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31 mai 2007

Le Cardinal Castrillon Hoyos et la Nouvelle Messe.
31 mai 2007 - abbé Aulagnier - la.revue.item.free.fr
Le Saint-Père « veut conserver les immenses trésors spirituels, culturels et esthétiques liés à l’ancienne liturgie. »
On sait que le Cardinal Castrillon Hoyos s’est exprimé, ces dernières semaines de mai, devant toute l’assemblée des évêques de l’Amérique du sud. Il leur a tenu des paroles très importantes leur annonçant l’intention du Souverain Pontife de rétablir dans ses droits et sur les autels de la chrétienté la messe dite de saint Pie V, jamais abolie, tous ses trésors et d’établir, pour en faciliter le retour et l’heureux développement, une sorte de dicastère propre ayant cette finalité.
Il s’est prononcé très clairement sur ces deux sujets.
Jugez vous-même !
Le Saint-Père « veut conserver les immenses trésors spirituels, culturels et esthétiques liés à l’ancienne liturgie ». Il « veut mettre à la disposition de l’Eglise tous les trésors de la liturgie latine qui, pendant des siècles, a nourri la vie spirituelle de tant de générations de fidèles catholiques ». Le Cardinal poursuit: « Pour ces raisons, le Saint-Père a l’intention d’étendre à toute l’Eglise latine la possibilité de célébrer la Sainte Messe et les Sacrements selon les livres liturgiques promulgués par le Bienheureux Jean XXIII en 1962. Il existe aujourd’hui pour cette liturgie, qui n’a jamais été abolie et qui, comme nous l’avons dit, est considérée comme un trésor, un intérêt nouveau et renouvelé, et c’est aussi pour cette raison que le Saint-Père pense que le temps est venu de faciliter, comme le voulait la première Commission cardinalice en 1986, l’accès à cette liturgie, en faisant d’elle une forme extraordinaire de l’unique rite romain ».
C’est clair ! Le Saint-Père « veut conserver les immenses trésors spirituels, culturels et esthétiques liés à l’ancienne liturgie. »
A cette fin, il pense à la création  d’une sorte de dicastère romain.
A cette fin et pour présider à cet heureux événement, le Cardinal rappelle l’intention du pape de créer un dicastère romain. La Commission Ecclesia Dei  créée en 1988, après les sacres faits par Mgr Lefebvre,  changerait en quelque sorte de finalité. Elle n’aurait plus seulement pour raison de gérer les problèmes des prêtres et fidèles ayant quitté Mgr Lefebvre, en 1988,  pour rester dans « l’unité ecclésiale » ( !), ni non plus de gérer seulement les problèmes du retour de la FSSPX au « port » ecclésial ( !), souci permanent de la hiérarchie catholique, mais, d’une façon beaucoup plus positive aujourd’hui, « il étend(rait) en outre son service à la satisfaction des justes aspirations de tous ceux qui, en raison d’une sensibilité parti­culière, sans avoir eu de liens avec les deux groupes précités, désirent maintenir vivante la liturgie latine antérieure dans la célébration de l’Eucharistie et des autres sacrements ».
Il le répète de nouveau : « Le Saint-Père, qui fut pendant quelques années membre de cette Commission (Ecclesia Dei), veut qu’elle se transforme en un organisme du Saint-Siège ayant pour finalité propre et distincte de conserver et de maintenir la valeur de la liturgie latine tradi­tionnelle. Mais il faut affirmer en pleine clarté qu’il ne s’agit pas d’un retour en arrière, d’un retour aux temps antérieurs à la réforme de 1970. Il s’agit au contraire d’une offre généreuse du Vicaire du Christ qui, comme expression de sa volonté pastorale, veut mettre à la disposition de l’Eglise tous les trésors de la liturgie latine qui, pendant des siècles, a nourri la vie spirituelle de tant de générations de fidèles catholiques ».
Comme me le disait un ami, c’est une sorte d’ « Occidentale » que le Pape veut créer, un peu comme l’ « Orientale », qui existe à Rome pour les églises uniates…Peut-être ! Mgr Lefebvre souhaitait cela. (cf. Regard sur le monde n° 131)
On comprend toute l’importance des propos du Cardinal.
La lettre du Cardinal Castrillon Hoyos du 7 mai 2001 à Mgr Fellay.
Comme on peut l’imaginer, ce discours du cardinal nous remplit de joie, nous fait bondir d’allégresse, nous fait chanter d’actions de grâces. Nous exprimons ici au Cardinal toute notre reconnaissance.
Car nous apprécions la nouveauté par rapport à sa lettre du 7 mai 2001 à Mgr Fellay où il refusait de reconnaître ce droit de la messe tridentine pour l’Eglise universelle. Les choses changent, évoluent en matière liturgique…
Dans cette lettre, il écrivait en effet:
« En ce qui concerne la première condition : la liberté pour tous de la Messe de saint Pie V, un certain nombre de cardinaux, évêques et fidèles jugent qu’une telle permission ne doit pas être concédée. Ce n’est pas que le rite sacré précédent ne mérite pas tout le respect ou qu’on méconnaisse sa solidité théologique, ni sa beauté et son apport à la sanctification pendant des siècles et dans l’Eglise mais parce que cette permission pourrait créer une confusion dans les esprits de beaucoup de personnes qui la comprendraient comme une dépréciation de la valeur de la sainte Messe que célèbre l’Eglise aujourd’hui ».
Il poursuivait : « Il est clair que, dans les statuts de votre réinsertion, on offre toutes les garanties pour que les membres de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X et tous ceux qui ont un attrait spécial pour cette noble tradition liturgique puissent la célébrer librement dans vos églises et lieux de culte. On peut également la célébrer dans les autres églises avec la permission des ordinaires diocésains ».
Quel changement d’attitude de la part de l’autorité ecclésiastique vis-à-vis de la messe tridentine entre 2001 et 2007. En 2001, la messe tridentine restait à usage interne,  privatim. « dans vos églises ». En 2007, son droit doit être déclaré pour l’Eglise universelle.
Notre joie est profonde.
Mais une critique demeure…Elle est fondamentale
Toutefois nous sommes obligé de dire au Cardinal que nous ne partageons pas toutes les affirmations qu’il prononça devant les évêques d’Amérique du Sud. Nous ne pouvons pas nous réjouir de cette phrase qu’il prononça: « La récupération de cette richesse ( de la messe dite de saint Pie V) s’unit à celle, non moins précieuse, de la liturgie actuelle de l’Eglise ».
Là, le Cardinal donne un jugement de valeur sur la Nouvelle Messe, sur la « liturgie actuelle de l’Eglise ». Il y voit une « richesse ». Il y voit un bien « précieux » pour l’Eglise. Et c’est pourquoi la grande idée du Cardinal Castrillon Hoyos est de demander qu’on ne « contrapose » pas les deux liturgies. Il l’exprimait déjà dans son homélie qu’il faisait dans la Cathédrale de Chartres, lors du pèlerinage de Notre Dame de Chrétienté. « Il ne faut pas contraposer les deux rites. Il sont substantiellement identiques ». Il nous le répétait alors qu’il recevait en audience privée les séminaristes du Séminaire Saint Vincent de Paul, et leurs maîtres à Rome, le 7 février 2007 en me regardant fixement, un peu sévèrement.
Il m’est difficile de suivre cette affirmation malgré l’estime que je porte au Cardinal.
Non point que je sois opposé aux propitiations faites au pape Jean-Paul II par « la commission cardinalice de 1986 » et en particulier à cette proposition : « Pour chaque messe célébrée en langue latine, avec ou sans fidèles présents, le célébrant a le droit de choisir librement entre le missel de Paul VI (1970) et celui de Jean XXIII (1962). » - et qui pourrait bien être reprise dans le Motu Proprio annoncé. J’y suis bien évidemment favorable. Car elle me donne le droit de dire la messe de saint Pie V.  Avec ce droit reconnu – enfin -  cesse cette guerre liturgique tellement dommageable à l’Eglise, aux familles et aux prêtres. De plus - quant à la messe  de Paul VI  - il ne m’appartient pas de la faire disparaître ou de l’améliorer. La Liturgie est dans les mains de la hiérarchie. On sait que Benoît XVI veut la corriger. Il n’a cessé de parler de la « réforme de la Réforme ». C’est lui qui en a lancée l’idée. C’est bien qu’elle ne lui donne pas en tous points satisfaction… Malgré cette insatisfaction qu’il a exprimé dans bien de ses livres, il la laisse encore célébrer alors qu’il est devenu le Pape et qu’il  a sur l’Eglise tout pouvoir. Je veux bien la « cœxistence » pacifique des deux rites sur le plan pratique. Je veux surtout le rétablissement du droit de la messe antique. Son « abolition » dans l’Eglise était une véritable injustice. Il faut que justice soit faite. Le pape le veut, semble le vouloir. Approche, en effet,  le jour où le droit de la messe de « toujours » sera reconnu… La « commission cardinalice de 1986 » le reconnaissait déjà. C’est son aspect éminemment positif. Le cardinal Castrillon Hoyos nous rappelle, dans son discours au Brésil, que « le Saint-Père pense que le temps est venu de faciliter, comme le voulait la première Commission cardinalice en 1986, l’accès à cette liturgie, en faisant d’elle une forme extraordinaire de l’unique rite romain ». Deo Gratias. (A moins que la puissance moderniste soit trop forte…si forte que…Il ne faudrait pas que les membres du Bon Pasteur l’oublie ! )
Mais je ne peux pas pour autant accepter sa proposition : « « La récupération de cette richesse ( de la messe dite de saint Pie V) s’unit à celle, non moins précieuse, de la liturgie actuelle de l’Eglise ».
Non ! Je ne peux accepter cette proposition parce que je  ne la crois pas juste.
Je ne crois pas que cette réforme liturgique soit même fidèle aux principes rappelés par le document « Sacro Sanctum Concilium  de Vatican II.
La thèse du Cardinal Stickler.
C’est la thèse du cardinal Stikler. Il le disait dans sa conférence en Autriche en 1997 .Elle fut donnée à « l’ Internationalen théologischen Sommerakademie 1997 des linzer Priesterkreises ». Elle fut publiée, d’abord, en allemand par Franz Breid – Die heilige liturgie – Ennsthaler, puis en français par le CIEL, en 2000, dans une petite brochure intitulée : « Témoignage d’un expert au Concile ».  La conférence a pour titre en français « Souvenirs et expériences d’un expert de la Commission conciliaire sur la liturgie ».
Le cardinal Stickler se présente tout d’abord.
Ce n’est pas le dernier personnage de l’Eglise. « J’ai été professeur de droit canonique et d’histoire du droit ecclésiastique à l’Université salésienne, fondée en 1940, puis pendant 8 ans, de 1958 à 1966, recteur de cette université. En cette qualité, j’ai bientôt été nommé consulteur de la Congrégation Romaine pour les Séminaires et les Universités, puis, depuis les travaux antépréparatoires jusqu'à la mise en œuvre des décisions du Concile, membre de la commission dirigée par ce dicastère romain. En outre, j’ai été nommé expert de la commission pour le clergé, et plus spécifiquement pour les problèmes relatifs aux droits patrimoniaux : il s’agissait surtout de débarrasser le Droit canon du système des bénéfices.
« Peu avant le concile, le cardinal Laraona, dont j’avais été élève pendant mes études de droit canon et de droit ecclésiastique au Latran et qui avait été nommé président de la Commission conciliaire pour la liturgie, me fit venir chez lui et m’annonça qu’il m’avait proposé comme expert  de cette commission. Je lui objectais que j’avais déjà beaucoup à faire en tant qu’expert de deux autres commissions, surtout celles des séminaires et universités. Pourtant il maintint sa proposition en faisant remarquer que, considérant l’importance canonique des prescriptions relatives à la liturgie, il fallait également inclure des canonistes dans cette commission. C’est par cette fonction non recherchée que j’ai ensuite vécu le Concile Vatican II depuis ses débuts puisque, comme on le sait, la liturgie fut le premier sujet inscrit à l’ordre du jour. Je fus ensuite affecté à la sous-commission qui devait rédiger les modifications apportées aux trois premiers chapitres et aussi  préparer l’ultime formulation des textes qui devaient être soumis, pour discussion et approbation, à la commission réunie en plénière avant d’être présentés dans l’aula conciliaire. Cette sous-commission se composait de trois évêques : Mgr Callewaert, archevêque de Gand, qui en était le président, Mgr Enciso Viana, de Majorque et, si je ne me trompe, Mgr Pichler, de Banjaluka (Yougoslavie), ainsi que de trois experts Mgr Martimort, le père Martinez de Antoniana, clarétin espagnol, et moi-même. Vous comprendrez aisément que, dans le cadre de ces travaux, on pouvait se faire une idée exacte de ce que souhaitaient les Pères conciliaires ainsi que du sens réel des textes votés et adoptés par le concile ».
Tout cela pour dire que son témoignage personnel sur la réforme liturgique, son jugement sur « l’édition définitive » du nouveau missel romain, peut avoir une certaine valeur. Il le dit lui-même : « Mais vous pourrez également comprendre ma stupéfaction lorsque, prenant connaissance de l’édition  définitive du Nouveau Missel Romain, je fus bien obligé de constater que, sur bien des points, son contenu ne correspondait pas aux textes conciliaires qui m’étaient si familiers, que beaucoup de choses avait été changées ou élargies, ou allaient même directement au rebours des instructions données par le Concile ».
Il demande alors une audience au cardinal Güt, préfet de la Congrégation des Rites : « Comme j’avais précisément vécu tout le déroulement du Concile, les discussions souvent très vives et longues et toute l’évolution des modifications jusqu’aux votes répétés qui eurent lieu jusqu'à leur adoption définitive,et que je connaissais aussi très bien  les textes contenant les prescriptions détaillées pour la réalisation de la réforme souhaitée, vous pouvez vous imaginer mon étonnement, mon malaise croissant et même ma fureur devant certaines contradictions particulières, surtout considérant les conséquences nécessairement graves que l’on pouvait en attendre. C’est ainsi que je décidais d’aller voir le cardinal Gut qui, le 8 mai 1968, était devenu préfet de la Congrégation des Rites en remplacement du cardinal Larraona, qui s’était retiré le 9 janvier précédent.
Je lui demandais une audience dans son logement au monastère bénédictin de l’Aventin, audience qu’il m’accorda le 19 novembre 1969.
Mgr Gut me reçut très aimablement, bien qu’il fût visiblement malade et, comme l’on dit, j’ai pu déverser tout ce que j’avais sur le cœur. Il me laissa parler une demi-heure sans m’interrompre, puis il me dit qu’il partageait entièrement mes inquiétudes. Mais, ajouta-t-il, la faute n’en incombait pas à la Congrégation des Rites : en effet, toute la réforme était l’œuvre du « Consilium » constitué expressément à cette fin par le pape, dont il avait nommé le cardinal Lercaro Président et le père Bugnini Secrétaire. Dans ses travaux, ce conseil n’avait eu de comptes à rendre qu’au pape ».
Inquiétudes partagées sur une réforme liturgique ! Tous deux, et le Cardinal Güt et le Cardinal Stickler n’y voient pas une « richesse », un bien « précieux » ! Elle cause en eux mille inquiétudes !
Ce préambule étant fait, le Cardinal donne le thème de sa conférence : il veut juger « de la concordance ou de la contradiction entre les dispositions conciliaires et la réforme effectivement appliquée » (p. 35)
Tout au début, le cardinal nous rappelle quelques grands principes liturgiques heureusement soulignés par la Constitution Sacrosanctum Concilium . Il nous rappelle l’article 2 qui affirme que, dans la liturgie, «  tout ce qui est humain doit être subordonné et soumis au divin, le visible à l’invisible, l’action à la contemplation, le présent à la cité divine future que nous recherchons ». C’est à la page 35 du livret.
Qui ne serait d’accord avec ce principe…fut-il conciliaire !
Sur ce point, le jugement du cardinal tombe comme un couperet. Tout simplement, les réformateurs ont échoué en cette affaire. Il écrit vers la fin de sa conférence: « Ma conférence, mes souvenirs et expériences, je pense, ont permis d’évaluer dans quelle mesure la réforme avait satisfait aux exigences d’ordre théologique et ecclésiastique énoncées par le Concile, en d’autres termes, de voir si, dans la Liturgie  - et surtout dans ce qui en constitue le centre,  la Sainte Messe – ce qui est humain a véritablement été ordonné et soumis au divin, ce qui est visible à l’invisible, ce qui relève de l’action à la contemplation et ce qui est présent à la cité future que nous recherchons. Et l’on arrive à se demander si, au contraire, la nouvelle liturgie n’a pas, souvent, ordonné et soumis le divin à l’humain, le mystère invisible au visible, la contemplation à l’activisme, l’éternité future au présent humain quotidien ». (p. 64).
S’il en est ainsi de la reforme liturgique , peut-on parler alors de richesse, de bien précieux…. ?
« La réforme de la Réforme »
Le cardinal Stickler fait donc  un constat d’échec total ; de sorte que, lui aussi, avec le cardinal Ratzinger, aujourd’hui Benoît XVI, forme  des vœux pour lancer la réforme de la Réforme. La première aurait donc échoué ?  Elle est  donc loin d’être une richesse….« C’est précisément parce que l’on se rend toujours plus clairement compte de la situation actuelle  (ndlr. i.e : de la déconfiture de la réforme liturgique et son infidélité à la pensée conciliaire…Mais à qui la faute…) que se renforce l’espoir d’une éventuelle restauration que le cardinal Ratzinger voit dans un nouveau mouvement liturgique qui éveillera à une vie nouvelle le véritable héritage du Concile Vatican II ».
Le Novus Ordo Missae ne serait donc pas, Eminence !  le plus beau fruit de la réforme conciliaire. Ce ne serait pas une si grande richesse que cela ! C’est aussi un Cardinal qui le dit…Je ne fais que répéter…Comme on dit, il faudrait peut-être que la hiérarchie unifie son discours…
Le réforme liturgique et la tradition apostolique
Le cardinal survole et résume encore quelques articles  fondamentaux du Concile. Des rappels tout a  fait évidents et traditionnels.
L’article 21, l’article 23 qui affirme qu’il ne faut  rien changer - en matière liturgique  - « avant que ne soit élaborée une soigneuse étude théologique, historique , pastorale, en s’assurant d’un développement organique harmonieux ».
Qui ne serait d’accord !
L’article 33 rappelle la finalité de la liturgie : «La liturgie est principalement le culte de la majesté de Dieu ». A la bonne heure !
Ces principes liturgiques  - et d’autres encore  - rappelés, le cardinal passe de nouveau à la critique de la réforme liturgique  - l’œuvre conciliaire par excellence.
Sans vouloir être exhaustif en cette affaire, le cardinal aborde cette critique avec énergie et fraîcheur. Sous sa plume, je retrouve l’enseignement de mes maîtres, de Mgr Lefebvre. . J’ai connu de sa bouche cet axiome : « legem credendi, lex statuit supplicandi » ou plus simplement dit : « lex orandi, les credendi ».
Je retrouve dans les pages de la conférence du Cardinal Stickler, la même doctrine, la doctrine de toujours. Le cardinal écrit : « la liturgie contient et exprime la foi de façon juste et compréhensible » (p.40). De sorte que « la pérennité de la liturgie participe de la pérennité de la foi, elle contribue même à la préserver ». Et comme la foi est immuable, la liturgie qui l’exprime l’est aussi. « C’est pourquoi il n’y a jamais eu de  rupture, de re-création radicale dans aucun des rites chrétiens, catholiques, y compris dans le rite romain latin » (p 40-41). L’évolution liturgique  - dès lors – est lente, nécessairement organique.
Ainsi « dans tous les rites,  poursuit le cardinal,  la liturgie est quelque chose qui s’est développée et continue de croître lentement ; partie du Christ et repris par les Apôtres, elle a été organiquement développée par leurs successeurs, en particulier par les figures les plus marquantes tels les Pères de l’Eglise, tout cela en préservant consciencieusement la substance, i.e ; le corpus de la Liturgie en tant que tel ».
L’Esprit Saint est un et véridique. Ce qu’il inspire ne peut-être que un et véridique, le même à travers le temps. J’aime cette expression du cardinal. C’est clair, c’est net : « C’est pourquoi, il n’y a jamais eu de rupture, de re-création radicale…dans le rite latin romain ».
Il poursuit  : « Il n’y a jamais eu rupture dans le rite romain latin à l’exception de la liturgie post-conciliaire actuelle, en application de la réforme…bien que le Concile…ait toujours réaffirmé que cette réforme devait préserver absolument la tradition ». (p. 40-41)
Jamais de rupture…à l’exception de la liturgie post-conciliaire actuelle !
C’est donc bien à une rupture que l’on assiste avec le Nouvel Ordo Missae. Cet éloignement est une véritable rupture avec la Tradition.
Le cardinal insiste : avec le Nouvel Ordo Missae, on assiste à une véritable rupture  avec la Tradition, « à une véritable et radicale nouveauté ». Il l’affirme tout de go : « L’ordo Missae (est) radicalement nouveau ».
Et ceci est une véritable nouveauté, la nouveauté par excellence… « alors que toutes les réformes antérieures adoptées par les papes et tout particulièrement celle entreprise sous l’impulsion du Concile de Trente  et mis en œuvre par le pape Pie V et jusqu’à celles de Pie X, de Pie XII et de Jean XXIII, ne furent pas des révolutions mais uniquement des corrections qui ne touchaient pas l’essentiel, des ajustements et des enrichissements » (p. 41)
C’est ce que demande, du reste, le Concile en son article 23 : « Le Concile  a expressément dit, à propos de la restauration souhaitée par les pères, qu’aucune innovation ne devait être faite qui ne fut vraiment exigée par l’utilité de l’Eglise ».
Non ! Nous n’avons rien de tel avec Paul VI. Nous avons un « Novus Ordo Missae ». Rien de comparable.
Alors puisque  cette réforme liturgique se contre distingue de la tradition, je ne vois pas en quoi et comment elle pourrait être purement et simplement une « richesse » pour l’Eglise.
Le Novus Ordo Missae et le Missel romain
S’il en est ainsi, je ne vois pas, non plus,  en quoi et comment on peut encore parler pour le Novus Ordo Missae de « missel romain ».
La pensée de Mgr Gamber.
Mgr Gamber, dans le chapitre « Tentative de solution » de son livre « La réforme liturgique en question » parle du «  ritus romanus » et du « ritus modernus » qu’il distingue fortement. Ils ne peuvent se confondre. Il écrit : « Le ritus romanus et le ritus modernus devraient être tous deux considérés comme légitimes. Ils devront cependant être nettement distingués l’un de l’autre comme deux rites indépendants, et cela, de telle manière que le missel romain utilisé jusqu’ici, ainsi que les autres livres liturgiques (rituel et pontifical), soient à nouveau imprimés et autorisés sous leur forme préconciliaire. …La forme de la messe actuellement en vigueur ne pourrait plus passer pour le rite romain au sens strict mais pour un rite particulier ad experimentum..Bien des problèmes pourraient être résolus dans l’Eglise par la stricte séparation entre le rite romain et la nouvelle liturgie en langue vulgaire du ritus modernus et par la possibilité ainsi offerte aux fidèles d’utiliser les deux formes de messe. Mais surtout cela diminuerait le risque d’un schisme important, les légitimes réclamations d’innombrables catholiques  - près de la moitié de ceux qui pratiquent encore – en faveur de la célébration traditionnelle de la liturgie étant satisfaites, sans que soit pour autant négligé le désir des autres d’avoir une messe « actuelle »…(p. 75-78).Mais de toute façon il faudrait que le nouveau rite soit amélioré par rapport à celui qui se pratique de nos joursIl faut qu’à l’avenir le rite plus que millénaire de la messe soit conservé dans l’Eglise catholique romaine, pas seulement pour les prêtres et les laïcs âgés, incapables de s’adapter, mais comme forme primaire de la célébration de la messe. – (et non pas comme «  la forme extraordinaire de l’unique rite romain » comme le demande le Cardinal Castrillon Hoyos) . Il faut qu’il redevienne la norme de la foi et le signe de l’unité des catholiques dans le monde entier, un pôle fixe pour un temps déboussolé et en perpétuel changement »(p. 95)
Voilà qui est clairement dit.

30 mai 2007

Lettre ouverte d’un paroissien de Niafles (Mayenne) à son évêque monseigneur Maillard
30 mai 2007 - Présent - publié sur le FC
Lettre ouverte d’un paroissien de Niafles (Mayenne) à son évêque monseigneur Maillard
publiée dans Présent daté du mercredi 30 mai, n°6345

Monseigneur,

Le dimanche de Pentecôte, mes quatre garçons étaient sur la route de Chartres. J’étais heureux pour eux. Ils ont évité ainsi un des moments les plus douloureux qui puissent se vivre dans la vie d’un chrétien. Mes deux derniers qui servent le dimanche n’ont pas eu à faire le triste office qui suit.

Après une messe magnifique, véritable préfiguration d’une vision du Ciel où les servants de messe, comme des anges tout tendus vers Dieu, suivaient l’action du prêtre et prévenaient tous ses besoins pour le sacrifice « in persona Christi » comme la servante de l’Evangile regarde les mains de sa maîtresse, messe qui nous offrait une parfaite harmonie liturgique, a suivi une cérémonie qui nous a bien ramenés sur terre.

Notre prêtre qui avait consommé la sainte réserve et retiré le voile du tabernacle resta tourné vers l’autel, et tous ces petits anges emportèrent les vases sacrés, les canons d’autel, le conopée, éteignirent les cierges un à un, retirèrent le missel, replièrent la nappe d’autel, reprirent les fleurs et tout fut sombre dans le chœur. Nous étions comme à trois heures de l’après-midi il y a plus de 2000 ans un certain Vendredi…

C’est vous, Monseigneur, qui avez voulu ce décalage du calendrier. Vous avez ordonné la fermeture d’une église, le jour commémorant la naissance de l’Eglise.

Notre défunt curé, l’abbé Chéhère, mort à 94 ans, dans sa paroisse, a maintenu allumée durant 40 ans, la lumière du sanctuaire, et vous ne nous avez laissé que deux mois ce jeune prêtre qu’il avait appelé à son aide et que nous aimons. Deux petits mois concédés par vous le jour de l’enterrement de notre curé « pour une période de réflexion ». Vous nous aviez parlé aussi d’une concertation.

Quelques fidèles avaient pris rendez-vous pour se faire les porte-parole de notre communauté. Vous avez finalement annulé ce rendez-vous l’avant-veille car vous aviez pris la décision de nous réunir ce soir-là, mercredi 23 mai, en une salle municipale à Craon. Nous voulions penser encore que nous allions nous parler, enfin.

Les propos rapportés par le maire de Niafles dans Ouest-France, les propos que vous auriez tenus à Lourdes et que nous ne voulions pas croire avant de les avoir entendus de nos propres oreilles, nous furent bien confirmés ce soir-là, puisque c’est votre propre bouche qui les prononça.

Votre décision de normalisation – c’est-à-dire de fermer l’église Saint-Martin de Niafles – était prise et vous veniez pour l’annoncer. Vous nous concédiez une messe « en latin » le dimanche à 9 h, à près de 40 km de Niafles. Et bien sûr pas question de messe traditionnelle, catégoriquement. Ah, vous faites bien partie de ces évêques « à l’écoute » mais qui n’entendent toujours que d’une oreille !

La Providence m’a permis de voyager en train avec vous le lendemain matin car je travaille à Paris et j’avais fait le déplacement. J’ai pu ainsi m’entretenir avec vous quelques minutes. Vous avez bien voulu m’entendre (ou n’avez pu faire autrement…) et ce fut sans hostilité. C’est donc votre clergé (ou du moins ceux qui ont emporté votre décision) qui nous déteste tant.

Je vous posai la question : « Pourquoi votre clergé nous déteste tant ? » Par votre réponse vous me le confirmiez : « C’est une histoire vieille de quarante ans. »

Je vous ai répondu qu’il n’était pas de notre rôle de tirer quelque conclusion que ce soit de quarante ans de pastorale mais que, pour notre part, ces quarante ans de persécution nous avaient aguerris. Nous sommes entraînés comme les athlètes du stade et, si vous ne savez pas vous imposer un peu face à ce clergé dans le vent de l’histoire ancienne, sachez que c’est routine pour nous. J’ai cherché à vous faire comprendre qu’il fallait changer de décision car elle ne pouvait apporter la paix, une paix que vous ne pouviez que souhaiter, dans votre diocèse. Vous ne disiez rien.

Samedi matin, j’ai cherché à vous rencontrer, vous n’y étiez pas. Je vous ai fait donc remettre une lettre avec en copie nos différents courriers : une lettre au nonce apostolique datée du 17 et deux autres postées ce jour, l’une adressée à Mgr Castrillón Hoyos et l’autre à Mgr Ricard, dans l’espoir exprimé de vous faire comprendre qu’il était encore temps pour vous de sortir honorablement de cette mauvaise affaire pour l’honneur de l’Eglise.

Aujourd’hui, lundi de Pentecôte, cette église que vous vouliez fermer l’est bien, mais ce sont des fidèles qui s’y sont enfermés pour prévenir tout saccage dans le chœur, comme vous l’avez fait pratiquer chez ces malheureuses bénédictines de Craon, m’a-t-on dit.

Comme par hasard, votre vicaire général est venu faire un petit tour à Saint-Martin, accompagné de quelqu’un pour des « travaux » dans l’église ! ? Cette prévention était donc bien justifiée et il n’y aura pas de bloc de béton au milieu du chœur et la table de communion sera toujours là pour le jour inéluctable où la messe sera de nouveau dite ici. Le sacrifice ne sera pas offert sur une table, mais les fidèles auront une table pour le repas eucharistique, c’est mieux comme ça et cela vous explique un peu mieux notre attachement au rite traditionnel qu’une quelconque question de « sensibilité » comme on ne l’entend que trop.

L’abbé Chéhère a donné sa vie au service de l’Eglise et quarante ans pour que la lampe du sanctuaire reste allumée dans ce village de Niafles.

Il ne tient qu’à vous, Monseigneur, de rallumer cette flamme, n’est-ce pas un rôle plus conforme à votre mission que de fermer des églises ?

Veuillez croire, Monseigneur, à notre attachement à Jésus-Christ, à sa Sainte Eglise avec tout ce que cela comporte puisque c’est le sens de notre vie.

Jacques Le Morvan
Situation embarrassante
30 mai 2007 - Jean Madiran - Présent - cité par la.revue.item
Situation embarrassante Deux messes, la récente et la séculaire, sont en fait, dans l’Eglise, en situation de concurrence et contradiction plus souvent que de convivialité.
Mais là n’est pas le plus embarrassant pour la hiérarchie ecclésiastique.
La libération de la messe traditionnelle, visiblement désirée et déjà esquissée, rencontre un obstacle majeur qui explique les hésitations et atermoiements actuels.
On voudrait croire que la messe traditionnelle « n’a jamais été interdite ». Mais cela est à la fois vrai et faux. Elle n’a jamais été interdite valablement. Elle a été interdite en fait, et avec quelle brutalité, avec quel acharnement, avec quelle solennité ! Et si longuement ! C’est d’ailleurs pourquoi on parle de « libéraliser » son usage, en réalité il s’agit de la « libérer » de son interdiction.
Tout le mal, ou du moins le plus agressif, est venu d’une ordonnance de l’épiscopat français installant soudain une telle interdiction. Ce fut l’ordonnance du 12 novembre 1969, devançant et outrepassant énormément les décisions du saint-siège pour l’application de la réforme liturgique. L’ordonnance imposait à partir du 1er janvier 1970 l’usage exclusif, et exclusivement en français, de la messe nouvelle. L’épiscopat confirma et réitéra son interdiction de la messe traditionnelle par l’ordonnance et le communiqué du 14 novembre 1974. C’était verrouillé.
Il n’est malheureusement pas douteux que Paul VI ait voulu la disparition complète de la messe traditionnelle. Il y a sur ce point le témoignage de Jean Guitton à la page 158 de son livre Paul VI secret. Il y a surtout l’allocution consistoriale du 24 mai 1976. Sa volonté ne pouvait cependant pas avoir force de loi contre le rite séculaire de l’Eglise latine : c’est ce qui apparut tout de suite à quelques fidèles et prêtres réfractaires, mais cela ne semble pas avoir été clairement aperçu à cette époque par la plus grande partie de la hiérarchie. Pendant des années, dans la quasi-totalité des diocèses, l’évêque et son clergé proclamèrent avec insistance l’interdiction et l’appliquèrent avec une sévérité allant souvent jusqu’à la férocité. Et dans beaucoup d’endroits l’affaire est loin d’être apaisée aujourd’hui. La situation est terriblement embarrassante parce que toute clarification véritable ne pourra éviter de mettre en lumière de graves défaillances, et prolongées, au sein de la hiérarchie.
Jean-Paul II, en 1980, fit ouvrir une enquête sur la messe par chaque évêque individuellement. Les résultats en furent rendus publics en détail au mois de novembre 1981. Les évêques avaient répondu en masse qu’il n’existait plus aucun problème concernant la messe traditionnelle, tout à fait disparue et oubliée selon eux : il est remarquable qu’en général, dans leurs réponses, ils ne mentionnaient pas l’interdiction. Ils n’en parlaient plus, c’est la preuve qu’à partir de 1978-1980 ils savent désormais à quoi s’en tenir, mais ils omettent de faire savoir dans les paroisses que « l’interdiction n’a jamais existé ».
Quatre ans après l’enquête (Quattuor abhinc annos) Jean-Paul II revient sur la messe traditionnelle sans la déclarer interdite ni obsolète. Deux ans plus tard, il réunit sur ce sujet une commission cardinalice secrète, dont l’existence vient enfin d’être officiellement reconnue par le cardinal Castrillon Hoyos (Présent de jeudi dernier). La commission était pour attester et faire comprendre aux évêques que la messe tradi n’est pas interdite et qu’il y a des mesures à prendre pour en restaurer l’usage. Mais certains secrétariats épiscopaux ayant eu vent des conclusions de la commission, ils manifestèrent et firent manifester auprès du saint-siège une opposition tellement résolue que rien ne fut publié ni entrepris. D’ailleurs un fort parti au sein de la curie romaine est très vivement opposé au retour de la messe traditionnelle. Nous en sommes toujours là. Le « motu proprio » actuellement en attente était annoncé comme accompagné d’un document explicatif à l’intention des évêques. C’est bien un grand nombre d’entre eux, en effet, qui ont besoin d’être éclairés et convaincus. La restauration de la messe ne sera effective qu’à partir du moment où les évêques en seront les artisans, et de bon cœur.
JEAN MADIRAN

26 mai 2007

La libéralisation envisagée des messes en latin suscite une polémique
26 mai 2007 - AP
La libéralisation envisagée des messes en latin suscite une polémique CITE DU VATICAN (AP) - Retour en arrière? Alors que la célébration de la messe en langue vernaculaire, et non plus en latin, était une des réformes les plus radicales de Vatican II, le pape Benoît XVI semble aujourd'hui prêt à autoriser le retour de la messe de rite tridentin qui date du XVIe siècle.
S'il le fait, il passera outre les objections de certains cardinaux, évêques et membres de la communauté juive, dont les griefs concernent notamment les mots utilisés dans ce rite tridentin, ou la forme de rejet qu'il constituerait par rapport aux avancées du Concile Vatican II, qui a eu lieu de 1962 à 1965, et qui a symbolisé l'ouverture de l'Eglise au monde moderne.
Un responsable du Vatican, le cardinal Dario Castrillon Hoyos, a confirmé au début du mois que le pape allait bientôt assouplir les restrictions concernant la messe de rite tridentin en raison d'un "nouvel intérêt" pour ce type de célébration, particulièrement parmi les jeunes catholiques.
Ces dernières décennies, les prêtres ne pouvaient célébrer des messes de rite tridentin qu'avec l'autorisation de leur évêque. Les responsables de l'Eglise attendent avec anxiété la décision de Benoît XVI, pour voir jusqu'où il ira dans l'assouplissement de cette règle.
Pour le cardinal Castrillon Hoyos, cette mesure ne représenterait pas "un pas en arrière, une régression vers l'époque d'avant les réformes". Il s'agirait au contraire d'une initiative visant à donner aux fidèles un accès accru à un "trésor" de l'Eglise.
Devant des évêques, au Brésil, Dario Castrillon Hoyos a également affirmé que le pape essayait ainsi de tendre la main aux membres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, un mouvement ultratraditionaliste et schismatique, et les ramener au sein du Vatican.
Le défunt archevêque français Marcel Lefebvre a fondé cette Fraternité en 1969 en Suisse, pour marquer son opposition aux réformes de Vatican II, particulièrement ses réformes liturgiques. Le Vatican a excommunié Mrg Lefebvre en 1988 après qu'il eut consacré quatre évêques sans le consentement de Rome. Ces évêques ont également été excommuniés.
Benoît XVI souhaite réconcilier l'Eglise catholique avec ce mouvement, qui a demandé un assouplissement des conditions de célébration de la messe traditionnelle en préalable d'une éventuelle normalisation des relations.
Mais les évêques, en France, où la mouvance de Mgr Lefebvre reste forte, se sont opposés publiquement à toute libéralisation concernant ce rituel, affirmant qu'un élargissement de son utilisation pourrait entraîner des divisions au sein de l'Eglise, et ouvrir la porte à un rejet des autres enseignements de Vatican II.
"Une telle décision risque de mettre en danger l'unité des prêtres et des fidèles", souligne un communiqué diffusé à la fin de l'année dernière par des évêques de Strasbourg, Metz et Besançon.
Autre critique: celle soulevée par le rabbin David Rosen, chargé des relations interreligieuses au Comité juif américain. Il a écrit au mois de mars à plusieurs cardinaux pour exprimer son inquiétude concernant une prière pour les "infidèles" formulée pendant la messe de rite tridentin, ainsi qu'une prière utilisée pendant la Semaine sainte qui contenait des références aux "perfides", ou infidèles, les juifs.
Le cardinal Walter Kasper, chargé des relations entre le Vatican et les juifs, l'a toutefois assuré que le missel tridentin utilisé aujourd'hui ne contenait pas de référence au juif "perfide". AP
Situation périlleuse pour la FSSP à Niafles
2007-05-26, par Nemo - sur leforumcatholique
Je m'interroge beaucoup sur la position qui sera celle de la FSSP, ou bien celle d'un de ses prêtres, dans l'affaire de Niafles si la situation actuelle devait continuer voire empirer.

Dans le meilleur des cas, paix sera faite et les fidèles de Niafles continueront de se sanctifier en accord avec leur évêque et avec un desservant de la FSSP. Bien sûr tout le monde serait gagnant.

Mais si durcissement il y avait, la FSSP se trouverait écartelée entre une décision de l'évêque lui demandant de partir, et des fidèles lui demandant de rester, invoquant sans doute une situation de crise exceptionnelle, la nécessité.

Dans les deux cas il y a un prix a payer, des risques à prendre. Les autres instituts de la même mouvance seraient sans doute bien embêtés aussi. Resterait la solution, si M. de Laval se montrait intransigeant, de porter l'affaire plus haut.

Peut-être que la messe de Pentecôte, dimanche à 10h30, verra la descente de l'Esprit, flecte quod est rigidum.

25 mai 2007

Messe en latin : les pèlerins de Pentecôte dans l'attente
25 mai 2007 - Sophie de Ravinel - Le Figaro
À la veille des pèlerinages de Pentecôte, les « tradis » espèrent avec impatience la libéralisation du rite tridentin. ALLELUIA ou « digitus in oculo usque ad cudam » ? À la veille des pèlerinages traditionalistes de la Pentecôte entre Paris et Chartres, les catholiques attachés à la messe tridentine en latin, se partagent entre l'espoir, le fatalisme et l'ironie. Le motu proprio, ce texte de Benoît XVI qui viendra libéraliser le rite ancien, devait déjà sortir il y a plus d'un an. Il est encore attendu aujourd'hui. Sur le site leforumcatholique.org, destiné au « tradiland », un certain Corvex ne sait plus « s'il faut rire, pleurer, ou se taper la tête contre les murs ».
Ces derniers jours pourtant, s'appuyant sur des déclarations récentes du cardinal Castrillon Hoyos - chargé du lien avec les traditionalistes - les rumeurs se sont remises à galoper. Le texte de quelques pages, accompagné pour les évêques d'une lettre explica­tive, serait publié avant la fin mai. Benoît XVI donnerait aux seuls curés la responsabilité d'accepter ou non une messe tridentine dans leur paroisse et le texte ne dirait rien des lefèbvristes.
Du coup, certains se laissent aller à nouveau à rêver. Aumônier du pèlerinage de Chrétienté qui fête cette année ses vingt-cinq ans (Paris-Chartres, en communion avec Rome), l'abbé François Pozetto se réjouit. Un communiqué est même prêt, au cas où. « Ce serait formidable ! L'attente est si grande du côté de nos pèlerins... »
Si le texte est publié comme ils l'espèrent, l'ambiance devrait être au beau fixe. D'autant que les organisateurs attendent une forte participation. Olivier de Durat, président de Notre-Dame de Chrétienté, annonce quelque 7 000 pèlerins, une centaine de séminaristes et autant de prêtres. L'évêque de Chartres, Michel Pansard, les accueillera lundi pour une messe solennelle.
« Ne pas agacer les évêques » Les deux responsables tentent pourtant de contenir leur enthousiasme. Pour ne pas être déçus encore une fois. Mais aussi « pour ne pas agacer les évêques de France qui vont ensuite aller se plaindre à Rome », explique l'abbé Pozetto, membre de la Fraternité Saint-Pierre.
Du côté des 5 000 lefèbvristes qui vont marcher entre Chartes et Paris, on est attentiste. Responsable de la Fraternité Saint-Pie X pour la France, l'abbé Régis de Cacqueray a récemment comparé le motu proprio à l'Arlésienne, mais ne manque pas de dénoncer les évêques de France qui sont montés « violemment au créneau, dans une tentative désespérée pour limiter cette liberté grandissante ». Une « liberté grandissante » qui ne sera pas pour autant gage de réconciliation avec Rome. Après la messe, leur combat sera celui « d'une théologie également à retrouver ».
Pentecôte : deux pélerinages traditionalistes entre Chartres et Paris
25 mai 2007 - AFP - la-croix.com
PARIS, 25 mai 2007 (AFP) - Pentecôte : deux pélerinages traditionalistes entre Chartres et Paris Deux pèlerinages traditionalistes réunissant plusieurs milliers de personnes vont se croiser entre Paris et Chartres pendant le week-end de la Pentecôte.
La Fraternité Saint Pie X attend quelque 5.000 personnes pour son "pèlerinage de tradition", sur le thème "des prêtres pour l'Eglise", entre Chartres et Paris. Il commencera par une grand'messe sur le parvis de la cathédrale de Chartres, et s'achèvera lundi à côté du Sacré-Coeur de Montmartre à Paris par une autre grand'messe, également en latin selon le rite tridentin (avant Vatican II).
La Fraternité Saint Pie X a été créée à Ecône (Suisse) en 1969 par l'archevêque français Mgr Marcel Lefebvre, excommunié par le pape Jean Paul II le 30 juin 1988 pour avoir sacré quatre évêques. La messe de dimanche sera dite par Mgr Bernard Tissier de Mallerais, un des évêques ordonnés par Mgr Marcel Lefèbvre.
L'association Notre-Dame de la Chrétienté, qui regroupe des traditionalistes fidèles à Rome, fera le chemin inverse : son pèlerinage commence samedi par une grand'messe à Notre-Dame de Paris et s'achèvera par une messe solennelle dite en la cathédrale par l'évêque de Chartres Mgr Michel Pansard, le tout en latin. L'association annonce 7.000 personnes et prévient qu'il ne faut plus inscrire d'enfants "faute de cheftaines". Les thèmes retenus sont "foi et tradition" le samedi, "espérance et chrétienté" le dimanche et "charité et mission" le lundi. Il s'agit du 25è pèlerinage des "marcheurs de Dieu" organisé par l'association.
Les catholiques traditionalistes espèrent ardemment la publication par le vatican du "motu proprio" qui autoriserait à nouveau la messe en latin selon le rite tridentin. Ils soulignent que le 18 mai dernier, pendant le voyage du pape Benoît XVI au Brésil, l'évêque colombien Dario Castrillon Hoyos, président de la commission Ecclesia Dei, a reparlé de la libéralisation prochaine de la messe tridentine.
Vendredi matin, on ne donnait aucune indication au Vatican sur la date de publication de ce décret papal qui "est dans l'air" depuis octobre dernier.
Occupation d'une église par des traditionalistes
25 mai 2007 - Sophie de Ravinel - Le Figaro
À Niafles, commune proche de Château-Gontier (Mayenne), des traditionalistes occupent l'église depuis hier. Et la commune, avec l'autorisation de l'évêché de Laval, pourrait faire évacuer les lieux. Les tensions ont débuté il y a quelques semaines, après le décès de l'abbé Chéhère, à l'âge de 94 ans. Le curé officiait sur place depuis 40 ans, en latin. L'assistance, motivée et plutôt rurale, venait de loin. À son décès, l'abbé Loddé, de la Fraternité Saint-Pierre, a pris le relais en latin. Mais l'évêque, Mgr Armand Maillard, ne le voit pas de cet oeil. Il veut bien une messe en latin, mais selon le nouveau missel, et à Laval. Il souhaite que la dernière messe ait lieu ce dimanche.

23 mai 2007

Vérités à ne plus négliger concernant la « messe tradi »
23 mai 2007 - Jean Madiran - Présent daté du 24 mai - leforumcatholique.org
Vérités à ne plus négliger concernant la « messe tradi »


A la manière d’une simple incidente allant de soi, le cardinal Castrillon Hoyos a donc parlé de faciliter l’accès à la messe traditionnelle « comme l’avait demandé la première Commission cardinalice en 1986 ». C’est dans son discours au Brésil (Présent de mardi). En si peu de mots et sans avoir l’air d’y toucher, le Cardinal a bouleversé l‘état officiel de la question.

Lisons bien. Il y eut donc une « première » Commission cardinalice, dit le Cardinal actuellement président de la « Commission Ecclesia Dei ». Celle-ci est donc la seconde commission chargée de la messe traditionnelle.

« Comme l’avait demandé » cette première commission en 1986. Mais on ne l’avait pas su. On avait ignoré jusqu‘à l’existence d’une telle commission pontificale. Elle avait été instituée par Jean-Paul II, elle avait travaillé, elle avait conclu dans le plus grand secret. Un secret resté absolument intact pendant neuf années. La première révélation de son existence fut faite discrètement par une conférence privée du cardinal Stickler à Fort Lee, dans le New Jersey. Pendant cinq années, cette conférence ne fut pas connue en Europe. Aujourd’hui encore, douze années après avoir été prononcée, elle reste très peu et très mal connue. Une autre source ne l’est pas mieux, c’est une lettre d’Eric de Saventhen publiée par La Nef en 1998.

L‘état actuel de nos connaissances fragmentaires à ce sujet a été résumé dans Présent du 3 juin 2006 (page 4), il est détaillé aux pages 66 à 72 du livre de l’abbé Aulagnier sur La bataille de la messe. Le Pape avait institué en 1986 une commission de huit cardinaux (Saventhen) ou de neuf (Stickler) pour tirer au clair la situation de la messe traditionnelle et de ses fidèles. La réponse fut qu’elle n’avait jamais été [valablement] interdite (d’ailleurs elle n’aurait pas pu l‘être) et qu’on pouvait en faciliter la célébration par un certain nombre de mesures adéquates. Voilà donc ce que, jusqu’en ce mois de mai 2007, nous savions et que la quasi-totalité des paroisses continuaient à ignorer ou ne voulaient pas savoir. Pour la première fois, une voix officielle, et quelle voix, celle du Cardinal qui préside l’actuelle commission, vient publiquement confirmer l’existence de la « première » commission, celle de 1986, et le sens dans lequel elle s‘était prononcée.

Dramatique conséquence du secret, Mgr Marcel Lefebvre ignorait en 1988 l’existence et le verdict de la première commission cardinalice. Il n’en a rien su tout au long de la négociation Lefebvre-Ratzinger de cette année-là. S’il l’avait su, cela n’aurait peut-être pas modifié son attitude, mais qui peut en être sûr ? En tout cas il aurait été en mesure de motiver soit son acceptation soit son refus des nouvelles normes réclamées par la commission, et cela eût contribué à clarifier la situation.

En 1990 le cardinal Ratzinger écrivait que le pape Jean-Paul II avait bien voulu concéder l’usage de la messe traditionnelle à tous ceux qui y sont attachés. Ici aussi, lisons bien. Il n‘écrivait pas : le Pape « va » concéder, il n’annonçait pas une intention, mais un acte accompli. Et non pas en faveur de quelques-uns, mais pour « tous ». Le cardinal Ratzinger était bien placé pour l’affirmer. Or on n’en a point vu la réalité dans les paroisses. Et aujourd’hui, dix-sept ans après cette affirmation non équivoque, on ne la voit toujours point se réaliser. Ce n’est pas un mystère. C’est à cela que se mesure la puissance insolente de l’opposition, relativiste et gauchiste, à l’intérieur de l’Eglise, et infiltrée jusque dans la Curie romaine.

Où peut-on lire, demandera-t-on peut-être, cet écrit insolite et inconnu, cet écrit introuvable du cardinal Ratzinger ? – Il est très facilement accessible, il est parfaitement public, à la portée de tous. C’est, datée du 18 juillet 1990, sa lettre de présentation en tête du « missel du Barroux », c’est-à-dire du missel publié par les moines de l’abbaye Sainte-Madeleine.

JEAN MADIRAN

Article extrait du n°6342 daté du Jeudi 24 mai 2007 de PRESENT p.1

18 mai 2007

Le pape va autoriser la messe en latin
18 mai 2007 - AFP - via la-croix.com
(AFP) - Le pape va autoriser la célébration de la messe en latin Le pape Benoît XVI va autoriser la célébration de la messe en latin, a affirmé vendredi l'évêque colombien Dario Castrillon Hoyos devant l'assemblée des évêques latino-américains qui se tient à Aparecida (sud-est).
Mgr Castrillon est à la tête de la commission Ecclesia Dei qui tente depuis plusieurs années de renouer les liens avec la Fraternité Pie X qui regroupe les adeptes de l'évêque français intégriste et schismatique Marcel Lefebvre.
"Le Saint Père, qui a été pendant quelques années membre de cette commission, veut qu'elle se transforme en un organisme du Saint-Siège avec la finalité propre et distincte de conserver et de maintenir la valeur de la liturgie latine traditionnelle", a déclaré l'évêque colombien à l'assemblée épiscopale.
Il a indiqué qu'il s'agissait d'une "offre généreuse" du pape qui "veut mettre à la disposition de l'Eglise tous les trésors de la liturgie latine".
Cette décision représente un geste d'ouverture en direction de l'un des groupes catholiques les plus conservateurs du XXe siècle.
"L'engagement le plus important, qui concerne toute l'Eglise, c'est de tenter de mettre fin aux actions schismatiques et de reconstruire sans ambiguïtés la pleine communion", a poursuivi Mgr Castrillon.
La Fraternité Pie X fondée par Marcel Lefebvre et qui a rompu avec Rome rejette toute rénovation de l'Eglise en particulier les décisions du Concile de Vatican II des années 60 qui a modernisé le catholicisme. Parmi ses revendications, figure la poursuite de la liturgie en latin selon le rite de Saint Pie V, dit "tridentin", qui remonte au XVIe siècle.
Les partisans de Mgr Lefebvre comptent actuellement quatre évêques dont il a lui-même prononcé l'ordination, 500 prêtres et 600.000 fidèles dans 26 pays, selon Mgr Castrillon.
En septembre dernier, Benoît XVI avait obtenu le ralliement des plusieurs prêtres intégristes français, excommuniés par Jean Paul II, en leur accordant la liberté de célébrer la messe traditionnelle en latin.

15 mai 2007

[Athanasius - Veritas Liberabit] Un retour de Rome à la Tradition

SOURCE - Athanasius - Veritas Liberabit (n °4) - mai 2007

Mgr Lefebvre a lutté, dès 1974, pour «que la vraie lumière de la Tradition dissipe les ténèbres qui obscurcissent le ciel de la Rome nouvelle.» Deux conditions à cela :

1. une volonté ferme de Rome d’œuvrer dans ce sens sera le principe premier nécessaire.

2. une claire dénonciation de la cause de la crise : la contamination de la foi catholique dans la tête même de l’Église - les évêques - sous la poussée de deux causes conjointes, un laïcisme athée et anti-religieux dans la société civile (les idées des Lumières du XVIIIe siècle) et un refus de la primauté et de l’exclusivité salvifique de l’Église catholique.

Ces deux conditions seront produites par le contact des autorités romaines avec les tenants de la Tradition. D’où la commission de la Tradition que Mgr Lefebvre demanda en 1988 pour représenter les œuvres traditionnelles à Rome et les protéger par la même occasion. Les discussions, renouvelées depuis quarante ans malgré les condamnations, ont le même but .

Une fois assurée le retour de l’autorité suprême à la Tradition, que resterait-il à faire ?

Simplement usage de cette autorité au service de la Foi intégrale, prêchée et imposée. Mais le pape n’est pas obéi et « la situation est bloquée ? » . Il semble pourtant que l’obéissance aux réformes conciliaires qui a servi à l’autodestruction de l’Église, pourrait encore mieux servir à la reconstruction de l’Église. C’est là qu’interviendrait une critique sérieuse et sans concessions de Vatican II et de ses suites. Une partie de l’Église conciliaire n’obéira pas et se rebellera. C’est le schisme : ceux qui ne sont pas (ou plus) catholiques s’épureront ainsi d’eux-mêmes. De plus, la persécution physique du monde ne peut qu’appuyer l’aile rebelle : il ne restera peut-être que le petit nombre des élus. Au moins seront-ils tous catholiques... et martyrs .

C’est le seul règlement possible de la crise. Cela suppose un retour à un pouvoir papal monarchique et fort, limitant strictement les pouvoirs des conférences épiscopales. Ainsi, pour la liturgie il faudra rayer leur compétence pour « déterminer les adaptations, surtout pour l’administration des sacrements, les sacramentaux, les processions, la langue liturgique, la musique sacrée et les arts » et - ce qui est très vague - « adapter plus profondément la liturgie » dans les missions « à partir des traditions et de la mentalité de chaque peuple ». Ces choses prévues à Vatican II seront donc à annuler.

Les étapes de cette conversion

Enfin, pour plus de précision, il suffit d’indiquer que la réforme de l’Église par le Saint-Siège s’appuiera sur les institutions formatrices du clergé, séminaires et noviciats, et par le renouvellement d’un corps épiscopal, pour l’heure largement gagné au progressisme. Ils constitueront - comme l’ont toujours fait les congrégations et les ordres exempts — les instruments du papes face aux clergés nationaux, séculiers et paroissiaux, très souvent pénétrés par leurs privilèges nationaux et, en conséquence, par les aberrations doctrinales (à l’époque moderne : gallicanisme, anglicanisme, jansénisme, joséphisme, richerisme). Là aussi, c’est la leçon de la réforme tridentine . D’où les étapes suivantes :

1. la constitution d’un ou plusieurs viviers de formateurs et d’«épiscopables»: ce serait à partir de congrégations cléricales ou religieuses indemnes —ou purifiées — de toutes erreurs et relâchements modernes ;

2. l’introduction de ce clergé réformé à ’la tête de certains diocèses et de leurs séminaires : dans un premier temps, il serait loisible de viser un ou deux diocèses par pays, parmi les mieux disposés.

3. le clergé diocésain serait alors mis devant le dilemme de choisir entre les deux liturgies : les acceptants de la réforme seraient repris en formation le temps convenable dans les séminaires, par les retraites et sessions de formation (conférences ecclésiastiques), récollections... Les refusants seraient laissés à eux-mêmes - sans permission de recruter - et, très rapidement, se trouveraient sans vocations aucune, condamnés à l’extinction. Ils seraient d’ailleurs très probablement et avant cela, sortis de l’Église : en effet, si l’utilisation des sacrements et de la discipline conciliaire pourrait être tolérée, les erreurs doctrinales seraient sanctionnées. D’où leur retrait ;

4. en parallèle, le clergé réformé reprendrait le travail apostolique surtout dans les collèges et les écoles pour la formation de la jeunesse, viviers des vocations.

Il importe cependant, au plus haut point, que le choix entre Église de Tradition et Église conciliaire soit clair et net ; et donc que le gouvernement central soit absolument gagné à la Tradition ? C’est là, il faut y insister, l’étape première indispensable et la plus ardue à réaliser. L’actuel souverain pontife régnant, bien qu’il apparaisse comme le prélat le plus proche de la Tradition, ne paraît pas du tout disposé à abandonner les idées du concile. Que dire alors ? Dans cette situation, il s’agit de la conversion, miracle imprévu par nature, sous ce pontificat comme sous un autre.

Alors seulement, le renouveau de l’Église pourra se faire, très lentement au début, puis de plus en plus rapidement au fur et à mesure que les institutions formatrices de la jeunesse, du clergé et des religieux seront multipliées.

Il est certain que le déchet sera énorme. L’ouvrage de l’abbé Bryan Hougton, - La paix de Mgr Forester- , racontait une telle tentative de réforme, dans un diocèse d’Angleterre, il y a trente ans déjà. Il ne s’était pas caché la difficulté de la chose, d’autant que « c’est une règle générale que plus une chose attend, moins il y a de chances qu’elle soit faite un jour ». L’histoire le montre aussi : le retour des clergés arien, nestorien, gnostique, protestant ne s’est effectué qu’en d’infimes proportions. Mais, à chaque fois, l’Église est sortie grandie de ces épreuves, et les communautés hétérodoxes, malgré l’appui des pouvoirs publics et politiques, au moins un certain temps, se sont retrouvées marginalisées et bientôt réduites à l’éclatement ou à la disparition.

L’Église a les promesses de la vie éternelle parce qu’Elle détient les paroles de la vie éternelle. Qu’Elle proclame fermement les secondes et les premières se réaliseront.

Athanasius
La pastorale de la messe libérée
Mai 2007 - Fideliter 177 - abbé de Cacqueray - mis en ligne par la Porte Latine
Comment agir vis-à-vis de prêtres qui, d’eux-mêmes ou en vertu d’un hypothétique Motu proprio à venir, envisageraient de reprendre la messe traditionnelle ? Monsieur l’abbé de Cacqueray, qui avait consacré un texte à cette question, sous le titre « Un seul rite pour la paix des âmes », a bien voulu répondre à nos questions et apporter d’utiles précisions et nuances (texte paru dans Fideliter 177, de mai 2007).

Fideliter : M. l’abbé Régis de Cacqueray, on parle depuis de longs mois d’un Motu proprio censé reconnaître une plus grande liberté de célébration à la messe traditionnelle. Que vous inspire une telle rumeur ?

Abbé de Cacqueray : Je m’en réjouis, et j’espère qu’elle va se concrétiser au plus vite. Bien sûr, nous savons qu’en réalité la messe traditionnelle n’a jamais été interdite, et ne peut pas l’être. C’est pourquoi nous la célébrons en toute tranquillité de conscience, et sans mendier une prétendue permission qui n’a pas lieu d’être. Mais, depuis 35 ans, une propagande mensongère a tellement voulu faire croire que cette messe était abolie, supprimée, et que son éventuelle et rare célébration ne pouvait se faire que dans des réserves d’Indiens, des ghettos à l’écart, que je souhaite de tout cœur qu’un document romain vienne dire, et si possible de la façon la plus claire et la plus explicite possible, que la messe traditionnelle peut être célébrée sans aucune restriction par n’importe quel prêtre de rite latin. Je ne suis malheureusement pas sûr que le projet de Motu proprio soit aussi « large et généreux » que le droit de la messe le demande, mais tout progrès en ce sens sera le bienvenu.

Fideliter : Au cas où ce décret de libéralisation serait publié, avez-vous l’intention d’agir, et de quelle manière ?

Abbé de Cacqueray : Bien sûr ! Nous sommes déterminés à aider le maximum de prêtres possible à reprendre et à réapprendre la messe traditionnelle, afin que des fidèles toujours plus nombreux y aient accès. Il n’est pas question pour nous de rester passifs si les conditions devenaient meilleures. Il serait étrange que la Fraternité Saint-Pie X, après avoir réclamé durant 35 ans la réhabilitation de la messe traditionnelle, reste les bras croisés au moment où, fût-ce de manière partielle et insatisfaisante, une porte serait ouverte pour que des prêtres puissent la célébrer plus facilement. Mais il faut faire une petite distinction préalable.

Fideliter : Laquelle?

Abbé de Cacqueray : Nous allons parler de prêtres « conciliaires », insérés dans les diocèses ou les congrégations religieuses officielles et qui, libérés de leurs craintes grâce à cet hypothétique Motu proprio, prendraient la décision de célébrer la messe traditionnelle, mais sans quitter la structure à laquelle ils appartiennent. Je n’entends pas parler ici des prêtres qui quitteraient leur diocèse pour rejoindre le monde Ecclesia Dei. Une telle démarche, à mon sens, doit faire l’objet d’une réflexion partiellement différente. Et ceci pour deux raisons.
D’abord, les Ecclesia Dei possèdent les structures aptes à faire, auprès des prêtres qui veulent les rejoindre, le travail que nous allons évoquer, c’est-à-dire leur apprendre à célébrer la messe, les fournir en matériel liturgique, etc. Il n’y a évidemment aucune raison que la Fraternité Saint-Pie X se substitue aux Ecclesia Dei pour soutenir les prêtres qui veulent adhérer à Ecclesia Dei.
D’autant qu’il existe un problème spécifique en ce qui les concerne, qui provient d’un fait historique : les instituts Ecclesia Dei existent en vertu d’un document dont le but principal est de condamner Mgr Lefebvre, Mgr de Castro Mayer, et leurs fils dans l’épiscopat. Le simple honneur nous oblige à nous tenir éloignés de prêtres qui, le voulant ou non, adhèrent publiquement et de façon continue à cette condamnation infamante. Donc, notre propos porte aujourd’hui exclusivement sur des prêtres « conciliaires » qui reprendraient la messe traditionnelle en restant au sein des structures officielles.

Fideliter : Ceci est fort clair. Quels types d’action envisagez-vous donc dans le cadre précis de cette « aide au retour » à la messe traditionnelle ?

Abbé de Cacqueray : Parlons d’abord, si vous le voulez bien, de la Fraternité Saint-Pie X elle-même, en tant que congrégation sacerdotale. Il me semble que nous sommes en mesure d’apporter un cadre pour une éventuelle reprise de la célébration de la messe traditionnelle. Et tout d’abord, nos prêtres, nos prieurés, nos chapelles sont évidemment par nature des points de référence. Le prêtre qui envisage de célébrer cette messe risque d’avoir des craintes : Est-ce que cela est possible ? Est-ce que cela est facile ? Quels en sont les fruits sur le prêtre lui-même, sur ses fidèles ? Eh bien ! très fraternellement, il peut rencontrer nos prêtres, nos fidèles, séjourner dans nos maisons, et constater par lui-même l’esprit de force dans la foi, de sanctification, de joie, de paix que produit cette messe. Et cela va le rassurer et l’encourager.

Fideliter : Ces prieurés existent depuis de longues années, ils ne sont pas un élément inédit, alors que la parution du Motu proprio constituerait un changement. Avez-vous l’intention de proposer des éléments nouveaux ?

Abbé de Cacqueray : Évidemment, et dans la mesure de nos possibilités. Il serait bon de rédiger et de diffuser une brochure simple présentant la messe traditionnelle dans son histoire, sa théologie et sa célébration. Nous avons édité d’excellents ouvrages (La messe expliquée de l’abbé Joly, La messe de toujours de Mgr Lefebvre), mais ces livres sont volumineux et relativement coûteux. J’espère qu’un tel projet pourra être mis en œuvre par un confrère zélé de la Fraternité.

Fideliter : En revanche, vous avez déjà produit un DVD pour aider les prêtres à apprendre à célébrer la messe ?

Abbé de Cacqueray : J’en remercie l’abbé de La Rocque qui a réalisé ce projet avec une qualité exceptionnelle, malgré le délai très bref qui lui a été laissé. Ce DVD devrait être suivi d’un deuxième, qui présentera, et cette fois-ci plutôt à destination des fidèles, la théologie et la symbolique de la messe. Car ce premier DVD est réservé aux prêtres, puisqu’il constitue une introduction technique à l’apprentissage de la célébration. Il a d’ailleurs déjà connu un vif succès, et se diffuse très largement dans le clergé français, mais aussi à l’étranger, puisqu’il est présenté en sept langues.

Fideliter : Un livre, un film, ce sont de très bons instruments. Mais, à un moment, pour bien entrer dans la célébration et l’esprit de la messe traditionnelle, il est nécessaire d’avoir un professeur vivant, un maître à ses côtés. Envisagez-vous d’agir en ce sens ?

Abbé de Cacqueray : Chacun de nos prêtres est toujours disposé, si un prêtre « conciliaire » le lui demande, à prendre tout le temps nécessaire pour lui enseigner les règles liturgiques, ainsi que la théologie qui constitue l’essence de la messe traditionnelle.
La Fraternité Saint-Pie X ayant été constituée pour « le sacerdoce, et tout ce qui s’y rapporte, et rien que ce qui le concerne », cette aide personnalisée à un prêtre est au cœur de notre vocation. On peut aussi envisager des stages généraux d’apprentissage de la messe traditionnelle, un peu à l’image des « retraites d’ordination » de saint Vincent de Paul, où il enseignait à de futurs prêtres le minimum indispensable au ministère sacerdotal.
Pour le moment, le District de France n’a pas encore lancé une telle initiative, mais je crois que nos confrères américains disposent déjà d’une maison consacrée à cet apostolat.

Fideliter : Il y a tout de même un problème, puisqu’une rumeur prétend que les nouveaux rites d’ordination ne sont pas valides, et que donc ces prétendus prêtres à qui vous enseigneriez la messe traditionnelle ne sont pas prêtres, en réalité !

Abbé de Cacqueray : Je vous rappelle que la position de la Fraternité Saint-Pie X concernant la validité des nouveaux rites, position prise après examen sérieux et mûre réflexion, a été résumée de la façon suivante par Mgr Lefebvre :
« Nous déclarons reconnaître la validité du sacrifice de la messe et des sacrements célébrés avec l’intention de faire ce que fait l’Église et selon les rites indiqués dans les éditions typiques du Missel romain et des Rituels des sacrements promulgués par les papes Paul VI et Jean-Paul II. »
La Fraternité Saint-Pie X récuse donc absolument les affirmations infondées concernant l’invalidité en soi des ordinations sacerdotales et épiscopales célébrées dans le nouveau rite. Seules, des circonstances précises pour une ordination concrète, dans la mesure où le rite aurait été gravement altéré ou dévié par le célébrant, peuvent éventuellement susciter ce prudens dubium, ce « doute prudent » sur la validité dont parlait Mgr Lefebvre (Mgr Lefebvre et le Saint-Office, 1979, pp. 148-149). A ce moment seulement, il faudrait envisager une réordination sous condition. Mais ce cas n’est pas le plus fréquent, et cette hypothèse extrême ne doit pas nous empêcher de faire redécouvrir la vraie messe au maximum de prêtres, pour que le sang du Christ coule en plus grande abondance dans l’Église.

Fideliter :Nous venons de parler de l’action des prêtres de la Tradition auprès des prêtres « conciliaires ». Envisagez-vous aussi une action des fidèles ?

Abbé de Cacqueray : Bien sûr ! D’abord, il faut se souvenir que le passage de la messe nouvelle à la messe traditionnelle représente comme une sorte de « conversion », qu’il s’agit d’une réalité surnaturelle, fruit de la grâce, donc essentiellement de la prière. Nous aurons besoin, dans cet apostolat, du renfort puissant de la prière des fidèles. Ils ont déjà participé avec zèle à la croisade du rosaire lancée après le Chapitre général, et je les en remercie vivement. Mais ils seront encore sollicités, et ils le sont dès maintenant. Par ailleurs, accueillir des prêtres pour les former à la messe traditionnelle, ou aller les voir, leur remettre de la documentation écrite ou audiovisuelle, leur écrire ou leur envoyer des bulletins et des revues, tout cela demande du temps, des bonnes volontés et de l’argent. Là aussi, l’aide de tous les laïcs sera fort précieuse.

Fideliter : Je pensais, outre ce premier aspect, à une intervention plus directe des fidèles. Ils ont plus de mobilité (la soutane n’est guère discrète), souvent plus de temps, sont plus nombreux, peuvent être à certains égards mieux acceptés par un prêtre méfiant, au moins au départ…

Abbé de Cacqueray : Vous avez raison : une partie du retour des prêtres à la messe traditionnelle sera l’œuvre des laïcs, des fidèles chrétiens, c’est une évidence. D’ailleurs, les fidèles de la Tradition ont toujours agi en ce sens auprès des prêtres « conciliaires », par des conversations, des courriers, l’envoi de documentation, etc. La difficulté, si l’aide devient plus immédiate (pour aider un prêtre à reprendre la messe traditionnelle, on ne peut se contenter de lui écrire), c’est le mélange inévitable de bon et de mauvais qui va se présenter devant le fidèle. Mélange doctrinal (ce prêtre sera encore imbu pour partie des erreurs du Concile) et mélange liturgique (la messe traditionnelle ne sera peut-être pas immédiatement intègre et parfaite, ou encore ce prêtre se fera remplacer lors de ses absences par un prêtre qui célébrera la nouvelle messe).

Fideliter : Quels sont vos conseils à ce propos ?

Abbé de Cacqueray : Il faut incontestablement une réflexion de prudence, dans les deux sens du terme. Prudence au sens thomiste, qui évalue les circonstances pour poser l’action vraiment vertueuse et droite. Prudence au sens plus moderne, c’est-à-dire circonspection, méfiance pour ne pas être entraîné sur une pente glissante. Je dirais que si un fidèle veut effectuer un tel apostolat, il doit d’abord être bien armé intérieurement, par une connaissance solide de la doctrine chrétienne, une habitude enracinée de la prière, une pratique régulière des sacrements. Il doit spécialement recourir aux puissants moyens de préservation spirituelle que sont, par exemple, les retraites, notamment les exercices de saint Ignace. Il faut, de plus, que ce fidèle possède une « base arrière » (prieuré, chapelle traditionnelle) où il continue à se rendre régulièrement pour se nourrir doctrinalement et spirituellement. Il serait imprudent, sous prétexte d’aider autrui, de risquer soi-même de s’étioler, de se diluer. Enfin, parce qu’un tel apostolat est difficile et pose des problèmes souvent plus complexes qu’on ne le croit au départ, il est nécessaire de se faire suivre et conseiller par un prêtre de doctrine sûre et de jugement droit.

Fideliter : Si un fidèle de la Tradition s’inscrit dans la prudence dont vous venez de donner les éléments principaux, que pourra-t-il faire concrètement ?

Abbé de Cacqueray : En réalité, il pourra faire beaucoup, et de multiples façons. Il pourra fournir documentation écrite et audiovisuelle. Il pourra essayer de mettre à disposition du prêtre tous les objets nécessaires pour célébrer dans le rite traditionnel, depuis la soutane jusqu’à la chasuble en passant par les canons d’autel : ceci en les achetant, en les récupérant ou en les empruntant. Il pourra ménager à ce prêtre des rencontres avec des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X. Actuellement, en plusieurs endroits de France, nos récollections sacerdotales accueillent régulièrement des prêtres « conciliaires » qui viennent à la fois y recevoir une nourriture doctrinale et liturgique, et s’encourager par le réconfort de l’amitié sacerdotale. Nous sommes là au cœur de la vocation de notre institut.

Fideliter : Cette présence d’un ou plusieurs fidèles de la Tradition auprès d’un prêtre qui se dispose à reprendre la messe traditionnelle serait pour lui un vrai encouragement.

Abbé de Cacqueray : C’est évident. Il ne faut pas sous-estimer le sentiment d’isolement qui peut étreindre le prêtre diocésain qui doit desservir cinq, dix, vingt, trente clochers, voire plus, et qui, poussé par la grâce, envisage de renouer ou, plus couramment aujourd’hui, de découvrir la liturgie traditionnelle. A ce moment, les encouragements respectueux et amicaux de fidèles solidement enracinés dans la Tradition peuvent être absolument déterminants.

Fideliter :Mais vient le moment où le prêtre prend sa décision : « Je vais célébrer la messe traditionnelle. » Le travail du fidèle à ses côtés ne cesse cependant pas ?

Abbé de Cacqueray : Il se renforce, au contraire. Car ce prêtre va certainement rencontrer quelques difficultés dans son apprentissage : formules inconnues, gestes inusités, petit obstacle de la langue latine, etc. Le fidèle pourra l’aider à surmonter ces embarras, ce qui implique qu’il ait lui-même travaillé en amont pour bien connaître l’ordinaire de la messe et ses rubriques. Puis, au moment des premières messes dans le rite traditionnel (rite « nouveau », en quelque sorte, pour ce prêtre), il sera réconfortant d’avoir à ses côtés un servant d’autel qui connaît son texte, qui connaît les rites, et même qui, éventuellement, peut « souffler » discrètement sa partie au célébrant lorsque celui-ci a un trou de mémoire.

Fideliter : Lorsque ce prêtre connaît enfin bien sa messe, le fidèle peut-il alors se retirer ?

Abbé de Cacqueray : Pas forcément : il faut voir selon les cas, et évidemment en lien avec son père spirituel, dont je rappelle qu’il doit être fréquemment consulté. S’il existe des fidèles locaux qui peuvent prendre immédiatement le relais, le fidèle qui a fait le premier travail peut discrètement leur passer la main et se retirer. Mais tant qu’une communauté attachée à la Tradition n’entourera pas ce prêtre revenu à la vraie liturgie, il faudra sans doute continuer à venir le soutenir, l’encourager à persévérer dans sa belle décision. Parfois, ce prêtre pourra rencontrer des traverses, des contradictions voire des persécutions. Il faudra alors savoir le protéger, le défendre, le consoler. En même temps, cette messe retrouvée sera la joie et la force de ce prêtre, fera jaillir la foi et la vie chrétienne autour de lui, suscitera des fidèles fervents, et des vocations religieuses et sacerdotales. Vous connaissez la parole étonnante et imagée du Curé d’Ars : « Laissez une paroisse vingt ans sans prêtre (donc sans messe), et l’on y adorera les bêtes. »

Fideliter : « Remettez le prêtre et la messe dans une paroisse, et les adorateurs des bêtes y redeviendront fils de Dieu », voulez-vous dire ?

Abbé de Cacqueray :C’est à peu près cela. On a peine à s’imaginer le flot de grâces qui coulerait sur une paroisse où la messe traditionnelle serait enfin retrouvée et reprise, pour la gloire de Dieu. Mgr Lefebvre l’a exprimé de belle façon le 23 septembre 1979, lorsqu’il nous a lancé sa magnifique et poignante adjuration :
« Gardez le sacrifice de Notre Seigneur Jésus-Christ ! Gardez la messe de toujours ! » Il ajoutait alors : « Et vous verrez la civilisation chrétienne refleurir, civilisation qui n’est pas pour ce monde, mais civilisation qui mène à la cité catholique, et cette cité catholique, c’est la cité catholique du Ciel. »
Suresnes, mai 2007

13 mai 2007

[Aletheia n°110] Un nouvel évêque pour Montauban: Mgr Bernard Ginoux + Un nouvel "évêque" sauvage: Mgr Joseph Santay

Aletheia n°110 - 13 mai  2007
UN NOUVEL EVEQUE POUR MONTAUBAN : Mgr BERNARD GINOUX - par Yves Chiron
Le 11 mai, Benoît XVI a nommé l’abbé Bernard Ginoux évêque de Montauban. Il s’est fait entendre, ici et là, des voix pour dire que, depuis son élection, les nominations épiscopales effectuées en France par Benoît XVI – soit depuis plus de deux ans maintenant – avaient été peu significatives. C’est oublier que la contre-révolution n’est pas le contraire d’une révolution ; en l’occurrence, Benoît XVI  est dans une perspective de restauration et non de rupture. Par ailleurs, les Papes actuels procédant à plusieurs centaines de nominations épiscopales par an, il serait naïf de croire qu’ils font, à chaque fois, un choix personnel et directement informé. Dans le cas de la France, les filtres, ou les relais si l’on veut, sont nombreux.
La nomination de Mgr Ginoux est, de ce fait, hautement significative des évolutions en cours dans l’épiscopat français. Arrive à l’épiscopat un prêtre qui est loin d’être étranger aux communautés traditionalistes. Par ses origines (le Vaucluse), par ses liens étroits avec Mgr Reyne, doyen du Chapitre de la Cathédrale d’Avignon[1], il est familier depuis longtemps du Monastère Sainte-Madeleine du Barroux. Il a même connu la période héroïque, celle de Bédoin, et c’est par Bernard Ginoux que le signataire de ces lignes a entendu parler pour la première fois de Dom Gérard et de sa fondation de restauration bénédictine.
Mgr Bernard Ginoux est né en 1947 à Avignon. Après des études au collège jésuite d’Avignon et à la Faculté des Lettres d’Aix-en-Provence, il a obtenu une maîtrise de Lettres classiques et un CAPES de Lettres modernes. Il a enseigné au lycée Saint-Joseph de Carpentras, de 1970 à 1980, puis il est entré au Séminaire interdiocésain d’Avignon en octobre 1980.
Dans le Séminaire où il entrait, il est arrivé, un jour, que des séminaristes « s’amusent », dans le foyer, à jouer aux fléchettes sur un portrait du Pape (Jean-Paul II). C’était un séminaire où le Supérieur, et professeur d’exégèse, enseignait une lecture « structuraliste » de l’Ecriture Sainte, structuralisme très déconstructeur pour la foi. C’était un séminaire où le professeur de philosophie néo-hégélien – il fera, peu après, une belle carrière à l’Institut Catholique de Paris et à la Croix – entraînait complaisamment ses élèves vers les « maîtres du soupçon ».
Au secrétariat de l’évêché, situé alors dans les mêmes bâtiments que le séminaire, la vénérable Pensée catholique de l’abbé Lefèvre, revue de la « Romanité » s’il en fut, connaissait un triste sort. Le cher abbé l’envoyait, en plusieurs exemplaires, à tous les évêques de France. À Avignon, la revue ne franchissait pas les portes du secrétariat et finissait dans la poubelle, son enveloppe même pas ouverte.
Rapporter ces faits, plus d’un quart de siècle plus tard, n’est pas raviver des querelles obsolètes mais montrer, par un témoignage direct, quelques traits significatifs de l’état d’esprit d’un lieu de l’Eglise de France à un moment donné. Sans pour autant réduire tout l’esprit et l’enseignement du séminaire – et encore moins l’esprit de l’évêque d’Avignon d’alors – à ces déviances et à ces tristes épisodes.
Bernard Ginoux, dans les deux années qu’il passa au Séminaire d’Avignon (1980-1982), sut, en douceur, offrir des munitions intellectuelles et spirituelles à ses condisciples qui pouvaient être désorientés. Il diffusa parmi eux, dès sa parution, le gros livre du cardinal Siri, Gethsémani, qui venait d’être traduit en français, à l’initiative de la Fraternité de la Très Sainte Vierge Marie. Le cardinal y bataillait contre l’absolutisme agnostique de Kant, l’historicisation de Dieu, l’herméneutique réductrice et il n’hésitait pas à ferrailler avec Henri de Lubac, Karl Rahner ou Jacques Maritain.
Bernard Ginoux entraînait aussi plusieurs de ses condisciples à de mémorables soirées de disputationes chez la philosophe Thérèse Lacour qui développait une « philosophie de la présence » et de l’ « altérité » propre à rasséréner les jeunes esprits désorientés qu’elle accueillait.
À la rentrée de 1982, Bernard Ginoux obtint de son évêque, Mgr Bouchex, de poursuivre ses études à Rome. En 1986, il passa une licence en théologie morale à l’Université grégorienne de Rome. Ordonné prêtre le 29 juin 1986 à Carpentras, il occupa différentes fonctions de vicaire et d’aumônier dans le diocèse d’Avignon. En 2001, il fut nommé curé du secteur interparoissial d’Orange et, à partir de l’année suivante, il fut aussi membre du Conseil épiscopal.
On signalera encore qu’il a été adhérent du CAL (Comité des Amis du Lundi), créé pour réclamer le maintien du lundi de Pentecôte comme jour férié.
Il est particulièrement attentif aux questions de bioéthique et à la pastorale des familles et des jeunes. L’abbé Ginoux sera consacré le 2 septembre prochain dans la cathédrale de Montauban.
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UN NOUVEL « EVEQUE » SAUVAGE : Mgr JOSEPH SANTAY
En mars dernier, Mgr Clarence Kelly, supérieur de la Society of St. Pius V aux Etats-Unis, a consacré évêque un prêtre qu’il avait ordonné quelques années auparavant, l’abbé Joseph Santay. Mgr Kelly avait été lui-même consacré évêque en 1993 par Mgr Mendez, évêque émérite de Puerto Rico.
Si Mgr Mendez était un évêque légitime, ni Mgr Kelly ni Mgr Santay n’ont été consacrés avec le mandat du Souverain Pontife.
La Société de Saint Pie V est une organisation sédévacantiste qui a été fondée par d’anciens séminaristes et prêtres de la Fraternité Saint-Pie V. Outre les deux « évêques » mentionnés, elle comprend plusieurs prêtres, un collège (qui accueille une centaine d’élèves) et une congrégation de religieuses qui compte plusieurs dizaines de membres (les Daughters of Mary Mother of Our Savior).
Implantée dans l’état de New-York, la Société de Saint Pie V dessert une dizaine de lieux de culte à travers les Etats-Unis. Elle estime que le Saint-Siège est vacant depuis la mort de Pie XII. La liturgie que ses membres célèbrent est celle du Missel Romain de 1954, antérieur aux réformes introduites par Jean XXIII (tandis que la plupart des communautés traditionnelles en France et la Fraternité Saint-Pie X utilisent le Missel traditionnel dit de 1962).
Y.C.
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[1] C’est Mgr Reyne qui a prononcé l’homélie lors de la messe de jubilé des 50 ans de sacerdoce de Dom Gérard, le 13 mai 2006. Je tiens le texte de cette belle homélie à la disposition des lecteurs contre une enveloppe timbrée.