Ce blog n'est plus mis à jour. Les articles en ligne restent accessibles. Merci à toutes les personnes qui ont soutenu cette initiative.

31 décembre 2015

[Paix Liturgique] Retour à la Paix: Revenir à la messe traditionnelle, un entretien avec Dominique Millet-Gérard (2)

Paul Claudel et Joris-Karl Huysmans.
SOURCE - Paix Liturgique - 31 décembre 2015

Voici la seconde partie du très riche entretien donné par Dominique Millet-Gérard (voir notre lettre 253), spécialiste reconnue de Paul Claudel et professeur de littérature française en Sorbonne, à l'abbé Claude Barthe pour le recueil Reconstruire la liturgie, publié chez François-Xavier de Guibert en 1997.

Abbé Claude Barthe – Ne vous fait-on jamais, dans les milieux catholiques, le reproche d’intellectualisme ? 


Il est vrai que parfois, quand je lis le Bréviaire, je m’arrête sur une difficulté du latin et me rends compte que je ne suis plus en train de méditer mais de décortiquer la phrase ! Mais on me dit plutôt que j’assiste à la messe traditionnelle par sentimentalisme. Je peux répondre « absolument pas ! ». Car c’est aussi un exercice intellectuel. Si par exemple, il m’arrive d’aller à la messe en oubliant mon missel, je peux prier, mais je me sens privée de quelque chose, n’ayant pas entre les mains le texte sur lequel réfléchir. Je sais bien que je fais aussi un travail de littéraire sur les textes liturgiques, mais il s’agit pour moi de deux choses absolument indissociables, car ces textes sont la beauté littéraire accomplie dans l’absolu.
Tout ce que je dis à mon propos, je pourrais le dire de façon beaucoup plus intense pour Claudel qui a vécu toute sa vie en lien étroit avec la liturgie. Il tenait absolument à la messe quotidienne. Toute son œuvre s’en ressent, spécialement son Œuvre exégétique, qui est écrite au jour le jour, une espèce de grande méditation personnelle écrite au fil du texte biblique. Le théâtre lui-même, quand on le regarde de près, est également imprégné de citations bibliques faites en fonction de la liturgie du temps. On s’en rend compte, par exemple, lorsque l’on trouve deux citations qui se suivent, l’une tirée de l’épître et l’autre de l’évangile d’un même jour. Ou encore, on aura une sorte de grande thématique extraite d’un Office comme celui de la Sainte Vierge le samedi, sur le Cantique des Cantiques, les livres de la Sagesse ou l’Ecclésiastique. Tout cela mis en forme littéraire garde sa cohérence liturgique. 

Votre auteur de prédilection a justement été converti par la liturgie, comme tant d’autres, par exemple la dessinatrice Marcelle Gallois, venue entendre par caprice l’Office des Ténèbres de la Semaine Sainte chez les bénédictines de la rue Monsieur et terrassée par le chant d’une leçon de Jérémie. Il n’est pas rare que les retours à la foi d’après Vatican II se fassent malgré la liturgie en vigueur, ou même contre elle. Si le Claudel des Vêpres de Notre-Dame avait connu la réforme du Concile, qu’aurait-il dit, qu’aurait-il fait ?

Il tenait à la liturgie latine comme à la prunelle de ses yeux. Tant qu’il était à l’étranger, il n’a ressenti aucune difficulté. Il a commencé à prendre conscience qu’un problème existait lorsqu’il est revenu en France, non pas à Brangues, où la seule difficulté était que le curé qui l’entendait en confession était sourd !, mais où la messe restait la messe. En revanche, à Paris, il était très agacé par les fantaisies de Saint-Séverin. Les sarcasmes de son article dans Le Figaro littéraire, en janvier 1955, « La messe à l’envers », concernent la paroisse Saint-Séverin. 
Qu’aurait fait Claudel aujourd’hui ? Il m’est très difficile de répondre. C’était un homme d’obéissance. À la fin de l’article sur « La messe à l’envers », après avoir flétri d’une façon extrêmement violente les gens qui se permettent de jouer avec la liturgie, il écrit que cependant, si cela devenait une règle, il finirait par s’y plier. C’est un mot qui m’inquiète un peu, en ce sens que toute une part de son œuvre est rendue caduque par la réforme de Vatican II. Je m’en rends compte en faisant travailler mes étudiants, entre les mains desquels il me faut mettre un missel tridentin pour qu’ils ne passent pas à côté des rapprochements nécessaires à la compréhension. Mais je reconnais qu’il y a une différence de tempérament entre Claudel et moi. J’accepte pour ma part de « désobéir ». 

De ce point de vue vous vous sentez certainement plus proche des indignations de Huysmans ? 


Huysmans faisait partie des « désobéissants ». C’était un caractère irréductible, très différent de celui de Claudel. Mon rapport à lui est aussi différent. J’ai abordé en premier lieu le Huysmans décadent, ayant eu à donner un cours sur À rebours, qui m’a plu, amusée, intéressée. Je n’ai approché que beaucoup plus tard les romans catholiques de Huysmans. Son tempérament était beaucoup plus torturé que celui de Claudel, même si Claudel a dit qu’il a été amené à Notre-Dame de Paris, à Noël 1886, par une sorte de réflexe esthétique ou décadent semblable à celui de Huysmans, pour y entendre le chant grégorien. Mais Claudel avait commis beaucoup moins d’excès que Huysmans, c’était un homme plus prudent, plus discipliné.
Chez Huysmans le réflexe intellectuel est toujours premier : c’est d’abord un cerveau qui analyse et réfléchit, qui découpe et scrute. La première partie d’En Route, cette recherche de la beauté liturgique, est très caractéristique. Quand mon mari, qui est protestant, a lu cette première partie, elle lui a semblé désopilante, il ne comprenait pas que l’on pût prendre cette conversion esthétique et « ratiocinante » au sérieux. Huysmans a cherché la beauté partout. Il s’est aperçu que la vraie beauté, la beauté quasiment parfaite, ne pouvait se trouver que dans l’art religieux.

Vous avez écrit que l’œuvre catholique de Huysmans (En route, L’Oblat, La Cathédrale) a aujourd’hui acquis l’intérêt supplémentaire d’être devenue le témoignage littéraire d’un monde cultuel pratiquement disparu. Lorsqu’on lit les diatribes de Huysmans contre l’attitude anti-esthétique et anti-intellectuelle d’une bonne part du clergé de son époque, du clergé parisien spécialement, on peut se poser la même question : qu’aurait-il dit et fait aujourd’hui ? 

Huysmans voyait arriver le XXe siècle avec une espèce d’effroi et a émis sur lui des prophéties désabusées. C’était un tempérament beaucoup plus pessimiste que Claudel. S’il a fait partie du mouvement décadent, ce n’est pas par hasard, mais comme par une espèce de sarcasme nostalgique et furieux à la fois contre une culture en train de s’éteindre. Claudel avait au contraire un optimisme quelquefois béat et naïf. Après la deuxième guerre mondiale, il avait ainsi le sentiment que tout repartait sur des bases neuves. Certaines failles l’inquiétaient, soit dans l’Église, soit en politique (par exemple l’alliance entre de Gaulle et les communistes), mais son caractère tonique et l’espérance qui l’entraînait le faisaient passer sur ces choses – après qu’il eut dit ce qu’il en pensait !
Si donc, je puis difficilement répondre pour Claudel, que je connais pourtant mieux, je suis en revanche à peu près certaine que jamais Huysmans n’aurait obtempéré. Cela me semble une évidence. Il ramassait les bribes de la beauté d’un passé qu’il rêvait de faire reconnaître par la modernité. Il me paraît inconcevable de l’imaginer assistant à une messe « face-au-peuple ». Peut-on alors imaginer Huysmans à Saint-Nicolas du Chardonnet ? Je n’en suis pas certaine non plus, en raison de l’acuité et de la férocité de son jugement sur les « dévots ». C’est un homme qui ne se trouvait bien qu’à la Trappe. La Trappe ou rien. Peut-on aller à la Trappe aujourd’hui ?

L’abandon du latin vous navre profondément ?


L’abandon du latin est un choix culturel, c’est-à-dire anti-culturel. C’est en même temps un choix antireligieux, les deux allant sans doute ensemble. C’est un choix bêtement idéologique, mais certains croient avoir à y gagner. Le catholicisme a tout à y perdre. 
Un point permet de mesurer les dégâts du Concile : Claudel, qui a vécu la plupart du temps à l’étranger, trouvait tous les matins, en Chine, aux États-Unis ou au Brésil, un endroit où il pouvait en entendant la messe, communier avec un peuple et prier avec lui dans la même langue. C’est devenu impossible.
Je ne sais si la braderie du latin ecclésiastique a influé sur celle du latin à l’Université ou si c’est l’inverse, ou bien encore si les deux mouvements sont parallèles, mais c’est le phénomène d’ensemble qui me désespère. Le latin n’est quasiment plus enseigné dans l’enseignement secondaire, le latin n’est plus employé à l’église. On a toutes les raisons du monde de déplorer cette rupture. 
Le latin faisait le lien entre la culture profane et la culture religieuse. Toute notre culture est une culture latine. Abandonner le latin, c’est par exemple priver les étudiants de comprendre vraiment un texte du XVIIe siècle. Si vous saviez le nombre de contre-sens qu’ils peuvent faire sur les textes classiques, parce que les mots n’y ont pas exactement le même sens qu’aujourd’hui et qu’il faut en permanence recourir aux racines latines pour les comprendre. 
Cette rupture est aussi déplorable parce qu’on se prive d’une formation de l’esprit, pour laquelle l’apprentissage du latin, langue rigoureuse, est irremplaçable. Je suis persuadée que certains apprentissages intellectuels doivent se faire à dix ou à onze ans et non pas à dix-huit, moins encore à vingt-cinq. On pourrait peut-être faire cet apprentissage avec autre chose que du latin, mais pourquoi ne pas utiliser ce qui nous est le plus proche ? De même que l’initiation à la traduction peut aussi se faire au moyen de langues modernes, mais pourquoi ne pas conjoindre à l’apprentissage d’une langue moderne, celle de la langue latine ? On veut d’ailleurs nous faire croire que, depuis que l’on n’étudie plus Shakespeare au lycée, les enfants savent mieux l’anglais. C’est faux : ils ne connaissent qu’une langue édulcorée et triviale. S’ils connaissent les lieux communs de bandes dessinées, ils ne sont pas capables de faire une phrase en bel anglais.
Les gens ne comprennent rien à la messe en latin ? Ils comprendront d’autant moins qu’on ne l’enseigne plus. En première année, à l’Université, ce n’est quasiment plus la langue latine que l’on enseigne, mais essentiellement la civilisation latine, c’est-à-dire que l’on donne des cours d’histoire ancienne. Je ne suis d’ailleurs pas convaincue du fait que les gens ne comprennent rien à la messe en latin. Je vois tous les jours des personnes qui y assistent, dont beaucoup n’ont manifestement pas appris cette langue, mais qui viennent toutes avec leur missel et s’y retrouvent parfaitement. Il est bien possible qu’elles ne comprennent pas tous les répons, mais il y a une compréhension d’imprégnation qui se fait par l’habitude. Je vous citerai ces lignes de La Cathédrale de Huysmans [1898] : « Et il souriait, se rappelant cette partie de la cathédrale bondée de petites filles des pensionnats de sœurs et de paysannes qui, ne voyant pas assez clair pour suivre la messe, allumaient tranquillement des bouts de bougie et se serraient, les unes contre les autres, lisant parfois à plusieurs dans le même livre ». Pensez-vous qu’elles étaient d’éminentes latinistes ? 

Sans doute bien des fidèles viendraient ou reviendraient sans beaucoup d’état d’âme à la messe traditionnelle, surtout si l’on procédait par étapes, mais croyez-vous que les prêtres pratiquant la nouvelle liturgie puissent facilement la reprendre ou commencer un retour vers elle ? 


Un de mes anciens étudiants, d’une famille très traditionnelle, qui a choisi d’entrer dans l’ordre dominicain et qui a une bonne théologie, m’avait dit n’être pas dérangé par la liturgie nouvelle en français, y compris celle de l’Office, ce qui m’a laissée un peu sceptique. Depuis, il a célébré pour moi à Jérusalem la messe dans le rit dominicain. Un ami jésuite, invité au même colloque que moi au Canada, a célébré sur ma demande, avec beaucoup d’émotion et semble-t-il de satisfaction, mais non sans une petite gêne du fait de la perte d’habitude, la messe de Saint Pie V. Je connais un autre ecclésiastique, rattaché à une grande paroisse parisienne, qui me racontait que lorsqu’il dit sa messe seul, il célèbre la messe de Saint Pie V. Il en existe sûrement bien d’autres, du moins je l’espère, et je crois savoir qu’aujourd’hui, parmi les jeunes prêtres, le mouvement s’est amorcé dans le bon sens. 

Qu’est-ce qui vous semblerait prioritaire pour remédier à l’état présent des liturgies paroissiales ? 


Retourner l’autel me semble être fondamental. La messe doit être dite face au Christ. Ce « face-au-peuple » commande tout le reste, produit l’impression de bavardage, de conversation, de désacralisation, d’oubli de la notion fondamentale de sacrifice. C’est la première chose à faire, remettre l’autel dans le bon sens. Le pourra-t-on ? Des hérésies architecturales ont été commises, des podiums en pierre ou en béton ont été édifiés. 
Je dirais ensuite qu’il faut revenir au latin. On pourrait enseigner un minimum de latin aux enfants du catéchisme. Il faudrait le leur apprendre, comme on apprend l’arabe aux petits musulmans, qui ne le parlent pas, pour qu’ils puissent lire le Coran, ou l’hébreu aux petits juifs pour qu’ils accèdent à la Bible. Le catholicisme est en train de perdre – ou a déjà perdu – son identité.
Et je crois surtout qu’il faudra revenir à la messe tridentine. Tout trafic sur le canon de la messe et les lectures est extrêmement risqué. Si on veut revenir à une messe qui ait une vraie profondeur théologique, il me semble évident qu’il faut retourner à la messe de Saint Pie V et considérer que tout le reste est à mettre entre parenthèses – à rejeter dans les ténèbres extérieures ! Pour tout dire, je n’ai jamais cru à la nécessité d’une réforme liturgique. Je suis persuadée qu’elle était liée à d’autres raisons. L’inexplicable est que tant de personnes, clercs ou laïcs, s’y soient laissé prendre.

[Abbé Pierpaolo Petrucci, fsspx] Le Concile Vatican II et le salut des âmes

SOURCE - Abbé Pierpaolo Petrucci, fsspx - original paru en italien dans La Tradizione Cattolica - 2015

L’Église a clairement définit dans son magistère pérenne la doctrine catholique sur le salut des âmes. Une dénaturation, en revanche, advint durant le Concile Vatican II, où se vérifie un volte-face radical sur l’Église et son rôle d'évangélisation.

La nouvelle base doctrinale sur laquelle ces changements se fondent peut se résumer en une parole : œcuménisme.

Le terme œcuménisme désigne un mouvement, né dans des groupes de non-catholiques du XIXe siècle, qui a pour but la collaboration et le rapprochement des diverses confessions chrétiennes. Ce courant parvint en 1948 à la fondation du Conseil œcuménique des Églises et les mêmes principes ont conduit ensuite au dialogue interreligieux avec les religions non-chrétiennes.

L’Église en prit tout de suite ses distances et le pape Pie XI publia, déjà en 1928, l'encyclique Mortalium animos, dans laquelle il le condamnait, non seulement parce qu'inopportun à cause des circonstances, mais parce que les principes auxquels il faisait appel sont contraires à la foi et à la bonne doctrine, puisqu'ils induisent la confusion dans les âmes et le relativisme, laissant croire que chaque religion peut contribuer au salut.

Cette encyclique est très claire et je dirais presque prophétique, parce que avec elle le magistère de l’Église condamne par anticipation les erreurs actuelles.

Nous en reproduisons les passages les plus significatifs :
"Il est vrai, quand il s'agit de favoriser l'unité entre tous les chrétiens, certains esprits sont trop facilement séduits par une apparence de bien. (...) De telles entreprises ne peuvent, en aucune manière, être approuvées par les catholiques, puisqu'elles s'appuient sur la théorie erronée que les religions sont toutes plus ou moins bonnes et louables. (...) En vérité, les partisans de cette théorie s'égarent en pleine erreur, mais de plus, en pervertissant la notion de la vraie religion ils la répudient, et ils versent par étapes dans le naturalisme et l'athéisme. La conclusion est claire: se solidariser des partisans et des propagateurs de pareilles doctrines, c'est s'éloigner complètement de la religion divinement révélée. 
Dans ces conditions, il va de soi que le Siège Apostolique ne peut, d'aucune manière, participer à leurs congrès et que, d'aucune manière, les catholiques ne peuvent apporter leurs suffrages à de telles entreprises ou y collaborer; s'ils le faisaient, ils accorderaient une autorité à une fausse religion chrétienne, entièrement étrangère à l'unique Église du Christ. (...) Il n'est pas permis, en effet, de procurer la réunion des chrétiens autrement qu'en poussant au retour des dissidents à la seule véritable Église du Christ, puisqu'ils ont eu jadis le malheur de s'en séparer. (...) La conclusion est claire: se solidariser des partisans et des propagateurs de pareilles doctrines, c'est s'éloigner complètement de la religion divinement révélée."
De ce texte magistral on en déduit diverses vérités de foi, comme la claire identification de l’Église du Christ comme l’Église catholique laquelle possède en soi l'unité de la foi, contrairement à ceux qui s'en sont éloignés. Ceux-ci pourront la retrouver seulement en revenant à la bergerie dont ils se sont séparées c'est-à-dire l’Église catholique. Le Pontife enseigne clairement que c'est contraire à la religion révélée de contribuer à des réunions inter-religieuse entre chrétiens, parce que celles-ci présupposent que toutes les diverses religions sont toutes bonnes et louables.

Pour ces raisons l’Église s'est toujours efforcée de ramener à l'unité du Corps mystique les membres des communautés séparées. Il suffit de penser au concile de Lyon (1245-0274) et au concile de Florence (1439) par rapport aux schismatiques.; à la supplique de Pie IX à l'occasion du concile Vatican Ier et à celle de Léon XIII aux confessions chrétiennes en 1894.
Le concile Vatican II
Le concile Vatican II a consacré le décret Unitatis redintegratio à l’œcuménisme et la déclaration Nostra aetate au dialogue interreligieux.

Une nouvelle doctrine est à la base de ces textes, qui présentent les autres confessions chrétiennes et aussi les religions non chrétiennes comme des expressions, moins parfaites mais valables, de la religion divine et donc comme chemins qui conduisent réellement à Dieu et au salut éternel.

De tels enseignement se relient à une nouvelle conception de l’Église qui trouve son fondement dans la fameuse affirmation de la Constitution Lumen gentium au n° 81, selon laquelle l’Église du Christ subsiste dans celle catholique. Avec cela on veut signifier, comme il apparaît du contexte conciliaire, que l’Église du Christ ne correspond pas à l’Église romaine, visible dans son apparat hiérarchique, à laquelle on appartient par la foi, le baptême et la soumission aux pasteurs légitimes, mais qu'en réalité elle est plus ample, une entité plus vaste qui comprend toutes les religions chrétiennes et, par extension, aussi celles non chrétiennes, dont Dieu se sert comme moyen pour conduire les hommes au salut.

Le pasteur protestant Wilhelm Schmidt, observateur au concile, a revendiqué la paternité de cette nouvelle expression:
"J'ai proposé par écrit la formule "subsistit in" à celui qui était alors le conseiller théologique du cardinal Frings,Joseph Ratzinger, qui l'a transmise alors au cardinal."
L’Église du Christ, donc, se réaliserait parfaitement dans l’Église catholique (sa subsistance) mais elle s'étendrait en-dehors d'elle de manière imparfaite, grâce à "des éléments ecclésiale" présents dans d'autres confessions chrétiennes.

Le décret Unitatis redintegratio confirme cette nouvelle doctrine avec des paroles très claires :
"En conséquence, ces Églises et communautés séparées, bien que nous croyions qu’elles souffrent de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d’elles comme de moyens de salut, dont la vertu dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Église catholique. "
D'une telle théorie il résulte que la grâce du salut peut être concéder en-dehors de l’Église catholique, sans son intermédiaire, dans une autre religion et par une autre religion.

Ainsi l’Église romaine n'est plus présentée comme l'unique société religieuse qui conduit au salut, et les autres confessions chrétiennes (et aussi les religions non chrétiennes comme il ressort de Nostra aetate) sont considérées comme d'autres expressions, moins parfaites mais valables, de la religion divine et donc comme chemins qui conduisent réellement à Dieu et au salut éternel.

Une telle interprétation a été confirmée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi dans la déclaration Dominus Jesus du 6 août 2000, par laquelle on rejette l'interprétation moderniste la plus extrême, selon laquelle l’Église catholique ne serait qu'une réalisation parmi les autres de l’Église du Christ. On y affirme en effet que l’Église du Christ continue à exister dans sa plénitude dans l’Église catholique, mais on réitère que de nombreux éléments de sanctification et de vérité subsisteraient en-dehors de ses structures, c'est-à-dire dans les églises et communautés séparées qui ne sont pas encore en pleine communion avec elle, réaffirmant ainsi l'enseignement du concile.

Ceci ne correspond absolument pas à la doctrine traditionnelle et Pie XII enseignait clairement qui s'il est vrai que par exception le salut pourrait se réaliser en-dehors des limites visibles de l’Église, cela ne peut se produire que de manière strictement individuelle, toujours à travers la vraie Église et non par la médiation des fausses religions. Celles-ci, en effet, par leurs erreurs éloignent plutôt les hommes de la voie de la justification.

Vatican II, au contraire, affirme que le salut peut se réaliser, bien qu'imparfaitement, en dehors des limites visibles de l’Église, d'une manière non seulement individuelle, mais sociale : l'Esprit-Saint utiliserait la médiation sociale et visible des autres religions pour dispenser le salut, médiation bien réelle, même si moins parfaite, de celle de l’Église catholique qui devient ainsi le moyen général du salut, à côté d'économies imparfaites, mais valides, dont le Christ peut se servir. C'est l'affirmation explicite de Unitatis redintegratio, avec laquelle l'enseignement de Jean-Paul II in Redemptoris missio se trouve en parfaite continuité.
De là naît la nouvelle notion de "communion imparfaite".
L'enseignement traditionnel de l’Église est simple : pour être sauvé il faut appartenir à l’Église ou réellement (à travers les trois conditions classiques : baptême, foi catholique, soumission aux pasteurs légitimes) ou au moins de vœu (par un désir explicite ou implicite). Ceux, donc, qui n'appartiennent pas à l’Église et qui n'en ont aucun désir même implicite, ne peuvent pas, dans ces dispositions, obtenir le salut.

Selon certains textes conciliaires, en revanche, les chrétiens non catholiques seraient en soi en "communion imparfaite" avec l’Église, et tous les hommes, même les non chrétiens, seraient "ordonnés au peuple de Dieu".

Le décret Unitatis redintegratio, parlant des célébrations des communautés schismatiques orthodoxes, affirme que :
"Ainsi donc, par la célébration de l’Eucharistie du Seigneur dans ces Églises particulières, l’Église de Dieu s’édifie et grandit, la communion entre elles se manifestant par la concélébration."
Avec ce texte on comprend clairement qu'une communauté séparée de la vraie Église catholique est considérée appartenir à "l’Église de Dieu".

La déclaration Nostra aetate, ensuite, chante des hymnes de louanges en l'honneur de l'hindouisme, du bouddhisme, de l'islamisme et du judaïsme.
Le Postconcile
Ces nouvelles doctrines enseignés au Concile ont été explicitées dans les années suivantes dans leur sens évident.

Le cardinal Wojtyla, durant la retraite qu'il prêcha au Vatican en 1976, développa la thèse selon laquelle tous les hommes, quelle que soit sa religion, prient le vrai Dieu :

"Ce Dieu, dans son silence, que professe le trappiste ou le camaldule. A lui s'adresse le bédouin dans le désert, quand arrive l'heure de la prière. E peut-être aussi le bouddhiste concentré dans sa contemplation qui purifie sa pensée en préparant la route au nirvana. Dieu, dans sa transcendance absolue, Dieu qui transcende absolument tout le créé, tout ce qui est visible et compréhensible."

Une fois élu pape, Jean-Paul II dans son encyclique Ut unum sint (n°11) affirma que :
"Dans les autres communautés chrétiennes il y a une présence active de l'unique Église du Christ."
Dans l'encyclique Redemptor hominis il cherche une justification patristique aux nouvelles doctrines:
"A juste titre les pères de l’Église voyaient dans les diverses religions comme autant de reflets d 'une unique vérité, comme des «semences du Verbe."
Il se réfère à saint Justin et à saint Clément d'Alexandrie. Le Concile avait lancé cette idée mais les Pères de l’Église n'ont reconnu rien de tel. Leurs textes, qui sont invoqués, ne parlent en réalité d'aucune religion païenne, mais des philosophes et des poètes. Saint Justin précise que cette "semence" répandue sur toute l'humanité est la raison naturelle et il la distingue avec soin de la grâce.

Personne ne peut nier que, suite aux nouvelles doctrines enseignées par le Concile, il y ait eu un vrai changement dans l'attitude envers ces autres religions. L’Église a toujours essayé d'évangéliser les adeptes des fausses religions pour les convertir, tandis que l'église post-conciliaire, en revanche, assume l'attitude du "dialogue".

Le document Dialogue et mission du Secrétariat pontifical pour les non chrétiens l'affirme clairement:
"Vatican II a marqué une nouvelle étape dans les relations de l’Église catholique avec les croyants des autres religions. (…) Cette nouvelle attitude prend le nom de dialogue."
Au n°13 de ce document, on parle de dialogue comme du moyen "grâce auquel les chrétiens rencontrent les croyants des autres traditions religieuses pour cheminer ensemble à la recherche de la vérité et pour collaborer à des œuvres d'intérêt commun.."

Si les catholiques "cheminent" avec les non chrétiens à la recherche de la vérité, et il s'agit d'un enrichissement réciproque, il est clair que l’Église abandonne la prétention de posséder seule la vérité.

C'est ce qui ressort aussi de la déclaration Nostra aetate, dans laquelle on lit au n° 2 :
"L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu’elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes."
Dans ce texte fondamental on enseigne, disons-le clairement, que dans les religions non chrétiennes existeraient "des doctrines" qui, même si elles diffèrent "de ce que l’Église tient et propose", refléteraient cependant "un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes." Cette affirmation incroyable suppose que ces religions peuvent contenir des vérités manifestées par Dieu, mais en contradiction avec ce que l’Église enseigne ! Comme si Dieu, auteur de la vraie Révélation confiée à l’Église, pouvait se contredire ! Se faisant l’écho de cet enseignement, le pape François dans son Exhortation apostolique, va jusqu’à affirmer que certains rites des non chrétiens seraient "fruit de l'action divine" à cause de la "dimension sacramentelle de la grâce" !

Les confessions chrétiennes non catholiques, en définitive, ne peuvent se considérer réalisations partielles de l’Église du Christ parce que cela s'oppose au magistère de l’Église, synthétisé dans l'encyclique Mystici Corporis, dans laquelle Pie XII rappelle clairement que sans le baptême, la vraie foi et la soumission à l'autorité légitime on ne peut être membre de l’Église.

Ces sectes donc (pour les appeler avec leur vrai nom) ne peuvent être en aucune manière des moyens de salut, ni ordinaires ni extraordinaires, bien au contraire, objectivement, elles deviennent pour leurs membres des obstacles pour y parvenir. Les réalités saintes indubitablement détenues par les hérétiques ou les schismatiques, comme l’Écriture Sainte pour les protestants (plus ou moins altérée), les sacrements pour les schismatiques orientaux, ne peuvent donner la grâce et le salut si ce n'est dans la mesure avec laquelle ceux qui les reçoivent refusent (au moins implicitement) l’adhésion formelle à l'hérésie ou au schisme. La théologie traditionnelle ne désigne pas ces réalités "volées" à l’Église catholique comme des "éléments de sanctification" ou comme des "éléments ecclésiales", mais plutôt comme des "vestiges" de la vraie religion ; en effet, soustraits à la vraie Église, ils cessent par le fait même d'être une réalité vivante (et sanctifiante) et ils tombent en ruines.

Si certains sacrements, comme le baptême, peuvent être valides dans certaines communautés séparées, ils ne sont pas en soi fructueux dans le sens qu'ils ne produisent pas la grâce à cause de l'obstacle que pose l'adhésion à l'hérésie ou au schisme de qui les reçoit.

Un sacrement en effet, même si reçu validement, peut ne pas produire la grâce s'il rencontre dans l'âme un obstacle comme le péché mortel. Recevoir dans cet état par exemple la confirmation ou le mariage non seulement ne serait pas source de grâces, mais constituerait un nouveau péché : un sacrilège. L'appartenance au schisme est en soi un péché grave, et constitue un empêchement à la grâce.

Aussi, une réalité en soi sainte, comme un sacrement, ne peut être "un élément de sainteté " en tant que tel (comme le soutient le Concile), dans une communauté séparée de l’Église.

Une telle communauté est en soi un empêchement à l'efficacité sanctificatrice du sacrement dont elle s'est emparée. Ce dernier pourra être fructueux seulement si la personne qui le reçoit se trouve dans la situation exceptionnelle de ne pas adhérer formellement à l'hérésie ou au schisme. C'est le cas des enfants avant l'âge de raison ou des personnes qui se trouvent dans l'ignorance invincible qui, cependant, ne peut se supposer chez les adultes.

Saint Bède le Vénérable, dans son commentaire sur la première épître de saint Pierre, explique très clairement que pour les baptêmes en dehors de l’Église, le baptême n'est pas un instrument de salut, mais plutôt de damnation :
"Le fait que l'eau du déluge ne sauve pas, mais tue ceux qui sont en dehors de l'arche, préfigure sans aucun doute que l'hérétique, bien qu’il possède le sacrement de baptême, n'est pas immergé en enfer par d'autres eaux, mais précisément par celles qui soulèvent l'arche vers le ciel."
La participation active à une cérémonie religieuse d'une communauté hérétique ou schismatique constitue en soi, par sa nature propre, un assentiment à la foi de cette communauté. Pour cela recevoir un sacrement dans ces conditions devient peccamineux et est occasion de scandale.

Lumineux est l'exemple de saint Satyr, frère de saint Ambroise. Lorsqu’il était encore catéchumène, durant un voyage en mer il se retrouva pris dans une tempête et fit naufrage en Sardaigne. Il aurait voulu recevoir le baptême mais, une fois appris que l'évêque local adhérait au schisme de Lucifer, évêque de Cagliari, il décida de le repousser jusqu'à ce qu'il trouve un évêque fidèle au pape.

En conclusion, les bons éléments que peuvent contenir les fausses religions doivent être considérés dans le contexte de la secte qui en emprisonne la force salvatrice. Même dans l'ordre naturel un gâteau est jugé bon ou mauvais non seulement à partir des aliments qu'il contient mais aussi par le tout. La mauvaise répartition des ingrédients, excellents en soi, peut être suffisante à gâcher l'ensemble. L'introduction d'un seul ingrédient avarié peut faire pire encore ; le fait, ensuite, d'ajouter quelques gouttes de poison aura, sur l'effet final, un poids majeur que les bons ingrédients.

Dans l'ordre spirituel, une religion n'est pas seulement un agglomérat d’éléments : elle forme un tout et ce tout est bon ou mauvais, vrai ou faux dans son tout. Peut importe les bons éléments pris séparément.

Les vérités partielles, contenues dans un système faux ou dans une religion fausse, sont réduites en esclavage par ce système qui s'empare d'elles et les utilise à son profit, comme force de séduction.

L'islam, par exemple, se présente comme une religion monothéiste. Cet aspect est juste et raisonnable, mais ce monothéisme est férocement anti-trinitaire. Le monothéisme, vrai en soi, est faussé par le système d'erreurs dont il est esclave. Bien qu'il y ait des degrés dans l'erreur, on peut dire paradoxalement qu'un système qui reprend plus d'éléments de vérité est plus dangereux d'un autre qui en possède moins. Une chaise à trois pieds qui se tient droite est plus dangereuse qu'une chaise qui en a seulement deux, parce qu'on peut se tromper et s’asseoir dessus. Les missionnaires en effet ont toujours eu plus de difficultés à convertir des musulmans que des animistes.

Pour découvrir l'origine de ces erreurs il faut remonter à la doctrine de Rahner, selon laquelle les religions non chrétiennes seraient un christianisme anonyme et donc des voies de salut "par lesquelles les hommes s'avancent vers Dieu et son Christ."
La rédemption universelle
La doctrine catholique nous enseigne que Jésus-Christ, en mourant sur la Croix, a offert à tous les hommes la possibilité de se sauver, en méritant pour tous les grâces suffisantes pour arriver au Paradis. Mais pour être sauvé, de fait, il convient d'être uni à Jésus dans cette vie à travers la vraie foi, le baptême et la grâce sanctifiante qui nous rend effectivement ses enfants, nous donnant ainsi la possibilité de mériter la vie éternelle. Si quelqu'un refuse la grâce, il reste dans un état de perdition.

Lors du dernier concile, en revanche, on a mis les bases d'une nouvelle doctrine. Gaudium et spes au n° 22, 2, affirme que "avec l'Incarnation le Fils de Dieu s'est uni d’une certaine manière à chaque homme." Par la suite cette affirmation a été explicitée dans le sens que, à cause de cette union réalisée avec l'Incarnation et par la mort de Jésus sur la croix, chaque homme serait déjà sauvé.

L'alors cardinal Wojtyla, au cours d'exercices spirituels prêchés au Vatican, enseignait que :
"Tous les hommes, depuis le début du monde et jusqu'à sa fin, ont été rachetés et justifiés par le Christ et par sa Croix. (...) La naissance de l’Église, au moment de la mort messianique et rédemptrice du Christ, a été aussi, en substance, la naissance de l'Homme, et elle l'a été indépendamment du fait que l'homme le sache ou pas, l'accepte ou pas ! A cet instant l'homme est passé à une nouvelle dimension de son existence, succinctement exprimée par saint Paul : "in Cristo." "La Révélation consiste dans le fait que le Fils de Dieu, à travers son Incarnation, s'est uni à chaque homme."
Comme pape, il reprendra cet enseignement dans sa première encyclique :

"Il s'agit de chaque homme, parce que chacun a été compris dans le mystère de la Rédemption, et avec chacun le Christ s'est uni, pour toujours, à travers ce mystère. (...) C'est l'homme dans toute la plénitude du mystère dont il est devenu participant en Jésus-Christ, mystère dont devient participant chacun des quatre milliards d'hommes vivants sur notre planète, du moment où il est conçu sous le cœur de sa mère."

Si l'homme est uni dès l'instant de sa conception au Christ, on ne voit plus trop quel est le besoin du baptême et de l'appartenance à l’Église.

Le 21 février 1981, dans son message aux peuples d'Asie, Jean-Paul II affirmait encore plus clairement :
"Dans l’Esprit-Saint chaque personne et chaque peuple sont devenus, par la croix et la résurrection du Christ, des enfants de Dieu, prenant part à la nature divine et héritier de la vie éternelle."
L'Ancienne Alliance
Jean-Paul II, plusieurs fois, a pris l'initiative de développer cette nouvelle doctrine dans son enseignement par rapport au judaïsme actuel, en le reconnaissant comme voie de salut, puisque l'Ancienne Alliance serait encore en vigueur. En 1980, au cours de sa visite à la synagogue de Magonza, il dit :
"La rencontre entre le peuple de Dieu de l'Ancienne Alliance, qui n'a jamais été abrogée par Dieu (cf. Rm 11, 29), et celui de la Nouvelle Alliance, est en même temps un dialogue interne dans notre Église, d'une certaine manière entre la première et la seconde partie de sa Bible."
Plus tard, en 1986, s'adressant à la communauté juive d'Italie, lors de sa visite à la synagogue de Rome, il déclarait :
"L’Église du Christ découvre son lien avec le judaïsme "en scrutant son propre mystère" (cf. Nostra aetate, 4). La religion juive ne nous est pas "extrinsèque", mais, d'une certaine manière, "intrinsèque" à notre religion. Nous avons donc à son égard des rapports que nous n'avons avec aucune autre religion. Vous êtes nos frères de prédilection et, d'une certaine façon, nous pourrions dire nos frères aînés."
Ces considérations sont, d'autre part, l'enseignement du Catéchisme de l’Église catholique qui récite au n° 83920 :

"A la différence des autres religions non-chrétiennes la foi juive est déjà réponse à la révélation de Dieu dans l’Ancienne Alliance. C’est au Peuple Juif qu’" appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses et les patriarches, lui de qui est né, selon la chair le Christ " (Rm 9, 4-5) car " les dons et l’appel de Dieu sont sans repentance " (Rm 11, 29)."

Il a quelques années, le cardinal Bagnasco, rencontrant les rabbins Laras et Di Segini, soulignait clairement que :

"Il n'y a pas, de la manière la plus absolue, aucun changement dans l'attitude que l’Église catholique a développé envers les juifs, surtout à partir du concile Vatican II. A cet égard, la Conférence Épiscopale Italienne confirme que ce n'est pas l'intention de l’Église catholique d’œuvrer activement pour la conversion des juifs."

Même le pape François dans sa récente Exhortation apostolique souligne le concept erroné selon lequel l'Ancienne Alliance n'aurait jamais été révoquée.
La renonciation à convertir
Dans d'autres texte de l'enseignement post-conciliaire, on affirme clairement la renonciation de l’Église à un apostolat tourné vers la conversion des non chrétiens, en se basant sur les nouvelles doctrines du Concile. Citons, par exemple, monseigneur Rossano, Recteur de l'Université Pontificale du Latran. Dans son discours à la conférence promue par le Conseil Pontifical du Dialogue inter-religieux, à l'occasion de l'anniversaire de sa fondation et de la déclaration Nostra aetate, il affirmait :
"Avec la déclaration conciliaire du 28 octobre 1965, le dialogue devient "une forme particulière à part entière" qui inaugure une nouvelle "méthodologie missionnaire" basée sur "la réciprocité du rapport existentiel". L'autre n'est plus "objet de mission, mais sujet concret dont on s'approche avec le regard tourné vers "ce qui est commun".
La même attitude a été adoptée envers les communauté schismatiques. A ce propos la lecture de la Convention de Balamand (Liban) du 23 juin 1993 est très intéressante.

Après le XIe siècle, diverses parties de l'église orientale qui avaient adhéré au schisme se sont réunie à Rome, reconnaissant le primat du Souverain Pontife tout en conservant leur rite, comme cela était avant le schisme. Après les changements politiques intervenus en Union Soviétique, ces Églises, dîtes Uniates parce que revenues à la communion de l’Église catholique, ont connu un grand développement. Beaucoup, en effet, persévéraient dans le schisme uniquement en raison de la pression externe, mais ils avaient le désir de s'unir à Rome. Face à ce mouvement, les autorités orthodoxes menacèrent de rompre les relations œcuméniques avec Rome. La Conférence de Balamand fut une tentative de sauver l’œcuménisme. Le texte de la déclaration se trouve sur le site du Vatican (en anglais et en français). On y déclare ouvertement la volonté d'abandonner toute tentative d'apostolat tourné vers la conversion des grecs-schismatiques.
Voici les points les plus importants :
12 : "cette forme «d’apostolat missionnaire», ... qui a été appelée «uniatisme», ne peut plus être acceptée ni en tant que méthode à suivre, ni en tant que modèle de l’unité recherchée par nos Églises." 
13 : "depuis les conférences pan-orthodoxes et le deuxième Concile du Vatican, la redécouverte et la remise en valeur tant par les orthodoxes que par les catholiques, de l’Église comme communion, ont changé radicalement les perspectives et donc les attitudes." 
22 : "L’action pastorale de l’Église catholique tant latine qu’orientale ne tend plus à faire passer les fidèles d’une Église à l’autre; c’est-à-dire ne vise plus au prosélytisme parmi les orthodoxes." 
30 : Il faut dépasser "l’ecclésiologie périmée du retour à l’Église catholique." 
35 : "En excluant pour l’avenir tout prosélytisme et toute volonté d’expansion des catholiques aux dépens de l’Église orthodoxe, la commission espère qu’elle a supprimé l’obstacle qui a poussé certaines Églises autocéphales à suspendre leur participation au dialogue théologique et que l’Église orthodoxe pourra se retrouver au complet pour continuer le travail théologique si heureusement commencé."
Dans ce contexte doctrinal, les affirmations de François dans l'interview donnée à Scalfari où il déclare n'avoir aucune intention de le convertir et que "le prosélytisme est une bêtise" n'étonnent plus. Elles s'insèrent dans une parfaite continuité avec ce nouvel enseignement, mais en contraste avec le magistère pérenne de l’Église.
La nouvelle évangélisation
Face à cette nouvelle doctrine, on peut se demander alors : on quoi consiste la nouvelle évangélisation dont on parle tellement depuis le Concile ?

En premier il faut noter que, même si on parle d'évangéliser, on ne reconnaît plus la nécessité de convertir à Jésus-Christ et à l’Église. Ce langage a disparu après le Concile. Pour comprendre en quoi consiste la nouvelle évangélisation, nous possédons une grille de lecture dans le discours à la curie romaine que Benoît XVI prononça le 21 décembre 2007, et dans lequel il explique ce que signifie être missionnaire aujourd'hui. En voici les morceaux les plus significatifs :
"Est-il encore licite aujourd'hui d'"évangéliser"? Toutes les religions et les conceptions du monde ne devraient-elles pas plutôt coexister pacifiquement et chercher à réaliser ensemble le meilleur pour l'humanité, chacune à sa manière? De fait, il est indiscutable que nous devons tous coexister et coopérer dans la tolérance et dans le respect réciproques. L’Église catholique s'engage en ce sens avec une grande énergie et, avec les deux rencontres d'Assise, elle a aussi laissé des indications claires dans ce sens, des indications que nous avons à nouveau repris dans la rencontre de Naples de cette année. (...) 
La reconnaissance commune de l'existence d'un Dieu unique, Créateur providentiel et Juge universel du comportement de chacun, constitue la prémisse d'une action commune en défense du respect effectif de la dignité de chaque personne humaine pour l'édification d'une société plus juste et solidaire. 
Mais cette volonté de dialogue et de collaboration signifierait-elle également dans le même temps que nous ne pouvons plus transmettre le message de Jésus Christ, que nous ne pouvons plus proposer aux hommes et au monde cet appel et l'espérance qui en découle? Celui qui a reconnu une grande vérité, qui a trouvé une grande joie, doit la transmettre, il ne peut absolument pas la garder pour lui. Des dons si grands ne sont jamais destinés à une seule personne. En Jésus Christ est née pour nous une grande lumière, la grande Lumière: nous ne pouvons pas la mettre sous le boisseau, mais nous devons l'élever sur le lampadaire, pour qu'elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison (cf. Mt 5, 15). Saint Paul a été inlassablement en chemin en apportant avec lui l’Évangile. Il se sentait même soumis à une sorte de "nécessité" d'annoncer l’Évangile (cf. 1 Co 9, 16) - non tant du fait d'une préoccupation pour le salut de la personne non baptisée, qui n'avait pas encore été touchée par l’Évangile, que parce qu'il était conscient que l'histoire dans son ensemble ne pouvait pas arriver à son achèvement tant que la totalité (pléroma) des peuples n'aurait pas été touchée par l’Évangile (cf. Rm 11, 25). Pour parvenir à son achèvement, l'histoire a besoin de l'annonce de la Bonne Nouvelle à tous les peuples, à tous les hommes (cf. Mc 13, 10)."
Dans ce texte, traitant d'évangélisation, on n'évoque nullement l'urgence de convertir les âmes qui sont dans l'erreur à la vraie foi catholique pour leur salut. Il s'agit plutôt de vivre ensemble dans le respect réciproque de toutes les religions, comme l'ont démontré les différentes réunions inter-religieuses dans lesquelles on demandait aux représentants de toutes les religions de prier pour la paix, "pour l'édification d'une société plus juste et solidaire." La nouvelle évangélisation part d'un autre fondement : "qui a trouvé une grande joie, doit la transmettre, il ne peut absolument pas la garder pour lui" et cela, comme ce fut le cas pour saint Paul " non tant du fait d'une préoccupation pour le salut de la personne non baptisée" mais parce que " pour parvenir à son achèvement, l'histoire a besoin de l'annonce de la Bonne Nouvelle à tous les peuples, à tous les hommes."

En cohérence avec le nouvel enseignement inauguré au Concile et développé par Jean-Paul II, il semble que la mission de l’Église soit donc devenue celle d'annoncer à chaque homme la grande joie qu'il est, en vertu du mystère de l'Incarnation,et même s'il l'ignore, uni à Jésus-Christ et par le fait même déjà sauvé.

Puisqu'il n'y a plus la nécessité de la conversion à la vraie foi et à l’Église catholique pour obtenir le salut éternel, les hommes des autres religions doivent travailler ensemble dans "le respect et la tolérance" pour "l'édification d'une société plus juste et solidaire."

A la "seule foi" de Luther pour le salut, il semble qu'on veuille substituer "la seule Incarnation."

Mais on s'incarnant, le Verbe divin a assumé une seule nature humaine, celle de Jésus-Christ, et pas celle de chaque homme. S'il est vrai que Jésus est mort pour tous, il est tout autant vrai que pour bénéficier des fruits de sa rédemption, il faut être uni à lui à travers la foi et la vie de la grâce, dans la vraie Église fondée par lui.

L’œcuménisme, au lieu d'être une exigence de la charité, comme on cherche à nous le faire croire, est un péché contre elle. Le vrai amour, en effet, réclame qu'on veuille le bien de notre prochain et le bien le plus grand est de le conduire à la vérité, pour qu'il puisse accéder à la vie éternelle.

L’œcuménisme, au contraire, abandonne les hommes dans leurs erreurs, les réconforte en elles, leur laissant croire qu'ils pourront être sauvés grâce au secours de leurs fausses religions.

Ceux qui propagent ces nouvelles doctrines agissent comme un médecin qui, au lieu d’avertir le malade de la gravité de son mal et de le soigner, l'entretient dans ses illusions.

A cinquante ans du Concile, face aux tentatives ecclésiastiques de continuer à soutenir le mythe désormais en ruines, il est nécessaire plus que jamais de considérer lucidement et avec objectivité les nouvelles doctrines qu'il a transmit et qui ont miné l’Église, paralysant la force missionnaire pour convertir les âmes et pour la transformation spirituelle et morale de la société.

Outre la prière pour notre Mère l’Église, nous sommes convaincus que faire la lumière sur ces doctrines erronées soit le plus grand service que nous puissions lui rendre et auquel nous ne pourrons jamais renoncer, sans devenir complice de son autodestruction.

Abbé Pierpaolo Maria Petrucci, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, Supérieur du District d'Italie
-----
Sources : La Tradizione Cattolica N° 4 - 2015

[Abbé Christian Bouchacourt, fsspx - Fideliter] Triomphe de l'ambiguïté

SOURCE - Abbé Christian Bouchacourt, fsspx - Fideliter - novembre-décembre 2015

Le synode sur la famille vient de s'achever et, malheureusement, la catastrophe que nous redoutions a été mise sur les rails. Une majorité des évêques du synode a voté l'article 85 du document final, qui ouvre la route à l'admission à la communion eucharistique des divorcés remariés.

Il convient de remarquer tout d'abord l'incroyable hypocrisie du procédé utilisé pour obtenir à tout prix ce vote de la part des prélats un peu traditionnels. En effet, ce paragraphe 85 n'a été voté qu'avec une seule voix de majorité (178 voix, la majorité étant de 177). Pour cela, comme l'écrit candidement Jean-Marie Guénois dans Le Figaro du lundi 26 octobre 2015, « l'article 85 a été laissé volontairement ambigu par la commission de rédaction », car, « s'il avait mentionné "la communion pour les divorcés remariés", il n'aurait jamais passé la rampe ».

Il s'agit pourtant bien de cela. Mais pour dire sans le dire qu'il s'agit de donner le feu vert à cet accès à la communion eucharistique, le document final use d'un incroyable verbiage à base « d'accompagnement », de « discernement », de « réflexion sincère », de « moments de réflexion », etc. Comme le résume Guénois au même endroit : « L'idée du pape et d'une partie du synode est de réintégrer dans une pleine communion avec l'Église un couple remarié qui aurait subi un divorce, en lui accordant, après un temps de "discernement" mené avec un prêtre au simple niveau paroissial, l'accès aux sacrements, dont la confession et la communion », mais il le fait toutefois « sans nommer la communion eucharistique ».

En vérité, ce paragraphe 85 constitue une claire acceptation de la « morale de situation ». Sous cette appellation technique se cache la démarche suivante : même si, en principe, telle action n'est pas moralement bonne, la « situation » de telle personne fait que, dans son cas, cette action devient bonne. Il ne s'agit donc plus de se confronter aux principes objectifs et de régler sa conscience sur eux : il faut, au contraire, étudier la situation de la conscience pour en tirer une norme d'action.

L'article 85 expose clairement ce processus : « Tout en soutenant une norme générale, il est nécessaire de reconnaître que la responsabilité visà- vis d'actions ou de décisions précises, n'est pas la même dans tous les cas ». Autrement dit, la norme morale reste intacte dans les hauteurs de la « morale en soi », tandis que chacun, selon l'évaluation qu'il fait de sa « responsabilité », décide souverainement de ce qui est bon ou mal pour lui.

On nous objectera que, toujours selon l'article 85, les personnes concernées devront opérer ce discernement avec l'aide d'un prêtre, en se confrontant à l'enseignement de l'Église et aux orientations de l'évêque, et en examinant de près leur attitude personnelle dans la ruine du premier mariage. Mais il est facile d'imaginer comment les choses vont se passer en réalité.

Les personnes concernées auront évidemment l'impression qu'elles ne sont pour rien dans la rupture du lien conjugal, ou du moins qu'elles ne pouvaient pas agir autrement. D'un autre côté, l'inquiétant laxisme qui règne déjà dans l'Église n'annonce certainement pas une résistance héroïque des prêtres face aux demandes instantes de leurs paroissiens.

Plus alarmante encore est la mention des « orientations de l'évêque ». Elle prépare un nouveau désastre, semble-t-il, après la ruine de la doctrine durant le concile et la ruine de la morale durant le synode. L'idée du pape François, en effet, est de promouvoir à toute force un collégialisme pire que celui que nous subissons déjà. Ainsi, pour contourner l'opposition de certains prélats plus conservateurs sur les questions matrimoniales, entend-il renvoyer la gestion de celles-ci à la responsabilité des évêques locaux, qui auront eux aussi bien du mal à résister à la pression. Par ailleurs, ce collégialisme contribuera à ébranler un peu plus une fonction pontificale déjà sérieusement affaiblie.

Mais même en supposant que ce « discernement » soit mené avec le plus grand sérieux par les personnes concernées, avec l'aide d'un prêtre profondément attaché à la vérité, sous l'autorité d'un évêque vraiment catholique et qui prendrait appui sur les authentiques enseignements de l'Église, il n'en restera pas moins qu'un mariage valide et consommé entre baptisés est absolument indissoluble et qu'une nouvelle union (« remariage »), tant qu'elle existe effectivement, constitue un adultère, une faute contre les commandements de Dieu et un obstacle à la communion eucharistique. Aucune décision d'aucun synode ne pourra jamais changer cette certitude ancrée dans la Révélation et dans toute la tradition de l'Église.

Devant cette ruine de la morale, devant un tel péril pour nos âmes, pour l'Église et pour toute la société humaine, nous ne pouvons rester passifs : il nous faut supplier Dieu qu'il ait pitié de la sainte Église, qu'il éclaire et fortifie le pape dans la foi.

Abbé Christian Bouchacourt +, Supérieur du District de France

30 décembre 2015

[Riposte Catholique] Publication: La Messe traditionnelle en tous ses états

SOURCE - Riposte Catholique - 30 décembre 2015

L’Homme Nouveau vient de publier « La Messe traditionnelle en tous ses états », un bref opuscule présentant les différents degrés liturgiques de la forme traditionnelle du rite romain (dite forme extraordinaire) reprenant notamment des chroniques de notre confrère Paix Liturgique. Cet ouvrage a le mérite de donner de manière synthétique quelques repères au néophyte comme à celui qui « baigne dans la forme extraordinaire depuis son plus jeune âge ». Ce patrimoine liturgique est riche, il faut sans cesse le découvrir et nous l’approprier.

L’abbé Barthe nous rappelle fort à propos :
À l’époque, qui n’est pas si lointaine, où la liturgie traditionnelle romaine était célébrée sur une grande partie du globe, frappante était son unité, en même temps que leur coloration variait comme à l’infini. Tout fidèle catholique assistait à la même messe lorsqu’il participait à des cérémonies aussi diversement modulées que la messe basse matinale dans une église de campagne, la messe pontificale fastueuse dans une cathédrale qui avait conservé les pompes les plus brillantes (Westminster, Milan, Cologne), la grand-messe dominicale de l’immense majorité des paroisses de France qui cultivaient le style tonique et viril des « nefs qui chantent », la liturgie monastique blanche et dépouillée d’une abbaye trappiste, un pontifical bénédictin qui représentait la meilleure part du Mouvement liturgique, la messe baroquissime d’une chapelle papale, les messes dites à voix basse sur les nombreux autels des sanctuaires devant lesquels se succédaient des files de pèlerins, etc.
La Messe traditionnelle en tous ses états, Éd. de L’Homme Nouveau, coll. « Paix liturgique », 56 p., 6,50€ Commande ici

28 décembre 2015

[Bertrand Y. (blog)] Le pape François, l’écologie et la F.S.S.P.X

SOURCE - Bertrand Y. (blog) - 28 décembre 2015

«Une encyclique sur l’écologie!» : ainsi se sont gaussés, à la publication de ce long texte de près de 200 pages, certains de ceux qui à force de critiquer ont perdu l’esprit catholique de profonde déférence envers le Vicaire du Christ. Il est vrai que cela paraît une première dans ce genre de documents où les papes se cantonnent habituellement aux domaines de la foi, de la morale ou de la défense de la liberté de l’Eglise contre ses injustes persécuteurs.

Mais le dernier pape traditionnel, Pie XII, avait déjà dérogé à cette coutume en abordant près d’une demi-douzaine de fois la question temporelle de la paix sociale et entre les nations. Ce grand pape est aussi réputé par l’étendue des sujets temporels ou profanes de toutes sortes abordés dans ses allocutions quasi quotidiennes adressées, à toutes les catégories d’associations professionnelles qu’il recevait, non sans une science certaine des problèmes propres à chacune d’entre elles, en même temps qu’avec l’élévation du regard de la foi.

Il faut reconnaître qu’on retrouve globalement quelque chose de cela dans «Laudato si». Il y a, dans les première et troisième parties, une analyse précise, complète et pertinente de la pollution de la planète, de ses conséquences graves pour la vie humaine et de ses origines dans les comportements humains. On trouve, dans la deuxième partie, des jugements qui sont de belles considérations à la lumière surnaturelle de l’exégèse ou, dans la sixième partie, des recommandations conformes à la morale naturelle, c.à.d. de bon sens. Ceux plus philosophiques de la quatrième partie, principes d’une vaste stratégie, n’en sont pas dépourvus. La fin de l’encyclique est une belle profession de foi (Trinité, Notre Dame, vision béatifique), compte tenu que, dans l’esprit du pape, cette lettre n’était probablement pas destinée qu’à tous les évêques et fidèles catholiques mais aussi, voire surtout, à tous les responsables politiques du monde entier, chrétiens ou non, étant donné la diffusion médiatique dont il bénéficie, surtout sur un sujet politiquement correct.

On peut en revanche rester sceptique, quant à leur réalisme, à propos des considérations d’ordre politique ou tactique de la cinquième partie (insistance sur le dialogue à tous les niveaux et tous azimuts). Comme on peut rester aussi sur sa faim, dans les recommandations de la sixième partie, quant à l’absence d’insistance sur l’esprit spécifiquement catholique de renoncement ou de sacrifice, opposé au mercantilisme effréné, d’origine surtout protestante, qui a engendré la révolution industrielle et tous ses avatars dont un esprit de jouissance débridé. Il est pourtant et probablement l’une des raisons profondes, donc des plus importantes, de la situation actuelle et catastrophique de la planète. Il y a là, à nos yeux, une grosse lacune qui pourrait rendre vain ce beau déploiement d’efforts en faveur du bien commun universel... Et qui nous ramène à une autre crise au moins aussi grave que l’écologique et qui est, elle, ecclésiologique.

Le dernier synode dans l’Eglise catholique en fut symptomatique. Il a été, en effet, le terrain d’affrontements entre ce qui étonnamment reste encore, après 50 ans de laxisme généralisé, de tenants de la morale traditionnelle sur l’indissolubilité du mariage et les tenants de la politique du poisson crevé qui, en réalité, ne tiennent plus rien mais ne font que suivre l’évolution générale des mœurs vers toujours plus de facilité ou toujours moins d’exigences («être à l’écoute du monde d’aujourd’hui », disent-ils...). Le pape lui-même a semblé malheureusement cautionner ces derniers, juste avant le synode, en simplifiant considérablement, voire en bâclant, la procédure d’annulation (éventuelle) des mariages, ce qui est une manière bien jésuite, en sauvant une apparence d’orthodoxie, de résoudre le problème des « divorcés remariés »... Sans doute était il animé d’une intention miséricordieuse en étant convaincu de la nullité réelle de beaucoup de mariages actuels, faute de connaissance suffisante de toutes ses composantes essentielles, établies une fois pour toutes par Dieu lors de la création de l’homme. Mais cela rappelle la déroute analogue et incroyable parmi les prêtres, au lendemain de Vatican II, qui par milliers furent réduits par Paul VI à l’état laïc pour à peu près le seul motif qu’ils en faisaient la demande!

Le constat sur la nullité de nombreux mariages, pas totalement invraisemblable et terrible, aurait dû alors amener aussi à ceux sur la catéchèse et la prédication habituelles et non moins désastreuses dans l’Eglise depuis un demi siècle: plus de péché originel et personnel, plus d’Enfer et de Purgatoire, plus de confession et de pénitence etc. ou «tout le monde il est beau, il est gentil»! Car cela fait certainement partie de ses causes et pas des moindres. Et amener par conséquent à prôner le retour aux bonnes vieilles méthodes qui ont été capables de former sans discontinuer pendant des siècles des générations de vrais chrétiens auxquelles faisait horreur l’idée même de divorce, entre autres. Comme celui à l’ancienne liturgie d’avant Vatican II puisque, la liturgie étant l’expression naturelle de la foi ou en harmonie avec elle en y disposant et en la réconfortant, celle d’après Vatican II étant au diapason de son vide catéchétique, elle est aussi et sans aucun doute une cause majeure de cette situation catastrophique.

Or force est de constater aussi le grand silence officiel, dans toutes les instances dirigeantes de l’Eglise, sur de telles mesures qui supposent leur mea culpa... Donc même grave lacune que dans les remèdes au problème écologique!

Il y a cependant une lueur d’espoir (en plus de l’espérance surnaturelle dont doit être animé le chrétien même quand il ne semble plus y avoir de raisons humaines d’espérer) face à cette si préjudiciable cécité intellectuelle. Elle réside dans le geste papal d’ouverture on ne peut plus public et tout autant surprenant envers la F.S.S.P.X, à l’occasion de l’année jubilaire qui vient d’être inaugurée, en accordant à ses prêtres, motu proprio et sans le faire dépendre de l’autorisation des évêques, le pouvoir ordinaire de confesser. Encore une manière bien jésuite ou habile de les reconnaître comme vraiment catholiques, avec leur doctrine et les moyens exclusivement traditionnels qu’ils utilisent, en se jouant de la résistance, à leur reconnaissance en bonne et due forme, de la part de la majorité des évêques, qui ont peur d’achever de vider leurs églises, comme d’une minorité bruyante de prêtres, au sein de cette Fraternité elle-même, qui ont peur de faire du bien et de donner le coup de grâce à cette «Eglise conciliaire» moribonde!

B.Y.

[Paix Liturgique] Revenir à la messe tridentine : entretien avec Dominique Millet-Gérard (1)

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 523 - 28 décembre 2015

Voici une belle lecture pour s'aérer l'âme et l'esprit dans une période de festivités souvent trop terre-à-terre. Il s'agit de l'entretien donné par Dominique Millet-Gérard (1), agrégée de lettres classiques et d’anglais, docteur ès lettres et professeur de littérature française en Sorbonne, à l'abbé Claude Barthe pour le recueil Reconstruire la liturgie, publié chez François-Xavier de Guibert en 1997 (2). Mme Millet-Gérard a eu la gentillesse d'actualiser ses propos pour les lecteurs de Paix liturgique, ce dont nous la remercions vivement.
Abbé Claude Barthe – Comment la réforme liturgique est-elle arrivée jusqu’à vous ?
Dominique MILLET-GERARD – Comme une rupture fondamentale, que j’ai sentie à l’époque bien plus que je ne l’ai analysée. Venant du catéchisme que j’avais reçu dans l’atmosphère encore traditionnelle d’une paroisse parisienne, j’ai été soudainement projetée, en 1964-1965, dans une aumônerie de lycée imprégnée de nouveautés dont je n’avais alors nulle conscience. J’en ai eu brutalement le sentiment au moment de ma communion solennelle, en 1965, on a décrété ce jour-là que nous seraient offertes des cérémonies en français, avec une seule subsistance de tradition, le Tantum ergo du salut du Saint-Sacrement, l’après-midi. Cela m’a déchirée, m’a désolée, m’est apparu comme une véritable catastrophe. On m’ôtait quelque chose de très précieux d’une manière qui me semblait illégitime et pernicieuse.

Je n’ai ensuite pas continué à suivre le catéchisme de persévérance parce que les gens qui le délivraient ne me semblaient pas particulièrement intéressants. Une période de divagation, de solitude a commencé, avec les jalons qu’ont représentés certains de mes professeurs de l’enseignement public, en particulier un professeur de première, une femme très pieuse, qui m’a initiée à l’étude de Pascal, et avec laquelle j’ai eu de nombreuses conversations. J’assistais alors encore à des messes que je qualifierais de conciliaires mitigées. Généralement, l’assistance à la messe me causait une grande déception et des envies de sortir désagréablement puissantes. Je me souviens d’une messe de Noël à Chantilly, d’une insipidité totale, une messe dont l’ornementation principale a été, au moment de l’offertoire, le passage de l’enregistrement... d’un vagissement de nourrisson.

Un refus de plus en plus marqué se manifestait en moi, une espèce de nostalgie pour quelque chose que je ne percevais plus très bien, qui faisait partie de mes souvenirs d’enfance, mais que je regrettais au point que, à la fin de mes années de lycée, j’avais cessé d’aller à la messe. Je la lisais dans mon missel tridentin, un missel des bénédictins de Hautecombe que l’on m’avait offert lors de ma communion solennelle.
C’est l’époque où beaucoup ont quitté les églises pour n’y jamais revenir. Comme les Hébreux « au bord des fleuves de Babylone », vous cultiviez le souvenir de Sion. Quand pour vous a cessé cet exil?
C’est au cours de mes années de classes préparatoires à l’École normale qu’un petit groupe de camarades m’a entraînée rue Notre-Dame des Champs, pour assister à une messe que disait l’abbé Guérin. C’était une messe de Paul VI en latin, célébrée le mercredi soir, qui était précédée du chant des Vêpres et suivie de celui des Complies. J’ai découvert avec émerveillement cet Office, qui est dès lors devenu quelque chose de très important pour moi. Le dimanche s’est alors transposé au mercredi durant plusieurs années où j’ai très régulièrement suivi ces offices, restant indépendante du groupe qui les fréquentait.

Ce fut un point d’attache fondamental. À la même époque, après avoir lu dans Le Figaro un article concernant Mgr Lefebvre, je lui ai écrit et il m’a donné l’adresse de Mgr Ducaud-Bourget. J’ai assisté une seule fois à cette messe que Mgr Ducaud-Bourget célébrait chez lui. La découverte de messes dites dans un salon, dans une cave, m’a paru quelque chose de scandaleux, de curieux et de catacombal à notre époque, dans un pays comme la France.
Est-ce alors que Claudel le liturgiste est devenu l’Ange de votre itinéraire, ce «compagnon tonique et sûr qui a la force d’un maître spirituel»?
Tout s’est réalisé de manière providentielle. C’est en 1977 que j’ai découvert, à Saint-Nicolas du Chardonnet, cette messe du dimanche qu’adolescente je lisais dans mon missel et qui est soudain devenue quelque chose de vivant dans l’assemblée des fidèles. J’étais restée dix ans sans sacrements. La messe devenait une réalité vécue, dans une église de paroisse, avec la pratique de la communion. C’est une chose de lire la messe chez soi et autre chose d’y assister en allant à la communion. Claudel est venu ensuite. Je m’occupais déjà de littérature religieuse, puisque j’avais fait ma maîtrise sur un sujet de patristique grecque et que je m’étais engagée dans un doctorat de troisième cycle sur un thème concernant la littérature mozarabe. Je cherchais ma voie. C’est alors que mon directeur de thèse de doctorat d’État, avec une extraordinaire intuition, m’a aiguillée vers une poétique comparée de l’exégèse de Claudel, à partir de la Parabole d’Animus et Anima.

Mon cheminement est devenu alors parfaitement cohérent. Il y eut la révélation de textes liturgiques, celle surtout de la fulgurance latine de l’épître de l’Immaculée Conception tirée du livre des Proverbes,Dominus possedit me in initio viarum suarum, « Le Seigneur m’a possédée au commencement de ses voies », que j’ai entendu lire pour la première fois ce dimanche de décembre de l’année 1977 qui suivait la fête, et qui m’a bouleversée par sa beauté et son mystère. Je l’ai perçue en littéraire, mais de la même manière que Huysmans percevait la liturgie dans la première partie d’En route, c’est-à-dire aussi dans la perspective d’une quête spirituelle. Ce fut comme la révélation d’une beauté parfaite, absolue où les mots atteignaient la plénitude du sens. J’ai retrouvé cette impression l’année suivante, à Goa, en reconnaissant cette épître dans un tout autre cadre, sous son voile portugais. Ma surprise a été grande de découvrir que cette Prosopopée de la Sagesse avait été un texte fondateur pour Claudel, qui raconte l’avoir lue au soir même de sa conversion, ouvrant au hasard la Bible protestante qui avait été offerte autrefois à sa sœur Camille. C’est un point de rencontre, peut-être le plus frappant, mais il y en a eu bien d’autres.
Et comme Claudel, vous en êtes venue à la messe quotidienne et comme lui, et même grâce à lui, à la pratique du Bréviaire.
Claudel allait à la messe tous les jours, lisait le Bréviaire pratiquement tous les jours. Il gardait quelque chose d’une vocation sacerdotale ou monastique ratée. C’était un homme qui s’astreignait à une discipline ecclésiastique très sévère, pratiquant l’examen de conscience quotidien et la confession très régulière. 

Il y eut pour moi plusieurs étapes, celle de la messe dominicale, puis plusieurs années après, celle de la messe certains jours de la semaine, celle enfin de la messe quotidienne.

Je ne saurais vous dire exactement quand j’ai commencé à dire en partie le Bréviaire. Au début, je le lisais par intérêt intellectuel, ayant compris que Claudel le disait. Le Bréviaire dont il usait était le Bréviaire romain et occasionnellement le Bréviaire monastique. Je me suis d’ailleurs rendu compte que le Bréviaire romain était très lu par la génération symboliste. Suarès qui était juif, et qui ne s’est jamais converti au catholicisme, dit à Claudel dans sa correspondance qu’il avait la plus grande admiration pour le Bréviaire romain. Je crois que Bernanos avait lui aussi pris l’habitude de lire le Bréviaire.

Je pratiquais au début le Bréviaire par sondages. Quand je voyais Claudel citer un Père de l’Eglise, j’essayais de deviner la date à laquelle il écrivait d’après les citations de la liturgie de la messe qu’il donnait. De là je remontais aux Matines du jour dans le Bréviaire et, très souvent, je trouvais ce que je recherchais. Claudel ne s’en cachait pas : il avouait dans une de ses lettres que ses citations patristiques venaient des leçons du Bréviaire, tirées d’un sermon de saint Ambroise, de saint Augustin, ou d’un autre Père, dont un passage était lu à l’occasion de la fête du jour – ainsi par exemple, toutes les admirables leçons de l’octave de l’Immaculée Conception qu’il a particulièrement méditées.

Les extraits des Pères de l’Église m’édifiaient, m’instruisaient. Ils étaient le plus beau commentaire que je pouvais trouver des textes bibliques correspondants. J’étais prise par la beauté de l’Office. Je me suis mise alors à pratiquer le Bréviaire de façon un peu extravagante, lisant d’abord les leçons de matines et puis récitant certaines heures. J’ai pris l’habitude d’assister à l’Office de Sexte, que l’on récite après la messe de midi à Saint-Nicolas du Chardonnet, puis à dire une autre heure de l’Office, que je change d’année en année pour dire tous les psaumes du psautier. En même temps, je me suis familiarisée avec l’Office de Complies, particulièrement beau et apaisant.

Comme j’étais obligée d’accélérer la rédaction de ma thèse, ces années ont été un moment d’énorme concentration où le travail intellectuel et l’assistance aux offices, qui est devenue de plus en plus régulière et nécessaire, n’étaient pas deux voies parallèles, mais deux éléments de ma personnalité qui se rencontraient et s’épousaient parfaitement.
----------
(1) Née en 1954, spécialiste de Claudel, Dominique Millet-Gérard est l'auteur de nombreux articles et ouvrages dont : Anima et la Sagesse. Pour une poétique comparée de l'exégèse claudélienne, Lethielleux, 1990 ; Formes baroques dans Le Soulier de satin. Étude d'esthétique spirituelle, H. Champion, 1997 ;Claudel thomiste ?, H. Champion, 1999 ; Paul Claudel, La Beauté et l'Arrière-Beauté, Sedes, 2000 ; Le Chant initiatique - Esthétique et spiritualité de la Bucolique, Ad Solem, 2000 ; Le Cœur et le cri - Variations sur l'héroïde et l'amour épistolaire, H. Champion, 2004 ; Le Signe et le Sceau, Variations littéraires sur le Cantique des Cantiques, Droz, 2010, Tête dOr : le chant de l'origine, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2011 ; sans compter des éditions de textes (Huysmans, En Route, Folio-Gallimard, 1996 ; Claudel, Le Poëte et la Bible, 2 volumes, Gallimard, 1998 et 2004 ; Correspondance de Paul Claudel avec les ecclésiastiques de son temps, 3 volumes, Champion, 2005 et 2008, Correspondance Claudel-Massignon, Gallimard, 2012.

(2) Reconstruire la liturgie, rencontres menées par Claude Barthe avec Jean-Robert Armogathe, Son Éminence le Cardinal Godfried Danneels, Jacques Dupâquier, Pierre Gardeil, René Girard, Louis Hage, Mgr Georges Lagrange, Michel Lelong, Dominique Millet-Gérard, Marcel Pérès, Luc Perrin, Ashraf Sadek, Robert Spæmann et Robert F. Taft, éditions François-Xavier de Guibert, 1997.

27 décembre 2015

[Abbé Couture - FSSPX Canada] "En l’an de grâce 2016…"

SOURCE - Abbé Couture - FSSPX Canada - Lettre aux amis et bienfaiteurs - Janvier 2016

Le modernisme, moral ou doctrinal, met la conscience subjective au-dessus du besoin de se soumettre à quoi que ce soit d’objectif. Pour les modernistes, tout comme la conscience remplace la loi morale objective, de même les idées ou sentiments religieux remplacent la Révélation objective. C’est ce que St Pie X appelait « l’immanence vitale », ce qui veut dire que si vous pensez que quelque chose est vrai, c’est vrai pour vous, mais pas nécessairement pour les autres.

Chers Amis et Bienfaiteurs,

En l’an de grâce 2016… N’oublions jamais de rappeler aux gens autour de nous qu’à chaque fois que nous écrirons ou dirons « 2016 » en cette année qui commence, ce sera une référence directe à la venue historique du Sauveur. Les francs-maçons de la Révolution Française ont eu beau essayer de remettre le nombre des ans à zéro pour éliminer cette référence à la naissance du Sauveur, ce fut en vain. Nous sommes bien en 2016, et non en 224. Mais d’autres continuent hélas à attaquer la réalité historique que « Le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (St Jean 1, 14) et qu’ « Il vous est né aujourd’hui un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur » (St Luc 2, 11).

L’Incarnation du Fils de Dieu est un fait objectif, historique – « Lorsqu’est venue la plénitude du temps, Dieu a envoyé son Fils, formé d’une femme » (Gal. 4, 4) – et avec la mort de Notre-Seigneur sur la Croix, l’Ancien Testament a bel et bien pris fin, ce qui fut manifesté par la rupture du voile du temple de haut en bas. Quand quelqu’un écrit un nouveau testament, l’ancien perd toute sa valeur.

Le modernisme, moral ou doctrinal, met la conscience subjective au-dessus du besoin de se soumettre à quoi que ce soit d’objectif. Pour les modernistes, tout comme la conscience remplace la loi morale objective, de même les idées ou sentiments religieux remplacent la Révélation objective. C’est ce que St Pie X appelait « l’immanence vitale », ce qui veut dire que si vous pensez que quelque chose est vrai, c’est vrai pour vous, mais pas nécessairement pour les autres.

Les modernistes qui occupent tant de postes au Vatican viennent de publier un autre de leurs très mauvais fruits le 10 décembre dernier pour commémorer le 50e anniversaire du document conciliaire Nostra Aetate : "Les dons et l'appel de Dieu sont irrévocables" http://www.zenit.org/fr/articles/les-dons-et-l-appel-de-dieu-son-irrevocables-document .

Pour commencer, il est vraiment scandaleux de publier un tel document deux semaines à peine avant Noël et de prendre comme titre un passage de l’épître aux Romains (11, 29), une épître dont le but est précisément de prouver que les Juifs aussi doivent croire à Notre-Seigneur Jésus-Christ pour être sauvés : « La fin de la Loi est le Christ pour la justification de tout croyant ». (10,4)

Il est dit dans la préface qu’ « Il ne s’agit ni d’un document magistériel, ni d’un enseignement doctrinal de l’Église catholique, mais d’une réflexion préparée par la Commission pour les relations religieuses avec le judaïsme sur quelques-unes des questions théologiques courantes développées depuis le Concile Vatican II ». Mais le seul fait que ce soit publié par le Vatican et signé par un Cardinal (Koch) en fait un document officiel. En voici les principaux blasphèmes et hérésies – quelles autres notes théologiques s’appliquent ici?:
Le Nouveau Testament ne remplace pas l’Ancien, l’Ancien Testament n’a pas été révoqué (nn. 17, 23, 33) : « 33. Dans cette communauté de l’Alliance, il devrait être évident pour les chrétiens que l’alliance que Dieu a conclue avec Israël n’a jamais été révoquée et qu’elle demeure toujours valable, en raison de la fidélité sans faille de Dieu envers son peuple. »
– Mais alors pourquoi les anges ont-ils déchiré le voile du Temple le Vendredi Saint? « Et voilà que le voile du Temple se déchira en deux parties du haut jusqu’en bas ». (St Matt. 27, 51) Cette déchirure exprimait clairement l’abrogation de l’Ancienne Loi avec l’accomplissement de la rédemption de la Nouvelle Loi (cf. Pirot Clamer, Cornelius a Lapide).
Les juifs n’ont pas à croire en Notre-Seigneur pour être sauvés : « 36. De la profession de foi chrétienne qu’il ne peut y avoir qu’une seule voie menant au salut, il ne s’ensuit d’aucune manière que les juifs sont exclus du salut de Dieu parce qu’ils n’ont pas reconnu en Jésus-Christ le Messie d’Israël et le Fils de Dieu. Une telle affirmation ne trouve aucun fondement dans l’interprétation sotériologique de saint Paul… »
– Mais Notre-Seigneur n’a-t-il pas proclamé: « Je suis la voie, la vérité, et la vie. Personne ne vient au Père sinon par moi » (St Jean 14, 6)?
L’Église catholique n’a pas de mission pour convertir les Juifs (nn. 37, 40-43) : « Pour cette raison, l’Église a été amenée à considérer l’évangélisation des juifs, qui croient dans le Dieu unique, d’une manière différente de celle auprès des peuples ayant une autre religion et une autre vision du monde. En pratique, cela signifie que l’Église catholique ne conduit et ne promeut aucune action missionnaire institutionnelle spécifique en direction des juifs ». (n. 40) 
– Mais Notre-Seigneur n’a-t-il pas dit: « Allez dans le monde entier, prêchez l’Évangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé; mais celui qui ne croira pas sera condamné ». (St Marc 16, 15-16)
La Parole de Dieu est présente aux juifs d’aujourd’hui par le moyen de la Torah, et aux Chrétiens en Jésus-Christ : « La Torah donne des instructions pour une vie réussie dans une relation juste avec Dieu. Celui qui observe la Torah a la plénitude de vie. Et surtout, en observant la Torah, les juifs prennent part à la communion avec Dieu. À ce propos, le Pape François a dit : ‘Les confessions chrétiennes trouvent leur unité dans le Christ ; le judaïsme trouve son unité dans la Torah. Les chrétiens croient que Jésus Christ est la Parole de Dieu qui s’est faite chair dans le monde ; pour les juifs, la Parole de Dieu est surtout présente dans la Torah’ ». (n.24)

– Mais Notre-Seigneur n’a-t-il pas mis la condition suivante pour entrer au Ciel : « En vérité, en vérité, je te le dis : si quelqu’un ne renaît de l’eau et de l’Esprit Saint, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu »? (St Jean 3, 5)

Ce document est certainement un des pires des derniers 50 ans! « Les chrétiens croient ceci… Les Juifs croient cela... Croyez ce que vous voulez! Le Verbe fait chair, ou la Parole de Dieu dans la Torah, ce sont des fabrications de l’esprit qui n’ont aucun fondement dans la réalité historique. »

Nous objectons à ceci de toute notre âme et de toutes nos forces! Au commencement de ce nouvel « an de grâce », nous professons que Notre-Seigneur Jésus Christ est le seul Sauveur, né à Bethléhem il y a bientôt 2016 ans, qu’il est la seule Porte pour entrer au Ciel, que sans l’effusion de son Sang, sans le baptême, il n’y a pas de rédemption possible pour personne, Juifs ou Gentils. « Il n’y a de salut en aucun autre… »
----------
Nouvelles du DistrictLe 27 novembre dernier expirait à 91 ans l’abbé Paul Greuter à Nanaimo, Colombie Britannique. Hollandais de naissance, il vint au Canada après la guerre sachant qu’il y avait pénurie de prêtres dans l’Ouest canadien. Il est le dernier des cinq ou six prêtres (il semble) dans tout le Canada ordonnés avant le Concile, qui n’ont jamais dit la nouvelle messe. 

Et le 12 décembre suivant, c’était au tour de l’abbé Stephen Somerville, 84 ans, de nous quitter. Il avait fait partie de l’ICEL (la commission internationale pour l’anglais dans la nouvelle liturgie) et eut le courage de revenir à la Tradition en 2002 et de dénoncer les erreurs de la nouvelle liturgie. Requiescant in pace!

Abbé Daniel Couture
Supérieur

[Abbé Michel Simoulin, fsspx - Le Seignadou] L’année 1976 de Monseigneur Lefebvre

SOURCE - Le Seignadou - janvier 2016

Parmi tous les anniversaires qui ont été célébrés cette année (Décès du P. Calmel, fondation de Fanjeaux..) j’ose espérer que personne n’a oublié celui de la fondation de la Fraternité et de sa reconnaissance canonique le 1° novembre 1970. Comme le disait un confrère : 45 ans et pas une ride !

Et je ne sais s’il convient d’inclure celui de la première mesure prise contre Mgr Lefebvre et la Fraternité! C’est, en effet, le 6 mai 1975 que Mgr Mamie écrivait à Mgr Lefebvre la lettre dans laquelle il l’informait du retrait de tous les actes de son prédécesseur, et en particulier, le décret d’érection de la Fraternité du 1° novembre 1970. Il y a donc quarante années que la Rome «conciliaire» nous a chassés de son sein pour crime de refus des «valeurs» conciliaires. Aux yeux de la Rome Catholique rien n’a changé. Elle est toujours vivante, sainte comme au premier jour, notre seule source de vie et nous demeurons son enfant fidèle, aimé et béni comme au premier jour !

Après les ordinations du 29 juin 1976, puisqu’il a «désobéi», Mgr Lefebvre est frappé de deux suspenses, la première «a collatione ordinum» le 6 juillet, la seconde «a divinis» le 22 juillet. La première signifie qu’il ne peut plus ordonner licitement, la seconde qu’il n’a plus le droit de dire la messe. Après la messe de Lille, le 29 août, puis celle de Besançon le 6 septembre, c’est le 8 septembre qu’il fera sa première visite aux sœurs dominicaines réfugiées depuis l’été précédent à La Clarté-Dieu, dans le village de Fanjeaux.

Il faut relire ou réécouter, sur cette année 76, l’excellente conférence de Mr Jean de Viguerie aux journées de la Tradition 2005: «l’année 1976 de Monseigneur Lefebvre», publiée par les Nouvelles de Chrétienté n° 96 de novembre-décembre 2005. Tout est exposé avec clarté, simplicité et vérité.

Voici donc quarante années que règne l’injustice au sein de l’Eglise, et que l’Eglise conciliaire tente d’étouffer la voix de l’Eglise catholique. Un jour, pourtant, il faudra bien que l’Eglise Catholique se fasse entendre et rétablisse la justice. Car ce qu’il y a d’injuste dans l’Eglise est l’œuvre du malin «conciliaire», mais ce qu’il y a de bon, même opéré par des «malins» ne peut être que l’œuvre de Dieu, et de l’Eglise Catholique. «Les charnels ne peuvent pas faire les œuvres spirituelles (cf. Rm 8, 5 ; 1 Co 2, 14), ni les spirituels les œuvres charnelles, comme la foi non plus ne peut faire les œuvres de l'infidélité, ni l'infidélité celles de la foi. Et celles-là même que vous faites dans la chair sont spirituelles, car c'est en Jésus-Christ que vous faites tout.» (St Ignace d’Antioche. Lettre aux éphésiens VIII, 2).

Lorsque je relis ce que j’écrivais autrefois, je suis rassuré quant à ma persévérance dans la pensée et la réfutation de tous ceux qui confondent tout: Eglise catholique et église (?) conciliaire, la Rome éternelle et la Rome moderniste, Rome et le Vatican, etc.… et qui, forts de ces confusions accusent aujourd’hui Mgr Fellay et la Fraternité de trahir! Sans doute ces théologiens auto-proclamés ont-ils compris mieux que quiconque la pensée de Mgr Lefebvre, et sont-ils fondés à accuser Mgr Fellay de lui être infidèle, voire de le trahir, mais je persiste à dire ce que je dis depuis toujours, à savoir que, jusque sur son lit de mort, Mgr Lefebvre n’avait qu’un désir: non pas donner des leçons au Pape mais servir l’Eglise, mettre la Fraternité au service de l’Eglise, pour la Messe et pour le sacerdoce !

Certes, nous ne sommes plus en 1976, ni en 1986 ou 1988, mais il est admirable de suivre les diverses réactions de Mgr Lefebvre aux situations nouvelles. Il ne parlait pas de la même façon en 1970 et en 1976, avant et après Assise, avant et après les sacres, mais vouloir faire de ces diverses prises de position  autre chose que l’exercice de la vertu de prudence, au point d’en faire des principes, jusqu’à accuser Mgr Lefebvre lui-même d’avoir abandonné ses principes… c’est raisonner avec autre chose que son intelligence éclairée par la foi ! Mgr avait des principes, et ils n’ont pas changé ; mais sa ligne de conduite a été différente selon les situations, qui, elles, n’ont cessé de changer.

Aujourd’hui encore, après les actes de Benoit XVI, et depuis l’élection du Pape François, la situation a changé, et nous ne pouvons pas ignorer le nouvel état des choses. Mais l’essentiel du drame demeure ce que dénonçait Jean Madiran: «La crise religieuse n'est plus comme au XVI° siècle d'avoir pour une seule Eglise deux ou trois papes simultanément; elle est aujourd'hui d'avoir un seul pape pour deux Eglises, la catholique et la post-conciliaire.» Mais ce que ne précise pas Madiran, et qui rend la situation plus dramatique, est que ces «églises» ne sont pas séparées, et que la deuxième vit au sein de la première et en tire même toute sa vie, car elle ne pourrait vivre sans elle.

Les principes de Mgr Lefebvre dans cette situation ? Ils sont gravés en lettres d’or et de feu dans les statuts de la Fraternité :Le but de la Fraternité est le sacerdoce et tout ce qui s'y rapporte et rien que ce qui le concerne, c'est-à-dire tel que Notre Seigneur Jésus-Christ l'a voulu lorsqu'il a dit: «Faites ceci en mémoire de Moi»… Orienter et réaliser la vie du prêtre vers ce qui est essentiellement sa raison d'être: le saint sacrifice de la Messe, avec tout ce qu'il signifie, tout ce qui en découle, tout ce qui en est le complément.

Un deuxième but de la Fraternité est d'aider à la sanctification des prêtres, en leur offrant la possibilité de retraites, récollections. Les maisons de la Fraternité pourraient être le siège d'associations sacerdotales, de tiers-Ordres, de périodiques ou revues destinées à la sanctification des prêtres.

Ce sont ces mêmes principes qui l’ont conduit aux sacres épiscopaux de 1988, ainsi qu’il l’a exprimé dans sa lettre aux quatre futurs évêques :
Ainsi apparaît avec évidence la nécessité absolue de la permanence et de la continuation du sacrifice adorable de Notre Seigneur pour que «son Règne arrive». La corruption de la sainte Messe a amené la corruption du sacerdoce et la décadence universelle de la foi dans la divinité de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Dieu a suscité la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X pour le maintien et la perpétuité de son sacrifice glorieux et expiatoire dans l’Église. Il s’est choisi de vrais prêtres instruits et convaincus de ces mystères divins. Dieu m’a fait la grâce de préparer ces lévites et de leur conférer la grâce sacerdotale pour la persévérance du vrai sacrifice, selon la définition du Concile de Trente.

Je me vois contraint par la Providence divine de transmettre la grâce de l’épiscopat catholique que j’ai reçue, afin que l’Église et le sacerdoce catholique continuent à subsister pour la gloire de Dieu et le salut des âmes.
Tel est le principe doctrinal et spirituel de Mgr Lefebvre: la Messe, incarnation de toute la foi, de l’espérance et de la charité de l’Eglise. Inutile de chercher ailleurs un principe qui n’existe pas.

Tout cela est clair et même évident, bien connu de tous ceux dont l’intelligence est saine et le cœur droit, et je n’en dirai donc pas plus. Je conclurai simplement avec la conclusion de Mr de Viguerie.
«Il y a dans tout moment de l’histoire, il y a ce que l’on voit, ce à quoi l’on attache de l’importance, et ce que l’on voit moins bien et qui est pourtant plus important. Dans cette année 1976 de Mgr Lefebvre, les commentateurs de l’époque ont vu surtout la persécution infligée au prélat, la «condamnation sauvage» dont il a été l’objet. Mais l’année a été aussi pour le prélat résistant l’occasion de manifester publiquement son attachement au sacerdoce et à la messe. L’année 1976 est donc une année en l’honneur de la messe, en l’honneur du prêtre. On a moins vu cela, mais c’est le plus important. Aujourd’hui nous assistons à un retour de la messe traditionnelle, retour lent certes, désespérément lent, mais progressif, mais réel. Et c’est une consolation pour nous qui avons vu cette messe bannie et bafouée. Or, à n’en pas douter, et même les historiens les plus hostiles à Mgr Lefebvre devront le reconnaître, son année 1976 est à l’origine de ce retour, elle est la source première de notre consolation présente.»
A tous et toutes, bel an 2016 vécu dans l’action de grâces et dans le Coeur de Jésus et de Marie, dont vos prêtres sont les apôtres.