15 juillet 2018

[Mgr Alfonso de Galarreta - FSSPX Actualités] «Ce qui me frappe toujours, c’est de trouver partout le même esprit de foi»

SOURCE - Mgr Alfonso de Galarreta - FSSPX Actualités - 14 juillet 2018

Mgr Alfonso de Galarreta, 1er Assistant général de la Fraternité Saint-Pie X, a répondu aux questions de FSSPX.Actualités dans un entretien vidéo. En voici la transcription.
Vous avez déjà été Assistant du Supérieur général...
Oui effectivement, je l’ai été pendant 4 ans. A la fin du mandat précédent. Donc il y a 12 ans. J’ai été nommé pendant 4 ans Assistant, alors que j’étais également supérieur en Espagne.
Quels ont été vos autres postes dans la Fraternité Saint-Pie X ?
Depuis l’année 1985, j’ai été nommé supérieur du district d’Amérique du Sud ; ensuite supérieur de la maison autonome d’Espagne ; et puis deux fois directeur du séminaire de La Reja en Argentine, plutôt pour dépanner, si on peut dire... Et depuis je suis maintenant résidant à Genève en vue justement de tous les voyages (que je suis amené à faire) en tant qu’évêque, et aussi dans le cadre de mon ministère comme évêque chargé des religieux et des religieuses.
Quelles sont vos responsabilités vis-à-vis de ces communautés religieuses ?
Ce sont des communautés contemplatives ou de vie active, masculines ou féminines..., dans la mesure où ces religieux eux-mêmes ont besoin et demandent une autorité ecclésiastique. Donc, c’est un ministère assez large et fort intéressant, car ces communautés se multiplient un peu partout dans le monde. Et c’est très consolant de voir que la Tradition est très étendue et qu’elle se consolide. Pour vous donner juste un exemple, ces dernières années, il y a une belle croissance des vocations contemplatives. Partout... Carmélites, moniales dominicaines, franciscaines, bénédictines...
Quels sont tous les pays que vous avez visités et qui vous ont laissé les souvenirs les plus marquants ?
Tous les pays ! Ce serait trop long à mentionner, car nous allons partout. Et les évêques (de la Fraternité Saint-Pie X) ont un ministère non pas territorial, mais partout là où il y a la Tradition, c’est-à-dire sur les cinq continents.

D’une manière générale, il y a une chose qui me frappe toujours, c’est de trouver partout le même esprit de foi, la foi catholique, l’amour de la Tradition. Et on se retrouve partout chez soi, alors que vous ne parlez pas la langue, que les coutumes sont absolument différentes, que ce soit le Mexique, l’Europe, la Corée, l’Indonésie, vous retrouvez partout, chez les fidèles, le même esprit catholique, le même amour de la foi, de la sainte Messe, de la Très Sainte Vierge Marie...

Concernant un fait précis – c’est lié avec ce que je viens de vous dire –, ce qui m’a frappé le plus, c’est un jour où une dame âgée, Mexicaine, aux cheveux blancs, une indienne, s’est mise à genoux pour m’embrasser l’anneau épiscopal, puis, elle m’a embrassé les pieds. Je n’ai pas pu réagir, elle m’a embrassé les pieds. Alors, je me suis souvenu des pieds de ceux qui évangélisent (cf Rm 10,15, citant Is 52,7 : « Qu’ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent la Bonne Nouvelle ! »). Et vingt ans après, alors que je ne me souvenais plus où cela s’était passé, je la retrouve et elle m’a fait le même coup !

Aussi, ce qui me frappe et qui est réconfortant, c’est de voir cet esprit de foi partout et comment nos fidèles recherchent cela chez nous : cet esprit catholique, esprit d’Eglise, jusqu’à (dans ce pays lointain) embrasser les pieds du prédicateur. C’est cela, vraiment, qui m’a consolé le plus.

[Abbé François Berthod, fsspx - Missions (lettre)]

SOURCE - Abbé François Berthod, fsspx - Missions (lettre) - mise en ligne par La Porte Latine - mai 2018

En cette année 2018, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X voit pour la première fois un russe recevoir le sacrement de l'ordre en son sein. Le candidat a été ordonné, avec cinq de ses confrères, par son Excellence Mgr de Galarreta ce 30 juin, au séminaire international de Zaitzkofen.

Victor Pasichnik est né à Moscou en 1982, sous le régime soviétique. Il ne sera baptisé, dans l'Église russe-orthodoxe, qu'après la chute du régime communiste, à l'âge de treize ans, du fait des difficultés posées aux croyants par l'athéisme d'État.

Après une enfance et une adolescence sans instruction religieuse, il commença à pratiquer sa religion lors de ses études universitaires. Le contact avec des catholiques et le désir de les amener à l'orthodoxie le poussèrent à prendre connaissance de la doctrine romaine, mais le résultat obtenu fut bien différent de celui escompté.

La rectitude de notre apôtre de l'orthodoxie lui mérita, par la grâce de Dieu, de constater que ce qu'il avait tenu jusque-là pour hérétique était bel et bien orthodoxe, et que l'orthodoxie qu'il voulait défendre n'avait d'orthodoxe que le mot. Il lui fallut reconnaître en l'Église catholique romaine la véritable Église de Jésus-Christ. Mais un premier obstacle allait se dresser devant lui.

Ironie de notre époque, tandis que les orthodoxes lui signifiaient qu'il n'était pas honnête de rester orthodoxe en adhérant aux dogmes catholiques, les catholiques consultés accueillaient ses désirs de conversion avec beaucoup de sobriété. Déconcerté, mais guidé par la grâce, il se fit catéchiser dans une paroisse catholique de Moscou et fit son entrée dans l'unité romaine. Dès ses premières confessions et communions sous l'orthodoxie, un attrait diffus pour le sacerdoce l'avait pris. Par bonheur, il l'avait laissé mûrir sans empressement.

En 2010, il découvrait la liturgie traditionnelle en la cathédrale de l'Immaculée Conception à Moscou, ce qui jeta son âme russe, sensible aux fastes de la liturgie, face à un second obstacle. La schizophrénie liturgique subséquente au concile Vatican II lui révélait la crise doctrinale qui ravage l'unique et véritable Église de Jésus-Christ.

Cette douloureuse constatation tourmentait son esprit de moult questions. Des doutes sournois souillaient ses fraîches convictions. Le salut arriva … par Internet. La lecture de sermons et conférences de son Excellence Mgr Lefebvre lui apportèrent la lumière dont il avait besoin. C'est ainsi que, en 2010, il fit connaissance de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X et, par elle, de l'authenticité catholique.

En 2012, résolu à se consacrer au service de Dieu et des âmes, il entamait ses études de philosophie et théologie au séminaire de Zaitzkofen. Le samedi 28 juillet verra ses efforts et sa persévérance couronnés, puisqu'il aura la grâce d'offrir solennellement, en sa ville natale, le saint sacrifice qui seul honore le vrai Dieu comme Il veut être honoré.

Abbé François Berthod, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

14 juillet 2018

[Nathalie Courtial - L'Eveil de Haute-Loire] L’ancienne chapelle de la Visitation est en passe de redevenir un lieu de culte… traditionaliste

SOURCE - Nathalie Courtial - L'Eveil de Haute-Loire - 13 juillet 2018

Va-t-on entendre chanter la messe en latin dans l’ancienne chapelle de la Visitation, place de la Platrière, au Puy ?

Si le projet de logements d'un promoteur ponot a été retoqué, celui de la Fraternité Saint Pie X est en passe de voir le jour dans l'ancienne chapelle de la Visitation : le compromis est signé et la vente devrait être faite sous deux mois.

Le bâtiment, qui appartient à un promoteur ponot privé, est à l'abandon depuis des années. Il affiche depuis peu le permis de construire qu'a déposé la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X (FSSPX).

Autrement dit, la branche de l'Église catholique romaine rassemblant les traditionalistes, fidèles aux préceptes de Mgr Lefebvre, principal dissident de Vatican II.

Si Saint-Nicolas-du-Chardonnet demeure le fleuron du mouvement lefebvriste, ce dernier a désormais étendu son maillage au reste du pays : rien d'étonnant à ce qu'il souhaite s'implanter au Puy, sanctuaire marial et ville de pèlerinage séculaire.

« Le Puy est un lieu important de la chrétienté, historiquement c'est plus important que Lourdes. Notre jubilé, en 2016, nous a donné l'opportunité de sensibiliser nos fidèles à ce projet. Beaucoup ont répondu, ce qui nous a convaincus de continuer », souligne l'abbé Pierre Barrere au prieuré Saint François Régis d'Unieux, dans la Loire, qui porte le projet.

Ce dernier entend rendre à la chapelle sa vocation première, perdue depuis des siècles. En réalité, la Fraternité Saint Pie X était sur l'affaire depuis plusieurs années et ne cache pas sa volonté de « rendre au culte les églises menacées de disparition ».

Si la Fraternité Saint Pie X est attachée à cette chapelle au style classique et sobre, édifiée en 1655 pour le couvent de la Visitation, c'est aussi parce qu'elle est riche en symboles.
« Rendre au culte les églises menacées de disparition »
En effet, la chapelle servit de tribunal pendant la Révolution comme le rappelle la plaque apposée sur la façade. Des prêtres réfractaires y furent jugés et condamnés à mort ainsi que de nombreux catholiques.

Une histoire qui fait écho aux convictions de la Fraternité : « Cette chapelle est un symbole de résistance face à un état d'esprit qui veut s'attaquer à Dieu. Elle rappelle l'existence de héros de la foi. La Révolution a voulu chasser Dieu de la société et instaurer des droits de l'homme sans Dieu », souligne l'abbé Pierre Barrere tandis que le site internet résume : « l'histoire de cette chapelle nous plonge au cœur de la résistance catholique et royaliste. Elle fut le témoin de la vivacité de la chouannerie du Velay, seconde Vendée dans la foi et dans la bravoure ».

Les messes sont d'ores et déjà prévues tous les dimanches, sauf le 1 er dimanche du mois, à 17 h 30 et seront célébrées par les prêtres du Prieuré Saint François-Régis d'Unieux, qui assureraient le ministère le week-end. Des messes qui pourraient être célébrées au plus tôt dès l'été 2019.

Le père Emmanuel Dursapt, vicaire général du diocèse, réagit à l'implantation des prêtres catholiques traditionalistes dans le diocèse du Puy en ces termes : « la Fraternité Saint Pie X est une société de prêtres qui célèbrent exclusivement selon le rite de Saint Pie V. Du point de vue du Droit Canonique de l'Église Catholique Romaine, cette Fraternité a été une œuvre de l'Église entre 1970 et 1975, mais, à ce jour, elle ne l'est plus. Cela signifie que l'Évêque du Puy n'a pas autorité sur elle.

Par suite, et de façon logique, l'initiative de la Fraternité Saint Pie X a été prise sans relation avec l'Église diocésaine qui, pour sa part, ne peut ni encourager, ni s'opposer à cette acquisition ».

« On a des rapports assez distants avec le diocèse du Puy », concède l'abbé Pierre Barrere du Prieuré Saint François Régis d'Unieux ; « du point de vue religieux, on défend une autre expression de l'Église, celle de la tradition ».

Et d'ajouter : « on ne vient pas dans un but polémique, on vient pour témoigner de notre foi. On n'a pas eu de difficultés majeures pour obtenir le permis. On n'a pas senti spécialement de réticences. Peut-être qu'il y avait un a priori défavorable parce qu'on n'est pas forcément en bons termes absolus avec le diocèse, mais on n'est pas en état de polémique permanente non plus. Ce sont des querelles internes à l'Église catholique ».

Reste que depuis son arrivée, en 2015, l'évêque s'est évertué à écarter les éléments jugés trop conservateurs, poussant vers la sortie -si l'on peut dire- la communauté Saint-Martin, ces prêtres en soutane qui officiaient dans les paroisses de Saint-Laurent au Puy, Polignac, Espaly et Ceyssac ; ou encore exigeant la réforme des sessions Agapé par exemple. Les « Agapè » du Puy-en-Velay, ces sessions dites autrefois "psycho-spirituelles" ont en effet été suspendues avant d'être totalement refondues.

Du côté de la municipalité, qui a délivré le permis de construire, on met en avant le caractère légal du dépôt de ce permis.

Le Prieuré Saint-François Régis a donc lancé un appel aux dons en ligne en 2016 et les religieux ont réuni les 150.000 euros nécessaires à l'achat de la chapelle. Reste à financer les travaux, somme qui pourrait être avancée par les supérieurs de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X. Une première tranche est estimée à 95.000 €.

« Il faut tout refaire », résume l'abbé Barrere : révision de la toiture, isolation des combles, remplacement des huisseries, installation de l'eau et de l'électricité, restauration du plafond, aménagement de l'entrée, d'un bureau et de toilettes et de l'escalier du chœur, ainsi que de la tribune et de la sacristie. Une issue de secours sera aussi aménagée.

Nathalie Courtial

[FSSPX Actualités - Abbé Bouchacourt] «Il s’agit avant tout d’assister notre nouveau capitaine»

SOURCE - FSSPX Actualités - Abbé Bouchacourt - 14 juillet 2018

L'abbé Christian Bouchacourt, 2nd Assistant général de la Fraternité Saint-Pie X, a répondu aux questions de FSSPX.Actualités dans un entretien vidéo. En voici la transcription.
Quelle a été votre expérience au sein de la Fraternité Saint-Pie X ?
J’ai eu la chance, grâce à mes supérieurs, d’avoir suivi tout le cursus du prêtre ordinaire. J’ai été vicaire, puis j’ai été prieur pendant une dizaine d’année à Unieux, dans la région de Saint-Etienne, où j’ai été très heureux. Ensuite j’ai été nommé chapelain à la chapelle Wagram, c’est-à-dire la mère de Saint-Nicolas, tout est parti de là ! La Tradition s’est maintenue à cet endroit-là, grâce à Mgr Ducaud-Bourget et l’abbé Serralda. Puis j’ai été nommé 6 ans à Saint-Nicolas du Chardonnet où j’ai connu des moments merveilleux comme curé de paroisse, m’occupant des Parisiens. C’est un prodigieux navire !

Puis mes supérieurs ont estimé qu’il fallait que j’aille voir d’autres cieux... et donc je suis parti pendant 11 ans en Amérique du Sud. Je ne parlais quasiment pas un mot d’espagnol, mais pour mes supérieurs ce n’était pas un problème. Je suis parti là-bas 11 ans, j’y ai connu d’autres cieux, une chrétienté très vivante, et là aussi j’ai été très heureux.

Je suis revenu lorsque mes supérieurs m’ont demandé de prendre la charge du district de France. Là aussi, c’est un merveilleux navire et j’ai eu la chance d’avoir à m’occuper des prêtres ; c’était ma joie. S’occuper des prêtres est vraiment la plus belle chose pour un supérieur. S’occuper des prêtres, s’occuper des vocations sacerdotales, s’occuper des vocations religieuses, s’occuper de nos frères et s’occuper de nos sœurs qui font tellement de bien aussi dans nos prieurés et nos écoles.
En quoi votre expérience sacerdotale va vous servir dans vos nouvelles fonctions ?
En tous les cas, ce qui est certain, c’est que je mettrai toute cette expérience que la Providence m’a donnée, pour aider M. l’abbé Pagliarani ; et je crois que le fait d’avoir eu les joies et les peines du prêtre à tous les échelons, pourra peut-être – à mon niveau – aider les prêtres dans leur ministère, essayer de les consoler, de les encourager. Mais surtout mon rôle sera d’aider M. l’abbé Pagliarani dans sa charge. Le rôle d’Assistant est un rôle effacé. Il s’agit avant tout d’assister notre nouveau capitaine.
Vous avez connu l’abbé Davide Pagliarani en Argentine...
Il était directeur du séminaire de La Reja et nous avons collaboré 2 ou 3 ans, je ne me souviens plus très bien. Ce fut une collaboration merveilleuse. Voyez, surtout, pour un supérieur de district, le cœur du district, c’est le séminaire ! Et il m’a toujours très bien accueilli, nous nous sommes toujours très bien entendus. Eh bien, mon Dieu, je suis convaincu que cela prélude à une bonne collaboration. Mais effectivement, pendant 3 ans, je passais chaque semaine au séminaire quasiment, et l’abbé Pagliarani me recevait royalement.

13 juillet 2018

[Fraternité Sacerdotale Saint Pierre] Élection des Assistants et Conseillers du Supérieur Général

SOURCE - FSSP - 12 juillet 2018

Jeudi 12 juillet 2018, Séminaire Notre-Dame de Guadalupe, Denton, USA
  
Le Chapitre Général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre (FSSP), réuni du 3 au 18 juillet 2018 au Séminaire International Notre-Dame de Guadalupe, Denton, USA, a élu en session plénière les Assistants et Conseillers du Supérieur Général :
  • Assistants : les abbés Daniel Geddes, Arnaud Evrat et Stefan Reiner,
  • Conseillers : les abbés Paul Giard et William Lawrence.

[Peregrinus - Le Forum Catholique] Peut-on assister à la messe des constitutionnels?

SOURCE - Peregrinus - Le Forum Catholique - 12 juillet 2018
En 1791, alors que s’installe en France le schisme constitutionnel, le père Bernard Lambert, théologien dominicain hostile à la Constitution civile du clergé, publie un Avis aux fidèles afin de leur fournir les « principes propres à diriger leurs sentimens et leur conduite dans les circonstances présentes ». Soucieux du bien des âmes, le théologien ne se contente pas d’établir les erreurs de la Constitution civile et des pasteurs qui l’ont acceptée, mais indique aux fidèles la voie qu’ils doivent suivre pour se préserver du schisme. 

Le R.P. Lambert énonce tout d’abord un grand principe : 
C’est dans l’Eglise une regle inviolable, consacrée par l’autorité & la décision des conciles écuméniques, qu’on doit rester uni de communion avec un pasteur canoniquement institué, quelle que soit sa conduite ou sa croyance, tant que l’église par une sentence canonique, ne l’a pas déclaré déchu de sa place & indigne de son ministere (1).
Il faut noter que ce principe est précisément celui qui permet à notre théologien de dénoncer l’attitude des pasteurs constitutionnels, qui se séparent de leurs évêques légitimes pour se placer dans la dépendance d’évêques constitutionnels sans titre et sans mission. Il donne de ce principe le développement suivant :
Rompre de communion avec le pasteur, sous prétexte qu’il est tombé dans l’erreur, ou qu’il s’est souillé par un crime, c’est prévenir le jugement de l’Eglise, c’est usurper l’autorité de l’Eglise, c’est se séparer de la communion de l’Eglise ; c’est-à-dire, se précipiter dans le schisme, par la crainte même d’y tomber.
Pour Lambert, toute l’attitude des fidèles dans la crise provoquée par la Constitution civile et le serment doit découler de ce principe. Tout d’abord, les fidèles doivent évidemment continuer à reconnaître comme leurs pasteurs légitimes les évêques et prêtres réfractaires. Mais l’application du principe ne s’arrête pas là. En effet, Lambert demande logiquement aux fidèles de rester unis de communion avec les curés légitimes – c’est-à-dire canoniquement institués – même s’ils ont prêté le serment, d’assister à leur messe, de recevoir d’eux les sacrements « tout comme ils auroient fait il y a deux ans (2) ». Refuser d’assister à la messe de son curé sous prétexte qu’il a prêté le serment revient à devancer le jugement de l’Eglise, donc à risquer de se rendre soi-même coupable de schisme. C’est le principe même que Lambert oppose à l’Eglise constitutionnelle qui le conduit à admettre que les fidèles assistent aux messes de leurs curés assermentés dès lors que ceux-ci ont reçu l’institution des évêques légitimes. 

Le dominicain va cependant plus loin encore. La directive qu’il donne aux fidèles s’applique non seulement lorsque le curé légitime a prêté le serment, mais encore lorsqu’il communique avec l’évêque intrus, c’est-à-dire lorsqu’il reconnaît les évêques validement consacrés, mais dépourvus de mission canonique, qui usurpent les sièges déclarés vacants par l’Assemblée Nationale. 
On doit gémir de sa double prévarication & n’y prendre aucune part ; mais on doit continuer de respecter son ministere, d’écouter ses instructions, de recevoir les sacremens de sa main, de communiquer avec lui en tout ce qui ne nous rend pas complices de son crime (3).
Le dominicain en vient enfin aux pasteurs intrus, c’est-à-dire à ceux qui prétendent remplacer les pasteurs légitimes. Si Lambert estime qu’il faut fuir la messe paroissiale célébrée par un curé intrus pour ne pas se rendre complice de son intrusion, il juge licite d’entendre sa messe privée (4). En effet, estime-t-il, il ne faut pas « mettre les caprices du zele à la place de la loi, accomplir un devoir au préjudice d’un autre (5) ».

Ces directives étonnantes n’ont pas pour auteur un casuiste laxiste, mais un théologien jansénisant et rigoriste, d’une hostilité intégrale à la Constitution civile du clergé et à ses adhérents. Il est avéré que tous les théologiens du camp réfractaire ne partageaient pas sur ces points les opinions du dominicain, et il est loisible de les désapprouver. Il reste qu’elles témoignent d’une complexité que l’on oublie trop souvent, quand on ne veut pas tout simplement la nier : complexité de la composition du clergé constitutionnel, où l’on doit distinguer curés simplement jureurs, curés jureurs communiquant avec l’évêque intrus et curés jureurs intrus ; complexité des positions doctrinales comme des attitudes pratiques du clergé réfractaire comme de ses fidèles, bien plus nuancées qu’on voudrait le faire croire. 

Il y aurait encore beaucoup à dire sur le petit ouvrage du R.P. Lambert. On citera, par exemple, bien qu’elles n’aient pas de rapport direct avec le problème dont il a été ici question, les paroles pleines de sel qu’opposait notre théologien à ceux qui lui vantaient les mérites des évêques intrus : 
Les nouveaux venus [les intrus], dites-vous, enseigneront une doctrine pure […]. Je n’en sais rien, & n’aurois garde de m’en rendre garant : mais que m’importe ce vain étalage de leur mérite réel ou imaginaire ? il me suffit de savoir que ces faux pasteurs sont étrangers à la succession apostolique (6).
Peregrinus 
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(1) Bernard Lambert, Avis aux fidèles, ou principes propres à diriger leurs sentimens et leur conduite dans les circonstances présentes, Dufresne, Paris, 1791, p. 58.
(2) Ibid., p. 61.
(3) Ibid., p. 62.
(4) Ibid., p. 66.
(5) Ibid., p. 67.
(6) Ibid., p. 79-80.

[2011] [Abbé Pagliarani, fsspx - La Porte Latine] Entretien avec M. l’abbé Pagliarani à propos des entretiens théologiques

SOURCE - La Porte Latine - abbé Pagliarani, fsspx - propos recueilli par Marco Bongi - Juillet 2011

Entretien accordé à Marco Bongi par le Supérieur du District d'Italie de la Fraternité Saint Pie X concernant les discussions théologiques avec Rome de la Fraternité, l'état culturel et actuel du monde catholique de la Tradition, ainsi qu'un commentaire précis sur l'instruction Universae Ecclesiae.

Marco Bongi -Les discussions théologiques entre la FSSPX et les Autorités Romaines touchent à leur terme. Même si aucun communiqué officiel n'a été encore émis pour le moment, nombreux sont ceux qui, sur la base d'indiscrétions, les commentent, en jugeant qu'elles ont échoué. Pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet ?
Don Davide Pagliarani - Je pense que c'est une erreur préjudicielle que de considérer que les discussions ont échoué. Peut-être que ceux qui tirent ces conclusions sont ceux qui s'attendaient à ce que les discussions aboutissent à un résultat étranger aux finalités des discussions mêmes. Le but des discussions n'a jamais été de déboucher sur un accord concret, mais bien de rédiger un dossier clair et précis, qui souligne les positions doctrinales respectives à remettre au Pape et au Supérieur Général de la Fraternité. À partir du moment où les deux commissions ont travaillé patiemment, en traitant en substance tous les thèmes figurant à l'ordre du jour, je ne vois pas pourquoi l'on devrait considérer que les discussions ont échoué. Les discussions auraient échoué si - pour une raison absurde - les représentants de la Fraternité avaient rédigé des rapports qui ne correspondraient pas exactement à ce que la Fraternité soutient, par exemple s'ils avaient dit qu'après tout la collégialité ou la liberté religieuse représentent des adaptations au monde moderne parfaitement conciliables avec la Tradition. Dans la mesure où une certaine discrétion a été observée, je pense pouvoir dire qu'il n'y a pas de risque que l'on aboutisse à cet échec. Et celui qui ne saisit pas suffisamment l'importance de ce témoignage de la part de la Fraternité et de celui qui est en jeu, pour le bien de l'Église et de la Tradition, inévitablement ne peut que formuler des jugements qui se placent dans d'autres perspectives.
D'après vous, quelles perspectives pourraient être erronées ?
A mon humble avis, il existe une zone traditionaliste, plutôt hétérogène, qui, pour des raisons diverses, attend quelque chose d'une hypothétique régularisation canonique de la situation de la Fraternité.
1) Bien sûr, il y a ceux qui espèrent un effet positif pour l'Église universelle ; et à ces amis, que je considère néanmoins comme sincères, je dirais pourtant de ne pas se faire d'illusions ; la Fraternité n'a pas la mission, ni le charisme, de changer l'Église en un jour. La Fraternité entend simplement coopérer, afin que l'Église se réapproprie intégralement Sa Tradition, et elle ne pourra continuer à travailler lentement pour le bien de l'Église que dans la mesure où elle continuera à être, comme toute œuvre d'Église, une pierre d'achoppement et un signe de contradiction : avec ou sans régularisation canonique, qui n'interviendra que lorsque la Providence jugera que les temps sont venus. En outre, je ne pense pas qu'une hypothétique régularisation - à l'heure actuelle - supprimerait cet état de nécessité qui, dans l'Église continue à subsister, et qui a justifié jusqu'à maintenant l'action de la Fraternité même.
2) D'un autre côté, tout à fait opposé, il existe des groupes que je définirais comme conservateurs, dans le sens un peu bourgeois du terme, qui s'empressent de dire que les discussions ont échoué, en les assimilant à des pourparlers pour parvenir à un accord : l’intention, mal dissimulée, est de pouvoir démontrer le plus rapidement possible que la Tradition, telle que la Fraternité l'incarne, ne pourra jamais avoir droit de cité dans l'Église. Cet empressement est déterminé non pas seulement par un amour désintéressé pour l'avenir de l'Église et pour la pureté de Sa Doctrine, mais plutôt par une peur réelle de l'impact que la Tradition proprement dite puisse avoir face à la fragilité de positions conservatrices ou néo-conservatrices. En réalité, cette réaction révèle une lente prise de conscience - même si elle n'est pas reconnue - de l’inconsistance et de la faiblesse intrinsèque de ces positions.
3) Mais il me semble surtout voir en cela l'existence de groupes et de positions qui attendent un certain bénéfice d'une régularisation canonique de la Fraternité, sans pour autant faire leur le combat que mène la Fraternité,mais en en en prenant sur elle les devoirs et les conséquences.
Il existe en effet, dans l'archipel varié du monde traditionaliste, de nombreux "commentateurs" qui, bien qu'exprimant un fort désaccord avec la ligne de la  Fraternité, font remarquer avec un grand intérêt le développement de notre œuvre, en espérant qu'il aura des répercussions positives sur leurs positions ou sur les situations locales dans lesquelles ils sont engagés. Je suis impressionné par les fibrillations auxquelles ces commentateurs sont sujets chaque fois que la moindre rumeur affleure sur l'avenir de la Fraternité. Pourtant, je pense que ce phénomène est facile à expliquer.
Pourquoi?
Il s'agit d'une catégorie de fidèles ou de prêtres qui sont fondamentalement déçus et qui sentent - et à juste titre - un certain sens d'instabilité pour leur situation future. Ils se rendent compte que la majorité des promesses dans lesquelles ils ont cru peinent à être maintenues et appliquées. Ils espéraient qu'avec le Summorum Pontificum tout d'abord, et avec l'Universae Ecclesiae ensuite, la pleine citoyenneté et la liberté étaient garanties et efficacement protégées pour le rite tridentin ; mais ils se rendent compte que la chose ne se passe pas si pacifiquement, surtout en ce qui concerne les évêques. Et par conséquent - et malheureusement - si ces groupes s'intéressent à l'issue de l'histoire de la Fraternité, ce n'est pas à cause des principes doctrinaux qui la régissent, ni à cause de la portée qu'elle pourrait avoir sur l'Église, mais plutôt dans une perspective "instrumentale" : à savoir que la Fraternité est perçue comme une formation de prêtres qui n'ont désormais plus rien à perdre, mais qui, s'ils obtiennent quelque chose d'important pour leur congrégation, créeront un précédent juridique auquel à leur tour eux-mêmes pourront se référer.
Ce comportement, qui est moralement discutable et peut-être aussi un peu égoïste, a néanmoins deux avantages :
- avant tout, celui de démontrer paradoxalement que la position de la Fraternité est la seule crédible, dont pourra sortir quelque chose d'intéressant, et à laquelle nombreux sont ceux qui se réfèrent malgré eux ;
- le deuxième avantage est de souligner que si la voie doctrinale n'est pas privilégiée, afin de permettre à l'Église de se réapproprier Sa Tradition, alors immanquablement on glissera dans une perspective diplomatique, faite de calculs incertains et de résultats instables, et l'on s'expose à de dramatiques déceptions.
Si le Vatican, par hypothèse, offrait à la Fraternité l'opportunité de se structurer en Ordinariat immédiatement assujetti au Saint Siège, comment cette proposition pourrait-elle reçue ?
Elle pourrait être prise sereinement en considération, sur la base des principes et des priorités, et surtout de la prudence surnaturelle dont les Supérieurs de la Fraternité se sont toujours inspirés.
Pourriez-vous nous en dire plus ?
Je ne peux que répéter ce qui a déjà été clairement expliqué par mes Supérieurs :  la situation canonique dans laquelle se trouve actuellement la Fraternité est la conséquence de sa résistance aux erreurs qui infestent l'Église ; par conséquent, la possibilité pour la Fraternité de s'approcher d'une situation canonique régulière ne dépend pas de nous, mais de l'acceptation par la hiérarchie de la contribution que la Tradition peut fournir pour la restauration de l'Église.
Si l'on n'envisage aucune régularisation canonique, cela signifie simplement que la hiérarchie n'est pas encore suffisamment convaincue de la nécessité et de l'urgence de cette contribution. Dans ce cas, il faudra attendre encore quelques années, en espérant une augmentation de cette conscience, qui pourrait grandir proportionnellement et en  parallèle avec l'accélération du processus d'auto-destruction de l'Église.
"Le peu que nous puissions faire à Rome est probablement plus important que le grand bien que nous pouvons faire ailleurs". Cette phrase est lourde de sens. Elle a été prononcée par Mgr De Galarreta aux ordinations sacerdotales d'Écône, et elle concerne directement notre district. Bien entendu, elle se référait surtout aux discussions théologiques ; mais il est évident que l'image aussi de la Fraternité en Italie, du fait de sa proximité par rapport à Rome, revêt une importance toute particulière. Vous qui êtes le Supérieur du District italien, comment avez-vous vécu cette affirmation si importante?
Ce que l'évêque a dit à Écône correspond à une conviction profonde de la Fraternité, et l'affirmation me paraît évidente pour une esprit authentiquement catholique : je n'y vois là rien de surprenant. Je pense que Mgr De Galarreta synthétise parfaitement l'esprit romain avec lequel la Fraternité veut servir l'Église  Romaine : c'est à dire, faire tout le possible afin que l'Église se réapproprie Sa Tradition, à commencer par Rome elle-même.
L'histoire de l'Église nous enseigne qu'aucune réforme universelle, efficace et durable n'est possible, si Rome ne fait pas sa propre réforme et si la réforme ne part pas de Rome.
Sur ces points, de nombreux observateurs extérieurs prétendent qu'il existe une division interne à la FSSPX, entre une aile, dite "romaine", plus prête à dialoguer avec les autorités, et une autre aile, "gallicane" celle-là, qui serait hostile à toute approche du Pape. Au-delà de cette simplification excessive, et dans la limite dans laquelle Vous pouvez- Vous exprimer, trouvez-vous que cette idée est fondée ?
Comme dans toute société humaine, il existe dans la Fraternité aussi, des nuances et des sensibilités différentes entre les différents membres. Et penser qu'il puisse en être autrement serait un peu puéril?
Pourtant, je pense que l'on tombe facilement dans les simplifications évoquées ci-dessus lorsque l'on perd la sérénité de jugement, ou lorsque l'on s'exprime en se basant sur des jugements tout faits : on finir par créer des partis, pour y caser sans discernement les uns plutôt que les autres.
Les membres de la Fraternité comprennent clairement que l'identité de leur  congrégation est construite sur un axe défini et précis qui s'appelle la Tradition : c'est sur ce principe, universellement partagé au sein de la Fraternité qu'est construite  l’unité de la Fraternité elle-même, et je pense qu'objectivement il est impossible de trouver un principe identitaire et de cohésion plus fort : c'est justement cette cohésion de base sur l'essentiel qui permet aux individus d'avoir des nuances différentes sur tout ce qui est discutable.
Je pense qu'une certaine impression de non-homogénéité peut provenir de la grande différence de tons que les membres de la Fraternité emploient en des lieux différents, dans des situations différentes, dans des pays différents et surtout face à des positions très diverses et contradictoires, que les représentants de la hiérarchie officielle expriment à notre égard et à l'égard de tout ce qui a le goût de Tradition. La perception de ces données diminue chez ceux qui évaluent les affirmations séparées en les sortant de leur contexte et en les nivelant on line devant leur écran. Il s'agit certainement de considérations dont l'évidence n'est pas immédiate pour l'observateur extérieur.
Le 13 mai dernier a été publiée l'instruction Universae Ecclesiae, qui entend discipliner concrètement l'application du Motu Proprio "Summorum Pontificum". Comment cet important document est-il évalué par la FSSPX?
Il s'agit d'un document de synthèse, qui d'une part exprime la nette volonté de mettre en application les directives sur le motu proprio, et de l'autre, tient compte des nombreuses objections, explicites et implicites, que les épiscopats ont manifesté àl'égard du Summorum Pontificum, qui - et ce n'est un secret pour personne - sont fondamentalement hostiles à la reprise du Rite Tridentin.
Avant tout, il est précisé que la reprise de la Liturgie de 1962 est une loi universelle pour l'Église ; deuxièmement, l'instruction fait un net effort pour défendre majoritairement en matière strictement juridique les prêtres empêchés par leurs ordinaires dans l'usage du Missel tridentin.
C'est avec une certaine finesse qu'il est rappelé aux évêques que c'est précisément à eux de garantir ces droits…pour la défense desquels il est possible de faire un recours sontre ces mêmes ordinaires. Voici pour être très bref les points qui me semblent être les plus positifs.
Pourtant, l’article 19 de l'Instruction "Universae Ecclesiae" déclare que ne sont pas autorisés à demander la Saint Messe de toujours les fidèles qui ne reconnaissent pas la validité et la légitimité du Missel Réformé par Paul VI. Que pensez-vous de cette limitation ?
Pour être sincère, je suis incapable de la juger, parce que je la trouve incompréhensible. J'ai toujours considéré que le Saint Rite de la Messe avait une valeur intrinsèque, surtout quant à la fin latreutique (1) qui lui est propre.
Toute autre considération mise à part, il est impossible de comprendre sur quelle base juridique ou théologique la valeur d'un rite pluriséculaire déclaré jamais abrogé, et la possibilité de le célébrer, puissent être déterminées par les dispositions subjectives de celui qui assiste ou le demande. On entre ici dans une perspective folle et impraticable. Par exemple, que devrait faire un prêtre qui se rendrait compte que sur dix fidèles qui demandent la célébration de la Sainte Messe, cinq auraient des objections sur le Messe de Paul VI ? Que devrait faire un prêtre s'il avait lui-même de très graves réserves sur le nouveau rite, à partir du moment où la limitation ne concerne que les fidèles ? (2) Si les deux rites sont considérés comme deux formes équivalentes du même rite romain, il n'est pas possible de comprendre pourquoi le rite tridentin est tellement dangereux qu'il faut effectuer une sorte d'examen préalable d'admission. Enfin, si l'on entre honnêtement dans une telle logique, il n'est pas possible de comprendre pourquoi il n'est pas demandé aux prêtres et aux évêques, qui refusent ouvertement le rite tridentin, de s'abstenir de célébrer le rite nouveau tant qu'ils ne démordent pas de leur jugement.
Je pense que l'article 19 de l'Instruction, s'il est d'une part l'expression d'un comportement diplomatique typique, peut malheureusement de l'autre être assimilé à une sorte de chantage moral mal dissimulé. Il révèle la conscience, de la part des évêques, que la Messe Tridentine véhicule inévitablement une ecclésiologie incompatible avec celle du Concile et du Novus Ordo. Par conséquent, la Messe tridentine ne peut être accordée qu'en exerçant un contrôle direct sur les consciences des fidèles. Ce qui semble plutôt alarmant.
Y a-t-il, d'après Vous, d'autres points dans ce document où émerge la volonté d'exercer un contrôle de ce genre ?
À mon humble avis, il y en a un en particulier. Alors que le motu proprio reprenait, outre le Missel, le libre usage de tous les livres liturgiques, l'Instruction interdit cet usage dans un cas bien précis : celui des ordinations sacerdotales, exception faite pour les institutions religieuses, se référant à l'Ecclesia Dei, ou qui utilisent déjà le rite tridentin (Cf. art 31).

La chose est assez surprenante, surtout dans le cas des ordinations diocésaines, considérant que l'ecclésiologie moderne insiste tellement pour reconnaître dans l'évêque diocésain le modérateur de la liturgie et le véritable liturgiste, en tant que successeur des Apôtres ; toutefois, l'explication semble être suffisamment évidente si nous nous référons aux compris classiques typiquement curials.

Il est évident que, alors qu'une institution Ecclesia Dei est directement contrôlée par l'organisme du Vatican compétent, avec un statut signé et contre-signé (je donnerai un exemple ici même), un évêque qui utilise les livres liturgiques de 1962, ne pourrait l'être dans les mêmes termes.

Par conséquent, la demande formelle et péremptoire de procéder aux ordinations selon le nouveau est le signe extérieur considéré comme suffisant pour démontrer que les ordinands, et l'évêque même, acceptent pleinement l'article 19 de l'Instruction, adoptant le nouveau rite pour l'évènement indubitablement le plus important et significatif de leur vie et de la vie du diocèse. Cette demande a, somme toute, une valeur semblable à la pratique quasi universelle inhérente à l'application de l'indult de  1984: Dans les différents diocèses où l’indult était permis, il était demandé de ne pas célébrer en rite traditionnel à Noël et à Pâques, afin de permettre aux fidèles de manifester leur propre lien avec la paroisse et donc leur acceptation du rite de Paul VI.

Et dans cette même ligne, l'injonction imposée en l'an 2000 à la Fraternité Saint-Pierre d'accepter que ses membres puissent célébrer librement selon le nouveau rite, est tout à fait significative ; tout comme à l'invitation chaleureuse à concélébrer avec les évêques diocésains au moins le Jeudi Saint, pour exprimer sa communion avec l'ordinaire local, et donc leur publique et parfaite acceptation du Novus Ordo Missae ;  notons que bien que la Fraternité Saint Pierre soit une institution Ecclesia Dei, la mesure s'était révélée nécessaire justement au moment où au sein de la congrégation se faisaient entendre les oppositions les plus fortes au rite de Paul chez certains membres réfractaires. C'est dans cette même situation que fut destitué directement par l’Ecclesia Dei celui qui était alors Supérieur général et remplacé par un prêtre choisi non pas par le Chapitre, mais imposé par l’Ecclesia Dei même.

Il était alors Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin : le cardinal Medina Estevez, tandis que le cardinal Castrillon Hoyos avait depuis peu pris la charge de Président de l'Ecclesia Dei.

Ainsi, l'injonction de l'Instruction, avec l'art 19, semble s'inspirer plus à l'indult de Jean-Paul II, qu'au motu proprio de Benoît XVI. MAis à présent il a été certifié par Benoît XVI lui-même que l'indult de 1984 prétendait accorder généreusement, dans certains cas et à certaines conditions précises, l’usage d'un Missel qui en réalité n'avait jamais été abrogé : l’Universae Ecclesiae semble retomber dans cette absurdité juridique et morale, compréhensible uniquement dans un contexte de mépris et de peur - je préfère ne pas parler de haine - envers tout ce qui sent le "tridentino".

Dulcis in fundo, puisque tous savent que la Fraternité n'acceptera jamais l'article l’article 31, ni l’art. 19, tous les mécontents d'une part la critiquent à cause de sa "désobéisance", cherchant ainsi à bien montrer qu'eux sont dans la "légalité", et de l'autre, l'observent, espérant que son intransigeance pourra leur faire profiter eux aussi de quelque chose de positif.

Et c'est ainsi que repart ce mécanisme du “sequebatur a longe ut videret finem”, et de l'espérance instrumentale sur la Fraternité, dont nous avons déjà parlé.
L'année 2011 marque les vingt ans de la mort de Mgr Marcel Lefebvre. Deux décennies ont passé, et pourtant sa figure continue de faire discuter ; et même, il semble presque que, plus le temps passe, plus il suscite l'intérêt dans les milieux ecclésiaux et culturels. À votre avis, à quoi est due cette "deuxième jeunesse" d'un Prélat, jugé par beaucoup comme anachronique et vieux ?
Mgr Lefebvre a incarné quelque chose d'insurmontable : la Tradition de  l'Église. Et s'il y a eu un évêque dans lequel la Tradition n'a jamais cessé d'être "vivante" (si je peux me permettre l'expression), c'est bien l'évêque "rebelle". Par exemple, l'unique prélat qui n'a jamais cessé de célébrer publiquement dans le rite traditionnel, alors considéré par erreur comme abrogé et banni, a été le fondateur de la Fraternité Saint Pie X : il ne s'est pas limité à retransmettre aux nouvelles générations un missel imprimé et poussiéreux, mais il a gardé et transmis un trésor vivant et réel, présent quotidiennement sur l'Autel, dont il était complètement saisi dans toute sa personne.

Si vraiment une prise de conscience est amorcée, que la crise de l'Église prend ses racines et se manifeste surtout dans une crise du Sacerdoce et de la Liturgie, il est inévitable de se référer à celui qui a dépensé toutes ses énergies pour sauver l'Homme, et pour sauver le sacerdoce et la liturgie.

Il est donc inévitable que l'on parle de Messe tridentine ou de Tradition, et même que le plus réticent soit obligé à parler de lui, ne serait-ce que pour prendre ses distances et pour s'auto-certifier politiquement correct. Mais celui qui parle de lui, en bien ou en mal, ne peut pas le faire sans parler d'une Tradition qui, loin d'être "lefebvriste", est simplement et pour toujours catholique.

Propos recueillis par Marco Bongi
Le site d'Italie et l'entretien original
Notes
(1) Se dit du sacrifice offert à Dieu pour reconnaître son souverain domaine sur toutes les créatures.
(2) En réalité, le simple prêtre est tenu de reconnaître la pleine légitimité du nouveau rite au moins le jour de son ordination, comme cela est expliqué plus loin.

[Ennemond - Le Forum Catholique] Deux visions de la FSSPX

SOURCE - Ennemond - Le Forum Catholique - 12 juillet 2018

Il existe deux regards sur la position de la FSSPX à l’égard de l’extérieur :

- La première vision considère tout ce qui est extérieur à la Fraternité comme un ensemble de pièges dangereux à éviter. L’œuvre est considérée comme une citadelle assiégée, entourée de plagia qu’il faudrait diaboliser pour mieux en détourner les âmes. C’est une vision très politique des choses. Outre le fait que cette vision ne considère pas le bien objectif, elle ne peut que détourner les jeunes tant son fonctionnement est excessif, tant elle signifie qu’ils sont incapables de faire la part des choses.

- La deuxième vision considère que l’œuvre fondée par Mgr Lefebvre est une matrice, un aiguillon qui a une action bénéfique et salutaire sur toute l’Église. Toute amélioration autour d’elle est une joie. Cela peut être imparfait. Mais une soutane remise, un bréviaire repris, une doctrine admise, c’est la Tradition de l’Église qui reprend petit à petit, malgré les imperfections des uns et des autres. Comment ne pas exprimer une joie quand un prêtre retrouve les marches de l’autel où il célèbre les mystères antiques ? Comment ne pas se satisfaire d’un prêtre qui a appris à célébrer la messe grâce au DVD présentant la messe traditionnelle ? La grâce fonctionne en-dehors des rangs de la FSSPX, fort heureusement. Sinon, ce serait tout simplement désespérant. On comprend bien, dans une telle situation, à quel point il est nécessaire de soutenir la Fraternité et ses œuvres dans la mesure où elle exerce cette fonction de matrice, de guide, de modèle. Partout où elle agit en grand seigneur, gratuitement, la Fraternité est grande.

Dans certains milieux restreints, les blessures de 1988 ont fait du monde Ecclesia Dei un véritable tabou au point qu’il devient impossible d’aborder sereinement la question sans que des mots aigres pleuvent (traîtres, abandon, jureurs) et qu’on recourt abusivement à l’arsenal de la morale pour régler des tourments. On est alors aux antipodes des statuts de la FSSPX alors que le fondateur souhaitait que la Fraternité serve à sanctifier les autres prêtres (1). Il est vrai que de l’autre côté du miroir, on retrouve parfois une idéologie similaire qui va saisir les quolibets de schismatique quand il y a bien longtemps que les papes ne les emploient plus. Sans doute est-il bien humain de voir dans un prêtre (un représentant de Dieu sur terre) un concurrent qui pique des parts de marché. Probablement faudra-t-il attendre un peu de temps. Après tout, on enterre les protagonistes du Concile. Les blessures de 1988 finiront par se résorber pour comprendre qu’il ne faut pas se tromper d’ennemi.
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(1) "Un deuxième but de la Fraternité est d’aider à la sanctification des prêtres, en leur offrant la possibilité de retraites, récollections. Les maisons de la Fraternité pourraient être le siège d’associations sacerdotales, de tiers-ordres, de périodiques ou revues destinées à la sanctification des prêtres." (Mgr Marcel Lefebvre, statuts de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X)

[Camille Gousset - La Croix] Comment est structurée la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X ?

SOURCE - Camille Gousset - La Croix - 12 juillet 2018

La Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X a élu son nouveau supérieur général le 11 juillet. Il s’agit de l’abbé italien Davide Pagliarani. Mais que représente aujourd’hui cette communauté en France et dans le monde ? Comment s’organise-t-elle ? Combien de prêtres s’y rattachent?
Messe sur la place Vauban à la fin d'un
pèlerinage catholique traditionaliste
organisé par la FSSPX,
le 13 novembre 2014 à Paris
  
La Fraternité Saint-Pie-X est une communauté religieuse catholique fondée en 1970 par Mgr Marcel Lefebvre. Celui-ci s’était éloigné du pape après le concile Vatican II dont il critiquait les décisions « modernistes » notamment en matière de liberté religieuse, d’ouverture au dialogue œcuménique et sur la collégialité épiscopale. Il a ensuite rejeté la liturgie de la messe instaurée par Paul VI.

Très controversée, la Fraternité est présente dans trente-sept pays et sur les cinq continents.
Une organisation bien hiérarchisé
La Fraternité est dirigée par un supérieur général, Davide Pagliarani depuis le 11 juillet 2018. Élu pour douze ans, il supervise une communauté découpée en quatorze districts et de cinq maisons autonomes dans le monde.

Le district est l’équivalent d’une province religieuse, souvent délimité par les frontières géographiques d’un pays ou d’un continent. Chaque district est sous la direction d’un supérieur de district, responsable de l’administration pastorale, spirituelle et temporelle des différents apostolats, notamment les 167 prieurés, dont en France
Des données chiffrées globalement stables
En avril 2018, la FSSPX recensait 637 prêtres et 204 séminaristes répartis dans les six séminaires de la Fraternité.

Ces prêtres gèrent en plus de leur église les différents établissements que compte la communauté : aumôneries, maisons de retraites spirituelles, écoles primaires et secondaires, enseignement supérieur (la FSSPX dirige environ une centaine d’écoles).

Le nombre d’ordination par an est globalement stable. En 2017, ils étaient vingt-huit nouveaux prêtres. En 2018, 16 nouveaux prêtres ont été ordonnés pour l’hémisphère nord.

Camille Gousset

12 juillet 2018

[Constance Vilanova - La Croix] Davide Pagliarani, nouveau supérieur général de la Fraternité Saint-Pie-X

SOURCE - Constance Vilanova - La Croix - 12 juillet 2018

Les héritiers de Mgr Lefebvre ont élu, à deux tiers des voix, pendant leur chapitre général, l’abbé italien Davide Pagliarani pour succéder à Mgr Bernard Fellay.

Réunie depuis le 11 juillet à Écône en Suisse pour son quatrième chapitre général, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X a annoncé hier avoir élu son nouveau supérieur général. Les héritiers de Mgr Lefebvre ont choisi l’abbé Davide Pagliarani, qui succédera à Mgr Bernard Fellay, qui a passé vingt-quatre ans à la tête de l’Église traditionaliste.

De nationalité italienne, celui qui dirigera la Fraternité pendant les douze prochaines années est âgé de 47 ans. Il avait reçu le « sacrement de l’ordre » par Mgr Bernard Fellay, en 1996. Il avait exercé à Rimini en Italie puis à Singapour, avant d’être nommé supérieur du district d’Italie. Depuis 2012, il était directeur du séminaire Notre-Dame Co-rédemptrice de La Reja en Argentine.
Se rapprocher du Vatican s’il retourne vers les traditions
Comme lors des trois chapitres généraux précédents, pour être élu supérieur général, l’abbé italien a reçu deux tiers des voix. Après avoir accepté sa charge, il a prononcé la profession de foi et le « serment antimoderniste ». Les 41 dirigeants présents au chapitre général sont allés ensuite lui promettre respect et obéissance.

Concernant un potentiel rapprochement avec Rome, il avait déclaré en 2011 dans un entretien sur le site Internet du district d’Italie de la Fraternité Saint-Pie X : « La situation canonique dans laquelle se trouve actuellement la Fraternité est la conséquence de sa résistance aux erreurs qui infestent l’Église ; par conséquent, la possibilité pour la Fraternité de s’approcher d’une situation canonique régulière ne dépend pas de nous, mais de l’acceptation par la hiérarchie de la contribution que la tradition peut apporter à la restauration de l’Église »
Les deux nouveaux assistants généraux élus
Le premier assistant général a également été élu dans la soirée du 11 juillet lors de ce chapitre. Sacré en 1988 par Mgr Lefebvre sans autorisation du pape, Mgr Alfonso de Galarreta fait partie des quatre évêques excommuniés avec leur supérieur général par Jean-Paul II en 1988. Il est l’ancien supérieur du district de l’Amérique du Sud et avait dirigé jusqu’à 2011 le séminaire de la Reja en Argentine. Il a activement participé à la reconnaissance de la Fraternité par l’Église argentine.

Le second assistant général élu est l’abbé français Christian Bouchacourt. Âgé de 59 ans, il avait notamment été, de 1997 à 2003, le prieur de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, l’église parisienne occupée par les traditionalistes depuis 1977. Il était supérieur du district de France depuis 2014. En mai 2017, il avait relevé de leurs fonctions plusieurs prêtres qui avaient dénoncé la reconnaissance par Rome de la légitimité des mariages célébrés par la Fraternité.

[Abbé Émeric Baudot, fsspx - Le Chardonnet] Trente ans après (éditorial)

SOURCE - Abbé Émeric Baudot, fsspx - Le Chardonnet - juillet-août-septembre 2018
Avec le recul du temps, il est évidemment plus facile de percevoir les conséquences bonnes ou mauvaises d’une action spectaculaire. Le sacre des quatre évêques du 30 juin 1988 par Mgr Lefebvre, assisté de Mgr de Castro-Mayer, n’échappe pas à cette règle. Où en sommes-nous trente ans après?
   
Le dernier Chardonnet a rappelé cet acte héroïque de Mgr Lefebvre et les raisons qui l’ont poussé à le poser. Mgr Lefebvre avait bien défini ces sacres comme une opération survie de la Tradition. Vu les circonstances dramatiques de l’après Vatican II dans la vie de l’Église, il fallait des évêques pour défendre et transmettre la foi dans son intégrité, ordonner des prêtres qui continueraient l’œuvre de la rédemption par la sainte messe de toujours et non par une nouvelle messe œcuménique plaisant aux protestants. Le schisme évoqué par des confrères nous abandonnant et martelé par Rome n’a pas trouvé de fondement.
 
Notre Seigneur Jésus-Christ nous dit que l’on juge l’arbre à ses fruits. Comment ne pas voir alors dans le développement de la Tradition une bénédiction de Dieu, malgré les persécutions de tout ordre ? Et Dieu sait que les épreuves n’ont pas manqué pendant ces trente années. Une des plus terribles sans doute est l’abandon de frères d’armes, formés dans les mêmes principes, mais qui laissent le bon combat et se retournent contre vous. Déjà Mgr Lefebvre avait connu cette épreuve, des prêtres ordonnés par lui le quittant sur la droite ou sur la gauche, si l'on évoque ainsi ceux qui se durcissaient au point de rejeter quasiment toute autorité, et ceux qui abandonnaient la doctrine et la pratique pérenne de l’Église pour se rallier aux erreurs conciliaires et postconciliaires.
 
Il n’y a malheureusement rien de nouveau sous le soleil. Le démon nous tentera toujours sous apparence de bien et saura utiliser nos défauts pour nous tromper et nous aveugler. Il est évident qu’aujourd’hui une de ses armes de prédilection concerne nos rapports avec l’autorité. Mgr Lefebvre a eu la sagesse d’en rappeler les principes et d’en montrer la pratique. L’autorité ne saurait nous demander de poser des actes contraires à la loi de Dieu et à ce que l’Église a toujours enseigné, sous peine de devoir lui désobéir à l’exemple de saint Pierre (« il faut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes ») et de Mgr Lefebvre refusant de dire la messe de Paul VI ; mais elle reste l’autorité à qui nous devons respect et obéissance. Si nous rejetons le principe d’autorité, toute société devient ingouvernable et nous tombons dans l’individualisme moderne qui veut que j’obéis lorsque je suis d’accord et que cela me plaît. Nous sommes alors amenés à faire des actions gravement illicites.
   
Il se trouve que trente ans après les sacres, la Fraternité est à la veille d’un Chapitre général. Le Chapitre a pour but de vérifier que la Fraternité est toujours fidèle à ses statuts et à l’esprit de son fondateur. Celui de cette année est en plus électif, c’est-à-dire que le Supérieur général et ses deux assistants seront élus pour douze ans. Il est aisé d’en comprendre l’importance. Mais ne tombons pas dans la mentalité électoraliste moderne qui ne raisonne qu’en lutte de partis et de sondages. Prions au contraire pour les membres du Chapitre, qu’ils soient dociles à la grâce divine, et pour les trois élus, qu’ils aient la sagesse et la prudence pour continuer à mener la Fraternité dans l’esprit ni hérétique ni schismatique de son fondateur, pour le bien de l’Eglise et le salut des âmes.
 
Abbé Émeric Baudot

[Abbé F-M. Chautard, fsspx - Le Chardonnet] Catéchisme des vérités opportunes : Les ralliés (vus par Mgr Lefebvre)

SOURCE - Abbé F-M. Chautard, fsspx - Le Chardonnet - juillet-août-septembre 2018

1) Que sont les ralliés ?
Ceux qu’on appelle « ralliés » sont les communautés, les prêtres et les fidèles qui ont d’abord choisi de défendre la Tradition, puis à partir des sacres du 30 juin 1988 et l’excommunication fulminée contre Mgr Lefebvre, Mgr de Castro-Mayer et les quatre évêques sacrés, ont choisi de se mettre sous la dépendance effective de la hiérarchie actuelle tout en conservant la liturgie traditionnelle. Ils se sont donc ralliés à l’Eglise conciliaire.

Par extension, le vocable de « ralliés » désigne les communautés, les prêtres et les fidèles qui conservent la liturgie traditionnelle mais acceptent les principales erreurs conciliaires ainsi que la pleine validité et la légitimité du novus ordo de Paul VI et des sacrements promulgués et édités par Paul VI.

« Dom Gérard, dans sa déclaration, fait état de ce qui lui est donné et accepte de se mettre sous l’obédience de la Rome moderniste, qui demeure foncièrement anti-traditionnelle »(1).
2) Le mot « ralliés » n’est-il pas péjoratif ?
Oui, le mot de « ralliés » est péjoratif car il exprime une trahison vis-à-vis de la Tradition.
3) En quoi les ralliés ont-ils trahi la Tradition ?
Les ralliés ont trahi la Tradition car, beaucoup d’entre eux, après avoir commencé par la servir, ont cessé de la défendre, puis l’ont abandonnée, ont fait peu à peu l’apologie des erreurs conciliaires, et se sont opposés à la Tradition et à ses défenseurs,

« Ils nous trahissent. Ils donnent maintenant la main à ceux qui démolissent l'Eglise, aux libéraux, aux modernistes »(2).
4) Pourquoi dit-on que les ralliés ont cessé de défendre la Tradition ?
On dit que les ralliés ont cessé de défendre la Tradition parce que, depuis 1988, ils ne dénoncent plus les erreurs conciliaires (nocivité de la Nouvelle Messe, du nouveau code de Droit canonique, du dialogue interreligieux, de la liberté religieuse, etc.(3)).

« Quand ils disent qu'ils n'ont rien lâché, c'est faux. Ils ont lâché la possibilité de contrer Rome. Ils ne peuvent plus rien dire. Ils doivent se taire étant donné les faveurs qui leur ont été accordées. Il leur est maintenant impossible de dénoncer les erreurs de l'Eglise conciliaire »(4).
5) En quoi les ralliés ont-ils fait peu à peu l’apologie des erreurs conciliaires ?
Les ralliés ont fait peu à peu l’apologie des erreurs conciliaires en soutenant sans réserve la légitimité et la validité du rite de la nouvelle messe, en défendant la doctrine de la liberté religieuse, comme le P. Basile du Barroux qui en a publié un plaidoyer en six volumes, en légitimant la réunion d’Assise et le dialogue interreligieux, comme le supérieur de la Fraternité Saint-Pierre, en acceptant d’être régis par le nouveau code de droit canonique, en ne refusant pas publiquement les réformes récentes du pape sur l’annulation des mariages, en acceptant la canonisation de Jean-Paul II qui a mis en œuvre les réformes conciliaires, ou en concélébrant la nouvelle messe comme Dom Gérard (†), Mgr Wach ou Mgr Rifan.

« Du point de vue des idées. Ils virent tout doucement et finissent par admettre les idées fausses du Concile, parce que Rome leur a accordé quelques faveurs pour la Tradition. C'est une situation très dangereuse »(5).
6) En quoi les ralliés ont-ils condamné la Tradition et ses défenseurs ?
Les ralliés ont condamné la Tradition de trois manières : premièrement en défendant des positions contraires à cette Tradition, deuxièmement en servant d’appât pour attirer les vrais fidèles de la Tradition dans une position de compromis ; troisièmement en accusant ses défenseurs – principalement les prêtres et fidèles de la FSSPX – d’être excommuniés et schismatiques(6). Plusieurs mariages célébrés dans la FSSPX ont ainsi été annulés pour manque de forme canonique à la demande de prêtres ralliés.

« Tout ce qui leur a été accordé, ne leur a été consenti que dans le but de faire en sorte que tous ceux qui adhèrent ou sont liés à la Fraternité s'en détachent et se soumettent à Rome »(7).
7) N’est-ce pas injuste vis-à-vis des jeunes communautés Ecclesia Dei ou des membres qui sont entrés dans ces communautés après 1988 ?
Il n’est pas injuste de dire que toutes les communautés Ecclesia Dei (c'est-à-dire les communautés ralliées(8)) trahissent la Tradition car elles se présentent officiellement comme traditionnelles alors qu’elles ne le sont pas réellement et trompent ainsi les fidèles et la Tradition.

Dieu seul juge les intentions des cœurs et il y a certainement beaucoup de prêtres zélés et pieux dans ces communautés. Mais, en adhérant à ces communautés, ils assument la responsabilité des positions doctrinales de ces communautés qui leur sont propres.
8) Les ralliés ne défendent-ils pas la messe de toujours ?
Les ralliés défendent la messe de toujours mais ils la défendent mal, car pour bien défendre la messe de toujours, il faut : premièrement, la célébrer et l’honorer – ce qu’ils font ; deuxièmement, refuser et dénoncer la nouvelle messe qui s’oppose à la messe de toujours – ce qu’ils ne font pas ; troisièmement, unir la messe traditionnelle à la pleine et entière doctrine de l’Eglise – ce qu’ils ne font pas.

Enfin « la question de la liturgie et des sacrements est très importante, mais ce n'est pas la plus importante. La plus importante c'est celle de la foi »(9).

« Rome désormais semble accessible à [l’idée de] permettre de dire la messe ancienne, la messe catholique et par conséquent il ne devrait plus y avoir de problème pour nous. Mais c’est là nous mettre dans une contradiction, parce qu’en même temps que Rome donne par exemple à la Fraternité Saint-Pierre (…) l’autorisation de dire la messe de toujours, en même temps, ils font signer une profession de foi dans laquelle est inscrit le Concile, dans laquelle il faut admettre l’esprit du Concile. (…) Comment vouloir maintenant la messe de toujours, en acceptant l’esprit qui détruit cette messe de toujours ? C’est se placer dans une contradiction complète »(10).
9) Comment les ralliés justifient-ils leur ralliement à la Rome moderniste ?
Les ralliés justifient leur ralliement à la Rome moderniste en invoquant la main tendue par Rome, l’obligation d’obéir aux lois et aux autorités légitimes de l’Eglise(11), la nécessité d’appartenir à l’Eglise visible(12), la possibilité de mieux œuvrer pour la Tradition à l’intérieur de l’Eglise et le schisme des sacres du 30 juin 1988.
10) Que doit-on penser de la main tendue par Rome ?
La main tendue par Rome n’était pas donnée pour le bien réel de la Tradition dans l’Eglise mais pour conduire progressivement les traditionalistes aux erreurs conciliaires. C’était une tactique.

« A la réflexion, il nous apparaît clairement que le but des colloques et de la réconciliation est de nous réintégrer dans l’Eglise conciliaire, l’unique Eglise à laquelle vous faisiez allusion dans les catéchismes. Nous pensions que vous nous donniez les moyens de continuer et de développer les œuvres de la Tradition. »(13).

« Ce que Rome accorde à présent en faveur de la tradition, n'est qu'un geste purement politique, diplomatique pour forcer les ralliements. Mais ce n'est pas une conviction dans les bienfaits de la Tradition. »
11) Que doit-on penser de l’obligation d’obéir aux lois et aux autorités légitimes de l’Eglise ?
Tout catholique est tenu d’obéir aux lois et aux autorités légitimes de l’Eglise précisément en tant que ces lois et ces autorités sont légitimes, c'est-à-dire au service du bien commun.

En revanche, tout catholique est tenu de s’opposer à des lois et à des ordres illégitimes même prescrits par des autorités légitimes.
   
Or, si la FSSPX ne remet pas en cause la légitimité des autorités ecclésiastiques, elle récuse celle des lois et des ordres d’inspiration conciliaire, comme l’ensemble (et non l’intégralité) des normes du nouveau code de droit canonique, par exemple.

« Il y a ceux qui sont malades de penser que l’on doit s’opposer à Rome. Ils ne sont pas d’accord. Eh bien, c’est qu’ils n’ont pas vu véritablement le problème de l’invasion libérale à Rome. (…) Ils n’ont peut-être qu’une foi sentimentale, ceux qui hésitent. Ils n’ont pas le sens doctrinal du magistère, de l’Eglise de toujours, de la Tradition, de la foi catholique. Ils disent : ‘On n’est pas tout à fait d’accord, mais on ne peut pas se séparer du pape. On préfère une union légale, canonique, régulière avec les autorités ecclésiastiques. Nous ne pouvons pas rester ainsi indéfiniment séparés des autorités romaines et des évêques. Ce n’est pas possible. Mais, vous allez voir, nous allons garder la Tradition. Nous ferons ci, nous ferons cela. On ne veut pas se laisser avoir’. Tous ceux qui nous ont quittés et qui ont dit cela, ont tous lâché. Ils ne pouvaient pas supporter d’être trop séparés des autorités ecclésiastiques »(14).
12) La Fraternité Saint-Pie X et les communautés amies sont-elles en dehors de l’Eglise visible ?
« Cette histoire d’Église visible de Dom Gérard et de M. Madiran est enfantine. C’est incroyable que l’on puisse parler d’Église visible pour l’Église conciliaire par opposition à l’Église catholique que nous essayons de représenter et de continuer »(15).

« Où est l’Église visible ? L’Église visible se reconnaît aux signes qu'elle a toujours donnés pour sa visibilité : elle est Une, Sainte, Catholique et Apostolique. (…) où sont les véritables marques de l’Église ? Sont-elles davantage dans l’Église officielle (il ne s’agit pas de l’Église visible, il s’agit de l’Église officielle) ou chez nous, en ce que nous représentons, ce que nous sommes ?

S’il y a encore une visibilité de l’Église aujourd’hui, c’est grâce à vous. Ces signes ne se trouvent plus chez les autres. Il n’y a plus chez eux d’unité de la foi, or c’est la foi qui est la base de toute visibilité de l’Église. La catholicité, c’est la foi une dans l’espace. L’apostolicité c’est la foi une dans le temps et la sainteté c’est le fruit de la foi, qui se concrétise dans les âmes par la grâce du Bon Dieu, par la grâce des sacrements.

Il est tout à fait faux de nous considérer comme si nous ne faisions pas partie de l’Église visible. [... ] c'est se tromper en assimilant l’Église officielle et l’Église visible. » (17)
13) Est-il vrai qu’il est plus facile d’œuvrer pour la Tradition à l’intérieur de l’Eglise ?
Non, ce n’est pas vrai ; premièrement, parce que les traditionalistes ne sont pas en dehors de l’Eglise ; deuxièmement, parce que la défense de la Tradition suppose de se prémunir de la contagion conciliaire ; troisièmement parce que la profession de la foi suppose une distinction nette des positions qu’amoindrirait une collaboration officielle.

Ne serait-ce pas (…) dans le plan de la Providence, que la Tradition catholique de l’Eglise ne soit pas intégrée dans le pluralisme de l’Église conciliaire, tant que celle-ci souille l’honneur de l’Église catholique et offusque tant son unité que sa visibilité ? »(18)

« Ce sont des choses qui sont faciles à dire. Se mettre à l’intérieur de l’Église, qu’est-ce que cela veut dire ? Et d’abord de quelle Église parle-t-on ? Si c’est de l’Église conciliaire, il faudrait que nous qui avons lutté contre elle pendant 20 ans parce que nous voulons l’Église catholique, nous rentrions dans cette Église conciliaire pour soi-disant la rendre catholique. C’est une illusion totale »(19)

« Le renouveau ne peut désormais se réaliser que par des évêques libres de faire revivre la foi et la vertu chrétienne par les moyens que Notre-Seigneur a confiés à son Église pour la sanctification des prêtres et des fidèles. Seul un milieu entièrement dégagé des erreurs modernes et des mœurs modernes peut permettre ce renouveau. Ce milieu, c’est le milieu qu’ont visité le cardinal Gagnon et Monseigneur Perl, milieu formé de familles profondément chrétiennes, ayant de nombreux enfants, et d’où proviennent de nombreuses et excellentes vocations » (20)
14) Est-il vrai que les sacres du 30 juin 1988 sont un schisme ?
Le schisme est un refus d’obéir par principe à l’autorité du Saint-Père. Or, les sacres du 30 juin 1988 ne contiennent pas cette volonté. Les sacres de 1988 manifestent au contraire la fidélité de la FSSPX au Siège apostolique malgré ses errements. Une des plus grandes marques de fidélité au pape ne consiste pas à le suivre par une fausse obéissance dans ses erreurs mais à l’en détourner autant que possible.
15) Est-il au moins exact que suivre la Fraternité conduit au schisme ?
Il existe évidemment un danger de tendre au schisme en évitant de se soumettre à l’autorité pontificale imbue de ses erreurs, en prenant l’habitude d’agir indépendamment du pape.

« Il y aurait danger de schisme si les évêques sacrés par Monseigneur Lefebvre se constituaient en chefs d’églises autonomes (ou autocéphales, comme le disent les orthodoxes) »(21). Ce qui n’est pas le cas.

Cependant, ce danger est bien moindre que celui d’assimiler les erreurs conciliaires inoculées par les autorités ecclésiastiques.
    
« Il nous faut absolument convaincre les fidèles (…) que c’est un danger de se mettre entre les mains des évêques conciliaires et de la Rome moderniste. C’est le plus grand danger qui les menace. Si nous avons lutté pendant 20 ans pour éviter les erreurs conciliaires, ce n’est pas pour nous mettre maintenant dans les mains de ceux qui les professent »(22).

« Il me semble opportun d’analyser l’action du démon pour affaiblir ou réduire à néant notre œuvre. La première tentation consiste à maintenir de bons rapports avec le pape ou les évêques actuels. Évidemment il est plus normal d’être en harmonie avec les autorités que d’être en conflit avec elles. La Fraternité sera alors accusée d’exagérer les erreurs du Concile Vatican II, de critiquer abusivement les écrits et les actes du pape et des évêques, de s’attacher avec une rigidité excessive aux rites traditionnels et, en définitive, de présenter une tendance au sectarisme qui la conduira un jour au schisme. Une fois mentionné le mot schisme on s’en servira comme d’un épouvantail pour faire peur aux séminaristes et à leurs familles, les conduisant à abandonner la Fraternité d’autant plus facilement que les prêtres, les évêques et Rome elle-même prétendent offrir des garanties en faveur d’une certaine Tradition. »(23)
16) La position des ralliés conduit-elle au schisme ?
La position des ralliés conduit au schisme. Car le schisme consiste non seulement à refuser la primauté du pape mais à refuser la Tradition. Or, participer à cette démolition de la Tradition participe d’une attitude schismatique.

« Cette Église conciliaire est une église schismatique, parce qu’elle rompt avec l’Église catholique de toujours. Cette Église conciliaire est schismatique parce qu’elle a pris pour base de sa mise à jour des principes opposés à ceux de l’Église catholique. L’Église qui affirme de pareilles erreurs est à la fois schismatique et hérétique. Cette Église conciliaire n’est donc pas catholique. »(24)

« Dans la mesure où le pape s’éloignerait de cette tradition, il deviendrait schismatique, il romprait avec l’Église. (…) Tous ceux qui coopèrent à l’application de ce bouleversement acceptent et adhèrent à cette nouvelle église conciliaire et entrent dans le schisme. »(25)
17) Les sacrements des prêtres ralliés sont-ils valides ?
Les sacrements des prêtres ralliés sont valides dans la mesure où leurs ordinations le sont (pour les sacrements qui requièrent la prêtrise chez le ministre). Or, on peut avoir un doute sur le sacerdoce de clercs ralliés qui ont été ordonnés par des évêques eux-mêmes douteusement sacrés en raison d’intentions équivoques et du nouveau rite des sacres épiscopaux (après 1968).

Quant aux confirmations données dans les communautés ralliées, le doute de la validité se pose de surcroît relativement à la matière utilisée pour le Saint-Chrême. Si l’huile n’est pas de l’huile d’olive, comme cela est aujourd’hui autorisé et pratiqué, un doute demeure.

« Tous ces séminaristes qui sont ici présents, si demain le bon Dieu me rappelle, et ce sera sans doute sans tarder, eh bien, ces séminaristes de qui recevront-ils le sacrement de l’ordre ? Des évêques conciliaires, dont les sacrements sont tous douteux, parce qu’on ne sait pas exactement quelles sont leurs intentions ? Ce n’est pas possible ! »(26)
18) Peut-on se rendre aux messes des « ralliés » ?
Non, on ne peut pas se rendre aux messes des ralliés, premièrement parce que l’assistance à la messe est une profession publique de la foi et que cette profession de foi est altérée par les ralliés, deuxièmement parce que l’assistance à la messe ralliée entraîne une relativisation des oppositions doctrinales, troisièmement parce qu’une telle assistance développe des contacts périlleux pour la foi.

« Ils disent aussi : la messe est bien, nous y allons. Oui, il y a la messe. Elle est bien, mais il y a aussi le sermon ; il y a l'ambiance, les conversations, les contacts avant et après, qui font que tout doucement on change d'idées. C'est donc un danger et c'est pourquoi d'une manière générale j'estime que cela fait un tout. On ne va pas seulement à la messe, on fréquente un milieu.

Il y a évidemment des gens qui sont attirés par les belles cérémonies qui vont aussi à Fontgombault, où l'on a repris la messe ancienne. Ils se trouvent dans un climat d'ambiguïté qui à mon sens est dangereux. Dès lors que l'on se trouve dans cette ambiance, soumis au Vatican, soumis en définitive au Concile, on finit par devenir œcuméniste »(27).
19) Quelle doit être notre attitude vis-à-vis des ralliés ?
« [Dom Gérard] voudrait en même temps garder l’amitié et le soutien des traditionnalistes, ce qui est inconcevable. Il nous accuse d[‘être] “résistantialistes” »(28).

« Nous n’aurons plus aucun rapport avec le Barroux et nous avertirons tous nos fidèles de ne plus soutenir une œuvre désormais dans les mains de nos ennemis, ennemis de Notre-Seigneur et de son Règne universel »(29).

« Il est clair que tous ceux qui nous quittent ou qui nous ont quittés pour sédévacantisme ou parce qu’ils veulent être soumis à la hiérarchie actuelle de l’Eglise tout en espérant garder la Tradition, nous ne pouvons plus avoir de rapports avec eux. Ce n’est pas possible. Nous disons, nous, que l’on ne peut pas être soumis à l’autorité ecclésiastique et garder la Tradition. Eux affirment le contraire. C’est tromper les fidèles. (…) nous voulons être absolument indemnes de compromission tant à l’égard des sédévacantistes qu’à l’égard de ceux qui veulent être soumis à l’autorité ecclésiastique »(30). « Qu’on ait des contacts avec eux pour les ramener à la Tradition, les convertir, à la rigueur. C’est le bon œcuménisme. Mais donner l’impression qu’on regrette presque, et qu’après tout on irait bien parler avec eux, ce n’est pas possible »(31).
20) Ne faudrait-il pas au contraire s’unir et faire un front commun ?
Le pacte d’alliance était en vigueur depuis 15 ans. Il n’était que de le renouveler le 30 juin dans l’unanimité doctrinale et prudentielle : c’était indispensable pour continuer le combat pour le Christ Roi. (…) Celui [Dom Gérard] qui a rompu l’alliance sacrée en appelle maintenant à une nouvelle alliance »(32).

« Je crois que ce qui a contribué à perdre Dom Gérard c’est son souci de ‘s’ouvrir à tous ceux qui ne sont pas avec nous et qui peuvent aussi profiter de la liturgie traditionnelle’. Nous voulons essayer, disait-il, de ne plus avoir cette attitude critique, stérile, négative. Nous allons nous efforcer d’ouvrir nos portes à tous ceux qui éventuellement n’auraient pas nos idées, mais qui aimeraient la liturgie, afin de les faire profiter aussi des bienfaits de la vie monastique. Dès cette époque je m’étais inquiété de ce que je considérais comme une opération très dangereuse. C’était l’ouverture de l’Église au monde et on a bien dû constater que c’est le monde qui a converti l’Église. Dom Gérard s’est laissé contaminer par ce milieu qu’il a reçu dans son monastère »(33).
21) « N'est-ce pas un peu sévère ?
Mais non. (…) Ce n'est pas de gaieté de cœur que nous avons eu des difficultés avec Rome. Ce n'est pas par plaisir que nous avons dû nous battre. Nous l'avons fait pour des principes, pour garder la foi catholique. Et ils étaient d’accord avec nous. Ils collaboraient avec nous. Et puis tout à coup on abandonne le vrai combat pour s'allier aux démolisseurs sous prétexte qu'on leur accorde quelques privilèges. C'est inadmissible. Ils ont pratiquement abandonné le combat de la foi. Ils ne peuvent plus attaquer Rome »(34).

Abbé François-Marie Chautard, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X
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Notes
(1) Mgr Lefebvre, lettre du 18 août 1988 au père Thomas d’Aquin
(2) Entretien exclusif avec Mgr Marcel Lefebvre – Fideliter n° 79 de janvier-février 1991
(3) Pour plus de renseignements, on peut se reporter au Combat de la foi n° 176 « Ecclesia Dei ? Danger ! », mars 2016 ou à Abbé Gaudron, Catéchisme de la crise catholique dans l’Eglise, éd. Le Sel, dernier chapitre.
(4) Entretien exclusif avec Mgr Marcel Lefebvre – Fideliter n° 79 de janvier-février 1991 
(5) Entretien exclusif avec Mgr Marcel Lefebvre – Fideliter n° 79 de janvier-février 1991 
(6) Dans sa lettre au pape du 8 juillet 1988 Dom Gérard sollicitait pour ses moines « la grâce d’être relevés de toutes censures et irrégularités que nous aurions pu encourir du fait que la plupart de nos prêtres ont été ordonnés par Son Excellence Monseigneur Marcel Lefebvre, alors suspens » Fideliter n° 67 janvier-février 1989, p. 10. « C’est une raison supplémentaire pour ne pas accepter un schisme et je l’ai dit publiquement dès les premières menaces faites à Écône, il y a déjà un an. » (R. P. Bruno de Blignières, Famille chrétienne, 21 juillet 1988) 
(7) Entretien exclusif avec Mgr Marcel Lefebvre – Fideliter n° 79 de janvier-février 1991
(8) Sous la dépendance de la commission romaine fondée par le motu proprio éponyme condamnant les sacres de 1988.
(9) Entretien exclusif avec Mgr Marcel Lefebvre – Fideliter n° 79 de janvier-février 1991
(10) Mgr Lefebvre, sermon à l’occasion des 20 ans de la Fraternité, Fideliter n° 76 de juillet-août 1990, p. 11
(11) « Toutes choses étant égales par ailleurs, c'est-à-dire la foi et les sacrements étant saufs, il est meilleur d’être en accord avec les lois de l’Eglise que d’y contrevenir » Déclaration de Dom Gérard, Fideliter n° 65 septembre-octobre 1988, p. 18.
(12) « Il est préjudiciable que la Tradition même de l’Eglise soit reléguée hors de son périmètre officiel visible. (…) La visibilité de l’Eglise est un de ces caractères essentiels » Déclaration de Dom Gérard, Fideliter n° 65 septembre-octobre 1988, p. 18.
(13) Mgr Lefebvre, lettre du 24 mai 1988 au cardinal Ratzinger
(14) Entretien exclusif avec Mgr Marcel Lefebvre – Fideliter n° 79 de janvier-février 1991
(15) Mgr Marcel Lefebvre – Fideliter n° 68 de mars-avril 1989, p. 13-14
(16) Entretien exclusif avec Mgr Marcel Lefebvre – Fideliter n° 79 de juillet-août 1989, p. 6
(17) Conférence de Mgr Lefebvre, Ecône 9 septembre 1988 
(18) Abbé Schmidberger, Fideliter n° 65 septembre-octobre 1988, p. 20
(19) Entretien exclusif avec Mgr Marcel Lefebvre – Fideliter n° 79 de juillet-août 1989, p. 6.
(20) Mgr Lefebvre, lettre du 20 mai 1988 au pape Jean-Paul II
(21) Dom Gérard, sermon du 2 août 1987, Fideliter n° 67 janvier-février 1989, p. 5
(22) Entretien exclusif avec Mgr Marcel Lefebvre – Fideliter n° 79 de juillet-août 1989, p. 13-14.
(23) Lettre de Mgr Lefebvre à Mgr de Galarreta en 1989
(24) Réflexions, 29 juillet 1976, Itinéraires, La condamnation sauvage, n°40.
(25) Mgr Lefebvre, interview au Figaro du 02 août 1976
(26) Mgr Lefebvre, sermon des sacres
(27) Entretien exclusif avec Mgr Marcel Lefebvre – Fideliter n° 79 de janvier-février 1991
(28) Mgr Lefebvre, lettre du 18 août 1988 au père Thomas d’Aquin
(29) Mgr Lefebvre, lettre du 18 août 1988 au père Thomas d’Aquin 
(30) Conférence à Flavigny, décembre 1988, Fideliter n° 68, p. 16. 
(31) L’Eglise infiltrée par le modernisme, p. 139.
(32) Abbé Schmidberger, Fideliter n° 65 septembre-octobre 1988, p. 20
(33) Mgr Lefebvre, Fideliter n° 66 de novembre-décembre 1988, p. 14-15
(34) Entretien exclusif avec Mgr Marcel Lefebvre – Fideliter n° 79 de janvier-février 1991