15 décembre 2018

[Abbé Pierre Célestin N'dong Ondo - Reconquista] Second voyage missionnaire en Ouganda (14 - 30 novembre 2018)

SOURCE - Abbé Pierre Célestin N'dong Ondo - Reconquista - 13 décembre 2018

Certains de nos lecteurs ne connaissent peut être pas bien encore M l'abbé N'dong Ondo. C'est un ancien confrère de la Fraternité ordonné en 2001 à Ecône. Victime des injustices et des purges arbitraires de Mgr Fellay, la providence l'a donc obligé à rester au Gabon.  Fidèle, lui aussi à la Tradition et à Mgr Lefebvre, il s'est donc tourné vers les évêques de la Fidélité, sous l'autorité morale desquels il fait son apostolat. Et Dieu bénit manifestement son labeur, fruit d'années de sacrifices. Dans son dernier bulletin il nous fait part de son  aventure missionnaire en Ouganda : 
1. Un jour à Kampala
Nous décollons de Libreville avec une heure de retard en raison d'une forte pluie en cet après-midi du 14 novembre. Au décollage de Kigali, au Rwanda, nous avons à nouveau une heure de retard pour une raison qui m'est inconnue. Nous arrivons donc à Entebbe, en Ouganda, avec une heure de retard à 2h du matin.

Quand je sors de l'aéroport, j'ai la désagréable surprise de constater que je ne suis pas attendu. Des personnes de bonne volonté me viennent en aide et appellent mes deux contacts en Ouganda. Mais à cette heure tardive de la nuit, personne ne répond car ils dorment du sommeil du juste. Une heure plus tard, une personne de bonne volonté appelle à nouveau et enfin Francis répond. Francis est le coordinateur de notre apostolat en Ouganda. Il est surpris de me savoir à l'aéroport car il m'attendait pour le lendemain. Six heures plus tard, il arrive enfin à l'aéroport : il était temps !

Il me conduit chez une famille, membre des Marian Workers. Je découvre ce mouvement marial pour la première fois. Plus tard, j'apprendrais que cette famille est en fait à l'origine de ce mouvement marial. Nous passons juste la nuit et le lendemain après-midi, nous nous dirigeons vers Masaka, à environ 3h de route de Kampala. La famille et les autres personnes présentes me demandent de revenir car elles veulent assister à nouveau à la messe tridentine. Je leur réponds de ne pas s'inquiéter car j'ai prévu de revenir pour prêcher une retraite de saint Ignace.
2. Deux jours à Masaka
A notre arrivée à Masaka, je suis reçu en grande pompe avec des chants traditionnels. Dans la soirée, Agatha, nous rejoint. C'est mon second contact en Ouganda et elle travaille en soutien à Francis. Nous sommes chez maman Anastasia, une sexagénaire avec un caractère bien trempé. Lors des changements liturgiques, elle a décidé purement et simplement de ne plus mettre les pieds à l'église. Pendant toutes ces années, son grand désir était de pouvoir assister à nouveau à la messe comme avant.
   
Le lendemain samedi, je prépare les baptêmes du dimanche. A l'origine, huit baptêmes étaient prévus mais trois familles se sont désistées par crainte du curé. Il restait donc cinq enfants à baptiser dont une fillette de sept ans. Malheureusement, elle n'a pas pu répondre de façon satisfaisante aux questions de catéchisme. Elle sera donc baptisée lors de mon prochain voyage en Ouganda.

Le lendemain dimanche, après la messe, je baptise quatre enfants puis nous prenons un repas de réjouissance tous ensemble. Ensuite, c'est le départ pour Kabale, lieu de naissance de Francis. Je laisse derrière moi un groupe de plus de cinquante personnes très intéressées par la messe de toujours. Ce groupe est sous la ferme et maternelle direction de maman Anastasia. Elle était dans une joie extraordinaire de pouvoir enfin assister à nouveau à cette messe qu'elle avait connue dans sa jeunesse. Plus tard, j'apprendrais qu'elle est un membre des Marian Workers.
3. Quatre jours à Kabale
Nous arrivons très tard à Kabale et nous passons la nuit chez les parents d'Agatha. Le lendemain, nous devons trouver refuge chez les Marian Workers, tout près de là. Les parents d'Agatha ne peuvent pas me garder plus longtemps par crainte du curé.

Les Marian Workers de la localité sont regroupés depuis un ou deux jours dans une résidence mise à leur disposition par une dame vivant en Angleterre. En fait, ils m'attendent car ils veulent la messe tridentine. Il est prévu que je passe quatre jours en leur compagnie. Ils auront donc la messe de toujours mais je leur donnerai aussi quelques cours de catéchisme du concile de Trente.

A mon arrivée, il a bien au moins une cinquantaine de personnes en prières. Je remarque une femme habillée en religieuse et une autre qui pleure en se roulant sur le sol. Pour la messe du lendemain, la salle est bondée, il y a environ 70 personnes. Lors de la communion, la dame en pleurs de la veille s'écroule immédiatement après avoir reçu la sainte hostie. Je suis très intrigué par une telle chose. Après la messe, je remarque un monsieur allongé comme inconscient et la dame habillée en religieuse est également allongée comme en extase. Je me demande alors à qui ai-je affaire ? Où suis-je?

Un peu plus tard, la dame habillée en religieuse et trois autres personnes responsables du groupe demandent à me parler. Je pense qu'ils ont remarqué mon étonnement devant toutes ces manifestations. Ils m'expliquent que cela est courant chez eux, les Marian Workers, et que la dame habillée en religieuse reçoit des messages de la Vierge Marie en faveur du groupe. D'ailleurs, après la messe, elle a reçu un message de sainte Vierge à mon intention. La dame n'explique aussi que c'est à la demande de la Mère de Dieu, qu'elle s'habille en religieuse. Je leur réponds que je n'ai aucune évidence que ces manifestations viennent vraiment de Dieu et que par conséquent, je ne peux ni les approuver, ni les repousser. J'ajoute que le temps me permettra d'y voir plus clair. Je demande alors de me raconter l'histoire des Marian Workers depuis les origines mais je suis surpris de les voir se dérober les uns après les autres. Pourquoi une telle débandade ? Me cacheraient-ils quelque chose ? Je leur demande également des explications au sujet de la dame qui s'est écroulée après avoir communiée. Là encore, pas de réponse. Que se passe-t-il ?

Le lendemain, je fais appel à cette dame et je lui explique qu'elle ne devrait pas perturber la messe de cette manière. Elle semble plutôt humble et gêné. Elle me répond qu'elle ne comprend pas ce qui lui arrive. Toujours est-il qu'à la messe suivante, elle ne s'est pas écroulée après avoir communiée. Un peu plus tard, les trois responsables du groupe viennent me demander d'aller rendre visite à un de leurs autres groupes, situé à Kisoro soit environ 2h de route de Kabale. J'accepte d'y aller afin d'en apprendre davantage sur eux. Enfin, je fais la connaissance de Stidia, ancienne novice chez la FSSPX au Kenya. Elle m'explique ce qui s'est passé au Kenya et exprime son désir toujours intact de consacrer sa vie à Dieu dans la Tradition. Elle se dit disposé à venir au Gabon dans ce but si nécessaire.
4. Un jour à Kisoro
Ce mercredi matin, comme prévu la veille, nous nous rendons à Kisiro. Nous nous arrêtons d'abord sur un terrain que le groupe a acheté afin d'y construire une maison de communauté. A un certain point, nous rencontrons plusieurs singes dont deux babouins marchant tranquillement sur la chaussée dans l'attente de friandises de la part des voyageurs routiers. Nous arrivons dans la soirée et nous faisons le programme du lendemain.

Le lendemain, confessions, messe et conférence sur la Tradition. Après le repas de midi, nous prenons une photo de groupe avant le retour à Kabale. Il y avait environ une quarantaine de personnes. Avant de passer la nuit chez les parents d'Agatha, nous devons nous rendre de l'autre côté de Kabale pour bénir deux salles de prières chez deux membres du groupe dont le président. C'est très tard que nous sommes enfin conduits chez les parents d'Agatha pour une courte nuit avant le départ pour Kampala. C'est l'âme brisée que je quitte ce groupe car ils sont chassés des paroisses en raison de leur attachement à la Tradition. Ils sont comme des orphelins sans prêtres pour s'occuper d'eux. Ils me supplient donc de revenir les voir dès que possible.
5. Six jours à Kampala
Le voyage retour vers Kampala a duré une éternité : 10h de temps dont près de 2h sur place à Kabale à attendre que le bus soit complet. A Masaka, deux dames nous rejoignent pour Kampala. Une des deux est maman Anastasia qui m'a reçu chaleureusement à chez elle, à Masaka. Les deux dames veulent assister à la retraite que je dois prêcher à Kampala. Nous y arrivons en début de soirée mais les embouteillages sont tellement nombreux que nous n'arriverons à notre destination finale que 2h plus tard. La fatigue est telle que je vais directement me coucher. Je suis de retour dans cette famille qui est à l'origine des Marian Workers.

Samedi est le premier jour de la retraite. Trois personnes sont venues de Kabale (Francis, Agatha et Stidia) et deux personnes de Masaka, celles qui nous rejointes dans le bus. La retraite est également l'occasion de donner des conférences sur la Tradition et d'enseigner comment assister à la messe tridentine. J'en profite aussi pour connaître plus profondément les Marian Workers car je suis à l'endroit même où tout a commencé, dans cette modeste famille de Kampala de 16 enfants. Je reçois enfin toutes les explications nécessaires sur l'histoire de ce mouvement marial. Les fondateurs sont encore vivants sauf un, le père de famille.

Tout commence en janvier 1988 lors de l'année mariale proclamée par le pape Jean-Paul II. Une des filles de la maisonnée affirme recevoir des messages de la Mère de Dieu pour établir ce mouvement. La sainte Vierge lui aurait demandé de s'habiller en religieuse. Elle aurait aussi demandé des prières régulières et quotidiennes ; la dévotion et la consécration au Sacré-Cœur et au Cœur Immaculée de Marie ; la modestie chrétienne dans le vêtement ; la réception fréquente des sacrements ; l'étude et l'enseignement du catéchisme ; la communion à genoux et sur la langue ; le jeûne chaque mardi et vendredi ; la prière en famille ; l'abstinence de boisson alcoolisée ; le refus de la télévision ; la régularisation du concubinage par le mariage chrétien sans prétexter le manque d'argent ; tout cela en esprit de sacrifice, de pénitence, d'expiation et pour la conversion des pécheurs. Le mouvement s'est répandu dans tout l'Ouganda mais aussi au Kenya et en Tanzanie. En Ouganda, j'ai donc été en contact avec les groupes de Kampala, Kisiro, Kabale et Masaka. Les membres de ce mouvement marial ont été persécutés par les autorités ecclésiastiques jusqu'à être chassés pour la plupart des paroisses. Ces persécutions ont entraîné beaucoup de division parmi eux, certains acceptant les conditions des curés pour pouvoir rester dans les paroisses comme la communion debout et dans la main.

Excepté les cinq personnes venues de Kabale et Masaka, tous les assistants à la retraite étaient des Marian Workers soit de Kampala, soit d'autres localités du pays.

Certains n'assistaient qu'à quelques activités en fonction de leur disponibilité. Une religieuse avec près de 60 ans de vie consacrée a tout fait pour assister pendant quelques jours à la retraite. Elle est persécutée dans sa congrégation en raison de son attachement à la Tradition. Elle est ainsi envoyée de couvent en couvent pour la décourager mais elle tient bon depuis plusieurs années. Une autre religieuse a aussi assisté à presque toute la retraite. Elle par contre a dû quitter son couvent en raison des persécutions qu'elle subissait car elle était attachée à la Tradition. Il y avait constamment une dizaine de personnes à la retraite qui semble-t-il a été une belle réussite. J'espère en prêcher une autre mais cette fois-ci à Kabale. J'ai aussi rencontré un monsieur de 53 ans, ancien séminariste dans les années 80. Il a été renvoyé du séminaire car il était trop attaché à la Tradition. Il a gardé intact son désir de devenir prêtre dans la Tradition. Je ne sais si je pourrai l'aider à réaliser ce désir.
6. Vocations
La première vocation sérieuse est celle de Francis, notre coordinateur, pour le sacerdoce. Mon désir est de le faire venir au Gabon avant juin prochain pour qu'il apprenne le français et puisse ensuite commencer sa formation sacerdotale à mes côtés. Il commencerait alors sa première année de philosophie.

L'autre vocation sérieuse est celle de Stidia comme religieuse. Elle ne parle pas français mais elle suffisamment jeune pour pouvoir l'apprendre sans difficulté particulière. Elle a déjà une certaine expérience de la vie religieuse après son postulant et son noviciat chez les sœurs de la FSSPX au Kenya. Après l'arrivée de Francis, je désire la faire venir au Gabon pour y mener cette vie religieuse. Son adaptation à la vie gabonaise sera plus facile s'il y a déjà un ougandais dans notre communauté du Gabon. Elle sera une aide précieuse pour la régularité de la vie de prière, pour le catéchisme auprès des filles et des femmes et pour les tâches matérielles que nous pourrons lui confier.

Enfin, il y aurait cette vocation sacerdotale tardive à étudier sans oublier la possibilité d'offrir un refuge à ces deux religieuses persécutées en Ouganda. La langue sera une difficulté à surmonter si jamais nous devons aller dans le sens de les faire venir au Gabon en ce qui concerne les deux religieuses. Nous laissons tout cela entre les mains de la divine Providence.
7. Besoin d'aide financière
Cet apostolat en Ouganda a un certain coût que malheureusement ni moi, ni ces fidèles ougandais ne sont pour l'instant en tout cas, pas capables de supporter. La véritable difficulté est l'achat des billets d'avion entre le Gabon et l'Ouganda. C'est ici que je demande instamment votre aide. J'ai l'intention de faire le voyage deux fois par an : un premier voyage entre janvier et juin ; puis, un second voyage entre juillet et décembre. J'ai également besoin de votre aide pour le billet de Francis pour qu'il puisse venir au Gabon. Pour l'année prochaine, les besoins sont donc de trois billets d'avion : deux pour moi et un pour notre futur séminariste. Le prix du billet aller-retour est de 700 euros environ. Toute aide sera la bienvenue.

Saints martyrs de l'Ouganda : priez pour nous !

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Discussions Renouvelées? – III

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 15 décembre 2018

Une belle niaiserie... comme on n’en voit plus guère:
"Dîner avec le diable sans une longue cuillère."
   
Certains lecteurs de ces “Commentaires” seront peut-être mécontents de voir que, pour la troisième fois, nous revenons sur la rencontre entre le Cardinal Ladaria et l’abbé Davide Pagliarani qui s’est tenue à Rome le 22 novembre dernier. Il peut leur sembler qu’il s’agit là de simples disputes entre prêtres. Mais, catholique ou non, tout être humain souffrira les peines éternelles de l’enfer s’il ne sauve pas son âme. Pour cela, il est nécessaire d’agir en accord avec la doctrine catholique ; c’est pourquoi cette doctrine doit rester pure. Dans les années 1970, la Fraternité de Saint Pie X était la plus ardente à défendre au sein de l’Église la doctrine catholique contre la confusion de Vatican II. Mais voilà que, depuis 2012, la Fraternité se montre moins fidèle à cette doctrine. C’est pourquoi, il est légitime que tout être humain se préoccupe de savoir si, oui ou non, les discussions avec Rome vont venir à bout de la fidélité de la Fraternité à l’Église et à la doctrine de Notre Seigneur Jésus-Christ, unique Sauveur du genre humain.

Il y a deux semaines, ces “Commentaires” (EC 594) présentaient globalement le communiqué de presse du 23 novembre. Le siège de la Fraternité, à Menzingen, décrivait la rencontre de la veille entre l’abbé Davide Pagliarani, nouveau Supérieur Général de la Fraternité, et le Cardinal Ladaria, Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Il y a une semaine, les “Commentaires” (EC 595) présentaient le texte intégral des troisième et quatrième paragraphes de ce communiqué de presse, avec leur lueur d’espoir pour que la Fraternité revienne sur la voie tracée par son Fondateur qui voulait défendre la doctrine de la foi. Mais lorsque le cinquième paragraphe concluait que les discussions doctrinales avec Rome doivent être reprises, la lueur s’assombrit. Pourquoi donc ? Parce que les discussions doctrinales entre Rome et la Fraternité ont déjà eu lieu entre 2009 et 2011 (EC 594) ; parce que les néo-modernistes romains d’hier et d’aujourd’hui n’arrivent plus à penser droit (EC 595) ; mais aussi parce que Rome n’a qu’un seul but dans ces discussions avec la Fraternité : mettre un terme définitif à sa résistance historique contre le Nouvel Ordre Mondial satanique.

On le sait : chaque fois que les communistes voulaient s’emparer d’un pays, le principal obstacle sur leur chemin était toujours l’Église catholique qui rejette catégoriquement – doctrinalement – le matérialisme athée des communistes. Mais les communistes ont appris à ne pas combattre les catholiques sur le plan de la doctrine, là où les catholiques fidèles sont les plus forts. Au lieu de cela, ils les ont invités à se joindre à eux dans une action commune, supposément pour le bien du peuple. Une fois établie la collaboration entre catholiques et communistes, ces derniers exploitaient les contacts pratiques qui en résultaient pour contourner le blocage doctrinal. La seule chose que les communistes ne voulaient pas, c’était que les catholiques rompent tout contact. Car sans contacts, il était impossible aux marxistes de subvertir les catholiques.

De même, il y a dix ans de cela, le Cardinal Castrillón Hoyos, employa la même tactique lorsque Rome lui demanda de négocier avec les prêtres de la Fraternité : “Commençons par un accord pratique”, leur disait-il ; une fois ensemble, nous réglerons les problèmes doctrinaux. Ce qui importe, c’est que nous arrivions d’abord à un accord pratique ». A l’inverse, Mgr Lefebvre ne cessait d’insister pour que la doctrine catholique passe avant tout. Hélas ! Les successeurs de Monseigneur ont pensé qu’ils savaient s’y prendre mieux que lui. Si bien qu’ils ont constamment cherché à entrer en contact avec les apostats romains, qui, logiquement, ont été ravis d’aller dans ce sens. De sorte que, depuis 2000, la Fraternité défend la Foi de plus en plus faiblement. Le sel est en train de perdre sa saveur. Si la Fraternité ne change pas sérieusement de cap, elle finira par être jetée et foulée aux pieds (Mt. V, 13).

L’autre problème qui se pose est de savoir si la Fraternité désire avoir des discussions avec Rome afin d’obtenir l’autorisation officielle de consacrer la nouvelle génération d’évêques dont elle a cruellement besoin pour assurer son apostolat de par le monde. Mais si elle ne veut pas consacrer de nouveaux évêques sans la permission de Rome, comment pourra-t-elle faire autrement que d’accepter les termes qui lui seront imposés ? En se mettant à mendier, la Fraternité fait que c’est Rome qui choisit, c’est Rome qui est au volant, évidemment. Or, s’il s’agit de défendre la Foi, les conciliaires n’ont rien à faire à la place du conducteur. Le nouveau Supérieur Général veut-il reprendre les discussions théologiques en vue d’obtenir une permission romaine ? Dieu le sait. Mais en tout cas, discuter avec Rome signifie que le Supérieur Général devra danser avec les loups. Mission à haut risque !

Kyrie eleison.

[FSSPX Actualités] Inde : grande fête chez les Sœurs Consolatrices du Sacré-Cœur

SOURCE - FSSPX Actualités - 14 décembre 2018
Les Sœurs Consolatrices s’emploient à consoler le Sacré-Cœur de Jésus, non seulement par leur dévotion et par la promotion de la dévotion au Sacré-Cœur – en particulier, par la pratique de « la garde d’honneur » et la récitation des neuf « offices du Sacré-Cœur » –, mais elles veulent aussi le consoler dans leur travail au service des personnes âgées qui résident au couvent, et par l’aide qu’elles apportent aux prêtres de la Fraternité Saint-Pie X, tel l’encadrement de retraites spirituelles et de camps d’été.

En 2006, à l’invitation de l’abbé Daniel Couture, alors supérieur du district d’Asie, les Sœurs Consolatrices ont accepté d’accueillir une postulante indienne qui dirigeait son propre orphelinat et son foyer pour personnes âgées. Cette postulante était sœur Maria Immaculata, et son œuvre est désormais celle des Sœurs Consolatrices.

En la fête de l’Immaculée Conception, ce 8 décembre 2018, les sœurs Maria Cecilia et Maria Aloisia ont prononcé leurs premiers vœux, et sœur Maria Immaculata ses vœux perpétuels. La cérémonie a été marquée par la présence de plusieurs prêtres venus spécialement pour l’occasion, l’abbé Couture, prédicateur de la retraite, l’abbé Brucciani, ancien prieur pour l’Inde, qui fut un père pour l’orphelinat, l’abbé du Chalard, supérieur ecclésiastique des Sœurs Consolatrices, sans oublier sœur Maria Rita, Supérieure générale accompagnée de sœur Maria Pia, venues de Vigne di Narni (Italie). Tous furent accueillis chaleureusement par le père Theresian, actuel prieur, et par ses collaborateurs. De nombreux fidèles sont également venus manifester leur attachement à l’œuvre.

L’orphelinat comprend maintenant 7 sœurs professes qui se dévouent d’une manière admirable auprès de 45 filles et une dizaine de personnes âgées ou infirmes. La maison abrite aussi du personnel laïc, pour permettre aux sœurs de suivre leur règle religieuse : cuisinières, femmes de ménage et vacher – il y a actuellement 17 têtes de bétail, vaches et veaux. 

Comme en Europe, les inspections administratives et policières ne manquent pas, avec toujours de nouvelles exigences comme des caméras de surveillance extérieures et intérieures, mais aussi l’installation d’un berceau à l’entrée de l’orphelinat pour donner la possibilité d’y déposer les nouveau-nés abandonnés par leurs parents.

32 enfants vont à l’école de la Fraternité, et 13 dans d’autres établissements pour compléter leur formation, dont 2 futures infirmières. Depuis sa fondation, 7 filles se sont mariées, dont 3 cette année. En général, ces filles restent à l’orphelinat jusqu’au mariage et ensuite gardent contact avec les sœurs et fréquentent les centres de messe de la Tradition.

L’orphelinat vit uniquement de l’aide de la Providence pour faire face à toutes les exigences : nourriture, personnel, entretien des bâtiments, frais médicaux (car il n’y a aucune assistance), frais pour les études, etc. Chaque semaine, pour nourrir plus de 75 personnes qui vivent à l’orphelinat, il faut compter autour de 12.000 roupies (150 euros) pour le seul marché. Un enfant représente une dépense de 600 euros par année (50 par mois), sans compter la scolarité. Les dons subissent les effets de la crise économique, d’où la nécessité de faire connaître toujours plus cette œuvre de charité exemplaire.

[Paix Liturgique] Cinq questions à l'abbé Claude Barthe au sujet de son dernier ouvrage "La messe de Vatican II. Dossier historique"

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 672 - 11 décembre 2018
L'abbé Claude Barthe vient de publier aux Editions Via romana une étude majeure consacrée à l'histoire de la Nouvelle messe. Pour y voir plus clair et inviter nos lecteurs à acquérir au plus vite cet ouvrage, nous avons demandé à son auteur de préciser son projet en répondant à quelques-unes de nos questions. Notons que cette étude intéressera tout particulièrement ceux qui n'ont pas vécu eux-mêmes ces turbulences mais qui désirerons en mesurer le plus exactement possible les étapes et les enjeux.
Pourquoi avez-vous donné ce titre, La Messe de Vatican II, à votre livre?
De même qu’on parle de Messe tridentine pour qualifier la messe codifiée par Pie V après le concile de Trente, l’appellation adéquate de la messe composée par Paul VI en suite du concile Vatican II me semble être : Messe de Vatican II. Certes, comme on l’a souvent remarqué, le Consilium (Commission) institué par Paul VI en 1964, pendant le Concile par conséquent, pour appliquer la réforme liturgique voulue par Vatican II, est allé au-delà de ce qu’un certain nombre d’évêques du Concile imaginaient. Mais le texte qu’ils avaient voté, Sacrosanctum Concilium, prévoyait une « révision » de toute la liturgie romaine, et notamment de la messe, et ouvrait la voie à ce qu’a été cette réforme par une série de dispositions très ouvertes. En fait, Vatican II a hérité de tout le travail de préparation qu’avait accompli le Mouvement liturgique des années 50, organisé en véritable groupe de pression, spécialement en France (le CPL, puis CNPL, Centre national de Pastorale liturgique), en Belgique, en Allemagne, prônant la concélébration, la messe face au peuple, l’infusion de langue vernaculaire, la suppression de l’offertoire « doublet » du canon, etc.

Il faut bien se rendre compte qu’à l’époque où s’est ouvert Vatican II, tout le monde voulait réformer, un peu, beaucoup, passionnément, selon les tendances, sans jamais se poser la question : « pourquoi réformer ? », car il allait de soi que la liturgie devait être transformée. Aujourd’hui, au vu des résultats pastoraux, cet enthousiasme fébrile est complètement tombé, au point que de nouvelles modifications importantes venues de Rome sont devenues impensables.

Mais cette volonté de réforme très particulière, consistant à opérer une adaptation au monde moderne, sans s’inquiéter du fait qu’il s’était bâti contre la religion et en s’imaginant qu’on pouvait le « baptiser » peu ou prou, caractérise l’entier projet de Vatican II : réformer les rapports du pape et des évêques dans un sens plus collégial ; réformer la formation des prêtres ; réévaluer l’importance du sacerdoce commun des laïcs ; moderniser la vie religieuse ; réformer les rapports de l’Eglise et du monde ; repenser les rapports avec les religions non chrétiennes et avec les Eglises non catholiques ; réviser les rapports de l’Ecriture et de la tradition ; etc. Le tout avec un « souci œcuménique » devenu une sorte de leitmotiv. La transformation du culte divin n’était que l’un des aspects de tout cela, qui s’est avéré être le plus grand chambardement que l’Eglise a opéré dans l’histoire, d’elle-même et sur elle-même. Cette transformation du culte avait une particulière importance dans la mesure où elle a été la vitrine du rajeunissement que l’on entendait donner à l’Eglise.
Qu’est- ce qui caractérise cette transformation de la liturgie?
Plusieurs choses. D’abord, selon ce désir de tout remettre à neuf, la transformation de la liturgie a été totale : elle a concerné la toute la messe, tous les sacrements, l’ensemble de l’Office divin, toutes les bénédictions, toutes les cérémonies, sans aucune exception. Pensez qu’on a réformé jusqu’aux cérémonies de couronnement des statues de la Sainte Vierge, qu’on a totalement revu tous les rites latins particuliers, comme le vénérable rite mozarabe, qui n’est célébré pour une poignée d’assistants, dans deux ou trois chapelles d’Espagne.

L’autre caractéristique, conforme aux visées du Mouvement liturgique, a été de chercher à reconstituer un hypothétique état de la liturgie romaine avant les « ajouts » pratiqués par le Haut Moyen Âge, qui ont constitué la messe de l’époque de la réforme grégorienne, au XIe siècle, telle qu’en a hérité le Concile de Trente et telle s’est transmise jusqu’à nos jours. On voulait retrouver la messe romaine du IVe au VIe siècle comme qu’on l’imaginait. Et en même temps, il s’agissait de rendre accessible aux « hommes de ce temps » cette refondation. En fait, cette volonté d’adaptation à la sensibilité contemporaine s’est avérée la plus décisive et a recouvert l’hypothétique reconstitution du rite « vieux romain ».

Mais la caractéristique peut-être la plus importante dans les faits est assurément ce qu’on pourrait appeler le « bricolage ». Les réformateurs du Consilium, sous la direction de Mgr Bugnini et la supervision très active de Paul VI, se sont trouvés en mesure de tout transformer, reprendre, recomposer. Pour prendre l’exemple des oraisons de l’Office et de la messe dans les nouveaux livres : la grande majorité d’entre elles sont nouvelles ; quant à celles qui ont été reprises de l’ancien missel ou qui ont été puisées dans d’anciens sacramentaires, elles ont toutes été modifiées, au moins un petit peu. Chacun des réformateurs, membres de la Commission, experts, évêques appelés à donner leur avis, sans oublier Paul VI lui-même, avait tel ou tel thème de prédilection : la beauté de la Tradition apostolique d’Hippolyte (un document dont la teneur est controversée et dont on s’est inspiré pour composer la 2ème prière eucharistique) ; les similitudes à retrouver entre la première partie de la messe et le culte de la Synagogue ; la recherche d’un symbolisme pour notre temps ; la phobie des génuflexions et gestes médiévaux, etc. Leur travail fut extrêmement rapide, et du coup presque artisanal. Quant aux utilisateurs, les prêtres de terrain, ils étaient imprégnés par les thèmes du Mouvement liturgique et, compte tenu des libertés que laissaient les nouveaux livres, ils devenaient eux-mêmes d’autres réformateurs, d’autant que la célébration en langue populaire, avec une infinité de choix possibles, favorise grandement le jeu personnel des acteurs liturgiques. De Paul VI au dernier vicaire de paroisse, tout le monde réformait à plein régime. D’ailleurs, à la limite, on pourrait dire que, dans la nouvelle liturgie, l’acte de réformer est aussi important que le contenu de la réforme.
Le désir d’œcuménisme vers nos frères protestants explique-il ce désir de recréation?
Vers les protestants, en effet, dont certains représentants ont été invités comme observateurs de la composition de la réforme, et non vers les Orientaux, qui ont été délibérément écartés de cette fonction d’observateurs, tant l’esprit traditionnel des liturgies orientales s’opposait à cette recomposition de la liturgie romaine. On a peine à imaginer aujourd’hui l’importance de l’intention œcuménique qui animait Vatican II et tout ce qu’il a mis en œuvre. Lors du Concile, il suffisait, dira le P. Congar, d’invoquer l’argument : « c’est œcuménique ! », ou « ce n’est pas œcuménique ! », pour faire adopter ou au contraire faire repousser une proposition.

Il est évident que la généralisation de la célébration face au peuple intentionnelle (et non pas pour se tourner vers l’orient, comme c’était le cas dans les basiliques romaines) s’est faite dans un désir de rapprochement avec les protestants, plus d’ailleurs avec les calvinistes qu’avec les luthériens qui célébraient souvent « vers le Seigneur ». La célébration en langue vernaculaire allait aussi en ce sens, comme les affaiblissements des marques de révérence à la présence réelle (suppression de nombreuses génuflexions du prêtre, distribution de la communion par des laïcs, bientôt communion dans la main), l’infléchissement du rôle du célébrant qui de hiérarque devient président, et surtout l’amoindrissement de ce qui signifiait clairement que la messe est un vrai sacrifice (notamment par la suppression des prières sacrificielles de l’offertoire).

En présence des observateurs protestants, les réformateurs catholiques ont multiplié les prévenances : suppression, autant que possible, de tout ce qui rappelle l’intercession des saints ; cessation de l’utilisation de textes qui indiquaient l’assimilation de la Sainte Vierge et de la Sagesse de l’Ancien Testament ; et surtout, ils essayèrent de composer un lectionnaire qui s’accorderait avec celui que les diverses confessions protestantes tentaient de composer dans le même temps. Diverses réunions communes eurent lieu, notamment organisées par le Conseil œcuménique des Églises de Genève. Mais comme les catholiques voulaient aller très vite, l’harmonisation fut en définitive très modeste. Cependant c’est un lectionnaire tout nouveau qui fut réalisé, devant manifester que les catholiques aussi avaient un grand amour de l’Ecriture, et l’organisation plus que millénaire des lectures des dimanches abolie.
La brutalité de la réforme explique-t-elle son échec?
L’essentiel de la réforme, pour ce qui concerne la messe, s’est déroulé de 1964 à 1969, date de la publication du nouveau missel romain, soit en cinq ans au cours desquels on modifia un missel transmis pour l’essentiel depuis un millénaire, et en ce qui concerne son cœur, le canon romain, depuis au moins le IVe siècle (certes le canon a été conservé, mais comme l’une des prières eucharistiques). De 1964 à 1969, les modifications se sont succédé à un rythme intense, donnant l’impression qu’un rite réputé d’une fixité parfaite, qui symbolisait celle du catholicisme, était désormais entré dans une ère de changement perpétuel. Les plus grosses modifications furent : l’introduction des langues vernaculaires à la place du latin, la messe pouvant être dite totalement en langue vulgaire dès 1967 ; l’instauration d’un rituel de concélébration, en 1965 ; et, en 1968, la fin de l’unicité de la prière eucharistique, le canon, par la création de nouvelles prières eucharistiques : 3 en 1968, 13 à partir de 1969. 13 nouvelles prières, si on ne considère que les prières officielles, car les prières « sauvages » étaient, et sont encore très nombreuses : l’historien Luc Perrin estime qu’en 1966, 50 prières eucharistiques étaient en circulation dans les seuls Pays-Bas ; aujourd’hui-même, l’abbé Daniel Duigou, qui est resté curé de Saint-Merry, à Paris, jusqu’au mois dernier, explique dans une Lettre ouverte d’un curé au Pape François (Presses de la Renaissance, 2018), qu’il composait l’ensemble des textes de la messe, y compris la prière eucharistique, chaque dimanche, « à la lumière de l’actualité ».

Cette brutale radicalité de la réforme liturgique est étonnante. On est en présence d’un événement complètement atypique dans l’histoire de l’Église et même de la culture occidentale : d’un coup a été évacuée toute la richesse de la liturgie latine dans le but de mieux se faire entendre aux « hommes de ce temps ».

Or, ils ne sont pas rentrés dans les églises, et la grande majorité de ceux qui s’y trouvaient en sont sortis : en France, d’une pratique dominicale, en 1960, qui était en moyenne de 25% des Français, on est passé, en 2017, à moins de 2% de pratiquants (Ipsos pour La Croix, 12 janvier 2017). L’historien Guillaume Cuchet, dans son livre Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement (Seuil, 2018), dont l’une de vos Lettres a fait une recension, date le début de l’hémorragie de 1965, c’est-à-dire de la fin du Concile et du début de la réforme liturgique. Il l’explique par le fait que toute règle impérative de foi (il cite l’étonnante évolution de la prédication sur les fins dernières, qui évacue enfer et même purgatoire) et toute règle disciplinaire semblaient être suspendues par le grand bouleversement en cours. On dit parfois que la pratique se serait tout de même effondrée si, ni l’Eglise, ni sa liturgie, n’avaient changé. Le fait est que le changement, à tout le moins, a été incapable de retenir les pratiquants et d’en attirer d’autres.
Vous concluez sur l’originalité – vous dites sans précédent – d’une situation où cohabitent deux formes d’un même rite?
C’est que le nouvel Ordo Missæ a rencontré tout de suite un phénomène de « non-réception », au plus haut niveau, avec le Bref examen critique du nouvel Ordo Missæ des cardinaux Ottaviani et Bacci, et à la base, avec la célébration continuée de la messe ancienne par de nombreux prêtres, et en France par de nombreux curés, le tout entouré et soutenu par un important malaise au sein du peuple chrétien. Ce n’est pas le lieu de refaire toute l’histoire de cette opposition dont Paix liturgique diffuse l’expression depuis longtemps. Mais il faut constater qu’elle a été longtemps dominée par la figure Mgr Marcel Lefebvre, du fait qu’il était évêque et qu’il lui a donné un avenir en ordonnant des prêtres « non-acceptants », et qu’elle a rencontré une opposition réformiste, dont le chef de file a été le cardinal Joseph Ratzinger, lequel a eu l’intelligence d’entendre la souffrance des opposants – qu’il partageait largement – et qui a, en inspirant des textes romains successifs, en 1984, en 1988, et enfin, devenu Benoît XVI, en 2007, qui a redonné à la messe ancienne droit de Cité : le missel d’avant le Concile a été reconnu officiellement comme n’ayant jamais été abrogé.

Or, normalement, toute modification liturgique est obligatoire et remplace l’état antérieur. Sauf que cette réforme de Vatican II bouleversait tout. C’est spécialement pour cette raison – sa radicalité – que l’état antérieur a perduré et a finalement été officiellement consacré comme légitime. A la manière d’un rite oriental ? Non : il ne s’agit pas d’un rite liturgique concernant une région du monde, un pays, une province, comme le rite byzantin, le rite malabar, le rite ambrosien, le rite mozarabe, qui coexistaient avec le rite romain. Aujourd’hui, c’est l’état antérieur du rite romain qui coexiste avec son état postérieur. Ce qui est une nouvelle preuve du caractère sans précédent de cette réforme.

Il ne faut pas oublier que la liturgie est, selon l’adage lex orandi…, la représentation de l’enseignement de l’Eglise. Autrement dit, si on y réfléchit bien, c’est l’état de la doctrine catholique antérieur à Vatican II qui est ainsi reconnu comme non abrogé. Pourrait dire qu’il y a maintenant dans l’Eglise une doctrine « ordinaire » et une doctrine « extraordinaire »?

Claude Barthe La Messe de Vatican II. Dossier historique
Chez Via Romana, 21 novembre 2018, 306p., 24€
Table des matières
Introduction : Une réforme d’aggiornamento
I. « Purifier » la liturgie romaine ?Le contexte sur le temps long : une rationalisation ambivalente
Le « Mouvement grégorien »
Les thèmes du Mouvement liturgique
Une « purification » de la liturgie romaine
La promotion de la participation des fidèles à nouveaux frais
Les réformes pianes
II. Un influent groupe de pression
En Belgique
En France
Dans l’aire germanophone
En Italie et en Espagne
Les réunions internationales
III. Une réforme en marche
Vers la suppression de l’offertoire sacrificiel
La concélébration
La célébration face au peuple
L’explosion de la participation : les langues vernaculaires et les « commentateurs »
Les paraliturgies
IV. L’aboutissement conciliaire
La préparation
Le baroud d’honneur des liturgistes tridentins
Sacrosanctum Concilium
Le débat sur la liturgie
Le texte conciliaire : la constitution Sacrosanctum Concilium
V. La première phase de la réforme : 1964-1968
La mise en place d’une « assemblée constituante »
Le passage du latin aux langues vernaculaires
La diffusion de la concélébration
La première étape de la réforme du missel
Un climat de grand chambardement
Le Mai 68 de la liturgie romaine : la fin de l’unicité de la prière eucharistique romaine
VI. Le missel de 1969
Le missel de Paul VI
Missel obligatoire ?
Le nouveau lectionnaire
Les messes à la maison, messes de groupes, messes « c’est la fête ! », « messes buffets », « messes au cirque »
Les traductions et adaptations pour une « liturgie pleinement rénovée »
VII. Une forme rituelle informe
Un univers rituel pulvérisé
Les gestes
Les paroles
La multiplication des libres choix
La confusion des langues
La messe nouvelle, lex orandi ?
VIII. Une hémorragie du sacré
L’arrière-fond œcuménique en direction du protestantisme
Une moindre expression de la présence réelle
Prêtre hiérarque ou président ?
Moins de transcendance, plus d’« insertion dans la vie »
IX. Un sacrifice estompé
Le contexte de « réévaluation » du sacrifice de la messe
Une expression faible de la messe comme sacrifice propitiatoire
Un glissement vers le « faire simplement mémoire »
X. Aperçu sur les livres nouveaux autres que le missel
Une refonte de tous les livres liturgiques
La nouvelle cérémonie du baptême des petits enfants : un rituel irénique
Le nouveau rituel de la confirmation, comme une joyeuse fête
Les nouvelles ordinations
L’affaiblissement de la prédication des fins dernières dans le nouveau rituel des funérailles
XI. La non-réception de la réforme
La bataille du latin (1964-1969)
Le Bref Examen critique des cardinaux Ottaviani et Bacci (1969)
XII. Les hommes et les organes du grand refus
Une nébuleuse d’opposition
La Contre-Réforme catholique de l’abbé de Nantes
Jean Madiran et la revue Itinéraires
Brésil et Italie
Arnaldo Vidigal Xavier da Silveira
Romano Amerio
Un réseau de messes de Saint-Pie-V
Les prêtres de terrain
Fontgombault et ses filles
Les bénédictins de Dom Gérard Calvet
Les messes « sauvages »
La Fraternité Saint-Pie X, Saint-Nicolas-du-Chardonnet
XIII. L’infructueuse recherche d’une troisième voie
XIV. L’impossible « restauration »
Conclusion. Une liturgie mondanisée

[FSSPX Actualités] Mgr de Galarreta en visite au Gabon

SOURCE - FSSPX Actualités  - 12 décembre 2018

Le Gabon – si cher au Fondateur de la Fraternité Saint-Pie X puisqu’il y fut missionnaire – fut la première étape de la tournée apostolique du Premier Assistant général en Afrique. Mgr Alfonso de Galarreta a commencé par une visite de cinq jours à Libreville, du 9 au 13 novembre 2018.

C’est le 9 novembre 2018 que le Premier Assistant général a atterri sur le sol gabonais. Dès le lendemain, Mgr de Galarreta a célébré la messe des catéchismes de la Mission, qui a lieu tous les samedis à 10h, entre deux heures de cours. Pas moins de 250 élèves purent ainsi profiter du fervorino que l’évêque leur adressa pour l’occasion.

La Mission se transforma ensuite en une véritable ruche, chacun s’affairant de son mieux afin de mettre au point les derniers préparatifs de la cérémonie des confirmations prévue pour le lendemain.

Le dimanche 11 novembre, avant de débuter la messe pontificale, 56 enfants et adultes furent marqués du sceau de soldat du Christ. Cette belle journée s’est achevée par la cérémonie des vêpres pontificales.

Mgr de Galarreta visita le lendemain l’école des filles placée sous le patronage de Notre-Dame-de-la-Providence. C’est ainsi que 163 petites « têtes vertes » – appelées ainsi en raison de leur uniforme conçu par les mains expertes des Sœurs de la Fraternité Saint-Pie X – ont assisté avec dévotion à la messe célébrée par l’évêque.

L’après-midi, le Premier Assistant fit le tour du chantier de la future école, placé sous la direction énergique de Monsieur Josef Huber.

Le mardi 13 novembre, ce fut au tour des 250 élèves du Juvénat du Sacré-Cœur d’accueillir le visiteur qui termina au milieu de la jeunesse gabonaise – l’avenir du pays – son périple en cette terre que Mgr Lefebvre n’évoquait jamais sans émotion.

Très tôt dans la matinée du 14 novembre, Mgr de Galarreta s’envolait pour Lagos, au Nigeria, où une escorte l’accueillit pour le conduire en sûreté jusqu’au prieuré d’Enugu, au sud-est du pays.

[Abbé Davide Pagliarani - Salzburger Nachrichten] Il est inconcevable que l’Eglise se soit trompée pendant deux millénaires

SOURCE - Abbé Davide Pagliarani - Salzburger Nachrichten - via FSSPX Actualités - 15 décembre 2018

Entretien de l’abbé Davide Pagliarani, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, au Salzburger Nachrichten.

L’abbé Davide Pagliarani, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, a accordé au quotidien autrichien Salzburger Nachrichten un entretien exclusif, diffusé le samedi 15 décembre 2018. Il y explique ce que tout catholique doit attendre du Pape : la transmission fidèle du dépôt de la foi, qui est l’adhésion de l’intelligence à la révélation divine et non pas une expérience subjective individuelle. Malheureusement de récents documents romains, telle l’Exhortation Amoris lætitia, favorisent un subjectivisme qui ne reconnaît plus une vérité universellement valable, ce qui cause une grande confusion, et brise l’élan missionnaire de l’Eglise envers les autres religions.
Le fondateur de la Fraternité Saint-Pie X, Mgr Marcel Lefebvre, a été ex­communié en 1988 parce qu'il avait ordonné quatre évêques sans permis­sion. En 2009, le Pape Benoît XVI a levé ces excommunications. Qu'est-ce que cela signifiait pour vous ?
Pour nous, cela n’a rien changé, car nous n’avons jamais considéré ces ex­communications comme fondées. Cependant, des personnes ont été encouragées à nous rejoindre, qui jusque-là ne l’osaient pas. Cela a également facilité nos relations avec certains évêques et une par­tie du clergé, surtout de jeunes prêtres.
François a aussi fait des concessions. Qu’attendez-vous de plus ?
Nous attendons ce que chaque catholique demande à l’Eglise lors de son baptême : la foi. La révélation divine est close, et c’est le devoir du Pape de transmettre fidèlement ce dépôt de la foi. Le Pape doit donc mettre fin à la terrible crise qui secoue l'Eglise depuis 50 ans. Cette cri­se a été déclenchée par une nouvelle conception de la foi centrée sur l’expé­rience subjective de chacun : on pense que l’individu est seul respon­sable de sa foi et peut librement opter pour n’importe quelle religion, sans distinction entre l’erreur et la vérité. Mais cela contredit la loi divine objective.
La Fraternité Saint-Pie X peut-elle se montrer à son tour con­ciliante vis-à-vis du Pape ?
La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X est profondément attachée au Succes­seur de Pierre, même lorsqu’elle s’oppose aux erreurs du concile Vatican II. Cependant, nous sommes profondément consternés par une carac­téristique fondamentale du pontificat actuel : l’application complètement nou­velle du concept de miséricorde. Celle-ci est réduite à une panacée pour tous les péchés, sans pousser à une conversion véritable, à la transformation de l’âme par la grâce, la mortification et la prière. Dans son Exhortation apo­stolique postsynodale Amoris lætitia, le Pape donne la possibilité aux chrétiens de décider au cas par cas, selon leur conscience personnelle, des questions de moralité dans le mariage. Cela contredit très nettement l’orienta­tion nécessaire et claire donnée par la loi de Dieu.

Nous y voyons un écho de la spiritualité de Luther : un christianisme sans exigence de renouveau moral, un subjectivisme qui ne reconnaît plus au­cune vérité universellement valable. Cela a causé une profonde confusion parmi les fidèles et le clergé. Tout homme est à la recherche de la vérité. Mais pour cela, il a besoin de la direction du prêtre, tout comme l’élève a besoin de la direction du maître.
Qu'a produit l'année Luther 2017 à cet égard?
Depuis le XVIe siècle, l’Eglise catholique s’est adressée aux protestants pour les convertir et les ramener dans la véritable Eglise. L’année Luther n’a pas servi cet objectif premier du retour des protestants. Au contraire, ils ont été confirmés dans leurs erreurs. La raison en est que, depuis le concile Vatican II, l’Eglise pense que tout homme peut trouver Dieu dans sa religion. C’est une prémisse qui réduit la foi à une expérience personnelle et intérieu­re, dès lors qu’elle n’est plus l’adhésion de l’intelligence à la révélation divine.
Il existe aussi dans d’autres religions beaucoup de gens qui vivent morale­ment bien, en leur âme et conscience. Dieu reconnaîtra-t-il leurs mérites?
L’Eglise est essentiellement missionnaire. Le Christ dit : « Je suis la voie, la vérité et la vie ». Ce n’est que par lui que les hommes seront sauvés. Il a fon­dé une seule Eglise qui est l’Eglise romaine. Cette vérité théologique doit être proclamée, de même que la rectitude de la morale et la splendeur de la messe traditionnelle dans le rite tridentin.

La recherche sincère de la vérité dans les autres religions ne suffit pas à pro­duire la vérité. On doit donc aider ces âmes à se sauver. Si une âme peut être sauvée en dehors de l’Eglise catholique, c’est malgré l’erreur dans la­quelle elle se trouve, et non pas grâce à elle, et dans tous les cas par Jésus-Christ seul.
Votre prédécesseur Bernard Fellay a qualifié les juifs, les francs-maçons et les modernistes d’ennemis de l’Eglise. Les juifs doivent-ils aussi se convertir à l'Eglise catholique, comme vous le dites pour les protestants?
Le modernisme est l’une des erreurs les plus dangereuses. Ainsi, jusqu’au concile Vatican II, l’Eglise demandait à tous les prêtres de prêter le serment antimoderniste, que moi aussi j’ai prêté.

Quant au judaïsme, ce serait un péché impardonnable que d’exclure le peu­ple juif des biens et des trésors de l’Eglise catholique. La mission salvifique de l’Eglise est universelle, et elle ne peut laisser de côté aucun peuple.
Vous rejetez les documents essentiels du concile Vatican II, tels que ceux sur la liberté religieuse et l'œcuménisme. S’agit-il seulement d’une autre interprétation, ou rejetez-vous complètement ces textes du Concile?
Vatican II s’était déclaré lui-même comme un Concile purement pastoral. Ce­pendant, des décisions dogmatiques majeures comme celles que vous avez mentionnées ont été prises. Cela a conduit à une transformation complète de la foi.

Le Pape Benoît XVI a estimé que les divergences entre Rome et la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X étaient un problème d’interprétation des textes du Concile. Il suffisait de se pencher sur ces textes pour qu’un ac­cord soit possible. Mais ce n’est pas notre position. La Fraternité Saint-Pie X rejette du concile Vatican II tout ce qui n’est pas en accord avec la Tradition catholique.

Le Pape devrait déclarer le décret sur la liberté religieuse erroné et le corri­ger en conséquence. Nous sommes convaincus qu’un jour un Pape le fera et reviendra à la pure doctrine qui était la référence avant ce Concile. Les questions de la liberté religieuse, de l’œcu­ménisme et de la constitution divine de l’Eglise ont été traitées par les Papes avant Vatican II. Il suffit de reprendre leurs enseignements.

Il est inconcevable que l’Eglise se soit trompée pendant deux millénaires et qu’elle n'ait trouvé la vérité sur ces questions qu’au cours des années du Concile, entre 1962 et 1965.
Est-ce un poids pour votre conscience que, du point de vue romain, vous soyez en état de schisme avec l’Eglise?
De fait Rome ne nous considère pas comme schismatiques, mais plutôt com­me « irréguliers ». En tout cas, si je n’avais pas la certitude de travailler dans l’Eglise catholique romaine et pour elle, je quitterais la Fraternité immédiatement.
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Fondé en 1945, le Salzburger Nachrichten est diffusé à 80.000 exemplaires (chiffres de 2016). Propos recueillis par Josef Bruckmoser. Titre, présentation et traduction de FSSPX.Actualités

10 décembre 2018

[Monastère Saint-Benoit - Lettre aux Amis] Le discernement vocationnel - la volonté de Dieu ou la mienne?

SOURCE - Monastère Saint-Benoit - Lettre aux Amis - Temps de l'Avent 2018

Saint Benoit commence sa Règle avec cette injonction : “Écoute, ô mon fils, les préceptes du Maître, et prête l’oreille de ton cœur. Reçois volontiers l’enseignement d’un père plein de tendresse et mets-le en pratique, afin que le labeur de l’obéissance te ramène à celui dont t’avait éloigné la lâcheté de la désobéissance. À toi donc s’adresse maintenant ma parole, qui que tu sois, qui renonces à tes propres volontés, et pour combattre sous le vrai Roi, le Seigneur Christ, prends en main les puissantes et glorieuses armes de l’obéissance.” 
      
Les monastères reçoivent de nombreuses requêtes vocationnelles, accueillent de nombreux jeunes hommes qui s’y rendent en visite, et après un certain laps de temps et les consultations nécessaires, ouvrent leurs portes à ceux qui cherchent formellement à postuler en se pensant appelés à vivre dans ce monastère en particulier. Si par la grâce de Dieu ils persévèrent dans ce que Saint Benoît décrit comme “l’école du service du Seigneur”, ils découvrent, comme il le promet, que “nos coeurs seront agrandis, et nous allons courir avec une indicible douceur d’amour dans le chemin des commandements de Dieu”. Ils ont trouvés la perle de grand prix (Mt 13:45-46) et ils ont fait tout le nécessaire pour l’obtenir. Ils ont rencontrés le Seigneur et ont eu le courage de demander “qu’est-ce qui me manque encore ?” sans fuir tristement la rencontre cruciale. 
       
La clé est la découverte de ce que Dieu me demande. Maintenant. Sans égards pour mes désirs, mes préférences ou mes plans. Il s’agit d’un abandon radical de sa volonté propre pour celle (qui est souvent si surprenante) de Dieu. 
      
Un candidat qui éprouve la volonté de Dieu sur la base de cette compréhension ne peut pas s’égarer bien loin, même si au fil du temps il devient clair que ce monastère particulier n’est pas sa vocation. Ils auront vraiment testés l’appel dont ils ont cru qu’il pouvait être le leur, et leur continuation sur ce chemin, ou la conclusion qu’ils doivent en chercher un autre, sera béni par l’intégrité de leur don total d’eux-même au Seigneur, de leur acceptation de l’invitation du Seigneur : “venez et voyez” (Jn 1:39).
      
Les supérieurs religieux se réjouissent lorsqu’une personne montre cette générosité d’esprit et s’ouvre à faire tout ce que Dieu leur demandera. Une telle personne est déjà bien avancé dans les choses nécessaires pour suivre la volonté du Seigneur avec fruit. 
      
En d’autres occasions elles hésitent, et avec raison, à cause d’une approche différente. Une jeune personne peut se présenter avec des expressions comme “je discerne le sacerdoce/la vie religieuse/une vocation monastique…” ou “je veux faire/être x, y ou z” trahissant une attitude centrée sur le “Je” et non sur Dieu. Ma volonté et non celle de Dieu est ce qui semble être recherché - presque comme si “Je” suis celui qui appelle Dieu à servir ce que je veux, plutôt que de Lui permettre de m'appeler à devenir ce que je ne peut devenir qu’en me rendant entièrement à Sa volonté. 
      
Un tel “consumérisme vocationnel” est bien trop fréquent et infecte le vrai discernement - la découverte intelligente de ce que Dieu n’appelle à devenir, et non de ce que je choisis de faire selon ma propre volonté et mes critères limités. Nous pourrions l'appeler “pélagianisme vocationnel” en ce qu’une telle approche exclut la grâce de Dieu et ne s’appuie que sur ses propres efforts et désirs. 
       
Le jeune homme riche de l’Evangile était un homme bon, mais lorsque le Seigneur l’a provoqué : “si tu veux être parfait, va, vends tout tes biens et donne les aux pauvres, et tu aura un trésor dans les Cieux; viens, et suis-moi” (Mt 19:24) il a manqué de volonté. Son désir de ne pas laisser derrière lui ses “nombreuses possessions” l’a empêché de répondre à l'appel du Seigneur. Il s’en est allé, triste. Il n’est jamais devenu ce que Dieu l'appelait à être. 
       
Nous sommes des créatures déchues. Mais il y a une espérance. La grâce est possible même pour ceux infectés par le pélagianisme vocationnel, même si la maladie doit être stoppée avant qu’elle n’atteigne la possibilité d’y répondre. La Conversion - se retourner vers - est nécessaire, de la contemplation de ma propre image dans le miroir à celle du Seigneur dans Ses yeux - de faire ce que je veux, à être ouvert à accepter ce qu’il me provoque à accomplir dans cette rencontre. 
     
Si cela n’arrive jamais et qu’un individu s’avance sur la voie vocationnelle dans leurs propres termes, une crise est inévitable. Un programme de formation sain peut résoudre cela et offrir les moyens de se corriger, mais si la maladie est trop avancée un nouveau triste départ est inévitable. 
     
Mais lorsque l’individu est préparer à quitter foyer, frères, sœurs, mères et pères, enfants ou terres en réponse à l’appel du Seigneur (Mc 10:29), lorsqu'ils sont préparés à accepter la stricte discipline que Saint Benoît indique comme une nécessité pour la transformation des mauvaises habitudes et la préservation de la charité, et non “de fuir aussitôt — pris de terreur — la voie du salut, dont l’entrée, au début, est nécessairement étroite” (Prologue), le plan providentiel de Dieu pour cet individu - une chose unique qu’on ne peut répéter — peut commencer à se réaliser pour le salut de mon âme, la gloire de Dieu Tout-Puissant et l’établissement de son Royaume ici, sur la terre.

[Monastère Saint-Benoit - Dom Alcuin, Prieur - Lettre aux Amis] "Vers Toi j'élève mon âme : mon Dieu en qui j’ai confiance” (éditorial)

SOURCE - Monastère Saint-Benoit - Dom Alcuin, Prieur - Lettre aux Amis - Temps de l'Avent 2018

"Vers Toi j'élève mon âme : mon Dieu en qui j’ai confiance” nous chantons à l’Introït du premier dimanche de l’Avent. “Ne me laisse pas être déçu…” nous poursuivons.
   
Arrivant à la fin de l’année civile, la saison de l’Avent peut nous trouver un peu fatigué, même exténués, en raison du fardeau qu’il nous appartient d’endurer. Et pourtant l’Avent est une saison d’espoir, d’attente, de joie anticipée ; car le Seigneur ne nous laisse pas être déçu. En effet, il vient vers nous de nouveau, selon les antiques promesses, dans la fête de Sa Nativité vers laquelle tend cette saison de plus en plus intensément, pour mon salut et celui de tous ceux qui élèvent leurs cœurs vers Lui. C’est là l’espérance dans laquelle nous plaçons notre confiance.
     
C’est là la joie qui nous permet d’endurer les fardeaux, même les plus lourdes croix, qui reposent sur nous. Puisse l’Espérance que cet Avent anticipe renouveler notre force et notre persévérance dans toutes les tâches qui nous incombent, car en Lui nous ne serons pas déçus, mais sauvés!
      
Alors que la joyeuse fête de Noël approche nous vous souhaitons toutes les bénédictions de cette joyeuse saison et un nouvel an de grâce 2019 qui puisse nous apporter toutes les grâces nécessaires.
   
Dom Alcuin, Prieur

[Monastère Saint-Benoit - Lettre aux Amis] Des nouvelles du monastère

SOURCE - Monastère Saint-Benoit - Lettre aux Amis - Temps de l'Avent 2018

L'image de couverture provient de la cinquième école d’été Sacra Liturgia, que le monastère héberge chaque année. Le rassemblement de cette année a fut le plus important à ce jour, avec plus de trente participants, clercs et laïcs, venus du monde entier (et en particulier du Texas) pour une formation intense et profonde à la préparation et la célébration de la Sainte Liturgie. C’est toujours une joie d’accueillir, de travailler et prier avec de vieux et de nouveaux amis, dans la chaleur de l’été provençal, en “osant faire autant qu’il nous est possible” pour le culte du Seigneur, dans l’Office Divin et la Messe.
 
La sixième école d’été Sacra Liturgia est prévue du 3 au 16 août 2019 ; nous avons hâte de revoir de vieux amis, et d’en rencontrer de nouveaux. De plus amples informations seront publiées sur les sites internets et pages Facebook du monastère et de Sacra Liturgia à partir de janvier. Le monastère a en particulier accueilli cette année un hôte qui lui est devenu cher, Dom Ambrose Bennett, un moine de l’abbaye de Saint Louis, aux États-Unis, qui a passé dix agréables semaines avec nous durant l’été, et qui a considérablement édifié la communauté par sa sagesse et son exemple. Dom Ambrose a notamment donné une conférence profonde et enrichissante sur “Le Canon Romain et son importance aujourd’hui”, qui a donné aux participants à l’école d’été un nouveau regard sur la centralité de cette antique et vénérable prière du Rite romain.
   
Les abeilles du monastère ont eu un été productif, et ont donné une bonne récolte à la fin de la saison. Les premiers fruits en sont allés aux bénéfacteurs ayant généreusement contribué à l’établissement du rucher, qui compte désormais quatre ruches, il y a deux ans. Nous fondons de grands espoirs sur nos abeilles pour l’année 2019. Nos poules ont aussi travaillé dur cette année, et profitent actuellement du repos de leur mue annuelle, après avoir fourni à la communauté et aux hôtes de nombreux oeufs. Notre modeste jardin a donné une splendide diversité de tomates, d’herbes, et une bonne récolte de potimarron qui, combinés avec de la vanille et du sucre, ont, encore une fois, servi à fabriquer une marmelade fort appréciée.
   
C’est une grande bénédiction pour nous de vivre dans une région avec une longue histoire chrétienne et monastique. Hors des temps pénitentiels, nous essayons, dans la mesure du possible, de faire un pèlerinage annuel dans un de ces lieux, pour notre édification spirituelle et l’augmentation de la formation de nos jeunes. En juillet, nous avons pu nous rendre à l’abbaye St Victor de Marseilles (qui est désormais une église de paroisse) et y chanter la Messe solennelle en la fête de St Jean Cassien, et de vénérer ses reliques, qui y sont conservées.
   
C’est un privilège de ce monastère que d’avoir la garde d’une relique de Saint Gilles, ainsi que de nombreux moines et d’autres saints. Elles sont vénérées comme il se doit chaque année à la messe de leurs fêtes, et sont une grande source de dévotion et de prière pour les frères ainsi que pour les hôtes.
   
Alors que nous écrivons ces lignes, nous préparons une occasion de réjouissance, à savoir, l’ordination de l’un de nos frères aux Ordres Mineurs de Portier et de Lecteur par Mgr Rey, ici même, le Samedi des Quatre-Temps de l’Avent. Dans la tradition de l’Eglise, les Quatre-Temps (Mercredi, Vendredi et Samedi), qui se répètent quatre fois par an, sont des jours particuliers de prière et de jeûne, et c’est aux Samedis des Quatre-Temps que l’Eglise confère, fort à propos, les Ordres à ses fils.

[Peregrinus - Le Forum Catholique] L’œcuménisme en Révolution (3): Une nouvelle Église protestante?

SOURCE - Peregrinus - Le Forum Catholique - 25 novembre 2018


Comme on l’a vu, c’est à la lumière des controverses antiprotestantes que les apologistes réfractaires abordent la Constitution civile du clergé du 12 juillet 1790. Lorsqu’au début de 1791 les évêques de France refusent massivement le serment décrété en novembre 1790 par l’Assemblée Nationale, celle-ci déclare leurs sièges vacants. Au printemps, de nouveaux évêques sont donc élus selon les modalités fixées par la Constitution civile, puis confirmés et sacrés grâce à l’aide de Talleyrand, évêque d’Autun, ce qui consomme le schisme par l’établissement d’une hiérarchie parallèle.

Aussitôt, la nouvelle Église constitutionnelle est attaquée par ses adversaires fidèles à la hiérarchie légitime comme le résultat d’une nouvelle réforme protestante. La réforme ecclésiastique de la Constituante est ainsi dénoncée dans les mêmes termes que l’hérésie calviniste comme une « prétendue réforme », dont le canoniste Maultrot trouve les « principes hérétiques dans Melanchton, Musculus, Calvin, Jurieu, Saumaise, David, Blondel & autres protestans (1) ». À Henri Grégoire, évêque constitutionnel du Loir-et-Cher, qui estime que la réforme de la Constituante, entreprise au début du XVIe siècle, aurait épargné à l’Église gallicane la sortie des protestants de l’unité catholique en détruisant les abus (2), Maultrot répond qu’en effet l’Église de France aurait évité le schisme, non en conservant les protestants dans l’unité, mais en devenant elle-même protestante par l’abjuration la papauté, la destruction de la hiérarchie, l’asservissement de la juridiction spirituelle au jugement des tribunaux civils, la spoliation du clergé et l’anéantissement des monastères, à tel point qu’il ne manque à ses yeux à la nouvelle Église constitutionnelle que le mariage des prêtres et la liturgie en langue vulgaire pour n’être qu’une secte protestante parmi d’autres (3).

Aux yeux des controversistes réfractaires, l’Église constitutionnelle est donc une nouvelle Église protestante qui aurait conservé des ordres valides avec les sacrements et les formes extérieures du culte catholique. C’est ainsi que la traite notamment Mgr de Thémines, évêque de Blois (4), dans une longue lettre pastorale qu’il oppose à l’invasion de son siège par l’intrus Grégoire. Significativement, l’évêque reprend contre les constitutionnels la méthode dite des « préjugés légitimes », à laquelle recourait Pierre Nicole dans ses controverses contre les protestants : il s’agit de montrer que les préjugés généraux, avant même d’entrer dans la discussion des doctrines, suffisent à faire rejeter la nouvelle Église (5) : comme les protestants, les pasteurs constitutionnels tenaient auparavant leur mission d’une Église dont ils défendaient la foi et reconnaissaient l’autorité, mais à l’arrivée des réformateurs cet ordre a été renversé. Or
il faut avoir un nouveau pouvoir d’en haut, une mission extraordinaire constatée par des miracles et des signes du Ciel, pour se présenter, pour casser toutes les anciennes règles, et instituer ainsi un nouveau Gouvernement tout différent de celui que les Conciles avoient établi avant eux (6).
Ainsi, cette méthode des préjugés légitimes suffit à montrer que les constitutionnels comme les protestants sont convaincus de schisme « sans qu’il soit besoin d’examiner si c’est à tort ou à raison, par le grand principe, que hors l’Eglise, point de salut (7) ».

À ces préjugés légitimes, Mgr de Thémines ajoute les « convictions et les évidences (8) », qui démontrent que les novateurs constitutionnels ne sont rien d’autre que des « Calvinistes déguisés (9) », qui « n’ont point le mérite de l’invention » dans la mesure où ils se bornent à répéter les erreurs de Claude et Jurieu, les ministres protestants combattus par Bossuet (10).

Malgré cette réduction du nouveau schisme à l’ancien, qui permet d’appréhender avec une certaine efficacité les doctrines constitutionnelles à la lumière d’erreurs bien connues et déjà victorieusement réfutées, la conscience de l’originalité, de la nouveauté irréductible de l’Église constitutionnelle perce parfois dans la Lettre pastorale de l’évêque de Blois. En effet, Mgr de Thémines, après avoir désigné la Constitution civile du clergé comme le triomphe du calvinisme, semble pressentir qu’elle d’aboutir finalement au « culte philosophique », à la « conscience sans conscience (11) ».

Ainsi, Mgr de Marbeuf, archevêque de Lyon, est peut-être l’un des membres de l’épiscopat légitime qui ont le mieux perçu la nouveauté radicale que représentait la Constitution civile du clergé par-delà certaines analogies protestantes parfois quelque peu forcées, à savoir l’extension indéfinie du pouvoir de la nation révolutionnaire, qui s’arroge la puissance, l’autorité et le ministère de l’Église : le principe central du nouveau système est que la nation est « constitutionnellement l’église (12) » : si la Constitution civile demeure à bien des égards très en-deçà des erreurs luthériennes ou calvinistes, elle porte en elle le germe de leur dépassement. Il serait donc faux de penser que la réactivation réfractaire de la polémique antiprotestante, qui a fourni ses principales armes au clergé fidèle, a entièrement aveuglé ces derniers sur le front nouveau ouvert par la Révolution.

(À suivre)

Peregrinus
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(1) Gabriel-Nicolas Maultrot, Comparaison de la Constitution de l’Eglise catholique, et de la nouvelle Eglise de France. Moyen de les accorder, Dufresne, Paris, 1792, p. 3.
(2) Henri Grégoire, Légitimité du serment civique, Chalopin Imprimeur-Libraire, Caen, 1791, p. 29.
(3) Gabriel-Nicolas Maultrot, op. cit., p. 279-280.
(4) Sur la conduite de Mgr de Thémines, voir Jules Gallerand, À l’assaut d’un siège épiscopal. Thémines et Grégoire au début de 1791, R. Duguet & Cie, Blois, 1923.
(5) Alexandre-François de Lauzières de Thémines, Lettre pastorale de M. l’évêque de Blois, Imprimerie de Guerbart, Paris, 1791, p. 119.
(6) Ibid., p. 122.
(7) Ibid., p. 126.
(8) Ibid., p. 134.
(9) Ibid., p. 149.
(10) Ibid., p. 151.
(11) Ibid., p. 25-26.
(12) Lettre pastorale de M. l’archevêque de Lyon, primat des Gaules, sur l’usurpation de son siège par le sieur Lamourette, soi-disant élu évêque du département de Rhône et Loire, dans Augustin Barruel, Collection ecclésiastique, ou Recueil complet des ouvrages faits depuis l’ouverture des états-généraux, relativement au clergé, à sa constitution civile, décrétée par l’assemblée nationale, sanctionnée par le roi, vol. XI, Crapart, Paris, 1793 p. 269.




[FSSPX Actualités] Le triomphe de l’Immaculée est notre victoire

SOURCE - FSSPX Actualités - 8 décembre 2018

C’est en la solennité de l’Immaculée Conception que les membres de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X prononcent leur engagement. Les lignes qui suivent, extraites du Mystère de Marie, du Père Bernard o.p., montrent la place centrale que revêt Marie dans l’histoire du salut.

Si Marie a mérité d'être toute préparée à son mystère, c'est par la grâce de l'Immaculée Conception qui a sanctifié tout son premier âge.

Elle reçoit cette première grâce sans rien faire, évidemment, pour la mériter. Elle la reçoit par une bienveillance divine absolument gratuite et par l'effet anticipé des mérites futurs, quoique bien proches désormais, de celui qui sera son divin Fils. Et si cette première grâce est accordée, au petit être qui sera Marie, avec tant d'ampleur et de richesse, n'est-ce pas uniquement en prévision aussi de la maternité divine à laquelle cette fillette est prédestinée ?

En toute vérité, l'Immaculée Conception est pour nous l'espoir et le salut. Et, ne nous y trompons pas, le salut dans le Christ. Nous sommes liés à Marie et solidaires de ce qui lui arrive parce qu'elle est comme nous fille d'Eve et d'Adam.

Mais nous le sommes encore plus parce qu'elle est fille du Christ, nouvelle Eve à côté du nouvel Adam. Car si elle est appelée à l'existence suivant le sort de notre nature, elle y est sanctifiée dès le premier instant selon toute la force de la grâce même qui nous sauve. L'Immaculée Conception est le triomphe de notre rédemption.

Mais le triomphe de la Vierge est aussi le nôtre, car il est notoire que si de pareilles exceptions sont faites en faveur de Marie, c'est pour qu'elle soit plus profondément associée à l'œuvre de notre salut ; c'est afin qu'elle puisse plus largement mériter à ses enfants un salut qui est déjà si grandement réalisé en sa personne.

[Wigratzbad (blog) - FSSP] Ordination sacerdotale à Coire

SOURCE - Wigratzbad (blog) - FSSP - 9 décembre 2018

A l'occasion de la fête de l'Immaculée Conception, tout le séminaire s'est rendu à Coire, en Suisse, pour y entourer notre cher ami portugais, l'abbé Nuno Castello Branco, ordonné prêtre pour son diocèse par Mgr Vitus Huonder.
    

8 décembre 2018

[FSSPX Actualités] Paul VI et l’auto-démolition de la Tradition

SOURCE - FSSPX Actualités - 7 décembre 2018

"Il faut reconnaître que le pape Paul VI a posé un sérieux problème à la conscience des catholiques. Ce pontife a causé plus de dommages à l’Eglise que la Révolution de 1789." Mgr Marcel Lefebvre [1]

Lorsqu’en juin 1963, Paul VI prit possession des 2e et 3e étages du Palais apostolique, traditionnellement réservés au Saint-Père, il entreprit de les aménager selon ses goûts. Amateur d’art contemporain, il entendait donner un aspect moderne à ses appartements. Tapisseries et fauteuils anciens furent remplacés par des tissus et meubles de style récent, les pièces rénovées furent ornées d’œuvres d’artistes en vogue, et sa chapelle privée transformée dans l’esprit des années 60.

L’histoire du pontificat allait le révéler : ce nouveau décor illustrait la manière avec laquelle le nouveau pape considérerait et régirait la Tradition de l’Eglise.

Dans le vocabulaire catholique, le mot « Tradition » désigne plusieurs réalités. L’objet de la Révélation tout d’abord, c'est-à-dire les vérités révélées, le dépôt de la foi. « Tradition » indique également l’acte d’enseignement, par lequel est transmis fidèlement ce dépôt révélé. Il peut aussi signifier l’organe de cet enseignement, c'est-à-dire le Magistère constitué du pape et des évêques. D’une manière plus générale, le mot « Tradition » comprend tout le patrimoine doctrinal, canonique, liturgique, pastoral, religieux, artistique de l’Eglise. Depuis la crise de l’Eglise, le mot est utilisé pour qualifier le mouvement des catholiques de Tradition, les traditionalistes. Enfin, il qualifie la notion ou le mode de transmission. Ainsi parle-t-on de « Tradition vivante ». Les rapports de Paul VI vis-à-vis de la Tradition peuvent être regardés selon ces différentes acceptions.
1) La Tradition comme dépôt de la foi
Le pape Paul VI n’a jamais enseigné d’hérésies proprement dites. Lors d’une occasion solennelle, le 30 juin 1968, il a même proclamé un Credo dont le retentissement fut mondial, signe de son caractère exceptionnel. Ses rappels traditionnels, ses mises en garde sur la sainte eucharistie, le thomisme ou encore l’Eglise, ont accrédité l’image d’un pape libéral aux deux visages [2], d’une doctrine traditionnelle et d’une pastorale de rupture.

Quarante ans après sa mort, son héritage laisse cependant apparaître un pontificat étonnamment progressiste. Paul VI a laissé de telles hérésies se propager, il a encouragé les novateurs d’une manière si flagrante, il a nommé des cardinaux et évêques si progressistes, il a persécuté d’une manière si virulente les défenseurs de la foi que son gouvernement fut tragiquement préjudiciable au dépôt de la foi. Mais surtout, son enseignement même mit à mal la doctrine multiséculaire de l’Eglise.

Le problème initial et principal réside dans le Concile. Celui-ci fit le jeu des novateurs au détriment de la doctrine traditionnelle sur de nombreux points fondamentaux : le Magistère, la Sainte Eglise, le sacerdoce, la Sainte Ecriture, les fausses religions, l’autorité, la liberté, etc.. Ce bouleversement ne s’est pas fait sans heurts et l’aula conciliaire fut le théâtre régulier de controverses importantes dont on connaît l’issue. Mais tout cela n’eût pas pu avoir lieu sans l’autorité papale. Sans l’aval du pape, un concile n’est rien, tout comme un décret ministériel préparé par des commissions n’a de valeur que signé par le ministre. Même si les textes conciliaires sont préparés, débattus et votés par des milliers d’évêques, un concile est essentiellement l’œuvre du successeur de Pierre. En ratifiant les décisions des Pères, Paul VI a endossé la responsabilité majeure du Concile. En toute vérité, le concile Vatican II est bien l’œuvre du pape Paul VI. Un geste traduit cette affinité avec le Concile : l’anneau que le pape Paul VI offrit à tous les évêques du monde le 6 décembre 1965, avant-veille de la clôture de Vatican II, et qu’il porta jusqu’à sa mort à la place de l’anneau du pêcheur. Tout un symbole.
2) La Tradition comme acte d’enseignement
La modification du contenu de l’enseignement s’accompagna d’un changement dans la conception même de l’enseignement, tant il est vrai que la nature de l’enseignement est corrélative de celle de son objet.

Paul VI est souvent revenu sur cette expression : l’Eglise est en dialogue : « Le Concile travaillera à jeter un pont vers le monde contemporain […] vous avez voulu tout d’abord vous occuper non pas de vos affaires mais de celles de la famille humaine, et engager le dialogue non pas entre vous mais avec les hommes » dit-il aux Pères conciliaires [3]. « L’Eglise se fait parole ; l’Eglise se fait message ; l’Eglise se fait conversation »[4]. Jusqu’à Pie XII, les souverains pontifes entendaient parler comme docteurs de la foi. Ils enseignaient les vérités du Christ avec la souveraine autorité de Pierre. Leur dessein était de prêcher la vérité et condamner l’erreur. Paul VI privilégia le dialogue. Le pape n’enseignait plus, il dialoguait, il conversait. Naturellement, il condamnait encore moins.

L’épisode est célèbre. Mgr Lefebvre, rencontrant Mgr Montini dans les années cinquante, appelait de ses vœux la condamnation du « Réarmement moral »[5]. Et Mgr Montini de répondre que « l’Eglise va paraître comme une marâtre ». Le futur souverain pontife considérait ces anathèmes comme polémiques stériles et improductives. Les hérésies étaient du reste devenues marginales à ses yeux. « Il ne s’agit plus d'extirper de l’Eglise telle ou telle hérésie déterminée ou certains désordres généralisés, écrit-il dans son encyclique Ecclesiam suam, – grâce à Dieu, il n’en règne point au sein de l’Eglise »[6] ; « à la défense de la foi, on pourvoit maintenant mieux en promouvant la doctrine »[7].

A l’inverse, on se rappellera ces paroles d’esprit catholique : « De tout temps, écrivait le cardinal Pie, il s’est rencontré des esprits ainsi faits qu’ils n’envisagent jamais la défense [de la foi] que comme un scandale ajouté à celui de l’attaque, et que volontiers ils unissent leur indignation à celle de l’ennemi, quand les apôtres de la vérité s’efforcent de rendre leur voix aussi retentissante que celle du mensonge ».[8]
3) La Tradition comme organe d’enseignement
L’adage était célèbre : Roma locuta est, causa finita est. Avec cette volonté de dialogue et l’apologie des erreurs conciliaires, c’est la nature même de l’organe d’enseignement qui se trouva altérée. Pouvait-on encore parler d’un véritable exercice du pouvoir de Magistère, ayant vocation à enseigner avec autorité ? Hormis d’heureux coups d’éclat, comme la condamnation de la contraception par Humanæ vitæ le 25 juillet 1968, les enseignements se révélaient plus indicatifs qu’impératifs.

A la place, le pape laissa s’installer une liberté théologique qui dégénéra en véritable anarchie dogmatique. Lors de la publication des catéchismes canadien et hollandais publiés par les conférences épiscopales correspondantes, Rome adopta une étonnante modération et une discrète désapprobation.

Saint Pie X avait rédigé un catéchisme ; Paul VI ferma les yeux sur la diffusion de catéchismes hérétiques.

Devant le péril du modernisme, saint Pie X avait imposé un serment antimoderniste que devaient prononcer toutes les personnes en charge d’une autorité d’enseignement et de direction. Paul VI l’abolit en décembre 1967.

Saint Pie X avait assorti le modernisme d’excommunications. Paul VI supprima les excommunications, comme il supprima tout autant l’Inquisition dont le rôle était précisément d’enseigner clairement la foi catholique et de réprimer les hérésies.

L’Index disparut aussi dans la tourmente le 14 juin 1966, par la Notification du Saint-Office, Post Litteras apostolicas. Le prétexte invoqué est inouï : « l’Eglise fait confiance à la conscience mûre des fidèles ». La signification était limpide : le pouvoir d’enseignement n’éprouvait plus le besoin de juger avec autorité ce que les fidèles constataient d’eux-mêmes au fond de leur conscience. Il n’y avait plus de maître ni de disciples. Tous les fidèles étaient eux-mêmes devenus des maîtres.

Un geste résumait cette révolution : le 13 novembre 1964, Paul VI avait abandonné la tiare et la sedia. La tiare symbole de la monarchie papale. L’heure était à la collégialité, au partage du pouvoir. L’enseignement devenait collégial, synodal. L’Eglise devenait un vaste forum de discussions.
4) La Tradition comme patrimoine de l’Eglise
Depuis la Révolution française, les papes s’étaient dressés contre l’esprit révolutionnaire qui voulait mettre à bas l’héritage de Pierre. Libéralisme, faux œcuménisme, archéologisme liturgique, relativisme moral, pastorale relâchée, avaient été régulièrement condamnés. Ils retrouvèrent droit de cité avec Paul VI.

Rome n’avait cessé de condamner la sécularisation des Etats, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la liberté des cultes. Citons Mirari vos de Grégoire XVI, Libertas de Léon XIII, Vehementer de saint Pie X. Paul VI fit supprimer un à un (ou modifier dans un sens libéral) les concordats qui unissaient l’Etat et l’Eglise : Espagne, Irlande, Colombie, certains cantons suisses, etc. La chrétienté, cette union admirable de l’Eglise et de la Cité, illustrée par Constantin, Charlemagne, saint Louis, Garcia Moreno et tant d’autres, Paul VI n’en voulait plus. Convaincu par les théories modernes de Jacques Maritain, il rêvait d’une nouvelle chrétienté, tout autre, laïque, humaniste, où les musulmans pourraient librement invoquer Mahomet. Le 4 octobre 1965, il parlait à l’ONU un langage digne des loges et louait les droits de l’homme que ses prédécesseurs avaient pris soin de condamner : « Ce que vous proclamez ici, ce sont les droits et les devoirs fondamentaux de l’homme, sa dignité, sa liberté, et avant tout la liberté religieuse. Nous sentons que vous êtes les interprètes de ce qu’il y a de plus haut dans la sagesse humaine, Nous dirions presque : son caractère sacré ».

Rome avait condamné les réunions interreligieuses, le pan-christianisme, notamment par l’encyclique Mortalium animos du pape Pie XI. Paul VI encouragea les réunions œcuméniques. Ainsi, « le 7 décembre 1975, il recevait le métropolite [orthodoxe] Méliton de Chalcédoine. Le pape se mettait à genoux devant lui et lui baisait les pieds ». [9]

Les pasteurs protestants qui avaient participé à l’élaboration de la réforme liturgique furent félicités et encouragés. Paul VI apparut tout sourire, comme comblé de recevoir les lumières d’experts protestants dans le but de réformer la messe catholique.

Rome avait condamné avec Mediator Dei de Pie XII les déviances du mouvement liturgique qui prétendait revenir à une liturgie archaïque, privée des admirables développements de vingt siècles de sainteté. Paul VI voulut éviter tout ce qui pouvait froisser les « frères séparés ». Il valida les innovations liturgiques qui eurent pour résultat de détruire la liturgie de l’Eglise. La messe (1969), le bréviaire (1970), la prière des prêtres, le rituel (modifié progressivement), les sacrements de l’Eglise, les ordres mineurs (1972), furent soumis à une refonte complète dont les effets pernicieux continuent de se faire sentir. Pour cette « réforme », notamment de l’office divin, le pape se reposa sur Annibale Bugnini, qui déclara dans quel esprit il entendait réformer le Bréviaire : « Il s’agit de s’orienter “vers une réduction du pensum [sic] quotidien” ». [10]

Rome avait dénoncé jusque-là le relativisme moral et la morale de situation. Paul VI laissa s’installer dans les séminaires, dans les universités catholiques, dans les maisons religieuses, un enseignement délétère.

Rome avait toujours encouragé les religieux à mépriser le monde condamné par le Christ et à s’attacher principalement aux réalités spirituelles. Paul VI obligea tous les ordres religieux, toutes les congrégations enseignantes à se « réformer » selon l’esprit libéral, humaniste et naturaliste de Vatican II. Diminution tragique de la ferveur religieuse, raréfaction des vocations, fermeture d’innombrables couvents, telles furent les conséquences désastreuses de cette réforme ratée dont les effets s’étendirent jusque dans l’enseignement catholique, qui fut emporté dans cette tourmente.

Rome avait éduqué l’Occident. Le latin, langue de la culture profane et religieuse, était sacrifié sur l’autel du pluralisme. L’art catholique, admirable de beauté, était brisé par des barbares qui n’étaient plus à chercher parmi les païens infidèles puisqu’ils n’étaient autres que les ministres du Temple.
5) Les traditionalistes
Les défenseurs de la Tradition ne furent pas mieux traités qu’elle : « Le serviteur n’est pas au-dessus du maître ». Paul VI qui, le 23 mars 1966, demanda au docteur Ramsey, prétendu archevêque de Cantorbéry, de bénir la foule des fidèles catholiques ; qui, le 7 août 1965, embrassa le patriarche grec schismatique de Constantinople ; qui, le 4 octobre 1965, fut rempli de compréhension pour les francs-maçons onusiens, ne supporta pas les traditionalistes dont le chef de file, Mgr Marcel Lefebvre, n’eut droit qu’à des reproches véhéments et de sévères condamnations. Le séminaire d’Ecône, pépinière de prêtres formés comme l’Eglise les formait depuis des siècles, fut officiellement supprimé le 6 mai 1975, sans respecter le droit de l’Eglise en la matière. Le 22 juillet 1976, le prélat se vit frappé de la suspense a divinis. Malgré ses appels réitérés, jamais le prélat ne put être jugé selon le Droit ni avoir vraiment la possibilité de s’expliquer et de se défendre.

Dès 1963, Paul VI envisageait de contraindre les évêques de plus de 75 ans à demander leur démission et d’exclure les cardinaux de plus de 80 ans du conclave. Ce fut chose faite le 21 novembre 1970 par le Motu proprio Ingravescentem ætatem. Son intention était-elle d’empêcher toute résistance de prélats conservateurs et de les remplacer par de jeunes successeurs acquis aux idées nouvelles ? Voici une réponse à cette interrogation : « Dans les premières années après Vatican II, note le cardinal Ratzinger, le candidat à l’épiscopat semblait être un prêtre qui devait avant tout être ‘ouvert au monde’ : dans tous les cas, ce prérequis était mis à la première place ». [11]

Le cardinal Mindszenty gênait l’Ostpolitik du Vatican ; il fut écarté. Mais « Janos Kadar, premier secrétaire du parti communiste hongrois, [fut déclaré par Paul VI] ‘principal promoteur et le plus autorisé de la normalisation des relations entre le Saint-Siège et la Hongrie’ ». [12]
6) La notion de Tradition
Que reste-t-il de la Tradition au sens de transmission ? Sa notion même est substantiellement modifiée. Pour le pape Paul VI, la Tradition n’apparaît plus comme un héritage précieux et vivant qu’il faut transmettre à la postérité en en conservant le sens exact et inaltérable, tout en s’efforçant de le rendre encore plus précis, encore plus beau, encore plus adapté aux enfants de Dieu.

Dans les faits, le pape traita habituellement la Tradition non comme un dépôt à transmettre mais comme une matière à transformer, comme s’il assimilait passé et Tradition à une sorte de dépôt mort auquel seule une refonte complète serait capable de redonner vie. Au risque de ne plus le transmettre fidèlement mais de le modifier substantiellement. La notion de Tradition s’en trouve radicalement changée. Et c’est peut-être cela le plus grave. L’action de Paul VI l’a vidée de son sens profond ; il en a fait une réalité évolutive, entre les mains des hommes.
Conclusion
L’immense enthousiasme soulevé chez de nombreux catholiques par le Concile et les réformes conciliaires est vite retombé pour laisser place à un constat des plus amers. Paul VI se lamentera de l’auto-démolition de l’Eglise [13] et des fumées de Satan. [14]

Le mot de « démolition » indique la nature du mal : une déconstruction voulue et systématique de la pensée et des structures traditionnelles de l’Eglise.

Quelles en sont les causes ? L’expression d’auto-démolition écarte d’elle-même les causes extérieures, pourtant bien à l’œuvre. Il faut donc chercher une cause intrinsèque, à l’intérieur même de l’Eglise, à l’origine de cette déconstruction, c'est-à-dire du côté de ceux qui possédaient l’autorité, qui ont mis en œuvre cette entreprise de démolition. De nombreuses autorités se sont exercées, mais elles se sont toutes exercées dans la dépendance à l’autorité suprême qui a actionné les principaux leviers de cette destruction, en validant le Concile et lançant ses réformes, en nommant les progressistes aux postes de commande et en condamnant les plus fidèles enfants de l’Eglise. Paul VI ne voulait certainement pas cette démolition. Il l’a cependant réalisée. Fecit tamen.

Comment ne pas songer à ces paroles de l’Ecclésiastique : « Le prince sage tient son peuple dans la discipline, et le gouvernement de l’homme sensé est bien réglé. Tel le chef du peuple, tels ses ministres ; et tel le gouvernement de la ville, tels tous ses habitants. Un roi ignorant perd son peuple, mais une ville prospère par l’intelligence des chefs ». [15]
Épilogue
« Plus nous avons besoin d’un saint pape, plus nous devons commencer par mettre notre vie, avec la grâce de Dieu et en tenant la Tradition, dans le sillage des saints. Alors le Seigneur Jésus finira par accorder au troupeau le berger visible dont il se sera efforcé de se rendre digne.

« À l’insuffisance ou à la défection du chef n’ajoutons pas notre négligence particulière. Que la Tradition apostolique soit au moins vivante au cœur des fidèles même si, pour le moment, elle est languissante dans le cœur et les décisions de celui qui est responsable au niveau de l’Eglise. Alors certainement le Seigneur nous fera miséricorde.

« Encore faut-il pour cela que notre vie intérieure se réfère non au pape mais à Jésus-Christ. Notre vie intérieure qui inclut évidemment les vérités de la révélation au sujet du pape doit se référer purement au souverain prêtre, à notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ, pour arriver à surmonter les scandales qui viennent à l’Eglise par le pape ». [16]

Abbé François-Marie Chautard

  1. Mgr Marcel Lefebvre, Lettre ouverte aux catholiques perplexes, Albin Michel, 1985, p. 198.
  2. Ibid., p. 199.
  3. DC 1963, n° 1357, col. 101 : « Le problème du dialogue entre l’Eglise et le monde moderne. C’est le problème qu’il revient au Concile de décrire dans toute son ampleur et sa complexité, et de résoudre, dans la mesure du possible, dans les termes les meilleurs. (…) L’Eglise doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit. (…) le dialogue doit caractériser Notre charge apostolique » Lettre encyclique Ecclesiam suam du 6 août 1964, n° 15, 67 et 69.
  4. Ecclesiam suam, n°67.
  5. Fondé en 1938 par le protestant Franck Buchman, ce mouvement vise à fédérer toutes les bonnes volontés, indépendamment des confessions religieuses, dans un but de promotion de la paix dans le monde, du dialogue et des libertés.
  6. Ibidem, n°46
  7. Cité par Paul Poupard, Connaissance du Vatican : histoire, organisation, activité, Beauchesne, 1974, p. 111.
  8. Mgr Baunard, Histoire du cardinal Pie, Oudin, 1886, pp. 605-606.
  9. Yves Congar, « L’œcuménisme de Paul VI », in Paul VI et la modernité dans l’Eglise, Actes du colloque de Rome (2-4 juin 1983), Ecole Française de Rome, 1984, p. 817.
  10. Yves Chiron, Mgr Bugnini (1912-1982), Réformateur de la liturgie, Desclée de Brouwer, 2016, pp. 36-37.
  11. Joseph Ratzinger, Entretiens sur la foi, cité par Don Mancinella, 1962 Révolution dans l’Eglise, publications du Courrier de Rome, 2009, p. 104.
  12. Mgr Marcel Lefebvre, Lettre ouverte aux catholiques perplexes, Albin Michel, 1985, p. 117.
  13. Discours du 7 décembre 1968, DC n°1531 (1969), p 12.
  14. Le 29 juin 1972.
  15. Ecclésiastique 10, 1-3.
  16. Père Roger-Thomas Calmel, o.p. « De l’Eglise et du pape en tous les temps et en notre temps », in revue Itinéraires n°173, mai 1973, p. 39.