18 août 2018

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Jeu-Vidéo Truqué – I

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 18 août 2018

Politique, paix, ou guerre, à l’encontre,

Tout tourne autour du Christ, que l’on soit pour ou contre.
 

La charité commande certainement de prier pour le nouveau Supérieur Général de la FSSPX afin que Dieu lui donne le discernement et la force nécessaires pour ramener la Fraternité sur le chemin que Mgr Lefebvre avait tracé pour elle – et pour le bien de l’Église universelle. Mais, à regarder les choses de façon réaliste, il est probable que l’abbé Pagliarani n’ait pas de tels projets. En réalité, humainement parlant, tout indique qu’il est sur la même longueur d’onde que Mgr Fellay. Ne doit-il pas son élection comme Supérieur Général à un plan prévu et soutenu à la fois par Rome et par Mgr Fellay, au cas où ce dernier ne serait pas réélu, comme, en effet, cela s’est avéré ? Voici une notion de l’accord : si l’abbé Pagliarani consentait à s’occuper des intérêts de Mgr Fellay, en retour celui-ci soutiendrait en cas de besoin la candidature de l’abbé au poste de Supérieur Général. Voici quelques indications permettant de penser qu’ils conspirent pour amener la Fraternité Traditionaliste sous la coupe de la Rome Conciliaire –

On se souvient que, lors du Chapitre Général intermédiaire (non électif) de 2012, c’est l’abbé Pagliarani qui a sauvé Mgr Fellay des arguments dévastateurs présentés au Chapitre exigeant la démission de Mgr Fellay et son remplacement au poste de Supérieur Général. C’est l’abbé Pagliarani qui a affirmé alors devant tous que le Chapitre ne pouvait pas administrer une gifle au Supérieur Général ; et par une veulerie typique le Chapitre est immédiatement passé à d’autres sujets.

Peu après ce Chapitre, l’abbé Pagliarani a été promu (comme récompensé ?) par Mgr Fellay au poste éminent de Recteur du séminaire de la Fraternité d’Amérique latine, en Argentine, à La Reja. Là-bas, on a entendu plusieurs fois l’abbé Pagliarani critiquer ceux qui ne comprenaient pas la nécessité d ’un accord de la Fraternité avec Rome – ce qui était en parfaite conformité avec la politique de Mgr Fellay.

Quant à l’ajout des deux “Conseillers” au Conseil Général de la Fraternité, rapprochant ainsi Mgr. Fellay du pouvoir de la FSSPX dont il venait d’être évincé quelques jours auparavant, il est possible qu’un jour nous sachions exactement comment cela s’est passé. En tout état de cause, est-il probable que les Capitulants, dociles et respectueux comme ils l’étaient, eussent voté pour une telle mesure si elle n’avait pas semblé agréable au nouveau Supérieur Général ? En fait, ne serait-ce pas plutôt l’abbé Pagliarani en personne qui l’a proposée ?

Certes, tant que les faits ne sont pas encore connus, ces questions restent à l’état de spéculations. Cependant, ces spéculations ne sont en rien oiseuses car, au cours des prochaines années, le sort de la Fraternité aura une grande influence sur l’Église universel le. La Fraternité redeviendra-t-elle le rempart majeur de la résistance à l’apostasie conciliaire qui continue ses ravages au sein de l’Église, ou bien va-t-elle se joindre à ce mouvement d’apostasie ? Numériquement, la Fraternité a toujours été négligeable au sein de l’Église universelle en comparaison avec toutes les autres institutions qui la composent. Mais la fidélité sans faille de la Fraternité à la doctrine catholique et aux sacrements de toujours, abandonnés ou pervertis par les plus hauts dignitaires de l’Église, a fait de la Fraternité une force qu’ il fallait prendre en compte. La fermeté de Mgr Lefebvre sur la vérité l’a rendu redoutable. Les Papes conciliaires ne pouvaient ni l’avaler ni le cracher, alors qu’ils ont depuis longtemps avalé et dévoré Mgr. Fellay.

Le temps nous dira comment l’abbé Pagliarani assumera ses énormes responsabilités. En attendant, nous prions pour lui, mais humainement, nous n’avons pas trop d’espoir. Le risque est trop grand que les dirigeants de la Fraternité suivent l’ensemble des dirigeants du monde en transformant la Fraternité en un “jeu vidéo truqué”, expression qui est une bonne trouvaille pour décrire le monde qui nous entoure. Pour punir l’humanité qui abandonne Dieu partout, le Créateur semble donner à ses ennemis le pouvoir d’extirper les derniers vestiges du Christ et de la civilisation chrétienne. Cependant, au moins pour un certain temps encore, les apparences du Christ et de son Église doivent être maintenues jusqu’à ce qu’elles n’éveillent même plus de nostalgie chez les hommes en voie de déchristianisation. D’où le jeu vidéo sans réalité d’aujourd’hui sous des apparences d’hier. D’où le truquage des élections et des chapitres pour faire naître le Meilleur des Mondes, sans Christ ni Dieu.

Hélas, pour ces pauvres ennemis. Dieu existe... et le bras de Notre Seigneur se fait de plus en plus lourd !

Kyrie eleison.

11 août 2018

[Jérôme Bourbon - Rivarol Hebdo] Elections à la FSSPX

SOURCE - Rivarol Hebdo - 20 juillet 2018

[Cette vidéo a été enregistrée avant l'élection des deux conseillers généraux de la Fraternité Saint-Pie X]

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Chapitre Général – III

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 18 août 2018

Église, ou Fraternité, par Dieu iraient à bon port,
Sauf si les hommes refusent de Lui confier leur sort.

Quand l’autorité catholique se sépare de la vérité catholique, comme il s’est passé à Vatican II, ce n’est jamais la vérité qui a bougé, car la doctrine catholique ne peut pas changer. C’est donc l’autorité qui a bougé. C’est pourquoi la séparation de l’autorité d’avec la vérité à Vatican II n’est imputable qu’aux seules autorités de l’Église. Raison de plus pour chérir les autorités qui restent fidèles à la Vérité, à l’instar de Mgr Lefebvre et de sa Fraternité Saint Pie X. Raison de plus pour jeter encore un coup d’œil à ce qui est arrivé lors du récent Chapitre Général à Écône. La Fraternité reviendrait-elle sur le chemin de son fondateur après le dérapage de 2012, ou bien doit-on appliquer le proverbe français qui dit : « Plus ça change, et plus c’est la même chose » ?

Au début du Chapitre, trois nouveaux candidats ont été élus pour former le triumvirat (conseil de trois hommes) devant diriger la FSSPX. Beaucoup de bons prêtres de la Fraternité ont poussé un soupir de soulagement et, pendant quelques jours, ils se sont pris d’un réel espoir pour l’avenir. Mais, voilà qu’à la fin du Chapitre, le Supérieur Général sortant et son propre prédécesseur à ce poste, ont tous deux été élus au Conseil Général de la Fraternité, là où se prennent les décisions les plus importantes. Cette élection fut rendue possible grâce à la création de deux nouveaux postes de “Conseiller” : une nouveauté dans la Fraternité. Beaucoup de ces bons prêtres ont dû sentir une grande déception. Quel espoir reste-t-il maintenant de voir la Fraternité opérer un changement de cap et renoncer à l’orientation désastreuse qui l’inféode aux autorités infidèles, puisque deux des principaux artisans de cette orientation viennent d’être réintégrés au Conseil Général de la Fraternité ?

Toutefois, au moins un participant au Chapitre a reçu l’assurance que les deux « Conseillers » ne vivront pas en Suisse au siège de la Fraternité, à Menzingen ; qu’ils donneront ensuite des conseils uniquement sur les questions concernant la création ou la fermeture des établissements de la Fraternité, l’admission ou l’expulsion de membres de la Fraternité ; et enfin que la création des “Conseillers” était une mesure judicieuse de la part du Chapitre car elle permettrait d’apaiser les divisions au sein de la Fraternité. Pour autant, se sent-on vraiment rassuré ? Menzingen doit regagner la confiance que sa politique ambiguë, menée depuis 20 ans, a détruite. Voici les propos d’un commentateur, parmi tant d’autres, qui ne se fie pas à ce genre de propos lénifiants tenus récemment par les dirigeants de la FSSPX :

En réalité, le choix, décidé à l’avance, de l’abbé. Pagliarani comme nouveau Supérieur Général, masque la politique, également décidée à l’avance, tendant à confirmer le statu quo quant à la direction future de la Fraternité. Si deux nouveaux assistants furent ajoutés aux côtés du nouveau Supérieur, ce n’est certes pas pour la façon dont ils ont tenu tête à la Rome moderniste. En outre, le Chapitre a eu l’impudence d’inventer la fonction de deux “Conseillers”, fonction inconnue jusqu’ici dans les statuts de la Fraternité, et de “choisir” pour ce travail, les deux personnages les plus favorables à un accord avec Rome que la Fraternité ait jamais eus en son sein : l’abbé Schmidberger, bien connu pour son amitié avec le cardinal Ratzinger, et Mgr Fellay, bien connu pour ses « nouveaux amis » à Rome et pour son dévouement à la liquidation de la Fraternité, jusqu’à ce qu’elle soit remise, pieds et poings liés, aux apostats romains.

L’image qui en ressort n’est pas nécessairement celle d’une reddition inconditionnelle, mais nous y entrevoyons une nouvelle façon de se rapprocher de Rome en usant d’un peu plus de prudence et d’un peu plus de diplomatie envers les prêtres et les laïcs de la Fraternité. Cependant, étant donné que Dieu voit tout et prévoit tout ; que l’homme propose certes, mais que Dieu dispose ; il se peut que Notre-Seigneur intervienne et infuse dans l’âme du relativement jeune abbé Pagliarani, les dons de Conseil, de Force et de Crainte de Dieu dont il aura besoin pour redresser le cours du canot de sauvetage qu’est la Fraternité, et pour l’amener en toute sécurité à bon port. Que telle soit la volonté de Dieu !

En toute justice, rappelons que le Chapitre a réussi à changer le Supérieur Général, ce qui était la chose la plus importante à faire. Mgr Fellay et l’abbé Schmidberger, en tant que « Conseillers », pourront continuer à intriguer auprès des Romains pour combiner comment ramener ce qui reste de l’œuvre de Mgr Lefebvre sous la houlette de la Rome conciliaire. Il n’empêche que le pouvoir suprême appartient désormais à l’abbé Pagliarani. En fera-t-il bon usage ? Seul Dieu le sait. “La charité croit tout, espère tout” (I Corinthiens XIII, 7). Nous devons prier pour lui.

Kyrie eleison.

7 août 2018

[Paix Liturgique] La dernière lettre de Gioannino Guareschi à Don Camillo

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 655 - 7 aout 2018
Le 21 juillet 2018, l'église Saint-Michel-Archange de Roncole Verdi, village de la commune de Busseto, en Émilie-Romagne (Italie), a accueilli une messe de Requiem à l'occasion du cinquantième anniversaire du rappel à Dieu de Giovannino Guareschi, le créateur de don Camillo. À la demande des enfants de l'écrivain – car don Camillo, avant d'être la série de films à succès que nous connaissons, est une œuvre littéraire profondément catholique – cette messe a été célébrée selon la forme extraordinaire du rite romain, en présence du maire de Busseto, lieu de sépulture de Guareschi, et de celui de Roccabianca, son lieu de naissance. Don Marino Neri, secrétaire de l'Amicizia sacerdotale Summorum Pontificum (voir notre lettre 584 notamment), a prononcé pour l'occasion un sermon vigoureux rappelant que, si la fin proche de l'homme est sa sanctification, sa fin ultime est la gloire de Dieu à laquelle l'auteur de don Camillo a contribué excellemment.

Cet événement nous a permis de prendre connaissance d'un petit chef-d'œuvre que nous vous proposons bien volontiers en cette période de lectures estivales : la lettre adressée par Giovannino Guareschi à « son » don Camillo au lendemain du concile Vatican II et publiée le 19 mai 1966 par le journal Il Borghese. Nous omettons la dernière partie de cette lettre dans laquelle Guareschi regrette avec son ironie mordante que le cardinal Josef Mindszenty n'ait pas été élu Pape à la suite de Jean XXIII car « l'Église du Silence aurait alors acquis une voix puissante ».
Cher don Camillo,  
Je sais que vous avez des problèmes avec votre nouvel évêque. Il m'a été rapporté que vous avez dû détruire le maître-autel de l'église paroissiale pour le remplacer par la fameuse « table à repasser », modèle Lercaro (1), reléguant votre bien-aimé Crucifix dans un coin près de la porte d'entrée, de façon à ce que l'Assemblée lui tourne le dos... 
De même, j'ai su que le dimanche, une fois célébrée la « Messe du Peuple », vous alliez en célébrer une autre dans la vieille chapelle, intacte, de votre ami Perletti : une messe clandestine, en latin, pour les catholiques. Du coup, les gros bonnets de la Démocratie chrétienne vous ont dénoncé et vous voici fiché en curie parmi les « prêtres subversifs » après avoir reçu un dur avertissement de l'évêque. 
Mon Père, vous n'avez décidément rien compris. Il est juste que le Christ ne soit plus sur l'autel : le Christ en Croix est l'image de l'extrémisme. Notre Seigneur était un factieux, un fasciste, et son exhortation « Ou avec Dieu ou contre Dieu » n'est qu'un plagiat du célèbre slogan mussolinien « Ou avec nous ou contre nous ». 
Ne se comportait-il pas comme un fasciste en chassant à coups de matraque les marchands du Temple ??? 
C'est le sectarisme, l'intransigeance et l'extrémisme du Christ qui l'ont amené à la Croix alors que, s'il avait choisi la voix du compromis démocratique, il aurait très bien pu s'entendre avec ses adversaires. 
Don Camillo, vous ne vous rendez pas compte que nous sommes en 1966 : les aéronefs parcourent le cosmos à la découverte de l'Univers et la religion chrétienne n'est plus adaptée à la situation. Le Christ a voulu naître sur la Terre ce qui, tant que l'ignorance et la superstition faisaient de la Terre le centre voire l'essence de l'Univers, pouvait encore passer mais qui aujourd'hui, à l'heure des explorations spatiales et de la découverte de nouveaux mondes, le rapporte à un phénomène provincial. Un phénomène qui, comme l'a solennellement établi le Concile, va redimensionner. 
Pour vous, Mon Père, les beatniks et leurs cheveux longs ne sont que des pouilleux à envoyer se faire tondre le crâne, et leurs compagnes avec ces jupes courtes qui leur couvrent à peine l'aine des filles de petite vertu à soumettre d'urgence au dépistage de la syphilis. En revanche, à Rome, l'Autorité Ecclésiastique Supérieure a créé une messe spéciale pour ces pouilleux et ces demoiselles de petite vertu – une messe Beat, jouée et hurlée par trois groupes de chevelus. 
Vous êtes resté bloqué dans l'autre siècle, Mon Père. Aujourd'hui, l'Église s'adapte à son époque, se mécanise. À Ferrare, sur la « table à repasser » de l'église San Carlo, il y a un distributeur d'hosties : au moment de l'Offertoire, le fidèle qui souhaite communier dépose son offrande sur un plateau, presse un bouton et, au son d'un joyeux carillon, l'hostie tombe dans le calice ! 
Et, croyez-moi, il n'est pas impossible que dans les laboratoires du Vatican ne soit déjà à l'étude une machine plus complète dotée d'une petite pince qui, une fois la pièce introduite et le bouton pressé, porte directement aux lèvres du communiant l'hostie consacrée électroniquement. 
Don Camillo, l'an dernier vous m'avez fait des reproches parce que dans une de mes pièces j'ai raconté que don Giacomo, jeune prêtre des temps modernes, confessait ses fidèles par téléphone et leur envoyait des pulvérisateurs d'eau bénite au lieu de se déplacer pour bénir leurs foyers. Vous m'avez dit qu'on ne plaisantait pas avec ces choses-là... 
Pourtant, sur initiative de l'Autorité Ecclésiastique Supérieure, voici qu'on y est presque. Le jour n'est pas si loin où après s'être confessé par téléphone, le fidèle recevra par courrier recommandé l'hostie consacrée à domicile accompagnée d'une petite pince fournie par le « service mécanique » de la paroisse pour pouvoir la consommer sans la toucher avec ses doigts impurs (2). Je n'exclus pas que, pour arrondir les maigres revenus de la paroisse, le curé ne fasse imprimer sur l'hostie quelque message publicitaire... 
Don Camillo, je sais que Peppone, aujourd'hui, se fiche ouvertement de vous. Je sais qu'il vous a intimé de retirer du prieuré le portrait provocateur de Pie XII, « le pape fasciste et ennemi du Peuple », menaçant de vous dénoncer à l'évêque. Mais Peppone a raison : les rôles se sont inversés et bientôt la Section du Parti vous ordonnera de déplacer l'horaire des fonctions sacrées pour ne pas menacer la « Festa dell'Unità » (3) organisée sur le parvis de l'église. Don Camillo, si vous ne vous mettez pas à la page et n'arrêtez pas d'appeler « Sans-Dieu » les communistes et de les décrire comme des ennemis de la religion et de la liberté, la Fédération locale du Parti vous suspendra a divinis. Moi qui vous suis attentivement et vous suis attaché depuis vingt ans, je ne voudrais pas vous voir finir d'une si triste façon. 
Je sais bien que de nombreux paroissiens, et pas seulement les plus âgés, sont avec vous mais je sais aussi que vous préféreriez partir en silence, en cachette, pour éviter tout incident ou toute polémique qui pourrait tourmenter votre troupeau. 
En réalité, vous avez une sainte terreur de voir les catholiques se diviser. Malheureusement, cette division existe déjà.
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(1) Du nom du très rouge cardinal de Bologne, Giacomo Lercaro, l'un des plus virulents promoteurs de l'aggiornamento conciliaire en Italie. Choisi par Paul VI, Mgr Lercaro présida de 1964 à 1968 la Commission pour l’Application de la Réforme liturgique, dont le secrétaire n'était autre que Mgr Bugnini...
(2) Là, Guareschi n'osait pas imaginer que les fidèles pourraient un jour être encouragés à se saisir par eux-mêmes de la sainte Hostie!
(3) L'Unità est l'équivalent italien de L'Humanité. Chaque section du PCI (Parti communiste italien) avait l'habitude d'organiser une ou plusieurs fêtes annuelles placées sous le patronage du quotidien du Parti.

[Yves Daoudal - Le Forum Catholique] "12 prêtres ont célébré la messe traditionnelle pour la première fois..."

SOURCE - Yves Daoudal - Le Forum Catholique - 7 août 2018

Douze prêtres ont célébré la messe traditionnelle pour la première fois au cours du cinquième atelier Ars celebrandi organisé par Una Voce Polonia à Lichen (le plus grand sanctuaire polonais) le mois dernier, qui a réuni plus de 200 personnes dont près de 50 prêtres. La messe de clôture a été célébrée par Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la Commission Ecclesia Dei, qui a également prononcé une conférence sur le thème "L'ancienne liturgie de l'Eglise et la crise actuelle de la foi" : cette crise ne peut être résolue que si l'on remet Dieu à la première place, et la liturgie dans la forme extraordinaire est l'un des moyens de rétablir cette hiérarchie.

5 août 2018

[audio] [Abbé Guillaume de Tanoüarn - François Hoffman - Radio Courtoisie] “Nouvelle donne à la Fraternité Saint Pie X, que signifient les élections du mois de juillet?"

SOURCE - Abbé Guillaume de Tanoüarn - François Hoffman - Radio Courtoisie - Libre Journal de Chrétienté - 2 août 2018
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[Abbé François-Marie Chautard, fsspx - Le Chardonnet] Le vivant portrait du crucifé

SOURCE - Abbé François-Marie Chautard, fsspx - Le Chardonnet - juillet-août-septembre 2018

Padre Pio et Mgr Lefebvre en 1967
Le Christ a pris forme humaine pour rendre visible l’invisible. Cette révélation de Dieu ne s’est pas achevée à son Ascension, puisqu’en retournant vers son Père, Notre-Seigneur a envoyé l’Esprit de sainteté. Depuis, chaque siècle apporte son lot de bienheureux, dont la vie parfaite et conforme au Christ semble renouveler son Incarnation. La vie extérieure de certains saints épouse parfois si pleinement celle du Christ qu’ils revivent la Passion dans leur chair

Saint François d’Assise est le plus connu d’entre eux et les artistes se sont plu à illustrer le Poverello recevant les stigmates. D’autres saints ont connu ce phénomène extraordinaire  comme sainte Catherine de Sienne ou Madame Acarie – bienheureuse Marie de l’Incarnation – dont les stigmates demeurèrent cachés.

Cependant, jusqu’à ce 20 septembre 1918, pas un seul prêtre, pourtant uni sacramentellement au Christ prêtre, n’avait encore été choisi pour renouveler dans sa chair le mystère du Sacrifice de la Croix. En ce 20 septembre 1918, alors qu’il est en prière devant un crucifix apposé devant le chœur des moines, des rais de lumière s’échappent du crucifié pour aller se ficher telles des flèches dans ses mains, ses pieds et son côté. Ce jeune capucin âgé de 31 ans l’ignore encore mais il portera pendant cinquante ans, jusqu’au 20 septembre 1968, les marques visibles de la Passion du Christ qu’il revivra quotidiennement. 
Une des missions de Padre Pio commence  : rendre visible la croix de Jésus-Christ, éclairer les âmes sur la réalité du sacrifice opéré sur les autels, rappeler aux prêtres et aux fidèles la vocation «victimale» du sacerdoce : «Si le grain ne meurt, il ne porte pas de fruit» ;  «Ce que vous m’avez vu faire, faites-le à votre tour».

Né le 25 mai 1887 d’une famille paysanne, le petit Francesco Forgione est le quatrième d’une fratrie de sept. Ses parents vivent fort modestement, et habitent Pietrelcina dans une pauvre demeure. Ce sont de solides chrétiens, durs à la tâche. L’église paroissiale est dédiée à saint Pie 1er, pape et martyr, et c’est en son honneur que le jeune capucin s’appellera fra Pio.

Petit garçon, Francesco est d’emblée favorisé de visions et phénomènes extraordinaires. Depuis ses plus jeunes années jusqu’au soir de sa vie, Padre Pio sera familier des visites angéliques, des apparitions mariales et… des violences démoniaques. Pour l’heure, le jeune enfant croit qu’il en est de même pour tous les autres garçons de son âge.
Prenez garde, cher lecteur, car c’est ici que la dévotion pour le Padre Pio pourrait se fourvoyer. Comme l’enseignent les auteurs spirituels, les phénomènes extraordinaires ne sont pas la sainteté ; ils l’accompagnent quelquefois, souvent même  ; ils peuvent être là sans elle, mais ils doivent en être soigneusement distingués. Si Padre Pio est un saint, il le doit, non à des bilocations et autres phénomènes étranges, mais à ses vertus héroïques.
Et le petit Francesco en montre dès son plus jeune âge. Sa mère ne le retrouve-t-elle pas couché à même le sol, la tête sur une pierre ? Sa piété est solide, son obéissance avérée, son application à l’étude et aux devoirs plus qu’admirable, et sa camaraderie exemplaire.
 
À quinze ans, une étrange vision lui révèle implicitement son avenir : un ange l’invite à combattre un géant bien plus fort que lui. Rechignant à l’épreuve, le jeune adolescent affronte le combat et l’emporte. Divine réminiscence de David contre Goliath, la Providence annonce à Francesco la violence des combats qui l’attendent.
Quelques semaines plus tard, le 22 janvier 1903 – il a donc quinze ans [cf. note] – il entre au noviciat des capucins de Morcone où il prend le nom de Fra Pio da Pietrelcina.
 
Sa mère est présente, mais son père est aux États-Unis où il est allé travailler pour payer les études de ses enfants. Pendant 7 ans au total (3 et 4), ce père admirable aura été séparé d’une épouse non moins admirable et de ses bons enfants pour assurer la subsistance de tous.
Les études des jeunes novices sont suivies jusqu’en 1909. Le jeune moine s’y révèle sérieux, studieux et capable, sans être brillant.
 
Vers la fin de ses études, il gravit rapidement les marches du sanctuaire ; recevant les premiers ordres mineurs en 1908, il est ordonné diacre l’année suivante en juillet 1909.
Mais les épreuves de santé s’abattent sur le jeune moine. Il doit interrompre ses études et même la vie conventuelle si bien qu’il reçoit l’ordre de se reposer dans sa famille à Pietrelcina. Ce repos temporaire durera… sept ans. Malgré cette difficulté, il est ordonné prêtre à la cathédrale de Benevento le 10 août 1910 et célèbre sa première messe à Pietrelcina le 14 août.

Éloigné des autres capucins, en proie à d’éprouvantes épreuves intérieures, cette période est marquée par une correspondance régulière avec le Père Agostino, son directeur spirituel, qui l’engage à coucher sur le papier son combat intérieur et les grâces insignes qu’il reçoit.
 
Tandis que quelque supérieur envisage de le renvoyer à la vie séculière, on l’enjoint en 1911 de reprendre la vie conventuelle. Agacé, le démon s’acharne tant à frapper et à remuer en tout sens le jeune mystique que le gardien du couvent, mû par une inspiration toute franciscaine, ordonne à Padre Pio d’obtenir la grâce d’être désormais tourmenté… en silence. Grâce accordée la nuit même pour la plus grande joie des capucins un peu lassés et des villageois un peu inquiets.
 
Mais très vite la fragilité de la santé de Padre Pio l’oblige à retourner à Pietrelcina. Les médecins peineront d’ailleurs à diagnostiquer le mal. L’un d’entre eux ira même jusqu’à pronostiquer sa mort dans la semaine.
Quoi qu’il en soit, il quitte de nouveau Pietrelcina pour Foggia dont l’air ne lui convient pas. Le 28 juillet 1916, on lui conseille de se rendre à San Giovanni Rotondo, pour s’y reposer quelques semaines. Il y restera jusqu’à sa mort…
 
Semi-vivant, il est tout de même appelé au front jusqu’à ce qu’on y regarde d’un peu plus près. De cette époque date une photo où l’on voit le frère capucin devenu un conscrit portant uniforme et fusil, sans avoir jamais tiré un coup de fusil au feu et l’air tout de même un peu décalé. C’est de ce moment que date l’une des toutes premières manifestations de bilocation. Les Italiens viennent d’essuyer la sévère défaite de Caporetto le 24 octobre 1917, et le général Cardonna, commandant en chef, décide de mettre fin à ses jours ; tandis qu’il s’apprête à porter la main à son arme, un capucin, entré dans son bureau, le persuade de renoncer à son geste malheureux. Convaincu, le général remercie et congédie le bon père. Derechef, il s’empresse de se renseigner auprès de ses subordonnés pour savoir qui était ce père qu’ils avaient laissé entrer. Aucun ne l’avait vu passer. Ce n’est que longtemps après que le général reconnaîtra le bon père sur une photo.
 
Revenu dans son couvent après cette parenthèse militaire, il reçoit la grâce d’une blessure d’amour le 30 mai 1918. Le 5 août, c’est la transverbération et le 20, les stigmates avec une douleur intense. Qu’on ne s’y trompe pas. Comme il l’écrit au père Agostino, son directeur spirituel, «en comparaison de ce que je souffre dans ma chair, les combats spirituels que j’endure sont bien pires (…) je vis dans une nuit perpétuelle.… Tout me trouble, et je ne sais pas si j’agis bien ou mal. Je peux voir que ce n’est pas du scrupule : mais le doute que je subis si je suis en train de plaire à Dieu ou non m’écrase».
 
Dans un premier temps, Padre Pio songe à soigner ses plaies. Inutilement. À les dissimuler. Vainement. Le pèlerinage à San Giovanni Rotondo vient de commencer.  
De 1918 à 1921, l’apostolat du père s’accroît d’une manière importante et les médecins venus observer les plaies repartent convaincus de leur caractère inexplicable. Le pape Benoît XV va jusqu’à dire que «le Padre Pio est un de ces hommes que le bon Dieu envoie sur terre de temps en temps pour convertir les peuples».
 
L’année 1921 change le cours des événements. Une cabale ecclésiastique de prêtres concubinaires, concussionnaires et présidée par un évêque simoniaque, trouve crédit à Rome. L’évêque de Manfredonia, dont dépend le couvent de San Giovanni Rotondo, va jusqu’à affirmer avoir vu le Padre Pio se parfumer, se poudrer et mettre sur ses plaies de l’acide nitrique pour creuser les stigmates ! Et les chanoines de San Giovanni Rotondo – du moins certains – de gloser sur les recettes juteuses opérées par les capucins grâce à leur «stigmatisé». Le pire est qu’ils sont pris au sérieux.
 
Inquiétée par cette parole épiscopale et ces propos canoniaux, Rome se méfie… des capucins. S’ensuit une difficile période pour le Padre Pio qui se voit petit à petit retirer l’apostolat qui lui était confié. On parle même de le transférer dans un autre couvent. Il n’en faut pas plus pour ameuter la population civile qui veut garder et défendre son «santo». On frise l’insurrection. Alors qu’il s’imagine partir de ce petit village perché sur le promontoire du Gargano, le Padre Pio rédige cette lettre touchante, dont les derniers mots sont aujourd’hui gravés dans la crypte qui abrite son ancienne sépulture.
 
«Je me souviendrai toujours de cette population généreuse dans mes pauvres prières, en implorant pour elle la paix et la prospérité. En signe de prédilection – ne pouvant rien faire d’autre – j’exprime le désir, si mes supérieurs ne s’y opposent pas, que mes os reposent dans un coin tranquille de cette terre».
 
Un supérieur capucin envisage même d’exfiltrer le Padre Pio dans un tonneau volumineux posé sur une charrette. Obéissant mais non servile, et encore moins stupide, le père gardien refuse cette mascarade. Les sanctions continuent de pleuvoir sur le pauvre prêtre. Le 23 mars 1931, le Saint-Office lui interdit tout ministère, toute célébration publique de la messe et tout contact avec un capucin extérieur à son couvent. Stoïque quand il découvre au réfectoire la lettre que par discrétion, ses confrères avaient différé de révéler, il s’effondre en larmes en arrivant à sa cellule. Témoin de cette scène, un bon frère le plaint. Digne de la réponse aux pieuses femmes de Jérusalem, le père le détrompe et lui explique qu’il pleure sur toutes les âmes qui seront privées par là de grâces de conversion.
 
Reclus, Padre Pio en profite pour lire, notamment L’histoire de l’Église de Rorhbacher, et pour «avaler» en une journée La divine comédie, quitte à avoir – quel paradoxe ! – des maux de tête en arrivant en paradis. En 1933, les sanctions sont progressivement levées. Padre Pio reprend son ministère, particulièrement au confessionnal, qui le retient régulièrement jusqu’à 10 heures par jour. Des années paisibles s’écoulent. En 1940, grand malade s’il en fut, le padre Pio lance le projet de ce qui deviendra la Casa Sollievo della sofferanza, un vaste hôpital doté d’un matériel moderne et pourvu de médecins éminents. Comme dans toutes les œuvres providentielles, les embûches ne manquent pas, mais l’hôpital pourra être inauguré en mai 1956. Il existe toujours.
 
Simultanément, le padre Pio lance des groupes de prière qui se répandent dans le monde entier via principalement le réseau de ses dirigés parmi lesquels figurent des francs-maçons, des escrocs, un ténor célèbre (Gigli) ou des femmes légères.
Si Pie XII lui confie des intentions de prières, sa mort en 1957 ouvre une nouvelle page douloureuse pour le capucin. Certains de ses confrères haut placés regardent avec un intérêt peu religieux les sommes énormes qui transitent par ses mains. Ils veulent les reprendre à leur compte. Une cabale «fraternelle» appuyée par les autorités de l’Ordre se met en place ; on ira jusqu’à placer des micros dans la cellule et le confessionnal du Padre. L’affaire sera découverte – le père s’en plaindra à certains de ses amis – et les coupables de cette surveillance bien peu évangélique seront déchargés de leurs fonctions et placés dans d’autres couvents.
 
La fin de sa vie sera plus paisible, quoique toujours adonnée au ministère si prenant des âmes.
Deux événements des derniers mois de sa vie retiendront l’attention. La nouvelle messe, connue en mai 1968, est précédée de messes normatives. Le Padre Pio demande à conserver la messe de toujours, ce qui lui est accordé.
Durant la même année 1968, le 25 juillet paraît l’encyclique de Paul VI sur la contraception. Le Padre Pio, qui n’a pas deux mois de vie devant lui, et qui est au sommet de sa vie mystique, envoie une lettre de remerciement au pape pour cette encyclique si controversée.
 
Cet autre curé d’Ars voit sa fin arriver. Dans la nuit du 20 au 21 septembre 1968, cinquante ans jour pour jour après leur apparition, les stigmates disparaissent : la peau des mains redevient lisse et nette sans aucune marque de cicatrisation. Son jubilé de sang est achevé. L’éternité approche et la nuit du 22 au 23 septembre, Padre Pio remet sa belle âme à Dieu. 
Épilogue : Mgr Lefebvre et le Padre Pio
À la fin de l’été 1967, Mgr Lefebvre, alors en Italie, fit le trajet jusqu’à San Giovanni Rotondo. La rencontre fut brève. Mgr Lefebvre demanda la bénédiction au Padre pour le prochain chapitre des pères du Saint-Esprit. L’humble capucin déclina en répondant que c’était plutôt à Mgr de la lui donner. Politesse de saints.
 
Ces deux grands hommes d’Église furent très différents. L’un était prêtre, l’autre évêque, l’un fut l’objet de nombreux phénomènes extraordinaires, l’autre n’a laissé que le souvenir énigmatique d’un songe mystérieux à Dakar.
Tous deux présentent pourtant des ressemblances importantes.
 
Tous deux souffrirent pour l’Église par l’Église. 
Tous deux furent victimes de véritables persécutions de l’autorité. Cette persécution fut toutefois très différente quant à leur objet et quant à la réaction.
 
Les persécutions dont fut l’objet le Padre Pio furent personnelles, liées pour l’une à la jalousie de prêtres séculiers dissolus, et pour l’autre à des capucins cupides. Ces persécutions entraînèrent des peines injustes auxquelles le Padre Pio se soumit avec une obéissance héroïque.
 
Le cas est différent pour Mgr Lefebvre. Les persécutions vinrent de sa volonté de garder la foi et la messe de toujours et de son refus des erreurs conciliaires et de la liturgie nouvelle. Des motifs de foi présidaient à ces persécutions qui dépassaient de loin une question disciplinaire et sa personne. Aussi Mgr Lefebvre se résolut-il à désobéir à ces injonctions pour un motif supérieur à l’obéissance purement formelle. Sa foi fut ici héroïque là où son obéissance eût été servilité confortable et prudence de la chair.

Un deuxième trait de ressemblance tient dans leur compréhension profonde du Saint Sacrifice de la Messe. Tous deux, l’un par sa manière toute mystique de célébrer la messe comme la montée vers le calvaire, l’autre, par sa spiritualité toute tournée vers le Saint Sacrifice, n’ont cessé de rappeler la dimension sacrificielle et expiatoire de la messe que la nouvelle liturgie mit sous le boisseau. Tous deux, l’un par une vie littéralement crucifiée, l’autre, par son apostolat pour le sacerdoce, ont rappelé la place centrale du prêtre dans l’œuvre de la Rédemption.
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(1)  Comme la «petite» Thérèse rappelée à Dieu six ans plus tôt en 1897.

[Abbé Émeric Baudot, fsspx - Le Chardonnet] Trente ans après

SOURCE - Abbé Émeric Baudot, fsspx - Le Chardonnet - Juillet-août-septembre 2018
Avec le recul du temps, il est évidemment plus facile de percevoir les conséquences bonnes ou mauvaises d’une action spectaculaire. Le sacre des quatre évêques du 30 juin 1988 par Mgr Lefebvre, assisté de Mgr de Castro-Mayer, n’échappe pas à cette règle. Où en sommes-nous trente ans après?

Le dernier Chardonnet a rappelé cet acte héroïque de Mgr Lefebvre et les raisons qui l’ont poussé à le poser. Mgr Lefebvre avait bien défini ces sacres comme une opération survie de la Tradition. Vu les circonstances dramatiques de l’après Vatican II dans la vie de l’Église, il fallait des évêques pour défendre et transmettre la foi dans son intégrité, ordonner des prêtres qui continueraient l’œuvre de la rédemption par la sainte messe de toujours et non par une nouvelle messe œcuménique plaisant aux protestants. Le schisme évoqué par des confrères nous abandonnant et martelé par Rome n’a pas trouvé de fondement.

Notre Seigneur Jésus-Christ nous dit que l’on juge l’arbre à ses fruits. Comment ne pas voir alors dans le développement de la Tradition une bénédiction de Dieu, malgré les persécutions de tout ordre ? Et Dieu sait que les épreuves n’ont pas manqué pendant ces trente années. Une des plus terribles sans doute est l’abandon de frères d’armes, formés dans les mêmes principes, mais qui laissent le bon combat et se retournent contre vous. Déjà Mgr Lefebvre avait connu cette épreuve, des prêtres ordonnés par lui le quittant sur la droite ou sur la gauche, si l'on évoque ainsi ceux qui se durcissaient au point de rejeter quasiment toute autorité, et ceux qui abandonnaient la doctrine et la pratique pérenne de l’Église pour se rallier aux erreurs conciliaires et postconciliaires.

Il n’y a malheureusement rien de nouveau sous le soleil. Le démon nous tentera toujours sous apparence de bien et saura utiliser nos défauts pour nous tromper et nous aveugler. Il est évident qu’aujourd’hui une de ses armes de prédilection concerne nos rapports avec l’autorité. Mgr Lefebvre a eu la sagesse d’en rappeler les principes et d’en montrer la pratique. L’autorité ne saurait nous demander de poser des actes contraires à la loi de Dieu et à ce que l’Église a toujours enseigné, sous peine de devoir lui désobéir à l’exemple de saint Pierre (« il faut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes ») et de Mgr Lefebvre refusant de dire la messe de Paul VI ; mais elle reste l’autorité à qui nous devons respect et obéissance. Si nous rejetons le principe d’autorité, toute société devient ingouvernable et nous tombons dans l’individualisme moderne qui veut que j’obéis lorsque je suis d’accord et que cela me plaît. Nous sommes alors amenés à faire des actions gravement illicites.

Il se trouve que trente ans après les sacres, la Fraternité est à la veille d’un Chapitre général. Le Chapitre a pour but de vérifier que la Fraternité est toujours fidèle à ses statuts et à l’esprit de son fondateur. Celui de cette année est en plus électif, c’est-à-dire que le Supérieur général et ses deux assistants seront élus pour douze ans. Il est aisé d’en comprendre l’importance. Mais ne tombons pas dans la mentalité électoraliste moderne qui ne raisonne qu’en lutte de partis et de sondages. Prions au contraire pour les membres du Chapitre, qu’ils soient dociles à la grâce divine, et pour les trois élus, qu’ils aient la sagesse et la prudence pour continuer à mener la Fraternité dans l’esprit ni hérétique ni schismatique de son fondateur, pour le bien de l’Eglise et le salut des âmes.
Abbé Émeric Baudot

[MIS A JOUR ET COMPLÉTÉ] [Mgr Williamson] Déclaration à l'occasion de l'anniversaire des sacres du 30 juin 1988

SOURCE - Mgr Williamson - via Reconquista - 5 juillet 2018

[A l'occasion du trentième anniversaire des sacres de 1988, Mgr Williamson a fait une déclaration dont voici la première partie traduite en français et revue par Monseigneur. (Texte original ici)]
Durant les 53 ans qui se sont écoulés depuis la fin du concile Vatican II en 1965, le plus grand acte accompli pour défendre la foi catholique a été sans aucun doute le sacre de quatre évêques par Mgr Lefebvre à Écône en Suisse, le 30 juin 1988. Cet acte a été le couronnement glorieux de sa longue et distinguée carrière au sein de l’Église Catholique. Le récent 30è anniversaire de ce grand évènement, se doit d’être commémoré par une présentation de ce qui y a conduit et de ce qui en a découlé.

C’est la dramatique rupture au concile Vatican II entre l’Autorité catholique et la Vérité catholique qui est à la racine de cet acte. L’Autorité catholique existe principalement pour défendre la Vérité catholique : « Pierre, quand tu auras retrouvé la Vérité, alors exerce ton autorité pour confirmer tes frères dans la Foi. », dit Notre Seigneur au chef de son Eglise, juste avant sa passion. Mais lors de Vatican II, la masse des évêques et dirigeants de l’Eglise a voté pour que la liberté, l’égalité et la fraternité de la Révolution Française soient introduites à l’intérieur de l’Eglise sous la forme de liberté religieuse, collégialité et œcuménisme. Pour entrer en harmonie avec le monde révolutionnaire moderne, les hommes d’Eglise ont imposé à l’Eglise entière de quitter l’harmonie avec Dieu. Il en a résulté une crise dans l’Eglise, sans aucun précédent dans toute son histoire, et qui fait toujours rage.

Pour commencer, nous présenterons l’action menée par Mgr Lefebvre pour contrer cette crise. Et comme l’archevêque lui-même est le meilleur commentateur de son action, nous résumerons en seconde partie toutes les réponses importantes qu’il donna aux questions qui lui furent posées lors d’une interview en 1989, un an après les sacres, et chaque réponse sera suivie d’une brève mise-à-jour dans le contexte actuel, 30 ans plus tard. Tout d’abord, ce qui a conduit à son action.

Procédant de la rupture, survenue au Concile, entre l’Autorité catholique et cette Vérité catholique qui aurait dû y être fidèlement défendue, tous les catholiques devinrent forcément plus ou moins schizophréniques. Dans le but de correspondre à l’homme moderne, l’Autorité catholique (le pape et les évêques) avait rompu avec la Vérité catholique (la doctrine immuable de l’Eglise). C’est pourquoi, soit les catholiques obéissaient à l’Autorité catholique et abandonnaient plus ou moins la Vérité catholique, soit ils s’accrochaient à la Vérité catholique et étaient forcés de « désobéir » (au moins en apparence) aux autorités catholiques. De trop nombreux catholiques – aussi bien le clergé que les laïcs – manquaient d’une vraie fermeté en matière de doctrine, et c’est pourquoi le faux Concile – déloyal vis-à-vis de la Vérité catholique – fut quasi universellement accepté dans les années suivant le Concile. Lors de ce Concile, les bergers s’égarèrent et paisiblement la plupart des brebis catholiques suivirent, si bien que l’Eglise catholique se transforma petit à petit en ce que l’on peut appeler l’Eglise conciliaire, juste comme un nid de rossignols, lorsqu’il est occupé par les coucous, peut être appelé un nid de coucous.
  
Mais par une grâce spéciale de Dieu, Mgr Lefebvre ne cessa jamais de s’agripper à la Vérité catholique, à la différence de la masse de ses confrères évêques et prêtres dans les années 60. C’est pourquoi il ne confondit jamais le chant des coucous avec le chant des rossignols, et voilà pourquoi en 1970 il fonda une école de rossignols, autrement dit un séminaire véritablement catholique avec une Congrégation ou Société véritablement catholique, la Fraternité St Pie X, pour former des prêtres vraiment catholiques, afin que tous les catholiques souhaitant encore sauver leurs âmes eussent à leur disposition pour se sauver éternellement la doctrine et les sacrements de toujours, non-contaminés par les coucous conciliaires, pour parler ainsi. 

Mais les hommes d’Eglise conciliaires à Rome ne souhaitaient pas que l’ancienne religion continue ; de par sa Vérité, elle les discréditait comme autorités catholiques. C’est pourquoi en 1974, ils envoyèrent une délégation pour inspecter le séminaire de Monseigneur à Écône. En 1975, ils le convoquèrent à Rome pour justifier sa constance dans la pratique de l’ancienne religion, et ils le punirent en le relevant de ses fonctions épiscopales. Mgr Lefebvre ne tint jamais compte de cette suspension parce qu’elle avait beau être venue d’une autorité de l’Eglise, elle n’était pas en accord avec la justice parce qu’elle n’était pas en accord avec la Vérité catholique, pour le service de laquelle l’Autorité de l’Eglise existe seulement. Aussi Monseigneur considéra-t-il toujours cette suspension comme étant invalide, et parce qu’il plaçait la Vérité devant l’autorité déloyale, il n’y accorda pas d’importance, ce qui permit à  Écône de continuer.
[Deuxième et dernière partie de la Déclaration de Mgr Williamson à l'occasion des 30 ans des Sacres de 1988. Mgr reprend et actualise l'importante interview que Mgr Lefebvre avait donnée en 1989 - SOURCE
1.Pourquoi avez-vous sacré quatre évêques l’an dernier ?
Mgr Lefebvre : Je devais avoir des successeurs pour la survie de la Fraternité. Lorsque j’ai annoncé en 1987 que je consacrerais des évêques, Rome était prête à faire des concessions pour m’arrêter de les faire, mais je n’avais pas confiance en ces conciliaires Romains après ces 14 années de discussions avec eux. Ils organisèrent une visite de la Fraternité, mais « très vite nous avons réalisé que nous discutions avec des personnes qui n’étaient pas honnêtes. »

En fait, eux et nous travaillions en deux sens contraires. A la dernière minute, les contacts montrèrent que nous souhaitions re-christianiser le monde moderne, alors qu’ils souhaitaient, selon l’esprit de ce monde, aider à sa dé-christianisation. Pour la survie de la Tradition catholique, j’ai été obligé de sacrer.
Mise à jour : En 2018, les Romains, tout spécialement le Pape François, s’accrochent toujours à leur Concile et donc à la dé-christianisation du monde. Mais ils veulent toujours paraître Chrétiens, donc ils sont toujours « des personnes non honnêtes ». L’énorme différence dans les relations actuelles de la Fraternité avec Rome, c’est que Mgr Fellay, Supérieur Général de la Fraternité de 1994 à 2018, ne fut plus sûr que les Romains « ne sont pas d’honnêtes personnes ». En leur faisant virtuellement confiance, il a changé, au cours de ces 24 années, la Fraternité catholique de Mgr Lefebvre en sa propre Néo-fraternité libérale, exactement comme Vatican II a changé l’Église catholique en une Néo-église.
2. Le bruit a couru que Rome pourrait doter la Fraternité Saint-Pierre d’un évêque?
Mgr Lefebvre : Rome ne leur accordera jamais un évêque entièrement traditionnel, mais seulement un évêque qui tout doucement les ramènera au Concile. L’Église est avant tout faite d’évêques. Donc s’ils n’en ont pas, ils se sont en effet rendus au Concile. Il ne peut y avoir de Tradition sans évêques traditionnels. C’est la Foi qui est en jeu. Remercions Dieu que la Fraternité ait maintenant de tels évêques.
Mise à jour : En 2018, pour ce qui est des évêques, la Néo-fraternité s'est enfoncée dans un cul-de-sac. Elle a désespérément besoin de plus d’évêques, mais elle ne veut pas offenser la Rome conciliaire, donc elle va insister pour avoir l'approbation de Rome pour tout candidat qu’elle propose. Mais la Rome conciliaire n’approuvera que des candidats conciliaires. Alors, la Néo-fraternité doit ou bien renoncer à l’approbation conciliaire, ou bien renoncer aux candidats traditionnels. Mais comment alors la Néo-Fraternité pourra-t-elle servir la Tradition ? Mgr Fellay a conduit la néo-Fraternité dans une impasse. Et remarquons en passant que la Fraternité St Pierre n’a toujours pas eu d’évêque.
3. Mais n’auriez-vous pas été plus efficace en restant dans l’Eglise ?
Mgr Lefebvre : Quelle Église ? L’Église occupée et soumise aux modernistes dévoués au Concile ? Comment pensez-vous que la Tradition puisse survivre sous la commande de Conciliaires ? C’est une complète illusion. Les sujets ne forment pas les supérieurs. Ce sont les supérieurs qui forment les sujets.
Mise à jour : Entre 1988 et 2018, nous avons vu quelques groupes traditionnels se soumettre à la Rome conciliaire, en étant persuadés qu’ils seraient capables de préserver la Tradition. Aucun n’en a été capable. « Mais ils n’ont pas eu d’évêque, alors que nous en avons, » répond la Néo-fraternité. Mais le seul des quatre évêques qui aurait réellement résisté, la Néo-fraternité l’a exclu. Quant à Mgr Fellay, il a été entièrement décidé à se soumettre aux conciliaires parce que, en rentrant dans l’Église conciliaire, il a été sous l’incroyable illusion que la Néo-fraternité sera capable de faire revenir la Néo-église à l’Église catholique. Et les deux évêques restant ont suivi Mgr Fellay.
4. Ne risquez-vous pas de créer une Eglise parallèle à ce que certains appellent l’Eglise visible ?
Mgr Lefebvre : La Véritable Église catholique est toujours visible, mais toutes les « églises » visibles ne sont pas catholiques, à moins qu’elles n’aient les quatre notes, à savoir, « Une, Sainte, Catholique et Apostolique. » Ces quatre notes, la Fraternité les a. L’Église conciliaire ne les a pas. Elle n’est pas « une » avec l’Église catholique de tous les siècles qui ont précédé. On ne peut pas non plus affirmer que l’Église conciliaire est infaillible parce qu’elle est l’Église officielle. Les papes et cardinaux conciliaires refusent l’infaillibilité parce qu’ils sont des libéraux qui ne croient ni ne veulent croire à une Vérité immuable. L’Église conciliaire a beau être visible, elle a beau être officielle, mais au regard des quatre notes, elle est virtuellement schismatique et virtuellement excommuniée.
Mise à jour : En 2018, L’Eglise officielle, visible à Rome et partout dans le monde, est toujours conciliaire, et pour cette raison, virtuellement schismatique et virtuellement excommuniée. Cependant, c’est dans cette Néo-église que Mgr Fellay a voulu faire rentrer la Fraternité et il y a travaillé pendant 20 ans avec ses collègues libéraux à la tête de la Fraternité. Mais occuper un nid de rossignols ne change pas les coucous en rossignols. Mgr Fellay et ses collègues ont transformé la Fraternité de rossignols catholiques en leur Néo-fraternité de coucous libéraux.
5. Ne peut-on former des prêtres catholiques sans exiger qu'il y ait des évêques catholiques pour les ordonner ?

Mgr Lefebvre : Dans ce cas-là les séminaristes catholiques devront demander à des évêques conciliaires de les ordonner, avec toutes les conséquences conciliaires fâcheuses. Au contraire, la Fraternité n’a jamais été ni schismatique, ni excommuniée, ni contre le Pape quand il est fidèle, ni contre l’Église quand elle n’est pas conciliaire. La Fraternité s’est simplement mise en retrait de l’Église et des papes conciliaires dans le but de continuer à être catholique.

Je suis effrayé à la pensée des millions de catholiques qui sont en train de perdre la foi parce qu’ils n’osent pas se mettre à l'abri de l’influence conciliaire.
Mise à jour : Non seulement la Néo-fraternité de Mgr Fellay ne se mettait plus à l'abri du conciliarisme, elle s’efforçait positivement de se placer elle-même sous l’autorité des Romains conciliaires ! Mais comment peuvent-ils être aussi infidèles à leur Fondateur ? Par ignorance, par orgueil, ou les deux ? Ils se font illusion, ou bien que Rome ait changé (ignorance), ou bien qu’une fois rentrés, ils pourront convertir Rome (ignorance et orgueil), ou bien qu'ils peuvent « réussir » à accomplir la « réunion » là où Mgr Lefebvre « a échoué» (Orgueil).
Dans tous les cas, ils n’ont pas eu suffisamment de Foi catholique pour comprendre ce que faisait réellement Mgr Lefebvre.
6. Mais ne pouvez-vous vous réconcilier avec Rome ?
 Mgr Lefebvre : C’est la suggestion d’un prêtre catholique particulier qui est obligé en même temps d’admettre que la doctrine du Concile sur la liberté religieuse est un problème sérieux. En effet, le Concile ne définit plus la liberté comme la liberté de faire ce qui est objectivement bon, mais comme la liberté de suivre sa conscience subjective. Mais c’est la mort de l’Église Catholique. Et lorsque nous avons envoyé nos objections officielles à Rome, les Romains conciliaires ont répondu avec des erreurs pires que celles du Concile lui-même. De telles actions favorisent le communisme.
Mise à jour : Depuis les contacts « secrets sans être secrets » entre Rome et Écône dans les années 90, Mgr Fellay a mené ces tentatives de la Néo-fraternité pour se réconcilier avec Rome. En 2018, il ne souhaite pas « tout en souhaitant » être ré-élu une nouvelle fois Supérieur Général de la néo-Fraternité dans le but de parachever la réconciliation. Mais n’a-t-il pas appris à Ecône, à l’époque de Mgr Lefebvre, à quel point la doctrine sur la liberté religieuse du Concile est mauvaise ? Évidemment, il l’a appris, mais il est libéral, et c’est ainsi que ses paroles vont dans un sens pendant que ses actions vont dans un autre. Il connaît la doctrine catholique, mais il ne s’appuie pas sur elle pour agir, parce qu’au fond, il ne la prend pas au sérieux, tout en prétendant le faire !
7. Vous accusez l’Eglise de favoriser le communisme, mais il a été récemment interdit à un Cardinal romain d’entrer en Ukraine.
Mgr Lefebvre : Il a brûlé les étapes. L’amitié communiste-catholique n’en est pas encore là. Mais chaque fois que des Papes conciliaires agissent envers les communistes comme s'ils étaient des personnes normales, ils font beaucoup de mal aux simples Catholiques. Le respect de l’erreur et du vice comme s’ils étaient la vérité et la vertu, ruine la moralité chrétienne et ruine la vie en société.
Mise à jour : En 2018, le problème des hommes d’Église conciliaires fraternisant avec le vice et l’erreur en politique est le même, seulement il se vérifie moins en Russie qui est sur la voie d’un vrai regain de vie religieuse, et d’avantage dans les nations de l’Ouest qui deviennent communistes sans en avoir le nom. Et ceci en raison de l’essence même du communisme qui est l’athéisme matérialiste, actuellement rampant à l’Ouest. Le Conciliarisme équivaut à l’athéisme matérialiste occupant l’Église catholique.
8. Le Pape Jean-Paul II défend-il la morale catholique ?
Mgr Lefebvre : Dans ses orientations générales, oui, mais pour prendre des positions énergiques face à certains problèmes particuliers, non. Par exemple, on laisse faire sans les poursuivre les prêtres qui sont favorables à la contraception.
Mise à jour : Au sujet de plusieurs problèmes particuliers, le Pape François maintenant s’attaque ouvertement à la morale catholique. L’Église conciliaire sombre de plus en plus. Cependant, la néo-Fraternité aspire toujours à se placer elle-même sous l’autorité des Romains conciliaires !
9. Mais n’y a-t-il pas des signes d’un certain retour de Rome à la Tradition ?
Mgr Lefebvre : Quelques signes, oui, mais un vrai retour, non. Et ceci parce que dans toute révolution, il est nécessaire de retenir les extrémistes qui vont trop loin, trop vite. C’est simplement une bonne tactique dans tout combat. Mais les erreurs fondamentales de la révolution conciliaire sont toujours acceptées et mises en pratique même par des évêques supposés être conservateurs. Ce retour à la Tradition n’est pas profond dans l’Église conciliaire, surtout lorsque de très dangereux révolutionnaires comme Mgr Kasper montent toujours plus haut.
Mise à jour : La situation à l’intérieur de l’Église conciliaire suit toujours les mêmes grandes lignes. On prend Mgr Athanasius Schneider comme exemple d’un évêque néo-conservateur, mais il croit toujours au Concile. Quant à Mgr Kasper, il est maintenant Cardinal et joue un rôle de premier plan dans l’Église conciliaire.
10. N’y a-t-il pas des cardinaux qui s’améliorent, par exemple les Cardinaux Ratzinger et Mayer ?
Mgr Lefebvre : Une telle amélioration de leur part semble être plutôt exceptionnelle et temporaire. Par exemple, en permettant l’utilisation du rite tridentin de la Messe, c’est habituellement seulement pour certaines communautés particulières, et ceci seulement en application de l’Indult qui est toujours une permission spéciale qui peut être retirée. En d’autres mots, il n‘est pas question pour ces Cardinaux d’abandonner la nouvelle Messe. Au contraire. (Maintenant les propres paroles très importantes de Mgr Lefebvre) « C’est pourquoi ce qui peut apparaître comme une concession (des conciliaires) n’est en réalité qu’une manœuvre pour parvenir à détacher de nous le plus possible de fidèles. C’est dans cette perspective qu’ils semblent donner toujours un peu plus et aller très loin. Il nous faut absolument convaincre les fidèles qu’il s’agit bien d’une manœuvre, que c’est un danger de se mettre entre les mains des évêques conciliaires et de la Rome moderniste. C’est le plus grand danger qui menace les nôtres. Si nous avons lutté pendant vingt ans pour éviter les erreurs conciliaires, ce n’est pas pour nous mettre maintenant dans les mains de ceux qui les professent. »
Mise à jour : Lorsqu’on observe, tout au long des 20 dernières années, la détermination et la ruse avec lesquelles Mgr Fellay, et le Quartier Général de la Fraternité à Menzingen qu’il a choisi pour l’entourer, ont poursuivi ce but de « se mettre eux-mêmes dans les mains de ceux qui professent les erreurs conciliaires », on ne peut s'empêcher de penser au Petit Chaperon Rouge se mettant elle-même sous le pouvoir du Grand Méchant Loup – excepté que le Petit Chaperon Rouge n’a jamais recouru à d’habituelles ambiguïtés et contre-vérités. Ces avertissements de Mgr Lefebvre ne seront jamais pris trop au sérieux par les catholiques souhaitant sauver leur âme. Les responsables de la Fraternité n’en ont absolument pas tenu compte ces 20 dernières années.
11. Les quatre nouveaux évêques vous ont-ils donné satisfaction depuis leur sacre l’année dernière ?
Mgr Lefebvre : Jusqu’à présent, oui. Sans réclamer aucune juridiction territoriale, tous les quatre me remplacent pour les Ordinations et Confirmations partout dans le monde. Du point de vue du territoire, ce sont les Supérieurs de District de la Fraternité qui répondent à l'appel au secours des catholiques dans telle ou telle région. Après tout, les catholiques ont droit aux sacrements et à la Vérité qui leur permettent de sauver leurs âmes, et c'est le Droit Canon qui accorde aux prêtres de la Fraternité le droit de répondre à leurs appels.

L'année dernière nous avons perdu quelques prêtres et fidèles, mais (paroles très importantes de Mgr Lefebvre lui-même) « nous pouvons remercier le Bon Dieu d'avoir permis que ceux-là nous aient quittés qui ne sont pas complètement d'accord avec nous, qui ne comprennent pas vraiment les raisons de notre combat. » Si ceux qui ne sont pas d'accord restaient avec nous, il y aurait désordre et division. Pourtant du point de vue du nombre nos pertes n'ont pas été si considérables que cela.
Mise à jour : Hélas, la Fraternité de Mgr Lefebvre a été très gravement induite en erreur durant ces 20 dernières années, par des libéraux conscients ou inconscients, par des prêtres de la Fraternité qui n’ont jamais « vraiment compris » le fond du combat de Mgr Lefebvre. Au lieu de quitter honnêtement la Fraternité pour rejoindre l’Église conciliaire, ils sont restés à l’intérieur de la Fraternité pour lui faire abandonner les positions prises par Mgr Lefebvre pour défendre la Foi. Oh ! Ils ont camouflé leur abandon, mais s’ils l’achèvent lors du Chapitre Général de 2018, alors les fruits de leur abandon ne tarderont pas à rendre évident ce qui n’est pas encore clair pour de nombreux Catholiques déçus. Que Dieu ait pitié !
12. Vous avez rencontré récemment le Cardinal Thiandoum à sa demande. Cherchait-il à ouvrir une voie de conciliation ?

Mgr Lefebvre : C’est vrai, je l'ai rencontré, mais il n’a pas offert de réelle ouverture de la part de Rome. En fait, les actions parlent plus fort que les paroles, donc s’il y a quelque chose qui peut persuader Rome de prendre la Tradition au sérieux, ce ne sont pas les paroles doucereuses, mais plutôt l’ouverture, par la Fraternité, de nouvelles maisons sur le terrain, l’une après l’autre. Rome se rend bien compte que cela n’est pas rien. Donc je pense qu’il est inutile pour moi de tenter de les contacter. Hélas ! Nous devons attendre que la situation devienne de plus en plus grave pour leur ouvrir les yeux.
Mise à jour : Hélas, depuis 1989, la situation dans l’Église et le monde est devenue encore beaucoup plus grave. Mais loin d’ouvrir les yeux à Rome, cela n'a servi qu'à fermer les yeux des dirigeants de la Fraternité. Ils n’ont pas saisi le plus profond des problèmes, qui est en train de ruiner l’Église et le monde, à savoir la perte de la Vérité et la perte correspondante de la Foi, parce que ces responsables sont des enfants de ce monde moderne. Ils peuvent être pieux, et penser que leur piété fait d’eux des surnaturels, mais leur piété n’a pas de solides fondements dans la réalité, donc leur « esprit surnaturel » est irréel. Ils devront souffrir pour apprendre que c'est Mgr Lefebvre qui a eu raison.
13. Pourquoi Rome ne vous a-t-elle pas accordé un seul évêque ? Sûrement ce n’était pas trop vous donner ?
 Mgr Lefebvre : La raison en est certainement leur crainte de la Tradition. Un seul évêque travaillant pour la Tradition, c’est un de trop pour eux.
Mise à jour : C’est sans doute pour la même raison que depuis 20 ans Rome a habilement mené en bateau Mgr Fellay et Menzingen. Cette Rome doit paralyser toute opposition sérieuse à son Concile.
14. Que pensez-vous du récent « Serment de Fidélité » de Rome ?
Mgr Lefebvre : Il est en trois parties et les deux premières sont catholiques, il n’y a pas de problème. Mais la troisième partie est très mauvaise, parce qu’elle exige que toute personne prononçant ce Serment soit en plein accord avec les évêques diocésains, autrement dit avec le Concile. Mais ce Serment de loyauté au Concile est absolument opposé au Serment Anti-moderniste qui était, lui, fidèle à la Tradition. Ce nouveau Serment est une fourberie.

Je me demande si Rome ne reprend pas du terrain perdu lors de la signature du Protocole du 5 mai de l’an dernier. Comme de mon côté je me suis rendu compte que j’avais été trop loin en le signant, Rome pouvait regretter de n’avoir pas assez exprimé dans le Protocole la nécessité de nous soumettre au Concile. Tous ceux qui signent ce Serment se trouveront dans l’obligation de faire un acte officiel de ralliement à l’Église conciliaire.
Mise à jour : Il n’y a aucun moyen pour la Rome conciliaire de reconnaître officiellement la Fraternité sans une certaine acceptation du Concile et de la Nouvelle Messe. Mgr Fellay doit soit trahir la Tradition en les acceptant, soit admettre qu’il a mal dirigé la Fraternité depuis 20 ans, ce dont il est peu probable qu’il le fasse.
15. Finalement, n’avez-vous aucun doute ni regret à propos des Sacres de l’an dernier ?
Mgr Lefebvre : Non. Je pense que tout cela a été mené vraiment providentiellement et presque miraculeusement. J’aurais pu le faire plus tôt, mais je suis content d’avoir attendu, montrant ainsi à Rome que j’ai fait tout ce que je pouvais pour obtenir d’eux une autorisation officielle. Tout en signant le Protocole qui garantissait un évêque, Rome refusait l’évêque. Si nous avions mis en pratique le Protocole, nous aurions eu toutes les peines du monde. Je pense qu’il fallait bien arriver à la décision que j’ai prise, et nous en étions à la toute dernière limite. J’ai eu raison de reprendre ma signature et de sacrer sans leur permission.

Juste un an plus tard, Mgr de Castro Mayer est si fatigué qu’il ne pourrait plus prendre part aux Sacres des quatre évêques comme il le fit l’an dernier. Mais sa participation a été une preuve cruciale que je n’étais pas seul à inventer dans ma propre tête cet événement. Sa présence et son admirable profession de Foi ont prouvé que cet événement était catholique et pas seulement « lefebvriste ».

Quant à moi, je me sens bien, mais j’ai atteint mes limites. Je ne peux plus célébrer des cérémonies importantes, ni entreprendre tous ces voyages à travers le monde. Je laisse cela à mes successeurs. La cérémonie elle-même a été un grand cadeau de Dieu. Ce que l’on peut espérer, c’est que les fidèles soient de plus en plus nombreux, qu’ils ouvrent les yeux et finissent par voir où se trouve la vérité, et qu'ils reconnaissent que le salut est dans la Tradition et non dans l’Église conciliaire.
Mise à jour : De plus en plus de catholiques sont en effet venus vers la Tradition depuis la mort de Mgr Lefebvre en 1991, mais le Démon n’a pas dormi face à la Fraternité. Dans les années qui suivirent, un diplomate français proposa que Rome et Écône se réconciliassent, en laissant de côté les questions de doctrine et en modérant chacun leur antagonisme. Et quelques années plus tard, grâce au GREC, des contacts discrets « mais qui n'étaient pas discrets » furent rétablis, tout le monde découvrit de nouveau que tout le monde est si gentil, et sans tarder, en 2012, officiellement, la Fraternité laissa de côté la doctrine dans l’espoir d’arriver à un accord non-doctrinal. Comme le monde moderne, comme l’Église conciliaire, la Fraternité se libérait de la Vérité. 
Cependant, avec ou sans la Fraternité, Dieu sauvera Son Église, par Sa Mère. Nous La prions d’obtenir le salut du plus grand nombre possible d’âmes, et nous La remercions profondément pour les vrais principes et l’exemple héroïque que nous a donnés son fidèle serviteur, Mgr Marcel Lefebvre.
+ Richard Williamson
Brewster, État de New-York, le 5 juillet 2018.

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Chapitre Général – II

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 4 août 2018
Grand Dieu, je n’en peux plus ! Venez, secourez-nous!
Vous êtes Tout-puissant. J’ai confiance en vous!

Pour le moment, on peut raisonnablement penser que la conclusion du Chapitre Général de la Fraternité Saint-Pie X cache en fait encore une défaite de la Foi catholique. En effet, n’est-il pas domage si les 40 supérieurs majeurs de la Fraternité de Mgr Lefebvre ne comprennent pas la dimension de la crise de l’Église et du monde qui nous harcèle tous aujourd’hui ? Et pourtant cette crise est bien réelle. D’une certaine manière, on ne peut leur en tenir rigueur, car ils ne sont ni plus ni moins que des enfants de leur siècle. En effet, puisque nous vivons à l’époque pré-apocalyptique, pourquoi les prêtres de la Fraternité échapperaient-ils aux tentations et à l’aveuglement qui depuis Vatican II ont fauché la plupart des évêques et des prêtres de l’Église Universelle ? L’Église a la promesse de Notre-Seigneur que jamais les portes de l’enfer ne prévaudront contre elle (Mt. XXVIII, 20) ; mais la Fraternité n’a jamais reçu une telle promesse.

Par conséquent, les catholiques qui souhaitent sauver leur âme doivent savoir faire face ; il faut qu’ils admettent la situation concrète qui est la nôtre. A titre d’exemple, une mère anxieuse, vivant aux États-Unis, vient de m’écrire son inquiétude pour ses enfants : «Je voudrais que mes enfants rencontrent d’autres enfants qui aiment la foi catholique. Et je voudrais qu’ils aient l’occasion de rencontrer d’autres fidèles catholiques, et que peut-être un jour ils se marient. J’ai un fils qui n’a que 12 ans. Il aimerait devenir prêtre. Quel sera leur avenir ? Y aura-t-il dans notre secteur un prêtre de la “Résistance”? Aurons-nous une école ? Mon fils pourra-t-il faire ses études en sécurité dans un séminaire ? » Il y a certainement aujourd’hui bon nombre de mères catholiques accablées par la même anxiété. J’ai répondu à cette lettre en faisant valoir l’impérieuse nécessité actuelle, pour tous les catholiques, de bien prendre aujourd’hui la mesure de la réalité, et de s’y faire:

Madame,

Faites-vous à l’idée que, lors d’une famine, un quignon de pain est un luxe . Or, l’Église est en état de famine. C’est pourquoi :–

1. À chaque jour suffit sa peine, dit Notre-Seigneur (Sermon sur la Montagne). Il se peut qu’il y ait ou non un séminaire correct au moment où votre enfant sera en âge de postuler. S’il n’y en a pas, cela signifiera que la volonté de Notre-Seigneur n’était pas qu’il fût prêtre. Mais d’ici là, beaucoup d’eau va couler sous les ponts.

2. Un prêtre de la “Résistance” près de chez vous ? Le temps seul le dira. En attendant, vous n’êtes pas obligée d’assister à des Messes qui diminuent votre foi ; de fait, vous pourriez être obligés de ne pas y assister. C’est à vous et à votre mari d’en juger. Mais si vous n’assistez pas à la Messe, vous devez tout de même adorer Dieu de façon régulière le dimanche à la maison. C’est le troisième Commandement. Comptez sur votre exemple pour enseigner les enfants.

3. Une école de la « Résistance » chez vous sera un super-luxe. Mais, en attendant, n’en doutez pas, les enfants écoutent attentivement leurs parents biologiques, c’est au fond de leur nature. Vous pourrez même les mettre dans des écoles moins bonnes pourvu que vous priiez le chapelet à la maison, et que vous surveilliez attentivement toutes les influences auxquelles ils peuvent être exposés ; en particulier surveillez la musique qu’ils écoutent… Ne les laissez jamais seuls dans leur chambre avec des appareils électroniques d’aucune sorte. Autant que possible, chassez de chez vous ces appareils néfastes.

4. À chaque jour suffit sa peine. N’oubliez jamais la parole de St Ambroise à Sainte Monique : “L’enfant de tant de larmes (le futur saint Augustin) ne peut être perdu.” Si nécessaire, pleurez des larmes de sang pour le salut de chacun de vos enfants – qu’importe tout le reste ? Mais en même temps, ayez une confiance absolue dans le Sacré Cœur de Jésus, comme dans la volonté et le pouvoir de Sa Très Sainte Mère d’obtenir leur salut.

Par conséquent, chers lecteurs, Mgr Lefebvre et sa Fraternité furent un luxe inouï. Aujourd’hui, il n’est que trop normal qu’elle nous soit retirée. Nous devons nous ceindre les reins, ou nous serrer la ceinture, et sauver nos âmes sans plus compter sur ce luxe. La grâce de Dieu est toujours présente. Proverbe irlandais : « L’aide de Dieu est plus proche que la porte. »

Kyrie eleison.

[Paix Liturgique] La contamination irréversible de type "Tchernobyl" n'existe pas dans le domaine ecclesial

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 654 - 31 juillet 2018

À propos d'un débat interne à la FSSPX sur la possible contamination des prêtres et des fidèles par la fréquentation de l'Église « officielle ». Quelques réflexions à partir d'un témoignage de Mgr Lefebvre.

Paix Liturgique, comme chacun sait, se consacre entièrement à la promotion de la messe traditionnelle. Elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour en multiplier la célébration au profit des fidèles qui le souhaitent. Elle invite à y assister et dénonce les faiblesses intrinsèques de la liturgie nouvelle. Ce faisant, son attention se dirige particulièrement vers les paroisses ordinaires, où nombre de paroissiens « silencieux » voudraient pouvoir assister à la messe en forme extraordinaire, selon les dispositions de Summorum Pontificum, et ne le peuvent encore.

De sorte que, Paix Liturgique est favorable, sur le terrain, à la coexistence des deux liturgies : la plus sainte et la plus catholique, à la fin, ne manquera pas de gagner. De plus, ce combat liturgique exige des relations et des discussions avec les autorités ecclésiastiques de tous les niveaux et une disponibilité pleine et concrète envers tous les prêtres de paroisse bi-formalistes qui favorisent la renaissance de la liturgie traditionnelle.

On peut regretter que la Fraternité Saint Pie X ne se joigne pas à ce combat concret, sur le terrain « ordinaire », et se contente d'un témoignage externe – notamment par sa « Lettre à nos frères prêtres » –, qui est certes d'une grande valeur et d'un grand poids, mais qui est de moins en moins adapté à une situation qui a considérablement évolué (motu proprio de 2007 ; effondrement du nombre des prêtres ; évolution du nouveau clergé ; célébration de la liturgie ancienne par nombre d'évêques, etc.).

L'abbé Michel Simoulin, de la Fraternité Saint-Pie X, a publié en mai 2018 dans son bulletin Le Seignadou une réflexion sur les conséquences réelles ou supposées de la fréquentation par les fidèles – et surtout des prêtres ! – de l'Église officielle, de son clergé et de sa liturgie, dans laquelle il tente d'appeler ses confrères à une attitude plus adéquate. Cette lettre est intervenue dans le contexte suivant : la possibilité donnée par le Pape aux évêques de concéder aux prêtres de la FSSPX la capacité de recevoir le consentement du mariage. Nous le publions. Nous ajouterons ensuite nos propres commentaires. Ils vont au-delà ce qu'avait en vue l'abbé Simoulin. Ils ne prétendent pas se l'annexer, et encore moins annexer la mémoire de Mgr Lefebvre. Notre unique intention est de souligner la position de bon sens de l'auteur de ce texte, à un moment où certains de ses confrères dérapent dans des déclarations enflammées de repli sur soi.
I – TCHERNOBYL ?
Éditorial de M. l'abbé Simoulin publié dans Le Seignadou de mai 2018, bulletin du prieuré St-Joseph-des-Carmes de Montréal-de-l'Aude, que nous publions avec l'autorisation de son auteur.
Comparaison n'est pas raison. En avril 2017, nous avons reçu le document par lequel Mgr Planet accorde aux prêtres de la Fraternité la faculté de célébrer les mariages dans son diocèse. Que fallait-il faire ? si j'en crois certains bons conseilleurs, il aurait fallu lui renvoyer son texte ! Nous ne l'avons pas fait, car cela aurait signifié un rejet de son autorité.

En décembre dernier, j'ai célébré dans une paroisse d'un autre diocèse un mariage avec la délégation reçue de l'évêque et du curé… j'ai préparé moi-même les époux et établi le dossier que j'ai transmis au diocèse… j'ai reçu les consentements des époux et célébré la messe en présence du curé qui a enregistré le mariage dans les registres paroissiaux… Le plus intéressant est que, en 1984, j'avais reçu les consentements des parents de la fiancée dans une autre paroisse, dans les mêmes conditions ! Incorrigible récidiviste, je ne m'en repens pas ! Au contraire, je suis disposé à recommencer !

En effet, lors de ce mariage, à aucun moment, je n'ai été soumis à quelque influence « conciliaire » que ce soit, et il me semble n'en avoir subi nulle contamination, et n'avoir pas soumis les époux à quelque contamination que ce soit !Je suis le même après comme avant, toujours fidèle aux sages conseils de Mgr Lefebvre qui, entre nous, parlait plus souvent d'Église officielle que d'Église conciliaire. Il n'aimait pas ce terme.

Il est vrai que lorsque survient une explosion nucléaire, nul ne peut être à l'abri, grand ou petit, fort ou faible, sain ou malade… tous sont atteints :pulvérisés ou contaminés ! Mais si nous comparons le concile Vatican II à une semblable explosion, ne devons-nous pas éviter quelque exagération dans l'image utilisée ? Car il n'en va pas dans l'ordre spirituel comme dans l'ordre matériel ou physique ! Grâce à Dieu, la vie de l'esprit ne répond pas aux mêmes critères que la vie du corps. Et il se trouve précisément que lors de l'explosion conciliaire, certains n'ont été ni pulvérisés ni contaminés : la contamination n'a pas été universelle ! Quand elle agit sur les corps, nul ne peut s'en protéger ! Mais quand il s'agit des âmes, son effet n'est pas inévitable, et les âmes bien nées, bien armées des « anticorps » traditionnels, qui s'en nourrissent, en vivent et se protègent avec prudence, n'ont rien à craindre de cette radioactivité conciliaire ! Ainsi certains évêques que nous connaissons bien ont résisté et nous ont même transmis les anticorps qui nous ont préservés et nous préservent encore de céder aux facilités conciliaires.

Sans doute le danger existe, et nous connaissons bien des confrères, des congrégations amies, des fidèles qui se sont laissé séduire, et ont été contaminés. Mais comment cela s'est-il fait ? Lassitude du combat ? Découragement ? Ambition ? Deus scit !

Certes il nous faut être prudents, mais je persiste à dire qu'il ne faut pas avoir peur de cette radioactivité contre laquelle nous nous protégeons grâce à Mgr Lefebvre depuis presque 50 ans sans en avoir été atteint ! Deo Gratias !

Ce qui me rassure, c'est que Monseigneur lui-même n'a pas été épargné par de semblables reproches. Je me souviens d'un pamphlet écrit le 1er juillet 1980 intitulé : « RALLIONS-NOUS : L'EXEMPLE VIENT D'EN-HAUT ». Le plus simple sera de le lire ou relire :
– En ce lundi 30 juin 1980, le glas sonne à l'église Notre-Dame des Anges de Tourcoing (Nord). Ce sont les obsèques de Mme Monique Lefebvre, belle-sœur du célèbre prélat Monseigneur Lefebvre.
Le clergé sort de la sacristie et s'en va accueillir la défunte. Hormis les enfants de chœur, il y a dans le cortège un prêtre en « tenue de Taizé », c'est-à-dire avec une aube blanche, sans cordon, – mais avec un capuchon. Pour l'occasion, il a passé une étole violette de coupe moderne. Derrière lui, le célébrant – avec une chasuble violette. Décidément, le noir, couleur du deuil ne se fait plus dans l'église postconciliaire : il faut évacuer ce qui rappelle la mort et l'au-delà. Et, oh surprise !, arrive le prélat d'Écône, soutane noire, surplis de dentelle, camail et calotte violets, croix pectorale. Il est encadré de deux hommes à lui, les abbés Simoulin et Ferrie en soutane et surplis. [NB : je venais d'être ordonné au sous-diaconat le 27 juin]. Vraiment curieux, on n'était pas habitué à voir Monseigneur en si progressiste compagnie et de surcroît dans une église réservée au nouveau rite ; les salles des fêtes et les hangars lui étaient plus familiers.C'est au son du Requiem en latin que le cortège remonte la nef centrale. Le clergé local s'installe aux micros, les trois invités montent dans les stalles sculptées, à deux pas de la table tournée orgueilleusement face au peuple. Le rituel commence. On vous reçoit au nom du Dieu de l'Espérance, un membre de la famille vient lire un texte, on chante un Kyrie, un Alléluia précède l'Évangile. Le prélat, très digne, suit le déroulement d'une cérémonie qui ne doit pas être dans son missel. Il se signe sur le front, les lèvres, la poitrine, preuve de sa participation au culte moderniste.
Le sermon, au cours duquel le prêtre tutoie la défunte, nous apprend beaucoup sur sa vie terrestre. Il n'effleure pas l'éternité ou plutôt, nous assure d'un avenir serein. Purgatoire, Enfer, Paradis, où êtes-vous donc passés ? Après une offrande où environ cinq cents personnes viennent baiser le Christ et déposer une obole pour de futures messes, nous assistons à la célèbre prière universelle. Une jeune fille, apparemment de la famille, vient nous lire quelques intentions dont l'une particulièrement croustillante donnait à peu près ceci : « Prions pour l'unité de l'Église dans la diversité des expressions ». Une rengaine ponctuait les intentions. Avec le début de l'Offertoire, le prélat enlève sa calotte et se prépare à assister à la suite des événements. Après un beau Sanctus très latin, commence une consécration très française. Les trois gens des stalles se mettent à genoux à l'approche du sacrifice, les enfants de chœur et le curé « façon Taizé » ne peuvent pas faire moins ; les fidèles restent debout. Les paroles de la consécration arrivent après quelques courtes phrases, le prêtre fait uniquement une légère inclination de la tête, la dame préposée à faire chanter les fidèles vient nous proposer un refrain. Ce n'est qu'avant le Pater que Monseigneur et les deux abbés se relèvent. Ils ont donc assisté d'une façon active et recueillie à une nouvelle messe dite de Paul VI.Le temps presse. À la communion, une bonne sœur se voit refiler un ciboire afin d'activer la distribution. Tout le monde debout, mais vous avez le choix entre la main ou la langue. Encore quelques paroles, une prière et la première partie s'achève. C'est alors que Monseigneur, assisté de ses deux fidèles abbés, revient, chape violette sur le dos, mitre sur la tête. Il fera l'absoute selon le rite catholique. Pour terminer, un petit chant en l'honneur de la Vierge « Le Seigneur fit pour moi des merveilles » et le « In paradisum » pour prouver qu'on aime les traditions et le latin.
Monseigneur devait-il assister à une messe de Luther, fût-ce pour les obsèques de sa belle-sœur, devait-il y participer activement ?
Que doivent penser les jeunes prêtres ordonnés pour le maintien de la sainte Messe, de voir le patron filer dans la boutique d'en face ? Pour un prélat, pour une personne dont les responsabilités morales sont énormes, pour un exemple à des milliers de catholiques, peut-il y avoir des cas particuliers ?
Et demain le simple fidèle pourra aller aussi bien à la synaxe qu'au Saint-Sacrifice puisque… l'exemple vient d'en-haut.

Quant à nous, nous sommes ressortis de la cérémonie tels que nous étions en y entrant, et Monseigneur ne me semble pas en avoir été contaminé ! Je dirais même que ce genre de cérémonie ne peut que vous immuniser encore davantage contre toute contamination conciliaire ! Dans la voiture qui nous ramenait, Monseigneur plaisantait sa sœur Jeanne, religieuse adoratrice, en lui demandant : « Alors, Jeanne, quand est-ce que tu te convertis ? » (tout en nous adressant un clin d'œil malicieux !)

Je n'en dirai pas plus, et ce sera là mon ultime conclusion ! Que le Cœur Immaculé de notre si Bonne Mère nous garde tous bien unis et fidèles à l'esprit de notre fondateur.

« Nous adhérons de tout cœur, de toute notre âme à la Rome catholique, gardienne de la foi catholique et des traditions nécessaires au maintien de cette foi, à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité.
Nous refusons par contre et avons toujours refusé de suivre la Rome de tendance néo moderniste et néo-protestante qui s'est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes les réformes qui en sont issues. »

Abbé Michel Simoulin, FSSPX
II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE
1) En bonne logique, on pourrait reprocher à l'abbé Simoulin de raisonner en rapprochant des cas assez hétérogènes : lui-même a célébré des mariages traditionnels avec une permission officielle ; Mgr Lefebvre, pour des raisons familiales a assisté à une liturgie d'obsèques nouvelles (il venait de publier un fascicule dénonçant « La messe de Luther », ce que rappelle implicitement l'auteur du pamphlet). Il y a même participé, puisqu'il a chanté l'absoute – absoute traditionnelle il est vrai. Mais ne chinoisons pas : on comprend bien l'intention de l'abbé Simoulin, qui est d'inviter ses confrères à sortir d'une auto-ghettoïsation. 
Par ailleurs, cet événement – le fait pour Mgr Lefebvre d'assister à une messe moderne – évoqué par l'abbé Simoulin, est celui auquel sont confrontés chaque dimanche des centaines de milliers de catholiques en France et des millions de fidèles de par le monde… tous ceux en effet qui ne peuvent assister, comme ils le désireraient, chaque dimanche, à la messe traditionnelle célébrée dans leur paroisse, et qui n'ont souvent même pas la possibilité d'aller y assister près de chez eux. Rappelons qu'il y a en France environ 4400 paroisses officielles et que la forme extraordinaire n'est célébrée au mieux que sur le territoire d'un peu plus de 10 % d'entre-elles… Pire, il y a encore en France trois diocèses (Viviers, Langres et Cambrai) ou n'est célébrée aucune messe selon la forme extraordinaire, ni dans le cadre diocésain, ni par la FSSPX, alors que les sondages réalisés par Orémus-Paix-Liturgique démontrent que partout en France plus d'un tiers des catholiques pratiquants français assisteraient volontiers à la messe traditionnelle chaque dimanche ! Ces fidèles qui se sentent obligés d'assister à la nouvelle messe peuvent-ils s'appuyer sur cet épisode de la vie de Mgr Lefebvre ? Le motif de Mgr Lefebvre était familial ; d'autres motifs proportionnés, pour parler comme les moralistes, peuvent se concevoir. Surtout si, comme Mgr Lefebvre, les fidèles concernés peuvent y introduire un élément traditionnel, comme on le dira plus loin. Bien que, à coup sûr, ce ne soit pas le but de l'exposition de l'abbé Simoulin.

2) Observons donc maintenant l'attitude du bon prélat lorsqu'il estime devoir assister à une messe « ordinaire » : que fait-il ? Il se signe, il s'agenouille, il se recueille, il se tait… Il est clair qu'il nous enseigne par son exemple la manière dont nous devons nous comporter dans une situation semblable. Mgr Lefebvre nous montre comment nous pouvons et devons témoigner qu'en assistant à la messe nous assistons véritablement au renouvellement de l'unique sacrifice du Christ sur la Croix, en la présence réelle du Christ. C'est là un acte de foi et certainement pas la participation à une réunion profane ou à un spectacle…

2 bis) Ajoutons qu'en tant que fidèles nous aurons, le plus souvent, et en plus de ce que fit Mgr Lefebvre, à aller communier au corps du Christ. Le ferons-nous comme des moutons suivants les habitudes irrespectueuses modernes ou le ferons-nous avec la révérence et la piété nécessaire en communiant au moins sur les lèvres, si possible en ayant manifesté notre foi en la présence réelle par une génuflexion ou mieux encore comme le font de plus en plus de fidèles en communiant à genoux devant le prêtre ?

3) IMMUNISATION. Oui, le mot de l'abbé Simoulin est juste, et tous ceux qui par obligation ou par choix militant – notamment car ils sont demandeurs dans leur paroisse d'une célébration selon la forme extraordinaire – assistent dans leurs paroisses à la liturgie ordinaire l'expérimentent : plus ils assistent à la nouvelle messe, plus leur adhésion à la messe traditionnelle croît et s'enracine davantage en leur âme. Loin d'être contaminés par les pratiques modernes, ils désirent toujours plus que soit célébrée dans leur paroisse une messe « extraordinaire » où les saints mystères seront célébrés dans le silence, la piété et le recueillement et non dans le chaos, le bruit et le bavardage.

4) Tous ceux qui sont qui ont fréquenté un jour ou l'autre les célébrations modernes souriront en souvenir des « belles paroles » que souvent, très souvent, ils auront entendu lors de ces célébrations : « Aimons nos frères comme ils sont et non pas comme nous voudrions qu'ils soient », « Accueillons l'autre tel qu'il est », etc. Splendides exemples de cette magnifique « langue de buis » qui chante à nos oreilles depuis 50 ans dans nos églises et qui nous illustrent bien sa grande superficialité. De « belles paroles » rarement suivies d'actes, surtout en ce qui concerne les fidèles traditionnels : presque toujours, dans ces paroisses, au lieu d'être aimés et écoutés, nous sommes volontiers méprisés, critiqués ou rejetés et presque toujours appelés aimablement à « aller ailleurs ». Chez les « lefebvristes », généralement.

5) Oui la fréquentation du monde officiel, y compris liturgiquement, ne produit pas de contamination pour qui a de solides convictions, au contraire. Nos sondages montrent d'ailleurs que plus d'un tiers des fidèles qui ordinairement assistent à leurs messes paroissiales ordinaires ont le désir de vivre leur Foi catholique au rythme de la messe traditionnelle ! Si les nouveautés conciliaires et liturgiques peuvent être comparées – « comparaison n'est pas raison », dit l'abbé Simoulin – à Tchernobyl en ce qui concerne la déflagration produite, il n'est pas possible cependant de parler de contamination irréversible. Ce serait nier la grâce de Dieu, lesensus fidelium et même la pérennité de l'Église.