30 septembre 2018

[La Porte Latine] Entretien exclusif de M. l'abbé Benoît de Jorna

SOURCE - La Porte Latine - 28 septembre 2018

Monsieur l’abbé, vous êtes depuis le 15 août dernier à la tête de l’important District de France de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Pouvez-vous d’abord nous retracer votre itinéraire personnel préalable à vos nouvelles et lourdes responsabilités?

Après 22 ans passés à Ecône, j’arrive à Suresnes. Un lieu qui ne m’est heureusement pas inconnu puisque j’ai déjà occupé les fonctions de Supérieur de ce même district de 1994 à 1996. Il s’agit pourtant d’un vrai changement.

Qu’est-ce que vous retenez principalement de vos longues années de directeur du séminaire international d’Ecône?

La formation sacerdotale reste la fonction principale de la Fraternité et j’ai été très heureux de pouvoir contribuer à l’éclosion de nombreux prêtres que je retrouve en fonction avec grand plaisir. Et puis à Ecône on vit dans le berceau de notre chère société !  Mais c’est loin d’être une forme d’infantilisme : au contraire on vit quasi exclusivement de principes, l’étude et la prière sont les deux activités principales qui accaparent tout le temps. Et c’est bien juste : la formation doctrinale intègre et la perfection morale des jeunes lévites importe par-dessus tout. Ce fut donc pour moi une véritable joie de conduire sous l’égide de saint Thomas ces jeunes gens et de les voir quitter Ecône forts de cette formation. Quelle situation paradoxale! Je me suis réjoui chaque année le 29 juin, jour des ordinations, du départ de ceux avec qui on a vécu en amitié pendant cinq années!  Mais ma joie aujourd’hui est de les retrouver à l’œuvre et quelle œuvre, considérable.

Au total, combien avez-vous de prêtres et de maisons dans le District?

Une cinquantaine de prieurés ou écoles, pas loin de 200 prêtres et aussi une trentaine de frères, particulièrement appréciés dans nos écoles.

Votre prédécesseur, M. l’abbé Christian Bouchacourt – aujourd’hui second assistant général – a mis l’accent sur les écoles et a ouvert de nouveaux prieurés. Quelles seront vos priorités?

La responsabilité est grande : il faut conduire tous et chacun vers la béatitude éternelle et la voie est rude : c’est un combat de chaque jour dit l’Ecriture. Il est peu probable que je puisse travailler en extension car les prêtres manquent et c’est un souci majeur. Le zèle pour le Christ Roi doit demeurer la préoccupation constante de tous et chacun : que le Christ règne sur chacun, mais aussi sur les familles pour qu’il règne sur les sociétés. Et la situation actuelle ne va guère dans ce sens. Il est étonnant que ce zèle pour le Christ Roi n’enflamme pas davantage la jeunesse aujourd’hui. Et pourtant quel combat exaltant surtout à l’époque que nous vivons de déchristianisation organisée et de «déconstruction» systématique.

Vous venez d'évoquer les vocations en parlant du zèle qui devrait enflammer les jeunes aujourd'hui. Quel état des lieux peut-on faire concernant ce domaine essentiel, vital pour l’apostolat et la transmission de la Foi?

L’appel des vocations est une préoccupation très importante d’autant plus que c’est un des buts de la Fraternité. On s’étonne que si peu de jeunes gens aient le zèle du salut des âmes et la flamme missionnaire qui animait notre fondateur. Monseigneur Lefebvre avait cette charité ardente qui lui donnait la force d’affronter tous les périls mais toujours dans la mansuétude. N’est-on pas trop installé dans son confort ?

Depuis les sacres de 1988 les Instituts relevant de la Commission Ecclesia Dei ont prospéré sur une injuste condamnation de la FSSPX. Quelle est votre point de vue sur ces anciens «alliés» que d’aucuns appellent les «ralliés»?

Pour ceux qui ont « rallié » est-ce que les « motu proprio » successifs et les communautés Ecclesia Dei ramollissent tellement les intelligences et les volontés qu'ils ne voient plus guère que la Fraternité, providentiellement, est toujours la seule à maintenir l’intégrité doctrinale? Celle-ci en effet ne se réduit pas à une messe saint Pie V le dimanche. Encore une fois il s’agit du règne du Christ Roi sur tout et tous.  

Les rapports avec les Ordinaires locaux, à quelques exceptions près, sont inexistants, voire parfois «tendus». Quelle sera la politique du nouveau Supérieur du District de France dans ce domaine?

La déconfiture de l’Eglise en France n’a pas besoin d’être démontrée et les évêques ne peuvent plus la cacher. C’est pourquoi les rapports que nous pouvons avoir avec l’un ou l’autre n’ont plus guère le caractère d’hostilité farouche d’antan. Quoique la fausse doctrine du concile aveugle encore et toujours, il n’en reste pas moins que la possibilité «d’occuper le terrain» est moins difficile : ici ou là, des églises, devraient pouvoir nous être concédées pour notre usage exclusif.

Que pensez-vous du développement d'internet?

Si les moyens électroniques restent des moyens et ne ramollissent pas les cœurs alors je ne doute pas que la conquête du Christ Roi soit encore le combat de tous comme il le fut de Saint Martin, de saint Louis et de sainte Jeanne d’Arc.

Que demandez-vous, en priorité, aux fidèles de votre District et aux milliers de lecteurs quotidiens de La Porte Latine?

Je leur demande une fidélité à toute épreuve mais aussi qu’ils ne contentent pas des apparences liturgiques qu’on peut leur concéder ici ou là...

Merci, Monsieur le Supérieur, d’avoir accordé cet entretien au site officiel du District de France.

[Confraternité Saint-Pierre - FSSP] Il est nécessaire qu'il y ait des scandales, mais malheur à celui par lequel le scandale arrive.

SOURCE -  Confraternité Saint-Pierre - FSSP - octobre 2018

Il est nécessaire qu'il y ait des scandales, mais malheur à celui par lequel le scandale arrive.
     
Bien chers membres de la Confraternité,

Nous avons pour la plupart d'entre nous cet été lu ou entendu diverses informations quant à la culpabilité de tel ou tel homme d'Eglise dans des affaires de moeurs, et quand à la complicité apparente de tels autres. Et il semble qu'il n'y ait désormais pas de mois sans que nous apprenions de nouvelles histoires à donner la nausée mettant en cause des membres du clergé.

Comment réagir ? Comme dans tous les temps difficiles qu'a pu traverser l'Eglise dans le passé : c'est à dire tout d'abord avec beaucoup d'humilité car cette Eglise, c'est la nôtre et les péchés d'un membre touchent toujours les autres membres d'un même corps ; puis bien sûr en tâchant de nous sanctifier et de prier davantage car il est un mal qui ne se chasse que par la prière et la pénitence.

Nous pouvons ici penser à la prière apprise aux enfants de Fatima, Mon Dieu je crois, j'adore j'espère et je vous aime et je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n'adorent pas et qui n'espèrent pas.

Chaque nouveau scandale révélé doit nous rappeler d'une part la réalité du péché originel et de ses conséquences - et ici, nous sommes tous touchés et tous fragiles-, et de l'autre que nous nous trouvons au coeur d'une crise sans précédent dans l'Eglise depuis déjà plusieurs décennies ; crise touchant tous les domaines (à commencer par celui de la foi qui entraînera tous les autres) et se manifestant dans des fruits visibles (chute vertigineuse de la pratique, tarissement des vocations, fermeture de séminaires, couvents, maisons religieuses).

Et aujourd'hui commencent à apparaître au grand jour ces autres fruits que sont les abus opérés par une frange du clergé. Si nous devons bien sûr rappeler qu'ils ne touchent heureusement qu'une minorité de celui-ci, il reste vrai cependant que les cas sont beaucoup trop nombreux pour ne pas être extrêmement préoccupants. Sans oublier qu'ils touchent parfois des personnes dans des positions élevées, ou très élevées dans l'Eglise.

Mais devons-nous être véritablement étonnés si l'on songe au "mai 68" qu'a connu l'Eglise ?

On pensait au lendemain du Concile montrer un visage de l'Eglise plus accueillant et moins sévère qu'auparavant ; on affirmait que dorénavant on allait voir ce qu'on allait voir, et qu'en s'habillant comme tout le monde et en abandonnant les usages antiques de l'Eglise considérés comme surannés, on rapprocherait les âmes de celle-ci. Il fallait renouveler le visage de cette institution jugée sclérosée, lui ôter ses vieilles peaux, assouplir sa morale et sa liturgie et alors, les catholiques, trop souvent enfants muets et passifs se rendant à l'église le dimanche par obligation sans vraiment savoir pourquoi, deviendraient enfin des adultes engagés librement et vivant leur foi. Et gare à celui qui ne voulait pas emboiter le pas dans ces réformes. Et cela dura des dizaines d'années.

Bilan aujourd'hui : une pratique religieuse quasi-nulle dans nos anciens pays chrétiens; un manque de repères évident se traduisant par des avis contraires sur des questions de foi ou de moeurs aux plus hauts niveaux ; et une image de l'Eglise qui, à la lumière des scandales répétitifs, n'a jamais été aussi négative.

Loin de nous décourager d'une situation ecclésiale confuse, continuons humblement à croire fermement en la sainteté de l'Eglise, et essayons de manifester cette sainteté au monde par nos vies vécues sous l'influence de la grâce. Nous devons être des exemples pour ceux qui nous entourent et montrer par notre fidélité et par notre charité qu'il est toujours bon de servir Dieu.

L'évangile de la tempête déchaînée où les apôtres, tant affolés par la vigueur de la mer et du vent, crurent qu'ils allaient périr, nous rappelle que le Seigneur peut d'un seul geste apaiser les vagues et les flots. A nous de le supplier humblement d'avoir pitié de nous, car nous ne méritons rien.

Dans l'histoire de l'Eglise, les temps de crises diverses ont toujours vu se lever des saints qui, par leurs vies édifiantes et par leur zèle, sont parvenus faire triompher le bien du mal.

Que nos familles soient donc de belles familles chrétiennes où fleurissent les vertus. Que nos prêtres soient de saints prêtres, humbles avant toute chose, et zélés pour la gloire de Dieu et le salut des âmes car l'heure n'est pas à la médiocrité.

La Fraternité saint-Pierre n'est pas "meilleure" que les autres ni "immunisée" par avance quant aux péchés dont nous entendons parler.

C'est pourquoi nous vous remercions une nouvelle fois pour vos prières quotidiennes comme nous vous remercions aussi pour le bel exemple et le bel encouragement que vous nous donnez par votre fidélité à Dieu au sein d'un monde qui ne l'est pas.

Prions pour rester humblement dans la main de Dieu car si sans lui nous ne pouvons rien faire; avec lui par contre, la victoire est déjà acquise.

La Messe du mois d'octobre sera célébrée le 8 octobre.

Bon et saint mois du Rosaire!
     
Nouvelles de la Fraternité
     
Et de quatre! Loin (très loin car ils en sont à plusieurs dizaines) derrière les Etats-Unis, l'Europe connait sa quatrième paroisse personnelle "FSSP". Après Rome, Thalwil (Suisse), et Amsterdam, c'est au tour de l'Angleterre avec notre apostolat de Reading érigé en paroisse par la grâce de son archevêque. Deo gratias.

Plus de 500 fidèles assistèrent le 14 septembre dernier à la Messe solennelle célébrée dans notre nouvel apostolat de Philadelphie aux USA.

Des rentrées prometteuses: vingt-quatre jeunes gens franchissent pour la première fois les portes de Wigratzbad ces jours-ci. Parmi eux neuf Français. Quinze autres séminaristes ont fait leur rentrée dans notre séminaire américain.

Le 20 octobre, 11 séminaristes de deuxième année recevront la soutane et seront tonsurés à Wigratzbad.

Une nouvelle fois, une petite vidéo via EWTN aux Etats-Unis vous montre en espagnol ou en anglais le travail de la "Mission St François Xavier" réalisé chaque été au Pérou.

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Prévoyance Suédoise

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 29 septembre 2018

Qu’on s’y prenne aujourd’hui : prévoir n’est pas coûteux.
Mais si l’on tarde trop, tout se fera ruineux.

“En cas de crise ou de guerre”, tel est le titre d’un livret de 19 pages publiée en mai dernier par l’État suédois à l’intention de tous les ménages de la Suède, “pour nous aider à mieux nous préparer à toute éventualité, qu’il s’agisse d’accidents graves, de grosses perturbations atmosphériques, de cyber attaques ou de conflits militaires” . . . . Nombreuses sont les personnes qui s’inquiètent de l’insécurité environnante.” Une page intéressante de la brochure énumère de façon pertinente les quatre besoins naturels les plus importants de tout ménage en cas d’urgence nationale : l’ eau, la nourriture, la chaleur et l’information.

L’État suédois n’est évidemment pas le seul à observer une forte tension dans le monde qui nous entoure. Tout Etat est un rassemblement d’êtres humains qui viennent tous de Dieu. Chacun a reçu la vie en partage ; il doit en faire bon usage afin de pouvoir rejoindre Dieu après la mort. Mais l’ensemble de l’humanité vit aujourd’hui dans une totale indifférence envers Dieu, voire en état de révolte ouverte contre Lui. Il se peut que beaucoup d’hommes ne soient pas athées, qu’ils croient même que Dieu existe, mais ils ne Le prennent pas au sérieux car, pour eux, la science et la technologie semblent pouvoir Le remplacer. La politique et l’économie modernes ne nous garantissent-elles pas désormais la vie bonne ? On transfère à son aise les personnes âgées dans une maison de retraite et ils meurent a l’hôpital. Mais, bien sûr, Dieu existe : Il n’a jamais cessé d’exister. Et plus que jamais Il se soucie de voir toujours plus d’âmes tomber en enfer à cause de leurs péchés. Voilà pourquoi notre monde se trouve dans cet état de tension sans précédent : il vit délibérément à l’encontre du plan de son Créateur. Une crise énorme est à prévoir.

Puisque le problème est radicalement religieux, il va sans dire que la meilleure solution est religieuse aussi. Si, dans un foyer, toute la famille récite le chapelet régulièrement, ce foyer a souscrit la meilleure police d’assurance qui soit pour assurer sa protection. Ah ! comme le diable doit haïr le chapelet ! Mais en attendant, les suggestions pratiques que donne le petit fascicule suédois constituent un bon point de départ pour tout ménage qui n’aurait pas encore songé à prendre des mesures naturelles pour parer aux éventuels problèmes à venir. En voici quelques-unes (voir à l’Internet dinsäkerhet.se) –

EAU – Une eau pure potable est une nécessité vitale. Comptez au moins trois litres par jour et par adulte. Si vous êtes incertain de la qualité de l’eau, vous devez pouvoir la faire bouillir. Ayez des bouteilles, des sceaux à couvercle, des bouteilles en plastique pour y congeler de l’eau. Ayez aussi des jerrycans remplis d’eau, de préférence avec robinet.

ALIMENTATION – Prévoyez à la maison des aliments en réserve qui fournissent suffisamment de calories. Utilisez des aliments non périssables qui peuvent être préparés rapidement, qui nécessitent peu d’eau et qui peuvent se consommer sans préparation : par exemple, pain de longue conservation, préparations pour tartiner, lait en poudre, huile de cuisson, pâtes, lentilles, boîtes de sardines, de raviolis, viande en conserve, soupe, miel, noix, graines (la brochure contient plusieurs autres exemples).

CHALEUR – Dans une maison froide, sans électricité, groupez-vous dans une seule pièce, accrochez des couvertures aux fenêtres, couvrez le sol de tapis et construisez un petit réduit habitable sous une table pour garder la chaleur. Éteignez toutes les bougies et les chauffages d’appoint avant de vous endormir. Aérez régulièrement la pièce pour faire entrer de l’oxygène. Ayez des vêtements en laine, des matelas de camping et des sacs de couchage, des briquets, un chauffage d’appoint.

COMMUNICATIONS – En cas de crise, vous devez être en mesure de recevoir des nouvelles officielles, d’entrer en relation avec des amis et des parents, de contacter les services d’urgence. Ayez donc une radio à piles, ou à cellules solaires ou un récepteur radio avec bobinage ; ayez aussi un autoradio et un chargeur de téléphone portable qui fonctionne dans une voiture, des piles de rechange, etc.

Le livret donne encore quelques conseils supplémentaires : avoir de l’argent liquide, une armoire à pharmacie, de l’essence dans le réservoir. Aujourd’hui, tout cela coûte relativement peu cher, mais si une crise dangereuse se profile à l’horizon, ces choses risquent de devenir subitement beaucoup plus rares et plus coûteuses, si tant est qu’on puisse encore se les procurer. “Ayez confiance en Dieu ! » ; certes, mais il y a le proverbe : « Aide-toi, le ciel t’aidera ! ».

Kyrie eleison.

[ICRSP - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs] "22 jeunes gens de tous pays, dont six français, se sont retrouvés le 10 septembre dernier pour une semaine de retraite"

SOURCE - ICRSP - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs - septembre 2018

Chers amis, c’est au couvent des Côtes, perdu dans les montagnes du Jura Suisse, que 22 jeunes gens de tous pays, dont six français, se sont retrouvés le 10 septembre dernier pour une semaine de retraite dans le silence des alpages, où l’on n’entend guère que le tintement des cloches et l’écho paisible des offices grégoriens. Après ces jours de prière et de recueillement chez les sœurs adoratrices, ils nous ont rejoints au séminaire et se préparent dès aujourd’hui, avec la grâce de Dieu, à gravir un jour les marches de l’autel. Nous avons eu la grâce de pouvoir accueillir chaleureusement nos nouveaux confrères, dans un séminaire désormais magnifique, les façades et les toitures ayant été entièrement rénovées, grâce à votre aide généreuse qui ne nous a jamais fait défaut depuis 10 ans. Merci de tout cœur! 
     
Plus particulièrement, nous vous remercions pour vos prières, rien de durable ne pouvant être entrepris sans le recours à Dieu. « Sans Moi, vous ne pouvez rien faire » a dit Notre-Seigneur dans son Évangile. La primauté de la grâce sur nos pauvres forces humaines doit nous porter à prier sans cesse, et à donner au Bon Dieu la place qui lui revient dans notre vie et dans chacune de nos journées, c’est-à-dire la première ! La Divine Providence nous y porte, au séminaire, où toutes nos actions se veulent, avant tout, tournées vers le Seigneur. La Sainte Messe est le « centre et sommet » de chaque jour à Gricigliano. Silence, Offices, méditation, études ou travaux manuels : tout doit y tendre et en découler, afin de porter de bons fruits, dans et par la Charité. 
     
Prions la Très Sainte Vierge Marie, afin qu’elle nous obtienne les grâces dont nous sommes si nécessiteux pour devenir des prêtres selon le cœur de son Fils. Soyez assurés que nous lui confions vos intentions lors du chapelet que nous récitons en communauté. Notre-Dame du Sacerdoce, priez pour nous!

Les séminaristes de Gricigliano

[Abbé Jurgen Wegner, fsspx - sspx.org] FSSPX: La crise des abus a des racines plus profondes que Vatican II

SOURCE - Abbé Jurgen Wegner, fsspx - sspx.org - original en anglais, version française via le FC - 29 septembre 2018

Chers fidèles,

Je vous écris le cœur gros. Au cours des derniers mois, de nouvelles révélations sur des abus sexuels et des dissimulations ont été rapportées par des sources ecclésiastiques, juridiques et médiatiques dans le monde entier. La démission du cardinal Theodore McCarrick suite à des allégations crédibles selon lesquelles il aurait maltraité des mineurs et des séminaristes pendant des décennies a rapidement été suivie du témoignage étonnant de Mgr Carlo Maria Viganò qui implique le Saint-Père lui-même dans la dissimulation des crimes indicibles de McCarrick. En outre, des enquêtes judiciaires et indépendantes continuent de fournir de nouvelles preuves que la crise des abus sexuels qui a secoué l'Église catholique il y a plus de dix ans est loin d'être terminée.

C’est dans ce contexte douloureux que je tiens à réaffirmer que la Fraternité Saint-Pie X (SSPX) prend au sérieux tous les rapports faisant état de comportements illicites et illégaux de la part de son clergé, de ses religieux, de ses employés et de ses bénévoles. Chaque rapport est soumis à une enquête approfondie par les autorités compétentes au sein de la Société et une coopération totale est donnée à tous les organismes chargés de l'application de la loi et des enquêtes officielles concernés, en particulier lorsque les rapports concernent des mineurs. En outre, tout prêtre ou religieux de la FSSPX reconnu coupable d'immoralité est passible de sanctions en vertu du droit canonique, incluant la perte de l'état clérical et la laïcisation.

Afin de prévenir la propagation du péché dans ses rangs, la FSSPX respecte l’interdiction prudente de longue date de l’Église d’admettre des hommes attirés par le même sexe ou ayant d’autres attraits sexuels non naturels dans les séminaires, y compris le séminaire Saint-Thomas d’Aquin (Virginie). Si, après avoir été admis au séminaire ou aux ordres sacrés, on trouve des preuves crédibles d'inclinaisons immorales ou d'actes immoraux commis par un individu, celui-ci est immédiatement expulsé du séminaire et / ou de la Société. Et, si les preuves le justifient, l'affaire est immédiatement portée devant les autorités ecclésiastiques et laïques.

Je comprends que dans cette période de confusion et de crise, la tentation est de chercher des réponses faciles et une simple chaîne de causalité pour expliquer la corruption dans l'Église. Faites attention. Bien que nous ne puissions ignorer les effets négatifs du Concile Vatican II et de ses conséquences sur le Corps mystique du Christ, je crains que les racines de la crise des abus sexuels ne soient plus profondes. Pour le moment, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour défendre les principes de la loi divine et naturelle dans notre vie quotidienne tout en œuvrant à la rediffusion de l'Évangile dans un monde qui a oublié que ce dont il a le plus besoin, avant tout, c'est de Dieu.

Je vous prie de prier la reine des cieux, la Bienheureuse Vierge Marie et tous les saints, en particulier saint Michel Archange, de nous prêter ici l'assistance spirituelle dont nous avons besoin pour affronter cette tempête. Priez aussi pour les prêtres, les religieux et les séminaristes de la FSSPX, ainsi que pour ceux qui sont chargés de leur formation. Priez pour que nous ayons la sagesse et le discernement nécessaires pour former des clercs sacrés voués au service de Jésus-Christ par l'administration des rites sacramentels traditionnels et la promulgation d'une solide catéchèse.

Avec des bénédictions dans le Seigneur,

Abbé Jurgen Wegner

[Abbé Alain Lorans, fsspx - FSSPX Actualités] Ce que les âmes attendent des prêtres

SOURCE - Abbé Alain Lorans, fsspx - FSSPX Actualités - 24 septembre 2018

A la lecture du rapport du Grand jury de Pennsylvanie mettant en cause l’inconduite grave de 300 prêtres, entre 1947 et 2010, à l’étude du témoignage de Mgr Viganò dénonçant le silence coupable dont ont bénéficié les turpitudes du cardinal McCarrick, on ne peut qu’être pris de dégoût. Même si ces prêtres scandaleux sont une infime minorité, ils sont toujours trop : ils ont fait trop de victimes innocentes.

Qui nettoiera la Curie d’Augias ? Le pape François qu’un film récent présente comme « un homme de parole », si loquace sur l’écologie et l’immigration, sortira-t-il un jour du mutisme doctrinal qui est le sien devant les Dubia de quatre cardinaux sur Amoris lætitia, depuis 2016 ? Et aujourd’hui, devant le témoignage terrible de Mgr Viganò ?

Voici ce qu’un poète qui fut un pécheur, attendait des prêtres à l’instant ultime :
(...) Vous, phares doux parmi ces brumes et ces gazes,
Ah ! luisez-nous encore et toujours jusqu’au jour,
Jusqu’à l’heure du cœur expirant vers l’amour
Divin, pour refleurir éternel dans la même
Charité loin de cette épreuve froide et blême.
Et puis, en la minute obscure des adieux,
Flambez, torches d’encens, et rallumez nos yeux
A l’unique Beauté, toute bonne et puissante,
Brûlez ce qui n’est plus la prière innocente,
L’aspiration sainte et le repentir vrai!
Puisse un prêtre être là, Jésus, quand je mourrai! 
(Paul Verlaine, Bonheur, 1891, Prêtres de Jésus-Christ, la vérité vous garde)
Les âmes attendent toujours du prêtre qu’il soit un autre Christ, alter Christus.

Abbé Alain Lorans

29 septembre 2018

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Une Âme Attaquée

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 22 septembre 2018

Quand les eaux sont bien troubles, Satan s’en va pêcher . . .
Que Marie intercède, afin de nous sauver !

Les révélations de Mgr Viganò portant sur la grave corruption morale de certains hauts dignitaires de l’Église, Pape François y compris, sont susceptibles d’ébranler sérieusement la foi des catholiques qui ont fait confiance aux ecclésiastiques officiels tout au long des 50 dernières années, parce qu’ils n’ont pas vu – ou n’ont pas voulu voir – de problème particulier dans le Concile Vatican II (1962–1965). Il y a trois semaines, avant même que le rapport de Mgr Viganò ait été publié, nous citions dans ces “Commentaires” les propos d’un catholique porté au bord du désespoir par les révélations du Procureur Général de l’État de Pennsylvanie, faisant état de scandales similaires perpétrés dans la Néo-église de cet État. La menace d’une avalanche de tels scandales étant maintenant bien établie, nous allons cette semaine montrer dans ces “Commentaires” comment le Diable tourne son artillerie lourde contre un autre catholique, dans l’intention de lui faire perdre la Foi. Voici quelques-uns des obus lancés par le Diable, tels que les rapporte notre correspondant. Nous y ajoutons de brèves réponses, dans l’espoir de fortifier dans la foi d’autres âmes qui risquent dans un futur proche d’être pareillement ébranlées :

J’ai assisté, dans ma ville natale, à une messe dans le nouveau rite. Elle était célébrée pour des Sœurs par l’évêque auxiliaire local. Son sermon sur le Sacré-Cœur était irréprochable sur le plan doctrinal, et très édifiant. Pourtant, un de mes amis a vu de ses propres yeux le même évêque embrasser un séminariste ! Pour moi, cet évêque est un problème angoissant : comment peut-il croire au Sacré-Cœur dont il prêche si bien sur l’amour ?

Réponse : C’est un moderniste, comme la plupart des ecclésiastiques de l’Église “rénovée” par Vatican II, également appelée “Néo-église”. Le modernisme veut «adapter l’Église catholique au monde moderne anticatholique» ; il y parvient en faisant dépendre la réalité objective du sentiment subjectif. Toutefois, le processus de subjectivisation de la réalité peut prendre du temps, de sorte qu’un ecclésiastique qui tombe dans le modernisme ne perd pas nécessairement tout de suite sa foi catholique objective, même si celle-ci est déjà sapée dans son âme. Dieu seul peut savoir exactement à quel moment cet ecclésiastique perd la foi. Disons que si cet évêque croit en Vatican II, il est certainement sur le chemin conduisant à la perte de la foi, et il y est déjà suffisamment avancé pour pécher gravement contre le Sixième Commandement, mais pas encore assez loin pour avoir perdu toute notion de qui est le Sacré-Cœur.

Mais pour détruire la vérité catholique avec autant d’aisance que le font les imposteurs romains, ils doivent la connaître. S’ils la connaissent, nul doute qu’ils en connaissent aussi la force. Et s’ils en connaissent la force, comment ont-ils pu cesser d’y croire ? À moins que tout cela n’ait jamais été qu’un conte de fées, un conte aussi faux que n’importe quelle autre religion, l’Église catholique n’étant en rien supérieure aux autres, et l’homme n’ayant de toute manière aucun moyen d’accéder à la Vérité divine ?

Réponse : Pour avoir la Foi Catholique, l’esprit humain doit accepter beaucoup de vérités surnaturelles qui, tout en n’étant pas contraires à la raison, sont au-dessus de sa portée naturelle. Pour accepter de se soumettre à ces vérités, l’intelligence doit être poussée par la volonté. Si la volonté cesse de pousser l’intelligence, ou pousse dans une direction opposée, la foi disparaîtra de son intelligence. Or, le modernisme est orgueilleux, parce que dans la Néo-église l’homme prend la place de Dieu. En conséquence, il est possible que les imposteurs romains, comme vous les appelez si bien, aient été dès le début des francs-maçons ou des infiltrés communistes ; comme il se peut également qu’au tout début, ils aient cru, comme Judas Iscariote, mais l’orgueil leur inspirant le désir de prendre la place de Dieu et de remodeler l’Église à leur idée, a subjugué leur volonté. Si bien que leur intelligence a perdu la foi. Dieu seul sait ce qu’il en est dans l’âme d’un homme.

Se pourrait-il que nous soyons trompés ? Ne sommes-nous pas engagés dans une guerre sans fin en vue d’une promesse bien fragile du Ciel ? Nous sommes incapables de savoir quoi que ce soit sur Dieu. Ne vaudrait-il pas mieux pour nous que Dieu n’existât pas ? Dans le chaos d’aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de penser que l’Église est une affaire purement humaine, de sorte qu’il y a des moments où j’envie les gens qui mènent une vie heureuse sans Dieu.

Réponse : Mon cher ami, même si les gens sans Dieu se prétendent “heureux”, une vie heureuse sans Dieu est une pure illusion, Nous, les êtres humains, nous sommes tous sortis des mains de Dieu ; notre âme a été directement créée par Dieu avec pour finalité d’aller à Dieu, corps et âme. Le monde et l’Église sont aujourd’hui dans le chaos, précisément parce qu’ils essaient de se passer de Lui.

Il semblerait que nous soyons également prédestinés au Ciel ou à l’Enfer, et que notre libre arbitre ne puisse pas y faire grand-chose.

Réponse : “Le venin est dans la queue”, disaient les Latins, en prenant l’image du scorpion. La conclusion que vous tirez, lourde de sens, est une hérésie épouvantable qui prouve que le diable joue le tout pour le tout pour faire pour ébranler votre foi. Récitez le chapelet pour obtenir l’aide de la Mère de Dieu. Je vous envoie ma bénédiction.

Kyrie eleison.

[Paix Liturgique] Pourquoi nous contenterions nous du plus commun, quand nous possédons le plus beau et le plus grand?

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 662 - 27 septembre 2018

Dans son bulletin de septembre/octobre 2018 (A Crucetta n°118), l’abbé Hervé Mercury, célébrant de lamesse traditionnelle en Corse, a livré un intéressant éditorial portant sur le sens de l’expression « forme extraordinaire » [du rite romain] choisie par le pape Benoît XVI depuis 2007 pour qualifier la liturgie traditionnelle latine et grégorienne de l’Église. Avec son aimable autorisation nous vous proposons cette semaine ce texte, suivi des réflexions qu’il nous inspire.

I - FORMES DU RITE ROMAIN
(éditorial de M. l’abbé Mercury, bulletin A Crucetta n°118) 
À partir de ce mois de septembre [2018], par décision de Mgr de Germay, la Messe traditionnelle, dite dans la forme extraordinaire, sera célébrée deux dimanches par mois à Bastia. Nous nous réjouissons de cette décision sans cacher, pour autant, les oppositions larvées à la mise en place de telles célébrations.

Le motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI mettaient les curés eux-mêmes dans l’obligation de répondre aux demandes de leurs paroissiens, sans même que l’autorité épiscopale n’ait à se prononcer. Sauf qu’il y a toujours la nécessité de vérifier qu’une telle pratique n’entraînera pas de désordres et ne portera pas atteinte à la communion ecclésiale, ce qui ressort du rôle de l’évêque. La communion ecclésiale est supposée se faire principalement autour de la Nouvelle Messe, dite dans la forme ordinaire.

Forme ordinaire / forme extraordinaire. Ces deux expressions peuvent être entendues différemment. La forme ordinaire peut désigner le rite habituellement célébré dans l’Église aujourd’hui. La forme extraordinaire revêtirait donc un caractère exceptionnel. Elle devrait être célébrée rarement, un peu comme une relique insigne qu’on sort de temps en temps et qui finit par sentir le renfermé ou le formol.

Cette interprétation se heurte toutefois à la lettre du motu proprio puisque l’obligation des Curés s’étend non seulement à la Messe dominicale, mais aussi à celle des jours de semaine. À ce compte, si les Pasteurs avaient obtempéré en 2007, la célébration extraordinaire serait maintenant tout aussi habituelle que l’ordinaire.

C’est pourquoi il faut comprendre autrement la catégorisation de Benoît XVI. Le Pape parlait des richesses de la Messe traditionnelle par rapport à la nouvelle. L’épithète « extraordinaire » s’entend alors de quelque chose de sublime, qui s’écarte du niveau moyen et plus commun. C’est le sentiment de beaucoup de prêtres qui découvrent la forme extraordinaire : un trésor inestimable.
D’où la question : pourquoi nous contenterions-nous à toute force du plus commun quand on possède le plus beau et le plus grand ? L’Église gagnerait à mettre en valeur son meilleur patrimoine. D’autant que ce choix est sans doute une des solutions à la crise actuelle des vocations. 
Abbé H. Mercury
II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) Le motif de l’éditorial de l’abbé Mercury est la célébration désormais bimensuelle de la messe dominicale à Bastia. Jusqu’ici, ne ménageant pas sa peine, l’abbé Mercury desservait chaque dimanche après-midi Lumio, près de Calvi, et chaque dimanche matin Ajaccio. Grâce à un confrère, il peut désormais ajouter le 1er et le 3ème dimanche du mois la messe en l’église Notre-Dame-de-Lourdes de Bastia. L’abbé Mercury vient de la Fraternité Saint-Pie X dont on connaît l'esprit missionnaire, largement partagé par d’autres groupes et fraternités dont les prêtres couvrent souvent de longues distances pour célébrer la messe d'un apostolat à l'autre. Chaque mois, sur les sinueuses routes corses, l’abbé Mercury parcourt ainsi environ 2000 kilomètres pour assurer catéchisme, récollections et sacrements sur toute l’île.

2) « Oppositions larvées » : oui, aujourd’hui, onze ans après l’entrée en vigueur du motu proprio de Benoît XVI, il demeure des oppositions à la diffusion de la forme extraordinaire du rite romain. Mais bien peu sont ouvertes et violentes comme elles l’étaient hélas souvent avant 2007. Ce qui frappe aujourd’hui, au-delà des dernières ruades d’un clergé progressiste vieillissant, c’est l’ignorance de nombreux pasteurs quant aux dispositions du motu proprio de Benoît XVI et à la parfaite licéité de la liturgie traditionnelle. Un jeune prêtre désireux de célébrer dans son diocèse nous a récemment confié que son évêque ne savait rien du cadre juridique entourant l’ancienne liturgie romaine, prenant le motu proprio Summorum Pontificum pour une décision abrupte de Benoît XVI sans savoir qu’elle était l’aboutissement d’un processus commencé en 1984 par l’indult Quattuor abhinc annos et poursuivi par le motu proprio Ecclesia Dei adflicta de 1988. Quand son jeune prêtre lui eut retracé ce parcours, l’évêque lui dit quelque chose comme : « Je ne connaissais pas l’existence de ces normes et ne vois aucune raison de m’opposer à leur application. » Comme nous l’ont illustré les résultats de notre sondage à Saint-Germain-en-Laye (voir notre lettre 658), la connaissance du motu proprio tend à diminuer peu à peu. Tout travail d’information, de formation et de promotion de la liturgie traditionnelle n’en est que plus nécessaire.

3) « Extraordinaire » dans le sens de rare, c’est en effet l’une des interprétations que les opposants au motu proprio de Benoît XVI donnent à la formule inventée par Benoît XVI pour désigner ce que l’on appelait auparavant la liturgie « tridentine » ou « traditionnelle ». Et l’abbé Mercury fait bien de la refuser pour la rapprocher de ce terme de « trésor », qui rappelle ces lignes de Benoît XVI en introduction du motu proprio, évoquant la figure de saint Grégoire le Grand, « attentif à transmettre aux nouveaux peuples de l’Europe tant la foi catholique que les trésors du culte et de la culture accumulés par les Romains au cours des siècles précédents ». C’est d’ailleurs sans doute ce que l’histoire retiendra de Benoît XVI qui, par le motu proprio, aura lui aussi redonné « leur juste place » aux « richesses qui ont grandi dans la foi et dans la prière de l’Église » (lettre aux évêques du 7 juillet 2007).

4) Enfin, nous ne pouvons que souscrire pleinement à la conclusion de l’abbé Mercury : « L’Église gagnerait à mettre en valeur son meilleur patrimoine. D’autant que ce choix est sans doute une des solutions à la crise actuelle des vocations. »

26 septembre 2018

[F. Louis-Marie - Le Barroux - Lettre aux Amis du Monastère] «Qui s'humile sera exalté et qui s'exalte sera humilié»

SOURCE - Le Barroux - Lettre aux Amis du Monastère - 15 septembre 2018

Saint Benoît cite cette maxime de Jésus dans le chapitre VII
de sa Règle. Maxime absolue, principe qui s’applique pour tous sans exception aucune. Mais est-ce bien vrai ? Dans la vie, il semble que cela ne soit pas si sûr. Combien d’hommes et de femmes se sont exaltés et n’ont pas été si humiliés que cela. Quand on pense à quelques personnalités « panthéonisées », nous pouvons même en douter. Et pourtant, Notre-Seigneur l’a bien dit. Pour que ce principe se réalise, il faut tenir compte de plusieurs points. 
     
Le premier est que ce principe se réalise de façon absolue seulement dans l’éternité. Une personne peut s’exalter et être portée aux nues par plusieurs générations mais dans la limite du temps présent. Dans l’éternité, en Dieu, chacun recevra selon ses mérites. La vie ne s’arrête pas à notre horizon temporel mais se prolonge dans ce que la Sainte Écriture appelle les siècles des siècles. C’est dans la perspective de l’éternité que la justice de Dieu se réalise pleinement, même si ici-bas elle se réalise en partie. Car ce principe se réalise aussi dans le temps, comme l’avait bien compris Mirabeau qui, après avoir été la coqueluche des révolutionnaires, en est devenu la bête noire. C’est lui qui inventa cette maxime proche de celle de Notre-Seigneur : « La roche tarpéienne n’est pas loin du Capitole », c’est-à-dire que l’endroit où l’on jetait les condamnés à mort n’était pas loin de là où l’on couronnait les héros. 
     
Le deuxième point est que cette maxime se réalise surtout dans la vie intérieure et surnaturelle, dans ce cœur-à-cœur avec Dieu. Ce ne sont pas les humiliations purement extérieures et seulement subies qui sont gages de gloire. Le diable a été et est encore aujourd’hui bien humilié.Combien de fois l’a-t-il été par Notre-Seigneur dans l’Évangile, et cependant il ne pourra en tirer aucun profit. Bien au contraire, chaque humiliation conforte sa révolte. Être humilié ne suffit pas, il faut y consentir et s’humilier à ses propres yeux devant Dieu. L’exemple le plus admirable est donné par Notre-Seigneur, la personne la plus humiliée de toute l’histoire du monde. « Lui qui, possédant la nature divine, n’a pas considéré son égalité avec Dieu comme butin jalousement gardé mais s’est anéanti lui-même… Et Dieu lui a donné un Nom qui est au-dessus de tout nom afin que tout genou fléchisse devant Lui… » Et Jésus est plus qu’une magnifique illustration de ce principe : c’est lui qui donne toute sa force à ce principe. C’est lui qui transforme les humiliations en gloire. Sans lui, ce principe serait resté lettre morte. 
     
Le troisième point est qu’il n’y a pas d’humilité vraiment chrétienne sans la liberté des enfants de Dieu. Ælred de Rievaulx, dans une méditation sur la Passion de Notre-Seigneur, se demande pourquoi les Évangiles mentionnent la présence de l’ânon, le petit de l’ânesse avec laquelle Jésus fait son entrée triomphante à Jérusalem. C’est parce que, dit-il, l’ânesse est symbole d’humilité. Le véritable Roi entre dans sa ville, non pas sur un char tiré par des chevaux, mais humblement sur un âne. Toute la vie de Jésus est empreinte d’une profonde humilité, de sa naissance à sa mort. Mais l’ânon symbolise la liberté et l’exaltation face à toute adversité. Ainsi Jésus face aux pharisiens et face à Pilate. Et la Vierge Marie nous persuade que ce principe est vrai et immédiat, elle qui, après s’être présentée comme la servante du Seigneur, a chanté son Magnificat, et qui est glorifiée au ciel et sur la terre comme aucune autre créature pour les siècles des siècles. 
 
+ F. Louis-Marie, o. s. b., abbé

25 septembre 2018

[La Porte Latine] Mgr de Galarreta ordonne un diacre et deux prêtres chez les capucins de Morgon

SOURCE - La Porte Latine - 17 septembre 2018

Mgr Alfonso de Galarreta entouré des trois nouveaux nouveaux ordonnés, des ministres du culte et des prêtres amis.

C'est par une magnifique journée d'un bel été finissant que Mgr Alfonso de Galarreta, évêque auxiliaire de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X a procédé à l'ordination d'un diacre et deux prêtres pour la communauté des capucins de Morgon.

La cérémonie a eu lieu dans le parc verdoyant du château de NETY - sur la commune de Saint-Etienne-des-Ouillères (69460) - où les frères mineurs avaient installé, avec un soin particulier, une grande tente dans laquelle près de trois cents fidèles étaient venus soutenir de leur présence les fils du Poverello.

Comment ne pas se souvenir, que ce jour des ordinations - le 17 septembre - est celui de la fête de l'Impression des stigmates de saint François et qu'il y a 100 ans, le 20 septembre 1918, Padre Pio recevait lui aussi les stigmates visibles en ces mains, ses pieds, son côté et son épaule?
La procession d'entrée
Plusieurs prêtres de la FSSPX et des religieux de plusieurs communautés amies avaient fait le déplacement. Certains d'entre eux assistaient l'évêque dans les diverses fonctions de cette splendide messe pontificale :
  • Prêtre assistant : R.P. Antoine de Fleurance, Père Gardien de Morgon,
  • Premier diacre d'honneur : M. l'abbé Olivier PARENT du CHATELET (FSSPX), collaborateur au prieuré Notre-Dame-du-Sacré-Coeur de Beaumont-Pied-de-Boeuf (53),
  • Second diacre d'honneur : R.P. Joseph, O.FM,
  • Diacre : M. l'abbé Vincent GELINEAU (FSSPX), économe-adjoint du District de France, 
  • Sous-diacre : M. l'abbé Louis-Marie GELINEAU (FSSPX), collaborateur au prieuré Notre-Dame-de-Fatima de Prunay (51), 
  • Grand cérémoniaire : Frère Ange-Marie, O.F.M., 
  • Porte-croix : M. l'abbé Michel Morille (FSSPX), collaborateur au prieuré Sainte-Jeanne-d'Arc de Bergerac (24).
Ordination du frère Cassien au diaconat
C'est le lundi 7 mai 2018 que frère Cassien, O.F.M., qui avait déjà prononcé ses voeux perpétuels le 11 Février 2018 en la fête des apparitions de Notre Dame à Lourdes, avait reçu le sous-diaconat des mains de Mgr Alfonso de Galarreta en charge des communautés amies.

Aujourd'hui il continue sa montée vers le sacerdoce en recevant du même pontife, qui est devenu entretemps Premier Assistant Général de M. l'abbé Davide Pagliarani, le diaconat.

Dans son sermon Mgr de Galarreta a insisté sur le rôle du prêtre chargé de délivrer toute la vérité du Verbum Christi, l'Evangile du Christ, et a regretté que l'Eglise officielle, ou plutôt l'Eglise concilaire a-t-il souligné, ne soit plus le garant de cette Vérité depuis que le Concile Vatican II a fait ses innombrables ravages.
L'ordination sacerdotale des frères Léon-Marie et Gilles-Marie et les premières bénédictions des nouveaux prêtres

Grand et terrible jour pour les frères Léon-Marie et Gilles-Marie qui deviennent, par leur accession au sacerdoce, des Alter Christus et qui devront porter la même croix que celle du Divin Maître. Avec le même abandon, la même détermination et le même amour que Celui qui a donné Sa vie pour notre Salut.

La famille catholique, celle où Dieu est premier servi... et où "non religieux" sont minoritaires...

Nous ne pouvions terminer ce reportage sans mentionner, dussent-ils en souffrir pour leur modestie, l'exemple de familes de la Tradition qui démontrent combien une vraie éducation catholique peut produire de beaux et de nombreux fruits.

C'est ainsi que sur les photos ci-dessus on peut voir qu'une même famille de onze enfants - celle de M. et de Mme Bernard GELINEAU - en a donné huit à l'Eglise : deux prêtres et deux frères dans la FSSPX, un capucin de Morgon , un bénédictin de Bellaigues, une moniale bénédictine de Perdechat et une soeur de la FSPX.

Mais...ce n'est pas tout ! Car la soeur de Mme GELINEAU a épousé M. MORILLE et de leur nombreuse famille sont issus un prêtre de la FSSPX - l'abbé Michel MORILLE -, une Dominicaine enseignante de Fanjeaux et une Clarisse de Morgon.

Qui dira combien de dévouement, combien de sacrifices, combien de don de soi, combien d'amour pour Notre Seigneur et pour Notre Dame il a fallu pour en arriver à cette "moisson" bénie de Dieu ?

De grandes grâces ont été dispensées en ce jour d'ordination où chacun a pu sentir une grande paix, une totale sérénité et une profonde joie totalement catholique.

Prions pour la persévérance des nouveaux ordonnés et demandons à Dieu de nous donner beaucoup de saintes vocations religieuses et sacerdotales.

Deo gratias!

[Paix Liturgique] Au service de la musique sacrée aux Etats-Unis

SOURCE - Paix Liturgique - n°661 - 22 septembre 2018

Pendant une semaine, Chicago a accueilli, fin juin 2018, le Colloquium de la Church Music Association of America (CMAA), le plus grand atelier de musique sacrée au monde : 201 participants, âgés de 14 à 80 ans, venus essentiellement des États-Unis, mais aussi de Corée du Sud, du Canada, du Nigeria, des Pays-Bas, de Grande-Bretagne, d’Australie, de Hong-Kong, de République dominicaine et du Paraguay. Pendant 6 jours, tous ont étudié, pratiqué et prié avec une assiduité et une ferveur remarquables.

C’était la 28ème édition de ce Colloquium qui, d’année en année, rassemble de plus en plus de musiciens, amateurs et professionnels, désireux de perfectionner leur art dans le plus parfait respect des règles liturgiques et des instructions romaines sur le chant sacré. Grâce à la bienveillance du Professeur William Mahrt et l’aide efficace de Janet Gorbitz, respectivement président et directrice générale de la CMAA, Paix Liturgique a pu suivre une journée de ce rendez-vous unique.


I – De l’importance du chant grégorien

« La musique et le chant sont plus qu’un embellissement (peut-être même superflu) du culte; en effet, ils font partie du déroulement de la liturgie, et ils sont eux-mêmes liturgie. Une musique sacrée solennelle, avec chœur, orgue, orchestre et chant du peuple, n’est donc pas un surplus qui accompagne et agrémente la liturgie, mais une façon importante de participer de façon active à l’événement cultuel.»
Benoît XVI, bénédiction du nouvel orgue de la "Alte Kapelle" de Ratisbonne, 14 septembre 2006
Depuis le motu proprio Tra le sollecitudini de saint Pie X, du 22 novembre 1903, qui marque un renouveau de la musique sacrée, spécialement la musique vocale grégorienne et polyphonique, jusqu’à l’enseignement de Benoît XVI, en passant par Musicæ Sacræ Disciplinæ de Pie XII et la constitution Sacrosanctum Concilium, l’enseignement pontifical du dernier siècle a très clairement établi l’importance de la musique sacrée et la nécessaire participation des fidèles au chant liturgique. Quand saint Pie X parlait de « participation », c’est d’ailleurs cela qu’il visait, comme le confirmera Pie XI : que les fidèles s’unissent au chant du Kyriale et des psaumes des vêpres, comme ils le faisaient jadis.

Dans un des textes peut-être les moins connus sur l’argument, la constitution Divini Cultus Sanctitatem du 20 décembre 1928, Pie XI fixait ainsi clairement la ligne annoncée par la «participation active » de saint Pie X dans Tra le sollecitudini : « Afin que les fidèles participent plus activement au culte divin, le chant grégorien doit être restitué au peuple, pour la part qui regarde le peuple. De fait, il importe absolument que les fidèles assistent aux sacrées fonctions non pas comme étrangers ou spectateurs muets mais que, littéralement saisis par la beauté de la liturgie, ils participent aux cérémonies – y compris aux processions solennelles conduites par le clergé ou les associations pieuses – de façon à alterner, selon les normes prévues, leur voix à celle du prêtre et de la chorale. Si cela se produit, alors nous ne verrons plus le peuple ne pas répondre ou répondre par un murmure indistinct aux prières communes proposées en langue liturgique ou vernaculaire. » (Divini Cultus Sanctitatem, paragraphe 9)

Bien entendu, depuis le Concile, c’est le paragraphe 116 de Sacrosanctum Concilium, la constitution sur la sainte liturgie (4 décembre 1963) qui, en principe, donne le la en matière musicale : « L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place. »

Toutes choses égales… Dans le climat d’abandon massif du latin et du grégorien, et même de la polyphonie de qualité, qui a immédiatement suivi Vatican II, rien d’étonnant donc à ce que la naissance d’associations vouées à la promotion du chant grégorien par la formation des clercs et des fidèles ait invoqué les passages de Sacrosanctum Concilium qui parlaient de latin, de grégorien et de chant polyphonique (à côté d’autres passages ouvrant les portes à « un emploi plus large de la langue du pays », paragraphe 54, et donc, à terme, aux chansonnettes). De fait, dès 1964, naissent deux initiatives cousines de part et d’autre de l’Atlantique : Una Voce en France et la CMAA aux États-Unis, en réaction contre l’effondrement de la musique sacrée, notamment la musique vocale grégorienne, et plus largement contre la vulgarité qui submergeait chant sacré et liturgie.


II – Brève histoire de la CMAA


C’est le très progressiste – liturgiquement, théologiquement et moralement parlant – bénédictin Rembert Weakland (1) qui fut choisi comme premier président de la Church Music Association of America (CMAA). Toutefois, dès 1966, lors d’un congrès organisé à Milwaukee, il fut écarté par ses pairs en raison de l’enthousiasme qu’il mettait à promouvoir la messe folk sous prétexte d’évangéliser les universités. 

Theodore Marier, fondateur de la manécanterie de l’archidiocèse de Boston, la seule des États-Unis, préside aux destinées de l’association de 1966 à 1970. À l’occasion du congrès de 1973, plus d’un millier de fidèles se pressent en l’église Sainte-Agnès de Saint-Paul, Minnesota, pour une messe solennelle. En 1974, la CMAA se réunit à Salzbourg, en Autriche, et élit le Father Robert Skeris, l’un de ses membres fondateurs, comme président.

Le nom de Robert Skeris, prêtre américain, n’est pas inconnu de nos lecteurs réguliers. Nous avons en effet eu cette année l’occasion d’évoquer sa figure à deux reprises : dans notre lettre 628 consacrée au grand musicologue hongrois Laszlo Dobszay et dans notre lettre 653 sur la communauté traditionnelle de Milwaukee, au Wisconsin. Non seulement le P. Skeris a longtemps célébré la liturgie traditionnelle pour les fidèles de Milwaukee mais a aussi été le célébrant de la première messe traditionnelle solennelle célébrée à Budapest après la réforme liturgique.

C’est en 1991 qu’est organisé le premier Colloquium de musique sacrée, au Christendom College, pépinières de vocations sacerdotales, en Virginie. Le programme comportait à la fois des sessions de chant grégorien et de polyphonie, quelques conférences magistrales et la célébration de liturgies solennelles. En 2008, au lendemain du motu proprio de Benoît XVI, le Colloquium intègre la forme extraordinaire du rite romain à son programme liturgique. Depuis les années 2000, c’est le musicologue William Mahrt, professeur à Stanford et éditeur de Sacred Music, la plus ancienne revue de musique sacrée des États-Unis, qui préside aux destinées de l’association. La CMAA est en effet également l’éditeur de nombreux documents et supports pour la diffusion du chant grégorien et de la polyphonie en paroisse.


III – Les réflexions de Paix Liturgique


1) Dans un article exclusif pour notre édition italienne (voir ici), le maestro Aurelio Porfiri expliquait en 2016 en quel sens l’art, y compris l’art liturgique, est élitiste, élitiste par exigence : « Entendons-nous bien, il ne s’agit pas d’un élitisme par exclusion, d’un savoir gnostique réservé à quelques-uns. Pas du tout. L’art est élitiste dans la mesure où ses processus de création et de production exigent une préparation spécifique à laquelle tous ceux qui se dévouent à la musique, à la peinture ou à la sculpture doivent se consacrer avec beaucoup de sérieux et de persévérance. » C’est très précisément ce qu’offrent les ateliers du Colloquium : une préparation spécifique à l’art du chant grégorien et de la polyphonie. 
Chaque jour, sous la direction d’un musicien qualifié, les participants travaillent le chant grégorien le matin, et une polyphonie de haute qualité l’après-midi. Il ne s’agit pas simplement d’ateliers mais de répétitions d’une chorale qui chante durant les fonctions liturgiques organisées pendant le Colloquium. Cette année, six chorales de grégorien ont pu être organisées et quatre de polyphonie. Les participants sont répartis dans ces chorales de façon à permettre à chaque directeur de chœur de travailler des morceaux du propre et de l’ordinaire en fonction du niveau du groupe qui lui est confié.
Chaque participant a donc à la fois la possibilité de chanter plusieurs fois au cours de la semaine mais aussi de pratiquer l’écoute active quand chante un autre chœur pour enrichir sa compréhension, sa sensibilité et ses connaissances.

2) L’une comme l’autre forme de la liturgie romaine sont chantées au cours de la semaine. Cette année, trois messes en forme extraordinaire ont été célébrées, dont une messe de Requiem, et trois messes en forme ordinaire, orientée bien entendu. Évolution ethnique des États-Unis oblige, une partie de la liturgie ordinaire est en espagnol, outre l’anglais. Les Ordinaires et autres évêques du lieu où se tient le Colloquium sont toujours le bienvenu pour l’une ou l’autre des cérémonies. Ainsi, Mgr Perry, évêque auxiliaire de Chicago et grand ami de la forme extraordinaire, a célébré la messe d’ouverture (forme ordinaire). L’aumônier de la CMAA, le RP Robert Pasley est le curé de la paroisse Mater Ecclesiæ de New Berlin, dans le New Jersey. Ce lieu de culte, élevé au rang de paroisse au moment du motu proprio de Benoît XVI, est en fait le premier lieu de culte tridentin 100% diocésain des États-Unis : établi sous le régime du motu proprio Ecclesia Dei adflicta par l’évêque de Camden, le 13 octobre 2000, il est depuis cette date et par volonté expresse de l’évêque, desservi exclusivement par le clergé diocésain.

3) Il est vraiment édifiant de voir tous ces hommes et ces femmes qui se dévouent si pleinement à la musique sacrée grégorienne et polyphonique avec une telle exigence de perfection. La cohabitation studieuse et complice entre musiciens professionnels et amateurs est également admirable. Il faut dire que la motivation des uns n’a rien à envier à celle des autres : 
- parfois esseulés dans leurs paroisses face au reste de l’équipe liturgique, voire face à leur curé, les musiciens amateurs souhaitent ardemment contribuer à restaurer la vie liturgique de leurs communautés ;
- quant aux professionnels, leur désir de devenir toujours plus compétents dans l’exercice de leur métier est soutenu par leur foi sincère.
Comme l’écrivait un participant de retour du Colloquium, « dans l’Église d’aujourd’hui, il existe souvent une fausse dichotomie entre le musicien professionnel et le disciple fidèle : de nombreux participants que j’ai rencontrés étaient la preuve vivante que la compétence professionnelle et la piété sont à la fois possibles et nécessaires ».
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(1) Bénédictin américain, promoteur de la réforme liturgique, archevêque bénédictin de Milwaukee de 1977 à 2002, contraint de reconnaître avoir prélevé 450 000 dollars sur les fonds diocésains pour taire la révélation d’une longue relation homosexuelle entretenue avec l’un de ses anciens étudiants.

[Wigratzbad (blog) - FSSP] Première messe solennelle de l'abbé Kegelin

SOURCE - Wigratzbad (blog) - FSSP - 24 septembre 2018
Ordonné prêtre le 23 juin dernier, l'abbé Jean-Antoine Kegelin a célébré sa première messe solennelle le 6 juillet à Ebersmunster en Alsace, sa région d'origine. Le prêtre assistant était son propre frère, l'abbé Louis-Dominique Kegelin, prêtre depuis neuf ans et responsable de notre apostolat de Saint-Etienne. Depuis lors notre nouveau prêtre a rejoint sa première affectation, la maison du district de France, à Bourges.

17 septembre 2018

[FSSPX Actualités] Mgr Fellay : carnets d’un apostolat au bout du monde

SOURCE - FSSPX Actualités - 15 septembre 2018

Mgr Bernard Fellay a quitté la charge de Supérieur général, mais il n’est pas pour autant en retraite anticipée ! En « tournée apostolique » en Asie du Sud-Est, du 30 août au 12 septembre 2018, l’actuel Conseiller général de la Fraternité a bien voulu confier, en exclusivité pour FSSPX.Actualités, ses notes personnelles prises sur le vif, rédigées lors d’un périple aussi riche en grâces qu’en milliers de kilomètres…

Je suis arrivé ce 30 août aux Philippines, à Cebu, reçu par l’abbé Emerson Salvador, un prêtre philippin en poste à Iloilo. Cebu est actuellement la deuxième ville du pays au niveau économique, mais historiquement, c’est ici que le christianisme a commencé et s’est développé. 

Le soir même, je peux célébrer la sainte Messe dans notre chapelle, en présence de nos fidèles. 

Le lendemain, en la fête de sainte Rose de Lima, un bateau m’emmène de bon matin sur l’île de Poro, dans l’archipel des Camotes, où sont prévues des confirmations à 10h, au sein d’un groupe de fidèles récents, mais toujours plus nombreux. 

La pluie battante me surprend alors - ayant laissé manteau et parapluie à l’hôtel -, elle décourage par sa force plusieurs fidèles d’assister à la cérémonie, mais ils sont tout de même 80 à avoir bravé les intempéries. 

Après la cérémonie, un repas local et convivial nous est servi : crabes et pila pila font ici bon ménage avec des escargots de mer, mets très prisés des autochtones. 

Le 1er septembre, de retour à Cebu, j’ai la joie de conférer le sacrement de confirmation à 44 fidèles devant une assistance nombreuse. Heureusement, le temps semble devenu plus clément : il ne fait « plus » que 34°C… 

Dans l’après-midi, c’est à bord d’un bombardier Q400 que je m’envole pour Iloilo, où l’abbé Coenraad Daniels me reçoit et me conduit dans la majestueuse église du noviciat que les lecteurs de FSSPX.Actualités connaissent bien. 

Le lendemain, dimanche 2 septembre, 16 personnes deviennent, à leur tour, soldats du Christ, en recevant le sacrement de confirmation. 

Lundi 3 septembre, fête de saint Pie X. Lever à 4h45 - un peu plus tôt qu’un jour de fête dans les prieurés de notre chère Fraternité -, car il faut se hâter de partir, une fois de plus, pour l’aéroport où un avion matinal doit me conduire à Davao, au sud des Philippines, sur l’île de Mindanao. 

Nous avons là-bas notre Prieuré, ainsi qu’une communauté de Sœurs oblates, qui devrait bientôt être érigée en noviciat. 

J’en profite pour visiter la Domus Mariae où est le secrétariat de la Milice de l’Immaculée, association qui compte actuellement 58.000 membres aux Philippines, dont 3.000 chevaliers ! 

L’après-midi au Prieuré, a été organisée une rencontre de trois heures - en mode questions/réponses - sur la crise, avec deux groupes de jeunes intéressés par la défense de la foi. 

Il s’agit de groupes qui viennent de l’Eglise officielle. Ils sont très actifs et apostoliques : allant dans les lieux publics et y disputant contre les sectes protestantes qui sont une véritable plaie dans le pays. 

Après avoir eu à peine le temps de souffler, j’ai la joie de conférer 26 confirmations, et de célébrer la messe de la fête de saint Pie X, devant 180 fidèles. 

Le 4 septembre, la matinée est occupée par un voyage en pickup pour General Santos. La route est toute neuve, comme une autoroute à quatre voies non séparées, mais très mal faite, tout en béton, très irrégulière, elle nous secoue sans ménagement, mes confrères et moi, comme des sacs de pommes de terre... 

J’arrive à General Santos vers midi, où je découvre notre nouvelle église, qui n’est pas encore achevée, mais qui peut déjà accueillir plus de 500 fidèles : c’est là que l’ACIM - qui a collaboré à la construction - possède son quartier général et ses bureaux. 

Le soir, je procède à 38 confirmations suivies de la messe solennelle de la Sainte Trinité. Ensuite, un repas est servi dans des abris provisoires, destinés à devenir, avec le temps, des locaux destinés à l’enseignement du catéchisme. 

La communauté des fidèles de General Santos compte environ 400 personnes, dont 220 assistent régulièrement à la messe dominicale. 

Mercredi 5 septembre : lever à 4h20. Des fidèles viennent me chercher à 5 heures pour me conduire à l’aéroport, afin de prendre l’avion qui doit me conduire au nord de Mindanao, à Cagayan-de-Oro. 

Réception splendide à l’aéroport avec une banderole de bienvenue, à mon nom. Les confirmations sont prévues à 17h : 57 personnes, en grande majorité des jeunes, reçoivent ce sacrement, et assistent ensuite, en compagnie de 200 fidèles, à la messe solennelle dans une salle de gymnastique louée pour l’occasion. 

Après un « petit en-cas » - qui se révèle être un repas de fête - et plusieurs séances de photos qui m’ont paru interminables, je rentre à l’hôtel un peu avant 22h, sachant que le lendemain il me faudra partir à 4h30 pour la prochaine destination : Tacloban. 

Après un voyage d’une journée en avion puis voiture, je célèbre la messe le soir, à Bato, où se trouve notre centre de messe. Le lendemain, j’ai la joie d’imprimer le caractère de soldat de Jésus-Christ dans l’âme de 42 confirmands : des jeunes pour la plupart, une fois encore. 

J’ai trouvé la communauté de Bato très attachante : la plupart de nos fidèles sont des gens simples et vrais, issus de la campagne, très dévots et bien instruits. 

Le lendemain, 8 septembre, en la fête de la Nativité de la Vierge, je m’envole à 5h15 pour Manille, qui marquera la fin de mon périple philippin. Dans la capitale, 37 confirmands viendront recevoir l’onction du Saint-Chrême sur leur front, au milieu d’une assistance de 400 fidèles. 

Le soir même il me faut partir pour l’Indonésie - pour Balikpapan, plus exactement - où le lendemain, 18 fidèles recevront le sacrement de confirmation. 

Le 11 septembre, ultime escale de mon apostolat estival en Asie, à Singapour afin de conférer une fois de plus - mais toujours avec la même joie - une vingtaine de confirmations et faire plus ample connaissance avec les fidèles attachés à notre chère Fraternité. 

Enfin, c’est vers 2h du matin, le 12 septembre 2018, que je m’envole de Singapour pour Zürich, épuisé, mais heureux d’avoir pu apporter la Tradition au bout du monde, à des âmes ardentes qui ont soif de Jésus-Christ et de son Eglise. 

Seigneur, donnez de saints prêtres missionnaires à notre Fraternité ! 

[FSSPX Actualités] Prises de soutane au séminaire de la Fraternité Saint-Pie X en Argentine

SOURCE - FSSPX Actualités - 17 septembre 2018
Dans la matinée du dimanche 16 septembre 2018, lors de la grande messe de 10 heures, l’abbé Álvaro Calderón, sous-directeur du séminaire Notre-Dame Corrédemptrice de la Reja (Argentine), a donné la soutane à sept séminaristes de la première année de spiritualité.

Dans son homélie, le célébrant a évoqué devant les séminaristes l'amour pour le sacerdoce et le détachement du monde que signifie la soutane. Ce sobre vêtement ecclésiastique manifeste leur consécration à Dieu.

Les séminaristes sont au nombre de sept : 3 Brésiliens, 2 Argentins, 1 Espagnol, 1 Mexicain.

Dans moins d’un mois, le 6 octobre, auront lieu les cérémonies de la tonsure, des ordres mineurs et du sous-diaconat. Ces ordres, qui sont autant de degré vers le sacerdoce catholique, seront conférés par Mgr Bernard Fellay, évêque auxiliaire et conseilller général de la Fraternité Saint-Pie X.

[Michel-Félix Tremblay - Radio Canada] Le retour de la messe en latin à Matane?

SOURCE - Michel-Félix Tremblay - Radio Canada - 17 septembre 2018

Un groupe catholique ultra-conservateur pourrait occuper l'église Saint-Jérôme de Matane, qui est menacée de fermeture.

La Fraternité sacerdotale Saint-Pierre (FSSP) a été approché par un groupe de citoyens de Matane qui souhaite éviter la fermeture du bâtiment. La Fabrique Coeur-Immaculé-de-Marie a annoncé que la dernière messe serait célébrée le 7 octobre.

Joint au téléphone, un responsable de la FSSP a confirmé que l'église Saint-Jérôme pourrait constituer une option intéressante. Par contre, rien ne pourra se faire sans la permission de l'Archevêque de Rimouski, Monseigneur Denis Grondin.

Cette fraternité est présente dans une vingtaine de pays et célèbre la messe en latin, dos aux fidèles, dans plus de 200 églises dans le monde, dont l'église Saint-Zéphirin-de-Stadacona, à Québec.

Ses membres sont hostiles aux changements apportés par le concile de Vatican II en 1963. Ils prônent des valeurs traditionnelles et conservatrices, entre autres concernant l'homosexualité et la place des femmes.

À cet égard, on peut lire sur le site web de la FSSP de Québec que le Cercle des Gentlemen catholiques tient des rencontres, essentiellement masculines, à l'église Saint-Zéphirin. Dans une invitation publiée en 2015, il est écrit que l'intrusion des filles dans le sanctuaire n'a fait qu'accroitre le désintérêt de la gente masculine pour le service liturgique.

On y lit aussi qu'il convient aux hommes de remettre à l'honneur la pratique de vertus essentiellement masculines en vue d'exercer un authentique leadership dans l'Église.

Pour le spécialiste des nouvelles formes religieuses, Alain Bouchard, les valeurs véhiculées par la Fraternité sacedotale Saint-Pierre se rapprochent du Québec des années 1940 et 1950.
Si on avait à mettre une échelle d'intensité et de rapport à la tradition, on pourrait parler d'ultra-conservatisme. 
Alain Bouchard, coordonnateur, Centre de ressources et d'observation de l'innovation religieuse, Université Laval
Alain Bouchard observe que les groupes conservateurs sont ceux qui obtiennent le plus de succès actuellement au sein de l'Église catholique.
Cette structure là est réconfortante pour certains, donc ils vont avoir tendance à laisser leur emploi ou quitter leur patelin pour se rapprocher de l'environnement de ce groupe là.
Alain Bouchard, coordonnateur, Centre de ressources et d'observation de l'innovation religieuse, Université Laval
Monseigneur Grondin a refusé nos demandes d'entrevues et n'a pas voulu indiquer si l'option de céder la gestion de l'église à une fraternité constituait une option valable.
La Ville de Matane ne chauffera pas l'église cet hiver
Récemment, la Fabrique Coeur-immaculé-de-Marie a demandé à la Ville de Matane de payer les coûts de chauffage de l'église pendant l'hiver. L'objectif est que le bâtiment ne se détériore pas pendant que la Ville étudie la possibilité d'y aménager une salle de spectacle, ou tout autre projet.

Le maire Jérôme Landry a rapidement fermé la porte à une implication financière de la Ville.
On n'est pas propriétaire donc ce serait difficile de payer le chauffage. 
Jérôme Landry, maire de Matane
Le maire souhaite que la Fabrique maintienne un minimum de chauffage cet hiver et espère qu'un projet permette de sauver le bâtiment bientôt. La Ville pousuit sa réflexion quant à la possibilité de convertir la plus vieille église de Matane en salle de spectacle, comme le souhaite la Fabrique.

13 septembre 2018

[Abbé Christian Thouvenot - FSSPX Actualités] Histoire de la démission de Mgr Lefebvre

SOURCE - FSSPX Actualités - 11/13 septembre 2018

Lors de sa réception à l’Académie française, le 15 décembre 2005, l’anthropologue et philosophe René Girard a prononcé l’éloge de son prédécesseur, le dominicain Ambroise-Marie Carré. En une courte phrase, il a décrit « tout ce que le chaos post-conciliaire dilapidait – le sens du péché, l’engagement sans retour, l’amour du dogme catholique, le mépris des polémiques vaines » (René Girard et Michel Serres, Le Tragique et la Piété, le Pommier, 2007, pp. 14-15.). Il a aussi évoqué ces « activités brouillonnes » auxquelles tout un clergé s’adonna avec passion, « à l’époque où tous les ambitieux mettaient une majuscule au mot “contestation” ». Nous étions en 1968.

Il y a cinquante ans, au milieu de « la rage de chambardement déclenchée par le Concile », un homme eut la lourde tâche de convoquer un Chapitre de mise à jour de sa congrégation religieuse afin de l’adapter à l’air du temps. Monseigneur Marcel Lefebvre était alors le Supérieur général des Pères du Saint-Esprit et, au milieu du chaos dilapidateur, des activités brouillonnes, de la contestation et du chambardement, il préféra se retirer.

L’histoire de la démission forcée du Supérieur de l’une des plus importantes congrégations religieuses de l’Eglise est une page révélatrice de la crise que celle-ci traverse.
Largement élu six ans plus tôt

En 1968, Mgr Lefebvre est Supérieur de sa congrégation depuis six ans. Elu largement par ses pairs le 26 juillet 1962, dès le second tour de scrutin, le pape Jean XXIII agrée l’élection deux jours plus tard. L’ancien archevêque de Dakar, devenu évêque de Tulle six mois plus tôt, quitte son diocèse de Corrèze et s’installe à Paris, rue Lhomond, alors siège de la Maison généralice des Pères Spiritains. Assistant au trône pontifical et membre de la Commission préparatoire du concile Vatican II, son élection à la tête de sa congrégation coïncide avec l’ouverture de cette assemblée. Tout au long des cinq sessions du Concile, il tiendra au courant les membres de sa famille religieuse de l’évolution des débats, des textes adoptés, des décisions prises.

La présente étude n’entend pas reprendre l’ensemble des interventions de Mgr Lefebvre au Concile. Le lecteur les trouvera réunies dans le volume J’accuse le Concile (éditions Saint-Gabriel, 1976). Mais il s’agit de comprendre comment, en l’espace de six années, la situation était devenue inextricablement intenable. Élu en 1962, Mgr Lefebvre hérite en effet d’une situation délicate, qui laisse entrevoir toute la difficulté qu’il y a à gouverner un institut en proie aux tiraillements et aux remises en question de l’après-guerre. 
Un mandat par vent contraire
Des clivages et une ambiance délétère se sont développés, surtout en France, et particulièrement à Chevilly-Larue, le principal scolasticat de la congrégation. Les auteurs modernisants et les expériences d’auto-gestion et d’auto-formation s’y développent dangereusement. Mgr Lefebvre entreprend d’y mettre un terme. Il exige la purge de la bibliothèque où l’on trouve les ouvrages condamnés du père Congar et du père Chenu. Il mute le père Fourmond qui prétendait supprimer l’apologétique et le traité de la Vierge Marie de son cours de théologie. Au printemps 1963, il adresse des directives précises aux Supérieurs des grands scolasticats, les enjoignant « d’écarter des postes de professeurs tous ceux qui seraient imbus d’idées modernistes ». Il les exhorte à user de discernement dans le choix des prédicateurs de retraite, des conférenciers, des revues : « Nous devons éviter tout ce qui tend à miner le respect de l’Eglise, du pape, tout ce qui minimise la vérité historique des Ecritures, la valeur de la Tradition, les notions fondamentales de la morale et du péché, de la responsabilité personnelle ; éviter l’envahissement de l’esprit du monde dans les communautés religieuses » (Mgr Bernard Tissier de Mallerais, Marcel Lefebvre, une vie, Clovis, 2002, p. 365).

Mgr Lefebvre renouvelle le corps professoral des scolasticats, en particulier les préfets des études. En philosophie, il dénonce « le grand mal de notre époque, qui est l’idéalisme et le subjectivisme. Seule, la philosophie thomiste nous donne la connaissance du réel ». En théologie, il insiste « sur l’importance du magistère, sur la Tradition et ses relations avec le ministère des sacrements et du sacrifice ». Il prescrit la lecture des principales encycliques et documents pontificaux de Pie IX à nos jours, spécialement ceux de saint Pie X. 

En liturgie, il recommande de s’en tenir aux prescriptions romaines, d’éviter « tout ce qui vient d’initiatives personnelles de soi-disant liturgistes », de garder la langue de l’Eglise, de ne jamais mêler la paraliturgie à la liturgie, de ne pas célébrer la messe face au peuple, de ne pas communier debout.
Un vent de réforme qui devient tornade
A la fin de l’année 1963, il insiste à nouveau sur la situation très préoccupante qui règne dans certaines maisons spiritaines. Mgr Tissier de Mallerais relève le tableau ahurissant que le prélat en dresse : « Ruine de l’autorité, liberté effrénée, droit de tout juger et critiquer, absence d’humilité. Plus de respect pour les confrères, pour l’autorité et pour eux-mêmes. Plus de modestie dans la tenue, dans les regards, dans les lectures et la T.V. (…) Le mépris des traditions. L’abandon du latin, du chant grégorien. L’abandon de la philosophie et de la théologie scolastiques ».

Malheureusement, si Mgr Lefebvre est lucide sur la situation, il manque cruellement d’hommes décidés, capables de mettre en œuvre les réformes nécessaires. Si, à Chevilly, il a accepté la démission du recteur et le remplacement de trois professeurs, le nouveau recteur, nommé à la rentrée 1964, reconnaîtra avoir trahi sa confiance : « Je l’ai trompé en adoptant des méthodes qui n’étaient pas les siennes : les scolastiques étaient mes frères, pas mes inférieurs ! » Cette attitude est révélatrice du manque de capacité à exercer « une autorité vraiment paternelle, c’est-à-dire forte et formatrice, et à résister à l’engouement pour la nouvelle théologie et les méthodes pédagogiques révolutionnaires » (Mgr Tissier, p. 368).

Dans ces années du Concile, la direction que Mgr Lefebvre entend insuffler est de plus en plus ouvertement contestée au sein même de sa congrégation et sous la pression des autres évêques, surtout français.
Un Supérieur contesté

Membre du Cœtus internationalis Patrum, cette réunion de Pères conciliaires conservateurs qui s’efforcent de contrecarrer les menées progressistes et de résister aux imprécisions et opinions erronées qui s’expriment dans l’aula, Mgr Lefebvre ne fait pas l’unanimité chez les siens. Beaucoup regrettent que le Supérieur général de leur congrégation prenne partie en s’opposant aux novateurs. D’autant qu’il n’est pas le seul évêque spiritain à participer au Concile.


Ils sont quarante-six évêques spiritains à participer aux sessions. Onze d’entre eux, tous de langue française, font part de leur malaise grandissant au fur et à mesure que leur supérieur s’affirme comme une voix discordante. Ils élaborent un document où ils évoquent les « réflexions désobligeantes » qu’ils entendent de la part des évêques et cardinaux français présents à Rome, dont beaucoup séjournent d’ailleurs au Séminaire français. Le 30 novembre 1963, ces onze évêques exposent leurs griefs à Mgr Lefebvre, lui reprochant pêle-mêle son soutien à Verbe, la revue de la Cité catholique, ses critiques contre le journal La Croix, l’organe des évêques de France, sa lettre sur le port de la soutane, qui ne correspond guère à l’air du temps puisqu’elle va à rebours des dispositions de l’épiscopat français autorisant le clergyman, le départ du père Lecuyer du Séminaire romain, ou encore le choix du chanoine Berto, qui n’est pas spiritain, comme conseiller théologique pour l’assister au Concile. Enfin, ils lui reprochent ses prises de position publiques au Concile (cf. Philippe Béguerie, Vers Ecône, Desclée de Brouwer, 2010, pp. 255-257).

Ses rappels sur l’esprit sacerdotal, la nécessité de la prière, la vie religieuse et apostolique, ses mises en garde contre le communisme, le laïcisme et le matérialisme ne correspondent pas davantage à l’esprit qui anime l’aggiornamento conciliaire.

L’heure est à la remise en cause générale des méthodes d’apostolat et d’organisation missionnaire. Outre les innovations liturgiques et l’ouverture inconditionnelle à toutes les formes d’expérience, les religieux s’enthousiasment pour la psychologie et la psychanalyse. Le maître mot consiste à rechercher l’épanouissement personnel, comme l’explique bien Luc Perrin dans son étude (« Mgr Lefebvre, d’une élection à une démission », in Histoire, monde et cultures religieuses, n° 10, juin 2009, p. 165). Emblématique est la crise que traverse la province spiritaine de Hollande, où se vident en quelques années scolasticats, noviciats et séminaires. L’habit, les règles, les prières communes, la liturgie, l’émission et la fidélité aux vœux : tout est abandonné ou transformé (cf. Côme de Prévigny, « Mgr Lefebvre : d’un chapitre à l’autre », in Fideliter n°244, p. 74). Un vent révolutionnaire souffle désormais.
Pour un véritable aggiornamento
Pour l’heure, Mgr Lefebvre s’engage loyalement, après la promulgation du décret Perfectae caritatis le 28 octobre 1965, dans la réforme de sa Congrégation. La circulaire qu’il signe le 6 janvier 1966 enjoint les supérieurs locaux de faire étudier les textes conciliaires et de rassembler les suggestions qu’ils suscitent en vue d’un Chapitre général administratif. Dans ce but, il crée quatre commissions pour préparer les réformes de la législation, de la formation, de la discipline religieuse et de l’apostolat. Mais, toutes ces réformes, il entend les conduire pour favoriser un « véritable aggiornamento de la congrégation dans le sens des vertus religieuses ».

Alors que l’on parle couramment « d’auto-éducation et d’auto-formation », Mgr Lefebvre s’élève avec force contre cette « démission de l’autorité dans ce qui est le propre de sa fonction », contre « le manque de réalisme, qui aboutit au désordre, à l’indiscipline et est une prime donnée aux audacieux et aux têtes fortes, qui a pour conséquence le mépris des bons sujets, humbles et soumis ».

« Notre aggiornamento, faisons-le non dans le sens d’un néo-protestantisme destructeur des sources de sainteté », mais « enflammés des saints désirs qui ont animé tous les saints qui ont été des réformateurs, des rénovateurs parce qu’ils ont aimé Notre-Seigneur sur la Croix, exerçant l’obéissance, la pauvreté, la chasteté ; ils y ont acquis un esprit de sacrifice, d’oblation, de prière qui les a transformés en apôtres » (Mgr Tissier, p. 387).

Malgré le souci de contrôler la portée des réformes conciliaires, un laisser-aller général se répand dans la congrégation. C’est d’abord la discipline de la vie religieuse qui est atteinte, mais aussi de nombreux abandons et le manque de persévérance des candidats, la dépréciation de la vie de prière et de la contemplation au profit de l’activisme dans la réalisation des œuvres. Pour pallier cette situation, Mgr Lefebvre élabore au début de l’année 1967 un projet ambitieux afin de mieux former les membres et de mieux les préparer au sacerdoce et à la vie religieuse missionnaire.

Cependant, la préparation du Chapitre va bon train. Il en confie le bon déroulement et les travaux au Padre Pio auquel il rend visite le lundi de Pâques 1967. Le saint capucin voyait d’un mauvais œil les changements qui devaient conduire sa propre famille à rédiger de nouvelles constitutions. Le 12 septembre 1968, il devait écrire au pape Paul VI ces lignes qui en disent long : « Je prie le Seigneur que l’Ordre des capucins continue dans sa tradition de sérieux et d’austérité religieuse, de pauvreté évangélique, d’observance de la Règle et des Constitutions, tout en renouvelant dans la vitalité et l’esprit intérieur selon les directives du concile Vatican II ». Autant vouloir résoudre la quadrature du cercle… Cette attitude révèle le déchirement que connaissent tant de catholiques dans ces années-là.
L’année de tous les dangers

Le 7 mars 1968 paraît dans l’hebdomadaire Rivarol un article de Mgr Lefebvre intitulé : « Un peu de lumière sur la crise actuelle de l’Eglise ». Cette prise de position provoque des remous parmi les membres de la congrégation du Saint-Esprit. Le Supérieur général y dénonce les « doctrines qui mettent en doute les vérités jusqu’ici estimées comme les fondements immuables de la foi catholique », et se montre consterné de les voir se répandre à l’intérieur de l’Eglise par l’action de ses ministres. Il rappelle le fondement divin de l’institution de l’Eglise et l’assistance du Saint-Esprit promise au magistère pour repousser les erreurs et les hérésies. Il fustige les « efforts conjugués des communistes et des francs-maçons pour modifier et le magistère et la structure hiérarchique de l’Eglise ». Aux yeux de ceux-ci, le collégialisme et l’esprit de démocratisation sont le grand moyen de « ruiner la foi en corrompant le magistère de l’Eglise, (d’) étouffer l’autorité personnelle en la rendant dépendante de multiples organismes qu’il est beaucoup plus aisé de noyauter et d’influencer ».

Mgr Lefebvre rappelle comment le Christ a demandé à des personnes, les Apôtres, de paître son troupeau et non à une collectivité. Le magistère ne saurait être soumis à des majorités. Sur le plan de l’enseignement comme du gouvernement, la collégialité paralyse l’autorité et affadit le sel de l’Evangile : « Il a fallu arriver à notre temps pour entendre parler de l’Eglise en état de Concile permanent, de l’Eglise en continuelle collégialité. Les résultats ne se sont pas fait attendre longtemps. Tout est sens dessus-dessous : la foi, les mœurs, la discipline ». Les effets se font déjà sentir : « La puissance de résistance de l’Eglise au communisme, à l’hérésie, à l’immoralité a considérablement diminué ».

Pour lucide et clairvoyant qu’il soit, l’article est âprement discuté dans la congrégation et vaut à son auteur ou au Provincial de France plusieurs courriers de protestation. Au séminaire de Chevilly, directeur, professeurs et étudiants font part de leur malaise et de leur rejet. Le père Hirtz, conseiller général, écrit le 12 avril au père Morvan, Provincial de France, combien il comprend et partage les diverses réactions qui se sont manifestées. Il estime que les déclarations du Supérieur général, qui s’exprime publiquement dans un journal « classé », « causent un préjudice grave, sèment la division et le désarroi parmi les membre de la Congrégation et, hélas, compromettent la réussite de notre prochain Chapitre général » (Béguerie, p. 405).
L’ouverture du Chapitre 
C’est dans cette atmosphère que s’ouvre le Chapitre général à Rome, le dimanche 8 septembre 1968.

Au cours de son compte-rendu, Mgr Lefebvre propose plusieurs réformes, comme de donner aux Assistants et Conseillers généraux davantage de responsabilités, de réorganiser les provinces, de reculer la date de la profession religieuse, d’admettre des aspirants missionnaires non religieux, etc. Il présente aussi la démission du Conseil général, mais cela ne saurait signifier que la congrégation se retrouve sans tête.

En fait, le Chapitre devait être purement administratif, les supérieurs ayant été élus en 1962 pour un mandat de douze ans. Mgr Lefebvre entendait s’y tenir mais à partir de 1967 il envisage l’éventualité de présenter sa démission. Après une entrevue avec le cardinal Antoniutti, préfet de la Congrégation des Religieux, le 14 mars 1968, il écrit à ce dernier le 7 mai sa décision de se démettre de ses fonctions. En effet, il lui aurait été difficile de se maintenir alors que ses Assistants lui annonçaient leur intention de démissionner dès l’ouverture du Chapitre, "quoi qu’il arrive" (Perrin, p. 167). 

Dès la première séance de travail, le lundi 9 septembre, les capitulants neutralisent les pouvoirs du Supérieur général dans la conduite du Chapitre. Pour ce faire, ils abolissent d’abord la règle de la majorité des deux tiers prévue par les Constitutions. Une majorité absolue suffit alors pour adopter la motion suivante qui relègue le Supérieur général à un rôle de président d’honneur tandis que la direction est confiée à une commission centrale élue. Mgr Lefebvre proteste en demandant que le Supérieur général soit président de droit de cette Commission chargée de conduire les travaux du Chapitre. Finalement, sa demande est rejetée par 63 voix contre 40 le mercredi 11 septembre. Un véritable camouflet.

Par contre, les capitulants acceptent par 54 voix contre 52 la présence du Secrétaire général. Quelles que soient les dénégations postérieures, il était clair que le Chapitre s’organisait de manière démocratique afin de « se réformer en profondeur par un retour à l’Evangile, aux fondateurs, et par une adaptation adéquate au monde d’aujourd’hui » (rapport du Père Morvan sur le départ de Mgr Lefebvre). 

À 11h30, le premier Assistant annonce qu’il préside la séance tandis que Mgr Lefebvre quitte le Chapitre. Les travaux se poursuivent dans une atmosphère particulière. Le règlement en vigueur est suspendu ; le secret des délibérations aboli ; le noviciat est remplacé par des temps de formation spirituelle et des stages ; l’obéissance cède le pas à la coresponsabilité, au dialogue, au travail en équipe et à la dynamique de groupe ; la mission devient « dialogue de salut » dans l’esprit œcuménique du moment. Quelques étudiants et jeunes pères lancent un appel au Chapitre en tant qu’« experts de la mentalité des jeunes », et cet appel est reçu par un vote favorable (Béguerie, p. 442). 

Le 30 septembre, à l’assemblée générale de 16h, Mgr Lefebvre réapparaît et lit un texte qu’il a préparé lors d’un séjour à Assise, où il s’était retiré pour réfléchir et prier. Il exhorte ses confrères à demeurer fidèles à l’esprit du Père Libermann et à rechercher la sainteté qui est essentiellement apostolique. Les moyens pour y parvenir sont « la vie religieuse et la vie de communauté, qui réalisent la vie d’abnégation, la vie d’oraison, la vie de charité fraternelle… » Il regrette l’état d’esprit qui se répand et conduit à rejeter ces moyens : « contre la vie d’obéissance, de prudence vis-à-vis du monde, de véritable détachement des biens et facilités de ce monde, contre les réalités de la vie de communauté qui nous mortifient et nous obligent à la pratique de la charité, qui nous invitent à la vie de prière et d’oraison, leur individualisme, leur égoïsme, leur soif de liberté, d’indépendance, a prévalu ».

Le 4 octobre, le Supérieur général démissionnaire se rend à la Sacrée Congrégation des Religieux. En l’absence du Préfet, le cardinal Antoniutti, il est reçu par Mgr Mauro, le nouveau secrétaire. Mgr Lefebvre lui explique comment il n’est plus membre d’aucune commission et qu’il se retrouve simple spectateur de la révolution en cours. Le secrétaire lui répond : « Vous comprenez, après le Concile, il faut comprendre… Je vais vous donner un conseil que j’ai donné, justement, à un autre Supérieur général qui est venu me faire les mêmes réflexions : “Allez donc, lui ai-je dit, faire un petit voyage aux Etats-Unis, cela vous fera du bien”. Quant au Chapitre et même aux affaires courantes, laissez-les au soin de vos Assistants ! » (Mgr Tissier, p. 396). L’autorité du Supérieur général s’effondre parce qu’elle n’est pas soutenue. Il n’y a plus qu’à jeter l’éponge. La messe est dite !
Pour l’honneur de Mgr Lefebvre
Au cours du Chapitre, rares furent ceux qui prirent la défense de Mgr Lefebvre et de l’autorité du Supérieur général. Luc Perrin cite la belle déclaration du Père brésilien Cristovao Arnaud Freire, prononcée le 20 septembre : « Le but du Chapitre est l’adaptation, non la destruction… Il est surprenant d’entendre des critiques contre le Pape, les évêques et les Supérieurs, de la part de prêtres qui sont parmi nous, mais qui en fait sont des ennemis de l’Eglise et se laissent entraîner par leurs passions. Dès le début, le Chapitre a été dominé par un groupe de pression animé de griefs personnels contre Mgr Lefebvre et incapable de distinguer entre celui-ci et le Supérieur général… Ce Chapitre est en fait un conciliabule. C’est pourquoi il a décidé de s’en retirer et de retourner dans sa brousse, se contentant de prier Notre-Dame de Fatima pour les auteurs de tout ce mal ».

Mgr Lefebvre continue de s’occuper des affaires courantes et s’efforce d’entretenir avec tous des relations cordiales. Il fait même des suggestions au Chapitre concernant la nature et la fin de l’institut. Finalement, le père Joseph Lecuyer est élu Supérieur général le 28 octobre. Le 1er novembre, Mgr Lefebvre quitte la Maison généralice et trouve refuge à l’Institut du Saint-Esprit, rue Machiavelli. Ainsi s’achève son supériorat, qui ne put résister à la tourmente conciliaire.

Le dernier acte public de Mgr Lefebvre sera d’apparaître à l’audience accordée par le pape Paul VI aux membres du Chapitre le 11 novembre 1968. Il se retire alors définitivement. La Providence a ses desseins. Un jour, il avait confié au père Michael O’Carroll : « Si jamais je dois quitter la Congrégation, je fonderai un séminaire international et, dans les trois ans, j’aurai cent cinquante séminaristes » (Mgr Tissier, p. 397). Une nouvelle page allait s’ouvrir. Elle s’écrirait à Ecône.

Abbé Christian Thouvenot