10 décembre 2018

[Monastère Saint-Benoit - Lettre aux Amis] Le discernement vocationnel - la volonté de Dieu ou la mienne?

SOURCE - Monastère Saint-Benoit - Lettre aux Amis - Temps de l'Avent 2018

Saint Benoit commence sa Règle avec cette injonction : “Écoute, ô mon fils, les préceptes du Maître, et prête l’oreille de ton cœur. Reçois volontiers l’enseignement d’un père plein de tendresse et mets-le en pratique, afin que le labeur de l’obéissance te ramène à celui dont t’avait éloigné la lâcheté de la désobéissance. À toi donc s’adresse maintenant ma parole, qui que tu sois, qui renonces à tes propres volontés, et pour combattre sous le vrai Roi, le Seigneur Christ, prends en main les puissantes et glorieuses armes de l’obéissance.” 
      
Les monastères reçoivent de nombreuses requêtes vocationnelles, accueillent de nombreux jeunes hommes qui s’y rendent en visite, et après un certain laps de temps et les consultations nécessaires, ouvrent leurs portes à ceux qui cherchent formellement à postuler en se pensant appelés à vivre dans ce monastère en particulier. Si par la grâce de Dieu ils persévèrent dans ce que Saint Benoît décrit comme “l’école du service du Seigneur”, ils découvrent, comme il le promet, que “nos coeurs seront agrandis, et nous allons courir avec une indicible douceur d’amour dans le chemin des commandements de Dieu”. Ils ont trouvés la perle de grand prix (Mt 13:45-46) et ils ont fait tout le nécessaire pour l’obtenir. Ils ont rencontrés le Seigneur et ont eu le courage de demander “qu’est-ce qui me manque encore ?” sans fuir tristement la rencontre cruciale. 
       
La clé est la découverte de ce que Dieu me demande. Maintenant. Sans égards pour mes désirs, mes préférences ou mes plans. Il s’agit d’un abandon radical de sa volonté propre pour celle (qui est souvent si surprenante) de Dieu. 
      
Un candidat qui éprouve la volonté de Dieu sur la base de cette compréhension ne peut pas s’égarer bien loin, même si au fil du temps il devient clair que ce monastère particulier n’est pas sa vocation. Ils auront vraiment testés l’appel dont ils ont cru qu’il pouvait être le leur, et leur continuation sur ce chemin, ou la conclusion qu’ils doivent en chercher un autre, sera béni par l’intégrité de leur don total d’eux-même au Seigneur, de leur acceptation de l’invitation du Seigneur : “venez et voyez” (Jn 1:39).
      
Les supérieurs religieux se réjouissent lorsqu’une personne montre cette générosité d’esprit et s’ouvre à faire tout ce que Dieu leur demandera. Une telle personne est déjà bien avancé dans les choses nécessaires pour suivre la volonté du Seigneur avec fruit. 
      
En d’autres occasions elles hésitent, et avec raison, à cause d’une approche différente. Une jeune personne peut se présenter avec des expressions comme “je discerne le sacerdoce/la vie religieuse/une vocation monastique…” ou “je veux faire/être x, y ou z” trahissant une attitude centrée sur le “Je” et non sur Dieu. Ma volonté et non celle de Dieu est ce qui semble être recherché - presque comme si “Je” suis celui qui appelle Dieu à servir ce que je veux, plutôt que de Lui permettre de m'appeler à devenir ce que je ne peut devenir qu’en me rendant entièrement à Sa volonté. 
      
Un tel “consumérisme vocationnel” est bien trop fréquent et infecte le vrai discernement - la découverte intelligente de ce que Dieu n’appelle à devenir, et non de ce que je choisis de faire selon ma propre volonté et mes critères limités. Nous pourrions l'appeler “pélagianisme vocationnel” en ce qu’une telle approche exclut la grâce de Dieu et ne s’appuie que sur ses propres efforts et désirs. 
       
Le jeune homme riche de l’Evangile était un homme bon, mais lorsque le Seigneur l’a provoqué : “si tu veux être parfait, va, vends tout tes biens et donne les aux pauvres, et tu aura un trésor dans les Cieux; viens, et suis-moi” (Mt 19:24) il a manqué de volonté. Son désir de ne pas laisser derrière lui ses “nombreuses possessions” l’a empêché de répondre à l'appel du Seigneur. Il s’en est allé, triste. Il n’est jamais devenu ce que Dieu l'appelait à être. 
       
Nous sommes des créatures déchues. Mais il y a une espérance. La grâce est possible même pour ceux infectés par le pélagianisme vocationnel, même si la maladie doit être stoppée avant qu’elle n’atteigne la possibilité d’y répondre. La Conversion - se retourner vers - est nécessaire, de la contemplation de ma propre image dans le miroir à celle du Seigneur dans Ses yeux - de faire ce que je veux, à être ouvert à accepter ce qu’il me provoque à accomplir dans cette rencontre. 
     
Si cela n’arrive jamais et qu’un individu s’avance sur la voie vocationnelle dans leurs propres termes, une crise est inévitable. Un programme de formation sain peut résoudre cela et offrir les moyens de se corriger, mais si la maladie est trop avancée un nouveau triste départ est inévitable. 
     
Mais lorsque l’individu est préparer à quitter foyer, frères, sœurs, mères et pères, enfants ou terres en réponse à l’appel du Seigneur (Mc 10:29), lorsqu'ils sont préparés à accepter la stricte discipline que Saint Benoît indique comme une nécessité pour la transformation des mauvaises habitudes et la préservation de la charité, et non “de fuir aussitôt — pris de terreur — la voie du salut, dont l’entrée, au début, est nécessairement étroite” (Prologue), le plan providentiel de Dieu pour cet individu - une chose unique qu’on ne peut répéter — peut commencer à se réaliser pour le salut de mon âme, la gloire de Dieu Tout-Puissant et l’établissement de son Royaume ici, sur la terre.

[Monastère Saint-Benoit - Dom Alcuin, Prieur - Lettre aux Amis] "Vers Toi j'élève mon âme : mon Dieu en qui j’ai confiance” (éditorial)

SOURCE - Monastère Saint-Benoit - Dom Alcuin, Prieur - Lettre aux Amis - Temps de l'Avent 2018

"Vers Toi j'élève mon âme : mon Dieu en qui j’ai confiance” nous chantons à l’Introït du premier dimanche de l’Avent. “Ne me laisse pas être déçu…” nous poursuivons.
   
Arrivant à la fin de l’année civile, la saison de l’Avent peut nous trouver un peu fatigué, même exténués, en raison du fardeau qu’il nous appartient d’endurer. Et pourtant l’Avent est une saison d’espoir, d’attente, de joie anticipée ; car le Seigneur ne nous laisse pas être déçu. En effet, il vient vers nous de nouveau, selon les antiques promesses, dans la fête de Sa Nativité vers laquelle tend cette saison de plus en plus intensément, pour mon salut et celui de tous ceux qui élèvent leurs cœurs vers Lui. C’est là l’espérance dans laquelle nous plaçons notre confiance.
     
C’est là la joie qui nous permet d’endurer les fardeaux, même les plus lourdes croix, qui reposent sur nous. Puisse l’Espérance que cet Avent anticipe renouveler notre force et notre persévérance dans toutes les tâches qui nous incombent, car en Lui nous ne serons pas déçus, mais sauvés!
      
Alors que la joyeuse fête de Noël approche nous vous souhaitons toutes les bénédictions de cette joyeuse saison et un nouvel an de grâce 2019 qui puisse nous apporter toutes les grâces nécessaires.
   
Dom Alcuin, Prieur

[Monastère Saint-Benoit - Lettre aux Amis] Des nouvelles du monastère

SOURCE - Monastère Saint-Benoit - Lettre aux Amis - Temps de l'Avent 2018

L'image de couverture provient de la cinquième école d’été Sacra Liturgia, que le monastère héberge chaque année. Le rassemblement de cette année a fut le plus important à ce jour, avec plus de trente participants, clercs et laïcs, venus du monde entier (et en particulier du Texas) pour une formation intense et profonde à la préparation et la célébration de la Sainte Liturgie. C’est toujours une joie d’accueillir, de travailler et prier avec de vieux et de nouveaux amis, dans la chaleur de l’été provençal, en “osant faire autant qu’il nous est possible” pour le culte du Seigneur, dans l’Office Divin et la Messe.
 
La sixième école d’été Sacra Liturgia est prévue du 3 au 16 août 2019 ; nous avons hâte de revoir de vieux amis, et d’en rencontrer de nouveaux. De plus amples informations seront publiées sur les sites internets et pages Facebook du monastère et de Sacra Liturgia à partir de janvier. Le monastère a en particulier accueilli cette année un hôte qui lui est devenu cher, Dom Ambrose Bennett, un moine de l’abbaye de Saint Louis, aux États-Unis, qui a passé dix agréables semaines avec nous durant l’été, et qui a considérablement édifié la communauté par sa sagesse et son exemple. Dom Ambrose a notamment donné une conférence profonde et enrichissante sur “Le Canon Romain et son importance aujourd’hui”, qui a donné aux participants à l’école d’été un nouveau regard sur la centralité de cette antique et vénérable prière du Rite romain.
   
Les abeilles du monastère ont eu un été productif, et ont donné une bonne récolte à la fin de la saison. Les premiers fruits en sont allés aux bénéfacteurs ayant généreusement contribué à l’établissement du rucher, qui compte désormais quatre ruches, il y a deux ans. Nous fondons de grands espoirs sur nos abeilles pour l’année 2019. Nos poules ont aussi travaillé dur cette année, et profitent actuellement du repos de leur mue annuelle, après avoir fourni à la communauté et aux hôtes de nombreux oeufs. Notre modeste jardin a donné une splendide diversité de tomates, d’herbes, et une bonne récolte de potimarron qui, combinés avec de la vanille et du sucre, ont, encore une fois, servi à fabriquer une marmelade fort appréciée.
   
C’est une grande bénédiction pour nous de vivre dans une région avec une longue histoire chrétienne et monastique. Hors des temps pénitentiels, nous essayons, dans la mesure du possible, de faire un pèlerinage annuel dans un de ces lieux, pour notre édification spirituelle et l’augmentation de la formation de nos jeunes. En juillet, nous avons pu nous rendre à l’abbaye St Victor de Marseilles (qui est désormais une église de paroisse) et y chanter la Messe solennelle en la fête de St Jean Cassien, et de vénérer ses reliques, qui y sont conservées.
   
C’est un privilège de ce monastère que d’avoir la garde d’une relique de Saint Gilles, ainsi que de nombreux moines et d’autres saints. Elles sont vénérées comme il se doit chaque année à la messe de leurs fêtes, et sont une grande source de dévotion et de prière pour les frères ainsi que pour les hôtes.
   
Alors que nous écrivons ces lignes, nous préparons une occasion de réjouissance, à savoir, l’ordination de l’un de nos frères aux Ordres Mineurs de Portier et de Lecteur par Mgr Rey, ici même, le Samedi des Quatre-Temps de l’Avent. Dans la tradition de l’Eglise, les Quatre-Temps (Mercredi, Vendredi et Samedi), qui se répètent quatre fois par an, sont des jours particuliers de prière et de jeûne, et c’est aux Samedis des Quatre-Temps que l’Eglise confère, fort à propos, les Ordres à ses fils.

[Peregrinus - Le Forum Catholique] L’œcuménisme en Révolution (3): Une nouvelle Église protestante?

SOURCE - Peregrinus - Le Forum Catholique - 25 novembre 2018


Comme on l’a vu, c’est à la lumière des controverses antiprotestantes que les apologistes réfractaires abordent la Constitution civile du clergé du 12 juillet 1790. Lorsqu’au début de 1791 les évêques de France refusent massivement le serment décrété en novembre 1790 par l’Assemblée Nationale, celle-ci déclare leurs sièges vacants. Au printemps, de nouveaux évêques sont donc élus selon les modalités fixées par la Constitution civile, puis confirmés et sacrés grâce à l’aide de Talleyrand, évêque d’Autun, ce qui consomme le schisme par l’établissement d’une hiérarchie parallèle.

Aussitôt, la nouvelle Église constitutionnelle est attaquée par ses adversaires fidèles à la hiérarchie légitime comme le résultat d’une nouvelle réforme protestante. La réforme ecclésiastique de la Constituante est ainsi dénoncée dans les mêmes termes que l’hérésie calviniste comme une « prétendue réforme », dont le canoniste Maultrot trouve les « principes hérétiques dans Melanchton, Musculus, Calvin, Jurieu, Saumaise, David, Blondel & autres protestans (1) ». À Henri Grégoire, évêque constitutionnel du Loir-et-Cher, qui estime que la réforme de la Constituante, entreprise au début du XVIe siècle, aurait épargné à l’Église gallicane la sortie des protestants de l’unité catholique en détruisant les abus (2), Maultrot répond qu’en effet l’Église de France aurait évité le schisme, non en conservant les protestants dans l’unité, mais en devenant elle-même protestante par l’abjuration la papauté, la destruction de la hiérarchie, l’asservissement de la juridiction spirituelle au jugement des tribunaux civils, la spoliation du clergé et l’anéantissement des monastères, à tel point qu’il ne manque à ses yeux à la nouvelle Église constitutionnelle que le mariage des prêtres et la liturgie en langue vulgaire pour n’être qu’une secte protestante parmi d’autres (3).

Aux yeux des controversistes réfractaires, l’Église constitutionnelle est donc une nouvelle Église protestante qui aurait conservé des ordres valides avec les sacrements et les formes extérieures du culte catholique. C’est ainsi que la traite notamment Mgr de Thémines, évêque de Blois (4), dans une longue lettre pastorale qu’il oppose à l’invasion de son siège par l’intrus Grégoire. Significativement, l’évêque reprend contre les constitutionnels la méthode dite des « préjugés légitimes », à laquelle recourait Pierre Nicole dans ses controverses contre les protestants : il s’agit de montrer que les préjugés généraux, avant même d’entrer dans la discussion des doctrines, suffisent à faire rejeter la nouvelle Église (5) : comme les protestants, les pasteurs constitutionnels tenaient auparavant leur mission d’une Église dont ils défendaient la foi et reconnaissaient l’autorité, mais à l’arrivée des réformateurs cet ordre a été renversé. Or
il faut avoir un nouveau pouvoir d’en haut, une mission extraordinaire constatée par des miracles et des signes du Ciel, pour se présenter, pour casser toutes les anciennes règles, et instituer ainsi un nouveau Gouvernement tout différent de celui que les Conciles avoient établi avant eux (6).
Ainsi, cette méthode des préjugés légitimes suffit à montrer que les constitutionnels comme les protestants sont convaincus de schisme « sans qu’il soit besoin d’examiner si c’est à tort ou à raison, par le grand principe, que hors l’Eglise, point de salut (7) ».

À ces préjugés légitimes, Mgr de Thémines ajoute les « convictions et les évidences (8) », qui démontrent que les novateurs constitutionnels ne sont rien d’autre que des « Calvinistes déguisés (9) », qui « n’ont point le mérite de l’invention » dans la mesure où ils se bornent à répéter les erreurs de Claude et Jurieu, les ministres protestants combattus par Bossuet (10).

Malgré cette réduction du nouveau schisme à l’ancien, qui permet d’appréhender avec une certaine efficacité les doctrines constitutionnelles à la lumière d’erreurs bien connues et déjà victorieusement réfutées, la conscience de l’originalité, de la nouveauté irréductible de l’Église constitutionnelle perce parfois dans la Lettre pastorale de l’évêque de Blois. En effet, Mgr de Thémines, après avoir désigné la Constitution civile du clergé comme le triomphe du calvinisme, semble pressentir qu’elle d’aboutir finalement au « culte philosophique », à la « conscience sans conscience (11) ».

Ainsi, Mgr de Marbeuf, archevêque de Lyon, est peut-être l’un des membres de l’épiscopat légitime qui ont le mieux perçu la nouveauté radicale que représentait la Constitution civile du clergé par-delà certaines analogies protestantes parfois quelque peu forcées, à savoir l’extension indéfinie du pouvoir de la nation révolutionnaire, qui s’arroge la puissance, l’autorité et le ministère de l’Église : le principe central du nouveau système est que la nation est « constitutionnellement l’église (12) » : si la Constitution civile demeure à bien des égards très en-deçà des erreurs luthériennes ou calvinistes, elle porte en elle le germe de leur dépassement. Il serait donc faux de penser que la réactivation réfractaire de la polémique antiprotestante, qui a fourni ses principales armes au clergé fidèle, a entièrement aveuglé ces derniers sur le front nouveau ouvert par la Révolution.

(À suivre)

Peregrinus
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(1) Gabriel-Nicolas Maultrot, Comparaison de la Constitution de l’Eglise catholique, et de la nouvelle Eglise de France. Moyen de les accorder, Dufresne, Paris, 1792, p. 3.
(2) Henri Grégoire, Légitimité du serment civique, Chalopin Imprimeur-Libraire, Caen, 1791, p. 29.
(3) Gabriel-Nicolas Maultrot, op. cit., p. 279-280.
(4) Sur la conduite de Mgr de Thémines, voir Jules Gallerand, À l’assaut d’un siège épiscopal. Thémines et Grégoire au début de 1791, R. Duguet & Cie, Blois, 1923.
(5) Alexandre-François de Lauzières de Thémines, Lettre pastorale de M. l’évêque de Blois, Imprimerie de Guerbart, Paris, 1791, p. 119.
(6) Ibid., p. 122.
(7) Ibid., p. 126.
(8) Ibid., p. 134.
(9) Ibid., p. 149.
(10) Ibid., p. 151.
(11) Ibid., p. 25-26.
(12) Lettre pastorale de M. l’archevêque de Lyon, primat des Gaules, sur l’usurpation de son siège par le sieur Lamourette, soi-disant élu évêque du département de Rhône et Loire, dans Augustin Barruel, Collection ecclésiastique, ou Recueil complet des ouvrages faits depuis l’ouverture des états-généraux, relativement au clergé, à sa constitution civile, décrétée par l’assemblée nationale, sanctionnée par le roi, vol. XI, Crapart, Paris, 1793 p. 269.




[FSSPX Actualités] Le triomphe de l’Immaculée est notre victoire

SOURCE - FSSPX Actualités - 8 décembre 2018

C’est en la solennité de l’Immaculée Conception que les membres de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X prononcent leur engagement. Les lignes qui suivent, extraites du Mystère de Marie, du Père Bernard o.p., montrent la place centrale que revêt Marie dans l’histoire du salut.

Si Marie a mérité d'être toute préparée à son mystère, c'est par la grâce de l'Immaculée Conception qui a sanctifié tout son premier âge.

Elle reçoit cette première grâce sans rien faire, évidemment, pour la mériter. Elle la reçoit par une bienveillance divine absolument gratuite et par l'effet anticipé des mérites futurs, quoique bien proches désormais, de celui qui sera son divin Fils. Et si cette première grâce est accordée, au petit être qui sera Marie, avec tant d'ampleur et de richesse, n'est-ce pas uniquement en prévision aussi de la maternité divine à laquelle cette fillette est prédestinée ?

En toute vérité, l'Immaculée Conception est pour nous l'espoir et le salut. Et, ne nous y trompons pas, le salut dans le Christ. Nous sommes liés à Marie et solidaires de ce qui lui arrive parce qu'elle est comme nous fille d'Eve et d'Adam.

Mais nous le sommes encore plus parce qu'elle est fille du Christ, nouvelle Eve à côté du nouvel Adam. Car si elle est appelée à l'existence suivant le sort de notre nature, elle y est sanctifiée dès le premier instant selon toute la force de la grâce même qui nous sauve. L'Immaculée Conception est le triomphe de notre rédemption.

Mais le triomphe de la Vierge est aussi le nôtre, car il est notoire que si de pareilles exceptions sont faites en faveur de Marie, c'est pour qu'elle soit plus profondément associée à l'œuvre de notre salut ; c'est afin qu'elle puisse plus largement mériter à ses enfants un salut qui est déjà si grandement réalisé en sa personne.

[Wigratzbad (blog) - FSSP] Ordination sacerdotale à Coire

SOURCE - Wigratzbad (blog) - FSSP - 9 décembre 2018

A l'occasion de la fête de l'Immaculée Conception, tout le séminaire s'est rendu à Coire, en Suisse, pour y entourer notre cher ami portugais, l'abbé Nuno Castello Branco, ordonné prêtre pour son diocèse par Mgr Vitus Huonder.
    

8 décembre 2018

[FSSPX Actualités] Paul VI et l’auto-démolition de la Tradition

SOURCE - FSSPX Actualités - 7 décembre 2018

"Il faut reconnaître que le pape Paul VI a posé un sérieux problème à la conscience des catholiques. Ce pontife a causé plus de dommages à l’Eglise que la Révolution de 1789." Mgr Marcel Lefebvre [1]

Lorsqu’en juin 1963, Paul VI prit possession des 2e et 3e étages du Palais apostolique, traditionnellement réservés au Saint-Père, il entreprit de les aménager selon ses goûts. Amateur d’art contemporain, il entendait donner un aspect moderne à ses appartements. Tapisseries et fauteuils anciens furent remplacés par des tissus et meubles de style récent, les pièces rénovées furent ornées d’œuvres d’artistes en vogue, et sa chapelle privée transformée dans l’esprit des années 60.

L’histoire du pontificat allait le révéler : ce nouveau décor illustrait la manière avec laquelle le nouveau pape considérerait et régirait la Tradition de l’Eglise.

Dans le vocabulaire catholique, le mot « Tradition » désigne plusieurs réalités. L’objet de la Révélation tout d’abord, c'est-à-dire les vérités révélées, le dépôt de la foi. « Tradition » indique également l’acte d’enseignement, par lequel est transmis fidèlement ce dépôt révélé. Il peut aussi signifier l’organe de cet enseignement, c'est-à-dire le Magistère constitué du pape et des évêques. D’une manière plus générale, le mot « Tradition » comprend tout le patrimoine doctrinal, canonique, liturgique, pastoral, religieux, artistique de l’Eglise. Depuis la crise de l’Eglise, le mot est utilisé pour qualifier le mouvement des catholiques de Tradition, les traditionalistes. Enfin, il qualifie la notion ou le mode de transmission. Ainsi parle-t-on de « Tradition vivante ». Les rapports de Paul VI vis-à-vis de la Tradition peuvent être regardés selon ces différentes acceptions.
1) La Tradition comme dépôt de la foi
Le pape Paul VI n’a jamais enseigné d’hérésies proprement dites. Lors d’une occasion solennelle, le 30 juin 1968, il a même proclamé un Credo dont le retentissement fut mondial, signe de son caractère exceptionnel. Ses rappels traditionnels, ses mises en garde sur la sainte eucharistie, le thomisme ou encore l’Eglise, ont accrédité l’image d’un pape libéral aux deux visages [2], d’une doctrine traditionnelle et d’une pastorale de rupture.

Quarante ans après sa mort, son héritage laisse cependant apparaître un pontificat étonnamment progressiste. Paul VI a laissé de telles hérésies se propager, il a encouragé les novateurs d’une manière si flagrante, il a nommé des cardinaux et évêques si progressistes, il a persécuté d’une manière si virulente les défenseurs de la foi que son gouvernement fut tragiquement préjudiciable au dépôt de la foi. Mais surtout, son enseignement même mit à mal la doctrine multiséculaire de l’Eglise.

Le problème initial et principal réside dans le Concile. Celui-ci fit le jeu des novateurs au détriment de la doctrine traditionnelle sur de nombreux points fondamentaux : le Magistère, la Sainte Eglise, le sacerdoce, la Sainte Ecriture, les fausses religions, l’autorité, la liberté, etc.. Ce bouleversement ne s’est pas fait sans heurts et l’aula conciliaire fut le théâtre régulier de controverses importantes dont on connaît l’issue. Mais tout cela n’eût pas pu avoir lieu sans l’autorité papale. Sans l’aval du pape, un concile n’est rien, tout comme un décret ministériel préparé par des commissions n’a de valeur que signé par le ministre. Même si les textes conciliaires sont préparés, débattus et votés par des milliers d’évêques, un concile est essentiellement l’œuvre du successeur de Pierre. En ratifiant les décisions des Pères, Paul VI a endossé la responsabilité majeure du Concile. En toute vérité, le concile Vatican II est bien l’œuvre du pape Paul VI. Un geste traduit cette affinité avec le Concile : l’anneau que le pape Paul VI offrit à tous les évêques du monde le 6 décembre 1965, avant-veille de la clôture de Vatican II, et qu’il porta jusqu’à sa mort à la place de l’anneau du pêcheur. Tout un symbole.
2) La Tradition comme acte d’enseignement
La modification du contenu de l’enseignement s’accompagna d’un changement dans la conception même de l’enseignement, tant il est vrai que la nature de l’enseignement est corrélative de celle de son objet.

Paul VI est souvent revenu sur cette expression : l’Eglise est en dialogue : « Le Concile travaillera à jeter un pont vers le monde contemporain […] vous avez voulu tout d’abord vous occuper non pas de vos affaires mais de celles de la famille humaine, et engager le dialogue non pas entre vous mais avec les hommes » dit-il aux Pères conciliaires [3]. « L’Eglise se fait parole ; l’Eglise se fait message ; l’Eglise se fait conversation »[4]. Jusqu’à Pie XII, les souverains pontifes entendaient parler comme docteurs de la foi. Ils enseignaient les vérités du Christ avec la souveraine autorité de Pierre. Leur dessein était de prêcher la vérité et condamner l’erreur. Paul VI privilégia le dialogue. Le pape n’enseignait plus, il dialoguait, il conversait. Naturellement, il condamnait encore moins.

L’épisode est célèbre. Mgr Lefebvre, rencontrant Mgr Montini dans les années cinquante, appelait de ses vœux la condamnation du « Réarmement moral »[5]. Et Mgr Montini de répondre que « l’Eglise va paraître comme une marâtre ». Le futur souverain pontife considérait ces anathèmes comme polémiques stériles et improductives. Les hérésies étaient du reste devenues marginales à ses yeux. « Il ne s’agit plus d'extirper de l’Eglise telle ou telle hérésie déterminée ou certains désordres généralisés, écrit-il dans son encyclique Ecclesiam suam, – grâce à Dieu, il n’en règne point au sein de l’Eglise »[6] ; « à la défense de la foi, on pourvoit maintenant mieux en promouvant la doctrine »[7].

A l’inverse, on se rappellera ces paroles d’esprit catholique : « De tout temps, écrivait le cardinal Pie, il s’est rencontré des esprits ainsi faits qu’ils n’envisagent jamais la défense [de la foi] que comme un scandale ajouté à celui de l’attaque, et que volontiers ils unissent leur indignation à celle de l’ennemi, quand les apôtres de la vérité s’efforcent de rendre leur voix aussi retentissante que celle du mensonge ».[8]
3) La Tradition comme organe d’enseignement
L’adage était célèbre : Roma locuta est, causa finita est. Avec cette volonté de dialogue et l’apologie des erreurs conciliaires, c’est la nature même de l’organe d’enseignement qui se trouva altérée. Pouvait-on encore parler d’un véritable exercice du pouvoir de Magistère, ayant vocation à enseigner avec autorité ? Hormis d’heureux coups d’éclat, comme la condamnation de la contraception par Humanæ vitæ le 25 juillet 1968, les enseignements se révélaient plus indicatifs qu’impératifs.

A la place, le pape laissa s’installer une liberté théologique qui dégénéra en véritable anarchie dogmatique. Lors de la publication des catéchismes canadien et hollandais publiés par les conférences épiscopales correspondantes, Rome adopta une étonnante modération et une discrète désapprobation.

Saint Pie X avait rédigé un catéchisme ; Paul VI ferma les yeux sur la diffusion de catéchismes hérétiques.

Devant le péril du modernisme, saint Pie X avait imposé un serment antimoderniste que devaient prononcer toutes les personnes en charge d’une autorité d’enseignement et de direction. Paul VI l’abolit en décembre 1967.

Saint Pie X avait assorti le modernisme d’excommunications. Paul VI supprima les excommunications, comme il supprima tout autant l’Inquisition dont le rôle était précisément d’enseigner clairement la foi catholique et de réprimer les hérésies.

L’Index disparut aussi dans la tourmente le 14 juin 1966, par la Notification du Saint-Office, Post Litteras apostolicas. Le prétexte invoqué est inouï : « l’Eglise fait confiance à la conscience mûre des fidèles ». La signification était limpide : le pouvoir d’enseignement n’éprouvait plus le besoin de juger avec autorité ce que les fidèles constataient d’eux-mêmes au fond de leur conscience. Il n’y avait plus de maître ni de disciples. Tous les fidèles étaient eux-mêmes devenus des maîtres.

Un geste résumait cette révolution : le 13 novembre 1964, Paul VI avait abandonné la tiare et la sedia. La tiare symbole de la monarchie papale. L’heure était à la collégialité, au partage du pouvoir. L’enseignement devenait collégial, synodal. L’Eglise devenait un vaste forum de discussions.
4) La Tradition comme patrimoine de l’Eglise
Depuis la Révolution française, les papes s’étaient dressés contre l’esprit révolutionnaire qui voulait mettre à bas l’héritage de Pierre. Libéralisme, faux œcuménisme, archéologisme liturgique, relativisme moral, pastorale relâchée, avaient été régulièrement condamnés. Ils retrouvèrent droit de cité avec Paul VI.

Rome n’avait cessé de condamner la sécularisation des Etats, la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la liberté des cultes. Citons Mirari vos de Grégoire XVI, Libertas de Léon XIII, Vehementer de saint Pie X. Paul VI fit supprimer un à un (ou modifier dans un sens libéral) les concordats qui unissaient l’Etat et l’Eglise : Espagne, Irlande, Colombie, certains cantons suisses, etc. La chrétienté, cette union admirable de l’Eglise et de la Cité, illustrée par Constantin, Charlemagne, saint Louis, Garcia Moreno et tant d’autres, Paul VI n’en voulait plus. Convaincu par les théories modernes de Jacques Maritain, il rêvait d’une nouvelle chrétienté, tout autre, laïque, humaniste, où les musulmans pourraient librement invoquer Mahomet. Le 4 octobre 1965, il parlait à l’ONU un langage digne des loges et louait les droits de l’homme que ses prédécesseurs avaient pris soin de condamner : « Ce que vous proclamez ici, ce sont les droits et les devoirs fondamentaux de l’homme, sa dignité, sa liberté, et avant tout la liberté religieuse. Nous sentons que vous êtes les interprètes de ce qu’il y a de plus haut dans la sagesse humaine, Nous dirions presque : son caractère sacré ».

Rome avait condamné les réunions interreligieuses, le pan-christianisme, notamment par l’encyclique Mortalium animos du pape Pie XI. Paul VI encouragea les réunions œcuméniques. Ainsi, « le 7 décembre 1975, il recevait le métropolite [orthodoxe] Méliton de Chalcédoine. Le pape se mettait à genoux devant lui et lui baisait les pieds ». [9]

Les pasteurs protestants qui avaient participé à l’élaboration de la réforme liturgique furent félicités et encouragés. Paul VI apparut tout sourire, comme comblé de recevoir les lumières d’experts protestants dans le but de réformer la messe catholique.

Rome avait condamné avec Mediator Dei de Pie XII les déviances du mouvement liturgique qui prétendait revenir à une liturgie archaïque, privée des admirables développements de vingt siècles de sainteté. Paul VI voulut éviter tout ce qui pouvait froisser les « frères séparés ». Il valida les innovations liturgiques qui eurent pour résultat de détruire la liturgie de l’Eglise. La messe (1969), le bréviaire (1970), la prière des prêtres, le rituel (modifié progressivement), les sacrements de l’Eglise, les ordres mineurs (1972), furent soumis à une refonte complète dont les effets pernicieux continuent de se faire sentir. Pour cette « réforme », notamment de l’office divin, le pape se reposa sur Annibale Bugnini, qui déclara dans quel esprit il entendait réformer le Bréviaire : « Il s’agit de s’orienter “vers une réduction du pensum [sic] quotidien” ». [10]

Rome avait dénoncé jusque-là le relativisme moral et la morale de situation. Paul VI laissa s’installer dans les séminaires, dans les universités catholiques, dans les maisons religieuses, un enseignement délétère.

Rome avait toujours encouragé les religieux à mépriser le monde condamné par le Christ et à s’attacher principalement aux réalités spirituelles. Paul VI obligea tous les ordres religieux, toutes les congrégations enseignantes à se « réformer » selon l’esprit libéral, humaniste et naturaliste de Vatican II. Diminution tragique de la ferveur religieuse, raréfaction des vocations, fermeture d’innombrables couvents, telles furent les conséquences désastreuses de cette réforme ratée dont les effets s’étendirent jusque dans l’enseignement catholique, qui fut emporté dans cette tourmente.

Rome avait éduqué l’Occident. Le latin, langue de la culture profane et religieuse, était sacrifié sur l’autel du pluralisme. L’art catholique, admirable de beauté, était brisé par des barbares qui n’étaient plus à chercher parmi les païens infidèles puisqu’ils n’étaient autres que les ministres du Temple.
5) Les traditionalistes
Les défenseurs de la Tradition ne furent pas mieux traités qu’elle : « Le serviteur n’est pas au-dessus du maître ». Paul VI qui, le 23 mars 1966, demanda au docteur Ramsey, prétendu archevêque de Cantorbéry, de bénir la foule des fidèles catholiques ; qui, le 7 août 1965, embrassa le patriarche grec schismatique de Constantinople ; qui, le 4 octobre 1965, fut rempli de compréhension pour les francs-maçons onusiens, ne supporta pas les traditionalistes dont le chef de file, Mgr Marcel Lefebvre, n’eut droit qu’à des reproches véhéments et de sévères condamnations. Le séminaire d’Ecône, pépinière de prêtres formés comme l’Eglise les formait depuis des siècles, fut officiellement supprimé le 6 mai 1975, sans respecter le droit de l’Eglise en la matière. Le 22 juillet 1976, le prélat se vit frappé de la suspense a divinis. Malgré ses appels réitérés, jamais le prélat ne put être jugé selon le Droit ni avoir vraiment la possibilité de s’expliquer et de se défendre.

Dès 1963, Paul VI envisageait de contraindre les évêques de plus de 75 ans à demander leur démission et d’exclure les cardinaux de plus de 80 ans du conclave. Ce fut chose faite le 21 novembre 1970 par le Motu proprio Ingravescentem ætatem. Son intention était-elle d’empêcher toute résistance de prélats conservateurs et de les remplacer par de jeunes successeurs acquis aux idées nouvelles ? Voici une réponse à cette interrogation : « Dans les premières années après Vatican II, note le cardinal Ratzinger, le candidat à l’épiscopat semblait être un prêtre qui devait avant tout être ‘ouvert au monde’ : dans tous les cas, ce prérequis était mis à la première place ». [11]

Le cardinal Mindszenty gênait l’Ostpolitik du Vatican ; il fut écarté. Mais « Janos Kadar, premier secrétaire du parti communiste hongrois, [fut déclaré par Paul VI] ‘principal promoteur et le plus autorisé de la normalisation des relations entre le Saint-Siège et la Hongrie’ ». [12]
6) La notion de Tradition
Que reste-t-il de la Tradition au sens de transmission ? Sa notion même est substantiellement modifiée. Pour le pape Paul VI, la Tradition n’apparaît plus comme un héritage précieux et vivant qu’il faut transmettre à la postérité en en conservant le sens exact et inaltérable, tout en s’efforçant de le rendre encore plus précis, encore plus beau, encore plus adapté aux enfants de Dieu.

Dans les faits, le pape traita habituellement la Tradition non comme un dépôt à transmettre mais comme une matière à transformer, comme s’il assimilait passé et Tradition à une sorte de dépôt mort auquel seule une refonte complète serait capable de redonner vie. Au risque de ne plus le transmettre fidèlement mais de le modifier substantiellement. La notion de Tradition s’en trouve radicalement changée. Et c’est peut-être cela le plus grave. L’action de Paul VI l’a vidée de son sens profond ; il en a fait une réalité évolutive, entre les mains des hommes.
Conclusion
L’immense enthousiasme soulevé chez de nombreux catholiques par le Concile et les réformes conciliaires est vite retombé pour laisser place à un constat des plus amers. Paul VI se lamentera de l’auto-démolition de l’Eglise [13] et des fumées de Satan. [14]

Le mot de « démolition » indique la nature du mal : une déconstruction voulue et systématique de la pensée et des structures traditionnelles de l’Eglise.

Quelles en sont les causes ? L’expression d’auto-démolition écarte d’elle-même les causes extérieures, pourtant bien à l’œuvre. Il faut donc chercher une cause intrinsèque, à l’intérieur même de l’Eglise, à l’origine de cette déconstruction, c'est-à-dire du côté de ceux qui possédaient l’autorité, qui ont mis en œuvre cette entreprise de démolition. De nombreuses autorités se sont exercées, mais elles se sont toutes exercées dans la dépendance à l’autorité suprême qui a actionné les principaux leviers de cette destruction, en validant le Concile et lançant ses réformes, en nommant les progressistes aux postes de commande et en condamnant les plus fidèles enfants de l’Eglise. Paul VI ne voulait certainement pas cette démolition. Il l’a cependant réalisée. Fecit tamen.

Comment ne pas songer à ces paroles de l’Ecclésiastique : « Le prince sage tient son peuple dans la discipline, et le gouvernement de l’homme sensé est bien réglé. Tel le chef du peuple, tels ses ministres ; et tel le gouvernement de la ville, tels tous ses habitants. Un roi ignorant perd son peuple, mais une ville prospère par l’intelligence des chefs ». [15]
Épilogue
« Plus nous avons besoin d’un saint pape, plus nous devons commencer par mettre notre vie, avec la grâce de Dieu et en tenant la Tradition, dans le sillage des saints. Alors le Seigneur Jésus finira par accorder au troupeau le berger visible dont il se sera efforcé de se rendre digne.

« À l’insuffisance ou à la défection du chef n’ajoutons pas notre négligence particulière. Que la Tradition apostolique soit au moins vivante au cœur des fidèles même si, pour le moment, elle est languissante dans le cœur et les décisions de celui qui est responsable au niveau de l’Eglise. Alors certainement le Seigneur nous fera miséricorde.

« Encore faut-il pour cela que notre vie intérieure se réfère non au pape mais à Jésus-Christ. Notre vie intérieure qui inclut évidemment les vérités de la révélation au sujet du pape doit se référer purement au souverain prêtre, à notre Dieu et Sauveur Jésus-Christ, pour arriver à surmonter les scandales qui viennent à l’Eglise par le pape ». [16]

Abbé François-Marie Chautard

  1. Mgr Marcel Lefebvre, Lettre ouverte aux catholiques perplexes, Albin Michel, 1985, p. 198.
  2. Ibid., p. 199.
  3. DC 1963, n° 1357, col. 101 : « Le problème du dialogue entre l’Eglise et le monde moderne. C’est le problème qu’il revient au Concile de décrire dans toute son ampleur et sa complexité, et de résoudre, dans la mesure du possible, dans les termes les meilleurs. (…) L’Eglise doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit. (…) le dialogue doit caractériser Notre charge apostolique » Lettre encyclique Ecclesiam suam du 6 août 1964, n° 15, 67 et 69.
  4. Ecclesiam suam, n°67.
  5. Fondé en 1938 par le protestant Franck Buchman, ce mouvement vise à fédérer toutes les bonnes volontés, indépendamment des confessions religieuses, dans un but de promotion de la paix dans le monde, du dialogue et des libertés.
  6. Ibidem, n°46
  7. Cité par Paul Poupard, Connaissance du Vatican : histoire, organisation, activité, Beauchesne, 1974, p. 111.
  8. Mgr Baunard, Histoire du cardinal Pie, Oudin, 1886, pp. 605-606.
  9. Yves Congar, « L’œcuménisme de Paul VI », in Paul VI et la modernité dans l’Eglise, Actes du colloque de Rome (2-4 juin 1983), Ecole Française de Rome, 1984, p. 817.
  10. Yves Chiron, Mgr Bugnini (1912-1982), Réformateur de la liturgie, Desclée de Brouwer, 2016, pp. 36-37.
  11. Joseph Ratzinger, Entretiens sur la foi, cité par Don Mancinella, 1962 Révolution dans l’Eglise, publications du Courrier de Rome, 2009, p. 104.
  12. Mgr Marcel Lefebvre, Lettre ouverte aux catholiques perplexes, Albin Michel, 1985, p. 117.
  13. Discours du 7 décembre 1968, DC n°1531 (1969), p 12.
  14. Le 29 juin 1972.
  15. Ecclésiastique 10, 1-3.
  16. Père Roger-Thomas Calmel, o.p. « De l’Eglise et du pape en tous les temps et en notre temps », in revue Itinéraires n°173, mai 1973, p. 39.

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Reprise des Discussions? – II

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 8 décembre 2018

Si quelqu’un a vraiment un esprit catholique,
Il fuit Vatican II, pour la foi salvifique.

Le vendredi 23 novembre dernier, la Fraternité Saint Pie X publiait un communiqué de presse officiel faisant état de la rencontre de la veille entre le Supérieur Général de la Fraternité et le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Ce communiqué est plein de bonnes paroles ; reste à voir comment le nouveau Supérieur Général le traduira en actes.

Ce communiqué comprend sept paragraphes. Les deux premiers présentent le Cardinal Ladaria, l’abbé Pagliarani et leurs collaborateurs respectifs. Il précise que c’est à l’invitation du Cardinal que l’abbé Pagliarani s’est rendu à Rome afin de faire le point sur l’état des relations entre Rome et la Fraternité au cas où la situation a évolué depuis que l’Abbé Pagliarani a été élu Supérieur Général en juillet dernier. Les troisième et quatrième paragraphes situent le problème entre Rome et la Fraternité exactement là où il doit se situer, à savoir : sur le plan doctrinal. Voici le texte intégral de ces deux paragraphes :

(3) Au cours de l’entretien avec les autorités romaines, il a été rappelé que le problème de fond est bel et bien doctrinal, et que ni la Fraternité ni Rome ne peuvent l’éluder. C’est à cause de cette divergence doctrinale que toute tentative d’élaborer une ébauche de déclaration doctrinale acceptable par les deux parties n’a pu aboutir depuis sept ans. C’est pourquoi la question doctrinale reste absolument primordiale. (4) Le Saint-Siège ne dit pas autre chose lorsqu’il affirme solennellement que l’établissement d’un statut juridique pour la Fraternité ne pourra se faire qu’après la signature d’un document de caractère doctrinal.

Au cinquième paragraphe, les choses se précisent. Il affirme que « Tout pousse donc la Fraternité à reprendre la discussion théologique », non que son objectif soit nécessairement de convaincre ses interlocuteurs, mais plutôt de porter devant l’Eglise le témoignage inconditionnel de la Foi. La fin du communiqué exprime la confiance de la Fraternité en la Providence. Son avenir est entre les mains de Dieu et de Sa Sainte Mère. (Fin du communiqué de presse)

Mais est-il utile, ou seulement prudent, de chercher à reprendre des discussions doctrinales avec les Romains ? On peut, hélas, se poser la question. Car, à l’issue des discussions qui s’étendirent de 2009 à 2011, l’un des quatre représentants de la Fraternité, porta ce jugement : “ Ce sont des malades mentaux ; néanmoins, ce sont eux qui ont l’autorité “. Cette appréciation ne visait nullement à discréditer les personnes, mais elle caractérisait avec précision l’incapacité des néo-modernistes romains à saisir l’essence même de la doctrine catholique, à savoir son caractère objectif, contraire à toute interférence avec la subjectivité. Par Sa parole, Dieu signifie ce qu’Il veut dire ; Il le dit par Son Église, si bien qu’il ne saurait être question d’adapter aux temps modernes – à l’instar de Vatican II – ce qu’a toujours dit Son Église sans jamais rien changer jusqu’au Concile. Les Romains d’aujourd’hui pourraient-ils être fidèles à l’Église de Dieu tout en l’étant à Vatican II ? Impossible ! À moins que ce ne soit des malades mentaux au point de faire l’impasse sur le principe de non-contradiction, ou bien, que la notion qu’ils ont de l’Église ne soit complètement erronée.

Cela étant, si le Saint-Siège publie un jour un communiqué de presse sur cette fameuse réunion du 22 novembre, il sera intéressant de voir comment les conciliaires présentent la perspective d’une reprise des discussions doctrinales. Certes, des discussions, ils en veulent ; mais uniquement dans l’espoir d’attirer le nouveau Supérieur Général hors de cette forteresse imprenable qu’est la doctrine de l’Église. Quant à leur propre doctrine conciliaire qui s’écarte de la Tradition, elle ne peut être que fausse. Les deux arguments principaux restant à leur disposition seront donc, comme d’habitude, l’autorité et l’unité, faisant fi de la doctrine. Mais que devient l’autorité catholique quand elle ne sert plus la Vérité ? Et qu’est-ce que l’unité catholique, si elle unit les gens autour d’un tas de mensonges visqueux (Vatican II) ? Hélas, l’autorité et l’unité sont les seules béquilles sur lesquelles les Romains conciliaires peuvent encore s’appuyer.

Honorable Monsieur le Supérieur Général, voici comment vous pourriez faire correspondre vos actes et vos paroles : rendez public un résumé clair et véridique des dernières discussions doctrinales de 2009–2011. Ne serait-ce pas là le moyen de corroborer vos propos doctrinaux du 23 novembre, en posant un acte véritablement inspiré par la doctrine ?

Kyrie eleison.

7 décembre 2018

[Dominicains d'Avrillé] Message aux gilets jaunes - Qui peut sauver la France?

SOURCE - Dominicains d'Avrillé - 7 décembre 2018

Vous aimez la France et vous voulez la sauver:
Il vous faut savoir qui la tue et qui peut la sauver.

Qui tue la France?

Il porte un nom, il s’appelle Mammon, le dieu de l’Argent. Ce dieu ogre se sert des bangsters, de la Haute finance, de la franc-maçonnerie, de l’Union européenne, de la BCE, des instances mondialistes… Le président MACRON en est le fidèle serviteur. Qui peut sauver la France?

Ce Sauveur a un nom que tout le monde connaît, même si les serviteurs de Mammon font tout leur possible depuis plus de deux siècles pour que les petits Français l’ignorent. Il va venir dans quelques semaines le jour de Noël.

N’en cherchez pas d’autre, car c’est Dieu qui l’a voulu ainsi:
Jésus-Christ est le seul Sauveur des individus et des sociétés
Pour sauver la France il faut revenir à JÉSUS-CHRIST, il faut étudier son message et le mettre en pratique.

Y compris dans le domaine social et économique, Jésus-Christ a donné des lois qu’il faut suivre si l’on veut vivre en paix et heureux. Ces lois sont contenues dans la doctrine sociale de l'Eglise (Rerum Novarum de Léon XIII, Quadragesimo Anno de Pie XI). La connaissez-vous ? Sinon n’hésitez pas à nous contacter.
Prières pour la France

Jésus Sauveur, sauvez-moi, sauvez la France!
O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous!
Sainte Vierge Marie, Reine de France, priez pour nous!
Saint Michel Archange, protecteur de la France, priez pour nous!
Saint Martin, Apôtres des Gaules, priez pour nous! 
Saint Rémi, qui avez baptisé Clovis, premier roi de France, priez pour nous!
Bienheureux Charlemagne, fondateur de l’empire chrétien des Francs, priez pour nous!
Saint Louis, modèle des Rois chrétiens, priez pour nous!
Sainte Clotilde,reine de France, priez pour nous!
Sainte Jeanne d’Arc, qui avez sauvé la France, priez pour nous!
Tous les saints de France, sauvez la France!

Pour tous renseignements supplémentaires:
messageauxgiletsjaunes@gmail.com

5 décembre 2018

[Paix Liturgique] Ardèche: un diocèse qui contraint certains de ses fidèles à l'exil

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 671 - 4 décembre 2018

Le diocèse de Viviers, qui recouvre aujourd’hui le département de l’Ardèche, est l’un des trois derniers diocèses de France où n’existe à ce jour aucune célébration de la messe traditionnelle*.
    
Pourtant, le diocèse de Viviers n’est pas un diocèse « ordinaire » mais un diocèse à la longue et riche histoire : en effet le diocèse de Viviers se glorifie d’avoir parmi ses premiers évangélisateurs et fondateurs de sa chrétienté saint Andéol, un sous-diacre originaire d’Asie mineure, condisciple de Saint Irénée et envoyé avec lui dans les Gaules par Saint Polycarpe de Smyrne. Ainsi par Saint Polycarpe le diocèse de Viviers, comme le diocèse de Lyon, a un lien privilégié avec l’Apôtre saint Jean. Après avoir évangélisé pendant une quarantaine d’années, Andéol fut martyrisé le 1er mai 208 à l’occasion du passage de l’empereur Septime Sévère dans la vallée du Rhône. Pendant la fin de l’antiquité et le haut moyen-âge, le siège épiscopal de Viviers (le diocèse qui ne correspondait alors qu’à environ les 2/3 de l’actuel département de l’Ardèche) fut occupé par une pléiade de saints évêques ou de très haute extraction, montrant par-là que le diocèse n’était nullement un « diocèse crotté » : la cathédrale Saint Vincent de Viviers, souvent appelée la plus petite cathédrale de France (sa construction sur un acropole rocheux déterminant ses proportions réduites), fut consacrée par le pape Calixte II lui-même en 1119 (ce sera le 9ème centenaire donc le 27 février prochain). Parmi les grands saints du diocèse de Viviers on accorde une attention particulière à Saint Bénezet (Benoît le jeune) jeune pâtre suscité par Dieu et envoyé en Avignon au début du XIIe siècle pour y construire le fameux pont ; les Bienheureux Jacques Salés et Guillaume Saultemouche (les premiers martyrs de la Compagnie de Jésus en France en 1593) mis à mort en haine du Saint-Sacrifice de la Messe et de la foi catholique par les huguenots à Aubenas et béatifiés par Pie XI ; Saint Jean-François Régis, jésuite lui-aussi, qui ré-évangélisa le diocèse au début du XVIIe siècle après la crise protestante (+ 1640) et dont le tombeau à La Louvesc reste un lieu important de pèlerinage ; le Bienheureux Pierre Vigne, prêtre missionnaire diocésain et fondateur de congrégation, qui enracina le culte du Saint-Sacrement et la dévotion à la Passion (+ 1740), béatifié par Jean-Paul II ; la Bienheureuse Marie Rivier (+ 1838), qui en pleine révolution fonda la congrégation des Sœurs de la Présentation de Marie, aujourd’hui répandue dans le monde entier, dont les religieuses sont essentiellement éducatrices ; Sainte Thérèse Couderc (+ 1885) qui fonda la congrégation des Sœurs du Cénacle, vouée à l’œuvre des retraites spirituelles... Et plusieurs prêtres et religieux héroïques martyrisés pendant la grande révolution dont la cause de béatification mériterait d’être instruite.

1 - Rappel sur l’histoire de la disparition de la messe traditionnelle dans le diocèse de Viviers


S’il n’y a plus aujourd’hui de messe traditionnelle dans le diocèse, ce ne fut pas toujours le cas. La célébration de la messe traditionnelle dans le diocèse a une histoire que nous avons déjà évoquée dans nos lettres 292 d’avril 2011 et 298 d’août 2011.

A/ La situation avant 2010


Revenons néanmoins sur l’abbé Bryan Houghton, anglican converti, devenu prêtre catholique, qui s’était retiré à Viviers au début des années 70 après avoir refusé de mettre en œuvre le nouvel Ordo dans sa paroisse du Suffolk. Il fut tout au long des années 70 et, surtout, 80 - notamment à la suite de la publication de son livre La paix de Monseigneur Forester dans lequel il mettait en scène un évêque organisant la paix liturgique dans son diocèse - le point de ralliement des fidèles ardéchois attachés à la liturgie traditionnelle. Notons que Mgr Hermil (évêque de Viviers de 1965 à 1992) l’avait autorisé à célébrer en semaine sa messe privé au maitre-autel de la cathédrale Saint-Vincent !

Privé ensuite de cette possibilité dans la cathédrale Saint-Vincent le dimanche, l’abbé Houghton prit l’habitude de célébrer dans des chapelles privées jusqu’à ce qu’il puisse officier de façon régulière de l’autre côté du Rhône, dans la Drôme, à la chapelle Notre-Dame de la Rose, à Montélimar. Après son rappel à Dieu, en 1992, la Providence a voulu que les fidèles attachés au missel de 1962 ne demeurent pas tout à fait sans messe. Arrivé fin 1992 à Viviers pour prendre la succession de Mgr Hermil, Mgr Jean Bonfils avait en effet assez rapidement accordé, à la demande de fidèles, une application partielle du motu proprio de 1988. Ce fut notamment la célébration mensuelle, confiée à un prêtre âgé, l’abbé Chapus, le 1er samedi du mois, dans un endroit fort pittoresque mais coupé du monde – l’ancienne cité ouvrière Lafarge, entre Viviers et Le Teil – et la tenue de plusieurs pieuses manifestations comme la célébration de la Fête-Dieu dans la chapelle du Grand-Séminaire. Mais tout cela a été interrompu à l’arrivée de Mgr Blondel, celui-ci prenant prétexte du grand âge du desservant, l’abbé Chapus, pour suspendre la messe sans rien proposer pour la remplacer.

Un groupe de fidèles d’Aubenas sollicita bien en 2006 la célébration d’une liturgie tridentine mais ils ne reçurent aucune réponse à leur demande.

B/ La demande de 2010 et la non-réponse de Mgr Blondel


Malgré ces péripéties les fidèles du diocèse ne restèrent pas inactifs et après la publication le 7 juillet 2007 du motu proprio Summorum Pontificum, des familles entamèrent des démarches afin de pouvoir vivre leur foi catholique, dans le diocèse de Viviers, au rythme de l’Usus Antiquior. Ces démarches commencées par des rencontres avec le curé de Largentière se concrétisèrent par une demande officielle adressée à Mgr Blondel en octobre 2010.

Nous reproduisons in extenso la réponse que leur fit Mgr Blondel le 19 novembre 2010.
Messieurs,

Monsieur l’Abbé Henri Meissat, Vicaire Épiscopal, et Monsieur l’Abbé Bernard Nougier, curé de la paroisse St Joseph en Pays de Ligne, m’ont remis de votre part en date du 14 octobre 2010 la demande d’application du Motu Proprio Summorum Ponticum. 
Ils m’ont apporté témoignage de l’état d’esprit qui était le vôtre au cours de la réunion qu’i1s avaient eue avec vous et de l’assurance que vous leur aviez donnée d’agir au nom d’un groupe stable. 
J’ai donc pris en compte votre demande. Voici ce que je compte organiser pour y répondre. 
Le célébrant que je désigne est Monsieur l’Abbé Henri Goin, ancien curé de la Cathédrale, ayant actuellement une responsabilité aux archives diocésaines et qui est un très bon latiniste. 
Avec l’accord du curé de la paroisse Charles de Foucauld Le Teil/Viviers, l’église sera l’église Saint-Laurent à Viviers. 
Le premier samedi de chaque mois y sera célébrée la messe selon le rituel de 1962. Les lectures de la Parole de Dieu seront celles du missel du rite ordinaire car je tiens à ce que vous soyez ainsi en communion avec toutes les communautés du diocèse. Ces lectures de la Parole de Dieu seront faites en français. 
Cette messe, célébrée à (17h30 ?) sera considérée comme une messe paroissiale. Les annonces qui seront faites seront celles de la paroisse et du diocèse. La quête sera affectée à la paroisse. 
Monsieur l’Abbé Meissat organisera une réunion entre Monsieur l’Abbé Goin et vous-mêmes où il sera alors décidé de la date à laquelle aura lieu la première célébration.
Et nous ferons le point dans six mois. 
Ayant ainsi répondu, je pense, à la demande qui était la vôtre, Je vous prie de croire, Messieurs, à l’assurance de mes sentiments les meilleurs et de ma prière. 
François BLONDEL
Évêque de Viviers
Viviers, le 19 novembre 2010
Les conditions exigées par Mgr Blondel étaient si éloignées de la demande des fidèles des règles de la célébration de la messe tridentine et de la charité que les choses en restèrent là, c’est-à-dire que les fidèles demandeurs préférèrent ne pas donner suite à ce qu’ils reçurent simplement comme une provocation.

C/ La situation depuis 2010 : l’exil imposé


Les demandeurs ont-ils alors disparu ? Il n’en est rien mais dans une situation où le dialogue et la charité n’existent pas, les fidèles calmes et posés ont préférés laisser, comme on dit, du temps au temps…

La persistance des demandeurs est cependant toujours attestée par les personnes qui, de bonne foi, s’intéressent à cette étrange situation.

Par exemple, l’existence de familles attachées à la forme extraordinaire et qui la souhaitent pour un événement familial, notamment des funérailles, n’est pas inconnue du diocèse, de même que l’existence ici ou là de foyers actifs de fidèles attachés à la messe ancienne.

Mais la démonstration la plus pertinente de la permanence des demandeurs au sein du diocèse s’observe, pour qui veut voir, dans la participation de nombreuses familles du diocèse à des messes traditionnelles célébrées en dehors du diocèse.

Le diocèse ayant une géographie particulière et les voies de communication étant parfois difficiles, ce n’est en effet pas vers une unique chapelle extérieure au diocèse que les fidèles du Vivarais se retrouvent mais dans une demi-douzaine de celles-ci situées au nord, à l’ouest et à l’est du diocèse, par exemple :
  • Notre Dame des Roses de Montélimar desservie par des prêtres la Fraternité Saint-Pierre,
  • La chapelle de l’ancien monastère des Clarisses du Puy desservi par l’abbé Gabriele Steylaers,
  • Notre Dame de Valence desservie par des prêtres de la Fraternité Saint-Pierre,
  • La chapelle Notre dame de Pélusin desservie par des prêtres de la Fraternité Saint-Pierre,
  • Lola chapelle saint Bernard de Saint-Etienne desservie également par des prêtres de la Fraternité Saint-Pierre.
  • et aussi (pour les ardéchois de l’ouest, entre Lablachère et Langogne) la chapelle Saint-Dominique de Mende ou une fois par mois la messe est célébrée par un prêtre diocésain
  • sans parler des chapelles desservies par la Fraternité Saint-Pie-X, dans les départements voisins de l’Ardèche.
Au fond des catholiques attachés à la messe existent, mais rejetés et non respectés ils sont contraints à l’exil.

2 – 2018 : d’une demande implicite à un appel explicite


Chat échaudé craint l’eau tiède dit-on et bien peu de fidèles aujourd’hui envisagent une nouvelle action semblable à celle entreprise avec espérance en 2010.

A/ Qu’attendent donc aujourd’hui les fidèles ?


« Que notre évêque soit bon et généreux avec nous sans que nous ayons à nous faire une nouvelle fois montrer du doigt sans bienveillance.

Notre évêque connait la situation, il sait que nous existons.

Il sait que nous ne sommes pas des fauteurs de trouble.

Nous espérons de sa part un véritable geste de paix qui ne serait pas une nouvelle manipulation.

Nous prions ardemment pour cela et nous croyons que cela est vraiment possible en 2018 car maintenant beaucoup de choses ont changé, notamment les mentalités et les ostracismes », nous déclare Pierre que nous avons rencontré mais qui ne souhaite plus s’associer à une demande qui serait vouée à l’échec.

Néanmoins, lorsque nous l’interrogeons pour savoir ce que pourrait-être la solution, Pierre nous répond clairement :

« Vu la configuration géographique du diocèse où les communications ne sont pas toujours aisées, surtout en hiver, l’idéal serait que notre évêque érige une paroisse personnelle ayant autorité sur l’ensemble du diocèse ce qui permettrait au curé qui en serait chargé de répondre avec intelligence aux différentes situations parfois éloignées les unes des autres de plusieurs heures de route… Mais si cela n’est qu’un rêve il reste qu’une messe dominicale hebdomadaire, à un horaire tardif - 11h - permettant à ceux qui sont éloignés d’être présents dans le bassin d’Aubenas serait un grand et beau geste pour assurer la paix entre nous tous. Faire un appel à la Paix en 2018, n’est-ce pas dans l’esprit du temps?»

B/ Avec quels prêtres ?


« Notre diocèse est devenu quasiment un diocèse sans prêtre et dans quelques années la situation sera pire encore », nous affirme Marie.

Ce problème, le diocèse en a conscience. Voilà pourquoi, comme presque partout ailleurs en France, le diocèse fait appel à des prêtres venus d’ailleurs, souvent d’Afrique et depuis peu de Pologne.

Mais ce que fait le diocèse en faisant venir des prêtres d’Afrique, ne pourrait-il pas le faire enfin en faisant venir des prêtres de communautés traditionnelles qui déjà sont les quasi curé de beaucoup de fidèles du diocèse de Viviers ?

Cela nous savons que nos évêques ne le souhaitent pas, mais n’est-ce pas le prix à payer pour parvenir enfin à la Paix dans la Charité ?

C/ Pour combien de catholiques ? Vers un sondage


Le clergé, à ce que l’on a dit, qui n’est pas toujours certain de la réalité de la demande. Les fidèles eux-mêmes, parfois, qui dans un terroir plutôt taiseux n’évoquent pas toujours clairement cette question autour d’eux-mêmes dans leur paroisse.

Voilà pourquoi, de concert avec trois familles, nous avons décidé d’entreprendre sur l’Ardèche une enquête d’opinion sur le sujet de l’attachement ou du refus de la célébration de la messe selon sa forme extraordinaire au sein du diocèse. Ce sondage, qui sera réalisé au printemps prochain, pourra fournir à tous les hommes de bonne volonté une mesure juste et objective de ce que pensent les catholiques du Vivarais sur ce sujet.

Nous ne manquerons pas de vous tenir informés des résultats de cette future enquête. Nous disons donc : à suivre !
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* Les deux autres diocèses français ou n’est pas encore célébrée la messe traditionnelle sont les diocèses de Cambrai qui recouvre une partie du département du Nord et celui de Chalons-en Champagne qui s'étend sur le département de la Marne moins l’arrondissement de Reims

2 décembre 2018

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Discussions Recommencent ?

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 1er décembre 2018

Faisons attention aux discussions passées –
Sinon, les illusions on ne va qu’entasser !

Au lendemain de la rencontre entre le Supérieur Général de la Fraternité Saint Pie X et le Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, la Fraternité a publié la semaine dernière un communiqué de presse qui ne suscitera qu’un optimisme réservé. Pourquoi donc ? Parce que, comme dit dit le proverbe : “Chat échaudé craint l’eau froide”. Or, durant la presque totalité des 20 dernières années, les catholiques traditionnels ont été échaudés par la prévarication politique de Menzingen, voulant faire passer l’approbation conciliaire avant la Foi catholique, tout en prétendant faire le contraire. Cependant, il y a place pour une lueur d’espoir, car ce communiqué de presse remet la Doctrine de la Foi à la place qui lui est due – la première.

Deux autres adages disent : “Est beau qui fait beau”, ou encore : “Les actes parlent plus fort que les mots”. C’est pourquoi les catholiques qui veulent garder la Foi, vont rester méfiants un moment, voire un long moment, tant qu’ils ne voient pas d’actes. Ils ne vont pas se contenter de bonnes paroles venant de Menzingen, surtout lorsque la conclusion pratique du communiqué de presse affirme que les discussions doctrinales entre Rome et la Fraternité doivent être reprises. Les discussions doctrinales ? Mais ne les a-t-on pas déjà tenues, entre 2009 et 2011 ? Et n’ont-elles pas suffi alors pour aborder toutes les questions principales ? Et n’ont-elles pas suffisamment démontré l’impossibilité de tout accord doctrinal entre la Tradition catholique et Vatican II ? Après quoi, en 2012, Menzingen renonça au bon sens de Mgr Lefebvre qui insistait : “Pas d’accord pratique SANS accord doctrinal” pour le remplacer par la folie de son successeur qui prônait : “Pas d’accord doctrinal ? DONC faisons un accord pratique !”, ce qui revient à dire tout le contraire ! Devant cette tromperie, qu’allait faire la Fraternité fondée par l’Archevêque ? Hélas, la plus grande partie emboita docilement le pas à cette forfaiture.

En renversant ainsi la proposition, avec le mot “donc” à la place du “sans”, on trahit, et le mot n’est pas trop fort, parce que dans la formule de Mgr Lefebvre, la doctrine de la Foi passe avant l’approbation des conciliaires romains, alors que dans la seconde formule, la Foi se retrouve en deuxième ou troisième position. Aussi depuis plusieurs années peut-on accuser la Fraternité d’avoir poursuivi comme priorités, en premier lieu la reconnaissance officielle par la Rome conciliaire, ensuite l’unité au sein de la Fraternité et avec Rome et, pour finir, la Foi. Or d’un point de vue catholique, quelle peut bien être la valeur d’une reconnaissance par des non-catholiques, tels que les tenants de Vatican II ? Et pour les catholiques à quoi servirait une unité, sous quelque forme que ce füt, avec les conciliaristes ? Ce qui nous a deçu en 2012, c’était le manque de réaction de la part de tant de prêtres formés par Mgr Lefebvre. Mais il est vrai que nous vivons tous dans un monde où “endoctrinement” est devenu un gros mot, et où la plupart des gens préfèrent avoir dans la tête de la bouillie maçonnique, parce qu’elle les libère des dix Commandements . . .

N’empêche, les catholiques qui désirent encore aller au Ciel veulent toujours garder la Foi. En effet – parole de Dieu – sans la Foi il est impossible de plaire à Dieu (Hébreux XI, 6). Or, comment arriver à Son Ciel à Lui sans Lui plaire ? A tout le moins, le communiqué de presse mentionné plus haut, permettra-t-il aux catholiques, échaudés par la profonde apostasie qui les entoure, de nourrir une petite lueur d’espoir car, à défaut d’autre chose, ce communiqué annonce, en paroles, l’intention de Menzingen de remettre la doctrine de la Foi à la première place. En actes, voici quelque chose que le nouveau Supérieur général pourrait faire tout de suite : c’est de rendre public un résumé clair et véridique de l’enregistrement des discussions doctrinales de 2009–2011. Cela nous a été promis à l’époque, promesse jamais tenue.

Tout cela étant dit, M. l’abbé. Pagliarani aura-t-il la vision et la force nécessaire pour poser les actes qui correspondent à la primauté de la Foi ? Le temps seul le dira. En toute justice, il a encore besoin de temps pour faire faire un demi-tour en pleine mer au grand pétrolier qu’il dirige, et en tout état de cause il a besoin de nos prières. Que la très Sainte Vierge veuille le protéger s’il veut vraiment redresser la barre de la Fraternité, car c’est une lourde tâche qui l’attendrait et cela risquerait d’être un rude combat.

Kyrie eleison.

1 décembre 2018

[Lettre à Nos Frères Prêtres - FSSPX] L'équivoque de l'Alliance

SOURCE - Lettre à Nos Frères Prêtres - FSSPX - septembre 2018

Au cœur des erreurs de l’actuel dialogue judéo-chrétien, nous trouvons cette proposition centrale : « Les Juifs vivent aujourd’hui l’Alliance divine ». A notre sens, c’est principalement par le biais de cette proposition que ce dialogue judéo-chrétien, que ce « nouveau regard » de l’Église sur le judaïsme est parti dans la mauvaise direction.
La clé du nouveau dialogue judéo-chrétien
Les autres propositions, en effet, découlent logiquement de cette première : si l’Alliance avec les Juifs est toujours en cours, il est logique que cette Alliance leur soit salvatrice ; il est logique que la lecture de la Bible propre aux Juifs soit reconnue comme légitime ; il est logique que l’attente du Messie par les Juifs soit reconnue comme normale, etc.
   
Or, cette première proposition : « L’Alliance divine avec les Juifs est toujours en cours » est essentiellement fausse, par son équivoque profonde et voulue. Une simple anecdote le fera comprendre sans peine, avant tout autre développement théologique.
   
Durant la guerre de 1870, le gouvernement de la Défense nationale s’était replié à Tours et utilisait le palais épiscopal. Un jour eut lieu un repas où figuraient l’archevêque, Mgr Guibert, et l’avocat juif, devenu Ministre de la Justice, Adolphe Crémieux. Se désignant lui-même avant de désigner l’archevêque, Crémieux s’exclama avec esprit : « Voici l’ancien et le nouveau Testaments. La question est de savoir lequel est le bon ». Avec encore plus d’esprit et d’à-propos, Mgr Guibert lui répliqua: «Monsieur le Ministre, vous êtes avocat. Vous savez donc que, lorsqu’existent deux testaments, seul le dernier est valable».
La nouvelle et éternelle Alliance
Sous la forme d’un trait d’esprit, la question est admirablement résumée. Si Notre-Seigneur, « la nuit où il fut livré », instaura la « nouvelle et éternelle Alliance », « le nouveau et éternel Testament », cela rendait caduque, sans retour et sans rémission, l’ancienne Alliance, l’ancien Testament.
   
Le Rédempteur l’avait annoncé, rappelant qu’on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres, et que si les Juifs adoraient légitimement à Jérusalem (« Le salut vient des Juifs »), le temps était proche où il faudrait adorer « en esprit et en vérité ».
   
Le voile du Temple qui, au moment du sacrifice suprême du Calvaire, se déchira solennellement, manifesta de la façon la plus claire, au cœur du symbole même du culte mosaïque, que ce culte, cette première Alliance, ce premier Testament préparatoire, cessaient d’exister.
   
L’ancien Testament venait d’être aboli, non pour être effacé, oublié, rejeté, puisqu’il était d’institution divine et surnaturelle, mais pour être absorbé, éclairé, assumé par le nouveau Testament, celui établi par le Rédempteur promis à Adam et Ève, par le Prophète annoncé par Moïse, par le Messie décrit par les prophètes : Jésus-Christ. Aboli dans sa lettre, l’ancien Testament vivra désormais pleinement par son esprit au cœur de la nouvelle Alliance.
L’esprit et la lettre
Comme l’enseignèrent les Apôtres, notamment au concile de Jérusalem, de l’ancien Testament était conservé en acte tout ce qui avait valeur pérenne, comme partie toujours actuelle de la Révélation divine : par exemple, les dix commandements du Sinaï.
   
En revanche, n’étaient conservés qu’en souvenirs, en symboles, les actes extérieurs destinés exclusivement à préparer les âmes à la venue du Sauveur promis : la circoncision, les sacrifices d’animaux, l’agneau pascal, etc.
   
Ces rites ne pouvaient plus être pratiqués de façon légitime (après un court entre-deux que saint Augustin a admirablement expliqué), puisque sinon, ils auraient signifié le contraire du vrai : que le Sauveur était encore à venir, alors qu’il est déjà venu.
L’équivoque du «judaïsme»
Comment les tenants de l’actuel dialogue judéo-chrétien sont-ils arrivés à une erreur si flagrante? A cause d’un présupposé erroné, massif dans tout le discours judéo-chrétien, et qui soustend l’équivoque majeure sur l’Alliance : l’affirmation que le judaïsme moderne, le judaïsme d’après Jésus-Christ, est « le judaïsme » tout court.
   
Erreur grossière, dont une seule conséquence suffit à montrer la fausseté : dans cette hypothèse, il faudrait affirmer que Notre-Seigneur, la bienheureuse Vierge Marie, les Apôtres n’étaient ni juifs, ni représentants de la vérité authentique de la Révélation mosaïque.
     
Le judaïsme de l’ancien Testament était l’authentique religion divine, la véritable Révélation surnaturelle, préparatoire à la venue du Messie. Lorsque vint, à la plénitude des temps, ce Messie envoyé de Dieu, il remplaça (en l’assumant) cette première Alliance provisoire par la nouvelle et éternelle Alliance, s’adressant désormais, non plus simplement à un peuple charnel particulier, mais à tous les hommes de bonne volonté.
   
Les enfants du peuple choisi, les Israélites, avaient évidemment toute leur place, et une place éminente, en ce nouveau et universel Peuple de Dieu, en cette Église catholique.
   
Et cette place, ils l’ont prise, par Notre-Seigneur lui-même, par sa sainte Mère, par les Apôtres, par les disciples et par tous les fils d’Israël qui, au cours des siècles, ont reconnu en Jésus le Messie promis par les Écritures.
Mise en place du nouveau judaïsme post-christique
Mais une partie de ce peuple, sous l’influence de mauvais chefs (comme, sous l’influence de mauvais rois, il s’était éloigné de Dieu au point de connaître la déportation à Babylone), ne voulut pas reconnaître son Sauveur : « Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois j’ai voulu rassembler tes enfants, comme une poule rassemble ses petits sous ses ailes, et tu n’as pas voulu ! » (Mt 24, 37).
     
Ces chefs mirent en œuvre les mauvaises tendances que l’on voyait déjà poindre dans le courant pharisien (courant, au demeurant, d’une réelle élévation spirituelle au départ) et que Jésus avait dénoncées : ils créèrent ce nouveau judaïsme, le judaïsme du refus, le judaïsme dont le symbole majeur est le Talmud.
     
Ce nouveau judaïsme, ce judaïsme moderne, à la différence de l’ancien judaïsme, du judaïsme traditionnel (qu’ont pratiqué Jésus et les Apôtres), n’est pas la véritable religion, mais en est une corruption, qui détourne ses adeptes de la Révélation divine authentique, puisque sa base est précisément le refus du plan salvifique de Dieu, annoncé par l’ancien Testament, réalisé par le nouveau Testament.
L’équivoque de l’Alliance 
Revenons à notre proposition essentiellement équivoque : « Les Juifs ont une Alliance avec Dieu », pour poser les distinctions requises, qui éclairent tout le débat.
     
Les Juifs du judaïsme ancien, Abraham, Moïse, David, Esdras, Judas Macchabée, Jean-Baptiste, etc., avaient une Alliance avec Dieu : proposition absolument vraie, qui appartient à la substance de la foi catholique.
   
Les Juifs du judaïsme moderne, le judaïsme du refus du Messie qu’est incontestablement Jésus-Christ, comme l’annoncent les Écritures, ont une Alliance avec Dieu : proposition absolument fausse, et même contraire à la foi catholique. « Celui qui croira et sera baptisé, celui-là sera sauvé. Celui qui ne croira pas sera condamné » (Mc 16, 16).
Les dons de Dieu sont sans repentance
On dira : « Les dons de Dieu sont sans repentance, dit l’Écriture. Or, Dieu ayant conclu une Alliance avec le peuple juif, cette Alliance perdure malgré l’infidélité de ce peuple rebelle ».
   
Cette objection est vraie et valide : oui, l’Alliance de Dieu avec le peuple juif perdure. Mais (et c’est la distinction fondamentale) elle perdure dans son état actuel, c’est-à-dire sous la forme de la nouvelle et éternelle Alliance en Jésus-Christ que Dieu a établie comme suite et remplacement de la première Alliance provisoire.
   
Tout Juif est donc appelé à cette Alliance, à ce salut, et d’une façon toute particulière, en quelque sorte différente de la façon dont est appelé un Gentil, puisqu’il est appelé non seulement en tant qu’individu, mais encore dans sa qualité nationale, étant donné que c’est à sa nation que la première partie de la Révélation fut adressée spécifiquement.
Jésus-Christ Sauveur de tous les hommes
A cette équivoque majeure et à cette erreur centrale du dialogue judéo-chrétien : « Les Juifs ont avec Dieu une Alliance légitime, salvifique, parallèle à la nouvelle Alliance, etc. », il faut ainsi répondre par la théologie catholique, constamment enseignée par le Magistère et issue directement de l’Écriture.
     
En vérité, Jésus-Christ est le Sauveur unique et obligatoire pour tous, Juifs comme Gentils, au sein de l’Alliance nouvelle et éternelle. « Il n’y a de salut en aucun autre. Car aucun autre Nom sous le ciel que celui de Jésus n’a été donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvés » (Ac 4, 12).
   
Cette obligation absolue, divine, sans échappatoire, de passer par Jésus, touche autant les Juifs que les Gentils, ou plutôt, devrions-nous dire, touche davantage les Juifs que les Gentils, car c’est aux Juifs qu’historiquement « appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses et aussi les patriarches, et de qui le Christ est issu selon la chair, lequel est au-dessus de tout, Dieu béni éternellement ! » (Rm 9, 4-5).
La première Alliance n’est plus bonne que dans l’Alliance éternelle
Ainsi, la première Alliance subsiste, en quelque sorte, puisque les chrétiens, par exemple, lisent et utilisent abondamment toutes les Écritures révélées avant le Christ, de la Genèse jusqu’aux deux livres des Macchabées. Elle subsiste en tant qu’elle est intégrée et reprise dans la nouvelle et éternelle Alliance, qu’elle annonçait, qu’elle préparait et qui, en retour, lui donne tout son sens.
     
Mais prétendre conserver une Alliance d’amour avec Dieu, alors que l’on refuse d’accueillir ce que Dieu nous révèle, et qui était le but même et le fondement de cette Alliance d’amour, constitue une contradiction insurmontable.
     
Il est rigoureusement impossible que l’Alliance préparatoire, bonne en tant même que préparatoire, puisse durablement subsister comme véritable Alliance quand Dieu lui-même a conclu par Jésus-Christ une Alliance définitive, qui elle ne passera jamais (tandis que la première, précisément, était dans sa matérialité vouée à disparaître au profit de l’Alliance éternelle). Notre Seigneur Jésus-Christ l’a dit à ses contemporains, et il le redit chaque jour aux Juifs modernes : « Scrutez les Écritures, elles parlent de moi » (Jn 5, 39). Et il insiste : « Abraham, votre père, a désiré avec ardeur voir mon jour ; il l’a vu et il s’est réjoui ». Effectivement, toutes les Écritures ont pour objet explicite ou implicite le Rédempteur des hommes, Jésus-Christ, qu’elles annoncent, décrivent, anticipent, font connaître.
     
Il est possible que tel ou tel Juif moderne soit dans l’aveuglement. Saint Paul parle, en effet, de ce voile qui empêche ses frères selon le sang de reconnaître Jésus comme le Messie promis par Dieu. Le statut spirituel individuel des personnes juives reste le secret de Dieu.
   
Mais on ne peut pas dire, sans contredire la Révélation, que la première Alliance, en tant que telle, soit encore salvifique pour les Juifs, en dehors et contre la nouvelle et éternelle Alliance.

[L'Avantage Gaspésien (Canada)] Cession de St-Rédempteur, mixité d'usages, Fraternité St-Pierre : les pistes pour sauver St-Jérôme

SOURCE - L'Avantage Gaspésien (Canada) - 30 novembre 2018

Alors que la Ville de Matane a officialisé, le 14 novembre, son refus d’acquérir l’église Saint-Jérôme pour en faire une salle de spectacle et que la fabrique de la paroisse Cœur-Immaculé-de-Marie a mis à exécution son projet de fermeture du bâtiment historique, clôturé le 22 octobre, il restait au troisième acteur principal du dossier, le comité de sauvegarde de l’église, de monter au front pour révéler publiquement ses propositions sur l’avenir de l’édifice.
   
Parvenu à réunir près de 48 000 $ de promesses de don pour le chauffage de l’église patrimoniale de Matane, reconstruite en 1933 après un incendie selon le style de l’architecte Dom Bellot, loué par le Conseil du patrimoine religieux du Québec, le comité de sauvegarde de l’église Saint-Jérôme a prouvé l’attachement d’une partie des citoyens de Matane pour le bâtiment, fermé au culte depuis la messe du 7 octobre. Regrettant un manque de dialogue de la part de la fabrique et de l’archevêché, le comité a pointé du doigt plusieurs contraintes qui justifieraient, selon lui, un retour de la pratique religieuse au cœur de l’édifice. Les réflexions actuelles de la Ville autour d’une taxation éventuelle du bâtiment, au regard de la fermeture de l’église, l’obligation de préserver le caractère patrimonial de l’édifice historique, sous peine de devoir rembourser près de 600 000 $ au Conseil du patrimoine religieux du Québec, ayant subventionné diverses restaurations du lieu ces dernières années, la volonté d’un droit de regard de la fabrique sur l’usage futur du bâtiment après sa vente ou sa cession, sont autant d’épées de Damoclès que le comité de sauvegarde a voulu décrocher en annonçant plusieurs pistes de solutions.
Fraternité Saint-Pierre et bureau touristique
« Considérant toutes les conditions posées, il est clair que le projet de vente de l’église Saint-Jérôme est voué à l’échec. Pour conserver le congé de taxes municipales et éviter un remboursement des subventions au Conseil du patrimoine religieux du Québec, la seule solution logique serait le retour de la pratique religieuse dans l’église historique de la ville », a déclaré le président du comité de sauvegarde, Paul Gauthier, en déplorant le cul-de-sac actuel du dossier. L’une des propositions adressées par le comité à la Ville de Matane, à la fabrique et au diocèse, serait la prise en main de l’église par la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, une société de vie apostolique traditionnaliste soutenue par le pape François, pratiquant la messe en latin, selon la forme extraordinaire du rite romain. Deux églises sur le sol québécois, l’église Sainte-Irénée de Montréal et l’église Saint-Zéphirin-de-Stadacona de Québec, sont actuellement possédées par cette communauté de prêtres dont le district nord-américain a vu le jour en 1991 et qui possède 239 lieux de messes à travers le monde. Pour appuyer leur demande, des membres du comité de sauvegarde ont écrit aux cardinaux Sarah et Ouellet, respectivement préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements et préfet de la Congrégation pour les évêques au Vatican. Des rencontres ont déjà été effectuées auprès de la Fraternité, qui devra attendre l’aval de Mgr Grondin pour prendre en charge l’église.
   
Alors que les promesses de dons actuelles permettront de chauffer l’édifice cet hiver, pour que l’église bénéficie d’une source régulière de revenus, ce premier scénario suggéré à la fabrique supposerait l’installation, selon le comité, d’un bureau d’information touristique dans une partie des locaux, pour lesquels la Ville paierait un loyer. Des animations pourraient être organisées sur le parvis de l’église. Quant au sous-sol, il abriterait des activités sociales et communautaires. « C’est un projet dont on va parler au conseil. Le bureau d’accueil actuel, au niveau du phare, souffre d’une problématique de stationnement et d’éloignement du centre-ville qu’une installation dans l’église pourrait résoudre. On va prendre au sérieux cette proposition et se donner le temps de la réflexion », a réagi le maire de Matane, Jérôme Landry, en rappelant que, si la Ville refusait d’acquérir l’église Saint-Jérôme, elle n’en voulait pas moins faciliter des transferts éventuels d’organismes sur le site, pour en assurer la viabilité, comme ce fut le cas en 2016 avec l’installation de la Société d’histoire et de généalogie dans l’ancienne église Bon-Pasteur.
     
Une deuxième proposition du comité serait le retour de la pratique religieuse de la paroisse à l’église Saint-Jérôme, un scénario qui supposerait le rapatriement, dans l’église patrimoniale, des messes et des activités communautaires liées à la fabrique comme le bingo. Quant à l’église Saint-Rédempteur, le comité propose de la vendre ou de la céder pour permettre la relocalisation, à long terme, d’organismes sportifs et culturels. Si le maire de Matane a répondu que la Ville ne serait pas non plus intéressée à acquérir cette église plus moderne, datant de 1970, il n’a pas manqué de souligner la problématique du relogement des fermières et des écoles de danse et de musique de Matane, qui occupent présentement des locaux dans l’ancienne école Marie-Guyart, fermée en 2011. Selon la Commission scolaire des Monts-et-Marées, l’entente actuelle devrait en effet s’achever d’ici à un an et demi et son renouvellement n’est pas garanti.
    
« Il y a lieu de s’interroger sur le choix de l’église Très-Saint-Rédempteur comme église de la paroisse fusionnée de Matane plutôt que Saint-Jérôme, étant donné que c’est une église plus récente, beaucoup moins imposante et, de ce fait, beaucoup plus facile à convertir pour d’autres activités de nature culturelle, sportive et communautaire », a mentionné pour sa part la Fédération histoire Québec, qui regroupe les différentes sociétés d’histoire et de généalogie de la province et encourage à la préservation du patrimoine bâti, par respect à la devise québécoise.
    
De son côté, ayant retourné nos appels après plusieurs jours, le président de la fabrique Cœur-Immaculé-de-Marie, Michel Barriault, n’a pas voulu émettre de commentaires pour le moment, le conseil de fabrique n’ayant, selon lui, pas encore eu le temps de se réunir pour discuter de ces propositions. « Je veux laisser les membres libres de s’exprimer et je n’émettrai aucun commentaire sur le sujet pour ne pas les influencer », a-t-il déclaré. Rappelons qu’au cours des derniers mois, il avait insisté sur un état des finances inquiétant de la paroisse, lié à une baisse de fréquentation des messes, qui ne laissait pas d’autres alternatives, selon lui, que la fermeture et la mise en vente de Saint-Jérôme, où il excluait le retour d’une vocation religieuse.
Le comité de sauvegarde déterminé
Reconnaissant envers la population ayant répondu présente à l’appel des promesses de dons pour le chauffage de l’église Saint-Jérôme cet hiver, le comité de sauvegarde de l’édifice, composé notamment de l’ancien maire de la ville, Maurice Gauthier, et des anciens présidents de la fabrique Saint-Jérôme, Raymond Tremblay et Aldéa Sirois, a insisté sur sa détermination à se battre pour préserver l’édifice. Il regrette que M. Barriault n’ait pas donné de réponse positive au sujet de l’isolation de l’église cet hiver, certains de ses membres ayant proposé de venir calfeutrer le bâtiment pour réduire les coûts de chauffage et demandé de pouvoir entrer régulièrement, en présence d’un membre du conseil de fabrique, pour vérifier la température des lieux, où plusieurs livraisons de mazout ont déjà été financées grâce aux donateurs cet automne.
    
En charge du financement de l’électricité, le comité souhaiterait aussi une réponse positive au sujet du retour des cloches, qui ont cessé de sonner depuis la fermeture de l’église, et de son éclairage extérieur. Enfin, selon le comité, une entreprise de Matane, dont ils ont voulu garder l’anonymat, aurait même proposé d’installer au sous-sol de l’équipement informatique comme des serveurs, qui produiraient par eux-mêmes de la chaleur dont pourrait profiter l’église. « Il est maintenant impérieux que soit trouvée et adoptée une solution à plus long terme pour un bâtiment identitaire aussi important », a souligné la Fédération histoire Québec dans une lettre adressée le 27 novembre à la Ville, à la fabrique et à l’archevêché. « Nous voulons montrer à la population qu’il existe des solutions pour sauver l’église Saint-Jérôme et que nous ne lâcherons pas l’affaire », a conclu pour sa part le président du comité de sauvegarde, Paul Gauthier, en invitant les citoyens à manifester leur solidarité dans ce dossier.