17 octobre 2018

[Bertrand Y. (blog)] La faiblesse humaine de l’Eglise et sa divinité

SOURCE - Bertrand Y. (blog) - 17 octobre 2018

Les ennemis de l’Eglise, soutenus par la cinquième colonne de ses imbéciles utiles, font leurs choux gras dans les media de découvertes sordides sur les mœurs d’une poignée de ses ministres. Face à l’ampleur relative de ces désordres il est fort probable qu’ils aient profité, d’abord, de l’incroyable laxisme qui y règne depuis belle lurette, notamment au niveau du recrutement dans les séminaires ; puis de la complicité des loups déjà introduits dans la bergerie ; le tout pouvant être le fait de ces ennemis, comme, fait avéré, les agents communistes infiltrés dans sa hiérarchie, sans parler des francs-maçons. Mais à qui nuisent-ils ? Aux plus fragiles ou aux moins convaincus de ses membres, sans doute relativement nombreux de nos jours ? Malheureusement oui ! A l’Eglise elle-même ? Certainement pas !

Comme l’on dit, elle en a vu d’autres depuis 2000 ans ! Plus de deux millénaires, en effet, que les suppôts de Satan s’efforcent par tous les moyens de faire disparaître le catholicisme : en vain ! Puisque même le martyre n’y a rien fait : « sang des martyrs, semence de chrétiens » ! Satan lui-même et les démons le savent très bien ou ne se font aucune illusion sur le résultat final de leurs menées. Mais ils laissent, voire poussent, leurs conquêtes humaines, bien moins instruites et lucides qu’eux, à se déchaîner, quitte à s’y casser les dents génération après génération, afin de seulement et misérablement assouvir leur haine inextinguible de Dieu et de tout ce qui est à lui et de lui.

Et tout cela n’arrive, bien sûr, qu’avec sa permission car Il est capable de transformer le mal en bien, comme des pierres en fils d’Abraham aussi nombreux que les étoiles du ciel et que les grains du sable. En effet, la faiblesse humaine de l’Eglise catholique ou de ses membres au cours des siècles, qu’on peut dire, à l’expérience, sans bornes, et qui, à vue humaine, aurait dû depuis bien longtemps avoir raison d’elle, à commencer par les déficiences fréquentes et grandes dans son gouvernement ordinaire, ne rend elle pas plus évidente la divinité de cette société ?

Tout d’abord par la pérennité sans pareille et visible de sa tête qu’est son siège à Rome avec laquelle ne peut rivaliser aucune autre société humaine, religieuse ou pas, faisant suite, en plus, à celle de la Jérusalem hébraïque puis juive d’avant le Christ. D’autant plus que ce maintien de son autorité suprême va de paire avec celui, non moins visible, de toute l’institution telle qu’elle a été fondée par le Christ, aussi bien dans l’organisation fondamentale que dans la substance de l’enseignement laissé en dépôt, ce qu’on appelle son apostolicité, c.à.d. son unité parfaite avec l’époque des Apôtres. Nonobstant la petite parenthèse, à l’échelle de la vie de l’Eglise ici-bas, que nous vivons depuis plus de 50 ans ou depuis le Concile Vatican II… Même au milieu de cette crise terrible, comme au travers de toutes les précédentes (persécutions sanglantes et hérésies sans nombre en son sein), l’Eglise romaine continue au moins dans sa tête et dans ses membres visiblement attachés à elle ainsi qu’à son apostolicité. Car il n’est pas question, ici, de raisonner en majorités ou avec le faux esprit démocratique mais d’après le seul Evangile : « il y a beaucoup d’appelés mais peu d’élus » (Mt, 20…

Même si le nombre de ses membres diminue considérablement il demeure néanmoins assez important pour mettre en évidence l’autre caractéristique unique de l’Eglise qui lui valu depuis toujours son premier qualificatif, reconnu honnêtement ou nécessairement par ses adversaires, à savoir sa catholicité, son universalité également visible, aujourd’hui comme hier, ou le maintien au moins de noyaux de membres authentiques sous toutes les latitudes et longitudes. Elle est, à présent, d’autant plus remarquable et inexplicable (humainement…) que partout se font sentir les effets d’une conspiration puissante et souvent tyrannique contre sa doctrine ou sa morale, voire contre sa présence (pays totalitaires communistes, musulmans etc.). Et cela encore d’autant plus que, parmi ses vrais fidèles, elle est accompagnée d’une unité de pensée (de foi) et d’action (obéissance dans la ligne de la foi) qui, au simple regard humain, étonne et émerveille car, aujourd’hui comme hier, elle aurait pu ou dû depuis très longtemps voler en éclats en raison de cette dispersion et face à l’importance et à la malignité de l’adversité.

Avec tout cela va encore de paire un autre caractère distinctif de l’Eglise dont l’affirmation pourrait paraître déplacée au regard des faits infiniment déplorables rappelés au début : sa sainteté également visible… Oui ! nous l’affirmons sans peur car, là encore, il n’est pas question du nombre de ses membres saints. S’il ne se trouvait, à toute époque, qu’un seul catholique brillant parmi tous par l’éclat d’une sainteté transcendante et de loin sans pareille, cela suffirait à dire l’Eglise sainte, c.à.d. ayant la capacité unique à rendre tel, d’abord, par sa doctrine et l’exemple de son divin fondateur ; ensuite par tous les moyens spéciaux et surnaturels, institués par le Christ, de produire la sainteté dans toute âme de bonne volonté que sont, en gros, ses sacrements. Or, même actuellement, dans son dramatique état interne de déliquescence, l’Eglise, par la bouche de l’ensemble, sinon de la totalité, de ses pasteurs, en commençant par le pape, continue à défendre la morale exigeante qui la singularise, notamment dans son rejet total, clair et ferme de l’avortement, du « mariage pour tous », des P-M-A et G-P-A, de l’euthanasie etc., à l’encontre de toutes les autres institutions dominantes, religieuses et civiles, sur cette terre. Et grâce à cela et malgré cela il se trouve partout des membres de cette Eglise, à côté de ses autres membres, certes, infidèles et indignes, pour vivre conformément à ces exigences (avec l’aide nécessaire des sacrements), ce qui, ne serait ce qu’en raison de leur minorité, est un début de l’héroïcité que l’Eglise elle-même exige, à un niveau sublime, pour déclarer « saint » ou « canoniser » l’un de ses membres. Honneur décerné, de fait, qu’à un tout petit nombre.

Or comment expliquer la présence simultanée, constante et visible de ces quatre propriétés (apostolicité, catholicité, unité et sainteté) exceptionnelles, chacune étant pourtant si difficile, voire impossible, à réaliser dans les temps et espace si vastes que la durée de ce monde et l’étendue de cette terre, sinon par une assistance spéciale, une force surhumaine ou miraculeuse qui ne peut venir que de Dieu (le Saint Esprit envoyé par Jésus à la Pentecôte) pour faciliter, à tout moment de l’histoire, aux esprits droits la reconnaissance de l’unique Eglise fondée par lui en vue de conduire de la façon la plus sûre les âmes au salut éternel jusqu’à la fin des temps ? Pour cette raison, en plus de son divin fondateur, on peut alors la qualifier de divine. Plaise à Dieu que nous ne soyons pas de ceux qui « regardent sans regarder et écoutent sans écouter et sans comprendre » (Mt, 13)!

Y. Bertrand

[Abbé Christian Thouvenot, fsspx - FSSPX Actualités] Mgr Simon fait de l’esprit

SOURCE - Abbé Christian Thouvenot, fsspx - FSSPX Actualités - 15 octobre 2018

Mgr Hippolyte Simon est archevêque émérite du diocèse de Clermont. Il a démissionné en 2016 pour raison de santé. De sa retraite il prend tout de même le temps de faire part aux lecteurs du journal La Vie – jadis catholique – de sa réaction à l’élection de l’abbé Davide Pagliarani à la tête de la Fraternité Saint-Pie X, le 11 juillet dernier. 

En quelques paragraphes d’un billet trop long pour une pensée un peu courte, le prélat nous explique que, avec un prêtre à la tête d’une société sacerdotale, l’œuvre fondée par Mgr Marcel Lefebvre est redevenue « une Eglise de structure "presbytérienne" » (sic). Que veut-il dire ? C’est pourtant bien l’Eglise catholique qui a approuvé les statuts de la Fraternité Saint-Pie X !  

Voici son raisonnement : « le Supérieur général est de nouveau un prêtre, en la personne de l'abbé italien Davide Pagliarani. Et ce prêtre est ainsi établi "chef" de trois évêques ! De 1988 à 1994, il s’agissait de l’abbé Schmidberger. Quand Mgr Fellay lui a succédé, en 1994, Ecône est redevenue "épiscopale". Un évêque était le premier responsable de la Fraternité. Ce qui semblait davantage conforme à la grande Tradition catholique ». 

La grande Tradition catholique qu’évoque Mgr Simon lui est décidément bien mal connue. Le Saint-Siège préfère au contraire que les congrégations soient gouvernées par des prêtres et non des évêques. Lorsqu’un Chapitre élit un évêque, il faut ordinairement l’indult du pape. C’est ainsi que Mgr Lefebvre, lorsqu’il fut élu Supérieur général des Pères du Saint-Esprit en 1962, succéda à un prêtre qui gouvernait une société de 3.382 prêtres, dont étaient issus par ailleurs 46 évêques. Le pape Jean XXIII dut confirmer l’élection parce qu’il s’agissait d’une exception au droit de l’Eglise, celui pourtant de « la grande Tradition catholique » ! Six ans plus tard, en 1968, le successeur de Mgr Lefebvre à la tête de la congrégation des Spiritains fut encore un prêtre, comme l’était le fondateur, le Père Libermann. Comme tant d’autres congrégations gouvernées par des prêtres, sans qu’il y eût un Hippolyte Simon pour s’en offusquer.  

Certes un évêque gouverne un diocèse. Mais la Fraternité Saint-Pie X n’est justement pas un diocèse. Et quand bien même un jour, dans un avenir hypothétique, une Prélature établirait un évêque à la tête de la Fraternité, cela n’empêche pas celle-ci d’être aujourd’hui gouvernée de manière parfaitement catholique par un prêtre, à l’instar des sociétés de vie apostolique qui sont légion dans l’Eglise. 
Le coup de pied de l’âne 
La conclusion de l’évêque émérite de Clermont laisse entrevoir un éclair de lucidité : « Je n’ai pas compétence pour faire un commentaire plus approfondi sur la gouvernance de la Fraternité Saint-Pie X ». Mais il est aussitôt suivi du coup de pied de l’âne : « je me permets simplement de trouver un peu étrange le fait que, sous prétexte de garder la tradition catholique, on applique les principes proposés par Jean Calvin puis développés par Ulrich Zwingli, en Suisse, et John Knox, en Ecosse... Comprenne qui pourra ! » 

Le lecteur est prié de rire et de s’esbaudir sur la profondeur inavouée d’une remarque censée spirituelle et inspirée. La vérité est que Mgr Simon croit faire de l’esprit mais ignore et l’histoire de l’Eglise et la pratique romaine. Triste ! 

Cela dit, Mgr Simon exprime de façon implicite une conception encore répandue. Pour lui, visiblement, la Fraternité Saint-Pie X est schismatique. Elle doit donc adopter une structure de gouvernement semblable à celle d’une « petite Eglise », d’une « Eglise parallèle ». Si elle élit à sa tête un prêtre, elle est de forme presbytérienne. Si elle choisit un évêque, elle est de forme épiscopalienne. Simple, simpliste même, mais efficace pour dénigrer et cataloguer la Fraternité… 
Une œuvre d’Eglise qui défend la foi catholique 
Mais la Fraternité Saint-Pie X est une œuvre d’Eglise. Elle suit les lois de l’Eglise et leur pratique constante. L’accusation de schisme dont elle est régulièrement affublée n’a jamais tenu. Elle reconnaît le pape comme le chef de l’Eglise, de sa hiérarchie visible ici-bas, et les conditions mêmes des sacres de 1988 ont assez montré que Mgr Lefebvre prit soin de ne pas rompre avec Rome, ne conférant aucun pouvoir de juridiction aux évêques auxiliaires dont il dotait la Fraternité. 

S’il passa outre une loi de discipline ecclésiastique, ce ne fut pas pour les motifs qui fondent un schisme : refus de l’unité de l’Eglise ou de la soumission au successeur de Pierre, rejet délibéré et volontaire de l’autorité en tant que telle. Ce n’est pas la rébellion contre l’autorité légitime ou la négation du dogme de l’unité de l’Eglise fondée sur Pierre qui explique l’attitude de la Fraternité Saint-Pie X. Elle se fonde en vérité sur le combat de la foi, celui que tout fidèle bien né et fils de l’Eglise se doit de mener. Elle ne prétend pas se substituer à l’Eglise mais la servir. Elle n’aspire pas à mettre à bas la papauté, comme Calvin, Zwingli et Knox le rêvaient, mais au contraire à défendre le Siège apostolique dans la foi et la fidélité au magistère de toujours.   

Du reste, cela fait belle lurette que l’accusation de schisme n’a plus cours. Nombre d’évêques en sont bien conscients, jusqu’au pape lui-même. Le 18 juillet 2018, le secrétaire de la commission Ecclesia Dei, qui dépend de la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi, affirmait publiquement, après tant d’autres : « il est absolument faux d’affirmer que la Fraternité Saint-Pie X est schismatique du point de vue formel, canonique ». 

Si la société de prêtres catholiques fondée par Mgr Lefebvre n’est pas schismatique, il serait temps que Mgr Simon la traite comme telle. Même à l’âge de la retraite, il faut raison garder, et ne pas perdre l’esprit.

Abbé Christian Thouvenot

[Jérôme Bourbon - Rivarol] Paul VI : saint du Ciel ou suppôt de l’Enfer ?

SOURCE - Jérôme Bourbon - Rivarol - 17 octobre 2018

Il a osé. Après avoir “canonisé” le 27 avril 2014 Jean XXIII et Jean-Paul II, François-Bergoglio récidive avec la “canonisation” ce 14 octobre de Paul VI. Les modernistes qui occupent le siège de Pierre depuis soixante ans ne prennent même plus de gants, ne reculent devant aucune provocation, se “béatifient” et se “canonisent” les uns les autres à toute vitesse. N’oublions pas en effet que c’est Jean Paul II qui avait ouvert ce processus en “béatifiant” Jean XXIII le 3 septembre 2000. Pour faire passer la pilule, il avait “béatifié” le même jour Pie IX. C’était se moquer du monde : honorer en même temps le pape du Syllabus et l’organisateur de Vatican II, le pontife de l’intransigeance catholique face au monde révolté contre Dieu et le propagateur de la liberté religieuse et du culte de l’homme. Naturellement, la “béatification” de Pie IX n’a jamais abouti à sa canonisation, contrairement à celle de Jean XXIII. Il s’agissait seulement d’un subterfuge pour éviter que les traditionalistes ne poussent des cris d’orfraie. Mais il était impensable pour les apostats du Vatican de “canoniser” le pape de Quanta Cura qui s’opposait énergiquement au monde et à la civilisation moderne.

En déclarant saints les trois principaux responsables de Vatican II, de son organisation (Jean XXIII), de son déroulement (Paul VI) et de son application (Montini et Wojtyla), Bergoglio entend canoniser le “concile” et toutes les réformes désastreuses qui en sont issues, sur le plan doctrinal, moral, pastoral, liturgique, sacramentel et disciplinaire. Les fruits empoisonnés de Vatican II ne sont que trop visibles : effondrement des vocations religieuses et sacerdotales, raréfaction de l’assistance aux offices dominicaux, perte de la foi, indifférentisme et scepticisme, effondrement de l’esprit apostolique et missionnaire, délitement des repères moraux, inculture religieuse abyssale, apostasie universelle, dépravation des mœurs, perte de la pudeur et de la modestie chrétienne dans le langage, dans les conversations, dans les vêtements, développement de l’athéisme, du matérialisme, essor des sectes et des mages en tous genres, promotion des unions contre-nature, massacre des innocents à travers l’avortement et la pornographie de masse, refus de la transmission de la vie à travers la banalisation de la contraception, déchirement des familles, explosion des suicides, individualisme forcené, dépressions, etc. Les brigands, les intrus qui occupent le siège de Pierre depuis soixante ans veulent que l’on considère comme sainte, bénie, voulue par Dieu leur œuvre démoniaque. Nous sommes là dans l’inversion la plus totale et le cynisme le plus absolu. Mais c’est notre monde moderne en entier qui est fondé sur l’inversion, qui promeut le mensonge et l’erreur et rejette la vérité, qui préfère la laideur à la beauté, qui choisit le mal et refuse le bien et, pis encore, fait le mal en l’appelant bien et diabolise le bien. 

Puisque Paul VI a été officiellement “canonisé”, il faut rappeler qui était vraiment cet homme et quelle fut son œuvre. Ami des juifs et des francs-maçons, comme Roncalli, Wojtyla et leurs prédécesseurs, Montini a voulu faire passer le catholicisme du théocentrisme à l’anthropocentrisme. Qui ne se souvient de son ahurissant discours de clôture de Vatican II : « Vous, humanistes modernes, qui renoncez à la transcendance des choses suprêmes, sachez reconnaître notre nouvel humanisme. Nous aussi, nous plus que quiconque, nous avons le culte de l’homme ». S’exprimant à la tribune des Nations Unies, Paul VI ose dire de l’ONU, organisation mondialiste par excellence : qu’elle « est l’idéal dont rêve l’humanité dans son pèlerinage à travers le temps ; c’est le plus grand espoir du monde » (sic !). Dans la « constitution pastorale » Gaudium et Spes, sur « l’Eglise dans le monde de ce temps », et qui est l’un des principaux documents de Vatican II “promulgués” par Montini, il est écrit : « L’Eglise reconnaît que tout sur terre doit être ordonné à l’Homme, comme à son centre et à son sommet. »

Démolisseur de la foi, il promulgue en décembre 1965 le concile Vatican II qui contient moult erreurs et hérésies, dont l’œcuménisme libéral, la liberté religieuse et la collégialité, lave dans Nostra Aetate les juifs du crime de déicide, ouvrant la voie aux reptations des derniers hommes en blanc devant le judaïsme talmudique, visitant les synagogues non pour y prêcher Jésus-Christ crucifié et ressuscité mais pour vanter « nos frères aînés dans la foi » et déclarer que l’Ancienne Alliance n’a jamais été abrogée, ce qui est faire fi de la divinité et de la messianité du Christ. Paul VI abroge également en 1967 le serment anti-moderniste et la profession de foi du concile de Trente, vend la tiare, couronne du pape et symbole de son triple pouvoir d’ordre, de juridiction et de magistère, après avoir définitivement cessé de la porter en novembre 1963 lorsqu’il la pose sur l’autel de la basilique saint-Pierre.

C’est à Paul VI que l’on doit l’abandon du latin et du grégorien à la messe, dans les monastères et les séminaires, à lui que l’on doit la création d’une « nouvelle messe » qui n’est en réalité qu’une synaxe protestante dont de surcroît les prières de l’offertoire reprennent des bénédictions juives. La première version de l’article 7 du Novus ordo missae définit la « nouvelle messe » comme un repas et évacue complètement la définition catholique de la messe qui est le renouvellement non sanglant du saint sacrifice du Calvaire. C’est à Paul VI encore que l’on doit le changement de tous les rites, l’adultération des sacrements, la profonde altération des rituels, obstruant ainsi les canaux de la grâce. En juin 1968, au moment où il s’emploie à rassurer faussement les conservateurs avec son Credo et avec l’“encyclique” Humanae vitae, il promulgue un nouveau rituel des sacres des évêques dont des études sérieuses et approfondies ont conclu à l’invalidité radicale, ce qui pose sérieusement la question de la validité des ordres reçus par les candidats au sacerdoce dans ce nouveau rite depuis un demi-siècle. Tous les rituels sont profondément altérés : on met en place un nouveau baptême où sont supprimés tous les exorcismes, une nouvelle confirmation où il n’est plus obligatoire d’utiliser comme matière de l’huile d’olive, un nouveau mariage (le nouveau code de droit de canon promulgué en 1983 sous Jean Paul II inverse les fins du mariage, développant chez les époux une mentalité contraceptive), etc. La désacralisation des lieux saints est systématique : on retourne les autels, le célébrant devenant un simple président tourné vers l’assemblée et non plus vers Dieu, on supprime les bancs de communion, on enlève des statues de saints, on transforme les confessionnaux en placards à balais, on brûle sans aucune piété filiale les anciens ornements liturgiques, on impose la communion dans la main, on supprime quasiment tous les jeûnes, tant eucharistiques qu’ecclésiastiques. Pour communier il faut être à jeun de nourriture solide depuis une heure seulement, et pour les malades et leurs accompagnants, quinze minutes suffisent. C’est ce que feu Jean Madiran avait appelé avec une ironie mordante dans Itinéraires « le quart d’heure de Paul VI ». A la limite, se moquait l’auteur de l’Hérésie du XXème siècle, on pouvait boire son verre de gnôle à l’église en pleine célébration et communier quinze minutes après !

Sous le “règne” — ou plutôt l’usurpation — de Montini, tout est bouleversé : les constitutions religieuses, toutes défigurées, y compris celle des Chartreux qui n’avait jamais été modifiée depuis son fondateur saint Bruno, les Etats, partis, écoles et syndicats chrétiens. Paul VI contraint l’Espagne de Franco en 1967 à abandonner sa constitution explicitement catholique. Il fait de même avec la Colombie en 1973. Proche du judaïsme, Paul VI porte significativement l’éphod des grands prêtres juifs à plusieurs occasions, et notamment en 1968 lors d’un voyage en Amérique. Il est, dans la même logique, favorable au mondialisme croyant au retour de l’âge d’or, ce qui fait écho à son prédécesseur Roncalli qui, dans son discours d’ouverture de Vatican II, s’en prenait « aux prophètes de malheur » : « L’Humanité est en marche. Elle tend vers l’unité, vers la justice. La Paix est la fin logique du monde présent » s’écrie-t-il à Pâques 1971. « La cause n’est pas perdue, l’unité du monde se fera. Le caractère inviolable de la vie sera admis par tous d’une manière effective » ajoute-t-il dans la même allocution au moment même où les différents pays occidentaux se préparent à légaliser le crime de l’avortement ! Le 24 mai 1978, dans un message à l’ONU, il appelle explicitement à l’avènement d’un « nouvel ordre mondial ». Ses successeurs ne diront pas autre chose. 

Non content de lever l’excommunication des schismatiques orientaux, de légitimer la réforme anglicane en invitant le pasteur Ramsey à bénir la foule avec lui, lui passant au doigt son anneau personnel, d’autoriser l’intercommunion des protestants sans abjuration ni confession, non content de recevoir les chefs communistes russes, encore rougies du sang des chrétiens martyrs, d’accorder une audience aux rebelles des colonies portugaises, Paul VI rendit aux musulmans l’Étendard de Lépante. Cette bannière très célèbre fut prise à un amiral turc durant une bataille navale en 1571. Tandis que le pape saint Pie V jeûnait et priait le Rosaire, une flotte chrétienne en infériorité numérique défit une marine musulmane beaucoup plus importante numériquement, sauvant ainsi la chrétienté des infidèles. En l'honneur de cette victoire miraculeuse obtenue le 7 octobre 1571, Pie V avait institué la fête de Notre-Dame du Très Saint Rosaire pour commémorer son intercession. En un seul acte inouï, Paul VI a non seulement renoncé à une victoire chrétienne historique et décisive, mais aussi aux prières et aux sacrifices d'un saint pape.

Tout miel avec tous les ennemis historiques de l’Eglise catholique, Paul VI se montra en revanche plein de fiel avec les traditionalistes qui contestaient ses réformes et combattaient ses erreurs et hérésies, condamnant Mgr Lefebvre et l’abbé Georges de Nantes à la suspense a divinis, faisant persécuter, via les évêques modernistes, les prêtres, souvent âgés, voulant rester fidèles à la messe de leur ordination. 

Alors même que les Journées mondialistes de la jeunesses, les fameuses JMJ, n’ont pas encore été créées (c’est Jean-Paul II qui en sera à l’origine en 1985), Paul VI se montre d’une écœurante démagogie à l’égard de la jeunesse dans une allocution du 1er janvier 1972, dans la Cité des Jeunes à Rome, réunissant 150 garçons de 10 à 19 ans : « Vous qui êtes modernes, qui avez un sens inné de la justice, sachez que nous, les anciens, les vieux, nous vous comprenons, nous vous suivons » (sic !). Car il s’agit d’épouser toutes les modes, d’accompagner la modernité décadente, et de l’approuver, y compris dans ses dérives les plus effrayantes. Il ne faut donc pas s’étonner si Bergoglio aujourd’hui légitime de facto les unions homosexuelles, promeut l’invasion du continent européen par des migrants mahométans, il est parfaitement dans la logique de Vatican II et de Paul VI qui est l’ouverture et la soumission à un monde qui a renié le Christ, sa loi, sa morale, son Evangile. 

On peut faire de notre monde une critique politique, sociologique fort intéressante et très pertinente. Mais si l’on évacue de son analyse le cataclysme qu’a représenté Vatican II et qu’il continue toujours à représenter par ses conséquences désastreuses et par sa révolution plus que jamais à l’œuvre, on s’interdit de toucher du doigt l’essentiel. L’homme est fondamentalement un animal religieux. Les anciens le savaient. Il n’est pas innocent, il n’est pas anodin, il n’est pas neutre d’évacuer complètement Dieu de la cité, des institutions, de la conscience et du cœur de l’homme. C’est ouvrir devant soi un gouffre gigantesque dans lequel l’homme moderne plonge chaque jour davantage. Au point de s’y noyer irrémédiablement.

Jérôme BOURBON,
Editorial du numéro 3348 de RIVAROL daté du 17 octobre 2018.

14 octobre 2018

[Paix Liturgique] La face traditionnelle de Paul VI

SOURCE - Paix - lettre 664 - 10 octobre 2018

Paul VI, pape-Janus, à deux visages? Son prochaine canonisation le dimanche 14 octobre 2018 soulève des réactions diverses, comme plus généralement les béatifications et canonisations très rapides de tous les papes
qui ont présidé ou qui ont succédé au concile Vatican II. Nous n’avons pas la compétence pour entrer dans ces discussions, ni dans celles concernant l’autorité de ces canonisations à marche forcée. 
En revanche, nous voudrions donner notre sentiment sur le jugement assez courant qui classe et oppose les papes du Concile et de l’après-Concile, en «libéraux» (Paul VI, le Pape François), d’une part, et en «restaurationnistes» (Jean-Paul II, Benoît XVI), d’autre part. Les choses nous paraissent autrement complexes, spécialement en ce qui concerne Paul VI. 
Sans doute a-t-il présidé un concile qui a apporté dans l’Eglise un bouleversement dont plus personne aujourd’hui n’ose affirmer qu’il a été un merveilleux «printemps». Sans doute est-il le pape qui a promulgué des textes fondateurs de doctrines particulièrement novatrices comme celle de l’œcuménisme. Sans doute – et cela nous est particulièrement sensible – est-il l’homme d’une réforme liturgique, que nous qualifierions plus volontiers de révolution. 
Et cependant, il est aussi l’auteur d’une série de textes en sens opposé qui, à notre avis, lui mériteraient tout autant que Jean-Paul II, la qualification de pape de «restauration», ce qui, par la même occasion, permet de préciser la compréhension ambivalente de ce terme qui tire son origine du thème développé par le cardinal Joseph Ratzinger dans son Entretien sur la foi de 1985.
3 septembre 1965 : Mysterium fidei et la foi en l’eucharistie

Dans l’atmosphère de libération théologique qui accompagna le concile Vatican II, des remises en cause de la foi en la présence réelle dans l’eucharistie se sont multipliées, et ce d’autant plus que les bouleversements de la réforme liturgique étaient lancés depuis 1964.

En publiant l’encyclique Mysterium fidei, le 3 septembre 1965, Paul VI répondait à des inquiétudes gravissimes : «Nous savons en effet que parmi les personnes qui parlent ou écrivent sur ce mystère très saint, il en est qui répandent au sujet des messes privées, du dogme de la transsubstantiation et du culte eucharistique certaines opinions qui troublent les esprits des fidèles ; elles causent une grande confusion d’idées touchant les vérités de la foi, comme s’il était loisible à qui que ce soit de laisser dans l’oubli la doctrine précédemment définie par l’Église ou de l’interpréter de manière à appauvrir le sens authentique des termes ou énerver la force dûment reconnue aux notions».

Certains, disait Paul VI, voulaient que la présence réelle soit exprimée différemment. Très couramment, d’ailleurs, des fidèles refusaient de communier avec des hosties qui n’avaient pas été consacrées lors de la messe. Certains niaient la présence du Christ dans les hosties consacrées restant après la messe : la présence réelle était, selon eux, attachés à la communauté célébrant l’eucharistie. Paul VI dénonçait donc des théories parlant de «transsignification» ou de «transfinalisation» (le signe sacramentel occasionnerait un changement de signification ou de finalité du pain et du vin) qui entendaient se substituer au terme, dogmatiquement consacré, de transsubstantiation. Et de réaffirmer : «Cette présence, on la nomme "réelle", non à titre exclusif, comme si les autres présences n'étaient pas "réelles", mais par excellence ou "antonomase", parce qu'elle est substantielle, et que par elle le Christ, Homme-Dieu, se rend présent tout entier».

24 juin 1967 : Sacerdotalis cælibatus et la défense du célibat ecclésiastique

Durant le Concile, la question du célibat ecclésiastique dans l’Eglise latine fut pas mal discutée. Elle était théoriquement malmenée par la tendance libérale, mais l’était aussi pratiquement, dans la mesure où de très nombreux prêtres et religieux quittaient leur état pour prendre femme. Certains voulaient tout de même, ce faisant, conserver des fonctions sacerdotales!

Paul VI intervint publiquement par une lettre au cardinal Tisserant, Doyen du Sacré Collège et l’un des présidents de l’assemblée conciliaire, en octobre 1965: «Il n’est pas opportun de débattre publiquement de ce thème qui requiert la plus grande prudence et revêt une telle importance. Et Nous avons le propos, non seulement de conserver autant qu’il est en Nous cette loi ancienne, sainte et providentielle, mais encore de renforcer son observance, rappelant les prêtres de l’Eglise latine à la conscience des causes et des raisons qui aujourd’hui, aujourd’hui précisément de façon spéciale, font que l’on doit considérer cette loi du célibat comme très adaptée parce que par elle les prêtres peuvent consacrer tout leur amour uniquement au Christ et se donner totalement et généreusement au service de l’Eglise et des âmes».

L’hémorragie de prêtres qui «quittaient» était considérable. Le P. Salvini dans La Civilta Cattolica, le 21 avril 2009, évaluait à environ 70.000 le nombre de prêtres qui avaient abandonné le ministère pour se marier depuis le Concile, la période de 1965 à 1980 ayant été la plus aigue et la plus dramatique.

Deux ans après la fin de Vatican II, le 24 juin 1967, Paul VI publia l’encyclique Sacerdotalis cælibatus sur le célibat sacré, qui «conserve toute sa valeur également à notre époque caractérisée par une transformation profonde des mentalités et des structures». Dans ce texte, un des plus beaux qu’il ait composés, même s’il est très marqué par le style ecclésiastique de l’immédiat après-Concile, Paul VI rappelait entre autres le sens christologique du célibat des prêtres : «La somme des idéaux les plus élevés de l’Evangile et du royaume» font ainsi «la dignité et le caractère désirable du choix de la virginité pour ceux qu’appelle le Seigneur Jésus, et qui entendent ainsi participer non seulement à sa fonction sacerdotale mais partager également avec lui l’état de vie qui fut le sien».

Texte qui acquiert une nouvelle actualité, alors que de nouvelles entreprises remettent aujourd’hui en cause la discipline latine par des voix comme celle du cardinal Marx, archevêque de Munich, et par le biais du document préparatoire du Synode sur l’Amazonie, d’octobre 2019, lequel suggère «un type de ministère officiel» qui pourrait être confié aux femmes (le diaconat féminin) et laisse ouverte, comme on dit, la question de l’ordination d’hommes mariés.

30 juin 1968 : le Credo du Peuple de Dieu

La tourmente postconciliaire ne cessant de s’aggraver, Paul VI décida que, du 29 juin 1967 au 29 juin 1968, serait célébrée une «année de la foi», à la fin de laquelle, il proclama un Credo du peuple de Dieu, le 30 juin 1968. Très caractéristique des hésitations du pape Montini est le fait qu’il ait d’abord demandé au P. Congar de rédiger un Credo. Il s’adressa ensuite au cardinal Journet, qui lui-même proposa une rédaction de Jacques Maritain, qui venait de rédiger un essai alarmant : Le paysan de la Garonne. Un vieux laïc s’interroge à propos du temps présent (DDB, 1966).

Dans son Credo, Paul VI rappelait les grandes propositions de la foi catholique, notamment celles les plus contestées au sein même de l’Eglise. Jean Madiran regrettait certes, à l’époque, que Paul VI ne fît ce rappel que comme une profession de foi personnelle, pas de Pape qui oblige à croire, et surtout de manière seulement «positive», sans préciser que ceux qui n’adhéraient pas aux dogmes catholiques avaient fait naufrage dans la foi et ne faisaient plus partie de l’Eglise. Mais il énonçait clairement, par exemple : «Nous croyons qu’en Adam tous ont péché, ce qui signifie que la faute originelle commise par lui a fait tomber la nature humaine, commune à tous les hommes, dans un état où elle porte les conséquences de cette faute et qui n’est pas celui où elle se trouvait d’abord dans nos premiers parents, constitués dans la sainteté et la justice, et où l’homme ne connaissait ni le mal ni la mort».

Concernant le sacrifice de la messe, il adoptait, il est vrai, la thèse de Maritain, Journet et d’autres, lesquels gênés par l’affirmation tridentine que la messe est un sacrifice sacramentel référé à celui du Golgotha, estimaient que la messe est plutôt le sacrifice de la Croix, capté en quelque sorte par la célébration eucharistique (voir notre lettre n. 623) : «Nous croyons que la messe célébrée par le prêtre représentant la personne du Christ en vertu du pouvoir reçu par le sacrement de l’ordre, et offerte par lui au nom du Christ et des membres de son Corps mystique, est le sacrifice du calvaire rendu sacramentellement présent sur nos autels.

Mais, très classiquement, Paul VI affirmait la présence réelle du Christ dans l’eucharistie : «Le Christ ne peut être ainsi présent en ce sacrement autrement que par le changement en son corps de la réalité elle-même du pain et par le changement en son sang de la réalité elle-même du vin, seules demeurant inchangées les propriétés du pain et du vin que nos sens perçoivent. Ce changement mystérieux, l’Église l’appelle d’une manière très appropriée transsubstantiation».

25 juillet 1968 : Humanæ vitæ et la condamnation de la contraception

Et au sommet de ces mises en garde, vint le rappel moral qui déclencha le plus de contestations dans les décennies qui suivirent. Paul VI empêcha le Concile, dans Gaudium et spes, de se prononcer au sujet de la contraception (tout laissait craindre que ce serait en un sens libéral), au motif qu’une commission pontificale créée par Jean XXIII en 1963 étudiait cette question. Malheureusement, durant quatre ans, le pape laissa l’affaire en suspens, ce qui eut des effets désastreux, et par la suite indéracinables, dans la pratique des couples catholiques.

Pour forcer Paul VI a prendre parti dans un sens permissif, des fuites furent organisées qui permirent de savoir qu’en 1966, par 15 voix contre 4, la commission avait déclaré que la contraception artificielle n'était pas intrinsèquement mauvaise.

Malgré cela et malgré toutes les pressions, comme celles du cardinal Suenens de Malines-Bruxelles, et notamment en raison de l’insistance en sens inverse de Karol Wojtyla qui, devenu Jean-Paul II, sera un grand défenseur de la doctrine traditionnelle du mariage, Paul VI, par l’encyclique Humanæ vitæ du 25 juillet 1968, condamna la contraception : «Est exclue toute action qui, soit en prévision de l'acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation».

1968, il y a cinquante ans, devint alors un Annus horribilis pour le pape Montini, qui vit monter la contestation de toutes parts, du côté progressiste, contre Humanæ vitæ, promulguée le 25 juillet, et du côté traditionnel, contre le nouvel Ordo Missæ, approuvé par lui le 6 novembre.

Et dans l’Église, les maux ne cessaient d’empirer, au point que le 29 juin 1972 le malheureux pontife en vint à affirmer qu'il avait «le sentiment que par quelque fissure, la fumée de Satan est entrée dans le temple de Dieu». «Il y a le doute, disait-il, l'incertitude, la problématique, l'agitation, l'insatisfaction, l'affrontement. […] On croyait qu'après le Concile, il y aurait une journée ensoleillée dans l'histoire de l'Église. Il est venu à la place une journée de nuages, de tempête, de ténèbres, de recherche, et d'incertitude». 

Pyromane qui se fait pompier, a-t-on souvent commenté. Cependant, il est clair que toute l’entreprise dont on crédite Jean-Paul II et de Benoît XVI pour tenter d’encadrer le concile Vatican II et pour écarter les «abus» a son origine dans ce désir de «recentrement» exprimé pathétiquement par Paul VI lui-même. Le nier serait injuste. Et si l’on affirme que ce recentrement de Paul VI n’était au fond qu’une tentative thermidorienne, qui voulait empêcher les excès de la révolution sans revenir sur les racines du mal, on porte du même coup cette critique contre Jean-Paul II et Benoît XVI. 

De notre point de vue – la défense de la messe traditionnelle – nous retiendrons que la première lueur concernant la célébration de la messe ancienne fut l’indult de la Congrégation du Culte divin du 5 novembre 1971, donnant aux évêques d’Angleterre et du Pays de Galles la faculté de permettre à certains groupes de fidèles, en des occasions spéciales, de participer à la messe célébrée «selon les rites et les textes du missel romain précédent». A cause de la signature de l’illustre romancière anglaise, Agatha Christie, donnée à la pétition de protestation qui avait précédé cette mesure, on qualifia cette permission d’«indult Agatha Christie». Cette autorisation de PaulVI lui-même de célébrer selon le missel antérieur servira de précédent, lors des décisions qui élargiront cette permission, Quattuor abhinc annos de 1984, Ecclesia Dei adflicta de 1988, Summorum Pontificum de 2007. Il est d’ailleurs significatif que ce pape, dont on disait qu’il avait le caractère hésitant d’Hamlet, ait d’une main enterré la messe tridentine et de l’autre ouvert une première possibilité pour continuer à la célébrer.

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Féminité sans Prix – II

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 13 octobre 2018

Des plantes, pour pousser, ont besoin d’un bon pieu.
Pour bien aimer ta femme, homme, aime d’abord Dieu !

Aujourd’hui, la féminité de la femme subit une attaque furieuse. Pour quelle raison ? Pas besoin de chercher bien loin. Satan veut disposer d’un pouvoir absolu sur l’humanité pour assurer que toutes les âmes tombent en enfer les unes après les autres. Par contre, afin que les hommes puissent aller au Ciel, la Providence divine prévoit de les faire naître au sein d’une famille humaine normale, avec ce que nous appelons aujourd’hui un « père biologique » et une « mère biologique », pour veiller sur le fruit de leur amour mutuel : leurs enfants. Le Dr Henry Makow examine ci-après, du point de vue des satanistes, ce qu’on a vu la semaine dernière dans ces « Commentaires Eleison ».

“Les juifs cabalistes et les francs-maçons agissent comme des satanistes. Ils accaparent un pouvoir de contrôle en provoquant la dégradation et la corruption. Tels des termites, ils rongent les piliers de la société. La famille est comme un globule rouge dans une société saine. C’est elle qui gratifie nous autres hommes de notre rôle et de notre identité ; c’est elle qui permet le développement de nos sentiments et assure, si besoin est, un soutien matériel. Elle veille à ce que les jeunes naissent, soient aimés et élevés comme il convient, et à ce qu’on prenne soin des personnes âgées. Notre famille est un maillon dans la chaîne qui nous relie à l’éternité. C’est pourquoi les satanistes ont toujours voulu la détruire. A cette fin, ils se sont approchés des femmes qui leur semblaient inconstantes, vaniteuses et faibles d’esprit, au motif que, selon ce qu’écrit Adam Weishaupt, « on n’influence jamais les hommes aussi fortement que par le biais des femmes . . . . Ce devrait donc être là l’objet principal de notre étude ; nous devrions nous efforcer de gagner leur estime, il faudrait leur donner le conseil de s’émanciper de la tyrannie de l’opinion publique, pour qu’elles puissent prendre en main leur propre sort. Ce sera une immense délivrance pour leur esprit, jusqu’ici réduit en esclavage, quand elles pourront abolir toute contrainte. Cela leur donnera un tel enthousiasme qu’elles travailleront de tout cœur avec nous, sans même s’en apercevoir car, en se livrant à l’admiration de leur propre personne, elles ne feront que suivre ce qu’elles désirent. »

“C’est ainsi que les satanistes ont convaincu les femmes que le mariage et la famille n’étaient qu’une ‘oppression’. Les hommes ont beau avoir travaillé en usine ou être morts à la guerre pour faire vivre et protéger leurs femmes, n’empêche ce sont les femmes qui sont censées être opprimées. Les satanistes se devaient d’interférer dans cette relation d’affection naturelle et d’attraction que les sexes masculin et féminin éprouvent l’un pour l’autre et pour leur progéniture, car la raison d’être des satanistes, c’est la négation de l’amour. Or l’essence d’une femme, c’est l’amour, le pouvoir de générer l’amour, en aimant et en étant aimée en retour. Là est la source de son pouvoir. L’amour d’une femme pour son mari et ses enfants est la chose la plus précieuse au monde. Pour un homme, cet amour est son plus grand trésor. En acceptant de se fourvoyer dans la poursuite d’un pouvoir matériel plutôt que spirituel, la femme moderne a, pour l’essentiel, perdu son pouvoir d’aimer. Car elle doit choisir : ou le pouvoir ou l’amour, elle ne peut pas avoir les deux en même temps . Les femmes ont besoin de l’amour d’un homme comme une fleur a besoin de soleil et d’eau. Par leur activité, les hommes apportent aux femmes la nourriture, et les femmes donnent leur force à leurs maris en se soumettant à leurs exigences raisonnables. Telle est la dynamique hétérosexuelle [ . . . ]

“Mais voilà justement ce qui est condamné aujourd’hui comme exploitation de la femme : ‘l’érotisation de l’impuissance’, par exemple, par Sheila Jeffreys, militante politique et féministe lesbienne bien connue. Évidemment, cette personne est incapable de comprendre que le vrai pouvoir de la femme, c’est l’amour. Cette égérie rêve de transformer toutes les femmes en lesbiennes qui, à leur tour, deviendront incapables de comprendre que le style, la beauté et le charme de la femme, bref sa féminité, dépendent de ce qu’elle renonce à un pouvoir purement matériel. Une femme qui se donne à son mari est chérie et aimée de lui et de leurs enfants ; tandis qu’une femme qui poursuit le pouvoir comme le ferait un homme, est vouée à une vie d’isolement et d’amertume.

“Féministes d’Occident ! C’est en vain que vous avez renoncé à votre don le plus précieux ! Vous êtes devenues vulgaires, véritablement aveulies. Vous manquez de personnalité, de charme, de style, de substance. Vous êtes incapables d’aimer. Vous n’êtes pas même attirantes. Et bientôt, vous perdrez votre jeunesse. Vous n’aurez rien d’autre que votre travail, votre chien et vos amies, désespérées comme vous. Féministes d’Occident ! Vous avez été spoliées, trahies par la société à laquelle vous appartenez ; vous avez été abusées par vos enseignants, par vos dirigeants politiques et culturels et maintenant, vous voilà dans les rangs de ces traîtres. Vous avez trahi vos enfants à naître, votre culture, votre famille et toutes les promesses d’avenir. Mais, pire que tout, vous vous êtes vous-mêmes trahies.”

Kyrie eleison.

[FSSPX Actualités - FSSPX - Maison Générale] Communiqué au sujet de la canonisation du pape Paul VI

SOURCE - FSSPX Actualités - FSSPX - Maison Générale - 13 octobre 2018

A l’occasion du Synode des évêques sur les jeunes, le dimanche 14 octobre 2018, le pape François procèdera à la canonisation du pape Paul VI. 

La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X réitère les sérieuses réserves qu’elle avait exprimées lors de la béatification de Paul VI, le 19 octobre 2014 :
  • Ces béatifications et canonisations des papes récents, selon une procédure accélérée, s’affranchissent de la sagesse des règles séculaires de l’Eglise. Ne visent-elles pas davantage à canoniser les papes du concile Vatican II, plutôt qu’à constater l’héroïcité de leurs vertus théologales ? Lorsque l’on sait que le premier devoir d’un pape - successeur de Pierre - est de confirmer ses frères dans la foi (Lc 22, 32), il y a de quoi être perplexe.
     
  • Certes Paul VI est le pape de l’Encyclique Humanae vitae (25 juillet 1968) qui apporta lumière et réconfort aux familles catholiques, alors que les principes fondamentaux du mariage étaient fortement attaqués. Il est également l’auteur du Credo du peuple de Dieu (30 juin 1968) par lequel il voulut rappeler les articles de foi catholique contestés par le progressisme ambiant, notamment, dans le scandaleux Catéchisme hollandais (1966).
     
  • Mais Paul VI est aussi le pape qui mena le concile Vatican II à son terme, introduisant dans l’Eglise un libéralisme doctrinal qui s’exprime par des erreurs comme la liberté religieuse, la collégialité et l’œcuménisme. Il s’en est suivi un trouble que lui-même a reconnu, le 7 décembre 1968 : « L’Eglise se trouve dans une heure d’inquiétude, d’autocritique, on dirait même d’autodestruction. Comme si l’Eglise se frappait elle-même. » L’année suivante, il avouait : « Dans de nombreux domaines, le Concile ne nous a pas donné jusqu’à présent la tranquillité, mais il a plutôt suscité des troubles et des problèmes non utiles au renforcement du Royaume de Dieu dans l’Eglise et dans les âmes. » Jusqu’à ce cri d’alarme du 29 juin 1972 : « La fumée de Satan est entrée par quelque fissure dans le temple de Dieu : le doute, l’incertitude, la problématique, l’inquiétude, l’insatisfaction, l’affrontement se font jour… » – Mais il ne fit qu’un constat, sans prendre de mesures propres à arrêter cette autodestruction.
     
  • Paul VI est le pape qui, dans un but œcuméniste, imposa la réforme liturgique de la messe et de tous les rites des sacrements. Les cardinaux Ottaviani et Bacci dénoncèrent cette nouvelle messe comme s’éloignant « de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la Sainte Messe, telle qu’elle a été formulée à la XXIIe session du Concile de Trente ». 1 A leur suite, Mgr Lefebvre déclara la nouvelle messe « imprégnée d’esprit protestant », portant en elle « un poison préjudiciable à la foi ». 2
     
  • Sous son pontificat nombreux furent les prêtres et les religieux persécutés et même condamnés pour leur fidélité à la messe tridentine. La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X se souvient avec douleur de la condamnation de 1976 infligée à Mgr Marcel Lefebvre, déclaré suspens a divinis pour son attachement à cette messe et pour son refus catégorique des réformes. Ce n’est qu’en 2007 que, par le Motu Proprio de Benoît XVI, fut reconnu le fait que la messe tridentine n’avait jamais été abrogée.
Aujourd’hui plus que jamais, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X renouvelle son attachement à la Tradition bimillénaire de l’Eglise, convaincue que cette fidélité, loin d’être une crispation passéiste, apporte le remède salutaire à l’autodestruction de l’Eglise. Comme l’a déclaré récemment son Supérieur général, l’abbé Davide Pagliarani : « Notre vœu le plus cher est que l’Eglise officielle ne considère plus (le trésor de la Tradition) comme un fardeau ou un ensemble de vieilleries dépassées, mais bien comme l’unique voie possible pour se régénérer elle-même. 3

Menzingen, le 13 octobre 2018
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1. in Bref examen critique de la nouvelle messe, lettre préface des cardinaux Ottaviani et Bacci, 3 septembre 1969, §1.
2. Lettre ouverte aux catholiques perplexes, Albin Michel, 1985, p. 43.
3. Entretien de l’abbé Pagliarani dans FSSPX.Actualités du 12 octobre 2018.

13 octobre 2018

[Côme de Prévigny - Renaissance catholique] La Fraternité Saint-Pie X a un nouveau supérieur général

SOURCE – Renaissance catholique – août-septembre 2018

Le 11 juillet 2018, le quatrième chapitre général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), établie par Mgr Marcel Lefebvre en 1970, a élu l'abbé Davide Pagliariani supérieur général pour douze ans.

Cet Italien originaire de Rimini prend ainsi la suite de l'abbé Franz Schmidberger et de Mgr Bernard Fellay. Au terme de six années d'interrogations où les aspirations de prêtres et fidèles ont pu diverger, les yeux sont fixés sur la maison générale de la FSSPX dont les actions ou les silences déterminent dans une certaine mesure le sort du traditionalisme et, à travers lui, la sérénité de ses prêtres, l'unité des foyers, voire la paix des ménages. La nou­velle équipe dirigeante poursuivra-t-elle la ligne suivie depuis 2000, consistant à fortifier les relations ro­maines à mesure que s'éloigne le temps des persécutions ? Le discret supérieur général aspirera-t-il à freiner le rapprochement pour apaiser ceux qui ont quitté la Fraternité ces dernières années ? Tels sont les enjeux actuels qui sont finalement les éternels défis de l'œuvre depuis sa fondation et qu'il sera sans doute impossible de gommer tant la question est inhérente à l'existence de l'œuvre : se rapprocher de Rome au risque de relativiser des convictions ? Ou bien s'en éloigner au risque de contrevenir aux articles de foi liés au Siège de Pierre ?

L'entourage du supérieur général

L'élection de juillet a pour l'heure automatiquement modifié l'autorité du supérieur général. L'abbé Pagliariani est peu connu, n'est pas évêque contrairement à son prédécesseur au long mandat, il est né dans les années 1970, à une époque où ses aînés étaient déjà au séminaire. Cela ne veut pas pour autant dire que son tempérament et le modèle qu'il donnera à suivre rendront plus faible son gouvernement. Ce sont les mois qui viennent qui le diront. En revanche, outre les prérogatives centrales inhérentes à sa charge, son pouvoir se trouve accru dans la mesure où son conseil est davantage réparti. Les deux assistants qui ont été élus à ses côtés doivent en effet partager leur rôle avec deux conseillers généraux. Cette distribution est d'autant plus marquée que ces deux conseillers ne sont pas des figures anodines mais les deux anciens supérieurs généraux et ce en vertu de la volonté de l'abbé Pagliariani. Cette disposition a plusieurs mérites : elle affine les initiatives de la hiérarchie, elle ménage les tendances inévitables au sein d'une communauté de plus en plus importante. En intégrant deux évêques dans le dispositif dirigeant, elle évite la division entre maison générale d'un côté et évêques de l'autre, laquelle s'était maladroitement manifestée en 2012 à l'occasion d'une publication sauvage de correspondances qui a porté un très grave coup à l'unité de la Fraternité et dont on paye encore les conséquences. Le premier acte du nouveau supérieur général est certainement bien réfléchi.

La question romaine : simple différend ou cœur du problème ?

La tâche ne sera cependant pas simple pour ce dernier dans la mesure où des tendances ont pu s'ancrer dans le paysage traditionaliste au cours de la dernière décennie. La Fraternité et la considération dont elle a pu bénéficier ad extra ont été portées au fil des années par la dynamique qu'exerçait le calendrier des concessions romaines (Motu Proprio Summorum Pontificum en 2007, levée d'excommunication en 2009, reconnaissance des confessions en 2015, des mariages en 2017, etc.) et par les prières qui l'accompagnaient de tous côtés tandis que l'œuvre de Mgr Lefebvre bénéficiait de la publicité que les presses catholique et profane lui réservaient en chaque occasion. De son côté, la mouvance contestant Mgr Fellay, craintive des effets de tels gestes pontificaux, souhaitait interrompre ce calendrier pour mettre entre paren­thèses la question romaine. Ne plus en parler, telle était la solution pour pouvoir reporter aux calendes grecques le proces­sus lancé par Mgr Lefebvre dès 1976 et relancé par Mgr Fellay en 2000. Outre le fait qu'une telle disposition d'étouffement contrevenait à la nécessité théologique de ne pas rechercher la désunion avec le Siège de Pierre, cette perspective ne satisfaisait pas non plus ceux qui souhaitaient au contraire multiplier les agressions verbales pour pouvoir hypothéquer et diaboliser une bonne fois pour toutes la moindre aspiration à la recherche de solutions. Sans doute plus d'un clerc, plus d'un fidèle a-t-il été blessé par cette agitation continuelle et a-t-il aspiré au repos mais il paraît bien difficile au catholique de cacher son espérance sous le boisseau et de se désintéresser de la vie de l'Église en renonçant à vivre « le déchirement » qu'a expérimenté Mgr Lefebvre à la fin de sa vie et dont il a constamment entretenu les fidèles.

Continuité des relations romaines

Il peut être alors tentant de faire de la Fraternité une fin en soi mais les soubre­sauts de la tête de l'Église ne cesseront pas d'agiter ses rangs. Comme le disait l'abbé Christian Bouchacourt il y a deux ans : « Quand l'Église souffre, la Fraternité souffre. Et tant que l'Église ne sera pas sortie de la tempête qui la traverse, nous aurons nous-mêmes le contrecoup de cette tempête ». Les prêtres et les fidèles se satisferont difficilement d'une situation précaire où il faudrait ne plus réfléchir à un équilibre entre l'attachement à certaines vérités et le principe qui unit chaque catholique au successeur de Pierre. Même si elle n'est pas d'actualité, car les évêques de la Fraternité ne sont pas âgés, la question de leur renouvellement se reposera. Mgr Lefebvre l'avait longuement anticipée. L'émergence d'un côté de prélats conservateurs aspirant à la pérennité de la Fraternité (NN.SS. Athanasius Schneider ou Vitus Huonder) et de l'autre la perpétuation par Mgr Richard Williamson de la lignée épiscopale de Mgr Lefebvre peuvent-elles légitimer demain l'état de nécessité de consacrer, sous prétexte que plus aucun évêque ne répondrait aux aspirations des fidèles ? La réponse est bien moins évidente qu'il y a trente ans.

Les rapports avec les autorités se poseront également à chaque fois que des mariages seront célébrés par des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X car ils manifestent le lien à la hiérarchie de l'Église depuis que le pape François a admis la reconnaissance de la validité du sacrement en encourageant les évêques diocésains à accorder la juridiction ordinaire des mariages. S'affranchir délibérément de cette délégation qui est donnée sans contrepartie a inévitablement des conséquences : elle jette un véritable doute sur la validité des mariages conférés, comme les théologiens et canonistes de la Fraternité l'ont eux-mêmes précisé. Ils laissent par ailleurs entendre que l'aspect conciliaire des autorités supplanterait en elles toute forme de juridiction, voire laisserait planer un véritable doute quant à la vacance des sièges diocésains. Dès le mois de juillet, des commentateurs de l'élection estimaient pourtant que pour apaiser en interne les prêtres de la Fraternité, leurs supérieurs pourraient leur permettre de recourir indifféremment soit à la délégation ordinaire désormais accordée par les diocèses, soit à la juridiction extraordinaire qu'invoquait jadis la Fraternité. Mais un tel recours, sous couvert de générosité, n'aurait fait qu'ajouter de la confusion et du trouble. En renonçant à donner une ligne cohérente, elle viserait à juxtaposer la règle d'un côté et les entorses à la règle d'un autre côté, selon le principe même qui a détruit à petit feu la vérité lors du concile Vatican II.

C'est ce même principe de la mise sur pied d'égalité des lois et de leurs exceptions qui a prévalu lors de la rédaction d'Amoris Laetitia. On comprend que le chapitre général ait voulu avaliser la règle claire de l'acceptation de la juridiction ordinaire accordée par le pape et les évêques, en renonçant à l'écueil qui ferait planer un trouble pour le moins funeste.

Depuis 1988, la situation a indéniablement changé. Le monde traditionaliste est désormais beaucoup moins persécuté même si des formes d'opprobres peuvent toujours être observées. En trente ans, le nombre de messes traditionnelles a multiplié, les œuvres ont essaimé et les paroisses personnelles ont été reconnues. La doctrine régresse à Rome nous répondra-t-on avec justesse. C'est ce qui conforte précisément le mouvement traditionnel en suscitant les réactions et c'est ce qui empêche désormais son éradication. Il en résulte néanmoins une configuration tout en grisé où les pronostics sont déjoués, où la netteté n'apparaît pas et où la complexité s'amplifie. De nouvelles catégories de catholiques apparaissent : lefebvristes non romains ou ratzinguériens sédévacantistes, tradi-charismatiques et diocésains conservateurs. Le risque est alors grand de sombrer dans l'idéologie partisane au détriment d'une saine observation de la vie de la grâce. Et la Fraternité est invitée à affiner son discours en vertu de ce nouveau contexte.

Nous ne sommes plus dans les années 2000, encore moins dans les années 1990 ou 1980. À l'aube de la décennie 2020, l'œuvre historique phare du traditionalisme va devoir s'adapter à ces âpres réalités. Si les prières et les sacrifices sont à la hauteur, Dieu devrait lui faire entrevoir clairement les solutions et guider le supérieur qui a été amené à présider à ses destinées à les adopter.

12 octobre 2018

[FSSPX actualités] Entretien avec l’abbé Pagliarani : la FSSPX a entre les mains un trésor


SOURCE - FSSPX actualités - 12 octobre 2018

Entretien avec l’abbé Davide Pagliarani, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X.
Monsieur le Supérieur général, vous succédez à un évêque qui a été à la tête de la Fraternité Saint-Pie X pendant vingt-quatre ans et qui, de plus, vous a ordonné prêtre. Quel est votre sentiment en lui succédant ?
On m’a déjà posé une question équivalente lorsque j’ai été nommé directeur du séminaire de La Reja où deux évêques m’avaient précédé dans cette charge. Disons que, cette fois, c’est un peu plus compliqué ! Mgr Fellay représente une personnalité importante dans l’histoire de la Fraternité, puisqu’il l’a dirigée pendant un temps qui correspond à la moitié de son existence. Pendant cette longue période, les épreuves n’ont pas manqué, et cependant la Fraternité est toujours là, portant haut l’étendard de la Tradition. Je pense que cette fidélité de la Fraternité à sa mission est d’une certaine manière le reflet de la fidélité de mon prédécesseur à la sienne. De cela, je tiens à le remercier au nom de tous.
Certains ont quand même voulu voir en vous une personnalité fort différente de celle de votre prédécesseur. Y a-t-il un point sur lequel vous vous sentez vraiment différent ?
Je dois avouer – cum grano salis - que je déteste irrémédiablement tous les moyens électroniques sans exception et sans possibilité de changer d’avis, alors que Mgr Fellay est un expert en la matière…
Comment voyez-vous la Fraternité Saint-Pie X que vous aurez à diriger pendant douze ans ?
La Fraternité a entre les mains un trésor. On a souligné plusieurs fois que ce trésor appartient à l’Eglise, mais je pense que l’on peut dire qu’il nous appartient à nous aussi de plein droit. Il est à nous et c’est pour cela que la Fraternité est parfaitement une œuvre d’Eglise. Déjà maintenant !
   
La Tradition est un trésor, mais, pour le garder fidèlement, nous devons être conscients que nous sommes des vases d’argile. La clef de notre avenir se trouve là : dans la conscience de notre faiblesse et de la nécessité d’être vigilants sur nous-mêmes. Il ne suffit pas de professer la foi dans son intégralité, si nos vies ne sont pas l’expression fidèle et concrète de cette intégralité de la foi. Vivre de la Tradition signifie la défendre, lutter pour elle, se battre afin qu’elle triomphe d’abord en nous-mêmes et dans nos familles, pour pouvoir ensuite triompher dans l’Eglise tout entière.
   
Notre vœu le plus cher est que l’Eglise officielle ne la considère plus comme un fardeau ou un ensemble de vieilleries dépassées, mais bien comme l’unique voie possible pour se régénérer elle-même. Toutefois les grandes discussions doctrinales ne seront pas suffisantes pour mener à bien cette œuvre : il nous faut d’abord des âmes prêtes à toutes sortes de sacrifices. Cela vaut aussi bien pour les consacrés que pour les fidèles.
   
Nous-mêmes nous devons toujours renouveler notre regard sur la Tradition, non pas d’une façon purement théorique, mais d’une manière vraiment surnaturelle, à la lumière du sacrifice de Notre-Seigneur Jésus-Christ sur la Croix. Cela nous préservera de deux dangers opposés qui s’entretiennent parfois l’un l’autre, à savoir : une lassitude pessimiste voire défaitiste et un certain cérébralisme desséchant.
   
Je suis persuadé que nous avons là la clef pour faire face aux différentes difficultés que nous pouvons rencontrer.
Y compris au problème majeur de la crise dans l’Eglise ?
Quels sont les sujets importants aujourd’hui ? Les vocations, la sanctification des prêtres, le souci des âmes. La situation dramatique de l’Eglise ne doit pas avoir un tel impact psychologique sur nos esprits que nous ne soyons plus à même de nous acquitter de nos devoirs. La lucidité ne doit pas être paralysante : lorsqu’elle devient telle, elle se transforme en ténèbres. Envisager la crise à la lumière de la Croix nous permet de garder la sérénité et de prendre du recul, sérénité et recul qui sont tous deux indispensables pour nous garantir un jugement sûr.
   
La situation présente de l’Eglise est celle d’un déclin tragique : chute des vocations, du nombre de prêtres, de la pratique religieuse, disparition des habitudes chrétiennes, du sens de Dieu le plus élémentaire, qui se manifestent – hélas ! - aujourd’hui par la destruction de la morale naturelle...
Or la Fraternité possède tous les moyens pour guider le mouvement du retour à la Tradition. Plus précisément, nous avons à faire face à deux exigences :
  • d’un côté, préserver notre identité en rappelant la vérité et en dénonçant l’erreur : « Prædica verbum: insta opportune, importune : argue, obsecra, increpa, prêche la parole, insiste à temps et à contretemps, reprends, menace, exhorte » (2 Tm 4, 2) ;
  • de l’autre, « in omni patientia, et doctrina, avec une entière patience et toujours en instruisant » (ibidem) : attirer à la Tradition ceux qui cheminent dans cette direction, les encourager, les introduire peu à peu au combat et à une attitude toujours plus courageuse. Il y a encore des âmes authentiquement catholiques qui ont soif de la vérité, et nous n’avons pas le droit de leur refuser le verre d’eau fraîche de l’Evangile par une attitude indifférente ou hautaine. Ces âmes finissent souvent par nous encourager nous-mêmes par leurs propres courage et détermination.
Ce sont deux exigences complémentaires que nous ne pouvons dissocier l’une de l’autre, en privilégiant soit la dénonciation des erreurs issues de Vatican II, soit l’assistance due à ceux qui prennent conscience de la crise et qui ont besoin d’être éclairés. Cette double exigence est profondément une, puisqu’elle est la manifestation de l’unique charité de la vérité.
Prêcher la parole, à temps et à contretemps, avec une entière patience et toujours en instruisant
Comment se traduit concrètement cette aide aux âmes assoiffées de vérité ?
Je pense qu’il ne faut pas mettre de limites à la Providence qui nous donnera au cas par cas des moyens adaptés aux différentes situations. Chaque âme est un monde à elle seule, elle a derrière elle un parcours personnel, et il faut la connaître individuellement pour être en mesure de lui venir efficacement en aide. Il s’agit avant tout d’une attitude fondamentale que nous devons cultiver chez nous, d’une disposition préalable à venir en aide, et non pas d’un souci illusoire d’établir le mode d’emploi universel qui s’appliquerait à chacun.
   
Pour donner des exemples concrets, nos séminaires accueillent actuellement plusieurs prêtres extérieurs à la Fraternité - trois à Zaitzkofen et deux à La Reja - qui veulent voir clair dans la situation de l’Eglise et qui surtout souhaitent vivre leur sacerdoce dans son intégralité.
   
C’est par le rayonnement du sacerdoce et uniquement par lui que l’on ramènera l’Eglise à la Tradition. Nous devons impérativement raviver cette conviction. La Fraternité Saint-Pie X aura bientôt quarante-huit ans d’existence. Par la grâce de Dieu, elle a connu une expansion prodigieuse dans le monde entier ; elle a des œuvres qui croissent partout, de nombreux prêtres, districts, prieurés, écoles... La contrepartie de cette expansion est que l’esprit de conquête initial s’est inévitablement affaibli. Sans le vouloir, nous sommes de plus en plus absorbés par la gestion des problèmes quotidiens engendrés par ce développement ; l’esprit apostolique peut en pâtir ; les grands idéaux risquent de s’affadir. Nous sommes à la troisième génération de prêtres depuis la fondation de la Fraternité en 1970… Il faut retrouver la ferveur missionnaire, celle que nous a insufflée notre fondateur.
Dans cette crise qui fait souffrir tant de fidèles attachés à la Tradition, comment concevoir les relations entre Rome et la Fraternité ?
Là aussi, nous devons tâcher de conserver un regard surnaturel, en évitant que cette question ne se transforme en obsession, car toute obsession assiège subjectivement l’esprit et l’empêche d’atteindre la vérité objective qui est son but.
   
Plus spécialement aujourd’hui, nous devons éviter la précipitation dans nos jugements, souvent favorisée par les moyens modernes de communication ; ne pas nous lancer dans le commentaire « définitif » d’un document romain ou d’un sujet sensible : sept minutes pour l’improviser et une minute pour le mettre en ligne... Avoir un « scoop », faire le « buzz » sont les nouvelles exigences des médias, mais ils proposent ainsi une information très superficielle et – ce qui est pire – à long terme, ils rendent impossible toute réflexion sérieuse et profonde. Les lecteurs, les auditeurs, les spectateurs s’inquiètent, s’angoissent... Cette anxiété conditionne la réception de l’information. La Fraternité a trop souffert de cette tendance malsaine et – en dernière analyse – mondaine, que nous devons tous essayer de corriger d’urgence. Moins nous serons connectés à l’Internet, plus nous retrouverons la sérénité de l’esprit et du jugement. Moins nous aurons d’écrans, plus nous serons à même d’effectuer une appréciation objective des faits réels et de leur portée exacte.

8 octobre 2018

[Wigratzbad (blog) - FSSP] Rentrée des nouveaux séminaristes

SOURCE - Wigratzbad (blog) - FSSP - 8 octobre 2018
Avec ferveur et enthousiasme, les nouveaux séminaristes ont commencé leur formation sacerdotale, après une retraite spirituelle prêchée selon les Exercices de Saint Ignace de Loyola, à Sankt-Pelagiberg en Suisse. Nous accueillons cette année 24 candidats : 17 dans la section francophone, avec 9 Français, 4 Portugais, 3 Canadiens et un Colombien. 7 dans la section germanophone, soit 2 Allemands, un Autrichien, un Hongrois, un Islandais, un Polonais et un Suisse. Avec cette promotion nombreuse et particulièrement cosmopolite, le séminaire compte désormais 76 inscrits, de 19 nationalités. Notre séminaire nord-américain de Denton a reçu quant à lui 15 candidats, ce qui porte donc à 39 le total de nos propédeutes. Prions pour leur persévérance, en cette période où l'Eglise a plus que jamais besoin de prêtres fidèles et fervents.

[Abbé Patrick Troadec, fsspx - LAB du séminaire St-Curé-d'Ars] La famille catholique, source des vocations

SOURCE - Abbé Patrick Troadec, fsspx - LAB du séminaire St-Curé-d'Ars - 29 septembre 2018
Chers amis et bienfaiteurs,

Les Lettres aux Amis et Bienfaiteurs n° 43, 50, 64, 80, 88 et 94 du séminaire ont traité des moyens à prendre pour favoriser l'éclosion de nombreuses et saintes vocations sacerdotales et religieuses. Néanmoins, je reprends ce thème tant il me paraît fondamental. « Le but de la Fraternité Saint-Pie X est le sacerdoce et tout ce qui s'y rapporte et rien que ce qui le concerne. » « La formation sacerdotale est le premier et principal but de la Fraternité. » Ces extraits des statuts de la Fraternité montrent clairement la préoccupation dominante des prêtres de la Fraternité qui est de former de saints prêtres pour remédier à la crise que traverse l'Église depuis plus de 50 ans.

En tant que directeur du séminaire de Flavigny, j'ai pour mission de sélectionner et de former les séminaristes et les frères. Depuis 1996, 700 jeunes gens se posant la question de la vocation se sont présentés au séminaire et parmi eux, j'en ai admis plus de 450. J'ai vu des séminaristes s'engager dans la voie du sacerdoce ou de la vie religieuse, mais j'ai aussi été témoin du départ d'un grand nombre. Ayant réfléchi aux difficultés rencontrées par beaucoup de jeunes gens pour se donner à Dieu et persévérer, il me semble utile de transmettre aux familles le fruit de mes pensées.

En effet, les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants. Ils ont donc pour mission de transmettre à leur progéniture les vertus chrétiennes. Aussi n'est-il pas étonnant de constater que la plupart des séminaristes ont leur mère au foyer ; ils ont été formés dans des écoles traditionnelles et sont issus, en moyenne, de famille de six enfants. Une éducation dispensée par de bons parents et éducateurs produit des fruits merveilleux. Beaucoup de séminaristes et de frères sont très équilibrés. Ils sont pieux, studieux, généreux, dociles, aimables, agréables en société, heureux dans leur vocation : Merci mon Dieu ! et merci aux parents et aux autres éducateurs à qui ils doivent en grande partie leurs belles dispositions.

Je constate cependant aujourd'hui dans le comportement de certains jeunes des évolutions liées à celles de la société. Même si les parents cherchent à mettre en garde leurs enfants contre les pièges du monde moderne, ceux-ci sont quand même marqués par l'atmosphère qu'ils respirent en dehors de la maison, de l'école et de l'église. Aussi, je voudrais dans cette lettre attirer l'attention des parents sur ce qui me semble prioritaire pour que leurs enfants gardent la foi et la transmettent à leur tour aux générations futures.
Le sens de l'autorité
Vu que la société est imprégnée des principes de la Révolution, la jeunesse traditionnelle n'en est pas épargnée. Il y a aussi hélas ! dans notre milieu un esprit d'indépendance lié à une perte du sens de l'autorité.

L'épître de la messe votive de la Passion renferme ce passage du prophète Zacharie : « Frappe le pasteur, et le troupeau sera dispersé. » (Za 13, 7) Au cours de sa Passion, Jésus-Christ a été frappé et les apôtres se sont dispersés. Actuellement, nous vivons la Passion de l'Église et le pape semble lui aussi frappé d'aveuglement si bien que le troupeau est dispersé. Nous traversons une période de grande confusion. C'est l'autorité qui est garante de l'unité de la société ; aussi, ses défaillances entraînent-elles un éclatement, une désagrégation à tous les échelons inférieurs. On retrouve ce désordre dans la société civile.

Pour rétablir l'ordre, il est nécessaire de se fonder sur la famille. Comme le disait le pape Pie XII, « l'Église forme des familles réellement chrétiennes où la fidélité, la paix pleine d'affection, règnent entre les époux, où les enfants sont élevés dans la crainte filiale de Dieu, dans le respect de l'autorité légitime (1) ».

Le pape parle de « paix pleine d'affection entre les époux ». La paix étant la tranquillité de l'ordre, il importe que chaque membre de la famille soit à sa place. L'homme en tant que chef de famille a pour mission de veiller au bien commun de la microsociété qu'il dirige, c'est-à-dire au vrai bien de sa femme et de ses enfants. La première autorité qu'un enfant rencontre en ce monde est le père. C'est lui qui fixe le permis et l'interdit en conformité avec la loi naturelle et l'Évangile, c'est lui qui fait comprendre que la liberté humaine a des limites et que, si on les dépasse, on sombre dans l'esclavage du vice. Notre-Seigneur l'a dit : « Celui qui commet le péché est esclave du péché. » (Jn 8, 34)

Cinq ans avant Pie XII, André Charlier disait aux parents d'élèves de l'École des Roches qu'il dirigeait : « Vous avez trop souvent méconnu le principe d'autorité. Vous traitez vos fils comme de vieux camarades, vous les consultez à tout propos, et vous n'osez même presque jamais leur imposer l'obéissance sans discussion. […]

Pourtant je vous assure qu'il faut commander ferme et sans faiblesse si on veut en faire des hommes, c'est la source du respect. […] Votre faiblesse à leur égard est cause qu'ils ne vous respectent pas assez (2) . »

Déjà en 1905, le pape saint Pie X invitait les catholiques à « rétablir le principe de l'autorité humaine comme représentant celle de Dieu… (3) ». Celui qui l'apprend dès le plus jeune âge aura beaucoup plus de facilité à obéir que celui qui s'arrête aux défauts de ceux qui exercent l'autorité. Malheureusement, le Français étant très critique a beaucoup de mal à voir Dieu à travers ses supérieurs. Les maux décrits par le saint pape, aggravés depuis mai 68, touchent aussi notre milieu.

Pour remédier au manque du sens de l'autorité, il importe que les parents donnent à leurs enfants des ordres clairs, précis, sensés, et que ceux-ci comprennent que ce n'est pas négociable. Le Français aime discuter, remettre en question les ordres reçus, il réclame que l'autorité justifie chacune de ses décisions… Il est également élémentaire que les parents évitent de critiquer les autorités à qui ils confient leurs enfants, notamment les enseignants et les prêtres de leur prieuré, car sinon, ils sapent leur propre autorité. Il importe enfin de ne pas contredire son conjoint devant les enfants. L'autorité étant le fondement de l'unité de toute société, il est essentiel de respecter l'ordre naturel, sous peine de sombrer dans l'anarchie.
La nature du véritable amour
Dans le discours cité plus haut, Pie XII dit que l'Église forme des « familles où les enfants sont élevés dans la pureté ». Si dans une famille l'homme incarne l'autorité, la femme représente l'amour. Elle a pour mission de montrer par son exemple et ses exhortations la nature du véritable amour.

Ici-bas, il y a deux formes d'amour : l'amour de concupiscence, par lequel on cherche à s'accaparer l'autre pour son plaisir, on ramène la chose ou la personne aimée à soi, et l'amour de bienveillance qui recherche le vrai bien de l'autre. L'égoïste se recherche dans les rapports avec les autres. Malheureusement, tout être humain à la naissance est égoïste. Il y a donc un travail d'ascèse à développer tout au long de la vie pour devenir charité. Voilà pourquoi, ici-bas, il n'y a pas d'amour vrai sans sacrifice. Il est donc important d'apprendre aux enfants à renoncer à leurs petites envies, à leurs caprices, pour qu'ils deviennent des âmes bien trempées. Mgr Lefebvre disait : « La notion de sacrifice est une notion profondément chrétienne et profondément catholique. Notre vie ne peut pas se passer du sacrifice dès lors que Notre Seigneur Jésus-Christ, Dieu lui-même, a voulu prendre un corps comme le nôtre et nous dire : "Prenez votre croix et suivez-moi, si vous voulez être sauvés" (Mt 10, 38), et qu'il nous a donné l'exemple de la mort sur la Croix, qu'il a répandu son sang. Oserions-nous, nous ses pauvres créatures, pécheurs que nous sommes, ne pas suivre Notre-Seigneur ? Suivre Notre-Seigneur en portant sa Croix, voilà tout le mystère de la civilisation chrétienne (4) . »

Si nous ne luttons pas contre nos tendances blessées et pécheresses, au lieu d'aimer notre prochain d'un amour de charité en recherchant son vrai bien, nous tombons dans le piège de l'amour captatif. Lorsque l'amour cesse d'être oblatif, il devient captatif. La mère qui l'a compris s'oublie pour penser aux autres. En recherchant le vrai bien de ses enfants, elle leur fait entrevoir la nature du véritable amour et les aide en conséquence à rester purs. L'amour que la femme manifeste à l'égard de ses enfants doit se retrouver entre les conjoints, c'est pourquoi le pape Pie XII invite les conjoints à pratiquer la chasteté. Le mot chasteté a la même racine que châtier. Il s'agit d'éteindre le foyer déréglé de concupiscence pour que l'amour conjugal reste dans la ligne de la vertu.

Mais quel que soit le degré de vertus des parents, chaque enfant doit lutter contre ses mauvaises tendances. Or comme le disait le Padre Pio, « c'est au foyer familial que l'on s'entraîne le plus au renoncement 5 . » La famille est une école de renoncement car on y apprend à s'oublier pour penser aux autres et à participer aux tâches communes. Ce renoncement favorise l'exercice de la charité mais aussi de la force et de la pureté.

Aujourd'hui, les difficultés que les adolescents ont toujours éprouvées dans le domaine de la pureté sont décuplées par les nouveaux outils numériques. L'addiction à internet, au portable, la vue de films renfermant des passages contraires à la belle vertu produisent hélas ! des désastres et malheureusement notre jeunesse est en partie touchée.

Il est important que les parents prennent les moyens pour détourner leurs enfants de tout ce qui peut souiller leur âme. Pour éviter les dérapages, le choix des amis est décisif. Il importe également de fuir les occasions dangereuses, de veiller à mortifier ses sens, notamment la vue et l'ouïe, de développer la dévotion à la sainte Vierge.

Dans une plaquette sur L'Écran, drogue sournoise, l'abbé Boubée écrit : « Parents, soyez sérieux ! Vérifiez-vous de manière inopinée et fréquente les heures d'allumage de l'ordinateur… d'autant plus si vous l'aviez interdit ? […] Quelle est la dernière fois que vous les avez contrôlés à l'improviste – même si votre enfant vous paraît jeune et pur ? Apprenez à le faire, et faites-le très souvent. Si vous perdez le droit de connaître le contenu et l'usage du téléphone de votre enfant, vous avez abdiqué dans une matière gravement coupable, et dont Dieu vous demandera des comptes. » (pp. 29-30)
Le saint sacrifice de la messe
La messe, en nous plaçant à l'ombre de la Croix, nous donne le sens de l'autorité, Notre-Seigneur s'étant fait « obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la Croix » (Ph 2, 8), et elle nous donne aussi le sens du véritable amour puisque « personne ne peut avoir de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (Jn 15, 12) La vue du Christ en croix, le corps lacéré par les fouets, nous fait comprendre en outre la gravité des péchés d'impureté. Le monde actuel traversant à la fois une crise de l'autorité et souffrant d'une perte du véritable amour, c'est spécialement en restaurant ces deux points fondamentaux dans leur famille que les parents coopèrent le mieux au rétablissement d'un ordre chrétien et à l'éclosion de vocations sacerdotales et religieuses.

Soyez remerciés, chers Amis et Bienfaiteurs, pour votre soutien régulier par vos prières et vos dons, qui permettent au séminaire de tourner financièrement, et soyez assurés des prières reconnaissantes de toute la communauté. Le chapelet quotidien est récité à vos intentions.

Abbé Patrick Troadec, Directeur
Le 29 septembre 2018, en la fête de saint Michel archange

[Hippolyte Simon - La Vie] Écône, une nouvelle Église “presbytérienne”?

SOURCE - Hippolyte Simon, archevêque émérite de Clermont - La Vie - 8 octobre 2018

Attentif depuis longtemps au devenir de l’héritage de Mgr Lefebvre, je me permets ici une simple réaction, à la suite des élections qui se sont déroulées cet été, à la Fraternité Saint Pie X, à Écône.

Après un intermède de 24 ans, la Fraternité Saint Pie X est redevenue, comme Monseigneur Lefebvre l’avait établie au départ, après le schisme de 1988, une Église de structure «presbytérienne».

En effet, le Supérieur Général est de nouveau un prêtre, en la personne de l'abbé italien Davide Pagliarani. Et ce prêtre est ainsi établi « chef » de trois évêques ! De 1988 à 1994, il s’agissait de l’Abbé Schmidberger. Quand Mgr Fellay lui a succédé, en 1994, Écône est redevenue « épiscopale ». Un évêque était le premier responsable de la Fraternité. Ce qui semblait davantage conforme à la grande Tradition catholique.

Mais voici que la Communauté est revenue à un schéma « presbytérien ». Selon des observateurs attentifs et avertis, il semble que l’élection de l’Abbé Pagliarani, pour succéder à Mgr Fellay, marque une rupture par rapport aux orientations de ce dernier. À plusieurs reprises, Mgr Fellay a montré qu’il était désireux d’accepter les nouvelles propositions du pape François pour réintégrer la Fraternité au sein de l’Église catholique, selon les statuts d’une prélature personnelle, comme celle de l’Opus Dei.
"L’élection de l’Abbé Pagliarani comme supérieur général est analysée par les observateurs comme un retour à une ligne plus intransigeante." 
Le 3 mai 2017, le journal La Vie avait même annoncé que la réconciliation était imminente : « Une solution est proche. À Rome, presque plus personne n’en doute : après des décennies de rupture et de blocages, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) devrait bientôt rentrer dans le giron de Rome. Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la Commission pontificale Ecclesia Dei, chargée de dialoguer avec elle, le confirme sans hésitation à La Vie. Du reste, dans d’autres récentes interviews, il avait déjà indiqué qu’on s’acheminait vers une réconciliation, “dans un avenir proche”. »

Mais nous voici en septembre 2018 et la réconciliation n’a toujours pas eu lieu. L’élection de l’Abbé Pagliarani comme supérieur général et de Mgr de Galarreta comme premier assistant est analysée par les observateurs comme un retour à une ligne plus intransigeante que celle suivie pendant ces vingt-quatre dernières années par Mgr Fellay. Si celui-ci veut malgré tout persévérer dans la voie de la réconciliation avec Rome, il devra prendre le risque d’une fracture au sein de la Fraternité qu’il a dirigée de 1994 à 2018. Une fois de plus, se vérifiera l’adage bien connu de Bossuet : « Qui divise se divise. » Les Abbés Laguérie et Aulagnier en ont fait l’expérience avant lui.

Je n’ai pas compétence pour faire un commentaire plus approfondi sur la gouvernance de la Fraternité Saint Pie X. Mais je me permets simplement de trouver un peu étrange le fait que, sous prétexte de garder la tradition catholique, on applique les principes proposés par Jean Calvin puis développés par Ulrich Zwingli, en Suisse, et John Knox, en Écosse... Comprenne qui pourra!