère, nous devons quand même vous livrer quelques pensées.

La première c’est que, à ma connaissance, c’est le seul endroit de tout le missel où l’on trouve dans les rubriques l’exigence d’avoir des beaux ornements. L’Église demande que l’évêque soit vêtu de vêtements précieux. Cela ne veut pas dire que c’est la seule fois où les choses doivent être ainsi, cela veut dire que le souci de l’Église, tellement bien exprimé par saint Pie X : le peuple chrétien doit prier sur la beauté. Il s’agit du culte de Dieu. Il est tellement normal, cela devrait aller de soi que, pour honorer le bon Dieu, on Lui donne le meilleur et donc qu’on ait ce soin, surtout nous qui voulons garder toute la liturgie dans toute sa beauté, dans toute son expression. La liturgie, c’est le culte de Dieu et donc qu’on ait ce soin de la beauté, dans toute sainte Messe, dans tout acte liturgique, il faut avoir ce souci Il ne s’agit pas simplement de faire quelque chose, il s’agit d’honorer Dieu, de Le glorifier, il s’agit de toute notre adoration et notre amour du bon Dieu. Et comme dans tout amour, on soigne les détails.

Une deuxième pensée : cette cérémonie exprime la nature profonde de l’Église, profondément hiérarchique, c’est le bon Dieu qui a voulu ainsi les choses. Tout bien, tout bien, tout ce que nous recevons, nous le recevons du bon Dieu. Qu’il s’agisse des grâces, qu’il s’agisse des qualités, des pouvoirs, tout, tout vient de Dieu. Et la manière de distribuer ces dons, surtout les dons surnaturels, est tellement bien exprimée dans cette Messe Tout d’abord la transmission de la grâce. Tout découle de la sainte Messe.

Vraiment toutes les grâces que nous recevons ont été méritées par Notre-Seigneur sur la croix, dans son Sacrifice. Et la Messe, la sainte Messe, qui n’est que non seulement le renouvellement mais la perpétuation de la Croix, c’est exactement et identiquement le même Sacrifice de Notre-Seigneur sur la croix. Eh bien, cette sainte Messe va être l’instrument utilisé par Dieu pour répandre sur toute la terre sa grâce C’est ainsi que tous les sacrements ont un lien avec la sainte Messe et, cet élément matériel qui va servir de matière à beaucoup de sacrements, qui sont les saintes huiles, eh bien ces saintes huiles seront confectionnées dans la sainte Messe, pendant la messe. Tous les sacrements sont des canaux de grâce, cette grâce qui nous est méritée, la source c’est la Messe, eh bien ces canaux ce sont les sacrements qui nous apportent ces grâces qui nous ont été mérités à l’autel. On le voit très bien dans les saintes huiles.  Seul l’évêque a le pouvoir de confectionner les saintes huiles. Et dans chaque diocèse, il y a une messe par année où ces saintes huiles sont préparées et ensuite, de cet endroit, sont réparties dans tout le diocèse. Pour nous, c’est beaucoup plus qu’un diocèse, ça va dans le monde entier. Les saintes huiles qui serviront dans le baptême, dans la confirmation, dans le sacerdoce, dans l’extrême-onction, pour toute l’Europe, pour l’Afrique, pour l’Asie, sont préparées ici.

On voit comment tout découle de la tête, comment l’Église est hiérarchique. Il en est ainsi aussi du pouvoir. C’est l’évêque qui ensuite délègue à ses prêtres les pouvoirs pour exercer le ministère. Le prêtre ce n’est qu’un adjuteur, un collaborateur qui reçoit ses pouvoirs de l’évêque. Et bien sûr il y a la tête qui est le pape dans l’Église. C’est pour cela que nous disons qu’elle est monarchique. On voit très bien cette hiérarchie. C’est ainsi que Dieu veut que sa grâce soit distribuée au peuple fidèle.

Une autre pensée : quand on voit comment les prêtres vont saluer le Saint Chrême. Ils vont faire trois génuflexions, chaque fois en chantant « Ave sanctum Chrisma ». Voilà ce que demande l’Église, comme vénération de la part de ceux qui ont le droit ensuite de toucher les saintes Huiles. Seuls le diacre et le prêtre ont cette permission. Comme la Sainte Hostie. Parmi tous les dons précieux de l’Église, il ne fait aucun doute qu’après la sainte Hostie, eh bien ce sont les saintes Huiles qui viennent. Le diacre, le sous-diacre, ont le droit de toucher les ustensiles, la sainte patène, le calice, le ciboire, le corporal, tous ces éléments matériels qui ont touché Notre-Seigneur. Mais le sous-diacre n’a pas le droit de toucher les saintes Huiles. Les saintes Huiles peuvent être conservées dans une sorte de tabernacle. Dans la sacristie ou dans un mur de l’église. Un tabernacle qui doit être orné comme le tabernacle, avec de la soie. Tout cela montre un soin extrême et on pourrait demander mais pourquoi… de l’huile, enfin.

Dans les oraisons, l’évêque dit que le Saint-Esprit habite, HABITE, dans les saintes Huiles. Bien sûr, il ne faut pas faire de comparaison avec la Sainte Hostie, c’est complètement différent. La sainte Hostie, c’est Jésus ; la sainte hostie consacrée, on sait bien que la substance du pain a été changée, justement transsubstantiée dans la substance du corps de Notre-Seigneur. Quand on voit l’hostie, on voit Jésus. Ce n’est pas du tout la même chose pour les saintes Huiles. Mais cette habitation du Saint-Esprit est à comprendre dans le sens que le Saint-Esprit va passer, d’une certaine manière,  à travers les saintes Huiles, cette matière pour faire passer la grâce Et donc c’est quelque chose de très précieux. Et que les prêtres aient ce soin, ce soin de conserver, de traiter comme il faut les saintes Huiles, pas n’importe comment. On dit bien, assueta vilescuns, ce sont les choses auxquelles on a l’habitude, on s’habitue, eh bien elles deviennent viles, elles deviennent communes. Il ne faut pas que le culte de Dieu devienne quelque chose de commun. Il n’y a pas de petites choses dans le service de Dieu. Dieu est tellement grand, dans le Te Deum on dit, d’immense majesté. C’est une majesté qu’on ne peut pas mesurer tellement elle est grande. Et le culte de Dieu justement consiste à honorer, adorer, vénérer cette majesté de Dieu. Il n’y a rien de petit, rien de mesquin, même si humainement on peut avoir cette impression. Il faut avoir ce regard de foi, et donc ce soin de l’ordre, de la propreté, de la beauté de tout ce qui touche au culte de Dieu.

Et là notre dernier point, quand on regarde ce qui se passe dans l’Église aujourd’hui, on a vraiment l’impression que appelons cela ce sens de Dieu, le sens de la grandeur de Dieu, de la vérité de Dieu, de Notre-Seigneur a été perdu. Et que cette nouvelle liturgie elle-même fait perdre ce sens. Comment est-ce qu’ils ont pu, comment est-ce qu’ils ont osé faire une messe tellement vile, tellement vide, plate. Ce n’est pas comme cela qu’on peut honorer Dieu. Et avec ça, avec cette manière tellement commune, regardez comment les gens se comportent On ne leur en veut pas, ils n’y peuvent rien, c’est comme ça. Mais regardez comment ils se comportent quand ils rentrent dans une église ! Regardez comme ils font, ils ne savent même plus que c’est la maison de Dieu. On leur a tellement rabâché que c’était le peuple de Dieu qui comptait. Et non plus le bon Dieu. Et ainsi, on a perdu tant de tant de choses.

Et nous, par une grâce du bon Dieu, nous avons tous ces trésors qu’on appelle la Tradition. C’est tout un ensemble de trésors qui sont les trésors de l’Église et c’est de ces trésors que découle la grâce qui sanctifie, qui fait aller au Ciel, qui fait quitter le monde, le péché. C’est tout un tout cela. Quel devoir nous avons, un devoir vraiment sacré de conserver ces biens. Pas seulement pour nous, mais pour les générations qui viennent. Pour l’Église. Ces trésors, ce sont les trésors de l’Église, pas les nôtres. Ils sont les nôtres parce que nous sommes de l’Église.

Et là aussi, le danger, un des dangers de cette situation, nous constatons des autorités, des prélats qui commencent à faire et à dire n’importe quoi, eh bien,  c’est de les envoyer promener. C’est un grand danger. On se trouve alors dans une situation où, au nom de la nécessité, ce que nous appelons l’état de nécessité, qui est vraiment, réel, tragique dans l’Église, eh bien au nom de cet état de nécessité, le danger c’est d’en prendre et d’en laisser. Prendre sa liberté. Il y a des principes qu’on applique à faux. Par exemple, tout ça c’est confus, alors lex dubia, lex nulla. Ou bien, in dubio libertas. On y va. C’est un danger.

Le danger de vouloir ou de prétendre que puisque tout va de travers, nous sommes libres de faire ce que nous voulons. Cette attitude-là, elle est dangereuse, elle est fausse, elle n’est pas chrétienne. C’est vrai, il y a des cas, et même nombreux, c’est devenu une situation,  où nous sommes obligés de refuser l’application de beaucoup de lois nouvelles, modernes parce qu’on voit qu’elles font du mal aux âmes. On se trouve dans une situation où l’Église – des théologiens l’ont prévue, l’ont analysée – cette situation où l’application d’une loi causera un dommage. Ça peut arriver. Parmi les hommes, ça peut arriver.  Les hommes ne connaissent pas toutes les circonstances et donc lorsqu’ils font des lois, ils savent qu’il peut y avoir des exceptions où la loi non plus n’existe plus, non, pas ça, mais est suspendue.

Alors, quelle est l’attitude correcte dans cette situation? Eh bien,, c’est celle que nous indique saint Thomas : quand on ne peut pas appliquer une loi, parce qu’elle causerait un dommage, on doit se demander quelle est l’intention du législateur lorsqu’il a fait cette loi. Qu’est-ce qu’il voulait ? Et en regardant cette intention du législateur, on trouvera la réponse pour la situation présente. Et donc, même si matériellement on a l’impression d’être en désobéissance, formellement on maintient le principe de l’obéissance parce qu’on ne fait pas ce qu’on veut mais on cherche ce que veut le législateur, celui qui a fait la loi. On cherche justement l’intention, pourquoi cette loi, et on sait que l’intention finale, celle qui domine tout, c’est le salut des âmes. Pourquoi est-ce qu’il y a des lois dans l’Église ? Et même toutes les lois dans l’Église pour une seule chose, sauver, sauver les âmes. Et bien sûr c’est ça le grand principe, même dans le nouveau droit canon, il est exprimé ce principe. Mais il faut faire attention parce que c’est vrai que cette situation qui dure, et qui dure et qui continue, peut faire prendre des mauvaises habitudes. Et donc il faut s’examiner, il faut faire attention à bien se mettre dans cet état de dépendance du bon Dieu, et aussi, quand c’est possible, des autorités.

Est-ce que cela veut dire qu’il faut chercher à tout prix des solutions avec Rome et ainsi de suite. Évidemment, ce n’est pas à tout prix, parce que précisément la première condition c’est de servir Dieu, c’est le salut des âmes. Quand on voit qu’il y a tellement et tellement de choses qui sont faites aujourd’hui et qui nuisent au Salut, eh bien là évidemment il faut dire non et c’est ce qui nous oblige à approcher les autorités avec une extrême prudence et en maintenant, nous l’avons dit à Rome, nous avons dit : écoutez, si vous avez l’intention de nous faire changer, de nous faire accepter les choses modernes, alors, on s’arrête ici, on ne va pas plus loin, parce que nous, nous n’accepterons pas. Nous n’accepterons pas, nous ne voulons pas. Ni diminuer quelque chose que ce soit à la gloire qui est due à Dieu, ni à notre Salut, ni à la foi, ni à la grâce.

Évidemment, dans cette situation actuelle, nous ne pouvons pas approcher de ces autorités avec une pleine confiance. Ce n’est pas possible. C’est pour cela que nous disons qu’il faut gagner confiance et cela doit se passer par des actes. Montrez que vous voulez la Tradition pour l’Église, montrez que vous l’aimez. Hélas, presque tous les jours nous avons les signes contraires. Presque tous les jours.

Pour cela, nous continuons sereinement en attendant que le bon Dieu veuille bien changer ces circonstances. Nous verrons bien combien de temps il faut encore attendre. C’est vraiment dans les mains du bon Dieu. Pour nous, nous savons, nous avons un trésor dans les mains, nous n’avons pas le droit de le galvauder, nous n’avons pas le droit de le diluer. C’est un de nos premiers devoirs, on peut le dire, de conserver ce dépôt, c’est même saint Paul qui le disait dans l’Écriture sainte – vous vous rendez compte - depositum custodi, garde le dépôt. Ce dépôt c’est le bon Dieu qui l’a donné à l’Église. Personne n’a le droit de le dissiper. L’Église, la première, n’a pas le droit, elle doit le garder et nous, comme il est entre nos mains, nous devons le garder.

Demandons bien aujourd’hui ce zèle, ce zèle de la maison de Dieu, ce zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes. Demandons cette foi profonde accompagnée de cette charité brûlante qui désire vraiment gagner toutes les âmes possibles, toutes les âmes possibles à Dieu, pour qu’elles soient sauvées. Pour que Dieu soit glorifié.

Ainsi soit-il.

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

28 mars 2018

[Jérôme Bourbon - Rivarol] Nos deuils: Monsieur le Curé Jean Siegel (1925-2018)

SOURCE - Jérôme Bourbon - Rivarol - 28 mars 2018

Monsieur l’Abbé Jean Siegel a rendu son âme à Dieu, au soir du 23 mars, vendredi de la Passion et fête de Notre-Dame des Sept Douleurs. Né en 1925, ordonné prêtre en 1949, il était depuis 1955 curé de Thal-Druligen (Bas-Rhin). Dans la paroisse qui lui fut confiée, il se montra fidèle à la célébration de la sainte Messe, tant que ses forces le lui permirent, jusqu’en novembre dernier.
    
Fidèle rivarolien (il attendait chaque semaine avec impatience notre hebdomadaire qu’il dévorait), le curé de Thal a toujours refusé de célébrer « la messe de Luther » et il refusait également de reconnaître l’autorité et la légitimité des occupants du siège de Pierre depuis la mort de Pie XII (il était non una cum au canon de la messe). Monsieur le curé professait publiquement des positions intégralement sédévacantistes, n’adhérant ni à la position doctrinale de la FSSPX, ni à la thèse de Cassiciacum.
Démis de ses fonctions par l’“évêque” moderniste de Strasbourg en 1978 qui lui avait supprimé son traitement à la suite de sa fidélité à la foi catholique et à la messe traditionnelle, il s’était inscrit à l’ANPE et avait réussi à conserver, avec l’appui de ses paroissiens, sa charmante petite église villageoise et sa modeste cure au prix d’un courageux bras de fer avec l’“ordinaire” du lieu.
   
Vivant de manière spartiate (il n’avait ni téléphone ni ordinateur), faisant lui-même son jardin potager, jeûnant plusieurs fois la semaine, ce curé de campagne à l’ancienne est resté toute sa vie fidèle au service du Bon Dieu et de ses paroissiens. Il accueillait toujours avec bonhommie, gaieté et générosité ses visiteurs, leur servant un bon petit verre de vin blanc autour d’une table conviviale.
   
Lorsqu’on allait le voir dans cette oasis, on avait le sentiment que le temps s’était arrêté. Il était en effet resté intégralement fidèle au mode de vie et de pensée de nos aïeux, de ce peuple paysan pieux, travailleur, courageux, lucide, dur au mal et plein de bon sens.
   
Avec lui c’est à la fois un valeureux combattant de la foi et un pan de la France traditionnelle qui disparaissent. Et cela nous rend infiniment triste car nous nous sentons vraiment orphelins dans ce monde apostat si effrayant, si mensonger.
    
Que Dieu accueille son humble et fidèle serviteur dans son paradis. Requiescat in pace.

[FSSPX Actualités] François sur les pas du Padre Pio

SOURCE - FSSPX Actualités - 28 mars 2018

En déplacement à Pietrelcina et San Giovanni Rotondo le 17 mars 2018, le pape François a invité les fidèles à se mettre à l’école du Padre Pio et a dénoncé le fait que de nos jours les enfants mal formés soient rejetés « avec un raffinement de cruauté qui n’a rien à envier à l’antique cité de Sparte ».

Un des temps forts du voyage pontifical fut la visite de l’hôpital fondé par le capucin sous le nom de « Maison du soulagement de la souffrance ». François a pu franchir le seuil du département d’oncologie-hématologie pédiatrique et rencontrer dix-huit enfants malades.

Après sa visite à l'hôpital, le Saint-Père s’est recueilli devant la dépouille du Padre Pio. Celle-ci demeure dans un état de conservation exceptionnel. Sur la châsse en verre, le pape a déposé une étole pastorale. Le vicaire du Christ a ensuite célébré la messe devant 30.000 fidèles. Dans son homélie, François a appliqué trois leçons tirées des textes liturgiques au saint de Pietrelcina.
Un modèle pour adorer Dieu dans la prière
D'abord la prière. Padre Pio fut un modèle de persévérance dans la prière, et il encourageait ses nombreux visiteurs à ne jamais se lasser de prier beaucoup. La prière n'est pas seulement ni d'abord une demande pour obtenir la satisfaction d'un besoin, un « appel d’urgence » ou un « tranquillisant à prendre à doses régulières, pour se soulager du stress », mais premièrement le moyen d'adorer et de louer Dieu. François a déploré que la prière d'adoration ait été mise de côté. - à qui la faute ? La pauvreté liturgique actuelle n'est-elle pas responsable en bonne partie de l'abandon de l'esprit de vérité et d'adoration dans le culte rendu à Dieu ?

Le Padre Pio fonda des groupes de prière pour encourager les fidèles du monde entier. Il leur expliquait lors d'un Congrès, en 1966 : « C’est la prière, cette force unie de toutes les âmes bonnes, qui fait bouger le monde, qui renouvelle les consciences, […] qui guérit les malades, qui sanctifie le travail, qui élève les soins de santé, qui donne la force morale, qui répand le sourire et la bénédiction de Dieu sur toute langueur et toute faiblesse ».
Un modèle pour protéger les petits et les humbles de ce monde
Ensuite la petitesse, c'est-à-dire l'humilité du cœur et de l'esprit. Dieu se révèle aux petits, à ceux qui ne sont pas pleins d'eux-mêmes. A l’exemple du Padre Pio, il faut vivre dans l’humilité, car « le cœur des petits est comme une antenne qui capte le signal de Dieu, (…) mais lorsqu’on est rempli de sa superbe, il n'y a pas de place pour Dieu ». D’ailleurs, a ajouté le pape, « le mystère de Jésus, tel que nous le voyons dans l'hostie à chaque Messe, est un mystère de petitesse, d'amour humble, et ne peut être saisi qu'en se faisant petit et en assistant les petits ».

Padre Pio fonda la Maison du soulagement de la souffrance pour venir en aide aux malades et aux plus fragiles. Le pape en a profité pour dénoncer « les prophètes de la mort de toute époque, même d’aujourd’hui, qui rejettent le peuple, rejettent les enfants, les personnes âgées, parce qu’ils sont inutiles. » Et de rapporter ce souvenir d'enfance : « à l’école, on nous enseignait l’histoire des spartiates. J’ai toujours été frappé par ce que nous disait la maîtresse : quand un petit garçon ou une petite fille naissait avec des malformations, ils l’emmenaient au sommet de la montagne et le précipitaient en bas ». L'application est aisée : « nous faisons de même, avec plus de cruauté, avec plus de science. Ce qui n’est pas utile, ce qui ne produit pas doit être jeté. C’est la culture du rebut ; aujourd’hui, on ne veut pas des petits. Et c’est pour cela que Jésus est laissé de côté ».
Un modèle de vraie sagesse
Enfin la sagesse. Le Padre Pio a vécu de la vraie sagesse, celle de « la charité animée par la foi » qui triomphe du mal « par l'humilité, par l'obéissance, par la croix, offrant sa souffrance par amour ». Ayant « offert sa vie et ses innombrables souffrances », le saint de Pietrelcina « était un apôtre du confessionnal » parce que c'est là que pour la plupart « commence et recommence une vie sage, aimée et pardonnée. » C’est là que commence la guérison du cœur, a conclu François, déplorant que « tout le monde l’admire, mais que bien peu nombreux sont les chrétiens qui l’imitent ». Et de résumer son hommage au Padre Pio : « Les groupes de prière, les malades de la Maison du Soulagement, le confessionnal ; trois signes visibles qui nous rappellent trois précieux héritages : la prière, la petitesse et la sagesse de la vie ».

Un aspect de la vie du Padre Pio qui n'est pas mis en avant est sa grande défiance vis-à-vis du parfum des nouveautés qui envahissait l'Eglise à la faveur du concile Vatican II. Ce saint religieux se méfiait de l'aggiornamento conciliaire et craignait qu'il produise l'abandon de l'authentique vie franciscaine. Le 3 septembre 1965, en la fête de saint Pie X, il obtenait la permission de continuer à célébrer la messe en latin et de ne pas se plier aux nouvelles règles liturgiques, annonciatrices du nouveau rite qui devait être promulgué quatre ans plus tard. « Jusqu'à la fin de sa vie, écrit le Père Jean Derobert, Padre Pio aura célébré la Messe tridentine, celle de son ordination ».

En 1968, au général des capucins venu lui confier le Chapitre général réuni pour appliquer le Concile, il répondra en s'agaçant : « Ce ne sont que bavardages et ruines ! » Quatre mois plus tard, il écrivait au pape Paul VI, le 12 septembre 1968 : « Je prie le Seigneur que l'ordre des capucins continue dans sa tradition de sérieux et d'austérité religieuse, de pauvreté évangélique, d'observance de la règle et des constitutions, tout en se renouvelant dans la vitalité et l'esprit intérieur selon les directives du concile Vatican II » (cf. Mgr Tissier de Mallerais, Marcel Lefebvre, une vie, pp. 391-392). Pieusement décédé le 23 septembre 1968 à San Giovanni Rotondo, il n'eut pas à connaître la nouvelle messe ni les déchirements de l'adaptation au monde voulut par le Concile : abandon de la vie religieuse, des traditions de son ordre et de la règle qu'il chérissait tant.

La veille de sa mort, il avait célébré son ultime messe – celle du cinquantenaire de ses stigmates qui le configurèrent, sa vie durant, à la divine Victime qu'il offrait quotidiennement à l'autel.

24 mars 2018

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Un Chaos Décrypté

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 24 mars 2018

Par Marie, le Rosaire et par Notre Seigneur,
Dieu Grand et Tout Puissant ! Soyez notre Sauveur !
   
Le temps qui précède la Semaine Sainte est un moment favorable pour réfléchir sur la Passion, la souffrance, de l’Eglise catholique. Un lecteur nous écrit : « Dites-nous – bigre ! – ce qui se passe avec la FSSPX, avec Mgr Fellay, etc. ? Nous entendons ici de bien étranges histoires et nous ne savons pas trop quoi croire. Partout ça casse à un point qu’on aurait eu du mal à imaginer -. A partir de (1) l’Église du Novus Ordo, nous avons maintenant (2) la FSSPX, (3) les Sédévacantistes, (4) la Résistance à la FSSPX et (5) le groupe de l’abbé Pfeiffer, en attendant les nouvelles fractures qui ne manqueront pas de se faire jour dans l’avenir ! Que fabrique le “pape” François ? Il passe son temps à faire de la politique, sans s’occuper du côté spirituel ! Et l’on entend dire que Mgr Fellay court après un chapeau de cardinal ! A quoi cela rime-t-il ? »
   
Cher ami, si l’Église catholique est dans cet état chaotique, c’est par une juste punition de Dieu. Son Église est, certes, la « Lumière du monde » et le « Sel de la terre » mais partout dans le monde l’humanité se détourne de Lui, y compris Ses hommes d’église. Et il ne servira à rien que Dieu intervienne trop tôt pour sauver son Pape, parce que les hommes d’église seraient capables de se retourner contre celui-ci pour le déchirer (Mt. VII, 6), tout comme ce sont peut-être eux qui ont assassiné Jean-Paul Ier. Donc manquant de Lumière et de Sel, le monde continuera à s’enfoncer dans les ténèbres et dans la corruption jusqu’à ce que le chaos, s’accélérant actuellement au galop, force enfin suffisamment d’hommes à se mettre à genoux pour supplier Dieu dans Sa miséricorde de remettre sur pied le Pape, qui pour le moment, comme vous le dites, fait de la politique au lieu de s’occuper de la religion.
   
En effet, le Pape est incontournable parce qu’il est le rocher sur lequel est bâtie l’Église (Mt. XVI, 18), de sorte que s’il trahit le monde corrompu en préférant le suivre au lieu de l’aider à sortir de sa corruption, alors comme vous le dites, « Partout ça casse, à un point qu’on aurait eu du mal à imaginer ». Quand Notre-Seigneur a été frappé dans le jardin de Gethsémani, tous les apôtres se sont dispersés (Zacharie XIII, 7, Mt. XXVI, 31). Aujourd’hui, le pape François est si profondément frappé que l’autorité de l’Église est déboîtée dans son principe.
   
Pour comprendre le problème du pape François, il faut remonter au Concile Vatican II (1962–1965). Car c’est là que les papes renoncèrent à résister à la société décadente, et décidèrent de lui emboîter le pas. Jusqu’à Pie XII inclu (1939–1958), les papes avaient résisté à cette décadence ; mais ce monde était tellement séducteur, tellement entêtant, que Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI se sont tous laissés prendre à son jeu (non sans faute de leur part). Ce sont eux qui ont créé ce que vous mentionnez au point (1) : l’Eglise Conciliaire ou Église du Novus Ordo, qui tire son nom de ce Nouvel Ordre de la Messe auquel on doit la transformation d’une multitude de catholiques en virtuels protestants. Quant au pape François, il ne se contente pas de partager les erreurs des autres papes sortant de ce maudit concile ; il met ces idées fausses en pratique d’une manière hautement destructrice, si bien que l’Église se trouve dans un chaos tel qu’on n’en a jamais vu.
   
Pourtant, peu après le Concile, Dieu avait suscité un archevêque catholique pour fonder une Congrégation qui devait secourir toutes les âmes voulant garder cette Tradition que les papes et les hommes d’église abandonnaient par pans entiers. Ainsi se créa (point 2) la FSSPX, ou Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, qui prospéra jusqu’à la mort de l’Archevêque en 1991. Mais avant sa mort apparurent également (point 3) les “sédévacantistes” qui, scandalisés par les Papes conciliaires, allèrent jusqu’à refuser de croire qu’il s’agissait de vrais papes. Puis, après la mort de l’archevêque, les chefs plus jeunes qui lui succédèrent à la tête de sa Fraternité, n’ayant rien connu d’autre que le monde moderne, contractèrent eux aussi les erreurs du concile, notamment Mgr Fellay dont il est bien possible qu’il cherche un chapeau de cardinal comme récompense pour avoir gangrené la résistance de la Tradition à la Néo-église. Cette trahison de la véritable résistance incarnée dans la Fraternité par l’Archevêque, explique votre point 4 : la “Résistance” à l’apostasie ; résistance dans laquelle des prêtres, quoique dispersés, se tiennent les coudes pour garder la Foi Catholique en train d’être corrompue tant dans la Fraternité que dans l’église du Novus Ordo. De bons catholiques souhaiteraient davantage d’organisation dans cette Résistance mais, à l’heure actuelle, un demi-siècle de Papes conciliaires a quasiment brisé la structure catholique. Sur ces entrefaites (point 5), surgit le groupe de l’abbé Pfeiffer, pour lequel la (4) “Résistance” ne semble pas résister assez.
   
En bref, dans tous les cinq groupes se trouvent dispersées des brebis catholiques connues de Dieu comme ayant la foi et voulant être catholiques. Mais les Papes conciliaires sont incapables de rassembler ces catholiques dans la vraie foi. Et puisque personne d’autre qu’un Pape, dans le bon sens du terme, ne peut remplir cette fonction, alors “ce qui ne peut être guéri doit être supporté” jusqu’à ce que Dieu intervienne. Pour hâter ce saint événement, que les catholiques – voire, même les non-catholiques ! – récitent chaque jour les 15 Mystères du Rosaire afin que la Mère de Dieu intercède pour nous auprès de son Fils.
   
Kyrie eleison.

22 mars 2018

[FSSPX Actualités] Vatican : un floutage fatal

SOURCE - FSSPX Actualités - 22 mars 2018

Ce qui devait être une opération promotionnelle pour onze opuscules, édités par la Librairie vaticane, mettant en valeur certains aspects de la pensée du pape François, s’est métamorphosé en un cauchemar pour le Secrétariat de la communication du Saint-Siège. Retour sur un crime presque parfait, en cinq actes.
Acte 1. Quand le préfet sollicite le pape émérite.
Le 12 janvier 2018, le préfet du Secrétariat pour la communication du Saint-Siège, Mgr Dario Viganò, écrit au pape émérite Benoît XVI pour lui demander une « page théologique courte et dense », afin d’assurer la promotion de onze opuscules, émanant de divers théologiens et donnant une vision positive de la pensée du pape François.

Le 7 février, Benoît XVI répond par deux feuillets glissés dans une enveloppe, avec la mention « confidentiel et personnel », selon le vaticaniste Andrea Tornielli qui ajoute que l’entourage immédiat de Joseph Ratzinger avait formellement déconseillé de diffuser cette réponse.
Acte 2. Le préfet, dans l’euphorie, évoque la lettre devant la presse mondiale.
Le 12 mars, à la veille du 5e anniversaire de l’élection du pape François, Mgr Viganò, jugeant prudent d’ignorer la confidentialité du courrier, donne lecture aux journalistes du passage dans lequel le pape émérite affirme approuver « cette initiative qui veut s’opposer et réagir au préjugé insensé selon lequel le pape François serait un homme purement pratique, privé d’une formation théologique ou philosophique particulière, alors que moi j’aurais été uniquement un théoricien de la théologie qui n’aurait pas compris grand-chose de la vie concrète d’un chrétien aujourd’hui ».

Et Benoît XVI d'ajouter : « ces petits volumes montrent à raison que le pape François est un homme d’une profonde formation philosophique ou théologique, et aident donc à voir la continuité intérieure entre les deux pontificats, même avec toutes les différences de style et de tempérament. »

Des propos relayés « urbi et orbi » qui semblent appuyer l’idée d’une profonde continuité d’un pontificat à l’autre, sans qu’il existe entre les deux l’épaisseur d’une page de papier bible…
Acte 3. De fins limiers flairent une manipulation.
Le vaticaniste Sandro Magister se fait l’écho dès le lendemain d’un certain malaise partagé par la presse mondiale : sur la photo envoyée aux journalistes le 12 mars, les deux dernières lignes de la première page sont floutées, et tout le texte de la deuxième page, hormis la signature, est caché par la pile des 11 opuscules.

Or l’Associated Press, qui possède les droits sur la photo en question, s’étonne du procédé, le qualifiant de « contraire à ses règles de déontologie ».

Face à ces protestations, le Vatican publie le 13 mars un texte enrichi, qui se veut « intégral », de la lettre, où Benoît XVI affirme qu’il n’écrit que sur les livres qu’il a lus, et qu’il a autre chose à faire que de lire ceux-là. Et le texte se termine ainsi : « Je suis sûr que vous comprendrez, et je vous salue cordialement. »

Mais comme pour les trains, un bidonnage journalistique peut en cacher un autre…
Acte 4. L’art de confesser ses fautes.
Quelques jours plus tard, Sandro Magister - encore lui - remarque sur son blogue Settimo Cielo, en date du 17 mars, que la position étonnante de la signature sur la seconde page laisse entendre que le texte au-dessus est bien plus long que ce qui a été communiqué, et que selon des sources « irréfutables », émanant de « l’entourage de Benoît XVI », ce paragraphe serait en fait une vive critique contre certains auteurs de cette collection, connus pour leurs positions hétérodoxes au regard de la doctrine catholique.

Quelques heures plus tard, le Saint-Siège, « à la demande de Benoît XVI », selon le journaliste religieux du Figaro, Jean-Marie Guénois, publie, de guerre lasse, la version vraiment intégrale de la lettre, manifestant l’étonnement - voire l’indignation - du pape émérite d'avoir été sollicité pour faire l’éloge d’un des volumes écrit par un théologien qui a violemment attaqué le magistère. Et le lecteur s’aperçoit enfin, non sans surprise, que dans la dernière phrase, on avait enlevé le mot « refus » : « Je suis sûr que vous comprendrez mon refus. »

L’effet est désastreux, et la continuité affirmée par Mgr Viganò entre les deux pontificats vole d’un coup en éclats.
Acte 5. La roche tarpéienne, toujours si proche du Capitole.
Le 21 mars, le couperet tombe : le pape accepte la démission « spontanée » de Mgr Dario Viganò de sa charge de préfet du Secrétariat pour la communication du Saint-Siège.

Avec quelques jours de recul, on peut déjà constater que l'affirmation de la « continuité intérieure » des deux pontificats, au moyen d’une lettre manipulée sans vergogne, aboutit en fait à « surexposer » Benoît XVI et François, au risque de les opposer et de les discréditer : c’est la faute de Mgr Viganò, et elle suffit pour le disqualifier.

De plus, quel discrédit jeté sur le Secrétariat à la communication, sur le Saint-Père lui-même qui demandait pourtant, le 24 janvier 2018, dans un message adressé aux journalistes, de « contribuer à l’engagement commun pour prévenir la diffusion de fausses nouvelles et pour redécouvrir la valeur de la profession journalistique » !

« Faire les réformes à Rome, c’est comme nettoyer le Sphinx d’Egypte avec une brosse à dents », avait ironisé le souverain pontife dans son discours à la Curie du 21 décembre 2017, mettant en garde celle-ci contre « cette logique déséquilibrée et dégénérée de conspirations ou de petits cercles qui représentent réellement – malgré toutes leurs justifications et bonnes intentions – un cancer qui mène à l’autoréférentialité ». - Contre une telle maladie, la Tradition bimillénaire de l’Eglise demeure sans conteste la thérapie la plus adaptée…

[Abbé Vincent Bétin, fsspx - Présent - Anne Le Pape] L’Eglise et sa mission d’enseignement : entretien avec l’abbé Vincent Bétin

SOURCE - Abbé Vincent Bétin, fsspx - Présent - Anne Le Pape - via fsspx.news - 22 mars 2018

Entretien avec M. l’abbé Vincent Bétin, de la Fraternité Saint-Pie X, directeur de l’école de Bailly. Article publié par Anne Le Pape dans le journal Présent du 22 mars 2018 et reproduit sur FSSPX.Actualités avec son aimable autorisation.
Monsieur l’abbé, l’école a emménagé depuis quelque temps maintenant. Etes-vous content de la nouvelle implantation?
L’école Saint-Bernard est installée dans ses locaux actuels (5, rue de Chaponval, 78870 Bailly) depuis 2012 pour l’école primaire (anciennement école de l’Enfant-Jésus de Bailly, déménagement sous la direction de l’abbé Xavier Lefebvre) et 2013 pour l’école secondaire (déménagement sous la direction de l’abbé Bernard de Lacoste). Le bâtiment a été conçu comme une école capable de recevoir plus de 300 élèves ; nous n’avons pas eu d’aménagements importants à réaliser. Cette adaptation nous aide beaucoup dans le fonctionnement quotidien. Nous sommes en plus en bordure de la plaine de Versailles, ce qui offre à nos enfants de la verdure et de l’espace pour jouer. D’ailleurs, notre colonie de poules investit bruyamment les aires de jeux dès que les récréations sont terminées et nous donne, en plus des œufs, un côté champêtre très agréable.
Combien d’élèves accueillez-vous en vos murs?
Aujourd’hui, nous scolarisons 241 élèves, répartis ainsi : 158 en primaire et le reste dans le secondaire. Le déménagement de Courbevoie nous a coupés des élèves parisiens, qui étaient surtout dans les classes du secondaire. Le projet du Grand Paris nous offrira prochainement une possibilité de transport direct depuis Paris. Nous l’attendons avec impatience. Cependant, l’installation des religieuses dominicaines de Fanjeaux à dix minutes de notre école et la proposition d’une scolarisation des garçons et filles de nos familles, a déjà convaincu nombre d’entre elles de déménager à proximité. Cette offre complémentaire de scolarisation et le travail en bonne intelligence de ces deux écoles est un vrai atout pour les familles. Nous assurons l’aumônerie et les cours de catéchisme chez les sœurs dominicaines. L’an prochain, nous scolariserons plus de 260 élèves (les dominicaines accueilleront plus de 120 filles) et notre secondaire atteindra doucement des effectifs normaux. Il faut cependant veiller à ce que les effectifs restent proportionnés à nos objectifs d’école familiale ; pour l’instant, nous avons encore de la marge.
Le primaire est assuré par le petit Saint-Bernard, situé en plein cœur de Paris. Les élèves entrant en secondaire viennent-ils facilement jusqu’à Bailly?
Nous avons notre propre primaire, ce qui assure une continuité pour les enfants. Ce primaire est mixte, le temps que l’école des dominicaines ouvre tous les niveaux pour les filles. Pour nos garçons, le passage en sixième se fait naturellement.

Le « petit » Saint-Bernard de Paris (rue du Petit-Musc), au moment du déménagement du « grand » Saint-Bernard de Courbevoie, a été rebaptisé « Saint-Louis ». Nous recevons quelques enfants sortant du primaire de Saint-Louis. Nous espérons, avec les nouveaux transports en commun promis (!) en recevoir plus.
Envisagez-vous d’ouvrir un jour un internat, ou est-ce hors de question?
Pendant 20 ans, j’ai été directeur d’un internat. En arrivant à Bailly, j’ai découvert l’externat, son organisation, ses avantages et ses inconvénients. J’ai découvert une autre façon de s’occuper des enfants, reposant plus sur la collaboration avec les professeurs pour tout ce qui relève de l’éducation (en internat, nous avions plus de temps pour nous occuper des enfants le soir, ou les après-midi libres). L’internat ne me semble pas réalisable ici, faute de place, d’air et de calme. Mais l’Eglise a reçu du divin Maître cette mission d’enseigner et nous pensons que nous avons notre place pour réaliser cette mission ici. Il nous manque encore une grande et belle église pour donner la beauté de la liturgie à tous nos enfants. Aujourd’hui, l’école ne peut avoir de cérémonie commune… 240 élèves, avec leurs familles, ça fait du monde. Notre projet de vaste église a été autorisé par la mairie, malheureusement des recours, à notre avis abusifs, ont été déposés, nous attendons qu’ils soient réglés. Prions pour cela le bon saint Joseph.
Assurez-vous la formation dans toutes les sections (encore actuelles) pour le bac?
Nous entendons donner le meilleur à nos élèves. Les formations littéraires nous tiennent particulièrement à cœur. La richesse culturelle de notre région est un vrai atout. Je suis très heureux de voir nos élèves organiser d’eux-mêmes des sorties au théâtre ou à des expositions pour leur classe. Ce goût est donné par nos professeurs de lettres, d’histoire, mais aussi de sciences.

Aujourd’hui, nous proposons les filières littéraires et scientifiques, avec l’enseignement du grec et du latin. Tout le monde peut réussir ; bien sûr nous visons l’excellence dans les résultats, mais nous souhaitons que chaque enfant réussisse à la hauteur des talents qu’il a reçus du Bon Dieu. Nos anciens nous honorent par les grandes écoles qu’ils ont pu intégrer, mais aussi par leur épanouissement dans leur métier et dans leur famille. Nous sommes catholiques, donc universels.
Que pensez-vous des lois envisagées sur le hors contrat? Craignez-vous pour l’avenir de votre école?
Dans mon ancienne affectation, j’ai eu l’honneur d’ouvrir un lycée professionnel (le lycée P. Vrau de la Martinerie) ; je l’ai dirigé pendant quatre ans. La loi sur l’ouverture d’un établissement professionnel est très exigeante : c’est normal, les formations professionnelles sont potentiellement dangereuses pour les enfants et nous relevons d’autres ministères que celui de l’Education. Les nouvelles lois sur les établissements hors contrat sont plus sévères quant à l’ouverture. Ces nouvelles exigences nous obligent à plus d’excellence encore. Nous pouvons comprendre ces nouvelles normes, tout en espérant que cela n’entraîne pas une restriction de notre liberté scolaire. Nos programmes se veulent complets dans l’enseignement des lettres, ou de la philosophie, ou de l’histoire, ou encore de l’enseignement religieux (histoire sainte, sainte Ecriture, doctrine, selon ce que l’Eglise a fait depuis toujours). Cette différence qui nous est propre et, nous le pensons, un véritable atout, a été prise en compte jusqu’à présent par les différentes inspections.
Quel est le bagage le plus important à faire passer à vos élèves, à vos yeux?
Le chrétien est un homme de foi, dont la vie est une vie sacramentelle profondément enracinée dans la messe de toujours. C’est ce qui permet à nos enfants de s’insérer le mieux possible dans le monde ; nous sommes convaincus des paroles de saint Paul lorsqu’il parle des chrétiens en les appelant « fils de lumière » : « Voilà tout ce que produit la lumière : c’est tout ce qui est bon, tout ce qui est juste, tout ce qui est vrai. » Nous travaillons à ça, c’est notre service pour notre mère la sainte Eglise. Nous le faisons avec l’aide de la grâce et sous la direction du divin Maître. Après, c’est Dieu qui couronne nos efforts.

Propos recueillis par Anne Le Pape

21 mars 2018

[FSSPX Actualités] Eglise, où vas-tu ? Des cardinaux se réunissent pour faire le bilan

SOURCE - FSSPX Actualités - 21 mars 2018

Le samedi 7 avril 2018, un symposium intitulé « Eglise, où vas-tu ? », avec un sous-titre éloquent : « Il faut être aveugle pour ne pas voir la confusion à l’œuvre dans l’Eglise », se tiendra à Rome, non loin de la basilique Saint-Pierre, avec la participation de plusieurs cardinaux et évêques.

La réunion entend proposer un bilan critique de la vie de l’Eglise depuis le début de l’actuel pontificat qui est entré dans sa sixième année, ce 13 mars 2018.

Elle est organisée par un collectif italien « Les amis du cardinal Carlo Caffarra », en référence au prélat défunt qui fut l’un des signataires des fameux dubia implorant le pape de faire la clarté sur les points les plus controversés de l'exhortation Amoris lætitia, restés sans réponse à ce jour.

Le but de ce symposium - qui se place sous le patronage spirituel du cardinal Henry Newmann – est de proposer une définition claire de la fonction du magistère suprême dans l’Eglise, ainsi que de marquer les limites de l’autorité du pape et des évêques.

D’ores et déjà, le cardinal Francis Arinze, ancien préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements aujourd’hui dirigée par le cardinal Robert Sarah, et le cardinal Joseph Zen, évêque émérite de Hong-Kong, ont confirmé leur venue : d’autres hauts prélats, dont les noms seront dévoilés d’ici peu, ont assuré les organisateurs de leur présence.

La réunion devrait s’achever - selon ce que rapporte le vaticaniste Sandro Magister - par la lecture d’une declaratio ou profession de foi concise sur les principaux points de la foi et de la morale catholiques les plus contestés aujourd’hui.

Cette declaratio ne sera pas signée par quelques prélats comme les dubia des cardinaux Brandmüller, Burke, Caffarra et Meisner, mais proposée à l’Eglise et au monde comme l’écho fidèle du sensus fidei des baptisés. Puisse-t-elle être reçue avec attention par le Successeur de Pierre dont le silence face aux dubia cause un trouble sans cesse grandissant.

20 mars 2018

[Paix Liturgique] Première messe de Pâques à Arcachon

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 636 - 20 mars 2018

Jusqu'à présent, le motu proprio Summorum Pontificum n'a été appliqué à Arcachon que l'été, quand la population de la ville décuple en raison des vacanciers. Mais, comme nous l'avions relevé dans notre lettre 566 du 25 octobre 2016, le groupe stable de fidèles désireux de bénéficier plus largement de la forme extraordinaire de la messe s'est accru au point de motiver la demande réitérée de célébration au moins de Pâques jusqu'à la Toussaint. Il semble que cela se mette en place. En tout cas, et pour la première fois, les fidèles pourront bénéficier cette année de la liturgie latine et grégorienne le dimanche de Pâques, sommet de l'année liturgique.

I - ÉTAT DES LIEUX

Nous avons consacré deux récentes lettres à la situation liturgique tourmentée de la paroisse d'Arcachon à la suite de la proposition du curé, le père Jean Thomas, de chanter le Credo en grégorien lors de la messe dominicale en la basilique Notre-Dame. Des tensions autour de la forme ordinaire qui pourraient se résoudre par l'introduction plus large de la forme extraordinaire dans la paroisse. C'est en tout cas le vœu de bien des catholiques locaux.

Pour l'instant, et depuis 2010, les fidèles n'ont eu accès à la forme extraordinaire que durant les vacances de juillet-août. Sauf l'an dernier où la messe a été offerte en plus au mois de septembre. Le succès de la célébration – une centaine de fidèles en juillet-août, une quarantaine en septembre – avait conforté les fidèles dans l'idée que la célébration pouvait se prolonger jusqu'à la Toussaint, comme cela avait été évoqué au printemps précédent avec l’archevêché. Toutefois, fin septembre 2017, le curé a estimé que l'assistance ne justifiait pas de poursuivre la célébration.

Désireux de bénéficier des fruits du motu proprio plus largement, les fidèles ont donc demandé cette année son application de Pâques à la Toussaint en s'adressant, puisque le curé leur avait dit qu'il n'en était pas question, au doyen de l'ensemble paroissial d'Arcachon qui est, depuis septembre 2017, le curé de La Teste de Buch.

Celui-ci, le père Sylvain Arnaud, leur a communiqué fin février qu'une solution avait été trouvé, avec le concours de l’archevêché : faire appel à un prêtre de l'un des instituts Ecclesia Dei présents dans le diocèse. Les fidèles d'Arcachon pourront donc bénéficier dès cette année de l'application du motu proprio de Pâques à la Toussaint. C'est la Fraternité Saint-Pierre qui aura la charge de cette célébration et la première messe sera célébrée le dimanche de Pâques, à 18 heures, en la basilique Notre-Dame.

II - LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) Encore une fois, la persévérance résolue paie. Alors que leur curé leur opposait une fin de non recevoir, les demandeurs ont su faire valoir leur requête auprès du doyen. Celui-ci, à son tour, a su convaincre l’archevêché de la nécessité de trouver une solution. Il faut dire que les remous autour de la célébration de la forme ordinaire dans la paroisse ont montré à ceux qui en doutaient encore que ce n'est pas la forme extraordinaire qui divise les paroisses mais que c'est la forme ordinaire qui cristallise les tensions. Ce qui, hélas, est aussi vrai au niveau de l'Église universelle quand on voit avec stupeur les réactions hostiles déclenchées par les propositions du cardinal Sarah de revenir à la célébration ad Orientem ou à la communion sur les lèvres...

2) L'archidiocèse de Bordeaux, que guide le cardinal Ricard, accueille les trois principaux instituts Ecclesia Dei : l'Institut du Bon Pasteur (Saint-Éloi) et la Fraternité Saint-Pierre (Saint-Bruno) sont à Bordeaux et l'Institut du Christ-Roi à Auros. Dans le même temps, la Fraternité Saint-Pie X – que les fidèles d'Arcachon étaient prêts à appeler à leur secours – y offre sept messes dominicales, dont trois en la chapelle Notre-Dame-du-Bon-conseil de Bordeaux. Toutefois, il n'existe à l'heure actuelle aucune célébration paroissiale, par un prêtre diocésain, du motu proprio Summorum Pontificum dans l'archidiocèse.

3) Cette bonne nouvelle venue d’Arcachon montre aussi que, contrairement à l’idée reçue, les effets de Summorum Pontificum continuent de se faire sentir. Ainsi, l’évêque de Mende, Mgr Jacolin, vient-il d’accorder une messe mensuelle à Mende. Cette messe, qui sera célébrée par un prêtre diocésain, l’abbé de Froberville, vient répondre, partiellement mais c'est un début, à une demande remontant au motu proprio Ecclesia Dei... de 1988 ! À ce stade, la persévérance devient héroïque... En tout cas, les exemples de Mende et d'Arcachon nous invitent à ne jamais désespérer et à continuer d'implorer nos pasteurs pour que s'instaure enfin la paix liturgique. Car si c'est bien le Bon Dieu qui accordera la Paix et la Justice, c'est bien aux hommes qu'il appartient de lutter jour après jour pour les faire triompher.

4) Rappelons qu'en 2007, après la publication du motu proprio de Benoît XVI, nous avions identifié près de 700 groupes de demandeurs en France. Une centaine de ces demandes ont été honorées dès la première année et, depuis, environ une dizaine par an, soit une autre centaine. Aujourd'hui, on peut donc considérer que 500 des demandes manifestées en 2007 ont été rejetées. Ce qui n'empêche pas la presse, et en particulier les chroniqueurs de La Croix, de répéter régulièrement que « tout a été fait pour satisfaire les demandes ». Or, comme la campagne de sondages diocésains que nous avons fait réaliser entre 2009 et 2012 l'a prouvé, c'est en fait dans chaque paroisse de France que devrait pouvoir être introduite la forme extraordinaire du rite romain puisque de un pratiquant sur trois à un pratiquant sur deux y assisterait si celle-ci était célébrée dans SA paroisse. Ce ne sont donc pas 500 demandes qu'il reste à accueillir favorablement mais plus de 4 000 paroisses au sein desquelles faire vivre la richesse liturgique de l'Église.

[FSSPX Actualités] "Je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi ils dialoguent avec la Chine"

Cardinal Joseph Zen Ze-kiun

SOURCE - FSSPX Actualités - 20 mars 2018

Le 31 janvier 2018, Eglises d’Asie (EDA), l’agence d’information des Missions étrangères de Paris, a publié un article d’Anthony Lam Sui-ki, chercheur au Centre d’études du Saint-Esprit, du diocèse de Hong kong.

Paru dans le n°187 de Tripod, la revue trimestrielle du Centre, l’auteur y pointe les dangereuses dispositions de la nouvelle réglementation gouvernementale sur les affaires religieuses, en Chine, entrée en vigueur ce 1er février 2018. Deux nouveaux chapitres, sur les « Ecoles religieuses » et les « Activités religieuses », s’inscrivent dans les réformes introduites par le président Xi Jinping. Il y est déclaré que tous les groupes non religieux « ne doivent pas avoir d’activités religieuses, ne doivent pas accepter de dons religieux, ne doivent pas effectuer de formation religieuse et ne doivent pas inciter les citoyens à participer à des formations, des rencontres, des activités religieuses à l’étranger ». Est ainsi qualifié de “non religieux” tout groupe non reconnu par le gouvernement comme tel, ce qui devient, précise le chercheur, « un instrument pour limiter la pratique des groupes religieux clandestins ».

Quelques jours plus tard, le 5 février, le cardinal émérite de Hong Kong Joseph Zen Ze-kiun annonçait sur son blogue oldyosef.hkdavc : « Le désastre a déjà commencé. (…) Les prêtres clandestins de Shanghai ont demandé à leurs fidèles de ne plus se rendre à leurs messes sous peine d’être arrêtés s’ils persistaient à le faire ! ». Précision relatée dans la réponse que le cardinal adressa au secrétaire d’Etat du Vatican, Mgr Pietro Parolin, qualifié par le prélat chinois « d’homme de peu de foi », dans le cadre du rapprochement du Saint-Siège avec la Chine. L’article, traduit du chinois et publié par le vaticaniste italien Sandro Magister, intervient après un entretien de Mgr Zen Ze-kiun avec le pape François, le 12 janvier 2018 au Vatican.
Un accord entre saint Joseph et Hérode ?
En effet, profondément inquiet des récentes démarches des représentants du Vatican en Chine et de la situation des évêques de l’Eglise clandestine, sacrifiés dans le cadre du rapprochement du Saint-Siège avec la Chine, le prélat chinois s’est rendu à Rome pour assister à l’audience du mercredi 10 janvier, et remettre en mains propres deux lettres au pape. Reçu ensuite une demi-heure en audience privée le soir du vendredi 12 janvier, le cardinal évoqua devant le Saint-Père la situation de Mgr Pierre Zhuang Jianjian, évêque de Shantou dans la province de Guangdong, et Mgr Guo Xijin, évêque de Mindong, tous deux évêques légitimes sommés par une délégation de Rome de quitter leurs sièges épiscopaux au profit d’évêques officiels, inféodés au pouvoir chinois.

Le 22 janvier 2018, l’agence d’information AsiaNews des Missions étrangères de Milan, publie qu’en décembre 2017 une délégation du Vatican a rencontré à Pékin Mgr Zhuang Jianjian, lui demandant pour la seconde fois de céder son siège à Mgr Joseph Huang Bingzhang, évêque officiel non reconnu par Rome et membre de l’Assemblée nationale du peuple, le parlement chinois. Mgr Zhuang Jianjian âgé de 88 ans, ordonné secrètement en 2006 avec l’approbation du Vatican, n’a jamais été reconnu officiellement par le régime. Il refusa d’accéder à la demande romaine, précise l’agence. C’est pourquoi le cardinal Zen fut chargé par l’évêque de remettre une lettre au pape François…

Le 29 janvier, le cardinal Zen, se résout à rompre la confidentialité de son entretien avec le pape au nom du « droit à la vérité ». Sur son blogue, il déclare qu’il a demandé au Saint-Père « s’il avait eu le temps d’étudier la question » [des évêques] comme il l’avait promis par le passé. François répondit qu’il avait déclaré à ses collaborateurs : « je ne veux pas d’une autre affaire Mindszenty ». Le cardinal ajoute dans son article, publié également par Sandro Magister, qu’il a souligné auprès du souverain pontife que « le problème n’est pas la démission des évêques légitimes, mais la demande de laisser leur place aux évêques illégitimes et excommuniés. Même si la loi sur la démission pour avoir atteint la limite d’âge n’a jamais été appliquée en Chine, de nombreux évêques clandestins, âgés, ont demandé avec insistance qu’on leur nomme un successeur, sans jamais recevoir de réponse du Saint-Siège. D’autres, qui ont déjà un successeur désigné ont reçu l’ordre de ne pas procéder à l’ordination par peur d’offenser le gouvernement ». Le cardinal précise qu’il a parlé nommément des deux évêques de Shantou et Mindong. Il poursuit en reconnaissant être pessimiste sur la situation actuelle de l’Eglise en Chine, et qu’en raison de sa longue expérience de l’Eglise en Chine et des informations récentes, il ne peut en être autrement : le gouvernement communiste est en train de « mettre en œuvre des lois qui n’existaient jusqu’à présent que sur le papier ». Le prélat chinois s’exclame alors : « Mais est-il possible d’avoir quelque chose “en commun” avec un régime totalitaire ? Pourrait-on imaginer un accord entre saint Joseph et le roi Hérode ? ».

Le 30 janvier, un communiqué publié par la Salle de presse du Saint-Siège déclare : « Le pape est en rapport constant avec ses collaborateurs, en particulier de la secrétairerie d’Etat, sur les questions chinoises, et il est informé par eux de façon fidèle et détaillée sur la situation de l’Eglise catholique en Chine et sur les étapes du dialogue en cours entre le Saint-Siège et la République Populaire de Chine, qu’il accompagne avec une sollicitude toute particulière. Il est surprenant et regrettable que des personnes d’Eglise affirment le contraire, et que soient ainsi alimentées tant de confusions et de polémiques ».

De même, le 31 janvier, le cardinal Pietro Parolin a défendu la politique de dialogue poursuivie avec la Chine. Répondant aux sévères mises en garde du cardinal Joseph Zen, le secrétaire d’Etat du Saint-Siège explique que le but des négociations avec Pékin, est de permettre aux fidèles de se « sentir pleinement catholiques et en même temps authentiquement chinois ».

Dans un entretien accordé le 3 février à Gianni Valente du Vatican Insider, le cardinal Parolin explique « pourquoi nous dialoguons avec la Chine » et relève que le Saint-Siège cherche « une synthèse de vérité et une voie praticable », ce qui nécessite du temps et de la patience. Dans la perspective d’un éventuel accord, soutient-il, un « sacrifice » peut être demandé à certains pour le « bien de l’Eglise ». Selon une source du Vatican citée par l’agence Reuters le 1er février dernier, un accord-cadre avec la Chine sur la nomination des évêques serait prêt et pourrait être signé dans quelques mois.
La diplomatie de l’Ostpolitik du cardinal Casaroli
C’est alors que le cardinal Zen répond point par point au secrétaire d’Etat dans un article intitulé : « Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi ils dialoguent avec la Chine ». Paru en italien le 13 février sur son blogue, il est repris le jour même par Sandro Magister. Il paraîtra ensuite en anglais le 17 et en chinois le 18, sur le site du cardinal. Soulignant l’insistance du cardinal Parolin à affirmer œuvrer de façon pastorale, évangélique et spirituelle, et disant faire face à une attitude qu’il qualifie de purement politique de la part de ses opposants, le cardinal Zen rappelle « l’un de ses discours publié il y a quelques années dans L’Osservatore Romano où il (cardinal Parolin) qualifiait les héros de la foi des pays d’Europe centrale sous le régime communiste (les cardinaux Wyszyński, Mindszenty et Beran pour ne pas les nommer) de “gladiateurs”, de “personnes systématiquement contraires au gouvernement et avides d’apparaître sur l’avant-plan politique” ».

Le cardinal chinois rappelle encore que « les communistes veulent réduire l’Eglise en esclavage ». Comment envisager pouvoir parler « de communion et de collaboration » ? Les conditions sont-elles réunies ? Quels sont les points de convergence ? », demande-t-il. L’évêque émérite de Hong Kong s’interroge sur l’unité recherchée, quand « il y a deux communautés avec des structures basées sur des principes différents et opposés. L’une de ces structures est basée sur le principe du Primat de Pierre sur lequel Jésus a bâti son Eglise et l’autre structure est imposée par un gouvernement athée décidé à créer une Eglise schismatique soumise à son pouvoir ».

Le cardinal Zen dénonce fermement la diplomatie du cardinal Parolin qui n’est autre, explique-t-il, que cette « diplomatie de l’Ostpolitik de son maître Casaroli », déclarant « qu’il méprise la foi authentique de ceux qui défendent avec fermeté l’Eglise que Jésus a fondée sur les Apôtres, de toute ingérence du pouvoir séculier ». Il s’agit désormais pour Rome de soutenir que la clandestinité de l’Eglise chinoise « ne rentre pas dans la normalité de la vie de l’Eglise », et « nos diplomates, poursuit le cardinal chinois, veulent réaliser un miracle tout de suite en accusant les autres de “s’agripper à l’esprit de contradiction pour condamner le frère” et “de se servir du passé comme d’un prétexte pour fomenter de nouvelles rancœurs et de nouvelles fermetures”, et de ne pas “être prêts à pardonner, ce qui signifie qu’il y a d’autres intérêts à défendre” ». Le prélat chinois s’indigne alors d’une telle attitude : « Comme ils sont cruels ces reproches adressés à des membres fidèles de l’Eglise qui ont souffert pendant de nombreuses années toutes sortes de privations et de vexations pour leur fidélité à l’Eglise ! »

Et de poser les questions de l’avenir de cette Eglise du silence : « Quel sort sera réservé aux évêques légitimes selon la loi de l’Eglise, mais non reconnus par le gouvernement ? Seront-ils “acceptés” ? C’est-à-dire admis eux aussi dans la cage ? Y aura-t-il finalement “une” conférence épiscopale légitime ? (Avec le gouvernement qui conserve les clefs de la cage ?) »

Le cardinal Zen n’est pas le seul à s’inquiéter de la perspective d’un tel accord. Le site catholique anglophone Crux a rapporté le 12 février qu’à l’initiative d’une quinzaine d’universitaires et juristes catholiques de Hong Kong, avait été publiée une lettre ouverte s’inquiétant de la « confusion et de la peine » en cas de traité. Celui-ci, considèrent-ils, serait une « erreur irréversible et regrettable ». Il n’est pas possible de croire que d’un tel traité résulte l’arrêt des persécutions contre l’Eglise par le gouvernement chinois, déclarent-ils.

A l’inverse, le Père Drew Christiansen, ancien rédacteur en chef et président de la revue jésuite America magazine, a publié le même jour sur le site de la revue de tendance libérale, un article intitulé « Pourquoi l’accord potentiel du Vatican avec la Chine est une bonne chose ». Selon le prêtre américain, celui-ci ne serait pas « un nouveau départ », mais « le résultat de longues tendances dans la vie de l’Eglise locale et des relations Vatican-Pékin ».

Dans le même esprit, le 9 février 2017, l’agence Eglises d’Asie des Missions étrangères de Paris publiait un texte diffusé sur les sites des journaux du diocèse de Hong kong (Kung Kao Po en chinois et Sunday Examiner en anglais), où déjà le cardinal John Tong Hon, alors évêque de Hong kong, développait toutes les raisons favorables à la conclusion d’un accord entre la Chine et le Vatican. Peu avant de céder le siège à Mgr Michael Yeung, le cardinal Tong arguait du fait que « si Pékin est aujourd’hui prêt à un accord sur la nomination des évêques avec le Saint-Siège, l’Eglise en Chine jouira d’une liberté essentielle, même si elle ne jouira pas d’une liberté complète », plaidant pour qu’« entre deux maux, l’Eglise choisisse le moindre mal ». – Le cardinal Tong, devenu évêque émérite de Hong Kong, préside le Centre d’études du Saint-Esprit, centre de recherches du diocèse de Hong kong sur l’Eglise en Chine, fondé en 1980.