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19 avril 2012

[Bernadette Sauvaget - Libération] Les catholiques intégristes en odeur de sainteté au Vatican

SOURCE - Bernadette Sauvaget - Libération - 19 avril 2012

Analyse - Les négociations en vue de la réintégration des lefebvristes par Benoît XVI sont en bonne voie.
Le divorce avait été fracassant, la réconciliation est une affaire de petits pas : après vingt-quatre ans de «schisme» avec le Vatican, les catholiques intégristes seraient en train de retrouver le chemin de Rome. Tout se joue dans les pourparlers engagés entre la Fraternité Saint-Pie-X, fondée par Mgr Lefebvre en 1970, et le Vatican. Après trois ans de difficiles négociations, le porte-parole du Saint-Siège a fait état, en milieu de semaine, d’«une évolution encourageante».
Que se passe-t-il entre le Vatican et les catholiques intégristes ?
Rendez-vous est pris pour mai. Le Vatican et la Fraternité Saint-Pie-X qui regroupe les catholiques lefebvristes devraient signer un accord pour mettre fin au schisme qui a eu lieu en 1988. Favorable à la messe en latin, contestant le concile Vatican II, l’évêque français Marcel Lefebvre avait à l’époque rompu avec Rome et avait été excommunié. En décembre dernier, la perspective d’un accord semblait s’éloigner, mais le Vatican a marqué une ferme volonté d’aboutir. Dès mardi, quelques vaticanistes affirmaient que l’accord était acquis.
 
Dans un communiqué laconique, la Fraternité Saint-Pie-X a calmé le jeu. Pour l’heure, un document a été transmis à Rome qui doit être encore discuté. Face à ses troupes, Bernard Fellay, le supérieur de la Fraternité Saint-Pie-X, l’homme des négociations avec Rome, semble ne pas vouloir donner l’impression de capituler. Il joue gros. Favorable personnellement à l’accord, il mesure aussi les risques d’une scission au sein de la mouvance lefebvriste. Depuis l’ouverture des négociations, les débats sont très vifs parmi les catholiques intégristes. Tous ne suivront pas Bernard Fellay, comme l’évêque négationniste Richard Williamson ou un autre dirigeant des lefebvristes, l’évêque Bernard Tissier de Mallerais, qui pourraient emmener dans leur sillage les fidèles récalcitrants.
Pourquoi est-ce principalement une affaire française ?
La France, berceau du lefebvrisme, sera le principal champ de bataille en cas de crise interne au sein de la Fraternité Saint-Pie-X. C’est dans l’Hexagone que la mouvance intégriste est la plus solidement implantée et la mieux structurée. Elle y dispose d’une quarantaine de lieux de culte, d’un réseau d’une trentaine d’écoles et de 250 prêtres (la moitié du total de ses effectifs). A Nantes, la Fraternité Saint-Pie-X vient de lancer la construction d’une église et d’un foyer d’étudiants.
 
Ses importants moyens financiers lui ont récemment permis plusieurs acquisitions immobilières et l’ouverture d’un lycée d’enseignement professionnel près de Châteauroux (Indre).
Comment va réagir la branche française de la Fraternité Saint-Pie-X ?
C’est l’un des principaux enjeux des tractations en cours. Ses dirigeants actuels, Régis de Cacqueray, le supérieur en France et Xavier Beauvais, curé de Saint-Nicolas du Chardonnet à Paris, une figure emblématique, ont nettement marqué leur opposition à un ralliement à Rome. Bernard Fellay a-t-il les moyens de les faire plier ou de leur donner des assurances ? Pour le moment, c’est l’une des grandes inconnues de ce dossier. Solidement campés sur leurs positions et politiquement d’extrême droite, Régis de Cacqueray et Xavier Beauvais, des meneurs d’hommes en tête des manifestations de l’automne contre les pièces de théâtre de Roberto Castellucci et de Rodrigo Garcia, pourraient être les «jusqu’aux-boutistes» de la cause lefebvriste et transformer Saint-Nicolas-du-Chardonnet en une sorte de fort Chabrol. 
Pourquoi Benoît XVI veut-il absolument cet accord ?
La réconciliation avec les lefebvristes apparaît comme l’une des grandes priorités du pontificat de Benoît XVI. Quelques mois à peine après son élection en 2005, le pape recevait Bernard Fellay dans sa résidence d’été de Castel Gandolfo, ouvrant ainsi la voie aux négociations. En fait, la résorption du schisme est une affaire personnelle pour Benoît XVI. En 1988, lors du schisme, c’est lui qui négociait avec Marcel Lefebvre. A l’époque, Joseph Ratzinger, à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a échoué. Après avoir négocié avec le futur Benoît XVI et signé un accord, Marcel Lefebvre avait brutalement fait volte-face.
 
L’obsession du pape avec les lefebvristes agace les catholiques de gauche qui craignent le renforcement du poids des conservateurs au sein de l’Eglise catholique. A l’inverse, elle réjouit ces derniers, enthousiasmés depuis mardi par les nouvelles en provenance du Vatican. Pourtant, le poids des lefebvristes, environ 300 000 fidèles, apparaît très limité face au milliard de catholiques présents dans le monde.
 
L’avenir de l’Eglise catholique, d’ailleurs, ne se joue pas là. Dans ses bastions de l’Amérique latine, tout particulièrement au Brésil, elle est très malmenée, contestée dans son traditionnel leadership par la montée en puissance quasi irréversible désormais des protestants pentecôtistes.