27 août 2019

[Janlou Chaput-Morin - La Nouvelle République] Thouars. Les traditionnalistes catholiques ont des valeurs à défendre

SOURCE - Janlou Chaput-Morin - La Nouvelle République - 18 aout 2019

Regroupée pour l’Assomption, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X véhicule des valeurs traditionalistes et fondamentalistes du catholicisme.

Elle n’ouvre ses portes que pour les grandes occasions. La collégiale Sainte-Chapelle Notre-Dame, accolée au château de Thouars, n’accueille pas les visiteurs toute la journée, comme le font d’autres lieux pieux. Tenue par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, une communauté catholique fondamentaliste et traditionaliste, elle devient accessible lors des célébrations religieuses qui s’y tiennent. Comme celle qui s’est déroulée le 15 août, pour l’Assomption, où une masse d’une centaine de fidèles a pris part à la courte procession en l’honneur de la Vierge Marie dans les rues du centre ancien, avant un office assuré par l’abbé Louis Pierrone.
Combien comptez-vous de fidèles au sein de votre communauté, à Thouars ?
Abbé Pierrone : « D’ordinaire, les messes sont célébrées devant 80 à 90 personnes. Jeudi, il y avait un peu plus de monde car c’était le principal événement du prieuré, qui recouvre différentes chapelles : Saumur, Chemillé-en-Anjou, Angers et bien sûr Thouars, où le 15 août est bien ancré. »
Votre fraternité n’est pas vraiment en odeur de sainteté avec le Vatican. La situation évolue-t-elle favorablement pour vous ?
« La situation n’évolue pas vraiment. Le pape François nous reconnaît comme catholiques, mais il y a des divergences de point de vue. Eux souhaitent s’adapter à la modernité, mais le problème c’est qu’ils ont toujours un train de retard. Nous, nous voulons garder la tradition de l’Église, telle qu’elle a été transmise par Dieu. Il nous a donné sa doctrine, pourquoi aurait-il voulu qu’elle change ? »
Que reprochez-vous aux messes modernes ?
« Elles sont devenues une grosse fête, entraînant la disparition de gestes d’adoration. À vouloir faire des événements sympathiques, on en perd le sacré, qui est l’essence même de notre religion. Nous préférons favoriser le sacré, au détriment du côté festif. »
On décrit votre fraternité comme traditionaliste et intégriste. Ces appellations vous gênent-elles ?
« Nous respectons les traditions originelles de l’Église, ce qui fait de nous des traditionalistes. Quant à l’intégrisme, si on le prend au sens premier, nous sommes intègres, oui. »
Des catholiques sont sortis manifester dans les rues pour des questions sociétales ces dernières années. Comment s’est positionnée votre communauté ?
« Nous sommes d’abord les organisateurs d’événements religieux, non de manifestations. Mais nous défendons aussi la doctrine de notre Église, notamment en ce qui concerne le respect de la vie et du mariage. Nous encourageons donc nos fidèles à s’engager dans ces combats. »
La fraternité compte-t-elle s’engager politiquement ?
« Nous ne nous mélangeons pas aux partis politiques. Néanmoins, s’il y avait un vrai parti catholique aujourd’hui, il est plausible que nous le soutiendrions. Malheureusement, cela ne semble pas être la priorité des politiciens. »

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Post-modernité - II

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 24 août 2019

La vérité serait désormais dépassée ?
Rancœur ou Indigence ? Le Christ est Vérité !

On rencontre parfois l’expression « post-moderne » ou « post-modernité ». On peut se demander ce que signifient ces mots, à quoi ils font référence. Qu’est-ce que la « modernité » ? Il est raisonnable de supposer que le terme a d’abord renvoyé à l’époque suivant la seconde guerre mondiale, à partir de 1945. C’était la période où la civilisation devait s’extraire des amas de ruines pour s’engager sur une voie nouvelle. Mais 1945, c’est maintenant il y a près de trois quarts de siècle. Or 74 ans, c’est trop long pour que le temps ait passé sans donner quelque chose de différent. Ne voit-on pas qu’à tout instant le monde tourne ? – « Volvitur orbis ». Or, jamais le monde n’a tourné aussi vite qu’au XXIe siècle. Pour cette raison, quelle que soit la forme que prenne aujourd’hui le monde, on va l’appeler « post-moderne ».

Mais alors quelle forme le monde prend-il aujourd’hui ? Il arrive que le cœur même de la « post-modernité » a pu être exprimé dans un livre intitulé La Culture comme religion ; l’interprétation post-moderne de la relation entre la culture et la religion, de Wojcieck Niemczewski. Résumons en deux paragraphes sa thèse :

Nous vivons une époque où surviennent des changements de toutes sortes. Mais les vieux principes religieux et philosophiques freinent cette avancée. Ils ne correspondent plus à la réalité d’aujourd’hui qui évolue plus vite que jamais. Désormais, nous faisons l’expérience de la « culture du choix », y intégrant tous les éléments culturels que nous voulons, pour construire le monde à notre guise, selon notre vision. Cette possibilité de choisir devient alors l’étendard de la liberté, qui nous permet de nous mettre toujours au diapason de la vie moderne, mais qui remplace l’ancien étendard, celui de la vérité.

Finalement, cette culture post-moderne n’impose rien : aucune norme, aucune obligation, aucune exigence. Elle n’atteint pas non plus une quelconque transcendance dans cette vie, car si Dieu peut exister, c’est uniquement en nous-mêmes. Or, dans notre subjectivité, à l’intérieur de nous-même, Il dépend de nous ! L’homme post-moderne veut toujours être au diapason de son temps, c’est-à-dire avec le mouvement et le changement. Mais, pour cet homme, à quoi rime ce mouvement sans fin ? A quoi ce changement est-il ordonné ? L’homme n’en a aucune idée, parce qu’il s’est rendu incapable de définir vers où il va. Ainsi, même si les hommes s’en tiennent à la Tradition, celle-ci est susceptible d’être absorbée dans cette nouvelle culture.

Au temps de Noé (cf. Genèse, VI-IX, surtout VI, 1–13) l’humanité avait atteint un tel degré de corruption que si le Bon Dieu voulait encore sauver un nombre important d’âmes, Il fut obligé d’avoir recours à un châtiment embrassant le monde entier. Ce n’est qu’ainsi qu’il pouvait donner, au moins à quelques âmes, le désir et le temps de faire un bon acte de contrition. Et depuis, en raison du péché originel, il n’y a que les interventions divines qui restent en mesure de ralentir ou d’inverser l’inclination de l’humanité vers sa chute finale. Bien sûr, la plus grande de ces interventions fut l’Incarnation de Jésus-Christ. Mais « Plus on est élevé, plus dure sera la chute ». Donc après encore 2000 ans, il était prévisible que si Dieu voulait le permettre, la condition humaine deviendrait pire que jamais. Or, de toute évidence (Lc XVIII, 8), Dieu a voulu permettre qu’avant la fin du monde, l’Église de son Fils disparaisse presque entièrement. Quelle forme cette disparition prendra-t-elle ? Nous l’entrevoyons dans la description que donne Niemczewski de la « nouvelle culture ».

Et cette description nous invite à distinguer de la manière suivante entre « moderne » et « post-moderne ». La culture « moderne » serait cette culture globale du nihilisme, typique de la période suivant la Seconde Guerre mondiale : les cœurs et les esprits étaient vidés de toute conviction, de toute croyance, d’espoir ou de confiance. Mais les cœurs et les esprits n’étaient pas encore totalement désintégrés. On gardait encore le souvenir de ce qu’on avait perdu, et ce souvenir était douloureux dans les âmes. Par contre la « post-modernité » serait la suite logique de cette douleur, à savoir l’auto-destruction des restes du cœur et de l’intelligence par la volonté, afin que la douleur disparaisse avec. Donc je renonce délibérément à la vérité pour que mon esprit puisse planer dans un pays de fleurs et de mensonges merveilleux dont je m’efforce d’oublier que ce sont des mensonges. Mon cœur, libéré de la réalité et bercé d’illusions, vagabonde à son tour dans un pays de rêves, rempli de senteurs douces et sucrées où tout demeure ainsi à tout jamais.

Mais, dit le proverbe, « Les faits sont têtus ». Certes, un grand nombre d’intelligences et de cœurs modernes ont rompu les amarres et refusent tout repère. mais vent et marée demeurent vent et marée. Or, les ennemis acharnés du Bon Dieu, eux, ne perdent point le sens du réel : ils veulent faire descendre toute âme réelle dans l’Enfer réel. Ah ! si seulement les amis de Dieu respectaient comme Ses ennemis l’étendard de la vérité !

Kyrie eleison.

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] La voix du peuple - II

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 17 août 2019

Le démon dans sa haine, quand il combat sur terre,
Est en lutte avec Dieu pour peupler les enfers.

L’interview du Président Poutine donnée au Financial Times en juin dernier, partiellement résumée ici et que nous avons citée la semaine dernière, est désormais célèbre, car l’annonce prophétique selon laquelle « l’ idée libérale » a fait son temps et se trouve aujourd’hui dépassée, touche un point sensible chez les politiciens et les médias occidentaux. Ils ont réagi vivement, semblables à des fourmis dont la fourmilière a été dérangée avec un bâton. Que signifie cette prophétie, et qu’est-ce qui explique la réaction occidentale à celle-ci ? Afin de comprendre ce qui est au cœur de son propos, commençons par un résumé du résumé. L’interview originale aborde de nombreux thèmes, mais ce qui est dit sur le libéralisme est en effet le plus important des sujets abordés.

Le Président part du problème pratique que représente pour les peuples occidentaux l’immigration massive d’étrangers inassimilables dans leurs pays. Sur le terrain, le multiculturalisme ne fonctionne pas, tout simplement. Mais le libéralisme des élites qui sont à la tête de l’Occident, leur fait traiter l’ immigration non pas comme un problème, mais comme une avancée faisant partie du progrès. Si bien qu’ils ne font rien pour l’arrêter, ni la contrôler. Mais les États peuvent-ils survivre sans certaines règles humaines et sans ces valeurs morales fondamentales qui, en Occident, ont été tirées de la Bible ? Le mépris des élites libérales pour ces valeurs bibliques, encore vivantes parmi les peuples, prouve que leur libéralisme est déphasé par rapport à la réalité et se trouve désormais obsolète. Il est certes souhaitable que l’antilibéralisme ne se transforme pas à son tour en tyrannie, mais la mainmise actuelle des libéraux sur la politique et les médias occidentaux est déjà une véritable tyrannie, et elle doit prendre fin.

En bref, les valeurs libérales sont opposées aux valeurs bibliques. Les valeurs bibliques ont construit les nations occidentales. Donc les valeurs libérales sont en train de détruire ces pays. Il est donc temps que les valeurs libérales cessent de nuire à l’Occident. Sur ce point, Poutine a pleinement raison mais, parce que c’est un politicien et non un théologien, il ne peut donner à l’argument toute sa force ; il ne peut se fonder sur des absolus tels que le Dieu Tout-Puissant et les dix Commandements : Il doit se contenter d’invoquer la présence des valeurs bibliques encore en cours parmi les peuples occidentaux. Aujourd’hui, après 70 ans d’effroyables souffrances subies sous le communisme juif, le peuple russe revient au Christ de l’ Orthodoxie, si bien que Poutine peut s’appuyer sur le retour de son propre peuple aux valeurs bibliques. Mais trouve-t-on quoi que ce soit de chrétien dans la résistance des peuples occidentaux à l’immigration massive ? A peine. Par contre on y trouve une participation décisive des ennemis du Christ dans l’organisation et le financement de l’immigration massive. (Les lecteurs de ces « Commentaires » se souviendront peut-être des propos de Barbara Specter, Juive en Suède, qui se vantait du fait que c’est sa race qui est derrière l’immigration, « nécessaire pour sauver l’Europe » – entendez : pour la sauver du Christ).

Ainsi, lorsque Poutine fonde son argumentation pour les nations occidentales sur leur fidélité aux valeurs bibliques, qui peut nier que celles-ci s’érodent de plus en plus vite ? « Soyez remercié, Monsieur le Président, de vouloir nous défendre comme vous le faites, mais en toute honnêteté, libéraux que nous sommes, nous n’apprécions guère votre défense. Nous aimons notre libéralisme parce qu’il nous donne la liberté de pécher comme bon nous semble. Vous essayez de nous sauver de nous-mêmes, mais nous vénérons Mammon (l’argent), et nous adorons notre liberté, égalité et fraternité. Nous choisissons d’aller en enfer. Ayez la bonté de nous laisser tranquilles. Nous avons mis des siècles à nous débarrasser de Dieu, et nous ne voulons pas qu’il revienne. » Telle est la réaction de l’Occident, implicitement sinon explicitement, à l’approche politique de Poutine. Il faudrait des apôtres de feu pour camper le besoin de la religion dans les termes les plus absolus :

De toute éternité, Dieu existe, immuable. Librement Il a choisi de créer des créatures spirituelles, les anges, et les hommes faits à partir de matière tirée de la terre, afin d’avoir des êtres avec qui partager Son bonheur infini. Mais Il n’a jamais voulu peupler Son Ciel de simples robots. C’est pourquoi, chaque créature spirituelle a reçu le libre arbitre et doit encore en faire usage pour passer avec Lui l’ éternité au Ciel plutôt que sans Lui en Enfer. Pourtant, un tiers des anges, tout comme le couple à l’origine du genre humain, ont préféré l’Enfer. Alors, Il a élu une race pour préparer à son divin Fils un berceau, afin que celui-ci revête la nature humaine et puisse réparer cette faute. Mais la race qu’Il s’était élue a crucifié son Fils. Et depuis, elle combat l’Église instituée par son Fils pour la rédemption des âmes jusqu’à la fin du monde. Ce combat est une guerre cosmique, jouant le rôle moteur dans les événements mondiaux.

Kyrie eleison.

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] La voix du peuple - I

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 10 août 2019

Le dirigeant russe fait confiance au choix du peuple –
Mais le choix du peuple est-il celui de Dieu ?

Reportons-nous sur le site en.​kremlin.​ru/​events/​president/​news/​copy/​60836, où l’on trouve une importante interview du Président Poutine datant de juin dernier. Nous la résumons ci-dessous en partie. Nous l’analyserons la semaine prochaine dans ces “Commentaires”.

« Que se passe-t-il donc en Occident . . . et en Europe ? Les élites dirigeantes sont maintenant coupées du peuple par un énorme fossé séparant l’intérêt des élites de celui de l’écrasante majorité de la population . . . . Cela signifie que le libéralisme n’a plus sa raison d’être car, comme l’ont admis nos partenaires occidentaux, les idées libérales, telles que le multiculturalisme, ne fonctionnent plus.

Lorsque l’afflux de migrants porta en Europe occidentale le problème de l’immigration à son paroxysme, nombreux furent ceux qui reconnurent que le multiculturalisme ne marche plus, et qu’il était temps de prendre en compte les intérêts de la population autochtone. Il est possible que la construction d’un mur entre le Mexique et les États-Unis soit une solution extrême . . . mais au moins le président Trump cherche une solution. Qui d’autre s’occupe du problème ? . . . L’Américain moyen se dit : « Il fait bien ; au moins il tente quelque chose et cherche des solutions ».

A l’inverse, les libéraux, eux, ne font rien. Assis dans leurs bureaux confortables, ils sont persuadés que tout va pour le mieux, tandis que ceux qui sont tous les jours sur le terrain, dans les rues du Texas ou de la Floride, sont très inquiets, parce qu’ils voient de sérieux problèmes se profiler à l’horizon . . . . Est-ce que quelqu’un s’occupe encore de tous ces gens ? C’est la même chose en Europe. J’en ai discuté avec bon nombre de mes collègues, mais personne n’a de réponse. Ils disent que les lois actuelles excluent une ligne politique dure . . . . Eh bien, il n’y a qu’à changer les lois ! En Russie, nous faisons en sorte que les immigrés doivent respecter la législation, les coutumes et la culture de la Russie. Certes, nous avons également des problèmes d’immigration, mais au moins nous faisons quelque chose pour y remédier.

Les libéraux, eux, partent du principe qu’il n’y a rien à faire . . . . Les migrants peuvent tuer, piller et violer en toute impunité parce que leurs droits en tant que migrants doivent être protégés. Mais de quels droits peut-il bien s’agir ? Tout crime ne doit-il pas être puni ? En fait, le libéralisme est devenu obsolète. Il est désormais la source de conflits permanents avec les intérêts de l’écrasante majorité de la population. Par exemple aujourd’hui on entend certains affirmer au nom du libéralisme qu’il y a cinq ou six rôles de gendre que les enfants peuvent jouer ! . . . Pourtant aux libéraux qui poursuivent la vie, la liberté et le bonheur tels qu’ils les conçoivent, on ne peut tout de même pas permettre de dominer la culture, les traditions et les valeurs familiales traditionnelles des millions de personnes qui constituent l’essentiel de la population.

Quant à la religion, elle ne peut être évincée de l’espace culturel. Rien de la sorte ne doit être écarté. La Russie est une nation chrétienne orthodoxe, ce qui n’est pas une nation catholique. Mais, vu de la Russie, nous avons parfois le sentiment que le même libéralisme est à l’œuvre dans l’Eglise catholique, profitant d’éléments et problèmes à l’intérieur de l’Église romaine pour la détruire . . . ! Je considère que cela est incorrect, voire dangereux. Avons-nous oublié que nous vivons tous dans un monde fondé sur les valeurs bibliques ? Les athées eux-mêmes qui habitent ce monde, profitent de ces valeurs. Peut- être ne pratiquons-nous pas tous notre religion tous les jours ni en publique, il n’empêche que dans le fond il doit toujours y avoir des règles humaines et des valeurs morales de base. En effet, ces valeurs traditionnelles sont plus stables et plus importantes pour des millions de personnes que le libéralisme, lequel – à mon avis – touche à sa fin.

Mais alors le libéralisme se fera-t-il remplacer par la tyrannie ? Pas nécessairement. Une certaine variété d’opinions doit toujours avoir libre jeu. Ce qui compte, c’est que les intérêts du public en général, la vie ordinaire telle que des millions de personnes la mènent chaque jour, ne soient jamais oubliés . . . . C’est pourquoi même les libéraux méritent un certain respect. Mais ce qui est inacceptable, c’est qu’ils continuent à imposer leur point de vue au monde entier, comme ils le font déjà depuis des décennies, tant dans les médias que dans la vie réelle. Par exemple, comment ont-ils réussi à rendre tabou la discussion de certaines questions ? En conclusion, laissons aux libéraux la liberté de la parole, mais ne les laissons plus tyranniser l’arène publique.

Kyrie eleison.

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Unité de la "Résistance"

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 3 août 2019

Sans une Autorité, la vérité mourra
Mais sans la Vérité, la tyrannie vivra.

Dans le but de décourager l’orgueil, ces « Commentaires » ne mettent que rarement en lumière les réalisations des prêtres et des laïcs qui, depuis 2012, s’efforcent d’assurer la survie de la pratique et des principes catholiques, surtout mais pas seulement à l’intérieur de la Néo-fraternité Saint Pie X, parce qu’elle ne cesse de glisser dans les bras de Rome. Naturellement, les dirigeants de la Néo-fraternité condamnent le mouvement dit de la “Résistance” ou de la “Fidélité”, en soulignant en particulier les divisions apparues entre ses différents prêtres. Mais qu’en est-il au juste ? Le moment est venu de souligner par contre l’unité qui existe au sein de cette dite “Résistance” catholique.

Par exemple, voici quelques remarques pertinentes faites par un observateur de longue date de la “Résistance” : « Le principal argument des supérieurs de la Néo-Fraternité contre la “Résistance” consiste à souligner les divisions entre les divers prêtres résistants. Mais, quoique ces différents prêtres aient une variété de dons correspondant à leurs vocations et donnant lieu à une variété d’œuvres catholiques (qu’il s’agisse d’un séminaire, d’un monastère, d’un prieuré, d’une mission, etc.), il règne entre eux une remarquable unité quant à la fin poursuivie, à savoir : la survie de la foi catholique. A l’inverse, la Néo-fraternité est un géant aux pieds d’argile, uni par des mesures disciplinaires, la peur des sanctions et par des positions personnelles. Mais, quant à sa finalité, elle reste très divisée : Accord avec Rome, ou pas ? Mariages sous autorité officielle, ou pas ? Flirt avec des évêques conciliaires, ou pas ? La Néo-fraternité craque de tous les côtés. »

Une fois de plus, nous constatons aujourd’hui comment la scission d’entre la Vérité catholique et l’Autorité catholique rend schizophrénique tous les catholiques sans exception. Cette scission provient de la trahison – consciente ou non – des 2000 évêques et des deux papes qui ont engendré Vatican II. Aujourd’hui, en 2019, d’une part cette “ Résistance “ qui tient à la Vérité souffre de divisions extérieures provenant d’un manque d’Autorité, simplement parce que le besoin d’autorité, ressenti à la base, ne suffit pas pour créer sa réalité, car de par sa nature même l’autorité ne peut venir que d’en haut. Et d’autre part, la Néo-fraternité, en s’accrochant à l’Autorité romaine, souffre de divisions intérieures provenant du manque de Vérité de la part de cette Autorité romaine qui ne veut pas lâcher les mensonges de Vatican II.

Or, c’est la Vérité qui est le but de l’Autorité, et non l’inverse. “Pierre, quand tu seras revenu, affermis tes frères” (Lc. XXII, 32). En d’autres termes, recouvre d’abord ta foi ébranlée dans la Vérité, puis exerce ton Autorité sur les autres Apôtres. En effet, dans un monde déchu, la Vérité intérieure a besoin qu’une Autorité extérieure la défende ; mais si l’Autorité extérieure n’est plus fidèle à cette Vérité intérieure, elle a perdu sa véritable raison d’être ; elle devient une fin en soi, en dernière analyse une tyrannie au service de positions personnelles, comme on l’a vu avec Paul VI et avec les successeurs de Mgr Lefebvre.

Ainsi, quelle que soit l’abondance des misères personnelles des résistants œuvrant individuellement, tant qu’ils resteront fidèles à la Vérité cette “ Résistance “ survivra à la néo-Fraternité, tout comme la Fraternité de Mgr Lefebvre, dans la mesure où elle restait fidèle à la Vérité, pouvait dominer et finalement survivre à la Rome conciliaire. La question ultime ne se pose pas au niveau des personnes ni de l’autorité extérieure. Elle se pose au niveau de la doctrine et de la Vérité. Ainsi, au début des années 2000, lorsque le successeur de Mgr Lefebvre eut recours à l’Autorité pour résoudre des problèmes de divisions au sein de la Fraternité, il révélait par là qu’il était déjà fort engagé sur le chemin conciliaire conduisant à préférer l’Autorité à la Vérité, à préférer la volonté à la raison. C’est ainsi que la Fraternité de Mgr Lefebvre se transforma en tyrannie ; et bien que le tyran ait apparemment été destitué de son siège par l’élection de l’an dernier, en fait il est toujours là. Ainsi va notre monde moderne : gavons-nous d’apparences !

Kyrie eleison.

3 août 2019

[Paix Liturgique] Rappel à Dieu d'un grand évêque catholique, Mgr Juan Rodolpho Laise

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 705 - 31 juillet 2019

Monseigneur Juan Rodolfo Laise célèbre pour son attachement à l'Eucharistie et à la distribution traditionnelle de la sainte communion est décédé le 22 juillet dernier à San Giovanni Rotondo ou il s'était retiré depuis 2001.Nous allons consacré deux lettres à ce héros de l'épiscopat, la première que nous publions aujourd'hui ou nous avons demandé à son disciple le père Gabriel Diaz de nous parler de son évêque qui était aussi son ami. Une seconde lettre qui sera diffusé la semaine prochaine reproduira la quintessence de plusieurs entretiens que nous avions eu ces dernieres années avec Mgr Laise au sujet de son attachement à la liturgie traditionnelle.

ENTRETIEN AVEC LE PÈRE GABRIEL DIAZ
Paix liturgique - Nous avons sollicité vos souvenirs car nous croyons que vous avez très bien connu Mgr Juan Rodolfo Laise ?
Père Gabriel Diaz - En effet, et même avant de le connaitre « en vrai », je le connaissais déjà de réputation ! Pour ma part, je l’ai rencontré par l’intermédiaire d’un prêtre de ses amis qui, connaissant ma vocation sacerdotale, m’a orienté vers lui. Nous étions alors en 1988 et depuis ce temps-là je n’ai cessé de le côtoyer d’abord en tant que séminariste, puis en tant que prêtre puis comme son chancelier, enfin comme ami et assistant jusqu’à aujourd’hui en continuant à le rencontrer très régulièrement en Italie où il avait choisi de terminer sa vie terrestre.
Paix liturgique - Quelle vision conservez-vous de lui depuis votre rencontre jusqu’à aujourd’hui ?
Père Gabriel Diaz - D’abord c’était surtout et avant tout un religieux capucin qui rayonnait de la belle spiritualité franciscaine si souriante, bonne et bienveillante. Franciscain il l’était depuis l’origine, car orphelin de père et de mère dans son enfance il avait été confié à une pension tenue par des pères capucins où il fit ses études. Eminemment spirituel il se sentit très jeune attiré par la vie religieuse et naturellement il passa du collège au noviciat … pour être ordonné prêtre le 4 septembre 1949 à l’âge de 23 ans.
Paix liturgique - Quelle était sa vocation ?
Père Gabriel Diaz - Il m’a souvent dit qu’il avait eu le désir de continuer à faire ce qu’il avait vu faire par ses maîtres capucins en les imitant, tout particulièrement dans leur rôle d’enseignants. Mais le Bon Dieu avait d’autres vues sur lui : il a enseigné, en effet, pendant des années, mais aux novices, jamais aux enfants des écoles comme il le rêvait. Cependant, quand il était curé de paroisse, il a construit une école à la fin des années 50 dont il a été le recteur pour quelque temps. Cette école existe encore et se porte très bien.
Paix liturgique - Quelles études poursuivit-il ?
Père Gabriel Diaz - Lui qui désirait enseigner se trouva engagé dans des études juridiques, tant canoniques que civiles. Il a obtenu ainsi une licence en Droit Canonique à l’Université Grégorienne de Rome et un doctorat en Droit Civil à l’université de Cordoba en Argentine.
Paix liturgique - Vous avez évoqué hors de cet entretien une anecdote au sujet des études de Mgr Laise?
Père Gabriel Diaz – Oui, ayant fréquenté dans son jeune âge les frères des écoles chrétiennes puis les pères capucins et enfin les jésuites à Rome, ce ne fut que lors de ses études juridiques à Cordoba que, déjà homme mûr, il eut pour la première fois des professeurs « laïcs » car tous ceux qui l’avaient formé jusqu’à ce moment avaient été des religieux. Ceci renvoie à une époque révolue aujourd’hui, mais explique aussi l’habitus ecclésial de Mgr Laise, qui avait baigné pendant toute sa jeunesse, son adolescence et le début de sa vie d’homme dans un univers chrétien, spirituel et ecclésiastique, ce qui ne l’empêcha pas cependant devenu étudiant à Cordoba dans un monde estudiantin ordinaire, et ensuite dans sa longue vie, d’être un homme équilibré et accompli avec tous ceux qu’il ne manquait pas de rencontrer dans sa vie quotidienne. A propos de cette période à l’Université, de nombreuses années plus tard, celui qui était alors président de la république argentine, Carlos Menen, évoqua devant une grande assemblée son souvenir d’avoir vu, quand il était étudiant, ce frère capucin en habit avec sa barbe en broussaille qui fréquentait les cours de l’université de Cordoba et ne passait inaperçu pour personne.
Paix liturgique - Pour beaucoup de nos lecteurs Mgr Laise est surtout l’homme de la communion sur les lèvres…
Père Gabriel Diaz – Indépendamment des circonstances qui l’amenèrent à devenir comme vous dites « l’homme de la communion sur les lèvres », il ne faut pas oublier que Mgr Laise était un homme qui avait une profonde dévotion eucharistique et un authentique amour de l’Eucharistie : c’était sans doute l’une de ses caractéristiques spirituelles majeures. De cela je peux donner des exemples. Arrivé évêque de San Luis il instaura assez vite une adoration quotidienne dans sa cathédrale pour que, de la messe du matin à la messe du soir, ses fidèles puissent venir à tout moment dans la journée adorer le saint-sacrement exposé. C’est d’ailleurs dans cette chapelle, dans un endroit qu’il a préparé il y une quarantaine d’années en face du Saint-Sacrement, que son corps sera transféré selon son souhait.
Paix liturgique - Comment se trouva-t-il engagé dans l’affaire de la communion ?
Père Gabriel Diaz - Pour le comprendre il faut se souvenir que, jusqu’en 1996, en Argentine, le seul mode de distribution de la communion était le mode traditionnel. Or, lors d’une réunion de la Conférence des évêques d’Argentine qui se tint en 1996, il fut décidé de demander à Rome la permission d’autoriser la communion dans la main. La réponse de Rome laissait à chaque évêque, « selon sa prudence et sa conscience » (sic) la décision s’il devait ou non appliquer dans son diocèse ce qui n’était qu’un indult (c.à.d. un ’autorisation à agir contre la loi). Il décida de ne pas le faire, en suivant par ailleurs la recommandation contenue dans le document qu’était la référence fondamentale de la réponse de Rome. Et d’ailleurs ses successeurs sur le siège de San Luis ont continué à conserver cette pratique jusqu’à aujourd’hui.
Paix liturgique - Mais cela n’engendra-t-il pas des remous ?
Père Gabriel Diaz - Bien sûr, dans toute l’Argentine et pas seulement dans le monde ecclésial mais aussi dans la presse et à la télévision. C’est dans ces débats que Mgr Laise fut amené à creuser la question de la réception de la sainte communion sous tous ses angles historiques, liturgiques, canoniques et pastoraux, rassemblant tout un dossier confortant sa résistance à la nouvelle pratique. Mais le fondement principal juridique étaient les termes mêmes du document de référence de l’indult octroyé par Rome, à savoir l’instruction Memoriale Domini, qui disait clairement : « Il n'a pas paru opportun au Souverain Pontife de changer la façon selon laquelle depuis longtemps est administrée la Sainte Communion aux fidèles » (c.à.d. sur les lèvres), et après : « Le Siège apostolique exhorte de façon véhémente les évêques, les prêtres et les fidèles à se soumettre diligemment à la loi en vigueur une fois encore confirmée. » L’indult en question n’était donc destiné qu’à ces endroits où la résistance à la demande du Saint-Siège menaçait créer un conflit canonique, ce qui n’était pas de tout le cas de notre diocèse.

Pour dissiper tout doute, la Congrégation pour la Doctrine de la foi (à l’époque présidée par le Cardinal Ratzinger) a répondu à Monseigneur Laise: « Ce Dicastère vous fait savoir qu’un examen attentif des documents du Saint-Siège en la matière fait apparaître clairement que, en décidant de maintenir inchangée la tradition de distribuer la Sainte Communion dans la bouche, vous avez agi conformément au droit et que, de ce fait, vous n’avez pas rompu la communion ecclésiale. En vérité, Votre Excellence n’a fait que se conformer à l’obligation faite à chaque évêque, par l’instruction De modo Sanctam Communionem ministrandi, d’évaluer les conséquences que pourrait avoir, dans la vie sacramentelle des fidèles, une modification de la pratique eucharistique en vigueur ».
Paix liturgique - C’est donc ainsi que naquit le dossier devenu un livre sur la communion dans la main ?
Père Gabriel Diaz – Oui, et les choses allèrent vite car si l’on se souvient que l’instauration de la pratique nouvelle avait eu lieu dès août 1996, la première version espagnole du livre a été publiée en Argentine en Février 1997.
Paix liturgique - Cet ouvrage eut-il un grand retentissement ?
Père Gabriel Diaz – On peut l’affirmer, car dans toute l’Argentine, des fidèles, mais aussi de nombreux prêtres et même des évêques l’ont remercié de son travail, certains de ces confrères lui avouant que s’ils avaient eu connaissances de toutes les informations que révèle l’ouvrage ils auraient pris la même décision que lui de rester fidèles à la pratique traditionnelle. Mais son édition se répandit bientôt dans tout le monde hispanique et l’ouvrage fut réédité cinq fois depuis 1997. Sa diffusion ne cesse de se poursuivre aujourd’hui à la suite d’une édition enrichie qui fut publiée en 2005, et d’une 5ème édition en Espagnol publiée (aux Etats Unis) en 2014. En Espagne, on prépare actuellement ce qui sera la 6ème édition encore enrichie des éléments ajoutés à l’édition anglaise de 2018.
Paix liturgique - Comment cet ouvrage se répandit-il en dehors du monde hispanophone ?
Père Gabriel Diaz – C’est grâce au CIEL (Centre International d’Etudes Liturgiques) que le travail de Mgr Laise poursuivit sa diffusion dans le monde. Les organisateurs du CIEL avaient sollicité l’intervention de Mgr Laise lors du Colloque qu’ils tinrent à Poissy, en région parisienne, en 1999. Celui-ci y intervint devant de nombreux spécialistes venus de toute l’Europe. Sa communication était en fait une présentation de son livre qui fut publiée en Français par le CIEL pour cette occasion. Une 2ème édition française a été publiée deux ans plus tard, et sa diffusion dans le monde francophone n’a jamais cessé depuis.
Paix liturgique - Vous avez, je crois, une anecdote à rappeler au sujet de la venue de Mgr Laise à Poissy ?
Père Gabriel Diaz - Je rappelle que, depuis 1971, Mgr Laise était évêque de San Luis, une ville d’Argentine fondée le 25 août 1594 par Luis Jofré de Loaiza y Meneses qui lui donna le nom du saint roi de France, parce que sa fondation avait eu lieu le jour de la fête du saint. Cette paternité spirituelle du saint sur son diocèse développa chez Mgr Laise une profonde vénération pour le saint roi, dévotion qu’il a développée chez les fidèles. Aussi, lorsqu’il fut invité à participer à un colloque devant se tenir à Poissy, la ville ou était né saint Louis et où il fut baptisé – saint Louis signait ses lettres « Louis de Poissy » ou « Louis, seigneur de Poissy » – il fut enchanté, et malgré son calendrier très chargé ne voulut pas manquer l’occasion de venir prier à Poissy. J’ai conservé une photo de lui qu’il s’est faite faire à côté des fonts baptismaux où le futur saint est devenu chrétien.
Paix liturgique - Mais l’aventure de la diffusion de cet ouvrage sur la communion n’était pas terminée?
Père Gabriel Diaz - Non, en 2007 fut publiée une édition polonaise, en 2010 une édition anglaise (et américaine devrais-je dire) et en 2016 une édition italienne (réimprimée plus tard), qui donna l’occasion à Mgr Laise de rencontrer ses amis et éditeurs à Rome. Aujourd’hui plusieurs autres versions sont en préparation et nous espérons voir bientôt se répandre, si Dieu le veut, des éditions en allemand, en portugais et pourquoi pas, en russe !
Paix liturgique - Après avoir renoncé à sa charge épiscopale Mgr Laise s’était retiré à San Giovanni Rotondo ?
Père Gabriel Diaz - Oui depuis 2001 Mgr Laise s’était retiré au couvent capucin de San Giovanni Rotondo, où est vénéré le saint Padre Pio. Il y est revenu à la vie conventuelle des capucins et a exercé chaque jour son ministère de la confession. C’est là qu’il est décédé, prêtre de Jésus-Christ jusqu’au derniers instants de sa vie.

Laissez-moi vous dire pour conclure que Mgr Laise, qui fut pour moi un père et un ami, restera pour tous ceux qui l’ont connu un modèle de piété et de courage, lui qui, même dans l’adversité, ne céda jamais à l’opinion, démontrant qu’aux justes qui se battent pour lui et pour son Eglise, Dieu accorde souvent le succès et toujours sa grâce.

De ce fait, sa vie nous enseigne que si des pasteurs courageux s’étaient levés en plus grand nombre contre les abus liturgiques et théologiques qui se sont répandus dans l’Eglise depuis 50 ans, la situation actuelle aurait été bien différente de ce qu’elle est aujourd’hui, au moins en y faisant cohabiter davantage de pluralisme et donc d’opportunités pour les prêtres et pour les fidèles de montrer clairement leurs choix et leurs préférences.

UNE COURTE BIOGRAPHIE DE MGR JUAN RODOLFO LAISE

Mgr Laise est né le 22 février 1926 à Buenos Aires. Se sentant appelé à la vie religieuse, il est entré dans l’ordre des capucins. Il a reçu le sacerdoce le 4 septembre 1949, alors qu’il n’avait que 23 ans. Il a ensuite obtenu sa licence de droit canonique à l’Université grégorienne de Rome et son doctorat en droit civil à l’Université nationale de Córdoba, Argentine. Il a été professeur de droit et de morale de 1954 à 1960 au Collège de Théologie de Villa Elisa. Parallèlement, il a exercé, depuis Villa Elisa, la charge de juge synodal à la curie de La Plata, et a donné des cours de théologie à l’Institut supérieur d’Enseignement religieux.

De décembre 1956 à janvier 1958, il a lancé et dirigé la construction du Collège St-François d’Assise, dont il a été Directeur de 1959 à 1962. En 1962, il a été nommé Vicaire judiciaire adjoint du Tribunal ecclésiastique de La Plata et, la même année, juge pro-synodal. L’année suivante il a été nommé juge pro-synodal de l’archidiocèse de Buenos Aires. En 1963, il a été nommé Secrétaire provincial des Pères Capucins, dont il a été nommé Supérieur provincial pour l’Argentine en 1969. En 1967, il était Visiteur des maisons religieuses de l’archidiocèse de Buenos Aires.

Elevé à l’épiscopat en 1971, il a été consacré le 29 mai 1971, pour être évêque coadjuteur du diocèse de San Luis dont, peu après, à la mort de son prédécesseur, il est devenu évêque.

Depuis cette date, son activité a été multiple et incessante : les fondations, les créations, les constructions d’églises, de chapelles, l’organisation de congrès, les directives apostoliques se sont succédées.

Lorsque, en 1971, il a pris possession de son diocèse, aucune ordination sacerdotale n’avait eu lieu depuis 18 ans. Il n’y avait qu’un seul séminariste. Le clergé était très réduit et profondément divisé par la théologie de la libération. Quand il a quitté son diocèse en 2001, il disposait de plus de cinquante séminaristes dans le séminaire qu’il avait fondé, et d’un clergé jeune et nombreux. Sous son épiscopat est également née dans le diocèse une communauté religieuse féminine très vivante, qui a essaimé dans toute l’Argentine.

Mgr Laise avait profité de la parution du Catéchisme de l’Eglise Catholique pour publier une série de catéchismes adaptés à l’usage des enfants. Mais son œuvre la plus connue est son combat pour la réception de la communion selon la forme traditionnelle, dont traite l’entretien avec le P. Gabriel Diaz, ci-après.

Mgr Laise, depuis 2001, était revenu à la vie conventuelle franciscaine a San Giovanni Rotondo, en Italie, devenu un pèlerinage sur la tombe du Padre Pio, où il passait ses matinées à confesser les pèlerins. Il y est décédé le 22 juillet dernier.

[Paix Liturgique] Natalia Sanmartin «La messe traditionnelle est le culte le plus utile et l'adoration la plus profonde que nous puissions offrir à Dieu»

SOURCE - Paix Liturgique - Lettre n°704 - 23 juillet 2019

Natalia Sanmartin Fenollera, née en Galice en 1970, journaliste au grand journal économique espagnol Cinco Días, est une révélation littéraire internationale : elle s’est fait connaître par un roman, L’éveil de Mademoiselle Prim (Grasset, 2013), dont on espère qu’il en annonce bien d’autres, qui a eu un tel succès que l’éditeur espagnol, Editorial Planeta en a vendu les droits pour 70 pays.

C’est un roman délicieusement décalé, dont l’héroïne, Prudence Prim, débarque dans un petit village, quelque part vers le centre de la France, Saint-Irénée d’Artois, voisin d’une abbaye bénédictine où l’on célèbre la liturgie en latin (qui fait penser à un abbaye des bords de la Creuse…), pour y tenir le rôle de bibliothécaire chez un célibataire aussi cultivé qu’original.

Dans ce village, volontairement hors du temps présent, les enfants, dont un certain nombre vont à la messe traditionnelle tous les matins, reçoivent une éducation de haute qualité humaniste, non au lycée mais à la maison. On ne parle, dans ce bourg, ni de télévision, ni de téléphone mobile, mais on vit d’art, de lecture, de musique, des plaisirs de la conversation. Les dames se veulent vraiment « féministes », c’est-à-dire qu’elles sont suprêmement féminines. Et le temps coule au ralenti, en marge de la modernité.

Sans être hermétiquement séparés des circuits économiques d’aujourd’hui, commerçants, artisans, propriétaires de Saint-Irénée vivent dans une espèce de système « distributiste », résolument antilibéral, inspiré de Chesterton (et de la doctrine sociale de l’Eglise). Leur contestation du « système », pour être douce et policée, n’en est pas moins, une contestation assez radicale, qui plus est, une contestation catholique, spécialement du point de vue de l’éducation, pour laquelle la messe traditionnelle tient une place cardinale.

Nous avons demandé à Natalia Sanmartin de s’en expliquer, et aussi de nous donner quelques lumières sur son propre itinéraire.
Paix liturgique – Saint-Irénée évoque-t-il un village particulier du centre de la France ? Vous semblez rendre un hommage, dans votre roman, à la sensibilité catholique de Chesterton, interprète méconnu de ce que l’on appelle la « doctrine sociale » de l’Eglise.
Natalia Sanmartin – Saint-Irénée n’évoque pas un village particulier, mais tous ceux qui ont surgi autour des monastères et qui ont tissé, pour ainsi dire, l’Europe. En un sens, il représente la quintessence de l’ancien ordre médiéval. Une petite ville a émergé autour d’un cœur spirituel - un monastère bénédictin qui préserve la liturgie traditionnelle - dans laquelle sont cultivés le bon voisinage, l’économie familiale, les traditions anciennes, les familles et un ordre entre la vie et le travail. Oui, Chesterton a une présence significative dans le livre. Je conviens qu’il est maintenant un auteur très populaire, en particulier dans les milieux catholiques, La pensée de Chesterton sur l’enseignement social catholique, son plaidoyer en faveur du « distributisme », sa critique farouche du libéralisme et sa vision de la façon dont il a détruit la famille sont très lucides, presque prophétiques, mais cette partie de sa pensée ne convient pas à certains secteurs, même aux catholiques. En général, nous ne doutons pas trop de l’incompatibilité entre le communisme et l’évangile, par exemple, mais lorsqu’il s’agit d’incompatibilité avec le libéralisme, avec le rôle actuel de la femme dans la société en ce qui concerne l’acceptation de l’ordre de la famille et des relations entre hommes et femmes, comme les voit saint Paul, les choses ne sont plus aussi faciles à digérer.
Paix liturgique – Le personnage principal de votre roman est Mademoiselle Prim, jeune fille très indépendante, cultivée, qui a fréquenté l’Université, sûre d’elle, mais très droite. Elle subit une sorte de conversion, aidée par un penchant sentimental. Alors qu’elle défend ardemment la pensée dominante de notre société, elle ressent une étrange attirance pour la vie des habitants de Saint-Irénée. Peut-on considérer que Mademoiselle Prim est une métaphore d’une conversion possible des modernes de bonne volonté ?
Natalia Sanmartin – Oui, cela peut être considéré de cette façon. Je dirais que Mademoiselle Prim est une prisonnière et un produit typique de son temps. Elle n’est ni athée, ni même sceptique, car on ne peut pas être sceptique sur ce que l’on ne sait pas, qui est la grande tragédie de ce siècle en ce qui concerne le christianisme. L’idée du livre est née d’une phrase du cardinal Newman qui exprime très bien la douleur du paradis perdu que nous avons inscrite dans le cœur. Mademoiselle Prim, comme tant de modernes non évangélisés ou mal évangélisés (ce qui, à mon avis, est encore pire), a perdu son chemin pour retourner chez elle, mais estime qu’il existe un moyen et qu’il existe également un foyer dans lequel retourner. Comme beaucoup de gens aujourd’hui, elle essaie d’étouffer ce sentiment de nostalgie et de perte, mais elle ne comprend pas très bien. Elle ne sait pas comment identifier ce qu’il se passe, mais sent que quelque chose ne fonctionne pas ; elle ressent une anxiété qui ne se calme pas. Et cela ne se calme pas car seul Dieu peut le calmer.
Paix liturgique – Le prénom de Prudence que vous lui avez donné a-t-il une signification aristotélicienne ? Peut-être représente-t-elle la vie vertueuse comme un terrain favorable à la grâce ?
Natalia Sanmartin – Oui, cela a un sens, bien que je doive dire que Prudence Prim est un protagoniste très imprudent, surtout au début du livre. Mais j’ai aussi choisi un nom pour qu’il puisse fonctionner dans plusieurs langues. Je ne savais pas que le livre allait être traduit dans de nombreuses langues, mais je n’ai pas non plus exclu cette possibilité.
Paix liturgique – L’un des points les plus importants de votre livre semble être de porter un regard critique sur l’enseignement d'aujourd’hui. Enseigner à Saint-Irénée semble donner la priorité à l’étude de la littérature classique et à l’enseignement des choses que les générations ont apprises et que le monde a oubliées. Est-ce une plaidoirie discrète pour l’école à la maison, ou au moins l’école familiale et catholique ?
Natalia Sanmartin – Je suis convaincu que les épopées et la poésie ont un don particulier pour transmettre la foi, en particulier aux plus jeunes. L’épopée classique, les sagas nordiques, les romans et les légendes médiévales, mais aussi la littérature contemporaine tirée de ces sources et qui en reprend l’essence, et je pense à quelqu’un comme Tolkien, ont ce pouvoir. Le bien, le beau et le vrai, la figure du héros et du sacrifice, les travaux et épreuves à mener pour arriver à destination, la fidélité au roi dont le retour est attendu, la lutte contre le mal, les tentations qui peuplent le chemin, agissent comme des échos de la seule véritable épopée qui résonne toujours dans nos cœurs. C’est une langue extraordinaire qui doit être apprise plutôt à la maison qu’à l’école. En ce sens, l’école à la maison, le homeschooling, me semble quelque chose de précieux et de presque héroïque. J’admire profondément ceux qui font ce pas.
Paix liturgique – La vie à Saint-Irénée correspond-elle de quelque manière que ce soit à votre enfance et à votre adolescence, au type d’éducation que vous avez reçu de votre famille ?
Natalia Sanmartin – Dans un certain sens, oui, mais seulement comme inspiration. J’ai grandi dans une maison où la bibliothèque était ouverte aux enfants. Un monde dans lequel les livres ne sont pas classés en fonction des âges et, s’ils le sont, personne n’y prête trop d’attention. Je ne me souviens pas d’avoir été guidé d’une manière spécifique en lecture, sauf dans certains cas où il s’agissait de livres qui passaient de l’un à l’autre, presque par tradition familiale. Mais en général, mes six frères et moi avons lu tout ce qui était entre nos mains, tout ce qui nous intéressait et nous avons assimilé ce que nous pouvions. C’étaient de bons livres, des poèmes, des livres d’aventures, des contes de fées et de nombreux classiques. Je ne me souviens pas non plus que personne ne m’ait jamais dit “laisse ce livre, c’est trop difficile”. Si c’était le cas, je suppose que je m’ennuyais à le lire et que je le délaissais. Il me semble qu’il existe aujourd’hui une certaine tendance à considérer les enfants comme des créatures triviales devant lire des choses vulgaires. Mais les enfants ne sont pas sans importance, les enfants sont des enfants. Et ce n’est pas pareil.
Paix liturgique – Est-il permis de vous demander si la rencontre de la messe « en latin » par votre héroïne est autobiographique ?
Natalia Sanmartin – Pas comme cela est décrit dans le roman, mais oui, la messe traditionnelle est un élément fondamental de ma foi, de mon plein retour vers celle-ci. Comme beaucoup d’autres personnes, à un certain âge, j’ai malheureusement pris mes distances par rapport à la pratique religieuse et lorsque je suis revenu à la foi, lorsque j’ai lu les Évangiles pour la première fois, lorsque j’ai lu certains des textes des pères de l’Église et que j’ai découvert la beauté des Psaumes, j’ai réalisé que la grandeur et la radicalité de ce que j’avais « découvert » ne correspondaient pas au culte auquel j’étais revenu. Je ne savais pas pourquoi, mais il y avait quelque chose qui ne convenait pas. Jusqu’à ce que je découvre, presque par hasard, la messe traditionnelle : toutes les pièces se sont alors emboîtées. Je me souviens m’être agenouillée lors de ma première messe, en silence, et avoir pensé : voilà ce dont il s’agit, c’est le sacrifice de la messe, c’est le ciel sur la terre, comme disent les Orientaux. La foi chrétienne n’est pas quelque chose de banal, elle ne peut donc pas être exprimée dans un culte banal. C’est une question de mystère, de sang et de sacrifice; c’est quelque chose de sacré, de voilé, d’accablant. 
Paix liturgique – L’influence de la messe traditionnelle dans la vie de Saint-Irénée, en tout cas dans l’éducation des enfants, est importante. Pensez-vous que cette façon de célébrer – et de croire – puisse aider notre société à se « reculturer » ?
Natalia Sanmartin – Je ne suis pas trop optimiste quant à la restauration ou au retour d'un haut niveau de Culture en Occident, du moins si nous parlons de majorités ou de masses. Oui, il est vrai que la liturgie traditionnelle attire de nombreuses personnes qui ne connaissaient pas la foi chrétienne ou s’en étaient éloignées. Cela ne semble pas non plus être une coïncidence si une époque riche en conflits sociaux, en délinquance, en divisions familiales, en violences de toutes sortes et en une indifférence croissante pour la foi est une période qui a brisé brutalement la beauté. En ce sens, la profondeur et la richesse de la messe traditionnelle peuvent aider à établir des liens avec une culture qui a toujours essayé de refléter la beauté en tant qu’attribut divin. Mais à la fin, ce n’est pas la chose la plus importante, car la messe ne nous concerne pas principalement, mais est pour Dieu. La messe traditionnelle est le culte le plus utile et la forme la plus profonde d’adoration que nous puissions offrir à Dieu. C’est ce qui est objectif, c’est l’essentiel et c’est ce qui nous incite à nous battre pour cela. Et dans cette lutte, le problème n’est pas numérique, ce n’est même pas une question de force ou d’influence. Nous savons bien ce que Dieu peut faire avec la faiblesse.
Paix liturgique – En octobre, vous serez à Rome pour intervenir lors de la 5éme Rencontre Summorum Pontificum. 
Natalia Sanmartin – Oui, je le serai et je suis très heureuse d’y participer. J’ai récemment confirmé ma présence, et j'ai hâte de vous y retrouver.