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31 décembre 2014

[Bulletin de la Communion Phalangiste au Canada] Dom Paul Bellot, ou la renaissance de l'architecture religieuse

SOURCE - Bulletin de la Communion Phalangiste au Canada - décembre 2014

Il y a soixante ans, s’éteignait à l’Hôtel-Dieu de Québec, Dom Paul Bellot, moine bénédictin, l’architecte de la basilique de l’Oratoire Saint-Joseph et de l’abbaye de Saint-Benoît-du-Lac. À cette occasion, une intéressante exposition lui est consacrée au musée de l’Oratoire jusqu’au 11 janvier 2015; cependant, centrée sur ses principales réalisations au Canada, elle ne permet pas de se rendre compte de toute son œuvre et des principes qu’il voulait réintroduire dans son art afin de provoquer une renaissance de l’architecture religieuse. La révolution conciliaire la fit avorter, mais il n’est pas dit qu’elle ne retrouvera pas toute son actualité.
DE L’ARCHITECTURE AU CLOÎTRE ET DU CLOÎTRE À L’ARCHITECTURE
Paul Bellot est né à Paris, le 7 juin 1876. Son père étant architecte, c’est tout naturellement qu’il s’engagea dans cette profession. Très doué, il entra à 18 ans aux Beaux-Arts de Paris. Élève modèle, très bien noté, il suivit avec application une formation académique qui lui mérita son diplôme d’architecte à 24 ans. Durant ces années, plusieurs voyages en Espagne lui permirent de découvrir l’architecture mauresque qui l’impressionna beaucoup. Trente ans plus tard, à Dom Claude-Marie Côté, l’un de ses disciples canadiens, il conseillera : « Étudiez l’art des Arabes, ce furent des as en architecture et en décoration, nous sommes des barbares à côté d’eux. » Il lui manquait de savoir que “ l’art arabe ” avait pour source en réalité l’art byzantin.

Curieusement, au sortir de l’école, il ne se lança pas dans la carrière. Il dira « qu’à cette époque, il n’avait pas d’idées bien nettes, mais seulement le désir de faire autre chose que ce qu’il voyait faire autour de lui. » En fait, cette hésitation cachait la maturation d’une authentique vie spirituelle sur laquelle il restera toujours très discret.

En 1901, il renonça à l’architecture pour entrer chez les Bénédictins de Solesmes, que la République venait d’expulser et qui avaient trouvé refuge sur l’île de Wight, non loin des rivages du sud de l’Angleterre. C’est là qu’il prit l’habit de novice le 6 octobre ; il fera profession le 29 mai 1904. Il partageait avec bonheur les convictions très réactionnaires et monarchistes de son Père Abbé, Dom Delatte.

L’exiguïté du vieux manoir où les exilés s’étaient installés tant bien que mal rendait nécessaire la construction d’une chapelle provisoire que Dom Delatte confia à Dom Mellet, l’architecte de l’impressionnant agrandissement de l’abbaye de Solesmes dominant la Sarthe. Mais celui-ci, âgé, demanda à être secondé par le jeune profès. C’est à cette occasion que ses talents et sa compétence se révélèrent, ce qui détermina son Abbé à lui donner en 1906 une obédience étonnante pour un religieux si jeune.

La communauté bénédictine de Saint-Paul de Wisques, dans le nord de la France, dépendante de Solesmes, mais réfugiée en Hollande près de Breda, devait, elle aussi, édifier son monastère. Le projet, préparé par un architecte lillois réputé, ne convenait pas à Dom Delatte qui le trouvait trop onéreux. Il fit venir le jeune profès et lui déclara simplement : « Mon enfant, vous partirez dans quelques jours à Oosterhout pour y commencer la construction d’une abbaye. »

« Les corrections que fit le jeune architecte modifiaient à tel point le concept de son aîné que celui-ci offrit de se retirer du projet. Cela faisait reposer la responsabilité d’un ambitieux programme architectural sur les épaules de quelqu’un n’ayant encore aucune expérience de la construction », nous dit Claude Bergeron dans sa remarquable étude L’abbaye de Saint-Benoît-du-Lac et ses bâtisseurs.

Les contraintes budgétaires imposaient la recherche de nouvelles méthodes. Il était hors de question d’imiter ce qui s’était fait dans le passé et d’imaginer un décor moyen-âgeux avec une statuaire abondante. Dom Bellot confiera bien plus tard à ses amis canadiens : « L’apprentissage de la vie monastique, fort heureusement, me permit de me livrer vraiment à la réflexion, de me dégager de la fascination des formes anciennes et de découvrir, pour mon profit, l’âme même de la tradition, son courant vital, et, en lui, les principes perdurables de l’art et du goût. »
UNE RÉVOLUTION ARCHITECTURALE
Sa première originalité fut d’employer la brique, très économique, au lieu de la pierre, matériau noble dont l’utilisation était de rigueur pour un monastère.

Disciple de Viollet-le-Duc, le grand architecte du XIXe siècle qui redécouvrit l’art médiéval, il opta résolument pour le « rationalisme structural », qui fait correspondre la structure architecturale à un besoin, à une nécessité dictée par la fonction du bâtiment et par l’idée qui préside à sa construction.

Il résolut donc de bâtir des lieux fonctionnels, propices à la vie monastique, à la prière et au recueillement, dont la seule décoration serait constituée par les lignes de force de la structure du bâtiment et par le dessin de l’appareillage des murs de brique. Il porta aussi un soin particulier aux jeux de lumière et à l’acoustique.

Dès son coup d’essai, Dom Bellot se révéla un architecte de génie. Le monastère, construit entre 1906 et 1908, 1919 pour l’abbatiale, était d’un style nouveau, mais non pas révolutionnaire. Il maîtrisa parfaitement l’utilisation de l’élégant arc “ en chaînette ” (appelé ainsi parce que son tracé reproduit en l’inversant la courbe que dessine naturellement une chaîne suspendue à ses extrémités et abandonnée à la pesanteur), qui permet de couvrir d’un seul tenant une large salle. Cet arc a aussi l’avantage d’exercer peu de poussée, donc de diminuer l’importance des contreforts ; Dom Bellot les remplaça par des arcs plus petits liant le mur extérieur de la bâtisse aux arcs à chaînette, délimitant ainsi des espaces de circulation fort pratiques.

Abbaye de Quarr, la voûte du sanctuaire
De retour à l’île de Wight pour sa profession solennelle qu’il fit le 6 juin 1907, Dom Bellot se vit également confier la construction d’un monastère pour sa propre communauté, au nord de l’île, à l’emplacement de l’abbaye cistercienne de Quarr, détruite par Henri VIII. Les travaux commencèrent le 11 juillet 1909. Un an plus tard, les bâtiments monastiques étaient achevés ; l’église le fut en 1912 et l’hôtellerie, en 1914.
L’abbaye de Quarr est un chef d’œuvre, dans le même style qu’Oosterhout, mais avec plus d’audace. Les arcs sont plus élevés et leur courbure est soulignée par l’usage de briques polychromes et de joints de couleur. À l’extérieur, les murs présentent une surface plane en retrait de laquelle se situent les fenêtres. Dom Bellot recherche la simplicité et la vérité : aucune fantaisie, pas de faux-semblants, l’emplacement des fenêtres et leur taille révèlent la répartition et l’utilisation des pièces.

L’abbatiale surtout est remarquable, le jeune architecte a exploité au maximum la possibilité de séparer les murs extérieurs de la structure du bâtiment. Il a pu les percer de larges fenêtres dont il tamise ensuite la lumière à l’intérieur par des arcs ajourés perpendiculaires aux arcs structuraux et parallèles au mur. Il crée ainsi un jeu d’ombre et de lumière particulièrement propice à l’atmosphère religieuse du saint lieu.

Vingt ans plus tard, en route pour le Canada, il s’arrêtera à Quarr où il n’était jamais retourné depuis la construction. Se tenant debout dans le chœur, il aurait déclaré : « Je n’ai jamais plus réalisé une telle chose. »

Après-guerre, Dom Bellot revint en Hollande pour achever l’abbatiale d’Oosterhout. C’est alors qu’un curé des environs, ému par la beauté du sanctuaire, obtint des supérieurs de Dom Bellot que celui-ci fasse les plans de sa nouvelle église paroissiale. Ce sera la petite église Saint-Joseph-de-Noordhoeck près de Breda, qui reste « une joie pour le cœur et les yeux, elle y est aussi l’unique et commune richesse des pauvres habitants ».

L’église Notre-Dame-des-Trévois, en Champagne
Pour sa conception et sa décoration, Dom Bellot profita de l’apport d’un peintre coloriste néerlandais entré en communauté en 1917, le frère François Mes. Leur collaboration dura jusqu’à la mort du moine-bâtisseur.

Désormais, les briques polychromes ne serviront plus uniquement à souligner le profil des arcs, mais composeront des motifs décoratifs dont les couleurs, liées aux jeux de lumière, contribueront à créer cette atmosphère de piété, propre aux sanctuaires construits par Dom Bellot, qu’on surnomma aussi “ le poète de la brique ”. La petite église Notre-Dame-des-Trévois, à Troyes, en est un bel exemple.
UNE EXTRAORDINAIRE FÉCONDITÉ
Les revues professionnelles firent un large et favorable écho à ces premiers chantiers, ce qui lui valut rapidement une renommée internationale. Comme il était aussi réputé pour la justesse de ses devis, les commandes affluèrent, au point que ses honoraires seront la principale ressource de son abbaye pendant presque vingt ans. La Hollande, la France, la Belgique, le Portugal, l’Argentine et, bien sûr, le Canada possèdent d’importantes réalisations de cet architecte qui reste avant tout un moine.

« Il n’a jamais rien sacrifié au monde, dira un de ses meilleurs amis. C’est hors de son monastère qu’on peut juger des vertus monastiques d’un religieux. Ayant eu souvent l’occasion de le voir sur les chantiers et dans le monde, je ne l’ai jamais rien vu faire, je ne l’ai jamais rien entendu dire qui ne fût digne d’un religieux. Sa réserve ne laissait aucune prise aux femmes. Il m’a dit que jamais ses travaux ne lui avaient causé la moindre distraction pendant les offices. » On ne lui a connu comme défaut que celui d’être toujours très plaisantin. Au même ami qui lui en faisait un reproche, il répondit que « c’était d’abord une détente, puis un moyen d’ouvrir les esprits, d’atteindre des gens, en des pays d’hérétiques ou d’apostats, parmi lesquels sa robe de moine aurait pu jeter un froid. »

En 1922, il entra en contact avec un architecte français, catholique, Maurice Storez, fondateur de l’Arche, un groupe de jeunes artistes dont l’ambition était de travailler au renouveau de l’art sacré en France. Il fit plusieurs chantiers avec lui, dont l’église Saint-Chrysole-de-Comines, dans le nord de la France, où, pour la première fois, Dom Bellot abandonna la brique pour le béton armé.

Pour ce faire, il s’inspira de l’église Saint-Jean-de-Montmartre qui, en 1900, fut la première église bâtie en béton armé. Si elle ne rencontra pas la faveur des fidèles, le jeune architecte qu’était alors Paul Bellot en avait été impressionné. À Comines, il reprit cette technique, mais avec une certaine timidité. Par contre, en 1928, pour l’église Sainte-Thérèse-de-Nimègue, il n’hésita plus à lancer des arcs de béton armé “ en chaînette ”, qui lui permirent d’élargir la nef en la libérant de toute entrave visuelle. Dans ce genre, une de ses plus belles réussites sera l’église d’Audincourt, en Franche-Comté ; il s’en inspirera pour l’Oratoire Saint-Joseph.

L’église d’Audincourt, en Franche-Comté
C’est donc une erreur de cantonner l’œuvre de Dom Bellot à l’utilisation de la brique. Il était prêt à utiliser n’importe quel matériau, pourvu qu’il réponde aux exigences du cahier des charges, dans un souci d’économie et de bon goût.

Le couvent des Tourelles à Montpellier, aujourd’hui détruit, fit sa réputation de concepteur de monastère lorsque des contraintes locales obligeaient à rompre avec le plan coutumier. Ce qu’il créait était toujours parfaitement fonctionnel, très agréable à vivre. Un de ses principes était que la disposition des pièces devait rejaillir sur l’ordonnance architecturale extérieure des bâtiments, en déterminant la forme et la décoration. Le couvent des Augustins d’Eindhoven aux Pays-Bas et le prieuré Sainte-Bathilde de Vanves illustrent cet art.

Nous ne pouvons évoquer ici que ses principales œuvres ; elles ne représentent qu’une petite partie de ce que sa formidable capacité de travail lui a permis de concevoir.

On se condamnerait à ne pas comprendre l’essence même de son architecture si l’on oubliait que Dom Bellot était profondément réactionnaire. Il concevait son art comme un moyen, parmi d’autres, de lutter contre l’envahissement de l’impiété.

Il avait la conviction que l’art, qui est le reflet de la société en même temps qu’il l’influence, est dominé depuis la Renaissance par le culte de l’homme, de l’homme individuel, livré à ses caprices. Il voulait donc lui redonner les principes qui en feraient un instrument de révélation de la présence divine et de la relation entre l’humanité et Dieu. Il concevait son travail comme un service de l’Église et… de sa patrie, car l’art religieux étant essentiellement catholique, il est principalement français. C’est ce qui explique son intérêt pour le Canada, qui va occuper les dix dernières années de sa vie.
LE CANADA FRANÇAIS ET DOM BELLOT
L’abbaye Saint-Benoît-du-Lac,
au premier plan le prieuré primitif
Il aimait rappeler que son désir d’établir des liens avec le Canada français remontait à 1910, après le passage d’évêques canadiens à Quarr, où on lisait aussi Le Devoir d’Henri Bourassa, auquel Dom Delatte s’était abonné.
En 1926, Dom Bellot reçut une lettre d’un jeune étudiant de Beauport, Adrien Dufresne, qui désirait se spécialiser en architecture religieuse. Il l’invita à venir travailler avec lui, lui prodigua des conseils, tandis que Dufresne le renseignait sur l’architecture religieuse au Canada de cette époque. Dom Bellot ne put que constater qu’«elle n’avait pas grand caractère».

Dufresne transmit son enthousiasme pour l’œuvre de Dom Bellot à ses amis, dont deux futurs architectes : Édouard Courchesne et Claude-Marie Côté qui entrera chez les Bénédictins de Saint-Benoît-du-Lac. En 1929, Dufresne fit le voyage en Europe pour rencontrer celui qu’il considérait comme son maître, et visiter ses réalisations. D’autres prirent le même chemin, en particulier Édouard Fiset, Pierre Rinfret, Léonce Desgagné, qui vont tous devenir, au Québec, de grands architectes.

Le fruit de ces voyages fut une exposition photographique des réalisations de Dom Bellot, présentée à Québec et à Montréal. Son succès le fit opportunément connaître aux prêtres fondateurs de paroisses rendues nécessaires par l’augmentation de la population, et qui avaient donc la charge de la construction des nouvelles églises. Le clergé était alors le principal client des architectes.

À la même époque, Claude-Marie Côté, ce jeune bénédictin de Saint-Benoît-du-Lac, s’essayait à concevoir les plans de la future abbaye, en suivant les indications quelque peu contradictoires de son prieur. Il les soumit à Dom Bellot ; leur échange de correspondance fit évoluer le projet initial dont les initiateurs, avec reconnaissance, prirent conscience de la complexité.

Beaucoup souhaitèrent donc un séjour de Dom Bellot au Canada. D’autant plus que l’abbé Lemieux, chargé de la construction du campus de l’université Laval à Sainte-Foy, d’un grand séminaire et d’une nouvelle cathédrale à Québec, et l’abbé Maurault, qui présidait à la construction de l’Université de Montréal, désiraient eux aussi pouvoir avoir recours aux lumières du moine-bâtisseur.
LES PRINCIPES D’UNE RENAISSANCE DE L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE
Dom Bellot au travail
Dom Bellot se rendit à leur invitation en 1934. À cette occasion, il donna un cycle de sept conférences où, pour la première et unique fois, il fit la synthèse des principes de son œuvre.
Elle commence par une réflexion sur le lien entre la beauté, le bon goût et l’idée qui préside à la conception de l’œuvre architecturale :

« Quant au goût, au bon goût, c’est-à-dire à cette connaissance exacte des besoins, des idées, du génie de notre civilisation, à cette expression vraie et tempérée de ce qu’elle a droit de nous demander, il faut chercher longtemps pour le trouver [aujourd’hui]; et si, par aventure, ce goût du vrai se fait jour, il étonne la foule et excite la censure, sinon les colères, de ceux qui se donnent comme les seuls dépositaires des saines doctrines.

« Toute forme d’architecture qui ne peut être donnée comme la conséquence d’une idée, d’un besoin, d’une nécessité, ne peut être regardée comme une œuvre de goût. S’il y a du goût dans l’exécution d’une colonne, ce n’est pas une raison pour que la colonnade dont elle fait partie soit une œuvre de goût ; car, pour cela, il faut que cette colonnade soit à sa place et ait une raison d’être.

« Le bon goût possède ce privilège de s’imposer à travers les temps et malgré les préjugés, comme tout ce qui découle de la vérité. Le goût n’est pas, comme le pensent quelques-uns, une fantaisie plus ou moins heureuse, le résultat d’un instinct. Personne ne naît homme de goût. Le goût, au contraire, n’est que l’empreinte laissée par une éducation bien dirigée, le couronnement d’un labeur patient, le reflet du milieu dans lequel on vit. »

Il en conclut que toute société devrait avoir un style qui lui soit propre, en tant qu’expression de la vérité de son être, de son histoire, de sa pensée, et plus que tout, de sa religion. Après s’être lamenté sur le début du XXe siècle, « phénomène unique dans l’histoire de l’humanité, cette époque n’a pas d’art qui lui soit propre », après avoir fustigé des architectes comme Le Corbusier, dont l’œuvre reflète l’idéologie matérialiste et communiste, il souhaite que renaisse un art chrétien, qui serait une affirmation de la vérité catholique et qui serait donc, de ce fait, un apostolat.

« Le Canada, dans ce domaine, n’est-il pas une terre toute préparée ? J’en ai la conviction profonde. De quelques milliers vous êtes devenus un peuple ; il est normal que cette vie qui bouillonne en vos cœurs se traduise par un effort collectif, qui pourra enfanter des œuvres nouvelles et durables : l’Amérique a besoin de cet apport canadien français pour sortir du matérialisme où elle est enfoncée. (…) un style est le résultat d’une impulsion commune, d’un accord spirituel, d’une foi religieuse. Voilà ce qui vous fera faire de grandes choses. »

Ce style, explique-t-il ensuite, ne peut pas être simple reproduction du passé. Ne serait-ce que parce que bien des conditions ont changé, à commencer par le manque de ressources. Ce qui ne veut pas dire qu’il faille mépriser la tradition. Au contraire, celle-ci doit être étudiée profondément, mais « l’archéologie est à l’architecture ce que la nourriture est à l’homme : une alimentation mal comprise peut anémier, ruiner la santé, ou même entraîner la mort. Au contraire, rationnellement entendue, en tenant compte des tempéraments des individus, elle entretient la santé et donne de la vigueur. »

Reprenant alors les enseignements classiques, en particulier ceux de saint Thomas, il rappelle les conditions intemporelles du beau : « Le beau consiste en une juste proportion des choses », et son lien intrinsèque avec l’œuvre divine : « Avec le beau, c’est l’être même, c’est le reflet de Dieu que nous atteignons ; de ce Dieu qui, naturellement et surnaturellement, est la fin de notre vie humaine ; et notre esthétique doit inspirer la technique qui dirige immédiatement notre art. »

Tels sont les principes qu’il a appliqués à l’architecture qui « vise le beau par-delà l’utile ». « L’architecte, dit-il aussi, doit être un artisan de beauté dont le clavier n’est pas autre chose que les lois de la construction. » Et tout spécialement, lorsqu’il s’agit d’une église, l’architecte doit « se servir des choses de la nature pour les faire concourir au dialogue de l’âme avec Dieu, de Dieu avec l’âme. »

Une partie de ses propos est particulièrement passionnante, celle où il brosse une rapide histoire de l’architecture. Il y démontre que son art a connu à la Renaissance une véritable coupure : il cesse alors d’être l’art-premier. À partir de cette époque, l’architecte construit, donne un volume habitable, éclairé… mais c’est le sculpteur, le peintre qui lui donne une âme.

Dom Bellot plaide pour le retour aux principes qui ont présidé à l’essor de l’architecture pendant des siècles : la forme doit primer sur la lumière et la couleur, car c’est la forme, dit-il, qui parle à l’intelligence ; mais à la forme doivent s’ajouter, et c’est essentiel, la lumière et la couleur, « éléments nécessairement requis par toute beauté humaine ».
Dom Bellot à la fin de sa vie
Au contraire, l’art moderne n’ayant rien à dire, n’ayant pas de contenu, privilégie la couleur et la lumière pour suggérer ce que le spectateur voudra bien y voir.

Une fois donc posée l’importance de la ligne et de la forme, Dom Bellot expliquera ses conceptions de l’art de la proportion. C’est une question qu’il avait beaucoup travaillée, notamment en étudiant l’application du nombre d’or, très utilisé au Moyen-Âge. Il inventa « l’équerre mystérieuse », qui lui était un instrument de travail pour déterminer la bonne proportion des formes et des volumes qu’il dessinait ; il s’en servait avec une dextérité époustouflante, mais il en garda jalousement le secret.

Cependant, loin d’être prisonnier de ce système, il constatait au contraire que l’emploi systématique des lois mathématiques donnait aux bâtiments, certes parfaits dans leurs proportions, quelque chose de froid. « Il ne faut pas oublier que l’œuvre vraiment belle naît du choix judicieux des proportions, puise ses éléments dans la liberté. Ce système de proportion est, pour le constructeur, ce que la gamme est pour le musicien. (…) Les lois mathématiques ne donnent qu’un schéma, l’esprit de l’artiste doit l’animer. »

Dans le même ordre d’idée, il explique que l’agencement des formes d’un bâtiment doit créer un mouvement fictif, comme un bel arbre dont on dit qu’il s’élance ; l’arbre est pourtant bien enraciné, mais c’est sa forme qui donne l’impression d’un mouvement.

En continuant sa réflexion sur la forme, Dom Bellot fait une longue digression sur l’histoire de l’art aussi bien en musique qu’en peinture et en sculpture. L’art moderne, explique-t-il, cherche à exprimer le beau par une maîtrise parfaite de la lumière ; il évoque puissamment des sentiments fugitifs, des scènes de la vie furtives qui ne sont plus dès que le peintre a posé le pinceau. C’est comme la photographie, un instantané… mais qui n’évoque plus les grandes réalités spirituelles.

Au contraire, dit-il, l’art chrétien n’est pas une imitation de la nature, il est une parabole qui évoque une réalité spirituelle plus vraie encore que le réel. « L’art est une parabole. Nous sommes faits pour dominer le monde, et non pas le monde pour nous dominer. Nous sommes faits pour tendre vers Dieu, au moyen des choses visibles ; et c’est toute la noblesse de l’art de pouvoir nous orienter, à sa façon, vers les choses divines et de nous orienter vers l’infini. »

Sa dernière conférence souligne l’importance pour l’architecte de se plier aux lois des techniques de construction. « Les règles dans la production de l’esprit humain n’ont été une entrave que pour les médiocrités ignorantes. Elles sont un secours efficace et un stimulant pour les esprits d’élite. (…)Vous, bâtisseurs, qui êtes tous des gens sérieux, vous devez comprendre mieux que personne la nécessité d’une discipline esthétique dans vos constructions ; c’est la vraie manière de continuer la création, de réjouir l’âme de vos compatriotes, et de faire des œuvres durables qui feront la gloire de votre pays, en augmentant votre patrimoine civilisateur. »

Cette conférence sur les techniques de construction s’achève sur une apologie de l’utilisation de la couleur en architecture. Par un nouveau survol de l’histoire de l’art, le conférencier convainc son auditoire de l’importance de la couleur dans les temps anciens, pratique qui se perdit après la Renaissance, justement au moment où l’art s’émancipait de l’Église.

Il termine ainsi : « Quand les églises ne furent plus les véritables monuments de la nation, les artistes, on peut le dire, n’eurent plus de véritable ouvrage, c’est-à-dire où le beau fût uni à la vérité pour rendre le bien manifeste. Les saints de nos paroisses, dont nos artistes peignaient la vie, étaient les vrais héros d’une société tournée vers ses fins spirituelles. Quel abandon, quelle descente, quelle séparation de quitter saint Pierre, saint Paul et tous les saints, pour peindre les noces d’Achille, ou les aventures du fils d’Hector !

« Le peuple n’eut plus d’art qui lui fût destiné. Les artistes ne travaillaient plus que pour eux-mêmes et se nourrissaient à la table des riches. Ils s’habituèrent à considérer les meilleurs travaux comme des œuvres isolées, personnelles, comme leur idéal, au lieu d’être chrétiennement sociales, comme elles l’étaient autrefois.

« Dans des pays où le sens catholique est très émoussé, réaliser pareil programme de restauration des principes de l’art religieux est difficile ; ici, où la foi est encore si vivace, où la société est chrétienne, il est à souhaiter, je dirais mieux : il est urgent que tous, clients et bâtisseurs, comprennent leur rôle, afin que le Canada devienne une pépinière d’artistes, et possède un art qui le reflète fidèlement. Je ne sais plus qui a dit “  une société a l’art qu’elle mérite.  ” Votre fidélité au catholicisme vous fait mériter de tenir la plus belle place parmi les artistes de notre époque. »
UNE RENAISSANCE COMBATTUE
Le dôme de l’Oratoire en
cours de construction
Malheureusement, ces conférences ne provoquèrent pas l’élan que Dom Bellot escomptait. Il avait chatouillé la susceptibilité d’architectes connus qui se crurent visés par ses propos et qui craignirent de voir fondre leur clientèle ecclésiastique. Ce fut au point que, retourné entre temps en France, il préféra renoncer à leur publication par souci de la paix ; les éditions Fides ne les éditèrent qu’en 1948, sous le titre Propos d’un bâtisseur du Bon Dieu.
Dom Bellot revint cependant au Canada en 1936, appelé à la fois par les Pères de Sainte-Croix et par les Bénédictins de Saint-Benoît du Lac.

Son retour au Québec fut salué par ses partisans. L’Union nationale et son chef, Maurice Duplessis, venaient de chasser les libéraux du pouvoir ; l’Église lança de nombreux projets de construction pour lesquels on sollicita ses avis, comme pour le monastère des Bénédictines des Deux-Montagnes.

Mais la cabale reprit de plus belle. On se gaussait d’églises « à la Dom Bellot » qui n’étaient pas, tant s’en faut, des chefs-d’œuvre, mais notre moine-architecte n’y était pour rien. « Devant les constructions qui révélaient un pillage inconsidéré de son œuvre, se souvient un ami, il se contentait de hausser les épaules et de dire : “ Pendant qu’on s’efforce de me copier, je fais autre chose. ” » Parfois, il s’impatientait lorsqu’on lui attribuait la paternité d’œuvres gauchement inspirées de la sienne : « Mais non, je ne veux même pas en être le père putatif. Voyez comment telle proportion est ratée. »

Il n’empêche que ses farouches adversaires réussirent à faire avorter le projet du gouvernement de lui confier la réforme de l’enseignement des arts au Québec. Ils obtinrent même qu’on lui retire ici son permis d’exercer l’architecture ; il fut à deux doigts de se faire expulser !

Ce conflit allait poser beaucoup de problèmes, surtout pour le chantier de l’Oratoire Saint-Joseph que les Pères de Sainte-Croix lui avaient confié, désespérés de voir la basilique inachevée se dégrader faute de toit, par manque de moyens financiers.

Le mandat de Dom Bellot consistait, en réalité, à refaire le plan proposé par l’architecte Venne, l’un de ses opposants, et déjà accepté par les Pères. Celui-ci avait prévu une basilique sur le modèle du Duomo de Florence, style… Renaissance. Non seulement le coût de la construction était devenu astronomique et prohibitif en cette période de crise économique, mais Dom Bellot fit remarquer que les frais d’entretien seraient aussi astronomiques : comment chauffer un bâtiment avec une telle coupole, comment entretenir ces colonnettes, ces frises, ces dégradés, ces petites fenêtres, lorsque le gel aura fait son œuvre ?

Coupe de l’Oratoire Saint-Joseph
Or, la crypte était construite, les murs de la basilique étaient déjà élevés… Il lui fallait maintenant simplifier les façades et trouver une solution pour le toit, sans avoir la liberté de changer la structure du bâtiment.
Dom Bellot réussit cette gageure. Il eut l’idée d’une double coupole. Une extérieure, très haute, presque autant que celle de Saint-Pierre de Rome, et, à l’intérieur de celle-ci, une nettement plus petite, mais bien proportionnée aux dimensions intérieures du sanctuaire, assez volumineuse pour lui donner toute son ampleur, mais suffisamment petite pour envisager un chauffage raisonnable de la basilique. De plus, par l’emploi du béton armé, il pouvait dégager une large nef et un vaste chœur tout en réduisant considérablement les coûts.
Cependant, la basilique telle que nous la connaissons aujourd’hui n’est qu’en partie son œuvre. Conformément aux principes exposés dans ses conférences, il avait prévu une coloration intérieure du bâtiment qui n’a jamais été réalisée. Le peu qui en avait été fait avant le Concile (les photographies nous ont heureusement gardé quelque chose de la chaleur des tons) a été détruit, pour ne laisser subsister que la mosaïque qui sépare le chœur de la chapelle absidiale. Le dépouillement conciliaire a singulièrement gâché ce sanctuaire où Dom Bellot avait fait preuve de toute sa maîtrise artistique et technique.

Parallèlement, il mena le chantier de Saint-Benoît-du-Lac, qui s’échelonna sur deux ans. Pragmatique comme toujours, Dom Bellot tint compte des contraintes que la pente du terrain lui imposait et des matériaux disponibles, toujours dans la perspective de réduire les coûts sans sacrifier la beauté. Il s’émancipa complètement du plan traditionnel des monastères bénédictins.

Le cloître de l’abbaye Saint-Benoît-du-Lac
Cette fois, il utilise la pierre, qui résiste mieux aux intempéries. Pour le dessin des façades, il reste fidèle à son principe de vérité : l’extérieur reflète l’intérieur. Cependant, la régularité des lignes verticales qu’il souligne par des arêtes, et l’utilisation de petits détails comme la couleur des joints, lui permettent d’obtenir une remarquable impression d’unité.
À l’intérieur, l’emploi des briques et du carrelage de couleur donne à chaque cloître ou partie du bâtiment une atmosphère appropriée.

Ces deux grands chantiers finis, la déclaration de guerre l’empêcha de regagner la France ; le cardinal Villeneuve, archevêque de Québec, lui confia alors la réalisation d’une cathédrale et d’un grand séminaire qu’il voulait voir s’élever près du campus de l’université Laval à Sainte-Foy. Il avança beaucoup le projet en collaboration avec Ernest Cormier, un architecte de Québec, à qui on doit en particulier l’Université de Montréal et le bâtiment de la Cour suprême à Ottawa. Mais l’interdiction qui lui fut faite de travailler au Canada l’empêcha d’aller plus loin ; Cormier bâtit seul le grand séminaire en s’émancipant tout à fait des plans de Dom Bellot, ce qui, au regard du résultat, est fort regrettable.

À la même époque, fin 1941, Dom Bellot ressentit les premières atteintes du cancer qui devait l’emporter. Établi à Saint-Benoît-du-Lac, il continua de prodiguer ses conseils à ses disciples pendant encore deux ans.

Parmi eux, il faut mentionner tout d’abord Adrien Dufresne, dont les œuvres majeures furent les églises Sainte-Thérèse-de-Beauport, Sainte-Sophie-de-Mégantic, Sainte-Thérèse-de-Cowansville et surtout la basilique Notre-Dame-du-Cap; Edgar Courchesne, à qui on doit les églises Sainte-Madeleine-Sophie à Montréal et Saint-Benoît à Granby ; et Léonce Desgagné, au Saguenay, qui nous a laissé en particulier la chapelle de l’Hôtel-Dieu Saint-Vallier et l’église Sainte-Thérèse-d’Avila à Dolbeau.

C’est à l’Hôtel-Dieu de Québec que Dom Bellot s’éteignit le 5 juillet 1944, après une année de grandes souffrances qui lui interdirent toute activité. Il repose au cimetière de l’abbaye de Saint-Benoît-du-Lac.

L’apparition de nouvelles techniques de construction utilisées par les architectes libérés de la tradition par la Révolution tranquille, mit fin à son influence au Québec, au début des années 1960. Toutefois, son œuvre et ses principes demeurent ; ils peuvent encore inspirer un renouveau de l’art religieux, qu’on peut souhaiter peut-être moins influencé par l’esthétique thomiste… Pourquoi pas une architecture de Contre-Réforme catholique, d’inspiration franciscaine et nantiste pour la renaissance du culte eucharistique et marial !

[Riposte Catholique] Congrès théologique international du Courrier de Rome les 9, 10 et 11 janvier 2015

SOURCE - Riposte Catholique - 31 décembre 2014

En partenariat avec Dici, le Courrier de Rome organise son Congrès théologique international 2015. Il se tiendra à Paris les 9, 10 et 11 janvier 2015. Le Congrès aura pour intitulé: 1914-2014, la réforme de l’Eglise selon saint Pie X et selon Vatican II. Il abordera la question de la réforme entendue dans un sens classique. On sait combien ce terme polysémique et galvaudé a pu être source de confusion. Le pontificat de Saint Pie X a bien été un pontificat réformateur, comme l’ont noté les historiens. Saint Pie X n’a pas hésité, pour renforcer la vie chrétienne, à entreprendre plusieurs réformes: nouveau bréviaire, encouragement à la communion fréquente, etc. Certaines de ces réformes ont pu paraitre audacieuses. Le saint pape entreprit une codification du droit canon, qui devait aboutir, après sa mort, à la promulgation du Code de Droit canonique de 1917. On signalera une intervention du professeur Roberto de Mattei intitulée: la liberté religieuse et la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le samedi 10 janvier 2015, à 17 h.

Le programme du Congrès:
Vendredi 9 janvier 15h : La volonté réformatrice de saint Pie X, Abbé Christian Thouvenot, Secrétaire général de la Fraternité Saint-Pie X. 16h : Un pontificat réformateur, Abbé Emmanuel du Chalard, Directeur du Courrier de Rome. 17h : La lutte contre le modernisme en théologie, Abbé Jean-Michel Gleize, professeur d’ecclésiologie au séminaire d’Ecône (Suisse). 
Samedi 10 janvier 9h : Réforme traditionnelle et aggiornamento conciliaire, Abbé Yves le Roux, Directeur du séminaire de Winona (Etats-Unis). 10h : La lutte contre le modernisme en philosophie, Professeur Gianni Turco de l’Université de Udine (Italie). 11h : La réforme du Droit canon, Abbé Patrice Laroche, professeur de Droit canon au séminaire de Zaitzkofen (Allemagne). 15h : La formation du clergé, Abbé Patrick Troadec, Directeur du séminaire de Flavigny (France). 16h : Le catéchisme et la vie sacramentelle, Abbé Jean-Yves Tranchet, professeur à l’école Saint-Michel (France) 17h : La liberté religieuse et la séparation de l’Eglise et de l’Etat, Professeur Roberto de Mattei de l’Université européenne de Rome (Italie). 
Dimanche 11 janvier 10h30 : Messe pontificale à Saint-Nicolas-du-Chardonnet 23 rue des Bernardins (V°) 15h : Recours à la Tradition et retour aux principes, Abbé Alain Lorans, rédacteur de DICI.16h : L’œuvre de la Fraternité Saint-Pie X dans l’esprit de la réforme selon saint Pie X, au service de l’Eglise, Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X.

[Abbé Karl Stehlin,fsspx - DICI] Soutenir la mission Rosa Mystica d’ACIM-Asia aux Philippines

SOURCE - Abbé Karl Stehlin,fsspx - DICI - 31 décembre 2014

Singapour le 31 décembre 2014

Cher Fidèles et Amis de la Mission Rosa Mystica,

Comme vous le savez, j’ai à poursuivre l’admirable travail spirituel de l’abbé Couture nommé au Canada.

Dans cet immense océan d’apostolat, mon cœur se serre en voyant les cataclysmes à répétition qui frappent si durement les Philippines, un des derniers pays réellement catholiques au monde. Les typhons s’y succèdent sans cesse. Nos petites communautés se voient frappées aussi durement que le reste de la population. Par-delà notre attachement à la Tradition catholique, nous avons vu à chaque fois un véritable lien de charité et de miséricorde entre l’Europe et ces contrées d’Extrême-Orient. Le tsunami il y a dix ans, le typhon Sendong à Cagayan de Oro (2010), les inondations de Manille (2012), et surtout en 2013 la destruction par le typhon Hayan de la ville de Tacloban dans l’île de Leyte (10.000 morts) le 2 novembre 2013. C’est là où la Mission médicale « Rosa Mystica » s’est rendue début 2014.

C’est cette même ville qui devait être frappée il y a un mois par Hagupit (29 morts). Or l’île de Leyte est relié par le viaduc San Juanico, long de près de 2 km et demi, à sa voisine qui se nomme Samar. C’est elle qui sera frappée. En revanche, le nombre de morts a été limité dans la mesure où les populations ont été prévenues suffisamment tôt. Mais je suis atterré d’apprendre qu’une gigantesque inondation a détruit cette nuit les hangars et les tentes des réfugiés eux-mêmes dans une détresse terrible, vivant quasiment sans nourriture dans la mesure où les récoltes ont été détruites et les cocotiers arrachés il y a trois semaines parHagupi. C’est le typhon Jangmi (nom local : Seniang). Le nombre de morts est déjà de 59 à Catbalogan la capitale de Samar. Un bien triste Noël ! Mais ce cyclone a atteint aussi l’île de Bohol, le Fatima philippin, dont le sanctuaire a été détruit par le cyclone Hayan l’an dernier. Nous organisons un pèlerinage national chaque année à cet endroit.

Or, cheminant d’un endroit sinistré à l’autre je découvre à chaque fois le travail admirable qui est fait par Acim Asia et la Legion de Marie (d’observance traditionnelle) pour aider les populations en détresse. La mission annuelle Rosa Mystica à chaque fois s’implante de manière permanente sous la forme médicale et d’une aide aux populations en détresse. Soins, graves malades pris en charge, patients chroniques sous surveillance, reconstruction de maisons, nourriture à ceux qui n’ont plus de moyen de subsistance, interventions chirurgicales. Une goutte d’eau dans un océan de misère.

Cette année Tacloban depuis le typhon Hayan l’an dernier a bénéficié de l’aide de plusieurs volontaires venant d’Europe dont une jeune femme médecin irlandaise du nom de Maire Flanagan. Le dispensaire a été établi dans la chapelle reconstruite l’an dernier durant la mission Rosa Mystica par l’abbé Daniels. Il y a été pris en charge un grand nombre de patient sans que le « front » de la permanence générale ACIM de General Santos (île de Mindanao) soit abandonné.

Il y a trois semaines, une mission a été envoyée de Tacloban vers la province de San Mateo qui se trouve au bout du viaduc. Le problème majeur est créé par la boue qui a tout envahi isolant les villages. Il a été possible de s’installer dans une école où cinq enfants sont morts et trois ont disparu. En revanche l’Armée Philippine n’a pas pu organiser la protection de nos volontaires vers la capitale Catbalogan. En effet la guérilla communiste, profitant de la misère s’est réveillée et les déplacements sont dangereux. L’expédition aura lieu le 5 janvier prochain.

La prochaine mission Rosa Mystica se déroulera à Tacloban à partir de février. Nous verrons avec le Dr Dickès et la secrétaire d’AcimAsia, toujours aussi dévouée s’il y a lieu de monter une expédition vers Samar.

Je voudrais terminer en vous disant à quel point la moisson spirituelle est abondante au sein de cet océan de souffrance. La mission n’est pas stricto sensu une ONG. Elle est là pour porter le message de Notre Seigneur Jésus-Christ. La souffrance rapproche de Dieu. Que de Philippins se sont vus réconfortés par le message évangélique qui leur est porté ! Aussi le nombre des nos fidèles a quadruplé sur ces îles dans les dernières deux années. C’est par la Communion des Saints que cette œuvre de miséricorde se voit et se verra sanctifiée dans l’Eternité.

Je vous bénis au nom de Jésus et de Marie sa mère.

Abbé Karl Stehlin
Supérieur du District d’Asie de la FSSPX

PS : Je sais que les temps sont difficiles en ce moment en France. Mais j’apprends par la presse qu’en Europe, jamais autant de billets de banque ont été dépensés pour Noël (sans compter les achats en ligne et autres). Pensez alors à aider la mission. Chèques au nom d’ACIM Asia, Dr J.P. Dickès, 2 route d’Equihen 62360 Saint Etienne-au-Mont. Reçu fiscal sur demande pour l’année 2014 ou 2015 selon la date du chèque.

[politique.net] Des écoles privées hors contrat siphonnent l'argent public

SOURCE - politique.net - 31 décembre 2014
Sur le principe, les écoles privées qui n'ont pas signé de contrat avec l'Etat ne sont pas censées percevoir d'argent public. Logique : l'Etat ne maîtrise pas le contenu de l'enseignement de ces écoles, dont certaines sont parfois accusées de dérives sectaires. Et pourtant, selon Le Canard enchaîné, des écoles privées hors contrat parviennent tout de même à toucher de l'argent public. L'astuce ? La création d'une fondation, baptisée Fondation pour l'école, qui a été reconnue d'utilité publique par l'Etat en 2008.

D'après l'hebdomadaire, "grâce à ce label, la Fondation pour l'école peut offrir à ses donateurs des réductions d'impôts, allant jusqu'à 75% pour ceux qui sont soumis à l'ISF, et elle distribue cet argent à des écoles privées hors contrat". En 2014, ce sont près de 72 établissements qui ont touché près de 2,3 millions d'euros. Des dons largement défiscalisés, ce qui représente, de fait, une aide financière de l'Etat.

Qui sont les établissements bénéficiaires? Interrogée à ce sujet, la directrice générale de la fondation a refusé de répondre "pour ne pas faire de la mauvaise publicité à des établissements en difficulté". Manière aussi de ne pas faire de publicité à des écoles qui n'ont pas forcément bonne réputation. Comme le rappelle Le Canard, "sur les 600 écoles référencées par la Fondation, beaucoup sont dirigées par des calotins, comme celle de la Fraternité Saint-Pie-X, une congrégation ultra-réactionnaire en rupture avec Rome". Voilà de l'argent public bien utilisé.
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Source : Jérémie Demay, "Comment les écoles intégristes siphonnent l'argent public", Le Canard n° 4901 - 01.10.14

29 décembre 2014

[Credidimus Caritati - Bulletin du Séminaire International Notre-Dame Corédemptrice (FSSPX)] Ordinations Sacerdotales

SOURCE - Credidimus Caritati - Bulletin du Séminaire International Notre-Dame Corédemptrice (FSSPX) - décembre 2014

Seigneur, donnez-nous des prêtres! Seigneur, donnez-nous beaucoup de saints prêtres! Telle est l'invocation récitée chaque jour au séminaire après le chapelet. Et le bon Dieu nous exauce. Après la neuvaine à l'Esprit-Saint récitée durant la semaine avant les ordinations, il semble que son Amour ne peut plus se retenir, et oubliant l'ingratitude et les péchés du monde, il ne refuse pas de nous donner plus de prêtres. Toutes les prières du monde chrétien portent du fruit dans notre église, ce 20 décembre, quand la très sainte Trinité forment trois nouveaux Christs sur la terre.

En effet, le grand idéal de tous les séminaristes est de donner leur vie pour Dieu et pour les âmes, idéal qui les conduit à abandonner tant de choses, et qu'ils découvrent être, durant leur formation, une chose encore plus grande qu'ils ne pensaient. C'est pourquoi ils ont encore plus confiance en la Toute-puissante divine: «je puis tout en celui qui me fortifie!».

Et au terme de chaque année, cet idéal sublime devient réalité pour quelques-uns d'entre eux, modèles des autres, recevant l'onction qui les consacre à tout jamais au service de Notre-Seigneur. Combien d'espérances, de travaux et d'années passées en vue de ce jour. Saint Augustin disait que «Dieu qui t'a racheté sans toi, ne te sauvera pas sans toi», et nous avons un exemple dans ces jeunes prêtres de la collaboration de l'homme à l'œuvre de la Rédemption, secondant l'action de la grâce, en don- nant la meilleur réponse à l'attrait irrésistible du Sacré-Cœur.

Monsieur l'abbé Fernando Mönckeberg
Monsieur l'abbé Fernando Mönckeberg, 32 ans, né au Chili, entendit parler pour la première fois de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, à travers des cousins. Le temps passant, en quatrième année de ses études d'architecture, il put faire un échange universitaire en Italie, où son goût artistique lui fit comprendre la grandeur de l'esprit chrétien que avait édifié tant de merveilles. De retour à son pays, et déjà travaillant comme architecte, il voulut assister à une messe au prieuré de Santiago, ce qui fut suffisant pour ne plus l'abandonner. A ce sujet, il nous dit : « Je crois que deux choses attirèrent mon attention : la beauté de la liturgie (de fait la beauté est quelque chose d'important pour un architecte) et la prédication des prêtres (les brebis reconnaissent la voix du pasteur, dit Notre-Seigneur, et j'ai pu y reconnaître sa voix) ». Avec le temps, il fit connaître aux prêtres son désir de se consacrer à Dieu, et deux ans plus tard il entra au séminaire. En considérant cette étape de formation, il la qualifie de « temps rempli de grâce », en lequel « la Providence forme Notre-Seigneur en nos âmes » et en lequel nous acquérons « un regard d'unité en tout ce qui se rapporte à Dieu ».
Monsieur l'abbé Felipe de Echazù
Monsieur l'abbé Felipe de Echazù, 32 ans, est né en Argentine. Il est issu d'une famille consciente de la crise religieuse et connaissant l'action de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, mais qui vivait loin de nos prieurés. Il nous relate une anecdote de son enfance, alors que quelques camarades, voyant le piété de sa famille, lui demandèrent s'il voulait devenir prêtre, sa réponse fut : «Oui, si je trouve de bons prêtres!». Lorsqu'il put aller à l'université à Buenos Aires, sa mère lui conseilla d'aller à la messe au prieuré. Ce fut son premier contact avec la Fraternité et les bons prêtres qu'il recherchait. Il participa au groupe de jeunes du prieuré, appelé Legión Macabea, et en travaillant dans un tribunal national, après avoir étudié le droit, il désira se consacrer au service d'une autre justice, de la Justice (en majuscule). Il entra à l'année de pré-séminaire, appelée année d'humanités, et après 7 années supplémentaires d'études et de prières, il les résume ainsi : « le séminaire…le paradis sur terre, je ne peux rien dire d'autre». 
Monsieur l'abbé Santiago Villanueva
Monsieur l'abbé Santiago Villanueva, 25 ans, né également en Argentine, naquit dans une famille fréquentant déjà la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, ce qui le préserva de nombreux dangers, le mit en contact avec de bons prêtres et de bonnes amitiés. Il n'avait pas pensé sérieusement à la vocation, jusqu'au jour où, sous le conseil d'un ami du prieuré, et ce avec très peu d'arguments, selon ce qu'il dit, il se résout à entrer à l'année d'humanités. L'abbé nous dit que : « une fois dans l'ambiance du séminaire, les choses vinrent naturellement et je fus convaincu (en réalité ce fut la grâce qui me convainquit) que nulle part ailleurs mon âme pourrait être aussi heureuse. Le séminaire est une authentique école de vie, où, en plus de l'étude sacrée et de la prière, on apprend à se forger dans la vertu, à se connaître soi-même, à voir les choses avec plus de sérénité, équité, et même, sagesse». Comme conseil aux jeunes, M. l'abbé dit deux choses : «premièrement, que toute vocation exige sacrifice y renoncement, et qu'ils ne se trompent pas en souhaitant la carrière idéale, avec le travail idéal et l'épouse idéale, et secondement, qu'ils ne s'effrayent pas en se posant la question de la vocation, parce que suivre Dieu de cette façon est une bénédiction, un trésor caché, un bonheur pour l'âme que uniquement ceux qui le vivent peuvent comprendre».

[Abbé Davide Pagliarani,fsspx - Supérieur du séminaire de La Reja] En route pour 2015

SOURCE - Abbé Davide Pagliarani, fsspx - Supérieur du séminaire de La Reja - Décembre 2014

Nous projetant vers l'année prochaine, chers amis, nous vous souhaitons la paix et la grâce de Notre-Seigneur, qu'Il vous fortifie à son service dans l'allégresse d'être ses enfants choisis : «Gaudete, iterum dico gaudete».

Au séminaire, nous espérons de Dieu d'autres grâces aussi grandes et même davantage en 2015 que celles que nous avons reçues en cette année qui s'achève. La partie principale de la préparation sera, comme cette année : le chapelet en premier lieu, le retraite, la messe de saint Thomas d'Aquin et le pèlerinage à la basilique de Lujan.

Nous savons également que tous, explicitement ou implicitement, vous avez prié pour nous cette année et pour tous les séminaires de la FSSPX, et nous souhaitons renouveler notre demande de collaboration : priez pour nous le chapelet en famille, offrez vos communions et sacrifices, demandez aux enfants, aux religieux et religieuses que vous connaissez qu'ils prient pour nous, et souvenez-vous de ce séminaire quand vous allez en pèlerinage dans les grands sanctuaires du Vieux Continent, devant les dépouilles des Apôtres et des reliques miraculeuses des saints, et que toujours la grâce vous meuve à prier un Ave Maria pour ces séminaristes qui cherche la grâce de pouvoir servir dignement la volonté de Dieu.

On raconte dans la vie de saint Philippe Néri, que à un certain moment de sa jeunesse il pensa se diriger vers les missions. Mais quelqu'un l'avertit qu'il restera à Rome, puisqu'on fait plus de bien en sauvant une âme à Rome que plusieurs ailleurs. Nous savons aussi que, d'une certaine manière, le bien envers un séminaire est plus grand, parce que là sont formés ceux qui demain conduiront les âmes au ciel et leur ouvriront les portes de la grâce. Notre-Seigneur veut que nous priions les uns pour les autres et Il a un trésor infini qui n'attend que nos prières : «cherchez et vous trouverez, frappez et on vous ouvrira, parce que si Dieu traite ainsi les oiseaux des cieux, combien plus Il fera envers vous, hommes de peu de foi ».

Certains que vous ferez cela et beaucoup plus, nous vous assurons de nos prières quotidiennes à la Sainte Messe et au pied du tabernacle. La Divine Providence ne nous abandonnera jamais et dirigera les événements pour le bien de ceux qui l'aiment, c'est pourquoi nous devons voir en tous son attention paternelle.

D'un autre côté, nous savons que Dieu ne veut pas œuvrer toujours par des miracles, et œuvre normalement par des causes secondes, comme dit la théologie. A ce propos, nous nous permettons de vous demander d'être des instruments de Notre-Seigneur et de nous aider aussi matériellement.

Nous savons que vous ne vous laisserez pas vaincre en générosité, et que comme, un jour l'Europe nous donna la foi et la civilisation, elle continuera à veiller pour arracher le monde de la barbarie moderne et refaire la Chrétienté. Et combien importante est la formation sacerdotale pour cette restauration.

Votre aide économique nous permettra de maintenir cette maison. En 2015, nous aurons, à l'aide de Dieu, environ 40 membres dans la communauté, entre les pré-séminaristes, séminaristes et frères, en plus de 6 prêtres et 7 sœurs. La situation économique de l'Amérique Latine est compliquée, spécialement en Argentine, où l'inflation fait monter périodiquement les prix ; également les voyages des séminaristes sont très coûteux à cause des distances du continent américain. Par exemple, entre Ciudad Juarez (Mexique) – d'où sont venus quelques pré-séminaristes – et le séminaire à Buenos Aires, il y a la même distance qu'entre Saint-Jacques de Compostelle et Bagdad.

Et même si tous les séminaristes pouvaient payer la pension, nous ne parviendrons pas à couvrir tous les frais qui proviennent de deux sources : le maintien habituel (électricité, gaz, nourriture, matériel de nettoyage, matériel de sacristie, etc) et les réparations extraordinaires de l'édifice, dont la partie principale fut construite et supervisée par monseigneur Lefebvre (photo de gauche), les bâtiments ont donc déjà quelques années, et apparaissent les fuites avec la nécessités de réparations constantes. Les courses aussi demandent des voitures suffisamment grandes, et notre Renault Kangoo et Renault Master nécessitent d'être changées de toute urgence.

S'ajoutent les frais de maintien du couvent des sœurs de la FSSPX chargées de l'école du Niño Jesus, dont les bâtiments anciens, antérieur à l'achat de la propriété dans la décade de 1980, ont besoin de constantes réparations, spécialement changer la toiture de la chapelle et refaire le bâtiment de buanderie.

Cela fait beaucoup, mais nous sommes sûrs de la protection maternelle de la Vierge Corédemptrice, ainsi que de votre aide fraternelle, bien chers amis et bienfaiteurs.

« Venez les bénis de mon Père, prendre possession du royaume qui vous a été préparé depuis la création du monde. Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; ... j'étais nu et vous m'avez vêtu... » (25, 34).

Que Dieu vous bénisse.

Abbé Davide Pagliarani, Supérieur du séminaire de La Reja en Argentine

[Liturgia] Nouvelle église pour les Milanais attachés au rit ambrosien traditionnel

SOURCE - Henri de Villiers - Liturgia - 29 décembre 2014

C’est avec une grande joie que les fidèles milanais attachés au rit ambrosien traditionnel ont accueilli l’annonce que Son Eminence Angelo, cardinal Scola, archevêque de Milan, leur accordait une nouvelle église plus adaptée aux besoins de leur liturgie & de leur communauté.

Désormais, c’est l’église Santa Maria della Consolazione, connue aussi sous le nom de Santa Maria al Castello ou de Madonna del Castello (car située à deux pas du château des Sforza), qui recevra les liturgies célébrées dans le vénérable et antique rit de saint Ambroise.

Cette église fut édifiée sur ​​l’esplanade du château en 1471 comme oratoire de celui-ci par Galeazzo Maria Sforza et dédiée à Notre-Dame de la Consolation par le vouloir propre de ce duc de Lombardie. L’église fut confiée en 1492 aux frères augustins qui ont ajouté un petit couvent démoli probablement au cours de travaux d’agrandissement du château. En 1599, l’église actuelle fut reconstruite à l’emplacement où elle se trouve aujourd’hui.

L’intérieur fut décoré avec par quelques-uns des artistes les plus importants de Lombardie au XVIIème siècle. Le plafond lambrissé abrite des peintures par Camillo Procaccini (1561 † 1629). Le retable exquis du maître-autel, représentant la Vierge de la Consolation, remonte à 1502. La troisième chapelle à droite recèle un tableau de valeur d’Enea Salmeggia (1558 † 1626), le Martyre de saint André, apôtre, peint en 1604. La façade néo-classique fut reconstruite en 1836 par Giovan Battista Chiappa.

L’église est idéalement située dans le centre de Milan, proche du métro, de la gare de Milan Cadorna et de nombreuses lignes de bus. A titre de comparaison, la communauté traditionnelle milanaise était abritée jusqu’alors dans une église moderne en béton, sans grand intérêt architectural ni historique, assez loin du centre, San Rocco al Gentilino. La Schola Sainte Cécile avait eut l’honneur de chanter dans cette église la messe dominicale en rit ambrosien célébrée par don Federico Gallo lors de son pèlerinage à Milan en 2013.

Les offices traditionnels ambrosiens débuteront à Santa Maria della Consolazione le dimanche 11 janvier 2015, premier dimanche après l’Epiphanie. La messe sera chantée comme précédemment chaque dimanche et fête de précepte à 10h.

Pour tout renseignement si vous envisagez de séjourner à Milan et d’y découvrir les richesses de la liturgie ambrosienne, vous pouvez écrire à l’adresse suivante : messatradizionale.milano@gmail.com

27 décembre 2014

[Peterp - Cathinfo] Une nette division au sein de la Résistance

SOURCE - Peterp - (publié en anglais sur) Cathinfo - 27 décembre 2014

Il y a maintenant une nette division au sein de la Résistance. En Angleterre, The Recusant s’est placé derrière l’abbé Pfeiffer et il a été expliqué à Mgr Williamson qu’il ne pouvait plus dire la messe pour eux. Les partisans de Mgr Williamson (la plupart d’entre eux le suivent en raison de ses positions dans le domaine profane) continuent d’assister aux messes de la FSSPX. L’abbé Abraham lui non plus n’est plus accepté pour dire la messe pour The Recusant (peut-être en raison de ses vues non una cum). Désormais, l’édito de la revue n’est plus rédigé par le fidèle bras droit de Mgr Williamson. Le site internet et la revue seront certainement mis à jour en temps et en heure et leur soutien à l’Initiative Saint-Marcel sera sans doute retiré. Il semble que les lignes sont en train de se redessiner. Voilà une nouvelle organisation face à des prêtres tout simplement indépendants. Il est temps de choisir son camp.

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Le Bon Sens de Mgr. Lefebvre – II

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 27 décembre 2014

Vers Rome un grand Archevêque, oui, a été très loin.
Mais que peut-on faire lorsque les esprits, à Rome, sont faussés ?

Il y a douze semaines (le 5 octobre) ce « Commentaire Eleison » a présenté une première série d’extraits de la dernière entrevue publique de Mgr. Lefebvre qu’il a donnée à la revue Fideliter début 1991. Voici maintenant une seconde et dernière série d’extraits, légèrement édités dans un souci de brièveté et clarté :—
Q : Quelles conclusions peut-on tirer de la Fraternité St Pie X après vingt ans de son existence ?
R : Le Bon Dieu a voulu la Tradition catholique. Je suis parfaitement convaincu que la Fraternité est le moyen que Dieu a voulu pour aider et maintenir la Foi, la vérité de l’Église. Nous devons continuer fidèlement à garder les trésors de l’Église, en espérant qu’un jour ils puissent reprendre la place qu’ils n’auraient jamais dû perdre à Rome.
Q : Vous dites souvent que, plus que la liturgie, c’est maintenant la Foi qui nous oppose à la Rome moderne.
R : Certainement, la question de la liturgie et des sacrements est très importante, mais le plus important est la question de la Foi. Ce n’est pas un problème pour nous. Nous avons la Foi de toujours, du Concile de Trente, du Catéchisme de Saint Pie X, de tous les Conciles et de tous les Papes d’avant le Concile Vatican II. Pendant des années ils ont essayé à Rome de montrer que tout dans le Concile était pleinement conforme à cette Tradition. Maintenant ils sont en train de montrer leurs vraies couleurs en disant qu’il n’y a plus de Tradition ni de Dépôt à transmettre. Que la Tradition dans l’Église n’est autre que tout ce que le Pape dit aujourd’hui. Vous devez vous soumettre à tout ce que le Pape et les évêques disent aujourd’hui. Voilà leur fameuse ‘Tradition Vivante’, qui fut l’unique fondement de notre condamnation en 1988.

Maintenant ils ont cessé d’essayer de prouver que ce qu’ils disent est conforme à ce que Pie IX a écrit ou à ce que le Concile de Trente a promulgué. Non, tout cela est fini, dépassé comme dit le Cardinal Ratzinger. C’est clair, et ils auraient pu le dire il y a longtemps. Tous nos entretiens et nos discussions avec eux ont été inutiles. Et dès maintenant nous souffrons de la tyrannie de l’autorité, parce qu’il ne reste plus rien des règles du passé.

Ils nous donnent de plus en plus raison. Nous avons à faire à des gens qui ont une philosophie différente de la nôtre, une façon différente de voir, qui est influencée par toutes les philosophies modernes subjectivistes. Pour eux il n’y a pas de vérité stable, il n’y a pas de dogme. Tout évolue. C’est vraiment la destruction maçonnique de la Foi. Heureusement que nous pouvons nous autres nous appuyer sur la Tradition !
Q : Vous avez insisté sur le fait que vous êtes sûr que la Fraternité a été bénie de Dieu, parce que, à plus ieurs reprises, elle aurait pu disparaître.
R : Oui, vraiment. Elle a eu continuellement à souffrir de puissantes attaques. Ce fut très douloureux, mais nous devons néanmoins croire que la ligne de la Foi et de la Tradition que nous suivons ne peut disparaître, parce que Dieu ne peut permettre que son Église disparaisse.
Q : Que pouvez-vous dire à ceux de vos fidèles qui espèrent encore qu’un accord soit possible avec Rome ?
R : Nos véritables fidèles, ceux qui ont compris le problème et qui précisément nous ont aidés à maintenir le cap ferme et droit de la Tradition et de la Foi, me disaient que les approches que je réalisais envers Rome étaient dangereuses et que je perdais mon temps. Cependant j’ai espéré jusqu’au dernier moment que nous pourrions observer de la part de Rome un peu de loyauté. On ne peut donc me reprocher de ne pas avoir fait le maximum. Donc maintenant aussi, à ceux qui me disent « Vous devez parvenir à un accord avec Rome », je pense pouvoir dire qu’à ce moment-là je suis allé même plus loin que je n’aurais dû.

Kyrie eleison.

26 décembre 2014

[Padre Mario Trejo, fsspx - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs d'Amérique du Sud] "Arrivé depuis maintenant six mois du Mexique..."

SOURCE - Padre Mario Trejo, fsspx - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs d'Amérique du Sud - décembre 2014

Chers Amis et Bienfaiteurs,
Arrivé depuis maintenant six mois du Mexique, afin de succéder à l'abbé Bouchacourt à la tête du District d'Amérique du Sud, j'ai pu découvrir l'oeuvre magnifique réalisée dans nos contrées par mon prédécesseur : prieurés, églises, écoles… Les fondations et restaurations ne se comptent plus. Tout cela, chers amis et bienfaiteurs, n'a pu se faire que grâce à votre inlassable générosité. Soyez-en dès à présent mille fois remerciés!

Au moment où vous recevez ces quelques lignes, le contexte mondial est peu réjouissant : la menace islamiste fait vibrer le monde occidental, les chrétiens d'Orient, d'Afrique et d'Asie sont persécutés et les lois antichrétiennes et contre-nature se renforcent toujours plus. N'a-t-on pas décrété le 26 novembre 2014, à la grande douleur de la fille aînée de l'Eglise et de toute âme catholique, un droit fondamental à l'avortement (1) ? Le plus grand journal d'Argentine revendiquait de son côté, le 9 janvier dernier, que le blasphème est nécessaire à toute société libre et que « le droit de blasphémer (et d'offenser de quelque manière que ce soit) est essentiel à l'ordre libéral ».(2) En parallèle, les autorités vaticanes s'éloignent davantage de l'Evangile, semant la confusion dans les âmes, comme nous avons pu le constater lors du Synode sur la famille réalisé en octobre 2014. La barque de Pierre prend l'eau de toute part et les brèches faites à la doctrine traditionnelle s'élargissent toujours plus…

Mais cette situation douloureuse ne nous décourage pas. Au milieu de cette confusion généralisée, nous voyons chaque jour, dans nos écoles et prieurés, les fruits de grâce que la Providence suscite chez ceux qui veulent vivre selon la Tradition bimillénaire de l'Eglise. Face à cette déchristianisation globale, nous avons la joie de collaborer à la restauration du Règne de Notre Seigneur sur les âmes et la société, par toutes nos oeuvres d'apostolat et d'éducation. Permettez-moi, comme chaque année, d'en recommander particulièrement quelques-unes à votre attention.

Grâce à votre aide généreuse, à celle de la Maison Générale et aux efforts de nos fidèles, les bâtiments de notre première maison de retraites spirituelles sont sur le point d'être achevés ! Cette splendide réalisation nous permettra d'organiser des exercices spirituels tout au long de l'année, ainsi que des sessions de formation pour tous les âges. Ce sera pour notre district un magnifique instrument d'apostolat. Afin de pouvoir accueillir dès que possible nos premiers retraitants, il nous reste maintenant à financer l'ameublement et la construction de l'autel de la chapelle.

A quelques centaines de mètres, toujours sur le terrain du séminaire de La Reja, notre école del Niño Jesús, que nous avons maintes fois recommandée à votre charité, nécessite de nombreux travaux de réfection. Les salles de classe prennent l'eau, le plancher s'écroule, les sanitaires s'émiettent et les impôts nous accablent… En raison des 33% d'inflation et de l'alourdissement des charges, nous avons dû augmenter de 40% les frais de scolarité… mais nous n'arrivons toujours pas à boucler la boucle. Malgré ces difficultés, il est encourageant de voir les gros efforts que font les familles pour nous confier leurs enfants. Au fil des ans, de nombreux fidèles sont venus habiter près de l'établissement, bravant l'insécurité et la pauvreté ambiantes. La zone n'est malheureusement pas très accueillante : sans compter le délabrement de la chaussée et des bâtisses, presque tous nos foyers ont été cambriolés, fréquemment à main armée… Mais cela ne décourage pas ces généreuses familles !

Les derniers mois, un nouveau projet d'école a vu le jour à Anisacate, près de l'école des Dominicaines de Saint-Pré. Nous avons miraculeusement obtenu l'approbation de l'état pour un collège secondaire de garçons, en vue de prendre en charge les élèves qui sortent de l'école primaire dont s'occupent les Mères. Nos fidèles ont fait preuve de beaucoup d'enthousiasme, s'occupant eux-mêmes de l'achat du terrain et de la pose de la clôture. Il nous reste désormais à construire les salles de classe… Un détail surprenant de cette réalisation : le projet pédagogique a été pleinement approuvé par l'administration, malgré ses orientations clairement thomistes. Ce n'est pas tous les jours que la société moderne reconnaît la sagesse de Saint Thomas! Les prières ferventes de nos Mères dominicaines en ont certainement été la cause…

En plus des écoles, avec l'aide de la Providence nous préparons l'ouverture de deux prieurés. Le premier au Brésil, à Campos, dans l'ancien diocèse de Mgr de Castro Mayer, dont la mémoire est honorée de tous. Depuis la malheureuse défection de l'Association sacerdotale Saint Jean-Marie Vianney, de nombreux fidèles se sont tournés vers la Fraternité Saint Pie X pour recevoir la foi et la liturgie de toujours. Pour répondre à leurs appels nous envisageons l'achat d'un terrain de 500 m², espérant pouvoir y construire une maison pour nos prêtres. Pour ce faire, il nous faut à présent réunir 130.000 €… D'autre part, depuis plusieurs années nous souhaitons nous établir à Corrientes, dans le nord de l'Argentine. Une à deux fois par mois, nous desservons dans la région plusieurs centres de messes, au prix de 1000 km de bus… La ferveur et la multiplication des fidèles nous invitent à nous établir définitivement dans cette province. Mais il nous faut pour cela agrandir la maison sacerdotale que nous avons déjà et en rénover la structure. Avec l'aide de Saint Joseph et la grande bonté de nos bienfaiteurs, nous comptons bien y parvenir…

Notre prieuré de Sao Paulo, au Brésil, a eu la joie de recevoir Mgr de Galarreta pour la consécration de l'autel de l'église et la bénédiction des nouvelles cloches. Ces dernières ont reçu comme nom de baptême Pia et Marcela. Vous devinez certainement quels en sont les patrons respectifs… L'embellissement de notre église continuera, si le bon Dieu veut, avec l'achat de vitraux. Notre beau sanctuaire est dès à présent comme un phare de la Tradition au sein de cette ville immense, qui compte plus de onze millions d'habitants, où malheureusement les sectes protestantes poussent comme des champignons.

L'année dernière votre aide avait permis l'achat d'une batterie pour notre école de République Dominicaine. Cette année, ce sont nos soeurs de la mission qui sont en panne de courant… Il nous faudra débourser de nouveau 1250 € pour les sauver des ténèbres… et leur permettre ainsi de poursuivre leur magnifique oeuvre d'apostolat auprès de nos missionnaires. Mais nos dépenses là-bas ne se limiteront pas à ces frais puisqu'il nous faudra aussi réaliser un nivellement de terrain (5000 €) et renouveler les véhicules, qui passent actuellement plus de temps chez le mécanicien que sur les routes… Vous le savez, notre mission et notre école vivent presque exclusivement du soutien de l'Europe. Que votre grande générosité à parrainer nos enfants soit ici vivement remerciée! Notre Seigneur a promis qu'il n'oubliera pas le verre d'eau donné à l'un de ces petits. Qu'en sera-t-il pour la bonne éducation et la transmission de la foi !

Chers amis, les projets ne manquent pas. Depuis quelques temps on nous appelle même depuis Cuba! Le District du Mexique a commencé à visiter cette île marquée par le communisme et nos prêtres de République Dominicaine iront, cette année, y prêcher la bonne parole. Fasse le ciel que nous puissions y développer un apostolat durable et que la grâce surabonde là où le péché a abondé !

Tous ces projets et réalisations, nous les confions à Saint Joseph, à vos prières et à votre générosité. Il y a tant à faire pour sauver les âmes et restaurer toute chose dans le Christ ! Tel est le bel idéal missionnaire que nous a transmis Monseigneur Lefebvre et que nous efforçons de vivre et communiquer, avec l'aide de Dieu.

Depuis l'autre côté de l'Atlantique, les prêtres, les religieux et les fidèles d'Amérique du Sud se joignent à moi pour vous faire parvenir un immense « Merci » ! Merci pour vos prières, merci pour votre aide passée, présente et future !

Que Notre Dame de Guadalupe, Patronne des Amériques, vous protège et que Dieu vous bénisse !

Padre Mario TREJO, Supérieur de District d'Amérique du Sud

[Paix Liturgique] Le flair des brebis

SOURCE - Paix Litugique - Lettre 470 - 26 décembre 2014

Cette semaine, nous nous appuyons sur le courrier d’un lecteur et du témoignage insolite qu’il rapporte pour revenir sur un thème qui nous est cher : la présence silencieuse et pacifique dans nos paroisses de tant de fidèles désireux de retrouver une liturgie plus digne et priante.
I- Le courrier de notre lecteur
Chers Amis de Paix liturgique,

Avec un peu de retard, je souhaite vous faire part, et pourquoi pas à vos lecteurs, d’une rencontre que j’ai faite lors de la Semaine Sainte. Souvent, vous parlez des Silencieux de l’Église, de tous ces fidèles qui sont demeurés fidèles à leur paroisse en dépit des changements liturgiques et doctrinaux et qui, comme ils ne se font pas entendre, passent inaperçus. Parfois, je me dis que vous exagérez ce phénomène, qui était sans doute très fort dans les années 70 mais qui me semble dépassé aujourd’hui que chacun, ou presque, peut choisir sa messe.
Le Missel de Première
Communion de dom Cabrol,
bénédictin marseillais
devenu abbé de Farnborough,
eut un grand succès tout au long
des années 40 et 50.

Dépassé ? En fait, je crois que c’est moi qui le suis ! Voici donc ce qui m’est arrivé le Vendredi Saint alors que je séjournais dans le village de mon enfance, en Bourgogne...

Il y a 30 ans, il y avait encore dans ce village un curé résident et la messe y était célébrée chaque dimanche. Aujourd’hui, fruit amer du “printemps” conciliaire, le village appartient à une paroisse regroupant près de 40 clochers et la messe n’y est plus qu’exceptionnelle.

Du coup, quand on m’a dit qu’un jeune prêtre était arrivé dans ladite paroisse et se donnait du mal pour lui redonner vie, j’ai décidé de m’y rendre en famille le Vendredi Saint, pour le chemin de croix. 

Alors que le chemin de croix était récité en français et que nul feuillet n’était nécessaire pour le suivre, un fidèle, pourtant, avait le nez plongé dans son missel. Comme cela ne manquait pas de m’intriguer, à l’issue de la célébration, je me suis dirigé vers ce monsieur pour le féliciter de son beau missel :
- C’est celui de ma première communion. C’était en 1949, me répondit-il en souriant. Depuis, je le prends toujours avec moi.
- Même le dimanche ?
- Surtout le dimanche !
- Vous allez donc à la messe à Dijon, alors ? Nous aussi, quand il nous arrive d’être dans la région, enchaînai-je sûr de mon fait. (NB : Aussi bien la FSSP que la FSSPX offrent la messe traditionnelle à Dijon)
- Non, me répondit-il un peu surpris, je viens toujours à la messe ici. C’est mon église. J’y ai été baptisé, j’y ai fait ma communion, mes frères aussi. Je m’y suis marié...
- Vous voulez dire que vous avez toujours gardé votre missel ancien tout en suivant la messe moderne ?
- C’est bien ça. Vous savez, avec les nouveaux prêtres, la messe changeait tout le temps alors je n’y comprenais plus rien. Du coup, j’ai continué à lire la messe dans mon missel sans trop me soucier de ce que faisait le curé.
[...]
II – Les réflexions de Paix liturgique
1) Sans aucun doute, l’attitude de ce paroissien rencontré par notre lecteur est particulièrement insolite aujourd’hui. Pourtant, elle fut celle d’un bon nombre de fidèles qui, de la sorte, commencèrent à manifester leur désaccord avec la grande braderie liturgique. Elle fut aussi celle de certaines de nos grands-mères préparant leur messe dominicale dans leur missel tridentin avant d’assister à la messe de Paul VI comme si de rien n’était. Ce n’est pas pour rien si Benoît XVI introduisait le Motu Proprio Summorum Pontificum par ces lignes : « Dans certaines régions, toutefois, de nombreux fidèles se sont attachés et continuent à être attachés avec un tel amour et une telle passion aux formes liturgiques précédentes, qui avaient profondément imprégné esprit et leur culture, que le Souverain Pontife Jean-Paul II, poussé par la sollicitude pastorale pour ces fidèles, accorda en 1984, par un indult spécial Quattuor abhinc annos de la Congrégation pour le Culte divin, la faculté d’utiliser le Missel romain publié en 1962 par Jean XXIII ; puis de nouveau en 1988, par la lettre apostolique Ecclesia Dei en forme de Motu Proprio, Jean-Paul II exhorta les Évêques à utiliser largement et généreusement cette faculté en faveur de tous les fidèles qui en feraient la demande. »

2) Ce qui frappe dans l’attitude de ce fidèle bourguignon (fidélissime devrait-on écrire !), c’est qu’il n’a manifestement jamais eu l’idée de quitter sa paroisse ou, plus justement, comme il le dit lui-même, SON église. C’est là une des clés de l’action que mène Paix liturgique et que notre campagne de sondages a pris en compte : le lien entre les fidèles et LEUR paroisse voire LEUR église de quartier ou de village. Ce pieux fidèle qui suit la messe dans son ancien missel « vote » clairement : il demande silencieusement, dévotement même, que cette messe-là soit à nouveau célébrée dans le lieu où il l’a connue. Or, et l’histoire de ce paroissien l’explique bien – lui qui n’a semble-t-il jamais ressenti le besoin de manifester son désarroi voire son désaccord à ses curés quant à l’abandon de la liturgie traditionnelle –, bien des pasteurs ignorent tout de ces fidèles qui continuent en silence à participer à la vie paroissiale sans en partager les bouleversements. Du coup, ces fidèles n’existent pas et leurs aspirations demeurent méconnues.

3) La « résistance » qui s’est manifestée dans l’Église depuis le dernier concile, au moins du point de vue liturgique, soit par l’organisation de messes traditionnelles hors des paroisses, soit par des attitudes semblables à celles de ce paroissien dans son église, relève en fait de ce dont les théologiens modernes nous rebattent les oreilles, à savoir du sensus fidei, de l’« instinct de la foi » qui anime les laïcs de la base. De même que, lorsque la loi n’est pas assez claire pour s’appliquer à certaines situations concrètes, les citoyens qui aiment le bien commun agissent selon l’« épikie » –c’est-à-dire en présumant de l’intention du législateur –, de même, lorsque l’expression de l’Église enseignante fait partiellement défaut, les catholiques cohérents agissent selon leur instinct de la foi. L’attitude de ce paroissien, comme celle des familles qui parcourent jusqu’à cinquante kilomètres chaque dimanche pour assister à une messe traditionnelle, sont bien l’illustration de ce sensus fidei. Pour reprendre un thème cher au Pape François, ces fidèles manifestent qu’ils sont dotés du « flair des brebis ».

4) « On pouvait supposer que la demande de l’usage du Missel de 1962 aurait été limitée à la génération plus âgée, celle qui avait grandi avec lui, mais entre-temps il est apparu clairement que des personnes jeunes découvraient également cette forme liturgique, se sentaient attirées par elle et y trouvaient une forme de rencontre avec le mystère de la Très Sainte Eucharistie qui leur convenait particulièrement. C’est ainsi qu’est né le besoin d’un règlement juridique plus clair, que l’on ne pouvait pas prévoir à l’époque du Motu Proprio de 1988. » C’est Benoît XVI qui faisait ce constat lucide et courageux dans sa lettre aux évêques accompagnant son Motu Proprio du 7 juillet 2007. Car il en va en fait des jeunes comme des moins jeunes. Si les messes selon la forme extraordinaire du rite romain attirent beaucoup de jeunes, beaucoup d’autres jeunes, de jeunes couples en particulier, choisissent de demeurer dans LEUR paroisse. Au moins pour un temps ou pour des activités bien précises : équipes Notre-Dame, parcours Alpha, etc. Et eux aussi, souvent, ne font pas de vagues, laissant croire au curé et, surtout, au conseil paroissial, que tout est pour le mieux dans la meilleure des paroisses possibles.

5) De cela, on dit que les évêques de France sont en train de se rendre compte – plus ou moins vite selon les cas –, à savoir que le public des paroisses a profondément changé en deux générations : les « catholiques engagés » qui avaient investi avec enthousiasme les réformes liturgiques de la fin des années soixante ont, dans une proportion importante, ont vieilli, se sont lassés, voire, ont carrément quitté l'Église. Ils restent cependant en nombre suffisant pour bloquer ou au moins ralentir toute évolution salutaire. De fait, la réadaptation de la pastorale et de la liturgie à la véritable « demande » des fidèles restés fidèles ne se fait encore que lentement, timidement. Voire pas du tout.

6) « N’ayez pas peur des différences ! » exhortait le pape François le 31 octobre dernier (notre lettre 465), nous invitant à accueillir « avec joie les divers dons que l’Esprit donne à chacun et les mettre au service de tous dans l’Église ». Prenant prétexte de la résistance passive et silencieuse de ce paroissien bourguignon qui n’a jamais eu d’autre missel que celui de sa première communion, nous voyons dans les paroles du Pape un encouragement aux membres des conseils paroissiaux à sortir de leur routine et de leurs certitudes : non seulement, en droit, les paroisses ne vous appartiennent pas mais en plus, sociologiquement, elles ne vous appartiennent plus. Ouvrez donc les yeux et les oreilles et faites une place à ces paroissiens silencieux qui témoignent de dimanche en dimanche de leur esprit de paix et de fidélité, et aspirent à une vie liturgique et spirituelle différente de la vôtre. Faites l’expérience de vous ouvrir au missel de saint Jean XXIII et vous verrez que la vie de la paroisse ne s’en portera que mieux.