7 juillet 2019

[Maxence Hecquard / Abbé Guillaume de Tanoüarn - Monde & Vie] Les papes de Vatican II sont-ils légitimes?

SOURCE - Monde & Vie - 13 juin 2019

Sous l’égide d’Olivier Figueras, à l’occasion de la publication chez Pierre-Guillaume de Roux du dernier livre de Maxence Hecquard sur La crise de l’autorité dans l’Église, nous organisons un grand débat sur ce sujet tabou entre l’auteur et l’abbé Guillaume de Tanoüarn. À vous de voir!

OF: Comment définissez-vous l’autorité dans l’Église ? 
 
GT: L’autorité est ce qui augmente, selon l’étymologie, ce qui permet à ce qui lui est soumis d’atteindre son but. Elle n’établit pas un rapport de force entre chef et sujets, mais réalise un ensemble harmonieux où chacun trouve sa place, au plus près du bien commun. De quelle autorité parle-t-on ? De celle du pape qui n’est pas de droit humain. Le pape n’est pas choisi par des hommes, il est « de droit divin » parce qu’il a choisi Dieu et que Dieu l’a choisi. 
 
MH: J’ajoute que l’Église est une société d’êtres humains : l’autorité est détenue par des personnes physiques. Telle est la constitution voulue par le Christ. Pierre est le fondement : l’Église repose sur la personne physique du Pape, qui dit ce qu’il faut croire, ce qu’il faut faire. 
   
GT: On ne peut nier le problème de gouvernance dans l’Église. Beaucoup de gens ont peur de l’instabilité de l’institution, mise en cause par des crimes de pédophilie. Le pape, qui aurait couvert des actes de pédophilie (on le sait depuis les révélations du Spiegel) se trouve devant un exercice de l’autorité humainement périlleux.
   
MH: On assiste même à quelque chose de nouveau depuis quelques mois : la remise en cause officielle de l’autorité de François par des prélats et des théologiens qui reconnaissaient l’autorité de Benoît XVI. 
 
GT: Ce n’est pas un hasard. Il y a un nouveau sédévacantisme. Il y a eu celui des années 80 avec Mgr Guérard des Lauriers et il y en a un nouveau chez des intellectuels aujourd’hui…
 
MH: Ce mouvement prend de la force, puisque tant Mgr Athanasius Schneider que, récemment, un groupe de professeurs et de théologiens, ont déclaré officiellement  : « François est hérétique ! ». Il y a la question des mœurs du clergé que vous évoquez, mais il y a également des questions strictement doctrinales. Certes dès la fin de Vatican II, certains ont estimé qu’il énonçait des hérésies, mais sur des points plutôt techniques et théoriques : la liberté religieuse par exemple. Aujourd’hui lorsque François explique que « la diversité des religions est une sage volonté de Dieu », on se dit que ce n’est pas conforme à la doctrine traditionnelle de l’Église.
 
GT: L’appel des professeurs est de qualité inégale. Il est contestable sur certains points. En tout cas ce n’est pas un texte qui fait foi juridiquement, c’est un symptôme ! 
 
OF: Il serait peut-être bon que Maxence définisse ce qu’il entend par « crise »? 
 
MH: Je considère que depuis Vatican II les papes énoncent des hérésies. Je pense notamment à la liberté religieuse qui est la contradiction de la doctrine définie par Grégoire XVI et par Pie IX. Mon livre ne reprend pas la démonstration de ces hérésies, qu’il suppose acquise. Il traite la question : comment cette situation est-elle possible ? Comment un pape pourrait-il énoncer des hérésies ? 
 
GT: L’hérésie n’est pas seulement de dire des choses en dehors de la tradition de l’Église. Le péché d’hérésie est formellement constitué par la pertinacité de l’hérétique, pertinacité mesurée par le procès qui lui est fait, et à travers lequel se manifeste sa persévérance dans l’erreur. 
 
MH: Saint Thomas d’Aquin reprend la définition de l’hérésie de saint Augustin : est hérétique celui qui dit des choses nouvelles dans l’Église ou met en doute, voire nie, une vérité de foi. Ce rejet de l’autorité de l’Église en matière de foi et de mœurs constitue le péché d’hérésie. 
 
GT: En aval de cette délimitation juste de l’objet de l’hérésie, la seule définition que l’on puisse retenir comme étant à effet juridique, c’est l’hérésie juridiquement constatée. Vous pensez que l’on peut se passer de la constatation juridique de l’hérésie, qui serait « manifeste » par elle-même. S’agissant de quelqu’un qui exerce une fonction capitale dans l’Église, il faut que son hérésie soit reconnaissable par tous. Sinon certains vont dire qu’elle est présente et d’autres diront qu’elle ne l’est pas. Bruno Neveu disait : « L’Église fait exister l’hérésie pour la tuer ». Elle précise, elle définit ce qui est hérétique.
 
MH: Un péché n’est formel que s’il est conscient. Dès que le rejet d’une doctrine définie par l’Église est conscient, le péché est constitué. La procédure de monitions de l’hérétique prévue par le code de droit canonique ne vise pas à rendre formelle l’hérésie du suspect, mais à prendre acte qu’elle existe, afin de le priver de sa charge ecclésiastique et de lui imposer les peines prévues. Il ne faut pas confondre la constitution du péché et la sanction canonique.
 
GT: Dans le cas présent on cherche à établir non le péché d’hérésie, mais ses effets juridiques non seulement sur la personne du pape, mais sur toute l’Église hypothétiquement décapitée… Ce n’est pas parce que je pense que untel est hérétique qu’il est hérétique, c’est parce qu’au regard de l’Église il s’est entêté dans une hérésie et qu’on la lui a montré, qu’on peut le déclarer hérétique.
 
MH: Le code de droit canonique (canon 188) explique que l’hérétique perd sa charge ipso facto. C’est aussi la sentence de la plupart des théologiens, de saint Robert Bellarmin au Cardinal Billot. Dans tous les cas le pape n’est pas soumis au code de droit canonique qui ne vaut que pour le clergé inférieur (canon 1556). Paul IV explique bien qu’un pape qui s’avèrerait être hérétique perdrait sa charge ipso facto (bulle Cum ex apostolatus 15/2/1559). Vous essayez d’enfermer le sujet dans une procédure juridique, c’est ce que fait la Fraternité Saint-Pie X depuis 40 ans. 
 
GT: On peut donc dire qu’on est d’accord sur le fait qu’on n’est pas d’accord.
 
OF: Au sein de l’histoire de l’Église il n’y a pas eu de papes hérétiques?
 
MH: Aucun
 
GT: Honorius…
 
MH: De tous temps les Grecs, puis les protestants, puis les gallicans ont prétendu que des papes seraient tombés dans l’hérésie. Les historiens catholiques ont démonté ces calomnies. Honorius n’a jamais proféré d’hérésie. On nous dit qu’il a fait l’objet d’une condamnation par le IIIe concile de Constantinople ; un historien aussi éminent que le cardinal Baronius considérait que le IIIe concile de Constantinople ne parle pas d’Honorius. Saint Robert Bellarmin, dans ses Controverses, déclare fausse la lettre imputée à Honorius. D’autres historiens catholiques disent : quand bien même il y aurait eu une condamnation au IIIe concile de Constantinople, il y a eu des interpolations faites par les hérétiques grecs dans les lettres d’Honorius (c’était courant à l’époque). Dans tous les cas on ne pourrait lui reprocher qu’un manque de fermeté mais non d’avoir adhéré à l’hérésie monophysite. Allons plus loin : il est de foi que les papes ne sont jamais tombés dans l’hérésie… 
 
GT: Votre théorie, c’est le serpent qui se mord la queue ! Honorius n’est pas hérétique parce qu’il ne peut pas l’être… 
 
MH: Ce n’est pas une théorie mais une définition de Vatican I : les papes n’ont jamais chuté dans l’hérésie. Elle est reprise par Léon XIII (Satis cognitum) qui cite le pape saint Hormisdas : « Le siège de Pierre est pur de toute erreur ». Sur ces débats historiques, je renvoie à l’excellente synthèse de l’abbé B-M Constant L’histoire et l’infaillibilité des papes (1869, réimpression Saint-Rémi 2015).
 
GT: Pour éclairer la question d’Honorius, on peut se demander : est-ce que le pape est déposé par sa seule hérésie ? La position de Cajetan là-dessus, c’est qu’il y a évidemment une contradiction entre l’hérésie d’un pape et sa fonction, mais que la papauté étant de droit divin et pas de droit humain, aucun homme ne peut de son propre chef mettre fin à un droit divin. Par conséquent il faut, face au droit divin du pape, que s’élève au moins le droit divin de l’Église. Le pape n’est pas déposé ipso facto par son hérésie mais son pouvoir souffre d’une carence de légitimité : il doit être déposé étant hérétique. Papa deponendus non depositus. Cette déposition virtuelle du pape doit être rendue réelle par un procès public qui est plus souvent un procès posthume bien évidemment, c’est le cas pour le pape Honorius premier. Son cadre ? Un concile œcuménique, Constantinople III ; l’anathème que les Pères conciliaires jetèrent contre Honorius fut confirmé par un pape, Léon II. Donc il y a des exemples historiques de papes plus ou moins hérétiques, il n’y a sans doute pas d’exemples historiques de papes formellement hérétiques et persistant formellement dans une hérésie qu’on leur aurait montrée.
 
MH: Donc il n’y en a pas.
 
GT: Et donc pour l’instant il n’y en a pas un. Ni Paul VI, ni François, ni personne.
   
MH: En fait, nous sommes dans une situation théoriquement impossible : puisque le pape est infaillible, dans le cadre de ses fonctions il ne peut pas être hérétique, sauf comme personne privée. Certains théologiens de la Fraternité Saint-Pie X arguent du caractère privé des déclarations des pontifes de Vatican II : cela ne tient pas la route. Paul VI lui-même explique qu’il a engagé toute son autorité de successeur de Pierre dans ses déclarations. François déclare de même après Amoris laetitia que l’interprétation de l’évêque de Buenos Aires est authentique. Ils agissent comme papes, pas comme personnes privées…
 
OF: Il n’y a pas que l’autorité du pape, il y a l’autorité du concile lié au pape…
   
MH: Un concile œcuménique constitue l’instance la plus solennelle de l’Église. Lorsqu’il se prononce sur les questions de dogmes ou de mœurs, avec la sanction du pape, il est infaillible. Pour justifier sa position critique, Mgr Lefebvre a développé une théorie selon laquelle le concile Vatican II serait un concile pastoral qui selon lui n’engageait pas l’infaillibilité pontificale. En réalité, Paul VI a écrit à Mgr Lefebvre qu’il ne pouvait pas se prévaloir de la distinction entre concile pastoral et concile dogmatique, ajoutant que Vatican II est plus important que le concile de Nicée ! Certains théologiens, l’abbé Calderon, le Père Pierre-Marie d’Avrillé…, avancent que Paul VI n’a pas voulu engager son autorité… Leur position ne résiste pas à l’analyse, il suffit de lire les formules qui concluent toutes les constitutions de Vatican II : elles sont très solennelles et typiques des déclarations ex cathedra.
 
GT: Vatican II est plus long que tout le magistère de l’Église antérieure. Pourquoi ? Parce que le genre littéraire est différent. D’un côté, des textes qui définissent formellement ce qui est à croire ou à faire. De l’autre l’élaboration bavarde d’une politique doctrinale de l’Église face à la modernité. Vatican II n’est pas infaillible de la même façon que les autres conciles, parce qu’il se veut intrinsèquement lié au temps où il a été écrit, qui n’est déjà plus le nôtre.
   
MH: Vatican II est un concile comme les autres mais, dans sa formulation, il a évité de proclamer des canons ou de fulminer des condamnations. Jean XXIII et Paul VI ont expliqué que Vatican II a préféré la miséricorde et a voulu prendre le langage de l’époque moderne. Les théologiens expliquent que, dans les définitions qu’ils énoncent, le pape n’a aucune règle de forme. Il suffit qu’il parle de foi ou de mœurs et qu’il engage son autorité de successeur de Pierre…
 
GT: Il faut encore qu’il définisse avec la volonté d’obliger à croire dit Vatican I, il n’est pas infaillible formellement sans cela. Par ailleurs, pour beaucoup de théologiens, la question du pape hérétique est purement théorique. Je pense à un théologien du XIXe siècle, le père Dominique Bouix. Pour lui, le pape hérétique est immédiatement démissionné de sa fonction pontificale, sauf que, ajoute-t-il, ça ne pourra jamais arriver. Donc sa réflexion théologique se présente elle-même comme absolument hypothétique et uniquement théorique. Il est évident que quand on est dans une réflexion pratique comme Cajetan qui dit lui : des papes tyranniques, il y en a eu ; des papes hérétiques il peut y en avoir, eh bien on prend des précautions qu’on ne pense pas nécessairement avoir besoin de prendre lorsque la question est purement vue du point de vue de Sirius.
 
MH: La question a été transformée après la définition de Vatican I. Avant elle constituait un cas théorique entre théologiens. Depuis Vatican I nous savons qu’un pape ne peut pas être hérétique dans le cadre de ses fonctions. Si une hérésie manifeste est constatée par le reste de l’Église, il ne peut y avoir que deux explications. Soit elle est énoncée par le pape en tant que Docteur privé, ce n’est pas le cas qui nous importe. Soit le pape est un imposteur, c’est-à-dire que son élection était nulle pour quelque raison. Dans ce cas la charge est perdue ipso facto. Pourquoi ? Précisément parce que personne ne peut faire de procès au pape : « Le premier siège n’est jugé par personne ». L’Église, sans pape, sera-t-elle dans une situation de chaos ? Non : cela signifie simplement que la personne assise sur le siège de Pierre n’a pas d’autorité pontificale. Faudrait-il ce que Jean de Saint Thomas appelle une sentence déclarative ? La plupart des théologiens conviennent qu’il n’y a aucune obligation et le pape Paul IV dit bien que le pontificat est perdu sans aucune déclaration. Mais plusieurs auteurs, comme saint Alphonse de Ligori, considèrent qu’une sentence déclarative permettrait d’éclairer les fidèles. En cas de doute sur la qualité des Cardinaux électeurs le cardinal Billot explique que la désignation du pape reviendrait à l’instance la plus élevée de l’Église après le pape : le concile général. 
 
GT: Vous tendez là à la position du papa deponendus. L’idée de Cajetan est la suivante : on a eu des papes erratiques, Jules II, Alexandre VI. Il souligne qu’un pape peut être despotique, et peut donc en tant que despote ou tyran aller contre le bien commun, y compris du point de vue de l’hérésie, c’est une possibilité, ça mérite qu’on y réfléchisse à deux fois avant de déclarer qu’un pape hérétique est déposé ipso facto. Bien entendu que l’hérésie et la fonction pontificale sont incompatibles l’une avec l’autre. Mais il ne faudrait pas que cette incompatibilité avérée entraîne des désordres plus graves et un chaos ecclésial sans nom. Il faut donc que la déposition du pape se fasse dans l’ordre. Il faut aussi, le pape étant pape de droit divin, que s’oppose au droit divin du pape, pour qu’il y ait cet ordre, le droit divin de l’Église. Donc pour Cajetan le pape hérétique doit être déposé par la réunion de l’Église ; il n’est pas immédiatement déposé lorsque son hérésie paraît. Il me semble que ça relève et de l’exactitude quant aux droits divin et humain mis en cause et de la prudence quant aux faits. 
 
MH: Soulignons que cette crise affreuse est prophétisée clairement dans plusieurs livres de la Bible. Notre Seigneur nous renvoie à la lecture de Daniel (cf. Mt 24). Ce prophète a au moins 4 prophéties sur la crise de l’Église. Il explique que le peuple saint sera dispersé, que le sacrifice perpétuel sera aboli, et que l’on verra l’abomination de la désolation dans le lieu saint. Et le Christ dit qu’alors viendra le jugement général. Daniel voit le combat du bélier et du bouc. Les pères de l’Église considèrent que le bélier, qui est chef du troupeau, symbolise le clergé. Le bélier est défait et piétiné par le bouc. Ses cornes sont brisées. Le bouc impose le culte Dieu Maozim (la force), le peuple saint est dispersé et c’est l’abomination de la désolation dans le lieu saint. Daniel tombe malade pendant plusieurs jours tellement il est malheureux. D’autres prophéties de Daniel disent de même. L’Apocalypse également. Le texte est difficile mais les pères l’expliquent. Les diverses prophéties s’enchaînent (on parle de concatenatio) et portent en fait sur les mêmes événements. Et il est dit que le soleil sera obscurci, deviendra comme un sac de crin, et le ciel sera roulé. Les pères expliquent que le soleil est l’Église qui donne la lumière. Le ciel symbolise aussi l’Église, et sera roulé comme un livre qu’on ne pourra plus lire. Les étoiles tomberont du ciel : les étoiles sont les prélats hérétiques. Les sauterelles sortant de l’abîme symbolisent les hérésies et leur queue le mauvais clergé qui adhère à ces hérésies. Les exégètes médiévaux voient l’hérésie atteindre le sommet de l’Église. Saint Paul a dénoncé le mystère d’iniquité. Saint Augustin explique qu’il s’agit de l’hérésie qui au début de l’Église reste cachée et qui va grossir jusqu’à devenir visible et entraîner l’apostasie générale. Celle-ci est un des signes précurseurs du jugement général, explique le catéchisme du concile de Trente. 
 
GT: Je n’ajouterai à cette évocation que le mot bien connu du Christ : « Lorsque le fils de l’homme reviendra sur la terre retrouvera-t-il la foi ? ». Dans la prophétie sur la fin du monde en Mathieu 24 il est dit aussi : « Il y aura des miracles et des prodiges capables s’il est possible de séduire les élus eux-mêmes mais à cause des élus ces jours seront abrégés ». Donc le Christ nous dit une seule chose : « Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre l’Église », mais il ne nous garantit pas qu’une crise majeure ne puisse pas intervenir au cœur de l’institution, et même il nous y prépare. Et la Vierge Marie, à La Salette, a ces paroles étranges : « Rome perdra la foi et deviendra le Siège de l’Antéchrist ». Mais elle avait précisé dans le même texte : « Le Saint Père souffrira beaucoup, je serai avec lui jusqu’à la fin ».

[France TV Info] "Gilets jaunes" : qui est l'abbé Michel, dans la tourmente après avoir entonné un chant anti-Macron à la fin d'une messe ?

SOURCE - France TV Info - 5 juin 2019

Le préfet de l'Eure a saisi la procureure de la République d'Evreux pour outrage envers le chef de l'Etat et pour violation de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l'Etat.

L\'abbé Francis Michel lors de la messe du dimanche 2 juin au Planquay (Eure).L'abbé Francis Michel lors de la messe du dimanche 2 juin au Planquay (Eure). (CAPTURE D'ECRAN YOUTUBE)

Dans la vidéo qui circule sur les réseaux sociaux depuis le dimanche 2 juin, on le voit en soutane, l'air mi-amusé mi-inquiet, en train de chanter à pleine voix "Emmanuel Macron, oh tête de con, on vient te chercher chez toi...", entouré de "gilets jaunes".

L'abbé Francis Michel, qui officie dans l'église du Planquay (Eure), est dans la tourmente après que le préfet de l'Eure a saisi la procureure de la République d'Evreux pour outrage envers le chef de l'Etat et pour violation de la loi de 1905 séparant les Eglises de l'Etat, car il est selon lui "clair que le type de manifestation qui se passait dans l'église du Planquay dimanche n'était pas une messe".

Franceinfo dresse le portrait de cet homme d'église controversé, dont la notoriété locale est repartie à la hausse à la faveur du mouvement des "gilets jaunes".
Un sympathisant des "gilets jaunes" de la première heure
Si le nom de l'abbé Francis Michel était jusqu'à dimanche largement inconnu à l'échelle nationale, les médias normands connaissent bien ce religieux, qui a multiplié les coups d'éclat depuis le 17 novembre.

Dès le premier jour du mouvement, le religieux a en effet pris fait et cause pour le mouvement des "gilets jaunes", n'hésitant pas à enfiler une chasuble fluorescente par-dessus sa soutane ou à emmailloter l'Enfant Jésus présent dans sa crèche d'un gilet jaune. Régulièrement présent sur les ronds-points, cet homme de 69 ans indiquait en février à L'Eveil normand avoir trouvé une seconde famille chez les manifestants.
Avec les 'gilets jaunes', j’ai retrouvé une communauté de frères. Avec eux, je prends aussi conscience de mon bonheur. Je suis privilégié par rapport à beaucoup d'entre eux qui ne gagnent vraiment rien, qui ne peuvent même pas partir en vacances et vivre décemment.
L'abbé Francis Michel à "L'Eveil normand"
L'abbé s'est tellement impliqué dans les manifestations qu'il a été placé en garde à vue le 25 mai dernier pour avoir empêché les forces de l'ordre d'intervenir en mettant un pied sur une barricade, à Paris, rapporte La Nouvelle République.

Cet épisode lui a valu le respect de nombreux "gilets jaunes", qui se sont rendus dimanche dans l'église de l'abbé Michel "pour lui faire une surprise", raconte un participant à Paris Normandie. "Nous sommes tous rentrés dans l'église avec nos gilets jaunes dans la poche, nous avons écouté la messe, et à la fin nous avons mis nos gilets jaunes ! Puis discuté avec l'abbé Michel, qui été très heureux de cette surprise".
Un religieux condamné par la justice et en conflit avec sa hiérarchie
L'abbé a également eu affaire à la justice. Fin 2017, il avait été définitivement  condamné à 15 000 euros d'amende pour avoir détourné à son profit, entre 2006 et 2008, plusieurs centaines d'euros provenant de l'argent des quêtes de son ancienne paroisse de Thiberville, qui regroupe 13 églises, rapportait alors Paris Normandie.

Après une plainte de l'évêché, les gendarmes avaient ainsi mis au jour l'existence de 11 comptes bancaires pour le prêtre, qui ne touchait en principe que 900 euros par mois. Si le curé avait la réputation de vivre dans le dénuement, portant une soutane trouée, ses relevés bancaires avaient révélé des dépenses pour des nuits d'hôtel à Paris, pour de la maroquinerie et des piercings, précise l'AFP.

Rétrogradé en 2010 par l'évêque d'Evreux au rang de simple recteur, ce qui lui interdisait de célébrer mariage, baptêmes et inhumations, l'abbé Michel a carrément été déchu de ses prérogatives d'homme d'église en 2016, bien qu'il ait toujours nié les faits qui lui sont reprochés. "Francis Michel n'a plus aucune responsabilité ni pouvoir dans l'Eglise catholique. Mais nous n'avons ni pouvoir de police ni de gendarmerie. J'ai écrit au maire du Planquay pour indiquer qu'il n'avait plus rien à faire dans cette paroisse, mais on ne m'a jamais répondu", a indiqué à LCI Christian Nourrichard, évêque d'Evreux.
Un septuagénaire "dépassé" par la situation
Cité par Le Parisien après le dernier coup d'éclat en date de l'homme d'église, l'évêque déplore que l'abbé Michel "continue à faire tout et n’importe quoi".
Je dirais vulgairement qu'il devient un peu fou.
Mgr Christian Nourrichard, évêque d'Evreux au "Parisien"
Dans les colonnes de Paris Normandie, l'abbé sulfureux reconnaît avoir été "dépassé" par la chorale improvisée des "gilets jaunes" venus dans son église et "déplore l'interprétation qui a pu en être faite". Il précise que les chants ont eu lieu après la fin de l'office, et qu'il a préféré sortir de l'église avec ces surprenants paroissiens, "par crainte que des fidèles entrent à ce moment précis pour prier ou se recueillir". Reste à savoir si cette explication convaincra les autorités si le parquet décide d'ouvrir une enquête.
  

[Le Progrès] A Unieux, ils sont une centaine à suivre les messes des catholiques traditionalistes

SOURCE - Le Progrès - 11 mai 2019

Chaque dimanche, ils sont près d’une centaine de fidèles à se rendre à la chapelle du prieuré Saint-François-Régis pour assister à la messe selon le rite de Saint-Pie X. Une messe en latin dos aux fidèles.

La Fraternité sacerdotale Saint Pie X a été fondée par Mgr Lefebvre en 1970, en opposition au concile Vatican II (1962-1965). En rupture avec le modernisme et la liberté religieuse, elle n’est plus, depuis 1975, une œuvre de l’Église catholique romaine.

C’est pourquoi ses membres ne fréquentent plus les messes « officielles » où « tout se mélange et où on se demande parfois s’il y a Dieu », note une jeune étudiante stéphanoise de 25 ans venue assister à un office de cette mouvance à la chapelle du prieuré Saint-François-Régis d’Unieux.
Une centaine de fidèles chaque semaine
Comme elle, ils sont une centaine à se déplacer chaque dimanche dans la commune de l’Ondaine pour suivre la messe en latin, dos aux fidèles, données, pendant près d’une heure trente, par l’abbé Barrère.

Les fidèles, dont certains ont fait près d’une heure de route, encensent la cérémonie à laquelle ils sont venus assister. « C’est un rite qui nous est cher, qui exprime davantage la présence réelle de Jésus dans l’eucharistie », s’enthousiasme un père de famille tout en jetant un œil sur ses jeunes enfants qui se dégourdissent les jambes un peu plus loin en habits du dimanche.

Son voisin de banc approuve : « Ici, on est dans l’intégralité de la foi telle qu’elle a été transmise. On est tourné vers le sacrifice alors que dans le nouveau rite, l’aspect sacrificiel est gommé. »

La réputation quelque peu sulfureuse de la FSSPX et notamment ses liens avec l’extrême droite n’intéressent guère les traditionalistes. À l’image de la jeune étudiante stéphanoise qui l’assure : « Les opinions sont très diverses ici. On ne fait pas de politique. »

[Youna Rivallain - La Vie] Jean-Claude Romand, des barreaux à la clôture

SOURCE - Youna Rivallain - La Vie - 3 juillet 2019

L’abbaye de Fontgombault, dans l’Indre, héberge depuis le 28 juin le quintuple assassin en liberté conditionnelle. Une coopération avec la justice fidèle à la tradition de l’accueil monastique.

Après 26 ans de réclusion à la maison centrale de Saint-Maur, dans l’Indre, Jean-Claude Romand est accueilli, depuis le 28 juin dernier, en liberté conditionnelle à l’abbaye bénédictine de Fontgombault. En 1996, celui qui s’était fait passer pour un médecin de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) auprès de ses proches avait été condamné à perpétuité pour avoir assassiné sa femme, leurs deux enfants et ses parents en 1993.

Décrit comme un détenu modèle et converti au catholicisme lors de sa détention, il habitera pendant au moins deux ans dans cette abbaye, muni d’un bracelet électronique. Il vivra aux côtés des 60 moines de la congrégation de Solesmes, qui célèbrent selon la forme extraordinaire du rite romain (la « messe en latin »). L’ex-détenu ne sera pas autorisé à quitter l’abbaye pendant la nuit, ni à certaines heures de la journée.
Un intermédiaire entre prison et vie civile
Ce n’est pas la première fois qu’une abbaye accueille un détenu en liberté conditionnelle. En 1978, Guy Desnoyers, surnommé le curé d’Uruffe, condamné pour double assassinat, avait été hébergé après 22 ans de prison par l’abbaye de Kergonan, dans le Morbihan. La même communauté, qui reçoit déjà des personnes condamnées à des travaux d’intérêt général, a hébergé en 2016 un détenu condamné pour meurtre. Les clarisses de Malonne, en Belgique, ont accueilli quant à elles, en 2012, Michelle Martin, ex-épouse et complice du tueur en série Marc Dutroux, provoquant l’ire des habitants de cette petite ville du sud du pays.

Ces liens entre la justice et les communautés religieuses concernant l’accueil des détenus en fin de peine ne sont pas institutionnels. « Mais cela fait partie de la tradition monastique, rappelle le bénédictin Jean-Pierre Longeat, ancien président de la Corref (Conférence des religieux et religieuses de France). L’abbaye, comme lieu retiré avec une forme de vie autonome, présente plus de protection que des lieux à ciel ouvert. » Le monastère serait ainsi une mesure prudente, un intermédiaire entre la prison et la vie civile. Si des prêtres en attente de jugement peuvent être placés dans une communauté avant ou après leur suspension de tout ministère, la décision est -souvent une demande particulière du détenu. « Certains repris de justice éprouvent même le besoin de changer de vie, jusqu’à parfois devenir moines », ajoute-t-il.

Le cas Romand fait écho à ces changements de vie. En prison, il aurait connu un réveil spirituel, au contact de ses visiteurs, catholiques pratiquants, comme le rapporte le média chrétien Aleteia. Après sa rencontre avec des membres des Équipes Notre-Dame, il serait devenu intercesseur pour l’association, s’engageant à se lever la nuit au moins une fois par mois afin de prier pour leurs intentions. La décision de vivre dans un lieu spirituel et retiré viendrait de lui. Avant de se diriger vers l’abbaye traditionaliste de Fontgombault, il avait cherché à intégrer une communauté Emmaüs.

Les moines de Fontgombault, soumis par la justice au silence médiatique, n’ont pas souhaité donner plus d’informations au sujet de leur hôte. Cependant, au regard de certaines affaires comme celle de Michelle Martin, dernière criminelle en date ayant été accueillie par un couvent, il semblerait que de telles dispositions soient parfois davantage dictées par la nécessité. « Pour obtenir une libération conditionnelle, vous devez témoigner d’un logement et d’une occupation, mais, après des années en prison, vous êtes -socialement mort, résume Emmanuel Pierrat, avocat membre de l’Observatoire international des prisons. Pour les détenus croyants, l’abbaye est une option parmi d’autres. L’Église fait simplement partie de cette chaîne de solidarité pour faciliter la réinsertion. »
L'accueil de l'ex-épouse de Marc Dutroux
Socialement morte, c’est ainsi que se retrouve Michelle Martin lorsqu’elle obtient sa libération sous conditions en juillet 2012, après 16 ans de prison. « Quand le temps fut venu pour Mme Martin de pouvoir bénéficier d’une libération conditionnelle, en vue d’une réinsertion sociale, nous espérions que les instances prévues à cet effet allaient lui procurer un lieu d’accueil, expliquent les sœurs clarisses de Malonne dans un communiqué de presse en 2012. Mais il n’a pas été possible de trouver ce lieu. Il faut savoir que Mme Martin n’a pas de famille et qu’elle n’a pas trouvé en Belgique de lieu de réinsertion prévu pour des femmes. »

En prison, l’ex-épouse de Marc Dutroux correspond avec une des sœurs clarisses depuis plusieurs années, « comme cela se fait beaucoup chez les contemplatives », explique sœur Francine. Ne trouvant pas de lieu d’accueil, elle demande de venir habiter au couvent. Contactée par les avocats de Michelle -Martin, la communauté se réunit pour discuter la décision. « Ce fut un défi pour nous, bouleversées que nous étions par l’horrible souffrance des victimes et de leurs familles, relate le communiqué de presse de l’époque. Nous avons cherché à vivre au mieux cette tension : comment porter ces deux réalités à la fois ? Ce ne fut pas facile... Nous avons choisi d’accueillir en nous ces deux souffrances qui ne sont en rien comparables l’une avec l’autre. »
Le désir de vivre l’Évangile jusqu’au bout
Sept ans après leur choix contesté – une vague de protestations et d’apostasies a suivi la décision des religieuses –, sœur Francine se souvient : « Notre décision prise à l’unanimité était en fidélité à l’Évangile, ce qui signifie être humain et croire en l’humain à la manière de Jésus. Nous voulions donner à Mme -Martin une nouvelle chance de repartir dans la vie. » Vivant dans un petit studio aménagé par les sœurs et soumise comme elles au silence, Michelle Martin a bénéficié d’un accompagnement psychologique et juridique tout en participant à la vie communautaire. Sortie de l’abbaye en 2015, l’ex-femme de Marc Dutroux a ensuite trouvé refuge chez un ancien juge et universitaire qui avait accepté de l’héberger dans un appartement indépendant. Elle se serait alors lancée dans des études de droit. Sœur Francine de confier : « Elle nous rend visite de temps en temps.»

Jean-Claude Romand, quant à lui, devrait rester au moins deux ans à Fontgombault, où les frères bénédictins cultivent la terre, font de l’élevage et de la poterie artisanale. Là, comme Michelle Martin, il espérera retrouver une vie presque) normale.

[Vincent Mongaillard - Le Parisien] Retour de la soutane : un habit obligatoire jusqu’en 1962

SOURCE - Vincent Mongaillard - Le Parisien - 7 juillet 2019

La tenue, de plus en plus portée par les jeunes ecclésiastiques, a connu depuis le XVIe de nombreuses réglementations. Entre interdiction et réhabilitation.

La soutane s'est imposée au XVIe siècle, dans la foulée du Concile de Trente exigeant du clergé qu'il porte « un habit bienséant » le différenciant du commun des mortels. À partir du XVIIe siècle, elle devient, dans de nombreux diocèses, obligatoire sur « le lieu de résidence » du prêtre. Mais pendant la Révolution française, cet habit porté comme « vêtement ordinaire de dessus » est interdit en dehors des cérémonies religieuses.

Il ressuscite au XIXe siècle, même si certaines communes prennent, dans un climat anticlérical d'avant 1905, des arrêtés municipaux bannissant son port sur la voie publique. Il demeure obligatoire dans la plupart des diocèses jusqu'en 1962. Cette année-là, le cardinal Maurice Feltin, archevêque de Paris, décide, à quelques mois du début du concile Vatican II (qui marque l'ouverture de l'Église au monde moderne) de le rendre facultatif dans la capitale.
Un vêtement « différent des laïcs »
Il autorise la tenue du « clergyman », le costume sombre avec col romain. La très grande majorité des diocèses de l'Hexagone adoptent presque instantanément les mêmes règles. Il faut dire que la longue robe noire austère boutonnée sur le devant était de plus en plus contestée par les curés eux-mêmes appelant à plus de discrétion.

Aujourd'hui, le Vatican exige, à travers le Directoire pour le ministère et la vie des prêtres datant de 2013, que ceux-ci portent « la soutane ou un habit ecclésiastique digne ». « Lorsque l'habit n'est pas la soutane, il doit être différent de la manière de se vêtir des laïcs, et conforme à la dignité et à la sacralité du ministère », rappelle ce document de la Congrégation pour le clergé.

6 juillet 2019

[Le Bien Public] Où a été prise cette photo ?

SOURCE - Le Bien Public - 5 juillet 2019



Régulièrement sur notre site Internet, nous vous proposons de plonger dans les archives photos du Bien public et de deviner où et quand ont été pris ces clichés.
    
Nous sommes le 5 juillet 1977. Le petit village de Flavigny-sur-Ozerain se retrouve au milieu du confit qui agite, depuis plusieurs années déjà, l'église catholique. En effet, c'est là que Mgr Lefevbre, ancien évêque de Dakar et de Tulle (visible sur notre seconde photo d'archive), a présidé la cérémonie de "prise d'habit" de cinq jeunes femmes, devenues sœurs franciscaines.

Si la présence de Mgr Lefebvre ne passe pas inaperçu, c'est parce que cet homme d'église, décédé en 1991, est devenu la figure de proue d'un mouvement conservateur et traditionnaliste qui s'oppose au concile Vatican II. Organisé entre 1962 et 1965, ce concile œcuménique symbolise l'ouverture de l'église catholique sur le monde moderne, avec la prise en compte du sécularisme grandissant et du désintérêt croissant des populations pour la religion, de l'apparition de nouvelles technologies... Il s'est conclu par des profondes réformes libérales dans le fonctionnement de l'Église.

Mais ces réformes n'ont pas été du goût de tous les croyants, qui trouvent donc en Michel Lefebvre et sa Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X leur porte parole. Farouchement antimoderniste, pourfendeur du communisme et des francs-maçons, l'ancien évêque critique, à partir des années 1970, de plus en plus ouvertement Vatican II, allant même jusqu'à mettre en cause la légitimité du Pape. En 1975, sa volonté d'ordonner des prêtres dits "traditionnalistes" sans attendre la permission du Saint-Siège lui vaut une suspense, une sanction réservée aux clercs. Dès lors, le torchon brûle entre les "lefebvristes" et le Vatican.

Interviewé dans nos pages le 6 juillet 1977, lors de son passage à Flavigny-sur-Ozerain, le héraut du retour à "la foi de nos ancêtres" se veut rassurant : "Je crois que l'excommunication n'aura pas lieu". Son optimisme lui donnera tort : en 1988, Michel Lefebvre et quatre évêques qu'il vient de nommer sont excommuniés. Il faudra attendre 2009 pour que cette excommunication soit levée, et 2017 pour que les baptêmes et mariages célébrés par des membres de la Fraternité Saint-Pie-X soient reconnus par le Vatican.

Aujourd'hui, Flavigny-sur-Ozerain accueille toujours un séminaire de formation de futurs prêtres lié à la fraternité : le séminaire Saint-Curé-d'Ars

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] “Prométhée” – L’Idolâtrie

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 6 juillet 2019

Qu’est-ce que Vatican II ? – un saccage odieux –
Créé pour s’opposer au Royaume de Dieu.

Revenons au plan de l’abbé Calderón – Première partie : dans son essence, Vatican II est une glorification de l’homme, grimée en catholicisme par les responsables de l’Eglise. Deuxième partie : L’Homme Nouveau de Vatican II est un être libéré de tout ; du réel par le subjectivisme ; de la morale par la conscience qui inclinerait naturellement le cœur humain vers le bien ; de sa nature même, par la grâce qui répare sa liberté. Troisième partie : Désormais, l’Eglise de Vatican II ne s’oppose plus au monde, ni aux autres religions ; cette Néo-église est toute de bonté, vouée au dialogue avec tout le monde. Dans la quatrième partie de son livre, l’abbé Calderón se demande si Vatican II est une nouvelle religion. Sa réponse est : oui. Car cette Néo-église ne rend plus à la Sainte Trinité le culte qui lui est dû ; en effet, 1. la Révélation et la Tradition, aussi bien que : 2. l’Acte central du culte ou encore : 3. la croyance au Dieu incarné, sont gravement altérés dans leur substance.

1 La vraie doctrine de l’Église est changée ; voici comment. Un catholique peut croire soit en l’objet de foi lui-même, i.e. l’Incarnation ; soit en une proposition objective exprimant cet objet, i.e. “Dieu s’est incarné”. Sans doute, toute formulation exprime le mystère de manière inadéquate, mais il n’empêche qu’elle l’exprime vraiment, ce qui, pour le croyant, est suffisant pour sauver son âme. Mais la Néo-église est un nid de modernistes et pour les modernistes, aucune proposition ne peut être objective. Par conséquent, pour la Néo-église, il ne peut s’agir que d’une expérience subjective du mystère (Dei Verbum n° 2 ; LG n° 4). Cela revient à livrer la doctrine à toutes sortes d’élucubrations charismatiques. Car, pour la Néo-église, le Mystère se rend présent dans la communauté d’une Église vivante, au sein de laquelle Révélation et Tradition évoluent au fil des contextes historiques. Ce qui veut dire que, pour vivre et interpréter le Mystère, il faut entrer en communion dans la communauté avec un nouvel Esprit de Foi. Les formules qu’on écrira ou les croyances qui émergeront ne feront que suivre cet esprit. On réécrit la foi pour donner un fondement à cette expérience, et pour donner au peuple de Dieu un modèle à suivre. L’orthodoxie nouvelle consiste à penser en communion avec la Néo-église, de sorte que refuser cette Néo-communauté constitue la pire des hérésies. Or c’est là ce que faisait Mgr Lefebvre.

2 Quant au culte, l’importance donnée à la Croix dans cette religion aux teintes moyenâgeuses n’est-elle pas déprimante ? Qu’à cela ne tienne ! La Néo-église éliminera le sacrifice, mais gardera la joie. Toutefois, l’humanité a contracté une dette envers Dieu à cause du péché. Et cette dette a conduit le Christ à nous racheter par le sacrifice. Donc, conclut le moderniste, il importe que nous nous débarrassions de cette idée de péché. Car Dieu est au-dessus de la souffrance : les péchés des hommes ne peuvent Le faire souffrir. Même s’Il se plaint du péché, Il n’ira jamais jusqu’à condamner quiconque aux peines éternelles de l’Enfer. Certes, le Christ est mort, mais simplement en tant qu’instrument du Père (G&S#22). [«  Agneau innocent, par son sang librement répandu, Il nous a mérité la vie ; et, en lui, Dieu nous a réconciliés avec lui-même et entre nous ».] Car il devait montrer sa solidarité avec les hommes. Donc, ce n’est pas tant le Christ qui nous sauve, mais le Père ; et non par la Croix, mais par la Résurrection qui a été accomplie par le Père, afin que l’homme soit glorifié ! Ainsi la Messe, rebaptisée “Mystère pascal”, doit glorifier l’homme, et Dieu doit remercier l’homme d’être si glorieux afin que Lui-même puisse y trouver sa gloire ! Cette série d’absurdités blasphématoires, qui imprègnent nettement la Nouvelle Messe, imposée à l’Église par Paul VI en 1969, est implicite plutôt qu’explicite dans le décret liturgique Sacrosanctum Concilium. Mais le texte date du début du Concile ; or les modernistes devaient à l’époque faire encore preuve de prudence. Ce n’est qu’à partir de 1969 que les freins ont été desserrés. La liturgie de l’Église est maintenant dans le chaos.

3 Quant au Dieu incarné, Jésus-Christ, centre du christianisme et de la vraie Église catholique, deux documents de Vatican II, Gaudium et Spes et Ad Gentes s’y réfèrent spécialement. Pour l’abbé Calderón, ces deux documents développent une doctrine identique : la Croix est horrible ; mieux vaut donc être tout simplement un homme de paix qu’un fils adoptif de Dieu par la souffrance. L’homme est à l’image de Dieu (par sa liberté), si bien que, plus il se fait homme, plus il devient divin. C’est la raison pour laquelle Jésus-Christ s’est fait homme. Non pas pour que l’homme devienne fils adoptif de Dieu, mais pour que l’homme devienne plus pleinement homme ! Au demeurant, on ne trouve nulle part dans les textes de Vatican II que Jésus-Christ soit proprement et véritablement Dieu ; on n’y décèlera pas davantage, ne serait-ce qu’une seule fois, d’allusion à l’union hypostatique. Selon le public auquel ils s’adressent, les théologiens conciliaires font fluctuer leur langage, entre Tradition et Nouvelle Théologie.

4 A la fin de son analyse, l’abbé Calderón conclut que la finalité ultime de Vatican II est la dignité de l’homme ; or, c’est par leur finalité que les religions se spécifient. Le catholicisme place sa finalité dans la gloire (extrinsèque) de Dieu ; Vatican II est donc bien une religion nouvelle car, pour le Concile, la grâce libère la nature humaine ; Jésus est venu pour nous rendre plus humains ; et la Messe n’est plus le sacrifice dû à Dieu, mais l’action de grâce de l’humanité couronnant le Créateur, elle-même étant plus libre que Lui, puisque capable de choisir même le mal !

Kyrie eleison.

3 juillet 2019

[Courrier de l'Ouest] Angers: L’ancien curé de la cathédrale est décédé

SOURCE - Courrier de l'Ouest - 1er juillet 2019

L’Abbé Bruno Le Pivain est décédé dimanche 30 juin à l’âge de 56 ans. Il avait été curé de la cathédrale d’Angers de 2009 à 2017.

L’abbé Bruno Le Pivain, prêtre du diocèse d’Angers et curé de la paroisse Saint-Martin-en-Longuenée, au Lion-d’Angers, est décédé ce dimanche 30 juin 2019 à l’âge de 56 ans. Né le 16 juin 1963 à Brest, il était titulaire d’une licence de droit public et de licences canoniques de philosophie et de théologie. Il était entré au séminaire international de la Fraternité Saint-Pierre, à Wigratztbad, dans le diocèse d’Augsbourg, en Allemagne (1988-1994).

Bruno Le Pivain a été ordonné diacre le 4 juillet 1993 à Wigratzbad et incardiné à la Fraternité Saint-Pierre. Il a été ordonné prêtre le 24 juin 1994 à Wigratzbad.

Son ministère et ses études l’ont conduit dans différentes affectations, à Saint-Jacques de Perpignan (1994), en mission d’études à Rome (1996), à Lausanne-Genève (1998) puis Fribourg, à Brannay, dans le diocèse de Sens (2001), avant de fonder la revue Kephas.

Coopérateur à la paroisse cathédrale Saint-Maurice-Notre Dame en 2002, incardiné au diocèse d’Angers le 8 décembre 2005, il est nommé curé de la paroisse cathédrale Saint-Maurice-Notre Dame le 22 juin 2009.

En 2016, le père Le Pivain s’était exposé publiquement en prenant part dans une polémique autour du licenciement de l’organiste de la cathédrale, Henri-Franck Beaupérin.

Il avait été nommé curé de la paroisse Saint-Martin-en-Longuenée, au Lion-d’Angers, le 31 mai 2017. C’est là que sa famille, ses paroissiens et ses amis peuvent se recueillir, en l’église du Lion-d’Angers, ce lundi 1er juillet et ce mardi 2 juillet avec la prière des vêpres, suivie du chapelet à 18 h 30. La messe des funérailles aura lieu ce mercredi 3 juillet à 10 h 30 en l’église du Lion-d’Angers.

[TVL] L'abbé Laguérie : un curé de choc sur TVL - le Zoom

SOURCE - TV Liberté - 3 juillet 2019

[Abbé Gonzague Peignot, fsspx - Le Seignadou] "Voici le temps de vacances..." (éditorial)

SOURCE - Abbé Gonzague Peignot, fsspx - Le Seignadou - juillet-août 2019
Bien chers fidèles, voici le temps de vacances, un temps nécessaire pour le repos de l'esprit, de celui du corps parfois, un temps bien légitime, peut-être même utile, mais qui peut s'avérer bien périlleux pour l'âme si l'on ne veille pas à le régler, à l'organiser, en gardant toujours à l'esprit que le Bon Dieu n'est jamais en vacances, que notre âme, que celle de chacun nos enfants, doit toujours être prête à pouvoir se présenter devant Dieu et doit donc toujours s'efforcer à progresser dans la vertu.

Ce temps de vacances est d'ailleurs un temps propice à la pratique des vertus du foyer, à une vie de famille, et donc de charité, plus intense. Et pour réussir ce défi, parce que c'est un défi, celui d'une éducation réussie, il est trois mots qu'il sera bon de retenir, qu'il ne faudra pas oublier, trois mots qui permettront de développer les vertus si nécessaires à nos âmes, et spécialement la vertu de force, qui se développe toujours plus difficilement dans un monde toujours plus lascif et sensuel.
     
Ces trois mots sont : générosité, lecture et prière.
     
Générosité. Oui, il est fondamental de développer dans les âmes de nos enfants, dans notre âme aussi, la générosité. Notre monde se perd par l'égoïsme, la perte de la notion effective du bien commun. On ne vit plus que pour ses intérêts personnels, que pour l'assouvissement de sa volonté propre, de ses désirs, quels qu'ils soient. Et force est de constater que cette ambiance nous affecte bien souvent. A cela, il ne faut pas oublier que les blessures du péché originel nous portent et nous porteront toujours à la recherche de soi. Alors il convient de profiter de ces temps de vacances, où nos enfants sont plus présents, plus disponibles aussi, pour développer en leur âme cette générosité qui détruira cet égoïsme. Comment ? En les encourageant, en les obligeant si besoin, à rendre service bénévolement, sans compter, sans espérer une contrepartie, afin que petit à petit, ils fassent leur cette parole de Saint Ignace de Loyola : « Donner sans compter, (...) sans attendre d'autre récompense que celle de savoir que nous ferons la volonté de Dieu. »

Faire travailler un enfant contre de l'argent, c'est développer son avidité, c'est provoquer sa concupiscence envers les biens matériels, c'est écarter son cœur des biens éternels, pour la bonne et simple raison que ce cœur est déjà préoccupé par les richesses terrestres ; c'est aussi et surtout détruire l'esprit de sacrifice, et donc s'assurer la destruction des vocations religieuses et sacerdotales.

Encourager un enfant à rendre service, c'est développer sa vertu de force, parce que c'est tout d'abord lui faire accomplir une œuvre qui lui est difficile d'une certaine façon, en raison de notre nature viciée par le péché originel, et parce que c'est ensuite bien souvent l'occasion de le forcer à achever l'œuvre commencée, et donc à faire preuve de persévérance, moyen privilégié pour grandir dans la vertu de force.
     
A cela, il est important d'ajouter que c'est un moyen d'occuper les enfants, de fuir l'ennui, l'oisiveté, mère de tous les vices, spécialement de l'impureté. Combien d'enfants partent en vacances innocents, et reviennent l'âme ravagée par l'impureté en raison du manque de saines occupations !

Alors peut-être que l'inspiration vous manque. Voici donc quelques suggestions. Il y a bien sûr les services qui peuvent être rendus à la maison : le couvert, la vaisselle, le ménage, même pour les garçons... Il est bon aussi de faire travailler nos enfants à l'entretien de la maison, ou à sa réfection. Si le début est souvent laborieux, la joie d'avoir accompli une œuvre est souvent un stimulant important pour l'avenir. Nous n'oublierons pas l'entretien du jardin, la préparation du bois pour l'hiver... Les activités ne manquent pas. Elles pourraient cependant manquer chez vous. Soyez certains qu'elles ne manquent pas à la paroisse ou à l'école. De l'entretien de l'église, à celui du jardin, en passant par tous les menus travaux, ou même les gros travaux dont l'école a besoin, nous saurons occuper vos enfants à toute heure du jour !
     
La lecture. Les vacances ne signifient pas abolition de toute activité intellectuelle. S'il est évident que
les vacances ne sont pas le temps de l'étude, qu'il serait désordonné de prendre ce temps à suivre tout un programme scolaire, il ne faut pas négliger la nécessité que notre esprit a de rester éveillé, d'être nourri. La lecture, une lecture choisie, adaptée, est le moyen de garder notre esprit en éveil, de le nourrir, et d'entretenir ainsi le goût pour l'exercice intellectuel sans lesquels les enfants tombent bien souvent dans la paresse face à leur travail au cours de l'année scolaire. C'est aussi un excellent moyen de développer là encore la vertu de force ; à l'encontre des films et des jeux d'ordinateur qui ne font que laisser les enfants dans une passivité qui engendre la mollesse des cœurs tout autant que celle des corps, la lecture exige attention et compréhension, et exerce ainsi la vertu de force. Concrètement, il s'agit de veiller à toujours avoir un livre en cours de lecture et à le lire un peu tous les jours. Il faut y veiller pour soi, il faut y veiller pour ses enfants.

La prière. Comme nous l'avons dit, Dieu n'est jamais en vacances. Il faut donc Le prier tout autant que dans le cours de l'année. Il faut aussi être très vigilant pour permettre à chacun des membres de
notre famille de se confesser tous les quinze jours au moins, toutes les semaines pour les adolescents.
Comment réussir ? Un excellent moyen sera d'assister à la messe en famille une fois par semaine, en plus du dimanche. On pourrait choisir un jour de la semaine pour cela. On viendra à la messe en avance pour permettre la confession de ceux qui le souhaitent, on pourra prendre rendez-vous à cette fin, sans hésiter. Pour faciliter cet exercice, un prêtre sera à votre disposition presque tous les jours du mois de juillet et d'août de 11h à 11h40 avant la messe.
    
Enfin, inutile de prétendre passer de bonnes vacances sans la très sainte vierge Marie. Récitons le chapelet en famille. Organisons nos journées pour que cette belle dévotion soit accomplie quotidien-
nement. Avant le repas du soir par exemple, sachons réunir la famille pour ce temps de dévotion mariale ; sinon dans les nombreux trajets que nous avons.
     
Bien chers fidèles, retenez donc : générosité dans les occupations, lecture, et prière du chapelet tous
les jours, de la messe une fois par semaine avec la réception du sacrement de pénitence.
     
Alors, mais alors seulement, nous ne reculerons pas au cours de ces vacances, et si nous ne reculons
pas, c'est bien parce que nous avançons vers la béatitude céleste que je vous souhaite à tous.
In Corde Jesu et Mariae.
     
Abbé Gonzague Peignot +

[FSSPX Actualités] La Fraternité Saint-Pie X compte 658 prêtres

SOURCE - FSSPX Actualités - 29 juin 2019

Après les ordinations sacerdotales qui ont eu lieu dans les séminaires de l’hémisphère Nord de la Fraternité Saint-Pie X en ce mois de juin 2019, 13 nouveaux prêtres sont venus renforcer les rangs de l’œuvre sacerdotale fondée par Mgr Marcel Lefebvre (1905-1991) il y a bientôt cinquante ans.

Cinq candidats américains ont été ordonnés prêtres pour l’éternité le 21 juin par Mgr Bernard Tissier de Mallerais à Dillwyn (USA), puis six candidats (4 Français, 1 Anglais et 1 Italien) ont été ordonnés le 28 juin par Mgr Alfonso de Galarreta à Ecône (Suisse). Enfin, deux nouveaux prêtres (1 Allemand et 1 Polonais) ont été ordonnés à Zaitzkofen (Allemagne) le 29 juin par Mgr Bernard Fellay.

La Fraternité Saint-Pie X compte désormais 658 prêtres, dont trois évêques, ainsi que 128 frères profès et 74 sœurs oblates.

1 juillet 2019

[FSSPX Actualités] Entretien avec l’abbé Troadec : au service des vocations sacerdotales et religieuses

SOURCE - FSSPX Actualités - 27 juin 2019

Après 23 ans à la tête du séminaire Saint-Curé d’Ars de Flavigny (France), l’abbé Patrick Troadec deviendra prieur de Brest, le 15 août prochain. DICI lui a demandé quels enseignements il tirait de ses nombreuses années consacrées à la formation des futurs prêtres et frères de la Fraternité Saint-Pie X.
DICI : Vous allez quitter au mois d’août le poste de directeur du séminaire de Flavigny que vous occupiez depuis 1996. Vous avez rencontré durant cette longue période un nombre impressionnant de séminaristes et de frères, n’est-ce pas ?
Abbé Troadec : En effet, j’ai accueilli 459 séminaristes et frères durant mon mandat, soit une moyenne de 20 jeunes gens par année.
Pouvez-vous donner quelques précisions sur la provenance des candidats au sacerdoce et à la vie religieuse ?
Le séminaire de Flavigny, comme tous ceux de la Fraternité, est international. Ce n’est pas un vain mot. En effet, si parmi les séminaristes et frères, les trois quarts sont Français, les autres sont venus essentiellement de Suisse et d’Italie, mais aussi d’autres pays d’Europe comme l’Angleterre, l’Irlande, l’Ecosse, la Pologne, l’Espagne, le Portugal. J’ai également accueilli des Africains, des Américains et même un jeune homme du Sri Lanka.
Y a-t-il un certain type de familles à l’origine des vocations ?
Les séminaristes sont issus de familles de 6 enfants en moyenne. Les trois quarts des Français ont été formés dans des écoles pleinement catholiques et la grosse majorité ont leur mère au foyer.

L’Eglise a toujours favorisé les familles nombreuses, encouragé les mères au foyer, et demandé avec insistance que les enfants soient formés dans des écoles foncièrement catholiques. Une analyse de l’origine des candidats au sacerdoce et à la vie religieuse confirme le bien-fondé de ces prescriptions.
Où ceux qui sont parvenus au sacerdoce exercent-ils leur ministère ?
Près de 40% sont prêtres à l’étranger, répartis dans 18 pays. La moitié d’entre eux sont en Europe et le reste sur les autres continents. Il y en a aux Etats-Unis, au Canada, au Mexique, en Argentine, au Gabon, au Kenya, en Afrique du Sud, au Zimbabwe, à Singapour, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Avec son sens catholique, Mgr Lefebvre a voulu que la Fraternité vienne au secours des fidèles du monde entier réclamant sa présence pour assurer le salut de leurs âmes.
Avez-vous vu des différences entre les jeunes gens que vous avez accueillis ces dernières années et ceux que vous aviez formés il y a 20 ans ?
La plupart des séminaristes ont reçu durant leur enfance et leur adolescence des grâces exceptionnelles qui leur ont permis de développer harmonieusement la grâce de leur baptême. Ils ont été souvent protégés du monde. Néanmoins, ils sont les jeunes de leur époque et le monde a laissé une empreinte sur certains d’entre eux. 

Du temps où j’étais séminariste, Mgr Lefebvre disait que nous étions touchés par le libéralisme ambiant. De même aujourd’hui, le mode de vie de nos contemporains rejaillit en partie sur notre milieu.

En arrivant à Flavigny, je parlais de la « mentalité fast-food » qui touchait certains séminaristes, c’est-à-dire une difficulté à appréhender des sujets ardus. Il fallait déjà s’exprimer de façon simple pour se faire comprendre. Huit ans après, j’ai constaté ce que l’on pourrait appeler une « tendance au zapping », c’est-à-dire le souhait de ne pas rester longtemps sur le même sujet, lié à un désir récurrent de changement, et depuis huit ans environ, une partie de nos jeunes est touchée par ce que j’appellerai « l’ère du clic », c’est-à-dire le désir d’avoir réponse à tout et qui plus est de façon immédiate. Les paysans savent qu’il y a un temps entre les semailles et les récoltes, mais aujourd’hui les familiers de Google oublient cette donnée fondamentale de la nature.

Heureusement, le cadre géographique exceptionnel du séminaire de Flavigny permet aux séminaristes un retour au réel, en vivant éloignés du monde informatique et en étant baignés dans une atmosphère favorable à la contemplation.
Quelle est la spécificité de la première année de séminaire ?
Le règlement du séminaire a été conçu par la sagesse de l’Eglise pour forger des tempéraments équilibrés. L’objet principal de la première année est la recherche d’une union intime avec Dieu. Une des conditions pour l’acquérir est le silence. Dieu parlant dans le silence, l’ambiance du séminaire est une atmosphère silencieuse. Le silence du séminaire n’est pas un vide, mais une plénitude. Le silence permet, en outre, d’unir les avantages de la solitude à ceux de la vie commune. 

Une autre caractéristique de la vie au séminaire est la vie liturgique. Or, comme le disait saint Pie X, la liturgie est la première source de l’esprit chrétien. Il y a des grâces propres à chaque fête. Les séminaristes sont dans les meilleures dispositions pour les recevoir.

Un autre élément important pour les futurs prêtres est la vie commune. La Fraternité Saint-Pie X est une société de vie commune. Les séminaristes sont entraînés à la pratique des vertus par le soutien mutuel. Le fait de côtoyer d’autres jeunes gens animés du même idéal est pour les séminaristes une aide précieuse. Parmi eux, il y a une grande diversité, source d’enrichissement : certains ont dix-huit ans, d’autres sont plus âgés ; certains n’ont que le bac, d’autres ont fait des études supérieures ; certains sont nés dans la Tradition, d’autres sont des convertis ; il y a, comme je l’ai dit, des Français et des étrangers. Il y a donc un large éventail de séminaristes et de frères, ce qui rend la vie très agréable. 

Maintenant, il ne faudrait pas idéaliser la vie du séminaire. Il n’y a pas de vie mystique sans vie ascétique, il n’y a pas d’union à Dieu sans renoncement. Pour être heureux au séminaire, il faut être généreux, se donner sans réserve ; il y a des concessions à faire pour parvenir à s’entendre avec des personnes si différentes, car si les différences entre les séminaristes peuvent être source d’enrichissement, elles peuvent aussi engendrer des mésententes. Aussi, Mgr Lefebvre donnait-il ce conseil précieux : « [Les séminaristes] s’efforceront de donner à tous la même estime, le même dévouement surtout à l’occasion des récréations, des sorties. Ils considéreront toujours plus ce qui les unit que ce qui les sépare. […] Qu’on ne se nourrisse pas d’illusions, ce bonheur s’achète par l’obéissance, l’abnégation, l’humilité, l’oubli de soi, le véritable zèle pour le règne de Notre-Seigneur. »
Parmi les séminaristes, vous avez parlé de convertis ? Y en a-t-il régulièrement qui frappent à la porte du séminaire et comment nous découvrent-ils ?
Après une période où le recrutement se faisait presque exclusivement dans la Tradition, régulièrement, depuis une dizaine d’années environ, des jeunes gens non issus du milieu traditionnel frappent à la porte du séminaire.

La plupart nous découvrent par Internet et beaucoup sont passés auparavant par des communautés bénéficiant de la messe tridentine, tout en étant sous la dépendance des évêques diocésains. 
Qu’est-ce qui amène ces jeunes gens à venir jusqu’à nous ?
En général, les deux termes qui viennent spontanément à l’esprit des candidats au séminaire Saint-Curé d’Ars pour justifier leur entrée dans la Fraternité sont : « cohérence » et « Mgr Lefebvre ». Les jeunes gens qui frappent à la porte du séminaire apprécient la rigueur doctrinale de la Fraternité et sa liberté à dénoncer les erreurs qui se sont infiltrées dans l’Eglise depuis le concile Vatican II et qui ont cours actuellement. 

Par ailleurs, en ayant écouté des sermons de Mgr Lefebvre ou lu certains de ses ouvrages, ils ont été conquis par son esprit de foi, ainsi que par la profondeur et la simplicité de ses propos. Ils ont vu en lui l’homme de Dieu choisi par la Providence pour conduire les âmes sur le chemin du Ciel dans le contexte douloureux de la crise que l’Eglise traverse depuis 50 ans.
Vous avez parlé de 20 séminaristes et frères qui entrent au séminaire en moyenne. Le nombre des vocations stagne, alors qu’il y a plus d’élèves en proportion dans les écoles de la Fraternité aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Comment expliquer la difficulté à faire germer les vocations ?
Il y a plusieurs paramètres qui expliquent cette stagnation. Le facteur le plus important est sans doute l’accès à Internet qui détourne les âmes de l’essentiel en les enfermant dans le secondaire, le superficiel, l’éphémère, l’accidentel, l’événementiel, l’immédiateté... L’invasion du numérique produit des désastres chez nos contemporains. Elle empêche le développement de la vie intérieure. A cela s’ajoute hélas ! le problème majeur de l’impureté qui souille tant d’adolescents et même d’enfants par les images malséantes et même provocantes dans tant de films et de publicités. Plus on accorde à la vie de la chair, plus on retranche à la vie de l’esprit. Saint Paul dit bien que « l’homme animal ne perçoit pas les choses de Dieu ».

Un autre obstacle majeur à l’éclosion des vocations est l’esprit critique. Le Français est très critique. Or la critique des prêtres enlève chez l’adolescent le désir de se donner à Dieu. L’enfant croit et obéit, l’adolescent admire et choisit. Or, la critique à l’égard des prêtres tue chez les jeunes l’admiration.

Les difficultés internes que la Fraternité a connues ont contribué certainement à freiner l’élan de jeunes gens vers le séminaire. Même si cela n’est pas quantifiable, c’est indéniable. Le démon est le grand diviseur : à nous de ne pas entrer dans son jeu.
Quels conseils donneriez-vous aux parents pour favoriser l’éclosion de vocations dans leur foyer ?
Il me semble que les deux points essentiels pour favoriser les vocations se résument dans l’esprit de piété et de sacrifice.

L’esprit de piété naît naturellement chez l’enfant lorsqu’il voit que Dieu occupe la première place dans sa famille. Lorsque l’enfant constate que les grandes décisions de ses parents sont prises sous le regard de Dieu, quand il voit que les épreuves sont portées avec esprit surnaturel, lorsqu’il s’aperçoit que ses parents ont une haute idée de la vocation sacerdotale et religieuse, quand il les voit respecter les prêtres, lorsqu’il les entend en dire du bien, cela engendre naturellement en lui l’estime de la vocation. En respirant le parfum surnaturel dès le plus jeune âge, l’enfant acquiert l’instinct surnaturel, ce qui facilite grandement sa réceptivité à l’appel de Dieu. Bien sûr que la prière en famille tant recommandée par le pape Pie XII s’inscrit dans cette ligne directrice, ainsi que les pèlerinages, l’assistance à des ordinations ou prises de soutane, et également la lecture quotidienne de livrets de vie spirituelle.

A l’esprit de piété, il importe que les jeunes joignent également l’esprit de sacrifice. Les parents doivent communiquer cet esprit en étant fermes devant les caprices de leurs enfants et en les incitant à renoncer non seulement aux choses défendues, mais aussi à certaines choses permises en esprit d’expiation pour tant de péchés qui se commettent dans le monde. Le manque d’esprit de sacrifice rend l’homme vulnérable et le laisse sans résistance, notamment devant le vice impur. Paul Claudel disait à son ami Jacques Rivière : « On dit que la jeunesse est faite pour le plaisir ; en réalité, elle est faite pour l’héroïsme. » La jeunesse n’est pas faite pour le plaisir parce que le plaisir n’est pas une fin en soi. Dès qu’on cherche le plaisir pour lui-même, on se recherche soi-même, on nourrit son égoïsme, on cherche à satisfaire son moi, et l’on sombre peu à peu dans le narcissisme. L’homme n’est pas fait pour prendre, il est fait pour donner, il est fait pour se donner à la suite du bon Pasteur qui a donné sa vie pour ses brebis. Voilà pourquoi, les séminaristes et les prêtres fidèles à leur vocation sont si épanouis. Développons chez nos jeunes l’esprit de piété et de sacrifice pour leur permettre de résister au mal et de trouver leur bonheur en Dieu.

L’assistance au saint sacrifice de la messe est le moyen par excellence pour favoriser l’esprit de piété et l’esprit de sacrifice. En voyant tout ce que Notre-Seigneur a enduré pour nous durant sa Passion, en le voyant s’immoler sur nos autels, cela nous encourage à le suivre sur le chemin de la vertu qui est le chemin du Ciel.
Que diriez-vous à des jeunes gens pour les aider à discerner la volonté de Dieu ?
Je les inviterais en premier lieu à avoir un directeur spirituel. Un des moyens les plus propres à aider des jeunes gens à discerner la volonté de Dieu est en effet la direction spirituelle. Celle-ci aide à découvrir la beauté d’une vie d’union à Dieu et à mettre en place une stratégie pour lutter contre le vieil homme.
J’inciterais également le jeune homme à faire partie d’un bon mouvement de jeunesse. Un bon mouvement aide à développer le don de soi et à susciter le zèle missionnaire.

Enfin, je conseillerais aux jeunes gens de faire une retraite spirituelle au moins tous les deux ans. Le cadre d’une retraite est propice au développement de la vie intérieure et aide à se mettre dans les conditions les plus favorables pour entendre la voix de Dieu.
Vous avez parlé de la vocation sacerdotale. Mais à Flavigny, vous avez eu aussi la responsabilité de la formation des frères. Quelle est leur spiritualité propre ?
Les frères sont des religieux. Ils émettent les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, et sont auxiliaires des prêtres. Ils partagent leur vie de prière et de communauté et les soulagent dans des tâches très variées comme la responsabilité de la sacristie, la direction de la chorale, le jardin, ou encore les travaux divers de la maison.

Parmi ceux que j’ai accueillis, 35 aujourd’hui sont frères profès dont 30% à l’étranger. Ils sont très précieux, notamment dans les écoles mais aussi dans les prieurés et même au séminaire.

Par leur régularité, ils sont un soutien pour les prêtres. En école, ils sont d’excellents intermédiaires entre les enfants et les prêtres et permettent à ces derniers d’exercer une action plus profonde sur les élèves. En prieuré, ils favorisent grandement la vie de prière et sont très appréciés par les prêtres. Ce fut pour moi une grande joie sacerdotale de voir le développement des vocations de frères dans la Fraternité. 

Aujourd’hui encore, des jeunes gens ont les qualités pour être d’excellents frères mais ne s’engagent pas dans cette voie par méconnaissance de la nature de cette vocation ou par crainte de ne pas correspondre aux exigences de cet état de vie. Il est vrai que l’esprit d’indépendance insufflé dans le monde ne favorise pas non plus l’éclosion de cette vocation. Je souhaite ardemment que les prêtres et les parents mettent toujours davantage en valeur la beauté de cette vocation afin de renforcer dans la Fraternité l’esprit religieux que Mgr Lefebvre a voulu lui transmettre. Heureusement, nous avons aussi la grâce d’avoir les Sœurs de la Fraternité qui sont également pour nous de précieuses auxiliaires !
Vous allez quitter le séminaire pour un prieuré. Cela va vous faire un grand changement !
Oui, c’est vrai. Je vais retrouver un poste analogue à celui que j’ai connu avant d’être à Flavigny, mais puisque la Fraternité a pour mission première le sacerdoce et tout ce que s’y rapporte, je vais transmettre à Brest aux familles et aux enfants les bases qui permettront de faire naître chez les jeunes, je l’espère, de nouvelles vocations. Ma prochaine mission restera donc tournée vers le sacerdoce et ce qui est sa raison d’être, le saint sacrifice de la messe dont nous recevons toutes les grâces de rédemption.

  • Séminaire International Saint-Curé-d’Ars, Maison Lacordaire, F-21150 Flavigny-sur-Ozerain

[FSSPX Actualités] Ecône 2019 : l’esprit de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

SOURCE - FSSPX Actualités - 28 juin 2019

Aux jeunes prêtres ordonnés à Ecône, le 28 juin 2019, en la fête du Sacré-Cœur, Mgr Alfonso de Galarreta a adressé plus qu’une homélie ; il s’agissait d'un véritable programme de vie sacerdotale, dans l’esprit du Fondateur de la Fraternité Saint-Pie X.

En effet, reprenant une conférence spirituelle de Mgr Marcel Lefebvre, le Premier Assistant général a indiqué les aspects essentiels la spiritualité de la Fraternité :
1. la primauté de l’esprit surnaturel pour ne pas laisser l’âme sacerdotale se dessécher au contact du naturalisme ;  
2. la prédication de la vraie doctrine pour donner aux fidèles la nourriture dont ils ont grand besoin ; 
3. la vie d’oraison au cœur de la vie apostolique, car Notre Seigneur est la vigne et nous ne sommes que les sarments ; 
4. l’esprit romain et l’amour de l’Eglise dans son enseignement constant, en aimant le Corps mystique comme le Christ l’a aimé, jusqu’au don total ;   
5. le souci de l’ordre hiérarchique ecclésiastique qui s’oppose à un laïcisme néo-protestant où le célibat sacerdotal pourrait être optionnel ; 
6. la dévotion à la Très Sainte Vierge Marie, en particulier à Notre Dame de Compassion, intimement unie à l’œuvre de la Rédemption opérée par son divin Fils. 
Chacune des facettes du trésor spirituel de la Fraternité - qui n’est autre que celui de l’Eglise bimillénaire - éclairera le ministère des jeunes ordonnés, le faisant rayonner pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.

Ce soir, avec 6 nouveaux prêtres, la Fraternité Saint-Pie X compte 656 prêtres, demain avec les ordinations à Zaitzkofen ils seront 658.

Deo gratias !

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] “Prométhée” – La Néo-Église

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 29 juin 2019
Le Concile proclame tout homme bon, sauvé,
Même ceux qui s’en fichent et sont des dépravés !

Dans la deuxième partie de son livre sur Vatican II, l’abbé Calderón étudie l’homme nouveau, tel qu’il émerge du Concile. La troisième partie traite de la Néo-église qui en résulte. Le raisonnement est le suivant : l’unique vraie Religion du seul vrai Dieu a été fondée par Jésus-Christ, Dieu incarné. Sa finalité est “d’enseigner toutes les nations” (Mt XXVIII, 20), car Notre Seigneur a voulu atteindre toutes les âmes pour en sauver le plus grand nombre possible. Mais, afin qu’une Église aussi ambitieuse plût à l’homme contemporain, il fallait protéger l’humanisme moderne, redéfinir la dimension ecclésiale, la réduire et la changer radicalement, tout en dissimulant soigneusement le changement opéré. C’est pourquoi : 1) la Néo-église n’a plus de mission s’étendant sur l’humanité toute entière ; 2) elle s’interdira d’intervenir dans la partie du monde non-religieuse ; 3) et même dans la partie relevant de la religion, elle ne sera plus la seule Église valable : elle devra donc être redéfinie pour remplir son nouveau rôle.

1 La Tradition catholique enseigne que le “Royaume de Dieu” et “l’Église” sont deux expressions désignant une seule et même réalité. Toutes deux ont la même mission de portée universelle. Mais pour adapter cette Église au monde actuel qui, de fait, la rend de moins en moins universelle, Vatican II distinguera entre le Royaume de Dieu, réellement universel, invisiblement présent dans le cœur de tout homme, et la Néo-église, universelle certes, mais seulement par intention, car elle travaille sans cesse à construire et à étendre toujours plus visiblement le Royaume dans la vie concrète des hommes. De plus, la Néo-église est également universelle en tant que “sacrement” ou signe d’unité de tous les hommes (LG,1).

2 Il faut comprendre ici que la Néo-église libère, de toute domination ecclésiale les pouvoirs non-religieux. En effet, la glorification de l’homme a pour conséquence de faire du “Royaume de Dieu” non plus une réalité potentielle destinée à tous les hommes par le baptême, mais une réalité actuelle, pour tous les hommes, rien que par leur nature d’homme. C’est dire que la nature a pris le pas sur la religion. Le rôle de la Néo-église est sans doute de signaler l’universalité du Royaume, mais elle ne peut ni s’en prévaloir ni la revendiquer en exerçant une quelconque autorité. C’est pourquoi la politique se trouve désormais indépendante de la religion. La Néo-église peut tout au plus purifier le pouvoir dans les domaines où il s’exerce. C’est la Nouvelle Chrétienté, annoncée par Maritain, dans laquelle Mammon peut prendre le contrôle du monde, comme nous le voyons depuis Vatican II. En fait, le Concile fut l’aboutissement logique du long déclin de la vraie chrétienté amorcé à partir du Moyen Âge. Mais alors, cette nouvelle chrétienté serait-elle impie ? Non pas, car pour Maritain, ce monde nouveau, ni croyant ni baptisé, est quand même libéré par le Christ et se dirige vers la gloire.

3 Ce rapetissement de l’Église par le libéralisme est suivi de la réduction opérée par l’œcuménisme. Depuis que le protestantisme a brisé l’Église catholique, plusieurs fragments épars ont tenté de se réunir à nouveau. La vraie Église du Christ ne voulait et ne veut toujours pas participer à cette quête vaine de l’unité perdue, tant que les dissidents ne rentrent pas dans l’Église catholique. Mais le dogme de la glorification de l’homme fait que la Néo-église glorifie les non-catholiques et cherche à les rejoindre. C’est ainsi que, parmi les chrétiens non-catholiques, elle glorifiera les “traces” du catholicisme encore présentes, mais sans vie ; par exemple parmi les Orthodoxes, le sacerdoce valide, mais sans juridiction ; parmi les protestants, les Ecritures, mais sans interprétation faisant autorité ; elle verra dans tout cela des “éléments” vivants : « Parmi les éléments ou les biens par l’ensemble desquels l’Eglise se construit et est vivifiée, plusieurs et même beaucoup ; et de grande valeur, peuvent exister en dehors des limites visibles de l’Eglise catholique » ( Ch 1- § 3 Unitatis Redintegratio). Dans l’humanité non-chrétienne, elle mettra en valeur “les germes du Verbe”, c’est-à-dire toutes les vérités et choses bonnes qui sont des étincelles de la Parole qui “éclaire tout homme venant en ce monde” (Jn.I, 9) (Nostra Aetate), car tous les êtres raisonnables ont été élus par Dieu pour Le glorifier, et tout élu est sauvé.

Mais comment le Concile peut-il ainsi apprécier tous les non-catholiques sans déprécier les catholiques ? En déclarant que “l’Église du Christ”, qui embrasse tous les hommes, “subsiste” dans l’Église catholique, autrement dit, qu’elle y existe d’une manière toute spéciale (LG#8). Mais dire qu’elle “subsiste” n’est qu’une ruse verbale, car à mesure que le Concile exalte les non-catholiques, comment peut-il ne pas minimiser l’importance du catholicisme ? Ou encore : s’il ne déprécie pas le fait d’être en dehors de l’Eglise, comment peut-il faire prévaloir l’Eglise catholique ?

4 Enfin, comment définir la Néo-église dans son nouveau rôle ? Elle doit se concevoir comme “Peuple de Dieu”, nécessairement démocratique, en sorte que l’Ordre du sacerdoce se confond avec le “sacerdoce” des laïcs ayant reçu le baptême (I P II, 5), ce qui rend la Néo-église tout entière sacerdotale, dotée d’une mission dans le monde entier ; en sorte que les évêques sont assignés, avec le Pape, à la direction de l’Eglise (LG#22). Pour finir, notons également ce vocable, assez vague, qu’emploie le Concile pour correspondre à l’imprécision des notions de la Néo-église : la “Communion”. Son activité principale consiste dans le “Dialogue” avec tous les hommes, afin que personne n’ait jamais tort, et que chacun puisse être en amitié avec tous. Foin de la doctrine ou de la vérité !

Kyrie eleison

[Fraternité de la Transfiguration] "A été élu supérieur de la Fraternité de la Transfiguration : R.P. Jean-Marie"

SOURCE - Fraternité de la Transfiguration - 1er juillet 2019
Chapitre électif de la Fraternité de la Transfiguration 

Du 1er au 4 juillet 2019 se tiendra le chapitre général de la Fraternité.
Lundi 1er juillet : après la messe qui réunira les membres votants de la Fraternité (Pères et Frères de vœux perpétuels), élections du supérieur, de l'économe, du premier vicaire et des conseillers.
Jours suivants : chapitre de travail.
La communauté se recommande à vos prières et vous donne rendez-vous ici-même lundi soir pour les différents résultats.

A été élu supérieur de la Fraternité de la Transfiguration : R.P. Jean-Marie

26 juin 2019

[Lettre à Nos Frères Prêtres (FSSPX)] Un intéressant courrier

SOURCE - Lettre à Nos Frères Prêtres (FSSPX) - juin 2019

Nous avons reçu la lettre suivante d’un prêtre :
« Monsieur l’abbé, 
Le Christ est ressuscité ! (Ceci peut remplacer le bonjour dans le temps pascal) 
Je fais référence à votre dernier édito, que je viens de recevoir avec la LNFP. 
Je pense que vous devriez être beaucoup plus prudent avant d’accuser un Pape d’hérésie. Il y a des nuances dans le dogme catholique. 
Malheureusement, ce genre de propos est plus qu’une habitude chez la Fraternité Saint-Pie X, c’est la structure même de votre identité, sa façon de se légitimer qui en dépend, comme en atteste parfaitement la conclusion de votre édito. Le jour où vous ne trouverez plus rien à critiquer, il semble que vous n’aurez plus de raison d’exister. Peut-être pourriez-vous vous chercher une autre raison d’être ? En recevoir une du Seigneur ? Je vous promets de prier à cette intention. 
Pensez-vous que cela fasse partie du plan de Dieu qu’Abraham ait rencontré Melchisédech et ait été béni par lui ? Pensez-vous que Jéthro ait été de la même religion monothéiste qui était celle de Moïse et des Juifs ? Pourtant les fils d’Israël et Moïse lui-même ont été aidés par lui. Balaam, prophète païen s’il en est, chargé de maudire le peuple juif, a dû le bénir et c’est dans la Révélation ! Les marins qui convoyaient Jonas étaient païens et ce sont eux qui lui ont dit ce qui était en train de se passer, qu’ils allaient faire naufrage car il avait fui son appel. Le général syrien Naaman était païen qui a emporté de la terre d’Israël pour prier dessus après avoir été guéri par Elisée. Etc. 
Dans le plan de Dieu tel que la Révélation nous le dévoile progressivement, il y a la place pour une “économie du salut”, où les autres religions ont souvent valeur de préparation. 
Saint Paul ne dit-il pas : “Athéniens, je vois que vous êtes les plus religieux des hommes…” ? Il valorise donc bien leur dimension religieuse ! Puis il ajoute: “Eh bien ! ce Dieu que vous cherchez sans le connaître, je viens vous l’annoncer…”. 
Partout les missionnaires chrétiens se sont appuyés sur les semences du Verbe présentes dans les autres religions pour annoncer l’Évangile. Nous pouvons lire ou relire les premiers Pères de l’Église, en particulier les Pères apologètes comme Justin, Tatien, Aristide d’Athènes, Théophile d’Antioche, Méliton de Sardes… 
Aujourd’hui encore, nous voyons que des musulmans souvent viennent à la foi catholique à travers les interrogations qu’ils se posent à partir de leur propre religion et ils sont très nombreux à se convertir même dans les pays dits musulmans où c’est pourtant réprimé. Ce n’est pas en niant la part de vérité qu’il y a dans les autres religions que nous ferons avancer l’évangélisation. 
Donc, oui, la pluralité des religions fait paradoxalement partie du plan de Dieu, (comme le péché aussi en fait partie : “Dieu a enfermé tout homme dans le péché pour faire à tous miséricorde” cf. Rm), car elle peut conduire par des chemins divers à l’unique Médiateur qui est le Christ dans son unique Église. “Il y a un seul chemin pour parvenir à Dieu et c’est le Christ, mais il y a de nombreux chemins pour parvenir au Christ” (Père Antoine). 
C’est là la grande, la vraie Tradition de l’Église, qu’elle a toujours gardée et qu’elle gardera toujours, et, pardonnez ma franchise, elle le fera avec ou sans vous. 
Je serais très heureux si pouviez publier ce petit “droit de réponse”, dans votre prochaine lettre. 
Je vous dis ma communion dans la foi catholique, communion que j’aimerais être aussi une communion dans la charité, laquelle va toujours avec la vérité, n’est-ce pas ? »
Fin de la lettre du père R. H.

Cette lettre du père R. H. est courtoise, précise, argumentée. Elle aborde, de plus, deux questions fort importantes et intéressantes : la réalité de la déclaration d’Abu Dhabi ; l’attitude de la Fraternité Saint-Pie X vis-à-vis de ce qui lui apparaît comme des erreurs, au regard de l’enseignement constant de l’Église. C’est pourquoi, il nous a paru utile et enrichissant d’y répondre un peu longuement.
L’éditorial n’accusait pas le pape d’hérésie 
Le père R. H., après les salutations d’usage, dont nous le remercions, nous explique qu’il va examiner l’éditorial de l’abbé Benoît de Jorna du numéro 81 de la Lettre à nos Frères prêtres, intitulé « Une confusion dramatique » : « Je fais référence à votre dernier édito, que je viens de recevoir avec la LNFP ».
   
Il estime, en effet, que cet éditorial a accusé d’hérésie le Pape François : « Je pense que vous devriez être beaucoup plus prudent avant d’accuser un Pape d’hérésie. Il y a des nuances dans le dogme catholique ».
   
Commençons par ce premier point. Contrairement à ce qu’affirme le père R. H., l’éditorial de l’abbé Benoît de Jorna comportait explicitement une « mise à distance » entre la phrase litigieuse extraite du « Document sur la Fraternité humaine pour la paix dans le monde et la coexistence commune » signé aux Émirats Arabes Unis le 4 février 2019, et la personne du Pape François. A aucun moment, et sous aucune forme, il n’a été dit ou suggéré que le Pape était, personnellement, « accusé d’hérésie », comme l’affirme le père R. H. Et même au contraire !
   
D’abord, il est écrit dans cet éditorial que cette phrase litigieuse constitue « en soi » une proposition hérétique. Mais ce qui est vrai « en soi » ne l’est pas forcément « dans le contexte ». On dit plaisamment que tout prêtre a droit à trois hérésies par sermon. Or, même si un prêtre profère par mégarde, dans son homélie, une phrase qui « en soi » est hérétique, cela ne signifie nullement qu’on va l’accuser d’hérésie : le contexte permet de comprendre qu’il s’agit d’une erreur involontaire.
   
Ensuite, il a été dit explicitement par l’abbé de Jorna que, « à un évêque qui lui disait sa surprise qu’il ait pu signer une telle phrase, le Pape François aurait répondu qu’il n’admettait nullement l’équivalence de toutes les religions, que donc il rejetait toute hérésie ». Or l’hérésie suppose la pertinacité, le refus de se soumettre, même après avertissement, à l’enseignement de l’Église. Mais ici, précisément, non seulement le Pape ne semble pas pertinace, mais au contraire il rejette explicitement l’hérésie que constituerait la phrase prise « en soi ».
   
En conséquence, l’éditorial envisage (de façon non limitative) des hypothèses qui pourraient expliquer la présence de cette phrase litigieuse contraire apparemment à la véritable pensée de François : que le Souverain Pontife ne l’ait pas lue ; qu’il n’y ait pas fait suffisamment attention, etc.
Hérésie et erreurs
Cela ne signifie pas que l’éditorial de l’abbé de Jorna ne contenait pas de critiques à l’égard du Pape François : il en contenait, et même plusieurs. Il y était dit que certaines paroles et certains actes du Pape « attaquent les fondements de l’identité catholique », « fourmillent d’erreurs, d’équivoques, de confusions, de sophismes, de propositions suspectes et malsonnantes » et constituent des « zigzags continuels dans la confusion et l’erreur ». Ce n’est pas rien !
   
Mais, précisément, si la Fraternité Saint-Pie X a signalé au cours du dernier demi-siècle un certain nombre d’erreurs touchant à la foi, erreurs émises par des autorités ecclésiastiques, et même au plus haut niveau, elle n’a jamais accusé d’hérésie (formelle, pertinace) aucun des Papes qui se sont succédé depuis le concile Vatican II, elle ne les a jamais qualifiés d’hérétiques.
   
Tout simplement parce qu’elle s’abstient de juger des intentions, des responsabilités, bref des dispositions intérieures des personnes, qui par définition échappent à ses prises et à sa responsabilité. La Fraternité Saint-Pie X est seulement obligée de se confronter à des faits publics de leur nature, comme le texte d’Abu Dhabi et, autant qu’il est absolument nécessaire, de les qualifier le plus objectivement possible, pour pouvoir agir ensuite en fonction de ce qu’ils sont réellement.
Seulement dans la critique ? 
Le père R. H. écrit ensuite : « [La critique] est plus qu’une habitude chez la Fraternité Saint-Pie X, c’est la structure même de votre identité, sa façon de se légitimer qui en dépend, comme en atteste parfaitement la conclusion de votre édito. Le jour où vous ne trouverez plus rien à critiquer, il semble que vous n’aurez plus de raison d’exister. Peut-être pourriez-vous vous chercher une autre raison d’être ? ».
   
Il s’agit là d’une réflexion facile, mais qui pourtant ne correspond aucunement à la réalité. Si tel évêque diocésain français publie, par exemple, un communiqué par an à propos d’un événement qui le touche particulièrement, et que seul ce communiqué me permet d’en entendre parler (parce que je suis éloigné géographiquement de ce diocèse, que je ne connais pas spécialement), serait-il juste de dire : « Cet évêque et ce diocèse ont pour seul activité annuelle la publication d’un communiqué. Ils feraient bien de se trouver d’autres activités pour occuper leur temps ! ». En réalité, l’évêque et les prêtres de ce diocèse remplissent chaque jour leur mission propre auprès de leurs fidèles, et le communiqué annuel ne représente qu’une très faible partie de leur activité.
   
La Fraternité Saint-Pie X est constituée de 650 prêtres, de 130 frères (religieux), de 80 oblates (religieuses), et elle est assistée par les 200 religieuses de la congrégation féminine associée, les « Sœurs de la Fraternité Saint-Pie X ». Tous ceux-là missionnent chaque jour auprès de centaines de milliers de fidèles à travers le monde, à partir des 180 maisons de la Fraternité, en exerçant cet apostolat dans soixante pays du monde.
   
On peut dire que 99 % du temps des membres de la Fraternité Saint-Pie X est consacré aux œuvres de l’apostolat sacerdotal, comme prêcher et enseigner la foi (sermons, catéchismes), célébrer la liturgie et les sacrements, visiter les malades et les pauvres, aider les familles dans l’éducation de leurs enfants à travers un réseau d’écoles catholiques, et surtout (mission première de la congrégation) susciter les vocations et les former dans des séminaires (la Fraternité Saint-Pie X y accueille actuellement 200 séminaristes).
   
Que, lorsque la nécessité s’en présente, la Fraternité Saint-Pie X confesse publiquement la foi catholique à propos d’un texte ou d’un événement qui met cette foi en cause, comme y obligent le saint baptême et la confirmation, cela constitue certes une activité de la Fraternité Saint-Pie X, mais certainement pas son essence exclusive.
L’existence de la Fraternité Saint- Pie X n’est pas liée à la critique 
A ce propos, dans le numéro 74 de la Lettre à nos Frères prêtres (juin 2017) qui présentait succinctement la Fraternité Saint-Pie X, il était dit explicitement : « Il faut noter dès l’abord que les Statuts de la Fraternité Saint-Pie X ne font pas spécialement référence à une crise doctrinale ou liturgique, et ne contiennent pas de critique directe des erreurs contemporaines ou des pratiques déviantes. Chaque ligne des Statuts est orientée vers la sanctification des membres et, en conséquence, vers le rayonnement de leur apostolat ».
     
Autrement dit, même si la crise dans l’Église cessait subitement, la Fraternité Saint-Pie X continuerait sans aucune difficulté son apostolat fondé sur ses Statuts.
     
Sans vouloir nous comparer à ces prestigieuses congrégations, il est évident historiquement que les Dominicains ont été fondés pour lutter contre l’hérésie cathare, comme les Jésuites pour lutter contre l’hérésie protestante : cela ne les empêche pas, des siècles plus tard et dans un tout autre contexte, de continuer leur apostolat dans l’Église, car la critique du catharisme ou du protestantisme ne constitue nullement et exclusivement leur identité.
   
De même, à son très modeste niveau, la Fraternité Saint-Pie X possède une identité de « société de vie apostolique » tout à fait indépendante de la crise actuelle dans l’Église.
La Fraternité Saint-Pie X seule à critiquer aujourd’hui ?
Par ailleurs, le père R. H. omet de signaler, ce qui fait tout de même partie de l’état de la question, que la Fraternité Saint-Pie X est fort loin d’être la seule aujourd’hui, parmi les catholiques, qui émette des critiques sur les orientations actuelles de l’Église. Des laïcs, des prêtres, des groupes notables de théologiens et d’universitaires, des évêques, des cardinaux ont multiplié ces derniers temps des documents publics sur divers points importants de dogme et de morale.
   
Signalons, parmi d’autres (tous ces documents peuvent facilement être trouvés sur internet) :

  • la demande par Mgr Schneider, alors évêque auxiliaire de Karaganda, lors d’une conférence théologique à Rome en décembre 2010, d’un nouveau Syllabus qui clarifierait certains passages ambigus du concile Vatican II et corrigerait des interprétations hétérodoxes qui en sont issues ;
  • la publication, le 29 août 2016, de la « Déclaration de fidélité à l’enseignement immuable et à la discipline ininterrompue de l’Église sur le mariage », signée notamment par les cardinaux Jãnis Pujats, Carlo Caffarra, Raymond Leo Burke, par les évêques Athanasius Schneider, Andreas Laün, Juan Rodolfo Laise, Taras Senkiv, et par de nombreux ecclésiastiques et théologiens ; 
  • les « Dubia » concernant Amoris laetitia remis au Souverain Pontife le 19 septembre 2016 par les cardinaux Walter Brandmüller, Raymond L. Burke, Carlo Caffarra et Joachim Meisner ; 
  • la lettre au Pape des mêmes cardinaux Brandmüller, Burke, Caffarra et Meisner du 25 avril 2017 ; 
  • la « Correctio filialis » adressée au Pape François le 11 août 2017 et signée par plus de 250 ecclésiastiques, universitaires et théologiens ; 
  • la publication, le 31 décembre 2017, de la « Profession des vérités immuables sur le mariage sacramentel » par Mgr Tomash Peta, Archevêque Métropolite de l´archidiocèse de Sainte-Marie en Astana, Mgr Jan Pawel Lenga, Archevêque-Évêque de Karaganda et Mgr Athanasius Schneider, Évêque Auxiliaire de l´archidiocèse de Sainte-Marie en Astana, rejoints ensuite par le cardinal Jānis Pujats, archevêque émérite de Riga, Mgr Vigano, archevêque titulaire d’Ulpiana, Mgr Luigi Negri, ancien évêque de Ferrara, Mgr Andreas Laun, ancien évêque auxiliaire de Salzbourg, Mgr Marian Eleganti, évêque auxiliaire de Coire, Mgr René Gracida, évêque émérite de Corpus Christi et Mgr Elmar Fischer, évêque émérite de Feldkirch ; 
  • la lettre publique de Mgr Carlo Maria Vigano, ancien nonce à Washington, datée du 26 août 2018, suivie d’une deuxième lettre datée du 29 septembre 2018 ; 
  • le « Manifeste pour la foi » publié par le cardinal Ludwig Müller le 8 février 2019 ; 
  • l’ouvrage du cardinal Robert Sarah, Le soir approche et déjà le jour baisse, publié chez Fayard le 20 mars 2019, lequel cardinal affirme dans un entretien du 5 avril à l’agence Imedia : « Il est vrai qu’actuellement la crise se situe au niveau de la tête [de l’Église]. Si nous ne sommes plus capables d’enseigner la doctrine, la morale, ou de donner l’exemple et d’être des modèles, alors la crise s’avère gravissime ».
  • la « Lettre ouverte aux évêques de l’Église catholique » signée par vingt universitaires et théologiens, et publiée le 29 avril 2019. Etc.
Que tant de personnes différentes, qui ne sont nullement liées à la Fraternité Saint-Pie X, expriment aussi publiquement leurs critiques sur la situation doctrinale et morale actuelle de l’Église, cela ne constitue-t-il pas un de ces « signes des temps » dont on parlait volontiers dans les années 60 ? Et, comme le disait le concile Vatican II dans Gaudium et Spes 4, n’existe-t-il pas un « devoir, à tout instant, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile » ?
   
Il serait donc utile, sans du tout s’arrêter aux quelques critiques émises par la Fraternité Saint-Pie X, de s’interroger sur la signification de cette rafale de critiques venant de l’intérieur même de la structure ecclésiastique. Et de le faire honnêtement et courageusement, sans se transformer en autruche, ni répéter sur tous les tons que tout va pour le mieux aujourd’hui dans une Église en pleine expansion.
Les missionnaires devant les fausses religions 
Mais venons-en maintenant au cœur de la lettre. Le père R. H. nous y propose une doctrine missiologique appuyée d’abord sur plusieurs exemples de l’Ancien Testament, puis sur une prédication de saint Paul, enfin sur l’exemple des missionnaires chrétiens de tous les siècles.
   
Il y aurait sans doute plusieurs points à relever et à discuter ; par exemple, en ce qui concerne le général Naaman, s’il est venu comme païen solliciter un miracle ou un prodige, il est clair qu’il repart comme un fidèle du vrai Dieu : « Je sais certainement qu’il n’y a pas d’autre Dieu dans toute la terre que celui qui est dans Israël. (…) A l’avenir, votre serviteur n’offrira plus d’holocaustes ou de victimes aux dieux étrangers ; mais il ne sacrifiera qu’au Seigneur » (2R, 5, 15-17).
     
Mais ne chipotons pas. Très globalement, nous sommes d’accord avec cette affirmation du père R. H. que, dans un certain nombre de cas, les missionnaires catholiques ont pu s’appuyer, dans leur prédication, et à titre de « captatio benevolentiæ », sur tel ou tel élément religieux naturellement bon qu’ils découvraient au sein des populations qu’ils évangélisaient (comme la prière, le respect des serments, etc.). Et ceci, même si ces éléments se trouvent effectivement liés concrètement à d’autres éléments qui constituent, comme ensemble signifiant, la religion (fausse) de cette population.
   
Mais, comme l’histoire nous le prouve, jamais ils ne se sont appuyés sur cette religion fausse en tant que telle, jamais ils n’ont dit ou laissé croire que cette religion fausse était, peu ou prou, la vraie religion. Sinon, évidemment, ils ne seraient pas venus, au péril de leur vie, prêcher à cette population l’unique religion par laquelle les hommes peuvent être sauvés. « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas sera condamné » (Mc 16, 16). « Il n’est pas d’autre nom sous le ciel qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous puissions être sauvés » (Ac 4, 12).
   
Nous sommes donc d’accord qu’il existe éventuellement dans les fausses religions une « part de vérité », à savoir des éléments naturellement bons (comme la prière, « élévation de l’âme vers Dieu »), qui peuvent en certains cas servir de pierres d’attente pour la prédication évangélique. Mais nous récusons énergiquement l’affirmation que « les autres religions » (en tant que telles, comme ensemble signifiant) puissent avoir « souvent valeur de préparation ».
Les fausses religions sont en lien avec le péché
D’ailleurs, le père R. H. aperçoit le péril de sa proposition prise au sens propre, et il la corrige ainsi : « La pluralité des religions fait paradoxalement partie du plan de Dieu, (comme le péché aussi en fait partie) ».
   
Sur cette ligne, nous pouvons, avec toute la tradition de l’Église, être d’accord. La première prédication évangélique (la mission au sens propre) s’adresse à des hommes enfoncés dans l’ignorance, l’erreur et le péché. Et il est vrai que, comme l’affirme le dicton, parfois « le Diable porte pierre ». Quelquefois, la honte naturelle du péché est utilisée par la grâce de Dieu pour ouvrir l’oreille de l’homme à la prédication de la foi. Quelquefois, c’est tel élément d’une fausse religion, soit naturellement bon, comme nous l’avons dit, soit même mauvais : plusieurs se sont convertis, par exemple, en comparant les actions malhonnêtes des prêtres de leur fausse religion aux belles actions des missionnaires chrétiens.
   
Comme le dit saint Augustin, Dieu « n’aurait jamais permis dans sa bonté infinie que le mal se mêlât à son ouvrage, s’il n’avait été assez bon et assez puissant pour tirer le bien du mal même » (Traité de la Foi, de l’Espérance et de la Charité, chapitre XI). La pluralité des (fausses) religions, comme le péché, est donc un mal dont Dieu, dans sa toute-puissance, peut tirer un bien, soit pour le bien de la personne elle-même atteinte de ce mal, soit pour le bien de l’univers entier.
La phrase litigieuse inclut une contradiction
Le problème de cette réflexion du père R. H., avec laquelle nous venons d’exprimer notre accord relatif (c’est-à-dire en incluant les réserves et les nuances apportées), c’est qu’elle ne correspond pas à la phrase litigieuse du document d’Abu Dhabi, telle que celle-ci se présente à nous dans son sens obvie et naturel.
   
Que dit cette phrase, en effet ? « Le pluralisme et les diversités de religion, de couleur, de sexe, de race et de langue sont une sage volonté divine, par laquelle Dieu a créé les êtres humains ». Cette phrase se réfère donc explicitement à la création des hommes et du monde, soit pour un chrétien aux premiers chapitres de la Genèse.
   
Dans ces chapitres (comme d’ailleurs dans le reste de la Bible en général), la question de la « couleur » de peau n’est pas abordée. La question de la diversité des « races » est abordée à propos des fils de Noé (Gn 9, 19), mais sans jugement moral particulier. La question de la diversité des « langues » est abordée à propos de la tour de Babel (Gn 11, 7-9), mais l’interprétation de cette diversité langagière reste difficile.
   
En revanche, la question de la diversité des sexes est explicitement traitée. Il est dit que « Dieu créa l’être humain à son image, il le créa homme et femme » (Gn 1, 27), qu’il les bénit et qu’il vit que cela était très bon. Dieu crée les deux sexes parce qu’il affirme qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul, et c’est pourquoi il lui fait une aide semblable à lui (Gn 2, 18). C’est ainsi que Dieu forme la femme à partir d’Adam, et la lui amène pour qu’il la reconnaisse comme semblable à lui et s’attache à elle.
   
Même si nous mettons de côté (faute de clarté suffisante) la question des couleurs de peau, des races et des langues, il reste néanmoins incontestable que la diversité des sexes est bonne et voulue positivement par Dieu, en elle-même.
   
Si donc, comme l’affirme justement le père R. H., la diversité des religions n’est voulue que négativement par Dieu, c’est-à-dire qu’elle est simplement permise, comme le péché, lequel n’est jamais voulu en tant que tel, mais seulement permis pour être l’occasion d’un plus grand bien divin, il est alors impossible de la mettre sur le même plan que la diversité des sexes, voulue par Dieu en tant que telle, parce qu’elle est elle-même un véritable bien.
La vérité des mots et des choses
Or, les lois immanentes du langage, que même un Pape ne peut changer, font qu’une énumération implique nécessairement une parité entre les diverses choses énumérées. Il faut forcément que les êtres énumérés communient dans une réalité semblable, même s’ils diffèrent par ailleurs, en dehors du principe de cette énumération. Si j’énumère des carottes et des navets, c’est qu’ils sont semblables, dans mon énumération, au titre de légumes : « Les carottes et les navets sont consommés comme des légumes ». En revanche, je ne puis pas dire : « Les carottes et les navets sont de même couleur », ni non plus « Les carottes et les steaks sont des légumes », parce que les réalités évoquées par les mots ne communient pas (elles n’ont pas la même couleur, elles ne sont pas du même genre alimentaire).
     
La diversité des sexes est un bien, qui est voulu de Dieu ; la diversité des religions est un mal, qui ne peut être que permis par Dieu en vue d’un plus grand bien. On pourrait donc dire de façon acceptable : « La diversité des sexes et des religions est voulue ou permise par Dieu, selon les cas ». Mais on ne peut certainement pas dire purement et simplement, sans autre nuance, la phrase d’Abu Dhabi : « La diversité des sexes et des religions est une sage volonté divine ». C’est là, soit une erreur théologique grave, soit une faute de langage, elle aussi grave, puisqu’elle tend à faire croire que Dieu veut équivalemment le bien et le mal, le vrai et le faux, ce qui est contraire à sa sainteté.
     
C’est pourquoi, comme nous l’avons dit, afin d’excuser autant que possible le Pape François d’erreur théologique grave, l’éditorial envisage (de façon non limitative) des hypothèses qui pourraient expliquer la présence de cette phrase contrairement à la véritable pensée de François : que le Souverain Pontife ne l’ait pas lue ; qu’il n’y ait pas fait suffisamment attention, etc.
     
Ces hypothèses ne sont pas forcément très glorieuses pour le Pape régnant, mais elles sont infiniment moins graves que celle (que nous rejetons) par laquelle François aurait apposé sciemment sa signature à une formule « en soi » hérétique.