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30 septembre 2016

[Père Cyprien, osb - Our Lady of Guadalupe] Jubilé d'argent

SOURCE – Our Lady of Guadalupe – septembre 2016

Cher amis et bienfaiteurs,

Le 6 août, en la fête de la Transfiguration de Notre Seigneur, nous avons été assaillis par une foule de près de 1000 fidèles ainsi que des prêtres et religieux venus de tout le pays pour célébrer notre jubilé d’argent des 25 ans de notre fondation. Après notre retraite annuelle, prêchée par Son Excellence Mgr Fellay, une messe pontificale d’actions de grâces a été célébrée, suivie d’un banquet festif servi par la communauté. Le jour suivant, les ordres mineurs ont été conférés à deux de nos moines qui étudient en vue du sacerdoce, au cours d’une deuxième messe pontificale. Des années d’épreuves et de difficulté, et d’innombrables grâces quotidiennes nous ont fait parvenir à ce jour où notre communauté compte désormais 40 moines. Notre messe anniversaire d’actions de grâces comportait les intentions spéciales de tous nos fidèles amis et bienfaiteurs, sans lesquels nous n’aurions pas pu survivre au cours des 25 dernières années. Puisse cette lettre spéciale exprimer à chacun d’entre vous notre profonde et sincère gratitude pour votre soutien généreux qui nous a permis d’avancer hardiment de l’avant et de continuer à construire pour l’avenir de nos deux communautés. Puisse Notre Dame de Guadalupe vous bénir pour 25 ans de fidélité à la Sainte Église et pour toujours plus,

[DICI] Rupture ou Fidélité, 1948-1975 : une congrégation religieuse dans l’Eglise ébranlée

SOURCE - DICI - 30 septembre 2016

Les éditions Clovis viennent de publier le second ouvrage de Sœur Alice-Marie, dominicaine enseignante, où elle raconte l’histoire et les tribulations de la congrégation des religieuses du Saint-Nom-de-Jésus dans la tourmente conciliaire. Le professeur Jean de Viguerie décrit le livre comme « une contribution majeure à l’histoire contemporaine de l’Eglise ». Nous citons ici quelques extraits de la présentation qu’en fait l’historien dans sa préface.

« L’auteur divise la période en trois temps qui sont ses trois parties.

« La première est intitulée ‘Les nouvelles constitutions’. La Congrégation opère sa réforme. Les anciennes constitutions avaient été approuvées en 1873. A cette date, la moitié des Français faisaient encore leurs Pâques. En 1950, un quart seulement. La Congrégation se réforme en 1953 en vue d’un apostolat plus vigoureux et d’un enseignement plus chrétien. La supérieure générale, mère Hélène Jamet, dirige les opérations. Le père Calmel, dominicain, est son conseiller approuvé par le Saint-Siège. (…) Cependant les difficultés commencent : quinze sœurs font opposition et, le Saint-Nom étant de droit pontifical, recourent à Rome. La Sacrée Congrégation des religieux ajourne le chapitre général prévu en juin 1954 et ajoute à la formule des vœux la promesse d’observer la règle de saint Augustin. Rien de grave mais ce n’est pas tout : il est mis fin au ministère du père Calmel auprès de la Congrégation. Aucun reproche ne lui est adressé, mais on estime son départ nécessaire pour la ‘paix’ intérieure. En fait, ce départ au moment où commence la crise conciliaire est une cause d’affaiblissement.

« La deuxième partie du livre est intitulée ‘La Congrégation de 1954 à 1971 : dans la tourmente conciliaire’. L’ère des tribulations a commencé. Le décret de Paul VI, Perfectæ Caritatis (1965), et l’obligation faite à l’Eglise entière d’un aggiornamento engendrent des perturbations incalculables. Le décret Perfectæ Caritatisimpose à tous les instituts religieux de revoir leurs constitutions afin de rénover leur vie religieuse. (…) L’élection au généralat de mère Anne-Marie Simoulin (1967) met fin à cette remise en question. (…) Elle engage tout de suite la défense. Elle se bat pour les constitutions de 1953. Elle se bat pour garder la messe de saint Pie V. Elle se bat contre le fonds obligatoire (le nouveau catéchisme). (…) Cependant, le combat est trop inégal, et la tension est telle qu’elle aboutit à la rupture. C’est le titre de la troisième partie : ‘Des tensions à la rupture’ (1971-1974). (…)

« Tout a été vérifié. Il n’y a dans ce livre rien qui ne soit prouvé. L’auteur a rassemblé une documentation considérable. Elle ne s’est pas contentée des archives de sa Congrégation. Elle a aussi consulté celles des évêchés. Cependant, sa source principale est le fonds Simoulin. La mère Anne-Marie avait archivé tout son courrier, recopié elle-même ses propres lettres. Retirée à la maison de Romagne, elle voyait tous les jours la sœur Alice-Marie et travaillait avec elle à la reconstitution de cette histoire. Aux documents écrits, elle ajoutait ses souvenirs personnels. (…) Nous avons ici pour la première fois le récit continu et détaillé d’un quart de siècle de persécutions infligées à un institut religieux. Dans l’historiographie de la crise, l’ouvrage fera date.

« Il fera date par les très nombreux faits qu’il rapporte, mais aussi par les textes produits, textes officiels des autorités et lettres ouvertes ou privées. Pour la plupart de ces documents, l’auteur a jugé nécessaire de les insérer entièrement dans son texte. Les autres sont donnés en annexe. Tous sont à lire de la première à la dernière ligne. L’ensemble forme un recueil sans égal, illustrant le courage des Sœurs et la cruauté ou l’hypocrisie des persécuteurs. »


(Source : clovis – DICI n°341 du 30/09/16)

[Abbé Christian Thouvenot, fsspx - DICI] Fatima versus Assise

SOURCE - DICI - 30 septembre 2016

Le 13 mai 1917, la Vierge apparut à Fatima pour demander que l’on récite le chapelet tous les jours afin d’obtenir la paix dans le monde et la fin de la guerre. Deux mois plus tard, le 13 juillet, elle réitéra sa demande : « Je veux que vous continuiez à dire le chapelet tous les jours en l’honneur de Notre-Dame du Rosaire, pour obtenir la fin de la guerre et la paix dans le monde ».

Le 20 septembre 2016, à la Journée mondiale de la prière pour la paix, il n’a pas été question de Notre-Dame du Rosaire. Son divin Fils, unique Médiateur donné par Dieu aux hommes, a dû dans la personne de son Vicaire sur la terre coexister avec les infidèles et les païens, avec les ennemis jurés de sa Croix autant qu’avec les sectes qui déchirent son Eglise.

Le catholique sait bien où trouver la paix sur cette terre, qui est le fruit de la charité. Ubi Crux, ibi Pax. Si l’on veut la paix, il faut prêcher Jésus-Christ intégralement, et travailler à étendre sur la terre le royaume de Dieu, c’est-à-dire le règne du Christ sur les individus, les familles et les sociétés. Car Lui seul est le Prince de la paix – Princeps Pacifer (liturgie de la fête du Christ-Roi).

Saint Paul le proclame : « C’est Lui, Jésus-Christ, qui est notre paix… » (Ep 2, 14).

L’esprit de la Croix du Christ et l’honneur de Notre-Dame, c’est plus que jamais la Croisade du Rosaire que la Fraternité Saint-Pie X a lancée pour célébrer le centenaire de Fatima. Et réparer le scandale d’Assise.

[DICI] La 5e Rencontre interreligieuse d’Assise

SOURCE - DICI - 30 septembre 2016
Le 20 septembre 2016, la Journée mondiale de la prière pour la paix clôturait la Rencontre interreligieuse pour la paix organisée par la communauté Sant’Egidio, à Assise, sur le thème : Soif de paix. Religions et cultures en dialogue – 30 ans après la première rencontre interreligieuse voulue par Jean-Paul II, à Assise, le 27 octobre 1986.

Le pape François s’y est rendu en hélicoptère et a atterri vers 11h00 sur le terrain de sport Migaghelli à Sainte-Marie-des-Anges. Il a été accueilli par Mgr Domenico Sorrentino, archevêque d’Assise-Nocera Umbra-Gualdo Tadino, Catiuscia Marini, présidente de la région de l’Ombrie, Raffaele Cannizzaro, préfet de Pérouse, et Stefania Proietti, maire d’Assise.
500 participants à la « Journée mondiale de la prière pour la paix »
Le pape a rejoint le Sacré Couvent de Saint-François d’Assise, où il a été accueilli par le père Mauro Gambetti, Custode du Sacré Couvent, Bartholomée Ier, primat de l’Eglise orthodoxe de Constantinople,Abbas Shuman, vice-président de l’Université sunnite d’Al-Azhar (Caire), Riccardo Di Segni, grand rabbin de Rome, Justin Welby, archevêque anglican de Cantorbéry et primat de l’Eglise d’Angleterre, Ignace Ephrem II, patriarche syriaque orthodoxe d’Antioche et de tout l’Orient, et par le chef suprême du bouddhisme Tendai (Japon). Ils se sont rendus tous ensemble au cloître Sixte IV, où les attendaient les représentants des Eglises et religions mondiales. Durant plus d’une heure, le pape a salué chacun des 500 participants, représentants religieux mais aussi du monde politique et de la culture. Des évêques français participaient à ces journées : le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, Mgr Michel Santier, évêque de Créteil, Mgr Marc Stenger, évêque de Troyes et Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille.

Le pape a ensuite gagné le réfectoire du Couvent pour un déjeuner avec les représentants religieux et une douzaine de réfugiés, venus de Syrie, d’Erythrée, du Nigeria et du Mali.
La prière œcuménique pour la paix
A 16h00, eurent lieu les méditations de la prière œcuménique pour la paix, à la basilique inférieure d’Assise, par le pape François, le patriarche de Constantinople Bartholomée Ier, et l’archevêque anglican de Cantorbéry, Justin Welby, en présence de différents cardinaux et du prieur de Taizé, le frère Alois.

Les méditations ont été suivies d’une prière d’intercession pour chacun des 28 pays en proie à des conflits, tandis qu’un cierge était allumé pendant que l’assemblée reprenait Kyrie Eleison : Syrie, Afghanistan, Birmanie, Burundi, Colombie, Amérique centrale, République démocratique du Congo, Corée du sud et du nord, Ethiopie et Erythrée, Irak, Cachemire, Libye, Mali, Mexique, la région du Mindanao (Philippines), Mozambique, Haut-Karabagh, Nigeria, Pakistan, Casamance (Sénégal), Somalie, Soudan du Sud, Ukraine, Venezuela, Yémen, Terre Sainte, et « toutes les autres terres polluées par le virus de la haine ».

La célébration s’est achevée par l’échange d’un signe de la paix du Christ, la prière du Notre Père et la bénédiction finale des responsables chrétiens présents et celle du pape François.

Au même moment, les représentants des autres religions se retrouvaient en différents lieux de la ville de saint François pour prier chacun selon sa tradition religieuse et implorer le don de la paix. Une salle regroupait plusieurs adorateurs d’Allah qui firent leurs prières tournés vers la Mecque ; 27 délégations musulmanes avaient fait le déplacement. Dans les jardins se réunirent les cultes païens, tandis que, sous un cloître, les rabbins discutaient ou entonnaient des chants. Au total, Assise a rassemblé 9 religions différentes et 26 « expressions religieuses et philosophiques ».
L’Appel à la paix
A 17h00, les 450 représentants religieux des neuf confessions différentes se sont retrouvés sur le parvis de la basilique franciscaine pour les allocutions finales et la signature solennelle de l’Appel à la paix.

Devant le parterre de dignitaires religieux et représentants du monde de la culture, Mgr Domenico Sorrentino a salué « l’esprit prophétique d’Assise » qui montre qu’« il est possible que l’humanité croyante se sente une seule famille ». Le Custode du Sacré Couvent d’Assise a encouragé à être prêt à « mourir pour la paix ».Andrea Riccardi, fondateur de la Communauté de Sant’Egidio, a assuré que la guerre était « folie de gens avides de pouvoir et d’argent » mais qu’elle pouvait être vaincue par l’humilité et la prière. Tamar, réfugiée syrienne de confession arménienne a témoigné des souffrances endurées par un pays où il n’y avait auparavant « pas de différences entre chrétiens et musulmans ». Le patriarche de Constantinople Bartholomée Ier a déclaré que « la paix nécessite aussi la justice », en plaidant pour une nouvelle économie attentive aux plus pauvres et à la planète. Il a souhaité que chaque famille religieuse fasse « une autocritique » pour se purifier en vue de la paix. Le rabbin David Brodman, déporté enfant dans les camps de concentration, a rendu hommage au pape François son « cher ami, le Saint-Père », saluant son « humilité », la plus grande vertu et signe de sainteté, ajouta-t-il. Et de résumer l’esprit de cette journée : « Tous différents, mais tous ensemble ». Le président du Conseil des oulémas d’Indonésie a dénoncé pour sa part la violence et le terrorisme, et affirmé : « l’Islam est une religion de paix » (sic).

Après l’intervention en japonais du chef du bouddhisme Tendai, le pape François a pris la parole en assurant que « jamais le nom de Dieu ne peut justifier la violence ». « Seule la paix est sainte, pas la guerre ! », a-t-il martelé. « Nous n’avons pas d’armes, a poursuivi le souverain pontife. Mais nous croyons dans la douce et humble force de la prière ». « Il n’y a aucun avenir dans la guerre, et la violence des armes détruit la joie de la vie ».

Appelant à « faire face à la grande maladie de notre époque : le paganisme de l’indifférence », François a mis en garde contre diverses attitudes : l’attitude de « celui qui sait seulement protester et se fâcher » ou de « celui qui se lave les mains des problèmes » des autres, ou encore de « celui qui juge tout sur le clavier d’un ordinateur ».

Le pape a encouragé les dirigeants des Nations à ne pas se lasser de « promouvoir des chemins de paix au-delà des intérêts de parti et du moment ». « Notre avenir est de vivre ensemble » en déposant les « lourds fardeaux de la méfiance, des fondamentalismes, de la haine », a-t-il ajouté. Et de donner l’exemple des participants d’Assise : « Nos traditions religieuses sont diverses. Mais la différence n’est pas pour nous un motif de conflit ».

L’assemblée du 20 septembre 2016 s’est achevée par un solennel Appel à la paix. Les représentants religieux du monde entier ont affirmé « le lien indissoluble entre le grand bien de la paix et un authentique engagement religieux ». Tous ont proclamé : « Non à la guerre ! », appelant de leurs vœux l’avènement « d’un temps nouveau, où le monde globalisé devienne une famille de peuples ». Le nom de Dieu ne saurait être invoqué « pour justifier le terrorisme, la violence et la guerre », car « la guerre au nom de la religion devient une guerre à la religion elle-même », parce que « la violence et le terrorisme s’opposent au véritable esprit religieux ». La solution aux conflits et la condition pour « construire une véritable paix » passe par la rencontre et le dialogue où « tous nous pouvons être des artisans de paix ».

Après le discours du pape François, les participants ont observé une minute de silence pour les victimes des guerres et de la violence. Puis a eu lieu la proclamation solennelle de l’Appel à la paix qui explique l’esprit d’Assise : « Voilà l’esprit qui nous anime : réaliser la rencontre dans le dialogue, s’opposer à toute forme de violence et d’abus de la religion pour justifier la guerre et le terrorisme ». « La paix est le nom de Dieu », déclarent les signataires de toutes religions, en affirmant « que la violence et le terrorisme s’opposent au véritable esprit religieux ». Ils implorent les gouvernants « afin que soient désamorcés les mobiles des guerres ».

Des enfants de différentes nationalités sont alors venus recevoir des mains des représentants religieux un rouleau contenant l’Appel à la paix, pour le brandir devant la foule qui applaudissait au son d’une musique moderne.

En un geste symbolique, les représentants religieux et culturels ont allumé, un par un, une bougie sur un large candélabre avant de signer l’Appel d’Assise 2016. Les participants ont aussi prié pour les victimes des récents attentats en France et pour tous les réfugiés du monde.

Au terme de la rencontre, tous les participants ont échangé un geste de paix, s’embrassant ou se serrant les mains dans une joyeuse mêlée, tandis que les hauts parleurs faisaient retentir l’Alleluia de Haendel. Vers 18h30, le pape François a rejoint sa voiture pour rentrer au Vatican en hélicoptère.

(Sources : Apic/IMedia/radiovatican/zenit – DICI n°341 du 30/09/16)

[Abbé Benoît Paul-Joseph - fssp.org] Editorial de septembre

SOURCE - fssp.org - septembre 2016

Chers amis et bienfaiteurs,

Les nouveaux massacres perpétrés au nom de l’Islam ont rappelé avec violence à tous les Français que le conflit dans lequel nous étions plongés était une guerre civilisationnelle opposant une religion conquérante à un pays déboussolé, vide de toute valeur spirituelle et donc terriblement fragile. Car si les terroristes islamistes sont capables de porter la mort au nom d’Allah, les chrétiens de l’accepter par amour de Jésus-Christ, personne en revanche ne peut donner sa vie pour la laïcité. On ne meurt pas pour elle. Dans cette situation très inquiétante, il revient à l’Église de poursuivre avec fidélité la mission que le Christ lui a assignée dès son origine : annoncer l’Évangile à temps et à contretemps. C’est l’immense œuvre initiée par les Apôtres, poursuivie avec une indicible persévérance par les premiers chrétiens et qu’il nous faut prolonger avec une réelle urgence. C’est en répondant à cette injonction du Sauveur, malgré les obstacles et les persécutions, que le christianisme est né, qu’il a porté au monde entier la lumière de Dieu et façonné les institutions de notre pays. Aujourd’hui, les catholiques français n’ont d’autre choix que de suivre le sillage tracé par leurs aînés pour résister à la double oppression du vide religieux et du totalitarisme religieux. Pour que France, pour que chrétienté continuent !

[Abbé Christian Bouchacourt - Lettre à Nos Frères Prêtres - FSSPX] Encore Assise?

SOURCE - Abbé Christian Bouchacourt - Lettre à Nos Frères Prêtres - FSSPX - septembre 2016

Depuis 1986, la Fraternité Saint-Pie X conteste publiquement, au nom même des principes catholiques, ce qu’on peut appeler « la démarche d’Assise », telle qu’elle a été mise en place par Jean-Paul II, puis reprise successivement (avec des inflexions) par Benoît XVI et François. 
     
Commençons par préciser ce qui ne constitue pas pour nous un problème particulier. Que les Papes, que la hiérarchie ecclésiastique, travaillent, dans la mesure de leurs possibilités, au maintien ou à l’établissement de la paix constitue une démarche tout à fait légitime. On connaît l’anecdote rapportée à propos de saint Pie X s’adressant à l’ambassadeur qui sollicitait une bénédiction pour les armées de l’Empire austro-hongrois : « Je ne bénis que la paix ».
      
Parmi les démarches qu’une telle recherche de la paix peut engendrer, notamment en ces temps de mondialisation, il peut en particulier être opportun d’avoir contact avec d’autres chefs religieux pour que, dans leur ordre propre, chacun d’eux appelle ses fidèles à œuvrer pour la paix. 
     
Beaucoup plus contestable, en revanche, est l’initiative d’être « ensemble pour prier ». Elle avait engendré, lors de la première réunion en 1986, des scènes publiques de syncrétisme qui firent vraiment scandale. Même si ces errements semblent avoir été corrigés depuis, il reste que l’image du Pape priant en même temps que des chefs de (fausses) religions induit invinciblement dans l’esprit la conviction que toutes les démarches religieuses sont légitimes et plus ou moins égales. Il est objectivement impossible qu’une telle image n’engendre pas l’indifférentisme religieux.
     
Mais notre contestation est plus profonde que celle qui porte sur ces conséquences (très graves, déjà). C’est le principe même de la rencontre d’Assise pour la paix qui nous paraît entachée d’une dramatique erreur théologique. 
     
Le Pape, en effet, n’est pas un habile diplomate recherchant seulement les conditions psychologiques d’un accord de paix ponctuel. Ce qu’il vise, c’est la paix en soi, la véritable paix. Or, l’unique paix solide et profonde, c’est Notre Seigneur Jésus-Christ, « lui qui est notre paix » (Ep 2, 14). Et, comme l’exprime saint Paul à cet endroit, c’est par son sang qu’il opère cette réconciliation, qu’il abat le mur de séparation, qu’il réconcilie les peuples. 
     
En ne rappelant pas cette donnée essentielle, en ne prêchant pas « à temps et à contretemps » le règne du Christ, « règne de justice, d’amour et de paix » (Préface du Christ-Roi), en privant les hommes de cette vérité capitale que la paix ne peut advenir que par le Christ Sauveur, « car il n’a été donné aucun autre nom sous le ciel » qui puisse assurer aux hommes une paix durable et vraie, la démarche d’Assise pèche sans aucun doute contre la foi catholique.
     
Abbé Christian BOUCHACOURT

[Lettre à Nos Frères Prêtres - FSSPX] De l'Homme à Dieu

SOURCE - Lettre à Nos Frères Prêtres - FSSPX - septembre 2016

« Le juste vit de la foi » (Rm 1, 17 et He 10, 38), parce que la foi porte en elle, comme en germe, la vision béatifique : or l’homme a été créé pour atteindre cette vision de Dieu. La foi assume la lumière naturelle de notre intelligence et lui confère une sagesse incomparable, divine.
 
Nous ne prierons jamais assez pour demander à Jésus et à Marie d’ouvrir les yeux de notre esprit, et de nous communiquer l’intelligence et la lumière qu’avaient leurs âmes, pour voir à travers l’œuvre de la création du monde et de l’homme les perfections infinies de Dieu, la diffusion de sa charité, la surabondance de sa miséricorde.
La notion de Dieu
L’objet de la foi, c’est Dieu. C’est le premier objet de la prière de Jésus : « Notre Père qui êtes aux cieux ». C’est la première affirmation du Credo : « Je crois en Dieu ». C’est le premier commandement : « Un seul Dieu tu adoreras ». Le premier bien de l’homme, et le dernier, son origine et sa fin, son bonheur sur cette terre et dans l’éternité, c’est Dieu. Dès les premières heures de conscience, l’âme de l’enfant doit se tourner vers Dieu et s’épanouir au grand soleil de Dieu « qui illumine tout homme venant en ce monde » (Jn 1, 9).
   
Bienheureux les anges, qui ont gardé inscrit dans leur cœur « Qui est comme Dieu ? » et n’ont pas bronché dans l’épreuve ! Bienheureuse la Vierge Marie, immaculée dans sa conception, qui a tourné pour toujours son âme vers Dieu dès le début de sa vie consciente ! Bienheureuse l’âme de notre Seigneur Jésus-Christ, illuminée par la vision béatifique dès l’instant de sa création !
   
Pourquoi ces atermoiements, pourquoi ces retards, pourquoi cette cécité dans la connaissance et l’amour de Dieu parmi les hommes, même chez beaucoup de baptisés ? Cette constatation déclenche les lamentations de Notre-Seigneur dans les psaumes, dans les Impropères du Vendredi saint, dans le premier chapitre de saint Jean. On peut penser que son agonie au Jardin des Oliviers était liée en bonne partie à cet éloignement des hommes vis-à-vis de Dieu. L’Amour n’est pas aimé.
La vie divine dans la Trinité
« Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est Amour » (1 Jn 4, 8). Dieu est charité : cette parole éclaire sans doute le plus parfaitement les opérations divines, tant internes qu’externes.
   
On peut dire, en vérité, que Dieu est Trinité parce qu’il est Charité. Comment serait-il Charité s’il n’y avait qu’une seule Personne en Dieu ? Dieu, en réalité, est une fournaise ardente de charité dans laquelle se connaissent et s’aiment éternellement les trois Personnes divines.
   
La sainte Trinité est ainsi le grand mystère d’où découlent tous les mystères et tous les desseins de Dieu. C’est de la sainte Trinité que tout procède, et c’est à elle que tout retourne. Rien ne s’explique, rien ne se comprend, rien ne subsiste sans la Trinité sainte, source inépuisable et éternelle de charité dans la Trinité même et en dehors d’elle.
   
« Le Père est charité, le Fils est grâce, l’Esprit-Saint est communication, ô bienheureuse Trinité » (office de la Trinité). « Déjà le soleil rougeoyant s’éloigne, vous Lumière éternelle, Unité dans votre bienheureuse Trinité, emplissez nos cœurs de charité » (hymne des vêpres de la Trinité).
   
Si nous passons de la Charité éternelle à l’action de la Trinité envers les créatures, nous aurons tôt fait d’y découvrir en toutes la marque de la charité divine : Dieu, étant Charité, peut-il communiquer autre chose que la charité ?
Dieu créateur
La foi, qui est la science la plus sûre à laquelle nous puissions nous référer, nous enseigne primordialement l’existence de Dieu, tout-puissant et créateur. Elle nous apprend que Dieu est esprit : « Deus spiritus est », rappelle Jésus à la Samaritaine (Jn 4, 24). C’est donc un esprit qui a tout créé.
   
Il fut un moment où le monde n’existait pas, où Dieu seul existait éternellement, dans sa sainteté et son bonheur parfaits et infinis, n’ayant nul besoin de créer.
     
Déjà, par la simple raison, nous pouvons parvenir à la connaissance de l’existence de Dieu, en passant par la réalité de la création et par toutes ses perfections. En effet, tout ce qui est autour de nous, tout ce que nous sommes nous-mêmes, annonce l’existence de Dieu et chante les perfections divines. Tout l’Ancien Testament, et particulièrement les psaumes et les livres sapientiaux, rappelle cette vérité fondatrice. C’est pourquoi, dans la prière liturgique, les psaumes tiennent une place si importante.
   
Il est bon de méditer sur la création : la créature est faite de rien, par simple décision du Créateur. Plus on creuse cette réalité, en effet, plus on est stupéfait de la toute-puissance de Dieu et de notre propre néant, plus on est pris de vertige à la pensée de la nécessité pour chaque créature d’être constamment soutenue dans son être, sous peine de disparition, de retour au néant. Cette constatation doit nous jeter dans l’humilité : « Si quelqu’un se croit quelque chose, alors qu’il n’est rien, il se fait illusion » (Ga 6, 3). Cette méditation doit nous pousser à l’adoration profonde, et mettre dans notre vie une immutabilité semblable à celle de Dieu. Nous devrions être emplis d’une confiance sans bornes envers celui qui est notre Tout et qui a décidé, dans son infinie bonté, de nous créer et de nous sauver.
     
Si la création est pour nous un tel mystère, c’est tout simplement que Dieu lui-même est mystère et le demeurera éternellement, même dans la vision béatifique. Certes, alors, il se fera connaître à nous tel qu’il est, mais son infinité dépassera toujours notre capacité à le connaître entièrement.
Le Nom de Dieu
La foi, en venant au secours de notre raison, nous convainc plus fortement de l’existence de Dieu et nous ouvre des horizons merveilleux sur l’intimité même de Dieu, telle que nous la fait connaître la Révélation, spécialement par l’Incarnation du Verbe divin. Mais peut-on donner à Dieu un nom qui lui serait propre, qui le caractériserait au mieux et nous aiderait à le connaître ?
     
Dieu lui-même a pris la peine de résoudre cette interrogation, et ceci aussi bien dans l’Ancien Testament que dans le Nouveau. Sur le mont Horeb, en effet, le Seigneur répond à Moïse qui lui demande quel est son nom : « Je suis celui qui suis. Et il ajouta : C’est ainsi que tu répondras aux enfants d’Israël : “Celui qui est m’envoie vers vous” » (Ex 3, 14). Aux Juifs qui se moquent de lui en disant : « Vous n’avez pas encore cinquante ans et vous avez vu Abraham ? », Jésus répond : « En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham fût, je suis » (Jn 8, 57-58).
     
On n’admirera jamais assez ces assertions lumineuses, qui correspondent d’ailleurs aux conclusions de notre raison. Dieu est. Il est ens a se, « être par lui-même », tandis que les autres, toutes les créatures, sont ens ab alio, « être par un autre », n’ont pas leur raison d’être en eux-mêmes et par eux-mêmes.
     
Ces affirmations simples sont une source inépuisable de méditation et de sanctification. Que ce soit le regard sur Dieu, qui s’épuise dans l’infini ; que ce soit la constatation des rapports de la créature au Créateur, ou la vue du néant de la créature : nous sommes ici en face de ce qu’il y a de plus vrai, de plus profond et de plus mystérieux en Dieu et en nous.
La création fait connaître Dieu et sa loi de charité
Est-il concevable que ce qui devrait sans cesse nous conduire à Dieu soit devenu un obstacle, un écran à notre connaissance de Dieu ? Toute l’Écriture nous invite à chanter la gloire et la puissance de Dieu à travers ses créatures. Elle ne cesse de nous rappeler le domaine absolu de Dieu sur l’univers spirituel et corporel. Notre-Seigneur, vrai Dieu, nous a montré qu’il dominait toute créature, tout lui obéissait instantanément.
     
Profitons des contacts que les gens ont avec la Création (puisqu’ils voyagent désormais sans cesse) pour leur faire voir Dieu à travers les merveilles d’un monde sorti des mains de Dieu, et pour ramener les créatures que nous sommes à leur véritable dimension vis-à-vis de Dieu, de Notre-Seigneur, de l’Esprit-Saint.
   
Non seulement toute la nature chante la gloire du Créateur, mais elle révèle la charité qui a dominé toute la création en réalisant une fin qui a été prescrite à chaque créature avec une perfection remarquable, dans l’obéissance absolue aux lois établies par Dieu : lois de la gravitation, lois de l’attraction, lois de la végétation, lois du règne animal. Rien dans l’application de ces lois n’échappe à Dieu. Cette charité innée, que nous découvrent les lois naturelles dans ce monde dépourvu d’intelligence, devrait nous encourager à suivre la loi de charité que Dieu a inscrite dans nos âmes, nos cœurs et nos corps, et qu’il a daigné nous exprimer dans sa Révélation.
   
La marque de la charité dans les créatures se découvre par la finalité. Chaque créature est constituée en vue de sa fin, de son but. Cette fin est inscrite dans la nature des créatures en général et, de plus, dans la capacité à l’élévation à l’ordre surnaturel pour les créatures humaines. C’est dans cette tension vers la fin que se trouve le dynamisme de la charité, qui entraîne chaque créature. Ce dynamisme reste inconscient dans le règne minéral, végétal, animal, mais devient conscient dans les créatures spirituelles que sont les hommes.
   
Ainsi s’ouvre pour nous la méditation ou contemplation de l’œuvre que Dieu, dans sa souveraine sagesse, a voulu réaliser dans l’homme. 
L’homme, synthèse et contrastes
Cette œuvre de la création de l’homme est faite sans doute d’harmonie entre le monde matériel et le monde spirituel, mais aussi de contrastes.
   
Cette union des deux mondes dans chaque personne humaine, à la fois esprit et corps, est pour nous source d’actions de grâce pour les dons extraordinaires de la nature spirituelle ornée par surcroît des dons surnaturels, mais aussi une source d’humilité devant ces esprits emprisonnés dans une enveloppe corporelle et dépendant en toute chose de ce corps pour la connaissance et la réalisation de la volonté de Dieu. Ce qui va nécessiter un enseignement, une éducation, des autorités humaines pour venir en aide à ces esprits, afin de réaliser la fin que Dieu leur assigne : le bonheur éternel dans le sein de la divine Trinité, par l’accomplissement de la loi et par le secours de la grâce.
La Chute et la Rédemption
Certes, Dieu a pourvu nos premiers parents de tous les moyens nécessaires pour l’obtention de cette fin merveilleuse par l’observance des lois imposées par lui. Mais voici que, sous l’influence de Satan, Adam et Ève ont désobéi à Dieu et se sont jetés dans cet horrible péché qui a entraîné des conséquences stupéfiantes de désordre dans leur descendance et dans toute l’histoire de l’humanité. Ces conséquences sont également stupéfiantes par la manifestation de la miséricorde de Dieu, allant jusqu’à sa propre mort sur la croix, en la personne du Verbe qui a revêtu cette chair de péché pour se recréer une famille d’élus, purifiés dans son sang et membres de son corps mystique.
   
Devant cette annonce faite déjà à nos premiers parents, quels doivent être nos sentiments ? Ceux de l’Église dans son chant de l’Exsultet : « Ô bienheureuse nuit ! ». Ceux de la liturgie dans les oraisons du Vendredi saint, demandant avec ferveur la conversion de toutes les âmes à Jésus-Christ.
La vraie fin de la création de l’homme 
Il est impossible d’atteindre la vérité sur la nature des diverses créatures, et surtout de l’homme, sans rechercher quel fut le but de Dieu dans cette création. Dieu harmonise toute chose dans les créatures en vue de la fin à laquelle il les destine. C’est le propre de l’intelligence, de la sagesse et de la volonté animée de charité, que d’assigner une fin précise pour chaque œuvre, chaque opération et chaque être.
   
Comment connaîtrons-nous cette fin qui nous est assignée par notre Créateur et notre Sauveur ? Par la raison et par la foi dans la Révélation divine, et dans le Prophète par excellence qu’est Notre Seigneur Jésus-Christ. Faire connaître cette fin aux enfants dès l’éveil de leur conscience, et tout spécialement par la foi, est le devoir le plus grave des parents.
   
Faire connaître aux parents la vraie religion pour leur faire connaître Dieu, le leur faire aimer et servir, est le devoir le plus urgent des prêtres.
   
Car, pour les hommes, l’ignorance de leur vraie fin est le mal le plus grand qui puisse leur arriver. S’ils ne connaissent pas cette fin, ils utiliseront mal les moyens que Dieu a mis à leur disposition pour l’obtention de la fin. Ils feront alors un mauvais emploi de leurs facultés, et surtout de leur liberté. Ils vivront dans le péché et, malheureusement, se destineront à l’enfer. Le dynamisme de la charité que Dieu a déposé dans leur nature sera ordonné à de faux biens.
L’homme est ordonné à Dieu
« Homo ad Deum ordinatur », « L’homme est ordonné à Dieu », affirme saint Thomas d’Aquin avec une admirable simplicité. Et le catéchisme, reprenant une formule des Exercices spirituels de saint Ignace, enseigne : « L’homme est créé pour louer, honorer et servir Dieu, et par là sauver son âme ». C’est ce qu’affirme Jésus lui-même : « La vie éternelle, c’est qu’ils vous connaissent, vous le seul vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ » (Jn 17, 3).
   
Ce principe de finalisation, réalisant la diffusion de la charité, est le moteur de toute activité dans la création non libre. L’intelligence et la volonté des créatures libres doivent, pour leur part, agir spontanément pour obtenir cette fin. La liberté, en effet, est dépendante de la fin fixée par le Créateur, et doit concourir méritoirement à atteindre ce but. Elle n’est donnée que pour le choix des divers moyens susceptibles de mener à cette fin, tandis qu’elle ne peut, sans entrer dans le désordre, faire choix de moyens qui détourneraient de cette fin.
   
La fin à rechercher, à savoir Dieu, est donc immuable, nécessaire, obligatoire, sous peine de graves sanctions, pour les créatures spirituelles douées de liberté que nous sommes.
Le dynamisme moral de la charité
Le dynamisme de la charité disposé en nous en vue de cette fin aussi bienheureuse qu’obligatoire n’est autre que le souffle de l’Esprit-Saint. Par lui, toutes les dispositions corporelles et spirituelles s’épanouissent sous l’influence divine de la loi et de la grâce. Les diverses facultés acquièrent progressivement des vertus. Par elles, les hommes se sanctifient et imprègnent toutes leurs pensées et toutes leurs actions de l’esprit de foi et de charité, à l’image de Notre-Seigneur et de la Vierge Marie.
   
Ainsi apparaît le principe fondamental de la morale humaine : réaliser un bon usage de la liberté dans les actes humains, c’est-à-dire les actes conscients, responsables, libres et méritoires. De ce fait, l’étude de la morale peut être envisagée selon la conformité à la loi, ou selon l’épanouissement de la grâce dans les vertus, les dons du Saint-Esprit, les béatitudes, les fruits du Saint-Esprit.
   
Le plus souvent, et pour des raisons de commodité bien compréhensibles, les catéchismes et les livres de théologie envisagent la morale sous l’angle de la conformité à la loi, passant ainsi en revue les commandements de Dieu et de l’Église, et à cette occasion parlant de la charité et des vertus – mais comme occasionnellement, si l’on peut dire. Ce façon de faire est bonne, évidemment, puisqu’elle nous éclaire efficacement sur la façon d’atteindre notre but, la gloire de Dieu par le salut de notre âme.
   
Toutefois saint Thomas d’Aquin, dans sa Somme de théologie, a préféré l’étude des vertus d’une manière approfondie, reliant les commandements à ces vertus. En effet, l’acquisition des vertus se présente à l’âme comme un magnifique idéal à poursuivre, épanouissant, enrichissant, œuvre de sanctification avec l’aide de l’Esprit-Saint, pour atteindre le but essentiel : accomplir dans l’obéissance à la volonté de Dieu, l’œuvre de charité envers Dieu et envers le prochain qui nous est assignée, et mériter ainsi la vie éternelle où nous chanterons la gloire de Dieu.
Le règne des vertus
Cette manière d’étudier la vie morale et spirituelle suscite d’elle-même le combat spirituel contre le péché, contre toutes les influences maléfiques du monde et du démon, et nous place dans cet état de vigilance tant recommandé par Notre-Seigneur : « Veillez et priez » (Mt 26, 41).
   
Dans l’accompagnement spirituel des âmes, il est plus encourageant d’inciter à l’acquisition des vertus, ce qui implique d’éviter le vice, que de rappeler simplement la loi à appliquer (bien que cette dernière soit absolument nécessaire pour orienter convenablement l’exercice de notre liberté).
   
« Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice », c’est-à-dire de sainteté, « car ils seront rassasiés » (Mt 5, 6). La sainteté se réalise par l’exercice de toutes les vertus, au premier chef des vertus théologales qui n’ont pas de limite : croire en Dieu, espérer en Dieu, aimer Dieu, ces actes peuvent croître indéfiniment. La mesure de l’amour de Dieu, objet du premier commandement, c’est en effet de l’aimer sans mesure.
   
En revanche, les vertus morales, même surnaturelles, sont susceptibles de mesure : c’est pourquoi la vertu de prudence, bonifiée par le don de conseil, intervient pour estimer et déterminer l’emploi opportun de ces vertus de justice, de force et de tempérance, et de toutes les autres vertus qui en découlent, dans l’accomplissement de la volonté de Dieu.
   
Les vertus surnaturelles, selon que les circonstances se présentent, peuvent porter à des actes héroïques, comme le martyre qui est l’acte par excellence de la vertu de force pilotée par la foi, l’espérance et surtout la charité.
   
On peut se référer à saint Thomas et aux bons auteurs spirituels pour l’étude en détail de chaque vertu, de chaque don du Saint-Esprit, et des vices opposés. Cela est fort utile en particulier pour nous corriger des fautes que nous commettons trop habituellement : l’étude des vertus est une incitation puissante à la sainteté.
   
Toutefois, rien n’est plus efficace en ce domaine que la contemplation de Jésus crucifié. C’est auprès de lui que nous pouvons apprendre le plus efficacement l’horreur du péché, en recevant de son Cœur transpercé l’effusion de l’Esprit d’amour, en faisant ressusciter nos âmes par sa grâce, en devenant participants de sa nature divine (cf. 2 P 1, 4).
« La prière est pour l’homme le premier des biens »
Si Dieu est la sainteté même, comme nous le chantons dans le Sanctus : « Saint, saint, saint est le Seigneur », et dans le Gloria : « Vous seul êtes saint », c’est notamment que Dieu est la source de toute sainteté. C’est donc dans la mesure où nous nous unissons à Dieu et à Notre Seigneur Jésus-Christ que nous serons saints.
   
Or, comment se réalise concrètement cette union à Dieu ? Sous l’influence de la grâce du Saint-Esprit, dont le canal le plus ordinaire est la prière, l’oraison.
 
En approfondissant la nature de la prière et son extension légitime dans notre vie chrétienne, nous gagnerons la conviction que la vie profonde d’un esprit créé par Dieu et racheté de ses péchés doit être une continuelle vie de prière.
 
Tout esprit angélique ou humain est ordonné directement à Dieu par sa nature spirituelle, par son intelligence et par sa volonté. De plus, il est gratuitement ordonné par la grâce à entrer en participation de la béatitude éternelle propre à la Trinité sainte.
   
Tout esprit est donc premièrement religieux, et sa vie religieuse se manifeste par la prière, vocale, mentale, spirituelle. « La prière est pour l’homme le premier des biens », affirme avec force dom Prosper Guéranger, le restaurateur de Solesmes.
   
La prière vocale, qui comprend toute la prière liturgique, instituée par Dieu lui-même, façonnée par l’Esprit-Saint spécialement dans la liturgie romaine, est la source et l’expression la plus sublime de la prière mentale et de la prière spirituelle.
   
La place de cette prière dans la vie du chrétien, a fortiori du prêtre, est considérable. La négliger, la limiter, la rendre superficielle, c’est ruiner la prière essentielle, la prière spirituelle, à laquelle la prière vocale est ordonnée par l’Esprit-Saint.
   
Tous les saints ont pratiqué la vie d’oraison, qui est à la fois un effet et une cause de la sainteté. Beaucoup ont écrit sur ce sujet, comme sainte Thérèse d’Avila, saint François de Sales.
   
C’est qu’ils avaient une conception très étendue de cette vie de prière qui atteint et la volonté et le cœur, et qui réalise ainsi la fin pour laquelle Dieu nous a créés et rachetés, adorer Dieu dans une offrande totale de nous-mêmes, à l’exemple de Jésus venant en ce monde et disant à son Père : « Voici que je viens pour faire votre volonté » (He 10, 7).
   
Une conception de la prière se limitant à la prière vocale serait désastreuse, car notre prière, comme celle des anges et des élus du Ciel, doit concerner tout notre être. On ne peut pas séparer les demandes du Pater. Les trois premières demandes sont liées indissolublement. On ne peut pas non plus séparer le premier commandement de Dieu des autres commandements.
L’esprit d’oraison
« Je suis venu jeter le feu sur la terre, et quel est mon désir, sinon qu’il s’allume ? » (Lc 12, 49). Ce feu, c’est l’Esprit-Saint, l’Esprit de charité qui irradie toute la sainte Trinité, laquelle a créé des esprits pour les embraser de cette charité.
   
Cet embrasement, c’est l’oraison de toute l’âme adorant son Créateur et Rédempteur, et se livrant à sa sainte volonté à la suite de Jésus crucifié, offrant sa vie dans un élan de charité envers son Père et envers les âmes qu’il veut sauver. D’où le « Il faut prier toujours et ne jamais cesser » (Lc 18, 1) : en effet, si notre prière s’arrêtait, cela signifierait que le Saint-Esprit nous a abandonné, par notre faute évidemment. Il faut, au contraire, vivre cette oraison ardente de la volonté et du cœur d’une manière constante, même dans l’activité absorbante de l’apostolat sacerdotal, lequel ne doit jamais nous dévorer au point d’empêcher notre volonté et notre cœur d’être à Dieu. Puisse, au contraire, notre apostolat être un aliment de cette offrande intérieure à Dieu !
   
Cette attitude profonde de notre âme, si conforme à sa nature créée ainsi qu’à la grâce qu’elle a reçue, mettra en elle un désir de silence, de mortification, de fuite du monde, de contemplation, qui pourra se réaliser en particulier dans les exercices de piété, liturgiques, communs et personnels. Notre vie spirituelle y trouvera son unité, sa pérennité, sa stabilité, sa paix vraiment chrétienne.
   
Le prêtre doit s’efforcer de pénétrer de toute son âme dans cette vie de prière, d’oraison, qui le livre sans réserve à Notre-Seigneur et à la Trinité sainte. Il doit mettre son intelligence en dépendance de la Révélation qui nous fait connaître le Mysterium Christi, par la vertu et l’obéissance de la foi : « Soumettre toute intelligence au Christ » (2 Co 10, 5). Il doit mettre sa volonté et toute son âme dans la mouvance de la charité de l’Esprit-Saint, à l’imitation de JésusChrist, dans l’obéissance à la loi de charité exprimée par le Décalogue (spécialement son premier commandement), mais aussi par le Sermon sur la Montagne. Ainsi, toute l’âme du prêtre sera animée de la vertu de religion, vertu naturelle et vertu surnaturelle, dans l’union au sacrifice du Christ renouvelé et continué sur l’autel. Le prêtre sera alors dans les meilleures dispositions pour franchir les étapes de la sanctification, but voulu par Dieu Créateur et Rédempteur, et exprimé dans les trois premières demandes du Notre Père.

[Abbaye du Barroux - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs] La vie monastique à La Garde

SOURCE - Abbaye du Barroux – septembre 2016

Bien chers amis, 

Comme annoncé dans la dernière Lettre, le 11 juin dernier, Notre-Dame de Bon-Encontre a encore prodigué ses bienfaits, cette fois en accueillant la messe d’ordination sacerdotale de notre Frère Jean-Chrysostome. C’est notre évêque, Monseigneur Herbreteau, qui a célébré cette ordination en présence de nombreux prêtres, de paroissiens et d’amis venus parfois de loin. Aux admirables mélodies grégoriennes s’ajoutaient les volutes des trompette et orgue! 

En guise de nouvelles, j’aimerais laisser place à des extraits du sermon, lesquels s’allieront harmonieusement aux quelques images choisies parmi les plus évocatrices de cet immense moment de grâces. 

F. Marc, prieur de Sainte-Marie de la Garde 
« Aujourd’hui, il m’est donné de rappeler ce qu’est le ministère spécifique du prêtre. Certes, être prêtre dans une communauté monastique est difficilement comparable à la charge pastorale d’un prêtre en paroisse. Cependant, quelle que soit leur situation, les prêtres trouvent toujours, de manière permanente, la source de leur identité dans le Christ Prêtre. Ce n’est pas le monde qui fixe le statut du prêtre. Ce n’est pas seulement pour une question pratique que des moines sont ordonnés prêtres, au gré des besoins. Le prêtre est avant tout marqué du sceau du Sacerdoce du Christ, pour participer à sa fonction d’unique Médiateur et Sauveur. 
« Votre ordination, Frère Jean Chrysostome, rappelle à tous ceux qui sont prêtres (dans le monde ou dans un monastère) que la prière doit être la respiration de chaque instant de leur vie : prière silencieuse, lectio divina, prière contemplative, communautaire et liturgique, dans le silence de l’église ou de la chapelle, ou encore au pied du tabernacle. Dans une vie extrêmement occupée parfois, le prêtre doit s’ouvrir à Dieu, s’abandonner, s’en remettre à Lui. Pas d’autre chemin que celui de la prière! 
« Les fidèles laïcs qui viennent à la messe au monastère […] attendent un témoignage particulier de véné- ration et d’amour envers le sacrifice eucharistique. De cette manière, ils seront eux aussi édifiés et vivifiés « en vue d’offrir des sacrifices spirituels » dit l’apôtre Pierre dans sa Première Lettre (I Pet. 2, 5). » Laissons « transparaître la profondeur du mystère eucharistique, pour qu’il puisse resplendir dans les cœurs! » 
(Extraits du sermon prononcé par Mgr Herbreteau au cours de la messe d’ordination de Frère Jean-Chrysostome)

29 septembre 2016

[F. Louis-Marie, osb - Abbaye du Barroux] Faites des disciples

SOURCE  - Abbaye du Barroux – septembre 2016

Il y a quelques mois, j’étais invité par un député à une table ronde sur la défense de la vie dans le cadre de l’Assemblée nationale. Il m’était demandé de dire tout simplement aux participants ce qu’il fallait faire selon mon expérience d’abbé bénédictin. Je vous avoue que, sur le moment, je suis resté sans voix et que j’ai laissé un de nos théologiens prendre la parole sur l’enseignement de l’Église en matière de législation sur la vie. En écoutant les divers intervenants, je me suis rendu compte qu’ils savaient tous beaucoup mieux que moi ce qu’il fallait faire. Et devant tant de courage et de lucidité, je me suis réjoui de ces signes d’espérance et aussi d’être entré au monastère car, là, je peux prier pour cette armée pacifique qui, comme Gédéon, se bat à un contre mille.

Un moine me disait qu’il était certainement plus utile dans le cloître à écrire la grande histoire du pays en chantant les psaumes de tout son cœur, car jamais il n’aurait eu l’imagination et la science qui se sont manifestées lors de cette rencontre. Je peux dire maintenant avec conviction que la meilleure façon de sauver les âmes et de redonner vie à notre pays euthanasié est de se consacrer à la prière par toute sa vie dans un monastère et de remplir les séminaires de futurs prêtres. Et je suis sûr que les 3 millions de manifestants de la Manif pour Tous n’ont pas tellement effrayé nos technocrates de mort, mais que si seulement 0,1 % étaient entrés dans des monastères ou des séminaires, il y aurait eu alors un choc et une grande inquiétude pour les méchants, et une grande espérance pour la vie.

Mais que peuvent donc faire les défenseurs de la vie contre la culture de mort ? La réponse est contenue tout entière dans la personne et l’exemple de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Tous ceux qui ont changé le cours de l’histoire dans le sens de la vie ont imité Jésus-Christ : saint François d’Assise, saint Louis, sainte Jeanne d’Arc. Et qu’a-t-il fait ? Il a prêché : c’est ce que font de nombreuses personnes par l’éducation affective et des sites Internet. Il a guéri des malades et ressuscité des morts : c’est ce que font de nombreuses associations comme Mère de Miséricorde. Il a subi les assauts des pharisiens, les docteurs de la Loi, et Il a essayé de les convaincre : c’est ce que fait un député du Sud, un homme très courageux qui n’hésite pas à faire des propositions de loi. Jésus a prié : c’est ce que font les familles et les moines. Nous savons bien ce qu’il faut faire.

Mais nous oublions trop souvent que Jésus, dès le début de sa vie publique, a commencé par grouper autour de lui des disciples, au début 5 puis jusqu’à 12. Il les a instruits, Il leur a montré l’exemple en vivant avec eux, Il les a envoyés pour des missions ponctuelles. Après sa résurrection, Il est encore resté avec eux 40 jours. Il s’est présenté comme un père pour ses disciples : « Je ne vous laisse pas orphelins. » Il a désigné le chef des apôtres en la personne de Pierre. Et Il leur a donné son Esprit.

Les personnes consacrées au combat contre la mort et pour la vie ne doivent pas oublier de faire des disciples. Elles ne manquent pas de collaborateurs, d’attachés de presse, d’attachés parlementaires, d’aides en tout genre. Mais ont-elles des disciples ? Avoir des disciples, c’est être père, c’est exercer la paternité morale, politique, spirituelle. La Révolution française a tué le père, ressuscitons-le.


[DICI] Cérémonies de prise d’habit et premiers voeux à Flavigny

SOURCE - DICI / FSSPX - 29 septembre 2016
Vêtures : Le 28 septembre, l’abbé Patrick Troadec, directeur du Séminaire Saint-Curé d’Ars de Flavigny, a remis la soutane à 3 postulants : 1 Camerounais, 1 Canadien et 1 Français. Après s’être revêtus de la soutane et du surplis, les postulants ont prononcé l’acte d’oblation qui les introduit au noviciat, s’engageant à se préparer dignement à la vie religieuse.

[DICI] Fête de saint Michel : 119 Frères de la Fraternité Saint-Pie X

SOURCE - DICI / FSSPX - 29 septembre 2016

La fête de saint Michel Archange est le jour où la plupart des Frères de la Fraternité Saint-Pie X émettent leurs vœux de religion.

Cette année ils sont 4 à avoir prononcé leur profession perpétuelle tandis que 7 novices ont émis leurs premiers vœux de pauvreté, chasteté et obéissance. 7 autres, ayant achevé leur période de postulat, sont entrés dans les noviciats de Flavigny (France), Winona (Etats-Unis) et Iloilo (Philippines).

La Fraternité Saint-Pie X compte désormais 119 frères profès.
     

27 septembre 2016

[Credidimus Caritati] Mgr Lefebvre : Imaginez-vous que demain nous puissions dire librement nos messes dans les églises?

SOURCE - Credidimus Caritati - 27 septembre 2016
Au début du pontificat de Jean-Paul II, Mgr Marcel Lefebvre a adressé au pape des propositions concrètes pour parvenir à une régularisation de la Fraternité Saint-Pie X. Il demandait notamment la liberté pour les prêtres de célébrer la messe traditionnelle et le refus explicite de célébrer la nouvelle. À l’époque, le recours à l’ancien missel était purement et simplement interdit. On voit ainsi que l’œuvre n’a guère varié dans ses demandes avant de voir concrétiser son statut : ce fut toujours la liberté de pouvoir célébrer selon le missel de 1962 et la suppression des peines canoniques portées jusque là. Dans une pétition adressée en 1985, la Maison Générale de la Fraternité faisait une demande semblable au Saint-Siège. Ces deux points devinrent les préalables posés par Mgr Fellay et qui furent accordés les 7 juillet 2007 et 21 janvier 2009. Ce qui est intéressant dans la conférence que Mgr Lefebvre fit le 16 janvier 1979 à Écône, c’est qu’il y présente l’intérêt pour ses prêtres de pouvoir déployer leur apostolat de façon reconnue. Si cette situation ne peut être obtenue au prix de l’inacceptable, elle demeure néanmoins souhaitable à ses yeux et il demande de ne pas négliger cet aspect. Il en va du salut de nombreuses âmes. 
« Que fera le pape ? Je n’en sais rien. Aurons-nous une condamnation encore plus grande, une condamnation plus forte ? Eh bien, ce sera une condamnation plus forte. Je ne peux pas changer, c’est absolument impossible ! Je ne puis pas dire que ce qui est mauvais, est bon. C’est impossible. Je ne peux pas, moi, m’empoisonner tout doucement, je ne veux pas détruire l’Église. Nous nous retrouverons comme nous sommes. Peut-être, serai-je excommunié à ce moment-là, je n’en sais rien ! C’est possible. Mais je n’ai pas peur de cette excommunication car je sais qu’elle ne vaudra rien, comme j’ai dit que les autres peines ne valaient rien. 
« Mais je cherche à imaginer au contraire qu’il accepte : ‘- Bon, et bien on vous laisse libres, on laisse libres les prêtres’. Eh bien, je vous assure que ce serait, pour l’Église, une chose extraordinaire, parce que ce serait la Tradition qui reprendrait le dessus dans l’Église. Nous n’avons pas le droit de manquer une chance comme celle-là tout de même ! Cela, ça ne dépend pas de moi parce qu’il est certain qu’actuellement nous sommes tout de même enfermés. On nous ferme les portes des églises, on nous ferme les portes des chapelles, on nous tracasse de partout, on nous poursuit de partout. Imaginez-vous que demain nous puissions dire librement nos messes dans les églises, avec les fidèles qui veulent venir assister à nos offices ? Mais, cela changerait énormément et immédiatement toute la situation des fidèles et de l’Église. Ce serait considérable, n’est-ce pas ? Alors nous ne pouvons tout de même pas nous permettre de considérer cela comme négligeable avec tout ce que cela représente, comme les âmes qui se sauveront, le nombre d’âmes considérable qui se sauveront de nouveau!»

[Riposte Catholique] Tribune – Contextualiser les exigences divines ? Sur Sarkozy et d’autres…

SOURCE - Riposte Catholique - 27 septembre 2016


Il y a une mode dans certains milieux, y compris les chez les catholiques. Cette mode, nommons-là: la contextualisation. Elle signifie que tout ne serait que question de contexte lorsqu’on étudie les Saintes Écritures ou même quand on analyse la Tradition. Elle permettrait de relativiser beaucoup de choses: le péché, certaines institutions, etc. Mais une telle mode aboutit à douter de tout, car si tout est contextualisable, il ne reste plus rien. Rien, sauf des sentiments subjectifs.

Un candidat à la primaire – Nicolas Sarkozy, pour ne pas le nommer… – a même opposé la nécessaire contextualisation auquel procéderait la culture chrétienne pour mieux l’opposer à l’islam. Dans Tout pour la France, l’ancien président de la République affirme qu’au Moyen Âge, la chrétienté aurait donc oublié cette attitude (voir l’image en-dessous)… Pourtant, que d’erreurs ! Les partisans de l’exégèse allégorique n’ont jamais nié qu’il y eût un sens littéral dans l’Écriture. Même Origène n’a jamais oublié que les Écritures disent aussi des choses factuelles. Au passage, c’est bien le protestantisme qui a rompu avec les quatre sens médiévaux de l’Écriture, se focalisant sur une étude limitée… Bref, Nicolas Sarkozy ramène le Moyen Âge à l’obscurantisme. On n’a donc plus besoin de s’appeler Michel Rocard, qui reprenait la légende selon laquelle l’Église aurait refusé aux femmes l’existence d’une âme…

Pourtant, il existe des actes graves. Ainsi, quand le Christ met en garde contre certains péchés. Il ne le dit pas à légère et ne s’en remet à un sens caché. Il le dit ouvertement et sans détours, sauf – peut-être – pour certains politiques en mal de popularité ou pour certains théologiens qui ont cru qu’ils comprenaient mieux que quiconque la miséricorde…

Quand Saint-Paul annonce que ceux qui approchent indignement de la communion concourent à leur propre condamnation, il se garde de donner un énoncé qu’une casuistique pourrait contourner. Il existe des interdictions qui valent à toutes les époques et pour tous les individus. L’histoire de l’Église, c’est peut-être la capacité à dépasser des périodes différentes, mais c’est aussi cette faculté à poser une vérité qui transcende ces époques. Tous les âges ont eu besoin de la Rédemption et de combattre le péché. Il n’y a pas besoin de faire de dessins pour savoir que les tentations resteront les mêmes… L’homme ne se réduit pas à un contexte, à une mentalité, même si ces aspects jouent forcément un rôle. Mais l’homme est un peu plus que cela… Refusant tout historicisme, la foi chrétienne a fait le pari que l’homme d’un lieu précis et d’une époque donnée pouvait connaître la vérité.

Ne rabâchons pas des attitudes dignes d’une exégèse de comptoir, mais apprenons à aimer la vérité, à aller au-delà des modes passagères. Le relativisme est aussi le fruit d’une époque bien précisé, de mentalités particulières. Comme toute idéologie, il finira par disparaître après avoir séduit tant d’âmes, y compris à des niveaux ecclésiaux très élevés… La contextualisation est l’exégèse superficielle de ces hommes modernes, enfermés dans leur morne individualisme, et incapables de comprendre des vérités transcendantes.

[Paix Liturgique] Saint Josemaria Escriva et la mystique du Missel traditionnel

SOURCE - Paix Liturgique - lettre n°563 - 27 septembre 2016

Il est particulièrement intéressant de se pencher sur l’ensemble des motifs qui ont fait conserver à Josemaria Escrivá de Balaguer, le fondateur de l’Opus Dei, la célébration privée de la messe traditionnelle : elles étaient hautement spirituelles.
Dans notre lettre 552, consacrée à l’histoire de la paroisse Sainte-Brigitte, dans la banlieue de Portland (Oregon), nous écrivions dans notre première réflexion que cette histoire rappelait que, dès l’apparition du nouveau missel de Paul VI, un certain nombre d’indults privés (*) permettant la conservation de l'ancien missel avaient été demandés et obtenus, « les plus célèbres étant ceux accordés à saint Padre Pio et saint Josemaria Escrivá ». Cette phrase a incité un de nos lecteurs à nous signaler un témoignage donnant quelque détail sur l’indult obtenu par le fondateur de l’Opus Dei. C’est ce témoignage que nous vous proposons cette semaine comme sujet de nos réflexions.
I – LE TÉMOIGNAGE DE JOHN SONNEN
John Sonnen est un blogueur, photographe et guide américain qui a passé de nombreuses années à Rome avant de se marier et de repartir pour les rives du Pacifique où il a monté une agence de pèlerinages avec son épouse. Le 4 août 2015, il a publié sur son blog le témoignage suivant, intitulé : « Pourquoi saint Josemaria n’a jamais célébré le Novus Ordo ». Ce témoignage met en scène l’un des familiers du fondateur de l’Opus Dei, son médecin personnel, l’abbé José Luis Soria.

Il y a quelques années, écrit John Sonnen, j’ai eu l’honneur de m’asseoir aux côtés du merveilleux Père Soria, médecin personnel de saint Josemaria Escrivá.

Don José était un ami proche du saint, à ses côtés jusqu’à son dernier soupir. C’est lui qui lui ferma les paupières au moment de son rappel à Dieu. Ordonné prêtre à Madrid, il vécut à Rome des années 50 aux années 70.

À la question que je lui fis sur les raisons pour lesquelles saint Josemaria n’avait pas célébré la nouvelle messe, il me répondit avec franchise et précision.

Saint Josemaria était avant tout et par-dessus tout obéissant. Mais il n’arrivait pas à lire les caractères estompés du nouveau missel romain. Il souffrait de cataracte et s’épuisait à en déchiffrer la typographie médiocre.

Le saint avait en outre connu des expériences mystiques liées à certains mots, expressions et passages de la messe traditionnelle. Ces expériences avaient jalonné sa vie spirituelle depuis son enfance et tout au long de sa vie de prêtre. En célébrant la messe de Paul VI, le saint se serait privé de tels moments.

C’est le secrétaire du saint [et successeur immédiat à la tête de l’Opus Dei, ndlr], don Álvaro del Portillo qui, à sa demande, téléphona à Monseigneur Annibale Bugnini pour lui demander la permission de continuer à célébrer l’ancienne liturgie. Bugnini n’eut pas d’hésitation et répondit : « Don Escrivá n’a pas besoin de ma permission. Qu’il continue à célébrer la messe de saint Pie V ! »
II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) En regardant attentivement les photos qui illustrent notre lettre et en accord avec le récit de son médecin personnel, on constate que saint Josemaria a bien continué à célébrer selon le missel de saint Pie V : pouce et index joints après la consécration, manière de s’incliner vers l’autel, port du manipule, canon d’autel, etc. ; la plus probante des photos étant celle où l’on voit l’attitude de Josemaria Escrivá lors duMemento des défunts conforme aux rubriques anciennes, la page du missel à sa gauche étant une page du missel tridentin. Pourtant, il est tout aussi vrai qu’en tant que Supérieur de l’Opus Dei, il a veillé à l’adoption du nouveau missel par tous les prêtres de sa communauté. Il ne pouvait en être autrement pour l’auteur de ces exhortations spirituelles : « Accueille en toi la parole du pape, et que ton adhésion soit religieuse, humble, intérieure et efficace : fais-toi l’écho de sa parole ! » et « Quand tu recevras un ordre, que personne ne l’emporte sur toi en obéissance ! » (Forge, Le Laurier, 1988).

2) Médecin et prêtre, don José Luis Soria a partagé la vie de saint Josemaria Escrivá de 1956, année de son ordination, à 1975, année du rappel à Dieu du saint. Rien d’étonnant donc à ce que les arguments avancés par l’abbé Soria pour justifier le refus du nouveau missel, à titre personnel, par le fondateur de l’Opus Dei, soient à la fois d’ordre médical (les problèmes de vue) et spirituel (les grâces reçues en célébrant selon le missel de saint Pie V). Sachant qu’en 1969, le fondateur de l’Opus Dei a 67 ans, et que la permission qu’il demande concerne sa messe privée (pour les messes publiques, notamment les concélébrations, il célèbre selon le nouveau missel), il se trouve bien dans le cas prévu par l’instruction de la Congrégation pour le Culte divin du 20 octobre 1969, qui indiquait que : « Les prêtres âgés qui célèbrent la messe sine populo, et qui auraient trop de difficultés à s'habituer au nouvel Ordo Missæ et aux nouveaux textes du Missel romain et de l'Ordo lectionum Missæ, peuvent, du consentement de leur Ordinaire, [conserver] les rites et les textes actuels. Les cas particuliers [...] seront soumis à cette S. Congrégation ». Ainsi s'explique la réponse immédiate et favorable de Monseigneur Bugnini à don Álvaro del Portillo.

3) Dans Quand le Christ passe, recueil d’homélies de saint Josemaria (Le Laurier, 1989), le fondateur de l’Opus Dei a de superbes paroles pour décrire le « mystère de Foi et d’Amour » qu’est l’Eucharistie (chapitre 9). La lecture de ces pages témoigne d’une théologie liturgique que les tenants de la réforme liturgique auraient sans hésiter qualifiée de « tridentine ». Citons, par exemple : « La Messe – j’y insiste – est une action divine, trinitaire, pas humaine. Le prêtre qui célèbre sert le dessein du Seigneur, en Lui prêtant sa voix et son corps; il n’agit pas à titre personnel, mais in persona et in nomine Christi, en la personne et au nom du Christ », ou encore « La Sainte Messe nous place ainsi devant les mystères essentiels de la foi, car elle est le don de la Trinité à l’Église On comprend ainsi que la Messe soit le centre et la racine de la vie spirituelle du chrétien. Elle est la fin de tous les sacrements. »

4) Comme le fondateur de l’Opus Dei, de nombreux prêtres de par le monde ont profité des exceptions prévues par l’instruction sur la mise en application de la réforme liturgique pour conserver le missel traditionnel. Souvent, aux raisons d’âge et de santé s'ajoutaient de vraies raisons théologiques et spirituelles. Concernant saint Josemaria, ces raisons n'ont jamais été explicitées, ce qui est facile à comprendre puisqu'il avait fait embrasser la réforme liturgique par son œuvre et n'était pas homme à semer le doute dans l'esprit des siens.
   
En revanche, et c'est tout l'intérêt du témoignage de l'abbé Soria, le saint avait « connu des expériences mystiques liées à certains mots, expressions et passages de la messe traditionnelle. Ces expériences avaient jalonné sa vie spirituelle depuis son enfance et tout au long de sa vie de prêtre. En célébrant la messe de Paul VI, le saint se serait privé de tels moments. » Les raisons qu'avaient saint Josemaria de célébrer la liturgie latine et grégorienne étaient donc aussi de nature spirituelle. Elles étaient, selon le témoignage de son confident, des raisons mystiques. 
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(*) En Droit canonique, un indult est une grâce du Saint-Siège portant dispense du droit commun. En l’espère on pourrait aussi parler de privilège, droit particulier accordé à certaines personnes contre la loi générale, ou au-delà de celle-ci. Dans le cas de Josemaria Escrivá, il semble qu’il s’agisse plutôt de l’usage d’une exception prévue par la loi.

25 septembre 2016

[Abbé Michel Simoulin, fsspx - Le Seignadou] Mgr Lefebvre et Rome

SOURCE – Le Seignadou – octobre 2016

Je vous avais promis quelques objections, et les réponses que nous pouvons y faire.

Voici donc la première objection, qui est peut-être la seule vraiment sérieuse, celle des déclarations de Mgr Lefebvre affirmant, principalement après 1988, vouloir attendre la « conversion » de Rome avant de reprendre des démarches pour une réconciliation. Cette position est habituellement présentée sous cette formule : pas d’accord pratique avant un accord doctrinal.

Cela est vrai et bien connu, mais Mgr lui-même reconnaissait que cela prendrait du temps, beaucoup de temps, et qu’il faudrait attendre les signes de la Providence pour discerner le moment opportun. Et en cela, il s’en remettait totalement aux supérieurs de la Fraternité, ne cessant de nous répéter : pour moi, c’est fini… vous avez vos évêques, vos supérieurs, vos séminaires, vos prieurés, je vous ai donné tout ce que j’avais reçu… à vous maintenant de continuer sans moi !

En outre, et ceux qui furent des premiers compagnons de Monseigneur ne devraient pas l’oublier, au-delà de ses déclarations parfois fracassantes, même aux heures les plus tendues avec Rome, Mgr Lefebvre a toujours agi et réagi en serviteur de l’Église et du Pape et en fils de Rome. Il avait le cœur romain plus que beaucoup d’entre nous, et dans toutes ses interventions même les plus fortes, ceux qui le connaissaient sentaient toujours sous-jacente une vraie tristesse : tristesse analogue à celle de Jésus-Christ pleurant sur Jérusalem mais toujours animé du désir de sauver la cité sainte, tristesse de l’état de l’Église, tristesse de devoir réagir à l’encontre des autorités de l’Église, et tristesse de n’être pas entendu, ni compris. Jamais il n’aurait esquissé le premier pas dans le sens d’une rupture avec Rome, et c’est toujours la « Rome conciliaire » qui a pris l’initiative des mesures de « séparation », pour n’aboutir qu’à le séparer un peu plus de la « Rome conciliaire » en le poussant à se réfugier toujours plus dans le cœur de la « Rome Romaine » ! Romain il fut et romain il est demeuré jusqu’à son dernier souffle. La "Romanité" n'est pas Un vain mot, furent quasiment les derniers mots de son Itinéraire spirituel. 

Mais relisons un peu l’histoire. D’abord, la Fraternité – qui n’est pas née pour s’opposer au concile ou à Rome, mais pour donner une structure dans l’Église aux prêtres formés au séminaire de Fribourg-Ecône – a été reconnue et érigée par et dans « l’Église conciliaire ». Mgr Lefebvre et Mgr Charrière s’étaient connus à Dakar lorsque l’évêque de Fribourg était venu pendant une quinzaine de jours visiter les Suisses installés au Sénégal. Ils avaient sympathisé et Mgr Lefebvre avait maintenu les relations, sans plus… Mgr Charrière était en réalité un véritable esprit conciliaire, avant même Vatican II, représentant avant l’heure de ce que Mgr Benelli appela « l’Église conciliaire ». Et c’est pourtant lui qui a érigé l’institut de droit diocésain appelé : « Fraternité sacerdotale Saint-Pie X ». Entre le 1° novembre 1970 et le 6 mai 1975, la Fraternité était donc bel et bien une œuvre de « l’Église conciliaire », et cela ne gênait nullement notre fondateur !

Et c’est dans cette période que se situent les deux actes « fondateurs » de sa position immuable, actes révélateurs de ses dispositions intimes: La déclaration du 21 novembre 1974 : « Oui à la Rome éternelle, non à la Rome moderniste » ! Il reconnaissait lui-même que cette déclaration était forte, et il nous en a donné l’exégèse à de multiples reprises : non pas le refus de tout ce qui venait de Rome, mais le refus de ce qui en venait sous l’inspiration de l’esprit moderniste, étranger à la tradition catholique.

Et il y eut aussi, sa fière réponse à l’éditorial de l'abbé de Nantes où celui-ci l'incitait à rompre avec Rome, en février 1975 ! C’est dans la lettre de Mgr Lefebvre à l'abbé de Nantes qu’il lui répond : « Sachez que si un Évêque rompt avec Rome ce ne sera pas moi. Ma « Déclaration » le dit assez explicitement et fortement. » Cette lettre est du 19 mars 1975 !

Libre aux évêques indépendants de « l’Église Catholique » d’opérer cette rupture, mais qu’ils ne se réclament pas d’une soi-disant fidélité à la pensée de Mgr Lefebvre pour cela, et qu’ils cessent de nous faire rire jaune en parlant de « la trahison des autorités actuelles de la Fraternité Saint-Pie X à l'esprit et à l'œuvre de Monseigneur Marcel Lefebvre ». Qu’ont accepté nos supérieurs parmi ce que refusait Mgr Lefebvre : la nouvelle messe ? Les théories conciliaires ? La liberté religieuse ? Le culte de l’homme ? L’œcuménisme indifférentiste ? Ou bien encore, ont-ils perdu cette romanité si chère à Monseigneur ? Au lieu de critiquer et condamner Mgr Fellay, que ces messieurs fassent des propositions positives et constructives. Que nous proposent-ils comme solution ? Rien, à part le refus et la rupture !

Puis-je rappeler au passage cette belle déclaration de l’abbé Williamson, directeur du séminaire américain de Ridgefield et actuel chef de file de la Résistance, le 8 décembre 1987 - après donc le “scandale" d’Assise - : « Prions pour la Fraternité ! Prions en particulier pour le cardinal Gagnon qui revient aujourd’hui au séminaire de la Fraternité en Suisse, après avoir terminé sa visite d’un mois dans les maisons de la Fraternité en Suisse, en France et en Allemagne. Prions pour lui, lorsqu’il rédigera son rapport sur la Fraternité à l’intention du Saint-Père, afin qu’il présente la vérité de telle sorte qu’il gagne l’approbation du pape. Prions pour le pape pour qu’il puisse faire ce qu’il devrait clairement faire : donner la juridiction et un statut à la Fraternité, laquelle le mérite entièrement. Ceci est absolument nécessaire pour le bien de l’Église universelle, sans parler de la Fraternité.

Il est humain, et je ne le reprocherai à personne, de changer parfois d’avis, mais il ne me semble pas correct d’accuser de trahison ceux qui n’ont pas changé ! Et quand bien même ils auraient changé de position en raison de nouvelles circonstances, ne peut-on leur accorder la même bienveillance qu’à Mgr Williamson ?

Il y eut encore ces mots de Mgr aux futurs évêques : « Je vous conjure de demeurer attachés au Siège de Pierre, à l’Église Romaine, Mère et Maîtresse de toutes les Églises, dans la foi catholique intégrale ».

Et nous pouvons conclure avec les propos de Mgr lui-même, fidèle à ses premières positions jusqu’au bout, dans les considérations qu’il adressait aux diacres en retraite à Montalenghe en juin 1989, et donc après les sacres épiscopaux. Il leur donnait une dernière fois le sens de sa déclaration de 1974 : « Je pense quand même que nous avons besoin d’un lien avec Rome… Rome, c’est quand même là que se trouve la succession de Pierre, la succession des apôtres, de l’apôtre Pierre, de la primauté de Pierre et de l’Église ; si on coupe avec ce lien, on est vraiment comme une embarcation qui est larguée au grès des flots, sans plus savoir à quel lieu nous sommes rattachés et à qui nous sommes rattachés. Je pense qu’il est possible de voir dans la personne qui succède à tous les papes précédents, puisque s’il occupe le siège, il a été reçu comme évêque de Rome à saint Jean de Latran, or c’est l’évêque de Rome qui est le successeur de Pierre, il est reconnu comme successeur de Pierre par tous les évêques du monde. Bon ! Qu’est-ce que vous voulez, on peut penser qu’il est vraiment le successeur de Pierre ! Et en ce sens nous nous rattachons à lui et à travers lui à tous ses prédécesseurs, ontologiquement si je puis dire. Et puis ensuite, ses actions, ce qu’il fait, ce qu’il pense, et les idées qu’il répand, c’est autre chose, bien sûr. C’est une grande douleur pour l’Église catholique, pour nous, que nous soyons obligés de constater une chose semblable. Mais je pense que c’est la solution qui correspond à la réalité. » (N.B. il s’agit de la transcription écrite fidèle d’un texte parlé, qui exprime bien la pensée, mais ne peut pas toujours respecter la grammaire).

Ces vérités, bien connues déjà par les esprits bienveillants, peuvent nous aider à y voir clair et à tenir bon, sans nous laisser séduire par ces lugubres et tristes sirènes de malheur qui oublient ce trésor caché dans l’âme de Mgr. Lefebvre, qui fut pourtant leur père : l’amour de Rome où se trouve et se trouvera jusqu’à la fin des temps la succession de Pierre, la succession des apôtres, de l’apôtre Pierre, de la primauté de Pierre et de l’Église !

[Patrick Malvezin – Le Seignadou] Dominicaines enseignantes : un combat catholique

SOURCE - Le Seignadou - octobre 2016

« Rupture ou Fidélité -1948-1975 : Une congrégation religieuse dans l’Eglise ébranlée».

Ce nouvel ouvrage de Sœur Alice-Marie, dominicaine enseignante, fait suite à son Histoire de la Congrégation du Saint-Nom-de-Jésus de Toulouse, de 1800 (son origine) à 1953, issue de sa thèse de doctorat soutenue avec succès en Sorbonne en 2004.

Comme l’indiquent ses titres et sous-titres, il traite de la période cruciale et dramatique qui suivit et qui aboutit aux départs successifs de deux communautés, devenues aujourd’hui deux congrégations religieuses florissantes.

L’auteur décrit, comme cela n’a jamais été fait jusque-là, l’histoire exemplaire de la persécution d’une institution en plein essor, prise dans les ravages qui ont précédé, accompagné, et surtout suivi le Concile Vatican II. Pour ce faire, elle s’appuie sur une documentation sans faille et des textes incontestables. Elle le fait, enfin, sans pathos ni effets de manches, fussent-elles religieuses, dans une expression parfaite, avec une mesure, une rigueur, une précision, et une clarté qui n’excluent pas l’agrément.

Cette époque est présentée en trois temps : « les nouvelles Constitutions » de 1953, « La Congrégation de 1954 à 1971 : dans la tourmente conciliaire » et « Des tensions à la rupture » (1971-1974).

La réforme des Constitutions, nullement révolutionnaire, correspondait à un besoin formulé, notamment par Pie XII (1), et fut menée par la Supérieure générale d’alors, mère Hélène Jamet, conseillée par le très thomiste père Calmel. La lecture des textes choisis ici permet de découvrir ou de reconnaître l’inspiration de ces modifications, ainsi que l’esprit, les règles, et la vocation de la Congrégation.

Rome les approuva, et elles furent adoptées, mais, première alerte, une petite minorité d’opposantes fit recours à Rome. Sans leur donner raison, une visite apostolique est décidée. Quelques modifications, sans gravité ni véritable lien avec la contestation, sont imposées, ainsi que le report du Chapitre général prévu pour 1954, et, surtout, pour seul motif d’apaisement, le départ du père Calmel.

Le second temps commence par le Chapitre général d’élection de novembre 1954 convoqué par la supérieure générale qui annonce qu’elle refusera une éventuelle réélection, pourtant souhaitée par la plupart des sœurs, « pour servir plus efficacement dans l’obéissance».

Mère Marie-Angélique Lescouzère qui, dans sa droite ligne, lui succède, est durant son généralat, occupée par la question scolaire (2) et, sereinement, par l’application des « nouvelles Constitutions ».

Pourtant les prémices de « la tourmente conciliaire » sont déjà là, quand, en 1961, expire son mandat. La plupart des soeurs souhaite sa réélection, mais Monseigneur Garrone, alors archevêque de Toulouse et délégué du Saint Siège, impose, par une manipulation éhontée que nous laissons au lecteur le soin de découvrir, « l’élection » improbable d’une mère Marie-Rose Tassy, à sa dévotion et soumise aux idées nouvelles pleines d’exaltation (3). Autorisation des offices en français, de la télévision, et acceptation des demandes ministérielles de carte scolaire, se succèdent.

En 1965 et 1966, deux décrets de Paul VI (4) amenèrent cette supérieure, en dépit de la réforme toute récente de 1953, à présenter à chaque sœur un questionnaire sur des modifications possibles, ce qui ne manqua pas de rencontrer des réponses ironiques. Elles méritent d’être lues, et cet ouvrage en rapporte quelques-unes.

En 1967, l’élection surprise de mère Anne-Marie Simoulin, personnalité forte, combative, et disciple de mère Hélène fut, pour la plupart des sœurs, un « miracle de la Providence».

Elle engagea, sans jamais se laisser impressionner, le combat contre le nouveau catéchisme obligatoire et la carte scolaire, ainsi que pour conserver la messe dite de saint Pie V (4) et les constitutions de 53. Là encore, des épisodes savoureux sont à découvrir …

La dernière étape montre qu’elle aura tout tenté avant de se résoudre à la rupture : elle réclame une visite apostolique, mais le visiteur affichera des exigences et un comportement inacceptables sobrement évoqués. Elle fait appel, en dernier recours, à la Signature apostolique pour obtenir justice. Elle est désavouée et même déposée par décret, et une administratrice est nommée qui n’est autre que mère Marie-Rose Tassy. En se soumettant, mère Anne-Marie Simoulin réclame encore la possibilité, suggérée par le même décret, de constituer, en restant dans la Congrégation, une « communauté  homogène » fidèle à ce qu’elle avait défendu.

Peu de temps auparavant, elle avait accepté la même chose pour un groupe de sœurs qui ont été alors installées à Brignoles, entraînant la fermeture du cours Saint-Dominique de Toulon.

Cette demande, est refusée et cette décision remise en question.

Brignoles ne se soumit pas. De son côté, la supérieure injustement destituée finit, avec d’autres sœurs qui ne voulaient pas accepter cette désastreuse forfaiture et cette trahison essentielle, par se réfugier, pour une fondation nouvelle, tout d’abord pauvrement dans un petit immeuble de Fanjeaux, avant de s’installer au Cammazou.  

Au passage, une question importante est ici réglée. Les évêques n’hésitèrent pas à affirmer que, relevées de leurs voeux, les partantes n’étaient plus des religieuses, mais comme le déclara le chanoine Cloupet (6) des « demoiselles déguisées ».

De l’avis de tous les canonistes, l’indult de sécularisation utilisé alors comme sanction est sans valeur, tout simplement  parce que contrairement à ce qui le définit, les intéressées ne l’ont pas demandé ! L’étude strictement canonique est ajoutée en annexe.

L’obéissance avait été tentée, au delà même de toute justice, mais les Constitutions, les lois de l’Eglise, et même les vocations et la Foi incontestablement Catholique n’étant, à l’évidence, plus respectées, la Fidélité imposait la rupture.

Si l’on juge l’arbre à ses fruits, de deux communautés de 26 et 20 religieuses héroïquement parties, sont issues deux branches qui comptent aujourd’hui à elles deux, dans de nombreuses écoles en France et à l’étranger, deux fois plus de sœurs que ne réunissait, avant la séparation, le tronc dont elles se sont éloignées et dont nous préférons ignorer l’état actuel. 
  1. Lettre liminaire du congrès des états de perfection novembre 1950
  2. La loi Debré de 1959 fut entourée de réflexions, négociations et tractations  impliquant les supérieures majeures des religieuses enseignantes.
  3. terme employé par monseigneur Garrone en 1964 pour inciter les supérieures  majeures de France à « être dans le mouvement du Concile ».
  4. Perfectae Caritatis, et Ecclesiae Sanctae. Le premier imposait l’ « aggiornamento » à toute l’Eglise, et le second demandait aux congrégations de modifier leurs constitutions dans cet esprit.
  5. Le Cardinal Gut, préfet de la congrégation pour le culte divin, lui accorda un indult pour conserver l’usage de cette messe, de toutes façons toujours valide, mais dès sa mort, Monseigneur Bugnini, de sinistre mémoire, s’empressa d’en nier la valeur par des arguments spécieux.
  6. Célèbre secrétaire général de l’enseignement catholique, signataire des accords dits « Cloupet-Lang » pour une formation et une titularisation des maîtres du « privé sous contrat » identiques à celles du « public ».
Sur la couverture : une photo du pèlerinage de la Congrégation à Rome en 1947, devant la basilique Saint Pierre.