19 juin 2018

[Côme de Prévigny - Renaissance Catholique] Les élections dans les communautés traditionnelles

SOURCE - Côme de Prévigny - Renaissance Catholique - mai-juillet 2018

Le monde traditionnel s’apprête à vivre une année de changements. Deux communautés de prêtres, non des moindres, vont réunir cet été leurs instances en chapitre général pour élire leurs supérieurs respectifs et pour donner des directives qui auront des impacts sur les années futures.
   
La Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, fondée en 1970 et qui atteindra bientôt son cinquantenaire, vivra le quatrième chapitre électif de son histoire.

La Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, dont les fondateurs sont issus de l’œuvre créée par Mgr Lefebvre, était née dans la difficulté, traversant une grave crise en 2000. Elle devrait, à l’occasion de cette session, se garantir les cadres pour pérenniser son expansion au profit des âmes.

La Fraternité Saint-Pie X n’a connu que peu de changements malgré sa longévité. L’abbé Franz Schmidberger avait été désigné en 1982 par l’ancien archevêque de Dakar et Mgr Bernard Fellay, choisi pour devenir évêque par le premier, est supérieur général depuis vingt-quatre ans. La désignation d’un tel responsable religieux revêt une importance immense dans la mesure où il se trouve à la tête de plus de six cents prêtres, sans compter les séminaristes, les frères et les oblates, qu’il conduit d’une certaine façon tout un mouvement constitué de communautés amies qui lui ont accordé leur confiance et qu’il se trouve depuis plus de quarante ans le garant des relations complexes avec le Saint-Siège, lesquelles rejaillissent sur le traditionalisme en général et, dans une certaine mesure, sur le catholicisme universel.
Quel chemin suivre ?
L’œuvre suivra-t-elle le chemin indiqué par ses très fidèles soutiens ? Au cours des deux années passées, les dominicaines enseignantes de Brignoles et de Fanjeaux ont reconduit dans leurs fonctions leurs supérieures générales respectives. À l’inverse, les sœurs de la Fraternité Saint-Pie X viennent de remettre les deux cents religieuses sous l’autorité d’un gouvernement rajeuni. En soi, les quarante et un capitulants qui se réuniront au séminaire d’Écône peuvent choisir parmi tous les prêtres membres. Ils ont la possibilité assez traditionnelle de désigner un confrère jeune. En effet, l’abbé Schmidberger et Mgr Fellay avaient tous deux trente-six ans au moment de leurs élections en 1982 et 1994. À l’inverse, le fondateur parvenait à conduire avec efficacité les relations romaines à plus de quatre-vingts ans. C’est dire si le choix reste assez ouvert.

La Fraternité Saint-Pierre est presque deux fois plus jeune, mais le renouvellement de son supérieur général et des trois assistants (la Fraternité Saint-Pie X n’en n’a que deux) se fait tous les six ans, contre douze au sein de l’œuvre d’Écône. De ce fait, elle n’a compté comme elle que trois supérieurs généraux, l’un ayant été réélu dans les deux cas. Les abbés Josef Bisig et Arnaud Devillers, premiers supérieurs de la Fraternité Saint-Pierre étaient d’anciens membres allemand et français de la Fraternité Saint-Pie X et, en 2006, ils furent remplacés par l’abbé John Berg, américain d’origine, âgé de trente-six ans, dont l’élection mit définitivement fin à la crise qui avait séparé les premières années tenants du biritualisme et partisans de l’exclusivité du missel traditionnel. Pour des raisons constitutionnelles et malgré une grande expansion au cours de son supériorat, le supérieur sortant ne pourra cependant pas être chargé d’un troisième mandat, à moins de modifier les statuts, plaçant l’œuvre de près de trois cents prêtres dans une relative ouverture quant à la désignation de son supérieur. La règle de longévité ne s’applique pas à la Fraternité Saint-Pie X. En soi, Mgr Fellay peut être réélu pour douze ans, l’amenant à trente-six ans de supériorat. Les autres communautés de prêtres constituant le monde traditionnel choisiront leurs supérieurs plus tard, en fonction de leurs calendriers propres. Ce sera l’an prochain pour l’Institut du Bon Pasteur ou la Fraternité de la Transfiguration de Mérigny, dans deux ans pour l’Institut du Christ-Roi.
Les supérieurs sont élus
Comme c’est d’usage dans l’Église, les supérieurs de ces communautés sont élus par leurs subalternes. Cependant tous ne participent pas au chapitre général. Seuls les supérieurs des principales charges sont membres de cette petite assemblée. Sont ajoutés en général des membres élus en interne. C’est le cas à la Fraternité Saint-Pierre. Mais ce n’est pas le cas à la Fraternité Saint-Pie X. En effet, en rédigeant les statuts, Mgr Lefebvre avait trouvé très déplaisant qu’une forme d’esprit démocratique puisse s’installer dans les œuvres, craignant le poids des réseaux de communication, et surtout redoutant l’émergence de groupes de pression comme il avait pu le constater chez les deux mille Pères du Saint-Esprit dont il fut le supérieur général de 1962 à 1968. C’est pour cette raison qu’un quart du collège électoral au sein de la Fraternité Saint-Pie X est constitué non de grands électeurs nommés mais des membres les plus anciens qui se sont engagés dans l’œuvre. Néanmoins, à la Fraternité Saint-Pierre, les fondateurs sont membres de droit du chapitre, comme c’est d’ailleurs le cas à l’Institut du Bon Pasteur, cette disposition garantissant une certaine pérennité à une portion des membres de l’assemblée désignant le supérieur.

Ces dispositions assurant une certaine constance dans ces communautés d’origine française ou suisse a pour incidence de laisser une large part aux Français. Les dix anciens du chapitre général de la Fraternité Saint-Pie X en sont, à une exception près. Il en est de même pour les membres fondateurs de l’Institut du Bon Pasteur qui siègeront l’an prochain. Pour le collège qui se réunira à Écône cet été, ils seront français pour près de la moitié (dix-huit sur quarante et un), même si pour beaucoup, ils exercent leur ministère à l’étranger et non dans l’hexagone. Viennent ensuite sept Suisses, puis quatre Américains, trois Allemands, trois Argentins, etc. Signe que le traditionalisme se développe de plus en plus de l’autre côté de l’Atlantique, le chapitre général de la Fraternité Saint-Pierre – laquelle est dirigée jusqu’à cette année par un citoyen américain – se tiendra, quant à lui, au séminaire des États-Unis à Denton. Désormais un tiers des capitulants sont américains, un autre tiers étant composé de Français.
Les enjeux de ces élections
Restent les enjeux des deux élections de cet été. Le défi de la Fraternité Saint-Pierre sera de maintenir la dynamique qui a permis à l’œuvre d’ouvrir un grand nombre d’apostolats ces dernières années. Dans le même temps, les nouveaux responsables devront s’assurer de la cohésion du corps sacerdotal. Le nombre croissant des membres favorise inexorablement la création de courants internes. C’est précisément le problème qui se pose à la Fraternité Saint-Pie X et qui a pu créer un certain flottement depuis la fin des colloques doctrinaux entre Rome et Écône, en particulier en France. Mais contrairement à l’effet loupe que procure la toile, il ne risque pas d’y avoir de « grand soir » au sein de l’œuvre, qui pourrait par exemple inaugurer une période de durcissement. Les capitulants sont les supérieurs, les responsables intermédiaires et les membres les plus anciens qui ont traversé avec fair play les scissions depuis cinquante ans, bref, il ne s’agit pas vraiment de contestataires. Et au sein du chapitre général, il n’y aucun représentant de ce qu’il est convenu d’appeler la résistance (proches de Mgr Williamson ou d’Avrillé). Qu’il y ait renouvellement ou pas à la tête de la Fraternité Saint-Pie X, une certaine pérennité de la ligne prévaudra.

Néanmoins le contexte a profondément changé pour la Fraternité Saint-Pie X depuis le précédent chapitre général électif, en 2006. Entre-temps sont intervenus le Motu Proprio Summorum Pontificum en 2007, la levée des excommunications en 2009, les actes romains validant les confessions, les ordres et les mariages conférés dans la Fraternité, modifiant les analyses canoniques et ecclésiologiques de la situation. De même, il est fort probable que la configuration ne sera plus la même dans douze ans. Les générations des prêtres les plus âgés commenceront à aspirer à un repos mérité, restreignant les possibilités d’expansion, tandis que se posera le problème du renouvellement des évêques, alors que les conditions réunies pour l’acte de 1988 ne seront plus forcément les mêmes qu’il y a trente ans. Néanmoins, l’action du Saint-Esprit d’un côté, la vertu d’Espérance de l’autre, nous engagent à demeurer confiants et sereins face à toutes ces échéances et à nous rappeler que Dieu reste maître de la destinée de la barque qu’est l’Église. Au surplus, on peut légitimement penser que Notre Seigneur ne dédaignera pas soudainement le rôle d’aiguillon qu’il a confié au mouvement traditionnel au sein du catholicisme.

[Bertrand Y. (blog)] La santé de l'Eglise et de la Fraternité Saint-Pie X

SOURCE - Bertrand Y. (blog) - 19 juin 2018

C’est une évidence que, depuis des décennies, le corps de l’Eglise, dans sa composante humaine ou faillible, est malade et même très gravement malade. Car, comme un corps physique qui l’est également, il ne parvient plus à se défendre contre ce qui porte atteinte à son intégrité. Son système immunitaire est défaillant. La preuve de sa santé est, en effet, sa capacité à réagir comme il faut aux attaques contre son bien commun fondamental qu’est la foi, soit en elle-même, soit en ce qui lui est connexe dans la doctrine ou dans la discipline.
     
Cela se constate, tout d’abord, dans la sa manière de tenir ses conciles convoqués justement pour définir, dans la concertation la plus large et sereine possible de l’ensemble de ses principaux chefs et sages et l’invocation spéciale du St Esprit (charisme d’infaillibilité), les moyens adéquats de remédier aux maux les plus graves d’une époque. Trois exemples suffisent à l’illustrer. Le tout premier concile, qui a réuni les Apôtres, a ainsi résolu la question, disputée entre les judéo-chrétiens et St Paul, des prescriptions mosaïques pour les nouveaux chrétiens issus du paganisme. Le concile de Trente (XVIème) fut réuni pour réfuter les erreurs protestantes et réformer en profondeur la discipline de l’Eglise, notamment pour la formation des prêtres, et lui procurer ainsi comme un nouveau départ qui se solda notamment, en quatre siècles, par des gains considérables en pays de mission, à commencer dans le Nouveau Monde. Le concile Vatican II l’illustre aussi mais malheureusement comme contre-exemple. On pouvait s’attendre, en effet, à ce qu’au moins il s’occupe à réfuter aussi, de façon plus radicale et solennelle, les principales erreurs graves (qui divisent alors que la vérité unit) circulant dans l’Eglise depuis les cent dernières années (libéralisme, modernisme etc.) bien que déjà vigoureusement condamnées par les papes, notamment par St Pie X et Pie XII, mais manifestement sans en être éradiquées. Il n’en fut rien puisque ce fut tout le contraire qui arriva, à savoir le triomphe officiel et incroyable, dans et par le concile lui-même, de ces erreurs dont le pendant (et le châtiment) fut la peau de chagrin à laquelle devint vite réduite l’Eglise!

Un autre constat de la santé ou non de l’Eglise est dans l’attitude de son chef suprême. Nous venons de citer St Pie X qui en est l’un des plus beaux exemples et encore proche de nous ; et auquel on doit, en majeure partie, l’œuvre magnifique accomplie partout par l’Eglise jusqu’à Pie XII inclus. Car, à lui tout seul, il a réalisé une œuvre comparable à celle du grand Concile de Trente, à la fois dans la réfutation des graves erreurs contemporaines et dans les réformes disciplinaires à mettre en œuvre afin d’y remédier en profondeur. Le « bon pape Jean » en est aussi une illustration mais malheureusement a contrario : par son optimisme béat, volontariste, sorte de positivisme moral, à ne voir que les bons côtés ou petites parcelles de vérité dans le monde présent ou dans les autres religions alors que leurs erreurs et égarements graves y crèvent les yeux ! D’où son refus de les condamner, par une conception faussée de la charité, soit en tant que pape, soit dans le concile convoqué par lui. Certes, selon St Paul, la charité « se réjouit de la vérité, ne tient pas compte du mal, excuse tout ou supporte tout » (I Cor, 13) ; mais, aussi selon le même, elle « proclame la Parole, insiste à temps et à contretemps, reprends, menace, exhorte etc. » (II Tim, 4). Et on ne connait que trop la suite, toujours plus catastrophique, jusqu’à aujourd’hui…

La facilité de diffusion du mal dans un corps est encore une preuve de son manque de santé. L’Eglise est déjà passée par un tel état dans son histoire : lors de la crise arienne (IVème) où, comme il a été dit, un matin, le monde se réveilla arien ! En effet, la plupart des évêques, ainsi que l’empereur romain, devinrent ariens ou semi-ariens. Même un pape de cette époque, Libère, semble avoir eu quelque faiblesse. Ce qui explique que le grand héraut et héros de la foi d’alors, St Athanase, fusse tant persécuté et plusieurs fois chassé de son siège épiscopal. La situation fut analogue, lors de la crise protestante, dans l’Europe, alors, toute catholique, où près de la moitié bascula totalement, clergés, princes et fidèles, dans l’hérésie et où les catholiques demeurés fidèles furent violemment persécutés. N’a-t-on pas connu la même chose au XXème à l’occasion du concile Vatican II où un semblable vent de folie, et non le St Esprit, semble avoir encore soufflé dans l’Eglise et entraîné la quasi totalité des évêques à signer des textes, approuvés ensuite par le pape, totalement novateurs et formellement opposés à sa Tradition bimillénaire?

Toute proportion gardée, ce qui vaut pour l’ensemble de l’Eglise vaut aussi pour chacune de ses parties. A la veille d’un nouveau chapitre électif pour la Fraternité St-Pie X, moment majeur de sa vie ou pour son avenir, il n’est pas inutile de se le rappeler. Il est, en effet, un peu comme un concile à l’échelle de cette congrégation. Il se présente a priori bien car, à la différence du corps global de l’Eglise, elle paraît un corps sain. Car sa raison d’être fut la réaction claire et ferme aux graves erreurs contemporaines dans l’Eglise, à l’instar des papes d’avant Vatican II déjà nommés. Et cette attitude doctrinale, sans le moindre compromis, n’a pas changé d’un iota depuis sa fondation, est demeurée dans la droite ligne de celle de son célèbre fondateur, Mgr Marcel Lefebvre.

Ce qui pour autant ne signifie pas que tout y aille bien. Il n’a certainement pas échappé aux observateurs des événements publics de sa vie interne qu’elle a même un talon d’Achille : s’il n’est assurément pas doctrinal, il est, en revanche, disciplinaire (application juste de la doctrine), à commencer par la difficulté de son positionnement à l’égard de Rome, inhérente à son état de résistance (légitime). Cette question a posé problème depuis son origine, a causé des troubles et même des scissions récurrents : avec principalement les « sedevacantistes » (années 70 et 80), les « ralliés » (fin années 80 et suivantes) et récemment les « résistants », opposés à toute régularisation de la situation canonique par la Rome actuelle, considérée comme se jeter dans la gueule du loup. Sa ligne de conduite a toujours été de ne rien refuser de celle-ci tant que cela ne compromet pas l’intégrité de la foi et de la morale (danger estimé réel en 1988), ce qui n’est rien d’autre que le pur esprit de l’obéissance due envers toute autorité reconnue comme légitime ; et ce qui est logique, de sa part, puisqu’elle a toujours reconnu comme telle tous les derniers papes en rejetant le sedevacantisme. Là aussi elle semble demeurée saine par sa fermeté à reprendre, menacer, voire exclure, ses propres membres s’opposant publiquement à ses décisions sur cette question.

Gageons (et prions fort) qu’elle continue à l’être durant son chapitre tout proche, préservé de tout vent de folie, et dans la personne de son futur supérieur général!

[Abbé Alain Lorans, fsspx - FSSPX Actualités] La pastorale de la chatière

SOURCE - Abbé Alain Lorans, fsspx - FSSPX Actualités - 19 juin 2019

Le 3 mai 2018, aux évêques allemands divisés sur l’admission à la communion des protestants mariés à des catholiques, le pape François avait demandé « de trouver, dans un esprit de communion ecclésiale, un résultat si possible unanime ». Sans faire le moindre rappel de la doctrine catholique sur l’intercommunion.

Ce 5 juin, Mgr Luis Francisco Ladaria Ferrer, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a adressé au cardinal Reinhard Marx, président de la Conférence épiscopale allemande, une lettre où il affirme, de la part du pape, que le projet d’admettre à la communion des conjoints protestants, « n’est pas mûr pour être publié ». Au lieu d’un rappel doctrinal plus que nécessaire, cette lettre se contente de mettre en avant une publication prématurée, laissant entendre qu’une maturation n’est pas exclue... Le sens de la foi considère, au contraire, que ce projet d’intercommunion est bien trop mûr, fruit d’une théologie ramollie et passablement décomposée.

Un peu plus loin dans la lettre de Mgr Ladaria, on trouve cette expression : « Il semble en particulier opportun de laisser l’évêque diocésain juger de l’existence d’une “grave nécessité” ». Est-ce à dire qu’un évêque pourra au nom d’une « grave nécessité » – nécessairement « pastorale » et « miséricordieuse » –, s’affranchir dans son diocèse de la doctrine et de la discipline universelles ? Cette ouverture est, en fait, une brèche dans l’unité de l’Eglise. En termes de marine, on parle de trou sous la ligne de flottaison, signe annonciateur d’un naufrage certain.

Une fois de plus, nous avons là une illustration typique de cette « pastorale de la chatière », en vogue depuis le concile Vatican II. La porte semble fermée, mais on a pratiqué une ouverture en bas, afin de laisser passer le chat. Nul doute que le cardinal Marx, Raminagrobis crossé et mitré, « arbitre expert sur tous les cas », ne passe par la chatière pastorale, en laissant la porte doctrinale close.

17 juin 2018

[F. Louis-Marie - Le Barroux - Lettre aux Amis du Monastère] J'étais un étranger et vous m'avez accueilli

SOURCE - Le Barroux - Lettre aux Amis du Monastère - 11 juin 2018
Nous connaissons tous l’histoire du peuple de l’ancienne Alliance, au moins dans les grandes lignes. C’est comme étranger que ce peuple a pris sa première forme, en exil en Égypte. D’abord bien accueilli grâce à Joseph, il a ensuite connu l’esclavage et une liberté chèrement acquise par la traversée de la mer Rouge, puis du désert pendant quarante ans. Cette réalité originelle a été souvent rappelée à ce peuple, et c’est pourquoi Yahvé lui a demandé d’accueillir l’étranger. Le pape François rappelle que cette exigence de droit divin est toujours actuelle : « L’immigré qui réside avec vous sera parmi vous comme un compatriote, et tu l’aimeras comme toi-même, car vous-mêmes avez été immigrés au pays d’Égypte. Je suis le Seigneur votre Dieu » (Lv 19, 34), et plus forte encore est la condamnation de Jésus : « J’étais étranger et vous ne m’avez pas accueilli » (Mt 25, 35). Le magistère insiste sur ce point depuis au moins Pie XII. Il est clair que ce message ne rencontre pas un grand enthousiasme auprès des Européens, même auprès des catholiques. Il y a des raisons à cela : le terrorisme, les viols, le chômage et la défense de l’identité des pays accueillants. Certains prétendent que les évangiles ne concernent que les individus et non pas l’État. Ce point-là manque de précision.
   
Faut-il donc accueillir tous les étrangers sans aucune limite et sans prudence politique?
   
Je crois qu’il est bon de rappeler une distinction entre les commandements positifs (dits aussi affirmatifs) qui exigent de faire le bien, et les commandements négatifs, qui interdisent de faire le mal. Ces derniers valent pour tous, toujours, à tout instant, et en tout lieu. « Ne pas tuer l’innocent, ne pas commettre d’impureté, ne pas voler et ne pas mentir » sont valables sans exception. Il n’y a pas de circonstance extrinsèque qui permettrait de les commettre. Par contre, pour les commandements positifs, bien qu’ils soient a priori toujours valables, ce n’est pas à tout instant. Leur application doit tenir compte des circonstances qui la rendent possible, opportune, ou non, et déterminent la mesure selon laquelle les exécuter. Par exemple « faire l’aumône » exige que l’on aide les pauvres mais n’oblige pas à mettre en péril sa propre famille ou son pays. C’est ce qu’enseigne le Catéchisme de l’Église Catholique au n° 2241:
   
«Les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine. Les pouvoirs publics veilleront au respect du droit naturel qui place l’hôte sous la protection de ceux qui le reçoivent. Les autorités politiques peuvent en vue du bien commun dont ils ont la charge subordonner l’exercice du droit d’immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des migrants à l’égard du pays d’adoption. L’immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, d’obéir à ses lois et de contribuer à ses charges.»
   
Ainsi, un pays peut décider de fermer ses frontières à tel type d’immigration si elle présente objectivement un danger important, qu’il soit économique ou politique, à court ou à long terme, et cela sans aller contre le commandement de Dieu.
   
Saint Benoît demande que l’on accueille l’étranger comme le Christ, et qu’on lui témoigne toutes les marques d’humanité. Et il ajoute que l’on devra d’abord prier ensemble pour déjouer les ruses du démon, puis lire un passage de l’Écriture. Enfin, il précise que si l’hôte est exigeant, on le priera de se retirer.
   
+ F. Louis-Marie, o. s. b., abbé

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Des Préparatifs de Rome?

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 16 juin 2018

Comment prétendre ainsi qu’il n’y a pas conflit ?
Un combat pour la Foi, c’est tout ce que l’on vit !

Dans le contexte de crise qui submerge l’Église catholique depuis Vatican II (1962–1965), voilà subitement deux initiatives récentes des autorités romaines qui paraissent bien surprenantes. En effet, toutes deux ont l’air de favoriser la Tradition catholique que par ailleurs le pape François semble par maint côté vouloir éliminer une fois pour toutes. Le Grand Méchant Loup voudrait-il vraiment se montrer gentil envers le Petit Chaperon Rouge, ou bien ces deux gestes ne sont-ils que des ruses destinées à piéger la Fraternité Saint-Pie X dans la tanière conciliaire ? Serait-ce que Rome aussi prépare le Chapitre Général de la Fraternité prévu pour la mi-juillet ?

La première de ces deux initiatives est venue de la Commission Ecclesia Dei. On se souvient que cette institution fut créée à Rome en 1988 pour ralentir la tradition catholique qui menaçait de se développer à un rythme accéléré. Or, à la mi-février de cette année, Ecclesia Dei accordait à la Fraternité Saint-Pierre, d’orientation semi-traditionnelle, l’usage des rites liturgiques hautement traditionnels de la Semaine Sainte. Ces rites ont été utilisés durant plusieurs siècles avant que la réforme liturgique lancée par le cardinal Bugnini dans les années 1950 n’ait conduit à la nouvelle messe introduite à la fin des années 1960. Cette ancienne liturgie de la Semaine Sainte devient de plus en plus populaire auprès des catholiques qui répudient la nouvelle messe. La raison en est qu’elle contient de nombreux traits allant à l’encontre de la nouvelle liturgie moderniste que Paul VI, par une astuce administrative, a réussi à imposer à l’Église universelle en 1969. Faut-il croire que Rome se désengage enfin de la nouvelle messe ?

Non pas. Comme dit le célèbre vers de Virgile : « Quoi qu’il en soit, je crains les Grecs, même lorsqu’ils font des cadeaux ». Ce don fait à la Tradition peut très bien avoir été conçu par Rome pour persuader tous les Petits Chaperons Rouges, en particulier les participants au Chapitre Général de Juillet, qu’après tout le Grand Méchant Loup n’est pas aussi méchant qu’on le dit. Le Chapitre de juillet prochain est important pour Rome car ce bastion de la Foi, érigé par Monseigneur Lefebvre, doit être démantelé, parce qu’il a constitué de par son intense combat pour la Foi un véritable barrage entravant la marche du Nouvel Ordre Mondial, entrave sans aucune proportion avec la force numérique de la Fraternité Saint Pie X. Depuis la mort de Mgr Lefebvre, ce combat a été gravement affaibli, mais Rome peut craindre que le Chapitre ne le ressuscite. La volonté de Rome est qu’on élise comme Supérieur Général encore un libéral, à la rigueur un candidat de compromis, mais en tout cas pas un combattant de la Foi !

L’autre action inattendue de Rome a eu lieu le 16 mai dernier, lorsqu’un journaliste bien connue du Vatican, Andrea Tornielli, a mis en lumière un extrait d’un livre publié récemment par un fonctionnaire romain sur le Pape Paul VI (1963–1978). L’extrait est un compte-rendu détaillé de la conversation de septembre 1976 entre le pape et Mgr Lefebvre, tenue dans les deux mois qui suivirent la messe de Lille célébrée par l’archevêque devant une foule immense. Cette messe a marqué le début du mouvement traditionnel, de sorte que le pape a voulu freiner l’archevêque. La conversation dura un peu plus d’une demi-heure et les Romains prirent des notes. Peu après, Mgr Lefebvre en donna une version quelque peu différente du script maintenant dévoilé par Rome. Mais pourquoi les Romains ont-ils gardé par devers eux cette relation plus complète pendant 42 ans ? Et pourquoi décident-ils de la publier maintenant ?

La réponse doit se situer dans le “quelque peu différente”. L’admirable site Internet d’Amérique Latine, Non possumus, a publié côte à côte la version romaine et le propre récit de Mgr lefebvre. Les lecteurs de Non possumus peuvent vérifier par eux-mêmes comment les Romains ont blanchi l’aveuglement de Paul VI et leur propre vilenie. Exemple emblématique : Paul VI y a accusé l’archevêque de demander à ses séminaristes de prêter serment contre le pape, ce qui était absolument faux. L’archevêque a déclaré qu’il était prêt à jurer sur un crucifix que le pape l’avait accusé de faire prêter un tel serment. Un porte-parole romain a alors officiellement démenti qu’il ait été fait mention dans la conversation d’un tel serment.

De même, la version de Rome dissimule l’abîme qui sépare de la foi de l’Archevêque le modernisme de Paul VI. Tout se passe comme si les Capitulants n’auraient nul besoin de s’inquiéter de cette distance infinie séparant la Rome Conciliaire de la Fraternité Saint Pie X : qu’ils élisent comme Supérieur encore un libéral, mais un candidat de compromis fera aussi l’affaire !

Kyrie eleison.

[Catholic Family News - FSSPX Actualités] Entretien de l’abbé Niklaus Pfluger

Monsieur l’abbé Niklaus Pfluger,
Premier Assistant général de la
Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X
SOURCE - Catholic Family News - FSSPX Actualités - 8 juin 2018

Le 8 juin 2018, l’abbé Niklaus Pfluger, Premier Assistant général de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, a accordé un entretien à Brian McCall pour le site d’informations Catholic Family News (CFN), lors de son passage à Notre-Dame-de-La-Salette Boys Academy, une école dirigée par la Fraternité dans l’Etat de l’Illinois, aux Etats-Unis. 

Avec l'aimable autorisation de CFN, FSSPX.Actualités publie la version française officielle de cet entretien.
CFN : Monsieur l’abbé, soyez tout d’abord vivement remercié d’avoir bien voulu prendre le temps d’aider nos lecteurs à mieux comprendre le prochain Chapitre général, ainsi que la manière dont s’exerce l’autorité au sein de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Pour commencer, pourriez-vous nous dire quelques mots vous concernant? D’où êtes-vous originaire? Quand et comment avez-vous entendu parler pour la première fois de l’apostolat réalisé par la Fraternité? Quand avez-vous reçu le sacrement de l’Ordre? Quelles différentes fonctions avez-vous, jusqu’ici, occupées au sein de la Fraternité?
Niklaus Pfluger : Je suis né en Suisse en 1958, un pays qui compte dans l’histoire de la Fraternité. Dans ma famille, nous étions toujours à la recherche de prêtres ayant conservé la Tradition, et c’est ainsi que nous avons entendu parler pour la première fois de Mgr Marcel Lefebvre, autour des années 1974-1975, par le biais des conférences que l’Archevêque donnait dans plusieurs villes suisses. C’est à partir de là que les « prêtres d’Ecône » se sont fait connaître en Suisse alémanique. Un de mes frères est entré dans le nouveau séminaire que la Fraternité avait ouvert à Weissbad devenu Zaitzkofen en Bavière, en 1975, et je l’y ai moi-même finalement suivi en 1978. C’est en 1984, un 1er juillet, que Mgr Lefebvre m’a conféré le sacrement de l’Ordre, à Zaitzkofen. En 34 ans de sacerdoce, j’ai exercé mon ministère comme Supérieur des districts de Suisse et d’Allemagne à plusieurs reprises, puis comme directeur du séminaire de Zaitzkofen. Depuis 2006, j’occupe la fonction de Premier Assistant de Mgr Bernard Fellay, l’actuel Supérieur général de la Fraternité.
Vous avez visité l’école de garçons de La Salette ce week-end : pourquoi cette visite et quelles impressions l’œuvre de formation accomplie ici, depuis treize ans, vous laisse-t-elle?
En fait, je ne suis pas ici en terrain inconnu. Je me suis déjà rendu à La Salette à plusieurs reprises depuis l'ouverture de l’école en 2005. Lorsqu’on occupe un poste d’autorité, il est important d’avoir la connaissance directe des maisons dans lesquelles nos frères et nos prêtres vivent, et exercent leur apostolat. Cette fois-ci, je suis venu pour assister à la remise des diplômes et pour fêter les treize années de présence de l’abbé Michael McMahon comme directeur. A l’issue de la remise des diplômes, celui-ci laissera la place à l’abbé Timothy Sick qui a été bien préparé à assumer cette charge, et qui pourra bénéficier de l’immense travail accompli par son prédécesseur. Nombreux sont les prêtres, amis et bienfaiteurs, venus de partout pour rendre hommage au formidable succès d’un établissement qui, depuis treize ans, sous la houlette de l’abbé McMahon, œuvre à la formation de la prochaine génération de catholiques.

Encourager nos maisons qui collaborent efficacement à une éducation vraiment chrétienne, c’est là une de nos priorités. C’est ici que se prépare la relève des familles catholiques et des vocations religieuses. Il me semble que le « secret de La Salette », si j’ose m’exprimer ainsi, réside dans un parfait équilibre entre la nature et la grâce, l’âme et le corps, l’unité de la vie chrétienne, le savoir intellectuel et les activités sportives. Venons-en, Monsieur l’abbé, si vous le voulez bien, au prochain Chapitre général.
Pourriez-vous nous expliquer d’où viennent les règles qui président au gouvernement de la Fraternité? Ont-elles été écrites par Mgr Lefebvre lui-même? Ont-elles été substantiellement modifiées depuis sa disparition?
Notre vénéré Fondateur a écrit les statuts de la Fraternité à un moment bien précis de son histoire personnelle. Il bénéficiait déjà d’une riche expérience de prêtre missionnaire, d’évêque et même de Supérieur général du plus grand Institut religieux missionnaire de l’époque : la Congrégation des Pères du Saint-Esprit. Ce sont d’abord des séminaristes qui l’ont supplié de « faire quelque chose » afin de porter remède à la crise sans précédent de la formation sacerdotale, qui suivit le concile Vatican II. Les statuts qu’il a élaborés ne sont que l’expression du plus pur esprit de l’Eglise, mais ils ne manquent pas d’illustrer aussi quelques traits saillants de la personnalité du Fondateur de la Fraternité. Nos statuts constituent pour ainsi dire l’outil le plus adapté pour répondre au besoin de vraie réforme de l’Eglise à notre époque. Autrement dit, ces règles forment la réponse adéquate à la crise profonde qui secoue l’Eglise. Comment? En retrouvant le véritable sens du sacerdoce de Jésus-Christ, une foi vive et un esprit missionnaire.

Pour l’essentiel, nos statuts sont identiques à ceux que Monseigneur nous a laissés, et l’esprit en est rigoureusement le même : les trois derniers Chapitres généraux n’ont fait qu’apporter des modifications mineures, relatives à l’administration et à l’organisation de la Fraternité.
Monsieur l’abbé, pourriez-vous préciser le rôle du Supérieur général?
Nos règlements - qui expriment l’intention du Fondateur - délimitent rigoureusement les fonctions du Supérieur général et de ses deux Assistants. Ils méritent d’être cités : « le Supérieur général gouverne et administre la Fraternité. Il consulte ses Assistants pour les décisions importantes (…). Ils feront tout ce qu’ils jugeront utile pour préserver, entretenir et augmenter dans les cœurs de tous ceux qui ont des fonctions et de tous les membres de la Fraternité, une grande générosité, un profond esprit de foi, un zèle ardent pour le service de l’Eglise et des âmes ».

Parfaitement organisée, la Fraternité se structure par ailleurs autour du Conseil général, des séminaires internationaux, des districts, des prieurés, etc. Dans cette perspective, le Supérieur général n’a pas vocation à se substituer au rôle des différents Supérieurs majeurs : sa mission est plutôt d’accroître dans les cœurs des membres de la Fraternité, la générosité, l’esprit de foi et le service de l’Eglise. Pour ma part, après douze ans de service comme Assistant, cette définition que donnent nos Statuts, a valeur d’un véritable examen de conscience.
Monsieur le Premier Assistant, puis-je vous demander s’il était vraiment dans l’intention de Mgr Lefebvre de laisser la responsabilité des relations avec Rome, entre les mains du seul Supérieur général de la Fraternité?
Nos Statuts donnent un principe de solution : le Supérieur général en son Conseil a pour mission d’œuvrer à une reconnaissance de la part du pape.

Ce n’est rien d’autre que la procédure normale pour tout nouvel Institut religieux : il ne commence réellement d’exister que lorsqu’il est érigé canoniquement au sein d’un diocèse. Encore une fois, c’est la manière de faire propre à tout Institut religieux dans l’Eglise. Et c’est en vertu de ce principe que Mgr Lefebvre est allé à Rome, pour s’entretenir avec les papes Paul VI, Jean-Paul II, ainsi qu’avec des membres de la Curie. Garder le contact avec Rome : c’était là une nécessité impérieuse pour notre Fondateur à partir de la première injuste condamnation dont il fit l’objet, en même temps que son œuvre, et ce dans le but précis de faire lever cette sanction indue. Il est vrai qu’à un moment donné, Mgr Lefebvre a désigné comme Supérieur général l’abbé Franz Schmidberger. Il n’empêche que l’Archevêque restait le Fondateur, celui qui était « aux commandes » lors des premières condamnations, et à ce titre il demeurait un acteur de premier plan dans le cadre des relations avec Rome. On peut ainsi mieux comprendre pourquoi, dans l’optique du Saint-Siège, Mgr Marcel Lefebvre fut l’interlocuteur privilégié afin de trouver une éventuelle solution canonique : c’était lui le Fondateur, reconnu dans tout l’univers catholique. De son vivant, Mgr Lefebvre a donc mené les discussions avec Rome, même si l’abbé Schmidberger était Supérieur général. Néanmoins, son souhait était qu’après son rappel à Dieu, ce rôle fût dévolu désormais au Supérieur général, l’abbé Schmidberger, puis à ses successeurs.

A l'occasion d'une réunion de prêtres qui se tenait en Suisse au mois de juin 1988, je me rappelle que Monseigneur nous a dit pourquoi il n’avait pas désigné l’abbé Schmidberger, alors Supérieur général, comme candidat à la consécration épiscopale. C’était, disait-il, pour faciliter les contacts avec Rome et les démarches devant mener à la régularisation de la Fraternité. A ce moment, notre Fondateur pensait qu’il serait plus facile pour Rome de nouer des relations avec le Supérieur général si ce dernier ne faisait pas partie du nombre des évêques récemment consacrés.

Notez d’ailleurs qu’il n’y a rien d’exceptionnel pour le Supérieur d’un Institut religieux dans l’Eglise catholique, d’être en charge des démarches légales devant mener à une reconnaissance formelle de la part des autorités de l’Eglise. Cela relève de la compétence même du Supérieur légitime, parce que l’Eglise n’est en rien une démocratie.
Pourriez-vous nous dire, Monsieur l’abbé, pendant combien de temps le Supérieur général exerce sa charge?
Selon nos Statuts, le Supérieur général est élu pour un mandat de douze ans.
Y a-t-il en droit ou en pratique une limite au nombre de fois où l’on peut être élu au mandat de Supérieur général?
La pratique de l’Eglise, notamment depuis le siècle dernier, est de raccourcir le mandat électif des Supérieurs, normalement à 6 ans, sans possibilité de réélection. On observe la même tendance pour les personnes élues autrefois ad vitam, pour toute la vie. Cependant, Mgr Lefebvre pensait qu’un Institut aussi jeune que le nôtre avait besoin de davantage de stabilité et de continuité, tout spécialement en raison de la nature de la crise frappant l’Eglise. C’est la raison pour laquelle il a lui-même fixé le mandat du Supérieur général et de ses Assistants à douze ans, sans limite particulière imposée au nombre de réélections.
Est-il obligatoire pour le Supérieur général d’être évêque?
Selon les Statuts de la Fraternité, il n’est pas nécessaire que le Supérieur général soit l’un des évêques sacrés par Mgr Lefebvre. Ce dernier l’a clairement expliqué : bien que le Supérieur général puisse être choisi parmi les évêques, ce n’est pas pour autant une obligation. En fait, notre Fondateur craignait que le fait qu’un évêque exerce la charge de Supérieur général n’induise les fidèles à croire que l’Archevêque aurait confié à celui-ci une sorte de juridiction sur les autres évêques. Au contraire, Monseigneur s’est clairement toujours refusé à cela, il a voulu sacrer des évêques auxiliaires, qui ont le pouvoir de conférer les sacrements mais ne peuvent exercer un pouvoir de gouvernement. Mgr Lefebvre était encore une fois très clair là-dessus : il n’a procédé aux sacres qu’en vue de préserver le sacerdoce traditionnel, tandis qu’il a toujours dit qu’il revenait au pape, et à lui seul, de conférer le pouvoir de gouvernement à un évêque. Dans cette perspective, l’autorité que Mgr Fellay exerce en tant que Supérieur général lui revient en vertu du mandat du Chapitre qui l’a élu, non pas en vertu de la consécration épiscopale reçue en 1988.
Dans ce cas, Monsieur l’abbé, n’importe quel prêtre de la Fraternité peut-il être élu au poste de Supérieur général, ou bien est-il besoin d’autres qualifications?
En fait, c’est un peu comme si on avait 462 candidats (rires) ! Plus sérieusement, selon nos Statuts, le Supérieur général doit être revêtu du sacrement de l’Ordre ; il doit être âgé de 30 ans au moins ; et il lui faut être engagé de façon définitive au sein de la Fraternité. C’est là le minimum de ce qui est requis par notre loi propre. Que faut-il, au-delà, pour être apte à remplir la fonction de Supérieur général? Il y a un bon adage qui dit : « un Père Abbé ne devrait être ni trop intelligent, ni trop saint, ni en trop bonne santé… » Cela veut dire qu’il convient d’être au-dessus de la moyenne dans ce qui touche à la vertu de prudence, la vertu qui est par excellence l’apanage de celui qui exerce l’autorité. Il lui faut aussi être doué d’une solide expérience pastorale, non moins que d’un bon sens à toute épreuve. Il doit aussi avoir manifesté des qualités remarquées dans le domaine de l’aptitude à la direction, le travail d’équipe, et ce qui n’est pas la moindre des choses : un sens de l’Eglise bien enraciné. En définitive, il doit être à l’image du Bon Pasteur, comme Notre Seigneur Jésus-Christ.
Monsieur l’abbé, quel sont les rôles des Premier et Second Assistants, et quels sont les profils des prêtres choisis pour remplir cette fonction?
Le Premier et le Second Assistant assistent et conseillent le Supérieur général. Etant donné que le mode de gouvernement de l’Eglise est monarchique, il revient au Supérieur général de prendre ses décisions en fonction du bien commun de la Fraternité. Néanmoins, l’Eglise enseigne que pour favoriser un bon gouvernement, les monarques doivent prendre conseil, et rechercher l’avis de conseillers fiables, pour prendre leurs décisions. Les deux Assistants ont justement pour mission de seconder dans ce domaine le Supérieur général, ainsi que de l’assister dans toutes les tâches qu’il leur confie plus particulièrement.
Monsieur l’abbé, vous n’êtes pas sans savoir que certains jugements émanant d’une soi-disant « résistance » reprochent à Mgr Fellay d’avoir concédé aux autorités romaines le point suivant : si une normalisation canonique devait avoir lieu, les Statuts de la Fraternité devraient être modifiés en sorte que Rome pût nommer un Supérieur général et des Assistants extérieurs à la Fraternité…
Cette vision est absolument fausse. C’est même exactement le contraire qui est vrai. Dans le cadre d’une éventuelle Prélature personnelle – proposée par Rome à plusieurs reprises déjà – le Prélat et les futurs évêques seront choisis au sein même de la Fraternité. Ces rumeurs ne reposent sur aucun fondement objectif ; tout cela « sent vraiment l’arnaque à plein nez », si vous me permettez l’expression ! D’ailleurs, les personnes auxquelles vous faites allusion enfreignent le plus souvent, dans leurs paroles et leurs écrits, la vertu de justice. Il suffit seulement de voir comment elles se révoltent à la seule idée d’une normalisation canonique de la Fraternité… Et pourquoi une telle attitude? Cela tient en quelques mots : ils ont tout simplement perdu l’esprit de Mgr Lefebvre. Ils sont devenus étrangers à l’âme de notre Fondateur qui est « l’esprit de Notre Seigneur Jésus-Christ, de l’Eglise, de l’Evangile ». En définitive, ces angoisses paniques à l’idée de quelque contact que ce soit avec les autorités romaines, qui viennent de la part de ceux qu’on affuble de l’étiquette de « résistants », sont basées surtout sur la peur, et sur un manque flagrant d’espérance théologale.
Pourriez-vous préciser, Monsieur le Premier Assistant, quels sont les clercs qui participent au Chapitre général?
Le Chapitre se compose de 41 capitulants qui sont désignés, en vertu même de la fonction qu’ils occupent au sein de la Fraternité. Ce collège comprend le Supérieur général sortant, le Premier et le Second Assistant, les évêques auxiliaires de la Fraternité, les anciens Supérieurs généraux, le Secrétaire général, l’Econome général, les Supérieurs de districts et des séminaires internationaux, ainsi que les Supérieurs des Maisons autonomes.

Le Chapitre comprend également en son sein les prêtres qui – quoique n’occupant aucun office particulier – sont parmi les plus anciens de notre Fraternité (ils représentent 1/3 des capitulants).
Pouvez-vous expliquer à nos lecteurs comment le Chapitre général se déroule, et combien de voix faut-il réunir afin d’élire le Supérieur général, et statuer sur les autres questions relatives à la Fraternité?
Le Chapitre s’ouvre par une synthèse introductive, autrement dit un rapport sur l’état des lieux de la Fraternité, présenté par le Supérieur général sortant. Après cela, le scrutin a lieu : il requiert une majorité qualifiée des deux tiers des votants afin d’élire – ou de réélire – le Supérieur général. Ensuite, c’est au tour des Premier et Second Assistants d’être élus, à la majorité absolue.
Monsieur l’abbé : pensez-vous que le Chapitre général discutera de l’état des relations avec Rome?
Encore une fois, si nous voulons demeurer fidèles à nos Statuts, nous devons accepter le rôle du Supérieur général qui est le sien, de mener les contacts avec le Saint-Siège en vue d’une éventuelle régularisation. Mais le Chapitre a aussi un rôle décisif : celui de choisir le Conseil général, et de veiller à ce que les Statuts soient bien appliqués dans notre Fraternité. En amont du Chapitre, tous les membres ont eu la possibilité de soumettre par écrit, avant le 31 décembre 2017, des vota, c’est-à-dire des contributions en forme de souhaits, de préoccupations, voire de critiques.

C’est plus particulièrement le rôle du Secrétaire général de ventiler les différents vota entre les commissions ou groupes de travail dans lesquels se retrouveront les capitulants. Il reviendra à ces derniers de déterminer les contributions qui relèvent de la compétence du Chapitre afin de les examiner plus précisément. Chaque commission produira ensuite une synthèse qui sera soumise à l’examen du Chapitre. Il va de soi que le Supérieur général a le souci d’écouter tous les points de vue et les différentes opinons de chacun des capitulants.
Monsieur l’abbé, pouvez-vous nous dire si d’autres points importants seront abordés durant le Chapitre?
Beaucoup d’autres questions méritent d’être abordées : la formation sacerdotale ; la vie commune et la sanctification de nos membres ; la place et l’évolution incessante des moyens de communication dans le monde contemporain. Pour ma part, il me semble que le plus important réside dans cet équilibre subtil entre ce que nous sommes – une société sacerdotale de membres menant une vie commune – et notre mission, nos œuvres, notre apostolat. Autrement dit : comment accomplir avec des ressources limitées toutes les œuvres qu’on nous demande de réaliser, étant donné les besoins immenses que nous constatons dans l’Eglise?
En guise de conclusion, pourriez-vous nous dire, Monsieur le Premier Assistant, ce que peuvent faire les fidèles avant, mais aussi pendant le Chapitre général, afin de soutenir tout le travail qui doit s’accomplir?
Vous me posez là une bonne question et je vous en remercie ! Cela fait six mois que nous récitons dans chacune de nos maisons l’invocation au Saint-Esprit – Veni Sancte Spiritus – suivies de l’oraison jaculatoire au Cœur Immaculé de Marie et au Patron céleste de notre société, saint Pie X, afin de répandre les bienfaits divins sur le Chapitre. De plus, tous les fidèles sont invités à offrir leurs prières personnelles et leurs sacrifices à cette intention : que le Dieu Tout-Puissant bénisse et répande ses faveurs sur cette Fraternité que Mgr Marcel Lefebvre a fondée et voulue comme une œuvre de l’Eglise catholique.

14 juin 2018

[Riposte Catholique] Un nouveau site internet pour la Maison Générale de la FSSP

SOURCE - Riposte Catholique - 6 juin 2018
A l’occasion de son 30è anniversaire, la Fraternité Saint-Pierre vient de mettre en ligne une nouvelle maquette de son site internet. On y retrouve notamment une présentation de la FSSP, de ses supérieurs, de différents districts ainsi qu’une carte active des différents apostolats de la FSSP dans le monde.


[Wigratzbad (blog) - FSSP] Ordination en Angleterre

SOURCE - Wigratzbad (blog) - FSSP - 13 juin 2018

Magnificat ! La FSSP compte un nouveau prêtre anglais, en la personne de l'abbé Seth Phipps, ordonné le 9 juin dans notre apostolat de Warrington, par l'archevêque du diocèse, Mgr Malcolm MacMahon.


[Paix Liturgique] Reportage à Singapour: au Coeur du centre de la tradition en Asie

SOURCE - Paix Liturgique - lettre n°648 - 12 juin 2018

Société composite à traction chinoise, Singapour est un écrin d'ordre, de richesse et de puissance au centre des nouveaux équilibres géopolitiques du monde, comme l'illustre l'improbable rencontre entre les présidents nord-coréen et états-unien qui s'y tient actuellement. Farouchement attaché au caractère multiethnique et à la diversité religieuse de l'île, le gouvernement local contrôle étroitement tout ce qui pourrait menacer l'équilibre existant et, de fait, chaque groupe religieux participe avec zèle à la promotion d'initiatives vantant les inévitables « dialogue », « tolérance » et « liberté religieuse ». L'Église catholique n'échappe pas à la règle même si, comme ailleurs, sa volonté affichée de dialoguer ad extra ne se retrouve pas ad intra. Ainsi, depuis notre lettre 478, du 26 février 2015, seul un des quatre prêtres qui célébraient la forme extraordinaire dans l'archidiocèse continue-t-il de le faire. Malgré cela, la communauté Summorum Pontificum locale continue de témoigner d'une grande motivation et d'une forte cohésion. Nous avons passé le week-end de Pentecôte à ses côtés, profitant de notre séjour pour rendre également visite au prieuré de la Fraternité Saint-Pie X (FSSPX) sur l'île. Un peu excentré, mais bientôt desservi par une nouvelle ligne de métro, ce prieuré est aussi le siège du district d'Asie de la FSSPX. 
I – Du côté de la FSSPX 
En l'absence de l'abbé Stehlin, supérieur de district depuis 2014 après 20 ans d'apostolat en Europe de l'Est, c'est l'abbé Demornex, récemment arrivé d'Afrique, qui nous a présenté la riche activité de la Fraternité dans cette région qui comprend la moitié de la population du globe ! Plus de 3 milliards d'âmes, mais seulement une minorité de catholiques et une Église encore largement dépendante des congrégations missionnaires pour accomplir son œuvre d'évangélisation.
    
La FSSPX compte dix-huit prêtres au service de son disctrict d'Asie. Installés dans quatre pays (Inde, Sri Lanka, Philippines et Singapour), ils en desservent cinq autres régulièrement (Japon, Corée du Sud, Hing-Kong, Malaisie et Indonésie) pour un total de 42 lieux de messe. Le travail à accomplir au service des âmes est considérable mais parfaitement en ligne avec l'esprit missionnaire insufflé par Mgr Lefebvre à la FSSPX (*).
    
Situé dans une maison dont quasiment toute la superficie utile est occupée par la chapelle, le prieuré de Singapour dépare par sa modeste dans une ville dont la plupart des bâtiments semblent sortir d'un magazine d'architecture ultramoderne. Nonobstant l'inconfort du bâtiment, Singapour est vite apparu l'endroit idoine pour organiser les activités de la Fraternité en Asie : le pays est sûr et bien desservi ; on y parle anglais ; tous les peuples d'Asie s'y croisent et les Philippines, principal pays catholique de la région, sont toutes proches.
    
Trois prêtres résident officiellement au prieuré de Singapour, dont le supérieur de district et son assistant, mais il est rare de les y rencontrer simultanément tant ils voyagent pour soutenir leurs différents apostolats.
   
Chaque dimanche, le prieuré accueille environ 150 fidèles (deux messes) avant que le célébrant ne s'empresse de gagner un autre lieu d'apostolat, par exemple Kuala Lumpur, la capitale malaise (1h d'avion ou 5h de bus). L'assemblée est à l'image de la population de la ville : bigarrée aussi bien ethniquement que socialement. Dans un tel contexte, et même si prêches et instructions se font en anglais, la langue latine apparaît comme le ciment évident d'une même foi exprimée d'une seule voix. 
    
(*) Il arrive aussi que les bons rapports qui existent dans certains cas avec la hiérarchie ecclésiastique locale (rappelons que dans les années 80, un évêque philippin, Mgr Lazo, avait rejoint les rangs de la Fraternité, prenant acte des dégâts provoqués par l'ecclésiologie post-conciliaire) favorisent cet apostolat. 
II – Du côté de Summorum Pontificum 
En dépit de la perte des trois prêtres qui entouraient l'abbé Tay en 2015, la communauté Summorum Pontificum de Singapour – « Extraordinary Form Community Singapore » – se maintient autour de 200 membres. La belle église Saint-Joseph, héritage des missions portugaises, étant en travaux, c'est l'église Saint-Pierre-et-Saint-Paul, située à deux pas et dotée d'une excellente acoustique, qui accueille actuellement la célébration dominicale de la liturgie traditionnelle dans l'archidiocèse. 
L'horaire de la célébration, auparavant à 15h, est désormais à 18h, un horaire moins étrange mais guère plus favorable pour les familles avec de jeunes enfants. Le service liturgique est aussi précis qu'efficace, les servants de messe – une quinzaine le dimanche de la Pentecôte – étant pour la plupart des étudiants ou de jeunes travailleurs se retrouvant en semaine pour les messes que célèbre l'abbé Tay dans la chapelle qu'il a aménagée dans le presbytère où il loge. La messe dominicale est chantée par un chœur grégorien dont les directeurs ont suivi des cours à Solesmes et, en fermant les yeux, on se croirait facilement en France d'autant plus que l'assemblée répond volontiers.
    
Aumônier d'une maison de retraite après avoir été pendant longtemps curé de paroisse, l'abbé Tay y célèbre chaque jour la forme ordinaire pour les pensionnaires : exclusivement ad orientem et en usant le canon romain en latin. Deux fois par semaine, il célèbre en outre la forme extraordinaire pour le groupe Summorum Pontificum dans la chapelle de son presbytère – une petite pièce arrangée avec soin et dévotion, dotée d'un bel autel de bois de style hollandais sculpté par un artisan local. Chaque messe est suivie d'une rencontre avec les fidèles pour une catéchèse, la préparation de la messe dominicale ou un commentaire de l'actualité de la vie de l'Église.
    
C'est en 2008 que l'abbé Tay a renoué avec la messe traditionnelle, à la demande du groupe de jeunes à l'origine du groupe Summorum Pontificum de l'île. « Pour moi, Summorum Pontificum est tombé du Ciel. Je n'avais jamais pensé célébrer un jour la liturgie traditionnelle même si c'est la liturgie de ma jeunesse, avec laquelle j'ai grandi et que j'ai toujours chérie. » De fait, l'abbé Tay n'a pas eu de mal à apprendre, soutenu par un prêtre de la Fraternité Saint-Pierre originaire de Singapour, l'abbé Duncan Wong.
    
Célébrer la forme extraordinaire a aidé l'abbé Tay « à prendre pleinement conscience que la messe n'est pas mon œuvre mais un mystère sacré dont la dimension transcendante, invisible à notre regard humain, est plus réelle que tout ce que nous pouvons voir et toucher ». C'est aussi cela qui l'a encouragé à célébrer le plus souvent possible la forme ordinaire tourné vers le Seigneur.
Aujourd'hui, l'abbé Tay est convaincu que le potentiel de la forme extraordinaire à Singapour dépasse le cadre de la communauté dont il a la charge : « Si la messe était offerte en d'autres églises et à un horaire plus favorable, je sais que de nombreux autres fidèles y assisteraient volontiers. » 
III – Les réflexions de Paix Liturgique 
1) 350 fidèles sur les 350 000 catholiques que compte Singapour, c'est évidemment bien peu même si le nombre des pratiquants est bien inférieur (nous n'avons pas trouvé de chiffres fiables sur le taux de pratique dans l'île). Sauf que, comme le souligne l'abbé Tay, l'offre en matière de liturgie traditionnelle est limitée à une seule messe dominicale sur les 170 que compte l'archidiocèse. Quant à la FSSPX, elle est limitée par l'exiguïté de ses locaux et leur relatif isolement. Reste que la jeunesse des fidèles et la disparité de leurs origines, miroir de la société singapourienne, sont à la fois frappantes et conformes avec ce que l'on rencontre autour du monde où il est évident que la liturgie latine et grégorienne fédère les peuples et les générations. 

2) La messe et ce qui va avec. Cette formule que nous utilisons souvent – la paternité en revient à Mgr Brouwet – et qui rappelle le lien indissoluble entre lex orandi et lex credendi, convient parfaitement à ce qui rassemble aussi bien les fidèles de la FSSPX que ceux du groupe Summorum Pontificum. Rien d'étonnant du côté de la Fraternité qui a toujours accordé à l'instruction de ses fidèles une grande place mais cela est aussi manifeste autour de l'abbé Tay. Il se peut d'ailleurs que dans une société aussi lisse que la société singapourienne – et l'Église locale se garde bien de troubler le calme insulaire – la vigueur des prêches de l'abbé Tay explique, plus que son orientation liturgique (dans tous les sens du terme !), l'ostracisme dont il est l'objet de la part de certains de ses confrères alors qu'il est l'un des doyens du clergé diocésain. 

3) Depuis sa naissance, la communauté Summorum Pontificum de Singapour a déjà offert plusieurs vocations à l'Église, en particulier religieuses (franciscains et franciscaines de l'Immaculée, carmes déchaux). Quelques jeunes sont aussi partis au séminaire anglophone de la Fraternité Saint-Pierre, aux États-Unis. Même si toutes ces vocations n'ont pas été confirmées, les expériences vécues enrichissent la communauté, renforcent ses nombreuses attaches internationales et lui donnent, en dépit de son isolement, une vision toujours plus ample de l'Église. Quant à celles qui ont été confirmées, elles la soutiennent par leurs prières fidèles auxquelles se joignent désormais les nôtres.

[FSSPX Actualités] Fraternité Saint-Pie X : ordinations sacerdotales en juin

SOURCE - FSSPX Actualités - 12 juin 2018

Le vendredi 22 juin 2018, Mgr Bernard Tissier de Mallerais ordonnera sept prêtres au Séminaire Saint-Thomas d’Aquin de Dillwyn aux Etats-Unis : les abbés Thomas Buschmann (Etats-Unis), Samuel Fabula (Etats-Unis), John Graziano (Etats-Unis), Thomas O’Hart (Irlande), Michael Sheahan (Etats-Unis), Thomas Tamm (Etats-Unis), Nicholas McManus (Etats-Unis).

Les dates et lieux des premières messes des jeunes prêtres sont disponibles sur le site du séminaire de Dillwyn.
   
Le vendredi 29 juin, Mgr Bernard Fellay ordonnera trois prêtres au Séminaire Saint-Pie X d’Ecône en Suisse : les abbés Benoît Delétoille (France), Paul Perrot (France) et Raphaël Tassot (France).
Le samedi 30 juin, Mgr Alfonso de Galarreta ordonnera six prêtres au Séminaire du Sacré-Cœur de Jésus de Zaitzkofen en Allemagne : les abbés Lukas Lipp (Autriche), Christoph Maas (Allemagne), Victor Pasichnik (Russie), Hannes Christian Regele (Autriche), Jakub Wawrzyn (Pologne) et Tobias Zahner (Suisse).
   
Les dates et lieux des premières messes des jeunes prêtres sont disponibles sur le site du séminaire de Zaitzkofen.
   
Pour la première fois, le Séminaire de Zaitzkofen présentera toute la cérémonie en direct sur Internet. Pour en savoir plus, cliquez ici.
   
Ce sont ainsi 16 nouveaux prêtres de la Fraternité Saint-Pie X qui seront ordonnés dans les séminaires de l’hémisphère nord, en ce mois du Sacré-Cœur.

12 juin 2018

[Abbé Gabriel Billecocq, fsspx - Le Chardonnet] 30ème anniversaire des sacres - 1988 : secousse schismique?

SOURCE - Abbé François-Marie Chautard, fsspx - Le Chardonnet - juin 2018 - 4

En 1988, lorsque Mgr Lefebvre eut sacré quatre évêques, Rome réagit aussitôt par un document, Ecclesia Dei, où il est affirmé : « C’est pourquoi une telle désobéissance, qui constitue en elle-même un véritable refus de la primauté de l’évêque de Rome, constitue un acte schismatique » (1). Le texte explicitait un peu plus loin cette pensée : « Personne ne peut rester fidèle à la Tradition en rompant le lien ecclésial avec celui à qui le Christ, en la personne de l’apôtre Pierre, a confié le ministère de l’unité dans son Église» (2).

Epouvantées par ce prétendu schisme, les communautés dites désormais Ecclesia Dei sont nées. Le même document l’atteste. « A tous ces fidèles catholiques qui se sentent attachés à certaines formes liturgiques […], je désire aussi manifester ma volonté […] de leur faciliter la communion ecclésiale… » (3). Et un peu plus loin : « Une commission est instituée […] dans le but de faciliter la communion ecclésiale des prêtres, des séminaristes…» (4).

Lorsqu’en 2009 fut décidée par Rome la levée des excommunications, le texte réaffirmait l’existence du schisme : « Ce don de paix, […], veut aussi être un signe pour promouvoir l’unité dans la charité de l’Église universelle et arriver à supprimer le scandale de la division. On souhaite que ce pas soit suivi de la réalisation rapide de la pleine communion avec l’Église de toute la FSSPX… » (5). La suspens a divinis était maintenue.

Cette étiquette de schismatique a servi d’épouvantail pour beaucoup. Aujourd’hui encore, il n’est pas rare d’entendre que ceux qui résistent toujours aux autorités officielles ont une attitude schismatique, qu’il y a un risque de s’ériger en petite église et par là de se couper définitivement de Rome sous prétexte de refuser de se soumettre à ces mêmes autorités officielles. Une telle résistance serait-elle donc vraiment schismatique? (6)
Notion de société
L’Église catholique est une société. Certes surnaturelle. Mais véritable société cependant, puisque toute réalité surnaturelle trouve son point d’ancrage sur une réalité naturelle. Rappelons donc pour commencer quelques vérités philosophiques.

Une société, n’est pas une sphère indéfinissable dans laquelle on rentrerait ou sortirait à son aise. Elle n’est pas une nébuleuse qui existerait par elle-même, qui serait constituée dans son être et achevée une fois constituée, tel un homme, un arbre, un animal, une planète. Les êtres sus-nommés sont composés de parties qui forment le tout (les feuilles de l’arbre, les organes du corps, etc.) et n’existent pas individuellement en dehors de ce tout ou cet être. C’est ce que l’on appelle un tout substantiel.

La société n’est pas un tout substantiel, pour cette raison que les parties ou les membres de la société ont une existence et une certaine autonomie en dehors du tout constitué par la société. Une famille, une entreprise, ne cessent pas d’exister en dehors de la société politique. On dit alors qu’il s’agit d’un tout d’ordre parce que les parties sont réunies pour agir ensemble tout en gardant leur autonomie. Un tout d’ordre, c’est un tout d’action, c’est une réalité sans cesse mouvante.

La société n’est donc pas la simple juxtaposition de ses membres. C’est bien plutôt une réalité qui se définit par les actes des parties qui la composent. Par exemple, une famille n’est pas le simple assemblage d’un homme, d’une femme et d’enfants. Ce qui définit la famille, c’est l’agir commun de toutes ces personnes qui prennent part à la vie familiale et qui gardent en même temps leur existence autonome. Une société se définit et se réalise par la collaboration subordonnée de ses membres.

On appartient donc à une société quand on prend part à la vie même de cette société, qu’on y contribue par ses actions. Impossible donc de définir la société (et ici l’Église) sans les actes qui sont posés par ses membres. En ce sens, il est impossible de dire que l’Église (comme toute société) est une réalité figée. C’est une réalité qu’il faut sans cesse entretenir par les actions coordonnées et subordonnées des individus qui la composent. C’est cela que l’on appelle un tout d’action ou un tout d’ordre.

L’exemple le plus saisissant est celui de l’orchestre. Un orchestre n’existe pas sans ses musiciens qui le composent. Et l’œuvre d’art exécutée manifeste que l’orchestre est un tout d’ordre, un tout d’action.
L’unité de la société
Malgré les nombreux membres qui composent une société, malgré les actions multiples et variées qui la définissent, on parle cependant de la société au singulier. C’est dire que ce qui définit la société, ce n’est pas tant la multiplicité de ceux qui la composent que l’unité qui en résulte.

Qu’est-ce à dire ? Dans un orchestre, pour reprendre cet exemple plus clair, on trouve plusieurs instrumentistes. Le violoniste, le flûtiste, le trompettiste et bien d’autres encore, ont une partie musicale différentes. Malgré ces différences (et grâce à elles), il est pourtant possible de réaliser une belle œuvre musicale. Cette beauté résulte non seulement de l’action commune de ces musiciens, mais aussi de la collaboration unifiée de chacune de leurs parties.

Ainsi, la société se définit-elle par l’unification de ces membres, c’est-à-dire l’unité réalisée dans l’action.

Tout comme un corps est composé (7) de ses différents membres et organes, ainsi la société est la composition de ses membres, en même temps qu’elle en est l’unité. Mais comme il s’agit d’un tout d’ordre ou d’action, et non d’un tout substantiel, l’unité qui en résulte est beaucoup plus fragile dans la mesure où les sociétés intermédiaires et les membres même de la société gardent une certaine autonomie.

Cette unité est donc une collaboration. Étymologiquement cela signifie que c’est un travail commun, ce qui n’est pas le cas du tout substantiel. Un tout substantiel, un minéral ou un homme par exemple, est un être comme figé dans sa nature. Tandis qu’une société, c’est une unification des activités ou une activité commune. Son unité relève donc de l’opération.

Mais qu’est-ce qui peut donc unifier toutes les activités de la société ? C’est le bien commun, ce à quoi la société est ordonnée.
Bien commun
Toute collaboration est une coordination. Et qui dit coordination dit, étymologiquement, ordination commune. Or qu’est-ce qu’une ordination sinon une tension vers un but, une fin, un bien? On comprend dès lors qu’une coordination est une tension vers un but commun, une fin commune, un bien commun. La fin est principe d’ordre en toute chose : voilà le principe qu’il faut saisir.

Mais la difficulté surgit lorsqu’il s’agit de définir le bien commun. Penser à un bien, et qui plus est à un bien commun, c’est souvent s’imaginer une réalité matérielle, une « chose » qui satisfasse l’individu dans le cas d’un bien personnel, ou une communauté lorsqu’il s’agit d’un bien commun. En effet, le bien est ce en quoi on peut se reposer.

Nous venons cependant de voir que la société est une unité d’action. Autrement dit, elle n’est pas statique, elle n’est pas en repos. La vie politique est toujours une activité. Comment donc concilier l’activité en quoi consiste la société avec le bien commun qui semble être un repos dans un bien possédé. Car s’il y a repos dans un bien, il n’y a plus d’activité et la société cesse d’être quand elle obtient son bien. Ou alors la société continue d’être une activité et dans ce cas, elle n’obtient jamais de repos, autrement dit de bien commun.

Grande est donc la difficulté de parler du bien commun de la société. Distinguons minutieusement.

La vie politique étant une activité ordonnée, elle n’est jamais en repos. De ce fait, elle ne peut être une fin en soi, malgré que l’homme ne puisse trouver son achèvement que par et dans la vie politique. Comme toute activité est ordonnée à une fin qui est son repos, il faut dire que la société est elle-même ordonnée à un bien commun qui lui est « extérieur ». Ainsi, en plus de son bien commun qui lui est inhérent, elle est ordonnée à un bien qui la dépasse et qui est son achèvement et son repos.

Pour le bien inhérent à la société on parlera de bien commun intrinsèque ou immanent, et pour le bien commun qui la dépasse, et auquel elle est ordonnée, on parlera de bien commun extrinsèque ou transcendant (8).

Le bien commun immanent est celui que réalisent les membres de la société par leur activité commune, en même temps qu’il bonifie l’homme dans tous ses biens (extérieurs, corporels et spirituels). Voilà pourquoi saint Thomas appelle ce bien ordre, tranquillité, paix, unité, amitié, bien-être, santé publique. Il s’agit tout simplement de l’ordre politique, de l’harmonieuse collaboration des parties. Pie XII le résume magnifiquement : « Le bien commun de la société politique est la cohabitation sociale dans la paix, la tranquille cohabitation dans l’ordre » (9).

Quant au bien commun transcendant ou extrinsèque, il est le repos définitif ou final, c’est-à-dire ce à quoi est ordonnée toute la société. Or ce terme qui dépasse la société créée ne peut être que Dieu lui-même, Dieu connu, aimé et servi, en quoi consiste la fin de tout. En un mot, la contemplation de Dieu est la fin ultime de la société.

En gardant l’analogie avec l’orchestre, il apparaît que le bien commun de l’orchestre qui interprète une œuvre est l’unité dans l’activité, l’harmonieuse collaboration des différents musiciens entre eux d’une part (bien commun intrinsèque : ils s’entendent bien!), et d’autre part l’agréable perception et possession de l’œuvre accomplie (bien commun extrinsèque). Certes l’analogie a ses déficiences, mais elle permet de mieux saisir la réalité complexe de ce qu’est le bien commun.
Application à l’Église
Ces considérations philosophiques, illustrées par l’exemple de l’orchestre vont servir à mieux saisir le sujet qui nous concerne.
L’Église – et nous voulons parler de l’Église ici-bas – est une véritable société parfaite. Comme toute société donc, elle a son unité, son ordre, son bien commun intrinsèque et extrinsèque.

Elle se définit comme la société des baptisés qui professent la même foi, obéissent à la même loi de Jésus-Christ, pratiquent les mêmes sacrements, le tout sous l’autorité de son chef Notre-Seigneur dont le vicaire est le pape

Ainsi, l’ordre ou l’unité de la paix de l’Église, bien commun immanent, n’est autre que la collaboration harmonieuse des parties de l’Église entre elles, dans l’ordre voulu par Notre-Seigneur lui-même. Église enseignante et Église enseignée ont chacune leur place et leur rôle dans l’enseignement, la sanctification et le gouvernement. Ainsi sont assurées l’unité, la paix, la tranquillité, l’amitié, l’harmonie, et l’activité de l’Église, en quoi consiste son bien commun intrinsèque.

Mais ce même bien est ordonné à un autre bien commun, dit transcendant, lequel consiste en la connaissance et possession définitive de Dieu qui procure à l’homme sa plus grande félicité. Le bien commun extrinsèque de l’Église est au ciel la contemplation de Dieu dans son intimité pour l’éternité, contemplation anticipée ici-bas par la connaissance de la foi que Dieu nous donne de lui-même par la révélation. Voilà pourquoi la charité ici-bas est ordonnée à la contemplation au Ciel. Mais voilà aussi pourquoi la foi, connaissance ici-bas de Dieu dans l’obscurité et prélude de la contemplation, est le fondement de la charité. « Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé. » (10)
Hérésie et schisme
C’est fort de ces notions que l’on peut développer plus précisément ce que sont l’hérésie et le schisme.

Le catéchisme nous en donne les définitions. L’hérésie est la négation d’un ou plusieurs articles de foi. Le schisme est une opposition à l’unité de la société. C’est le refus, dit Cajetan, de se comporter comme partie d’un tout.

Est hérétique donc celui qui refuse de professer au moins une vérité de foi. Il ne s’agit pas de déterminer la quantité de vérités crues ou refusées. Ce qui est en cause, c’est le rejet de l’autorité divine qui révèle. L’hérétique se met hors de l’Église car il fait de sa raison (de son sentiment ou de n’importe quoi d’humain) la raison de croire ou ne pas croire.

Quant au schismatique, il n’est pas question de vérité de foi. Au contraire, il peut bien garder la foi (un temps durant). Mais il refuse d’appartenir à l’unité d’un corps social, ce qui peut se faire de deux façons : soit en refusant de communiquer avec les parties ou les membres de ce corps (c’est le refus de l’agir commun), soit en refusant de se soumettre à l’autorité de ce corps. En réalité, ce qui le définit, c’est qu’il n’agit plus comme partie du tout social et politique.
Le bien commun de l’Église
Il est alors important de comprendre qu’au-delà des définitions qui viennent d’être données, schisme et hérésie s’opposent directement au bien commun de l’Église.

En tant que refus de l’unité, le schisme brise le bien commun immanent de l’Église. En tant que refus de Dieu vérité, l’hérésie s’oppose au bien commun transcendant de l’Église. Voilà pourquoi tous deux sont hors de l’Église.

Thomas est très explicite sur cette vérité : « Si le bien de la multitude (c’est le bien commun immanent) est plus grand que le bien d’un seul (bien personnel), en revanche, il faut dire que ce bien de la multitude (bien commun immanent) est moindre que le bien commun extrinsèque auquel est ordonnée la multitude. […] Ainsi, le bien de l’unité de l’Église (bien commun immanent), auquel est opposé le schisme, est moindre que le bien de la vérité divine (bien commun transcendant) auquel est opposé l’infidélité (l’hérésie) » (11).

Difficile d’être plus clair : il est plus grave d’être hérétique que schismatique. La raison est simple : l’infidélité est un péché contre Dieu. Or Dieu est le bien absolu. Tandis que le schisme est un péché contre l’unité de l’Église. Or cette unité est un vrai bien, mais un bien participé du bien absolu.

En fait, l’unité de l’Église, vrai bien commun, est une participation au bien absolu, lequel est le bien commun extrinsèque. Pour saisir cette vérité, prenons l’exemple de coureurs. Dans quel ordre les désigne-t-on dans une course ? Par leur proximité à la fin. Autrement dit, toute ordination suppose un principe d’ordre, lequel gouverne tous les inférieurs. Et ce principe, c’est la fin.

L’unité de l’Église est donc entièrement dépendante de la vérité divine. Saint Thomas est si clair sur le sujet qu’il va jusqu’à affirmer que tout hérétique est schismatique mais pas inversement bien que le schisme soit une voie qui mène à l’hérésie (12).

Voilà pourquoi aujourd’hui, il faut privilégier le vrai combat de la foi pour préserver l’unité de l’Église ! Non pas que l’un exclue l’autre. Mais celui qui combat pour garder la foi combat pour garder l’unité de l’Église. La hiérarchie entre le bien commun immanent et le bien commun transcendant donne la hiérarchie des objets de notre combat. Et c’est ainsi qu’il faut comprendre comment l’unité de l’Église, autrement dit l’unité d’agir (car telle est l’unité d’une société) repose d’abord et avant tout sur l’unité de la foi. Les mises en garde de saint Jean prennent tout leur sens avec ces notions philosophiques : « Si quelqu’un vient à vous et n’apporte pas cette doctrine (le dépôt révélé, la foi), ne le recevez pas dans votre maison, et ne le saluez point. Car celui qui le salue participe à ses œuvres mauvaises » (13).

C’est pourquoi, il est vain (mais c’est le propre des épouvantails de vouloir effrayer avec des loques) d’agiter les qualificatifs de schismatique, ou de tendance schismatique, style petite église, contre ceux qui refusent ne serait-ce qu’une union (pour ne pas parler d’unité) avec des hérétiques. C’est même d’ailleurs le contraire. Refuser toute coopération religieuse avec un hérétique, c’est sauvegarder le bien commun et transcendant (en protégeant la foi) et immanent (puisque l’unité de l’Église en découle). La soumission à un gouvernement (juridiction) d’hérétique est un agir commun qui qualifie précisément l’unité d’une société.
Une crise sans précédent
Le drame de notre époque est de devoir constater le foisonnement d’hérésies chez les évêques conciliaires et chez le pape lui-même. Ils ne sont pas déclarés hérétiques formellement, c’est entendu. Mais ils n’apportent pas non plus la doctrine de Jésus-Christ selon l’expression de saint Jean. Bien au contraire. Si l’on suit saint Thomas à la lettre, ces hérétiques sont schismatiques (14)… Autrement dit, ils ne sont plus parties du tout qu’est l’Église. Là se trouve le mystère de cette crise sans précédent. Et on comprend que le seul objectif de Mgr Lefebvre, qui avec le temps mesurait davantage l’ampleur du désastre, n’ait été que de ramener les autorités romaines à la foi. Et par là à la communion de l’Église…

L’Église ici-bas a les promesses de l’indéfectibilité. D’une façon toute divine, elle est une société qui perdure dans le temps par la Tradition. Être attaché à la Tradition est un gage d’unité, car c’est vouloir rester partie de l’Église telle qu’elle a toujours été. Au contraire, le refus de la Tradition est une forme de schisme.
Les sacres, un schisme ?
Lors de la cérémonie du 30 juin 1988, Monseigneur Lefebvre a répondu très clairement :

« Il est nécessaire que vous compreniez bien que nous ne voulons pour rien au monde que cette cérémonie soit un schisme. Nous ne sommes pas des schismatiques. Bien au contraire, c’est pour manifester notre attachement à Rome que nous faisons cette cérémonie. C’est pour manifester notre attachement à l’Église de toujours, au pape, et à tous ceux qui ont précédé ces papes qui, malheureusement, depuis le concile de Vatican II ont cru devoir adhérer à des erreurs, des erreurs graves qui sont en train de démolir l’Église et de détruire tout le sacerdoce catholique. »(15)

L’opération appelée « survie » dans ce même sermon n’avait finalement qu’un seul but : sauver le bien commun total de l’Église. En combattant pour la restauration de la foi et la sauvegarde du sacerdoce, monseigneur Lefebvre a finalement sauvé l’unité de l’Église. Ce n’est pas lui qui a fait schisme. Tout simplement.
Qu'en disait Mgr Lefebvre? 
« Dans la mesure où le pape s’éloignerait de cette tradition, il deviendrait schismatique, il romprait avec l’Église. 
Ce concile représente une nouvelle Église qu’ils appellent l’église conciliaire. Nous croyons pouvoir affirmer que celui-ci est un concile schismatique. 
Tous ceux qui coopèrent à l’application de ce bouleversement acceptent et adhèrent à cette nouvelle église conciliaire et entrent dans le schisme. » (Mgr Lefebvre, interview au Figaro du 02 août 1976 ) 
« Vous avez pris le risque d’un schisme ? Quel schisme ? Je serai schismatique pour des gens que je considère comme étant hors de l’Église catholique et qui sont eux-mêmes schismatiques. » (Mgr Lefebvre, entretien au Figaro, 17 juin 1988) 
« Cette Église conciliaire (Cette expression d’Eglise conciliaire est fréquente dans la bouche de Mgr Lefebvre, elle exprime la rupture et le vrai schisme avec la Tradition.) est une église schismatique, parce qu’elle rompt avec l’Église catholique de toujours. Cette Église conciliaire est schismatique parce qu’elle a pris pour base de sa mise à jour des principes opposés à ceux de l’Église catholique. L’Église qui affirme de pareilles erreurs est à la fois schismatique et hérétique. Cette Église conciliaire n’est donc pas catholique. » (Réflexions, 29 juillet 1976, Itinéraires, La condamnation sauvage, n°40. Il y a dans ces propos de l’archevêque à la fois la densité théologique du docteur et la simplicité de la colombe de l’homme de Dieu qui rend compréhensible aux fidèles les vérités difficiles. On retrouve là un reflet de la prédication de Notre-Seigneur qui par sa simplicité et son universalité s’opposait aux subtilités des pharisiens.) 
« Ceux qui nous excommunient sont déjà excommuniés eux-mêmes depuis longtemps. Pourquoi ? Parce qu’ils sont modernistes. D’esprit moderniste, ils ont fait une Église conforme à l’esprit du monde. » (Sermon donné à Bitche le 10 juillet 1988)
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Notes

(1) Lettre apostolique Ecclesia Dei du souverain pontife Jean-Paul II sous forme de Motu proprio, du 2 juillet 1988
(2) Ibid. 
(3) Ibid. 
(4) Ibid. 
(5) Décret pour la levée de l’excommunication latæ sententiæ aux évêques de la Fraternité de Saint Pie X, du 21 janvier 2009. 
(6) En parlant de schisme et d’hérésie, il n’est question ici que de la réalité théologique de ces termes et non de leur définition canonique. 
(7) L’étymologie du mot dit bien la chose : composé vient du latin cum ponere qui signifie poser ensemble, dans l’unité. 
(8) Pour ces questions difficiles de philosophie politique, on se référera à l’excellent ouvrage du Père Jean-Dominique, O.P., Sept leçons de politique, Editions du Saint Nom, 2015. Pour ceux d’ailleurs que la seule réflexion philosophique sans référence à saint Thomas effraie, ils seront rassurés par les nombreuses références de l’auteur… 
(9) Message de Noël 1942
(10) Mc XVI, 16
(11) II II q39 a2 ad2 Les passages en italique sont des ajouts de l’auteur de l’article. 
(12) II II q39 a1 ad3 
(13) II Jn 10-11 
(14) D’un point de vue théologique, non canonique, c’est entendu. Mais nous ne professons pas non plus de positivisme juridique, et le sens théologique reste plus important que le sens canonique auquel il confère sa valeur. Si les problèmes n’étaient que canoniques, il n’y aurait pas de problème en fait… 
(15) Sermon des sacres, consultable sur le site laportelatine.org

[Abbé François-Marie Chautard, fsspx - Le Chardonnet] 30ème anniversaire des sacres - Des évêques pour sauver l'Eglise

SOURCE - Abbé François-Marie Chautard, fsspx - Le Chardonnet - juin 2018 - 3

Doté d’une riche expérience pastorale et épiscopale, Mgr Lefebvre savait mieux que quiconque le poids d’un évêque. Il percevait avec l’élévation de son jugement si sûr l’immense carence de l’épiscopat contemporain, ce « lamentable aveuglement de tant de confrères dans l’épiscopat » (1). Pas un évêque ne s’était levé pour dénoncer le scandale d’Assise, pas un évêque n’avait parlé contre la nouvelle messe, pas un évêque n’avait dénoncé le concile Vatican II. Des chiens muets qu’aurait stigmatisés le prophète (2).

L’âge du départ approchait. Fallait-il s’en remettre à la Providence en attendant qu’elle apportât la réponse d’elle-même ? Mgr Lefebvre n’était ni surnaturaliste ni providentialiste ; la Providence avait clairement parlé par le silence des évêques lors du scandale d’Assise et du synode calamiteux de 1985, lequel avait entériné les erreurs conciliaires : si les évêques s’étaient révélés incapables de défendre l’honneur de Jésus-Christ outragé, il ne fallait pas attendre qu’ils vinssent ordonner des prêtres issus d’un « séminaire sauvage ». Hormis Mgr de Castro-Mayer, Mgr Lefebvre ne pouvait compter sur aucun de ses confrères dans l’épiscopat. Mysterium iniquitatis. Il lui fallait aller jusqu’au bout de sa grâce d’évêque et se donner des successeurs.

La nécessité des sacres était double. D’une part, il s’agissait de sauver les moyens de sanctification tels que la Sainte Messe, le Sacerdoce catholique, les confirmations valides ; d’autre part, il fallait donner aux fidèles catholiques des princes de l’Eglise qui pussent exercer une véritable autorité. 
Sauver le trésor du Saint-Sacrifice de l’Eglise
La première nécessité des sacres relevait du pouvoir d’ordre. Il fallait sauver la messe de toujours. Mgr Lefebvre savait que s’il disparaissait sans sacrer des évêques, c’en était fait de l’immense trésor du Saint Sacrifice voué à disparaître de l’Eglise pour laisser définitivement et totalement la place à la messe de Luther. Une fois tarie la source du sacerdoce, la vraie messe tomberait dans l’oubli.

Dans sa lettre aux évêques du 29 août 1987, c’est le point saillant, juste après le règne de Jésus-Christ qu’il met en avant : « La chaire de Pierre et les postes d’autorité de Rome étant occupés par des antichrists, la destruction du Règne de Notre-Seigneur se poursuit rapidement à l’intérieur même de son Corps mystique ici-bas, spécialement par la corruption de la sainte Messe, expression splendide du triomphe de Notre-Seigneur par la Croix, Regnavit a ligno Deus (3), et source d’extension de son Règne dans les âmes et dans les sociétés.

Ainsi apparaît avec évidence la nécessité absolue de la permanence et de la continuation du sacrifice adorable de Notre-Seigneur pour que ‘son Règne arrive’ ».
Sauver le sacerdoce
L’opération survie de la messe est inséparable de la survie du sacerdoce, menacé par l’incompréhensible incurie des autres évêques. « Vous savez bien, mes bien chers frères, disait Mgr Lefebvre dans son sermon des sacres, vous savez bien qu’il ne peut y avoir de prêtres sans évêque. Tous ces séminaristes qui sont ici présents, si demain le bon Dieu me rappelle, et ce sera sans doute sans tarder, eh bien, ces séminaristes de qui recevront-ils le sacrement de l’ordre ? Des évêques conciliaires, dont les sacrements sont tous douteux, parce qu’on ne sait pas exactement quelles sont leurs intentions ? Ce n’est pas possible ! »
Confirmer validement
Une troisième nécessité habitait l’esprit de Mgr Lefebvre : conférer des confirmations certainement valides et donner ainsi à l’Eglise de Dieu des athlètes de la foi, des baptisés confirmés dans la foi. « C’est pourquoi nous avons choisi, avec la grâce de Dieu, des jeunes prêtres (…) qui sont dans des lieux et dans des fonctions qui leur permettent le plus facilement de remplir leur ministère épiscopal, de donner la confirmation à vos enfants » (4).
Sauver l’Eglise
Enfin, Mgr Lefebvre le signifia expressément dans sa lettre aux évêques comme dans son sermon des sacres : cette cérémonie est l’opération survie de l’Eglise et non de la seule Tradition, du sacerdoce ou de la messe.

« …en consacrant ces évêques, je suis persuadé de continuer, de faire vivre la Tradition, c’est-à-dire l’Eglise catholique » précise-t-il dans son homélie du 30 juin. Et un an plus tôt, dans sa lettre aux quatre futurs évêques, le ton était le même : « Je me vois contraint par la Providence divine de transmettre la grâce de l’épiscopat catholique que j’ai reçue, afin que l’Église et le sacerdoce catholique continuent à subsister… » (5)

Le motif est limpide : sacrer des évêques, c’est assurer la pérennité du sacerdoce, du Saint-Sacrifice de toujours, et donc de l’Eglise dans sa finalité même : le culte de Dieu dans la profession publique de la vraie foi.

En conséquence, les évêques consacrés par Mgr Lefebvre ne sont pas les évêques de la seule Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (6) mais des évêques au service de l’Eglise tout entière, car ce n’est pas le seul bien commun de la FSSPX qui est en jeu mais celui de l’Eglise. Certes, les évêques restent membres de la FSSPX et sont de ce fait soumis au supérieur général pour toutes les questions relatives à celle-ci (7), mais leur mission dépasse le cadre de la seule Fraternité. Leur épiscopat n’appartient ni à leur personne ni à la FSSPX, ni à un diocèse, mais à l’Eglise tout entière, comme le montre le sacre de Mgr Rangel (8), ou les ordinations conférées aux membres des communautés amies
Sacrer
La crise durant, les lieux de culte se multipliant, la question de nouveaux sacres se pose de plus en plus pressante. Déjà en 1991, Mgr Tissier de Mallerais, entouré de NNSS Williamson et de Galarreta, avait sacré Mgr Licinio Rangel (†) pour succéder à Mgr de Castro-Mayer, décédé le 25 avril 1991, lequel avait fondé l’Union Sacerdotale Saint-Jean-Marie-Vianney des prêtres de Campos.

Dans son homélie, Mgr Tissier de Mallerais s’était expliqué de cette décision : « Aujourd’hui, mes trois confrères dans l’épiscopat et moi-même venons répondre à votre demande instante d’avoir un évêque catholique, digne successeur des Apôtres, pour conserver votre foi et les sources de la grâce. (…) Nous procédons à ce sacre dans l’esprit de l’Eglise (…) dans l’esprit de vive sollicitude que le pape Pie XII exigeait de tout évêque catholique, pour le bien de l’Eglise universelle, actuellement en danger à Campos. Nous réalisons un acte de responsabilité solidaire (9) pour le bien de l’Eglise, qui nous revient en tant que membre du corps épiscopal catholique » (10).

Le maintien de la foi, le don des vrais sacrements, le bien de toute l’Eglise au nom de la sollicitude née du sacre épiscopal, tels sont les graves motifs de cette consécration. Mgr Tissier de Mallerais illustrait la dimension politique (ou royale) du seul pouvoir d’ordre épiscopal (11), entièrement tourné vers le bien commun non de la seule Fraternité mais de l’Eglise universelle, a fortiori en temps de crise.

En résumé, l’état de nécessité spirituelle appelait à tout le moins la transmission du pouvoir d’ordre épiscopal. Peut-on en dire autant du pouvoir de gouvernement ? 
Un pouvoir de gouvernement des évêques de la Tradition ?
A la question de savoir si les évêques de la Tradition jouissent d’un pouvoir de gouvernement, il est tentant de répondre par la négative. L’affirmer ne serait-il pas un aveu de schisme ? Des précisions s’imposent.

En sacrant des évêques, Mgr Lefebvre a tenu à ne pas leur donner de juridiction territoriale – qu’il ne pouvait de toute façon pas leur donner. Romain jusqu’au fond de l’âme, Mgr Lefebvre ne voulait absolument pas constituer une Eglise parallèle.

Les évêques de la Tradition sont-ils pour autant de purs distributeurs de sacrements ? La réponse est contenue dans la question. Cela pour trois raisons.

La première est tirée de la nature du pouvoir d’ordre épiscopal. Comme nous l’avons vu, son exercice est ordonné au bien commun de l’Eglise, c'est-à-dire qu’il met de l’ordre dans l’Eglise. Ainsi ordonne-t-il des ministres – les prêtres – au culte divin.

Le seul exercice de son pouvoir sacramentel régit l’Eglise de Dieu. La cérémonie des sacres le montre d’une manière éclatante. Sacrer des évêques était l’acte d’un chef qui posait un acte d’autorité en vue de défendre et de conserver la Tradition menacée par sa disparition. Tel le bon pasteur protégeant son troupeau, Mgr Lefebvre mettait à l’abri les fidèles contre les loups déguisés en agneaux.
Au-delà d’un acte sacramentel, c’était l’acte d’un prince de l’Eglise, au service du bien commun.
La deuxième est tirée du sacre épiscopal. Si l’évêque, en vertu de sa seule consécration épiscopale, n’a pas de pouvoir de magistère ou de gouvernement (12), il possède néanmoins une autorité morale ainsi qu’une aptitude positive à recevoir ces pouvoirs de magistère et de gouvernement (13).

Sa parole a une portée et une autorité supérieures à celle d’un simple prêtre, fût-ce le plus brillant, de même que par leur consécration épiscopale, leur rang et leurs pouvoirs épiscopaux, les évêques possèdent une autorité « naturelle » vis-à-vis du bien commun de toute l’Eglise

Qu’on se rappelle le poids de l’autorité doctrinale de Mgr Lefebvre. A l’issue du Concile, Mgr Lefebvre était un évêque émérite, sans diocèse, sans juridiction territoriale. Pourtant, dès qu’on l’entendit, sa voix eut un écho mondial. Au milieu de tous les ténors de la Tradition, sa parole d’évêque résonnait plus distinctement. Il ne s’agit évidemment pas de diminuer la valeur intrinsèque de ses propos, la perspicacité, la force, la sagesse surnaturelle ou le souffle qui émanaient de ses interventions, mais il est évident que les âmes sacerdotales et laïques y distinguaient la parole d’un évêque (14).

En sacrant des évêques, Mgr Lefebvre assurait donc la pérennité d’un certain Magistère. Et cela est d’autant plus important pour la survie de l’Eglise que la prédication d’évêques catholiques empêche l’existence d’une prédication unanimement conciliaire au sein du corps épiscopal actuel. Les sacres revêtaient une dimension éminemment doctrinale (15).

Ce qui est vrai au plan du gouvernement. Si Mgr Lefebvre a toujours récusé d’être le chef des traditionnalistes, son épiscopat, joint à toutes ses éminentes qualités, faisaient de lui le bon pasteur que suivaient naturellement les âmes droites.

Ce pouvoir de gouvernement n’est évidemment pas ordinaire, il ne doit pas être pris dans toute la force du terme, mais il est dû à la nécessité. C’est un ministère de suppléance (16). De même que les fidèles, désemparés par le naufrage conciliaire, sont allés chercher des prêtres fidèles à la vraie doctrine qui ont pris sur eux de les confesser sans que les fidèles n’y aient jamais vu la moindre prétention schismatique, de même l’exercice du pouvoir d’ordre des évêques de la Tradition et de leur autorité doctrinale et juridictionnelle relève de la nécessité dans l’Eglise d’avoir un épiscopat catholique qui prêche la vraie doctrine, confère les vrais sacrements et pose les actes de gouvernement indispensables au bien des âmes, sans que cela procède ni en droit ni en fait d’une attitude schismatique. A situation extraordinaire, moyens extraordinaires.

La troisième raison est tirée du rapport de finalité entre le pouvoir de juridiction et le pouvoir d’ordre. L’autorité n’existe qu’en vertu des biens à transmettre ; le gouvernement n’a d’autre raison d’être que de conduire la société et leurs sujets à leur fin. Dans l’Eglise de Dieu, le pouvoir de juridiction organise et détermine l’exercice concret du pouvoir d’ordre. Il lui est subordonné.

La conséquence suit : dès lors qu’existe la nécessité d’exercer le pouvoir d’ordre, il est nécessaire qu’une autorité y préside. L’existence d’un pouvoir d’ordre de suppléance (17) engendre l’existence d’un pouvoir de juridiction de suppléance, comme Mgr Lefebvre le laisse clairement entendre : « Dans la mesure où les fidèles viennent demander aux prêtres et à l’évêque les sacrements et la doctrine de la foi, ceux-ci ont un devoir de veiller à la bonne réception et au bon usage de la doctrine de la grâce du Sacrifice de la messe et des sacrements. Les fidèles ne peuvent pas demander les sacrements et refuser l’autorité vigilante des prêtres et de l’évêque » (18).

Enfin, un argument tiré de l’histoire aidera à mieux comprendre. Lors des invasions barbares, et compte-tenu de la démission ou de l’incompétence des autorités civiles, les fidèles se tournèrent naturellement vers les autorités capables de prendre en main le salut temporel de la Cité : les évêques. Dès lors, quand ces derniers organisèrent la défense militaire des cités antiques, ils suppléèrent par leur compétence et leur sens du bien commun à la défection des autorités civiles, sans pour autant prétendre devenir les nouveaux princes temporels. Telle est la suppléance. De même, nos évêques suppléent par leurs pouvoirs épiscopaux aux déficiences doctrinales et pastorales de l’ensemble de l’épiscopat, et comme les évêques de l’Antiquité ont protégé les cités de l’invasion barbare, nos évêques ont pour mission de protéger prêtres et fidèles de l’invasion conciliaire. Et si l’histoire est redevable de ces Défenseurs de la Cité, elle honorera la mémoire de ces Défenseurs de l’Eglise.
Une profession de foi, d’espérance et de charité
Enfin, nul doute que cette cérémonie du 30 juin 1988 fut une profession de foi, d’espérance, et de charité. Profession de foi, ces sacres le furent à l’Eglise, au sacerdoce, à la messe et au règne de Notre-Seigneur. Ils le furent aussi dans leur fondement qui était d’assurer la défense et la transmission de la foi.

Profession d’espérance, ces sacres le furent en assurant la survie de la Tradition et en montrant aux générations montantes qu’elles n’étaient pas orphelines, que tous les chefs n’étaient pas des lâches et qu’il existait encore des cœurs nobles.

Acte de charité, ces sacres le furent par l’abnégation et l’oubli de soi qu’ils demandèrent aux évêques consécrateurs et consacrés, brocardés comme schismatiques, excommuniés par les autorités, voués aux gémonies de toutes parts. A l’heure où tant d’hommes abandonnaient leur mission, le vieil évêque, le vieux lutteur de Dieu ne renonçait pas. Et pour les évêques nouvellement consacrés, cette cérémonie marqua le début d’une vie itinérante et apostolique peu commune dans l’histoire de l’Eglise. Les sacres étaient une leçon de bien commun.
Epilogue
Histoire révolue ? L’état de nécessité demeure, quoi qu’on en dise. Si quelques évêques, faits inédits et encourageants, ont pris la parole, y compris contre les agissements inouïs du Saint-Père, ils demeurent hélas invariablement muets devant la nocivité de la nouvelle messe, le scandale de l’œcuménisme ou la sécularisation des États.

Trente ans après les consécrations épiscopales, leur légitimité passée et présente n’est plus à démontrer. Trente ans après les sacres, l’acte héroïque de Mgr Lefebvre reste un phare dans la tempête, un avertissement et un encouragement donné aux âmes de bonne volonté. Pour que perdure l’Eglise, pour que renaisse la Chrétienté.

Abbé François-Marie Chautard, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X
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Notes
(1) Déclaration de Mgr de Castro-Mayer lors de la cérémonie des sacres.
(2) « Les gardiens d'Israël sont tous aveugles, ils ne savent rien ; ce sont tous des chiens muets, qui ne peuvent pas aboyer… » Is 56/10
(3) « Le Seigneur a régné par le bois » extrait du Vexilla regis, hymne des vêpres du temps de la Passion. Le verset signifie que le règne de Jésus-Christ s’opère par le bois de sa croix.
(4) Sermon des sacres
(5) Le 4 décembre 1990, Mgr Lefebvre écrivait à Mgr de Castro-Mayer au sujet de « la nécessité absolue de continuer l’épiscopat catholique pour continuer l’Eglise catholique », Fideliter juillet-août 1991, n° 82, p. 13.
(6) Même s’ils sont d’abord au service de celle-ci, évêques auxiliaires de la FSSPX.
(7) « Ce sera au Supérieur Général de prendre les décisions. » Notes prises par Mgr Williamson, Recommandations de Mgr Lefebvre avant les sacres, Sel de la terre nº 28, Printemps 1999, p. 167.
(8) Lettre du 4 décembre 1990 de Mgr Lefebvre à Mgr de Castro-Mayer : « L’appel aux évêques de la Fraternité pour la consécration éventuelle n’est pas fait en tant qu’évêques de la Fraternité, mais en tant qu’évêques catholiques », Fideliter juillet-août 1991, n° 82, p. 14.
(9) Cette responsabilité dont parle Pie XII est à distinguer de la collégialité conciliaire. Ici, Pie XII parle de la responsabilité morale de tous et chacun des évêques vis-à-vis de l’Eglise mais non de la responsabilité personnelle de chaque évêque dans son diocèse.
(10) Sermon du 28 juillet 1991, Fideliter septembre-octobre 1991, n° 83, p. 5
(11) Dimension politique clairement enseignée par saint Thomas : « Le rapport du pouvoir épiscopal au pouvoir des ordres inférieurs est semblable à celui de la politique qui poursuit le bien commun (…) La politique donne leur loi aux arts inférieurs, c’est-à-dire en désigne les dépositaires, en détermine l’étendue et le mode d’exercice. C’est pourquoi il appartient à l’évêque d’appeler les sujets à tous les divins ministères. C’est pourquoi seul il confirme – aux confirmés est en effet confié, comme un mandat, de confesser la foi – seul encore il bénit les vierges, qui sont la figure de l’Eglise, épouse du Christ, dont il porte principalement le souci ; de même il consacre ceux qui doivent être préposés aux fonctions des ordres (…) Ainsi celui qui détient la plénitude du pouvoir, le roi, départit dans la cité les offices temporels ». Suppl q 38, 1, c.
(12) « …les évêques qui n'ont été ni nommés ni confirmés par le Saint-Siège, qui ont même été choisis et consacrés contre ses dispositions explicites, ne peuvent jouir d'aucun pouvoir de magistère ni de juridiction ; car la juri­diction ne parvient aux évêques que par l'intermédiaire du Pontife romain »,Pie XII, Ad apostolorum principis
(13) On parle de puissance positive, c'est-à-dire qu’il ne s’agit pas d’une pure possibilité de recevoir ce pouvoir, mais d’une aptitude positive et réelle à le recevoir. Le raisonnement vaut tout autant pour le pouvoir de gouvernement. Le sacre ne confère qu’en puissance le pouvoir de juridiction. « A son sacre, l’évêque reçoit un pouvoir inamissible, qui (…) ne l’ordonne pas directement à Dieu, mais au corps mystique du Christ. » Suppl, q 38, 2, ad 2
(14) Conscient de ce poids, le Père Calmel écrivait en 1967 : « le jour où nous pourrons dire : ‘un évêque a pris position, notre résistance aux chambardements liturgiques dogmatiques, disciplinaires n’est plus le fait de simples laïques, de simples prêtres, mais nous avons un évêque’, ce jour-là les choses seront clarifiées » cité par le P. Jean-Dominique, Le Père Roger-Thomas Calmel, Clovis, 2012, p. 405.
(15) Mgr Lefebvre le soulignait d’ailleurs aux quatre futurs évêques quelques jours avant les sacres : « Le rôle des évêques consacrés : les ordinations, les confirmations et le maintien de la foi [souligné dans les notes] à l’occasion des confirmations. Il vous faudra protéger le troupeau. (…) Votre rôle, en tant qu’évêques, sera de donner les sacrements et d’assurer la prédication de la foi. » Notes prises par Mgr Williamson, « Recommandations de Mgr Lefebvre avant les sacres » Sel de la terre nº 28, Printemps 1999, p. 165 et 167.
(16) « … la juridiction du nouvel évêque n’est pas territoriale, mais personnelle (…) l’autorité juridictionnelle de l’évêque ne lui venant pas d’une nomination romaine mais de la nécessité du salut des âmes. » Mgr Lefebvre, Note au sujet du nouvel évêque succédant à S. Exc. Mgr de Castro-Mayer, 20 février 1991, Fideliter juillet-août 1991, n° 82, p. 16-17.
(17)Nous disons bien de suppléance, c'est-à-dire qu’une nécessité conduit à exercer ce pouvoir d’ordre. Nous ne voulons évidemment pas dire que le simple fait de jouir du pouvoir d’ordre entraîne la possession d’une juridiction.
(18) Mgr Lefebvre, Note au sujet du nouvel évêque succédant à S. Exc. Mgr de Castro-Mayer, 20 février 1991, Fideliter juillet-août 1991, n° 82, p. 16-17.