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28 février 2010

[Paix liturgique] Portrait d'un catholique déterminé: un éclairage dijonnais

SOURCE - Paix Liturgique - Lettre 219 - 28 février 2010

Il faut préalablement le répéter : les sondages successifs prouvent que les fidèles désireux de voir célébrer la forme extraordinaire du rite romain sont nombreux (au moins un tiers des catholiques pratiquants), mais ils ne savent pas comment s’y prendre, et tout d’abord, ils ne savent pas qu’ils existent en si grand nombre. Viendra le temps, nous en sommes sûrs, où les prêtres eux-mêmes s’inquiéteront de cette demande latente et susciteront son expression. Pour l’instant, notre devoir de catholiques est de les aider à s’exprimer. De les aider pacifiquement à s’exprimer pacifiquement.

Commencée en mars 2009, la campagne d'enquête et de dialogue en soutien au Saint Père et au motu proprio Summorum Pontificum se poursuit dans les paroisses, dimanche après dimanche.

A la fin février 2010, on comptait déjà plus de 550.000 documents diffusés.

Ce minutieux travail de terrain est une tâche énorme qui n'est possible que grâce au zèle de centaines d'amis à travers la France qui souhaitent se faire les porte-parole des mesures de pacification proposées par Benoît XVI à toute l’Eglise universelle.

Nous nous proposons cette semaine de brosser pour vous le portrait de l'un d'entre eux et du travail de fourmi qu'il a engagé dans la capitale de la Bourgogne : Dijon.

Retraité du commerce, Michel sait d'expérience qu'à force d'attendre le client les bras croisés on risque de ne jamais le voir arriver. Catholique ayant renoué avec la messe traditionnelle au milieu des années 90 (la plupart des partisans de la messe traditionnelle ne viennent pas d’un milieu préexistant, mais sont des « convertis », faut-il le rappeler ?), il est intimement convaincu, comme l'a exprimé le Cardinal Castrillon Hoyos, que cette liturgie traditionnelle est un trésor destiné à toute l'Église et pas seulement à ceux qui ont déjà le bonheur de la connaître. C'est pourquoi, la publication du Motu Proprio Summorum Pontificum libéralisant la messe de Saint Grégoire-le-Grand l'a comblé de joie mais aussi d'enthousiasme apostolique et l'a décidé à entreprendre quelque chose pour soutenir efficacement la volonté de Benoît XVI sur le terrain.


I – Seul le premier pas coûte

Entreprendre c'est certain… mais quoi ? Et ce d'autant plus que Michel se heurte bien vite à la tiédeur de l'accueil réservé au texte pontifical, non pas par les autorités ecclésiastiques – il s'y attendait ! –, mais par les fidèles qu'il contacte. Osera-t-on parler d’un certain « égoïsme » ? Il faut dire qu'en Côte d'Or, où vit Michel, les “tradis” ne sont pas à plaindre puisqu'ils ont leurs habitudes bien établies entre la Fraternité Saint-Pierre dans l'agglomération dijonnaise, qui célèbre dans la chapelle attenante à la maison natale de Saint Bernard, et la Fraternité Saint-Pie X, fortement représentée dans un département où elle compte deux institutions “historiques” (le séminaire de Flavigny et l'école pour jeunes filles de Pouilly-en-Auxois) ainsi qu'un prieuré à Dijon.

Nonobstant cette déception, l'élan de Michel demeure.Reste à trouver une forme concrète à lui donner.C'est la publication de notre lettre 168, du 9 mars 2009, qui va servir de déclic.

Apprenant le lancement d'une grande campagne pour “le réveil des paroisses de France” à travers la diffusion d'un document de soutien au Saint-Père, Michel prend contact avec nous et se porte volontaire pour rejoindre une équipe de personnes le diffusant dans sa région.
Michel étant alors le premier de nos contacts dijonnais prêts à s'engager, nous L'encourageons à commencer tout seul, l'assurant que seul le premier pas coûte.

Après avoir consacré un chemin de croix à cette aventure, Michel se lance donc le 14 juin 2009, solennité de la Fête-Dieu.

Ce dimanche-là, il se prive de sa messe traditionnelle chantée et ne s'attarde pas à l'issue de la messe basse traditionnelle pour pouvoir arriver à l'heure devant l'église de village qu'il a choisie pour sa première distribution.

Trouvant les portes fermées, la messe ayant été déplacée dans un autre village, Michel arrive sur les lieux alors que la cérémonie est déjà commencée. Après avoir distribué ses premiers documents aux retardataires, il attend la sortie pour distribuer le reste.
Bilan : près de 100 questionnaires d'enquete remis, un accueil favorable (seulement 3 refus) et un prêtre, en chasuble, qui salue paisiblement ses fidèles, la vue d'un tract orné de la photo du Pape ne déclenchant pas chez lui de crise d'urticaire.

Encouragé par cette première expérience et par l'avis positif que lui a donné un prêtre diocésain de ses amis, Michel nous annonce alors qu'il entend planifier ses distributions avec comme objectif de terminer par la cathédrale Saint-Bénigne, patron du diocèse, “avant l'Avent, pour laisser ensuite la prière faire son œuvre”.


II – Avec humilité et persévérance

Après une nouvelle distribution en solitaire à la campagne, Michel, fort de la protection de son saint patron - “chef de la milice céleste, il m'envoie souvent au combat... donc je dois suivre” - décide de continuer dans la ville.

Sa détermination est récompensée par la Providence puisqu'il reçoit un premier concours dès cette occasion. Un autre suivra peu après et le reste de l'opération se poursuivra avec l'appui de ces deux solides recrues.

Lors de cette première distribution en centre-ville, Michel constate deux choses :
1) hormis quelques refus de retardataires pressés, l'accueil est là encore plus que favorable,
2) la déchristianisation en milieu urbain est une triste réalité (80 documents seulement sont distribués alors qu'il s'agit d'une messe paroissiale dans un quartier bourgeois).

Dimanche après dimanche, patiemment, humblement, Michel et ses compagnons vont poursuivre leur quadrillage pour terminer leur entreprise fin novembre après avoir, comme annoncé, “desservi” la cathédrale Saint-Bénigne le 15 novembre, jour de messe pontificale.
Mgr Minnerath, évêque de Dijon, sera l'une des 340 personnes à prendre le dépliant, le climat bourguignon demeurant pacifique et bienveillant, nonobstant les quelques irascibles de service.

Bilan de la campagne dijonnaise de diffusion de notre enquête sur la paix voulue par Benoît XVI : 12 opérations de distributions, plus de 1.300 documents diffusés , 8 paroisses visitées et de nombreux retours positifs de fidèles ayant par le biais de cette enquête fait connaître leur sympathie voire leur attachement pour la forme extraordinaire du rite romain. Michel a ainsi pu constituer un nouveau réseau de personnes qu’il ne connaissait pas avant de se lancer mais qui partagent son amour de la liturgie traditionnelle de l’Eglise.


III – Un encouragement pour “ceux qui n'osent pas”

L'exemple de Michel prouve qu'il suffit juste d'un peu d'enthousiasme et d'esprit d'apostolat pour mieux faire connaître l'action du Saint-Père et les dispositions du Motu Proprio.
Comme il le dit lui-même : “faut y aller avec beaucoup de simplicité et de modestie ; il faut définir une stratégie en fonction de la configuration de l’agglomération (établir un programme de distribution en fonction des paroisses) et étudier ensuite, au coup par coup, la disposition de l’église et les horaires des messes, ces derniers se trouvant généralement sur internet, dans les informations diocésaines. À l’entrée des fidèles, l’accueil est généralement bon, les refus statistiquement peu nombreux, et, en face des très rares agressions verbales, il suffit de garder son calme...

Mais le véritable enseignement que Michel souhaite retirer et partager de cette opération est essentiellement d'ordre spirituel : “Cette expérience demande une foi profonde assistée par la prière et le sacrifice (se limiter à la messe basse à la place de la messe chantée, se lever plus tôt), mais elle nous procure aussi la joie d’offrir à Notre Seigneur ce qui est à notre portée.”


IV – Addendum

Le portrait de Michel ne serait pas complet sans préciser qu'il n'est ni un militant né, ni iun catholique issu du milieu traditionnel. Il est seulement un chrétien de son temps : “moderniste” comme il le dit lui-même jusque dans les années 80 quand, en réaction aux “débordements antireligieux” de sa famille, il a découvert la figure de Monseigneur Marcel Lefebvre.

Ayant néanmoins toujours gardé les yeux fixés sur Rome, il a accueilli avec gratitude la publication du Motu Proprio Summorum Pontificum.

Pour lui, répondre à la générosité du Pape a donc été une évidence et il lui arrive de déplorer “le manque d'allant missionnaire“ des “tradis” qui, selon lui, se complaisent dans “un certain confort” au creux de leurs prieurés...

En tout cas, les efforts de Michel semblent payer puisque, depuis que nous avons diffusé ses coordonnées dans notre lettre 209 du 19 décembre 2009, deux nouvelles demandes de célébrations selon la forme "extraordinaire" se sont mises en place à Dijon.

Nos prières les accompagnent d’autant plus que pour l'heure, les fruits du Motu Proprio dans le diocèse sont encore rares : seulement une messe dominicale mensuelle à Beaune et une messe en semaine tous les 15 jours à Châtillon-sur-Seine à l'initiative du Père Athénor, un jeune curé entreprenant.

Pour rejoindre les demandes dijonnaises : motuproprio.remond.dijon@live.com

[Max Barret - Le Courrier de Tychique] La sagesse de Mgr Marcel Lefebvre

SOURCE - Max Barret - Le Courrier de Tychique n°325 - 28 février 2010

La sagesse de Mgr Marcel Lefebvre.

On ne le répètera jamais assez : Mgr Lefebvre, qui fut l’âme de notre résistance à l’apostasie conciliaire était doué d’une sagesse et d’une prudence dont on n’aurait jamais dû s’écarter. Nous en trouvons une preuve de plus dans la lettre qu’il adressa à Mgr Alfonso de Galarreta en août 1989. Il faut la lire, s’en imprégner et la diffuser largement ! En voici des extraits :
« A l’occasion de la nouvelle division, provoquée par l’abbé (…x…) en Amérique du Sud, qui éprouve notre chère Fraternité, il me semble opportun d’analyser l’action du démon pour affaiblir ou réduire à néant notre oeuvre.

« Les auteurs des diverses scissions n’agissent-ils pas selon deux principales tentations qui se diversifient par la suite ?

« La première tentation consiste à maintenir de bons rapports avec le pape ou les évêques actuels. Évidemment, il est plus normal et agréable d’être en harmonie avec les autorités que d’être en conflit avec elles, surtout quand ces difficultés peuvent aboutir à des sanctions.

« La Fraternité sera alors accusée d’exagérer les erreurs du Concile Vatican II, de critiquer abusivement les écrits et les actes du pape et des évêques, de s’attacher avec une rigidité excessive aux rites traditionnels et, en définitive, de présenter une tendance au sectarisme qui la conduira un jour au schisme.

« Une fois mentionné le mot schisme, on s’en servira comme d’un épouvantail pour faire peur aux séminaristes et à leur famille, les conduisant à abandonner la Fraternité, d’autant plus facilement que les prêtres, les évêques et Rome ellemême prétendent offrir des garanties en faveur d’une certaine tradition. » (Y a-t’il quelque chose de changé actuellement ? ndlr)

« Nous pourrions établir une longue liste de ceux qui nous ont abandonnés pour ces raisons.

« Il était clair que les consécrations épiscopales et l’excommunication seraient considérées comme des motifs plus que suffisants pour quitter la Fraternité, surtout au regard des garanties offertes par la Rome conciliaire en faveur de la tradition liturgique.

« Malgré que les mensonges de la Rome conciliaire se soient de nombreuses fois vérifiés dans les faits, il n’est jamais inutile d’essayer, puisqu’il s’en trouvera toujours certains pour mordre à l’hameçon.

« Mais les erreurs du Concile Vatican II et son esprit sont en permanence et publiquement confirmés par les faits et les accusations. Rien ne change au niveau des principes libéraux et modernistes. La foi catholique continue à disparaître.

« La plupart de nos prêtres, séminaristes et fidèles ne s’illusionnent pas et sont convaincus qu’il est impossible d’avoir confiance dans les autorités de l’Eglise conciliaire, tant qu’elle professe de telles erreurs. » (« Sous la Bannière » n° 147 – janvier-février 2010 – p. 5 – « Les Guillots – 18260 – Villegenon)
Monseigneur était lucide ! Il n’écrivit pas « tous nos prêtres… », mais « la plupart de nos prêtres ». Le ver était déjà dans le fruit. Il le savait et il en souffrait terriblement. Personnellement, j’avais déjà signalé des infiltrations gnostiques dans la Fraternité en septembre 1987, deux ans avant la lettre ci-dessus… Et il me répondit le 16 septembre 1987 : « Je suis parfaitement d’accord sur cette infiltration dangereuse. Je sens très bien qu’une action sournoise est menée par ces milieux incroyants « de droite » pour ruiner le bloc de la tradition catholique » (j’ai publié une photocopie de cette correspondance dans mon livre « Monseigneur Lefebvre, tout simplement ») p. 134.)

Il n’y avait déjà, en 1987, que « la plupart » des prêtres qui étaient « convaincus qu’il est impossible d’avoir confiance dans les autorités de l’Eglise conciliaire ». « La plupart »… pas tous !... Une grande majorité certes ! Mais les autres ? Le petit nombre… Les autres, ils continuèrent à alimenter « cette infiltration dangereuse… cette action sournoise » ! Monseigneur s’en était rendu compte : il « le sentait très bien » écrivait-il!

« Les erreurs du Concile Vatican II et son esprit sont en permanence et publiquement confirmés par les faits et les accusations. Rien ne change au niveau des principes libéraux et modernistes. La foi catholique continue à disparaître ». (Mgr Lefebvre – cf. ci-dessus)
Si Monseigneur, hélas, ça change… en bien pire ! Voici que l’«Osservatore Vaticano » du mardi 23 février nous apprend que le pape participera au culte luthérien le 14 mars prochain. En voici le texte intégral:
« Le Pape participera au culte luthérien célébré au temple de l’Église luthérienne évangélique de Rome, via Sicilia, dans l’après-midi du dimanche 14 mars prochain.

La visite commencera à 16h30. Elle comprendra le service luthérien avec deux homélies sur les deux textes prévus par la liturgie de la communauté : l’une du pasteur Jens-Martin Kruse, sur le premier chapitre de la 2ème épître de Paul aux Corinthiens pour parler de « l’aide de Dieu dans l’action », l’autre du Pape sur l’Evangile selon saint Jean, 12, 20-26 (« Si le grain ne meurt... »).

Il faut préciser que la communauté luthérienne de Rome est minuscule : elle compte environ 350 membres, pour la plus grande part allemands. La foi luthérienne est, on le sait, en voie d’extinction, un nombre non négligeable de ceux qui sont censés la partager n’étant luthériens que d’identité sociale, plus proches d’un athéisme indifférent que de la théologie de Martin Luther.

Le culte luthérien, via Sicilia, se célèbre généralement en langue allemande. Ce sera le cas lorsque le Souverain Pontife s’y associera.

Le cardinal Walter Kasper, Président du Conseil pontifical pour la Promotion de l’Unité des chrétiens, accompagnera le Saint- Père lors de cette cérémonie religieuse.»
Telle est la triste réalité ! Qui aurait pu imaginer, simplement imaginer un tel scandale, il y a une vingtaine d’années ? Comment, dans une telle occurrence peut-on encore caresser l’espoir d’une conversion de la hiérarchie vaticane, par la force de persuasion des interlocuteurs de la FSSP X ? Mgr Fellay lui-même reconnaissait l’existence d’au moins quatre loges au Vatican. Peut-être plus, en tout cas au moins quatre ! Et en tout cas largement assez pour tout contrôler et tout orienter ! C’est un point de vue que soutient aussi Alain Kérizo dans le même numéro de « Sous la Bannière » - page 7 (cf. ci-dessus) : « La Rome conciliaire a été investie par la maçonnerie et prêche une doctrine gnostique, panthéiste. Il est donc impossible d’interpréter les textes de Vatican II à la lumière de la Tradition, comme le prétend Benoît XVI. Le Père Amorth, chef des exorcistes de l’Eglise conciliaire n’a-t’il pas affirmé que c’est au Vatican que l’on peut constater la plus grande concentration de démons !»

Les « bienfaits » du Motu proprio « Summorum Pontificum »

Michel Janva (« Le Salon beige ») cite un article du quotidien « Le Progrès » concernant Max Guazzini « né dans une famille juive d’origine italienne, ancien chanteur, ancien conseiller de Bertrand Delanoë, ancien patron de la radio NRJ, grand ami de Dalida, avocat et actuellement président du « Stade Français » lequel a déclaré : « Je suis catholique pratiquant. Je vais à la messe en latin. Traditionaliste ne veut pas dire intégriste. La religion n’a aucun rôle à jouer dans la société. On a la chance de vivre dans un pays laïc. C’est fondamental » Et voila !... Voila les fruits de la doctrine conciliaire enseignée dans les églises « Ecclesia Dei » où se célèbre la messe dans le « rite extraordinaire » ce qui est le cas de Max Guazzini (il assiste à cette messe à Ste Jeanne de Chantal (16ième) ! On n’y enseigne plus, la Royauté Sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ ! On y prêche l’oecuménisme à outrance ! La religion catholique n’est plus la seule vraie religion ! Toutes les autres mènent à Dieu ! Avec l’extension de ces messes « autorisées » de plus en plus de fidèles ne verront plus que la différence liturgique avec les messes « bâtardes », et ne seront plus nourris de l’immuable doctrine catholique! Le piège a parfaitement fonctionné, nonobstant l’opinion de ceux qui se sont réjouis de la publication de ce Motu proprio!

Ils auraient dû s’y attendre!

Ce dimanche 28 février, l’apostolat de la Fraternité St Pierre à Toronto (Canada) prend fin. Le prêtre desservant sera remplacé par un autre, très âgé, qui célèbre déjà deux messes, à 2 heures de Toronto et qui ne pourra célébrer celle-ci qu’à 13h00 ! Motif de cette sanction : le prêtre rallié de la Fraternité St Pierre continuait à donner la communion sur la langue, alors que l’Archidiocèse avait ordonné de la donner dans la main, sous le fallacieux prétexte de lutter contre la grippe H1N1 ! Logique : quand on intègre une société, on doit obéir à ses chefs ! Les incorrigibles optimistes devraient y réfléchir!

Il est grand temps que soit publié le véritable troisième « Secret de Fatima » ! Multiplions les prières à cette intention !

[F. Jehan, mbi - Bénédictins de l’Immaculée] Requiem pour Dom Gérard

Requiem pour Dom Gérard - F. Jehan, mbi - Bénédictins de l’Immaculée - 28 février 2010

Chers Amis,

Demain, 1er mars, nous commémorerons le deuxième anniversaire du décès de Dom Gérard († 28 février 2008), notre fondateur à Bedoin puis au Barroux et célébrerons ce jour-là la messe de Requiem à son intention.

Nous désirons de toutes nos forces ici à Villatalla vivre, dans sa pureté, la grâce monastique et liturgique que Dom Gérard reçut à Bedoin en 1970, qu’il sut défendre et transmettre par l’exemple et par la parole dont il avait le charisme : grâce fondatrice dont je fus un témoin privilégié comme étant son premier compagnon et disciple et qui se résume dans la quête inlassable de la vie intérieure alimentée à la source d'une part, de la Règle de saint Benoît et des coutumes léguées par nos anciens et, d’autre part, de la traditionnelle et divine liturgie.

35 ans après, confronté à un mouvement de contestation, il protestera avec force : «Je répète que je n’ai jamais, au grand jamais, voulu introduire l’usage du nouveau rite. Non seulement je ne l’ai pas voulu mais pendant trente ans nous avons tenu le cap, formé la communauté dans le sens de cette fidélité, en bravant les interdits, changés aujourd’hui en gracieuses permissions, agrémentées de félicitations en haut lieu».
C’est par cette double fidélité monastique et liturgique, en effet, que la vie intérieure établit peu à peu son royaume dans nos âmes, telle était sa conviction profonde. C’est donc aussi par cette double fidélité que nous lui témoignerons une authentique piété filiale. Une authentique piété filiale qui, comme le souligne Jean Madiran, ne consiste pas seulement «à se savoir débiteur insolvable dans son être même», mais «à savoir aussi que le patrimoine reçu est pour le transmettre et non pour en disposer».

La piété filiale n’est pas un “revêtement accessoire” de la vie monastique mais une “condition de sa survie”. Et les propos sévères mais combien vrais, hélas! de Madiran sur l’impiété à l’égard de la patrie s’appliquent tout autant et a fortiori à l’impiété religieuse :
«Car l’impie, négligent ou indifférent à l’égard de la vie intellectuelle et morale qu’il a reçue, et qui pourtant constitue son être, l’impie ingrat à l’endroit de ceux qui ont nourri et armé son âme, sera en cela très impropre à transmettre à son tour cette immatérielle richesse. Influent, comme on l’est toujours, par son être plus que par ses discours, il transmettra surtout sa propre indifférence, sa propre ingratitude. Il respirera et inspirera un esprit de méconnaissance du patrimoine moral de la patrie. Si l’on honore pas, on commence à négliger. On devient indifférent. On se trouvera désarmé en face de la dérision et du mépris qui tôt ou tard cesseront de ramper, s’élèveront au premier rang et se mettront à parler haut sans être refoulés». (Jean Madiran, Une Civilisation Blessée au Cœur, p. 34.)
«Que m’importe le passé en tant que passé, s’écriait déjà Gustave Thibon, ne voyez-vous pas que, lorsque je pleure sur la rupture d’une tradition, c’est surtout à l’avenir que je pense? Quand je vois pourrir une racine, j’ai pitié des fleurs qui demain sécheront faute de sève. Telles sont pour nous les raisons de maintenir ardemment les formes les plus sacrées de la liturgie catholique.»

C’est donc avec une gratitude, pleinement filiale, que ce lundi 1er mars nous offrirons le saint sacrifice de la messe pour le repos de l’âme de celui qui, pour beaucoup, fut un phare dans la nuit, et pour nous un père et un maître qui sût nous tracer le chemin lumineux de la vie monastique intégrale.

Animés de cet esprit filial, nous nous réjouissons, pour l’honneur et la mémoire de Dom Gérard, qu’un oblat italien du Barroux ait entrepris et proposé, à travers un site internet (romualdica.blogspot.com), une traduction de ses œuvres dans la belle et noble langue de Dante. Chers amis italiens, allez voir, vous trouverez-là un trésor de vie spirituelle pour vos âmes et le patrimoine authentique et éloquent de ce qui a constitué le fond commun de la spiritualité monastique depuis ses origines.

F. Jehan, mbi

[Abbé Jürgen Wegner, fsspx (Canada) - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs] "Grands et nombreux sont les bienfaits que Dieu le Père..."

SOURCE - Abbé Jürgen Wegner, fsspx (Canada) - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs - 28 février 2010

Chers Amis et Bienfaiteurs

Grands et nombreux sont les bienfaits que Dieu le Père, dans sa bonté inépuisable, nous accorde sans cesse. Pour nous sauver en nous rendant la vie de la grâce, pour nous faire participer à la vie divine, le Père a envoyé son Fils. Le Fils a accepté sa mission et a voulu devenir fils de l’homme, pour nous faire enfants de Dieu. Il s’est humilié, pour nous relever de notre abjection; il a été blessé, pour guérir nos blessures, il a souffert la mort, pour nous donner l’immortalité. Tels sont les bienfaits de la miséricorde divine.

Saint Jean nous avertit, « Si nous disons que nous sommes sans péché, nous nous trompons nous-mêmes et la vérité n’est pas en nous; si, au contraire, nous confessons nos péchés, Dieu est juste et fidèle, il nous en accordera le pardon » (1 Jean 1, 8). Par le péché, nous devenons débiteurs de Dieu. Par les sacrements et par sa grâce, don gratuit, Dieu nous attire vers lui. Mais la miséricorde divine exige notre collaboration. C’est par l’exercice des vertus, spécialement par la prière et l’aumône, que nous manifestons notre volonté de retour vers Lui. « Comme l’eau éteint le feu, » dit le Saint Esprit, « l’aumône éteint le pé-ché » (Eccles., 3. 28). Dans le baptême, la rémission n’est accordée qu’une fois; mais les bonnes œuvres, par leur continuité et leur multiplication, nous obtiennent sans cesse l’indulgence et le pardon de Dieu. Aussi Jésus, notre Maître et notre Sauveur, ne recommande rien tant que l’aumône. Il ne veut pas que nous cherchions les biens de la terre, mais que nous amassions des trésors dans le Ciel. « Vendez, dit-Il, toutes vos possessions et distribuez-les en aumônes. Ne cherchez pas les trésors de la terre, dit-il encore, ces trésors qui sont rongés par les vers et la rouille et qui deviennent la proie des voleurs; mais faites-vous des trésors dans le Ciel, là où on n’a à craindre ni les vers, ni la rouille, ni les efforts des voleurs. Là où est votre trésor, là aussi est votre cœur. » Il montre, en ces termes, la perfection aux observateurs de la loi: « Si vous voulez être parfait, allez, vendez tous vos biens, distribuez-les aux pauvres et vous aurez un trésor dans le ciel, puis venez et suivez-moi » (Matt. 19). Ailleurs, il nous enseigne que cette perle précieuse, qui s’appelle la vie éternelle, est donnée en échange à celui qui sacrifie tous ses biens. Le royaume du Ciel est semblable à un marchand qui cherche des perles précieuses. S’il en trouve une, il vend ce qu’il possède et l’achète (Matt. 13).

Si vous craignez que vos largesses n’épuisent votre patrimoine et ne vous réduisent à l’indigence, rassurez-vous : une fortune consacrée aux usages du Christ ne peut s’épuiser. Cette promesse n’est pas humaine, elle repose sur la foi et l’autorité des Écritures. L’apôtre saint Paul nous dit : « Celui qui donne la semence au laboureur vous donnera aussi le pain dont vous avez besoin; il augmentera à la fois vos mois-sons et vos mérites, afin que vous soyez riche en toutes choses. » Et plus loin: « L’aumône ne donne pas seulement aux pauvres ce qui leur manque, elle augmente encore la somme de nos biens; car, lorsque les prières et les actions de grâces des indigents montent vers le ciel, Dieu se plaît à combler de ses bénédictions l’âme charitable » (2 Cor. 9,10). Dans l’Évangile, le Seigneur s’adresse à la fois aux hommes miséricordieux et aux incrédules, et il leur dit : « Ne vous demandez pas, que mangerons-nous? que boirons-nous? de quoi nous vêtirons-nous? Les païens s’inquiètent de toutes ces choses, mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin. Cherchez d’abord le royaume de Dieu, et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Matt. 6, 31). Tels sont les biens promis à ceux qui cherchent la justice et le royaume de Dieu. Malheureusement nos temps modernes et matérialistes nous éloignent avec une force presque irrésistible de l’idéal chrétien. Les paroles de Saint Cyprien de Carthage sont pour nous difficile à cerner : « Croyez-vous donc que celui qui nourrit le Christ n’est pas nourri à son tour par le Christ? Croyez-vous que ceux qui possèdent les biens célestes et divins manqueront des choses de la terre? D’où vient ce calcul digne d’un incrédule? D’où vient cette pensée impie et sacrilège? Pourquoi cette défiance dans la maison de la foi? Comment peut-on se dire chrétien, quand on n’appartient pas au Christ? Ah ! Le nom de Pharisien vous conviendrait davantage. » (St Cyprien, Des bonnes œuvres)

Ne croyons pas pouvoir nous exempter des bonnes œuvres en alléguant pour excuse l’intérêt de nos enfants. Dans nos aumônes, c’est au Christ que nous devons penser, car, selon sa propre expression, c’est lui qui reçoit. Ce ne sont donc pas nos frères, mais le Seigneur, que nous préférons à nos enfants. Celui qui aime son père et sa mère plus que moi, dit-il, n’est pas digne de moi; celui qui aime son fils et sa fille plus que moi n’est pas digne de moi (Matt. 10, 37). Si nous aimons Dieu de tout notre cœur, nous ne devons lui préférer ni nos parents ni nos fils. L’argent donné aux pauvres est prêté à Dieu; en donnant aux plus petits, c’est au Christ qu’on donne.

Mais, direz-vous encore, souvent, dans nos familles traditionnelles, les enfants sont nombreux : ces familles ne peuvent pas faire des aumônes abondantes. — Non, au contraire, le grand nombre d’enfants est une raison de plus pour donner largement. Le père de beaucoup d’enfants, doit adresser à Dieu plus de prières, il a plus de fautes à racheter, plus de consciences à purifier, plus d’âmes à délivrer. Dans cette vie, plus les enfants sont nombreux, plus les dépenses qu’ils exigent sont grandes; il en est de même dans la vie spirituelle : la multiplication des enfants exige celle des bonnes œuvres. Job offrait pour sa famille de nombreux sacrifices; et plus elle s’augmentait, plus s’augmentait aussi le nombre des victimes. Si les parents aiment leurs enfants, ils multiplient leurs aumônes en leur faveur, afin de les rendre plus chers à Dieu. Saint Cyprien rappelle ce devoir aux pères : « Vous êtes un père dénaturé, si vous ne prenez les inté-rêts de vos enfants, si vous ne veillez religieusement à leur conservation. Plus attaché aux biens de la terre qu’à ceux du Ciel, c’est au démon et non au Christ que vous confiez vos enfants. Par là vous commettez un double crime: d’abord, parce que vous ne ménagez pas à vos enfants la protection de leur Père céleste, et ensuite, parce que vous leur enseignez à aimer la fortune plus que le Christ. » (Des bonnes œuvres)

Le Christ nous a tracé la conduite à laquelle nous devrions nous tenir : il promet l’éternelle récom-pense à ceux qui font l’aumône; il menace d’un supplice éternel les âmes insensibles; la sentence est déjà rédigée; nous savons, par ses propres paroles, comment doit avoir lieu le jugement. Quelle excuse alléguer, si on ne fait pas l’aumône? Comment se défendre, si on persévère dans son insensibilité? Puisque le ser-viteur n’accomplit pas les ordres du maître, il faudra bien que le maître exécute ses menaces. Écoutez : « Le Fils de l’homme paraîtra dans toute sa gloire, et ses anges seront avec lui. Il prendra place sur un trône étincelant; tous les peuples se réuniront en sa présence; alors il les séparera, comme un pasteur sépare les brebis des boucs. Il placera les brebis à sa droite, les boucs à sa gauche. Et se tournant vers ceux qui seront à sa droite, il leur dira : « Venez les bénis de mon Père, prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès l’origine du monde; car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger ; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’ai été étranger, et vous m’avez accueilli; j’ai été nu, et vous m’avez revêtu; j’ai été malade, et vous m’avez visité; j’ai été en prison, et vous êtes venus à moi. » Et les justes répondront: « Seigneur, quand donc avons-nous apaisé votre faim, soulagé votre soif? quand vous avons-nous accueilli dans votre exil et revêtu dans votre nudité? Quand vous avons-nous vu malade et en prison et sommes-nous allés vous visiter? » Et le roi leur répondra: « En vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses au plus petit d’entre mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. » — Alors, il dira à ceux qui seront à sa gauche: « Éloignez-vous de moi, maudits, allez au feu éternel que mon Père a préparé pour Satan et pour ses anges; car j’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire; j’ai été étranger, et vous ne m’avez pas accueilli, nu et vous ne m’avez pas revêtu, malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité. » Les méchants répondront aussi et diront : « Seigneur, quand vous avons-nous vu souffrir la faim et la soif? Quand vous avons-nous vu étranger, nu, malade, en prison, sans venir à votre secours? » Et Jésus leur dira : « En vérité, je vous le dis, toutes les fois que vous n’avez pas fait ces choses au plus petit d’entre ces hommes, c’est à moi que vous les avez refusées. Et les méchants iront dans le feu éternel et les justes dans la vie éternelle ». (Matt. 25, 3-46)

Le Christ pouvait-Il nous intimer un précepte plus formel? Pouvait-Il nous porter davantage aux œuvres de miséricorde qu’en nous disant: donner au pauvre, c’est donner à moi-même, refuser au pauvre, c’est m’offenser gravement ?

Travaillons donc à notre salut éternel pendant ce saint temps de carême. Pendant qu’il en est temps, faisons du bien à tous. En faisant le bien, nous ne serons jamais dans l’indigence, plus tard, nous en re-cueillerons les fruits.

Avec mes vœux pour un Bon et Saint temps de Carême

Abbé Jürgen Wegner

27 février 2010

[summorum-pontificum.fr] La CRC « pollue » le carême du Cardinal Vingt-Trois

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 27 février 2010
Après les chapelets du DALE, le cardinal de Paris est malmené par les partisans de l’abbé Georges de Nantes.

Être archevêque de Paris 40 ans après le Concile n’est vraiment pas de tout repos. Les demandeurs d’application du Motu Proprio frustrés « occupent » les églises parisiennes (= ils récitent pieusement le chapelet après la messe). Et voici maintenant que les membres de la Contre Réforme Catholique « polluent » les conférences de  Carême (= ils posent des questions embarrassantes).

Comme on le sait, le carême à Notre-Dame a pour thème cette année : « Vatican II, une boussole pour notre temps ». Chaque conférence confiée à une personnalité (Mgr Jean-Louis Bruguès ; Mgr Eric de Moulins-Beaufort ; le P. Matthieu Rougé ; le P. Denis Dupont-Fauville ; le P. Enzo Bianchi ; le P. Benoît-Dominique de La Soujeole ; M. Michel Camdessus ; Rabbin Rivon Krygier ; M. Dominique Folscheid), est donnée le dimanche à 16h 30. Elle est suivie de questions recueillies par écrit dans l’assistance et posées aux intervenants, entre 17h15 et 18h.

Mgr Eric de Moulins-Beaufort, tenue piana impeccable (soutane noire, liserés violets, calotte violette) a ouvert dimanche dernier ce cycle sous la présidence du cardinal archevêque. Quelle ne fut la surprise des organisateurs de voir tomber sur le conférencier une pluie de questions sur le thème : en dehors de la crise des vocations, de la crise des catéchismes, de la crise de la pratique, de la crise des missions, de la crise de la liturgie, de la crise etc., où sont donc les « fruits » de Vatican II ?

Les membres de la Contre Réforme Catholique, fondée par l’abbé Georges de Nantes qui vient de décéder, ont décidé de s’intéresser à ce cycle, dont le thème est en effet particulièrement intéressant, et qui porte sur un sujet à propos duquel ils estiment que l’abbé de Nantes, eux-mêmes, et bien d’autres, ont émis des interrogations de fond qui n’ont jamais reçu de réponse depuis 40 ans. Distribuant des tracts à l’entrée et à la sortie de la cathédrale, ils ont donc adressé un grand nombre de questions, auxquelles le conférencier a répondu, disons, assez tangentiellement.

La conférence donnée demain, par les PP Bianchi et Dupont-Fauville, ne devrait pas créer de difficulté, car le thème en est très traditionnel : pour que la Bible soit lue comme Parole de Dieu, il faut changer son regard sur la « lettre » et en découvrir « l’esprit ». En revanche, il est possible que celle du 21 mars sur l’argument : la permanence d’Israël, l’œcuménisme, le dialogue interreligieux, la liberté civile de religion, les rencontres interreligieuses comme celle d’Assise, le dialogue avec les humanismes séculiers, donne lieu à des questions de fond.

Le cardinal demandera-t-il des cars de police pour se débarrasser des questionneurs ?

26 février 2010

[Abbé Aulagnier, ibp - Regards sur la Vie] Mgr Pozzo, secrétaire de la commission Ecclesia Dei: son interprétation du Motu Proprio de Benoît XVI Summorum Pontificum

SOURCE - Abbé Aulagnier, ibp - Regards sur la Vie - 26 février 2010
Les bénédictins de l’Immaculée fondés par le Père Jehan (OSB) en Italie, – il fut le premier disciple de Dom Gérard, à Bédouin -, viennent de publier sur leur site, avec quelque retard, un résumé de l’entretien qu’ils ont eu, le mardi 11 août 2009, avec Mgr Pozzo, le nouveau secrétaire de la Commission Ecclesia Dei. Ils ont abordé essentiellement deux sujets : le Motu Proprio de Benoît XVI Summorum Pontificum, et son interprétation concernant l’usage de la « forme ordinaire et extraordinaire de la messe romaine »; puis le Concile Vatican II et son interprétation. Nous étions à quelques semaines du début des discussions théologiques entre Rome et la FSSPX.

Je veux ici commenter seulement la première partie du texte relative à l’interprétation du Motu Proprio Summorum Pontificum, laissant la deuxième partie –le Concile – pour une autre fois. (Voir le texte dans LNDC du 24 février)

Ce commentaire de Mgr Pozzo est important.

Mgr Pozzo en effet est le nouveau secrétaire de la Commission Ecclesia Dei. Cette commission est chargée de l’application du Motu Proprio de Benoît XVI. C’est la mission de cette commission. C’est dit expressément dans l’ultime article, l’article 12, du document pontifical: « Cette commission (Ecclesia Dei ), outre les facultés dont elle jouit déjà, exercera l’autorité du Saint-Siège, en veillant à l’observance et à l’application de ces dispositions ( du Motu Proprio) ». Il se doit de donner la juste interprétation du document. Il représente « l’autorité du Saint Siège ».

On sait que la législation liturgique prévue par le Motu Proprio, publié le 7 juillet 2007, est nouvelle. C’est en effet en 12 nouvelles normes que Benoît XVI précisa le nouveau cadre juridique de l’application de la Réforme liturgique issue du Concile Vatican II. C’est clairement dit dans le texte de Benoît XVI. Cette législation annule toutes les dispositions antérieures de ces prédécesseurs : « Tout ce que j’ai établi par la présente Lettre apostolique en forme de Motu Proprio, j’ordonne que cela ait une valeur pleine et stable et soit observé à compter du 14 septembre de cette année (2007), en la fête de l’Exaltation de la Sainte-Croix, nonobstant toutes choses contraires ».

Pour toutes ces raisons, le texte du Père Jéhan résumant la pensée de Mgr Pozzo sur le Motu Proprio est capital.

L’analyse du texte.

Que nous dit-il ?

« Mgr Pozzo a tenu à dire que selon la lettre accompagnant le motu proprio Summorum Pontificum, le rite romain existe dans deux formes et qu’aucun prêtre “ne peut refuser en principe de célébrer selon l’une ou l’autre forme”. Concrètement, cela implique, pour lui, que si un prêtre, célébrant normalement selon la forme extraordinaire, se trouvait dans une situation de nécessité pastorale dans laquelle l’autorité compétente exige une célébration selon la forme ordinaire, il devrait accepter de le faire ».

C’est une claire reconnaissance du bi-ritualisme, de sa nécessité juridique, de sa nécessité pastorale.

Ce bi-ritualisme est clairement exprimé non seulement dans la lettre d’accompagnement du Motu Proprio aux Evêques, comme le laisse entendre Mgr Pozzo, mais dans la Motu Proprio lui-même. C’est l’article 1 : « Le Missel romain promulgué par Paul VI est l’expression ordinaire de la lex orandi de l’Eglise catholique de rite latin. Le Missel romain promulgué par Saint Pie V et réédité par le bienheureux Jean XXIII doit être considéré comme expression extraordinaire de la même lex orandi de l’Eglise et être honoré en raison de son usage vénérable et antique. Ces deux expressions de la lex orandi de l’Eglise n’induisent aucune division de la lex credendi de l’Eglise : ce sont en effet deux mises en œuvre de l’unique rite romain ».

Il est vrai aussi que la lettre d’accompagnement que Benoît XVI adressait aux Evêques justifie doctrinalement, juridiquement, pastoralement ce bi-ritualisme post-conciliaire. La raison principale – c’est clairement affirmé – est que le rite « antique « , celui de saint Pie V, n’a jamais été aboli. « Ce Missel n’a jamais été juridiquement abrogé, et que par conséquent, en principe, il est toujours resté autorisé ». Vu son antiquité, il faut le sauvegarder : « Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste. Il est bon pour nous tous de conserver les richesses qui ont grandi dans la foi et dans la prière de l’Eglise, et de leur donner leur juste place ». (p.23-24)

Toutefois, poursuit le pape : « Evidemment, pour vivre la plaine communion, les prêtres des communautés qui adhèrent à l’usage ancien ne peuvent pas non plus, par principe, exclure la célébration selon les nouveaux livres. L’exclusion totale du nouveau rite ne serait pas cohérente avec la reconnaissance de sa valeur et de sa sainteté ». (p. 24).

Mgr Pozzo, reconnaissant la nécessité actuelle du bi-ritualisme, son droit, sa raison doctrinale et pastorale, est bien dans la ligne du Motu Proprio. Il interprète bien le texte et la pensée du législateur Benoît XVI. Qui pourrait dire le contraire.

Il peut donc légitimement conclure : « Un prêtre célébrant habituellement la messe dans sa forme « extraordinaire » ne pourrait refuser cependant, si les circonstances pastorales l’exigeaient et si les autorités légitimes le demandait, de célébrer la messe dans sa forme ordinaire » – ou plus simplement « la messe de Paul VI ».

Quelques remarques.

Tout cela nous inspire quelques réflexions :

Reconnaissons, tout d’abord, que cette ligne rappelant formellement le droit de l’antique messe est nouvelle dans l’Eglise.

Ce n’était pas la pensée et la législation qui étaient exprimées, par exemple, dans la lettre de Jean-Paul II : Quattuor abhinc annos de 1984, ni dans le Motu Proprio du même pape Ecclesia Dei. Certes, la lettre de 1984 prévoyait bien le retour, – un certain retour -, de la messe « tridentine » dans l’Eglise, plus clairement affirmé encore dans Ecclesia Dei Adflicta, mais elle ne faisait que « concéder » ce rite antique aux prêtres et aux groupes de fidèles la demandant. Le pape Jean-Paul II ne faisait que conférer aux Evêques l’autorisation – un indult – de « concéder » cette messe de Saint Pie V, encore fallaient-ils que les « demandeurs » ne « mettent pas en doute la légitimité et la rectitude doctrinale du missel romain promulgué en 1970 par le Pontife romain Paul VI ». Le « droit » à la messe « antique » n’était pas reconnu pour autant. On ne parlait que de « concession », que d’« indult ». Le législateur ne le voulait que « temporaire » pour obtenir « une certaine paix ecclésiale ». C’était clairement dit par le Cardinal Re, à l’époque, Substitut de la Secrétairerie d’Etat pour les affaires générales, dans une lettre à M de Saventhem, président honoraire d’Una Voce Internationale : « Les diverses dispositions prises depuis 1984 avaient pour but de faciliter la vie ecclésiale d’un certain nombre de fidèles sans pérenniser pour autant les formes liturgiques antérieures. La loi générale demeure l’usage du rite rénové depuis le Concile, alors que l’usage du rite antérieur relève actuellement de privilèges qui doivent garder le caractère d’exception…Le premier devoir de tous les fidèles est d’accueillir et d’approfondir les richesses de sens que comporte la liturgie en vigueur dans un esprit de foi et d’obéissance au Magistère en évitant toute tension dommageable à la Communion ecclésiale ».

Vous le voyez : la législation de l’Eglise, du Concile Vatican II jusqu’à l’élection de Benoît XVI, ne conférait nullement un droit à l’ancienne messe. Le missel de saint Pie V était supprimé. On n’osait pas le dire « abrogé ». Nous étions en 1994, le 17 janvier 1994.

Toutefois, en cette matière liturgique, les choses bougeaient puisqu’en 1998, le 24 octobre 1998, le cardinal Ratzinger, le futur Benoît XVI, s’élevait là contre et reconnaissait, s’appuyant sur l’autorité du cardinal Newman que « l’Eglise dans son histoire, n’avait jamais aboli ou défendu des formes liturgiques orthodoxes, ce qui serait tout à fait étranger à l’esprit de l’Eglise ». L’affirmation était nouvelle et tout à fait opposée à celle de Mgr Re.

Quoi qu’il en soit en 1994, la loi générale en liturgie demeurait l’usage du rite rénové depuis le Concile. C’était l’affirmation de Mgr Re.

On connaît la réponse merveilleuse de M de Saventhem : « Il insiste sur l’affirmation : « sans pérenniser pour autant les formes liturgiques antérieures ».

« Même ecclésiologiquement, cette clause parait indéfendable. La « liturgie classique » du rite romain de la messe est déjà doué de pérennité intrinsèque en tant que monument incomparable de la foi. Son usage universel et multiséculaire bien avant la Constitution Apostolique « Quo Primum » lui confère en outre la pérennité canonique de la « consuetudo immemorabilis ». Par conséquent, la « pérennisation » dont parle votre lettre n’est aujourd’hui ni à octroyer ni à ôter à la liturgie classique – elle est simplement à reconnaître et à faire respecter dans les dispositions réglant son emploi à côté des rites réformés ».

Voilà qui est bien dit.

Voilà ce qui fut fait très heureusement par le cardinal Ratzinger une fois élu pape. Le Motu Proprio de Benoît XVI, en 2007, est très clair : « Il est permis de célébrer le sacrifice de la Messe suivant l’édition type du Missel romain promulgué par le Bienheureux Jean XXIII en 1952 et jamais abrogée, en tant que forme extraordinaire de la liturgie de l’Eglise » (p. 9. Art I § 2).

Cependant, tout en reconnaissant le droit de l’ancienne messe, de la « liturgie classique » du rite romain, et tout en confessant son droit, le pape Benoît XVI demande clairement le respect et la reconnaissance de ce qu’il appelle « la forme ordinaire (messe de Paul VI) du rite romain ». La messe dite de saint Pie V et la messe de Paul VI sont, pour lui, deux expressions du seul et même rite romain, « deux mises en œuvre de l’unique rite romain ».

Nous voilà avec un bi-ritualisme déclaré de droit !

C’est l’objet de l’article 1 que nous avons cité plus haut.

Il affirme dans sa lettre aux Evêques, « qu’il n’y a aucune contradiction entre l’une et l’autre édition du Missale Romanum ». Il y a seulement, « croissance » et « progrès » mais « nullement rupture ». Et c’est pourquoi il dit que les prêtres des communautés qui adhèrent à l’usage ancien ne peuvent pas non plus, par principe, exclure la célébration selon les nouveaux livres » (p. 24). Le bi-ritualisme est de droit.

Ce n’est pas que le bi-ritualisme, dans l’Eglise latine fasse problème. L’Eglise latine a toujours eu de nombreux rites divers : le rite dominicain, le rite lyonnais…Mais c’est la coexistence « pacifique » de ces deux « expressions », « l’ordinaire » et « l’extraordinaire » du missel romain qui fait problème.

Pour certains et pour moi, il ne peut s’agir du même et unique missel romain. Mgr Gamber, ce grand « liturge », est formel.

Voilà un nouveau problème soulevé !

Problème que le père Jehan a du présenter à Mgr Pozzo lui laissant entendre les difficultés que certains éprouvaient et éprouvent encore pour célébrer la « nouvelle messe » non encore « réformée » comme le souhaite pourtant clairement Benoît XVI dans la lettre d’accompagnement où il parle d’une plus grande « sacralité » de la célébration de la messe de Paul VI. Le père Jéhan a du présenter à Mgr Pozzo l’argument du droit propre et exclusif à la messe tridentine que réclament certaines nouvelles communautés de droit pontifical. Ils affirment que leurs constitutions fondatrices, leurs statuts canoniques, reconnus par Rome, leur accordent ce droit.

C’était l’argument que présentait déjà en 1999 le père de Blignière, supérieur des pères de Cheméré, dans le n° 68 de sa revue « Sedes Sapientiae ». C’est aussi ce que pense le père Jehan concernant les constitutions du monastère du Barroux. C’est ce que demande et pense aussi M l’abbé Philippe Laguérie pour l’IBP. Le père Jehan se fonde sur l’autorité de Mgr Stankiewicz, doyen du tribunal de la Rote. Mgr Pozzo écouta et s’intéressa à son argumentation : « Mgr Pozzo a cependant écouté l’opinion que Mgr Stankiewicz, doyen du tribunal de la Rote, avait exprimée au père Jehan après avoir lu attentivement les constitutions du Barroux, et selon laquelle un moine-prêtre du Barroux n’a pas le droit de célébrer selon le Novus Ordo Missae, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur du monastère. Ainsi l’obligation de célébrer selon l’ancien rite serait un droit-devoir particulier qui s’applique aux moines du Barroux, et cela est vrai où qu’ils se trouvent ».

Je veux bien croire que c’est l’interprétation que donne Mgr Stankiewicz des constitutions du monastère du Barroux. Mais Dom Gérard, ne se montra pas si catégorique en cette affaire…C’est pourtant lui le vrai législateur du Barroux, lui qui peut en donner la juste interprétation puisqu’il les a écrites.

Les justes critiques de la messe de Paul VI.

Pour comprendre ici cette instance, cette demande de l’exclusivité du rite saint Pie V, il faut connaître la résistance opiniâtre qu’ont menée pendant près de quarante ans, des personnes éminentes de l’Eglise refusant la nouvelle messe, en raison de son caractère équivoque. Mgr Lefebvre parlait de « messe bâtarde ». Il faut se souvenir du cardinal Ottaviani et du cardinal Baggi présentant au Souverain Pontife Paul VI une lettre de supplique demandant l’ « abrogation » de la nouvelle messe ou du moins que ne soit pas enlevée, aux fidèles « la possibilité de continuer à recourir à l’intègre et fécond Missel romain de saint Pie V… si profondément vénéré et aimé du monde catholique tout entier ». Ils en précisaient la raison. « Ce nouvel ORDO MISSAE….s’éloigne de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la Sainte Messe, telle qu’elle a été formulée à la XXIIème session du Concile de Trente, lequel, en fixant définitivement les « canons » du rite, éleva une barrière infranchissable contre toute hérésie qui pourrait porter atteinte à l’intégrité du Mystère ». Ils présentaient au Souverain Pontife de nombreuses critiques – le Bref Examen Critique – que l’on peut résumer dans la scandaleuse définition de la messe donnée en l’article 7, tellement éloignée de la doctrine catholique .Elle dut être modifiée avant la publication définitive de la Constitution Missale Romanum et de la nouvelle messe – sans la moindre modification sur le rite lui-même…. De plus, l’expression narratio institutionis que l’on trouve dans l’Institutio generalis pour exprimer l’action sacerdotale accomplie lors du Canon romain n’est pas moins troublante. La messe n’est en rien une narration, ni une simple commémoration du sacrifice de la Croix, mais bel et bien le sacrifice de la Croix perpétué sous mode sacramentaire, non sanglant. Les formules de la Consécration sont dites par le prêtre d’une manière « intimative » et non « récitative ». C’étaient les raisons, parmi bien d’autres, d’un père Calmel, d’un abbé Dulac d’un Mgr Lefebvre, d’un Mgr de Castro Mayer, d’un Jean Madiran, d’une Melle Luce Quenette . C’étaient les raisons de leur « non possumus », de principe, ne voulant en rien, ni les uns ni les autres, mettre le doigt dans l’engrenage de cette réforme liturgique « équivoque ».

C’est ce qu’exprimait merveilleusement M de Saventhem toujours dans sa réponse à Mgr Re contestant son expression « les richesses de sens » de la nouvelle messe. Aujourd’hui, Benoît XVI parle de « valeur » et de « sainteté ». (Lettre d’accompagnement au MP. P. 24). Il lui répondait : « Permettez moi, Excellence de formuler une ultime demande de clarification, relative au dernier alinéa de votre lettre. Qu’entendez vous par les « richesse de sens » que comporte d’après vous, la liturgie en vigueur ? Au sein de notre mouvement, beaucoup se sont livrés à la recherche de telles richesses, au rythme de la promulgation successive des livres liturgiques réformés. Ils ont fait état des résultats de leurs travaux dans un nombre impressionnant de livres, de monographies, d’études et de commentaires, dont nul ne peut contester le sérieux. S’ils ont pu noter une augmentation quantitative – oraisons, lectures, préfaces et même prières eucharistiques – des textes désormais mis à la disposition de ceux qui organisent les célébrations, ils ont en même temps dû constater une baisse généralisée dans leur contenu théologique, menant à la « banalisation » de nos fonctions liturgiques au détriment de leur sacralité et donc de leur identité catholique. Parallèlement, il y a eu un rapprochement continu aux services religieux de diverses communautés non catholiques. En d’autres mots : la liturgie catholique romaine a dû payer les frais de l’ « option œcuménique » ! Et au lieu d’un enrichissement de la tradition liturgique de l’Eglise catholique, on a vu le gaspillage de son patrimoine le plus précieux. N’est-il pas du « premier devoir » de tout catholique fidèle d’œuvrer à la sauvegarde de cet unique trésor, instrument principal de l’évangélisation, confié à l’Eglise par Notre Seigneur pour le salut de toutes les âmes ? »

C’est pour exprimer ce « premier devoir » essentiel que nos anciens, jadis, et nous-mêmes, aujourd’hui, voulons rester attachés à la messe de toujours en invoquant ce droit exclusif inhérent à nos constitutions approuvées et reconnues par Rome.

Pour moi, cependant, c’est le plus faible des arguments. La force de notre position – notre non possumus historique – reste et restera l’analyse intrinsèque de la nouvelle messe de Paul VI. Notre droit ne se fonde pas d’abord sur un texte juridique, fut-il des constitutions même approuvées par Rome. Notre droit se fonde d’abord sur la foi, sur le dogme. Le droit ne vient qu’après. Il n’est qu’une conséquence du bien, du vrai sur lequel il légifère. J’ai personnellement horreur du « positivisme juridique », en tout domaine. Ce n’est pas parce que l’avortement est interdit par la loi que je suis contre l’avortement. Je suis contre l’avortement parce que l’avortement est, en soi, un mal, un crime que le droit doit interdire. Je suis opposé à la nouvelle messe parce que la nouvelle messe n’est pas bonne. Elle a même eu des effets catastrophiques pour l’Eglise et ses fidèles. Elle a contribué à la diminution de la pratique religieuse.

Devant cette attitude et sa justification comment a réagi Mgr Pozzo ?

« Mgr Pozzo a dit qu’il connaissait Mgr Stankiewicz. Pour sa part, il ajouta que, même si la lettre pontificale accompagnant Summorum Pontificum précise que les prêtres célébrant l’ancien rite ne peuvent pas refuser par principe la célébration du nouveau, cela laisse ouverte néanmoins la possibilité d’un droit propre pour certaines sociétés dont les membres célébreraient selon l’ancien rite exclusivement ».

Cette dernière affirmation est nouvelle, terriblement nouvelle. Nous nous en réjouissons. Mais est-elle totalement « crédible » ? Que vaut « ce droit propre » ?

Elle est nouvelle.

Qu’on se rappelle les difficultés rencontrées par les prêtres de la Fraternité saint Pierre en 1999 et 2000. Qu’on se rappelle la législation que l’on appela la législation Médina. Elle est totalement en contradiction avec ce dernier jugement de Mgr Pozzo. Qu’on se rappelle les trois questions posées à la Congrégation du culte divin et de la discipline des sacrements présidée, à cette époque, par le cardinal Medina. Qu’on se rappelle les réponses romaines. Ces réponses donnaient la jurisprudence romaine, jurisprudence reconnue, à l’époque, par toutes les autorités romaines.

Trois questions furent posées en effet à Rome concernant la célébration de la Nouvelle Messe par les prêtres des communautés sacerdotales ou religieuses dépendant de la commission Ecclesia Dei Adflicta, désirant donc garder exclusivement la messe de saint Pie V.

1. Ces prêtres peuvent-ils célébrer la Nouvelle Messe?
2. Les autorités de ces sociétés de quelque dignité qu’elles soient peuvent-elles interdire à leurs prêtres de célébrer la Nouvelle Messe?
3. Peuvent-ils aussi concélébrer dans le nouveau rite?

Le 3 juillet 1999, Rome donnait les réponses dans un texte de la Congrégation du culte divin qui a pour titre « Réponse officielle » :

« Des questions relatives au pouvoir et aux empêchements liés à l’Indult concédé par l’autorité légitime permettant d’utiliser le Missel romain de 1962 sont parvenues à cette Congrégation. Le Conseil Pontifical de l’Interprétation des Textes ayant répondu à ces questions, la Commission Pontificale « Ecclesia Dei » a examiné ces réponses selon son devoir et les a approuvées. Nous en communiquons les textes sous forme de réponses aux questions
posées.

1.Un prêtre, membre d’une communauté qui jouit du pouvoir de célébrer la Messe selon le rite en vigueur avant le renouvellement liturgique du Concile Vatican II, voulait savoir si le Missel romain promulgué par le Souverain Pontife Paul VI pouvait être librement utilisé lorsqu’il célèbre le Sacrifice Eucharistique pour le bien des fidèles, ne serait-ce qu’occasionnellement, dans une paroisse où est célébrée la Messe selon le Missel de Paul VI.

Réponse : Oui avec précision pour mémoire : La raison consiste en ce que, vu que l’usage du Missel pré-conciliaire n’est concédé que par Indult, demeure le droit liturgique en faveur du rite romain commun, selon lequel le Missel en vigueur est celui promulgué par le Concile Vatican II. Bien plus, le prêtre cité plus haut doit célébrer selon le Missel d’après le Concile, si la célébration a lieu dans une communauté qui utilise le rite romain d’aujourd’hui, afin qu’il ne survienne pas un certain étonnement et un certain malaise chez les fidèles et pour que lui-même, disponible, soit une aide pour ses confrères prêtres qui réclament ce service de charité pastorale. Dans les communautés accoutumées au Missel d’aujourd’hui, l’usage du Missel précédent entraînerait quelques difficultés (exemples : différences dans le calendrier liturgique, désaccord des textes liturgiques pour la liturgie de la Parole, différences dans les gestes catholiques, dans la façon de recevoir la Sainte Communion, dans les rôles des servants, etc.).

2. Les supérieurs – de quelque dignité qu’ils soient – des communautés qui bénéficieraient de l’Indult permettant d’utiliser le Missel Romain de 1962 pour la célébration du Sacrifice Eucharistique peuvent-ils interdire aux prêtres de leurs instituts l’usage du Missel romain d’après le Concile, alors que ceux-ci célèbrent pour le bien des fidèles, même si occasionnellement, dans une communauté où le Missel romain est utilisé ?

Réponse : Non, parce que l’usage du Missel romain de 1962 est accordé par l’Indult pour l’intérêt des fidèles qui sont attachés par un lien particulier au rite romain d’avant le Concile Vatican II, et un usage de ce genre ne peut pas être imposé aux communautés célébrant la Sainte Eucharistie selon le Missel et les réformes du Concile Vatican II, communautés envers lesquelles, d’ailleurs, les Supérieurs de tels Ordres n’ont aucune autorité.

3. Un prêtre, membre d’un Ordre qui bénéficie de l’Indult, peut-il, sans inconvénient concélébrer une Messe dite selon le rite romain d’aujourd’hui ?

Réponse: Oui, parce que l’Indult accordé aux prêtres n’enlève pas le droit commun liturgique de célébrer le rite romain selon le Missel Romain en vigueur. C’est pourquoi un Supérieur ou un Ordinaire ne peut ni ne doit lui interdire la concélébration. Au contraire, il est louable que ce prêtre précité concélèbre librement, surtout lors de la Messe du Jeudi-Saint que préside l’Evêque diocésain. Bien « qu’il soit toujours donné la possibilité à ce prêtre de célébrer la Messe seul, mais pas en même temps et dans la même église, ni le Jeudi-Saint » (cf. Conc. Vat. II Const. De Sacra Liturgia Sacrosanctum Concilium, n.57, § 2,2). Le signe de communion, mis en relief par la concélébration, est si fort à la Messe Chrismale qu’on ne doit jamais renoncer à concélébrer, sauf raison grave (cf. ibidem, n.57, § 1, Ia).

Pour la Congrégation du Culte Divin et de la Discipline des
Sacrements, le 3 juillet 1999.
Georgius A Card Medina Estavez, praefectus
Franciscus Pius Tamburrino, Archiepiscopus a Sacratis

Voici les réponses romaines à ces trois questions particulièrement « épineuses » et toujours d’actualité. Ces réponses sont fondées sur l’affirmation que la nouvelle messe est « le droit commun en matière liturgique » et que le droit particulier ne peut se dresser contre, ne peut s’y opposer. De plus, la messe ancienne n’est qu’une concession, qu’un « indult » donné à ces communautés Eclesia Dei.

La position de Mgr Pozzo est donc bien nouvelle

Il faut en effet reconnaître que les choses ont changé en ce domaine grâce au Motu Proprio de Benoît XVI. Il reconnaît le droit à égalité entre « la forme extraordinaire et la forme ordinaire du missel romain ». On ne pourrait plus dire aujourd’hui que le « droit commun liturgique » est la messe nouvelle.

La position de Mgr Pozzo est nouvelle. Mais est-elle crédible ?

Toutefois la lettre d’accompagnement du Motu Proprio de Benoît XVI rappelle que « pour vivre la pleine communion, les prêtres des communautés qui adhèrent à l’usage ancien ne peuvent pas non plus, par principe, exclure la célébration selon les nouveaux livres. L’exclusion totale du nouveau rite ne serait pas cohérente avec la reconnaissance de sa valeur et de sa sainteté ». (p.24)

Ainsi cette exclusivité du rite liturgique de saint Pie V fondée sur les constitutions des communautés Ecclesia Dei, est-elle simplement possible ? Les paroles du pape semble dire le contraire.

Cette exclusivité me semble toujours rester un « droit particulier » face au droit commun en matière liturgique qui inclut, de droit, certes la forme extraordinaire – ce qui est nouveau – mais aussi la forme ordinaire du rite romain. On ne pourrait donc de soi l’exclure.

C’est pourquoi je resterais prudent. L’opinion de Mgr Pozzo que le père Jéhan résume bien, peut-elle faire à elle seule jurisprudence ?

Et même plus, n’y a –t-il pas une certaine contradiction dans cette opinion de Mgr Pozzo : « Même si la lettre pontificale accompagnant Summorum Pontificum précise que les prêtres célébrant l’ancien rite ne peuvent pas refuser par principe la célébration du nouveau, cela laisse ouverte néanmoins la possibilité d’un droit propre pour certaines sociétés dont les membres célébreraient selon l’ancien rite exclusivement ».

Nos amis des communautés Ecclesia Dei l’ont cru en 1999. Ils se sont trompés. Rome en a jugé autrement. Rome disait déjà en 1999, qu’aucun prêtre “ne peut refuser en principe de célébrer selon l’une ou l’autre forme”. Concrètement, cela implique, pour lui, que si un prêtre, célébrant normalement selon la forme extraordinaire, se trouvait dans une situation de nécessité pastorale dans laquelle l’autorité compétente exige une célébration selon la forme ordinaire, il devrait accepter de le faire ». On l’a vu plus haut. Ce fut toujours la position du Vatican. Ce le fut lorsque l’ancienne messe était considérée comme un simple indult, propre à certaines communautés. C’est encore affirmé alors que l’ancienne messe est considérée non plus comme un indult mais comme un droit.

Aussi j’attendrai les événements et le règlement des « conflits » en cette matière pour voir et pour conclure à l’instar de Mgr Pozzo : « Même si la lettre pontificale accompagnant Summorum Pontificum précise que les prêtres célébrant l’ancien rite ne peuvent pas refuser par principe la célébration du nouveau, cela laisse ouverte néanmoins la possibilité d’un droit propre pour certaines sociétés dont les membres célébreraient selon l’ancien rite exclusivement ».

Je n’en suis pas si sûr que lui. Que veut dire, du reste, cette expression : « cela laisse ouverte la possibilité d’un droit propre ». Cette expression « cela laisse ouverte la possibilité… » me paraît une expression bien faible, bien incertaine, pour ne pas dire équivoque. Si c’est simplement « possible » ce n’est pas absolument « certain ». Ce qui est possible n’est pas toujours certain. Si la chose était si claire et si sûre, l’expression aurait du être différente.

Comme disent les anglais : « Wait and see ».

Et de toute façon, n’oublions pas que le droit est fondé sur la foi et non l’inverse.
Gardons cette mâle assurance dont parlait Dom Guéranger à ses moines : « Il est dans le trésor de la Révélation des points essentiels, dont tout chrétien, par le fait même de son titre de chrétien, a la connaissance nécessaire et la garde obligée… Les vrais fidèles sont les hommes qui puisent dans leur baptême (en période d’hérésie) l’inspiration d’une ligne de conduite ; non les pusillanimes qui, sous le prétexte spécieux de la soumission aux pouvoirs établis, attendent, pour courir à l’ennemi ou s’opposer à ses entreprises, un programme qui n’est pas nécessaire et qu’on ne doit point leur donner ».

[Abbé de Cacqueray, fsspx] «Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise.»

SOURCE - Abbé de Cacqueray, fsspx - février 2010
V° UDT : «Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise.»
Editorial de l'abbé de Cacqueray


Chaque dimanche, à la messe, nous professons notre Foi en « l’Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique ». Nous sommes les fils de cette Eglise Catholique dont nous croyons de toute notre âme qu’Elle a été fondée par Notre Seigneur Jésus-Christ : « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise. »

Cependant, cette Eglise, dont nous sommes devenus les membres par la grâce de notre Baptême, au lieu d’être célébrée par tous les hommes comme étant l’Arche de Salut qui mène les âmes de cette terre à l’éternité bienheureuse, au lieu d’être reconnue en sa qualité de plus grande bienfaitrice de l’humanité, se trouve être en permanence  la cible préférée des quolibets, de la dérision et de la haine de nos contemporains.

Tout semble mis en œuvre pour que les catholiques se trouvent comme obligés de devoir baisser la tête et de rougir de l’Eglise, de la papauté, du sacerdoce... Le passé de l’Eglise est remis en cause d’une façon systématique. L’Eglise est présentée comme sexiste, allant jusqu’à douter de l’existence de l’âme chez la femme, comme belliqueuse et meurtrière lors des Croisades, fanatique par son Inquisition, obscurantiste dans l’affaire Galilée, sectaire avec le Syllabus, complice des crimes du nazisme par le silence de Pie XII. Quel est le mal que l’Eglise n’a pas commis ? La charge est devenue si habituelle et si violente que les catholiques les mieux disposés finissent par se poser des questions face à un tel raz-de-marée de critiques. Comment une Eglise qui n’a cessé de fomenter le mal tout au long des siècles serait vraiment celle que Dieu a voulu donner aux hommes ? Parallèlement, le Judaïsme et l’Islam sont traités avec respect et bienveillance et présentés comme des exemples de religions éclairées et tolérantes …

Au cours de cette cinquième université d’été, nous allons donc exposer méthodiquement pendant le cycle de nos conférences ce qu’est l’Eglise Catholique : sa nature, sa divine constitution, ses notes et ses propriétés. Nous montrerons que cette Eglise est bien celle que Notre Seigneur Jésus-Christ a instituée. Les ateliers, quant à eux, nous donneront l’occasion, contre la pensée unique, de rétablir la vérité historique sur les grandes contestations que la modernité brandit contre l’Eglise. Et nous démontrerons que, loin d’avoir à rougir de l’Eglise,  Elle mérite tout note amour, elle qui est bien l’Epouse sainte et immaculée de Notre Seigneur Jésus-Christ.

Enfin, nous n’écarterons pas l’objection que l’on nous fait aussi à  nous autres, prêtres de la Fraternité saint Pie X : «  Vous êtes bien mal placés pour prendre la défense de l’Eglise, vous autres qui avez été mis à son ban. Ne croyez-vous pas qu’au lieu d’en faire le thème de votre université d’été, vous devriez commencer par déjà donner l’exemple de l‘obéissance ? » Nous n‘éluderons pas cette question. Bien au contraire, nous la rendrons volontairement présente tout au long de nos débats.

C’est pourquoi cette université d’été 2010 présentera une occasion unique et privilégiée, pour nos fidèles mais aussi pour tous ceux qui se posent des questions et qui veulent en poser sur la crise de l’Eglise et sur les positions de la Fraternité, de pouvoir le faire auprès de ses prêtres.

Nous vous invitons cordialement, vous tous qui ne voulez pas rester passifs face à la démolition  de la chrétienté, vous qui voulez au contraire être des ouvriers actifs de la conversions des âmes de ceux qui vous entourent, à vous rendre à Saint-Malo pour ce grand moment d’intelligence de la Foi et d’amitié catholique. Comme chaque année, nous aurons aussi la joie de fêter magnifiquement l’Assomption de Notre Dame par notre grande procession dans les rues de la belle cité malouine.

Abbé Régis de Cacqueray-Valménier, Supérieur du District de France

[summorum-pontificum.fr] Publication prochaine du décret d'application du Motu Proprio

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 26 février 2010
Selon l'hebdomadaire italien Panorama, la publication du décret d'application du Motu Proprio Summorum Pontificum serait maintenant proche. Attendu avec impatience, ce document indiquerait comment il faut interpréter avec exactitude l'intention du Saint-Père qui a libéré la sainte messe codifiée par le pape saint Pie V et dont les dernières modifications datent de Jean XXIII.

Plusieurs sources ont répercuté cette information sur Internet. Toutes citent la même et unique origine. Il faut donc prendre avec prudence cette annonce. Cependant, elle est à rapprocher de plusieurs petits faits qui peuvent laisser entendre dans quel esprit il faudra recevoir ce texte. S'il ne faut pas douter qu'il réaffirmera le « droit » pour tout prêtre à célébrer selon les livres liturgiques de 1962, il est à craindre qu'il indique aussi qu'un prêtre ne peut pas refuser de célébrer la messe de Paul VI dans certaines conditions. On se reportera pour cela à la discussion de dom Jehan avec Mgr Pozzo et à une autre discussion du secrétaire de la commission Ecclesia Dei qui a indiqué à deux prêtres traditionnalistes français la nécessité de cette ouverture. Il s'agit évidemment de supputations et il faut attendre la parution du texte pour l'examiner.

[La Contre-Réforme Catholique] La meilleure part: prêtre, victime avec le Christ

SOURCE - La Contre-Réforme Catholique - Mars 2010
« Ô Christ, mon pauvre Dieu, te voilà tout seul, abandonné dans ton église de campagne dont le clocher menace ruine, tout seul dans ta maison mal balayée où n’entre personne, et tu entends dehors, le dimanche, le travail du dimanche qui se moque de toi...

« Alors, je viens ! Pour être avec toi un sans-foyer. Je viens pour être haï comme tu l’es, pour être, comme tu l’es, lépreux rejeté du groupe humain, cet homme isolé, singulier, cet homme en robe que les autres du village tiennent à l’écart et regardent en ricanant quand il passe.

« Je viens pour avoir besoin d’ouvrage, n’en pas trouver et me faire traiter de fainéant par les ivrognes et même, plus ou moins, par les gens raisonnables.

« Me voici... je viens, je passerai pour ignorant, pour fou... La calomnie m’épiera derrière la porte – “ un homme pareil aux autres... il fait ses coups en dessous ” – on mentira pour me nuire.

« Mais je viens, mon pauvre Maître, je viens à Toi, parce que tous t’ont abandonné... je viens... Et tous les deux, Toi dans ton église en détresse, moi à côté, dans ma maison vide – méconnu, Toi, méprisé, moi – nous serons tous les deux compagnons de misère. » (Marie Noël, Notes intimes)

ORAISON FUNÈBRE DU PÈRE RAYMOND ZAMBELLI
RECTEUR ÉMÉRITE DES SANCTUAIRES DE LISIEUX ET DE LOURDES
(Sermon de la Messe de Requiem du jeudi 18 février 2010)


Mes chers amis,

Quand me parvint la nouvelle de la mort du Père et que frère Bruno me proposa de célébrer la messe d’inhumation en cette chapelle de la communauté, c’est alors que me revint en mémoire cette admirable page de Bossuet que j’aimerais vous lire car elle nous introduit immédiatement et magistralement dans le mystère de la mort chrétienne :

« Il n’y a rien de plus grand dans l’univers que Jésus-Christ.

« Il n’y a rien de plus grand dans Jésus-Christ que son Sacrifice.

« Il n’y a rien de plus grand dans son Sacrifice que son dernier soupir et que le moment précieux qui sépara son âme de son corps.

« Tous les enfants des promesses prirent alors leurs places avec le Sauveur, et devenant avec Lui des victimes, leur mort qui n’aurait pu être jusque-là qu’une peine du péché, fut changée en celle de Jésus-Christ en son Sacrifice.

« La mort des chrétiens, consacrés dans le Baptême pour être des victimes, est devenue dans celle de Jésus-Christ, un Sacrifice parfait ; et de son oblation avec la leur, il ne s’est fait qu’une seule oblation.

« C’est donc là que toutes les agonies du monde se terminent. Jésus-Christ est le Souverain Prêtre de nos morts et jusqu’à la fin des siècles il perpétue son agonie et son Sacrifice dans la mort des fidèles ! »

Mes chers amis, quel heureux siècle où l’on s’exprimait de la sorte pour traduire les vérités de la foi catholique !

Il ne m’appartient pas de retracer ici la vie de cet homme exceptionnel que fut l’abbé Georges de Nantes ni de prononcer son panégyrique. D’autres, qui l’ont mieux connu, auront à cœur de le faire comme un légitime devoir de mémoire et de reconnaissance.

La liturgie des défunts nous convie à la retenue et à la sobriété pour ne pas perdre de vue l’essentiel. Et cet essentiel est contenu dans cette prière confiante et cette douce supplication que nous adressons à Dieu si riche en miséricorde, dans l’oraison de cette messe :

« Seigneur, à qui seul appartient de juger et de pardonner, nous te prions pour l’âme de notre frère Georges. » Tout est dit en si peu de mots : « Seigneur, à qui seul appartient de juger et de pardonner. »

Lorsque j’étais recteur du Sanctuaire de Lisieux, il me fut donné d’accueillir à maintes reprises les membres de la CRC venus en pèlerinage auprès d’une sainte que l’abbé de Nantes leur avait fait découvrir et aimer : la Petite Thérèse. À cette occasion il tint à me rencontrer et m’ouvrit son cœur sacerdotal. Il me sut gré de lui avoir accordé à Lisieux ce qu’il considérait comme une sorte de privilège et de grâce insigne. Il s’ensuivit, entre lui et moi, une correspondance que je conserve précieusement.

La Providence m’ayant ensuite conduit à Lourdes pour y être le recteur des Sanctuaires, j’eus à nouveau l’occasion de revoir et d’accueillir chaque année ces mêmes pèlerins, toujours plus nombreux, surtout en 2008 pour leur mémorable pèlerinage à l’occasion du 150e anniversaire des apparitions de l’Immaculée.

C’est ainsi que des liens de profonde estime et de grande cordialité se sont tissés au fil des ans jusqu’à ce que me soit donnée la joie d’être invité et accueilli dans cette maison Saint-Joseph à Saint-Parres.

En échangeant régulièrement avec les uns et les autres, quel ne fut pas un jour leur étonnement et le mien, de faire une découverte. On s’aperçut que le prêtre qui avait le plus marqué l’abbé Georges de Nantes et dont il disait qu’il lui avait tout appris et qu’il lui devait tout, était le même prêtre dont je devais faire la connaissance vingt ans plus tard dans des conditions analogues. Georges de Nantes l’avait connu pendant ses années de séminaire à Issy-les-Moulineaux, et moi pendant mes années de séminaire à Bayeux. Louis Vimal était donc ce prêtre de la Compagnie de Saint-Sulpice à qui nous devions de nous avoir initiés à la théologie, aux Pères de l’Église, à la splendeur de la liturgie, au monde des arts et de la poésie, il me suffit d’évoquer la petite dame d’Auxerre, Marie Noël, c’est lui qui sut nous faire partager sa passion pour le grand Siècle des âmes, nous apprendre à goûter Bossuet et par-dessus tout : Blaise Pascal, Auvergnat comme lui. Nous avions donc eu, en quelque sorte, en la personne de ce sulpicien surdoué et atypique, le même père nourricier. Cela crée nécessairement des liens profonds et durables...

Pour revenir à mes dernières rencontres avec l’abbé de Nantes au soir de sa vie, je conserverai toujours le souvenir ému de ma première visite dans sa chambre qui lui tenait lieu d’infirmerie.

Alité, aphasique, réduit à l’immobilité, il ne pouvait plus communiquer que par le regard, mais quel regard ! Je le vois entouré par ses frères qui se relayaient à son chevet comme autant d’anges gardiens. Il régnait dans cette chambre un climat de paix, de sérénité, de tendresse, de charité prévenante et de prière qui était son véritable oxygène, tant il est vrai qu’on ne peut vivre ni survivre sans amour. Là est le secret de cette improbable longévité qui lui a permis de demeurer parmi vous jusqu’à cette aube du 15 février où la Sainte Vierge est venue le chercher comme l’a écrit si justement frère Bruno dans l’annonce qu’il nous fit de sa mort.

En face de lui, en effet, il pouvait contempler nuit et jour la statue de Notre-Dame de Fatima pour laquelle il avait une si grande dévotion. Nul doute qu’elle a dû souvent lui murmurer à l’oreille ce qu’elle avait confié à Lucie le 13 juin 1917 :

« Ne te décourage pas. Je ne t’abandonnerai jamais ! Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu’à Dieu. »

Même s’il descendait régulièrement à la chapelle, sa chambre était son oratoire. Son lit lui tenait lieu de patène où dans le silence et le mystère il pouvait s’offrir à l’Amour Miséricordieux du Bon Dieu et lui renouveler cette offrande à chaque battement de son cœur comme la Petite Thérèse nous l’a enseigné. Désormais, il se présente à nous sous les traits de la Sainte Enfance et de la Sainte Face. Il était devenu pauvre, confiant et abandonné comme un enfant. Il remplissait la condition posée par Jésus pour entrer dans le Royaume : redevenir un enfant.

Et dans sa configuration au Christ souffrant et crucifié dont il partagea la kénose, il vivait les recommandations de l’apôtre Paul à son disciple Timothée :

« Si nous mourons avec Lui, avec Lui nous vivrons.
« Si nous souffrons avec Lui, avec Lui nous régnerons. » (2 Tm 2, 11-12)

C’est sans doute de cette manière qu’il a obtenu pour lui-même, pour les siens, ses “ chéris ”, et pour l’Église tant de précieuses grâces.

Que de surprises nous aurons dans l’au-delà !

C’est précisément, – et au-delà des apparences –, cet autre monde dont l’Immaculée parlait à Bernadette dans le creux du rocher de Massabielle, le 18 février 1858, quand elle lui fit cette confidence :

« Je ne vous promets pas d’être heureuse en ce monde mais dans l’autre. »

En ce jour anniversaire de cette promesse de la Vierge Marie, prions la Petite Bernadette, dont c’est la fête, de nous affermir dans l’Espérance de cet autre monde.

Il me faut conclure, ou plus exactement j’aimerais que ce soit le Père lui-même qui s’adresse à nous pour nous livrer un ultime message. Il nous suffit pour cela d’ouvrir “ Mémoires et Récits ” au chapitre intitulé : “ Saintes âmes, saintes maisons ” :

« Il n’y a pas deux races d’hommes, les saints, les élus qui ont fui le combat et ne connaissent plus aucune de nos misères, et nous les gens du monde assaillis de tentations, pécheurs par nécessité. Il n’y a pas non plus des pharisiens là-bas, qui dissimulent leurs chutes, et les publicains que nous sommes, qui se confessent et recommencent. Il y a le corps fraternel de l’Église militante, dont tous doivent connaître l’épreuve, plus ou moins certes, à la mesure de la grâce et de leurs forces. Mais dont les uns prient beaucoup, les autres peu. Et chacun à toute heure reçoit du Père céleste, de Jésus crucifié et de sa sainte Mère, les secours qu’il demande pour demeurer fidèle et devenir saint, s’il le veut. J’ai eu des parents et des maîtres qui vivaient ainsi, et si je n’ai pas suivi, ou seulement suivi de loin leur exemple, en ma jeunesse légère, que Dieu me le pardonne. »

Écoutons-le dans la page célèbre de “ L’enterrement à Chônas ” :

« ... Ce que je pense déjà, revenant de l’église à la maison, ce que je pense toujours, c’est que pour traiter ce grand drame, unique et pourtant universel, de la mort du paysan, ou de sa femme, ou de son enfant, on n’a jamais inventé, on n’inventera jamais un ensemble de rites et de chants aussi majestueux, aussi simple, aussi pauvre de moyens, aussi riche de signification, affreusement pathétique et plein de mystique allégresse, que cette liturgie de ce temps-là, qui nous venait du fond des âges.

« Oserais-je vous dire que, dès cette époque lointaine, je me faisais une joie de mon propre enterrement, savourant en tous leurs détails exquis, les gestes tendres, les chants si doux que l’Église ferait alors sur mon corps, comme d’une mère, comme d’une épouse pour son bien-aimé ? Qu’il est doux de mourir, pensais-je, entre les bras de l’Église !

« Le mystère de l’arrachement d’un mort à la puissance des ténèbres qui le retient captif et sa rédemption par l’Hostie immaculée de la messe, offerte pour son salut, n’étaient-ils pas déjà, pour mes regards d’enfant, le spectacle même de son exaltation et de son entrée dans la béatitude éternelle du Père ? » Amen.

ALLOCUTION DE FRÈRE BRUNO DE JÉSUS AU CIMETIÈRE

« Bienheureux les persécutés pour la justice. » (Mt 5, 10) Toute la vie de notre Père fut une croix et un martyre, comme celle de Notre-Seigneur et pour la même raison : dans la pensée de l’enfer où vont les âmes des pauvres pécheurs. Et comme Notre-Seigneur mort condamné par les autorités juives, il s’est opposé de toutes ses forces, publiquement, aux forces de l’enfer déchaînées jusque dans l’Église, entouré d’une poignée de frères et de sœurs, et d’une petite “ phalange ” de disciples et d’amis. En butte à la haine et au mépris de la hiérarchie de l’Église, au silence gêné, ou assassin, des collègues et confrères, sauf exception courageuse et tellement réconfortante. Merci, cher Père !

Son fait est sans précédent parce qu’on ne connaît point, en deux mille ans d’Église, de procès intenté à un Pape, à un Concile, comme ceux qu’il a intentés par des actes explicites d’accusation, qui soit demeuré en suspens, sans réponse, sans jugement ! En attendant l’infaillible jugement du souverain Juge, ce silence, pour ne pas dire cette forfaiture, consacre l’abbé de Nantes, notre Père et fondateur des Petits frères et Petites sœurs du Sacré-Cœur, non seulement légitime fidèle de l’Église et vrai prêtre de Jésus-Christ, mais encore confesseur et docteur de la foi catholique romaine en nos temps d’apostasie.

Il n’est pas mort. Il est entré dans la vie, comme un petit enfant, à la ressemblance du bienheureux Louis Martin dont la “ démence ” faisait dire à la petite Thérèse en 1889 : « Papa, c’est le petit enfant du Bon Dieu. » À l’intention de ceux qui avaient partagé son humiliation, elle ajoutait : « Le bon Dieu, pour lui épargner de grandes souffrances, veut que nous souffrions pour lui ! »

Et en 1894, à sa sœur Léonie : « La mort de Papa ne me fait pas l’effet d’une mort mais d’une véritable vie. Je le retrouve après six ans d’absence (!), je le sens autour de moi me regardant et me protégeant. »

Bien chers frères et sœurs, amis phalangistes, ne sommes-nous pas plus unis encore maintenant que nous regardons les Cieux pour y découvrir un Père, sans oublier mère Marie-Noël, et frère Hugues et ses parents et grands-parents, bref, toute la Phalange de l’Immaculée que nous y reformerons bientôt autour de lui, notre Père bien-aimé, comme nous la formons dès ici-bas dans le Cœur Immaculé de Marie, car la vie est si brève ! Et alors, nous serons unis pour ne plus nous séparer, et nous serons heureux d’avoir combattu comme de bons et fidèles serviteurs pour que le Fils de l’Homme, quand il reviendra, trouve encore la foi sur la terre... Ainsi soit-il !

25 février 2010

[Abbé Philippe Laguérie - blog IBP] J’ai vu l’abbé Schaeffer"

SOURCE - Abbé Philippe Laguérie - 25 février 2010

Ce matin, de passage à ma banque, le Crédit Agricole en face de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, je traverse la rue et fais une courte visite en mon ancienne paroisse. Pour saluer le Bon-Dieu, comme de juste, mais aussi dans le secret espoir que le prêtre de garde ait l’amabilité de m’indiquer où se trouve l’abbé Schaeffer. J’avais une heure devant moi, avant ma messe de 12h30 au Centre Saint-Paul, ce qui n’est pas habituel.

Et là, bonne surprise ! C’est l’abbé Schaeffer lui-même qui monte la garde, m’aperçoit, me sourit, sort de sa guérite (mes excuses à cette brave guadeloupéenne qui prenait ses conseils et au jeune-homme qui attendait sa confession) et me fait l’abrazo espagnol. Quelle joie.

Je tombe de haut ou plutôt je remonte de loin. A lire les nouvelles de cet excellent confrère sur le net, je me l’imaginais à l’hôpital, comme l’abbé Berche (dont il me demande des nouvelles), toujours entre deux soins lourds, alité, chauve et pas vraiment le sourire...

En réalité, c’est sa force d’âme et son esprit surnaturel qui font la différence. Il est au plus mal et ça ne se voit pas. Il est encore plus souriant et débonnaire que jamais, c’est dire ! "Je me laisse pousser les cheveux, vous ne les avez jamais vus si longs". Lui qui se plaignait gentiment de ses rhumatismes, de ses troubles digestifs ou autres babioles (comme dit l’abbé Lorans : "passée la cinquantaine, on doit vérifier chaque matin que quelque misère inconnue n’ait point") il resplendit littérallement d’abandon à la Providence et de bonté communicative. Chapeau, M. l’abbé !

Non pas que la bonté de l’abbé me prenne au dépourvu. Il y a longtemps que j’en goutais les fruits à Saint-Nicolas et par après. Un homme bon se bonifie encore et un mauvais empire toujours. Comme dit l’ Apocalypse : "que l’injuste fasse encore le mal, que l’impur se souille encore ; que le juste pratique encore la justice et que le saint se sanctifie encore" (22, 11).

Mais un tel degré de sérénité est particulièrement réconfortant. (Quod isti, quod istae, cur non ego ?). " J’ai eu un grave accident de voiture il y a deux ans ; j’aurais pu paraître devant Dieu à l’improviste. Tandis que maintenant j’ai le temps de faire face, de me préparer". Je songe à la phrase de l’Ecriture, toujours vérifiée : "L’arbre tombe du côté où il penche". La bonté appelle la bonté, "Abyssus abyssus invocat". Au lieu de se plaindre, l’abbé travaille, confesse, reçoit paternellement, le sourire aux lèvres, le coeur en paix.

Merci de ce bon moment, cher Bruno. Prier pour vous est bien difficile, en vérité. On se dit que le Bon Dieu prend déjà si bien soin de vous qu’on a quelque gène à ramener son grain de sel par derrière. Nous le faisons quand même, rassurez-vous. Mais on souhaiterait plutôt que vous le fassiez pour nous, pour participer à votre grâce et nous assurer les mêmes secours quand ce sera notre tour. A bientôt, puisque nous devons dîner ensemble, si Dieu veut.

24 février 2010

[summorum-pontificum.fr] À Paris, la «demande» satisfaite? Un tiers des pratiquants parisiens attend l'«offre»!

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 24 février 2010
Un nouveau sondage de Paix Liturgique sur l’intérêt des catholiques pour la Messe traditionnelle vient d’être réalisé sur la ville de Paris (intra muros). Les détails de cette étude, réalisée selon les règles de l’art, ne seront rendus publics que samedi en huit, toutefois, l’archevêque de Paris, le cardinal André Vingt-Trois, en a déjà eu communication… Je gage qu’elle a dû le secouer.

En effet, selon ce sondage, 34,5% des catholiques pratiquants réguliers de l’archidiocèse se disent désireux d’assister chaque semaine à une Messe dominicale célébrée selon la « forme extraordinaire ». Plus du tiers des pratiquants parisiens ! Les chiffres sont aussi cruels que les faits têtus pour ceux qui, dans les bureaux archidiocésains, s’échinent à affirmer, sur tous les tons de la gamme, qu’il n’y a « pas de demande » ou que « la demande est satisfaite ». Et si l’on se mettait enfin à parler de « l’offre » ?

[summorum-pontificum.fr] Que se passe-t-il à Toronto ?

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 24 février 2010

Dimanche prochain, 28 février, l’apostolat de la Fraternité Saint-Pierre à Toronto, prendra fin. C’est ce qu’a annoncé dimanche dernier, aux cent personnes présentes lors de la messe du 1er dimanche de Carême, le Father  Howard J. Venette, qui assurait cet apostolat. Cela fait seulement 19 mois que ce prêtre est en poste à Toronto. Il retourne désormais en Floride.

C’est en septembre dernier qu’il avait été annoncé par l’archevêque de Toronto, Mgr Thomas Collins, son désir d’une paroisse personnelle pour le rite romain traditionnel, avec un apostolat dévolu à la Fraternité Saint-Pierre. L’annonce en avait été même faite publiquement. Puis, plus rien ! Une église avait bien été prévue, sans être finalement attribuée à la Fraternité Saint-Pierre. On lui avait fait comprendre alors qu’il faudrait prouver par les faits – c’est-à-dire par le nombre des participants – la nécessité d’une telle messe. Mais justement les faits avaient répondu par la croissance de la communauté et sa viabilité financière.

Désormais, c’est le Father Liam Gavigan, un prêtre âgé, actuellement à la retraite, qui reprend officiellement cet apostolat et ce à partir du 7 mars prochain. Le problème, c’est que ce vieux prêtre habite à deux heures de Toronto et qu’il célèbre déjà la messe à 9h00 avant de se rendre dans un monastère pour célèbrer une autre messe à 11h30. Il lui faudra encore faire une cinquantaine de kilomètres avant de se rendre à Toronto pour célébrer la messe à 13h00.

La raison de ce renvoi de la Fraternité Saint-Pierre ? La rumeur affirme que l’archevêque n’a pas du tout apprécié que, fidèle en cela aux règles de l’Église universelle, le prêtre de la Fraternité Saint-Pierre continue de distribuer la communion sur la langue alors que l’archidiocèse, prétextant la lutte contre la Grippe H1N1, avait ordonné de la donner dans la main.

22 février 2010

[Abbé Philippe Laguérie, ibp] Sommes-nous maurrassiens?

SOURCE - Abbé Philippe Laguérie, ibp - 22 février 2010

Il est à croire, depuis maintenant près d’un siècle, que le meilleur moyen (parce qu’il marcherait seul et à tous coups) de nuire à ceux que saint Pie X appelait lui-même "les traditionalistes" (lettre sur le Sillon : "Car les vrais amis du peuple ne sont ni révolutionnaires ni novateurs, mais traditionalistes") est de leur coller l’étiquette de maurrassiens. Donc de nationalistes, donc de fascistes, donc de nazis, donc de racistes. L’horreur, quoi. C’est même plus radical et plus efficace que de les faire glisser sur la pente de l’intégrisme, (encore que très méchant, vues les dérives islamiques), parce que ce dernier, pour infâme qu’il soit, demeure apparemment sur le plan religieux. Tandis que, manifestement, un "maurrassien" est un hypocrite qui camouffle ses idées politiques sous badigeon de religiosité et qu’il instrumente le catholicisme à des fins politiques. Ca, c’est inadmissible et pendable. Voila pourquoi, si les medias, dont la finesse n’échappe à personne, utilisent plus généralement l’étiquette d’intégristes ( Ils ignorent pour la plupart qui était Maurras et ne l’ont jamais lu !), les ecclésiastiques, qui sont gens très fins et très cultivés, préfèrent celle de maurrassiens. C’est la première marche d’un escalier qui descend jusqu’en enfer, en lequel ils aiment jeter pêle-mêle leurs ennemis, celui d’Auschwitz, celui de la shoah, celui de l’Apocalypse... Now.

Et l’on croit que ça va encore fonctionner. Parce que ça a fonctionné une fois (et comment) et que, les mêmes causes produisant les mêmes effets, on va se débarrasser facilement de ces gêneurs qui réclament des formes extraordinaires un peu partout...

L’inconvénient majeur de cet argument récurrent et de dernière minute, c’est qu’il se trouve nombre de ces simples catholiques qui réclament tranquillement ce que le Pape leur a accordé et que les évêques leur refusent...et qui ne sont en rien maurassiens, qui ne partagent pas ses doctrines, les récusent, les contestent et s’en démarquent hautement. J’en connais au moins un, je vous le promets... A vrai dire ils sont légion. Ajoutez-y ceux qui les ignorent et ceux qui n’ont même pas entendu parlé de Maurras, comme les journalistes. Monseigneur Lefebvre se rangeait lui-même, malgré ses deux doctorats romains, dans cette ultime catégorie. Aux journalistes qui le pressaient d ’avouer son maurrassisme patent, il se contentait de répondre : "je l’ai pas lu".

Que l’on partage aisément toutes les analyses de ce brillant académicien sur le droit naturel, comme le rappelle si souvent et à juste titre Jean Madiran : rien à dire. Tant mieux pour lui si ce positiviste-bergsonien redécouvre le bon sens au moment de l’affaire Dreyfus...Que l’on admire la plume exceptionnelle qui lui a justement valu l’Académie Française : idem. N’admire-t-on pas celle de Voltaire ou de l’abbé Prévost ? Que l’on applaudisse à certaines de ses prophéties, comme l’annonce d’un deuxième conflit mondial, inéluctable, tandis que toute la classe politique française socialo-maçonnique se gausse et mène bonne vie et bonne chair : soit. Il a souvent eu raison, qui peut le nier ? Quant à ceux qui déchirent leurs vêtements au seul énoncé de ses romans licencieux, ce sont des tartuffes qui filtrent le moucheron d’hier et avalent le chameau d’aujourd’hui...

Mais, n’en déplaise aux inconditionnels de Maurras, la doctrine de Maurras est tout autre chose. Elle tient en un mot par lequel Maurras prétendait endiguer tous les malheurs qu’il annonçait justement : le Nationalisme. Et ceci est sa doctrine, son remède, son combat. Eh bien, j’ai le regret, ou plutôt la joie, de vous dire que je ne suis pas du tout nationaliste, mais alors pas du tout. Que le nationalisme est un mirage, une erreur grossière et funeste, qu’il n’a cessé de faire des ravages dans l’histoire, que nous en crevons tous et qu’il est particulièrement anti-chrétien.

Par quoi il vous est facile de comprendre que, sans haine ni vindicte, je n’ai jamais été maurrassien, je ne le suis pas et ne le serai jamais, avec la grâce de Dieu.

Pas plus que je ne me compromettrai dans quelque "isme" que ce soit, fut-ce celui de christianisme ou de catholicisme ! Tous les "ismes", sans exception, sont des monismes, partant des réductions, faux d’entrée de jeu, parce que la réalité est toujours multiple, duelle à tout le moins et toujours complexe. Aucun concept, surtout érigé en absolu, ne rendra jamais compte de la réalité.

Parce que je suis chrétien, justement. Et puisque je vous choque, commençons par là. Il y a le Christ, Fils du Dieu Unique et Très-Haut. Donc, il y a des chrétiens, qui le suivent, l’adorent et attendent de partager sa gloire. Ils sont chrétiens. Ils sont regroupés dans l’Eglise, sur la parole même du Seigneur. Un point, c’est tout et ça suffit largement comme ça. Quand vous parlez de "christianisme" et donc de "catholicisme", vous voudriez faire une doctrine chrétienne qui ne soit pas adéquate à celle du Christ, un système post-christique, une organisation qui dépasse son institution, bref, un système (une chose, un truc) qui vous permet allègrement d’ajouter votre sauce à la parole vivante et incarnée.

Funeste déjà avec nos "ismes" à nous, cela devient pitoyable avec les "ismes" des autres. Parce que le "christianisme" c’est adhérer au Christ de toutes ses fibres et ça colle. Maintenant, libre aux amateurs adhérer à qui leur semble. Aux freudistes d’adhérer à Freud (pouah !), aux marxistes d’adhérer à Marx, aux poujadistes d’adhérer à Poujade et aux besançonistes d’adhérer à Besancenot... tant pis pour eux. Il y a bien des freudiens, des marxiens, des poujadiens ou des besançoniens, c’est bienfait pour eux ! Comme il y eut des bonapartiens. Bonaparte n’ayant jamais eu de doctrine que lui-même, il n’y a jamais eu de bonapartistes...

Mais marxisme, freudisme ou autres sont autant de panacées ridicules dont la systématisation s’est avérée cruellement fausse et monstrueusement ravageuse. Que ce soit la prépondérance de l’inconscient ou l’inexorable lutte des classes, ces réductions "ad unum" ont été démenties par tous les faits avec les ravages que l’on sait.

Le nationalisme n’échappe pas à la règle. La nation est une réalité incontournable, vitale, splendide et décisive, certes. Et nul ne peut me reprocher de ne pas aimer la mienne de toutes mes fibres. Huit jours à l’étranger me rendent malade de la France et même des français. Mais il y a bien d’autres composantes de l’équilibre politique et ériger celle-ci (ou une autre) comme un absolu est funeste. Le totalitarisme n’est-il pas l’érection de l’Etat au détriment des autres ? Le libéralisme, la liberté érigée en système ? On sait quels ravages a pu faire le patriotisme des jacobins et combien de têtes il a fait voler... Le machiavélisme n’est-il pas la corruption pareillement absolutisée ? Idem pour tradition et intégrité : leurs "ismes" fournissent le pire. Lefebvrisme ou bonapartisme n’ont aucun sens acceptable.

Alors, quand l’ Action Française sous-titre, des décennies durant, "l’organe du nationalisme intégral" , n’allez pas vous étonner qu’on puisse se démarquer d’une pareille option ! Les "ismes", surtout quand ils se revendiquent "intégraux" (ça fait un peu trop) sont dangereux.

Parce que la France s’est constituée plus vite que les autres et compte dans son histoire une série de génies insurpassables, elle n’a pas échappé à cette maladie funeste qui fait de soi une totalité, s’érige en absolu, et s’identifie au Léviathan. Et ça nous a pris très tôt ! La monarchie française, dès la fin de la guerre de 100 ans, telle une femme qui se contemple dans le miroir, n’aura de cesse que de se trouver belle, de ruiner sa féodalité, d’abaisser les corps intermédiaires, d’absolutiser le pouvoir, de centraliser à outrance. Le jacobinisme, le plus visiblement sanguinaire des nationalismes, a ses racines dans le pré carré de Louis XI, chez Richelieu, chez Louis XIV et bien d’autres. Ca nous donnera le triste privilège d’avoir créé l’Etat moderne et de l’exporter depuis dans le monde entier. Robespierre : un nationaliste. Bonaparte : un nationaliste ("j’ai un budget de 100 000 hommes par an"). Bismarck : un nationaliste. Mussolini, Hitler, et même Staline, pour les besoins du moment : des nationalistes. Quinze années de ravage de l’Europe par Napoléon et deux guerres mondiales : voilà à quoi on a fait servir le nationalisme. La ruine de la civilisation chrétienne.

Résultat des courses, la fille aînée de l’Eglise a le triste privilège de n’avoir participé (ou peu s’en faut) à aucun combat pour le nom chrétien, pour l’Eglise ("la seule internationale qui tienne") depuis les croisades de son seul roi canonisé. Elle avait autre chose à faire, pensez ! Travailler à sa propre hégémonie, renforcer son pouvoir, piller les richesses de l’Italie, puis celle de l’Égypte. S’allier aux turcs contre le Saint Empire. Être absente à Lépante. Laisser crouler l’empire d’orient (la plus forte armée du monde après celle de Mahomet II était celle de Charles VII le mal-nommé "Victorieux"). Complètement absente de l’évangélisation du nouveau continent et ne débarquant en Algérie que pour de basses questions financières... J’aurais eu bien plus de raisons d’être nationaliste (encore que je n’en ai aucune) si j’étais polonais, allemand (du Saint Empire), portugais, espagnol ou vénitien. Seriez-vous nationalistes chez les turcs, chez les japonais ou chez les Coréens ?

Et puis, ad hominem, se dire nationaliste supposerait qu’il y eût encore une nation française, non ?

Je ne suis donc pas du tout nationaliste, donc pas maurrassien et prenez-vous en à d’autres pour interdire la forme extraordinaire.