13 mai 2019

[Riposte Catholique] Changement pour la forme extraordinaire à Paris

SOURCE - Riposte Catholique - 12 mai 2019

Un lecteur nous indique que des changements ont été annoncés ce matin à Saint Germain l’Auxerrois par le vicaire général du diocèse Mgr Leproux.

A partir du mois de septembre suite à l’incendie du 15 avril dernier, l’ensemble des offices célébrées habituellement à la Cathédrale Notre-Dame de Paris seront célébrés en l’église Saint Germain l’Auxerrois à Paris (sauf grand rassemblement qui seront célébrés à Saint-Sulpice). Par conséquent, les messes célébrées à Saint Germain seront déplacées ou supprimés pour une durée de 2 ans.

La messe dans la forme extraordinaire sera désormais célébrée à 9h30 en l’église Saint-Roch située à quelques centaines de mètres. Les célébrants seront l’abbé Thierry Laurent (curé de Saint-Roch), l’abbé Eric Iborra (nouveau vicaire) et le chanoine Pascal Thuillier (qui célébrait régulièrement à Saint Germain l’Auxerrois).

Notre lecteur nous indique que ces derniers mois des célébrations ponctuelles ont eu lieu dans la forme extraordinaire à Saint-Roch et que le curé, l’abbé Thierry Laurent, voulait célébrer la forme extraordinaire sur sa paroisse.

[Riposte Catholique] Ordinations à la Fraternité Saint-Pierre (Séminaire de Denton)

SOURCE - Riposte Catholique - 3 mai 2019

5 diacres du Séminaire Our Lady of Gudalupe (Denton) seront ordonnés prêtres pour la Fraternité Saint-Pierre en mai.
  • Mgr Fabian Bruskewitz, évêque émérite du diocèse de Lincoln, ordonnera prêtres les abbés John Killackey (originaire du New Jersey, USA), Ralph Oballo (originaire de Calgary, Canada), Daniel Powers (originaire de l’Illinois, USA) et Jesus Valenzuela (originaire du Texas, USA) le 24 mai en l’église Saint Thomas d’Aquin de Lincoln.
  • Mgr Terrence Prendergast, archevêque d’Ottawa, ordonnera prêtre l’abbé Luc Poirier (Originaire du Nouveau-Brunswicj, Canada) le 31 mai en la Cathédrale Notre-Dame d’Ottawa.
D’autres ordinations aura lieu pour le Séminaire Saint-Pierre (Wigratzbad) en juin.

[Abbé Claude Barthe - L'Homme Nouveau] Mgr Rey présidera le pèlerinage Summorum Pontificum, une présence encourageante

SOURCE - Abbé Claude Barthe - L'Homme Nouveau - 30 avril 2019

Pour la fête du Christ Roi, se dèroulera à Rome la huitième édition du pèlerinage Summorum Pontificum. Cette année, c'est Monseigneur Rey, évêque de Fréjus-Toulon, qui présidera le pèlerinage. L'Abbé Claude Barthe, aumônier du pèlerinage, a répondu à nos questions.
Cette année, c’est donc Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon, qui présidera le pèlerinage Summorum Pontificum.
En effet, du 25 au 27 octobre, Mgr Dominique Rey conduira ce pèlerinage au Tombeau de l’Apôtre. Sa présence sera particulièrement appréciée des pèlerins venus de toutes les parties du monde, car il est un des rares évêques à appliquer intégralement le motu proprio de 2007. Je veux dire par là que bien des évêques acceptent certes volontiers la célébration de la messe traditionnelle dans leur diocèse, mais au titre d’une permission qu’ils accordent pour tel ou tel lieu, telle ou telle paroisse. C’est une bonne chose. Mais dans le diocèse de Fréjus-Toulon, conformément aux dispositions de Summorum Pontificum, les curés de paroisses ont toute latitude pour prendre eux-mêmes, librement, l’initiative de répondre aux demandes des fidèles.
Quel est le programme du pèlerinage ?
Avant le pèlerinage, comme l’an passé, aura lieu une « Rencontre Summorum Pontificum » à l’Augustinianum, le vendredi 25 octobre, qui sera organisée par Paix liturgique et Una Voce.

Quant au pèlerinage, il commencera le vendredi après-midi par un chemin de Croix à Saint-Louis des Français, et il s’achèvera le dimanche, par une messe pontificale à la Trinité-des-Pèlerins. Mais comme chaque année, le moment fort du pèlerinage sera le samedi 26 octobre, avec une adoration eucharistique à San Lorenzo in Damaso, suivie d’une procession dans les rues de Rome, présidée par Mgr Rey, et d’une messe pontificale à Saint-Pierre qu’il célèbrera à midi.
Comment faut-il s’inscrire ?
Pour la Rencontre Summorum Pontificum, les indications seront données dans quelques temps. 

Pour le pèlerinage, un programme détaillé sera également fourni, mais aucune inscription n’est requise. On peut librement participer à tout ou partie du pèlerinage. En revanche, il faut que chacun organise son propre voyage et qu’il prévoit son logement, ce que je conseille de faire assez tôt (on peut aussi s’adresser à l’agence Via Sacra, info@viasacra.it, qui peut se charger de réservations de vols et dans des hôtels ou pensions religieuses). Les dates du pèlerinage se situent d’ailleurs au sein des vacances scolaires de la Toussaint. Pour les prêtres qui voudraient être rentrés en France le dimanche 27, afin d’assurer leur ministère paroissial, il existe des vols à tarif intéressants partant de Fiumicio le samedi après-midi. 
Vous jugez donc importante la présence de Mgr Rey ?
Pour les catholiques français, qui appartiennent à ce qu’on appelle le «peuple Summorum Pontificum», c’est un encouragement. Aussi, est-il est bon que les pèlerins de notre pays soient nombreux à l’entourer. 

En outre, la pratique conforme à l’esprit et à la lettre du motu proprio, qui est la sienne comme celle de quelques autres évêques dans le monde, doit être saluée et soutenue. La visée de Summorum Pontificum était de « banaliser » la messe d’avant le Concile, et cela doublement : d’une part, il la déclarait de soi légitime, au même titre que la messe de la réforme qui a suivi le Concile, puisque chaque prêtre de rite latin peut désormais personnellement la célébrer ; d’autre part, c’est au curé de paroisse qu’il a confié le soin de l’organisation publique de cette messe, lorsque des fidèles la demandent, au titre d’un exercice normal de sa charge pastorale. Cette normalité de l’usus antiquior est un jalon extrêmement important pour le redressement futur de la liturgie et de l’Eglise. Il est très important d’entourer les évêques qui, dans le monde, l’ont compris.

11 mai 2019

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Brexit – II

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 11 mai 2019

« Brexiteers », voulez-vous vraiment être bénis ?
Couronnez Dieu, et le reste vous sera bien acquis.

Un poème anglais du XIXe siècle, célèbre à juste titre, jette une vive lumière sur le tapage énorme suscité par la tentative du peuple britannique d’échapper aux contraintes européennes. Le poème de Matthew Arnold (1822–1888), Dover Beach (La plage de Douvres), écrit vers 1851 probablement, dépeint en quatre strophes inégales sa profonde mélancolie alors que résonne en lui au bord de la Manche le battement continu des vagues s’échouant sur la plage devant la maison où il passe la nuit avec sa bien-aimée, sans doute sa légitime épouse.

La première strophe donne une belle description du bord de la mer et des vagues au clair de la lune, mais se termine sur la « note de tristesse éternelle » qu’il lui semble entendre dans le ressac. Maître des classiques, cet érudit se remémore une citation du dramaturge grec Sophocle (496–406 av. J.-C.) qui, lui aussi, sur une plage semblable, bien que située à des milliers de kilomètres et à plus de deux mille ans de distance, entendait “le flux et le reflux obscur de la misère humaine”. L’esprit du poète se tourne vers les troubles profonds de sa propre époque, l’ère Victorienne, et bien qu’il n’ait jamais été catholique, dans la troisième strophe il les fait remonter à la perte de foi du XIXe siècle, dont il lui semble capter dans le bruit des vagues se retirant devant lui le « le grondement prolongé, la retraite en tristesse »

La quatrième et dernière strophe présente la seule solution que le poète puisse concevoir à ce problème de la vie qui quitte ce qui fut autrefois la chrétienté, et c’est de se retourner vers la bien-aimée à ses côtés pour la supplier de maintenir leur fidélité mutuelle, car l’amour qu’ils ont l’un pour l’autre est le seul bien qu’ils possèdent vraiment. La sombre conclusion du poème le dit : Tout le reste

Est dépourvu d’amour, de joie, et de lumière,
Privé de certitude, de paix, où la douleur est reine,
Et nous voilà, comme sur une sombre plaine
Balayée par les bruits confus de luttes et de fuites,
Où des armées ignares se heurtent dans la nuit.

Arnold avait donc assez de foi pour comprendre que le problème essentiel de la civilisation venait, à son époque, de la perte de foi. Mais sa foi à lui n’était pas assez forte pour croire en l’alternative réelle qui permet d’échapper à cette obscurité et confusion ambiantes : l’Église catholique. De même, les partisans du Brexit ont assez de bons instincts et de bon sens pour sentir que l’Union européenne va à la catastrophe, mais puisqu’ils ont encore moins de religion qu’Arnold n’en avait, ils sont d’autant moins inspirés que lui pour savoir comment sortir de cette “sombre plaine”. C’est pourquoi le Brexit continue de se présenter comme un débat « où des armées ignares se heurtent dans la nuit. ». Car tout le monde aborde le sujet en termes économiques, alors qu’en fait le vrai débat est religieux : d’un côté les derniers vestiges des nations chrétiennes, de l’autre côté, la montée de l’Anti-christ avec son Nouvel Ordre Mondial. C’est la dimension religieuse qui donne au débat toute sa force. C’est l’absence de religion qui, des deux côtés, donne au débat sa grande confusion.

Car, en effet, Dieu est le grand absent de la “civilisation” moderne ; mais comme l’a dit un jour le cardinal Pie : « Si le Seigneur ne gouverne pas par Sa présence, Il gouvernera par Son absence ». Sans Lui, le débat du Brexit se déroule largement sur des bases économiques. Or sur ces bases, les partisans du Brexit ont perdu d’avance. Mais, sont-ils prêts à se tourner vers Dieu ? Voilà toute la question.

Kyrie eleison.

7 mai 2019

[Paix Liturgique] Grande enquête sur le catholicisme en Corée : troisième partie

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 694 - 7 mai 2019

Nous vous présentons aujourd’hui le troisième volet de notre enquête sur le catholicisme en Corée avec la publication des résultats du sondage que nous avons fait réaliser dans ce pays, cet hiver, pour mesurer la perception du motu proprio Summorum Pontificum et les aspirations des fidèles coréens en matière liturgique.

Q – Louis Renaudin – Pouvez-vous nous présenter le sondage qui vient d’être réalisé en Corée ?

R – Paix Liturgique – Ce sondage a été commandité, comme tous les autres sondages que nous avons fait réaliser depuis près de 20 ans, à un organisme professionnel, qui l’a mis en œuvre entre les 24 janvier et le 7 février 2019, auprès d’un échantillon significatif de 2346 personnes réparties au sein de toutes les régions de la Corée du sud.

Q – Louis Renaudin – Je crois que ce sondage a fourni de prime abord une information importante.

R – Paix Liturgique – En effet dès le début de cette consultation les sondeurs ont été étonnés du nombre de personnes qui se sont déclarées comme « catholiques ».

Q – Louis Renaudin – En quoi cela est-il étonnant ?

R – Paix Liturgique – Eh bien, selon les statistiques officielles connues en Corée le nombre des baptisés catholiques avoisinerait les 12 % de la population, comme nous l’avons indiqué dans le premier volet de ce dossier. Or, dès les 1000 premières personnes sondées, le chiffre de « ceux qui se considèrent comme catholiques » qui est apparu à l’organisme de sondage fut significativement plus important, ce qui nous amena à élargir l’assise du sondage à plus de 2300 personnes pour vérifier si cette tendance se maintenait et ce fut bien le cas.

Q – Louis Renaudin – Combien de Coréens se déclarent-ils donc comme catholiques dans cette enquête ?

R – Paix Liturgique - Ce sont 17 % des personnes sondées qui se déclarent « Catholiques », c’est-à-dire près de 5 % de plus que ce qu’indiquaient les statistiques actuellement à notre disposition.
Q – Louis Renaudin – Comment expliquez-vous cela ?
R – Paix Liturgique - C’est difficile et peut-être même impossible mais nous pouvons néanmoins suggérer deux hypothèses qui l’une et l’autre supposent que le catholicisme mord actuellement sur le protestantisme :

Nous savons que désormais le christianisme est la première religion de Corée, mais que ce christianisme très éclaté est majoritairement protestant. Or, il pourrait apparaître, surtout après la venue du pape en Corée en 2014, que pour un nombre non-négligeable de chrétiens coréens il n’apparaisse pas de distinction claire entre le catholicisme et le protestantisme et qu’un pourcentage significatif d’entre eux n’ait pas hésité à se considérer comme « catholiques », ce qui leur semble plus identifiant, alors qu’ils ne le seraient pas canoniquement.

Une seconde hypothèse est une réflexion au sujet des statistiques disponibles actuellement en Corée. Celles-ci sont assises sur les baptêmes célébrés au sein de l’Eglise catholique. Or, il se pourrait que des chrétiens baptisés dans le monde protestant se considèrent à l’âge adulte comme catholiques. Même s’ils font un acte formel d’adhésion à l’Eglise catholique, on ne réitère pas leur baptême, qui par conséquent n’est pas décompté.

Quoi qu’il en soit, notre sondage indique que 17 % des coréens se déclarent catholiques.
Q – Louis Renaudin – En sait-on un peu plus sur ces catholiques coréens ?
R – Paix Liturgique – En gros, on peut dire que les hommes jeunes se déclarent davantage catholiques que les femmes seniors ce qui est un élément qui ne se retrouve pas en Europe
Q – Louis Renaudin – Ces catholiques se déclarent-ils pratiquants ?
R – Paix Liturgique - Nous savions déjà les catholiques coréens pieux et pratiquants. Le sondage le confirme et amplifie cette constatation car il ressort de cette étude que plus de 47 % des catholiques coréens déclarent aller à la messe chaque dimanche et seulement 4,5 % d’entre eux déclarent n’y aller jamais.
Q – Louis Renaudin – Ce sont les jeunes qui sont le plus pratiquants ?
R – Paix Liturgique – Non, ce sont les seniors qui déclarent pratiquer chaque dimanche à plus de 63 % alors que « seulement » 41% des jeunes de 18 à 29 ans le font chaque dimanche. Si l’on cumule tous les types de pratique, chaque dimanche ou plus irrégulièrement, on arrive tout de même au même niveau de pratique soit 85 % des fidèles, que l’on observe les seniors ou les juniors.
Q – Louis Renaudin – Les Coréens connaissent-ils le motu proprio Summorum Pontificum promulgué en 2007 par Benoit XVI ?
R – Paix Liturgique – Oui, et à un niveau élevé, car plus de 63 % des catholiques de Corée connaissent l’existence de ce texte ce qui est assez considérable et globalement supérieur à nos régions d’Europe (en France ce sont 58 % des catholiques qui le connaissent, 58% en Italie, 26% au Portugal, 40 % en Grande Bretagne,…). Notons cependant que ce sont les seniors qui connaissent le mieux l’existence du motu proprio puisque plus de 87 % des catholiques de plus de 60 ans en connaissent l’existence alors que « seulement » 57 % des juniors de 18 à 29 ans connaissent ce texte.
Q – Louis Renaudin – Et que pensent les Coréens des conséquences du motu proprio ?
R – Paix Liturgique - Rappelons que dans l’intitulé des questions de notre enquête nous précisions, pour caractériser la forme extraordinaire, que celle-ci « est célébrée par le prêtre tourné vers le Seigneur et que la communion y est reçue à genoux et sur les lèvres ». Cela est important car nous avons vu lors des propos précédents que pour de multiples raisons l’agenouillement était banni de la liturgie en Corée. Or malgré cela, plus de 50% des catholiques qui ont répondu à notre enquête trouveraient « normale » la célébration des deux formes du rite dans leurs paroisses.
Q – Louis Renaudin – Y-a-t-il des divergences d’opinion à ce sujet entre les seniors et les juniors ?
R – Paix Liturgique - Tout à fait, car si les catholiques de moins de 60 ans considèrent ces célébrations comme normale à plus de 53 % ils sont seulement 37 % des seniors de plus de 60 ans à le considérer ainsi et 50 % le considèrent même comme « Pas normal »
Q - Louis Renaudin – Que pensez-vous que cela signifie ?
R – Paix Liturgique - Je pense que cela peut signifier deux choses :

- Cela signifie probablement que les seniors sont plus attachés à l’obéissance totale que les plus jeunes des coréens et qu’il est difficile pour eux de « paraître désobéir » à ce qu’indique leur hiérarchie…

- et puis comme en Europe les seniors de Corée ont été les acteurs des réformes post-conciliaires et y sont attachés au moins parce que cela leur rappel leur jeunesse alors que les plus jeunes n’ont pas cette nostalgie…

Au fond, le catholicisme coréen, avec ses particularités, rejoint les tendances lourdes du catholicisme mondial : les couches jeunes sont plus portées vers des formes traditionnelles.
Q – Louis Renaudin – Y-a-t-il des différences d’opinion à ce sujet entre les pratiquants et les non pratiquants ?
R – Paix Liturgique – Sachant que presque tous les coréens catholiques sont pratiquants, la différence n’est pas significative. Cependant, alors que plus de 53 % des pratiquants « de chaque dimanche » sont favorables au bi-formalisme dans leurs paroisses, les autres ne le seraient qu’à un peu plus de 46 %. Ici encore, on rejoint les tendances générales : plus les catholiques pratiquent, plus ils sont de sensibilité « conservatrice », au sens d’attachement à un conservatoire liturgique et catéchétique.
Q – Louis Renaudin – Cette positon entraînerait-elle les Coréens à assister à la messe célébrée selon la forme extraordinaire ?
R – Paix Liturgique – On doit toujours faire la part dans les réponses de ce qui a valeur de manifestation d’opposition aux tendances officielles. Le catholicisme aussi à son « populisme »… Cependant, deux chiffres m’ont impressionné à la lecture des résultats de ce sondage. Le premier est que seulement 7 % des catholiques coréens n’assisteraient JAMAIS à la messe « Extraordinaire », ce chiffre est le plus bas que nous avons trouvé lors des 30 sondages que nous avons réalisés en France et dans le monde depuis l’an 2000.
Q – Louis Renaudin – Et le second ?
R – Paix Liturgique - C’est que plus de 27 % des catholiques pratiquants assisteraient CHAQUE SEMAINE à la messe traditionnelle si celle-ci était célébrée dans leur Paroisse… Un chiffre qui met les catholiques coréens au même niveau d’attente que les français, les catholiques italiens, américains et polonais…
Q – Louis Renaudin – Là encore, malgré vos remarques fondées sur la grande pratique des Coréens y-a-t-il des différences entre pratiquants et non pratiquants ?
R – Paix Liturgique - les réserves déjà formulées devant être présentes à l’esprit, oui, il y a une différence car, en Corée, ce serait plus de 38 % des pratiquants « de chaque dimanche » qui iraient volontiers à la messe TOUS LES DIMANCHES si elle était célébrée selon sa forme extraordinaire… 38% ! Même, encore une fois, si on peut concéder que cette proportion traduit pour une part un message que veulent faire passer les sondés, dont il faudrait ensuite vérifier in concreto comment il se traduit par une pratique de la messe traditionnelle effectivement proposée dans les paroisses, il est considérable. Ai-je besoin de souligner qu’une telle proportion, alors que les Coréens ne connaissent, de fait, pratiquement pas la messe traditionnelle, 50 ans après la réforme conciliaire de la liturgie, signe clairement son échec ?
Q – Louis Renaudin – C’est, en effet, assez impressionnant.
R – Paix Liturgique – Ajoutant que ce sont les hommes qui agiraient majoritairement dans ce sens car 42 % d’entre-deux déclarent qu’ils feraient ce choix tous les dimanches si celui-ci leur été permis…
Q – Louis Renaudin – Quelles réflexions vous inspirent ces résultats ?
R – Paix Liturgique – Je ne peux que répéter que l’attrait pour la Tradition n’est pas une particularité franco-française comme nous l’ont ressassé des aveugles du passé, ni même un phénomène européen mais une attente universelle du monde catholique. Nous avions eu une première confirmation de cela au vu de nos précédents sondages réalisés en dehors de la « vieille Europe » occidentale, que ce soit en Pologne ou mieux encore au Brésil. Aujourd’hui avec ce sondage réalisé dans un pays d’Asie tout à fait étranger à la culture gréco-romaine, sinon par la réception du catholicisme latin, nous réalisons que cet engouement est d’abord fondé sur la cohérence des fidèles vis-à-vis de leur foi catholique, et cela sous forme d’un « retour » dont la liturgie est le signe. Ce que nous constatons en Corée confirme le constat d’échec des nouvelles formes du catholicisme et la tendance au rejet par une part non négligeable d’entre les pratiquants, qui vaut pour l’ensemble de la planète.
Q – Louis Renaudin – Une conclusion ?
R – Paix Liturgique - Si l’on se souvient que les Coréens sont aujourd’hui à la pointe de la science et d’une modernité intelligente, respectueuse du passé, l’on ne sera pas surpris qu’ils soient d’instinct, demain, prêts à opter en masse pour un retour vers une lex orandi forte, et non plus molle, conforme à un message catholique de même qualité.

4 mai 2019

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Diagnostic du Brexit - I

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 4 mai 2019

Bretagne Grande hier ! Fais très attention –
Les sans-Dieu de Mammon te dépouilleront !

Le Parlement Britannique qui passait autrefois pour être le maître du monde, étale maintenant depuis des mois aux yeux du même monde l’indigne spectacle des divisions et de l’irrésolution la plus affligeante. Pourquoi le fait de sortir de l’Union européenne provoque-t-il tant de confusion et tant de bouleversements ? Sans doute, parce que quand la classe politique a donné au peuple en 2016 la possibilité de voter par référendum sur sa politique allant vers un Nouvel Ordre Mondial, le peuple s’en est saisi. Il a voté en masse, comme jamais en Grande-Bretagne, et la classe politique fut complètement prise au dépourvu quand les résultats ont montré que ce Nouvel Ordre Mondial était rejeté par 52% des voix contre 48%. Le vote en faveur du Brexit (la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne) a enlevé à cette classe ses repères, et elle ne cesse depuis de s’enliser. Il faut dire qu’il y a bien longtemps que ces politiques sont complètement envoûtés – ou bien achetés – par le NOM !

Oui ! achetés, parce que l’Union européenne et son parlement de Bruxelles sont sous l’empire de Mammon, c’est-à-dire sous l’empire de l’argent. Parce que l’Union européenne fut lancée par l’idée d’acheter, grâce à la prospérité matérielle, le soutien des peuples européens, tous très différents, afin de fondre leurs diversités nationales en un seul État européen, qui à son tour serait une composante clé de l’unique État mondial international, celui du Nouvel Ordre Mondial. Pour les maîtres judéo-maçons œuvrant derrière le NOM, cette politique d’union devrait résulter de la prospérité de la monnaie unique, c’est-à-dire de l’euro. Ils s’attendaient à ce que les Européens soient tellement émerveillés par le travail matérialiste des banquiers qu’ils ne s’opposeraient pas à une immigration incontrôlée de populations non-européennes qui viendraient dissoudre leur nations.

Mais “L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu” (Mt IV, 4). La religion (la relation de l’homme à son Dieu) est première dans l’ordre de la nature. La politique (les relations de l’homme à ses semblables) n’est que secondaire. Quant à l’économie (relation de l’homme à l’argent), elle ne vient qu’en troisième position. Il est donc contraire à l’ordre naturel que l’économie mène la politique. Certes, la révolution peut renverser l’ordre naturel des choses, mais la nature reste toujours susceptible de reprendre ses droits. On comprend dès lors que le vote du Brexit ait été directement provoqué par le fait contre nature de l’admission en Grande-Bretagne de hordes inassimilables venant de l’étranger. Cependant, quand la nature se réaffirme, les politiciens modernes, pratiquement tous des matérialistes athées et superficiels, sont pris au dépourvu, comme par le vote entérinant le Brexit. Ils font la guerre à la nature. Comment veut-on qu’ils la comprennent ou la dirigent ?

Mais qui a élu tous ces politiciens à l’esprit dénaturé ? Qui d’autres que les peuples (pas seulement de Grande-Bretagne), selon le sacro-saint principe de la démocratie ? Pourquoi disons-nous « sacro-saint » ? Parce que le renversement de l’ordre naturel est aujourd’hui complet : l’économie moderne est faite pour renverser la politique ; la politique moderne est faite pour renverser la religion : et la démocratie devient une religion de substitution. La volonté du peuple remplace la volonté de Dieu. Cela signifie que le vote de 2016 n’était pas valide uniquement parce que la volonté du peuple britannique était à 52% pour le Brexit et 48% contre, mais parce que ce vote favorisait ce qui est naturel : l’identité qui est donnée par Dieu aux nations européennes, avec leurs dons divers, conçus par Dieu pour former une Europe harmonieuse, comme on l’a vue au Moyen Age catholique. “Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice (la religion) et tout cela (la politique) vous sera donné par surcroît “ (Mt. VI, 33).

Donc les Britanniques qui ont voté pour le Brexit, ont-ils l’âme religieuse ? Pas vraiment ! La plupart sont des matérialistes athées, mûrs pour le communisme bureaucratique et tyrannique de Bruxelles. Leur vision indigente ne va pas beaucoup plus loin que celle des politiciens pour lesquels ils votent habituellement. Mais la Manche leur offre une petite distance et une certaine perspective sur ce qui se passe en Europe, de sorte qu’au moment du vote du Brexit, d’anciens instincts naturels sont entrés en jeu, les mêmes que ceux qui leur ont permis de conserver l’apparence – pas la substance ! – d’une monarchie catholique. Cependant, si le peuple britannique n’y prend garde, s’il ne veut pas “veiller et prier” pour son pays, les ‘banksters’ auront tôt fait de lui voler les fruits de leur bon vote d’une manière ou d’une autre. Il ne fait aucun doute qu’ils sont déjà à la manœuvre, et qu’ils complotent pour circonvenir ces ‘Brexiteers’ qu’ils prennent pour stupides et arriérés. Certes, Dieu est d’une générosité infinie, mais on ne se moque pas de Lui, et on ne saurait le tromper !

Kyrie eleison.

1 mai 2019

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Mentalité Conciliaire

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 1er mai 2019

L’Église conciliaire ? Des aveugles guidant des aveugles,
Et menant à la ruine l’humanité tout entière !

Le 6 avril dernier, ces “Commentaires Eleison” faisaient état d’une “rencontre discrète” entre Mgr Huonder d’une part, et deux évêques et cinq prêtres de la FSSPX d’autre part. La réunion s’est tenue dans l’est de la Suisse le 17 avril 2015, pour discuter de l’œcuménisme de Vatican II. Six semaines plus tard, Menzingen (siège de la FSSPX) envoya aux prêtres de la FSSPX une “note confidentielle” sur la réunion qui comprenait les quelques détails déjà publiés ici le 6 avril : « Envisager un accord avant d’aborder les questions doctrinales » comme le demandait MgrH ; la réponse de la FSSPX rappelant la vraie doctrine de l’Église sur l’œcuménisme ; et l’engagement de MgrH. de porter la réponse de la FSSPX aux autorités romaines. Les arguments de MgrH. en faveur de la mise au second plan de la doctrine valent la peine d’être examinés, car ils traduisent exactement l’état d’esprit qui aujourd’hui détruit l’Église.

Selon la note confidentielle, Mgr Huonder a avancé huit arguments. Nous les reproduisons ici, légèrement adaptés, en italique. Des réponses se trouvent en dessous.

1 (MgrH.) : Je me sens très concerné par le fait que la FSSPX devrait être canoniquement réintégrée dans l’Église officielle.

2 Sans ce statut canonique, la FSSPX ne peut jouir que d’une influence minime parce qu’elle elle est marginalisée. Ce sont les évêques conservateurs qui veulent ce statut pour la FSSPX. Sinon tout le monde est contre la FSSPX.

3 Je ne pense pas que vous vouliez être schismatiques. Vous voulez prouver votre respect indéfectible pour l’autorité de l’Église.

4 Le Magistère de l’Église doit écouter ce que disent les théologiens, y compris ceux de la FSSPX, dans un esprit de respect mutuel. Il incombe également au Magistère de vérifier si toutes les évolutions qui se sont fait jour dans l’Église depuis le Concile restent en conformité avec la Tradition catholique.

5 La levée des excommunications de 1988 par Benoît XVI et sa libération de la Messe tridentine sont autant de signes qui attestent la bienveillance de Rome vis-à-vis de la FSSPX.

6 Un accord avec Rome apporterait un soutien au Supérieur Général de la FSSPX comme à son apostolat. Cela donnerait également à la FSSPX le droit de demander des explications au Magistère.

7 L’Église a besoin de la FSSPX pour sa Nouvelle Evangélisation.

8 Une éventuelle reconnaissance canonique devrait nécessairement entraîner le traitement des questions théologiques afin d’aboutir à des solutions.

Et maintenant voici des réponses.

1 Très Révérend Monseigneur, c’est bien aimable de votre part. Mais être aimable, ce n’est pas nécessairement être catholique.

2 Tant qu’elle disait la Vérité, la FSSPX a exercé une grande influence. Mais depuis qu’elle s’est éloignée de la vérité catholique pour s’aligner sur Rome et sur le reste du monde, cette influence a décru et va toujours décroissant. Est-ce que, par hasard, vous auriez encouragé Notre Seigneur Lui-même à s’aligner sur les Pharisiens ?

3 En faisant passer Dieu avant les hommes, la Fraternité de Mgr Lefebvre n’est jamais tombée dans le schisme. Mais, la Néo-fraternité, tout comme la Néo-église, prend le chemin d’un vrai schisme dans la mesure où elle fait passer les hommes avant Dieu.

4 L’erreur et le poison de Vatican II n’ont vraiment droit à aucun respect. Le Néo-magistère d’aujourd’hui, infecté par le poison conciliaire, surveille bien mal l’évolution de l’Église.

5 Une bienveillance conciliaire, telle que celle de Benoît XVI, est au mieux une bienveillance subjective. Pour être une véritable bienveillance elle doit s’aligner sur la vérité objective. Or, tous les tenants du Concile ont perdu la notion même de vérité objective. Selon la sagesse d’un vieux proverbe, « Le chemin de l’enfer est pavé de bonnes intentions ».

6 Un accord avec la Rome conciliaire entraînerait la mort définitive de la FSSPX catholique. Celle-ci n’a besoin d’aucun accord pour exiger que les Romains cessent de trahir la vraie foi catholique.

7 La véritable FSSPX rejette la “Nouvelle Evangélisation”. C’est une solution irréelle pour régler le problème bien réel déchaîné par Vatican II.

8 En d’autres termes, “l’accord avant la doctrine” proposé par toute la hiérarchie conciliaire, constitue une erreur grave, car à force de vivre le mensonge, on finit par y croire. Or, Vatican II est un mensonge monstrueux.

En bref, les huit arguments de MgrH. sont tous des considérations humaines, essentiellement déconnectées de la Vérité objective de la véritable Église catholique. Que Dieu lui fasse à Mgr H la grâce de comprendre à quel point l’Église conciliaire s’est égarée !

Kyrie eleison.

30 avril 2019

[La Nef] La « bouche » de l’Église

SOURCE - La Nef - Propos recueillis par Christophe Geffroy - 30 avril 2019

Le Père Paul-Marie Cathelinais est un dominicain de la province de Toulouse en mission au couvent du sanctuaire de la Sainte-Baume (Var). Il nous parle ici de la vocation dominicaine et du rayonnement de ce haut lieu dédié à sainte Marie-Madeleine.
La Nef – Pourquoi êtes-vous entré chez les dominicains et comment caractériser cette vocation ?
Paul-Marie Cathelinais, op – Contempler et prêcher ! Les raisons pour lesquelles on entre dans l’Ordre des Prêcheurs sont aussi nombreuses que les frères qui le composent. Le R.P. Jean-Gabriel Ranquet aimait dire : « Vous avez vu un dominicain, vous n’en avez vu qu’un seul ! » On y cultive la singularité des personnes et toutes les sensibilités semblaient représentées. En tout cas j’avais trouvé dans cet Ordre une certaine liberté que donne sans doute l’amour du vrai au-delà des apparences. Sans couleur spécifique, en noir et blanc, il me semblait qu’on pouvait être tout à tous. Dans le corps de l’Église, Thérèse de Lisieux s’identifiait au cœur. Je dirai que les dominicains sont la bouche ! Pour sainte Catherine de Sienne, des trois degrés de la vie spirituelle pris sur le corps même de Notre Seigneur (le premier étant les pieds, le second, le cœur) la bouche est le degré des parfaits. Manifester, parler est en effet la mission du Verbe dans la Trinité. Bref, on rentre chez les dominicains parce qu’à l’évidence, ce sont les plus humbles !
Dans l’Évangile, le Christ loue son Père de s’être révélé aux « tout-petits » et non aux « sages » (Mt 11, 25 et Lc 10, 21) : quelle est la place du travail intellectuel et théologique dans le christianisme ?
Dans son commentaire de l’épître aux Galates, saint Thomas distingue deux intelligences : l’intelligence charnelle et l’intelligence spirituelle. Il y a celle que l’Esprit inspire et celle qu’une volonté mondaine dirige. L’intelligence a besoin de conversion mais pas de sa suppression. Elle est seconde mais pas secondaire, car le travail de l’intelligence permet d’aller plus vite au cœur du réel. Que ce réel soit naturel ou Dieu lui-même. En elle, l‘invisible se donne. Par elle, on se libère de la prison subjectiviste. De plus, beaucoup de fausses rumeurs intellectuelles (des idéologies aux hérésies) ferment les cœurs.
L’évangélisation se doit, en les dénonçant, de neutraliser ces verrous. Plus encore, le travail intellectuel est comme l’agriculture de l’esprit humain. Former en lui le goût du vrai, c’est l’éduquer à l’amour du Verbe qui est le Vrai. En manquant à l’étude, on anémie sa vie spirituelle et on appauvrit le message.
Pourriez-vous nous brosser l’histoire du sanctuaire de la Sainte-Baume ?
La tradition provençale veut que sainte Marie-Madeleine se retira dans cette grotte (baume en provençal) nichée au cœur d’une majestueuse falaise. Après avoir évangélisé Marseille, elle vécut ici trente années de contemplation. La forêt primaire, vieille de sept mille ans, est gardienne de ce silence. On y découvre, avec Marie-Madeleine aux pieds de notre Seigneur, la meilleure part de la vie contemplative. Quant à ceux qui demeurent plus longtemps, ils connaissent les combats qui annoncent la délivrance. C’est un lieu de réelle conversion. D’ailleurs, le roc de la Miséricorde, comme on l’appelle, continue la prédication de l’apôtre des Apôtres. « Que la Sainte-Baume me paraît douce », écrivait Charles de Foucauld, regrettant de ne pouvoir s’y rendre plus souvent.
Y a-t-il un « portrait type » du pèlerin qui vient à la Sainte-Baume et que recherche-t-il plus spécialement ?
Pas vraiment, mais on peut dire que beaucoup viennent par amour de la nature, des scouts aux simples randonneurs, en passant par ceux qui divinisent l’univers. Certains croient trouver en Marie-Madeleine des secrets que l’Église nous cacherait depuis deux mille ans. C’est l’occasion de discussions franches ! Sinon, tous y cherchent le silence, la beauté. C’est aussi un lieu très féminin. Il y a malheureusement quelques idolâtres du « féminin sacré » (sic), mais il y a aussi des femmes qui viennent réellement chercher le pardon de Dieu. Parfois les deux coïncident et c’est la joie du ciel ! On connaît aussi la Sainte-Baume pour son université d’été mais, en plus des sessions de théologie, nous organisons des sessions pour les familles, en particulier pour celles qui ont un enfant porteur d’une trisomie. On y prêche des retraites et même une session où l’on apprend à cuisiner chrétiennement ! Et c’est la joie des mets !
Vous êtes le responsable de l’École de Vie de la Sainte-Baume : pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?
L’École de Vie a été fondée pour que des jeunes (entre 21 et 30 ans) puissent nous aider dans le service du sanctuaire. Il faut accueillir les pèlerins dans notre grande hostellerie ou faire une permanence à la grotte avec les frères. En échange de ce service, les jeunes reçoivent une formation spirituelle et intellectuelle. Nous les aidons en particulier à discerner leur future vie professionnelle. Nous voulons des chrétiens laïcs dont le métier et la vie soient conformes à la volonté de Dieu. Cette école est petite et peut donc s’adapter à chaque jeune, notamment par rapport au temps qu’ils peuvent nous consacrer. Nous pouvons faire du sur-mesure.
Il y a également à la Sainte-Baume un « chemin de consolation » : pourriez-vous nous expliquer de quoi il s’agit ?
Avec l’association Mère de Miséricorde nous accueillons depuis longtemps des femmes qui ont vécu l’avortement. À l’occasion de ces sessions est née la possibilité d’un mémorial pour tous les enfants qui n’ont pas vu le jour (quelle que soit la cause du décès). On peut bénir et poser une plaque à leur nom. Depuis quatre ans, ce sont près de 800 plaques qui tapissent le mur de la grotte. Ainsi, aux yeux de tous, ces enfants existent. Pour leur maman, c’est l’espérance que leur enfant vit d’un bonheur éternel selon le vœu d’Evangelium vitae. En les offrant au Père, elles font un acte de vie. Pour nous, c’est bouleversant et pour elles, c’est une véritable consolation. Beaucoup de parents vivent, à cette occasion, de réelles conversions.
Vous-même accompagnez des couples et de jeunes vocations : quels sont leurs points faibles et leurs points forts ?
Je dirai que leurs points forts viennent des antidotes qu’ils ont créés en choisissant Jésus et l’Église malgré tous les obstacles dressés contre la vie chrétienne. Ils sont convaincus et pleins d’espérance. Leur point faible tient à une très grande sensibilité où l’émotion est exacerbée. Les passions y ont plus de pouvoir. L’espoir cohabite souvent avec l’angoisse. L’enthousiasme est grand comme l’accablement est fort. L’émotivité est la croix et le génie de cette génération. Cela dit, c’est un défaut de jeunesse…
Il vous arrive de célébrer la messe dans la forme extraordinaire : comment analysez-vous la situation liturgique aujourd’hui, vous semble-t-elle en voie d’apaisement ?
Oui, j’ai le sentiment que la situation est bien meilleure que celle que j’ai connue durant ma jeunesse, surtout chez les chrétiens laïcs. C’est évidemment long car la liturgie est une œuvre qui rend sensible ce qui nous tient le plus à cœur. C’est d’ailleurs en éduquant cette sensibilité que l’enrichissement mutuel voulu par Benoît XVI pourra se faire. Le sentiment seul ou la raison seule manquent très souvent leur objet. Je crois qu’en ces matières rien ne vaut une très belle liturgie expliquée dans la docilité de la foi. J’ai parfois l’impression, à l’inverse, en lisant telle ou telle critique d’esprits éclairés que leur pratique du rite qu’ils critiquent est fort limité. Curieusement, on a beaucoup reproché à l’application de la réforme liturgique l’esprit rationaliste qui l’aurait animé. On a bien raison d’ailleurs de le dénoncer. Rien ne vaut l’expérience du temps… Mais il arrive parfois qu’on prenne les mêmes défauts que celui qu’on critique. Le vide d’une expérience charnelle sur la durée est parfois comblé par des raisonnements verrouillés appauvrissant la richesse symbolique et théologique des rites. Mais c’est aussi un défaut de jeunesse…

Propos recueillis par Christophe Geffroy

[FSSPX.news] De Chartres à Paris, un pèlerinage pour servir la Chrétienté

SOURCE - FSSPX.news - 30 avril 2019

L’association Pèlerinages de Tradition organise chaque année depuis 30 ans un pèlerinage de 3 jours, durant le week-end de la Pentecôte, au départ de la cathédrale Notre-Dame de Chartres pour se rendre à Paris au chevet de la cathédrale Saint-Louis des Invalides.

A l’occasion du 500e anniversaire des apparitions de Notre-Dame de Grâces à Cotignac, Pèlerinages de Tradition vous invite les 8, 9 et 10 juin 2019, à méditer entre Chartres et Paris sur le thème « Servir la chrétienté ».

En août 1519, Notre Dame apparaît par deux fois au jeune bûcheron, Jean de la Baume, à Cotignac (Provence). Elle est accompagnée de saint Michel archange, sainte Catherine et saint Bernard de Clairvaux.

Alors que la chrétienté commençait d’être ébranlée par la révolte de Martin Luther (1483-1540), la Sainte Vierge s’adresse au jeune homme en ces termes : « Je suis la Vierge Marie. Allez dire au clergé et aux consuls de Cotignac de me bâtir ici même une église, sous le vocable de Notre-Dame de Grâces, et qu’on y vienne en procession pour recevoir les grâces que je veux y répandre. »

Dans cette apparition, la présence de Jésus Enfant, siégeant comme sur un trône dans les bras de la Sainte Vierge, nous rappelle que Marie est Mère de Dieu. L’ordre qu’elle fait transmettre au clergé ne permet pas d’en douter : Marie est Mère de l’Église.

Le même ordre s’adresse également aux consuls : Marie est Reine de France.

La promesse de grâces nous comble de certitude et d’allégresse : Marie est Médiatrice et Dispensatrice des Dons célestes.

« Dans la poussière et la pénitence, il est absolument nécessaire de se donner à Marie pour qu’elle fasse de nous des enfants de Dieu et qu’ainsi la France garde son beau titre de Fille aînée de l’Église. La Reine du Ciel nous a désignés ses auxiliaires privilégiés pour entretenir ce dessein.

Saint Michel, sainte Catherine et saint Bernard sont les guides de notre restauration dans le Christ » nous rappelle l’abbé Benoît de Jorna, supérieur du district de France, dans la préface du dossier spirituel, édité spécialement pour l’occasion.

Durant ce pèlerinage, une centaine de kilomètres est parcourue, répartie de manière dégressive sur les 3 jours.

La marche est rythmée par la prière, la méditation, des temps de silence et de détente dans une ambiance conviviale.

Chaque journée comprend une messe, des temps de prières et de chants communs, des méditations encadrées soit par des aumôniers, soit par des responsables laïcs.

Des zones de camping communes (bivouacs) sont prévues tous les soirs dans des espaces aménagés à cet effet par les bénévoles, avec des points d’eau, des W.C., des postes de secours.

Ceux qui seraient empêchés de marcher peuvent rejoindre les bénévoles des équipes logistiques en se rendant sur cette page. Et ceux qui ne peuvent pas venir au pèlerinage peuvent rejoindre le groupe des membres priants, qui vient d’être constitué cette année.
Mis à part pour les membres priants dont l’inscription se fait à l’aide d’un formulaire papier téléchargeable ici, les inscriptions se font en ligne à l’adresse suivante : inscription.pelerinagesdetradition.com

Ce pèlerinage nécessite d’importants moyens mis en œuvre bien en amont, c’est pourquoi nous vous remercions d’avance de vous inscrire le plus tôt possible, pour que nous puissions prévoir tous les besoins logistiques. Une réduction est accordée pour toute inscription jusqu’au 10 mai 2019 inclus.

Pèlerinages de Tradition 
20 rue Gerbert
F-75015 Paris
Tél. 01 55 43 15 60

29 avril 2019

[Chanoine Benoît Merly, icrsp - Appel de Chartres] Le Christ est Roi

SOURCE - Chanoine Benoît Merly, Institut du Christ Roi Souverain Prêtre - L'Appel de Chartres - n°231 - 29 avril 2019

Le 11 décembre 1925, la pape Pie XI publiait l’encyclique Quas primasqui instituait la fête du Christ-Roi. En vérité, la Royauté du Christ n’était pas vraiment une nouveauté, et l’Eglise comme les autres sociétés – la famille et l’Etat ­­–, christianisées, manifestaient dans leurs lois, dans leurs mœurs, dans leur diplomatie, la souveraine domination du Christ, dont le nom signifie précisément « Seigneur ». Cela se nommait : « chrétienté ».

L’hymne de la fête du Christ-Roi le rappelle très opportunément : « [C’est] A vous, que les chefs des nations rendent les honneurs publics ; que vous confessent maîtres et juges, que lois et arts portent votre empreinte. Que, soumis, les insignes des rois brillent, à vous consacrés ; à votre doux sceptre soumets la patrie et les demeures des citoyens. [...] ». Disparue sous les coups de boutoir répétés de l’Ennemi du genre humain, par le biais des idées philosophiques et des révolutions successives qui renversèrent les trônes catholiques les uns après les autres, il fallait, la nature ayant horreur du vide, que l’on remplaçât cette chrétienté par autre chose, dont l’essence était, quelque forme que prît ce succédané, de reléguer la foi au domaine privé, de ne pas la favoriser par l’action de l’Etat, et, moyennant cette « prise en tenaille », s’assurer, à plus ou moins long terme, que le nombre de ceux qui croyaient non seulement au Christ, mais encore au Christ-Roi, s’amenuiserait, voire disparaitrait.

Car, n’en doutons pas, tenir que le Christ est Roi, c’est non seulement affirmer ce que croit l’Eglise, mais encore un des aspects les plus fondamentaux de la lutte que nous menons contre celui qui hait Dieu. Reconnaître la royauté du Christ, c’est corrélativement renoncer à ce qu’un autre souverain exerce sur nous son empire : pas de double nationalité pour un chrétien ! : « Qui n'est pas avec moi est contre moi, et qui n'amasse pas avec moi disperse. » (Mat. XII, 30).

Le Catéchisme de l’Eglise catholique enseigne lui-même, au n. 2105 : « Le devoir de rendre à Dieu un culte authentique concerne l’homme individuellement et socialement. C’est là "la doctrine catholique traditionnelle sur le devoir moral des hommes et des sociétés à l’égard de la vraie religion et de l’unique Église du Christ ". »

Beaucoup, aujourd’hui, oublient cet enseignement, pourtant maintes fois réaffirmé : on ne peut se prétendre chrétien en cantonnant la foi et son expression au domaine privé. On ne peut s’affirmer chrétien en se prétendant « le levain dans la pâte » (Mat. XIII, 31-35), lorsqu’on limite la domination de Dieu sur un pan essentiel de notre existence, la communauté humaine, la vie en société.

Puisque nous parlons de royauté, il convient d’en préciser la nature : pour tout homme, il est une fin commune vers laquelle il doit orienter sa vie. Pour autant, cette orientation ne prend pas toujours, en raison des circonstances, des caractères, des formes identiques. Dans ces conditions, l’homme doit faire appel à sa raison et à sa prudence pour se gouverner lui-même. Puisqu’il convient que l’homme se gouverne lui-même dans sa conduite individuelle, il faut évidemment que cette nécessité de gouvernement se retrouve dans la vie sociale. « Nulle société n’est possible sans un chef qui l’organise et la dirige dans la poursuite de la fin qu’elle se propose. » Chaque individu composant le groupe poursuit, légitimement, des intérêts propres.

Le chef, qui, rien ne l’interdit, peut être en fait constitué de plusieurs individus auxquels l’autorité est dévolue, sera « un chef, un pasteur unique, qui cherche le bien commun de la multitude et non son propre avantage. » Le Christ est donc Roi. Il est roi universel : son dominion ne se limite pas aux baptisés qui croient en lui : il s’étend à tous les hommes de tous les temps, à toutes les créatures, à tous les ordres sociaux, dans l’ordre naturel comme dans l’ordre surnaturel : « D'autre part, ce serait une erreur grossière de refuser au Christ-Homme la souveraineté sur les choses temporelles, quelles qu'elles soient: il tient du Père sur les créatures un droit absolu, lui permettant de disposer à son gré de toutes ces créatures. » Et ce pouvoir royal, le pape le rappelle, le Christ l’exerce non seulement parce qu’il est Dieu, mais également parce qu’il est homme, parce que Dieu lui a donné la puissance : « [...] les anges et les hommes ne doivent pas seulement adorer le Christ comme Dieu, mais aussi obéir et être soumis à l'autorité qu'il possède comme homme ; car, au seul titre de l'union hypostatique, le Christ a pouvoir sur toutes les créatures ». 

Le règne que doit exercer le Christ, vrai Dieu, vrai homme, n’est donc en aucune manière un règne métaphorique, comme hélas, beaucoup le laissent entendre. C’est bien une royauté sociale et à vocation universelle dont il est question. Le Christ s’étant immolé pour le genre humain, il convient « qu’après avoir soumis toutes les créatures à son pouvoir, il procurât à votre immense Majesté un royaume éternel et universel, un royaume de vérité et de vie, un royaume de sainteté et de grâce, un royaume de justice, d’amour et de paix. ». 

C’est pourquoi également le devoir d’évangélisation n’est pas un simple conseil : il faut s’évangéliser soi-même, bien-sûr, mais aussi, par amour, le prochain : parce que l’on veut son bien, il faut agir afin que son âme soit remplie de Dieu et soumise à son joug, qui est« doux et léger ». La société dans laquelle ces âmes évolues doit elle aussi contribuer à cette évangélisation car elle n’existe que par et pour les âmes : la divinisation de l’Etat pratiquée par le marxisme, le fascisme, le nazisme, et aujourd’hui encore dans nos propres pays, ne produit que mort et désolation.

Le pape Jean-Paul II, depuis canonisé, parlait avec justesse de « structures de péchés » : ces sociétés, parce qu’elles sont étrangères à Dieu ne suscitent que l’impossibilité de faire le bien ou d’éviter le mal, ce qui est le B-A, BA de l’action morale. Sauvés par le Christ, élevés à la vie de la grâce, cela ne nous exempte cependant pas de notre fin humaine, « et l’organisation sociale qu’exige cette poursuite demeure requise. » L’ordre temporel, et ses chefs, demeurent à leur place. Mais, l’irruption de la grâce dans le monde doit désormais incliner leur action vers le Christ. Chassant les marchands du Temple, le Christ ne se substitue pas aux chefs légitimes de la société juive.

Cette intervention dans l’ordre temporel n’est que le juste exercice d’une prérogative de la royauté spirituelle du Christ – et il faut dès lors bien comprendre que le caractère spirituel de la royauté n’exclut pas, et même exige parfois, une intervention dans l’ordre temporel, sans que la distinction Cæsaris Cæsari en pâtisse – qui exerce alors une puissance royale temporelle. Saint Thomas, commentant l’épitre aux Hébreux écrivait : « [...] ce règne n’a pas pour but les choses du temps, mais celles de l’éternité (Jn. XVIII, 36) : "Mon royaume n’est pas de ce monde", car si le Christ règne, c’est pour conduire les hommes à la vie éternelle. »

Et de fait, si le Christ possède bien la royauté temporelle en raison de sa royauté spirituelle, il est manifeste, à la lecture des évangiles, qu’il n’a pas souhaité exercer cette puissance temporelle. La royauté du Christ, dans la plénitude de ses pouvoirs et de son exercice comprend ainsi, outre une triple domination ­­– législative, exécutive et judiciaire –, un vrai pouvoir spirituel – l’influx de la grâce – par lesquels le Christ, en vertu de l’union hypostatique, est cause universelle de sanctification. Il est donc roi des individus, mais aussi roi des sociétés humaines, c’est là la fameuse, et trop souvent oubliée, « Royauté sociale de Notre Seigneur Jésus-Christ ».

Chanoine Benoît Merly 
Institut du Christ Roi Souverain Prêtre

[Paix Liturgique] Père Ricardo: un curé brésilien à l'écoute de ses fidèles

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 693 - 29 avril 2019

Le père Ricardo de Barros Marquese est prêtre depuis 20 ans. Il est aujourd'hui curé de la paroisse de Saint-Paul Apôtre à Santos, dans l'État brésilien de São Paulo. Ami de longue date de nos amis portugais de Senza Pagare, il a accepté de nous présenter son apostolat spécifique sur Internet et surtout sa découverte de la messe traditionnelle dans sa paroisse.

Q - Paix Liturgique - Vous êtes un adepte de l'apostolat sur les réseaux sociaux. Pouvez-vous nous présenter celui-ci ?

R - Padre Ricardo - Etudiant j'étais très actif sur les réseaux sociaux : Facebook, Instagram, twitter et WhatsApp. Maintenant que je suis prêtre, j'en ai fait mon terrain favori d'apostolat. Cet apostolat sur les réseaux sociaux dépend de ma disponibilité en fonction de ce qui est le plus urgent. La principale caractéristique est le contact très étroit avec les jeunes. J'accorde une grande importance à répondre aux questions, aux doutes, afin de connaître un peu la vie des jeunes. Ce n'est pas un apostolat très général, pour ainsi dire, ce n'est pas simplement un apostolat d'informations ou d'enseignement, de doctrine, mais un apostolat de contact, certes virtuel, mais authentique avec le plus grand nombre de jeunes possible. Il s'agit de défendre la foi authentique dans la charité avec beaucoup de bon sens et souvent un peu d'humour.

Q - Paix Liturgique - Depuis 2018 vous célébrez la messe traditionnelle, pourquoi avez-vous fait ce choix ?

R - Padre Ricardo - J'avais bien connu des prêtres espagnols qui célébraient la messe traditionnelle lorsque je faisais mes études ecclésiastiques à Rome mais je ne pensais pas être confronté à cette forme liturgique dans ma paroisse au Brésil. Je me trompais et c’est ce qui se passa. Cela m'a amené à célébrer la messe selon la forme extraordinaire. Ce fut l'existence autour de moi d'un besoin pastoral, d'un besoin de l'Église. Certains des fidèles du diocèse de Santos, en particulier des jeunes, souhaitaient que la messe tridentine se déroule chez nous, dans notre région. Dans ce diocèse, il n'y avait plus d'église ou elle était célébrée et aucun autre prêtre n'avait l'expérience de la célébration de la messe traditionnelle. Il y a huit ans de cela, nous avions eu dans notre diocèse un prêtre âgé qui célébrait la messe tridentine dans la chapelle du musée d'art sacré mais son grand âge avait rendu impossible la poursuite de cette célébration. Or lorsque je suis rentré au Brésil, je me suis trouvé dans la paroisse Saint-Paul-Apôtre face à un groupe de personnes, des jeunes, des jeunes couples, qui souhaitaient bénéficier d'une messe extraordinaire dans leur paroisse, qui était aussi la mienne. C'est mon évêque qui, connaissant le souhait de certains de mes fidèles, m'a appelé et m'a demandé de commencer à célébrer la messe tridentine dans ma paroisse.

Q - Paix Liturgique - Qu'avez-vous ressenti lorsque vous fûtes chargé de cette mission ?

R - Padre Ricardo - Avant de célébrer ma première messe selon l'usus antiquior , j'ai eu le sentiment d'assumer une grande responsabilité. De plus, je me sentais un peu inquiet parce que je n'avais pas été formé en tant que prêtre dans ce contexte culturel de la messe tridentine. J'ai des notions de latin, je peux lire le latin, je connais des expressions et des mots, mais j'ai dû étudier un peu plus ce que j'allais dire pendant la messe. J'ai aussi dû apprendre les gestes qu'il me fallait faire et respecter, car ce n'est pas comme dans la nouvelle messe où le prêtre peux même pendant le déroulement de la messe choisir le prochain geste qu'il va faire. J'avoue que j'étais un peu inquiet, un peu nerveux, alors quand j'ai terminé la première célébration en mai 2018, j'ai soupiré de soulagement. Mais dans le même temps j'étais très heureux de célébrer une liturgie, un rite, qui inspire et génère tant de piété.

Q - Paix Liturgique - Et comment cela s'est-il passé avec les fidèles ?

R - Padre Ricardo - Nous avons essayé de préparer les paroissiens et les personnes venues de l'extérieur par une catéchèse sur la messe. Cela a été fait à travers une conférence donnée par Michel, un jeune laïc qui connaît le rituel de la nouvelle messe et celui de la messe tridentine. Environ 100 personnes ont assisté à cette conférence, puis 200 personnes ont assisté à la messe. De nombreux fidèles, désireux d'assister à la messe tridentine, étaient déjà des paroissiens et d'autres étaient étrangers à la paroisse et étaient même pour certains venus de l'extérieur du diocèse. Parce qu'ici, au Brésil, il existe une communication très importante, à travers les réseaux sociaux, entre ceux qui aiment la messe tridentine, qui nous dit où et quand la messe sera célébrée, et beaucoup de gens parcourent de nombreux kilomètres pour se rendre à cette messe. Cela s'est passé dans ma paroisse, donc lors de cette première messe, il y avait 200 fidèles. À la deuxième messe que j'ai célébrée, il y avait moins de monde et le troisième nous n'étions qu'une centaine. C'était parce que les célébrations avaient lieu pendant la semaine. C'est tout ce que je pouvais faire parce que le dimanche je célèbre déjà quatre messes. Il y avait cependant une autre curiosité : l'année dernière, j'ai célébré une messe tridentine un jour férié civil, non liturgique. Beaucoup de gens sont allés à cette messe et nous sommes revenus au nombre initial de plus de 200 fidèles. J'ai alors réalisé qu'il valait mieux célébrer la messe le dimanche. En cette année 2019, j'ai commencé à célébrer la messe tridentine un dimanche par mois dans l'après-midi. Le nombre de personnes a augmenté, en particulier les jeunes, beaucoup de jeunes filles et de dames qui s'habillent modestement, les familles de jeunes couples avec beaucoup d'enfants : trois, quatre, cinq enfants. Les enfants de chœur sont de la paroisse et ont eu une préparation avec un acolyte de l'extérieur de la paroisse. Nous avons maintenant un très bon groupe choral, très bien formé. J'espère bientôt pouvoir assurer cette célébration tous les dimanches, si possible le matin.

Q - Paix Liturgique - Quels fruits avez-vous vu éclore de ces messes ?

R - Padre Ricardo - Un jour, un ami prêtre espagnol, alors que nous vivions à Rome, m'a dit qu'en célébrant la messe tridentine il avait ensuite célébré la nouvelle messe d'une manière différente, plus pieuse. À l'époque, je n'avais toujours pas célébré la messe traditionnelle. Quand j'ai commencé à la célébrer, ici au Brésil, j'ai réalisé combien ce prêtre avait raison. Aujourd'hui, je célèbre beaucoup plus souvent la nouvelle messe que la messe tridentine, que je ne célèbre qu'une ou deux fois par mois, mais j'ai commencé à la célébrer avec beaucoup plus de miséricorde et de piété. Je pense que tous les prêtres qui en feront l'expérience ressentiront ce que j'ai ressenti lorsqu'ils auront commencé à célébrer la messe tridentine. C'est pourquoi désormais je les invite à en faire l'expérience pour le bien et la Paix de leur âme.

Q – Paix Liturgique - Alors vous continuez à célébrer avec une certaine régularité. Quels fruits avez-vous vu émerger de ces messes?

R – Padre Ricardo – En plus des grandes célébrations j'ai célébré d'autres messes tridentines un peu plus privés, dans la chapelle du Saint-Sacrement, avec seulement les servants et cinq ou six autres personnes. J'ai vu que grâce à cette messe, de très bons fruits sont apparus, cela a accru la piété des gens, que ce soit ceux qui voulaient avoir la messe tridentine ou bien ceux qui l'ignoraient ou qui la connaissait seulement lorsqu'ils étaient enfants. Tous sont venus profiter de la messe tridentine. Les fruits ont été surtout au niveau de la piété.

Q –Paix Liturgique - Quelles ont été les plus grandes difficultés que vous avez eues en tant que prêtre et les plus grands défis pour vos paroissiens ?

R – Padre Ricardo - Ce n'est pas facile pour un prêtre qui n'a pas été formé au contexte du latin, et qui n'a pas reçu de formation liturgique sur la messe tridentine au séminaire, de commencer à célébrer la messe traditionnelle. Il n'est également pas facile pour les croyants habitués à la nouvelle messe de participer à la messe tridentine pour la première fois. C'est aussi parce que le niveau culturel des gens a beaucoup diminué ici au Brésil, ainsi que le niveau académique. Les gens en général ne connaissent pas le latin, beaucoup de jeunes notamment. Bien sûr, ceux qui apprécient la messe tridentine sont souvent très bien formés: ils connaissent le latin, ils connaissent d'autres langues, ils connaissent la doctrine de l'Église et l'histoire de l'Église. La difficulté à laquelle je fais allusion n'est pas tant en rapport avec ceux qui aiment déjà la messe tridentine, mais avec d'autres personnes qui n'ont pas cette haute formation culturelle, qu'elle soit ecclésiastique ou non, pour participer à la messe tridentine. Les portes sont ouvertes, nous vous ferons savoir quand celle-ci sera célébrée. Mais les gens, à cause de ce niveau culturel et intellectuel, risquent de ne pas venir ou de partir la première fois et ne retournent pas la suivante mais l'on peux avoir aussi de bonnes surprise et voir des gens peu cultivés enchanter par la piété et la sacralité de l'office: cela m'est arrivé ! 

Q –Paix Liturgique - Quel conseil donneriez-vous à tous les prêtres qui souhaiteraient célébrer la messe tridentine mais qui ont peur de ce que vont dire les autres prêtres, ou à certains paroissiens qui ont des préjugés sur cette manière de célébrer la messe ?

R – Padre Ricardo - Bien que le motu proprio du pape Benoît XVI indique qu'il n'est pas nécessaire que l'évêque autorise la célébration de la messe, s'il existe un groupe stable de croyants qui désirent assister à la célébration de la messe tridentine, il est bon ton, il est prudent, que le prêtre parle d'abord avec l'évêque diocésain. Et explique à l'évêque que la célébration de la messe tridentine ne signifie pas une manière de se tenir contre quelque chose dans l'Église. C'est très important parce que si les évêques réalisent que la célébration de la messe tridentine n'est pas liée au rituel mais à un groupe de personnes, y compris à un prêtre, qui - à tort ou à raison - s'oppose à quelque chose ou à quelqu'un, les évêques n'autoriseront pas la célébration de la messe. C'est une question de prudence.

Q –Paix Liturgique -Une célébration pour la réconciliation et la paix dans les paroisses?

R – Padre Ricardo - Ici au Brésil, on peut rencontrer l’opposition d’autres prêtres ou paroissiens à la messe tridentine. Personnellement je n'ai ressenti aucune persécution ici dans mon diocèse. En fait, le recteur du séminaire s'est rendu à la première messe célébrée pour voir comment elle se déroulait et a autorisé les séminaristes à assister à la messe tridentine. Certains sont venus, en vacances, certains veulent apprendre à célébrer la messe. Bien sûr, il y a des gens qui sont contre et il y en aura toujours. Mais le prêtre est un berger pour tous ses fidèles : nous devons donc également nous occuper de ceux qui aiment et veulent participer à une messe tridentine. C'est la réponse d'un prêtre qui a un vrai sens pastoral. Dans la paroisse, le curé peut donc montrer l'importance de la messe tridentine, celle d'accueillir ceux qui assistent à la messe tridentine et même d'inclure certaines de ces personnes dans l'apostolat paroissial, comme cela se passe dans ma paroisse. Il n’y a de problème qu’avec ceux qui assistent à la messe tridentine sans avoir conscience qu’ils le doivent la paroisse, mais il est vrai qu'à cause de la messe tridentine, certains sont venus d’ailleurs assister à la messe dans ma paroisse et sont devenus mes paroissiens, comme les autres.

25 avril 2019

[Paix Liturgique] Grande enquête sur le catholicisme en Corée : seconde partie

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 693 - 25 avril 2019

Nous approfondissons cette semaine notre grande enquête sur le catholicisme en Corée en nous intéressant aujourd’hui à l’émergence du monde traditionnel au pays du matin calme.

Pour cela nous poursuivons notre entretien avec João Silveira qui continue à nous présenter les informations recueillies lors de son voyage missionnaire effectué dans ce pays en mars 2019.

Q – Paix Liturgique – Comment se sont effectués les changements liturgiques postconciliaires en Corée ?

R – João – L’Église coréenne, fondée sur la culture confucéenne, est une Église ou l’obéissance à l’autorité est de règle. Aussi, l’épiscopat coréen a-t-il adopté immédiatement et rigoureusement les changements postconciliaires, notamment la réforme liturgique qui a été appliquée, comme Rome l’avais demandé, dès sa promulgation à partir de 1964 et jusqu’en 1969.

Q – Paix Liturgique – La liturgie traditionnelle a donc totalement disparu du pays ?

R – João - Oui je le pense car, je le rappelle, il n’est pas dans la mentalité coréenne de résister à l’autorité même lorsque l’on est convaincu de devoir le faire. Aussi l’on peut considérer que dès 1969 la liturgie traditionnelle n’a plus été célébrée en Corée.

Q – Paix Liturgique – Pensez-vous qu’il ait subsisté des ilots de résistance ?

R – João – Ce n’est pas impossible et la suite de mes propos permet sans doute de le croire. Cependant, si des célébrations traditionnelles ont continué ce fut dans une semi clandestinité, sans que cela ait été connu des autorités épiscopales et paroissiales.

Q – Paix Liturgique – Pouvez-vous précisez ?

R – João – A notre connaissance, des fidèles coréens sont entrés en relation avec l’association Una Voce au cours de ces années de plomb, mais cela n’eut pas immédiatement de résultat visible dans le cadre officiel de l’Eglise de Corée.

Q – Paix Liturgique – De quand date la renaissance ?

R – João – Comme je vais le montrer, il y eut en Corée deux sortes de renaissances. La renaissance « officielle », la seconde, eut lieu lors de la célébration d’une première messe selon la forme extraordinaire le 13 mai 2009 soit deux ans après le motu proprio Summorum Pontificum, dans l'Église de Yongsan à Séoul, à la suite d’une conférence donnée par le professeur Martin Mosebach en Corée dans le cadre des activités du Goethe Institute. La messe a été célébrée par le Père Michael Bauer, curé de la paroisse allemande de Shanghai, en Chine, et c'est le professeur Mosebach lui-même qui a servi la messe, devant une assemblée de plus de 200 fidèles qui, pour beaucoup, n’avait jamais assisté à une messe traditionnelle en latin. Ce fut pour ceux que j’ai rencontré un moment historique ( pour en savoir visionnez la vidéo ).

Q – Paix Liturgique – Et la première renaissance ?

R – João – Historiquement c’est la Fraternité Saint-Pie X qui, la première, a réintroduit la messe traditionnelle en Corée dès les années 80 à la suite des demandes répétés de ces fidèles qui étaient entrés en contact avec Una Voce. Pendant longtemps la Fraternité n’est venue qu’occasionnellement en Corée mais depuis 1993 la célébration est devenue mensuelle dans une chapelle de Séoul. Actuellement la messe est célébrée bimensuellement pour une soixantaine de fidèles, avec une présence sacerdotale de 9 jours autour de la célébration pour assurer le catéchisme les confessions et l’apostolat auprès des familles. Les deux prêtres qui desservent la Corée viennent de l’un des prieurés de la fraternité à Manille (capitale des Philippines).

L'un d'eux est le Père Tomás Onoda, un prêtre japonais très apostolique. La fécondité de cet apostolat n’est pas négligeable car déjà il a généré 5 vocations sacerdotales et plusieurs vocations religieuses. Outre la messe, il y a l'adoration. Il est émouvant de voir tous ces Coréens qui ne parlent que leur langue chanter les cantiques catholiques en latin avec toute la ferveur possible. Il se trouve en effet beaucoup de piété en Corée et celle-ci pourrait s’étendre si l’offre traditionnelle était amenée à se répandre non seulement dans la mégapole de Séoul mais aussi dans tout le pays.

Q – Paix Liturgique – C’est tout pour la Fraternité Saint-Pie X ?

R – João – Pas exactement, il y a aussi ce qu’on appelle la « Résistance ». Vous savez qu’en 2012 il y a eu une scission au sein de la Fraternité Saint-Pie X. Celle-ci eut des conséquences en Corée où l’abbé François Chazal, un prêtre issu de la Fraternité Saint Pie X, passa à la Résistance et poursuivit son apostolat à Séoul. Les débuts ont été difficiles mais aujourd’hui il assure une messe mensuelle qui réunit de 30 à 35 personnes, presque toutes coréennes. Les autres dimanches, lorsque la messe n’est pas assurée, les fidèles se réunissent dans la chapelle pour réciter le chapelet.

Q – Paix Liturgique – Et qu’en est-il du Peuple Summorum Pontificum ?

R – João - J’ai évoqué précédemment le fait que des fidèles étaient entrés très tôt en contact avec Una Voce. Si certains d’entre eux ont été à l’origine des apostolats de la Fraternité Saint-Pie X, d’autres ont profité de la promulgation du motu proprio Summorum Pontificum pour constituer le 14 septembre 2007 la Societas Liturgiae Traditionis Latinae (SLTL) à la fois le jour de la fête de l'Exaltation de la Sainte Croix et aussi celui de la date d'entrée en vigueur du Motu proprio Summorum Pontificum du pape Benoît XVI, promulgué le 7 juillet 2007.

Q – Paix Liturgique – Quelle était le but de cette association de fidèles ?

R – João – Il faut préciser que ce furent surtout des jeunes qui agirent pour lancer cette association. Leur premier objectif fut de créer des groupes d’étude de la liturgie traditionnelle. Pendant 3 ans ces groupes se réunirent pour mieux connaitre les richesses de la liturgie traditionnelle et simultanément cherchèrent à nouer des liens avec des prêtres qui partageaient leur amour de l’usus antiquior. C’est ainsi qu’une première messe selon la forme extraordinaire fut célébrée le 31 octobre 2010, le jour de la solennité du Christ-Roi. A partir de cette date la messe fut célébrée au moins une fois par mois et lorsque cela était possible pour les grandes fêtes, à Noel et à Pâques.

Q – Paix Liturgique – Quelle est aujourd’hui l’action de ce groupe ?

R – João – La mission principale du SLTL est de faire connaitre la liturgie traditionnelle aux Coréens qui pour beaucoup ne la connaissent pas. Parmi les moyens qu’ils ont mis en œuvre il y a un site Internet qui réunit en 2019 plus de 7 000 abonnés repartis dans toutes les régions du pays.

Q – Paix Liturgique – Et c’est auprès de ces personnes que se développe l’apostolat du SLTL ?

R – João – Oui car il faut répondre aux interrogations et préparer la messe mensuelle mais aussi former des servants de messe et constituer des chorales.

Q – Paix Liturgique – Et qu’en est-il des prêtres ?

R – João - C’est une activité importante du SLTL que de faire connaitre son apostolat aux prêtres et d'aider ceux qui le désirent à apprendre à célébrer. Le SLTL a mis en place un groupe de 7 prêtres dont certains sont étrangers comme le père Philippe Blot des missions étrangères de Paris.

Q – Paix Liturgique – Que représentent ces groupes ?

R – João - Il y a beaucoup d’enthousiasme et de volontaires pour ces activités mais malheureusement, l'oratoire où la messe est célébrée, à Guanpo, est un peu éloigné de Séoul et peu de fidèles ont la possibilité d'y aller pour assister à la messe. Cependant en moyenne plus de 50 personnes assistent à la messe chaque mois. Si celle-ci était célébrée au centre de Séoul ce chiffre serait bien plus important.

Q – Paix Liturgique – Pouvez-vous nous présenter votre célébrant ?

R – João – Le prêtre célébrant est le Père Philippe Blot, un prêtre des Missions étrangères de Paris, de la même famille que les premiers missionnaires qui sont arrivés en Corée en 1836. Le Père Blot lui, est arrivé en 1990 et depuis lors, il travaille principalement à une œuvre d’aide aux orphelins qui vivent dans la rue. C’est un prêtre enthousiaste pour la messe traditionnelle et il est très motivé pour mettre en œuvre une célébration à Séoul… dès qu’il obtiendra la permission de l’archevêque.

Q – Paix Liturgique – Quelle impression tirez-vous de votre mission en Corée ?

R – João – J’ai été très impressionné par le sérieux et la piété des catholiques coréens et même si j’ai été un peu surpris par ce qui m’a semblé être une excessive obéissance à leurs pasteurs je suis persuadé que celle-ci leur apportera beaucoup de fruit, car le jour où la Tradition sera officiellement intégrée à la vie de l’Eglise de Corée cela provoquera un vrai tsunami en faveur de la liturgie traditionnelle, qui correspond si bien à la mentalité et à la piété coréenne.

Q – Paix Liturgique – Mais les groupes que vous avez rencontrés sont minuscules par rapport à l’importance du catholicisme coréen ?

R – João – C’est exact mais j’ai senti parmi eux un tel enthousiasme, un tel désir de faire partager le trésor qu’ils ont découvert autour d’eux, qu’ils m’ont fait penser aux premiers apôtres qui ont su changer le monde antique pour en faire un monde chrétien.

Q – Paix Liturgique – Vous pensez donc que ces petites braises vont se propager ?

R – João – J’insiste sur l’enthousiasme et le zèle missionnaire de ceux que j’ai rencontrés et j’ai vu que partout désormais des brindilles s’enflamment en Corée pour la Tradition et cela me fait croire que demain ce pays deviendra plus que la vielle Europe ou les Amériques un foyer rayonnant d’un catholicisme, pieux, authentique et traditionnel en continuité et en fidélité à ces nombreux martyrs sur lesquels s’appuie aujourd’hui l’Eglise de Corée.

[Abbé Fabrice Loschi - FSSPX Actualités] En direct : que se passe-t-il au Sri Lanka ?

SOURCE - Abbé Fabrice Loschi - FSSPX Actualités - 25 avril 2019

Beaucoup d’entre vous se sont inquiétés pour nous et ont offert de nombreuses prières pour notre sauvegarde après les attentats à la bombe contre des églises, le matin de Pâques. Je voudrais vous remercier très sincèrement de votre charité et vous donner un état de la situation ici. En entendant les explosions qui ont touché deux églises catholiques (ainsi qu’un temple protestant) le jour où nous célébrions la Résurrection de Notre Seigneur, la communauté catholique a été profondément secouée, surtout par le caractère totalement inattendu de l’attaque.
La présence catholique
Au Sri Lanka, même si le pays est majoritairement bouddhiste, l’Eglise catholique est une institution estimée et considérée par les autorités publiques. Elle est appréciée pour l’excellence de ses écoles, pour ses hôpitaux et pour toutes ses institutions charitables. Sur le territoire srilankais, l’Eglise catholique est répartie en douze diocèses regroupant environ 1,2 million de catholiques représentant environ 6,1 % de la population selon un recensement de 2012. Elle jouit de la liberté de culte et croît régulièrement par des conversions, l’ouverture de nouvelles paroisses, la construction d’églises, l’ouverture de nouvelles écoles et de maisons religieuses chaque année.
La vie catholique
Pour un prêtre, le Sri Lanka est un très bel apostolat dans le monde. Le prieuré de la Fraternité Saint-Pie X est situé dans la ville de Negombo, l’une des régions les plus catholiques du pays et cela permet aux prêtres de la Fraternité de vivre dans une société catholique, un privilège qui a presque disparu de la surface de la terre à notre époque.

Si l’on parcourt la côte Ouest depuis Colombo (la capitale) jusqu’à la ville de Chilaw, l’on rencontre des oratoires ou des statues de saints à presque tous les carrefours. Negombo est très réputée pour cela ; il s’y trouve même une statue du Christ-Roi de trois mètres de haut à l’Hôtel de ville, pour montrer que Negombo est une ville catholique. Il y a deux ans, une statue de Notre Dame a été inaugurée au sommet de la tour de l’horloge principale, au centre-ville, avec un panneau accueillant les visiteurs dans la « petite Rome », le surnom de Negombo.

Durant la période de Noël, de jolies scènes de la Nativité sont érigées dans les rues par les habitants catholiques de Negombo, avec des statues et des décorations. Au contraire de ce que l’on peut voir en Europe, personne n’oserait vandaliser de telles expressions de foi.
Les prêtres dans la société
Le prêtre catholique est tenu en haute estime et cela se constate par le fait qu’un prêtre ne fera jamais la queue dans un bâtiment administratif ni dans une banque ! Il est immédiatement pris en charge dès qu’il entre. Dans un bus, si tous les sièges sont occupés, quelqu’un abandonnera spontanément sa place pour un prêtre qui n’en a pas.

En quittant le pays, à l’aéroport de Colombo, il y a des sièges spéciaux pour le clergé (bouddhiste et catholique) et à la porte d’embarquement, un membre de l’équipage invitera le prêtre à monter le premier à bord, avec les personnalités, même si vous voyagez en classe économique. Les manières obligeantes du personnel de la compagnie nationale se sont particulièrement manifestées en 2010, lorsqu’une relique de saint Antoine de Padoue a été apportée au Sri Lanka. La relique fut transportée par un avion de Sri Lanka Airlines. Pour l’occasion, cette compagnie choisit comme pilote et copilote deux catholiques. En outre, la relique reçut une place en première classe. Lorsqu’elle arriva à l’aéroport, elle fut accueillie par le chef de l’Etat. Au sortir de l’aéroport, la relique de saint Antoine fut placée dans un véhicule officiel et escortée jusqu’à Colombo par l’armée et la police.
Mais alors, pourquoi ces attentats ?
Le dimanche de Pâques, l’acte terroriste fut intentionnellement dirigé pour blesser au plus profond la communauté catholique. D’abord parce qu’il fut accompli lors de la plus grande fête de l’année, ensuite, parce que les deux saints les plus populaires au Sri Lanka sont saint Antoine de Padoue et saint Sébastien. Les terroristes n’ont donc pas choisi leur cible au hasard. Ils ont visé le sanctuaire de saint Antoine à Colombo et l’église de saint Sébastien à Negombo, qui sont des églises très fréquentées. La police recherche toujours qui a été le cerveau de ces attaques, mais beaucoup de monde a déjà une bonne idée de la réponse ici. – Depuis la réception de ce message de l’abbé Loschi, les autorités sri-lankaises ont dénoncé le National Thowheeth Jama’ath, soutenu par l’organisation terroriste Etat islamique qui a revendiqué l’attentat dans l’après-midi du 23 avril, voir notre article « Pâques sanglantes au Sri Lanka ». NDLR
La Fraternité est-elle en sécurité ?
Comme beaucoup de communautés du pays, nous devons être vigilants. L’église doit rester fermée sauf pour la messe. Il nous est conseillé d’éviter tout déplacement inutile. Un couvre-feu est en vigueur de 6 heures du matin à 6 heures du soir. Notre prieuré n’est pas important, et il est bien improbable qu’il puisse être la cible d’un acte malveillant, mais qui sait ? L’une des églises touchées est à seulement trois kilomètres de notre prieuré. Nous comptons fortement sur vos prières et votre soutien. Priez spécialement pour ce beau pays qui a tant à offrir, pour qu’il puisse surmonter rapidement cette épreuve et demeurer un endroit paisible.

Abbé Fabrice Loschi