12 novembre 2019

[Jérôme Bourbon - Rivarol] Présent, la subvention publique et les prud’hommes

SOURCE - Jérôme Bourbon - Rivarol - 13 novembre 2019

Dans Présent du 5 novembre, Francis Bergeron, le gérant du journal, fait savoir que le quotidien ne recevra pas, contrairement aux années précédentes, la subvention gouvernementale qu’il estimait pour 2019 à quelque 140 000 euros et sollicite à nouveau l’aide de ses lecteurs. Cet appel a été largement relayé sur les réseaux sociaux, du Salon beige à Français de souche en passant par Riposte laïque, TV Libertés et l’Observatoire du journalisme, qui crient tous au scandale et à la persécution politique. Les choses sont-elles aussi simples que cela ? Que faut-il vraiment en penser ? 

Beaucoup de lecteurs de Présent auront en tout cas été surpris d’apprendre que le quotidien percevait chaque année une aide de l’Etat, une subvention publique de plus de cent mille euros. Il est en effet étonnant d’attendre d’un gouvernement que l’on combat, ou que l’on est censé combattre, une aide publique. De plus, au sein de la droite nationale, on s’est toujours opposé au principe des subventions publiques, qui plus est pour la presse. Jean-Yves Le Gallou a souvent expliqué, non sans raison, qu’une presse devait être libre et ne dépendre que de ses seuls lecteurs. Précisons que RIVAROL, lui, ne perçoit, ni n’a jamais perçu le moindre centime d’aide publique. Ce qui explique sans doute sa totale liberté de ton et la radicalité de sa ligne éditoriale.

L’actuelle direction de Présent ayant depuis cinq ans le monopole de la communication et recourant régulièrement à la désinformation, il nous paraît nécessaire, au moment où l’on parle tant dans nos milieux de la nécessité de la réinformation, de rétablir la stricte vérité des faits pour que le public puisse valablement se faire une opinion sur ce qui se passe actuellement, et depuis un certain temps déjà, à Présent. Il est certes très délicat d’aborder ce genre d’affaires pénibles mais nous taire plus longtemps nous rendrait complice d’une imposture dont le lecteur est la première victime. A quoi sert en effet un journal d’opinion si la vérité doit être mise sous le boisseau et si l’on n’ose rien dire de crainte de se faire des ennemis, d’être incompris ou d’indisposer tel ou tel ? RIVAROL prend donc une nouvelle fois ses responsabilités.
UN JOURNAL DOIT-IL ÊTRE SUBVENTIONNÉ ?
On savait que la plupart des journaux étaient subventionnés par l’Etat et ne vivaient que sous respiration artificielle. Beaucoup auront appris ces jours-ci que Présent est également dans ce cas. C’est d’autant plus étonnant que le journal a toujours dit qu’il ne vivait que de ses lecteurs et qu’il s’est bien gardé de dire, ou alors ô combien discrètement, qu’il bénéficiait depuis de très longues années d’une subvention publique de plusieurs centaines de milliers d’euros par an. Une rapide recherche sur Internet permet de connaître le montant des aides reçues chaque année du gouvernement : en 2015 Présent a ainsi perçu 262 257 euros d’aide publique directe, 218 128 en 2016, et encore 157 562 en 2017. Aides directes auxquelles il faut ajouter l’aide indirecte, non négligeable également.

Un bon produit n’a pas besoin d’être subventionné. Que dirait-on d’un boulanger subventionné pour vendre son pain ou d’un boucher aidé pour écouler sa viande ? Un commerce doit vivre des ventes de ses produits. Si ce qu’il propose au public est de qualité, il doit en principe pouvoir se maintenir et même éventuellement se développer. On a rarement entendu qu’un boulanger faisant du bon pain ou un pâtissier réalisant de succulents gâteaux ait fait faillite. 

Le principe des subventions publiques est donc éminemment contestable. Il l’est davantage encore pour la presse. Car comment combattre frontalement et sans arrière-pensée un gouvernement dont on attend chaque année l’aide publique ? La crainte de perdre la subvention publique ne conduit-elle pas à un amollissement de la ligne éditoriale, à un attiédissement des convictions ? N’invite-t-elle pas à certaines timidités éditoriales ? Et surtout le fait de pouvoir compter régulièrement sur des aides publiques n’engendre-t-il pas le risque de conduire à une certaine médiocrité ? Pourquoi consentir à des efforts, viser l’excellence, si l’on sait que de toute façon on touchera chaque année une subvention permettant de durer ?

La raison invoquée par le ministère de la Culture pour refuser à Présent l’aide publique cette année, pour la première fois depuis douze ans, est que le prix de vente du quotidien est en-dessous des autres quotidiens. Les autres quotidiens à faibles ressources publicitaires que sont La Croix et L’Humanité sont vendus respectivement 2 euros et 2,20 euros. Si Présent s’était aligné en janvier 2019 sur les prix de vente de ses deux confrères, il y a fort à parier qu’il aurait bénéficié à nouveau de sa subvention publique cette année, subvention qu’il touchait sans discontinuité depuis 2008. Et s’il passe à 2 euros ou 2,20 euros en janvier 2020, tout laisse supposer qu’il récupérera la subvention l’année prochaine. C’est si vrai que, dans le passé, lorsque Présent avait déjà perdu une fois sa subvention annuelle parce que son prix de vente était trop élevé, il lui a suffi l’année suivante de baisser son prix pour être dans la moyenne des autres quotidiens et, ainsi, de récupérer aussitôt la subvention momentanément suspendue, comme nous l’a confirmé la gérante de l’époque, Jeanne Smits. Donc, dans cette affaire, s’agit-il exclusivement d’une manœuvre politique du gouvernement ou surtout d’une impéritie, d’une incurie de l’actuelle direction du quotidien ?

Dans Présent daté du 8 novembre, le rédacteur en chef, Samuel Martin, un intime de Caroline Parmentier — qui a quitté le navire début 2019, sentant le naufrage arriver, pour devenir attachée de presse au Rassemblement national — écrit une « lettre ouverte à nos confrères quotidiens » dans laquelle il demande très officiellement à huit quotidiens, La Croix, L’Opinion, Libération, L’Humanité, Le Figaro, Le Monde, Le Parisien, Les Echos, de verser à Présent une partie de leur subvention annuelle. Faut-il n’avoir aucun sens de l’honneur et aucune dignité pour demander de l’argent à l’ennemi que l’on combat ! Mieux vaut mourir debout, le drapeau fièrement déployé, la bannière claquant au vent, que de solliciter, de manière plaintive, l’aide du gouvernement et de journaux cosmopolites. 
PRÈS DE 400 000 EUROS RÉCLAMÉS EN UN AN !
Francis Bergeron demande à ses lecteurs d’ouvrir largement leurs porte-monnaie puisqu’il réclame 140 000 euros, soit le montant estimé de la subvention selon ses calculs. En l’espace d’un an environ, Bergeron a demandé presque 400 000 euros aux lecteurs de Présent : 210 000 euros pour l’affaire Rémi Fontaine, journaliste de fondation à Présent qui a gagné aux prud’hommes en première instance, puis plus largement encore en appel, 35 000 euros pour l’affaire Yves Brunaud, journaliste de fondation à Présent qui a gagné en première instance aux prud’hommes, et voilà que, dans un troisième appel au secours, en quelques mois, Bergeron demande encore 140 000 euros pour une subvention publique perdue !

Cela ne va pas s’arrêter là et les dévoués lecteurs de Présent doivent savoir qu’ils seront appelés à mettre très souvent encore la main au portefeuille dans ce puits sans fonds qu’est devenu ce quotidien. Pendant longtemps, Francis Bergeron a fait croire qu’il n’y avait qu’un seul et non plusieurs procès aux prud’hommes, intentés contre la SARL Présent par d’anciens journalistes du quotidien écœurés par les méthodes de gestion et le changement de ligne éditoriale de la nouvelle direction. Il ciblait uniquement Rémi Fontaine, régulièrement traîné dans la boue et auquel était systématiquement refusé tout droit de réponse. Puis Bergeron avoua un deuxième procès, une fois qu’il l’eut perdu, celui d’Yves Brunaud. La vérité, c’est qu’il n’y a pas un, ni deux procès, mais SIX procès aux prud’hommes dont celui intenté par l’ancienne gérante et directrice de la publication et de la rédaction Jeanne Smits, débarquée en mars 2014 dans des conditions humainement épouvantables et qui ont gravement altéré à l’époque son état de santé, et bien plus encore celui de son époux, Olivier Figueras. Les six journalistes qui ont été aux prud’hommes sont Jeanne Smits, Olivier Figueras, Catherine Robinson, Rémi Fontaine, Yves Brunaud et Maroun Charbel. Bergeron, qui n’en est pas à un mensonge près, se garde bien d’informer ses lecteurs, sans doute pour ne pas les décourager, qu’il a déjà perdu un troisième procès, celui de Catherine Robinson, qui va coûter 146 000 euros (124 000 euros accordés par les prud’hommes, plus 22 000 euros attribués par la commission arbitrale des journalistes) au journal, ou plutôt à ses lecteurs appelés à renflouer sans cesse le tonneau des Danaïdes. On peut trouver tous les jugements en PDF sur la page Wikipédia consacrée à Présent
SIX PROCÈS AUX PRUD’HOMMES
Lorsque Bergeron a demandé 210 000 euros aux lecteurs de Présent pour payer la somme prétendument allouée par les juridictions prud’homales en première instance à Rémi Fontaine, les lecteurs ont été très généreux puisque, de l’aveu même de Bergeron, en quelques mois, ils ont donné près de 300 000 euros, plus encore que la somme demandée. Or, d’après ce que dit Rémi Fontaine dans un communiqué, non seulement la somme alors demandée était mensongèrement gonflée mais il n’a à ce jour perçu qu’un petit dixième de la somme due en vertu d’un jugement pourtant exécutoire. Où est donc passé l’argent puisque Bergeron écrit que le journal n’a quasiment plus de trésorerie aujourd’hui et qu’il est condamné à une mort imminente sans un nouveau renflouement massif de la part de ses lecteurs ? De la même façon, Yves Brunaud nous confirme qu’à ce jour il n’a pas touché un centime des 35 000 euros que Bergeron avait récoltés auprès de lecteurs de Présent toujours aussi généreux. Où est passé l’argent donné par les lecteurs ?

Si on additionne tous les procès perdus à ce jour aux prud’hommes par Présent, on est déjà très largement au-dessus de 300 000 euros, et le total pourrait s’alourdir encore dans les mois qui viennent, Jeanne Smits, Olivier Figueras et Maroun Charbel étant en appel, comme d’ailleurs Catherine Robinson et Yves Brunaud. Or, traditionnellement, en droit du travail, les juridictions d’appel sont plus favorables aux salariés qu’aux employeurs. Martin Peltier, qui avait perdu en première instance contre National-Hebdo après avoir fait valoir la clause de conscience pour quitter ses fonctions de rédacteur en chef de l’hebdomadaire frontiste au moment de la scission mégrétiste en 1999, avait gagné sur toute la ligne en appel, ce qui avait durablement affaibli le périodique qui a cessé définitivement sa parution en juin 2008. 

Que les lecteurs soient appelés à aider un journal qui connaît une difficulté passagère, conjoncturelle, ou qui a perdu un procès politique à cause de positions courageuses, politiquement ou historiquement incorrectes, il n’est rien là de plus légitime. Mais les lecteurs à qui l’on doit la vérité et qu’il est particulièrement irrespectueux de manipuler et de tromper, d’autant plus quand on leur demande régulièrement de l’aide, doivent-ils en permanence prendre sur leurs deniers, se priver de ce que Bergeron appelle « le superflu », pour payer les conséquences d’une gestion exécrable des relations humaines en son sein ? Car à qui fera-t-on croire que tous les torts sont d’un seul côté quand, quasiment du jour au lendemain, plus d’une dizaine de collaborateurs ont quitté le journal et que six d’entre eux, dont deux de fondation ainsi que l’ancienne directrice, sont allés aux prud’hommes ? Curieux que Bergeron qui a été DRH dans une grande entreprise se soit montré aussi calamiteux dans la gestion des ressources humaines au point de conduire à la révolte des journalistes de fondation ! 
MARINOLÂTRIE
La vérité, c’est qu’en 2014, un « clan familial » (dont les liens ne sont de surcroît pas conformes à la morale catholique qu’est censé défendre le quotidien) s’est emparé du journal avec une extrême brutalité — d’où les nombreux départs et les six procès aux prud’hommes —, en a altéré la ligne éditoriale, transformant le quotidien fondé en 1982 en bulletin mariniste inconditionnel. 

RIVAROL avait d’ailleurs épinglé en 2017, quelques semaines avant la présidentielle et avant le débat calamiteux de Marine Le Pen, les dithyrambes insensés à l’égard de la présidente du Rassemblement national : « En tout cas, la marinolâtrie s’intensifie chaque jour davantage dans le quotidien qui avait autrefois pour devise « Dieu Famille Patrie ». En témoigne en page une cet article du 7 mars 2017 (« Mobilisation générale ») de son principal actionnaire Francis Bergeron qui passe la brosse à reluire : « il n’y a qu’un seul candidat, à droite — et même dans tout l’échiquier politique français — qui ait une stature d’homme d’Etat, c’est elle (Marine Le Pen) ». Emporté par son enthousiasme, Bergeron ose écrire : « Pour ceux qui ont étudié l’histoire de notre courant politique — le courant identitaire et patriotique, pour faire simple —, jamais nous n’avons eu de tête de file de la qualité de Marine Le Pen. Le moment est tout simplement extraordinaire. » Oui, vous avez bien lu : Marine Le Pen est un chef de file ô combien supérieur à saint Louis, à sainte Jeanne d’Arc, à Drumont, à Barrès, à Maurras, au maréchal Pétain, à Poujade, à Tixier-Vignancour, à Jean-Marie Le Pen (qui a dû apprécier le compliment !) Personne dans notre histoire ne saurait égaler (l’ex-)concubine de Louis Aliot qui est tellement extraordinaire. On croirait lire La Pravda du temps de Staline. Des dithyrambes qui confinent au délire. Décidément les élections rendent fou, font perdre tout jugement, tout bon sens, toute mesure, toute dignité intellectuelle. »
UN REDRESSEMENT QUI N’A PAS EU LIEU
Depuis plusieurs années, partout où il est invité, à Chiré, sur Radio Courtoisie, à TV-Libertés, et encore dans un livre paru récemment, Présent, un défi au quotidien, Bergeron fait croire, avec l’humilité qui le caractérise, qu’il a redressé le journal et que tous les torts incombaient à l’ancienne gérance (Jeanne Smits), « ce pelé, ce galeux, d’où vient tout le mal ». Il suffit toutefois de consulter les comptes de la société déposés chaque année depuis 2014 au greffe du tribunal de commerce de Paris pour se rendre compte qu’il s’agit là d’un fieffé mensonge. Le chiffre d’affaires annuel de Présent est en baisse quasiment constante, les déficits et les dettes augmentent, les abonnements et les ventes en kiosques chutent de manière sensible. Il est donc totalement mensonger de prétendre qu’il a redressé le journal.

Il est des individus qui, à cent ans, attendent encore fébrilement la Légion d’honneur. Bergeron, qui rêvait dans sa vieillesse de diriger à sa guise un journal pour en faire sa danseuse, son bâton de maréchal, n’a reculé pour ce faire devant aucun moyen, aucune forgerie, aucune manipulation, aucune falsification. Se croyant tout permis, il s’est ainsi emparé en 2016 de la présidence de Présent-militants, qu’il a transformée en CLAP (Club des Lecteurs et Amis de Présent), alors qu’il n’était même pas membre de l’association et qu’il n’a pas pris la peine de convoquer un conseil d’administration en bonne et due forme, n’informant ni ne convoquant par lettre recommandée avec AR les membres de plein droit de Présent Militants (Jeanne Smits qui disposait de 5 voix sur une totalité de 22, ainsi qu'Yves Chiron, 1 voix, Olivier Figueras, 1 voix, Jean-Claude Absil, 1 voix, Rémi Fontaine, 1 voix, et plusieurs autres). 

Enfin, ce qui en dit long sur le personnage, au moment où l’actuelle direction de Présent poursuivait l’ancienne gérante de Présent, Jeanne Smits, devant le tribunal de commerce de Paris, en essayant de la faire condamner le plus lourdement possible pour de supposées fautes de gestion, Bergeron, qui est la fourberie faite homme, faisait publier, avec une évidente fausse compassion, un petit texte pour assurer Jeanne Smits de toute sa sympathie au moment où elle venait de perdre son père. Difficile d’aller plus loin dans la tartuferie !

Jérôme BOURBON
RIVAROL numéro 3399 du 13 novembre 2019, page 11

11 novembre 2019

[Valeurs Actuelles] Incendie de Notre-Dame : le dernier curé de Saint-Germain l’Auxerrois se confie

SOURCE - Valeurs Actuelles - 4 septembre 2019

Le Père Gilles Annequin déplore la délocalisation des activités de la cathédrale de Paris qui entraîne la mise entre parenthèses de cette paroisse, laboratoire de communion entre les différentes sensibilités ecclésiales.

A l’heure où il faut quitter ce qui nous a été confié, on ne peut que le remettre entre les mains de la Providence. Nécessité faisant loi, il était nécessaire d’envisager un déplacement des activités de la cathédrale dans une église voisine, et le choix a été fait de Saint-Germain l’Auxerrois. Quelle que soit la paroisse choisie, cela représentait, hélas, de grands bouleversements, dont certains difficiles à vivre pour les communautés présentes et qui s’y étaient épanouies. Saint-Germain l’Auxerrois était une vraie paroisse, paroisse territoriale pour ceux qui habitent le quartier - même si les bureaux prennent le pas sur les logements -, mais aussi paroisse d’élection.

Si la liturgie a été l’occasion d’une véritable guerre de religion dans l’Eglise de France, qui perdure dans maints endroits, à Saint-Germain l’Auxerrois, les différentes sensibilités avaient trouvé leur place et chacun pouvait célébrer sa foi et prier selon son cœur : en latin selon la forme extraordinaire, en français selon la forme ordinaire, en grégorien, en espagnol avec la dynamique et joyeuse communauté latino-américaine. Les prêtres se croisaient, certains en soutane, d’autres sans le moindre signe distinctif, des Français, des étrangers, nombreux, des visiteurs aussi, touchés par la beauté des lieux, et chacun respectait l’autre, parce qu’une vraie liberté, une vraie harmonie régnaient. Le Centre Saint-Paul, la Fraternité Saint-Pierre… se sentaient accueillis.
Saint-Germain l’Auxerrois, c’est aussi la "paroisse royale du Louvre"
L’expérience spirituelle tentée attirait les jeunes, dont de nombreux couples, qui ne venaient pas seulement à la messe mais découvraient ou redécouvraient le sacrement de pénitence : combien de fois m’a-t-on fait la demande d’une confession avant ou après la célébration ! Dans la fréquence de ce sacrement est le cœur battant d’une paroisse et l’engagement profond, l’engagement intérieur de chrétiens fiers de la vie nouvelle qui bat à un rythme plus intense dans leur existence fortifiée. L’enthousiasme et l’éclat des chorales faisaient vraiment plaisir à entendre.

Saint-Germain l’Auxerrois, c’est aussi la "paroisse royale du Louvre". Depuis plus de cent ans on y célèbre chaque année un office à la mémoire du roi Louis XVI et des martyrs de la Révolution, en lien avec L’Œillet blanc et la famille d’Orléans. C’est un honneur de pouvoir célébrer cette messe tout à fait particulière qui rattache cette église à l’histoire de France et à ses vicissitudes.

Ainsi, cette très ancienne église, fondée en 542, la première à Paris après Notre-Dame, qui fut la paroisse des rois de France, celle des "artistes des beaux-arts", était-elle devenue la figure de cette Eglise plurielle, née des réformes de Vatican II… « Il faut savoir se laisser enrichir par toutes les formes liturgiques latines ou orientales qui privilégient le silence. Sans cet esprit contemplatif, la liturgie demeurera une occasion de déchirements haineux et d’affrontements idéologiques au lieu d’être le lieu de notre unité et de notre communion dans le Seigneur. Il est grand temps d’entrer dans ce silence liturgique, tourné vers le Seigneur, que le concile a voulu restaurer. » (Cardinal Sarah, la Force du silence, octobre 2016.)

Mon rôle de pasteur en tant que curé cesse et j’ai été très heureux de pouvoir permettre ce lien communautaire et paroissial, d’établir une vraie fraternité dans le sens de l’Eglise. Les fruits de ce ministère sont la joie d’avoir pu accompagner ceux qui m’ont été confiés, d’avoir reçu autant que possible les nombreuses demandes et ouvert largement la paroisse à la vie diocésaine et au monde extérieur. Depuis mon ordination, la phrase de saint Paul a été le fil conducteur de mon ministère : « Je me suis fait tout à tous pour en sauver à tout prix quelques-uns. » (Omnibus omnia factus sum, ut omnes facerem salvos - 1Co 9, 22.)

C’est une consolation de savoir que notre archevêque va pouvoir trouver un lieu, même temporaire, dans l’attente du moment où la cathédrale reprendra vie. Mais comment cacher que les paroissiens sont profondément blessés par la nouvelle installation, qui leur a été imposée ? Ils ont été traités en quantité négligeable, les communautés ont été dispersées, la vie paroissiale et l’harmonie ecclésiale réduites à néant. Cette épreuve diocésaine que représente l’incendie de la cathédrale devrait nous rendre plus humbles et être source d’une remise en cause de nos attitudes, de notre rapport aux autres, de l’exercice de la charité entre les prêtres, de la solidarité qui donne sens à notre humanité.

Dans mon ministère précédent, j’ai été vicaire épiscopal pour la pastorale de la santé et aumônier d’hôpital pendant plus de quinze ans. Le contact avec la souffrance physique et morale, au cœur des hôpitaux et dans la vie pastorale, m’a montré combien souvent au cœur de l’épreuve renaît l’espérance et combien l’homme revient à l’essentiel.

Bien avant ce funeste incendie, un projet en cohérence avec la paroisse avait été décidé : celui d’installer à Saint-Germain l’Auxerrois un lieu de visibilité pour le séminaire de Paris et l’Œuvre des vocations grâce à la présence manifeste au centre de la capitale de ces jeunes qui se préparent au sacerdoce.

A notre époque où la pratique religieuse est en baisse, où les vocations se raréfient, il est plus que temps d’accueillir largement, de se laisser enrichir par la diversité d’expression de la foi et de pratiquer le sens réel de la charité qu’est la tolérance.

[Séminaire de Wigratzbad - FSSP] La "section lusophone"

SOURCE - Séminaire de Wigratzbad - FSSP - 31 octobre 2019

Arrivé en 2017, notre premier séminariste portugais est désormais en 3e année. Il a été rejoint l'an dernier par quatre compatriotes, qui ont reçu leur soutane le 19 octobre. Avec l'entrée cette année de quatre autres jeunes, notre "section lusophone" connaît donc une progression spectaculaire !

Et cerise sur le gâteau, on voit ici nos neuf séminaristes entourer l'abbé Fernando Antonio, prêtre jésuite portugais, qui vient d'être incorporé à la FSSP, pour laquelle il a été affecté en France, à notre apostolat de Pau. 

Ensemble ils forment notre "petite armée de Notre Dame de Fatima", que nous confions à la Reine du Clergé, et à vos prières. 

"Au Portugal se conservera toujours le dogme de la foi !" 
(Notre Dame à Fatima, le 13 juillet 1917)

[Abbé de Jorna - Lettre à Nos Frères Prêtres (FSSPX)] Reprendre en main le chapelet

SOURCE - Abbé de Jorna - Lettre à Nos Frères Prêtres (FSSPX) n°83 - septembre 2019

L’occurrence du mois d’octobre, traditionnellement consacré au rosaire en raison de la fête de Notre Dame du Rosaire, le 7 octobre, nous rappelle l’importance de la dévotion du chapelet dans notre vie spirituelle, et spécialement en ces temps difficiles que nous traversons.
     
De grands saints ont présidé à l’élaboration puis à la diffusion de cette dévotion : citons simplement saint Dominique, le bienheureux Alain de la Roche et le Pape saint Pie V. Cette prière avait notamment pour but de remplacer pour les chrétiens l’assistance à l’office divin, auquel ils pouvaient facilement accéder antérieurement grâce aux très nombreux chapitres canoniaux (ce dont témoigne l’architecture de multiples églises, même de campagne) et monastères, mais dont beaucoup avaient disparu par le malheur des temps.
   
Cette dévotion du chapelet se présente comme une merveille spirituelle, avec les prières vocales essentielles de la chrétienté (Je crois en Dieu, Notre Père, Je vous salue Marie, Gloire au Père) soutenant l’oraison mentale par la méditation des grands mystères de la vie du Christ ; le tout, simple et possible à réciter en tout lieu, en tout temps et en toute circonstance.
   
Cette dévotion du rosaire a été encouragée, recommandée, indulgenciée par tous les Papes des cent cinquante dernières années (au moins) : songeons que le Pape Léon XIII a consacré pas moins de douze encycliques à exhorter les chrétiens à réciter le chapelet. Tous les saints des derniers siècles ont usé du rosaire et l’ont recommandé, comme d’ailleurs tous les auteurs spirituels.
     
Le Code de droit canonique en promeut la récitation (CJC 1917, canon 124 § 2 ; CJC 1983, canon 246 § 3). Dans un autre ordre d’idées, les apparitions célestes qui ont jalonné les deux derniers siècles (Lourdes, Fatima, etc.) ont à de très nombreuses reprises évoqué l’importance de cette dévotion.
     
C’est dans ce contexte que le peuple chrétien unanime s’est attaché de façon préférentielle à cette dévotion du rosaire, y voyant une source de prière, de sanctification et de bénédiction céleste pour les personnes, les familles et les sociétés. La puissance d’impétration de cette dévotion n’a plus à être démontrée, l’histoire de l’Église comme l’histoire des âmes le démontre éloquemment.
     
Alors, reprenons en main notre chapelet, soyons fidèles chaque jour à le réciter, soyons-y, si l’on peut dire, « obstinément fidèles », car il nous assurera quotidiennement le minimum vital de prière et d’oraison en toute circonstance.
     
Et soyons assurés que Notre Dame du Rosaire bénira notre humble fidélité, veillera fidèlement sur nous et nous accompagnera tous les jours de notre vie.
     
Abbé Benoît de JORNA

[Lettre à Nos Frères Prêtres (FSSPX)] Quelques réflexions de Jean-Marie Guénois

SOURCE - Lettre à Nos Frères Prêtres (FSSPX) n°83 - septembre 2019

Dans le Figaro du samedi 21 septembre 2019 (pp. 6-7), le chroniqueur religieux Jean-Marie Guénois propose une double page sous le titre passablement alarmant « Atmosphère de crise au sein de l’Église ». Les titres des diverses parties ne sont pas plus rassurants : « « L’Église sous tension à l’approche d’un synode décisif » ; « Des dossiers épineux font surface » ; « Symptôme du malaise ».
     
Le résumé introductif donne le ton : « D’importants désaccords internes secouent le Vatican. Le mot “schisme” réapparaît ». Ceci fait allusion à une parole du Pape François, dont Jean-Marie Guénois avait rendu compte dans le Figaro du 12 septembre précédent sous le titre « Le Pape ne craint pas un schisme dans l’Église » : nous venons de citer les paroles qui ont suscité ce résumé. 
     
Guénois présente « les dossiers épineux qui font surface ». Il en retient trois principaux : « l’ordination d’hommes mariés, au cœur du synode sur l’Amazonie » ; le fait que « l’Église allemande est tentée par le mariage des prêtres » ; le fait que « la réforme de la Curie passe mal ». Guénois note également qu’en six années de pontificat, le Pape François a choisi plus de la moitié des cardinaux qui seront électeurs au prochain conclave. Et ses choix ont majoritairement porté sur « des prélats engagés pour les plus pauvres, amis de l’islam et militants de l’écologie ». 
     
Enfin, le chroniqueur religieux décrit ce qu’il appelle la « reprise en main de l’institut JeanPaul II », dont il estime qu’elle constitue un « symptôme du malaise ». Cet institut universitaire, intitulé précisément « Institut pontifical théologique Jean-Paul II pour les études sur le mariage et la famille », a été fondé par le Pape polonais en 1982, et dispense à trois cents étudiants une formation dans le domaine éthique et familial, « selon la morale classique de l’Église catholique, notamment inspirée par l’encyclique Humanae vitae ». Or cet institut « vient d’être vidé de sa substance dans ses programmes et épuré sans états d’âme par l’exclusion d’une bonne partie du corps professoral qui se montrait le plus fidèle à l’enseignement moral de Jean-Paul II ».

[Lettre à Nos Frères Prêtres (FSSPX)] Les mots du Pape François

SOURCE - Lettre à Nos Frères Prêtres (FSSPX) n°83 - septembre 2019

Le 10 septembre 2019, le Pape François a donné une conférence de presse dans l’avion, lors de son retour de Madagascar. Le texte en est paru dans La Croix (digitale) du 19 septembre 2019, traduit de l’Osservatore romano du 12 septembre 2019. Voici l’extrait le plus intéressant. 
Jason Drew Horowitz, du quotidien américain The New York Times : « Il y a de fortes critiques de la part de certains évêques et cardinaux, il y a des télévisions catholiques et des sites internet américains très critiques, et certains de vos plus proches alliés ont même parlé d’un complot contre vous, certains de vos alliés dans la curie italienne. Y a-t-il quelque chose que ces critiques ne comprennent pas dans votre pontificat ? Y a-t-il quelque chose que les critiques des États-Unis vous ont appris ? Une autre chose, avez-vous peur d’un schisme dans l’Église américaine ? Et si oui, y a-t-il quelque chose que vous pourriez entreprendre – un dialogue – pour aider, pour l’éviter ? ».
Pape François : Tout d’abord les critiques aident toujours, toujours. Quand quelqu’un reçoit une critique, il doit immédiatement faire une autocritique et dire : est-ce vrai ou n’est-ce pas vrai ? jusqu’à quel point ? Je tire toujours des avantages des critiques, toujours. Parfois elles te mettent en colère, mais les avantages existent. Pendant le voyage d’aller à Maputo est venu… – c’est toi qui m’a donné le livre ? – l’un d’entre vous m’a donné ce livre en français… « L’Église américaine attaque le Pape », non, « Le Pape sous attaque des Américains » [quelqu’un dit : « Comment l’Amérique veut changer de Pape »]… Voilà, c’est ce livre. Vous m’en avez donné une copie. J’avais entendu parler de ce livre, mais je ne l’avais pas lu. Les critiques ne viennent pas seulement des Américains, mais d’un peu partout, même de la Curie. Au moins, ceux qui les disent ont le mérite de l’honnêteté. Cela me plaît. Je n’aime pas quand les critiques sont faites dans le dos, quand on te fait un grand sourire et ensuite qu’on te poignarde dans le dos. Ce n’est pas loyal, ce n’est pas humain. La critique est un élément de construction, et si ta critique n’est pas juste, tu es prêt à recevoir la réponse et à entamer un dialogue, une discussion, pour arriver à quelque chose de positif. C’est la dynamique de la vraie critique. En revanche, la critique des « pilules d’arsenic » dont nous parlions, dans cet article que j’ai donné au père Rueda, c’est un peu comme jeter la pierre et ensuite cacher la main. En revanche, une critique loyale : « Je pense ceci, ceci et cela », et qui est ouverte à la réponse, construit, aide. Dans le cas du Pape : « Cette chose du Pape ne me plaît pas », je lui fais la critique, j’attends la réponse, je vais le voir, je parle, je fais un article et je lui demande de répondre, c’est loyal, c’est aimer l’Église. Faire une critique sans vouloir entendre la réponse et sans entamer de dialogue signifie ne pas aimer l’Église, c’est poursuivre une idée fixe : changer le Pape ou faire un schisme, je ne sais pas. C’est clair : une critique loyale est toujours bien acceptée, tout au moins par moi.
         
Deuxièmement, le problème du schisme : dans l’Église il y a eu de nombreux schismes. Après Vatican I, le dernier vote, celui de l’infaillibilité, un grand groupe est parti, s’est détaché de l’Église et a fondé les Vieux-Catholiques pour être vraiment « honnêtes » avec la tradition de l’Église. Ensuite, ils ont eu un développement différent et, à présent, ils ordonnent les femmes ; mais à ce moment-là ils étaient rigides, ils suivaient une certaine orthodoxie et pensaient que le Concile s’était trompé. Un autre groupe est parti sans voter, sans rien dire, mais ils n’ont pas voulu voter… Vatican II a produit ces choses-là, peut-être que la séparation la plus connue est celle de Lefebvre. Il existe toujours l’option schismatique dans l’Église, toujours. C’est l’une des options que le Seigneur laisse toujours à la liberté humaine. Je n’ai pas peur des schismes, je prie pour qu’il n’y en ait pas, car la santé spirituelle de beaucoup de personnes est en jeu. Qu’il y ait un dialogue, qu’il y ait la correction s’il y a une erreur, mais le chemin du schisme n’est pas chrétien. Pensons au début de l’Église, à la manière dont elle a commencé avec de nombreux schismes, l’un après l’autre, il suffit de lire l’histoire de l’Église : ariens, gnostiques, monophysites…
         
Il me vient à l’esprit une anecdote que j’ai racontée plusieurs fois. C’est le peuple de Dieu qui a sauvé des schismes. Les schismatiques ont toujours une chose en commun : ils se détachent du peuple, de la foi du peuple de Dieu. Lors du Concile d’Éphèse, quand il y a eu la discussion sur la maternité divine de Marie, le peuple – cela est historique – se trouvait à l’entrée de la cathédrale quand les évêques entraient pour tenir le concile, ils étaient là avec des bâtons, ils faisaient voir les bâtons et criaient : « Mère de Dieu ! Mère de Dieu ! », comme pour dire : si vous ne faites pas cela, ils vous attendent… Le peuple de Dieu arrange toujours les choses et aide. Un schisme est toujours un détachement élitiste provoqué par l’idéologie détachée de la doctrine. C’est une idéologie, peutêtre juste, mais qui entre dans la doctrine et la détache et devient « doctrine » pendant un certain temps. C’est pourquoi je prie pour qu’il n’y ait pas de schismes, mais je n’ai pas peur.
          
Que faire pour aider ?… Ce que je dis à présent : ne pas avoir peur… ; je réponds aux critiques, je fais tout cela. Peut-être que s’il vient à l’esprit de quelqu’un une chose que je dois faire, je la ferai, pour aider… Mais c’est l’un des résultats de Vatican II, pas de ce Pape ou d’un autre Pape… Par exemple, les choses sociales que je dis sont les mêmes que celles dites par Jean-Paul II. Les mêmes. Je le copie. Mais on dit : « Le Pape est trop communiste… ». Des idéologies entrent dans la doctrine, et quand la doctrine glisse dans les idéologies, là se trouve la possibilité d’un schisme. Et il y a aussi l’idéologie behavioriste, c’est-à-dire le primat d’une morale aseptisée sur la morale du peuple de Dieu. Les pasteurs doivent conduire le troupeau entre la grâce et le péché, parce que la morale évangélique est celle-ci. En revanche, la morale d’une idéologie pélagienne, pour ainsi dire, te conduit à la rigidité, et aujourd’hui nous avons de nombreuses écoles de rigidité au sein de l’Église, qui ne sont pas des schismes, mais qui sont des voies chrétiennes pseudo-schismatiques, qui finiront mal. Quand vous voyez des chrétiens, des évêques, des prêtres rigides, derrière cette attitude il y a des problèmes, il n’y a pas la sainteté de l’Évangile. C’est pourquoi nous devons être doux avec les personnes qui sont tentées de provoquer ces attaques, elles traversent un problème, nous devons les accompagner avec douceur. Merci.

1 novembre 2019

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] «Post-modernité» – II

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 31 août 2019

Le libre arbitre assure à tous la liberté,
Mais entre bien et mal aucun droit n’est donné.

Au risque de fatiguer les lecteurs en proposant encore des variations sur le thème de la Vérité, ces « Commentaires » vont ajouter quelques considérations au résumé donné ici la semaine dernière sur le livre La Culture comme religion de Wojcieck Niemczewski. Rappelons qu’il s’agit de l’interprétation post-moderne du rapport de la culture avec la religion. Notre grand but est toujours de sauver notre âme. Or l’un des plus grands dangers nous empêchant d’assurer notre salut, réside dans l’aveuglement de notre faculté la plus haute, c’est-à-dire notre intelligence, entraînant immédiatement la corruption de notre volonté. Et le danger le plus grave menaçant notre esprit aujourd’hui est l’attitude universelle selon laquelle les idées sont indifférentes, car la vérité est sans importance. Voyez par exemple comment Vatican II a préféré la modernité au catholicisme fidèle, notamment dans le document conciliaire Gaudium et Spes, et comment la Fraternité Saint Pie X a préféré les Romains conciliaires à son fidèle Fondateur ; et voyez, dans chaque cas, comment la grande majorité des prêtres et des laïcs ont suivi.

Commençons par mettre de l’ordre dans les pensées de Niemczewski, afin de voir d’où il part et où il va : 1 – Il n’existe pas de Dieu objectif. « Dieu » n’est qu’une fabrication subjective en chacun de nous. 2 – C’est pourquoi les vieilles « vérités » de la religion et de la philosophie d’hier n’ont plus de fondement aujourd’hui. 3 – De plus, ces vérités sont déphasées par rapport à la réalité d’aujourd’hui, car le monde évolue de plus en plus vite dans tous les domaines. 4 – Pire encore : ces vielles idées bloquent le progrès moderne ou la « culture du choix », qui permet de nous adapter au changement et qui garantit à chacun la liberté de construire son propre mode de vie. 5 – Pour rester compatible avec la modernité, l’homme post-moderne doit accepter cette « culture du choix » qui n’a rien d’universel ni d’obligatoire, qui n’impose ni normes ni aucun être supérieur à l’homme. 6 – En conclusion, la vérité doit céder le pas à la liberté, la religion à la culture et la finalité à la dérive. 7 – C`est pourquoi : A bas la vérité ! et Vive la « culture du choix » !

Hélas pour l’homme post-moderne ! Il existe bel et bien une réalité en dehors de son esprit ; elle est toute proche de lui, comme le sont ses bras et ses jambes ; et cette réalité extra-mentale possède ses propres lois qui ne dépendent en rien de son esprit. Par exemple, s’il a mal aux dents, il devra aller chez le dentiste et non chez le poissonnier. Et ces lois ne sont pas seulement physiques : elles sont aussi morales. Par exemple, si une pauvre fille se fait avorter, elle ne pourra pas faire taire ses remords, quoi qu’elle en ait envie. Le libre arbitre de chaque individu est incontestablement libre – d’où la possibilité de cette « culture du choix » de Niemczewski. Mais cette culture du choix ne peut fonctionner qu’au-dedans du cadre structuré des lois de la réalité extra-mentale, qu’elle soit physique ou morale, et pas en-dehors. Ainsi je suis libre de choisir pour mon éternité le Ciel ou l’Enfer, mais je ne suis pas libre d’ enfreindre sérieusement la loi morale et en même temps d’ aller au Ciel.

Les philosophes grecs de l’Antiquité ont vécu plusieurs siècles avant l’Incarnation de Notre Seigneur, en sorte qu’ils n’ont bénéficié ni de la grâce ni de la Révélation surnaturelles. Mais rien qu’avec les moyens naturels ils ont observé, sans inventer quoi que ce soit, les conséquences graves et inévitables lorsque l’homme prétend s’élèver contre la structure morale de la vie humaine, et à cette prétention ils ont donné un nom : «  hubris ». Aujourd’hui nous parlerions d’ « orgueil ». Ainsi, la présentation que fait Niemczewski de la « culture du choix » commence en niant Dieu et s’achève en le bravant. Mais si Niemczewski peut ainsi faire pencher l’esprit des hommes en faveur de cette « culture », il ne peut absolument pas faire plier l’éternelle et ineffable Existence de Dieu, ni l’éternelle et absolue nécessité de la Vérité. Par exemple, affirmer qu’il n’y a pas de vérité, c’est encore prétendre que cette opinion est vraie. Par conséquent, en niant tous les dogmes ou seulement certains d’entre eux, c’est encore être dogmatique : et personne n’est aussi dogmatique que les francs-maçons. De même, dans leur travail de sape subjectif de toute doctrine, personne n’est aussi doctrinaire que les modernistes ou néo-modernistes.

En bref, un homme comme Niemczewski refuse de reconnaître qu’ autour de l’aire où l’humanité opère ses choix, se trouve un anneau de réalité qui échappe à notre pouvoir de choisir. Les ecclésiastiques de Vatican II refusent de reconnaître que le Dépôt de la Foi ne peut être modernisé, et les dirigeants de la Néo-fraternité Saint Pie X refusent de reconnaître que les Romains conciliaires sont des bonimenteurs. La « culture du choix » risque de finir par leur coûter cher à tous. Cela peut aller jusqu’à leur coûter leur éternité, s’ils ne veulent pas revenir au bon sens catholique.

Kyrie eleison.

31 octobre 2019

[FSSPX Actualités] Une Eglise qui marche sur la tête : Entretien avec l’abbé Davide Pagliarani, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X

SOURCE - FSSPX Actualités - Abbé Davide Pagliarani - 12 septembre 2019

Monsieur le Supérieur général, des événements importants sont attendus d’ici la fin de l’année, tels que le synode pour l’Amazonie et la réforme de la Curie romaine. Ils auront une répercussion historique sur la vie de l’Eglise. Selon vous quelle place tiennent-ils dans le pontificat du pape François? 
L’impression que beaucoup de catholiques éprouvent actuellement est celle d’une Eglise au bord d’une nouvelle catastrophe. Si nous faisons un retour en arrière, le concile Vatican II lui-même n’a été possible que parce qu’il était le résultat d’une décadence qui affectait l’Eglise dans les années ayant précédé son ouverture : un barrage a cédé sous la pression d’une force qui était à l’œuvre depuis un certain temps. C’est cela qui permet le succès des grandes révolutions, car les législateurs ne font qu’approuver et sanctionner une situation qui est déjà un état de fait, au moins en partie. 

Ainsi, la réforme liturgique n’a été que l’aboutissement d’un développement expérimental qui remontait à l’entre-deux guerres et qui avait déjà largement pénétré une partie du clergé. Plus près de nous, sous ce pontificat, Amoris lætitia a été la ratification d’une pratique malheureusement déjà présente dans l’Eglise, notamment en ce qui concerne la possibilité de communier pour les personnes qui vivent en état de péché public. Aujourd’hui la situation semble être mûre pour d’autres réformes excessivement graves. 
Pouvez-vous préciser votre jugement sur l’exhortation apostolique Amoris lætitia trois ans après sa publication ? 
Amoris lætitia représente, dans l’histoire de l’Eglise de ces dernières années, ce que Hiroshima ou Nagasaki est à l’histoire moderne du Japon : humainement parlant, les dégâts sont irréparables. C’est à n’en pas douter l’acte le plus révolutionnaire du pape François et en même temps celui qui a été le plus contesté, même en dehors de la Tradition, car il touche directement la morale conjugale, ce qui a permis à beaucoup de clercs et de fidèles de déceler la présence d’erreurs graves. Ce document catastrophique a été présenté à tort comme l’œuvre d’une personnalité excentrique et provocatrice dans ses propos, – ce que certains veulent voir dans le pape actuel. Ce n’est pas exact, et il est inadéquat de simplifier ainsi la question. 
Vous semblez insinuer que cette conséquence était inéluctable. Pourquoi êtes-vous réticent à définir le pape actuel comme une personne originale ? 
En réalité, Amoris laetitia est l’un des résultats qui, tôt ou tard, devait se produire à la suite des prémisses posées par le Concile. Déjà le cardinal Walter Kasper avait avoué et souligné qu’à une nouvelle ecclésiologie, celle du Concile, correspond une nouvelle conception de la famille chrétienne.[1]

En effet, le Concile est d’abord ecclésiologique, c’est-à-dire qu’il propose dans ses documents une nouvelle conception de l’Eglise. L’Eglise fondée par Notre-Seigneur ne correspondrait plus à l’Eglise catholique, tout simplement. Elle est plus large : elle englobe les autres confessions chrétiennes. Du coup, les communautés orthodoxes ou protestantes auraient l’« ecclésialité » en vertu du baptême. En d’autres termes, la grande nouveauté ecclésiologique du Concile est la possibilité d’appartenir à l’Eglise fondée par Notre-Seigneur selon des modalités et des degrés différents. D’où la notion moderne de communion pleine ou partielle, « à géométrie variable », pourrait-on dire. L’Eglise est devenue structurellement ouverte et flexible. La nouvelle modalité d’appartenance à l’Eglise, extrêmement élastique et variable, selon laquelle tous les chrétiens sont unis dans la même Eglise du Christ, est à l’origine du chaos œcuménique. 

Ne pensons pas que ces nouveautés théologiques soient abstraites, elles ont des répercussions sur la vie concrète des fidèles. Toutes les erreurs dogmatiques qui touchent l’Eglise ont tôt ou tard des effets sur la famille chrétienne, car l’union des époux chrétiens est l’image de l’union entre le Christ et son Eglise. A une Eglise œcuménique, flexible et panchrétienne, correspond une notion de la famille où les engagements du mariage n’ont plus la même valeur, où les liens entre époux, entre un homme et une femme, ne sont plus perçus ni définis de la même manière : ils deviennent flexibles eux aussi. 
Un pape cohérent avec les principes de Vatican II 
Pourriez-vous préciser davantage ? 
Concrètement, de même que l’Eglise du Christ « panchrétienne » aurait des éléments bons et positifs en dehors de l’unité catholique, de même il y aurait pour les fidèles des éléments bons et positifs aussi en dehors du mariage sacramentel, dans un mariage civil, et également dans une union quelconque. De même qu’il n’y a plus de distinction entre une « vraie » Eglise et des « fausses » églises - car les églises non catholiques sont bonnes quoique imparfaites – toutes les unions deviennent bonnes, car il y a toujours quelque chose de bon en elles, ne serait-ce que l’amour. 

Cela veut dire que dans un « bon » mariage civil – notamment lorsqu’il est conclu entre personnes croyantes – on peut trouver certains éléments du mariage chrétien sacramentel. Non pas que les deux doivent être mis sur un pied d’égalité ; cependant l’union civile n’est pas mauvaise en soi, mais simplement moins bonne ! Jusqu’ici on parlait d’actions bonnes ou mauvaises, de vie dans la grâce ou dans le péché mortel. Maintenant il ne reste plus que des actions bonnes ou moins bonnes. Des formes de vie épousant totalement l’idéal chrétien et d’autres qui ne lui correspondent que partiellement… Pour résumer, à une Eglise œcuménique, correspond une famille œcuménique, c’est-à-dire recomposée ou « recomposable », selon les nécessités et les sensibilités. 

Avant le concile Vatican II, l’Eglise enseignait que les confessions chrétiennes non-catholiques étaient hors du giron de la véritable Eglise, et ne faisaient donc pas partie de l’Eglise de Jésus-Christ. La doctrine de la Constitution dogmatique sur l’Eglise, Lumen gentium (n. 8), ouvre une voie pour les reconnaître comme des réalisations partielles de l’Eglise du Christ. Les conséquences de ces erreurs sont incalculables et encore en plein développement. 

Amoris lætitia est le résultat inévitable de la nouvelle ecclésiologie enseignée par Lumen gentium, et aussi de la folle ouverture au monde prônée par la Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps, Gaudium et spes [2]. Et de fait, avec Amoris lætitia, le mariage chrétien ressemble de plus en plus au mariage tel que la modernité le conçoit et le profane. 

Ainsi l’enseignement objectivement déroutant du pape François n’est pas une excroissance étrange, mais bien la conséquence logique des principes posés au Concile. Il en tire des conclusions ultimes… pour le moment. 
Cette doctrine nouvelle sur l’Eglise s’est-elle manifestée par un concept théologique particulier ? 
Après le Concile, la notion de Peuple de Dieu a remplacé celle du Corps mystique du Christ. Elle est omniprésente dans le nouveau Code de droit canon publié en 1983. Mais un infléchissement s’est opéré en 1985. Il est apparu que le terme « Peuple de Dieu » devenait encombrant, parce qu’il autorisait des dérives vers la théologie de la libération et le marxisme. Il a été remplacé par une autre notion, également tirée du Concile : l’ecclésiologie de communion, qui permet une appartenance à l’Eglise extrêmement élastique ; avec elle tous les chrétiens sont unis dans la même Eglise du Christ, mais plus ou moins, ce qui fait que le dialogue œcuménique est devenu babélique, comme à la rencontre d’Assise en 1986. A l’image du polyèdre qu’affectionne le pape François : « une figure géométrique qui a de nombreuses facettes différentes. Le polyèdre reflète la confluence de toutes les diversités qui, dans celui-ci, conservent leur originalité. Rien ne se dissout, rien ne se détruit, rien ne domine rien. » [3]
Voyez-vous cette même racine ecclésiologique à l’origine des réformes annoncées dans l’Instrumentum laboris du prochain synode sur l’Amazonie, ou dans le projet de réforme de la Curie romaine ? 
Tout se ramène, directement ou indirectement, à une fausse notion de l’Eglise. Encore une fois, le pape François ne fait que tirer les ultimes conclusions des prémisses posées au Concile. Concrètement, ses réformes présupposent toujours une Eglise à l’écoute, une Eglise synodale, une Eglise attentive à la culture des peuples, à leurs attentes et exigences, surtout aux conditions humaines et naturelles, propres à notre temps et toujours changeantes. La foi, la liturgie, le gouvernement de l’Eglise, doivent s’adapter à tout cela, et en être le résultat. 

L’Eglise synodale toujours à l’écoute, constitue la dernière évolution de l’Eglise collégiale, prônée par Vatican II. Pour donner un exemple concret, selon l’Instrumentum laboris, l’Eglise doit être à même d’assumer et faire siennes des éléments tels que les traditions locales sur le culte des esprits et les médecines traditionnelles amazoniennes, qui font appel à de soi-disant « exorcismes ». Ces traditions indigènes étant enracinées dans un sol qui a une histoire, il en découle que ce « territoire est un lieu théologique, il est une source particulière de la révélation de Dieu ». C’est pourquoi il faut reconnaître la richesse de ces cultures autochtones, car « l’ouverture non sincère à l’autre, de même qu’une attitude corporatiste, qui ne réserve le salut qu’à sa propre foi, détruisent cette même foi ». On a l’impression qu’au lieu de lutter contre le paganisme, la hiérarchie actuelle veut en assumer et incorporer les valeurs. Et les artisans du prochain synode se réfèrent à ces « signes des temps », chers à Jean XXIII, qu’il faut scruter comme des signes du Saint-Esprit. 
L'Eglise du Christ n'est pas un forum ni une plateforme 
Et plus spécifiquement, quant à la Curie ? 
De son côté, le projet de réforme de la Curie prône une Eglise qui ressemble beaucoup plus à une entreprise humaine qu’à une société divine, hiérarchique, dépositaire de la Révélation surnaturelle, disposant du charisme infaillible de garder et d’enseigner à l’humanité la Vérité éternelle jusqu’à la fin des temps. Il s’agit, comme le dit expressément le texte du projet, d’opérer « la mise à jour (aggiornamento) de la Curie », « sur la base de l’ecclésiologie de Vatican II ». Dès lors on n’est guère surpris de lire sous la plume des cardinaux chargés de cette réforme : « La Curie agit comme une sorte de plateforme et un forum de communication par rapport aux Eglises particulières et aux Conférences des évêques qui ont besoin de telles expériences. La Curie recueille les expériences de l’Eglise universelle et, à partir de ces dernières, elle encourage les Eglises particulières et les Conférences des évêques… Cette vie de communion donnée à l’Eglise a le visage de la synodalité… Peuple des fidèles, Collège épiscopal, Evêque de Rome sont à l’écoute les uns des autres, et ils sont tous à l’écoute du Saint-Esprit… Cette réforme est établie dans l’esprit d’une “saine décentralisation”… L’Eglise synodale consiste à ce que “le Peuple de Dieu chemine ensemble”… Ce service de la Curie à la mission des évêques et à la communio ne se fonde pas sur une attitude de vigilance ou de contrôle, ni même de prise de décisions en tant qu’autorité supérieure… » [4]

Plateforme, forum, synodalité, décentralisation…, tout cela ne fait que confirmer la racine ecclésiologique de toutes les erreurs modernes. Dans ce magma informe, il n’y a plus d’autorité supérieure. C’est la dissolution de l’Eglise telle que Notre Seigneur l’a établie. En fondant son Eglise, le Christ n’a pas ouvert un forum de communication, ni une plateforme d’échanges ; il a confié à Pierre et à ses Apôtres la charge de paître son troupeau, d’être des colonnes de vérité et de sainteté pour conduire les âmes au Ciel. 
Comment caractériser cette erreur ecclésiologique par rapport à la constitution divine de l’Eglise fondée par Jésus-Christ? 
La question est vaste, mais Mgr Lefebvre nous fournit un élément de réponse. Il disait que la structure de la nouvelle messe correspondait à une Eglise démocratique, et non plus hiérarchique et monarchique. L’Eglise synodale telle que la rêve François est vraiment de type démocratique. Il a lui-même donné l’image qu’il en avait : celle d’une pyramide renversée. Pouvait-on plus clairement manifester ce qu’il entend par la synodalité ? C’est une Eglise qui marche sur la tête. Mais insistons, il ne fait que développer les germes déjà présents dans le Concile. 
Ne pensez-vous pas forcer votre lecture de la réalité actuelle, en voulant tout ramener aux principes du concile Vatican II, tenu il y a plus de cinquante ans?
C’est l’un des plus étroits collaborateurs de François qui nous donne la réponse. Il s’agit du cardinal Maradiaga, archevêque de Tegucigalpa et coordinateur du C6. Voici ce qu’il dit : « Après le concile Vatican II, les méthodes et le contenu de l’évangélisation ainsi que l’éducation chrétienne changent. La liturgie change. (…) La perspective missionnaire change : le missionnaire doit établir un dialogue évangélisateur (…). L’action sociale change, ce n’est plus seulement la charité et le développement de services, mais aussi le combat pour la justice, les droits humains et la libération… Tout change dans l’Eglise suivant le modèle pastoral renouvelé. » Et il ajoute, pour montrer dans quel esprit ces transformations sont accomplies : « Le pape veut amener la rénovation de l’Eglise à un point où elle deviendra irréversible. Le vent qui pousse les voiles de l’Eglise vers la haute mer de sa rénovation profonde et totale est la miséricorde ». [5]
L’on ne peut cependant pas nier que de nombreuses voix se sont élevées contre ces réformes et l’on peut raisonnablement présumer que cela va continuer dans les prochains mois. Comment jugez-vous ces réactions? 
L’on ne peut que se réjouir de telles réactions et d’une prise de conscience progressive de la part de beaucoup de fidèles et de quelques prélats, que l’Eglise s’approche d’une nouvelle catastrophe. Ces réactions ont l’avantage et le mérite de montrer que la voix qui prône ces erreurs ne peut pas être celle du Christ, ni celle du Magistère de l’Eglise. Cela est extrêmement important et, malgré le contexte tragique, encourageant. La Fraternité a le devoir d’être très attentive à ces réactions, et en même temps d’essayer de leur éviter de se fourvoyer et de n’aboutir à rien. 
Le pluralisme conciliaire rend toute opposition structurellement inefficace 
Que voulez-vous dire par là ?
Tout d’abord, il faut noter que ces réactions se heurtent systématiquement à un « mur de gomme » et il faut avoir le courage de se demander pourquoi. Pour donner un exemple, quatre cardinaux avaient exprimé leurs dubia au sujet d’Amoris lætitia. Cette réaction avait été remarquée par plusieurs et saluée comme le commencement d’une réaction qui allait produire des résultats durables. En réalité, le silence du Vatican a laissé cette critique sans réponse. Entre-temps, deux de ces cardinaux sont morts et le pape François est passé aux autres projets de réforme dont nous venons de parler, – ce qui fait que l’attention se déplace sur des sujets nouveaux, en laissant, par la force des choses, la bataille sur Amoris lætitia en plan, oubliée, et le contenu de cette exhortation semble de facto acquis.

Pour comprendre ce silence du pape, il ne faut pas oublier que l’Eglise issue du Concile est pluraliste. C’est une Eglise qui ne se fonde plus sur une Vérité éternelle et révélée, enseignée d’en haut, par l’autorité. Nous avons devant nous une Eglise qui est à l’écoute et donc nécessairement à l’écoute de voix qui peuvent diverger entre elles. Pour faire une comparaison, dans un régime démocratique, il y a toujours une place, au moins apparente, pour les oppositions. Celles-ci font en quelque sorte partie du système car elles montrent que l’on peut discuter, avoir une opinion différente, qu’il y a de la place pour tout le monde. Cela, bien évidemment, peut favoriser le dialogue démocratique, mais non le rétablissement d’une Vérité absolue et universelle, et d’une loi morale éternelle. Ainsi l’erreur peut être enseignée librement, à côté d’une opposition réelle mais structurellement inefficace et incapable de remettre les vérités à leur place. C’est donc du système pluraliste lui-même qu’il faut sortir, et ce système a une cause, le concile Vatican II.
D’après vous, que devraient faire ces prélats ou ces fidèles qui ont à cœur l’avenir de l’Eglise ?
Tout d’abord, il faudrait qu’ils aient la lucidité et le courage de reconnaître qu’il y a une continuité entre les enseignements du Concile, des papes de l’époque post-conciliaire et le pontificat actuel. Citer le magistère de « saint » Jean-Paul II par exemple pour s’opposer aux nouveautés du pape François est un très mauvais remède, d’emblée voué à l’échec. Un bon médecin ne saurait se contenter de quelques points de suture pour fermer une blessure, sans d’abord évacuer l’infection qui se trouve à l’intérieur de la plaie. Loin de nous de mépriser ces efforts, mais en même temps, c’est une question de charité d’indiquer où réside la racine des problèmes.

Pour donner un exemple concret de cette contradiction, il suffit de citer un nom entre tous, celui du cardinal Müller. Il est indéniablement le plus virulent aujourd’hui contre Amoris lætitia, l’Instrumentum laboris, le projet de réforme de la Curie. Il utilise des expressions très fortes, jusqu’à parler de « rupture avec la Tradition ». Et pourtant, ce cardinal qui trouve à présent la force de dénoncer publiquement ces erreurs est le même qui a voulu imposer à la Fraternité Saint-Pie X − en continuité avec ses prédécesseurs et ses successeurs à la Congrégation pour la Doctrine de la foi − l’acceptation de tout le Concile et du magistère post-conciliaire. Indépendamment de la Fraternité et de ses positions, cette critique qui ne s’attache qu’aux symptômes sans remonter à leur cause, représente un illogisme des plus dommageables et des plus déroutants.
La charité de vouloir « transmettre ce que nous avons reçu » 
On objecte souvent que la Fraternité ne sait que critiquer ? Que propose-elle positivement ? 
La Fraternité ne critique pas de façon systématique ou a priori. Elle n’est pas une « râleuse » professionnelle. Elle a une liberté de ton qui lui permet de parler ouvertement, sans craindre de perdre des avantages qu’elle n’a pas… Cette liberté est indispensable dans les circonstances actuelles.

La Fraternité a surtout l’amour de l’Eglise et des âmes. La crise présente n’est pas que doctrinale : les séminaires ferment, les églises se vident, la pratique sacramentelle chute de façon vertigineuse. Nous ne pouvons rester spectateurs, les bras croisés, et nous dire : « tout cela prouve que la Tradition a raison ». La Tradition a le devoir de venir en aide aux âmes, avec les moyens que lui donne la sainte Providence. Nous ne sommes pas mus par une fierté orgueilleuse, mais poussés par la charité de vouloir « transmettre ce que nous avons reçu » (1 Co 15, 3). C’est ce que nous tâchons humblement de faire par notre travail apostolique quotidien. Mais celui-ci est inséparable de la dénonciation des maux dont souffre l’Eglise, pour protéger le troupeau abandonné et dispersé par de mauvais pasteurs.
Qu’est-ce que la Fraternité espère des prélats et des fidèles qui commencent à voir clair, afin de donner une suite positive et efficace à leurs prises de position ?
Il faut avoir le courage de reconnaître que même une bonne prise de position doctrinale ne suffira pas, si elle n’est pas accompagnée d’une vie pastorale, spirituelle et liturgique cohérente avec les principes que l’on veut défendre, car le Concile a inauguré une nouvelle manière de concevoir la vie chrétienne, cohérente avec une nouvelle doctrine.

Si la doctrine est réaffirmée dans tous ses droits, il faut passer à une vie catholique réelle et conforme à ce que l’on professe. Sans quoi telle ou telle déclaration ne restera qu’un événement médiatique, d’une durée limitée à quelques mois, voire quelques semaines… Concrètement, il faut passer à la Messe tridentine et à tout ce que cela signifie ; il faut passer à la Messe catholique et en tirer toutes les conséquences ; il faut passer à la Messe non œcuménique, à la Messe de toujours et laisser cette Messe régénérer la vie des fidèles, des communautés, des séminaires, et surtout la laisser transformer les prêtres. Il ne s’agit pas de rétablir la Messe tridentine, parce qu’elle est la meilleure option théorique ; il s’agit de la rétablir, de la vivre et de la défendre jusqu’au martyre, parce qu’il n’y a que la Croix de Notre-Seigneur qui puisse sortir l’Eglise de la situation catastrophique dans laquelle elle se trouve.

Portæ inferi non prævalebunt adversus eam !
Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle !

Abbé Davide Pagliarani, Supérieur général
Menzingen, le 12 septembre 2019, fête du saint Nom de Marie
----------
[1] Walter Kasper, Entretien  du 7 mai 2014, Commonwealmagazine.org:  « Le  premier mariage est indissoluble. (. .. )Le  second mariage n'est pas un mariage au sens chrétien, et je serais contre de le célébrer à l'église. Mais il y a des éléments d'un mariage. Je comparerais cela à la façon dont l'Eglise catholique considère d'autres Eglises. L'Eglise catholique est la véritable Eglise du Christ, mais ily a d'autres Eglises qui ont des éléments de la véritable Eglise, et nous reconnaissons  ces éléments.  De la même manière,  pouvons-nous dire, le vrai mariage est le mariage sacramentel. Et le deuxième n'est pas un mariage dans le même sens, mais ila des éléments de mariage : les partenaires  prennent  soin l' un de l'autre,  ils sont  exclusivement liés l'un à l'autre, il y a  une intention de permanence. N ou s devons respecter d e telles  situations, comme nous le faisons avec les protestants. »
[2] Cette  constitution  est imbue de la primauté de la conscience, prône le personnalisme et insinue l'inversion des fins du mariage.
[3] Discours aux participants à la Rencontre mondiale des mouvements populaires, 28 octobre 2014.
[4] «Le contenu du projet  de réforme de la Curie : un eccclésiologie revisitée», L'Homme nouveau, 23 mai 2019.
[5] «L'Eglise de la miséricorde avec le pape François», 20 janvier 2015, www.scu.edu

[FSSPX Actualités - FSSPX Canada] Fête du Christ-Roi 2019 à l'église de la Transfiguration de Toronto

SOURCE - FSSPX Actualités - FSSPX Canada - 28 octobre 2019

Après la messe chantée, l'abbé Raymond Lillis et les fidèles de l'église de la Transfiguration à Toronto ont fait une procession avec le Saint-Sacrement dans le quartier, afin d'honorer le Roi des rois et de proclamer publiquement son règne de justice, d'amour et de paix.

La fête du Christ-Roi est traditionnellement célébrée le dernier dimanche d'octobre.

Elle a été promulguée par le pape Pie XI le 11 décembre 1925 dans l'encyclique Quas primas, dans laquelle le Saint-Père écrit : « le souverain domaine de notre Rédempteur embrasse la totalité des hommes. Sur ce sujet, Nous faisons Volontiers Nôtres les paroles de Notre Prédécesseur Léon XIII, d'immortelle mémoire : “Son empire ne s'étend pas exclusivement aux nations catholiques ni seulement aux chrétiens baptisés, qui appartiennent juridiquement à l'Eglise même s'ils sont égarés loin d'elle par des opinions erronées ou séparés de sa communion par le schisme ; il embrasse également et sans exception tous les hommes, même étrangers à la foi chrétienne, de sorte que l'empire du Christ Jésus, c'est, en stricte vérité, l'universalité du genre humain”. »

Nous rappelons aux catholiques et à tous les hommes que nous devons notre allégeance première à notre Seigneur Jésus-Christ, et non à quelque puissance temporelle que ce soit.

29 octobre 2019

[Abbé Davide Pagliarani - FSSPX] Communiqué du Supérieur général à l'occasion du synode sur l'Amazonie

SOURCE - Abbé Davide Pagliarani - FSSPX - 28 octobre 2019

Menzingen, le 28 octobre 2019

En la fête des saints Simon et Jude, apôtres

Chers Membres de la Fraternité,

Le récent synode sur l’Amazonie a été le théâtre de spectacles exécrables où l’abomination de rites idolâtres est entrée dans le sanctuaire de Dieu d’une façon inédite et impensable. De son côté, le document final de cette assemblée tumultueuse s’en prend à la sainteté du sacerdoce catholique, en poussant à l’abolition du célibat ecclésiastique et au diaconat féminin. Vraiment les germes de l’apostasie, que notre vénéré Fondateur, Monseigneur Marcel Lefebvre, avait très tôt identifiés comme étant à l’œuvre dans le Concile, continuent à porter tous leurs fruits avec une efficacité renouvelée.

Au nom de l’inculturation, des éléments païens s’intègrent de plus en plus dans le culte divin et l’on constate, encore une fois, comment la liturgie de Vatican II s’y prête parfaitement.

Devant une telle situation, nous appelons tous les membres de la Fraternité et les tertiaires à une journée de prière et de pénitence réparatrice, car nous ne pouvons rester indifférents devant de telles attaques envers la sainteté de l’Eglise notre mère. Nous demandons qu’un jeûne soit observé dans toutes nos maisons le samedi 9 novembre prochain. Nous invitons tous les fidèles à faire de même et nous encourageons aussi les enfants à offrir prières et sacrifices.

Le dimanche 10 novembre 2019, chaque prêtre de la Fraternité célèbrera une messe réparatrice, et dans chaque chapelle seront chantées ou récitées les Litanies des Saints, tirées de la liturgie des Rogations, pour demander à Dieu de protéger son Eglise et de lui épargner les châtiments que de tels actes ne peuvent manquer d’attirer. Nous invitons instamment tous les prêtres amis, ainsi que tous les catholiques qui aiment l’Eglise, à faire de même.

Il en va de l’honneur de l’Eglise romaine fondée par Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui n’est pas une foire idolâtre et panthéiste.

Abbé Davide Pagliarani

Supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

[Séminaire de Wigratzbad - FSSP] 30 nouveaux séminaristes

SOURCE - Séminaire de Wigratzbad - 7 octobre 2019
Après leur retraite de rentrée, les nouveaux propédeutes ont commencé leur formation à Wigratzbad. Nous nous réjouissons de recevoir cette année 30 nouveaux séminaristes : 17 francophones et 13 germanophones.

Avec les 15 candidats entrés au mois d'août dans notre séminaire de Denton aux Etats-Unis, la FSSP compte ainsi 45 séminaristes de première année. 

Le séminaire devient exigu, avec 90 inscrits en cette rentrée bénie de Dieu (ils n'étaient que 64 il y a deux ans). Nous égalons ainsi le record historique établi en 2011. 

La retraite de rentrée des francophones a été prêchée selon la méthode des Exercices de St-Ignace à Sankt-Pelagiberg en Suisse, par deux moines de l'abbaye de Flavigny. 

La propédeutique francophone est très internationale, avec 9 nationalités pour 17 séminaristes : cinq Français, quatre Portugais, deux Italiens, un Belge, un Brésilien, un Colombien, un Libanais, un Polonais et un Suédois.

Il en est de même dans la propédeutique germanophone, qui réunit trois Allemands, deux Polonais, un Autrichien, un Brésilien, un Croate, un Hollandais, un Suisse, un Tchèque, un Germano-Hollandais et un Germano-Polonais !

Le prochain événement approche à grands pas : c'est le samedi 19 octobre que 15 séminaristes de deuxième année recevront la tonsure et la soutane, dans la collégiale de Lindau. Il en sera de même, mais à Denton aux USA, pour huit de nos confrères. 

Merci de prier avec ferveur pour tous ces jeunes lévites!

[Isabelle de Gaulmyn - La Croix] Synode sur l’Amazonie, la fin de l’Église tridentine?

SOURCE - Isabelle de Gaulmyn - La Croix - 29 octobre 2019

Ne nous y trompons pas ; ce qui s’est passé à Rome, avec le Synode pour l’Amazonie qui s’est clos dimanche 27 octobre, marque une véritable révolution pour l’Église catholique. Même si, comme toutes les révolutions, elle s’inscrit dans le temps long. Certes, le pape François n’est pas obligé de suivre inconditionnellement les avis des pères synodaux. Cela dit, on voit mal qu’il s’en exonère, d’autant que c’est le résultat d’un processus qu’il a assez largement encouragé.
En finir avec le célibat des prêtres
Or, en demandant la possibilité pour l’Amazonie d’ordonner prêtres des hommes mariés, en envisageant la création de nouveaux «  ministères  » (c’est-à-dire de responsabilités au sein des paroisses ou diocèses), avec même la reconnaissance d’un ministère pour «  les femmes qui dirigent les communautés  », en exigeant enfin de rouvrir le débat si explosif sur le diaconat féminin, les évêques du Synode ont clairement signé la fin d’un modèle, celui qui est issu du concile de Trente et de près de cinq siècles de catholicisme.
Une Église structurée autour du « saint prêtre »
Car nous sommes encore, consciemment ou pas, largement tributaires de ce Concile, qui date pourtant du XVIe siècle. Visant à conforter une religion mise à mal par les pouvoirs des princes et la Réforme de Luther, le concile de Trente a en effet structuré le catholicisme autour de la figure du prêtre. Le clerc, célibataire, devient alors le pivot central. Il concentre sur sa personne toutes les fonctions sacrées, à partir de l’Eucharistie et de la confession. Cet imaginaire du prêtre idéal, le «  saint prêtre  » identifié au Christ, placé au-dessus des fidèles, condamnés eux à n’être qu’un simple troupeau de brebis bien dociles, a profondément marqué les mentalités de tous les catholiques, et largement favorisé le «  cléricalisme  » ambiant, y compris chez les laïcs. Même si Vatican II a rappelé en 1962 l’importance du rôle de l’ensemble des baptisés, tous appelés à être « prêtres, prophètes et rois », la figure du prêtre «  surpuissant  » est restée très prégnante sur les bancs des églises. Et la gestion de la crise des abus sexuels a montré combien les dérives de ce cléricalisme, en ce qu’il fausse la manière de concevoir l’autorité dans l’Église, pouvaient avoir de conséquences dramatiques.
Pour une biodiversité dans l’Église
C’est tout cela que le Synode pour l’Amazonie vient définitivement de condamner. Comment ? En plaidant pour une véritable «  biodiversité  » dans l’Église, qui laisse place à d’autres formes de responsabilités : à côté du prêtre célibataire classique, on aurait des hommes mariés expérimentés, et aussi des nouveaux ministères, définis en fonction des besoins locaux, et éventuellement ouverts aux femmes. En réalité cette «  biodiversité catholique  » existe déjà largement, mais on ne la voit pas. Surtout, on ne la reconnaît pas officiellement. Qui sait qu’en France la plupart des diocèses ne tournent que grâce à des femmes, laïques, formées à la théologie – plus de 12  000 aujourd’hui  –, sur lesquelles les évêques ont pris l’habitude de s’appuyer ? Qu’il existe déjà 2  700 hommes mariés diacres, qui assurent de nombreux services dans les paroisses ? Tout cela à côté de seulement 5 600 prêtres en activité…
La révolution silencieuse de l’Église de France
Cette «  révolution silencieuse  » transforme progressivement le visage de l’Église de France. Il faut désormais, comme viennent de le demander les pères synodaux pour l’Amazonie, lui donner plus de visibilité, l’officialiser, la structurer. De ce point de vue, en invitant pour la première fois, lors de leur Assemblée plénière annuelle qui débute à Lourdes le 5 novembre, des laïcs, hommes et femmes, à leurs côtés, les évêques de France vont enfin renvoyer une image moins cléricale et masculine de l’Église. Une image plus fidèle à la réalité du catholicisme en France. Et une autre manière d’en finir, là aussi, avec l’héritage du concile de Trente.

[Riposte Catholique] Nouvel apostolat pour l’Institut du Christ Roi aux États-Unis

SOURCE - ICRSP via Riposte Catholique - 22 octobre 2019
L’Institut du Christ Roi est appelé à Waterbury dans le diocèse d’Hartford (Connecticut) à 150 km au nord-est de New-York (Etats-Unis).
L’archevêque de Hartford, Mgr Leonard P Blair, a confié à la paroisse Saint Patrick de Waterbury au soin pastoral du clergé de l’Institut du Christ Roi et Prêtre Souverain. À partir du 27 octobre 2019, l’église Saint Patrick redeviendra une paroisse territoriale et le siège d’un nouvel oratoire, qui accueillera les habitants de tout l’archidiocèse qui souhaitent assister à la messe extraordinaire – communément appelée messe traditionnelle latine – et recevoir les autres sacrements catholiques dans cette même forme. Les paroissiens locaux qui ont assisté à une réunion d’information en septembre ont reçu la nouvelle avec des sourires et des mots de bienvenue pour le nouveau clergé. Depuis 1996, l’Institut est en charge de communautés paroissiales selon la spiritualité de son patron, saint François de Sales, dans quinze diocèses des États-Unis.

Le chanoine Joel Estrada de l’Institut a été nommé curé de Saint-Patrick et recteur de l’Oratoire. Il sera assisté par l’abbé Kevin Kerscher [NDLR: oblat]. La première messe traditionnelle latine à l’église Saint-Patrick sera célébrée le dimanche 27 octobre à 10h30 par le vicaire général de l’Institut, Mgr Michael Schmitz.

L’archevêque Blair a précisé : « Je suis très heureux d’accueillir l’Institut dans l’archidiocèse, non seulement pour son ministère paroissial auprès des personnes attachées à la messe traditionnelle latine, mais également pour son engagement envers la spiritualité sacerdotale de saint François de Sales. Cela enrichira et approfondira sans doute la vie spirituelle des personnes qu’ils servent, ainsi que la vie sacerdotale et la fraternité de tout notre clergé. Je demande la bénédiction de Dieu sur cette nouvelle entreprise et demande à tous d’accueillir chaleureusement le chanoine Joel Estrada à l’église Saint Patrick de Waterbury. »
L’Institut du Christ Roi est présent dans 15 diocèses d’Amérique du nord.

[Disputationes Theologicae] L’IBP a-t-il fini dans les mains de la TFP? Au sujet du Chapitre 2019

SOURCE - Disputationes Theologicae - 29 septembre 2019

Le récent Chapitre du Bon Pasteur a laissé dans l’étonnement plusieurs observateurs. Son résultat voit l’élection comme Supérieur Général d’un prêtre presque inconnu originaire d’Amérique latine. Ordonné dans la Fraternité Saint Pie X qu’il abandonna pour le diocèse de San Bernardo au Chili, il y célébra la messe réformée pendant une quinzaine d’années avant d’arriver au Bon Pasteur après 2014. Ce prêtre s’appelle Luis Gabriel Barrero et est assez peu connu par les prêtres, par les séminaristes et par les fidèles. 

Que s’est-il vraiment passé au Chapitre et comment expliquer cet événement ? Voilà la question adressée à notre Rédaction par certains lecteurs. La réponse à cette dernière est une analyse de la crise identitaire de l’Institut, étayée aussi par les confirmations récentes parvenues jusqu’à nous par des confrères de l’IBP, parmi lesquels certains Pères Capitulaires. 

Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons déjà largement écrit et argumenté, mais pour comprendre ce qui est arrivé ces derniers temps il est capital de relire nos articles couvrant la période qui s’étend de la demande de nous aligner sur l’herméneutique de la continuité, en mettant de côté concrètement la critique constructive, et de renoncer “à tout exclusivisme” (avec une réaction pas franche, pas vraiment filiale, mais servile) jusqu’au « putsch de Fontgombault » duquel est sortie la classe dirigeante de l’époque 2013-2019. Ce qui s’est passé était en partie prévisible, ne serait-ce que comme conséquence de l’anéantissement de l’identité et de la conscience selon lequel on avale ce qui est contraire à ses propres spécificités. 

En bref, au Chapitre 2019 le candidat sortant M. l’Abbé Philippe Laguérie n’a pas été réélu. On nous a rapporté qu’il a eu seulement deux voix lors de l’élection du Supérieur Général. Il s’est ensuite présenté à l’élection de simple Assistant, mais là encore on nous a rapporté qu’il a eu seulement deux voix. Son concurrent, M. l’Abbé Vella, jadis un des plus fidèles de l’Abbé Laguérie, mais qui cette fois se présentait comme candidat indépendant, a obtenu peu de voix à l’élection du Supérieur Général. M. l’Abbé Raffray, lui aussi pilier de l’administration Laguérie, devenu son concurrent au Chapitre, a eu également très peu de voix. Cependant, l’événement inattendu a été que dès le début le candidat qui avait le plus de voix était un certain Padre Barrero; certains des votants nous ont avoué que personne ne savait bien quel avait été son passé et que la plupart ignorait le fait que pendant plusieurs années il avait choisi le rite reformé en abandonnant le rite traditionnel. Sic !

Il n’a pas fallu longtemps aux Pères Capitulaires pour comprendre que toutes ces voix ne pouvaient qu’être la conséquence d’un plan lié à une composante de l’IBP dépendante de l’association brésilienne « Montfort », qui dérive d’une scission de la TFP, dont elle a su maintenir les méthodes d’organisation et les stratégies de commandement. Les électeurs français se sont trouvés en minorité, et cela aussi parce qu’il semble que l’Abbé Aulagnier - depuis toujours lié à la « Montfort » et à certains financiers du giron de la TFP qui par un complexe système “redistribuent” les dons atlantiques - ait déjà pris depuis longtemps (mais avec discrétion) le parti sud-américain, qui est particulièrement à la mode.

Le reste est connu, Padre Barrero - avec un coup de pouce de la Pologne - est devenu le nouveau Supérieur Général; l’Abbé Aulagnier a gardé sa place de premier Assistant Général; l’Abbé Vella a pu rester second Assistant Général, maigre consolation pour ce qui en substance est une défaite. L’Abbé Laguérie disparait complètement de la scène et dans le communiqué officiel il n’y a même pas les remerciements habituels. Spontanément, vient à l’esprit : “il n’a pas accepté les vrais amis, et voilà”. Concernant d’autres détails sur le déroulement et la “préparation” du Chapitre, comme ils ne sont pas essentiels à la compréhension de ce qui s’est réellement passé, mieux vaut ne pas en parler.

Les faits parlent d’eux-mêmes, il ne nous semble pas qu’il faille ajouter grand-chose, si ce n’est que la dérive que nous dénonçons depuis 2012 a connu une accélération plus rapide que prévue et que la dénaturation identitaire de la société sur le long terme a mené à une véritable “mutation génétique”. Il faut noter également que tous les membres du nouveau Conseil Général non seulement ne sont pas des fondateurs, mais qu’aucun d’entre eux n’était membre de l’Institut à l’automne 2006, lorsqu’au milieu de grands sacrifices et avec peu de monde naissait l’IBP (l’Abbé Vella arriva en 2007, l’Abbé Aulagnier en 2011 - juste à temps pour voter au Chapitre de 2012 - et le nouveau Supérieur Général seulement en 2014). Il nous semble qu’il faut renouveler un appel aux confrères de l’IBP qui nous ont contactés, reconnaissant implicitement que nous défendons encore l’identité de l’IBP-2006, la validité de cette ligne et de ces présupposés, même si désormais nous sommes réunis dans la Communauté Saint Grégoire le Grand : aujourd’hui, face à des signes si évidents, le moment de revenir sur certaines options et sur certaines stratégies utilitaristes qui ont démontré à un tel point leur échec n’est-il pas arrivé ?

La Rédaction de “Disputationes Theologicae

28 octobre 2019

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] L’abbé Bruehwiler

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 26 octobre 2019

Les fidèles regardent la doctrine avant tout,
Et non les compromis et ni les mauvais coups.

charL’analyse suivante de la situation actuelle de la Néo-fraternité Saint Pie X parut dans le bulletin paroissial n°3 de l’abbé Aloïs Brühwiler de Saint-Gall en Suisse, publié cet automne. L’abbé Brühwiler, anciennement prêtre de la Fraternité, l’a quittée en 2015 parce qu’il ne pouvait plus accepter la mauvaise direction prise par la Néo-fraternité cherchant éperdument à être reconnue par les autorités romaines, alors même que cette Néo-église insiste pour que la néo-Fraternité accepte, comme condition indispensable à cette reconnaissance, les documents profondément anticatholiques de Vatican II. Comme à l’ordinaire, nous adaptons notre commentaire aux dimensions d’une feuille A4.
Dans les temps de crise dramatique que nous traversons aujourd’hui, alors que les sources de la vie sont attaquées, déstabilisées, voire renversées, un catholique doit en toute humilité faire confiance au Bon Dieu et se placer sous Sa protection. Il doit se concentrer sur « la seule chose nécessaire » (Luc X, 42) et, se gardant de remettre Dieu en question, il doit se soumettre à l’épreuve que la Sagesse éternelle permet (voire suscite ?) comme moyen voulu par sa Miséricorde, pour nous punir, nous purifier, nous sanctifier et finalement nous sauver corps et âme. 
Après Vatican II, notre mère l’Église, humiliée et enchaînée depuis, s’est trouvée occupée et submergée par de sinistres pouvoirs francs-maçons, nichés au sein de « l’Église conciliaire ». C’est pourquoi la divine Providence, dans sa Sagesse, a donné aux catholiques un fidèle successeur des Apôtres, Mgr Lefebvre, afin de nous assurer, dans l’extrême et persistante nécessité que nous avons d’être secourus, un accès sûr à la doctrine inaltérée de Notre Seigneur Jésus-Christ. Plus l’esprit conciliaire parle et agit sous l’influence des « fumées de Satan », plus les catholiques, s’ils veulent sauver leur âme, doivent prêter attention à l’héritage doctrinal que nous a laissé le fondateur de la Fraternité St Pie X. Car, tout comme saint Paul avait averti les Corinthiens de s’en tenir à l’Évangile tel qu’il le leur avait prêché et que lui-même avait reçu du Christ (I Co XV, 1–3, etc.), de même, aujourd’hui, devons-nous nous en tenir aux leçons de Mgr Lefebvre sur la Nouvelle Messe et le Concile, car brader cet enseignement équivaudrait en réalité à évacuer la doctrine du Christ. 
Mais hélas ! peu de temps après la mort de leur fondateur en 1991, les dirigeants de la Fraternité ont opté pour une voie nouvelle, en s’efforçant de « normaliser » le statut canonique de la Fraternité au sein de l’Église, comme si c’était la Fraternité et pas l’Église conciliaire qui était en faute. Ce changement d’orientation a clairement commencé à se faire jour avec la tentative des dirigeants de la Fraternité, en 2001, de se soumettre aux conciliaires. Cela s’est manifesté encore plus clairement le 7 avril 2012 dans la lettre adressée par trois des quatre évêques de la FSSPX aux dirigeants de cette Fraternité. A la suite de quoi, l’un des quatre évêques fut exclu. La Fraternité se divisait en deux, en sorte que si quelqu’un approuvait cette exclusion à ce moment-là, il doit aujourd’hui approuver les « nouveaux amis » de la Fraternité, tel cet évêque suisse de la Néo-église, dont la doctrine concernant le Concile et la Messe est bien loin de coincider avec celle de Mgr Lefebvre. C’est ainsi que la Néo-fraternité est en train de se former selon le principe qu’un accord pratique passe avant la vérité doctrinale, principe franc-maçon et nullement catholique. Malgré cela, de plus en plus de prêtres et de laïcs aveuglés semblent espérer qu’un accord entre la Néo-fraternité et Rome verra bientôt le jour. 
Le problème remonte à Vatican II (1962–1965). A l’époque, les fidèles catholiques, dans leur famille et au travail, durent apprendre à leurs dépens ce qui se passe lorsque les responsables de l’Église s’écartent de la vérité catholique : les fidèles catholiques ne pouvaient plus suivre ces papes, ces évêques et ces prêtres, ni leur obéir, même si cette hiérarchie avait autorité sur eux, parce que la raison d’être même de l’Autorité catholique n’est autre que de servir la Foi et la Justice. Par contre le motu proprio de Benoît XVI de 2007, et le Communiqué de Presse ambigu et trompeur publié en même temps par le Supérieur Général de la FSSPX, sont deux exemples d’un mépris profond pour la vérité et la justice. Comme l’a dit Mgr Tissier en 2016, « La messe du Motu Proprio n’est pas la vraie messe. » Nous pourrions ajouter : la Néo-fraternité qui ne cesse d’évoluer depuis 1991, n’est plus la vraie Fraternité.
Kyrie eleison.