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30 avril 2012

[Abbé Phlippe Laguérie, ibp] Deux Archevêques pour le Bon-Pasteur

SOURCE - Abbé Phlippe Laguérie, ibp - 30 avril 2012

Notre visite au Brésil (Prononcez "Brasiou" s’il vous plait !) se poursuit le plus harmonieusement possible, avec des fruits évidents pour nos apostolats futurs. Je ne vous en dirai rien de plus, que tout ne soit définitivement ficelé. J’ai appris, ces temps-ci, que des curés même ne savent pas toujours garder secret, donc... méfiance. Mais là bas, quelle ambiance !
 
Que ce soit à Rio de Janeiro avec Don Orani Tempesta [photo] ou avec Don Sergio da Costa, à Brasilia [photo]. Ces Archevêques ont d’abord une fidélité au pape qui est simple et efficace. Finies les idéologies et leur fronde inéluctable. Ils savent que le pape désire la messe traditionnelle et qu’il a même légiféré dans ce sens ; ils trouvent donc normal d’exécuter cette demande. En particulier, ils ne leur fait aucun doute qu’il doit y avoir dans chaque grande ville une paroisse, un Rectorat, au moins une chapelénnie dédiée exclusivement à la messe grégorienne. Pour nous, européens, c’est une véritable Apocatastase spirituelle!
 
Mais là n’est pas le plus frappant. C’est évidemment leur incroyable charité. Figurez-vous qu’il nous aiment, tels que! Ca se sent, ça se voit, ça se respire. Puisque je vous le dis ! Ils prolongent les conversations, passées les choses sérieuses, pour le plaisir, avec humour, éclats de rire, joie d’une collaboration future et même promesse d’une collaboration amplifiée.
 
Je me rappelle cette définition du pape donnée par Saint Irénée dans son "Adversus Haereses" : "Celui qui préside à la charité". On comprend d’un seul coup, en ces pays physiquement si loin de Rome, qu’en vérité ils sont bien plus proches du cœur de l’Eglise, par leur Foi et plus encore par leur charité. Leur approche de l’Eglise, morts (ou presque tous) les théologiens de la libération aussi bien que nos poussiéreux marxistes, n’est plus du tout idéologique comme chez nous. Le pape dit la Foi et fonde dans l’unité la communion catholique de la charité. Devinez qui a raison?
 
Demain, nous reprenons le chemin de la France avec une belle leçon de catholicisme dans nos bagages !

29 avril 2012

[Vini Ganimara - Riposte Catholique] Italie: un livre pour relire le concile « à la lumière de la tradition »

SOURCE -
Comment comprendre le concile Vatican II ? Quel rôle a-t-il joué dans l’Église et que représente-t-il aujourd’hui ? Pour beaucoup, Vatican II est un tournant, si ce n’est un changement radical. En tout cas, au minimum ce que les Italiens appellent un « aggiornamento ». Et c’est précisément d’Italie qu’arrive un nouveau livre sur le concile, rédigé par le père Serafino Maria Lanzetta, directeur de la revue théologique des Franciscains de l’Immaculée, Fides Catholica, dont la thèse présentée à la faculté de théologie de Lugano porte précisément sur l’herméneutique du concile.
 
Étudier Vatican II, 50 ans après son ouverture, est une question qui divise. Comme le remarque le père Lanzetta :  
Cela peut sembler étrange mais il est de plus en plus difficile de débattre et de dialoguer sereinement entre catholiques.
La raison à cette difficulté réside selon lui en grande partie dans l’approche moderne, si ce n’est post-moderne, de la question conciliaire. Du coup, l’approche du sujet dans son livre ne se veut pas historique mais bien théologique, pour aborder le concile Vatican II comme « l’un des différents conciles de l’Église, ni le seul ni le dernier ».

Avec l’écroulement des modèles culturels qui ont porté le concile, l’effacement de l’identité catholique – victime « du monde, de la modernité, de la politique, de l’anthropocentrisme » -, certains s’interrogent, à juste titre, sur ce qui n’a pas fonctionné. Et la réponse avancée par le père Lanzetta est claire :
Ce n’est pas la praxis qui ne fonctionne pas, mais les idées. Sans doute parce qu’elles manquent. Il manque un regard métaphysique sur Dieu et sur l’homme et cela nous empêche de nous attaquer au vrai problème.
En attendant que cet ouvrage trouve un éditeur de ce côté-ci des Alpes, en voici les références : Padre Serafino M. Lanzetta, Iuxta Modum – Il Vaticano II riletto alla luce della tradizione della Chiesa, éditions Cantagalli (Sienne).

28 avril 2012

[Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison] "Lumières" ténébreuses

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison - 28 avril 2012

Que la Fraternité Saint Pie X décide finalement de contourner ou non le désaccord doctrinal avec les autorités de l’Église Conciliaire de Rome pour signer un accord purement pratique, les âmes qui se préoccupent de leur salut éternel doivent comprendre le mieux possible ce qui est en jeu. A ce propos, un ami vient de me faire parvenir une synthèse admirable de ce qui constitue le cœur du problème:–
 
De 2009 à 2011 des discussions dites « doctrinales » ont eu lieu entre des experts du Vatican et des théologiens de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X. Elles ont permis de vérifier l’attachement indéfectible des autorités romaines à la doctrine du Concile Vatican II, lequel a tenté de concilier la doctrine catholique et la conception de l’homme développée par le mouvement des « Lumières ». 

Ainsi ce Concile déclare que la personne humaine, en raison de la dignité de sa nature, a droit à pratiquer la religion de son choix. La société civile doit donc protéger la liberté religieuse et organiser la coexistence pacifique des diverses religions. Celles-ci sont invitées au dialogue œcuménique, puisqu’elles détiennent toutes une part de vérité.
 
Ces principes reviennent à nier que le Christ soit véritablement Dieu et que sa révélation, dont l’Eglise catholique garde le dépôt, s’impose aux hommes comme aux sociétés. L’Eglise a toujours enseigné que, en dehors du christianisme, toutes les religions sont fausses et qu’on ne peut s’y sauver. Elle entend que la société civile reconnaisse la vérité du Christ.
 
La doctrine de la liberté religieuse, exprimée dans la déclaration Dignitatis Humanae (n°2) de Vatican II, contredit les enseignements de Grégoire XVI dans Mirari Vos, de Pie IX dans Quanta Cura, de Léon XIII dans Immortale Dei et de Pie XI dans Quas Primas. La doctrine exprimée dans la constitution dogmatique Lumen Gentium (n°8) et le décret Unitatis Redintegratio (n° 3) de Vatican II, selon laquelle la providence divine se servirait des sectes non-catholiques comme moyens de salut, contredit les enseignements de Pie IX dans le Syllabus, de Léon XIII dans Satis Cognitum et de Pie XI dans Mortalium Animos.
 
Ces doctrines nouvelles, qui, parmi plusieurs autres, contredisent les enseignements formels et unanimes des papes d’avant le Concile, doivent être qualifiées d’hérétiques au regard du dogme catholique.
 
L’unité de l’Eglise reposant sur l’intégrité de la Foi, il est clair que la Fraternité Sacerdotale St Pie X ne peut passer aucun accord – même « pratique » – avec les tenants de ces doctrines.
 
Lorsque mon ami accuse le mouvement d’émancipation intellectuelle du XVIIIème siècle, connu sous le nom des «Lumières», d’être à la base de l’effondrement des hommes d’église du XXème siècle, il vise essentiellement la même chose que signalait Monseigneur Lefebvre à quelques-uns de ses prêtres six mois avant de mourir en 1991: «Plus on analyse les documents de Vatican II, plus on se rend compte qu’il s’agit d’une perversion totale de l’esprit, de toute une philosophie nouvelle fondée sur le subjectivisme. C’est une perversion totale de la Révélation, de la Foi, de la philosophie! C’est vraiment effrayant». 
 
Mais alors, comment remettre son esprit dans la soumission à la réalité de Dieu? Une façon de faire serait d’étudier les Encycliques papales mentionnées par mon ami ci-dessus. Elles furent écrites pour des évêques, mais aux évêques conciliaires on ne peut plus faire confiance. Les laïcs d’aujourd’hui doivent prendre en main leur propre formation – et leur propre chapelet.
 
Kyrie eleison.

27 avril 2012

[Natalia Trouiller - La Vie] Présidentielle : un vote religieux très convoité

SOURCE - Natalia Trouiller - La Vie - 27 avril 2012

Les appels de la droite à la mobilisation des catholiques trouvent des relais parmi certains clercs. C'est une lettre signée de trois prêtres. Le premier, l'abbé Guillaume de Tanoüarn, est à l'Institut du Bon Pasteur; le second, le père Vincent Ribeton, est le supérieur pour la France de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre; et l'abbé Coiffet est son prédécesseur à la même FSSP. Trois prêtres de la frange traditionnaliste de l'Eglise, qui écrivent ceci: "Les présentes réflexions ne visent en aucun cas à imposer pour qui voter ou à donner des consignes de vote, mais plutôt à considérer le Bien Commun pour notre pays". S'ils ne donnent pas de consigne de vote, les trois abbés n'en appellent pas moins à voter pour Nicolas Sarkozy au deuxième tour des présidentielles: "Or, de manière patente, l’un des programmes proposés, porté par le candidat socialiste, démontre une volonté évidente de rupture avec les éléments premiers du Droit Naturel ; les conséquences de l’application d’un tel programme seraient dramatiques pour la vie quotidienne comme pour l’avenir des Français".
[...]

[Pélerin - Mgr Defois] "La réintégration des Lefebvristes est un enjeu mineur pour l'Eglise d'aujourd'hui"

SOURCE - Pélerin - Mgr Defois - 27 avril 2012

Le Vatican bruisse de spéculations autour d'un prochain retour des intégristes dans l'Eglise. Pour Mgr Gérard Defois, évêque émérite de Lille, l'enjeu reste "mineur" face à celui de la nouvelle évangélisation.
 La fin du schisme ? C'est ce que pronostiquent les vaticanistes les mieux informés. La lettre adressée au Vatican, le 17 avril dernier, par le supérieur de la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX), Mgr Bernard Fellay, est au cœur de toutes les spéculations sur un prochain retour des intégristes dans l'Église.
 
Que contient-elle ? Pour le moment, en dehors du pape et de la Congrégation pour la doctrine de la foi, personne n'y a accès. Il s'agit en fait de l'ultime réponse de la Fraternité au "préambule doctrinal" - tenu secret lui aussi - présenté par le Vatican en septembre, au terme de deux ans de négociations.
 
Le mois dernier, Rome avait enjoint la FSSPX de clarifier enfin sa position. La réponse doit maintenant être scrutée à la loupe par la Congrégation pour la doctrine de la foi, le dernier mot revenant à Benoît XVI lui-même.
 
L'avenir de la Fraternité fondée par Mgr Marcel Lefebvre (1905-1991) devrait donc se jouer dans les prochains jours ou semaines : ou celle-ci accepte les conditions posées par le préambule doctrinal et réintègre l'Église, ou le schisme - entamé en 1988 avec l'ordination illicite de quatre évêques - s'installe cette fois dans la durée.
 
Seul indice probant, le P. Federico Lombardi, porte-parole du Saint-Siège, a qualifié la réponse des intégristes de « pas en avant », la jugeant "plus encourageante" que les échanges de ces derniers mois.
Pèlerin : Comment réagissez-vous à une éventuelle réintégration au sein de l’Église catholique des membres de la Fraternité Saint-Pie X ?
Mgr Gérard Defois, archevêque émérite de Lille : Les derniers événements qui nous ont été communiqués ne sont qu’une étape dans les discussions. On comprend bien la volonté du Saint-Siège de trouver une solution honorable pour chacun afin de ne pas faire durer inutilement le schisme. Le tout est de savoir en quels termes. 
 
Cela ne peut pas se faire au détriment des avancées du concile Vatican II, au risque de remettre en cause l’infaillibilité pontificale elle-même. D’un autre côté, pourquoi Mgr Fellay admettrait-il soudain d’éventuels accommodements ? De nombreux prêtres de la Fraternité ne veulent toujours pas d’un tel accord. 
 
Que serait alors le statut de la Fraternité si elle réintégrait l’Église catholique ? Quelle forme juridique nous garantirait qu’il y a une communion en profondeur ?
Ces annonces sont-elles opportunes au moment où l’Église fête les 50 ans du concile Vatican II ?
Les évêques du Concile ont toujours exprimé leur volonté de sauvegarder l’unité des chrétiens. Mais celle-ci ne peut se faire à n’importe quel prix. La conception de l’Église telle que le Concile l’a affirmée ne pose problème qu’aux membres de la Fraternité. 
 
Plus largement, je regrette la publicité excessive faite autour de ces discussions. Cela reste finalement un enjeu mineur pour l’Église d’aujourd’hui. La vraie priorité n’est-elle pas l’évangélisation des nouvelles générations évoluant dans une culture déchristianisée ?
Dans le cas hypothétique d’un accord, craignez-vous une onde de choc au sein de l’Église de France ?  
J’espère que non et je ne le souhaite pas. Je le répète : nous sommes là sur une question marginale, même si elle reste fortement symbolique.

26 avril 2012

[Golias] Rome-Ecône : retour au bercail - Enquête sur les dessous d’un accord scandaleux

SOURCE - Golias - 26 avril 2012

Au commencent était la peur. Elle pousse l’homme à imaginer des dieux protecteurs et rassurants. Mais aussi à se construire des prisons intérieures, hérissées de piquants, celles de dogmatismes clos et réducteurs, mais bien entendu rassurants face aux menaces extérieures et aux tentations intérieures.
 
Les intégrismes naissent de la peur. Celle de l’avenir et de la diversité. Comme s’il fallait se cramponner à une bouée en train de se dégonfler, alors que le Christ nous appelle à marcher sur les eaux. C’est au fond ce qui semble rapprocher Benoît XVI des intégristes. Une peur qui se lit sur les visages et qui pousse à la surenchère de l’intransigeance, aux positions défensives, et qui excite vite le prurit de l’anathème. Dès lors il s’agit de se garder des ouvertures pourtant salutaires, de fermer ses fenêtres, alors que le bon pape Jean XXIII voulut les ouvrir : c’est cela l’esprit du Concile ! Ce qui est en train de se passer à Rome est profondément affligeant. Par peur, et pour faire front commun face à une modernité redoutée, le pape accueille avec complaisances une poignée d’intégristes têtus et arrogants, tournant ainsi le dos à nombre de ses fils. D’autant que Benoît XVI traite avec défiance, ceux qui tentent d’avancer en éclaireurs d’un christianisme hors des sentiers battus.
 
Bien entendu, cette peur n’est pas seulement une donnée psychologique, mais relève ici d’une posture de fond, finalement métaphysique. Mauvaise conseillère, elle explique en bonne part cet accord de dupes qui en train de se dessiner entre Rome et Ecône. A manger avec le diable, la fourchette n’est jamais trop longue... Inutile de dire qu’un tel accord n’augure rien de bon, et préfigure le retour en arrière d’un catholicisime en perte de vitesse dans nos sociétés occidentales.

[Jean-Pierre Denis - La Vie] Un retour ambigu

SOURCE - Jean-Pierre Denis - La Vie - 26 avril 2012

Une partie des dissidents qui avaient suivi Mgr Lefebvre dans le schisme de 1988 vont apparemment rentrer dans l’Église catholique, où ils devraient jouir d’une large autonomie. La coïncidence de ce retour avec l’anniversaire de Vatican II ne manquera pas de frapper. Beaucoup voudront y voir la preuve que Benoît XVI, à force de gestes de ce type, montre qu’il n’assume plus le Concile, quoi qu’il puisse dire, faire et répéter par ailleurs sur tous les tons depuis le premier jour de son élection. Le pontificat sera entaché de ce soupçon réactionnaire. Mais il n’est pas impossible de lire l’histoire en sens inverse, et de relever qu’après 50 ans d’insubordination et d’insultes, une partie du courant intégriste rend les armes en pleine célébration conciliaire. Ce pourrait être une excellente nouvelle, celle d’une réconciliation et d’une acceptation.

Vue de France, la question reste politique, hypothéquée par un courant d’extrême droite lié à deux siècles d’histoire contre-révolutionnaire. Vue de Rome, elle semble avant tout ecclésiale et se comprend à l’échelle de l’histoire de l’Église. Laisser dans la nature des évêques dissidents, c’est comme accepter la prolifération nucléaire. Les faire rentrer, c’est reprendre le contrôle. La Fraternité Saint-Pie‑X, c’est un peu la Corée du Nord. Il faut parfois négocier avec un régime opaque pour éviter la menace de la bombe sauvage. Pour le dire en un langage plus clérical, il y a plus de danger à laisser les schismes s’installer qu’à les résorber dès la première génération. Inversement, si le harcèlement des prêtres et des évêques français par de petits groupes de la mouvance « tradi » est un fait commun, une fois soumises à Rome, ces communautés seront peu à peu normalisées, non sans difficulté ou résistance de leur part. Le temps joue en faveur de la grande Église, qui digère discrètement mais sûrement les rebelles qu’elle avale.

On le comprend, l’opération – habile autant que charitable – consiste à récupérer les brebis perdues, tout en abandonnant les loups à leur triste forêt. Une petite secte demeurera donc dehors, guerroyant contre le monde entier, fanatique toujours, antisémite souvent. Point final ? Voire. Du prévisible découragement de tant de prêtres, d’évêques ou de fidèles ne fait-on pas trop bon marché ? Peut-on désormais être catholique et combattre tout ce que disent et font les papes depuis Vatican II en matière d’œcuménisme, de dialogue interreligieux, de foi, de vérité, de liberté de conscience… ? L’image d’une Église suppliant presque quelques extrémistes de la rejoindre ne risque-t-elle pas de porter atteinte à l’effort de nouvelle évangélisation ? Je crains fort que, prisonnier d’un système de gouvernement défaillant, Benoît XVI n’ait que mal mesuré ces questions. Je maintiens que l’on paiera ces ambiguïtés.

Une dernière remarque. Beaucoup veulent retrouver la tradition catholique dans toute son ampleur et sa beauté, notamment liturgique. Il y a de profondes raisons à cela, surtout pour des jeunes privés d’un fil trop brutalement coupé. Hélas, ce que l’on récupérera cette fois, ce n’est pas la tradition, mais l’intégrisme. Intellectuellement, théologiquement, artistiquement et spirituellement, ce courant n’a rien produit de notable depuis son émergence au XIXe siècle. Si la tradition sera toujours vivante, l’intégrisme sera toujours stérile. Dans ou hors de l’Église.

[Jérôme Anciberro - Témoignage Chrétien] Vatican-Fraternité Saint-Pie X : le grand secret

SOURCE - Jérôme Anciberro - Témoignage Chrétien - 26 avril 2012

Depuis plusieurs mois, le « préambule doctrinale » qu'ont reçu les responsables de la Fraternité Saint-Pie X fait couler beaucoup d'encre. Aujourd'hui, on ne sait toujours pas ce que contient ce texte censé donner « le cœur de la foi » catholique que doivent accepter les Lefbvristes.
 
L’annonce, le 18 avril dernier, d’une probable « réconciliation » officielle entre la Fraternité Saint-Pie X et le Va­tican laisse, au-delà de l’inquiétude quant au fond de l’affaire, une impression étrange à l’observateur.

Tout repose sur un texte, le fameux « préambule doctrinal » à l’accord proprement dit entre Rome et les lefebvristes. Mais celui-ci est toujours tenu secret. Depuis des mois.

La presse confessionnelle et les blogs spécialisés nous tiennent en haleine en commentant les « modifications », « légères retouches », « pe­tits changements » apportés à ce texte. Mais personne – d’un côté comme de l’autre – ne nous dit ce qu’il contient exactement. On se prend à penser à un certain sketch de Coluche : « Dans les milieux bien informés, on s’autorise à penser… »
Orientations
À Rome, on explique  que cette discrétion est nécessaire : les questions en jeu étant on ne peut plus délicates et passionnelles, il ne saurait être question de travailler sous la pression publique et médiatique. Argument recevable dans une situation de négociation classique.

Le problème est que nous ne sommes pas dans une situation classique. L’enjeu de la confrontation des intégristes catholiques avec le reste de l’Église est l’acceptation des grandes orientations du dernier concile. Des orientations fondamentales qui ont été décidées par une assemblée extraordinaire de plus de 2 500 évêques théoriquement inspirés par l’Esprit saint et en communion avec le pape. Des orientations dynamiques qui ont engagé l’Égli­se universelle au vu et au su de la planète entière, informée alors en quasi-di­rect des discussions en cours, et qui ont suscité l’enthousiasme bien au-delà des milieux catholiques.

Ce sont ces mêmes orientations qui, aujourd’hui, semblent faire l’objet de tractations réservées, entre théologiens de bonne compagnie dans quelque obscur cabinet romain. On aurait voulu donner des idées à Dan Brown pour son prochain roman qu’on ne s’y serait pas pris autrement. 

[APIC] Les Lefebvristes doivent accepter le Concile

SOURCE - APIC - 26 avril 2012

Rome : Le cardinal Koch s’exprime sur le dialogue avec les intégristes
Les Lefebvristes doivent accepter le Concile
Vienne, 26 avril 2012 (Apic) Pour le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, l’offre de réconciliation du pape Benoît XVI envers la Fraternité sacerdotale saint Pie X (FSSPX) s’inscrit dans sa démarche de théologien et de fin connaisseur de l’histoire de l’Eglise.

"Il sait que chaque concile a eu pour conséquence un schisme. Tout entreprendre afin que cela ne se répète pas sous sa responsabilité est pour lui une exigence." Dans une interview publiée le 24 avril 2012 par l’agence de presse catholique autrichienne Kathpress, l’ancien évêque de Bâle relève qu’il appartient désormais aux membres de la Fraternité de répondre définitivement. Cela concerne spécialement leur position face au Concile Vatican II.

Les deux réponses des Lefebvristes de novembre 2011 et de mars 2012 au "Préambule doctrinal" proposé par Rome, et dont le cardinal Koch a eu connaissance, étaient insuffisantes. La teneur de la réponse du 17 avril ne lui est pas encore connue. Mais il est clair qu’elle ne suffira pas "s’il refusent 65% du Concile Vatican II".

Pour le président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, le Concile, auquel le pape actuel a participé en tant que conseiller, marque une césure dans le domaine de l’œcuménisme. Mais après 50 ans, il est devenu clair que "l’unité prendra plus de temps qu’on le pensait à l’époque". (apic/kap/mp)

[Don Bux - Alessandro Gnocchi et Mario Palmaro - messainlatino] Ceux qui s'opposent à la réconciliation de la Fraternité Saint Pie X avec Rome s'opposent en fait au Pape

SOURCE - Don Bux - Alessandro Gnocchi et Mario Palmaro - blog Messa in Latino - 26 avril 2012

Don Bux: Vatican II peut très bien se discuter, ce n'est pas un "super dogme". La F.S.S.P.X pourrait faire du bien à l'Église. Ceux qui s'opposent à la FSSPX s'opposent en fait au Pape"
Ceux qui s'opposent à la réconciliation de la Fraternité Saint Pie X avec Rome s'opposent en fait au Pape
Monseigneur Nicolas Bux, classe 1947, théologien, liturgiste, consulteur de l'Office des Célébrations et des Congrégations pour la Doctrine de la Foi et pour les Causes des Saints, est surtout connu par les spécialistes comme étant « très proche du Pape Benoît XVI ».

C'est précisément lui qui, il y a un peu plus d'un mois a provoqué des remous dans les milieux ecclésiastiques, suite à la lettre ouverte qu'il a adressée au Supérieur Général et aux prêtres de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, fondée par Monseigneur Lefebvre, en les invitant à serrer la main que Benoît XVI est en train de leur tendre.

Q./Les observateurs en ont tous tiré la conclusion qui paraissait la plus logique, à savoir que le Pape veut fortement cette réconciliation.
R./«Voyez-vous», comme l'explique Mgr Bux au journal Il Foglio, «cette conclusion est en réalité exacte et imprécise à la fois.

Elle est exacte en ce sens que Benoît XVI veut cette réconciliation et pense qu'il ne peut pas y avoir d'autre solution envisageable en ce qui concerne la Fraternité fondée par Mgr Lefebvre.

Mais elle est aussi imprécise, si on lui attribue un caractère politique. Car il n'y a rien de plus éloigné de la pensée de ce Pape. Ratzinger n'est pas homme à penser et à agir en fonction de la politique ecclésiale. C'est de là que provient la méprise. Et cela est éminemment vrai dans le cas de la Fraternité Saint Pie X : pour lui, il s'agit seulement du «retour plein et définitif à la maison » d'un grand nombre de ses enfants, qui pourront faire le bien de l'Église».
 
Par conséquent, les lectures de droite comme celles de gauche ne sont pas pertinentes ; mais il ne va pas être facile de les extirper au sein de l'Église même.
Q./Comment un catholique devrait-il considérer ce fait de la réconciliation entre le Saint Siège et la Fraternité Saint Pie X?
R./« Il faut relire attentivement ce que Benoît XVI écrivait le 10 mars 2009 dans Sa « Lettre aux Évêques » pour bien expliquer les raisons de la levée de l'excommunication des quatre évêques sacrés par Monseigneur Lefebvre : « Une communauté qui compte 491 prêtres, 215 séminaristes, 6 séminaires, 88 écoles, 2 Instituts universitaires, 117 frères, 164 sœurs et des milliers de fidèles peut-elle donc laisser indifférent ? Devons-nous vraiment les laisser partir à la dérive et s'éloigner de l'Église ? (…) Et qu'adviendra-t-il d'eux par la suite ? ».

Voilà le raisonnement du cœur de Benoît XVI. Et je pense que si beaucoup d'hommes d'Église agissaient avec ce même cœur, ils ne pourraient pas faire autrement que se réjouir que cette affaire se conclue de manière positive ».
Q./ Mais peut-être que l'opposition à la volonté de Benoît XVI provient de ce que nombreux sont ceux qui considèrent que la réconciliation avec les Lefebvristes revient à renier Vatican II.
R./ « Écoutez, le premier « accord », si l'on peut dire, qui a eu lieu, est celui du Concile de Jérusalem, entre Saint Pierre et Saint Paul. Par conséquent, le débat qui est en cours, puisqu'il se déroule pour le bien de l'Église, n'est pas si scandaleux que ça.

Et puis, une autre constatation : combien de personnes ont parlé du Concile Vatican II, en le traitant à part de l'histoire de l'Église, en le surévaluant par rapport à ses contenus mêmes, et sans jamais se pencher pour les analyser par exemple sur le Concile Vatican I, ou encore sur le Concile de Trente. Certains prétendent que la Constitution dogmatique ' Dei Filius ' du Concile Vatican I a été dépassée par la ' Dei Verbum ' de Vatican II: mais nous sommes là en présence d'une théologie- fiction.
 
En revanche je considère comme une bonne théologie celle qui pose la question de la valeur des documents, de leur enseignement. Le concile Vatican II comporte des documents dont la valeur n'est pas égale, et par conséquent des documents qui ont un caractère obligatoire qui varie, et qui doivent être discutés à des niveaux différents. Le Pape, quand il était encore le cardinal Ratzinger, a parlé en 1988, du risque de transformer le Concile Vatican II en un 'superdogme' ; mais, avec ‘l’herméneutique de la réforme dans la continuité' il a fourni un critère pour affronter la question et non pas pour la clore. Il ne faut pas être plus papiste que le Pape. Les Conciles, tous les Conciles et pas seulement Vatican II, doivent être reçus avec obéissance, mais il faut de manière intelligent faire la part de ce qui revient à la doctrine, et de ce qui peut être critiqué. Et ce n'est pas un hasard si Benoît XVI a induit «'l'Année de la Foi', parce que c'est précisément la Foi le seul critère qui permette de comprendre la vie de l'Église ».
Q./ En tant que Catholiques, si nous laissons battre docilement notre cœur à l'unisson avec celui de Benoît XVI, que devons-nous attendre de la réconciliation définitive entre Rome et la Fraternité Saint Pie X ?
R./ « Le seul témoignage possible, pour que le Monde croit, ce n'est évidemment pas la revanche d'une faction sur une autre, mais un progrès dans la Foi et l'Unité . La rhétorique du dialogue avec l'athée, avec l'agnostique, avec celui qu'on appelle 'celui qui croit différemment', quelle sens a-t-elle si elle ne sert pas à la réconciliation. Ces temps-ci j'en reviens souvent à une prière composée par le cardinal Newman :
« Seigneur Jésus-Christ, Toi qui, alors que Tu allais souffrir, as prié pour Tes disciples pour qu'ils soient Un, comme Toi Tu es Un avec le Père, et le Père avec Toi,
fais tomber les barrières qui divisent entre eux les Chrétiens de dénominations diverses.
Enseigne leur à tous que le Siège de Pierre, la Sainte Église de Rome, est le fondement, le centre et l'instrument de cette Unité.
Ouvre leur cœur à la Vérité, oubliée depuis longtemps, que notre Saint Père, le Pape, est Ton Vicaire et Ton Représentant.
Et, de même qu'au Ciel il n'y a qu'une seule assemblée,
alors de même, qu'il n'y ait sur cette Terre qu'une seule Communion qui professe et glorifie Ton Saint Nom ».

25 avril 2012

[Abbé Pierpaolo Petrucci, fsspx - sanpiox.it] Institut du Bon Pasteur : la visite canonique, un avertissement.

SOURCE - Abbé Pierpaolo Petrucci, fsspx - sanpiox.it - avril 2012

Ces derniers jours est apparu sur internet le compte-rendu de la visite canonique de la Commission Ecclesia Dei à l’Institut du Bon Pasteur. Cette communauté composée initialement d’ex-membres de la FSSPX fut reconnue par Rome avec le privilège de célébrer exclusivement la Messe traditionnelle et celui de pouvoir effectuer « une critique sérieuse et constructive » au Concile Vatican II.

Les notes qui font suite à la visite canonique montrent clairement que la volonté de la Commission Ecclesia Dei est d’amener le Bon pasteur à l’acceptation, au moins dans le principe, de la liturgie moderne dans l’esprit du Motu proprio Summorum pontificum. De la même manière elle le pousse à reconnaître la validité de l’enseignement du Catéchisme de l’Église catholique qui synthétise, avec la doctrine traditionnelle, les nouveautés du Concile Vatican II, en opposition au magistère éternel de l’Eglise. Aucune volonté donc à un retour à la Tradition mais pressions progressives pour assimiler les « dissidents » et les ramener dans le giron de « l’église conciliaire » et de ses doctrines qui doivent être enseignées dans le séminaire de l’Institut.

Le problème de conscience qui se pose aujourd’hui pour chaque catholique, d’autant plus pour un prêtre et pour une communauté religieuse, est la renonciation à s’opposer au nouveau rite, opposition qui  n'est pas due à un attachement nostalgique à la liturgie traditionnelle, mais parce que, comme le rappelaient les Cardinaux Bacci et Ottaviani, « il [le nouveau rite] s’éloigne de manière impressionnante de la théologie catholique de la Messe telle qu'elle a été définie au Concile de Trente. » Inacceptables du point de la vue de la Foi sont aussi les nouvelles doctrines comme celle sur la valeur salutaire de toutes les religions ; sur l’œcuménisme et la non-parfaite identité entre l’Église du Christ et l’Église Catholique ; sur la liberté religieuse ; sur la collégialité épiscopale ; etc.

Une publique et courageuse opposition à ces erreurs, sans ambiguïté, et quelles que soient les persécutions, en outre d'être un devoir, est également indispensable pour le bien de l’Église puisque c’est ainsi que l’on pourra contribuer à la faire sortir de la terrible crise qu’elle subit aujourd’hui.

Abbé Pierpaolo Petrucci.

[SPO - Riposte Catholique] Vatican II : une étude qui arrive au mauvais moment


Alors que la Congrégation pour la Doctrine de la foi se réunit aujourd’hui pour étudier le dernier document envoyé par Mgr Fellay, supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier publie, dans le dernier numéro de sa revue Sedes Sapientiæ, une étude de l’abbé Bernard Lucien sur l’autorité magistérielle de Vatican II. Selon la présentation de cette étude : 
Le débat actuel voit deux tendances s’opposer. D’un côté, on insiste sur l’aspect objectif de la Tradition – son contenu – et on souligne les problèmes de continuité avec le magistère antérieur, posés par certains textes de Vatican II. De l’autre côté, on insiste sur l’aspect actif de la Tradition – la transmission –, dont le magistère est un organe éminent, et on souligne la nécessité de recevoir les enseignements de ce concile œcuménique. Il est donc nécessaire de tenter une coordination de ces deux points de vue. C’est ce que fait l’abbé Lucien, appuyé sur quelques principes théologiques arrivés à l’état de doctrine certaine et explicite dans l’Église.
Pour publier cette étude, la revue prend prétexte notamment « des discussions entre la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) et le Saint-Siège ». Si c’est bien la raison qui motive cette publication, on reste un peu étonné devant une telle démarche. Au moment où Rome discute avec la Fraternité Saint-Pie X, il n’est certainement pas bon qu’un théologien interfère dans cette discussion, en apportant ainsi aux yeux du public une opinion somme toute privée, même si elle est le fruit d’une étude sérieuse. Car, finalement, dans cette affaire et dans cette situation précise, c’est au Pape qu’il revient de juger et il serait dommageable qu’un texte puisse être utilisé, contre son propre dessein, par des adversaires de la nécessaire réconciliation entre catholiques. Il y a quelques mois, la publication de cette étude aurait pu se comprendre, en s’insérant alors dans le débat qui se déroulait entre les théologiens de la Fraternité Saint-Pie X et ceux désignés par le Saint-Siège. Aujourd’hui, elle semble particulièrement inopportune.
 
On trouvera la présentation de cette étude ainsi qu’une version abrégée de celle-ci sur le site de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier. Malgré tout l’intérêt du propos, il reste que cette approche du Concile Vatican II n’a jamais été authentifiée par le Magistère. Elle a donc tout l’intérêt d’une piste de recherche (publiée au mauvais moment, selon nous), mais elle n’a pas davantage d’autorité que cela. Il reste le fait que le Concile Vatican II, dont on dit et redit qu’il s’adresse à nous au double titre de notre condition de catholiques et d’hommes modernes, et auquel on nous demande d’adhérer, n’apparaît pas comme un texte clair et sans équivoques. C’est donc au Magistère de se prononcer pour préciser les aspects les plus incompréhensibles ou lever les équivoques des différents textes conciliaires. Que les théologiens éclairent par leur travail le discernement du Magistère, c’est leur rôle. Qu’ils livrent au grand public des documents sans autorité ne peut qu’accroître les difficultés.

[Abbé Bernard Lucien - Sedes Sapientiae] L’autorité magistérielle de Vatican II

SOURCE - Abbé Bernard Lucien - Sedes Sapientiae - avril 2012

L’autorité magistérielle de Vatican II - Contribution à un débat actuel
Extraits d’une étude de l’Abbé Bernard Lucien - Présentation de l’étude
L’actualité conduit Sedes Sapientiæ à présenter un numéro inhabituel (mars 2012, n° 119). Cette année, l’Église commémore le cinquantenaire de l’ouverture du concile Vatican II. À cette occasion est remise sur le devant de la scène la question des degrés d’autorité et des modes d’exercice du magistère dans ce concile. De plus, cette question se trouve au cœur des discussions entre la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) et le Saint-Siège. Aussi, la rédaction a choisi de publier intégralement cette étude de l’abbé Bernard Lucien, qui vient apporter une contribution essentielle dans ce débat. 

Le débat actuel voit deux tendances s’opposer. D’un côté, on insiste sur l’aspect objectif de la Tradition – son contenu – et on souligne les problèmes de continuité avec le magistère antérieur, posés par certains textes de Vatican II. De l’autre côté, on insiste sur l’aspect actif de la Tradition – la transmission –, dont le magistère est un organe éminent, et on souligne la nécessité de recevoir les enseignements de ce concile œcuménique. Il est donc nécessaire de tenter une coordination de ces deux points de vue. C’est ce que fait l’abbé Lucien, appuyé sur quelques principes théologiques arrivés à l’état de doctrine certaine et explicite dans l’Église.

Il procède en plusieurs étapes : dans un premier temps (chapitre 1), il étudie une objection préalable, soulevée notamment par l’abbé Jean-Michel Gleize, de la FSSPX : Vatican II a-t-il eu l’intention d’exercer un magistère réel ? La volonté « pastorale » du Concile l’a-t-il détourné de sa fonction magistérielle ? L’abbé Lucien étaye sa réponse sur les déclarations des papes et du Concile lui-même : oui, Vatican II a bien été, en fait comme d’intention, un exercice du magistère suprême.

Vatican II doit donc être reçu à ce titre par tout catholique. Cela implique un assentiment premier ou « global », au magistère exprimé dans et par le Concile. Ainsi est écartée une critique qui ne serait pas catholique, dans la mesure où elle ne serait pas celle d’un fils qui reconnaît dans la voix du magistère de l’Église la voix de celle qui a été constituée par le Christ Mère et Maîtresse de vérité. Mais est-ce à dire que tous les enseignements de Vatican II possèdent la même autorité magistérielle et réclament notre adhésion au même degré ? Allons plus loin : qu’aucune faiblesse d’expression, voire aucune erreur n’ait pu se glisser dans ses documents ? L’abbé Lucien analyse cette question essentielle en deux temps.

Dans un premier temps (chapitre 2), il rappelle comment, d’une façon générale, le magistère de l’Église s’exerce de différentes manières, qui n’engagent pas de la même façon son autorité. L’auteur distingue trois degrés ou niveaux essentiels d’autorité. Il montre ensuite quels critères permettent de différencier ces trois degrés. L’adhésion requise sera en proportion de l’engagement de l’autorité magistérielle présent dans le texte et de l’assistance du Saint-Esprit, plus ou moins forte, qui accompagne cet engagement. En conséquence, la possibilité d’erreur sera :
  • soit totalement écartée, en raison de l’infaillibilité (degré maximum d’autorité) ;
  • soit rendue très improbable, mais non impossible (magistère simplement authentique « autoritaire ») ;
  • soit encore elle sera plus largement possible, dans le degré le plus bas (magistère « pédagogique »).
    Dans un deuxième temps (chapitre 3), l’abbé Lucien applique les principes, discernés au chapitre 2, au cas de Vatican II : quels degrés d’autorité trouve-t-on dans ses enseignements ? L’auteur n’exclut pas la présence du degré maximum : des enseignements infaillibles, non pas parce que le concile Vatican II se serait exprimé selon la forme extraordinaire et solennelle, mais parce que, organe du magistère ordinaire universel, il est assisté infailliblement, si telle doctrine est proposée par le Concile directement et par soi, et si elle est présentée comme révélée, ou bien comme liée nécessairement à la révélation.

    Le second degré d’autorité est celui du « magistère simplement authentique et autoritaire ». Il concerne les cas où une doctrine est affirmée directement et par soi, sans que le lien nécessaire avec la révélation soit explicité. L’auteur en voit de nombreux cas dans Vatican II. Cet enseignement réclame une vraie adhésion de la part du croyant, car bien qu’il ne bénéficie pas d’une assistance infaillible, l’assistance y est cependant suffisante pour qu’il y ait une grande probabilité de vérité : la proposition enseignée ainsi est « probable », c’est-à-dire « digne d’être approuvée ». Elle n’exclut cependant pas absolument toute possibilité d’erreur. Néanmoins, affirme l’abbé Lucien, « ce magistère, non infaillible mais pourtant divinement assisté et par là enraciné dans l’infaillibilité, réclame a priori et de soi une vraie adhésion de tous les fidèles, ce qui exclut le dissentiment de principe, le rejet pour simple motif d’insuffisance argumentative ou même l’attentisme du doute ou la prétention de se poser en “instance critique” ».

    Enfin se présente le troisième degré, celui que l’auteur appelle « le magistère seulement pédagogique, non autoritaire ». À ce niveau, « de nombreux passages de Vatican II, sans doute la plus grande partie, se présentent, non comme enseignés directement et par soi, mais comme énoncés à titre d’introduction, d’explication, d’argumentation, de conséquence par rapport à ce qui est affirmé directement et par soi : en un mot, indirectement. C’est le cas de la plus grande partie de la déclaration Dignitatis humanæ ». « L’attitude demandée au fidèle n’est pas de soi l’adhésion, mais plutôt l’attention docile, répondant précisément au souci pédagogique du magistère. »

    Au cours de cette étude, l’abbé Lucien présente également des suggestions sur ce qui serait souhaitable en raison des controverses actuelles :
    • la reconnaissance officielle de l’existence du niveau pédagogique du magistère, de sa vaste présence à Vatican II, et de la légitimité d’une discussion respectueuse à ce niveau, où se situent la plupart des éléments déficients reprochés au Concile ;
    • la distinction entre l’accueil global de Vatican II comme un acte du magistère, avec la réception différenciée de chaque point (ce qui est requis) et une adhésion absolue à toute et chacune des propositions (ce qui ne saurait être exigé) ;
    • la clarification sur le fait que l’infaillibilité ne se restreint pas aux jugements solennels, et que Vatican II n’a pas exclu de parler infailliblement sur le mode du magistère ordinaire universel ;
    • pour ce qui apparaît comme des « innovations », la nécessité :
      • de conduire loyalement les deux approches, celle de la recherche du degré d’autorité (qualification doctrinale), et celle du contenu objectif ;
      • de distinguer l’ordre pratique, où les ruptures ne sont pas de soi impensables, et l’ordre doctrinal ;
      • et de souligner qu’il ne suffit pas que le fidèle ne voit pas la continuité pour suspendre une adhésion, proportionnée au degré d’autorité magistérielle du point concerné.
        Enfin, l’abbé Lucien souligne la nécessité d’un travail des théologiens sur les problèmes de continuité objective, posés par les quatre points les plus délicats (liberté religieuse, affirmation que l’unique Église du Christ « subsiste dans » l’Église catholique, œcuménisme, collégialité), et opportunité d’une intervention du magistère sur ces points. Cet exposé veut contribuer à dépasser le dialogue de sourds qui semble s’être installé, en prenant en compte, dans leur unité, les vérités essentielles qui préoccupent respectivement et à bon droit les uns et les autres. Puisse cette œuvre de pacification et de formation des esprits porter tous ses fruits dans les intelligences et les cœurs!

        La rédaction de Sedes Sapientiae

        On peut se procurer la version intégrale de cette étude, d’une longueur double que celle du texte ci-dessous, pour 10 € port compris, auprès de la : Société Saint-Thomas d’Aquin, F – 53340 Chémeré-le-Roi (chèques au nom de la Société Saint-Thomas d’Aquin).

        24 avril 2012

        [Abbé Laguérie, ibp] Depuis le Brésil

        SOURCE - Abbé Laguérie, ibp - 24 avril 2012

        Je suis depuis hier en ce beau et vaste Brésil. J’ai voyagé en compagnie de M. l’abbé Julien (Premier vicaire de Saint-Eloi) et notre diacre brésilien, Daniel Pinhero, nous a rejoint à l’aéroport de Rio. Il fait presque 30 degrés celsius, pour notre plus grande joie, en ce mois d’avril glacial en France.
         
        Nous sommes logés tous trois au grand séminaire de Nitteroi, Archevêché de 500 000 habitants, qui jouxte Rio. Deux prêtres, extrêmement sympathiques, s’y occupent de ... 90 séminaristes. Ils ne se plaignent pas, non plus que les séminaristes dont le cursus est de neuf années. Propédeutique, trois années de philo, une année de ministère et quatre de théologie... Les français et associés auraient quelques leçons à prendre. La messe traditionnelle est parfaitement admise et même ...convoitée ! Quel champ de mission... Surtout avec des évêques normaux qui préfèrent la prospérité au vide.
         
        Ce simple bonjour pour vous dire que je n’oublie pas notre chère vieille Europe, notre belle France, au bord du gouffre socialiste. Je pense bien à vous tous et vous demande d’accompagner ma mission de vos prières pour un franc succès. A Nitteroi, à Rio, à Brasilia...
         
        Quelle joie pour nous que la perspective de nos trois ordinations sacerdotales du 29 juin prochain, à saint-Eloi, et par un évêque brésilien de surcroît. Quand on voit partout le manque de prêtres. A quand 90 séminaristes à Courtalain comme à Ecône (120 même) dans les années de ma jeunesse ? Mais que font donc les jeunes européens que le monde entier croit encore chrétiens et continue d’admirer ?
         
        Tudobem !
         
        Dieu nous bénisse.

        [Paix Liturgique] La forme extraordinaire en Suède: un cas exemplaire

        SOURCE - Paix Liturgique, lettre n°332 - 24 avril 2012

        Depuis fin 2011, la Lettre de Paix liturgique compte une septième édition étrangère mensuelle : en suédois. Au regard du petit nombre de catholiques du pays, le coût de développement de cette édition peut sembler exagéré mais, en fait, la Suède est emblématique de la Nouvelle Évangélisation désirée par le Saint Père. Au pays de saint Éric, où le luthéranisme est religion d'État, le catholicisme retrouve peu à peu droit de cité après de longs siècles d'oppression. L’action de Mgr François Bacqué, archevêque français d’origine bordelaise, qui fut nonce apostolique en Scandinavie de 1985 à 1988, a par ailleurs donné une intéressante inflexion traditionnelle.

        I – ENTRETIEN AVEC L’ASSOCIATION À LA MÉMOIRE DU CARDINAL DANTE (les Amis suédois de l'Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre)

        Illustration des mutations en cours, depuis le Motu Proprio Summorum Pontificum la forme extraordinaire du rit romain a trouvé un terreau favorable dans le pays, quatre messes dominicales hebdomadaires y étant désormais célébrées. Pour découvrir ce catholicisme, nous avons interrogé David Modin et Jon Emil Kjölstad, dirigeants de l'Association à la Mémoire du cardinal Dante[1] – les amis suédois de l'Institut du Christ-Roi –, qui sont parmi les artisans du retour de la liturgie traditionnelle dans le pays.

        1) Vu de France, pays où la déchristianisation va bon train, on a le sentiment que le catholicisme se porte bien en Suède ? Est-ce vrai ? Quelle place occupe aujourd'hui la religion de sainte Brigitte dans le pays ?

        La situation est plus complexe qu'il n'y paraît. L'histoire, il en est fréquemment ainsi, nous fournit une clé précieuse. Pour la religion luthérienne d'État, le catholicisme, c'est l'ennemi de toujours. Depuis la Réforme, être Suédois est donc synonyme d'anticatholicisme, ce en quoi on peut comparer la Suède à l'Angleterre. Une certaine identité suédoise s'est donc construite en opposition à Rome. En 1870 encore, trois Suédoises furent condamnées à mort pour s'être converties au catholicisme, ce qui n'avait d'ailleurs pas manqué de choquer une Europe sensiblement moins... insulaire. On dut en fin de compte se contenter de les exiler, puis la législation fut adoucie. Néanmoins, il fallut attendre 1952 pour voir abrogée la loi interdisant les monastères, ce qui est tout de même significatif. Aujourd'hui, dans un relativisme ambiant et une Suède parfaitement sécularisée, la religion catholique gêne surtout du fait de son insistance sur le droit naturel.

        Mais revenons, si vous le voulez bien, à l'histoire. Ainsi donc, jusqu'à une date assez récente, le catholicisme était réputé incompatible avec l'identité suédoise. Assimilé, dans les esprits, à l'Europe méridionale, il pouvait en effet paraître exotique dans un pays désormais acquis à la Réforme et par ailleurs fortement homogène sur le plan ethnique depuis des millénaires. Progressivement, à partir de 1945, l'immigration et l'érosion du sens patriotique changèrent la donne, jusqu'à ébranler la notion d'identité suédoise elle-même. Il y eut d'abord, après la Guerre, l'arrivée de réfugiés polonais et hongrois, puis, un peu plus tard, celle d'une main d'œuvre italienne, toutefois sans que ceci ne changeât grand chose à la facture du pays.

        À la fin des années 1980, c'est surtout des Balkans que vint l'immigration. Elle a depuis fortement grossi en nombre et changé de caractère, devenant, ce qui ne s'était jamais vu en Scandinavie, extra-européenne, irakienne et africaine notamment. De ce fait, le discours suédois officiel s'est modifié, et on pourrait dire que l'Église catholique de Suède joue désormais la carte du multiculturalisme, profitant notamment de la sympathie d'une certaine élite pour l'islam. Aussi peut-on dire que l'Église catholique en Suède a aujourd'hui largement renoncé à être suédoise. Ce sont désormais les Polonais, les Orientaux et les Africains qui, de plus en plus, constituent, pour ainsi dire, le gros des troupes.

        Parlons donc de ces troupes. Sur une population de près de 9 000 000 d'habitants, on estime à 160 000 le nombre des catholiques. Il n'y a pas de recensement religieux officiel, aussi faut-il se satisfaire d'estimations. Les catholiques inscrits en paroisse sont nettement moins nombreux, de l'ordre de 90 000 âmes. Les vocations sont rares.

        Ainsi, après 50 ans d'aumônerie polonaise et malgré le grand nombre de Polonais vivant en Suède, on ne compte quasiment pas de vocations polonaises issues de ces milieux polonais établis en Suède. L'apport de jeunes prêtres polonais, nés et formés en Pologne, continue donc à ce jour. Les vocations suédoises sont également rares. Les conversions, quant à elles, se limitent à une centaine par année, chiffre assez peu impressionnant. Il existe, par ailleurs, un certain nombre de convertis suédois de date moins récente, parmi lesquels les universitaires ne manquent pas, mais ils sont souvent restés proches de l'héritage luthérien (ce qui pourrait expliquer certaines réticences envers la messe dite tridentine). Ils ne se démarquent du reste pas vraiment, lors des débats de société, de l'idéologie dominante propagée par les grands médias. La lutte contre le relativisme et contre la culture de mort que condamnait Jean-Paul II reste donc discrète.

        2) Précisément : jusqu'à la nomination en 1998 de Mgr Arborelius comme évêque de Stockholm - donc de Suède puisque c'est le seul diocèse du pays -, aucun Suédois n'avait occupé ce siège depuis sa création en 1953. Cette succession de prélats étrangers, associée au fait que plus d'un prêtre sur trois et de très nombreux fidèles sont d'origine polonaise, a fait que beaucoup de Suédois considéraient le catholicisme comme une religion étrangère. Est-ce encore le cas ? Qu'en est-il des vocations dans le pays ?

        Il est vrai que, depuis la Réforme, il n'y avait plus eu d'évêque catholique suédois. Toutefois, dès le XIXe siècle, Rome nomma des Vicaires apostoliques allemands. Or, à l'époque, et ce jusqu'à assez récemment, les Suédois se sentaient très proches de l'Allemagne du nord. Du reste, ces prélats allemands envoyés dans notre pays firent beaucoup pour que le catholicisme de Suède fût pleinement suédois.

        Ainsi tenta-t-on de renouer avec l'héritage suédois d'avant la Réforme. Le clergé, souvent allemand et jésuite, étudiait la culture et la mentalité suédoises, se les appropriait. On vit même un certain nombre de Suédois illustres, parmi lesquels des gens de lettres, se convertir. À vrai dire, si, le catholicisme était alors considéré comme un fait étranger, les raisons en étaient idéologiques plus qu'autre chose. Le catholicisme suédois des années 1920 ou 1950 se voulait suédois. Aujourd'hui, il se veut multiculturel. Quelque chose a changé.

        3) Il y a quelques années, la conversion d'un pasteur luthérien suédois et son entrée dans la Fraternité saint Pie X avait attiré l'attention des médias : quel est l'état du protestantisme suédois ? On sait qu’en Allemagne notamment, au sein du luthéranisme, un mouvement qui n’est pas sans rappeler le Mouvement d’Oxford au siècle dernier dans l’anglicanisme, et qui a des analogies avec le Mouvement liturgique catholique, s’est amplifié dans les années trente en s’appuyant sur les travaux de Solesmes et en redécouvrant la liturgie latine et le chant grégorien. Il a des prolongements aujourd’hui comme le Liturgischer Singkreis Jena en Thuringe. Le luthéranisme suédois est-il lui aussi traversé, comme l'anglicanisme ou comme le luthéranisme allemand, par un courant de type “ Haute Église ”, attentif à ce qui se passe à Rome, notamment en matière de retour à une liturgie plus digne et christocentrée ?

        Le protestantisme luthérien d'État est moribond. Cette évolution s'est nettement accélérée ces dernières années avec l'alignement de l'église d'État sur les conceptions morales les plus désordonnées. Ainsi compte-t-on aujourd'hui des évêques ouvertement homosexuels défendant le " droit " à l'avortement comme une évidence. Les fidèles sont âgés, voire fort âgés ; le clergé influent se préoccupe bien davantage d'idéologie du genre que de théologie ou de vie intérieure. Il n'y a d'ailleurs pas de lien véritable entre les fidèles, pour la majorité de tendance plus ou moins classique, et un clergé – souvent féminin – de plus en plus " radical ". Les pasteurs plus classiques n'ont plus voix au chapitre. L'église luthérienne ne tient plus que grâce à une économie encore très solide du fait de l'impôt prélevé directement par l'état. Combien de temps ce système sera-t-il encore viable ? Nul ne le sait.

        Il existe bien une Haute Église, ainsi que d'autres tendances (plus luthériennes) opposées aux modernisme et relativisme ambiants, mais elles sont désormais structurellement et irrémédiablement marginalisées. Le pragmatisme suédois ne leur a manifestement pas réussi. Ils ont attendu infiniment trop longtemps pour réagir ; il est maintenant trop tard. Pour le reste, le climat intellectuel suédois étant très insulaire, ce qui se fait à Rome n'a quasiment aucune incidence sur la Haute Église, au sein de laquelle on se contente en général de lire Signum, le magazine des jésuites suédois (issus de la province allemande), pour s'informer de " la chose catholique ". Or, ce magazine n'a jamais ne serait-ce que mentionné le sujet auquel vous touchez. Pour terminer, il faut signaler la présence, sur le sol suédois, d'un certain pentecôtisme d'extraction américaine.

        4) Depuis décembre, la Suède compte quatre messes dominicales hebdomadaires selon la forme extraordinaire dans un cadre diocésain. On dénombre en tout neuf lieux de messe traditionnelle dans le pays, dont six diocésains et trois relevant de la FSSPX : quelle était la situation avant le Motu Proprio Summorum Pontificum ?

        Avant le Motu Proprio, il n'y avait tout simplement pas de messe dominicale dans le rit grégorien, hormis celle, mensuelle, de la Fraternité Saint-Pie X. L’Institut du Christ-Roi effectuait des séjours réguliers en semaine. Un dialogue avec l'évêque était engagé. C'est tout.

        5) L'association à la mémoire du cardinal Dante, que vous représentez, fédère les amis suédois de l'Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre qui dispose désormais d'un apostolat permanent dans le pays. Pouvez-vous nous présenter la mission et l'action de votre association ? Et pourquoi avoir choisi de vous placer sous la protection du cérémoniaire de Pie XII ?

        Au début de l'été 2000, un petit groupe de catholiques suédois se rendit à Gricigliano, le séminaire de l'Institut du Christ-Roi, pour l'ordination d'un prêtre ami. Ils y rencontrèrent le regretté Michael Davies qui, au détour d'une conversation du reste passionnante, leur demanda pourquoi il n'y aurait pas une association suédoise plus ou moins apparentée à Una Voce. Une fois plantée, l’idée germa. Divers mariages et baptêmes furent autant d'occasions d'inviter des prêtres de l'Institut à venir en Suède. Le lien était désormais établi. En outre, Mgr Arborelius venait d'être sacré évêque, et nous vîmes rapidement que nous pouvions compter sur une certaine bienveillance paternelle de sa part. De ce côté-là aussi, la Providence nous souriait. Dans un accès d'enthousiasme juvénile, il fut alors décidé de tenter l'impossible et d'œuvrer à un établissement de l'Institut en Suède. À l'époque, cela paraissait insensé. Plus de sept ans plus tard, l'impossible s'est réalisé. La Providence se sert parfois de la folie des jeunes gens.

        Dans un pays profondément influencé par la Réforme, il nous semblait que les questions de nature et de grâce ne pouvaient être que centrales (on connaît les erreurs de Luther et Calvin sur ce point). Ceci est vrai aussi de notre époque, où la nature est soit méconnue, soit déformée, et la grâce systématiquement niée. L'équilibre catholique, en ce domaine, est absolument admirable, mais est-il suffisamment connu ? L'est-il seulement des catholiques eux-mêmes ? Nous souhaitions donc planter notre engagement au profit de la liturgie traditionnelle dans un cadre plus vaste, dans une réflexion sur la relation entre nature et grâce, culture et culte, civilisation et religion. L'accent mis par l'Institut sur ces questions nous convenait parfaitement.

        En tout ceci, nous avons voulu que l'amour et le soin de la liturgie nous guidassent. Le manque de piété et d'adoration, Jean Madiran ne cesse de le répéter, est à la racine du mal moderne. Or, la liturgie est l'école de la piété, tant naturelle que surnaturelle. D'où l'importance que nous attachons à une liturgie soignée, ainsi qu'au chant grégorien. Ainsi, les messes de l'Institut en Suède sont-elles intégralement chantées, chaque dimanche, aussi bien à Stockholm qu'à Lund. Du fait de la régularité de nos activités, et suite au dialogue fructueux entretenu depuis plusieurs années avec l'évêché, Mgr Arborelius nous confie certaines missions, telle la diffusion des informations relatives aux célébrations liturgiques selon l’usus antiquior. Notre site Internet connaît un certain succès. Nous avons aussi traduit le texte du Motu Proprio Summorum Pontificum en suédois. Également, nous avons publié le premier missel suédo-latin depuis les années 1960 : Missale Parvum.

        Le choix du cardinal Dante n'a rien d'insolite. Il suffit de consulter les photographies romaines des années préconciliaires et même conciliaires pour être attiré par cette figure qui, malgré sa discrétion, se démarque : Enrico Dante vivait, dans la fidélité et la simplicité, une conception riche, complexe et enracinée de la liturgie romaine. Il sut aussi incarner un idéal sacerdotal et humain retenant le meilleur de notre héritage catholique et européen. (Comment ne pas penser, aujourd'hui, à l'abbé Quoëx, prématurément rappelé à Dieu ?) Il n'est certes pas assez connu, mais ce n'est pas vraiment un argument. Signalons, par ailleurs, que notre petite association a voulu se placer sous la protection de sainte Brigitte et de saint Éric, roi suédois qui souffrit le martyr le 18 mai 1160.

        6) Quel est l'accueil réservé à la liturgie traditionnelle en Suède ?

        Il est sans doute trop tôt pour se prononcer avec trop d'assurance. Les Suédois ne sont pas un peuple impulsif. Il est certain que le sujet reste encore trop peu connu, voire méconnu, même du clergé. Rappelons-le : ce qui se passe à Rome est mal relayé auprès des catholiques de Suède. C'est aussi une question de génération. Car parmi ceux qui montrent un attrait plus prononcé, il y a beaucoup de jeunes. Internet y est assurément pour quelque chose. Encore faut-il que ces jeunes connaissent un peu leur foi, ce qui ne va plus de soi. Heureusement, il y a également des conversions, notamment de luthériens ou de non croyants que la liturgie de Paul VI ou une certaine herméneutique de la rupture tenaient éloignés de l'Église. Quelques prêtres diocésains participent de cette évolution favorable à la liturgie traditionnelle. La présence de l'Institut du Christ-Roi devrait également y contribuer, mais il est encore trop tôt pour en juger.

        7) Enfin, quels sont vos projets ou vos espérances pour l'année à venir ?

        Nous espérons contribuer à la diversification des activités de l'Institut en Suède, et voir affermir sa présence. Nous continuerons bien entendu d'œuvrer en faveur du chant grégorien. Nous souhaitons aussi organiser des conférences, et à cet effet inviter des prêtres, religieux et penseurs issus ou proches de la mouvance traditionnelle en Europe. Imaginez ce que pourrait apporter, à un monde suédois par trop insulaire et matérialiste, la visite d'un R.P. Lang de l'Oratoire, d'un abbé Barthe ou d'un Martin Mosebach ! Nous lançons aussi, pour la première fois cette année, un pèlerinage de l'Ascension à Vadstena, ville de sainte Brigitte. En 2013, si Dieu veut, nous accueillerons des pèlerins venus d'Italie, de France, d'Allemagne, d'Angleterre et de Pologne.

        LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

        1 – Le cas de la Suède donne une belle raison d'espérer à tous ceux qui, à travers le monde, sont attachés à la forme extraordinaire et partisans de la paix liturgique. C'est quasiment un cas d'école pour l'application du Motu Proprio Summorum Pontificum en terrain hostile. L'exposé historique et culturel de l'Association à la mémoire du cardinal Dante est particulièrement éclairant sur ce point : dans un contexte d'une difficulté rare, une poignée de catholiques déterminés a eu raison d'espérer contre toute logique humaine et de se battre pour obtenir l'impensable. Quelle belle leçon de militantisme pour tous ceux qui, découragés par les oppositions cléricales, ont fini par renoncer et abandonner leur demande ! Si le développement de la messe traditionnelle est possible en Suède, c'est qu'il l'est partout dans le monde. Encore faut-il le vouloir vraiment. L'exemple de cette poignée de catholiques décidés devrait également faire réfléchir sur l'attitude qui consiste à se satisfaire de la célébration de la messe traditionnelle dans des réserves d’Indiens, dans des ghettos, fussent-ils dorés. La messe traditionnelle doit retrouver droit de cité dans toutes les paroisses.

        2 – Le constat d'une Église d'État qui se laisse mourir, accueillant largement les pires théories que la loi naturelle condamne, ouvre la voix à une pratique religieuse identitaire dont la forme exprime clairement le fond. Quand on lit les écrits du cardinal Ratzinger et les considérations de Benoît XVI concernant le Motu Proprio qu’il a signé, il n’est pas exagéré de dire que, selon lui, la liturgie traditionnelle est une référence liturgique décisive. Le décalage entre le clergé sécularisé et vieillissant d'une part et la jeunesse séduite par le Motu Proprio est particulièrement rassurant pour l'avenir. Il n'est pas sans nous faire penser à ce que l'on peut voir dans certains diocèses de France, véritables parcs d'attraction préhistoriques qui en sont restés à l'âge de l'interdiction pratique de la messe traditionnelle ou de son développement.

        3 – Même si le Motu Proprio Summorum Pontificum s'adresse avant tout aux curés, l'évêque reste le modérateur de son diocèse. Nous, Français, le savons fort bien… et l'exemple suédois nous montre précisément combien un évêque accueillant peut être facteur de paix pour son diocèse en facilitant l'accueil de la forme extraordinaire. Cela pose la question brûlante des nominations épiscopales : la restauration de Benoît XVI a besoin d'évêques Summorum Pontificum.

        4 – Enfin, l'exemple de la Suède prouve une fois encore que l'attachement à la forme extraordinaire du rit romain n’est ni une question franco française ni le monopole des fidèles qui ont fait le choix de suivre le mouvement de Mgr Lefebvre. La liturgie traditionnelle est la richesse de toute l'Église, de chacun des fidèles et des prêtres du monde entier. Même là où elle a été absente pendant des décennies, des fidèles qui ne l'avaient pourtant jamais connue, la découvrant, se mettent à aimer cette forme liturgique et désirent dès lors s'y sanctifier. Belle réponse a ceux qui voient dans l'application du Motu Proprio un retour en arrière. Où est le retour en arrière pour tous ces fidèles à qui l'on avait caché ce trésor et qui le découvrent seulement maintenant grâce à la détermination de quelques-uns et à la bienveillance et à la justice de Benoit XVI ? Voici également un démenti envers ceux qui tentent de limiter le nombre des catholiques attachés à la forme extraordinaire à ceux qui la pratiquent déjà dans les lieux de culte dédiés à cette forme. Avec un tel raisonnement on pouvait conclure hier que la messe traditionnelle n'intéressait personne en Suède puisqu'elle n'était pas ou quasiment pas célébrée. Pourtant, dès que l'expérience est devenue possible, des fidèles qui n'avaient jamais rien demandé voire qui ignoraient tout de cette liturgie se sont mis à la pratiquer. Simplement grâce à la détermination d'une poignée de catholiques courageux. Ce qui se passe en Suède vérifie une fois de plus la grande tendance révélée par les sondages de Paix liturgique : une quantité significative de fidèles aime et veut la messe traditionnelle. Encore faut il que leurs pasteurs leur en offrent la possibilité.

        [1] Le cardinal Enrico Dante est une figure mythique pour les liturgistes de la forme extraordinaire, figure étroitement liée à celle de Pie XII. Préfet des cérémonies pontificales de 1947 jusqu'à sa mort en 1967, il fut en fait très apprécié de Jean XXIII qui, beaucoup plus que son prédécesseur, goûtait le faste et la longueur des cérémonies papales.

        [Abbé Régis de Cacqueray, fsspx - Pélerinages de Tradition] Tous à Orléans !

        SOURCE - Abbé Régis de Cacqueray, fsspx - Pèlerinages de Tradition - avril 2012
        Tous à Orléans! «J'eus cette volonté de croire.» Ste Jeanne d'Arc.
        En ce sixième centenaire de la naissance de sainte Jeanne d’Arc, notre pèlerinage de la Pentecôte 2012 s’achèvera à Orléans. C’est à la nouvelle de l’arrivée de notre sainte que l’espoir revint dans la courageuse cité : la plus glorieuses de toutes les chevauchées de notre histoire était venue prendre là son point de départ. L’annonce de la  délivrance de la ville, répandue comme une traînée de poudre jusqu’aux quatre coins du beau royaume, suffit à raviver une incroyable espérance dans les cœurs ; et c’est après avoir libéré Orléans que Jeanne s’en fut, galopant de victoire en victoire, jusqu’à cette apothéose du sacre de Charles VII à Reims.
         
        Notre choix de la plus johannique de toutes les cités de France, comme lieu d’aboutissement de notre pèlerinage, provient de notre grand désir intérieur d’encourager tous les cœurs encore catholiques à tourner leurs yeux vers notre sainte nationale, honneur de notre peuple. Comme les habitants d’Orléans, nous plaçons toute notre espérance catholique et française en sainte Jeanne d’Arc. C’est d’elle, nous en sommes profondément convaincus, que nous devons attendre, encore aujourd’hui, la délivrance de tous les maux dont la France et l’Eglise se trouvent accablées. N’attendons plus pour lui donner toute notre confiance !
         
        Car Jeanne, qui se tient si glorieuse dans l’éternité en présence de Dieu, n’a jamais cessé de penser à notre pays dont elle est la patronne secondaire. Elle prie, sans se lasser, pour que des enfants de cette France du vingt-et-unième siècle, se rappelant enfin sa fulgurante épopée qui domine leur histoire et soudain bouleversés par le souvenir et l’image de cette auguste cavalière, se jettent à ses pieds pour la prier, pour la supplier de les éclairer, de les fortifier et de les diriger dans ces redoutables combats qu’ils doivent mener à leur tour pour la défense de leur  sol et de leur Foi. 
         
        Nous croyons qu’il ne nous manque aujourd’hui que ce grand élan de prières, ce regain de la foi et ce renouveau de nos âmes pour que tout redevienne possible. Ce n’est pas d’être peu nombreux à être demeurés dans la foi de nos pères qui doit nous faire douter des délivrances et des victoires. Si une Jeanne, toute seule, a su faire basculer le cours des événements de notre pays, comment pourrions-nous un instant douter que tout est encore aujourd’hui possible pour l’Eglise et pour notre pays ?
         
        Courage ! Que par sainte Jeanne, Dieu nous accorde cette nouvelle jeunesse de la Foi, à rebours de tous nos désespoirs et de toutes nos médiocrités. N’avons-nous pas compris ? Jeanne peut tout ; elle attend avec impatience que nous nous rangions derrière elle ! A nous de la rejoindre enfin !
         
        Voilà pourquoi nous nous rendrons tous en pèlerinage à Orléans ! Oui, nous avons péché, Seigneur et nous rougissons de notre incrédulité, mais nous venons vous demander pardon et nous vous supplions d’écouter notre prière, de nous faire miséricorde. Ecoutez les gémissements qui montent du fond de notre cœur ! Placez notre Jeanne à la tête des combats que nous voulons mener pour Vous seul, qui nous permettrez ainsi de transmettre encore la Foi et la terre  que vous nous avez données à nos enfants. 
         
        A vous tous, rendez-vous donc à Orléans ! Nous nous y retrouverons pour y hâter de nos prières et de nos sacrifices la nouvelle aurore, la belle espérance catholique et johannique qui n’attendait en réalité que cette ferme résolution pour poindre au levant. 
         
        Bien à vous dans le Cœur Douloureux et Immaculé de Marie,
        Abbé Régis de Cacqueray, Supérieur du District de France

        23 avril 2012

        [Natalia Trouiller - La Vie] Les coups de barre à droite du Vatican inquiètent

        SOURCE - Natalia Trouiller - La Vie - 23 avril 2012

        Dans la communauté juive comme chez les catholiques progressistes, les oeillades de Rome à la FSSPX et les recadrages en série de prêtres et de religieuses jugés trop modernistes interrogent.
        FSSPX: LE DIALOGUE JUDEO-CHRETIEN EN QUESTION
        La question est posée dans le titre de cet article du journaliste italien Giulio Meotti, publié par le journal ynetnews: : "Le Vatican adopte-t-il l'antisémitisme?" Selon l'auteur, une réconciliation entre la Fraternité sacerdotale Saint Pie X remettrait au goût du jour, au sein même de l'Eglise catholique, "les enseignements adversus judaeos". Et de déplorer que bien des membres du mouvement lefebvriste tiennent en réalité des propos "pires que les déclarations délirantes de Mgr Williamson niant la Shoah". Pour exemple, Giulio Meotti cite des extraits du site américain de la FSSPX: "les juifs ennemis de l'homme, dont l'arme secrète est le levain des pharisiens, qui est hypocrisie"; du site belge: "les juifs qui croient encore qu'ils sont le peuple élu, tout en attendant une domination mondiale"; du site sud-africain, pour qui "les juifs se rapprochent de plus en plus de la réalisation de leur mouvement de substitution messianique vers la domination du monde". Si le rapprochement des lefebvristes avec Rome se confirme, conclut Meotti, les responsables juifs du dialogue avec l'Eglise catholique devraient rompre immédiatement les relations avec le Vatican.

        Pour sa part, le magazine America, dirigé par les Jésuites et de tendance libérale, s'est étonné de ce rapprochement dans un éditorial au ton amer qui compare le sort réservé à la LCWR (voir la matinale chrétienne du 19 avril): "Il semble que ce groupe, qui considère les documents de Vatican II comme hérétiques, qui a un faible pour les négationnistes et les apologistes de Vichy, demeure en quelque sorte digne des transports ardents de Rome. Et les religieuses américaines, qui ont embrassé le Concile Vatican II et sont restées fidèles à son esprit, qui ont construit des écoles et des hôpitaux où elles se mettaient au service des pauvres, vont être récompensées de leurs efforts par des années de "supervision" de la part de Rome".

        Selon le site du district allemand de la Fraternité Saint Pie X, la réponse du pape pourrait intervenir à la mi-mai.

        [...].

        [Ennemond - Fecit] "Vouloir enfermer Mgr Lefebvre dans des cases...: une vraie erreur"

        SOURCE - Ennemond - Fecit - 23 avril 2012

        Vouloir enfermer Mgr Lefebvre dans des cases, dans des phases, me paraît constituer une vraie erreur. C'est celle dans laquelle sont tombés ceux qui ont quitté le fondateur de la Fraternité en 1988. Ils ont absolument voulu opposer un Mgr Lefebvre fidèle à Rome d'avant 1988 et un Mgr Lefebvre dérivant vers le schisme d'après 1988. Cette vision est profondément erronée. Dans cette période que vous décrivez, il arrive à Mgr Lefebvre d'avoir quelques doutes sur la papauté. Il lui arrive d'être au bord de signer et il lui arrive aussi de dire qu'aucun arrangement n'est possible avec une Rome dont les responsables apostasient, le tout avant le mois de mai 1988.

        Votre segmentation est d'abord erronée parce que l'été 1980 ne correspond pas à grand chose dans l'histoire de la Fraternité. Il y a des pourparlers qui sont prometteurs, certes, du fait du début du pontificat de Jean-Paul II, climat prometteur qui revient en plusieurs occasions, comme à l'automne 1978, à l'automne 1987 ou au printemps 1988. Mais, en parallèle Mgr Lefebvre n'a pas attendu 1988 pour braver les foudres de Rome. Dès 1976, on parle d'excommunication. Et encore plus en 1977. Tous les médias annoncent l'excommunication imminente après les ordinations du 29 juin de cette année et finalement, Paul VI créé la surprise en s'abstenant.

        Mgr Lefebvre fait au contraire cohabiter durant toute cette période les initiatives auprès de Rome et les opérations de sauvetage. Ce sauvetage, c'est bien sûr les sacres mais ce sont aussi les ordinations annuelles, l'ouverture interdite de séminaires, les confirmations sans permission de l'ordinaire diocésain. Bien avant 1988, Mgr Lefebvre avait franchi le Rubicon et cela ne l'empêchait pas de garder un certain optimisme quant à la régularisation de son oeuvre. Vous devriez interroger les prêtres qui vivaient au quotidien avec lui. Ils vous diront que, au regard de la situation, des évènements, Mgr Lefebvre pouvait changer d'attitude d'une semaine sur l'autre. On l'a même accusé de son vivant de souffler le chaud et le froid, critique qui fut décerné à ses successeurs.

        Bien sûr, la dernière phase de pourparlers de Mgr Lefebvre avec le Siège apostolique date de mai 1988. Il faut bien se mettre dans l'esprit de Mgr Lefebvre pour le comprendre. Il ne s'agit pas du tout de constater que Rome aurait davantage sombré. Selon lui, sa course sur terre est quasiment terminée et il incombe désormais à ses successeurs de réaliser l'arrangement. Dans le sermon des sacres, il parle "d'opération survie". Il a conscience de réaliser une cérémonie in extremis. Dans sa lettre où il demande aux quatre futurs prélats de recevoir l'épiscopat, il leur dit bien que ce sont eux qui remettront leur mandat, non lui qui est proche de la mort. Sans doute n'a-t-il pas imaginé qu'il demeurerait encore 32 mois sur terre après les sacres, au cours desquels il indique que sa mort arrivera sans tarder.

        Mais il aurait été contradictoire de réaliser une régularisation avec Rome quand on vient de procéder à une opération in extremis. Après les sacres, il parle de nombreuses fois du moment où ses successeurs devront procéder à un arrangement. Parfois il dit attendre la disparition du dicastère chargé du dialogue interreligieux (1989). La même année, il n'en parle plus. Il dit vouloir que les papes se réapproprient les encycliques antilibérales. Dans le sermon des sacres, il parle du moment où "la Tradition aura retrouvé ses droits à Rome". Mgr Lefebvre est un pragmatique. Vous ne pourrez le dissocier des situations qu'il observe. La seule exigence qu'il ait laissée, c'est pour les évêques la fidélité au supérieur général et aux prêtres la fidélité à l'oeuvre qu'il a fondée en les invitant à ne pas laisser l'émotion les gagner trop vite dans les situations un peu chaudes.

        [Côme de Prévigny - Rorate Caeli] Benoît XVI : la dernière étape

        Côme de Prévigny - Rorate Caeli - Version française d'un texte paru sur rorate-caeli.blogspot.fr - 23 avril 2012

        S’il y a bien un sujet qui obnubile ce pontificat entamé il y a sept ans, c’est celui de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX). Dès son avènement, Benoît XVI en a rencontré dans sa résidence d’été de Castel Gandolfo, le supérieur Mgr Bernard Fellay. C’était le 29 août 2005. A l’époque, deux communiqués, l’un de Rome, l’autre de Menzingen, indiquaient à l’unisson qu’il était convenu de « procéder par étapes » dans la résolution des problèmes. Et les textes les plus longuement préparés, les plus âprement discutés et les plus vigoureusement contestés de ce règne furent ceux qui constituaient ces fameuses étapes : Le Motu Proprio libérant la messe traditionnelle puis la levée des excommunications des évêques consacrés par Mgr Lefebvre. Contre vents et marées, le 264e successeur de Pierre a un rendez-vous avec l’histoire. Il souhaite régler un héritage vieux d’un demi-siècle, celui qui l’a sans doute conduit à rompre avec les prénoms Jean ou Paul pour renouer avec les Pie et les Léon, les Grégoire et les Clément, les Innocent et les Benoît. Plusieurs journalistes l’ont remarqué. Cette obnubilation repose d’abord sur un cas de conscience personnel. Le 5 mai 1988, après de nombreuses rencontres avec Mgr Lefebvre, qui ont jadis conduit le fondateur de la FSSPX dans le bureau de Paul VI puis dans celui de Jean-Paul II, le cardinal Joseph Ratzinger parvint à un accord historique. Le prélat d’Écône signa un protocole régularisant l’œuvre qu’il avait fondée dix-huit ans auparavant. La confiance restait fragile car celui-ci demeurait aux aguets devant une curie qui continuait à organiser inlassablement des rencontres interreligieuses et à interdire de par le monde la célébration de la messe traditionnelle. Quelques mots d’un cardinal suffirent à tout faire échouer. Ce cardinal, c’était… Joseph Ratzinger. La veille, le préfet allemand avait glissé dans l’oreille de son aîné la bien mauvaise idée de faire célébrer quelque messe en français à Saint-Nicolas du Chardonnet. Puis, faute de soutien, il avait été incapable de lui faire obtenir une date précise et définitive pour le sacre de l’évêque concédé. D’abord prévue pour la fin juin, la cérémonie été reléguée à l’Assomption, puis à la rentrée, puis à Noël. La confiance s’effritait. Alors qu’ils se quittaient, le cardinal tendit à Mgr Lefebvre un modèle de lettre pour demander pardon au pape. C’était le coup de trop. Le lendemain, 6 mai 1988, alors que la curie s’apprêtait à convoquer les journalistes pour annoncer la nouvelle tant attendue, un jeune prêtre venu d’Albano présenta à Mgr Joseph Clemens une lettre qu’il referma aussitôt tant son émotion était vive. Le prélat bavarois fut sans doute le seul témoin du désarroi de son compatriote de cardinal lorsqu’il lui remit le pli par lequel Mgr Lefebvre revenait sur sa signature. Pendant des années, le cardinal a vécu avec ce poids, poids dont il a encore fait part à un évêque du centre de l’Europe juste avant de monter sur le trône de Pierre.

        Vingt-quatre ans plus tard, le cardinal est parvenu à la tête de l’Église. Les choses vont mal, très mal. Tout ce qui pouvait un quart de siècle plus tôt laisser penser que la restauration traditionaliste serait démentie a échoué. Le néo-conservatisme wojtilien s’est essoufflé. Le charismatisme n’a pas renversé la tendance. Dans les pays de vieille chrétienté, les églises sont vides, les clochers croulent, les séminaires ferment et les revues dites catholiques survivent. Reste le cas de conscience du pape, cas auquel il se préoccupe quelques mois après son élection tandis que l’un de ses collaborateurs devenu cardinal affirme que la Fraternité est devenue « un aiguillon pour l’Église ». Mais les années passant, les abcès de la période post-conciliaire se crèvent, comme autant de mauvais fruits que le pontife romain ne peut que soustraire de peur qu’ils ne contaminent le troupeau tout entier. En Autriche et dans quelques contrées européennes, les prêtres entrent en révolte. Aux États-Unis, les religieuses se liguent contre Rome, le tout au nom du Concile. La presse hostile ne désarme plus pour amplifier les faux pas d’un clergé qui a tellement épousé le monde qu’il a, en certains cas, embrassé ses vices moraux. L’autorité de l’Église est elle-même malmenée. Au son des bruits annonçant chaque mois la disparition du pape, certains dicastères paraissent agir en roue libre. On ne parle même plus des diocèses qui ne professent plus la foi romaine. Il reste pourtant une arme de choc à Benoît XVI, ce fameux cas qui le préoccupe, celui de la Fraternité. Chaque pas qui l’a rapproché d’elle a marqué dans le même temps le regain de haine de ces opposants et la victoire sur eux. Le pape Ratzinger témoignait aux évêques le 10 mars 2009 : « Si quelqu’un ose se rapprocher [de la FSSPX] – dans le cas présent le Pape – il perd lui aussi le droit à la tolérance et peut lui aussi être traité avec haine sans crainte ni réserve. » Dans ces propos du pape se mesurant au au monde, n’est-ce pas là un lointain écho à cet appel qu’il lançait, au seuil de son pontificat, à prier pour qu’il ne cède pas devant les loups ?

        A vrai dire, il n’y a plus d’autre choix. Au printemps 2012, la détermination de Benoît XVI semble être telle que la FSSPX n’aura peut-être même pas la possibilité de choisir. Le statut va lui tomber dessus, de gré ou de force. Le pape désire sa régularisation de manière résolue, qu’elle accepte le Concile ou non, qu’elle continue à rejeter la nouvelle messe ou pas. Sans doute ne partage-t-il pas la pensée de Marcel Lefebvre et de ses disciples, selon laquelle la liberté religieuse porte un coup fatal à l’esprit missionnaire. Néanmoins, il a pris le risque d’ouvrir des discussions doctrinales qui, partout dans l’Église, ont ouvert les vannes de la remise en cause des principes litigieux de Vatican II. Le pape est-il si sûr de lui ? En régularisant la Fraternité, alors même que les discussions doctrinales ont échoué, il laisse tout de même entendre qu’on peut être d’Église et ne pas épouser les idées du dernier concile, paraissant du coup optionnel comme la nouvelle messe l’est depuis cinq ans. Ce qui est certain, et ce cas de conscience le rappelle, c’est que le Souverain Pontife pense, devant Dieu, qu’on ne peut récuser à l’œuvre de Mgr Lefebvre le titre de catholique. Ce seul souci l’anime.

        La route n’est pas terminée. Rappelons-nous qu’en 1988, la régularisation avait échoué sur des problèmes d’ordre canonique entamant ainsi la confiance réciproque. Et tout laisse penser que Mgr Fellay est plus que jamais résolu à maintenir les principes que revendiquait jadis Mgr Lefebvre. Seulement le contexte est différent. Il y a un quart de siècle, la détermination papale n’était pas résolue à ce point. De plus, la clémence a cédé le pas à l’insistance. Et, désormais, le pontife romain cherche plus que jamais à établir une digue contre les fruits du mariage entre l’Église et le monde que nous ne nous lassons pas à qualifier du nom de conciliaire.

        22 avril 2012

        [Isabelle de Gaulmyn - La Croix] Faut-il avoir peur du retour des intégristes ?

        SOURCE - Isabelle de Gaulmyn - La Croix - 22 avril 2012

        Les responsables de la Fraternité sacerdotale saint-Pie-X pourraient rentrer dans l’Eglise catholique. Faut-il s’en réjouir comme le prétendent certains? Ou bien au contraire, s’en effrayer? Curieusement, la question divise les catholiques, une fois de plus, de manière générationnelle…. Les plus âgés se désolent car ils y voient la légitimation d’une Eglise qu’ils ont toujours repoussée : une communauté qui s’est fait remarquer par sa violence, son intolérance, arque boutée sur la hiérarchie, fermée, une Eglise que l’on croyait révolue. Les plus jeunes n’ont pas ces craintes. D’abord parce qu’ils n’ont pas la même mémoire. Là aussi, il y a eu rupture de transmission : l’Eglise en soutane, celle des confessionnaux sévères, de la culpabilité, de l’antisémitisme parfois, de la suffisance souvent, ne leur évoque rien. Ce n’est pas leur passé. Au contraire des plus âgés.
        L’Eglise de toujours
        Ensuite, les plus jeunes ont cette forme de souplesse (tolérance ?) assez radicale qui est la marque de leur génération : il n’y a pas une manière  bien et une qui ne le serait pas d’être dans le monde. A chacun, dans ce monde qui n’offre aucun repère stable, où l’on serait bien en mal de trouver des certitudes, de se construire son système de valeurs. Celui des intégristes est de ce point de vue furieusement moderne. Il suffit de lire leur rhétorique: l’appel à la « messe de toujours », à « l’Eglise de toujours », ne correspond à rien d’historique, si ce n’est un « toujours » reconstruit, une « assurance tout risque », une « identité refuge» pour un monde que l’on ne comprend plus. La réponse intégriste est ainsi, pour les jeunes générations catholiques, une forme de manifestation identitaire, certes exacerbée, caricaturale, excessive, et dont ils ne partagent pas tous les combats, mais dans laquelle ils se retrouvent partiellement, et qu’ils sont près à tolérer dans l’Eglise. D’où une forme de porosité, chez les jeunes catholiques, non pas aux idées, mais à certaines attitudes et comportements, des membres de la Fraternité.

        Au fond, le retour programmé des intégristes dans l’Eglise appuie là où cela fait mal dans l’Eglise de France. Il touche à ce fameux « rapport » au monde que les générations conciliaires ont cru régler, sans doute naïvement, une fois pour toute, en « ouvrant les fenêtres de l’Eglise au monde » pour reprendre l’expression de Jean XXIII. Mais le monde de 2012 n’a plus grand-chose à voir avec celui de 1962. L’histoire ne s’est pas plus arrêtée dans les années 70 qu’elle ne s’est, comme le prétendent les intégristes, arrêtée en 1962 avec leur fameux « de toujours ». Ce Concile « extraordinairement ouvert au monde »,  pour reprendre l’expression de Jean-Paul II en 2000, lors de l’année jubilaire, doit aussi l’être au monde d’aujourd’hui. Un monde dont le même pape exhortait à « ne pas avoir peur ».

        Isabelle de Gaulmyn