Ce blog n'est plus mis à jour. Les articles en ligne restent accessibles. Merci à toutes les personnes qui ont soutenu cette initiative.

31 mai 2012

[Abbé Couture, fsspx - District d'Asie] "Ne soyons pas effrayés..."

SOURCE - Abbé Couture, fsspx - District d'Asie de la FSSPX - 31 mai 2012

En la fête de Marie Reine

Implorons le Sacré-Cœur et le Cœur Immaculé de Marie pour notre Supérieur Général, pour ses Assistants, pour nos Evêques.
« Tous ceux-ci persévéraient unanimement dans la prière , avec les femmes et avec Marie, Mère de Jésus, et avec ses frères. » (Actes des Apôtres 1, 14 )

En ce dernier jour de Mai, fête de la royauté de Notre-Dame et veille du mois consacré au Sacré-Cœur de Jésus, je lance un appel urgent à tous les membres de la FSSPX , à tous nos fidèles du District d’Asie et à tous ceux qui veulent se joindre à nous de «  persévérer unanimement dans la prière avec Marie, la Mère de Jésus » , notre Reine Immaculée, Reine du Clergé, Mère de l’Eglise, pour la Retraite et le Chapitre Général qui doivent se tenir du 1er au 14 juillet prochain.

Dans les circonstances difficiles actuelles, la Vérité sera révélée aux âmes qui s’humilient devant Dieu, à ceux qui contrôlent leurs passions et leur agitation intérieure dans le but de n’avoir qu’une seule soif, celle de la Vérité de Dieu, et d’autre volonté que Sa Volonté.

Ce n’est pas la première fois que la FSSPX connaît des tempêtes. En 1977, après qu’une crise majeure ait frappé le Séminaire d’Ecône, Monseigneur écrivit les lignes suivantes, rayonnantes de la paix et de la force de l’Esprit Saint présent en lui, même en ces jours d’épreuve. Ce qu’il a dit sous Paul VI, il le répèterait certainement encore sous Benoît XVI.
« Née en cette période de trouble, il est évident que la Fraternité devait inévitablement être persécutée par les destructeurs de l’Eglise. Quelles qu’aient été les actions menées contre la Fraternité, elles ont toutes été motivées par notre refus d’amoindrir la Royauté de Notre Seigneur Jésus-Christ, Royauté si magnifiquement exprimée par la liturgie traditionnelle, confirmée par la Théologie et les autres sciences sacrées, dans la loi de l’Eglise . »
Le Pape est certainement imprégné de principes libéraux. Le Cardinal Daniélou et son ami Jean Guitton l’affirmaient tous deux. Cette déplorable influence paraît suffisante pour expliquer les malheureuses incohérences et contradictions venant du Pape et de son entourage. Toutefois, si cela nous interdit de le suivre lorsqu’il parle ou agit de manière erronée, cela ne doit pas nous mener à l’irrespect ou au mépris car il occupe le trône de Pierre. Nous devons prier pour lui, pour qu’il enseigne la Vérité et ne travaille qu’à restaurer le Règne de Notre Seigneur Jésus-Christ.. Evitons de prendre des positions extrêmes qui ne correspondent pas à la réalité mais à nos jugements a priori qui troublent inutilement notre conscience sans l’éclairer. Evitons le « zèle amer » condamné par Saint Pie X dans sa première encyclique :
« Mais pour que ce zèle à enseigner produise les fruits qu'on en espère et serve à former en tous le Christ, rien n'est plus efficace que la charité ; gravons cela fortement dans notre mémoire, ô Vénérables Frères, car ‘le Seigneur n'est pas dans la commotion’ (3-Rois 19-2). En vain espérerait-on attirer les âmes à Dieu par un zèle empreint d'amertume ; reprocher durement les erreurs et reprendre les vices avec âpreté cause très souvent plus de dommage que de profit. Il est vrai que l'Apôtre, exhortant Timothée, lui disait : Accuse, supplie, reprends, mais il ajoutait : en toute patience. Rien de plus conforme aux exemples que Jésus-Christ nous a laissés.
C'est lui qui nous adresse cette invitation : Venez à moi, vous tous qui souffrez et qui gémissez sous le fardeau, et je vous soulagerai. Et, dans sa pensée, ces infirmes et ces opprimés n'étaient autres que les esclaves de l'erreur et du péché. Quelle mansuétude, en effet, dans ce divin Maître ! Quelle tendresse, quelle compassion envers tous les malheureux ! (Saint Pie X)
 
« C’est pourquoi il nous est impossible d’approuver l’attitude de ceux qui n’ont que mots amers pour leur prochain, qui les jugent imprudemment et par conséquent créent une division parmi ceux qui combattent le même combat. (…). Gardons nos âmes dans un esprit de patience, de douceur, d’humilité, autant que de force et de fermeté dans la Foi. Nos fondations, nos prieurés et par-dessus tout, nos séminaires doivent respirer cette atmosphère de charité et de dévotion envers notre Roi Divin et une atmosphère de loyauté, d’amitié et de compréhension fraternelle. » (Cor Unum – Lettres et conférences de Monseigneur Marcel Lefebvre, FSSPX - USA, Lettre n°3, Noël 1977)
Il nous est utile de nous souvenir ici des règles de sagesse de Saint Ignace de Loyola pour le Discernement des Esprits, et en particulier des 2e et 5e règles. La 2e nous explique comment le démon tente les âmes saintes. Les signes classiques en sont : anxiété ( ex. Et si… ? panique, etc.), tristesse, obstacles, faux raisonnements, trouble et découragement. Nous retrouvons tous ces signes, aujourd’hui, dans nos rangs. Cela signifie que le démon rôde autour de nous  «comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer». Mais alors il faut nous souvenir de la 5e règle qui nous indique ce qu’il faut faire dans les temps de désolation spirituelle prier, méditer, faire pénitence et examiner notre conscience. Ceci devra être notre programme de ce mois de juin , ce qui sera bien plus profitable à la fois pour nous et pour notre cause que jugements téméraires et bavardages inutiles.

Enfin, je voudrais faire miennes les paroles du Supérieur du District de France, monsieur l’abbé de Cacqueray, qui a lancé un appel similaire, le 17 mai dernier, en la fête de l’Ascension :
« Joignons à la prière notre pénitence, comme la très sainte Vierge Marie nous a toujours pressés de le faire ! Prêtres, frères, religieux et religieuses, montrons l’exemple ! Demandons pardon au Bon Dieu pour nos péchés de tout notre cœur et vivons en état de grâce. Supportons dans la patience les sacrifices de notre vie quotidienne. Ne délaissons pas notre devoir d’état parce que tout serait déjà perdu. Donnons généreusement à Dieu quelque chose de nous-même qui nous coûte un peu, pour nous attacher plus fortement à Lui. »
Nous vivons une très grande épreuve, mais Notre Seigneur est toujours présent dans la barque bien que la tempête fasse rage et semble vouloir l’engloutir. Ne soyons pas effrayés car si Notre Seigneur semble dormir, en réalité, Il ne cesse jamais de veiller sur nous. Nous le croyons de toute notre âme. Voilà pourquoi nous devons garder la sérénité, profondément convaincus que le Bon Dieu veille sur nous.

Implorons le Ciel, prenons d’assaut le Ciel, pour notre Supérieur Général, pour ses Assistants, pour nos quatre Evêques afin que, dans ces circonstances difficiles, ils reçoivent les grâces de lumière et de force qui leur sont nécessaires pour rester fermes dans le bon combat de la Foi. Nous avons une grande dette envers nos quatre Evêques et nous supplions le Ciel de pouvoir célébrer leur Jubilé d’argent episcopal le 30 juin 2013. Demandons aussi ces grâces pour nous-mêmes, les uns pour les autres, car nous en avons tous besoin.

Pour tous les prêtres du District d’Asie, pendant tout le mois de juin, tous les jours de fête de 3e et 4e classe, une oraison supplémentaire sera ajoutée (oratio imperata) qui sera celle de la fête de Saint Pie X, au 3 septembre. Que notre grand Saint Patron intercède auprès du Roi des rois et de la Reine du Ciel afin de sauver cette Fraternité qui fut placée sous son puissant patronage. A tous, je recommande la fidélité au chapelet quotidien, et même le Rosaire, les Litanies du Sacré-Cœur et si possible un jour de jeûne par semaine.

Ce mois est aussi le mois des Ordinations, pensons aux Diacres qui vont recevoir la grâce du Saint Sacerdoce dans plusieurs séminaires.
« Les prières publiques ont un grand pouvoir sur le Sacré-Cœur qui détourne les rigueurs de la colère Divine en se plaçant entre la Justice et les pêcheurs pour leur obtenir le pardon » (Sainte Marguerite-Marie)
Confiant le District d’Asie tout entier au Cœur Douloureux et Immaculé de Marie et à Saint Joseph,Monsieur l’abbé Couture, Supérieur du District d’Asie

[Abbé Patrick Troadec, fsspx - Séminaire de Flavigny] L'histoire atypique de quelques séminaristes de Flavigny

SOURCE - Abbé Patrick Troadec, fsspx - Séminaire de Flavigny - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs n°77 - 31 mai 2012

L'an dernier, dans la Lettre n° 74, je vous ai montré les fruits merveilleux de nos familles et de nos écoles. Il ne faudrait pas cependant penser que seuls des jeunes gens issus du milieu traditionnel frappent à la porte de notre Séminaire.
Cette année a été à cet égard une année particulièrement riche en séminaristes ayant eu un parcours atypique. Il me semble important de le souligner pour ranimer en vous, chers amis et bienfaiteurs, la belle vertu d'espérance. Vous constaterez à travers ces quelques exemples que la grâce divine n'a rien perdu de sa puissance en ce vingt et unième siècle et, en même temps, vous verrez ce qui a conduit ces jeunes gens à opter pour l'entrée dans un séminaire de la Fraternité Saint-Pie X.
1er témoignage
Je n'ai pas eu la grâce d'être baptisé enfant. Le désir de conversion s'est développé progressivement, notamment à la suite d'épreuves personnelles, mais aussi en constatant les contradictions du monde et en comprenant qu'il devait exister une vérité objective qui n'était pas restreinte aux sciences de la matière.
Puis c'est par Internet, en voyant une vidéo de Mgr Lefebvre, que j'ai connu la Fraternité Saint-Pie X. C'était la première fois que j'entendais un homme d'Église tenir un discours clair et ferme. J'ai compris alors que je devais passer par l'Église pour accéder aux vérités surnaturelles. Etant alors étudiant à Paris, il ne me restait plus qu'à franchir les portes de l'église Saint-Nicolas, ce que j'ai fait à l'âge de 24 ans.
Je venais à peine d'entrer dans la vie active quand j'ai commencé à penser à la vocation, peu de temps après mon baptême et ma confirmation. Je travaillais alors dans l'informatique comptable avec un métier intéressant, mais j'ai su que je devais changer d'employeur pour me mettre au service de Dieu. J'ai continué encore un an mon travail avant de rentrer au séminaire.
C'est par la Fraternité Saint-Pie X que Dieu est venu à moi et c'est par elle que je souhaite aller vers Dieu et travailler à son service.
2e témoignage
Mes parents m'ont fait baptiser à l'âge de six mois pour faire plaisir à mes grands-parents, mais je n'ai pas reçu de formation religieuse durant mon enfance. Ma conversion s'est faite en deux étapes. Tout d'abord un ami, lui-même converti et fréquentant la Fraternité Saint-Pie X, m'a beaucoup prêché au lycée, si bien qu'en en sortant, j'étais convaincu de deux choses : de l'existence de Dieu et du fait que la religion catholique est la plus sainte. Une chose était claire pour moi dès le départ : puisque Dieu existe, il ne peut y avoir qu'une seule vraie religion. Je n'ai pourtant pas fait le pas à ce moment-là
. Il a fallu attendre deux ans plus tard pour qu'un autre ami se convertisse au contact du premier et que je le suive, quittant ma vie païenne. J'ai alors appris le catéchisme avec des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X.
Quelques mois plus tard, lors du pèlerinage de Chartres, est née l'idée, le désir d'être prêtre, à la vue de la multitude de prêtres.
Enfin, les années passant, la découverte de la vie des prêtres, les conseils de plusieurs d'entre eux et les retraites spirituelles m'ont amené au séminaire de Flavigny.
3e témoignage
Je suis né dans le protestantisme. Ma conversion, comme toute conversion, je l'attribue à la grâce de Dieu, mais d'un point de vue humain, trois motifs m'ont incité à quitter le protestantisme pour le catholicisme : la très sainte Vierge Marie, l'Eucharistie et le sacerdoce. Ces trois motifs parmi d'autres m'ont conduit à la Fraternité Saint-Pie X.
Le premier intermédiaire de la Providence a été mon professeur de chinois qui m'a parlé de la religion catholique dans un avion alors que nous nous rendions en Chine. Il m'a fait connaître la Fraternité Saint-Pierre.
Et ce n'est que deux ans plus tard que j'ai fait la connaissance de la Fraternité Saint-Pie X, quand un centre de messe s'est ouvert dans ma ville. J'ai décidé alors de suivre la Fraternité Saint-Pie X parce que Mgr Lefebvre a conservé la vérité entière en une période d'apostasie et d'infidélité, et que ses fils spirituels continuent à faire de même aujourd'hui.
Comme le dit saint Pierre dans l'Evangile de saint Jean : « A qui irions-nous Seigneur ? »
4e témoignage
Je dois ma conversion à un ami qui est un fidèle de la Fraternité Saint-Pie X et que j'ai rencontré au lycée en classe de seconde.
J'avais reçu des rudiments de religion durant les quelques années de classe de primaire que j'ai effectuées dans une école privée sous contrat, mais cela ne s'était pas concrétisé par la pratique religieuse.
Grâce à mon ami et à des lectures qu'il m'a conseillées, j'ai pu réaliser que la vie sans Dieu est une vie sans but, et que l'Église dite conciliaire est une Église qui doute d'elle-même.
En ce qui concerne la vocation, c'est par mon directeur spirituel, chanoine de la cathédrale de ma ville, qu'elle a été mise à l'ordre du jour. Il m'a demandé si j'envisageais de devenir prêtre. A vrai dire, je n'y pensais pas, les études que je faisais me plaisaient et je trouvais entière satisfaction dans la vie que je menais. La question posée par mon directeur spirituel ne parvenait pas à s'éloigner de moi bien qu'il ne me l'ait posée qu'une seule fois, aussi décidais-je de faire une retraite de Saint-Ignace pour y voir plus clair.
A la suite de cette retraite, la réponse fut très claire pour moi : je devais rentrer au séminaire et j'ai donc pris tout de suite contact avec le supérieur du district de France, quoique j'eusse fréquenté un centre de messe de la Fraternité Saint-Pierre, parce qu'il n'y avait pas de prêtre de la Fraternité Saint-Pie X près de chez moi.
5e témoignage
Jusqu'à mes dix-sept ans, je suivais la mouvance actuelle de l'Église, servant tous les dimanches dans ma paroisse. J'y ai suivi le catéchisme, mais j'ignorais jusqu'à la divinité de Notre-Seigneur. Sur mes 17 ans, j'ai cessé la pratique religieuse à la suite de mes frères, comme tous les jeunes que je connaissais. J'ajoute que je ne m'étais jamais confessé de ma vie. Depuis lors j'oscillais entre le déisme et l'agnosticisme.
Mais un ami d'enfance, converti par le Mouvement de la Jeunesse Catholique de France et devenu chef d'équipe, essaya de me faire participer à des activités du Mouvement. Un peu réticent, je venais surtout pour l'amitié. A la première messe traditionnelle à laquelle j'assistais, j'étais complètement braqué et je fulminais contre cette religion qui me paraissait très austère.
Cependant j'étais particulièrement édifié par la conduite de ces jeunes, différents des autres, si bien que peu à peu la grâce a fait son chemin. Au premier camp d'hiver, je me suis confessé. C'était donc la première fois de ma vie. Ensuite par la formation doctrinale dispensée par le Mouvement, j'ai compris le bienfondé de la position de la Fraternité Saint-Pie X.
Devenu chef d'équipe, j'ai essayé à mon tour de transmettre aux autres la grâce que j'avais reçue. Le zèle pour tant d'âmes égarées a fait naître en moi le désir d'être prêtre.
6e témoignage
Je viens d'une famille catholique d'origine étrangère. J'ai fait ma scolarité en France dans une école catholique sous contrat. Le catéchisme se faisait à partir de thèmes humanistes comme l'amour, la fraternité, la liberté… et sous forme de dialogue. La messe avait perdu sa dimension sacrée. Dégoûté par cette mascarade, j'ai tout laissé tomber et j'ai vécu pendant plusieurs années comme si Dieu n'existait pas.
Le déclic qui a favorisé mon retour à la pratique a été de voir que, dans mon pays, il y avait une piété plus profonde, car la religion avait gardé bien des signes extérieurs comme le port de la soutane par les prêtres, les processions, le salut du Saint-Sacrement.
De retour en France, j'ai mené des recherches par Internet qui m'ont amené à la découverte de la liturgie traditionnelle dans la Fraternité Saint-Pierre. J'ai pu y suivre des cours d'apologétique en plus de la messe dominicale. Persuadé de la nécessité des sacres par Mgr Lefebvre, j'ai commencé à fréquenter la Fraternité Saint-Pie X et à faire partie du Mouvement de la Jeunesse Catholique de France. J'ai ensuite, pendant trois ans, essayé de combler les lacunes de ma formation religieuse. Enfin, voyant le besoin d'ouvriers dans la vigne du Seigneur, j'ai décidé de rentrer au séminaire.
7e témoignage
Je suis d'origine étrangère. Depuis mon enfance, j'ai toujours aimé la tradition ; c'est pour cela que j'ai aimé la religion de mes ancêtres, mais au départ plus par un instinct naturel que par vraie foi.
Je me suis rendu compte au cours de ma scolarité que la religion n'était plus comme autrefois et j'étais notamment troublé par la question de l'oecuménisme.
A l'âge de dix-sept ans, je me suis vraiment converti par la découverte de la messe traditionnelle sur Internet.
J'ai assisté alors quotidiennement à la messe d'un prêtre bénéficiant de l'Indult et j'ai connu ensuite la Fraternité Saint-Pie X.
Sur le conseil du prêtre qui disait la messe dans une ville voisine, j'ai décidé de rentrer dans la Fraternité. La raison de mon choix est que la Fraternité est l'unique société que je connaisse où l'on peut vivre le sacerdoce catholique comme toujours et recevoir une formation vraiment traditionnelle.
 
Ces quelques témoignages révèlent que les conversions s'opèrent surtout par l'intermédiaire d'amis catholiques et par la réflexion intellectuelle. Internet a été pour quelques-uns une source précieuse de renseignements. L'on peut aussi constater les graves lacunes de nombreux ministres de l'Église catholique, spécialement en France.
Enfin, on voit que ceux qui sont attirés vers la Fraternité Saint-Pie X sont des personnes droites, ayant soif de vérité. Certaines d'entre elles ont été en partie protégées avant leur conversion par un milieu familial relativement sain ou par l'acquisition de certaines vertus naturelles. Ces beaux témoignages sont un encouragement à multiplier vos prières, chers amis et bienfaiteurs, pour que le bon Dieu suscite encore davantage de bonnes et saintes vocations pour le retour à la foi de toujours de nos pays jadis catholiques.
 
Abbé Patrick Troadec, Directeur,
Le 31 mai 2012, en la fête de Marie Reine

30 mai 2012

[L'Avenir] L’abbé Paul Schoonbroodt est mort

SOURCE - lavenir.net - 30 mai 2012

Burg-Reuland - Le curé traditionaliste Paul Schoonbroodt est décédé samedi, des suites d’un accident de la route. C’était un farouche opposant de Vatican II.

Victime d’un accident de circulation en Allemagne, le 14 avril dernier, le curé traditionaliste Paul Schoonbroodt a succombé à ses blessures, samedi, à l’hôpital Saint Joseph de Saint-Vith. Il était âgé de 79 ans.

C’est en tant que passager que l’abbé, de retour de République Tchèque où il avait temporairement supervisé une paroisse, a été grièvement blessé dans l’accident de la route. Suite à une collision avec un autre véhicule, il avait été admis à l’hôpital de Schweinfurt, où des fractures de la colonne vertébrale ont été diagnostiquées. Il a ensuite pu être rapatrié en Belgique, mais dans un état qui nécessitait encore des soins intensifs.

Né en 1933 et originaire d’Eupen, Paul Schoonbroodt a été ordonné en 1958 à Liège, et devenu curé de Steffeshausen en 1970. Refusant d’adopter la nouvelle liturgie née de Vatican II, il a été prié de cesser d’officier à la tête de la paroisse Saint-Pierre de Steffeshausen le 18 octobre 1986 par l’évêque Albert Houssiau, avant d’être excommunié le 24 octobre 1988 (voir encadré).

Ses funérailles auront lieu jeudi à 10 heures, dans l’église du Sacré-Coeur, et il sera enterré dans le cimetière de Steffeshausen.

[Adélaïde Pouchol - L'Homme Nouveau] Histoires sur les chemins de Chartres

SOURCE - Adélaïde Pouchol - L'Homme Nouveau - 30 mai 2012

Ils étaient plus de 10 000 sur les routes de Chartres cette année encore. On voit désormais autant de mèches de « tradis » que de mèches rebelles, de crânes rasés que d'hommes chevelus. Les Bensimon concurrencent largement les chaussures bateaux et les sweats à capuche sont légions quand la vareuse semble une espèce en voie de disparition. Bref, le mythique pèlerinage de Notre-Dame de Chrétienté ne rassemble pas seulement les latinistes distingués et l'on a même entendu, lors de la messe de Pentecôte, un chant de la communauté de l'Emmanuel. Comme chaque année, des catholiques persuadés que la messe saint Pie V n'attire plus que quelques vilains réactionnaires découvrent toute la richesse d'une liturgie et toutes les grâces qui peuvent abonder le long du chemin qui mène à Chartres. L'on pourrait recueillir des centaines de fioretti. En voilà quelques-uns…

L'histoire, d'abord, de cet homme qui s'apprêtait à entrer au séminaire pour Points-Cœur et qui a voulu découvrir le pèlerinage. Tout futur prêtre qu'il était, il a confié avoir été particulièrement touché par l'importance donnée dans la forme extraordinaire du rite au « Et incarnatus est » du Credo. « Ces milliers de personnes agenouillées à ce moment crucial de la profession de notre foi est absolument magnifique. »

L'histoire ensuite de cette jeune fille nourrie depuis le berceau de la messe paroissiale, fût-elle affreusement pauvre liturgiquement et célébrée par un prêtre progressiste revendiqué. Ce qui l'a touchée, ce fut le silence étonnant qui règne pendant la messe alors que des milliers de pèlerins, dont des enfants, sont rassemblés. « Il y a moins de bruit que dans ma paroisse où, avec seulement une trentaine de vieilles paroissiennes, c'est la foire d'empoigne ! »

L'histoire enfin, de cette jeune fille éduquée dans une famille très fervente mais franchement pas tradi et même hostile à l'égard de cette drôle d'espèce. Elle est pourtant venue cette année sur les routes de Chartes, sans doute à la fois par l'opération du Saint-Esprit et par l'esprit de contradiction qu'elle cultive à l'envi et qui lui a fait faire ce que jamais personne n'avait fait dans sa famille. Elle est arrivée, au terme des cent kilomètres, fatiguée mais ravie, pensant déjà au pèlerinage de 2013. Elle a conclu par ces mots : « Finalement, les tradis ne sont pas du tout comme on croit ».

Mission accomplie et à l'année prochaine !

[AUDIO] [Mgr Aillet - Père Gouzes - KTO / SPO] Un débat sur la liturgie

SOURCE - Mgr Aillet - Père Gouzes - KTO - SPO - 30 mai 2012

Nous proposons ci-dessous de visionner un débat sur la liturgie entre Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, et le Père Gouze, dominicain. Ce débat s’est déroulé dans le cadre de l’émission « La foi prise au mot » sur KTO, avec Régis Brunet à l’animation. Mgr Marc Aillet est évêque de Bayonne, Lescar et Oloron et membre de la Communauté Saint-Martin. Il est notamment l’auteur de « La Liturgie de l’Esprit » aux éditions Artège. Le père André Gouzes, dominicain, est compositeur de la Liturgie chorale du peuple de Dieu et Directeur du Centre de formation à la liturgie et au chant sacré de l’Abbaye de Sylvanès dans l’Aveyron, qu’il a restaurée. Les propos tenus ne sont pas forcément partagés par ce blogue. Mais il nous a paru intéressant de livrer ce débat à la connaissance de nos lecteurs.

[Pierre de Bellerive - Nouvelles de France] A Rome le Pape n’est pas seul à vouloir le retour de la Fraternité Saint Pie X

SOURCE - Pierre de Bellerive - Nouvelles de France - 30 mai 2012
Alors que Monseigneur Fellay, supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, poursuit les discussions avec Rome en vue d’une probable réintégration, en discutant ça et là avec des prélats, qu’ils soient prêtres ou qu’ils aient le titre de « monseigneur » et même avec des cardinaux, on se rend compte que le Saint-Père n’est pas le seul à vouloir réintégrer la Fraternité Saint Pie X. Aucun nom ne sera cité lorsque les propos rapportés sont issus de conversations privées.

« Je prie tous les jours pour la réconciliation », me confie un « monseigneur » d’un dicastère romain et secrétaire d’un cardinal. « Ils ont beaucoup à apporter à l’Eglise », me déclare un autre. « Il est nécessaire d’aider le Saint-Père dans cette tâche », me lance un troisième, ami personnel du Saint-Père. Les exemples sont légions de personnes qui, au Vatican, souhaitent, au moins aussi ardemment que le Saint-Père, que la Fraternité fondée par Monseigneur Lefebvre soit réintégrée dans la « pleine communion ».

Dans sa volonté de retrouver la FSSPX dans une parfaite communion avec Rome, Benoît XVI peut également compter sur le soutien de nombreux cardinaux. L’un d’entre eux, relativement jeune, chef d’un dicastère et qui n’est pourtant pas spécialement proche de la Tradition et considéré comme un possible « papabile » m’a déclaré : « qui pourrait ne pas souhaiter que la Fraternité Saint Pie X soit réintégrée ? Bien sûr que je le veux, tout comme le Pape. » Un autre, plus « traditionnel » me déclare qu’il est « favorable à la Tradition » et qu’il « ne s’en cache pas ». Le Cardinal Burke, actuel Préfet du Tribunal suprême de la signature apostolique a également affirmé dans une interview donnée à Nouvelles de France qu’il « espère vivement que cette réconciliation aura lieu ». « Je connais certaines personnes de la Fraternité Saint Pie X et je sais que beaucoup peut et doit être fait pour cela ». Un quatrième prince de l’Eglise, très au courant du dossier estime devant moi qu’il faut « oublier le passé » et « privilégier l’unité ».

Cette liste n’est pas exhaustive et les exemples sont encore plus nombreux de membres de la Curie qui désirent, à la suite du Saint-Père, cette réconciliation et qui m’en ont fait part. Le fait est que Benoît XVI n’est pas isolé dans sa tour d’ivoire et n’est pas obnubilé par cette question. Il a cependant voulu faire de l’unité un axe majeur de son pontificat. Il a donc souhaité régler cette question et s’attaquer à un problème difficile, malgré les difficultés prévisibles et pour cela, il bénéficie du soutien de l’Eglise universelle et suscite l’admiration de prêtres, d’évêques et de cardinaux.

29 mai 2012

[SPO] Mgr Charles Morerod applique la réforme de la réforme

SOURCE - SPO - 29 mai 2012
Consacré à l’application du motu proprio Summorum Pontificum du pape Benoît XVI, ce blogue s’intéresse aussi aux questions touchant le monde dit « traditionaliste » et, plus largement encore, aux questions liturgiques.
 
C’est à ce titre notamment que nous avons publié, il y a plusieurs mois, plusieurs articles consacrés à la fameuse « réforme de la réforme », prônée par le cardinal Joseph Ratzinger et mise en application de façon encore timide par le Pape Benoît XVI et ceux qui tentent d’œuvrer dans son sens.
 
L’un des signes les plus manifestes de cette « réforme de la réforme », notamment aux yeux des assistants, même non instruits des questions liturgiques, est la célébration ad orientem. Elle est immédiatement perceptible, marque les esprits et les sensibilités, souligne un rapport étroit avec la Tradition de l’Église.
 
Le jeune évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Charles Morerod, de l’ordre de saint Dominique, a ainsi célébré la messe dans la forme ordinaire, le 24 mai dernier, en la fête de la translation de saint Dominique, en l’église saint Nicolas de Bologne, devant le corps du saint. C’est une bonne nouvelle de voir un évêque suisse mettre en acte lui-même ce point de la réforme de la réforme, en espérant qu’il l’étendra aux églises de son diocèse et lui adjoindra d’autres points importants, comme la communion sur les lèvres et à genoux, l’utilisation de la langue latine, le canon romain et la prière traditionnelle de l’offertoire.

[Abbé Michel Simoulin, fsspx] "Afin de rassurer ceux qui m’ont trouvé approximatif dans mon affirmation..."

Abbé Michel Simoulin, fsspx - mai 2012

Cet additif fait suite à l'éditorial du Seignadou de juin 2012 et complète les réflexions de l'éditorial de mai.

Afin de rassurer ceux qui m’ont trouvé approximatif dans mon affirmation que « Ce n’est donc pas sur une question doctrinale, ni sur celle du statut offert à la Fraternité, mais sur la date de la consécration de l’évêque accordé, que le processus s’est arrêté », j’ajouterai quelques précisions.

D’abord, il est notoire que la grande préoccupation de Mgr Lefebvre en 1987-1988 était celle de sa succession. Affirmer cela ne signifie pas qu’il n’avait pas d’autres préoccupations, doctrinales entre autres. Ses interventions répétées lors de la visite du pape à la Synagogue ou lors de la réunion d’Assise sont là pour en témoigner. Mais, âgé de plus de 80 ans, Monseigneur voulait passer le flambeau à un autre évêque apte à continuer son œuvre et son combat. Or, à l’époque, hormis Mgr de Castro-Mayer au Brésil, aucun évêque n’avait manifesté l’intention de le suivre. Donc, il fallait en consacrer un pris parmi ses prêtres. C’est cette éventualité annoncée lors de l’homélie des ordinations de 1987 qui avait provoqué la réaction de Rome. Et le Cardinal Ratzinger avait alors laissé entrevoir la possibilité de procéder à une telle consécration épiscopale. En témoigne cette lettre du 15 avril 1988 : « Le fait d’avoir un successeur dans l’épiscopat me réjouit vivement et j’en remercie le Saint-Père et vous-même. Un seul évêque aura bien de la peine à suffire à la tache, ne serait-il pas possible d’en avoir deux ou, au moins, qu’il soit prévu la possibilité d’en augmenter le nombre d’ici 6 mois ou un an? ».

Le protocole du 5 mai envisageait encore cette possibilité : « Pour des raisons pratiques et psychologiques, apparaît l’utilité de la consécration d’un évêque membre de la Fraternité. C’est pourquoi, dans le cadre de la solution doctrinale et canonique de la réconciliation, nous suggérons au Saint-Père de nommer un évêque choisi dans la Fraternité, sur présentation de Mgr Lefebvre. » C’est cet espoir d’obtenir un évêque qui a conduit Monseigneur à donner sa signature à un texte qu’il jugeait par ailleurs très insuffisant.

Cela, toutefois, demeurait une simple éventualité, sans plus. Et, ainsi qu’il l’indique dans sa lettre du 6 mai Monseigneur se souvenait des hésitations du cardinal à fixer une date pour cette consécration : « Les réticences exprimées au sujet de la consécration épiscopale d’un membre de la Fraternité, soit par écrit, soit de vive voix, me font légitimement craindre les délais. […] La déception de nos prêtres et de nos fidèles serait très vive. Tous souhaitent que cette consécration se réalise avec l’accord du Saint Siège, mais déjà déçus par les délais antérieurs, ils ne comprendraient pas que j’accepte un nouveau délai. Ils sont conscients et soucieux avant tout d’avoir de vrais évêques catholiques leur transmettant la vraie foi et leur communiquant d’une manière certaine, les grâces du salut auxquelles ils aspirent pour eux et pour leurs enfants. »

Ce n’était pas tant la date du 30 juin qui importait, mais la certitude de pouvoir procéder à cette consécration. C’est le sens de cette lettre écrite au cardinal le matin du 6 mai (une bombe, dit-il en la remettant à l’abbé du Chalard, chargé de la porter à Rome). Mgr Lefebvre voulait encore espérer une réponse positive, tout en étant quasiment assuré d’un refus, ce qui s’est vérifié. C’est donc bien Monseigneur qui a provoqué cette interruption des colloques, mais ce n’est pas lui qui l’a décidée. Cela explique qu’il s’en soit ensuite attribué la responsabilité. Le cardinal dans sa réponse a confirmé que Rome n’était pas décidé à accorder cet évêque, et mis fin aux colloques. Cela était prévu, envisagé, etc… mais quand il s’est agi de passer à l’acte, Rome s’est bel et bien dérobé. Il est facile de promettre, moins facile de tenir sa promesse, et Monseigneur a donc jugé qu’il ne pouvait pas prendre le risque d’attendre encore et de mourir peut-être sans successeur. Il a donc consulté les supérieurs de communautés religieuses amies, pris conseil auprès des uns et des autres, mais n’a pas jugé opportun de réunir le chapitre général de la Fraternité. La décision à prendre ne relevait que son rôle d’évêque, et nul ne lui a contesté de la prendre seul.

Dans ses dernières semaines de maladie, il disait être en paix. Alors qu’autrefois, lorsqu’il devait s’arrêter pour être hospitalisé, il était inquiet pour la suite, cette fois-ci il disait être tranquille : Maintenant, je suis en paix, tout est en place et tout fonctionne. Vous avez tout ce qu’il faut, séminaires, prieurés, et quatre évêques, vous n’avez plus besoin de moi.

Aujourd’hui, Rome a réhabilité nos quatre évêques. La crainte qu’avait Monseigneur Lefebvre en 1988 n’a donc plus lieu d’être. Devons-nous accepter ou refuser ce qu’il avait alors accepté ? Devons-nous être plus exigeants, moins exigeants ? Si nous acceptons ce que Monseigneur avait accepté, serons-nous prisonniers ou libres de continuer son œuvre et son action ? Si nous refusons, serons-nous fidèles à notre vocation première ?

C’est à nos supérieurs qu’il appartient de juger de cela et de décider. Quant à nous, le plus important est sans doute de prier et demeurer très unis derrière eux, fidèles et confiants. Réunis autour de la Vierge Immaculée, unanimes dans la prière comme l’étaient les Apôtres, il nous revient de prier pour tous nos supérieurs, le Pape en premier lieu et Mgr Fellay. Nous pourrons alors espérer que le Saint-Esprit pourra agir pour le bien de l’Eglise, non selon nos courtes vues humaines mais selon les vues de Dieu.

N.B. 1. Toute espèce d'autorité vient de Dieu, et de Dieu seul: Non est potestas nisi a Deo (Rom., XIII.) Oui, toute espèce d'autorité vient de DIEU: autorité sacerdotale, autorité royale, autorité législative, autorité judiciaire, autorité paternelle: Non est potestas nisi a Deo." (Mgr Gaume). Ce principe de l’origine de toute autorité a été fortement rappelé par Léon XIII (Immortale Dei) et par St Pie X (Notre charge apostolique), entre autres. Les sujets peuvent bien désigner la personne qui recevra de Dieu l’autorité, mais ne peuvent lui donner cette autorité qui ne leur appartient pas. Ce principe qui s’applique à la société civile, s’applique aussi à l’Eglise, et donc aussi à toute société religieuse ou sacerdotale, comme à toute famille ? Un Conclave, un chapitre général pourra bien désigner celui qui gouvernera la communauté qu’il représente, mais ne peut lui donner l’autorité sur celle-ci, ni la lui retirer, ni prétendre avoir plus d’autorité que lui. Pas plus que le Pape n’est soumis au Concile, un supérieur religieux n’est soumis à son chapitre ou un père de famille soumis à ses enfants. Ce serait renouveler l’hérésie conciliariste qui veut que le concile ait plus d’autorité que le pape, principe de toute révolution qui se retrouve dans la collégialité conciliaire, et qui pourrait séduire nos esprits prompts à toute contestation. Que Dieu nous en préserve.

N.B. 2. Puis-je encore ajouter, comme l’a fait mieux que moi Pie XII (Mystici corporis) que l’Eglise n’est pas une réalité désincarnée, purement spirituelle ou « pneumatique ». L’Eglise prolonge le mystère du Verbe Incarné et, si sa réalité divine est la source de tous ses privilèges de sainteté, elle vit dans l’ordre de l’Incarnation, blessée en ses membres humains. L’Eglise que nous servons et que nous aimons est l’Eglise telle qu’elle s’incarne aujourd’hui. Si nous admettons que Benoit XVI est le Pape, l’Eglise en laquelle nous croyons, que nous aimons, que nous servons est l’Eglise de Jésus-Christ dont le vicaire est Benoit XVI. Lorsque nous parlons d’Eglise conciliaire, nous désignons cette part humaine de l’Eglise infectée par le venin des idées conciliaires. Il ne peut s’agir de la Sainte Eglise catholique, que nous aimons et voulons dépouiller de cette « croûte » humaine malsaine, pour lui rendre son visage, reflet du visage du « beau Dieu » Jésus-Christ.

[Louis-Marie Lamotte - blog Contre-Débat] La crise de l'Eglise vue par un journaliste chrétien

SOURCE - Louis-Marie Lamotte - blog Contre-Débat - 29 mai 2012

Le 22 mai 2012, Patrice de Plunkett réagissait sur son « bloc-notes d’un journaliste chrétien » à la publication d’une inquiétante enquête conduite par le diocèse de Moulins par un article intitulé « Crise du catholicisme en France : oui, elle est radicale. Mais qu’on ne se trompe pas de diagnostic[1] ! » L’auteur expose donc tout d’abord le diagnostic qu’il juge faux, puis celui qu’il juge vrai, avant de proposer à grands traits ce qui lui semble être la solution à la crise de l’Eglise.

Le refus du diagnostic « tradi » : catéchèse et liturgie
Le diagnostic que refuse Patrice de Plunkett est celui selon lequel l’effondrement contemporain du catholicisme français résulterait avant tout d’une rupture dans la transmission de la doctrine chrétienne. Il reconnaît sans contredit les dommages occasionnés par la nouvelle catéchèse, mais semble réduire les travers de celle-ci au choix d’une mauvaise pédagogie : « aligner l'enseignement de la foi sur les utopies de la pédagogie spontanéiste, c'était fabriquer une génération de catholiques ignorant le christianisme », écrit-il ainsi, à juste titre assurément, mais en négligeant peut-être un peu trop les omissions plus ou moins délibérées des programmes et manuels catéchétiques en question, alors que ces omissions n’ont pas une portée seulement pédagogique[2]
 
Quant aux évolutions de la liturgie, il nie catégoriquement qu’elles aient quelque part que ce soit à la crise actuelle : voir dans la « nouvelle liturgie » l’une des causes de la faillite pastorale de l’Eglise de France est ainsi une « illusion des tradis ». Une affirmation si péremptoire est surprenante, d’autant plus que sur le chapitre de la catéchèse, Patrice de Plunkett invoque l’autorité du cardinal Ratzinger, dont il mentionne les admonestations de 1983. Or le même cardinal Ratzinger n’hésitait pas à déclarer que « la crise ecclésiale dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui dépend en grande partie de l'effondrement de la liturgie, qui souvent est carrément comprise « comme si Dieu n'existait pas », comme si n'avait plus d'importance le fait que Dieu soit là, qu'il nous parle et nous écoute[3]. » Le cardinal Ratzinger était-il alors victime d’illusions de tradis ? Devenu Pape, il parlait encore de « déformations à la limite du supportable ». Si Benoît XVI ne met pas en cause le nouveau rite de la messe en tant que tel, il en réprouve sans équivoque la mise en œuvre telle qu’elle s’est effectuée en un certain nombre de paroisses. Le problème est ici que le journaliste, qui se veut particulièrement fidèle au Successeur de Pierre et ne manque jamais de le faire savoir, en parlant de « nouvelle liturgie », ne procède à aucune distinction et utilise une expression générale qui le conduit à nier l’existence de ce qui constitue pourtant le lot de bien des paroisses françaises et que les partisans de la célébration en latin de la messe de Paul VI appellent avec raison la « forme infra-ordinaire » d’un rite qui n’a plus grand-chose de romain. Or il paraît difficile de soutenir que les messes où les rubriques sont systématiquement bafouées, où chansonnettes et guitares remplacent les trésors du chant sacré catholique et la richesse du silence, et où surtout la Présence de Notre-Seigneur au Saint-Sacrement de l’autel est constamment traitée avec la plus scandaleuse désinvolture, n’ont pas lourdement contribué à ruiner la transmission de la doctrine chrétienne. Lex orandi, lex credendi, dit l’adage : la loi de la prière est la loi de la foi. Un tel silence conservé sur l’état réel de la liturgie dans les paroisses ou dans les aumôneries[4] est assez surprenant ; nous y reviendrons.
Le véritable mal et les vraies solutions
Ce n’est donc cependant pas là qu’il faut chercher selon Patrice de Plunkett les causes de la crise de l’Eglise. « La situation actuelle, nous dit-il, s'explique aussi par un phénomène de société. » On ne saurait lui donner tort, et il a vraisemblablement raison lorsqu’il écrit que les comportements sont aujourd’hui « formatés en profondeur » par le matérialisme mercantile, jusqu’à l’intérieur de l’Eglise. C’est  encore avec raison qu’il déclare qu’un tel matérialisme, qui détourne l’homme de la considération de la vérité et de sa fin tant naturelle que surnaturelle, constitue un obstacle à l’annonce de l’Evangile.
 
La suite de la réflexion, en revanche, se révèle beaucoup plus critiquable. L’auteur s’emploie en effet à dénoncer les formations proposées par les traditionalistes, imités, nous dit-il, par les « classiques », qui ne débouchent que sur le « rabâchage des fausses vérités poussiéreuses de la Cité catholique des années 1960. Ou sur de laborieuses dissertations où l'on justifie le néolibéralisme par la scolastique médiévale... » Quelles sont ces « fausses vérités poussiéreuses », qui s’est rendu l’auteur de laborieuses justifications du néolibéralisme par la scolastique médiévale, Patrice de Plunkett ne nous le dit pas ; il ne cite aucun discours précis et ne donne aucune référence. Le problème tient à ce que les travers dénoncés sont certes, surtout dans le second cas, objectivement condamnables, mais que le discours échappe en fait à toute contestation, de même qu’il échappe à toute vérification : le lecteur est tenu de croire que les traditionalistes, suivis par les classiques, sont d’acharnés partisans du néolibéralisme économique le plus sauvage, « visiblement branchés sur autre chose que sur le Magistère », ajoute Patrice de Plunkett en note. Dans le cas même où cela serait vrai, ce qui reste douteux cela demanderait au moins d’être démontré : or l’on ne trouve là que des accusations générales.
 
« Dans ces conditions, dit encore le journaliste, « se former » signifie se saturer l'esprit de fables du XIXe siècle. » Là encore, le lecteur ne saura pas quelles sont ces fameuses fables, et surtout l’on voit mal quel est leur rapport avec le néolibéralisme dénoncé plus haut – à juste titre du reste. En effet, puisque l’auteur s’en prend ici aux traditionalistes, il est probable qu’il fasse allusion au courant intransigeant : or ce dernier se caractérisait précisément par son refus du libéralisme sous toutes ses formes. La « contre-révolution irréconciliable » d’Albert de Mun est aussi celle qui s’est efforcée de secourir les ouvriers et de leur apporter l’Evangile, en un mot celle du catholicisme social qu’invoque à la fin de son texte Patrice de Plunkett. L’historien Yvon Tranvouez rappelle ainsi c’est dans le Syllabus de Pie IX, « fable » par excellence du catholicisme intransigeant du XIXe siècle, si l’on peut dire, qu’il faut chercher les origines de la doctrine sociale de l’Eglise[5].
 
Le journaliste propose de mettre en cause le système économique néolibéral. C’est une ambition louable et que nous partageons sans peine. Mais la partager interdit précisément d’approuver certains passages de l’article. « On ne touche le cœur de l'homme que si l'on partage ses soucis et ses angoisses », déclare par exemple l’auteur. Une telle affirmation est déjà contestable du point de vue de l’Evangile, car, si le Verbe de Dieu a bel et bien assumé toute notre condition excepté le péché, le Christ a déclaré aux apôtres : « Vous pleurerez et vous vous lamenterez, tandis que le monde se réjouira ; vous serez affligés, mais votre affliction se changera en joie » (Jn XVI, 20). Le chrétien, parce qu’il n’est pas du monde, ne peut donc en partager toutes les préoccupations. Mais au-delà du caractère discutable de l’affirmation du journaliste du point de vue de l’enseignement du Christ, de tels propos devraient précisément nous amener, non pas seulement à remettre en cause le système économique actuel, mais aussi à l’approuver, car il se trouve bien des hommes dont le plus grand souci est de le maintenir, et de vivre dans le matérialisme mercantile que Patrice de Plunkett a raison de dénoncer.
La restauration, voilà l’ennemie
L’article se rend en fait irréfutable à force d’imprécision et semble témoigner ainsi de ce mépris dans lequel l’on tient ordinairement les « tradis » : que la Cité catholique n’a produit que des vérités poussiéreuses, cela ne se démontre pas ; il suffit de l’affirmer pour que cela soit vrai. Le « tradi » est celui avec qui l’on ne discute pas, tout simplement parce qu’il ne mérite pas même que l’on discute avec lui ; c’est un attardé dont les idées sont fausses par définition ; d’autres ajouteront très doctement qu’il est demeuré à l’écart du renouveau biblique et patristique du milieu du XXe siècle – ce qui ne se discute pas non plus : car c’est bien connu. Les intransigeants du XIXe siècle, la Cité catholique des années 1960 avaient tort, la cause est donc finie avant même d’avoir été entendue ; point n’est besoin d’arguments pour le prouver – c’est évident, ou du moins cela doit l’être. Celui qui ne l’a pas compris est non moins évidemment borné dans sa nostalgie du XIXe siècle et dans sa volonté de restauration de l’Eglise et de la société chrétienne. 
 
En effet, écrit Patrice de Plunkett, il s’agit pour lui non d’aider le catholicisme français « non à « survivre », encore moins à se « restaurer », mais à se réinventer à travers l'Evangile ». La restauration, voilà l’ennemie, et voilà qui explique peut-être l’indulgence du journaliste pour la « nouvelle liturgie », dont la mise en cause est si souvent la marque des restaurationnistes.  
 
C’était pourtant Notre-Seigneur lui-même, comme le rappelait le Saint-Père lors de l’audience générale du 27 janvier 2010, qui demandait à saint François d’Assise : « Va, et répare mon église qui est en ruine. »  « Immédiatement, commente Benoît XVI, saint François est appelé à réparer cette petite église, mais l'état de délabrement de cet édifice est le symbole de la situation dramatique et préoccupante de l'Eglise elle-même à cette époque, avec une foi superficielle qui ne forme ni ne transforme la vie, avec un clergé peu zélé, avec un refroidissement de l'amour ; une destruction intérieure de l'Eglise qui comporte également une décomposition de l'unité, avec la naissance de mouvements hérétiques[6]. » 
 
On aurait donc certainement grand tort d’opposer restauration et renouveau de l’Eglise. « Et Dieu donnera la victoire », disait sainte Jeanne d’Arc, patronne secondaire de la France. Si les enfants de l’Eglise s’efforcent de la réparer comme saint François, de la restaurer fidèlement lorsqu’ils la trouvent en ruine, le Saint-Esprit saura bien insuffler dans leurs petites œuvres le vrai renouvellement selon l’Evangile, bien mieux sans doute que la dénonciation plus que rabâchée du rabâchage.

Louis-Marie Lamotte

[1] plunkett.hautetfort.com
[2] Par exemple, dans le catéchisme Pierres vivantes, approuvé par l’épiscopat français, la messe est ainsi définie : « Les chrétiens se rassemblent pour célébrer l’Eucharistie. C’est la messe… Ils proclament la foi de l’Église, ils prient pour le monde entier, ils offrent le pain et le vin… Le prêtre qui préside l’assemblée dit la grande prière d’action de grâces… » Dans une telle définition, le saint sacrifice et la transsubstantiation ne sont pas seulement mal expliqués, mais ils sont passés sous silence de telle sorte qu’il est difficile de ne pas y voir une omission volontaire.
De plus, la pédagogie spontanéiste a probablement en elle-même une portée doctrinale, en tant qu’elle fait la chasse aux certitudes et consacre le primat de l’expérience personnelle sur la Révélation et l’enseignement de l’Eglise.
[4] Lorsque l’on envisage le rôle des pratiques liturgiques dans la transmission de la foi, on néglige trop souvent les aumôneries des collèges et des lycées ; or les messes qui y sont célébrées, même dans les diocèses où la liturgie paroissiale, quoique éloignée des prescriptions romaines, conserve une relative tenue, sont souvent l’occasion de débordements en tous genres.
[5] Yvon TRANVOUEZ, Catholiques d’abord. Approches du mouvement catholique en France (XIXe-XXe siècle), 1988, p. 16
[6] vatican.va

[Gérard Leclerc - Morgan Bourven - atlantico.fr] Ce que l'affaire Vatileaks nous apprend sur un retour possible des intégristes dans l'Eglise dans les prochaines semaines

SOURCE - Gérard Leclerc - Morgan Bourven - atlantico.fr - 29 mai 2012

Parmi les sujets qui nourrissent la polémique récente sur les "Vatileaks", les négociations entre le pape et les lefebvristes pour leur réintégration au sein de l'Eglise catholique. Leurs chefs seraient en plein désaccord, risquant une explosion de la fameuse Fraternité Saint-Pie X.
Atlantico : 24 ans après l'excommunication de Mgr Lefebvre et la séparation entre le Vatican et la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, où en sont les négociations pour leur rassemblement ?
Gérard Leclerc : Nous sommes dans l’attente d’une réponse de Rome. Le pape a fait savoir qu’il désirait une discussion de fond sur la doctrine de la foi avec les représentants de la fraternité Saint-Pie X afin d’aller au bout des désaccords. Il s’agit de faire le point sur les points de mésententes entre ces différentes visions. Au terme de ces discussions, un document a été remis à la fraternité Saint-Pie X, spécifiant ce que Rome exige pour un retour de ces derniers dans la pleine communion de l’Eglise.

La fraternité Saint-Pie X, dans un premier temps, a refusé de signer. Elle a réclamé des explications. Aux dernières nouvelles, il semble malgré tout qu’il y ait eu un pas en avant extrêmement important de franchit vers une solution. Ce serait un progrès tout à fait décisif. Mais pour qu’il soit reconnu, il faut que la Congrégation de la doctrine de la foi, à Rome, se soit réunie pour valider un accord. Une décision qui se fait de plus en plus imminente.

Un autre problème se greffe là-dessus : les désaccords au sein de la fraternité elle-même. Monseigneur Fellay est en désaccord avec les trois autres évêques qui la dirigent et qui restent fermement opposés à cet accord, comme le révèlent des lettres internes qui ont récemment fuité sur le site Riposte catholique. Ils craignent que cela implique en réalité un alignement total sur ce qu’ils appellent l’Eglise conciliaire.

On peut s’interroger sur un éventuel ralliement de monseigneur Fellay à Rome. Dans ce cas, ses troupes le suivraient-elles dans cette direction ? Ce pourrait être une rupture au sein même de la fraternité. Dans cette hypothèse, il est très difficile de dire dans quelle proportion il parviendrait à mobiliser des personnes qui pourraient écouter les autres évêques responsables, qui restent très influents. Les propos tenus à ce sujet par plusieurs responsables français ont montré qu’il y avait de fortes résistances dans les places fortes du lefebvrisme.
Mgr de Galarreta, Tissier de Mallerais et Williamson seraient donc les trois évêques très réservés sur cet accord et opposés à la position de Mgr Fellay. Ont-ils les moyens de faire échouer l’accord ?
Dans l’immédiat, il semble que monseigneur Fellay est très déterminé à signer un accord. J’ai le sentiment que même si les trois autres évêques s’y opposent, cela ne l’arrêtera pas. Il est par contre possible, comme je l’ai dit, que la fraternité éclate.
A-t-on des éléments sur le Préambule doctrinal, présenté en septembre 2011 par le Vatican pour exprimer ses exigences ? Sait-on sur quels points il porte ?
Le secret continue de régner sur ce document, de part et d’autre. Il devrait tomber très bientôt. Il est vraisemblable que monseigneur Fellay manifeste sa bonne volonté en reconnaissant toute l’autorité du magistère, aussi bien dans son expression conciliaire que dans son expression papale. C’est tout l’enjeu du désaccord avec la fraternité qui continue de publier des textes dans lesquels elle sous-entend que le magistère a été suspendu depuis le Concile Vatican 2. Le Pape s’est pourtant exprimé depuis sur des textes importants.
Pourquoi Benoît XVI s’investit-il à ce point en faveur d’une réconciliation ?
La première raison, c’est que pour un pape, il n’est pas possible d’admettre une telle division. Le départ d’une partie, aussi restreinte soit-elle, de la communauté catholique, est une forte perte. Le pape doit mettre toute ses forces pour empêcher une scission définitive.

La seconde raison, c’est que le pape considère que la discussion avec les traditionalistes est un moyen pour l’Eglise de faire son miel. C’est-à-dire que ces derniers posent de vraies questions, même s’ils n’y apportent pas les bonnes réponses. Exemple : la liturgie. La réforme liturgique telle qu’elle a été amorcée par Vatican II pose problème sur un certain nombre de plans. Plusieurs personnes réclament d’ailleurs une réforme de la réforme. Les résultats effectifs et concrets de cette réforme ne sont pas aboutis. La discussion avec les traditionalistes permet de revenir sur le fond sur de telles questions.

En sait-on plus sur ce que révèle le fameux Vatileaks au sujet des tractations entre le pape et les intégristes ?

Je présume que les efforts du pape envers les lefebvristes ne font pas l’unanimité au sein de la Curie. Certains doivent considérer que l’on va trop loin. D’autres, d’ailleurs, doivent estimer que cela ne va pas assez vite. Il y a des dysfonctionnements au sein de l’administration du Vatican. C’est ce qu’a révélé la levée des excommunications : le responsable de la négociation à l’époque n’avait pas dit la vérité au pape. Il avait caché le négationnisme de Williamson. C’était une grave faute qui montre que certains cadres du Vatican n’assument pas leurs fonctions et ne transmettent pas toute la vérité au pape. Cela a de fait un effet négatif sur l’autorité du pape.

Propos recueillis par Morgan Bourven

[Vincent Pellegrini - blog] Embrouillamini clérical

SOURCE - Vincent Pellegrini - son blog - 29 mai 2012

Toujours l’affaire Rome-Ecône qui semble quelque peu prendre l’eau. Le Vatican avait déjà été refroidi par la diffusion malveillante d’une lettre qui aurait dû rester secrète mais qui a été divulguée pour nuire à l’accord annoncé pour la Pentecôte. Il s’agit de la lettre dans laquelle trois évêques de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (Tissier de Mallerais, Williamson et Galarreta) disent à leur supérieur général Mgr Fellay qu’ils sont opposés à un accord. La lettre de réponse de Mgr Fellay, qui est pour un accord, a elle aussi été divulguée. Dans sa réponse, Mgr Fellay se demande si les trois évêques tiennent encore le pape pour légitime et il défend Benoît XVI. Résultat, lors de la session ordinaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi, il a été demandé que les cas des trois évêques réfractaires soient traités séparément du statut de Mgr Fellay, lequel serait seul «sauvé». Toujours lors de cette session de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a été examiné le préambule doctrinal clarifié par Mgr Fellay. Certains évêques et cardinaux opposés à un accord Rome-Ecône ont demandé un approfondissement doctrinal supplémentaire. Résultat: selon la salle de presse du Saint-Siège de nouvelles discussions devront donc avoir lieu et il ne faut plus s’attendre à une solution rapide de l’affaire. Vendredi dernier, les avis de la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui ont une valeur consultative et non obligatoire pour le pape, ont été remis à Benoît XVI. C’est entre ses mains et entre ses mains seules que repose désormais la solution. On sait que c’est Benoît XVI qui voulait rapidement une réintégration d’Ecône dans les structures de l’Eglise. Mgr Fellay veut aussi une conclusion rapide car il a compris le pape et car il dit craindre qu’une partie de la Fraternité parte dans un «vrai schisme». De plus, il doit affroner en juillet le chapitre général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X et il risque des attaques de la part de ceux qui sont opposés à l’accord. Il faut dire que le supérieur du district de France de la Fraternité (qui pèse près de la moitié du mouvement d’Ecône) s’est lui aussi déclaré opposé à l’accord. Bref, le Saint-Esprit aura bien du travail pour remettre Ecône dans le périmètre visible de l’Eglise.

28 mai 2012

[Abbé Simoulin, fsspx] Au prêtre inconnu.

Abbé Simoulin, fsspx - 28 mai 2012

En réponse aux "Réflexions sur un éventuel accord pratique avec les autorités romaines"
Cher confrère que j’ai l’impression d’avoir reconnu,

N’ayez crainte, je n’ouvrirai pas une polémique publique avec vous. Je regrette trop que vous ne m’ayez pas adressé personnellement vos réflexions. C’eût été plus courtois mais je ne m’arrêterai pas sur un détail d’une civilité qui devrait vous être naturelle.

Je relève simplement le fait que, comme cela se fait trop souvent dans d’autres milieux que le nôtre, vous commentez quelques phrases isolées, extraites de leur contexte, ce qui permet de leur donner une interprétation non conforme à l’ensemble du discours.

Je crois connaître un peu la philosophie et la théologie : elle m’ont été enseignées par MM. Les abbés Tissier de Mallerais et Williamson… avant leur élévation à l’épiscopat. J’ai même enseigné quelque peu ces disciplines, et j’avoue m’en nourrir encore assez régulièrement. Loin de moi, donc, l’idée de les mépriser. J’ai aussi produit un certain nombre d’études sur Jean XXIII, le Concile, l’enseignement des Papes et le Nouveau Catéchisme qui pourraient vous rassurer sur ma connaissance de ces erreurs que nous combattons, vous et moi.

Mais l’esprit de la théologie et de la philosophie m’a été enseigné surtout par Mgr Lefebvre dans ses leçons sur les actes du Magistère et dans ses conférences spirituelles. Les dernières qu’il donna aux séminaristes en 1989, sur la somme théologique comme source de spiritualité demeurent bien présentes à ma mémoire un peu comme son testament théologique et spirituel. J’ai conservé de lui encore ce qui lui tenait tant à cœur : l’esprit romain et l’amour de Rome.

Cela dit, il est vrai que j’ai un esprit plus littéraire qu’analytique, et que mes prédications ou mes éditoriaux se ressentent de cela. Pour me comprendre, il faut donc lire ou écouter tout l’ensemble avant de revenir sur une partie du discours, pour en saisir le sens exact, plutôt que de l’analyser indépendamment du reste. Isoler une phrase, c’est me faire dire le contraire de ce que je pense.

Manque de rigueur intellectuelle, me direz-vous ; d’autres disent que je n’ai plus toute ma santé ni mon discernement…ce qui permet de ne pas argumenter ! Bref, je me rassure à la pensée que les esprits simples me comprennent, et c’est à eux que je m’adresse, non aux théologiens, ni aux intellectuels.

Comme St Thomas d’Aquin, je préfère la foi de cette bonne « vetula » qu’il aimait tant, cette « pauvre et sainte femme qui aurait une charité plus excellente qu’un théologien sans vertu »… celle dont il nous dit encore : « Une petite vieille en sait bien plus de ce qui se rapporte à la foi que tous ces philosophes... La foi peut beaucoup plus que la philosophie ; par conséquent, si la philosophie s’oppose à la foi, on ne peut l’accepter. Ainsi Colossiens 2, 8 et 19 « Veillez à ce que personne ne vous trompe par l’emprise de la fausse philosophie ou ne vous séduise en voulant la vaine gloire qui est aveugle, en déambulant en vain sous l’esprit de sa propre chair, sans en tenir la tête, c’est-à-dire le Christ. » (Sermon Attendite a falsis)

Croyez à ma fidèle amitié sacerdotale et à ma prière

Abbé Michel Simoulin

[AFP - Le Parisien] Les "lefebvristes" fustigent les "modernistes" à Orléans

SOURCE - AFP - Le Parisien - 28 mai 2012

Les catholiques ultra-traditionalistes ont achevé leur pèlerinage de Pentecôte à Orléans lundi, en rendant hommage à leur seconde patronne Jeanne d'Arc et en fustigeant les "sceptiques" et les "modernistes". Venus en cars de Villepreux (Yvelines) où, partis de Chartres, ils avaient bivouaqué dimanche après une de 80 km en deux jours, les fidèles de Mgr Marcel Lefebvre, hostiles au concile Vatican II, ont assisté à une grand-messe célébrée par l'abbé Régis de Cacqueray, supérieur du district de .

Installés sur l'île Charlemagne, habituellement réservée à une aire de loisirs, ils ont réaffirmé avec force, et des visages et mollets rougis par trois jours d'un soleil brûlant, leur fidélité à la tradition d'avant 1962. Quelque 6.000 personnes, selon les organisateurs, s'étaient regroupées en chapitres selon leurs régions ou pays, encadrées par 100 prêtres de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), créée en 1973 par Mgr Lefebvre à Ecône en Suisse. Dimanche, Mgr Bernard Fellay, qui a repris le flambeau et n'a pas caché son désir de réintégrer la grande famille de l'Eglise catholique, dont la fraternité est coupée depuis 1988, avait eu des mots apaisants quoique prudents.

Lundi, l'abbé Régis de Cacqueray a durci le ton vis-à-vis de ceux qui ne sont pas fidèles à la Vérité, qui, pour la FSSPX, prime sur toutes les autres religions, alors que Vatican II (1962-1965) prône l'oecuménisme et le dialogue interreligieux. "En ces temps d'apostasie, il faut aimer la vérité", a lancé l'abbé dans son homélie. "Elle s'oppose au relativisme, au scepticisme, au subjectivisme". "Le sceptique, dans son incapacité à atteindre la vérité, se réfugie au-dessus des questionnements fondamentaux. Il vit dans une sorte d'hébétude qui se satisfait des lieux communs. Il vit sa vie au gré des modes". Citant l'exemple de Jeanne d'Arc, l'abbé de Cacqueray a affirmé que "si elle n'avait pas cru à ses voix, elle aurait pu éviter sa atroce, et nous serions tous protestants". "Si Mgr Lefebvre avait été moins amoureux de la foi catholique, il aurait peut-être pu éviter l'excommunication", a-t-il ajouté. Enfin, le supérieur du district de France de la FSSPX n'a pas manqué de recommander une stricte observance dans les comportements, les loisirs et les tenues vestimentaires. On pouvait d'ailleurs compter sur les doigts d'une main les femmes portant un pantalon, inconvenant pour les ultra-traditionalistes.

[Abbé de Cacqueray, fsspx] Pèlerinage de Chartres à Orléans - Sermon du 28 mai 2012

SOURCE - Abbé de Cacqueray, fsspx - Pèlerinage de Chartres à Orléans - 28 mai 2012

Au Nom du Père, du Fils et du Saint
Chers Messieurs les abbés,
Mes bien chers fidèles,
 
Avant de commencer mon sermon, je voudrais me tourner vers Monsieur l’abbé Morgan, supérieur du district de Grande-Bretagne, qui a bien voulu accepter d’être  diacre à cette messe. Je le remercie de son « fair-play » pour être avec nous, aujourd’hui. Je remercie la Sainte Eglise Catholique, seule puissance capable d’éteindre les querelles dans les cœurs des hommes et de pouvoir les réunir malgré les dissensions politiques du passé. Je veux également à titre très particulier remercier tout spécialement l’équipe dirigeante du pèlerinage qui, en plus de toute l’activité déployée chaque année pour son organisation habituelle, s’est en plus occupée de prévoir ce grand déplacement jusqu’ici. Il est vrai que nous sommes déçus de ne pouvoir achever notre pèlerinage dans le cœur même de la ville d’Orléans. Mais « Tout est grâce », chers pèlerins. Peut-être qu’en 2031, quand le pèlerinage reviendra pour fêter le sixième centenaire du « dies natalis » de Jeanne, nous serons dans la cathédrale ! Consolons-nous d’ailleurs de nous trouver en cet endroit car notre chère Jeanne est venue ici et c’est même de ce lieu qu’elle s’est hâtée pour reprendre les premières bastilles anglaises, à commencer par celle de saint-Jean-le-Blanc, avant d’entreprendre le siège victorieux de la bastille des Tourelles. Positionnons-nous, tout comme elle, au cours de cette messe de clôture de notre pèlerinage, pour nous remplir de l’esprit de notre sainte et pour nous élancer courageusement sur les voies de la sanctification chrétienne.  
I) Toute la vie de Jeanne s’explique d’abord par sa foi à l’égard de ceux qui furent  envoyés du ciel vers elle :
Mais d’où viennent justement, cette grandeur, cette beauté, cette pureté que l’on admire dans la vie de sainte Jeanne d’Arc, et qui nous attirent tellement que nous nous sommes retrouvés ici, si nombreux,  pour la célébrer?
 
C’était certes une enfant privilégiée, douée d’un ensemble de qualités naturelles peu communes. Elle se distinguait parmi ses compagnes par cette même piété que l’on remarquait chez sa mère. Son intelligence, son équilibre, sa et sa modestie se révélaient et l’on sentait, avec les années qui venaient, ces qualités qui s’épanouissaient vigoureusement et laissaient augurer l’apparition de l’une de ces personnalités féminines si belles et si pures qui ont toujours fait honneur à la chrétienté, qui sont le bonheur des familles et des sociétés catholiques.
 
Cependant nous comprenons bien que toutes ces vertus, aussi admirables qu’elles soient, ne suffisent pas à expliquer ce qui élève notre chère Jeanne au-dessus de toutes les autres femmes de France.
 
A l’origine de cette existence, se trouve en réalité une enfant qui a été mystérieusement élue par Dieu, entre toutes, pour être l’instrument du salut de son pays. De son éternité bienheureuse, Dieu l’a choisie et Il lui a envoyé des anges et des saints du Ciel, et trois d’entre eux plus spécialement, pour lui enseigner la mission à laquelle Il la destine, l’instruire de son grand dessein sur elle. Et voilà que cette adolescente écoute ces secrets divins et cette stupéfiante mission que Dieu, de toute éternité, a décidé de lui confier.
 
En face de ces envoyés qui lui viennent du Ciel, notre chère Jeanne ressemble tant à  la très  sainte Vierge Marie, lorsque, âgée de quinze ans, cette dernière reçut la visite de l’ange Gabriel ! Tant de similitudes de l’une à l’autre pour accueillir dans le secret de leur intérieur, dans la piété de leur âme et dans la vive générosité de leur cœur, les plans cachés de la sagesse divine ! Ce qu’elles ont d’abord en commun, toutes les deux, c’est d’avoir cru à la parole qui leur venait du Ciel.
Notre chère Jeanne a cru à la vérité que Dieu venait lui dire par l’intermédiaire de ses anges et de ses saints. Elle a cru que la grande pitié dans laquelle se trouvait le royaume de France n’était certes pas indifférente à Dieu. Sans doute, nous ne pouvons le voir tant que nous sommes sur la terre, mais, de son éternelle  demeure, Il regarde et se trouve parfaitement attentif à  tout ce qui se passe ici-bas et jusqu’au plus profond de chaque conscience. Notre chère Jeanne a donc cru qu’il y avait une terrible injustice en ce que le dauphin de France ne règne pas sur la France et que Dieu voulait que ce dauphin cessât de douter de sa filiation et de sa légitimité et fût sacré à Reims. C’était à lui et à personne d’autre qu’il appartenait de régner sur la France. Elle le crut, tout simplement, dans l’humilité de son âme. Malgré toute l’adversité et tous les renoncements qu’elle pressentit, elle n’hésita pas à prononcer son « fiat » et à  vouer les années de son existence qui allait être si brève à accomplir la volonté que Dieu lui avait fait connaître pour le salut de sa patrie.
II) Imitons notre sainte Jeanne dans l’amour de la vérité poussé jusqu’à l’oubli de nous-mêmes :
C’est pourquoi, je voudrais donc exalter, de notre chère Jeanne, au-delà de la délivrance d’Orléans et de ses plus magnifiques chevauchées, au-delà même du sacre de Reims et de la reconquête de notre patrie, et par opposition à toute l’incrédulité moderne, c’est son amour de la vérité, c’est cette ferme croyance aux voix qu’elle avait entendues. Et ces voix  étaient vraies et ces voix lui venaient de Dieu. Seul cet attachement radical à la vérité procure la grande lumière pour saisir ce que fut son existence. Il se passa quelque chose dans son enfance qu’elle n’avait ni souhaité ni jamais imaginé et à laquelle elle n’aurait jamais pensé. Ce sont ces anges et ces saints qui vinrent la trouver et lui parler pour l’instruire et lui dire ce que le Roi du Ciel attendait d’elle. Ce sont ces voix qui lui dirent la grande et unique mission qu’elle aurait à accomplir. Notre chère Jeanne n’avait rien demandé mais elle ne se crut pas en droit de refuser à Dieu ce que Dieu lui demandait par l’entremise de l’archange et des saintes.
 
« Mais Jeanne ! Te rends-tu compte de ce qui t’attends si tu leur dis « oui » ? Mais si je leur dis « non » ; n’est-ce pas à Dieu que je désobéis ? »
 
La fillette se laissa éduquer par les anges et par les saints à cette mission redoutable. Dans le silence de son cœur d’enfant, elle se laissa former à l’école de l’archange saint Michel, de sainte Marguerite et de sainte Catherine. Elle aurait certes préféré demeurer auprès de sa mère plutôt que de partir sur la route avec des soldats, filer doucement la laine  plutôt que de conquérir des citadelles mais elle croyait à ses voix. Qu’y pouvait-elle ? Elle savait que se voix ne l’avaient pas trompée et la volonté de Dieu s’imposait à elle. Elle partit sur les routes de France pour mener à bien son auguste mission.
 
Elle reçut ces vérités que le Bon Dieu lui a demandé de faire triompher et elle s’élança sans regarder en arrière. Le service de ces vérités lui demandait de supporter d’immenses sacrifices, de mener une vie errante au milieu de troupes de soldats, d’être esquintée dans la guerre par de multiples blessures, d’être ignominieusement insultée, de faire l’objet d’inimitiés et de haines implacables jusqu’à son procès et jusqu’au bûcher du Vieux Marché de Rouen. Tout cela parce qu’elle refusa de renier les voix qui lui avaient parlé de la part de Dieu ; tout cela parce qu’elle voulut, jusqu’à son dernier soupir, servir les vérités qui lui avaient été indiquées.
 
Regardons-la et essayons de comprendre un peu. Demandons-lui de nous aider à comprendre. Elle aime Dieu, elle aime Notre Seigneur Jésus-Christ par-dessus tout. Quand survient l’heure de la prière, elle se plonge et elle se perd dans une incomparable oraison où toute sa pensée, où toute son âme ou tous ses désirs sont grand ouverts à Dieu, à ses grands mystères, à la Vierge Marie, aux anges et aux saints. Notre chère Jeanne, elle vit littéralement en Dieu et sa vie est inexplicable si l’on ignore comme elle est d’abord emplie de Dieu. Et quand ce n’est pas l’heure de la prière et qu’elle doit s’occuper des grandes batailles qu’elle doit mener, son cœur est encore à Dieu qui sans cesse l’éclaire et la fortifie. Notre chère Jeanne, nous la voyons profondément humaine comme tous les saints du firmament chrétien mais profondément irradiée de la grâce divine qui l’illumine et illumine le monde. Notre chère Jeanne vit de la Foi, son esprit et son cœur se trouvent perpétuellement à nager dans ces vérités qui sont la vie de son âme. Toutes les réalités de la vie terrestre, de la vie du royaume et de son âme sont constamment envisagées selon les grandes vérités de la Révélation.
 
Notre chère Jeanne, toute remplie de ses vérités, toute attentive à ses voix quittera donc son village de Domrémy  pour leur obéir. Elle ira voir le dauphin, elle libèrera Orléans, elle parcourra la route victorieuse qui mène à Reims et au sacre du dauphin parce qu’elle a foi en ces voix qui lui sont venues du Ciel. Et lorsqu’elle sera faite prisonnière, qu’elle sera jugée et qu’elle sera condamnée, jamais elle ne récusera les voix qui lui ont parlé. Et lorsqu’elle montera sur le bûcher, elle y mourra pour être resté fidèle aux voix qu’elle avait entendues.
 
Il apparaît donc clairement que la grandeur de la vie de notre chère Jeanne, comme celle de Notre- Seigneur, provient de son très grand amour de la vérité. C’est parce qu’elle a cru à ses voix qu’elle a fait tout ce qu’elle a fait. C’est parce qu’elle a cru à ses voix et qu’elle a obéi à tout ce qu’elles lui disaient qu’elle s’est attirée de grandes et terribles haines et qu’elle a été condamnée à mourir à dix-neuf ans.
 
Si notre chère Jeanne avait été moins attachée à la vérité de ses voix, elle se serait peut-être montrée plus hésitante et plus conciliante et elle aurait peut-être ainsi échappé à son épouvantable procès et à être brûlé vive. Comme Notre-Seigneur, s’Il avait un peu moins défendu la vérité, s’Il avait su habilement ne pas se mettre à dos les princes du Sanhédrin et les principaux des juifs, aurait peut-être pu éviter sa Passion et sa crucifixion. Comme Monseigneur Lefebvre aussi, qui aurait pu éviter l’excommunication et tant de flétrissures apparentes de sa mémoire s’il avait été un peu moins amoureux de la Foi Catholique et de la messe de son ordination.
 
Mais, si Notre divin Sauveur et ses saints s’étaient faits un peu plus hésitants et un peu plus conciliants, où en serions-nous ? Où serions-nous allés ? S’Il avait esquivé les affrontements avec les juifs pour éviter sa Passion, nous serions tous en train de courir vers l’enfer ! Si notre chère Jeanne n’avait pas été aussi forte, nous serions tous devenus protestants ! Si Monseigneur Lefebvre, mécontent du Concile mais résigné quand même, n’avait fondé sa Fraternité et n’était allé jusqu’au sacres de 1988, que resterait-il de la vérité catholique ? Nous serions tous modernistes !
 
Nous sentons bien, à l’évocation de l’exemple du Dieu qui s’est incarné pour nous sauver comme à l’évocation de ses saints que notre amour de la vérité est finalement le cœur de toutes les existences et que l’on ne peut transiger avec la vérité.
 
Car Dieu est vérité. Et celui qui aime Dieu par-dessus tout  aime donc  la vérité par-dessus tout et, s’il aime la vérité par-dessus tout, il haït l’erreur et l’hérésie et il ne peut supporter que l’on biaise avec la vérité. Le peu de détestation que l’on a de l’erreur n’est en réalité que l’envers du peu d’amour que l’on a de la vérité. Plus l’homme aime Dieu, plus il devient ennemi du mensonge. Il déteste comme la peste les formules qui énoncent mal qui est Dieu et ce que sont les mystères chrétiens sous le prétexte de ne pas vouloir contrister ceux qui ne croient pas car l’honneur de Dieu demande de ne jamais avoir honte de dire Dieu et les mystères divins comme ils le sont. Il déteste ces textes du concile Vatican II qui, sous un motif spécieux, celui de plaire au monde et aux fausses religions, ont gravement falsifié la doctrine de vérité.
 
Plus la vérité est aimée – et je parle de cette vérité par excellence qui est celle de la foi catholique – plus elle influera toute l’existence de celui  qui aime  la vérité. Elle se traduira dans toute son existence. L’amour de la vérité - et ses corollaires qui sont la haine de l’erreur, de l’hérésie et du mensonge- se trouvera à l’origine de tout ce qu’il entreprendra et il mettra toute sa conscience à ne pas contredire la vérité qu’il aime par des comportements, par des actes, par des marchandages qui lui sont contraires. Etant donné que cette vérité est celle de Jésus-Christ, il est normal que cet amour de la vérité lui vaille également de terribles inimitiés, des détestations et des haines de la part du monde, acharné à lutter contre les amis de Jésus-Christ. Si le maître a été traité ainsi, comment les vrais disciples du Maître seraient-ils traités différemment ? Il n’est nul besoin de les rechercher ; elles se font d’elles-mêmes. Plus l’amour de Jésus-Christ grandit dans une âme, plus la détestation de l’esprit du monde pour cette âme et de cette âme pour l’esprit du monde s’accroît également. A l’instar de notre divin Sauveur, elle se trouve dans le monde, à son tour, comme un signe de contradiction.
III) Imitons Jeanne par la fidélité à notre Foi, gage de la vérité de notre vie.
En ces temps d’apostasie, permettez à un cœur de prêtre, à un cœur de pasteur, qui aura à rendre compte devant Dieu du troupeau qui lui a été confié de vous exprimez le fond de ses préoccupations pour vous tous. Je vous ai donc dit par-dessus tout qu’il faut aimer la vérité.
 
Cet amour de la vérité s’oppose au scepticisme, au relativisme, au subjectivisme de notre époque. Ces termes sont relativement équivalents dans la réalité.
 
Le scepticisme est cette attitude de l’esprit qui affirme l’incapacité de l’homme à atteindre la vérité au-delà des apparences et des phénomènes qui l’entourent. L’homme sceptique considère à l’avance tout effort de recherche du vrai comme stérile et voué à l’échec. Il se réfugie dans cette commode position qui consiste à se placer – il le pense au moins- au-dessus des questionnements les plus fondamentaux qui existent au fond de tout homme, pour ne jamais prendre parti. Il s’estime d’une sagesse raffinée à rester dans son doute permanent et à se moquer de toutes les quêtes de l’esprit, surtout si elles sont d’ordre philosophique et religieuse, pour parvenir à la vérité.
 
Le sceptique vit le temps qu’il a à passer sur la terre dans une sorte d’hébétude et de démission mentale qui se satisfait des lieux communs et des platitudes, du prêt à penser et des slogans déversés par les communications de masse. Si vous vous essayez à lui faire partager l’une de vos convictions, si vous introduisez quelque argumentation, il vous fait regretter la salive que vous avez dépensée par des formules définitives telles que « c’est ta vie » ou bien « c’est ta vérité » ou encore un « je respecte ». Tels sont quelques-uns des apophtegmes préférés des sceptiques et le plus haut degré de leur sagesse. Il n’est plus pour eux ni vérité ni erreur.
 
Ils vivent leur vie au gré de ces modes et de ces tendances et le balancement qui fait passer régulièrement notre pays d’un faux tribord à un vrai bâbord constitue l’éventail maximal du déploiement de leurs idées. C’est ainsi que le sceptique fut à un moment contre la contraception mais en faveur du divorce. Puis il fut contre l’avortement mais pour la contraception. Après cela, il devint pour l’avortement mais contre son remboursement par la sécurité sociale. Il accepta ensuite ce remboursement mais trouva quand même un peu exagéré la promotion du péché contre nature. Mais, finalement, il trouva aussi que chacun était libre de faire comme il voulait tout en s’opposant au projet de loi sur l’euthanasie car il commençait à prendre de l’âge. Il avala ensuite l’adoption des enfants par les pédérastes et se résigna à l’euthanasie. Son hésitation sur la question du « gender » ne durera pas, le temps de quelques campagnes médiatiques qui emporteront son adhésion.
 
Sa vérité, à lui, ce sont quelques formules qu lui plaisent parce qu’elles sont assez bien acceptées par le consensus de ses pairs, parce qu’elle permettent le « vivre ensemble » et qu’elle ne le contraignent pas trop. Mais le saint patron des sceptiques, c’est Ponce Pilate lui-même qui répondit au Fils de Dieu qui lui expliquait qu’Il était venu pour rendre témoignage à la vérité sa terrible question qui n’attendait aucune réponse : « Qu’est-ce que la vérité ? » Et il tourna les talons. Voilà le scepticisme !
 
J’ai assisté un jour dans un TGV à une scène qui m’est restée à la mémoire, tant elle me semblait révélatrice et significative de la perversion active de ce scepticisme. Des parents s’y trouvaient avec leur petit garçon peut-être âgé de cinq ans qui, un instant, quitta des yeux l’écran de son ordinateur pour admirer l’admirable paysage de la Provence que nous traversions. Et, cet enfant, un frère du « Petit Prince », devant la beauté de ces montagnes et de ce ciel beau, tourna ravi les yeux vers ses parents pour leur demander qui avait bien pu faire le ciel et les montagnes. La belle et légitime question ! Mais les parents  de cet enfant étaient des sceptiques. Ils rirent, fort gênés de cette question sonore qui avait retenti dans la voiture avant de s’empêtrer dans une sentencieuse explication sur le big bang. Le petit n’y comprit rien et reprit bien vite l’ordinateur qu’il avait un instant délaissé. Le cœur désolé, je ne pus que réciter un « Je vous salue Marie » pour cette petite âme dont la naturelle interrogation avait été repoussée et bafouée.
 
Notre Foi, quant à elle, doit devenir une Foi vive, suffisamment forte pour nous presser de placer toute notre vie de chaque jour sous son rayonnement. Ce sont nos prières de chaque jour, notre vie sacramentelle, les retraites que nous prenons le temps d’aller faire. C’est le souci d’éviter les comportements, les loisirs, les tenues du monde. Nous devons exprimer la dignité qui est celle de notre âme et de notre corps, temple du Saint-Esprit, par la manière convenable avec laquelle nous nous vêtons. Nous devons honorer la distinction que Dieu a faite entre les hommes et les femmes en portant des vêtements qui expriment cette distinction. Enfin, nous ne devons pas être des occasions de péchés les uns pour les autres par tes tenues indécentes qui provoquent au péché.
 
Je ne veux pas dresser maintenant une liste de recommandations. Je voudrais simplement que nous demandions, les uns pour les autres, cet esprit de notre chère Jeanne. Je crois que j’en vois quelques beaux rejetons quelques fois lorsque j’observe la foi qui meut la vie de nos familles chez qui la vie chrétienne, simple, modeste et robuste est entièrement fondée sur le Christ.
 
Je l’ai vue également ces derniers mois lorsque des centaines de jeunes gens saisis par une sainte indignation n’ont pas accepté, méprisant toute autre considération humaine, de voir l’honneur de Notre Seigneur Jésus-Christ bafoué et ils sont allés jusqu'au bout de tout ce qu’ils pouvaient faire pour que cesse le scandale. Je pense que notre chère Jeanne n’aurait pas été la dernière mais plutôt la première.
 
Qu’est-ce que vous en pensez ? N’est-ce pas le plus bel esprit français que celui de notre chère Jeanne ? Et n’est-on pas dans le lieu le plus indiqué et en une journée tout indiquée pour demander à notre chère Jeanne de reconstituer son armée et de lui demander d’en reprendre la tête. Imaginez que cet esprit devienne celui de toute la Tradition et que nous soyons les uns et les autres mus par la même passion de servir Dieu que notre chère Jeanne, que nous fassions en Dieu la même confiance qu’elle ? Dieu le veut, Charlemagne le veut, notre chère Jeanne le veut.
 
C’est ce que nous demandons de tout notre cœur, pour nous tous, au Cœur Douloureux et Immaculé de Marie : qu’elle nous remplisse de l’esprit de notre chère Jeanne !
Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Ainsi-soit-il.
 
Abbé Régis de Cacqueray