3 septembre 2019

[Abbé Simoulin, fsspx - Le Seignadou] Excuse ou pardon

SOURCE - Abbé Gonzague Peignot, fsspx - Le Seignadou - septembre 2019

J’ai connu un prêtre, ni plus ni moins malin qu’un autre, qui avait été un peu sec avec un fidèle. Pour apaiser une éventuelle blessure, il crut bon de lui adresser un petit mot pour lui demander pardon. Sans réponse après trois semaines, il crut pouvoir écrire à nouveau pour s’étonner de ce silence, en évoquant – sans doute à tort – la considération que  l’on peut avoir envers le fait qu’un prêtre vous demande pardon ! Cette fois, la réponse a été immédiate et fulgurante : orgueil et manque de charité ! Il a donc fait à nouveau un petit mot pour demander d’être pardonné de son indélicatesse. Et tout s’est arrêté là, sans aucune réponse ni réaction ! A-t-il été pardonné ? Il ne l’a jamais su et en était bien navré. Je lui avais conseillé de méditer ces sages réflexions d’Ernest Hello : 
« Celui qui refuse un pardon demandé semble livrer son prochain au remords, et celui qui pardonne le livre au repentir.... Entre le repentir et le remords, il y a un abîme. Le premier donne la paix et le second l’arrache. » 
Il m’avait alors confié que, même non pardonné, il n’avait aucun remords, et vivait dans la paix.

Cette triste aventure m’a conduit à quelques méditations sur cet acte si évangélique du pardon. Il nous arrive à tous, qui que nous soyons, prêtre, religieux ou religieuse, parent, enfant, homme ou femme, chrétien ou païen, jeune ou vieux... d’être maladroit, de manquer d’attention ou de délicatesse avec quelqu’un. La plupart du temps, c’est involontaire et la bienveillance devrait pouvoir nous aider à pardonner spontanément mais... c’est difficile, il est vrai.

Alors je vous propose simplement quelques réflexions recueillies ici ou là !
« Il est des mots qui, petit à petit, disparaissent du vocabulaire courant, et, en bout de course, aussi des dictionnaires. Ce phénomène est évidemment signe de ce que la réalité que le mot recouvre n'a plus cours. J'espère vraiment être dans l'erreur, mais je crains que le mot pardon ne soit en train de glisser sur cette pente savonneuse. Et si pardon se perd, c'est sans doute aussi parce que les fautes pour lesquelles on sollicite la miséricorde, et pour lesquelles dès lors la victime pourrait accorder son pardon, sont de moins en moins assumées. « Je ne l'ai pas fait exprès » remplace de plus en plus souvent « Pardonne-moi ». C'est étrange ! Si quelqu'un marche avec de grosses bottines sur mes pieds glissés dans des sandales et qu'il se contente de me dire que je n'ai pas à lui en vouloir puisqu'il n'avait pas vraiment l'intention de me faire mal... mes orteils n'en sont-ils pas meurtris pour autant ? Comment pourrais-je lui pardonner s'il se contente de m'affirmer que me blesser n'était pas sa volonté ? Encore heureux que sa maladresse ne fût pas volontaire ! Deviendrait-il moins humain s'il me demandait aussi pardon ? Un refus de priorité causant une portière défoncée se voit souvent traité de la même façon. Et lorsqu'il y a blessure grave, voire mort d'humains innocents, c'est encore le même couplet qui revient, et qui devrait suffire à clore toute discussion et tout procès aux yeux de celui qui l’entonne : « Je ne l'ai pas fait exprès ! »
 
L'étape suivante ne serait-elle pas alors le déni pur et simple : non plus : « Je ne l'ai pas fait exprès ! », mais « Je n'ai rien fait ! » ? Un match de football est un exemple très révélateur à ce propos : le joueur qui commet une faute lève tout aussitôt les deux bras, pour bien faire savoir à l'arbitre qu'il est innocent comme l'enfant qui vient de naître. Et si l'arbitre sort un carton jaune ou rouge, le fautif jure ses grands dieux qu'il n'a vraiment rien fait et qu'il est l'objet d'un déni de justice atroce, s'il n'injurie pas l'arbitre en plus !
   
Demander pardon ? Pardonner ? Par-courir une ville ou une région, c'est bien plus que la traverser : c'est la visiter dans divers sens. Par-faire, c'est plus que réaliser : c'est mener à son complet développement. Alors, par-donner pourrait bien signifier aussi donner à tort et à travers, donner totalement. Donner ainsi ne fait-il pas grandir en humanité tant celui qui donne que celui qui reçoit ? Redevenir plus humain ! » 
Arthur Buekens – Quand la Bible parle de pardon 
Le Bx Père Lataste, s’adressant aux repenties dont il conduisait la conversion, et à ceux qui ne comprenaient pas toujours son apostolat, nous rappelle quelques saintes vérités.
« Elles furent coupables, c’est vrai ! Mais quelle est donc l’âme qui n’a jamais eu rien à se reprocher, et parmi celles qui sont toujours restées pures, quelle est celle qui à un moment donné n’a pas senti que, si la main de Dieu ne l’avait fermement soutenue, elle était tout près de faillir, à deux doigts de sa perte. « Que celui qui est debout prenne garde de ne pas tomber » dit l’apôtre St Paul (1Co. 10, 12), et St Jean ajoute : « Si quelqu’un se dit sans péché́, il est un menteur et il s’en impose à lui-même » (1 Jn. 1, 8). Oui, elles furent coupables mais Dieu ne nous demande pas ce que nous fûmes, il n’est touché que de ce que nous sommes. Il n’est rien d’avoir été́ pure et vertueuse si on ne l’est plus ; il n’est rien d’avoir été́ coupable si l’on a reconquis sa vertu. Que celles qui sont restées pures par la grâce de Dieu prennent garde, je ne dis pas seulement de ne pas faillir, mais je dis même qu’elles prennent garde de ne pas se laisser devancer, car le prix de la course et la palme de la victoire ne sont pas pour celui qui n’est jamais tombé, mais pour celui qui a couru le plus loin. »
Je laisserai le mot de la fin à notre si sage et si bon P. de Chivré :
« Un homme hésite à pardonner à son ami dont il a reçu une indiscutable blessure d’amour propre. Ce refus de pardonner se présente à sa raison d‘homme comme une justice légitime à l’égard d’une amitié coupable. Il prie. Il en résulte en son jugement une certitude confuse et indéfinissable que cette justice qui sanctionne est une vérité boiteuse et partielle ; il s’efforce de maintenir sa décision mais, désormais, elle est accompagnée d’une sourde conviction qu’il agit mal en exerçant ce genre de justice ; et d’une conviction, non moins consistante, que la vérité se trouve dans un pardon méritoire. Fortifié par cet état d’âme, il pardonne, à la grande colère de sen entourage critique et orgueilleux. Au lieu de s’émouvoir, la calme certitude d’avoir bien agi lui fait affronter avec paix le mécontentement ambiant. L‘ami lui-même n’en revient pas, et pense que leurs relations ne seront plus comme par le passé. L’offensé sent sourdement, avec une certitude inexplicable, qu’il en sera encore mieux que par le passé ; et tout se réalise ainsi. 
Le Don de Conseil a mené le jeu à contre-courant de l’orgueil, de la rancune, des convictions mondaines et de la logique naturelle en créant un état d’âme de certitude, au cours des différentes phases de la crise. 
Toute crise est un ébranlement, et tout ébranlement appelle la Certitude de l’Esprit d’Amour pour ne pas devenir une catastrophe. Admirable réédition du “noli timere” de Jésus, le “n’ayez donc pas peur” écrit lentement dans nos réflexions priantes par le Conseil qui n’a jamais trompé et que personne n’a jamais pu prendre en défaut. » 
R.P. de Chivré
Combien nous sommes loin ici de cette étrange formule : « je m’excuse... » ! Mais cher Monsieur, si vous vous excusez vous-même, je ne puis rien faire de plus ! Allez donc en paix avec votre conscience rassurée, et n’attendez rien de moi, puisque vous ne me demandez rien !
    
La sainte miséricorde est bien autre chose, bien plus belle et plus vraie, qui rétablit tout dans la sainte charité de Dieu. Que chacun en vive et aime en faire vivre ceux qui l’entourent, tel est le commandement de Jésus : « aimez-vous les uns les autres comme Je vous ai aimés. »
     
Je me souviens que ce prêtre m’avait confié qu’il avait bien pardonné depuis longtemps l’absence du pardon qu’il avait sollicité mais il n’empêche qu’il en avait du regret, car celui qui ne pardonne pas, qui ferme son cœur au pardon, le ferme dans tous les sens : le don et la réception du pardon ! C’est toute la gravité de ce que nous disons à Dieu sans toujours y penser : « pardonnez-nous comme nous
pardonnons ! » 
     
Cette belle miséricorde est le cœur de la vie chrétienne : le chrétien est un être essentiellement pardonné, mais ce pardon reçu du Cœur de Jésus ne vivra vraiment en son âme que si l’âme ne le garde pas pour elle et le fait vivre en le donnant à son tour. 
     
Alors, à nous de garder toujours le cœur ouvert ! Il en recevra des blessures, sans doute, mais il pourra aussi laisser déborder sur ceux qui l’entourent un peu de cette miséricorde reçue du Cœur de Jésus et de Marie.

[Abbé Gonzague Peignot, fsspx - Le Seignadou] Un trésor à portée...


SOURCE - Abbé Gonzague Peignot, fsspx - Le Seignadou - septembre 2019


Bien chers fidèles,
 
Les vacances estivales s'achèvent, il s'agit de reprendre le rythme de nos activités quotidiennes, de ces activités qui sont le moyen privilégié, comme nous l'a assuré la très sainte Vierge Marie à Fatima, pour notre sanctification. Parce que c'est bien là l'essentiel de notre existence : se sanctifier, c'est-à-dire vivre chacune de ses actions de manière sainte, de la manière qui plaît à Dieu. Et il faut pour cela que notre vie soit empreinte de cette dimension surnaturelle dans laquelle nous vivons, et à laquelle nous sommes, plus que tout, destinés ; il faut pour cela avoir une véritable vie spirituelle.
    
Nous avions déjà abordé de nombreux sujets dans cet objectif : la méditation, ou conversation intérieure avec notre Créateur et Sauveur ; conversation alimentée par la lecture spirituelle qu'il nous faut reprendre si nous l'avons arrêtée, continuer si nous y avons été fidèles ; conversation favorisée par la fuite des occasions de péchés et des distractions inutiles, spécialement de celles des écrans qui nous écartent, pour ne pas dire qui nous séparent si souvent de Dieu ; conversation favorisée aussi et surtout par la visite au très saint Sacrement, dès que nous en avons l'occasion. C'était l'objet de nos différentes adresses depuis ce début d'année.
    
Force est de constater que malgré nos bonnes résolutions, prises et reprises constamment, cette sanctification est plus à l'image d'un chemin de croix, parsemé d'embuches et de chutes, que d'une ascensionpaisible et sans entrave. Rien d'étonnant à cela, Notre-Seigneur nous avait prévenus : celui qui veut se sanctifier, « qu'il porte sa croix et qu'il me suive ! »
    
Pour certains cette croix ce sera le cartable de classe, les devoirs à faire, pour d'autres ce sera le repassage ou les enfants insupportables ou ingrats, pour d'autres encore ce seront les collègues de travail. Le nombre des croix est infini. La véritable question est de savoir comment les porter, comment faire en sorte qu'elles participent à notre sanctification. Et la réponse est très simple, il suffit de les unir à celle de notre Rédempteur afin de rendre ces croix victorieuses, victorieuses de la victoire de la grâce et du salut. Mais voilà c'est bien théorique, et à vue humaine c'est utopique, il faut bien l'avouer.
    
Néanmoins, comme en toute chose, Dieu ne nous a pas laissés démunis. Il nous a octroyé un trésor qui nous rend capables de ces victoires, un trésor qui nous obtient immédiatement et efficacement cette même force qu'Il a déployée dans sa Rédemption, un trésor qui nous applique tout simplement les mérites de cette rédemption, ces mérites dont nous avons besoin pour triompher de chacune de nos croix. Ce trésor, c'est la Messe, le centre de tout le culte catholique, la source de toutes, absolument toutes les grâces, aussi bien spirituelles que temporelles que nous avons reçues et que nous recevrons, cette source à laquelle nous ne puisons pas assez et à laquelle nous ne puiserons jamais autant qu'il est possible.
   
A la Messe, en effet, sous les apparences du pain et du vin, Jésus-Christ est présent tout entier, complètement, réellement, substantiellement, vivant comme Il le fut dans l’étable de Bethléem, comme Il le fut lorsqu’Il mourut sur la Croix, comme Il l’est aujourd’hui dans le paradis où Il règne avec son Corps, son Sang, sa Divinité. Et à chaque Messe, Jésus se sacrifie sur l’autel par les mains du prêtre, mais sans effusion de sang. Oui, Jésus se sacrifie réellement pour nous, pour rendre à Dieu, à notre place, l’honneur qui lui est dû, afin de nous procurer, par notre contrition, le pardon de nos péchés, afin de payer, avec notre participation, les dettes que nous avons contractées avec Dieu, afin de nous obtenir toutes les grâces et bénédictions dont nous avons besoin.
     
Qu’elle est vraie cette parole de saint Léonard de Port Maurice : « Une seule Messe vaut plus que tous les trésors du monde ».
     
« Si l’or tombait des nuages, se demande le Père Martin de Cochem, ne laisseriez-vous pas de côté vos occupations ? Ne vous précipiteriez-vous pas pour le recueillir ? Eh bien ! À chaque Messe, il tombe un or surnaturel, non pas des nuages, mais du Ciel. Cet or, c’est l’augmentation de la grâce divine, de la vertu, des mérites, de la gloire céleste ; c’est la contemplation de la piété ; c’est la bénédiction divine dans l’ordre du temps ; c’est le pardon des péchés ; c’est la participation aux mérites de Notre Seigneur Jésus-Christ. Cet or, c’est le bonheur, c’est la grâce, la miséricorde, toutes choses d’un prix infini. Libre à vous de vous l’approprier. Si, au contraire, pour vous épargner un léger dérangement, pour ne point perdre un avantage misérable, vous négligez d’entendre la Messe un jour de semaine, vous surpassez en folie l’homme qui continuerait à travailler au lieu de recueillir la pluie d’or tombée à ses pieds. »
    
La sainte Messe est un acte de louange parfaite rendu à Dieu. Ce n’est pas la prière d’un homme ni d’un ange, mais la prière même du Fils de Dieu. Elle a donc une valeur infinie. Seul, Notre-Seigneur connaît la grandeur de Dieu, Lui seul sait ce qui convient à Dieu. Seul, Il est en mesure d’honorer comme il convient, la majesté divine. Le Père n’a-t-il pas proclamé, au sommet du Thabor : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis toutes mes complaisances » ? Eh bien, Dieu reçoit à la sainte Messe un hommage qui Le glorifie vraiment et Le dédommage de nos ingratitudes.
     
De là cette dévotion des saints pour le saint sacrifice de la Messe. Saint François de Sales l’appelle : «Soleil des exercices spirituels, centre de la religion chrétienne, cœur de la dévotion chrétienne, âme de la piété ». Aussi le saint évêque ajoutait-il : « Faites donc toutes sortes d’efforts pour assister tous les jours à la sainte messe, afin d’offrir avec le prêtre le sacrifice de votre Rédempteur à Dieu Son Père, pour vous et pour toute l’Eglise ».
     
Soucieuse d’honorer Dieu au milieu d’une humanité qui chaque jour Le déshonore, l’âme fervente sait qu’elle ne peut Lui offrir une louange plus digne que celle d’assister à la sainte Messe.
 
Ce sera, de surcroît, une magnifique prédication adressée au monde que d’assister souvent, voire quotidiennement à la sainte Messe. Le catholique manifeste par là sa foi, sa charité envers Dieu et son
amour pour l’Eglise. Alors que les hommes s’agitent en tous sens pour acquérir les biens terrestres, la vue d’un chrétien qui entre dans une église pour entendre la sainte Messe manifeste la foi qui l’anime. Il croit en Notre-Seigneur, dans la valeur de Ses mérites, des richesses qu’Il nous prodigue en vue du Ciel.
      
Ce sera aussi, évidemment, un témoignage d’amour de Dieu. Le chrétien montre par là qu’il accorde à Dieu plus que le minimum requis pour son salut. Sa présence au pied de l’autel manifeste sa dévotion, son adoration, la force de sa charité.
     
Ce sera enfin se montrer un zélé enfant de l’Eglise que d’assister souvent à la Sainte Messe. L’Eglise est une immense armée qui veut conquérir le monde à Jésus-Christ. Elle rencontre beaucoup d’obstacles à sa mission. Ce qui fait sa force, c’est la sainte Messe qui se célèbre chaque jour, aux quatre coins du monde. Cette louange qui monte vers le Ciel lui attire des grâces et soutient efficacement son action apostolique. Conscients de cette force, les grands hommes voulaient assister quotidiennement à la sainte Messe, tel le maréchal Foch, aux heures les plus difficiles de la Guerre de 14.
     
Alors, bien chers fidèles, profitons de ce début d'année pour prendre une résolution dans le but d'assister plus souvent à la Messe. Certains pourraient s'efforcer d'y assister tous les jours, ils n'y perdront jamais leur temps ; d'autres, parce que les obligations professionnelles ou familiales les en empêchent, devraient s'efforcer de trouver au moins un jour de la semaine autre que le dimanche pour gran-dir dans cette dévotion du Saint Sacrifice de l'autel, de s'y efforcer aussi les jours anniversaires de mariage, de baptême, de mort de nos chers défunts. Et tous, tous, nous devrions assister à la Messe les premiers vendredis et premiers samedis du mois, parce que c'est le Cœur même de Jésus, puis celui de sa très sainte Mère qui nous y appellent.
   
Abbé Gonzague Peignot +

1 septembre 2019

[Paix Liturgique] Corée : La messe traditionnelle c'est la messe de nos martyrs

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 707 - 13 août 2019

Nous avons pensé intéressant d’achever notre copieux dossier sur la messe traditionnelle en Corée, constitué par nos lettres 691, 692, 694, 695  par la publication des réponses faites par un ensemble de fidèles coréens à une sorte d’enquête que nous avons réalisée auprès d’eux. On constatera qu’elles sont, pour un bon nombre d’entre elles, de grande valeur : les idées développées par nos frères coréens donneront par ailleurs à chacun de nous des thèmes d’arguments pour la défense de la messe que nous voulons faire vivre. Un intérêt puissant de ces réponses est qu’elles émanent – on le remarquera, au fil de cette « conversation » – de fidèles nouveaux, qui ont fait la découverte du rite ancien (voir nos précédentes lettres), et non pas de catholiques traditionnels anciens. Enfin, si ces Coréens parlent du point de vue très intéressant de leur sensibilité particulière, ils élargissent leur propos à l’Église universelle avec un sens catholique très roboratif.
João Silveira -  Comment avez-vous découvert la liturgie traditionnelle ?
R – Paul 40 ans - Je m'intéressais depuis longtemps aux liturgies pré-conciliaires et aux anciennes prières des catholiques coréens. C’est ainsi que j’ai découvert l’existence de la messe traditionnelle en furetant sur Internet et j’ai été très heureux mais aussi surpris de voir qu’elle était encore célébrée presque partout dans le monde et même un peu en Corée !

R – Francesco 50 ans – Je suis moi-même le plus âgé d’entre vous car j’ai plus de 50 ans et j’ai donc eu la chance d’avoir un lien plus direct avec la liturgie traditionnelle, car ma mère dans ma jeunesse m'a parlé avec nostalgie de la messe et de l'église telles qu’elles étaient avant le Concile. Voilà pourquoi devenu étudiant je me suis intéressé à l’étude de la liturgie qui m’a fait bien connaitre la liturgie tridentine qui aujourd’hui est celle qui nourrit ma foi.

R – Clara 20 ans - Je suis parmi les plus jeunes et je ne connaissais rien à cela avant mon baptême, que j’ai reçu à 18 ans, mais mes études m’ont entraîné à étudier le latin et les anciennes civilisations et de là à découvrir via internet que le latin était encore vivant dans l’Église et qu’il subsistait des liturgies « en latin ». Dès que j’ai cherché à les mieux connaitre, j’ai senti que celles-ci étaient tout à fait en phase avec ma foi nouvelle.

R – Jean 20 ans - Bien que jeune chrétien, j’ignorais tout des anciennes liturgies mais depuis mon enfance j’aime fréquenter les églises et particulièrement notre cathédrale et c’est à ces occasions que je me suis demandé en voyant de nombreux petits autels qui se trouvent tout autour dans l’église : « Comment la messe a-t-elle été célébrée sur ces autels ? » Internet a répondu très vite à ma question en me faisant découvrir à la fois les célébrations ad Orientem et la messe traditionnelle.

R – Jacques 30 ans – Je suis pour ma part passionné par les musiques anciennes c’est ainsi que j’ai découvert le chant grégorien et – moi aussi via Internet – que celui-ci était encore vivant dans des abbayes. En poursuivant ma curiosité j’ai découvert qu’il existait un usus antiquior en phase avec le chant grégorien.

R – Maria 40 ans - J’ai eu la chance de connaitre la liturgie ancienne depuis toujours au sein de ma famille, même si je ne la pratiquais pas. Et puis un jour je suis tombé sur le site de la liturgie traditionnelle et j’ai rejoint le groupe qui essaye de la faire mieux connaitre.
João Silveira -  Pourquoi avez-vous fait le choix de la messe traditionnelle ?
R – Francesco 50 ans - Lorsque j’ai assisté pour la première fois à la messe traditionnelle j’ai été immédiatement troublé comme si j’assistais au sacrifice du Calvaire. Je me suis trouvé dans une situation d’adoration que j’avais tout à fait ignorée auparavant et que je ne voulais plus perdre.

R – Jacques 30 ans – Je partage cette conviction : pour moi également la liturgie ancienne est une adoration des mystères de Dieu.

R – Paul 40 ans – Oui, tout à fait, la solennité et le mystère nous montrent l’insondable de Dieu, du Christ et de sa Passion d’une manière qui n’a rien à voir avec ce que j’ai connu lors des célébrations du Novus Ordo.

R – Pierre 30 ans – Pour ma part, J’y ressens un amour intense pour l’Eucharistie, que les prières et les signes d’adoration m’invitent à contempler.

R – Clara 20 ans – Dès que j’ai assisté pour la première fois à une liturgie traditionnelle j’y ai ressenti ce que signifiait la sainteté, et surtout la sainteté de Dieu et j’ai été immédiatement convaincue que j’avais trouvé un trésor très précieux de l’Église catholique.

R – Simon 30 ans – Ce fut pour moi comme un choc de participer humblement à genoux, de loin, au sacrifice du Christ sur la Croix. Aussi je peux me concentrer profondément sur notre Seigneur pendant la messe.

R – Jean 20 ans – Oui, dans une ambiance de sainteté et d’adoration.

R – Clement 20 ans – La liturgie traditionnelle est comme un nouveau monde spirituel pour moi. Du début à la fin de la messe, c'est le sacrifice de Jésus lui-même auquel je participe. Je peux y rencontrer Dieu de près dans le calme. Et mon âme en est ravie.

R – Kim 30 ans – Elle (la liturgie traditionnelle) m'a donné à contempler les mystères de la foi comme je ne les connaissais pas.

R – Maria 40 ans – Lors de la messe tridentine, il existe de nombreux gestes, des temps de silence qui malheureusement ne font plus partie de la messe d'aujourd'hui. Ce sont des éléments qui contiennent des significations sublimes et peuvent témoigner solennellement notre adoration devant Dieu. Et comme la messe tout entière est « construite » d’une manière belle et fixe, nous ne sommes pas dans une représentation théâtrale libre et souvent chaotique, où les risques de blasphèmes peuvent se produire. Ce qui est le plus attrayant dans la messe tridentine, c’est qu’il s’agit d’un rite riche et parfait, lissé par mille ans de pratique et d’expérience de saints de toutes les contrées du monde, qui est idéal pour nous aider à vivre et à nourrir notre foi.
João Silveira -  Pensez-vous que cette liturgie puissent convenir aux catholiques coréens ?
R – Jacques 30 ans - C’est la messe célébrée par nos ancêtres catholiques pendant la période des persécutions. Alors, si elle leur a convenu et les a aidé à conserver leur foi, je suis sûr qu’elle convient parfaitement aux Coréens d' aujourd’hui et à ceux de  demain.

R – Paul 40 ans – Oui c’est sa sainteté et son illustration vivante de la foi et de la doctrine catholique qui fait qu’elle convient aux Coréens.

R – Pierre 30 ans – Et c’est pour cela qu’elle peut aider à une renaissance spirituelle en Corée.

R – Simon 30 ans – Autrefois la Corée s'appelait « Choson », ce qui signifie « Matin calme ». Cela nous indique bien que le calme et le silence font partie de notre culture. Aussi une liturgie faite de silence et de contemplation correspond-elle bien à notre pays. C’est sans doute pour cela que nos ancêtres l’adoptèrent sans difficulté et y restèrent profondément attachés.

R – Kim 30 ans – Oui, et les Coréens pensent qu'il faut montrer le respect intérieur par des actes extérieurs, ce qu’illustre bien la forme extraordinaire, qui de ce fait leur convient parfaitement.

R – Jean 20 ans – Bien sûr. La Corée est une terre de martyrs. La messe célébrée jadis par les martyrs a beaucoup de signification pour nous. Et elle est très bonne pour les gens qui veulent rencontrer le Christ plus profondément.

R – Anna 50 ans – Si la liturgie traditionnelle convient aux Coréens c’est parce qu’elle convient aux catholiques de tous les pays.

R – Andrew 30 ans – Oui cette liturgie convient à tous, quelle que soit sa nationalité, pas seulement aux Coréens. Je crois que la liturgie traditionnelle est simplement tout à fait catholique.

R – Clement 20 ans - Je suis vraiment d'accord sur le fait que la liturgie traditionnelle est une très bonne liturgie, mais il y a un obstacle qui est le latin. Je pense donc que l’éducation latine de base est nécessaire pour que les fidèles catholiques coréens puissent l’adopter plus généralement.

R – Celia 30 ans – La langue et la grammaire coréennes étant très différentes du latin, ou d’ailleurs des autres langues occidentale, je pense que la liturgie traditionnelle peut difficilement remplacer le Novus Ordo, mais je suis convaincue que la liturgie traditionnelle qui a une valeur particulière pour les catholiques coréens doit pouvoir aider à rendre plus catholique la forme ordinaire.

R – Marc 40 ans - Oui vous avez raison pour le latin qui nous est très étranger mais pas plus que l’anglais, qu’utilisent désormais la totalité des Coréens qui font des études... Aussi les catholiques qui sont confrontés au latin peuvent très bien retrouver le sens des textes dans des missels. Or ces textes qui sont globalement toujours les mêmes ne seront pas un obstacle pour les Coréens qui sont très travailleurs ! Quant aux lectures, il est normal qu’elles soient lues en coréen.

R – Francesco 50 ans - Historiquement et éthiquement, les Coréens ont une passion pour la religion. Et traditionnellement nous sommes habitués aux rituels ou aux sacrifices puisque nous sommes aussi dans la culture confucéenne. Cela signifie que les Coréens ne sont pas perdus en face du ritualisme de la messe traditionnelle qui correspond bien à leur mentalité.

R – Maria 40 ans - L'Église coréenne a une histoire relativement courte et pourtant, elle a subi de nombreuses persécutions. C'est pourquoi nous avons beaucoup de martyrs, mais très peu de tradition. La messe tridentine est aujourd’hui presque inconnue des fidèles de Corée, et par manque de connaissance, mais il y a beaucoup de jeunes insatisfaits de la perte de la tradition, voire révoltés par des cas de profanation au sein de la messe qui recherchent plus de sacré et de respect dans la liturgie. A mon avis, la messe tridentine peut être une excellente solution pour les fidèles coréens qui cherchent à enrichir leur foi catholique.
João Silveira -  Pensez-vous que cette liturgie peut avoir sa place dans l’œuvre de la nouvelle évangélisation ?
R – Paul 40 ans - Oui, je pense que la liturgie traditionnelle est spirituellement plus impressionnante. Elle sera donc très efficace pour la ré-évangélisation des fidèles, pour le développement de leur piété et de leur vie religieuse. Je crois aussi qu’elle est très efficacement missionnaire car elle peut montrer le vrai visage de la foi et de l’Église à ceux qui ne sont pas encore chrétiens.

R – Jacques 30 ans – Je suis sûr que l’ancienne liturgie peut jouer un rôle important pour amener les gens à retrouver la vraie foi catholique dans le monde où ils se laïcisent.

R – Suzan 20 ans – Bien sûr. Pour ma part, j’ai également la certitude que ma foi est devenue plus forte après ma découverte de la liturgie ancienne. Il est utile que les fidèles aient une foi plus forte et se rapprochent davantage du Seigneur.

R – Simon 30 ans – Le développement de la liturgie traditionnelle est une solution très souhaitable et correcte pour résoudre la crise d’identité que traverse l’Église de nos jours. Pendant la crise, nous devons retrouver l’essentiel de notre foi et demander la sagesse et l’humilité à la tradition de nos ancêtres catholiques.

R - Pierre 30 ans - L’usus antiquior qui est célébré avec beaucoup plus de solennité que le nouvel Ordo jouera un rôle important pour la nouvelle évangélisation.

R – Jean 20 ans – Je pense que les jeunes veulent être calmes et pieux comparés aux générations qui nous précèdent. Parce que les jeunes générations de Corée sont vraiment épuisées à cause de la concurrence effrénée qui existe dans la société. Ils veulent être réconfortés par Dieu dans le repos. La messe traditionnelle, qui est une cérémonie de paix et de silence, peut être une occasion d'évangélisation qui peut amener les jeunes à regarder derrière eux, à se repentir du péché et à désirer vivre une nouvelle vie.

R – Kim 30 ans – Je le crois fermement car la liturgie ancienne véhicule une longue tradition catholique et son mystère fascine et fascinera les jeunes du monde entier.

R – Francesco 50 ans – Je conviens que la messe traditionnelle a un rôle à jouer dans la nouvelle évangélisation, mais je pense que son rôle le plus important est celui de nous sanctifier.
João Silveira -  À votre avis, la liturgie traditionnelle a-t-elle un avenir pour l’Église de demain ?
R –Jacques 30 ans - La sécularisation de l'église rend la situation de plus en plus difficile. Pour cela le rôle de l’antique liturgie va devenir de plus en plus important parce qu’elle est l'un des  derniers rempart du vrai catholicisme.

R – Pierre 30 ans - Plus la crise de l'église se développera plus l’Église aura besoin de la liturgie traditionnelle et de contemplation.

R – Jean 20 ans - Bien sûr. La Tradition sous tous ses aspects est le futur de l’Église.

R – Francesco 50 ans – Actuellement la liturgie est tellement maltraitée et la réalité de la messe si mise à l’écart que la piété et la sainteté disparaissent. Ainsi, notre foi et notre âme s'affaiblissent et l'athéisme prévaut. Contre ce grand péril la liturgie de nos anciens peut véritablement restaurer la sainteté de l'Église catholique et guider les fidèles qui la quittent sans même s’en rendre compte et rester un phare dans la nuit du brouhaha moderne pour les non-catholiques de bonne volonté qui cherchent la vérité. Donc, je suis sûr que la liturgie traditionnelle a un avenir.

R – Maria 40 ans - La messe tridentine a un avenir, oui ! Parce qu'elle est la vraie renaissance pour l’Église et pour nos âmes.

R – Camilla 40 ans - Pour ceux qui ne la connaissent pas, la messe tridentine peut ne pas être facile à adopter, mais une fois que l’on a fait l’effort de la connaitre les profits spirituels sont immenses.

R –  Clara 20 ans - Oui, je suis tout à fait sûr. Les traditions catholiques et la liturgie traditionnelle sont indispensables pour inspirer, faire vivre et transmettre la foi. Particulièrement en ces temps d'affaiblissement de la foi.

[Paix Liturgique] «J'ai compris que la messe traditionnelle était la messe»

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 708 - 20 août 2019

Pour compléter et enrichir notre dossier consacré à la situation de la liturgie traditionnelle en Corée, que nous avons publié dans nos lettres 691, 692, 694 et 695 t la semaine derniers dans la lettre 707, nous reproduisons ci-dessous quelques témoignages de fidèles venus d’Europe, d’Afrique et d’Amérique qui vivent en Corée et que nous avons rencontrés au cours de notre voyage missionnaire en février 2019.

Deborah (Etats-Unis)

Je m’appelle Deborah Yoon et bien que d’origine coréenne, je viens d’Amérique. J’ai découvert la messe latine traditionnelle en rencontrant aux Etats-Unis le blog du Father Z. et ensuite celui de la Fraternité Saint-Pie X.

J’ai assisté pour la première fois à la messe traditionnelle lorsque j’habitais à Hong Kong. J'ai été conquise et j’ai compris qu’elle était la liturgie dont j’avais besoin. Mais la célébration était très éloignée de mon domicile ; aussi n’ai-je commencé à assister régulièrement à la messe traditionnelle qu’à l’automne dernier, lorsque je me suis installée à Suwon en Corée.

J’ai fait le choix d’assister à la messe traditionnelle car elle met davantage l’accent sur la sainteté de Dieu. Elle est pour moi comme une méditation, alors que la messe ordinaire m’apparaît comme une réunion des fidèles plutôt que comme un temps de prière et d’adoration.

Anthony (Nigéria)

Je m’appelle Anthony et je viens du Nigéria. Je suis venu en Corée depuis maintenant 5 mois et j’y resterai encore probablement pour une année pour une recherche postdoctorale. J’ai découvert la messe traditionnelle lorsque j’étais étudiant à l’Université Fédérale de Technologie de Akure (Nigéria).

Dans la plupart des régions du Nigeria la messe traditionnelle n’est pas connue, mais dans notre université il y avait beaucoup de discussions à propos de la tradition catholique, et un certain nombre de personnes parlaient de la messe ancienne, bien qu’à ce moment aucun des étudiants ne la connaissaient autrement que par Internet. Et puis, vers 2002 ou 2003, quelqu’un nous a informés qu’il y avait au Nigeria une chapelle de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre (FSSP) où était célébrée la messe ancienne. Ce n’était pas très loin de notre l’école, nous sommes montés dans un bus et sommes allés y assister. J’ai été illuminé par cette liturgie et j’y assiste depuis très régulièrement.

Voilà pourquoi avant de venir en Corée j’ai cherché sur Internet quelles étaient les célébrations traditionnelles qui y existaient. C’est comme cela que je fréquente désormais la chapelle de la Fraternité Saint-Pie X qui est proche de l’endroit où j’habite, ce qui est commode en Corée où les déplacements sont souvent longs et difficiles.

Dès ma première rencontre avec la messe traditionnelle, j’ai senti, j’ai réalisé qu’elle est ce que la messe est. Ce fut presque intuitif. Ce fut pour moi comme une certitude innée qu’elle était « La Messe ».

J’ai entendu beaucoup de choses à propos de la messe en latin avant de la découvrir, mais personne ne m’avait parlé du silence. On m’avait expliqué comment je pourrais suivre la messe avec un missel, quels étaient les chants et les gestes que faisait le prêtre et ceux que je devrais faire, mais personne n’avait mentionné le silence.

Quand j’ai découvert la messe traditionnelle, j’ai découvert qu’elle était comme un grand espace où chacun pouvait effectivement être libre, marchait librement et retrouvait Dieu à tous les niveaux. Donc pour moi ça a été quelque chose de très profond de constater la capacité de cette liturgie par sa richesse à correspondre aux attentes de toutes les personnes dans leur diversité d’origine, de culture ou de manière de vivre leur foi.

Christian (France)

Je m’appelle Christian Barde et je suis Français. Quand j’avais 18 ans, je suis allé avec mon mère et certaines personnes amies à une messe en latin. C’était en fait une nouvelle messe en latin, mais pour moi ce furent les premiers pas. Je me suis donc intéressé à ce sujet jusqu’à ce qu’un ami me parle d’une chapelle de la FSSPX à Lyon où je suis allé ensuite presque uniquement.

Aujourd’hui je vis à Séoul depuis 24 ans et je pratique depuis mon arrivée dans la chapelle de la FSSPX. Je suis allé aussi quelques fois dans l’une des églises pour étrangers : les célébrations s’y déroulaient comme dans un festival, comme dans une réunion entre amis, entre très bon amis d’ailleurs. Mais je n’y suis jamais revenu, car si j’apprécie d’être entre amis, ce n’est pas la même chose que d’être dans une église à prier, en silence devant Dieu de lui parler et de l’adorer.

Robert (Etats-Unis)

Je m’appelle Robert Landholt et je viens des États-Unis. Je vis à Séoul depuis 5 ans. J’ai grandi dans une famille catholique traditionnelle. Ma famille a pratiqué sa foi en assistant à la messe en latin aussi loin que je me souvienne.

Vers 2009 j’ai fait mon premier voyage en Corée où j’ai naturellement fréquenté la chapelle traditionnelle que j’y ai trouvée. Lorsque je me suis installé définitivement en 2014, j'ai alors commencé à assister à la messe dans cette chapelle, qui appartient désormais à la Marian Corps (la « Résistance »).

Au début l’assistance réunissait environ 10 à 15 personnes, mais petit à petit le nombre des fidèles s’est accru et désormais nous sommes environ 35 lors de chaque messe dominicale.

Notre prêtre vient des Philippines et nous avons la messe les premiers vendredis, samedis et dimanches du mois, et puis pour les grandes fêtes comme Pâques et Noël. La chapelle est toujours ouverte pour les fidèles, qui peuvent venir y prier. Normalement, toute personne qui assiste régulièrement à la messe connaît le code de la porte, afin qu’elle puisse venir habituellement à la chapelle.

Nous avons eu quelques étrangers de ci de là, mais ceux qui assistent régulièrement à la messe sont pour la plupart des Coréens.

Comme je vis en Corée depuis quelques années maintenant, j’ai beaucoup appris de la foi et des pratiques religieuses de mes amis coréens, et je pense que très nombreux sont ceux d’entre eux qui désireraient pouvoir assister à la messe traditionnelle si celle-ci leur était proposée plus largement et à des horaires plus faciles.

Plus je connais et plus je comprends la culture coréenne, plus je suis frappé par son respect de l’autorité et de la solennité que cela inspire à la pratique religieuse. Il est certain que les catholiques coréens les plus dévots se tourneront vers la liturgie traditionnelle dont ils apprécient la grandeur, la solennité, la piété et l’esprit d’humilité. Mais dans un pays très attaché à l’ordre et à l’obéissance aux autorités les choses ne peuvent aller rapidement. Il faut du temps pour envisager un changement profond, qui ne pourra aboutir que si les autorités l’acceptent. En attendant ce moment, probablement lointain, les catholiques les plus convaincus devront continuer à prier et à être des missionnaires de la messe catholiques traditionnelle, afin que celle-ci soit davantage connue et que de plus en plus de catholiques coréens aient le courage d’y assister car je crois que dès qu’ils la connaîtront ils s’y rallieront.

RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1 – Quête et découverte

Il est étonnant de constater que plusieurs de nos témoins ont rencontré la messe traditionnelle « par hasard », ou plutôt providentiellement, en cherchant ce qu’ils ne connaissaient pas encore, un peu comme un homme qui aurait faim chercherait à se nourrir sans savoir ce qu’il allait trouver mais qui chercherait seulement parce qu’il a faim : n’est-ce pas ce qui arrive à beaucoup dans notre monde repus qui en laisse beaucoup justement sur leur faim spirituelle ? Et dans notre Eglise, qui semble ne plus savoir nourrir ses enfants ? Ce qui déclenche cette quête est sans doute tout simplement l’insatisfaction ou le malaise qui sont les leurs dans les lieux qu’ils ont l’habitude de fréquenter. Cette découverte se réalise souvent via Internet, qui joue aujourd’hui un rôle puissant d’information pour tous, où qu’ils soient et quels que soient leur culture ou leur milieu d’origine (combien de jeunes gens choisissent aujourd’hui le séminaire dans lequel ils décident d’entrer en comparant les informations qu’ils trouvent sur Internet !). Ce qui montre une fois de plus que ceux qui cherchent et trouvent ne sont pas uniquement des nostalgiques, mais tout simplement de pieux catholiques ou parfois de simple curieux, qui découvrent, souvent instantanément, que la liturgie traditionnelle est l’authentique prière de l’Eglise conforme à leur foi. Le rôle des réseaux d’amis est également essentiel pour propager la connaissance de la messe : beaucoup de ceux qui adhèrent à l’usus antiquior l’ont fait après avoir été invités par des proches à « rencontrer » ce dont il n’avait pas l’idée. Que les pusillanimes, que ceux qui, par respect humain, n’osent pas dire quelle messe ils fréquentent, sentent quelle est leur responsabilité !

2 – L’adhésion

Il est aussi significatif de constater qu’à peine rencontrée la messe traditionnelle devient naturellement « La messe » pour nos témoins, qui font instantanément la distinction entre ce que l’on nomme aujourd’hui la forme ordinaire et la forme extraordinaire dont, avec une vraie finesse, ils découvrent les limites et les richesses. « Y a pas photo ! », comme disent les jeunes qui ont connu la messe nouvelle et qui fréquentent la messe traditionnelle.

Le témoignage d’Antony est très fort, sur le thème : on ne m’avait pas dit que la messe traditionnelle était la messe du silence sacré. C’est d’ailleurs une remarque directe ou indirecte que l’on retrouve toujours : la question du silence est fondamentale dans l’adhésion à la liturgie traditionnelle, que ce soit la recherche du silence pour la contemplation ou simplement le rejet de la « dictature du bruit » propre au monde moderne (Cardinal Robert Sarah, Nicolas Diat, La force du silence, contre la dictature du bruit, Fayard, 2016), et propre, hélas, à la liturgie moderne.

3 – La Corée

Remarquable est l’acuité du regard de Robert, notre témoin américain, sur les catholiques coréens qu’il côtoie depuis plusieurs années, et qui rejoint ce que nous disions dans nos lettres précédentes sur le dossier coréen. Combien de fidèles pieux se tourneraient « vers la liturgie traditionnelle, dont ils apprécient la grandeur, la solennité, la piété et l’esprit d’humilité », si cela leur était permis par leurs pasteurs ! Pour des raisons peut-être moins idéologiques – un respect très grand et, en l’espèce, mal entendu, de l’ordre social – en Corée aussi, comme chez nous, la pluralité liturgique n’est pas au programme. Et en Corée aussi, comme chez nous, si la messe traditionnelle était largement offerte, elle serait largement fréquentée. L’attachement à la liturgie traditionnelle n’est pas une affaire de Français, ni d’Occidentaux, mais bien une affaire de catholiques.

[Paix Liturgique] Rappel à Dieu d'un grand évêque catholique, Mgr Juan Rodolpho Laise (2)

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 706 - 5 août 2019



Nous reproduisons ci-dessous la quintessence de plusieurs entretiens que nous avons eu avec Mgr Juan Rodolfo Laise à propos de la liturgie Traditionnelle
Paix liturgique - Excellence, Actuellement quelle messe célébrez-vous chaque jour depuis que vous vivez à San Giovanni Rotondo ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Aujourd'hui je célèbre chaque jour à 6h du matin la messe de Saint-Pie V lors de ma messe privé à San Giovanni Rotondo.
Paix liturgique - Des fidèles peuvent-ils y assister ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Malheureusement, il n’y a pas d’ouverture envers la liturgie traditionnelle parmi les capucins de la communauté, souvent de la part de ceux d’un âge certain. Parmi les jeunes prêtres de passage, il arrive en revanche que certains y soient favorables. Il serait bon qu’il y ait une célébration publique de l’usus antiquior offerte aux pèlerins du sanctuaire et je suis certain que les fidèles répondraient favorablement mais les temps ne sont pas encore mûrs du point de vue des autorités. Pour ma part, je célèbre pro bono pacis, en ayant à cœur d’éviter toute tension rester discret sur mes positions.
Paix liturgique - Comment avez-vous vécu la proclamation du Motu Proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Bien entendu, j’ai été très sensible à Summorum Pontificum qui a restauré et encouragé la célébration de la liturgie traditionnelle. La messe a des siècles d’histoire derrière elle. Quand je célèbre la forme ordinaire, je reprends les oraisons de la forme extraordinaire, à l’offertoire notamment. Et le canon romain, bien sûr. C'est dans ce sens, je crois, que le Pape Benoit XVI envisageait les deux formes d'un même rite…
Paix liturgique - Voyez-vous une évolution de la mens liturgica des prêtres ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Il faut distinguer en fonction des générations. Il y a une attitude positive chez les jeunes prêtres, souvent déclenchée par la connaissance d’un prêtre auprès duquel ils ont pu découvrir le missel traditionnel. Ils accèdent ainsi à tout un contenu spirituel et théologique qu’ils ignoraient et qui ne demande qu’à être exploré et partagé. Le contenu de la messe traditionnelle est plus riche, plus précis que celui de la messe moderne. Par exemple, la sainte Vierge, saint Michel archange et les saints apôtres Pierre et Paul sont dans toutes les oraisons de la forme extraordinaire alors qu’ils ont totalement disparu, ou presque, dans la forme ordinaire. Quand je célébrais avec le nouveau missel, j’optais toujours pour la première prière eucharistique, le Canon romain.
Paix liturgique - Quel souvenir gardez-vous de la messe que vous avez célébrée en 2015 en la basilique Saint-Pierre pour le pèlerinage du peuple Summorum Pontificum ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Vous savez, quand vous célébrez, et c’est l’une des grâces de la forme extraordinaire, vous êtes absorbé par le mystère. Alors, les souvenirs que j’ai sont ceux que me communiquent les personnes qui étaient présentes et qui me remercient parce qu’elles étaient heureuses de cette belle cérémonie. Ce que je dois surtout vous dire c’est que mon accord pour participer à votre pèlerinage n’était pas seulement un acte d’amitié mais un acte d’adhésion profonde à ce que vous faites pour mieux faire connaitre le trésor liturgique que représente la liturgie traditionnelle de l’Eglise, une liturgie à laquelle je suis profondément attaché depuis le jour de mon ordination en 1949.
Paix liturgique - Vous avez été ordonné prêtre dans et pour la forme extraordinaire ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Bien sûr en 1949 il n'existait pas autre chose pour nous freres capucins et j’ai célébré l’usus antiquior pendant 20 ans, y compris à Rome quand j'ai étudié à la Grégorienne. Je l'ai célébrée jusqu'à la réforme de Bugnini qui a trahi la pensée des Pères conciliaires. Et peut-être celle de Paul VI. En tout cas c'est ce que l'exemple de la communion dans la main – que Paul VI ne voulait pas, comme il l'a manifesté dans l'instruction Memoriale Domini, mais que les évêques allemands et français ont imposée – me laisse penser.
Paix liturgique - Et votre ordination épiscopale ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Celle-ci se déroula en 1971, donc avec le nouveau rite. Quand je suis devenu évêque de San Luis, la réforme était déjà appliquée. Et je dois dire qu’il n’y avait pas de problème car, à l’époque, en Argentine, nous respections scrupuleusement les rubriques, nous célébrions dans l’esprit de la liturgie précédente. Ce n’est que peu à peu que la situation s’est dégradée. C’est pour ça que la communion dans la main n’est arrivée que tardivement dans le pays,seulement en 1996.
Paix liturgique - Vous avez, je crois, une anecdote à nous confier au sujet de votre élévation à l’épiscopat ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Comme tous les frères capucins je portais jusqu’à mon sacre épiscopal une barbe fournie. Au moment où le nonce apostolique m’annonça la décision du pape Paul VI de me nommer évêque de San Luis celui-ci lui me suggéra en m’indiquant que cette suggestion venait du pape lui-même de me raser la barbe, car à cette époque-là celle-ci aurait pu sembler à beaucoup être une sorte d’appartenance aux tenants de la Théologie de la libération, qui souvent portaient la barbe à la manière du Castro ou du Ché. J’ai obéi, même si sur le moment ce fut difficile et que je cru perdre mon identité de capucin. Il n’en fut rien d’ailleurs. Aujourd’hui, revenu à San Giovanni Rotondo pour y reprendre la vie conventuelle, j’ai repris l’habit de mon ordre, mais je ne me laisse plus pousser la barbe à la mode capucine pour respecter les usages du plus grand nombre de mes frères d’aujourd’hui.
Paix liturgique - Comment voyez-vous la situation actuelle ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Je vois une grosse difficulté, qui est la perte du latin. Le latin n’est plus enseigné dans les écoles et encore moins dans les séminaires ce qui fait que même des prêtres bien intentionnés, et volontaires ne parviennent pas à s’approprier la forme extraordinaire comme il pourrait le faire avec une meilleure connaissance de la langue latine. Cependant ceux qui poussés par leur Foi et leur amour de la messe y parviennent même si ils ne sont pas de grands latinistes: c'est ce qui se passait déjà dans les temps anciens ou l'important était de s'associer le plus parfaitement à se que voulait l'Eglise 
Paix liturgique - Voyez-vous quelque signe positif dans les temps présents ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Les jeunes. Ils ont le respect de la liturgie, l’apprécient et beaucoup sont attirés par la forme extraordinaire mais ils ont besoin de se former. La messe de saint Pie V est un tout : liturgique, spirituel, théologique et moral. C’est chacun de ses aspects qu’il convient de redécouvrir. On s’en rend bien compte sur la question de la communion : saint Thomas d’Aquin enseigne que le Christ est présent dans la moindre partie de l’hostie consacrée, d’où le respect dû au corps du Christ réellement et substantiellement présent dans les saintes espèces, qui conditionne l’attitude de prière et d’adoration des fidèles. La communion dans la main est ainsi inimaginable dans la forme extraordinaire. Quand on accepte une vérité et quand on y croit, on vit en fonction de cette conviction. Il y a une cohérence entre la vie que l’on mène et notre foi : on ne peut pas vivre en contradiction avec une foi authentique, mais on fait de son mieux pour s’y conformer. La messe traditionnelle est exemplaire en ce sens par la rigueur de son contenu théologique et spirituel pour redécouvrir cette cohérence de vie dont nous avons tant besoin. Elle est l'épine dorsale de la liturgie comme le Catéchisme de l'Église Catholique est le résumé de notre foi.
Paix liturgique - Les tenants de la réforme liturgique l’ont justifiée en partie par les abus qui se vérifiaient avant le Concile dans la célébration de la liturgie tridentine : avez-vous observé ces abus au cours de vos premières années de sacerdoce ?
Mgr Juan Rodolfo Laise - Oui, bien sûr ! Mais cela tenait plus à des abus singuliers et personnels qu’à des abus généralisés. Je me souviens que, tout jeune vicaire, je devais lire les avis paroissiaux alors que le curé disait les prières au pied de l’autel. Cela me choquait. La messe requiert une grande concentration sur les choses de Dieu, sur le mystère de la Croix, la Passion et la Résurrection de Notre Seigneur. Le célébrant doit éviter les occasions de se distraire et de distraire les fidèles mais je le repete fondamentalement ces abus n'avaient aucun rapport réel avec la liturgie traditionnelle en elle-même mais étaient plutôt dus à une insuffisante formation des clercs au sujet de l'Eucharistie.

[Paix Liturgique] 5ème rencontre Summorum Pontificum à Rome et pèlerinage au tombeau de saint Pierre

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 709 - 26 août 2019

Comme chaque année se déroulera à Rome, la dernière fin de semaine d’octobre, le pèlerinage du Peuple Summorum Pontificum. Il sera cette année encore précédé d’une Rencontre Summorum Pontificum qui aura lieu – cela devient traditionnel – à l’Augustinianum tout près de la place Saint-Pierre. Nous avons demandé à Christian Marquant de nous présenter ces toutes proches manifestations.
Paix Liturgique – Pouvez-vous tout d’abord nous présenter la 5ème Rencontre Summorum Pontificum qui se déroulera le vendredi 25 octobre ?
Christian Marquant – Comme son nom l’indique cette Rencontre est d’abord l’occasion de se retrouver pour les fidèles et religieux du peuple Summorum Pontificum qui cherchent à échanger leurs expériences et leurs difficultés en profitant que se trouvent à Rome, à l’occasion du pèlerinage du peuple Summorum Pontificum, des catholiques attachés à la messe traditionnelle venus du monde entier.
Paix Liturgique – Pourtant, les programme des colloques sont si chargés que les participants n’ont guère le temps d’échanger tranquillement.
Christian Marquant – C’est bien pour cela que nous n’organisons pas un colloque mais une rencontre ! Et, fort de l’expérience des années précédentes, nous avons voulu laisser le plus de temps possible aux participants pour leur faciliter ces temps d’échange. Pour cela, toute la journée sera scandée par des pauses qui permettront auprès de notre « buffet » de se rencontrer et d’échanger.
Paix Liturgique – Un « buffet » ?
Christian Marquant – Oui, nous avons eu l’idée d’une sorte de buffet permanent, ouvert toute la journée, comme étaient les deux fameux bars du Concile, lieus adaptés pour faciliter les échanges. Par exemple nous accueillerons les participants dès 9h pour un petit déjeuner alors que les conférences ne débuteront qu’à 10h. Puis ce buffet sera ouvert 30 minutes entre chaque communication et bien sûr pendant le temps du déjeuner…
Paix Liturgique – Mais, vous arrivera-t-il de travailler ?
Christian Marquant – Bien évidemment ! Si les échanges entre les participants nous semblent essentiels, cette rencontre est aussi l’occasion de côtoyer des personnalités militantes qui vivent et œuvrent dans l’esprit de Summorum Pontificum. Pour ce faire nous avons cette année invité quatre personnalités de premier plan, pas toujours bien connues de nos amis.
Paix Liturgique – Qui seront ?
Christian Marquant – D’abord Natalia Sanmartin, dont certains ont peut-être lu le roman L’éveil de mademoiselle Prim, une sorte de conte initiatique qui raconte l’évolution de l’auteur, de la vie moderne ordinaire au monde traditionnel que nous défendons. Son témoignage devrait-être un grand moment de la rencontre.

Parlons également du Father Z qui anime l’un des plus célèbres et actif blog catholique traditionnel des Etats-Unis.

Et aussi João Silveira, le créateur et le principal animateur du blog lusophone « Senza Pagare » auquel nous avons consacré une lettre de PL. Ce que nous n’avions pas révélé, c’est que João est devenu le principal animateur des voyages missionnaires – je tiens à cette qualification – que nous organisons vers toutes les régions de la planète pour y faire découvrir la liturgie traditionnelle. Son expérience est devenue très précieuse pour tous ceux qui, à leur place, essayent d’agir dans ce sens.

Enfin Nicola Bux est le promoteur infatigable de l’usus antiquior particulièrement dans les régions méridionales de l’Italie mais aussi dans l’Italie toute entière.
Paix Liturgique – Vous ne proposez donc pas un colloque pour spécialistes mais plutôt une rencontre « de terrain » ?
Christian Marquant – En effet, car il existe déjà des manifestations de qualité qui organisent de studieux et savants colloques, comme ceux de Sacra Liturgia. Nous ne nous interdisons d’ailleurs pas d’organiser par ailleurs des réunions en ce sens, comme furent jadis celles du CIEL. En revanche il existe peu ou il n’existe pas de lieux où des témoins du peuple Summorum Pontificum peuvent présenter leur travail, leurs expériences et leurs projets, de rencontres pour aider concrètement tous les défenseurs de la liturgie traditionnelle qui sont dans leur paroisses ou leurs diocèses confrontés aux dures réalités de l’immobilisme de trop nombreux clercs, et même, on peut le dire, de leur « négationnisme » concernant le sort réservé à la messe traditionnelle.
Paix Liturgique – Mais cela représente un budget important ?
Christian Marquant – En effet, et cela permet aux donateurs de Paix Liturgique de voir ce que nous faisons concrètement avec leurs dons. Cela permet aussi d’éclairer ceux qui ne le sont pas encore aujourd’hui sur le fait que si nous voulons faire avancer les choses dans la voie de la Paix – à savoir de l’exercice paisible de la liturgie traditionnelle – il est nécessaire que nous disposions d’un certain nombre de moyens. En ce domaine, comme en bien d’autres, la communication, comme on dit aujourd’hui est cardinale.
Paix Liturgique – Faut-il s’inscrire pour participer à ces Rencontres ?
Christian Marquant – Tout à fait, car cela nous aide à organiser la journée. Ceux donc qui peuvent s’inscrire avec anticipation nous facilitent la tache mais les participants de la dernière heure seront aussi les bienvenus !

Tous nos lecteurs peuvent le faire en envoyant simplement en cliquant sur ce lien
Paix Liturgique – L’inscription est-elle payante ?
Christian Marquant – Comme nous ne voulons pas empêcher nos amis, qui souvent viennent de loin, d’y participer pour des raisons économiques, nous avons décidé que la participation à notre rencontre était gratuite, comme l’est d’ailleurs celle au pèlerinage qui suit, pour lequel il n’est pas besoins de s’inscrire. Nous demanderons seulement à ceux qui le peuvent de participer aux frais du buffet pour la modique somme de 10 € et aux plus généreux de faire ce qu’ils pourront faire pour nous aider à développer ces rencontres.
Paix Liturgique – Un dernier point sur la Rencontre : en quelle langue s’exprimeront les intervenants?
Christian Marquant – Dans leur propre langue et chacun des assistants les entendra dans la sienne, comme lors de la Pentecôte ! Mais pour nous sans miracle : nous avons prévu un service de traduction simultané qui permettra à chacun de les écouter dans sa propre langue !
Paix Liturgique – Parlez-nous maintenant du pèlerinage
Christian Marquant – Le Pèlerinage du peuple Summorum Pontificum existe maintenant depuis 2012, il y a sept ans. Benoît XVI était encore pape, et le pèlerinage avait aussi valeur d’action de grâces. Nous en sommes à sa 8ème édition. Un pèlerinage est avant tout un acte de piété : les représentants du Peuple Summorum Pontificum viennent prier pour que se développe la liturgie dont avait si longtemps vécu l’Eglise, et qu’on avait voulu faire disparaître. Dès l’origine il s’agissait de montrer au Saint-Père et aux hommes de la Curie que nous existions en Italie, en Europe et dans le monde. Devant le succès du premier pèlerinage nous avons bien naturellement poursuivi jusqu’à cette année ou la grande procession vers saint-Pierre se déroulera pour la 8ème fois le samedi 26 octobre.
Paix Liturgique – Est-ce un important pèlerinage ?
Christian Marquant - Il est modeste, si on le compare au pèlerinage de Chartres – il n’est d’ailleurs pas question de reproduire en Italie ce type d’organisation – et il ne réunit pas plus que quelques milliers de personnes. En revanche, il est extrêmement important du fait qu’il réunit des catholiques attachés à la forme extraordinaire venues du monde entier, qui par leur présence attestent de la dimension universelle de la liturgie traditionnelle.
Paix Liturgique – Les Français participent-ils nombreux à ce pèlerinage ?
Christian Marquant – Ils ne sont pas les plus nombreux. Cela me permet de vous raconter une anecdote significative, Il y a deux ans à l’issu de la procession Mgr Guido Pozzo, alors Secrétaire de la Commission Ecclesia Dei, qui en avait assuré la présidence, se tourne vers moi et me dit : « Je trouve qu’il n’y a pas beaucoup de français ». Je lui ai répondu qu’ils n’étaient pas majoritaires et que cela montrait que l’attachement à la liturgie traditionnelle n’est pas une affaire franco-française, et qu’il y avait autour de lui des pèlerins venus du monde entier, dont beaucoup n’ont pas même ce « look tradi », dont on souris parfois. Cette année, la présence de Mgr Rey, pour présider le pèlerinage, devrait attirer davantage de Français.
Paix Liturgique – Quelles sont les activités du pèlerinage ?
Christian Marquant – Le cœur du pèlerinage est le samedi : avec une adoration eucharistique, à 10h, en l’église San Lorenzo in Damaso, Piazza della Cancelleria 1, suivie d’une procession dans les rues de Rome, qui sera présidée cette année par Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, et pour finir par une messe pontificale en la basilique Saint-Pierre, à 12h, à l’autel de la Chaire, qui sera célébrée cette année toujours par Mgr Rey.

En outre, il y a messes et exercices le vendredi qui précède et le dimanche qui suit, comme on le verra sur le programme.

Cependant depuis longtemps des associations membres ou proches du pèlerinage proposent d’autres activités en lien avec la manifestation principale. Par exemple, en 2016, l’Institut du Bon Pasteur a profité de l’occasion pour fêter ses 10 ans. En 2017 (lors des 10 ans du motu proprio), le Père Nuara s’y est associé en organisant la veille de la procession son savant colloque Summorum Pontificum, avec son association Giovani et Tadizione. Cette même année, l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre a célébré une messe solennelle en l’Eglise de Santa Maria sopra Minerva. L’association Una Voce organise régulièrement son Assemblée Générale biennale à cette occasion. Et nous même, comme je viens de le dire, pour la 5ème fois, nous organisons – et perfectionnons – nos rencontres Summorum Pontificum. Tout cela pour dire que le modeste pèlerinage Summorum Pontificum devient le rendez-vous, très ouvert, très libre, et sans aucune intention de les confédérer, de nombreuses composantes du monde traditionnel du monde entier.
Paix Liturgique – Et que fait Paix liturgique dans ce cadre ?
Christian Marquant – En tant que membre du Cœtus Internationalis Summorum Pontificum, nous participons au mieux de nos possibilités à la bonne marche de ce pèlerinage, lequel – j’y insiste – est très librement ouvert à tous : on y participe, en tout ou en partie, sans aucune inscription, individuellement, à quelque association, communauté, paroisse, qu’on appartienne. D’autre part, nous organisons, chaque vendredi la Rencontre que j’ai présentée plus haut, et enfin, depuis plusieurs années nous organisons au Palais Cesi, à deux pas de Saint-Pierre, un buffet pour le clergé à l’issue de la messe du samedi.
Paix Liturgique – Pouvez-vous préciser ?
Christian Marquant – C’est à la fois un temps de détente offert au clergé, après la procession et la cérémonie pontificale du matin, mais aussi un moment d’échange entre prêtres et prélats venus du monde entier. Pour le coup, il faut s’inscrire, afin d’assurer l’intendance : les prêtres qui veulent y participer doivent s’y inscrire par ce lien
Paix Liturgique – Avez-vous besoin d’aide pour animer toutes ces activités ?
Christian Marquant – Certainement ! Les volontaires seront les bienvenus et nous les remercions bien vivement de l’aide qu’ils pourront nous apporter. Ils peuvent nous faire connaitre leur disponibilité en nous écrivant à contact@paix-liturgique.org
5ème Rencontre Summorum Pontificum
Vendredi 25 octobre, à 10h 00, dans l’aula magna de l’Augustinianum. Via Paolo VI, 25, avec Natalia Sanmartin Fenollera (Espagne), le Father John Zuhlsdorf (EU), Mgr Nicola Bux (Italie), Ruben Peretó Rivas (Argentine) et João Silveira (Portugal)
Inscription gratuite : cliquez ici 
Programme du 8ème pèlerinage Summorum Pontificum
Vendredi 25 octobre
Messe solennelle, à 17h 15, célébrée par les chanoines prémontrés de Godollo (Hongrie) et chantée par la schola de l'église Saint-Michel de Budapest (Juventutem), en l’église Santa Maria ad Martyres du Panthéon, Piazza della Rotonda.
Samedi 26 octobre
Adoration eucharistique (et confessions), à 10h, en l’église San Lorenzo in Damaso, Pzza della Cancelleria, 1
Procession présidée par Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon
Messe pontificale en la basilique Saint-Pierre, à 12h, célébrée par Mgr Rey
Dimanche 27 octobre
Messe pontificale du Christ-Roi, à 11h, en l’église de la Trinité-des-Pèlerins, Piazza della Trinità dei Pellegrini, 1, célébrée par Mgr Dominique Rey
Messe du Christ-Roi, à 9h 30, en l’église de Gesù e Maria, Via del Corso, 45 – présence de pèlerins Place Saint-Pierre, à 12h.
On peut participer à tout ou partie du pèlerinage. Aucune inscription n’est requise.

27 août 2019

[Janlou Chaput-Morin - La Nouvelle République] Thouars. Les traditionnalistes catholiques ont des valeurs à défendre

SOURCE - Janlou Chaput-Morin - La Nouvelle République - 18 aout 2019

Regroupée pour l’Assomption, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X véhicule des valeurs traditionalistes et fondamentalistes du catholicisme.

Elle n’ouvre ses portes que pour les grandes occasions. La collégiale Sainte-Chapelle Notre-Dame, accolée au château de Thouars, n’accueille pas les visiteurs toute la journée, comme le font d’autres lieux pieux. Tenue par la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, une communauté catholique fondamentaliste et traditionaliste, elle devient accessible lors des célébrations religieuses qui s’y tiennent. Comme celle qui s’est déroulée le 15 août, pour l’Assomption, où une masse d’une centaine de fidèles a pris part à la courte procession en l’honneur de la Vierge Marie dans les rues du centre ancien, avant un office assuré par l’abbé Louis Pierrone.
Combien comptez-vous de fidèles au sein de votre communauté, à Thouars ?
Abbé Pierrone : « D’ordinaire, les messes sont célébrées devant 80 à 90 personnes. Jeudi, il y avait un peu plus de monde car c’était le principal événement du prieuré, qui recouvre différentes chapelles : Saumur, Chemillé-en-Anjou, Angers et bien sûr Thouars, où le 15 août est bien ancré. »
Votre fraternité n’est pas vraiment en odeur de sainteté avec le Vatican. La situation évolue-t-elle favorablement pour vous ?
« La situation n’évolue pas vraiment. Le pape François nous reconnaît comme catholiques, mais il y a des divergences de point de vue. Eux souhaitent s’adapter à la modernité, mais le problème c’est qu’ils ont toujours un train de retard. Nous, nous voulons garder la tradition de l’Église, telle qu’elle a été transmise par Dieu. Il nous a donné sa doctrine, pourquoi aurait-il voulu qu’elle change ? »
Que reprochez-vous aux messes modernes ?
« Elles sont devenues une grosse fête, entraînant la disparition de gestes d’adoration. À vouloir faire des événements sympathiques, on en perd le sacré, qui est l’essence même de notre religion. Nous préférons favoriser le sacré, au détriment du côté festif. »
On décrit votre fraternité comme traditionaliste et intégriste. Ces appellations vous gênent-elles ?
« Nous respectons les traditions originelles de l’Église, ce qui fait de nous des traditionalistes. Quant à l’intégrisme, si on le prend au sens premier, nous sommes intègres, oui. »
Des catholiques sont sortis manifester dans les rues pour des questions sociétales ces dernières années. Comment s’est positionnée votre communauté ?
« Nous sommes d’abord les organisateurs d’événements religieux, non de manifestations. Mais nous défendons aussi la doctrine de notre Église, notamment en ce qui concerne le respect de la vie et du mariage. Nous encourageons donc nos fidèles à s’engager dans ces combats. »
La fraternité compte-t-elle s’engager politiquement ?
« Nous ne nous mélangeons pas aux partis politiques. Néanmoins, s’il y avait un vrai parti catholique aujourd’hui, il est plausible que nous le soutiendrions. Malheureusement, cela ne semble pas être la priorité des politiciens. »

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Post-modernité - II

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 24 août 2019

La vérité serait désormais dépassée ?
Rancœur ou Indigence ? Le Christ est Vérité !

On rencontre parfois l’expression « post-moderne » ou « post-modernité ». On peut se demander ce que signifient ces mots, à quoi ils font référence. Qu’est-ce que la « modernité » ? Il est raisonnable de supposer que le terme a d’abord renvoyé à l’époque suivant la seconde guerre mondiale, à partir de 1945. C’était la période où la civilisation devait s’extraire des amas de ruines pour s’engager sur une voie nouvelle. Mais 1945, c’est maintenant il y a près de trois quarts de siècle. Or 74 ans, c’est trop long pour que le temps ait passé sans donner quelque chose de différent. Ne voit-on pas qu’à tout instant le monde tourne ? – « Volvitur orbis ». Or, jamais le monde n’a tourné aussi vite qu’au XXIe siècle. Pour cette raison, quelle que soit la forme que prenne aujourd’hui le monde, on va l’appeler « post-moderne ».

Mais alors quelle forme le monde prend-il aujourd’hui ? Il arrive que le cœur même de la « post-modernité » a pu être exprimé dans un livre intitulé La Culture comme religion ; l’interprétation post-moderne de la relation entre la culture et la religion, de Wojcieck Niemczewski. Résumons en deux paragraphes sa thèse :

Nous vivons une époque où surviennent des changements de toutes sortes. Mais les vieux principes religieux et philosophiques freinent cette avancée. Ils ne correspondent plus à la réalité d’aujourd’hui qui évolue plus vite que jamais. Désormais, nous faisons l’expérience de la « culture du choix », y intégrant tous les éléments culturels que nous voulons, pour construire le monde à notre guise, selon notre vision. Cette possibilité de choisir devient alors l’étendard de la liberté, qui nous permet de nous mettre toujours au diapason de la vie moderne, mais qui remplace l’ancien étendard, celui de la vérité.

Finalement, cette culture post-moderne n’impose rien : aucune norme, aucune obligation, aucune exigence. Elle n’atteint pas non plus une quelconque transcendance dans cette vie, car si Dieu peut exister, c’est uniquement en nous-mêmes. Or, dans notre subjectivité, à l’intérieur de nous-même, Il dépend de nous ! L’homme post-moderne veut toujours être au diapason de son temps, c’est-à-dire avec le mouvement et le changement. Mais, pour cet homme, à quoi rime ce mouvement sans fin ? A quoi ce changement est-il ordonné ? L’homme n’en a aucune idée, parce qu’il s’est rendu incapable de définir vers où il va. Ainsi, même si les hommes s’en tiennent à la Tradition, celle-ci est susceptible d’être absorbée dans cette nouvelle culture.

Au temps de Noé (cf. Genèse, VI-IX, surtout VI, 1–13) l’humanité avait atteint un tel degré de corruption que si le Bon Dieu voulait encore sauver un nombre important d’âmes, Il fut obligé d’avoir recours à un châtiment embrassant le monde entier. Ce n’est qu’ainsi qu’il pouvait donner, au moins à quelques âmes, le désir et le temps de faire un bon acte de contrition. Et depuis, en raison du péché originel, il n’y a que les interventions divines qui restent en mesure de ralentir ou d’inverser l’inclination de l’humanité vers sa chute finale. Bien sûr, la plus grande de ces interventions fut l’Incarnation de Jésus-Christ. Mais « Plus on est élevé, plus dure sera la chute ». Donc après encore 2000 ans, il était prévisible que si Dieu voulait le permettre, la condition humaine deviendrait pire que jamais. Or, de toute évidence (Lc XVIII, 8), Dieu a voulu permettre qu’avant la fin du monde, l’Église de son Fils disparaisse presque entièrement. Quelle forme cette disparition prendra-t-elle ? Nous l’entrevoyons dans la description que donne Niemczewski de la « nouvelle culture ».

Et cette description nous invite à distinguer de la manière suivante entre « moderne » et « post-moderne ». La culture « moderne » serait cette culture globale du nihilisme, typique de la période suivant la Seconde Guerre mondiale : les cœurs et les esprits étaient vidés de toute conviction, de toute croyance, d’espoir ou de confiance. Mais les cœurs et les esprits n’étaient pas encore totalement désintégrés. On gardait encore le souvenir de ce qu’on avait perdu, et ce souvenir était douloureux dans les âmes. Par contre la « post-modernité » serait la suite logique de cette douleur, à savoir l’auto-destruction des restes du cœur et de l’intelligence par la volonté, afin que la douleur disparaisse avec. Donc je renonce délibérément à la vérité pour que mon esprit puisse planer dans un pays de fleurs et de mensonges merveilleux dont je m’efforce d’oublier que ce sont des mensonges. Mon cœur, libéré de la réalité et bercé d’illusions, vagabonde à son tour dans un pays de rêves, rempli de senteurs douces et sucrées où tout demeure ainsi à tout jamais.

Mais, dit le proverbe, « Les faits sont têtus ». Certes, un grand nombre d’intelligences et de cœurs modernes ont rompu les amarres et refusent tout repère. mais vent et marée demeurent vent et marée. Or, les ennemis acharnés du Bon Dieu, eux, ne perdent point le sens du réel : ils veulent faire descendre toute âme réelle dans l’Enfer réel. Ah ! si seulement les amis de Dieu respectaient comme Ses ennemis l’étendard de la vérité !

Kyrie eleison.

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] La voix du peuple - II

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 17 août 2019

Le démon dans sa haine, quand il combat sur terre,
Est en lutte avec Dieu pour peupler les enfers.

L’interview du Président Poutine donnée au Financial Times en juin dernier, partiellement résumée ici et que nous avons citée la semaine dernière, est désormais célèbre, car l’annonce prophétique selon laquelle « l’ idée libérale » a fait son temps et se trouve aujourd’hui dépassée, touche un point sensible chez les politiciens et les médias occidentaux. Ils ont réagi vivement, semblables à des fourmis dont la fourmilière a été dérangée avec un bâton. Que signifie cette prophétie, et qu’est-ce qui explique la réaction occidentale à celle-ci ? Afin de comprendre ce qui est au cœur de son propos, commençons par un résumé du résumé. L’interview originale aborde de nombreux thèmes, mais ce qui est dit sur le libéralisme est en effet le plus important des sujets abordés.

Le Président part du problème pratique que représente pour les peuples occidentaux l’immigration massive d’étrangers inassimilables dans leurs pays. Sur le terrain, le multiculturalisme ne fonctionne pas, tout simplement. Mais le libéralisme des élites qui sont à la tête de l’Occident, leur fait traiter l’ immigration non pas comme un problème, mais comme une avancée faisant partie du progrès. Si bien qu’ils ne font rien pour l’arrêter, ni la contrôler. Mais les États peuvent-ils survivre sans certaines règles humaines et sans ces valeurs morales fondamentales qui, en Occident, ont été tirées de la Bible ? Le mépris des élites libérales pour ces valeurs bibliques, encore vivantes parmi les peuples, prouve que leur libéralisme est déphasé par rapport à la réalité et se trouve désormais obsolète. Il est certes souhaitable que l’antilibéralisme ne se transforme pas à son tour en tyrannie, mais la mainmise actuelle des libéraux sur la politique et les médias occidentaux est déjà une véritable tyrannie, et elle doit prendre fin.

En bref, les valeurs libérales sont opposées aux valeurs bibliques. Les valeurs bibliques ont construit les nations occidentales. Donc les valeurs libérales sont en train de détruire ces pays. Il est donc temps que les valeurs libérales cessent de nuire à l’Occident. Sur ce point, Poutine a pleinement raison mais, parce que c’est un politicien et non un théologien, il ne peut donner à l’argument toute sa force ; il ne peut se fonder sur des absolus tels que le Dieu Tout-Puissant et les dix Commandements : Il doit se contenter d’invoquer la présence des valeurs bibliques encore en cours parmi les peuples occidentaux. Aujourd’hui, après 70 ans d’effroyables souffrances subies sous le communisme juif, le peuple russe revient au Christ de l’ Orthodoxie, si bien que Poutine peut s’appuyer sur le retour de son propre peuple aux valeurs bibliques. Mais trouve-t-on quoi que ce soit de chrétien dans la résistance des peuples occidentaux à l’immigration massive ? A peine. Par contre on y trouve une participation décisive des ennemis du Christ dans l’organisation et le financement de l’immigration massive. (Les lecteurs de ces « Commentaires » se souviendront peut-être des propos de Barbara Specter, Juive en Suède, qui se vantait du fait que c’est sa race qui est derrière l’immigration, « nécessaire pour sauver l’Europe » – entendez : pour la sauver du Christ).

Ainsi, lorsque Poutine fonde son argumentation pour les nations occidentales sur leur fidélité aux valeurs bibliques, qui peut nier que celles-ci s’érodent de plus en plus vite ? « Soyez remercié, Monsieur le Président, de vouloir nous défendre comme vous le faites, mais en toute honnêteté, libéraux que nous sommes, nous n’apprécions guère votre défense. Nous aimons notre libéralisme parce qu’il nous donne la liberté de pécher comme bon nous semble. Vous essayez de nous sauver de nous-mêmes, mais nous vénérons Mammon (l’argent), et nous adorons notre liberté, égalité et fraternité. Nous choisissons d’aller en enfer. Ayez la bonté de nous laisser tranquilles. Nous avons mis des siècles à nous débarrasser de Dieu, et nous ne voulons pas qu’il revienne. » Telle est la réaction de l’Occident, implicitement sinon explicitement, à l’approche politique de Poutine. Il faudrait des apôtres de feu pour camper le besoin de la religion dans les termes les plus absolus :

De toute éternité, Dieu existe, immuable. Librement Il a choisi de créer des créatures spirituelles, les anges, et les hommes faits à partir de matière tirée de la terre, afin d’avoir des êtres avec qui partager Son bonheur infini. Mais Il n’a jamais voulu peupler Son Ciel de simples robots. C’est pourquoi, chaque créature spirituelle a reçu le libre arbitre et doit encore en faire usage pour passer avec Lui l’ éternité au Ciel plutôt que sans Lui en Enfer. Pourtant, un tiers des anges, tout comme le couple à l’origine du genre humain, ont préféré l’Enfer. Alors, Il a élu une race pour préparer à son divin Fils un berceau, afin que celui-ci revête la nature humaine et puisse réparer cette faute. Mais la race qu’Il s’était élue a crucifié son Fils. Et depuis, elle combat l’Église instituée par son Fils pour la rédemption des âmes jusqu’à la fin du monde. Ce combat est une guerre cosmique, jouant le rôle moteur dans les événements mondiaux.

Kyrie eleison.

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] La voix du peuple - I

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 10 août 2019

Le dirigeant russe fait confiance au choix du peuple –
Mais le choix du peuple est-il celui de Dieu ?

Reportons-nous sur le site en.​kremlin.​ru/​events/​president/​news/​copy/​60836, où l’on trouve une importante interview du Président Poutine datant de juin dernier. Nous la résumons ci-dessous en partie. Nous l’analyserons la semaine prochaine dans ces “Commentaires”.

« Que se passe-t-il donc en Occident . . . et en Europe ? Les élites dirigeantes sont maintenant coupées du peuple par un énorme fossé séparant l’intérêt des élites de celui de l’écrasante majorité de la population . . . . Cela signifie que le libéralisme n’a plus sa raison d’être car, comme l’ont admis nos partenaires occidentaux, les idées libérales, telles que le multiculturalisme, ne fonctionnent plus.

Lorsque l’afflux de migrants porta en Europe occidentale le problème de l’immigration à son paroxysme, nombreux furent ceux qui reconnurent que le multiculturalisme ne marche plus, et qu’il était temps de prendre en compte les intérêts de la population autochtone. Il est possible que la construction d’un mur entre le Mexique et les États-Unis soit une solution extrême . . . mais au moins le président Trump cherche une solution. Qui d’autre s’occupe du problème ? . . . L’Américain moyen se dit : « Il fait bien ; au moins il tente quelque chose et cherche des solutions ».

A l’inverse, les libéraux, eux, ne font rien. Assis dans leurs bureaux confortables, ils sont persuadés que tout va pour le mieux, tandis que ceux qui sont tous les jours sur le terrain, dans les rues du Texas ou de la Floride, sont très inquiets, parce qu’ils voient de sérieux problèmes se profiler à l’horizon . . . . Est-ce que quelqu’un s’occupe encore de tous ces gens ? C’est la même chose en Europe. J’en ai discuté avec bon nombre de mes collègues, mais personne n’a de réponse. Ils disent que les lois actuelles excluent une ligne politique dure . . . . Eh bien, il n’y a qu’à changer les lois ! En Russie, nous faisons en sorte que les immigrés doivent respecter la législation, les coutumes et la culture de la Russie. Certes, nous avons également des problèmes d’immigration, mais au moins nous faisons quelque chose pour y remédier.

Les libéraux, eux, partent du principe qu’il n’y a rien à faire . . . . Les migrants peuvent tuer, piller et violer en toute impunité parce que leurs droits en tant que migrants doivent être protégés. Mais de quels droits peut-il bien s’agir ? Tout crime ne doit-il pas être puni ? En fait, le libéralisme est devenu obsolète. Il est désormais la source de conflits permanents avec les intérêts de l’écrasante majorité de la population. Par exemple aujourd’hui on entend certains affirmer au nom du libéralisme qu’il y a cinq ou six rôles de gendre que les enfants peuvent jouer ! . . . Pourtant aux libéraux qui poursuivent la vie, la liberté et le bonheur tels qu’ils les conçoivent, on ne peut tout de même pas permettre de dominer la culture, les traditions et les valeurs familiales traditionnelles des millions de personnes qui constituent l’essentiel de la population.

Quant à la religion, elle ne peut être évincée de l’espace culturel. Rien de la sorte ne doit être écarté. La Russie est une nation chrétienne orthodoxe, ce qui n’est pas une nation catholique. Mais, vu de la Russie, nous avons parfois le sentiment que le même libéralisme est à l’œuvre dans l’Eglise catholique, profitant d’éléments et problèmes à l’intérieur de l’Église romaine pour la détruire . . . ! Je considère que cela est incorrect, voire dangereux. Avons-nous oublié que nous vivons tous dans un monde fondé sur les valeurs bibliques ? Les athées eux-mêmes qui habitent ce monde, profitent de ces valeurs. Peut- être ne pratiquons-nous pas tous notre religion tous les jours ni en publique, il n’empêche que dans le fond il doit toujours y avoir des règles humaines et des valeurs morales de base. En effet, ces valeurs traditionnelles sont plus stables et plus importantes pour des millions de personnes que le libéralisme, lequel – à mon avis – touche à sa fin.

Mais alors le libéralisme se fera-t-il remplacer par la tyrannie ? Pas nécessairement. Une certaine variété d’opinions doit toujours avoir libre jeu. Ce qui compte, c’est que les intérêts du public en général, la vie ordinaire telle que des millions de personnes la mènent chaque jour, ne soient jamais oubliés . . . . C’est pourquoi même les libéraux méritent un certain respect. Mais ce qui est inacceptable, c’est qu’ils continuent à imposer leur point de vue au monde entier, comme ils le font déjà depuis des décennies, tant dans les médias que dans la vie réelle. Par exemple, comment ont-ils réussi à rendre tabou la discussion de certaines questions ? En conclusion, laissons aux libéraux la liberté de la parole, mais ne les laissons plus tyranniser l’arène publique.

Kyrie eleison.