31 octobre 2019

[FSSPX Actualités] Une Eglise qui marche sur la tête : Entretien avec l’abbé Davide Pagliarani, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X

SOURCE - FSSPX Actualités - Abbé Davide Pagliarani - 12 septembre 2019

Monsieur le Supérieur général, des événements importants sont attendus d’ici la fin de l’année, tels que le synode pour l’Amazonie et la réforme de la Curie romaine. Ils auront une répercussion historique sur la vie de l’Eglise. Selon vous quelle place tiennent-ils dans le pontificat du pape François? 
L’impression que beaucoup de catholiques éprouvent actuellement est celle d’une Eglise au bord d’une nouvelle catastrophe. Si nous faisons un retour en arrière, le concile Vatican II lui-même n’a été possible que parce qu’il était le résultat d’une décadence qui affectait l’Eglise dans les années ayant précédé son ouverture : un barrage a cédé sous la pression d’une force qui était à l’œuvre depuis un certain temps. C’est cela qui permet le succès des grandes révolutions, car les législateurs ne font qu’approuver et sanctionner une situation qui est déjà un état de fait, au moins en partie. 

Ainsi, la réforme liturgique n’a été que l’aboutissement d’un développement expérimental qui remontait à l’entre-deux guerres et qui avait déjà largement pénétré une partie du clergé. Plus près de nous, sous ce pontificat, Amoris lætitia a été la ratification d’une pratique malheureusement déjà présente dans l’Eglise, notamment en ce qui concerne la possibilité de communier pour les personnes qui vivent en état de péché public. Aujourd’hui la situation semble être mûre pour d’autres réformes excessivement graves. 
Pouvez-vous préciser votre jugement sur l’exhortation apostolique Amoris lætitia trois ans après sa publication ? 
Amoris lætitia représente, dans l’histoire de l’Eglise de ces dernières années, ce que Hiroshima ou Nagasaki est à l’histoire moderne du Japon : humainement parlant, les dégâts sont irréparables. C’est à n’en pas douter l’acte le plus révolutionnaire du pape François et en même temps celui qui a été le plus contesté, même en dehors de la Tradition, car il touche directement la morale conjugale, ce qui a permis à beaucoup de clercs et de fidèles de déceler la présence d’erreurs graves. Ce document catastrophique a été présenté à tort comme l’œuvre d’une personnalité excentrique et provocatrice dans ses propos, – ce que certains veulent voir dans le pape actuel. Ce n’est pas exact, et il est inadéquat de simplifier ainsi la question. 
Vous semblez insinuer que cette conséquence était inéluctable. Pourquoi êtes-vous réticent à définir le pape actuel comme une personne originale ? 
En réalité, Amoris laetitia est l’un des résultats qui, tôt ou tard, devait se produire à la suite des prémisses posées par le Concile. Déjà le cardinal Walter Kasper avait avoué et souligné qu’à une nouvelle ecclésiologie, celle du Concile, correspond une nouvelle conception de la famille chrétienne.[1]

En effet, le Concile est d’abord ecclésiologique, c’est-à-dire qu’il propose dans ses documents une nouvelle conception de l’Eglise. L’Eglise fondée par Notre-Seigneur ne correspondrait plus à l’Eglise catholique, tout simplement. Elle est plus large : elle englobe les autres confessions chrétiennes. Du coup, les communautés orthodoxes ou protestantes auraient l’« ecclésialité » en vertu du baptême. En d’autres termes, la grande nouveauté ecclésiologique du Concile est la possibilité d’appartenir à l’Eglise fondée par Notre-Seigneur selon des modalités et des degrés différents. D’où la notion moderne de communion pleine ou partielle, « à géométrie variable », pourrait-on dire. L’Eglise est devenue structurellement ouverte et flexible. La nouvelle modalité d’appartenance à l’Eglise, extrêmement élastique et variable, selon laquelle tous les chrétiens sont unis dans la même Eglise du Christ, est à l’origine du chaos œcuménique. 

Ne pensons pas que ces nouveautés théologiques soient abstraites, elles ont des répercussions sur la vie concrète des fidèles. Toutes les erreurs dogmatiques qui touchent l’Eglise ont tôt ou tard des effets sur la famille chrétienne, car l’union des époux chrétiens est l’image de l’union entre le Christ et son Eglise. A une Eglise œcuménique, flexible et panchrétienne, correspond une notion de la famille où les engagements du mariage n’ont plus la même valeur, où les liens entre époux, entre un homme et une femme, ne sont plus perçus ni définis de la même manière : ils deviennent flexibles eux aussi. 
Un pape cohérent avec les principes de Vatican II 
Pourriez-vous préciser davantage ? 
Concrètement, de même que l’Eglise du Christ « panchrétienne » aurait des éléments bons et positifs en dehors de l’unité catholique, de même il y aurait pour les fidèles des éléments bons et positifs aussi en dehors du mariage sacramentel, dans un mariage civil, et également dans une union quelconque. De même qu’il n’y a plus de distinction entre une « vraie » Eglise et des « fausses » églises - car les églises non catholiques sont bonnes quoique imparfaites – toutes les unions deviennent bonnes, car il y a toujours quelque chose de bon en elles, ne serait-ce que l’amour. 

Cela veut dire que dans un « bon » mariage civil – notamment lorsqu’il est conclu entre personnes croyantes – on peut trouver certains éléments du mariage chrétien sacramentel. Non pas que les deux doivent être mis sur un pied d’égalité ; cependant l’union civile n’est pas mauvaise en soi, mais simplement moins bonne ! Jusqu’ici on parlait d’actions bonnes ou mauvaises, de vie dans la grâce ou dans le péché mortel. Maintenant il ne reste plus que des actions bonnes ou moins bonnes. Des formes de vie épousant totalement l’idéal chrétien et d’autres qui ne lui correspondent que partiellement… Pour résumer, à une Eglise œcuménique, correspond une famille œcuménique, c’est-à-dire recomposée ou « recomposable », selon les nécessités et les sensibilités. 

Avant le concile Vatican II, l’Eglise enseignait que les confessions chrétiennes non-catholiques étaient hors du giron de la véritable Eglise, et ne faisaient donc pas partie de l’Eglise de Jésus-Christ. La doctrine de la Constitution dogmatique sur l’Eglise, Lumen gentium (n. 8), ouvre une voie pour les reconnaître comme des réalisations partielles de l’Eglise du Christ. Les conséquences de ces erreurs sont incalculables et encore en plein développement. 

Amoris lætitia est le résultat inévitable de la nouvelle ecclésiologie enseignée par Lumen gentium, et aussi de la folle ouverture au monde prônée par la Constitution pastorale sur l’Eglise dans le monde de ce temps, Gaudium et spes [2]. Et de fait, avec Amoris lætitia, le mariage chrétien ressemble de plus en plus au mariage tel que la modernité le conçoit et le profane. 

Ainsi l’enseignement objectivement déroutant du pape François n’est pas une excroissance étrange, mais bien la conséquence logique des principes posés au Concile. Il en tire des conclusions ultimes… pour le moment. 
Cette doctrine nouvelle sur l’Eglise s’est-elle manifestée par un concept théologique particulier ? 
Après le Concile, la notion de Peuple de Dieu a remplacé celle du Corps mystique du Christ. Elle est omniprésente dans le nouveau Code de droit canon publié en 1983. Mais un infléchissement s’est opéré en 1985. Il est apparu que le terme « Peuple de Dieu » devenait encombrant, parce qu’il autorisait des dérives vers la théologie de la libération et le marxisme. Il a été remplacé par une autre notion, également tirée du Concile : l’ecclésiologie de communion, qui permet une appartenance à l’Eglise extrêmement élastique ; avec elle tous les chrétiens sont unis dans la même Eglise du Christ, mais plus ou moins, ce qui fait que le dialogue œcuménique est devenu babélique, comme à la rencontre d’Assise en 1986. A l’image du polyèdre qu’affectionne le pape François : « une figure géométrique qui a de nombreuses facettes différentes. Le polyèdre reflète la confluence de toutes les diversités qui, dans celui-ci, conservent leur originalité. Rien ne se dissout, rien ne se détruit, rien ne domine rien. » [3]
Voyez-vous cette même racine ecclésiologique à l’origine des réformes annoncées dans l’Instrumentum laboris du prochain synode sur l’Amazonie, ou dans le projet de réforme de la Curie romaine ? 
Tout se ramène, directement ou indirectement, à une fausse notion de l’Eglise. Encore une fois, le pape François ne fait que tirer les ultimes conclusions des prémisses posées au Concile. Concrètement, ses réformes présupposent toujours une Eglise à l’écoute, une Eglise synodale, une Eglise attentive à la culture des peuples, à leurs attentes et exigences, surtout aux conditions humaines et naturelles, propres à notre temps et toujours changeantes. La foi, la liturgie, le gouvernement de l’Eglise, doivent s’adapter à tout cela, et en être le résultat. 

L’Eglise synodale toujours à l’écoute, constitue la dernière évolution de l’Eglise collégiale, prônée par Vatican II. Pour donner un exemple concret, selon l’Instrumentum laboris, l’Eglise doit être à même d’assumer et faire siennes des éléments tels que les traditions locales sur le culte des esprits et les médecines traditionnelles amazoniennes, qui font appel à de soi-disant « exorcismes ». Ces traditions indigènes étant enracinées dans un sol qui a une histoire, il en découle que ce « territoire est un lieu théologique, il est une source particulière de la révélation de Dieu ». C’est pourquoi il faut reconnaître la richesse de ces cultures autochtones, car « l’ouverture non sincère à l’autre, de même qu’une attitude corporatiste, qui ne réserve le salut qu’à sa propre foi, détruisent cette même foi ». On a l’impression qu’au lieu de lutter contre le paganisme, la hiérarchie actuelle veut en assumer et incorporer les valeurs. Et les artisans du prochain synode se réfèrent à ces « signes des temps », chers à Jean XXIII, qu’il faut scruter comme des signes du Saint-Esprit. 
L'Eglise du Christ n'est pas un forum ni une plateforme 
Et plus spécifiquement, quant à la Curie ? 
De son côté, le projet de réforme de la Curie prône une Eglise qui ressemble beaucoup plus à une entreprise humaine qu’à une société divine, hiérarchique, dépositaire de la Révélation surnaturelle, disposant du charisme infaillible de garder et d’enseigner à l’humanité la Vérité éternelle jusqu’à la fin des temps. Il s’agit, comme le dit expressément le texte du projet, d’opérer « la mise à jour (aggiornamento) de la Curie », « sur la base de l’ecclésiologie de Vatican II ». Dès lors on n’est guère surpris de lire sous la plume des cardinaux chargés de cette réforme : « La Curie agit comme une sorte de plateforme et un forum de communication par rapport aux Eglises particulières et aux Conférences des évêques qui ont besoin de telles expériences. La Curie recueille les expériences de l’Eglise universelle et, à partir de ces dernières, elle encourage les Eglises particulières et les Conférences des évêques… Cette vie de communion donnée à l’Eglise a le visage de la synodalité… Peuple des fidèles, Collège épiscopal, Evêque de Rome sont à l’écoute les uns des autres, et ils sont tous à l’écoute du Saint-Esprit… Cette réforme est établie dans l’esprit d’une “saine décentralisation”… L’Eglise synodale consiste à ce que “le Peuple de Dieu chemine ensemble”… Ce service de la Curie à la mission des évêques et à la communio ne se fonde pas sur une attitude de vigilance ou de contrôle, ni même de prise de décisions en tant qu’autorité supérieure… » [4]

Plateforme, forum, synodalité, décentralisation…, tout cela ne fait que confirmer la racine ecclésiologique de toutes les erreurs modernes. Dans ce magma informe, il n’y a plus d’autorité supérieure. C’est la dissolution de l’Eglise telle que Notre Seigneur l’a établie. En fondant son Eglise, le Christ n’a pas ouvert un forum de communication, ni une plateforme d’échanges ; il a confié à Pierre et à ses Apôtres la charge de paître son troupeau, d’être des colonnes de vérité et de sainteté pour conduire les âmes au Ciel. 
Comment caractériser cette erreur ecclésiologique par rapport à la constitution divine de l’Eglise fondée par Jésus-Christ? 
La question est vaste, mais Mgr Lefebvre nous fournit un élément de réponse. Il disait que la structure de la nouvelle messe correspondait à une Eglise démocratique, et non plus hiérarchique et monarchique. L’Eglise synodale telle que la rêve François est vraiment de type démocratique. Il a lui-même donné l’image qu’il en avait : celle d’une pyramide renversée. Pouvait-on plus clairement manifester ce qu’il entend par la synodalité ? C’est une Eglise qui marche sur la tête. Mais insistons, il ne fait que développer les germes déjà présents dans le Concile. 
Ne pensez-vous pas forcer votre lecture de la réalité actuelle, en voulant tout ramener aux principes du concile Vatican II, tenu il y a plus de cinquante ans?
C’est l’un des plus étroits collaborateurs de François qui nous donne la réponse. Il s’agit du cardinal Maradiaga, archevêque de Tegucigalpa et coordinateur du C6. Voici ce qu’il dit : « Après le concile Vatican II, les méthodes et le contenu de l’évangélisation ainsi que l’éducation chrétienne changent. La liturgie change. (…) La perspective missionnaire change : le missionnaire doit établir un dialogue évangélisateur (…). L’action sociale change, ce n’est plus seulement la charité et le développement de services, mais aussi le combat pour la justice, les droits humains et la libération… Tout change dans l’Eglise suivant le modèle pastoral renouvelé. » Et il ajoute, pour montrer dans quel esprit ces transformations sont accomplies : « Le pape veut amener la rénovation de l’Eglise à un point où elle deviendra irréversible. Le vent qui pousse les voiles de l’Eglise vers la haute mer de sa rénovation profonde et totale est la miséricorde ». [5]
L’on ne peut cependant pas nier que de nombreuses voix se sont élevées contre ces réformes et l’on peut raisonnablement présumer que cela va continuer dans les prochains mois. Comment jugez-vous ces réactions? 
L’on ne peut que se réjouir de telles réactions et d’une prise de conscience progressive de la part de beaucoup de fidèles et de quelques prélats, que l’Eglise s’approche d’une nouvelle catastrophe. Ces réactions ont l’avantage et le mérite de montrer que la voix qui prône ces erreurs ne peut pas être celle du Christ, ni celle du Magistère de l’Eglise. Cela est extrêmement important et, malgré le contexte tragique, encourageant. La Fraternité a le devoir d’être très attentive à ces réactions, et en même temps d’essayer de leur éviter de se fourvoyer et de n’aboutir à rien. 
Le pluralisme conciliaire rend toute opposition structurellement inefficace 
Que voulez-vous dire par là ?
Tout d’abord, il faut noter que ces réactions se heurtent systématiquement à un « mur de gomme » et il faut avoir le courage de se demander pourquoi. Pour donner un exemple, quatre cardinaux avaient exprimé leurs dubia au sujet d’Amoris lætitia. Cette réaction avait été remarquée par plusieurs et saluée comme le commencement d’une réaction qui allait produire des résultats durables. En réalité, le silence du Vatican a laissé cette critique sans réponse. Entre-temps, deux de ces cardinaux sont morts et le pape François est passé aux autres projets de réforme dont nous venons de parler, – ce qui fait que l’attention se déplace sur des sujets nouveaux, en laissant, par la force des choses, la bataille sur Amoris lætitia en plan, oubliée, et le contenu de cette exhortation semble de facto acquis.

Pour comprendre ce silence du pape, il ne faut pas oublier que l’Eglise issue du Concile est pluraliste. C’est une Eglise qui ne se fonde plus sur une Vérité éternelle et révélée, enseignée d’en haut, par l’autorité. Nous avons devant nous une Eglise qui est à l’écoute et donc nécessairement à l’écoute de voix qui peuvent diverger entre elles. Pour faire une comparaison, dans un régime démocratique, il y a toujours une place, au moins apparente, pour les oppositions. Celles-ci font en quelque sorte partie du système car elles montrent que l’on peut discuter, avoir une opinion différente, qu’il y a de la place pour tout le monde. Cela, bien évidemment, peut favoriser le dialogue démocratique, mais non le rétablissement d’une Vérité absolue et universelle, et d’une loi morale éternelle. Ainsi l’erreur peut être enseignée librement, à côté d’une opposition réelle mais structurellement inefficace et incapable de remettre les vérités à leur place. C’est donc du système pluraliste lui-même qu’il faut sortir, et ce système a une cause, le concile Vatican II.
D’après vous, que devraient faire ces prélats ou ces fidèles qui ont à cœur l’avenir de l’Eglise ?
Tout d’abord, il faudrait qu’ils aient la lucidité et le courage de reconnaître qu’il y a une continuité entre les enseignements du Concile, des papes de l’époque post-conciliaire et le pontificat actuel. Citer le magistère de « saint » Jean-Paul II par exemple pour s’opposer aux nouveautés du pape François est un très mauvais remède, d’emblée voué à l’échec. Un bon médecin ne saurait se contenter de quelques points de suture pour fermer une blessure, sans d’abord évacuer l’infection qui se trouve à l’intérieur de la plaie. Loin de nous de mépriser ces efforts, mais en même temps, c’est une question de charité d’indiquer où réside la racine des problèmes.

Pour donner un exemple concret de cette contradiction, il suffit de citer un nom entre tous, celui du cardinal Müller. Il est indéniablement le plus virulent aujourd’hui contre Amoris lætitia, l’Instrumentum laboris, le projet de réforme de la Curie. Il utilise des expressions très fortes, jusqu’à parler de « rupture avec la Tradition ». Et pourtant, ce cardinal qui trouve à présent la force de dénoncer publiquement ces erreurs est le même qui a voulu imposer à la Fraternité Saint-Pie X − en continuité avec ses prédécesseurs et ses successeurs à la Congrégation pour la Doctrine de la foi − l’acceptation de tout le Concile et du magistère post-conciliaire. Indépendamment de la Fraternité et de ses positions, cette critique qui ne s’attache qu’aux symptômes sans remonter à leur cause, représente un illogisme des plus dommageables et des plus déroutants.
La charité de vouloir « transmettre ce que nous avons reçu » 
On objecte souvent que la Fraternité ne sait que critiquer ? Que propose-elle positivement ? 
La Fraternité ne critique pas de façon systématique ou a priori. Elle n’est pas une « râleuse » professionnelle. Elle a une liberté de ton qui lui permet de parler ouvertement, sans craindre de perdre des avantages qu’elle n’a pas… Cette liberté est indispensable dans les circonstances actuelles.

La Fraternité a surtout l’amour de l’Eglise et des âmes. La crise présente n’est pas que doctrinale : les séminaires ferment, les églises se vident, la pratique sacramentelle chute de façon vertigineuse. Nous ne pouvons rester spectateurs, les bras croisés, et nous dire : « tout cela prouve que la Tradition a raison ». La Tradition a le devoir de venir en aide aux âmes, avec les moyens que lui donne la sainte Providence. Nous ne sommes pas mus par une fierté orgueilleuse, mais poussés par la charité de vouloir « transmettre ce que nous avons reçu » (1 Co 15, 3). C’est ce que nous tâchons humblement de faire par notre travail apostolique quotidien. Mais celui-ci est inséparable de la dénonciation des maux dont souffre l’Eglise, pour protéger le troupeau abandonné et dispersé par de mauvais pasteurs.
Qu’est-ce que la Fraternité espère des prélats et des fidèles qui commencent à voir clair, afin de donner une suite positive et efficace à leurs prises de position ?
Il faut avoir le courage de reconnaître que même une bonne prise de position doctrinale ne suffira pas, si elle n’est pas accompagnée d’une vie pastorale, spirituelle et liturgique cohérente avec les principes que l’on veut défendre, car le Concile a inauguré une nouvelle manière de concevoir la vie chrétienne, cohérente avec une nouvelle doctrine.

Si la doctrine est réaffirmée dans tous ses droits, il faut passer à une vie catholique réelle et conforme à ce que l’on professe. Sans quoi telle ou telle déclaration ne restera qu’un événement médiatique, d’une durée limitée à quelques mois, voire quelques semaines… Concrètement, il faut passer à la Messe tridentine et à tout ce que cela signifie ; il faut passer à la Messe catholique et en tirer toutes les conséquences ; il faut passer à la Messe non œcuménique, à la Messe de toujours et laisser cette Messe régénérer la vie des fidèles, des communautés, des séminaires, et surtout la laisser transformer les prêtres. Il ne s’agit pas de rétablir la Messe tridentine, parce qu’elle est la meilleure option théorique ; il s’agit de la rétablir, de la vivre et de la défendre jusqu’au martyre, parce qu’il n’y a que la Croix de Notre-Seigneur qui puisse sortir l’Eglise de la situation catastrophique dans laquelle elle se trouve.

Portæ inferi non prævalebunt adversus eam !
Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle !

Abbé Davide Pagliarani, Supérieur général
Menzingen, le 12 septembre 2019, fête du saint Nom de Marie
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[1] Walter Kasper, Entretien  du 7 mai 2014, Commonwealmagazine.org:  « Le  premier mariage est indissoluble. (. .. )Le  second mariage n'est pas un mariage au sens chrétien, et je serais contre de le célébrer à l'église. Mais il y a des éléments d'un mariage. Je comparerais cela à la façon dont l'Eglise catholique considère d'autres Eglises. L'Eglise catholique est la véritable Eglise du Christ, mais ily a d'autres Eglises qui ont des éléments de la véritable Eglise, et nous reconnaissons  ces éléments.  De la même manière,  pouvons-nous dire, le vrai mariage est le mariage sacramentel. Et le deuxième n'est pas un mariage dans le même sens, mais ila des éléments de mariage : les partenaires  prennent  soin l' un de l'autre,  ils sont  exclusivement liés l'un à l'autre, il y a  une intention de permanence. N ou s devons respecter d e telles  situations, comme nous le faisons avec les protestants. »
[2] Cette  constitution  est imbue de la primauté de la conscience, prône le personnalisme et insinue l'inversion des fins du mariage.
[3] Discours aux participants à la Rencontre mondiale des mouvements populaires, 28 octobre 2014.
[4] «Le contenu du projet  de réforme de la Curie : un eccclésiologie revisitée», L'Homme nouveau, 23 mai 2019.
[5] «L'Eglise de la miséricorde avec le pape François», 20 janvier 2015, www.scu.edu

[FSSPX Actualités - FSSPX Canada] Fête du Christ-Roi 2019 à l'église de la Transfiguration de Toronto

SOURCE - FSSPX Actualités - FSSPX Canada - 28 octobre 2019

Après la messe chantée, l'abbé Raymond Lillis et les fidèles de l'église de la Transfiguration à Toronto ont fait une procession avec le Saint-Sacrement dans le quartier, afin d'honorer le Roi des rois et de proclamer publiquement son règne de justice, d'amour et de paix.

La fête du Christ-Roi est traditionnellement célébrée le dernier dimanche d'octobre.

Elle a été promulguée par le pape Pie XI le 11 décembre 1925 dans l'encyclique Quas primas, dans laquelle le Saint-Père écrit : « le souverain domaine de notre Rédempteur embrasse la totalité des hommes. Sur ce sujet, Nous faisons Volontiers Nôtres les paroles de Notre Prédécesseur Léon XIII, d'immortelle mémoire : “Son empire ne s'étend pas exclusivement aux nations catholiques ni seulement aux chrétiens baptisés, qui appartiennent juridiquement à l'Eglise même s'ils sont égarés loin d'elle par des opinions erronées ou séparés de sa communion par le schisme ; il embrasse également et sans exception tous les hommes, même étrangers à la foi chrétienne, de sorte que l'empire du Christ Jésus, c'est, en stricte vérité, l'universalité du genre humain”. »

Nous rappelons aux catholiques et à tous les hommes que nous devons notre allégeance première à notre Seigneur Jésus-Christ, et non à quelque puissance temporelle que ce soit.

29 octobre 2019

[Abbé Davide Pagliarani - FSSPX] Communiqué du Supérieur général à l'occasion du synode sur l'Amazonie

SOURCE - Abbé Davide Pagliarani - FSSPX - 28 octobre 2019

Menzingen, le 28 octobre 2019

En la fête des saints Simon et Jude, apôtres

Chers Membres de la Fraternité,

Le récent synode sur l’Amazonie a été le théâtre de spectacles exécrables où l’abomination de rites idolâtres est entrée dans le sanctuaire de Dieu d’une façon inédite et impensable. De son côté, le document final de cette assemblée tumultueuse s’en prend à la sainteté du sacerdoce catholique, en poussant à l’abolition du célibat ecclésiastique et au diaconat féminin. Vraiment les germes de l’apostasie, que notre vénéré Fondateur, Monseigneur Marcel Lefebvre, avait très tôt identifiés comme étant à l’œuvre dans le Concile, continuent à porter tous leurs fruits avec une efficacité renouvelée.

Au nom de l’inculturation, des éléments païens s’intègrent de plus en plus dans le culte divin et l’on constate, encore une fois, comment la liturgie de Vatican II s’y prête parfaitement.

Devant une telle situation, nous appelons tous les membres de la Fraternité et les tertiaires à une journée de prière et de pénitence réparatrice, car nous ne pouvons rester indifférents devant de telles attaques envers la sainteté de l’Eglise notre mère. Nous demandons qu’un jeûne soit observé dans toutes nos maisons le samedi 9 novembre prochain. Nous invitons tous les fidèles à faire de même et nous encourageons aussi les enfants à offrir prières et sacrifices.

Le dimanche 10 novembre 2019, chaque prêtre de la Fraternité célèbrera une messe réparatrice, et dans chaque chapelle seront chantées ou récitées les Litanies des Saints, tirées de la liturgie des Rogations, pour demander à Dieu de protéger son Eglise et de lui épargner les châtiments que de tels actes ne peuvent manquer d’attirer. Nous invitons instamment tous les prêtres amis, ainsi que tous les catholiques qui aiment l’Eglise, à faire de même.

Il en va de l’honneur de l’Eglise romaine fondée par Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui n’est pas une foire idolâtre et panthéiste.

Abbé Davide Pagliarani

Supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

[Séminaire de Wigratzbad - FSSP] 30 nouveaux séminaristes

SOURCE - Séminaire de Wigratzbad - 7 octobre 2019
Après leur retraite de rentrée, les nouveaux propédeutes ont commencé leur formation à Wigratzbad. Nous nous réjouissons de recevoir cette année 30 nouveaux séminaristes : 17 francophones et 13 germanophones.

Avec les 15 candidats entrés au mois d'août dans notre séminaire de Denton aux Etats-Unis, la FSSP compte ainsi 45 séminaristes de première année. 

Le séminaire devient exigu, avec 90 inscrits en cette rentrée bénie de Dieu (ils n'étaient que 64 il y a deux ans). Nous égalons ainsi le record historique établi en 2011. 

La retraite de rentrée des francophones a été prêchée selon la méthode des Exercices de St-Ignace à Sankt-Pelagiberg en Suisse, par deux moines de l'abbaye de Flavigny. 

La propédeutique francophone est très internationale, avec 9 nationalités pour 17 séminaristes : cinq Français, quatre Portugais, deux Italiens, un Belge, un Brésilien, un Colombien, un Libanais, un Polonais et un Suédois.

Il en est de même dans la propédeutique germanophone, qui réunit trois Allemands, deux Polonais, un Autrichien, un Brésilien, un Croate, un Hollandais, un Suisse, un Tchèque, un Germano-Hollandais et un Germano-Polonais !

Le prochain événement approche à grands pas : c'est le samedi 19 octobre que 15 séminaristes de deuxième année recevront la tonsure et la soutane, dans la collégiale de Lindau. Il en sera de même, mais à Denton aux USA, pour huit de nos confrères. 

Merci de prier avec ferveur pour tous ces jeunes lévites!

[Isabelle de Gaulmyn - La Croix] Synode sur l’Amazonie, la fin de l’Église tridentine?

SOURCE - Isabelle de Gaulmyn - La Croix - 29 octobre 2019

Ne nous y trompons pas ; ce qui s’est passé à Rome, avec le Synode pour l’Amazonie qui s’est clos dimanche 27 octobre, marque une véritable révolution pour l’Église catholique. Même si, comme toutes les révolutions, elle s’inscrit dans le temps long. Certes, le pape François n’est pas obligé de suivre inconditionnellement les avis des pères synodaux. Cela dit, on voit mal qu’il s’en exonère, d’autant que c’est le résultat d’un processus qu’il a assez largement encouragé.
En finir avec le célibat des prêtres
Or, en demandant la possibilité pour l’Amazonie d’ordonner prêtres des hommes mariés, en envisageant la création de nouveaux «  ministères  » (c’est-à-dire de responsabilités au sein des paroisses ou diocèses), avec même la reconnaissance d’un ministère pour «  les femmes qui dirigent les communautés  », en exigeant enfin de rouvrir le débat si explosif sur le diaconat féminin, les évêques du Synode ont clairement signé la fin d’un modèle, celui qui est issu du concile de Trente et de près de cinq siècles de catholicisme.
Une Église structurée autour du « saint prêtre »
Car nous sommes encore, consciemment ou pas, largement tributaires de ce Concile, qui date pourtant du XVIe siècle. Visant à conforter une religion mise à mal par les pouvoirs des princes et la Réforme de Luther, le concile de Trente a en effet structuré le catholicisme autour de la figure du prêtre. Le clerc, célibataire, devient alors le pivot central. Il concentre sur sa personne toutes les fonctions sacrées, à partir de l’Eucharistie et de la confession. Cet imaginaire du prêtre idéal, le «  saint prêtre  » identifié au Christ, placé au-dessus des fidèles, condamnés eux à n’être qu’un simple troupeau de brebis bien dociles, a profondément marqué les mentalités de tous les catholiques, et largement favorisé le «  cléricalisme  » ambiant, y compris chez les laïcs. Même si Vatican II a rappelé en 1962 l’importance du rôle de l’ensemble des baptisés, tous appelés à être « prêtres, prophètes et rois », la figure du prêtre «  surpuissant  » est restée très prégnante sur les bancs des églises. Et la gestion de la crise des abus sexuels a montré combien les dérives de ce cléricalisme, en ce qu’il fausse la manière de concevoir l’autorité dans l’Église, pouvaient avoir de conséquences dramatiques.
Pour une biodiversité dans l’Église
C’est tout cela que le Synode pour l’Amazonie vient définitivement de condamner. Comment ? En plaidant pour une véritable «  biodiversité  » dans l’Église, qui laisse place à d’autres formes de responsabilités : à côté du prêtre célibataire classique, on aurait des hommes mariés expérimentés, et aussi des nouveaux ministères, définis en fonction des besoins locaux, et éventuellement ouverts aux femmes. En réalité cette «  biodiversité catholique  » existe déjà largement, mais on ne la voit pas. Surtout, on ne la reconnaît pas officiellement. Qui sait qu’en France la plupart des diocèses ne tournent que grâce à des femmes, laïques, formées à la théologie – plus de 12  000 aujourd’hui  –, sur lesquelles les évêques ont pris l’habitude de s’appuyer ? Qu’il existe déjà 2  700 hommes mariés diacres, qui assurent de nombreux services dans les paroisses ? Tout cela à côté de seulement 5 600 prêtres en activité…
La révolution silencieuse de l’Église de France
Cette «  révolution silencieuse  » transforme progressivement le visage de l’Église de France. Il faut désormais, comme viennent de le demander les pères synodaux pour l’Amazonie, lui donner plus de visibilité, l’officialiser, la structurer. De ce point de vue, en invitant pour la première fois, lors de leur Assemblée plénière annuelle qui débute à Lourdes le 5 novembre, des laïcs, hommes et femmes, à leurs côtés, les évêques de France vont enfin renvoyer une image moins cléricale et masculine de l’Église. Une image plus fidèle à la réalité du catholicisme en France. Et une autre manière d’en finir, là aussi, avec l’héritage du concile de Trente.

[Riposte Catholique] Nouvel apostolat pour l’Institut du Christ Roi aux États-Unis

SOURCE - ICRSP via Riposte Catholique - 22 octobre 2019
L’Institut du Christ Roi est appelé à Waterbury dans le diocèse d’Hartford (Connecticut) à 150 km au nord-est de New-York (Etats-Unis).
L’archevêque de Hartford, Mgr Leonard P Blair, a confié à la paroisse Saint Patrick de Waterbury au soin pastoral du clergé de l’Institut du Christ Roi et Prêtre Souverain. À partir du 27 octobre 2019, l’église Saint Patrick redeviendra une paroisse territoriale et le siège d’un nouvel oratoire, qui accueillera les habitants de tout l’archidiocèse qui souhaitent assister à la messe extraordinaire – communément appelée messe traditionnelle latine – et recevoir les autres sacrements catholiques dans cette même forme. Les paroissiens locaux qui ont assisté à une réunion d’information en septembre ont reçu la nouvelle avec des sourires et des mots de bienvenue pour le nouveau clergé. Depuis 1996, l’Institut est en charge de communautés paroissiales selon la spiritualité de son patron, saint François de Sales, dans quinze diocèses des États-Unis.

Le chanoine Joel Estrada de l’Institut a été nommé curé de Saint-Patrick et recteur de l’Oratoire. Il sera assisté par l’abbé Kevin Kerscher [NDLR: oblat]. La première messe traditionnelle latine à l’église Saint-Patrick sera célébrée le dimanche 27 octobre à 10h30 par le vicaire général de l’Institut, Mgr Michael Schmitz.

L’archevêque Blair a précisé : « Je suis très heureux d’accueillir l’Institut dans l’archidiocèse, non seulement pour son ministère paroissial auprès des personnes attachées à la messe traditionnelle latine, mais également pour son engagement envers la spiritualité sacerdotale de saint François de Sales. Cela enrichira et approfondira sans doute la vie spirituelle des personnes qu’ils servent, ainsi que la vie sacerdotale et la fraternité de tout notre clergé. Je demande la bénédiction de Dieu sur cette nouvelle entreprise et demande à tous d’accueillir chaleureusement le chanoine Joel Estrada à l’église Saint Patrick de Waterbury. »
L’Institut du Christ Roi est présent dans 15 diocèses d’Amérique du nord.

[Disputationes Theologicae] L’IBP a-t-il fini dans les mains de la TFP? Au sujet du Chapitre 2019

SOURCE - Disputationes Theologicae - 29 septembre 2019

Le récent Chapitre du Bon Pasteur a laissé dans l’étonnement plusieurs observateurs. Son résultat voit l’élection comme Supérieur Général d’un prêtre presque inconnu originaire d’Amérique latine. Ordonné dans la Fraternité Saint Pie X qu’il abandonna pour le diocèse de San Bernardo au Chili, il y célébra la messe réformée pendant une quinzaine d’années avant d’arriver au Bon Pasteur après 2014. Ce prêtre s’appelle Luis Gabriel Barrero et est assez peu connu par les prêtres, par les séminaristes et par les fidèles. 

Que s’est-il vraiment passé au Chapitre et comment expliquer cet événement ? Voilà la question adressée à notre Rédaction par certains lecteurs. La réponse à cette dernière est une analyse de la crise identitaire de l’Institut, étayée aussi par les confirmations récentes parvenues jusqu’à nous par des confrères de l’IBP, parmi lesquels certains Pères Capitulaires. 

Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons déjà largement écrit et argumenté, mais pour comprendre ce qui est arrivé ces derniers temps il est capital de relire nos articles couvrant la période qui s’étend de la demande de nous aligner sur l’herméneutique de la continuité, en mettant de côté concrètement la critique constructive, et de renoncer “à tout exclusivisme” (avec une réaction pas franche, pas vraiment filiale, mais servile) jusqu’au « putsch de Fontgombault » duquel est sortie la classe dirigeante de l’époque 2013-2019. Ce qui s’est passé était en partie prévisible, ne serait-ce que comme conséquence de l’anéantissement de l’identité et de la conscience selon lequel on avale ce qui est contraire à ses propres spécificités. 

En bref, au Chapitre 2019 le candidat sortant M. l’Abbé Philippe Laguérie n’a pas été réélu. On nous a rapporté qu’il a eu seulement deux voix lors de l’élection du Supérieur Général. Il s’est ensuite présenté à l’élection de simple Assistant, mais là encore on nous a rapporté qu’il a eu seulement deux voix. Son concurrent, M. l’Abbé Vella, jadis un des plus fidèles de l’Abbé Laguérie, mais qui cette fois se présentait comme candidat indépendant, a obtenu peu de voix à l’élection du Supérieur Général. M. l’Abbé Raffray, lui aussi pilier de l’administration Laguérie, devenu son concurrent au Chapitre, a eu également très peu de voix. Cependant, l’événement inattendu a été que dès le début le candidat qui avait le plus de voix était un certain Padre Barrero; certains des votants nous ont avoué que personne ne savait bien quel avait été son passé et que la plupart ignorait le fait que pendant plusieurs années il avait choisi le rite reformé en abandonnant le rite traditionnel. Sic !

Il n’a pas fallu longtemps aux Pères Capitulaires pour comprendre que toutes ces voix ne pouvaient qu’être la conséquence d’un plan lié à une composante de l’IBP dépendante de l’association brésilienne « Montfort », qui dérive d’une scission de la TFP, dont elle a su maintenir les méthodes d’organisation et les stratégies de commandement. Les électeurs français se sont trouvés en minorité, et cela aussi parce qu’il semble que l’Abbé Aulagnier - depuis toujours lié à la « Montfort » et à certains financiers du giron de la TFP qui par un complexe système “redistribuent” les dons atlantiques - ait déjà pris depuis longtemps (mais avec discrétion) le parti sud-américain, qui est particulièrement à la mode.

Le reste est connu, Padre Barrero - avec un coup de pouce de la Pologne - est devenu le nouveau Supérieur Général; l’Abbé Aulagnier a gardé sa place de premier Assistant Général; l’Abbé Vella a pu rester second Assistant Général, maigre consolation pour ce qui en substance est une défaite. L’Abbé Laguérie disparait complètement de la scène et dans le communiqué officiel il n’y a même pas les remerciements habituels. Spontanément, vient à l’esprit : “il n’a pas accepté les vrais amis, et voilà”. Concernant d’autres détails sur le déroulement et la “préparation” du Chapitre, comme ils ne sont pas essentiels à la compréhension de ce qui s’est réellement passé, mieux vaut ne pas en parler.

Les faits parlent d’eux-mêmes, il ne nous semble pas qu’il faille ajouter grand-chose, si ce n’est que la dérive que nous dénonçons depuis 2012 a connu une accélération plus rapide que prévue et que la dénaturation identitaire de la société sur le long terme a mené à une véritable “mutation génétique”. Il faut noter également que tous les membres du nouveau Conseil Général non seulement ne sont pas des fondateurs, mais qu’aucun d’entre eux n’était membre de l’Institut à l’automne 2006, lorsqu’au milieu de grands sacrifices et avec peu de monde naissait l’IBP (l’Abbé Vella arriva en 2007, l’Abbé Aulagnier en 2011 - juste à temps pour voter au Chapitre de 2012 - et le nouveau Supérieur Général seulement en 2014). Il nous semble qu’il faut renouveler un appel aux confrères de l’IBP qui nous ont contactés, reconnaissant implicitement que nous défendons encore l’identité de l’IBP-2006, la validité de cette ligne et de ces présupposés, même si désormais nous sommes réunis dans la Communauté Saint Grégoire le Grand : aujourd’hui, face à des signes si évidents, le moment de revenir sur certaines options et sur certaines stratégies utilitaristes qui ont démontré à un tel point leur échec n’est-il pas arrivé ?

La Rédaction de “Disputationes Theologicae

28 octobre 2019

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] L’abbé Bruehwiler

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 26 octobre 2019

Les fidèles regardent la doctrine avant tout,
Et non les compromis et ni les mauvais coups.

charL’analyse suivante de la situation actuelle de la Néo-fraternité Saint Pie X parut dans le bulletin paroissial n°3 de l’abbé Aloïs Brühwiler de Saint-Gall en Suisse, publié cet automne. L’abbé Brühwiler, anciennement prêtre de la Fraternité, l’a quittée en 2015 parce qu’il ne pouvait plus accepter la mauvaise direction prise par la Néo-fraternité cherchant éperdument à être reconnue par les autorités romaines, alors même que cette Néo-église insiste pour que la néo-Fraternité accepte, comme condition indispensable à cette reconnaissance, les documents profondément anticatholiques de Vatican II. Comme à l’ordinaire, nous adaptons notre commentaire aux dimensions d’une feuille A4.
Dans les temps de crise dramatique que nous traversons aujourd’hui, alors que les sources de la vie sont attaquées, déstabilisées, voire renversées, un catholique doit en toute humilité faire confiance au Bon Dieu et se placer sous Sa protection. Il doit se concentrer sur « la seule chose nécessaire » (Luc X, 42) et, se gardant de remettre Dieu en question, il doit se soumettre à l’épreuve que la Sagesse éternelle permet (voire suscite ?) comme moyen voulu par sa Miséricorde, pour nous punir, nous purifier, nous sanctifier et finalement nous sauver corps et âme. 
Après Vatican II, notre mère l’Église, humiliée et enchaînée depuis, s’est trouvée occupée et submergée par de sinistres pouvoirs francs-maçons, nichés au sein de « l’Église conciliaire ». C’est pourquoi la divine Providence, dans sa Sagesse, a donné aux catholiques un fidèle successeur des Apôtres, Mgr Lefebvre, afin de nous assurer, dans l’extrême et persistante nécessité que nous avons d’être secourus, un accès sûr à la doctrine inaltérée de Notre Seigneur Jésus-Christ. Plus l’esprit conciliaire parle et agit sous l’influence des « fumées de Satan », plus les catholiques, s’ils veulent sauver leur âme, doivent prêter attention à l’héritage doctrinal que nous a laissé le fondateur de la Fraternité St Pie X. Car, tout comme saint Paul avait averti les Corinthiens de s’en tenir à l’Évangile tel qu’il le leur avait prêché et que lui-même avait reçu du Christ (I Co XV, 1–3, etc.), de même, aujourd’hui, devons-nous nous en tenir aux leçons de Mgr Lefebvre sur la Nouvelle Messe et le Concile, car brader cet enseignement équivaudrait en réalité à évacuer la doctrine du Christ. 
Mais hélas ! peu de temps après la mort de leur fondateur en 1991, les dirigeants de la Fraternité ont opté pour une voie nouvelle, en s’efforçant de « normaliser » le statut canonique de la Fraternité au sein de l’Église, comme si c’était la Fraternité et pas l’Église conciliaire qui était en faute. Ce changement d’orientation a clairement commencé à se faire jour avec la tentative des dirigeants de la Fraternité, en 2001, de se soumettre aux conciliaires. Cela s’est manifesté encore plus clairement le 7 avril 2012 dans la lettre adressée par trois des quatre évêques de la FSSPX aux dirigeants de cette Fraternité. A la suite de quoi, l’un des quatre évêques fut exclu. La Fraternité se divisait en deux, en sorte que si quelqu’un approuvait cette exclusion à ce moment-là, il doit aujourd’hui approuver les « nouveaux amis » de la Fraternité, tel cet évêque suisse de la Néo-église, dont la doctrine concernant le Concile et la Messe est bien loin de coincider avec celle de Mgr Lefebvre. C’est ainsi que la Néo-fraternité est en train de se former selon le principe qu’un accord pratique passe avant la vérité doctrinale, principe franc-maçon et nullement catholique. Malgré cela, de plus en plus de prêtres et de laïcs aveuglés semblent espérer qu’un accord entre la Néo-fraternité et Rome verra bientôt le jour. 
Le problème remonte à Vatican II (1962–1965). A l’époque, les fidèles catholiques, dans leur famille et au travail, durent apprendre à leurs dépens ce qui se passe lorsque les responsables de l’Église s’écartent de la vérité catholique : les fidèles catholiques ne pouvaient plus suivre ces papes, ces évêques et ces prêtres, ni leur obéir, même si cette hiérarchie avait autorité sur eux, parce que la raison d’être même de l’Autorité catholique n’est autre que de servir la Foi et la Justice. Par contre le motu proprio de Benoît XVI de 2007, et le Communiqué de Presse ambigu et trompeur publié en même temps par le Supérieur Général de la FSSPX, sont deux exemples d’un mépris profond pour la vérité et la justice. Comme l’a dit Mgr Tissier en 2016, « La messe du Motu Proprio n’est pas la vraie messe. » Nous pourrions ajouter : la Néo-fraternité qui ne cesse d’évoluer depuis 1991, n’est plus la vraie Fraternité.
Kyrie eleison.

[Lettre des Dominicains d’Avrillé] Tradition

SOURCE - Lettre des Dominicains d'Avrillé - décembre 2018

Claude Lévi-Strauss, qui n’est pas suspect d’idées préconçues en faveur de la Tradition catholique, a écrit ceci :
La Révolution a mis en circulation des idées et des valeurs qui ont fasciné l'Europe, puis le monde, et qui procurèrent à la France pendant plus d'un siècle, un prestige et un rayonnement exceptionnels. On peut toutefois se demander si les catastrophes qui se sont abattues sur l'Occident n'ont pas là aussi leur origine. On a mis dans la tête des gens que la société relevait de la pensée abstraite, alors qu'elle est faite d'habitudes, d'usages, et qu'en broyant ceux-ci sous les meules de la raison, on pulvérise des genres de vie fondés sur une longue tradition, on réduit les individus à l'état d'atomes interchangeables et anonymes. La liberté véritable ne peut avoir qu'un contenu concret.
[Claude LÉVI-STRAUSS et Didier ERIBON : De près et de loin. Odile Jacob, 1989.]

[Abbé Claude Barthe - Res Novae - L'Homme Nouveau] À quoi sert le Synode des Évêques ?

SOURCE - Abbé Claude Barthe - Res Novae - L'Homme Nouveau - 17 octobre 2019

Publié dans la lettre Res Novae, à l'issue du Synode sur les jeunes, cet article n'a rien perdu de son actualité dans sa présentation de l'institution synodale et de son utilisation dans le cadre d'une société largement idéologisée à laquelle l'Eglise ne semble pas échapper totalement.

Paul VI créa le Synode des Évêques en 1965, comme un organisme permanent se concrétisant par des assemblées successives convoquées par le pape. Il est le fruit le plus significatif de la collégialité, l’un des thèmes majeurs de Vatican II, fort difficile à strictement définir. Les détracteurs de la collégialité y virent, à l’époque, l’introduction dans la constitution de l’Église d’une sorte de parlementarisme épiscopal venant affaiblir le charisme pétrinien. C’était raisonner selon des schémas doctrinaux trop traditionnels. Paul?VI, instituant le Synode, avait d’ailleurs pris la précaution de le faire de son propre mouvement de Pontife, motu proprio, et de le cantonner à un rôle consultatif.
Une institution nouvelle
En réalité, le Synode venait plus se superposer à la constitution de l’Église qu’il ne la modifiait directement. Il avait cette particularité de ne ressembler en rien aux conciles, synodes et assemblées d’évêques classiques, qui réunissaient tous les évêques de l’univers, ou tous ceux d’un pays, d’une partie du monde, d’une province. Lui, regroupait dans ses assemblées des représentants élus des Conférences nationales, de religieux élus par l’Union des supérieurs généraux, auxquels s’ajoutaient des membres nommés par le pape et les chefs des dicastères de la Curie. Il était donc censé représenter l’épiscopat de l’univers de manière inédite. Ayant donné lieu, à ce jour, à 28 assemblées ordinaires, extraordinaires ou spéciales en 53 ans, soit à plus d’une assemblée chaque deux ans, il a pris toutes les apparences d’un concile permanent, ou plus exactement du Concile tendant à devenir permanent.

Car le Synode n’a rien d’un concile classique, tranchant des points doctrinaux ou réglant des questions disciplinaires – ce qu’il n’aurait au reste pas compétence de faire dans la mesure où il n’est ni un concile général, ni un concile particulier, et qu’en outre il a seulement vocation consultative – mais il se calque sur le caractère atypique qu’a voulu se donner Vatican II en se plaçant volontairement, comme l’on sait, en matière doctrinale, en deçà du registre définitif et, en matière disciplinaire, sur un mode d’aggiornamento. Ce qui n’a pas empêché les conséquences, tant doctrinales que disciplinaires, d’être au moins aussi considérables que celles du concile de Trente. En un sens et pour des fruits tout différents. Le Synode, avec ses assemblées s’achevant par un texte de synthèse, repris ensuite par une exhortation apostolique censée en interpréter les travaux – a perpétué ce mode de gestion conciliaire de l’Église.
Un but : le consensus
À l’image de ce qui se passe dans les sociétés modernes, ses assemblées régulières entrent dans le jeu d’élaboration d’un consensus, lequel, pour l’Église, se superpose à la traditionnelle obéissance de la foi, ciment de la communion au Christ. Selon que la ligne romaine est conservatrice, le consensus est en faveur du célibat sacerdotal (assemblée de 1971), ou selon qu’elle est libérale, il ouvre les sacrements aux époux adultères (assemblées de 2014 et 2015). Le tout obtenu au prix d’interminables travaux faits de déclarations, discussions en groupes linguistiques, votes, modi, pour aboutir à une sorte de motion de synthèse finale présentée au pape pour qu’elle donne lieu de sa part à un texte, dont le titre même souligne qu’il n’est qu’exhortatif, vœu pontifical couronnant des vœux épiscopaux. On reste donc – quand bien même la ligne générale se veut traditionnelle, comme lors de l’assemblée de 1980 sur la famille chrétienne suivie de l’exhortation apostolique Familiaris consortio – dans un registre doctrinal et disciplinaire qui pour le meilleur ou le moins bon jouit d’une autorité simplement incitative. Le tout donnant l’impression d’une Église non plus amarrée sur le roc, mais évoluant tant bien que mal dans les sables mouvants de courants théologiques contraires ou contradictoires.

Ainsi l’institution synodale représente-t-elle à l’état chimiquement pur le processus du post-Concile : si Vatican II, comme événement global, a été une tentative d’adaptation du message de l’Épouse du Christ pour qu’il soit audible aux hommes de ce temps, les assemblées du Synode poursuivent sur cette lancée. Dans ce cadre, les forces conservatrices ont dépensé d’immenses efforts pour contenir cette adaptation (assemblées sur la catéchèse, la vie consacrée, la formation des prêtres, etc.) Elles l’ont fait avec la très grande faiblesse tenant au registre simplement « pastoral » sur lequel le Synode opère : ni l’assemblée, ni l’exhortation du pape qui suit n’engagent la foi. Les forces de mouvement ont au contraire bien plus de facilité à prôner l’« ouverture » qu’elles désirent (les assemblées depuis 2013), mais en délivrant un message déjà largement dépassé, tant pour les chrétiens de progrès que pour la société laïque. De toutes parts et de toutes les manières, on assiste à la dilapidation progressive de la vigueur du dépôt.

Dans ce contexte, la dernière assemblée, non seulement a souvent semblé d’un ennui mortel, mais elle a manifesté, à la manière d’un passage à la limite, l’inadéquation du système synodal à une véritable transmission. À l’intention d’une jeunesse qui a massivement cessé de recevoir une catéchèse et même de croire, de pratiquer, de se conformer à la morale chrétienne, les pasteurs de l’Église se sont contenté de disserter sur le « dialogue intergénérationnel » et de protester de leur « écoute fraternelle ». Il se peut qu’approche le moment pour des pasteurs décidés de renverser la table.

[Abbé Claude Barthe - Res Novae - L'Homme Nouveau] Prêtres mariés : la lucarne des diacres permanents

SOURCE - Abbé Claude Barthe - Res Novae - L'Homme Nouveau - 27 octobre 2019

Personne ne le conteste : le Pape François est un politique génial. Le document final de l’assemblée du Synode sur l’Amazonie le montre une fois encore.

Tout le monde attendait que le document demande simpliciter que soit désormais possible l’ordination sacerdotale d’hommes mûrs et éprouvés, des viri probati. Il n’en est rien, du moins apparemment : comme si les critiques très fortes venues de toute part avaient été entendues, l’assemblée, guidée d’une main sûre, ne s’est pas engagée en ce sens.
Elargissement
En revanche, elle propose, au n. 111 du document, l’ordination sacerdotale de diacres permanents, éventuellement mariés : il est demandé que l’autorité compétente établisse des critères pour ordonner prêtres des « hommes idoines et reconnus par la communauté, qui exercent un diaconat permanent fécond », lesquels pourront avoir une « famille stable légitimement établie ». Lucarne fort astucieuse par laquelle va pouvoir passer l’ordination des prêtres mariés, sans en avoir trop l’air.

On pourra même se prévaloir du fait que l’on se calque sur la discipline des Eglises orientales, qui font du diaconat une sorte de cliquet : les candidats au sacerdoce qui entendent se marier doivent l’être avant le diaconat, sinon, ils seront tenus au célibat sacerdotal.
Mesure « libératrice »
Ainsi donc, on pourra désormais ordonner prêtres ces presque prêtres que sont les diacres mariés. Et pour accéder au sacerdoce, les candidats mariés pourront d’abord être ordonnés diacres « permanents ». L’étape du diaconat étant au reste une obligation disciplinaire rigoureuse.

Du coup, la mesure « libératrice » n’aura aucun mal à devenir universelle. On devine que les évêques de nos régions, aussi pauvres en prêtres que l’Amazonie, à Langres, à Rodez, à Auch, ne vont pas tarder à demander à pouvoir ordonner prêtres leurs diacres permanents. Le célibat sacerdotal à l’imitation du Christ, gloire ascétique de l’Eglise romaine, aura vécu.

27 octobre 2019

[FranceTvInfo] Le pape François "demande pardon" après le vol de statuettes amazoniennes dans une église à Rome

SOURCE - FranceTvInfo - 26 octobre 2019

Une vidéo, diffusée sur les réseaux sociaux, montre deux hommes voler des statuettes considérées comme païennes par les catholiques traditionalistes.
   
"Ceci s'est passé à Rome et, en tant qu'évêque de ce diocèse, je demande pardon à ceux qui ont été offensés par ce geste." Le pape François a présenté des excuses, vendredi 25 octobre, pour le vol, dans une église de Rome, de statuettes indigènes d'Amazonie considérées comme païennes par les ultra-traditionalistes.

Une vidéo, récemment diffusée sur les réseaux sociaux, montre deux hommes non identifiés en train de dérober ces représentations de femmes nues enceintes, dans l'église Santa Maria in Traspontina, tout près du Vatican, avant de les jeter dans le Tibre depuis le pont Saint-Ange. Les statuettes ont été retrouvées, et "n'ont pas été endommagées", a souligné le pape François.
Des ultra-conservateurs outrés
Ces statuettes en bois sont apparues à plusieurs reprises dans des processions de représentants de peuples autochtones, invités à Rome à l'occasion d'un synode consacré à l'Amazonie, du 6 au 27 octobre. Elles ont suscité des remarques ulcérées des catholiques traditionalistes, qui jugent que ces objets "païens" n'ont pas leur place dans des célébrations liturgiques.

Pour le père Giacomo Costa, chargé de l'information pour le synode, "voler des objets n'est jamais une chose constructive" et parler continuellement de ces objets "n'a pas de sens". Mercredi, le prêtre avait souligné que la statuette représentait simplement "une indigène qui porte la vie". Un objet "ni païen, ni sacré" qui ne prétend pas personnifier la Vierge Marie.

19 octobre 2019

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Conversion moderne

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 19 octobre 2019


L’aide divine donne ce qu’on n’ose espérer
Quand Dieu reste avec nous pour veiller et prier.


Y aurait-il aujourd’hui quelqu’un pour penser que le Bon Dieu a renoncé au gouvernement de Son Église et du monde ? Il serait alors facile de lui opposer les témoignages qui parviennent au bureau de ces « Commentaires ». Ils montrent clairement – à tout le moins de l’avis du commentateur – que le Saint-Esprit est toujours à l’œuvre. Un catholique qui s’était éloigné de l’Eglise nous raconte ci-dessous comment il est revenu à la Foi, comment il a rencontré la Tradition catholique, et peu après, la « Résistance ». Il nous dit le sens qu’il donne à tout cela. Fait remarquable : dans la confusion et le découragement ambiant que nous connaissons tous, ce qu’il écrit ne manque ni de portée ni de sérénité, signe fort qu’il est guidé par la grâce de Dieu.
Je suis marié et ma femme m’a donné deux filles : l’aînée est presque adolescente, la seconde est encore un bébé. Je crois devoir à ma grand-mère mon retour à la Foi. Un jour, il y a cinq ans de cela, alors que je passais devant une église, j’ai soudain pensé à ma grand-mère qui avait l’habitude de dire le chapelet. Je me suis alors senti poussé à entrer dans l’église pour faire une prière. Et depuis ce moment, j’ai recommencé à prieret j’ai de nouveau assisté à la messe. Bien sûr, au début, c’était la Nouvelle Messe. Mais il y a environ trois ans, j’ai découvert l’existence de la Tradition catholique. 
Depuis lors, ma famille et moi fréquentons près de chez nous la chapelle de la Fraternité Saint Pie X. Le prêtre et les fidèles ont été très heureux de nous accueillir. Mais je n’ai pas tardé à sentir qu’il y avait dans la chapelle beaucoup de divisions. Vous imaginez facilement la difficulté que j’avais à comprendre de quoi il s’agissait. Venant tout juste d’arriver dans la Tradition, il me fallut beaucoup de patience, de courage et de ténacité pour persévérer et ne pas prendre la fuite dès les six premiers mois ! Mais notre soif de vérité et notre recherche d’enracinement ont été plus fortes que nos doutes ; si bien que nous sommes restés, grâce à Dieu. 
J’ai compris que la FSSPX constituait une partie encore saine de la véritable Église du Christ ; c’est pourquoi je reste avec ma famille, au moins pour le moment, dans la Fraternité. Mais afin de continuer à former mon jugement, je n’en écoute pas moins ce qu’ont à dire les sédévacantistes et les « résistants ». J’ai une grande admiration pour Mgr Lefebvre, véritable homme de Dieu et saint successeur des Apôtres. Voir sa Fraternité ainsi vaciller sous la pression infernale du monde est très difficile à supporter ; cela exige de nous toujours plus de prières. 
La Fraternité a sans doute encore un grand rôle à jouer, car elle continue à faire beaucoup de bien. Il en va de même pour ce qu’on appelle la « Résistance ». Elle aussi joue, et a raison de jouer, le rôle d’un garde-fou, chaque fois que la Fraternité vacille et chancelle sous les attaques du monde moderne ou face aux tentations que lui proposent les officiels de l’Eglise conciliaire. Je suis convaincu que la « Résistance » exerce une influence capitale. Alors qu’elle semble être extérieure à la FSSPX, Notre Seigneur lui permet d’exister pour faire beaucoup de bien, même au sein de la Fraternité. Personnellement, je me considère comme un résistant convaincu vis-à-vis de ceux qui louvoient et n’attaquent pas clairement et frontalement le Concile Vatican II, nettement inspiré par le diable. Tout bien considéré, comment pourrait-on vivre en vrai catholique aujourd’hui, sans résister partout et toujours ? Etre catholique ici-bas n’est sans doute pas de tout repos, mais n’est-ce pas aussi la plus belle chose qui soit ? Merci, chère grand-mère, d’avoir prié pour moi Jésus et Marie !
Durant cette vie, nous ne pouvons jamais voir Dieu. Mais, du moins nous Le voyons à l’œuvre : la dévotion d’une grand-mère ; la prière d’une âme qui débute, mais dont la démarche est décisive ; l’assistance à la Messe comme étape suivante : la Nouvelle Messe, malgré tout porteuse de quelque grâce, aussi étouffée qu’y soit la grâce de la Messe de toujours ; l’âme catholique à laquelle, par qelque truchement que ce soit, Dieu permet d’accéder à la Tradition ; le refuge dans une chapelle de la Fraternité et le bon accueil réservé aux nouveaux venus, réconfort qui, en fait, préparait l’épreuve suivante ! Épreuve surmontée grâce à tous ces besoins d’enracinement, d’amour et de recherche de la Vérité ; grâce à cette attente gardant l’esprit en veille, malgré la confusion ambiante ; l’estime pour Mgr Lefebvre et l’aversion pour Vatican II ; la réception des bienfaits communiqués tant par la Fraternité que par la « Résistance », chacun de ces mouvements procurant –sans exclusive – ce qu’il peut apporter ; la découverte du sort de tout catholique qui doit nécessairement nager à contrecourant, et enfin la gratitude pour tout ce que Dieu lui a apporté. Beaucoup de leçons en peu de mots. Que Dieu bénisse ce correspondant et les gardent, lui et sa famille, fidèles jusqu’à la mort. Il est en bonne voie.

Kyrie eleison.

13 octobre 2019

[Présent - Anne Le Pape - Abbé de Tanoüarn] La place indiscutable du rite traditionnel

SOURCE - Présent - Anne Le Pape - Abbé de Tanoüarn - 21 septembre 2019

Des élections viennent de se dérouler à l’Institut du Bon Pasteur pour choisir le nouveau supérieur général. L’abbé de Ta- noüarn, l’un des fondateurs de l’institut créé en 2006, com- mente l’actualité de l’IBP et par ricochet celle du rite tradi- tionnel.
— Monsieur l’abbé, le nouveau supérieur général de l’IBP, l’abbé Barrero, est originaire d’Amérique du Sud. Comment expliquez-vous ce change- ment de continent pour la tête de votre institut ? 
— L’abbé Barrero est Colombien. La Colombie est connue pour le narcotrafic malheureusement, mais elle est aussi l’un des pays les plus catholiques du monde. Mgr Marcel Lefebvre se référait souvent à la Colombie comme étant un pays reconnu comme catholique dans sa constitution. Il a fallu attendre les ré- formes du concile Vatican II pour que l’Eglise catholique elle-même (au nom de la liberté religieuse) fasse cesser cette exception (que l’on trouvait aussi dans le Valais suisse). Notre abbé Barrero est aussi un compatriote du cardinal Dario Castrillón Hoyos, un grand cardinal qui fut à Rome un combattant de la foi et un défenseur de la tradition. A l’heure où ce qui reste de la catholicité est en train de perdre le nord et de douter de son iden- tité – entre scandales pédophiles et synode amazonien. 
— Les maisons érigées par l’IBP en Amérique du Sud sont plus nombreuses en Amérique latine qu’en France. Comment l’expliquez-vous ? 
— Les évêques y sont, sans doute, somme toute plus accueillants car moins idéologues. En France, la doctrine officieuse face aux communautés traditionnelles, c’est : ne pas leur donner plus, institutionnellement, que ce qu’elles ont obtenu sous Benoît XVI. Ne donner qu’aux communautés qui acceptent de concélébrer, car la concélébration – à une époque où les fois sont aléatoires – représente aujourd’hui (contrairement à ce qui s’est fait dans le passé) tout ce qui reste de la communion ecclésiastique. Il y a par ailleurs un vrai problème : autrefois tous les ecclésiastiques connaissaient le rite traditionnel. Aujourd’hui beaucoup d’évêques ne l’ont vu célébrer que très circonstanciellement et ne se rendent tout simplement plus compte de la charge mystique, de la puissance spirituelle qu’il représente. Le dialogue entre les évêques et la tradition catholique n’en est pas facilité.
— Quelle est la muraille de Chine qui « bloque » les évêques français vis-à-vis de l’IBP ? Est-ce la même situation dans les autres pays d’Europe, en Italie, par exemple ? 
— La muraille de Chine, c’est un peu vieux jeu. Il y a, pour reprendre une métaphore politique à la mode, un véritable plafond de verre qui empêche les ex-sans-papiers de l’Eglise que nous sommes de nous intégrer normalement dans l’institution. C’est toujours plus fa- cile de prêcher aux Etats, en leur deman- dant d’accueillir des migrants, que de faire l’effort de vivre cette même ouver- ture à l’intérieur de la communauté ec- clésiale, en accueillant les sans-papiers de l’Eglise trop récemment régularisés. Dans les autres pays d’Europe, il me semble que la situation est la même, mais que le clivage est moins saillant. Comme toujours, la France a le génie spirituel de la radicalité. 
— Les évêques ont-ils la même réaction vis-à-vis des autres instituts Ecclesia Dei ? 
— Absolument, avec, entre ces instituts, toutes les nuances de gris que vous pouvez imaginer. 
— Pourquoi accepter la liturgie rénovée est-il si important aux yeux des évêques français ? 
— Il y a deux aspects dans votre question : il faut reconnaître la légitimité du rite rénové qui, parce qu’il a été promul- gué par un pape qui a cherché à en ren- dre la célébration obligatoire, présente extrinsèquement les caractéristiques juridiques d’un rite catholique. C’est ce que j’appelle sa légitimité. A moins de tomber dans le sédévacantisme, on ne peut pas nier ce point. Les évêques, le pape même auraient raison d’insister sur ce point, ils ne le font malheureusement pas. Cela étant dit, reconnaître la légitimité du rite rénové, cela ne signifie pas que l’on soit obligé de le célébrer. Il n’a jamais été question d’imposer à tous la célébration du même rite. Jamais dans l’Eglise romaine une telle obligation n’a été manifestée. Il suffit de célébrer un rite catholique, un rite traditionnel, pour être catholique, M. de La Palice en aurait dit autant. Saint Pie V avait maintenu l’existence de rites qui pouvaient prouver une ancienneté de plus de deux siècles, le rite lyonnais, le rite mozarabe, le rite ambrosien et quantité d’autres. On n’aurait jamais obligé un prêtre célébrant le rite lyonnais à célébrer, même une fois, le rite romain. Cette notion de rite propre existe toujours dans le droit canon. Elle permet de comprendre ceux qui, comme nous, revendiquent la célébration exclusive de ce rite. Il y a un deuxième aspect, c’est l’ecclésiologie de communion, s’inspirant de la pratique des chrétiens orthodoxes, qui de manière très classique font ainsi le lien entre le corps mystique du Christ (son Eglise) et le corps eucharistique du Seigneur. Les orthodoxes insistent sur la célébration commune comme signe de l’unité. Les catholiques, qui ne sont toujours pas sortis des turbulences de l’après-concile, trouvent dans la célébration le dernier signe capable d’exprimer une unité devenue problématique. La théorie classique des « tria vincula » (les trois liens) semble devenue trop exigeante, embrassant classiquement la profession de foi, le culte et l’obéissance. Elle est aujourd’hui remplacée en pratique par la concélébration… l’acte cultuel, indépendamment de sa signification profonde. Bien évidemment, si cette tendance se confirmait, ce serait un indicatif grave, un signal pour l’avenir de l’Eglise. 
— Ce que Benoît XVI a accordé aux traditionalistes est donc resté lettre morte ? 
— Non… Mais la fameuse théorie des groupes stables, profondément réformiste parce qu’elle tendait à reconnaître un droit aux laïcs (le droit à la messe tra- ditionnelle), n’a pas fonctionné. Le conservatisme de l’institution l’a emporté provisoirement. Les évêques dé- fendent leur pré carré et y admettent, à leurs conditions, des tradis au comptegouttes. Et les jeunes tradis se lassent et vont fredonner les mélodies et cantiques de l’Emmanuel, pensant (à tort, à mon avis) que la piété suppléera à tout. Reste tout de même, pour l’Eglise du XXIe siècle, l’intuition prophétique du pape Benoît, tentant de donner une forme canonique à l’expression du cardinal Castrillón Hoyos : « Tous les catholiques ont droit de cité dans l’Eglise. » Ce sont les traditionalistes qui portent aujourd’hui la question fon- damentale pour l’avenir de l’Eglise du droit des fidèles, face aux mutations de l’institution. Il appartient aux congrégations issues de la défunte commission Ecclesia Dei de faire valoir ce droit. 

12 octobre 2019

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Présence et puissance

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 12 octobre 2019

Tous les démons me disent : Dieu est faible et absent.
Mais c’est loin d’être vrai, en y réfléchissant.

Même si l’écroulement de « la civilisation occidentale » s’accélère, il est très nécessaire de nous rappeler que « Notre secours est dans le Nom du Seigneur », dans l’intercession de la Vierge Marie, Sa Très Sainte Mère, et dans rien ni personne d’autre. Peu de gens, même parmi les catholiques, comprennent combien le Bon Dieu nous est proche et combien Il est fort. Ils s’adonneraient peut-être plus volontiers à la prière si seulement ils s’en rendaient compte. Car aujourd’hui, seule la prière peut faire sérieusement barrage à l’avancée du mal. Par un juste châtiment de l’humanité apostate, Dieu a laissé passer sous le contrôle de Ses ennemis tout autre moyen d’influence et de pouvoir.

Mais qui est Dieu ? Le Père Tout-Puissant, créateur du ciel et de la terre, de toutes choses visibles et invisibles.

Tout d’abord, Il est Père, c’est à dire Créateur du ciel et de la terre. Mais il ne l’est pas seulement à la manière d’un fabricant qui façonne un produit et le laisse ensuite faire son propre chemin dans le monde. La meilleure comparaison qui puisse illustrer le soin de Dieu et son amour pour Ses créatures, c’est l’amour qu’un homme peut porter à ses enfants, normalement jusqu’à sa propre mort ou à la mort des enfants, voire au-delà. Toutefois, alors que l’amour d’un homme est fini, l’amour de Dieu est infini.

Ensuite, Il est Tout-Puissant. Peut-être la façon la plus simple de saisir la force ou la puissance de Dieu est-elle d’accepter ce qu’enseigne l’Église : Dieu est Créateur, et tout ce qui existe est créature de Dieu. Par cette création, toutes choses sont sorties à partir de rien. Par contre, chaque fois que nous autres, êtres humains, « créons » quelque chose, c’est toujours à partir d’un matériau préexistant : par exemple une chaise faite de bois, une maison de briques, des briques d’argile, et ainsi de suite. Plus j’y pense, plus il m’est difficile de concevoir quoi que ce soit créé à partir de rien, pour la bonne raison que tous les changements que je constate autour de moi procèdent à partir de quelque chose. Si je pouvais concevoir quelque chose sortant de rien, je commencerais à saisir le sens de Tout-Puissant.

Enfin, Il est Créateur de toutes choses. D’abord toutes les choses matérielles « visibles », jusqu’au bout de la plus lointaine des galaxies. Saint Ignace de Loyola se tenait dehors la nuit à Rome, et regardait les étoiles pour absorber la leçon qu’elles ne cessent de donner de l’infinie puissance de Dieu. Ensuite toutes les choses spirituelles ou « invisibles », telle que l’âme qui donne la vie, les facultés de raison et de libre arbitre à tout être humain durant sa vie ; sans parler de l’ordre immatériel des neuf Chœurs des anges. Doute-t-on qu’ils existent, parce qu’ils sont immatériels ? Mais doute-t-on qu’il faille bien plus d’une intelligence humaine pour organiser le mal tel qu’il s’étale autour de nous aujourd’hui ?

Toutefois, même si beaucoup de personnes sont prêtes à admettre que sans un Créateur rien ne pourrait accéder à l’existence, ce que peu de gens comprennent, c’est que l’action créatrice de Dieu se poursuit à chaque instant pour maintenir les choses dans l’existence. De sorte que, si Dieu cessait un instant de soutenir dans l’existence un être existant, celui-ci retomberait sur l’instant dans le néant. Une comparaison, servant de modèle, peut aider à faire comprendre cela. Pour démarrer un train électrique, le conducteur doit tirer vers lui ce qu’on appelle un « levier d’homme mort », et il doit continuer à le tirer vers lui pour que le train avance. Car ce levier fait partie d’un système de sécurité également appelé « veille automatique ». Le levier est rattaché à un ressort en sorte que si on le relâche, il rebondit automatiquement, provoquant l’arrêt du train. De cette façon, le train est protégé contre une marche incontrôlée si, par exemple, le conducteur est victime d’un malaise à son poste. Ainsi, le train démarre lorsqu’on tire le levier, mais il faut continuer à le tirer pour que le train continue à rouler.

De même, Dieu crée un être en lui conférant l’existence dès son premier instant. Mais cela ne servirait à rien si cet être n’était pas maintenu par cette action créatrice, ou si la créature n’était pas « conservée » pour la durée prévue de son existence. Comme la première traction sur le levier permet le démarrage du train, ainsi la prolongation de cette traction est nécessaire pour que le train continue d’avancer. Aussi la seule différence entre la création et la conservation d’une créature par Dieu est-elle la différence entre le premier moment de son existence et tout moment suivant. Ainsi, à chaque instant de mon existence, Dieu est actif en moi, créateur en moi, conservant à la fois mon corps et mon âme. Dieu est donc davantage présent à moi et à tout ce qui est en moi plus que je ne le suis à moi-même, car Il opère en moi ce que Lui seul peut opérer, à savoir me tenir hors du néant. Comment pourrais-je encore douter de Sa Toute-Puissance ? Comment pourrais-je mettre en doute qu’Il soit proche de moi ? Ou qu’Il se soucie de moi ?

Kyrie eleison.

6 octobre 2019

[Abbé Guillaume de Tanoüarn - Boulevard Voltaire] «L’Église devient comme une sorte d’ONG»

SOURCE - Abbé Guillaume de Tanoüarn - Boulevard Voltaire - 1er octobre 2019

Une statue en bronze représentant 140 migrants sur une embarcation a été érigée à l’occasion de la 105e journée mondiale du migrant et du réfugié. Cette statue a été installée place Saint-Pierre au Vatican. Cette décision a fait réagir. Certains y voient un très beau signe de fraternité, d’autres au contraire un signe de démagogie. Quel est votre point de vue ?
Je crois que c’est ni la fraternité ni la démagogie que ce groupe sculpté signifie, mais une nouvelle conception de l’Église. L’Église jusqu’à maintenant été l’arche du salut pour les individus et les sociétés. Son rôle, historiquement dans cette religion de salut qu’est le christianisme, est de prêcher ce salut spirituel, ce salut surnaturel. Or, beaucoup d’hommes d’Église ont été sensibles à la philosophie de Polnareff, vous savez : « on ira tous au paradis, même moi ». La question du salut est complètement démonétisée aujourd’hui. Parmi les intellectuels, elle ne signifie plus rien.
     
C’est la marque de l’insignifiance de sa mission d’origine qui a poussé l’Église à devenir quelque chose comme une O.N.G., une organisation non gouvernementale, au service de causes. Ces causes sont choisies et il ne me revient pas de juger de la légitimité du choix de cette cause des migrants. Il y a dans ce phénomène beaucoup de détresse et tous les migrants ne sont pas des agresseurs, même si dans le contexte social actuel ils sont perçus comme tels, et on peut le comprendre. La question n’est pas tellement le choix de tel ou tel sujet, mais le fait que l’Église soit en quête de sujets auxquels se dévouer. Ce qu’on appelle en latin instrumentum laboris, pour le synode amazonien qui aura lieu à Rome dans quelques jours, c’est exactement la même démarche avec un autre thème, celui de l’écologie. L’Église se met au service de la cause écologique, comme elle se met au service de la cause des migrants.
     
Vous remarquerez que ce sont deux causes très politiquement correctes. L’Église cherche manifestement à plaire au monde à travers ce choix. Mais surtout, elle change de nature. Le fait d’inscrire cela dans un bloc de bronze place Saint-Pierre est à cet égard significatif. Certains appellent cela un deuxième souffle de l’Église, une Église comme O.N.G., mais ce qu’il n’en reste pas moins un changement complet dans sa nature et dans ses perspectives. Si l’Église ne prêche plus le salut, elle va prêcher des causes humaines et se mettre à la disposition de la planète pour ce faire.
On ne peut s’empêcher de penser à ce qu’était devenue l’Église dans Le camp des saints de Raspail, une Église totalement incapable de jugement moral. En sommes-nous là aujourd’hui ?
L’Église se veut en apesanteur, en quelque sorte, sur la planète. Elle se voudrait ne pas être plus l’Église des chrétiens que des non chrétiens. Elle voudrait vraiment être cette O.N.G. laïque au sens abstrait de ce terme. Elle voudrait être là pour tout le monde. Quand le pape François avait ramené de l’île de Lesbos des personnes qui étaient toutes musulmanes, alors que des chrétiens souffrent tout autant et qu’il avait refusé de s’intéresser aux chrétiens pour s’intéresser aux musulmans, c’est le même genre de démarche. À Abu Dhabi, on est en train de construire sur une île, avec la bénédiction du Saint-Père, une sorte de monument aux trois monothéismes, où les trois monothéismes ont la même place. C’est une autre cause, c’est la cause du dialogue inter religieux. Dans cette autre cause, l’Église ne veut pas être intéressée et elle ne veut pas avoir la première place. Elle veut être une parmi d’autres. Je crois que ça lui coûtera très cher, car le message de l’Église est difficile. Alors, soit il vaut la peine, soit il ne vaut pas la peine. S’il ne vaut pas la peine, pourquoi se charger de ce message difficile ? Pourquoi vivre selon les commandements de l’Église qui ne sont pas simples à observer ?
L’église a un temps d'avance en ne jugeant pas les gens selon leur religion étant entendu qu’elle les juge égaux devant Dieu ?
Pascal disait : « l’hérésie n’est pas le contraire de la vérité, mais l’oubli de la vérité contraire ». L’Église prêche deux vérités contraires, l’universalisme et l’incarnation. L’universalisme, parce qu’en effet elle s’adresse à tout homme et quelle annonce l’appel de Dieu lancé à tout et à chacun. Elle ne fait pas de différence entre les hommes. Mais aussi l’incarnation. L’Église n’est pas idéologue. Elle ne prêche pas un ensemble d’idées. Elle prêche des réalisations et des réalités concrètes.

[Le Monde - Zineb Dryef] Un lieu dans l’actu : l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

SOURCE - Le Monde - Zineb Dryef - 5 octobre 2019

Fondé en 1970, ce monastère du Vaucluse est un haut lieu du catholicisme traditionaliste. Des opposants à la PMA pour toutes s’y sont réunis avant leur mobilisation du 6 octobre.
Un haut lieu traditionaliste
C’est dans cette abbaye bénédictine entourée de vignes et d’oliviers, au pied du mont Ventoux, que de nombreux jeunes catholiques traditionalistes se sont retrouvés le week-end du 28 septembre pour préparer leur rentrée et leur participation à la mobilisation du 6 octobre contre la PMA pour toutes. Fondé en 1970, ce lieu reçoit régulièrement des jeunes pour des moments de «formation» et compte une école catholique mixte et hors contrat qui accueille des élèves de la maternelle au CM2 – jupe obligatoire pour les fillettes, legging autorisé en cas de grand froid. Le collège de garçons est aujourd’hui fermé par manque de moyens.
Un refuge de l’extrême droite
Cette abbaye a vu son calme troublé par la visite de la police, au mois d’avril 2011, espérant y trouver Xavier Dupont de Ligonnès. Le fugitif y a séjourné, mais trente ans plus tôt. À l’époque, les moines sont proches de Mgr Lefebvre. Au milieu des années 1990, Le Monde révèle qu’ils accueillent régulièrement Jacques Bompard, Jean-Marie Le Pen et Chrétienté-Solidarité, le mouvement intégriste de Bernard Antony. L’abbaye demeure un fief de l’extrême droite. En 2013, le père Dom Louis-Marie prononçait l’homélie de Jean Madiran, journaliste maurassien, antisémite et admirateur de Robert Brasillach. L’hommage s’achevait ainsi : «Que ce qu’il a semé puisse porter beaucoup de fruits.»
Le repaire des parents Lambert
Installés dans le sud de la France, Viviane et Pierre Lambert fréquentaient régulièrement l’abbaye. Leur fille, la demi-sœur de Vincent, dénonçait l’influence de certains moines sur ses parents. «Ce monastère traditionaliste gère de très près la vie de Viviane Lambert et de mon père, expliquait-elle en mai sur Francetvinfo. C’est d’ailleurs au retour d’un voyage au Barroux qu’ils ont décidé d’attaquer en justice la décision de l’hôpital de Reims, en mai 2013.» L’un des frères de Vincent, Frédéric, devenu moine au Barroux à l’âge de 17 ans, a quitté les ordres en 2009.
Une PME florissante
Les produits d’abbaye ayant le vent en poupe, ceux du Barroux ne font pas exception : huile d’olive, nougats, savon… Ces derniers mois, les médias se sont enthousiasmés pour le succès de leurs sandales – 1.200 paires vendues chaque année, jusqu’au Japon – et pour leur vignoble. Depuis peu, les moines se sont associés aux vignerons de la cave coopérative locale et à un œnologue pour développer leur propre vin. Leur production est vendue sur Internet ainsi que sur leur application mobile qui diffuse quotidiennement en direct les offices en latin.