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31 décembre 2017

[Msgr. Tomash Peta, Jan Pawel Lenga, et Athanasius Schneider] Profession des vérités immuables sur le mariage sacramentel

SOURCE - Msgr. Tomash Peta, Jan Pawel Lenga, et Athanasius Schneider - texte paru en français dans L'Homme Nouveau - 31 décembre 2017

A la demande de Mgr Athanasius Schneider, Évêque Auxiliaire de l´archidiocèse de Saint Marie en Astana, nous publions cette profession de foi relative aux vérités touchant le mariage sacramentel. Elle est signée de trois évêques du Kazakhstan et rappelle la doctrine catholique traditionnelle concernant le mariage. Cette profession de foi s’inscrit dans les débats soulevés par certains passages de l’exhortation apostolique Amoris Laetitia du pape François. Sa publication a lieu alors que la lettre du Saint-Père, félicitant les évêques de la région de Buenos Aires pour leur interprétation (large) d’Amoris Laetitia, a été rendue officielle par sa publication dans les Acta Apostolicae Sedes (AAS).
 Après la publication de l’exhortation apostolique Amoris laetitia (2016), divers évêques ont émané, au niveau local, régional et national, des normes d’application sur la discipline sacramentelle des fidèles, dits « divorcés-remariés » qui, bien que le conjoint auquel ils sont unis par un lien valide du mariage sacramentel vive encore, ont toutefois entamé une cohabitation stable à la manière des époux avec une personne autre que leur conjoint légitime.

Ces normes prévoient entre autres que, dans des cas individuels, les personnes dites « divorcées-remariées » puissent recevoir le sacrement de Pénitence ainsi que la Sainte Communion bien qu’ils continuent de vivre habituellement et intentionnellement à la manière des époux avec une personne autre que leur conjoint légitime. De telles normes pastorales ont reçu l’approbation de plusieurs autorités hiérarchiques. Quelques-unes de ces normes ont même reçu l’approbation de l’autorité suprême de l’Église.

La diffusion de telles normes pastorales approuvées ecclésiastiquement, a causé une confusion notable et toujours plus grande tant chez les fidèles que dans le clergé. Confusion qui touche tellement au cœur de la vie de l’Église par des manifestations comme le mariage sacramentel, la famille, église domestique, et le sacrement de la Très-Sainte-Eucharistie.
Le lien matrimonial sacramentel
D’après la doctrine de l’Église, une église domestique n’est constituée que par le seul lien matrimonial sacramentel (cf. Concile Vatican II, Lumen gentium 11). L’admission des fidèles dits « divorcés-remariés » à la Sainte-Communion, qui est l’expression la plus haute de l’unité du Christ-Époux avec Son Église, signifie dans la pratique l’approbation ou légitimation du divorce. En ce sens, elle introduit en quelque sorte le divorce dans la vie de l’Église.

Les normes pastorales évoquées contribuent de fait et dans le temps à la diffusion de « l’épidémie du divorce » (expression utilisée par le Concile Vatican II, cf. Gaudium et spes 47). Cette diffusion de « l’épidémie du divorce » intervient dans la vie même de l’Église, alors même que l’Église, par sa fidélité inconditionnelle à la doctrine du Christ, devrait être un rempart et un signe incomparable de contradiction contre la plaie du divorce toujours plus répandue dans la société civile.

De manière absolument univoque et sans admettre aucune exception, Notre Seigneur et Rédempteur Jésus Christ a solennellement reconfirmé la volonté de Dieu quant à l’interdiction absolue du divorce. Une approbation ou légitimation de la violation de la sacralité du lien matrimonial, même indirectement par la nouvelle discipline sacramentelle évoquée, contredit gravement la volonté expresse de Dieu et Son commandement. Une telle pratique altère donc substantiellement la discipline sacramentelle bimillénaire de l’Église, ce qui entraînera aussi avec le temps une altération de la doctrine correspondante.

Le Magistère constant de l’Église, commençant avec les enseignements des Apôtres et celui de tous les Souverains Pontifes, a conservé et fidèlement transmis l’enseignement cristallin du Christ sur l’indissolubilité du mariage : tant la doctrine (dans la théorie) que la discipline sacramentelle (dans la pratique). Elle l’a fait sans équivoque, sans l’ombre d’aucun doute et toujours dans les mêmes sens et signification (eodem sensu eademque sententia).

Parce qu’établie par Dieu, la discipline des sacrements ne doit jamais contredire la parole révélée de Dieu ni la foi de l’Église dans l’indissolubilité absolue du mariage ratifié et consommé.  

« Non seulement les sacrements supposent la foi, mais encore, par les paroles et les choses, ils la nourrissent, ils la fortifient, ils l’expriment ; c’est pourquoi ils sont dits sacrements de la foi » (Concile Vatican II, Sacrosanctum Concilium, 59). « Même l’autorité suprême dans l’Église ne peut changer la liturgie à son gré, mais seulement dans l’obéissance de la foi et dans le respect religieux du mystère de la liturgie » (Catéchisme de l’Église Catholique 1125). La foi catholique, par sa nature, exclut une contradiction formelle entre la foi professée d’un côté et la vie et la pratique des sacrements de l’autre. C’est en ce sens qu’on peut comprendre l’affirmation suivante du Magistère : « Ce divorce entre la foi dont ils se réclament et le comportement quotidien d’un grand nombre est à compter parmi les plus graves erreurs de notre temps » (Concilio Vatican II, Gaudium et spes 43) et « la pédagogie concrète de l’Église doit toujours être liée à sa doctrine et jamais séparée d’elle » (Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Familiaris consortio 33).

Au vu de l’importance vitale que constituent tant la doctrine que la discipline du mariage et de l’Eucharistie, l’Église est obligée de parler d’une seule voix. Les normes pastorales sur l’indissolubilité du mariage ne doivent donc pas se contredire d’un diocèse à l’autre, d’un pays à l’autre. Depuis les temps apostoliques, l’Église a observé ce principe comme l’atteste saint Irénée de Lyon : « En effet, l'Église, bien que dispersée dans le monde entier jusqu'aux extrémités de la terre, ayant reçu des apôtres et de leurs disciples la foi (…) la garde avec soin, comme n'habitant qu'une seule maison, elle y croit d'une manière identique, comme n'ayant qu'une seule âme et qu'un même cœur, et elle les prêche, les enseigne et les transmet d'une voix unanime, comme ne possédant qu'une seule bouche » (Adversus haereses I, 10, 2). Saint Thomas d’Aquin nous transmet le même principe pérenne de la vie de l’Église : « Il n’y a qu’une seule et même foi depuis les Anciens jusqu’aux Modernes, autrement, ce ne serait pas la même et unique Église (Questiones Disputatae de Veritate, q. 14, a. 12c).
Validité de l'enseignement traditionnel de l'Église sur le mariage
L’admonition du Pape Jean-Paul II demeure actuelle et valide :
« la confusion créée dans la conscience de nombreux fidèles par les divergences d'opinions et d'enseignements dans la théologie, dans la prédication, dans la catéchèse, dans la direction spirituelle au sujet de questions graves et délicates de la morale chrétienne, finit par amoindrir, presque au point de l'effacer, le véritable sens du péché ? » (Exhortation Apostolique Reconciliatio et paenitenia, 18).
À la doctrine et à la discipline sacramentelle sur l’indissolubilité du mariage ratifié et consommé, s’applique pleinement le sens des affirmations suivantes du Magistère de l’Église :
  • « En effet l’Église du Christ, gardienne et protectrice des dogmes dont elle a reçu le dépôt, n’y change jamais rien, n’en retranche jamais rien ; mais ce qui est ancien, qui a pris forme aux temps anciens et que la foi des Pères a semé, elle met tout son soin à le polir et à l’affiner de manière que ces anciens dogmes de la doctrine céleste reçoivent l’évidence, la lumière, la distinction, tout en gardant leur plénitude, leur intégrité, leur caractère propre, et qu’ils croissent seulement selon leur genre, c’est-à-dire dans la même doctrine, dans le même sens, dans la même pensée » (Pie IX, Bulle dogmatique Ineffabilis Deus).
       
  • « Quant à la substance de la vérité, l’Église a, devant Dieu et les hommes, le devoir sacré de l’annoncer, de l’enseigner sans aucune atténuation, comme le Christ l’a révélée et il n’est aucune condition de temps qui puisse atténuer la rigueur de cette obligation. Ce devoir lie en conscience tout prêtre à qui est confiée la charge d’enseigner, d’admonester et de guider les fidèles » (Pie XII, Discours aux curés et aux prédicateurs de Carême, 23 mars 1949).
       
  • « L’Église n’historicise pas, ne relativise pas sa nature au gré des métamorphoses de la culture profane. La nature de l’Église est toujours égale et fidèle à elle-même, telle que le Christ la voulut et que l’authentique tradition la perfectionna » (Paul VI, Homélie du 28 octobre 1965).
       
  • « Ne diminuer en rien la salutaire doctrine du Christ est une forme éminente de charité envers les âmes » (Paul VI, Encyclique Humanae Vitae, 29).
        
  • « Aussi ne cesse-t-elle de faire entendre ses appels et ses encouragements à résoudre les difficultés conjugales éventuelles sans jamais falsifier ni compromettre la vérité » (Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Familiaris consortio, 33).
       
  • « L'Église n'est ni l'auteur ni l'arbitre d'une telle norme [de la loi morale divine]. Par obéissance à la vérité qui est le Christ, dont l'image se reflète dans la nature et dans la dignité de la personne humaine, l'Église interprète la norme morale et la propose à tous les hommes de bonne volonté, sans en cacher les exigences de radicalisme et de perfection » (Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Familiaris consortio, 33).
        
  • « L’autre principe est celui de la vérité et de la cohérence, en vertu duquel l’Église n’accepte pas d’appeler bien ce qui est mal et mal ce qui est bien. En se fondant sur ces deux principes complémentaires, l’Église ne peut qu’inviter ses fils qui se trouvent dans ces situations douloureuses à s’approcher de la miséricorde divine par d’autres chemins, sans que ce soit cependant celui des sacrements de la Pénitence et de l’Eucharistie, tant qu’ils ne remplissent pas les conditions requises ». (Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Reconciliatio et paenitentia, 34).
        
  • « La fermeté de l’Église dans sa défense des normes morales universelles et immuables n’a rien d’humiliant. Elle ne fait que servir la vraie liberté de l’homme : du moment qu’il n’y a de liberté ni en dehors de la vérité ni contre elle » (Jean-Paul II, Encyclique Veritatis splendor, 96).
       
  • « Par rapport aux normes morales qui interdisent le mal intrinsèque, il n’y a de privilège ni d’exception pour personne. Que l’on soit le maître du monde ou le dernier des ‘misérables’ sur la face de la terre, cela ne fait aucune différence : devant les exigences morales, nous sommes tous absolument égaux » (Jean-Paul II, Encyclique Veritatis splendor, 96).
       
  • « Le devoir de réaffirmer cette non-possibilité d’admettre à l’Eucharistie [les divorcés remariés] est une condition de vraie pastorale, d’authentique préoccupation pour le bien de ces fidèles et de toute l’Église, parce qu’il indique les conditions nécessaires pour la plénitude de cette conversion, à laquelle tous sont toujours invités » (Conseil Pontifical pour les textes législatifs, Déclaration sur la communion pour les personnes divorcées et remariées, 24 juin 2000).
Défendre l'unité de la foi
En tant qu’évêques catholiques, suivant l’enseignement du Concile Vatican II, nous devons défendre l’unité de la foi et la discipline commune de l’Église et veiller à faire surgir pour tous les hommes la lumière de la pleine vérité (cf. Lumen gentium, 23). Face à la confusion actuellement toujours grandissante, nous sommes ainsi obligés en conscience de professer l’immuable vérité et la discipline sacramentelle tout aussi immuable sur l’indissolubilité du mariage, conformément à ce qu’enseigne le Magistère de l’Église de manière inaltérable depuis 2000 ans. Dans cet esprit, nous réaffirmons que :
  • Les rapports sexuels entre des personnes non liées par un mariage valide – ce qui est le cas des « divorcés-remariés » – sont toujours contraires à la volonté de Dieu et constituent une grave offense faite à Dieu.
          
  • Aucune circonstance ou finalité, pas même une possible imputabilité ou une diminution de la culpabilité, ne peuvent rendre de telles relations sexuelles moralement positives ou agréables à Dieu. Cela vaut pour tous les autres préceptes négatifs des Dix Commandements de Dieu. En effet, « il y a des actes qui, par eux-mêmes et en eux-mêmes, indépendamment des circonstances, sont toujours gravement illicites, en raison de leur objet. (Jean-Paul II, Exhortation Apostolique Reconciliatio et paenitenia, 17).
          
  • L’Église ne possède pas le charisme infaillible de juger de l’état interne de grâce d’un fidèle (cf. Concile de Trente, sess. 24, cap. 1). La non-admission à la Sainte Communion des « divorcés-remariés » ne revient donc pas à juger leur état de grâce devant Dieu mais à juger le caractère visible, public et objectif de leur situation. À cause de la nature visible des sacrements et de l’Église même, la réception des sacrements dépend nécessairement de la situation correspondante, visible et objective, des fidèles.
          
  • Il n’est pas moralement licite d’entretenir des rapports sexuels avec une personne qui n’est pas le conjoint légitime pour éviter soi-disant un autre péché. En effet, la Parole de Dieu enseigne qu’il n’est pas licite de « faire le mal afin qu’advienne le bien » (Rm 3, 8).
          
  • L’admission de telles personnes à la Sainte-Communion ne peut être permise que lorsque, avec l’aide de la grâce de Dieu et un accompagnement pastoral individualisé et patient, ils se proposent sincèrement désormais de cesser de tels rapports sexuels et d’éviter le scandale. C’est ainsi que se sont toujours exprimés dans l’Église le véritable discernement et l’authentique accompagnement pastoral.
         
  • Les personnes ayant des rapports sexuels non conjugaux violent par ce style de vie le lien nuptial indissoluble envers leur conjoint légitime. Pour cette raison, ils ne sont pas capables de participer « en esprit et en vérité » (cf. Jn 4, 23) au repas des noces eucharistiques du Christ, suivant la parole du rite de la Sainte-Communion « Heureux les invités au repas de noces de l’Agneau ! » (Ap 19, 9).
         
  • Accomplir la volonté de Dieu, révélée dans Ses Dix Commandements et dans son interdiction explicite et absolue du divorce, constitue le vrai bien spirituel de la personne ici-bas sur terre et la conduira à la vraie joie de l’amour dans le salut pour la vie éternelle.

Les évêques, par leur office pastoral, doivent veiller fidèlement sur la foi catholique reçue des Apôtres (« cultores catholicæ et apostolicæ fidei » : cf. Missale Romanum, Canon Romanus). Nous sommes conscients de cette grave responsabilité et de notre devoir face aux fidèles qui attendent de nous une profession publique et sans équivoque de la vérité et de la discipline immuable de l’Église sur l’indissolubilité du mariage. Pour cette raison, il ne nous est pas permis de nous taire.

Nous affirmons ainsi, dans l’esprit de saint Jean-Baptiste, de saint John Fisher, de saint Thomas More, de la bienheureuse Laura Vicuña et de nombreux confesseurs et martyrs, connus et inconnus, de l’indissolubilité du mariage :

Il n’est pas permis (non licet) de justifier, d’approuver ou de légitimer, ni directement, ni indirectement, le divorce et une relation sexuelle stable non conjugale en admettant les soi-disant « divorcés-remariés » à la Sainte-Communion, puisqu’il s’agit en ce cas d’une discipline étrangère à toute la Tradition de la foi catholique et apostolique.

En faisant cette profession publique devant notre conscience et devant Dieu qui nous jugera, nous sommes sincèrement convaincus d’avoir ainsi rendu un service de charité dans la vérité à l’Église de notre temps et au Souverain Pontife, Successeur de Pierre et Vicaire du Christ sur la terre.

31 décembre 2017, Fête de la Sainte-Famille,
en l’année du centenaire des apparitions de Notre-Dame à Fátima.

  • Tomash Peta, Archevêque Métropolite de l´archidiocèse de Saint Marie en Astana
  • Jan Pawel Lenga, Archevêque-Évêque de Karaganda
  • Athanasius Schneider, Évêque Auxiliaire de l´archidiocèse de Saint Marie en Astana

30 décembre 2017

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] L’importance de la Culture – II

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 30 décembre 2017

De Dieu seul peut venir la meilleure culture,
Car sans Dieu l’Occident se vautre dans l’ordure.

Revenons au Président de la Russie, Vladimir Poutine. Ce chef d’État entend selon le sens commun la notion de “culture” : il lui donne une acception très large, mais réelle, incluant les valeurs, les normes et le mode de vie des différents peuples sur le plan national et international. C’est dire qu’il conçoit la « culture » d’une manière politiquement fort incorrecte, dans la mesure où les ennemis du genre humain et de Dieu cherchent à homogénéiser toutes les nations pour les fondre dans un magma global que l’Antéchrist parviendra plus facilement à dominer par la tyrannie mondiale que ces ennemis appellent de leurs vœux. À l’inverse, Dieu étale dans sa création une étonnante variété, car plus les êtres sont différents, et mieux ils reflètent la plénitude de Son Être divin. Or, toute variété ordonnée va comporter des êtres plus parfaits et d’autres moins parfaits : en d’autres termes elle comportera une inégalité. C’est pourquoi les ennemis de Dieu, au nom de l’égalité, veulent tout niveler par le bas. Un exemple classique est leur trilogie :”Liberté, Égalité, Fraternité”. A l’inverse, les catholiques souhaitent que toutes les créatures restent aussi variées et aussi inégales que le Créateur les a voulues lorsqu’Il leur a donné l’existence. Poutine est à cet égard du côté de Dieu.

S’adressant, en octobre dernier, à un groupe international de jeunes venus à Sotchi en Russie pour le 19ème Festival mondial de la jeunesse et des étudiants, il a dit : http://​en.​kremlin.​ru/​events/​president/​news/​55842
L’Inde, notre voisin de gauche, compte 1,2 milliard d’habitants et la Chine 1,5 milliard. Quant aux États-Unis, ils reçoivent de plus en plus d’immigrants. Pour autant que je sache, la population chrétienne blanche aux États Unis est récemment devenue une minorité, soit moins de 50% de la population totale. Mon propos est de montrer que le monde est en train de subir un changement d’ensemble spectaculaire. Je ne dis pas : c’est bon, ou : c’est mauvais ; je dis simplement qu’il s’agit là de changements fondamentaux. 
Le territoire de la Russie est vaste, avez-vous dit ; vous avez raison, il l’est, en effet. Mais d’Ouest en Est, il s’agit d’un espace eurasien. Pour ce qui concerne la culture, la langue, le groupe linguistique et l’histoire, voilà incontestablement un espace européen dans la mesure où il est habité par des personnes de culture européenne. Si j’en parle, c’est parce que c’est ce que nous devons préserver si nous voulons conserver une place importante dans le monde – et je ne dis pas cela d’un point de vue militaire ou de quelque autre point de vue similaire. Car il ne faut pas diviser les peuples en fonction de leur appartenance ethni que, et il n’est pas bon de regarder en arrière, en évoquant, par exemple, la guerre entre la France et la Russie de 1812 à 1814 ; tournons-nous plutôt vers l’avenir pour construire un avenir commun allant dans un même sens. 
C’est ainsi que la Russie et son peuple resteront une entité importante dans ses relations avec les pays asiatiques et le continent américain. Si nous ne parvenons pas à préserver la Russie, elle se divisera en associations d’États de moindre importance qui finiront par perdre toute influence dans le concert mondial. Si nous préservons la Russie, cela constituera aussi un grand avantage pour le développement de toute l’humanité, car la Russie représente une partie importante de la culture mondiale ; c’est pourquoi il faut absolument qu’elle soit préservée.
Voilà qui est indubitable. Une partie importante de la culture des hommes a toujours consisté dans la littérature, les arts visuels et la musique car, d e tous temps, les êtres humains ont besoin d’histoires, d’images et de musique pour traduire et partager ce qu’ils ressentent. C’est pourquoi le théâtre et le cinéma, qui réunissent ces trois genres, sont si influents, en particulier aujourd’hui le cinéma. Or, en littérature, la Russie compte nombre d’auteurs de renommée mondiale : Pouchkine, Tolstoï, Dostoïevski, Tchekhov, Soljenitsyne, etc. ; en musique : Tchaïkovski, Rimski-Korsakov, etc. ; au cinéma, Eisenstein et Tarkovski ont une réputation internationale. Poutine a raison. Grâce à ses longs hivers et à ses penseurs profonds, la Russie, peut beaucoup apporter au monde. Cette culture russe n’est-elle pas de loin supérieure au tas d’ordures qui expriment ce qui se passe dans beaucoup d’hommes du magma global ?
   
Priez pour que Poutine ne soit pas assassiné : les ennemis de Dieu le haïssent – non sans raison – car il conduit son pays vers la Consécration au Cœur Immaculé de Marie qui, au moins pour un temps, retardera la venue de l’Antéchrist. Qu’Elle veuille le protéger.

Kyrie eleison.

28 décembre 2017

[Riposte Catholique] Tonsures et sous-diaconat dans le diocèse de Fréjus-Toulon

SOURCE - Riposte Catholique - 28 décembre 2017

Le 23 décembre a eu lieu une messe dans la forme extraordinaire à l’église paroissiale de Bormes les Mimosas célébrée par Mgr Rey au cours de laquelle il a tonsuré 3 séminaristes de la Fraternité Saint Joseph, Gardien et un frère du Monastère Saint Benoit de la Garde-Freinet. Il a également procédé à des ordinations sous-diaconales pour la Fraternité Saint Joseph, Gardien. Cette fraternité dont les prêtres célèbrent dans les deux formes du rite romain a été érigée par Mgr Rey en 2010… et a des missions aux Etats-Unis, au Guatemala, au Salvador, au Chili et en France (dans le diocèse de Toulon).

27 décembre 2017

[Jérôme Bourbon - Rivarol] Leur République interdit les crèches de Noël! (éditorial)

SOURCE - Jérôme Bourbon - Rivarol - 27 décembre 2017

CHAQUE JOUR QUI PASSE leur système cosmopolite montre davantage son vrai visage. Le maire de Béziers Robert Ménard avait installé une crèche dans sa mairie. Le tribunal administratif de Montpellier a enjoint le 18 décembre à l’édile de retirer sous 48 heures la crèche et il a également prononcé une astreinte de 2000 euros par jour de retard. Le juge a rappelé que «l’installation d’une crèche à titre temporaire à l’initiative d’une personne publique dans un emplacement public n’est légalement possible que lorsqu’elle présente un caractère culturel, artistique ou festif, sans exprimer la reconnaissance d’un culte ou marquer une préférence religieuse». Mais qui va déterminer, et selon quels critères, s’il s’agit d’une initiative de nature culturelle, festive ou religieuse? Le juge des référés, censé se prononcer sur l’urgence, rend un jugement de fond sur la crèche, en décidant arbitrairement que «l’installation dont il s’agit ne présente pas de caractères artistiques particuliers, n’étant composée que de santons ordinaires.» Comme l’écrit ironiquement dans un communiqué Robert Ménard «on apprend que le juge des référés est désormais compétent pour juger de l’aspect culturel — ou non — d’une manifestation dans le cadre des animations de Noël.»

Le maire de Béziers a essayé de trouver la parade en déplaçant la crèche de la mairie pour l’installer dans un autre bâtiment municipal. Mais la décision du juge des référés est lourde de conséquences. Le plus significatif peut-être dans cette affaire, c’est que ce jugement a été pris à la suite d’une plainte du préfet de l’Hérault qui a saisi le tribunal administratif de Montpellier selon une procédure d’urgence. Ce ne sont donc pas des groupes mahométans ou ouvertement laïcistes qui ont demandé cette fois le démontage et le retrait de la crèche, c’est l’Etat français, la République française. Comme l’écrit Robert Ménard dans le communiqué déjà cité et intitulé «pour la première fois en France, l’Etat expulse la crèche d’une mairie», « Il ne s’agit pas là de quelques associations “laïcardes” bien décidées à faire la peau à nos santons, comme ce fut le cas en 2014 et en 2016. Non, cette fois c’est bien l’Etat qui, seul, via son représentant dans l’Hérault, fait retirer la crèche. C’est une “première”, dont la portée symbolique — et historique — n’a pas fini de nous abasourdir.» C’est l’Etat, à son plus haut niveau, qui décrète l’interdiction des crèches dans les lieux publics. C’est la plus haute juridiction administrative, le Conseil d’Etat, celui-là même qui avait interdit en 2014 de manière arbitraire les spectacles de Dieudonné comme troublant l’ordre public, celui qui avait affirmé en 1989 la supériorité du droit européen sur le droit national (arrêt Nicolo), qui, une fois de plus, prend une décision scélérate. En effet, le 9 novembre 2016, cette juridiction avait proscrit dans un arrêt les crèches dans les bâtiments publics, sauf circonstances particulières extrêmement restrictives.

ON LE VOIT avec cet exemple emblématique, nous vivons dans un pays occupé. Occupé par des lobbies, des hommes, des organisations qui sont étrangers à l’âme de la France historique, qui renient chaque jour les promesses du baptême de notre patrie, qui promeuvent le faux, le laid, le mal. Leur laïcité est en réalité, et depuis l’origine, une machine de guerre contre l’âme de la France, contre sa religion historique, contre la foi de ses aïeux qui a imprégné si profondément nos territoires, nos paysages, nos terroirs, nos traditions, notre calendrier, notre vocabulaire, et il y a encore quelques décennies, avant l’apostasie universelle, jusqu’à nos modes de vie et de pensée. La “laïcité” est souvent présentée comme l’application du principe de neutralité de l’État à l’égard des différentes confessions, toutes mises sur le même pied (égalité et nivellement obligent), ce qui est déjà un principe philosophique en soi condamnable. Mais en réalité, il ne s’agit même pas de cela. En fait, la prétendue “laïcité” n’est que la couverture d’un athéisme fanatique qui est en soi une contre-religion à part entière, elle n’est donc qu’un instrument, une arme, dans le cadre d’une guerre ouverte mais qui avance masquée, et surtout qui refuse d’être désignée comme telle sous couvert d’égalitarisme républicain! C’est pourquoi il est inconséquent de combattre l’Islam dans notre pays au nom de la laïcité car on ne peut lutter contre une religion conquérante avec une arme qui précisément nous détruit et nous avilit depuis deux siècles, nous coupe de nos racines, de notre passé, de notre héritage, de notre lignée et qui agit sur nous comme un gaz incapacitant.

Ce n’est pas un hasard si aujourd’hui de plus en plus d’églises sont détruites ou transformées en cinéma, en office de tourisme, en maison particulière, en hall public, en hôtel, et demain sans doute, en mosquées ou en supermarchés. La journaliste Caroline Fourest, très active dans le lobby LGBT, préconisait ainsi de transformer les églises en centre commercial. C’est d’ailleurs le lieu où se réunit désormais une grande partie des consommateurs le dimanche (quand les magasins sont ouverts, ce qui est de plus en plus fréquent). Autrefois on se réunissait sur la place de l’église, au centre du village, et on se retrouvait tous à la sortie de la messe, ceux qui avaient assisté à l’office et ceux qui étaient allés au café en face, mais tous participaient à la vie villageoise. Aujourd’hui c’est le centre commercial anonyme ou le stade qui est le lieu de vie et au bout de la chaîne c’est le cancéropôle, l’oncopôle, ce qui va parfaitement ensemble car la nourriture industrielle vendue dans les hypermarchés ne peut produire que des effets désastreux.

Certes, dès lors que les églises se vident, il est logique qu’elles finissent par disparaître. Ce qui n’apparaît plus utile dans une société, à un moment donné, finit par s’écrouler. Mais si les églises se vident, c’est non seulement parce que nous vivons dans une société matérialiste et hédoniste où Dieu apparaît facultatif voire superfétatoire pour le plus grand nombre, mais c’est aussi parce que, depuis Vatican II, le culte qui y est encore, ici et là, pratiqué, n’a plus rien de sacré, plus rien qui élève l’âme, plus rien qui relie l’homme à Dieu, le Ciel et la Terre. On y dispense dans des sermons généralement très médiocres (n’est pas Bossuet qui veut!) un humanitarisme horizontal, un droit de l’hommisme compassionnel qui ne fait que paraphraser sottement ce que l’on enseigne déjà à longueur de journée à l’école, dans les media, dans les variétés, au cinéma. Si c’est pour entendre à l’église paroissiale les discours et les accents dont on est déjà abreuvé en permanence partout ailleurs, il n’est pas étonnant que les gens ne s’y déplacent plus.

NOUS vivons un désert spirituel dont nous ne mesurons sans doute pas l’étendue et la profondeur et dont les conséquences sont et seront incommensurables pour les familles, pour les nations, pour la concorde en société, pour le bien commun. Il est de bon ton de répéter que les croyances religieuses sont fauteuses de troubles, de violence, de haine et de crimes. Et on se plaît à énumérer les massacres qui, dans l’histoire, auraient été commis au nom de Dieu. En omettant de préciser que le plus souvent, dans ce genre de tragédies, il s’agissait en réalité de considérations essentiellement politiques qui avançaient masquées derrière d’apparentes revendications religieuses. En revanche, on ne s’interroge jamais sur l’étendue des crimes, des persécutions, des violences, des injustices commis au nom du refus de Dieu, au nom de sa radicale négation. Et pourtant n’est-ce pas le communisme athée qui, aux quatre coins du globe, a fait, et de loin, le plus de victimes au XXe siècle? Depuis la Révolution française n’est-ce pas, au nom du refus de la religion, que l’on a massacré des innocents, de la Vendée aux carmélites de Compiègne, que l’on a tué des prêtres et des religieuses, que l’on a, au mépris de toute justice, de toute humanité, crocheté des couvents, des églises, supprimé des congrégations, conduit à l’exil tant de prêtres et de religieux et organisé l’un des plus grands vols de l’histoire en se saisissant, tant sous la Révolution que durant la IIIe République, des biens de l’Eglise, du clergé, de toutes les églises paroissiales construites avant 1905?

Il n’est pas sans danger pour l’homme, pour la société, pour la concorde sociale, pour la vie en commun d’éliminer totalement Dieu du domaine public. Car la foi doit pouvoir se vivre, non seulement dans sa conscience, dans son foyer, dans sa famille mais doit aussi pouvoir s’exprimer en public. Dans le culte, dans les processions et pèlerinages. Dans les églises et les chapelles, au moyen de statues et de calvaires, de chemins de Croix et de crucifix. Elle doit pouvoir s’exprimer et se vivre dans les écoles et les tribunaux, dans l’administration et jusque dans les hôpitaux.

Si l’on supprime les crèches des dernières mairies qui souhaitaient les installer, plus souvent, il faut l’avouer, par folklore et respect de traditions locales encore populaires qu’au nom d’une foi ardente, c’est qu’on a déjà retiré toute trace de religion et de divin des autres lieux publics, c’est que l’on a conduit jusqu’à son terme, jusqu’à son sommet, l’apostasie publique d’une nation.

FAUT-IL que ce Divin Enfant, bien que tout petit, muet et sans défense, gêne considérablement les puissants de ce monde pour qu’on décide ainsi de le cacher, de le faire disparaître, toutes affaires cessantes, des lieux publics avec un fanatisme impressionnant? Et en effet la simple vue de cet Enfant, de sa sainte Mère et de son père adoptif, l’humble charpentier maniant la varlope et le rabot, est insupportable à ceux qui ont en main les leviers de commande de ce pays. Car la Sainte Famille représente par excellence tout ce qu’ils combattent, tout ce qu’ils haïssent.

La pureté et l’innocence alors qu’ils promeuvent toutes les perversions, toutes les déviances, de la Gay Pride officiellement parrainée chaque année pour la Saint-Jean par le chef de l’Etat, le maire de Paris et le conseil régional d’Ile-de-France au “mariage” gay en passant par ces réalités sordides cachées derrière les affreux acronymes Pacs, PMA et GPA et par la diffusion chaque jour plus massive, à la télévision et sur la Toile, de la pornographie.

La pauvreté et la simplicité alors qu’ils ne pensent qu’à s’enrichir toujours davantage au détriment des plus modestes, au détriment de la nature, de la tempérance et du bon sens.

La paix, le silence et la discrétion alors que notre monde ne vit que de bruit, de fureur médiatique, de cris et d’hurlements et qu’il est une conspiration permanente contre toute forme de vie intérieure, contre toute aspiration à la méditation et à la contemplation. Il faut toujours qu’il y ait du bruit, une musique assommante dans les magasins, dans les restaurants, dans les transports et jusque dans les rues.

L’intransigeance sur les principes alors qu’ils n’ont aucune colonne vertébrale et que leurs seules valeurs sont mobilières.

L’amour de la vérité et de la sincérité alors qu’ils sont faux et fourbes, que mentir pour eux est une deuxième nature, et qu’ils ne cessent de tromper, de leurrer, de manipuler, de fourvoyer par le trucage des chiffres, des statistiques, de l’histoire, de la mémoire, par les promesses non tenues, les engagements violés sans vergogne, les trahisons tant des idées qu’ils sont censés avoir pour se faire élire que des hommes qui les ont aidés à faire carrière.

LE CHRISTIANISME est par excellence la religion et la civilisation de l’Incarnation car il adore le Verbe incarné, le Dieu qui s’est fait homme. Or le monde moderne est au contraire celui de la désincarnation et d’une contre-incarnation. Il est le monde du virtuel et non plus celui du réel, de l’anonymat des réseaux sociaux et non de la chaleur d’un foyer aimant. Le monde de l’émotion instantanée qui fait pleurer les masses sur les infortunes de stars du petit écran mais qui ne s’occupe pas au quotidien de l’aïeule, de la tante, de l’enfant ou du voisin qui aurait tant besoin de présence et de chaleur humaine. Bernanos le disait déjà: «l’homme moderne a le cœur dur mais la tripe sensible». Notre univers est celui du strass et des paillettes et non celui des humbles vertus domestiques, du martyre quotidien du devoir d’état, de l’effort inlassable, du dévouement discret au sein de la famille. Il est le monde de l’immédiateté et de l’évanescence, le monde où l’on peut gagner des millions en un instant dans un jeu télévisé stupide, où l’on peut changer du jour au lendemain, sans aucun problème, de sexe, de convictions, de religion, d’organisation, d’«orientation sexuelle», où l’on peut sans cesse se réinventer, se transformer, refaire sa vie (comme si l’on avait ici-bas plusieurs vies!). Il est le monde de l’apparence et du divertissement, du frelaté, du faisandé et de l’avarié face à Celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie. Il est le monde où l’on est sans cesse relié à son téléphone portable, à son GPS, à son ordinateur et à son lecteur MP3 (voire MP4!) mais où l’on n’est plus relié en profondeur ni à la terre, ni à la nature, ni aux autres, ni à Dieu.

QUANT À NOUS, ayons à cœur la défense de cette tradition toute simple, chassons de nos foyers l’hideux Père Noël importé par les soldats américains en même temps que leur Coca-Cola. La lumière n’est pas faite pour être mise sous le boisseau. Puissions-nous la faire rayonner autour de nous. La diffusion du bien, du beau, du vrai est possible, si nous nous gardons de la contagion du monde et si nous conservons au cœur une invincible espérance.

Joyeuses et saintes fêtes de Noël à tous!

Jérôme BOURBON, jeromebourbon@yahoo.fr

Editorial du numéro 3311 de RIVAROL daté du 27 décembre 2017.
Editions des Tuileries, 19 avenue d’Italie, 75 013 Paris.

[Paix Liturgique] Mgr Gullickson: «La messe traditionnelle, dans toute sa solennité, porte vraiment l'évêque»

SOURCE - Paix Liturgique - Lettre 625 - 27 décembre 2017

Précis comme une horloge et exquis comme un chocolat, voici un beau cadeau de Noël venu de Suisse : les très belles lignes publiées par le nonce apostolique, Mgr Gullickson, au lendemain de la messe pontificale dans la forme extraordinaire du rite romain qu'il a célébrée en la basilique Notre-Dame de Fribourg (FSSP) pour la fête de l'Immaculée Conception, le 8 décembre 2017. 

Nous avons déjà eu l'occasion de vous parler de Mgr Thomas E. Gullickson, archevêque titulaire de Bomarzo, lorsqu'il prit ses fonctions de nonce en Ukraine, en 2011 (lire ici), puis en Suisse, en 2015 (voir notre lettre 509). Nonobstant ses lourdes responsabilités, il offre, sur les blogs qu'il tient depuis des années, un témoignage unique sur l'importance que tient la liturgie dans sa vie de (grand) serviteur de l'Église. L'enthousiasme de Mgr Gullickson est tel aujourd’hui – « mon cœur déborde et je dois parler », écrit-il en introduction – que nous nous faisons un devoir de lui donner écho en cette période de joie et d'allégresse de la Nativité.
« Older and better » (*) 
Article de Mgr Gullickson, publié le 10 décembre 2017 sur son blog Ad Montem Myrrhae 
[…] Ici, en Suisse, cette année 2017 m'a offert trois occasions – toutes mariales – de célébrer la messe traditionnelle : à Fischingen, pour une messe pontificale solennelle à l'occasion d'un pèlerinage pour le centenaire des apparitions de Fatima ; à Sankt Pelagiberg, pour une messe prélatice pour le Très Saint Nom de Marie ; et, ces jours-ci, à Fribourg, pour fêter l'Immaculée Conception dans la Basilique Notre-Dame. Ces trois moments ont eu un impact positif, vraiment réchauffant et rassurant, sur mon cœur. Il ne fait aucun doute qu'une personne doit tenir son cœur prêt à les recevoir d'une telle manière mais, dans tous les cas, la Tradition ou plutôt, devrais-je dire, la Très Sainte Vierge, a gagné mon cœur de la plus délicate des manières.

Sans avoir une telle chaire, je voudrais dire ex cathedra que le Vetus Ordo est la façon dont un évêque est supposé célébrer le Saint Sacrifice de la messe. La messe traditionnelle, dans toute sa solennité, porte vraiment l'évêque. La photo ci-jointe l'illustre assez bien : je m'y tiens assis, au centre, mes vieux genoux couverts, et, tandis que le sous-diacre lit l'Évangile en français, je l'écoute en attendant de prononcer mon homélie. Dans le Novus Ordo, au séminaire, lors de l'apprentissage de la messe comme lors des cours d'homilétique, on m'enseignait à être vif, à être proactif... Dans le Vetus Ordo, la liturgie – avec Christ, le Souverain Prêtre, Marie, tous les anges et tous les saints – me transporte de la plus attentive des manières et m'incite à me laisser changer, transformer, vraiment transformer, en Jésus-Christ. La liturgie emporte le vieil homme qui est en moi et fait de moi l'image de quelque chose dont je ne suis pas digne et pour laquelle, du début à la fin, je répète mon Domine, non sum dignus et mon Miserere nobis ! C'est si juste et si adapté à mon âge !

Il m'a fallu vraiment beaucoup de temps avant de me laisser aller et permettre aux autres de me faire vivre cette expérience. De toute évidence, un prêtre qui célèbre sa messe quotidienne ou une messe chantée dominicale, sans ministres assistants, doit être au sommet de son art, pour ainsi dire. Je veux juste souligner que l'évêque a la meilleure part de ce voyage, même si nous avons tout intérêt à l'intérioriser au maximum en mémorisant une bonne partie de la liturgie.

Évêques, faites à l'Église et à vous-même une faveur en acceptant l'invitation [à célébrer une messe pontificale solennelle dans la forme extraordinaire du rite romain, NDLR], si elle vous parvient, et en tenant votre petit et ancien rôle pour que brille cette grande icône qui rayonne du cœur de l'Église de Notre Seigneur !

(*) Plus c'est vieux, meilleur c'est !
LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE 

1) Dans la situation présente de l’Église, la franchise toute simple d’un archevêque, un nonce apostolique de surcroît, exprimant le fond de sa pensée sans détour sur un sujet aussi sensible que celui de la liturgie, nous apparaît comme une hirondelle qui annonce le printemps. Un vrai printemps s'entend, celui du renouveau de l'Église. Un renouveau qui passe, comme le manifeste Mgr Gullickson, par un retour aux fondamentaux. 

2) « Le 13 mai, le vieil homme que je suis a franchi le seuil d'un monde beau et nouveau, ancré dans le Missel romain de 1962 » écrivait Mgr Gullickson le 14 mai 2017, à l'issue de sa première célébration publique de la forme extraordinaire du rite romain pour le centenaire de Fatima. Si on rapproche cette réaction du texte que nous vous proposons aujourd'hui, ce qui frappe chez Mgr Gullickson, c'est sa capacité d'émerveillement. Comme un petit enfant, il n'a pas de scrupule à avouer qu'il a été saisi par la forme extraordinaire, au point de reconnaître publiquement que ce qui le fascine c'est de se laisser transporter par la liturgie et de se plier à son ordonnancement, lui dont la formation sacerdotale, contemporaine de la mise en œuvre du Novus Ordo, a été marquée par le concept du célébrant, acteur et protagoniste. Il témoigne en fait, à la première personne, que la principale qualité demandée à un évêque célébrant un pontifical traditionnel – en particulier dans sa forme la plus solennelle – est l'humilité. 

3) Le témoignage de Mgr Gullickson rejoint celui du moine bénédictin ayant pris part pour la première fois cet été à la célébration d'une messe pontificale solennelle et que nous avons rapporté dans notre lettre 618 : « Vêtu par des mains qui n’étaient pas les miennes et conduit le long d’un chemin qui ne m’était pas familier, j’ai survécu seulement grâce à la communion et au support des ministres assistants. » Là où certains ne veulent voir, et critiquer, que la richesse des ornements et la munificence du rite – récemment, en Italie, lors d'une cérémonie dans la forme extraordinaire qu'il avait pourtant accepté de célébrer, un prélat faisait des siennes en sacristie, refusant de revêtir les ornements préparés par le sacristain –, Mgr Gullickson confirme que la seule chose qui est demandé au pontife, c'est de se faire petit, le plus petit possible, comme l'Enfant-Jésus la nuit de Noël ! 

4) En ce lendemain de Noël, prions pour que de plus en plus de pasteurs, à l'image de Mgr Gullickson, acceptent l'invitation à franchir le seuil de ce monde « beau et nouveau, ancré dans le Missel romain de 1962 », afin que brille toujours plus « cette grande icône qui rayonne du cœur de l'Église de Notre Seigneur»

25 décembre 2017

[Abbé Angelo Citati, fsspx - FSSPX Italie] Lignes rouges au sujet du Magistère

SOURCE - Abbé Angelo Citati, fsspx - Site du District D'Italie de la FSSPX - original paru en italien - 25 décembre 2017

La récente insertion dans le Acta Apostolicæ Sedis, de la réponse du Pape François aux évêques de la région de Buenos Aires, dans laquelle le Souverain Pontife a loué l’interprétation que les Prélats argentins ont donné de l’exhortation post-synodale Amoris lætitia, d’après laquelle ledit document autoriserait d’une manière définitive et sans équivoque la possibilité d’administrer le sacrement de l’Eucharistie aux divorcés remariés civilement fait actuellement couler beaucoup d’encre.

La lettre du Pontife a même été répertoriée sous le titre de « Magistère authentique ». Ce qui a poussé bon nombre de catholiques à se poser la question : mais suffit-il d’ajouter en marge d’un document, abstraction faite de son contenu, la qualification de « Magistère » pour qu’il le soit vraiment et s’impose ainsi comme règle prochaine de la foi à la conscience du catholique ?

Vu l’actualité du sujet, il ne sera pas inutile de rappeler quelques lignes rouges auxquelles il est bon de se conformer dans la crise actuelle dans l’Eglise, qui est en premier lieu une crise de l’autorité magistérielle.
1. Un sommet et deux extrêmes
Pour illustrer le fait que la vérité se trouve toujours entre deux extrêmes – non pas dans le sens communément considéré d’un point intermédiaire entre deux positions contraires – le père Réginald Garrigou-Lagrange, l’une de figures majeures du néothomisme du XXe siècle, a recours à une image des plus parlantes : celle du sommet d’une montagne qui se dresse au milieu des erreurs : « La vérité, dit le théologien dominicain, s’élève comme un sommet au milieu de ces deux extrêmes, qui représentent les déviations contraires de l’erreur ». [1]

L’image de Garrigou s’applique également dans notre cas. Le problème du Magistère peut en effet être résolu en ayant recours à deux positions extrêmes contraires, mais qui, comme nous allons le voir, comme toutes les thèses qui penchent trop d’un côté, finissent par avoir plusieurs points en commun.
2. L’extrême droite : le « magistèrevacantisme »
Le titre fera sans doute sourire le lecteur. En effet, c’est peut-être le seul « -isme » qui manquait encore parmi les nombreux qui constellent la galaxie traditionnaliste à l’époque postconciliaire (on a forgé le « sédévacantisme », le « sédéprivationisme », l’« anticonciliarisme », et sans doute beaucoup d’autres qui échappent à ceux qui, comme le soussigné, préfèrent généralement s’en tenir à un seul : le sain réalisme de la philosophia perennis). Et pourtant il correspond à une aptitude qui n’est guère absente, voire même plutôt diffuse dans ces milieux. Il s’agit de l’idée d’après laquelle après le Concile Vatican II, le Magistère aurait tout simplement cessé d’exister. Purement et simplement.

Cette thèse revêt différentes nuances selon la position ecclésiale de ceux qui la soutiennent (pour certains ce n’est qu’une conséquence logique du fait que, à partir du Concile, le Siège Apostolique serait vacant ; pour les autres, elle proviendrait de l’absence de volonté d’enseigner magistériellement de la part des Pontifes à partir de Paul VI), mais dans tous les cas, elle va à l’encontre du sensus Ecclesiæ d’une part et, plus simplement, du sens de la réalité.

Elle va à l’encontre du sens ecclésial car, si le Magistère est – comme l’enseigne Pie XII – la règle prochaine de la foi [2], il en ressort que l’Eglise, de la même manière qu’elle ne pourrait pas subsister sur une trop longue durée (comme les soixante années qui nous séparent du dernier Concile) sans un Pape régnant, elle ne pourrait pas non plus subsister sans le Magistère (exercé in actu). C’est pourquoi affirmer que depuis plus de cinquante ans le Magistère n’existe plus (excepté à l’état de pure puissance) ouvre les portes aux mêmes conséquences auxquelles conduit le sédévacantisme, à savoir remettre en question la promesse de Jésus-Christ à son Eglise : « Les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle » (Mt 16,18).

Elle va également à l’encontre du simple sens de la réalité, le sain réalisme, car ce n’est pas nous qui pouvons déterminer à priori, sur la base d’une thèse toute faite, quelle est l’autorité d’un texte promulgué par le Pape, mais c’est le Pape lui-même qui manifeste son intention (sa mens, selon le terme consacré) et c’est à nous qu’il revient de la recevoir comme telle. Or, il est certainement indéniable que la conception du Magistère a subi un profond changement au cours des dernières décennies (il suffit de penser, comme signes externes de ce changement, au fait que le nombre des interventions magistérielles a énormément augmenté, alors que leur solennité diminuait proportionnellement et qu’aux organes traditionnels d’autres, de plus en plus nombreux, se sont ajoutés, telles les différentes Commissions pontificales et théologiques, dont l’autorité n’est pas toujours tout-à-fait claire). Les arguments en faveur de cette thèse ne sont donc pas complètement dépourvus de fondement [3]. Cependant, leur limite réside dans la tentative de démontrer que cette nouvelle conception concerne tous les actes du Magistère postconciliaire sans exception, là où les faits semblent plutôt montrer le contraire, à savoir que même dans un contexte si confus on trouve encore des interventions officielles dont le contenu, le ton et la finalité manifestent clairement que le Pape entend faire réellement usage de son autorité magistérielle, de la manière et dans le sens traditionnel du mot [4].

Citons quelques exemples. Le Concile Vatican II « enseigne que, par la consécration épiscopale, est conférée la plénitude du sacrement de l’Ordre » (Lumen gentium, n. 22). Cet enseignement répondait d’ailleurs aux vota d’une large majorité des Pères conciliaires (dont Mgr Lefebvre) [5]. Ce n’est certes pas une définition de foi, mais affirmer qu’en ce point précis le Concile n’a pas engagé son autorité de Magistère authentique (il incombe ensuite aux théologiens de discuter de l’exacte note théologique : celle de doctrina catholica semblerait en tout cas, à première vue, la plus appropriée [6]) serait contre tout bon sens.

On peut citer un autre exemple manifeste, en restant dans les années du Concile : la proclamation solennelle, de la part de Paul VI, de Marie « Mère de l’Eglise », acte auquel « rien ne manquait […] pour qu’il soit vraiment inspiré de l’Esprit-Saint » , c’est pourquoi « jamais on n’en parlera assez, car, dans l’histoire de l’Eglise, le Concile Vatican II demeurera avant tout celui qui a proclamé Marie, Mère de l’Eglise » [7] (Mgr Lefebvre) ; ou encore (quelques années plus tard) le « Credo du Peuple de Dieu » du même Pontife, « un acte qui, du point de vue dogmatique, est plus important que tout le Concile […]. Ce Credo qui a été rédigé pour affirmer la foi de Pierre, et de la part du successeur de Pierre, a revêtu une solennité absolument extraordinaire. Car le Pape a manifesté son intention de le faire en tant que successeur de Pierre et […] en tant que vicaire du Christ […]. Par conséquent, il a fait là un acte qui engage la foi de l’Eglise. Ainsi, nous avons cette consolation et cette confiance de voir que le Saint-Esprit n’abandonne pas son Eglise ! » [8] (Mgr Lefebvre)

Plus récemment, on peut citer comme exemples le document (Ordinatio sacerdotalis) dans lequel Jean-Paul II a réaffirmé, par des termes dont la solennité n’a d’égale que chez les Pontifes préconciliaires [9], l’impossibilité de conférer le sacrement de l’ordre aux femmes, ainsi que les passages de l’encyclique Evangelium vitæ dans laquelle il rappelle la condamnation de l’avortement (à la différence des arguments philosophiques allégués dans le même document à l’appui de cette condamnation, qui ne se présentent pas nécessairement revêtus de la même autorité).

Comment le catholique qui reconnaît vraiment (c’est-à-dire avec toutes les conséquences que cela comporte) que le Pape est Pape et le Siège n’est pas vacant, pourrait-il nier le caractère magistériel de telles interventions [10]? Le fait que les mêmes documents présentent, en d’autres points, des doctrines différentes de celles du Magistère précédent, ne saurait pas non plus constituer une objection contre leur valeur magistérielle, car « il existe un Magistère ordinaire pastoral qui peut très bien contenir des erreurs ou exprimer de simples opinions. » [11] (Mgr Lefebvre)
3. L’extrême gauche : l’« absolutisme magistériel »
A l’opposé de l’excès que l’on vient de décrire se situe une conception quasi totalitaire et absolutiste du Magistère, d’après laquelle il suffirait que l’autorité légitime publie un document pour qu’il soit magistériel et, en tant que tel, s’impose à la conscience du catholique comme indiscutable. De cette manière, on prétend lever le doute du catholique perplexe face à des enseignements nouveaux qui contredisent ceux du Magistère précédent. Et c’est ainsi que, dans cette logique, on finit par affirmer que si le Pape écrit une lettre dans laquelle il affirme qu’il est juste de dire qu’avec Amoris lætitia il est désormais licite de donner la communion aux divorcés remariés, bien que ses prédécesseurs nous aient assuré le contraire, il suffit de répertorier cela comme « Magistère » dans les Actes du Saint-Siège pour qu’il en assume aussi l’autorité. Ou encore on prétend qu’un Concile, que les Pontifes qui l’ont convoqué et clos ont déclaré ne pas contenir de nouvelles définitions de foi, mais des documents à évaluer de manière différente selon les différents degrés d’autorité du Magistère [12], doit être accepté en bloc et partagé en tout point pour pouvoir être catholique.

On peut réfuter cette deuxième approche en rappelant deux principes d’une importance fondamentale.

Le premier est qu’un enseignement, pour être vraiment magistériel, doit être proposé avec une réelle autorité (et non pas simplement exprimer les opinions personnelles de celui qui la possède), cette autorité qui distinguait Jésus-Christ et sur laquelle le peuple fidèle ne se trompait pas : « Et ils étaient frappés de sa doctrine, car il enseignait comme ayant autorité, et non pas comme les scribes » (Mc 1,22). C’est cette autorité que Jésus a transmis à ses apôtres et à leurs successeurs, plus spécialement au successeur de Pierre. Quand le détenteur légitime de l’autorité exprime de simples opinions personnelles (même s’il le fait dans des contextes qui en soi, devraient normalement plutôt servir à transmettre un enseignement), celles-ci ne peuvent pas assumer une autorité magistérielle uniquement en raison du fait que, par la suite, on cherche à les imposer et à les présenter comme obligatoires [13]. L’autorité magistérielle ne doit ainsi pas être confondue avec l’autoritarisme coercitif des scribes et des pharisiens (d’hier et d’aujourd’hui) par lequel on prétend, en profitant de la fonction que l’on recouvre, que les fidèles adhèrent à une doctrine quelconque. Ceux qui détiennent le pouvoir magistériel ne peuvent ainsi pas se contenter de réclamer, de prétendre, de contraindre à adhérer à une doctrine pour promulguer un acte de Magistère. Il ne suffit pas d’écrire sur un texte : « Magistère authentique ». Il faut enseigner avec autorité, au nom et par l’autorité de Jésus-Christ, en montrant l’enracinement de cet enseignement dans la Tradition de l’Eglise et sa continuité avec les enseignements précédents du Magistère [14].

Le deuxième principe est qu’aux trois instances épistémologiques dont dispose le catholique pour connaître les vérités de sa foi et ainsi orienter sa propre conscience (la règle lointaine : Tradition et Ecriture, et la règle prochaine : la Magistère de l’Eglise), il ne faut pas oublier d’en ajouter une quatrième : sa raison. Non pas la déesse Raison des rationalistes, mais la raison humaine : un instrument de connaissance et d’évaluation des données connues que le croyant sait devoir à son Créateur et qui, justement parce que voulu par Dieu, non seulement n’est pas contredit ou annulé, mais est même présupposé par les règles – prochaine et lointaine – qui régissent sa conscience. Autrement dit : quand on demande au catholique d’adhérer à ce qui lui est proposé par le Magistère (et, à travers ce dernier, à ce qui est contenu dans l’Ecriture et la Tradition), il ne lui est pas du tout demandé d’abdiquer à l’usage de sa raison et aux lois qui la régissent.

La première desdites lois est le principe de non contradiction : « Il est impossible que le même attribut, en même temps, appartienne et n’appartienne pas au même objet et sous le même rapport » [15]. Il s’ensuit que si on lui propose de croire, quand bien même (en théorie) au nom de l’autorité magistérielle, à une proposition qui est en contradiction logique avec une proposition déjà enseignée par le Magistère (par exemple, si on lui demande de croire qu’il est licite de recevoir la communion tout en vivant more uxorio avec une personne avec laquelle on n’est pas marié sacramentellement), le catholique non seulement n’est pas tenu d’adhérer à une telle proposition, mais est même tenu en bonne conscience, dans la mesure où il connaît et constate la contradiction, de la refuser, quelle que soit l’autorité qui la lui propose : qu’il s’agisse de son curé, de son Evêque, du Pape, « fût-ce nous-mêmes ou un ange du ciel », comme le dit saint Paul [16]. Et ce faisant, il ne commet aucune erreur contre la doctrine catholique (comme c’est le cas normalement quand on s’oppose au Magistère authentique), car au sens strict, ces propositions ne peuvent pas s’accompagner du caractère contraignant lié à l’autorité magistérielle (bien qu’elles s’inscrivent dans le cadre de l’exercice de cette autorité de la part de son légitime détenteur), dans la mesure où le Magistère, qui les a déjà condamnées, ne peut pas se contredire.

Si l’on rétorque que le simple croyant n’est radicalement pas capable (au titre précisément de son appartenance à l’Ecclesia discens) d’évaluer l’éventuelle existence d’une contradiction de ce genre dans les actes qui lui sont proposés d’en haut, et que dans tous les cas il doit faire confiance de façon volontariste aux détenteurs de l’autorité magistérielle lorsqu’ils lui disent que cette contradiction n’existe pas, ceci ne revient-il pas à dire, en définitive, qu’adhérer au Magistère de l’Eglise, croire, être catholique signifie arrêter d’utiliser la raison, c’est-à-dire précisément ce dont les rationalistes accusent l’Eglise depuis plus de deux siècles ? [17]

Et cela ne serait-il pas un paradoxe de la part de ceux qui ont tenté justement, de leur propre aveu, de réconcilier l’Eglise – entreprise d’ailleurs chimérique – avec les principes de la révolution de 1789 ? Ce serait là d’un véritable paradoxe après avoir stigmatisé – en l’occurrence en revanche avec raison – le fait que « la foi a fini par être associée à l’obscurité. On a pensé pouvoir la conserver, trouver pour elle un espace pour la faire cohabiter avec la lumière de la raison. L’espace pour la foi s’ouvrait là où la raison ne pouvait pas éclairer, là où l’homme ne pouvait plus avoir de certitudes. Alors la foi a été comprise comme un saut dans le vide que nous accomplissons par manque de lumière, poussés par un sentiment aveugle ; ou comme une lumière subjective, capable peut-être de réchauffer le cœur, d’apporter une consolation privée, mais qui ne peut se proposer aux autres comme lumière objective et commune pour éclairer le chemin » (Pape François, Encyclique Lumen fidei, n. 3).

Il convient de remarquer, enfin, un autre aspect paradoxal : les cas ne sont pas rares où les mêmes personnes sont passées de l’un de ces deux extrêmes à l’autre, de l’affirmation que rien de ce qui a été fait depuis le Concile n’a de valeur magistérielle à celle que tout, de la première à la dernière ligne, doit être accepté, sous peine de ne pas être catholique. Et ce, parce que peut-être ces deux extrêmes, comme nous le disions au début, ont en commun beaucoup plus qu’il ne semblerait à première vue. Ils ont notamment en commun le défaut de ne pas vouloir voir de nuances dans la réalité, et de lire la réalité exclusivement à la lumière des principes qu’on trouve dans les vieux manuels préconciliaires d’ecclésiologie (pour l’époque très louables, mais de ce point de vue désormais en partie inactuels) [18]. Etre réaliste (au sens philosophique du mot) veut dire aussi admettre que peut-être la réalité (comme les dernières soixante années de l’histoire semblent le confirmer) est plus compliquée que les manuels [19].
4. Réponse à une objection : un « tradi-protestantisme » ?
On pourrait maintenant soulever une objection : affirmer qu’un chrétien peut refuser d’adhérer à des actes que l’autorité légitime lui propose, ne correspond-il pas, en fin de compte, à la position des protestants ? Les « catholiques traditionalistes » (comme les appelle désormais la vulgate commune) ne mettent-ils pas ainsi leur conscience au-dessus du Magistère de l’Eglise, tout comme le font les protestants, même pour en tirer des conclusions complètement opposées ? N’agissent-ils pas comme tous les hérétiques, qui ont toujours prétendu que le Magistère de l’Eglise trahissait les sources de la Révélation, comme par exemple les vieux-catholiques, qui soutenaient que l’infaillibilité du Pape enseignée par le premier Concile du Vatican contredisait la doctrine des Pères de l’Eglise ?

Comme toute objection, celle-ci n’est également pas totalement dépourvue de fondement. C’est probablement l’excessive désinvolture et le ton polémique ou offensant avec lequel parfois, dans les milieux traditionalistes, on passe au crible les textes du Magistère conciliaire et postconciliaire qui a pu contribuer à donner cette impression. Mais si l’on fait abstraction de ces excès (qui concernent en tout cas plus le mode que la substance), l’objection s’avère infondée.

Le principe sur lequel repose l’opposition protestante à l’autorité magistérielle est en effet un critère positif d’opposition : le protestant pense que chaque fidèle a, sous inspiration de l’Esprit-Saint, l’autorité de déterminer comment interpréter l’Ecriture. Et on peut dire de même des groupes hétérodoxes comme les vieux-catholiques, qui avancent la même prétention en référence toutefois à la Tradition (dont les Pères de l’Eglise font partie). Comme on le voit, dans les deux cas le critère consiste à considérer sa propre raison comme étant la règle prochaine pour l’interprétation et l’application de la règle lointaine (Ecriture et Tradition) de la foi.

Le refus des propositions contredisant le Magistère tel que nous l’avons exposé jusqu’ici repose en revanche sur un critère purement négatif : ce qui veut dire qu’on ne prétend pas remplacer la raison du croyant au Magistère comme règle prochaine de la foi (de telle sorte que ce soit elle qui établisse ce qui fait partie du depositum fidei et ce qui n’en fait pas partie, comme le veulent les protestants), mais qu’on se limite, justement parce qu’on adhère à toutes les propositions que la règle prochaine de la foi a fixé à ce sujet, à refuser celles qui les contredisent (quelle que soit la personne qui les propose). Le protestant, en somme, prétend dire à l’autorité ce qui fait partie de la Révélation ; le catholique (« traditionnaliste » si l’on veut, mais, considérée dans le bon sens, cette expression n’est qu’un pléonasme) se limite à lui rappeler que ce qu’elle-même a enseigné comme en faisant partie ne peut pas tout d’un coup en être exclu ou, au contraire, ce qu’elle-même a déclaré incompatible avec le dépôt de la foi ne peut pas soudainement en faire partie.

Ce n’est donc pas celui qui fait cette critique qui agit en protestant, mais c’est plutôt celui qui nierait cette possibilité de critique qui ferait ainsi du détenteur de l’autorité magistérielle une sorte de nouveau messie, lequel aurait l’autorité de changer même ce qui avait été enseigné précédemment comme une loi incontournable. La mission du Magistère, au contraire, est de transmettre, de développer, d’approfondir (ce sont les fameuses clés du royaume des cieux) et non pas d’inventer des choses nouvelles. Le seul qui a pu dire avec autorité (divine) : « On vous a dit, mais en vérité moi je vous dis… » c’est Jésus-Christ. Une fois close la Révélation avec la mort du dernier des apôtres [20], à personne – pas même à son Vicaire – il n’a donné le pouvoir de faire de même.
5. Sur le sommet de la montagne : trois lignes rouges
Pour conclure donc, et sans prétendre aucunement avoir ainsi résolu un problème aussi complexe, mais dans le seul but de disposer de quelques lignes de conduite pour ne pas faire naufrage en pleine mer de la crise actuelle, quel que soit notre rôle (fidèles laïcs, clercs ou théologiens), on peut, en abordant le problème de l’autorité du Magistère, s’en tenir à ces trois lignes rouges [21], qui vont nous aider à nous élever sur le sommet de la vérité catholique au-dessus des deux extrêmes opposés :

- même pendant et après le Concile Vatican II, le vrai Magistère n’a cessé d’exister et d’être réellement exercé et, lorsque cela se vérifie, on lui doit une vraie obéissance, selon les différents degrés d’assentiment au Magistère demandés par l’Eglise ;

- concernant les points (en soi, d’ailleurs, pas très nombreux [22]) où l’on peut constater que des textes du Magistère récent contiennent des propositions paraissant inconciliables avec des propositions déjà enseignées par le Magistère précédent, on peut s’en tenir sans scrupules aux enseignements du Magistère précédent, car ceux qui les contredisent ne sauraient avoir caractère contraignant ;

- pour tous les autres points, c’est-à-dire lorsque d’un côté il n’apparaît pas avec clarté si l’autorité exerce le pouvoir magistériel traditionnel, mais de l’autre on ne peut pas non plus démontrer une contradiction explicite avec le Magistère précédent, ces passages, avec la prudence requise et de la part de ceux qui en ont la compétence, doivent être interprétés à la lumière de la Tradition.

Un corollaire important doit toutefois être ajouté à tout cela : en effet, pour ne pas discréditer personnellement nos positions, nous devons éviter toute polémique inutile, toute insulte ou manque de respect vis-à-vis des autorités en place, en concentrant nos forces sur la solidité et la scientificité des arguments. Une critique théologique ainsi menée ne saurait qu’être positive pour l’Eglise. Ainsi, le problème de l’autorité magistérielle dans l’âge contemporain reste un chantier ouvert auquel tous ceux qui ne manquent pas de sensus Ecclesiæ et du sain réalisme peuvent collaborer, sans oublier toutefois que chacune de nos contributions (et cet article en tout premier lieu) devrait se conclure et toujours s’entendre salvo meliori iudicio Ecclesiæ.

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[NOTES]

[1] R. Garrigou-Lagrange O.P., Les trois âges de la vie intérieure, t. II, Editions du Cerf, Paris 1948, p. 376. Le fait que, dans le cas d’espèce, Garrigou applique ce principe surtout à la vie spirituelle ne signifie pas, d’ailleurs, qu’il n’est valable qu’en matière de spiritualité. Il ne faut pas oublier, en effet, que la théologie est une scientia una : sa division en différentes branches (dogmatique, morale, spiritualité etc.) opérée au cours des siècles, est fondée sur des raisons essentiellement pratiques et didactiques (cf. saint Thomas d’Aquin, Summa theologiæ, Ia, q. 1, a. 3).

[2] Cf. Pie XII, Encyclique Humani generis du 12 août 1950 : « Alors que ce magistère, en matière de foi et de mœurs, doit être pour tout théologien la règle prochaine et universelle de vérité, puisque le Seigneur Christ lui a confié le dépôt de la foi – les Saintes Ecritures et la divine Tradition – pour le conserver, le défendre et l'interpréter, cependant le devoir qu’ont les fidèles d’éviter aussi les erreurs plus ou moins proches de l’hérésie et pour cela de conserver les constitutions et les décrets par lesquels le Saint-Siège proscrit et interdit ces opinions qui faussent les esprits, est parfois aussi ignoré d’eux que s’il n’existait pas ». Les théologiens en tirent généralement la conclusion que la Sainte Ecriture et la Tradition constituent en revanche la « règle lointaine » de la foi, dont l’intelligence du fidèle ne peut donc pas s’inspirer directement pour en tirer des conclusions sur les vérités de la foi, mais toujours de façon indirecte, c’est-à-dire par l’intermédiaire d’une règle ultime (le Magistère) qui régit sa conscience d’une manière plus proche.

[3] D’autres signes intéressants de cette nouvelle conception du Magistère peuvent être envisagés dans certains passages tirés des textes magistériels eux-mêmes, comme par exemple de l’encyclique Ecclesiam suam de Paul VI, dans laquelle le Pontife déclarait vouloir donner à son ministère un but surtout dialogique et pastoral (cf. § 7 : « L’Eglise doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit. L’Eglise se fait parole ; l'Eglise se fait message ; l'Eglise se fait conversation »). Lorsque cette forme d’exercice « dialogique » du Magistère est mise en œuvre, on pourrait en effet se poser la question – au titre de simple hypothèse théologique – de savoir si ces actes peuvent réellement rentrer dans les catégories traditionnelles du Magistère. Cependant, même en admettant le bien-fondé de cette hypothèse, force est d’avouer que le simple fait que d’une part les Papes postconciliaires aient fait usage surtout de cet exercice « dialogique » du Magistère, n’empêche pas, de l’autre, qu’ils aient eu recours aussi, en d’autres circonstances, à la modalité traditionnelle d’exercice du Magistère.

[4] Le fait également que les Pontifes du Post-concile admettent le principe de la liberté religieuse tel qu’il est formulé par le Concile Vatican II en Dignitatis humanæ ne saurait constituer un argument à l’appui de cette thèse, car dans ce document, si on affirme le droit à ne pas être empêché d’exercer le culte religieux auquel on adhère en conscience, on ne nie certainement pas que le Magistère de l’Eglise a un caractère contraignant pour la conscience de ceux qui adhèrent au culte catholique.

[5] En effet, les théologiens avaient débattu pendant des siècles pour déterminer si l’épiscopat, considéré de manière distincte du presbytérat, est un sacrement. Et, déjà avant le Concile, Pie XII dans Sacramentum Ordinis, tout en ne tranchant pas la question d’une manière définitive, semble bien s’aligner sur la solution affirmative (cf. Francisco a Solá S.I., De sacramentis vitæ socialis christianæ, dans AA.VV., Sacræ theologiæ summa, BAC, Madrid 1957, vol. IV, pp. 596-607).

[6] Cfr. I. Salaverri S.I., De Ecclesia Christi, dans AA.VV., Sacræ theologiæ summa, BAC, Madrid 1962, vol. I, p. 793 : « “Doctrine catholique” au sens stricte est celle que le Magistère universel enseigne d’une manière purement authentique, c’est-à-dire par un acte d’une réelle autorité doctrinale, qui cependant n’exclut pas complètement la possibilité de l’erreur. Il existe en effet [...] dans l’Eglise un Magistère universel et authentique auquel on doit un assentiment interne et religieux, bien qu’il n’ait pas l’intention de définir quelque chose avec un acte d’autorité infaillible […]. Une doctrine enseignée authentiquement par l’Eglise avec ce degré mineur d’autorité, puisqu’elle est proposée par le Magistère universel, est appelée habituellement “doctrine catholique” au sens strict. Et une doctrine opposée à celle-ci peut être définie “erreur dans la doctrine catholique” (Doctrina Catholica stricte est ea quam universale Magisterium docet mere authentice, actu nempe doctrinalis veræ auctoritatis, sed non excludente possibilitatem erroris. Nam […] est in Ecclesia Magisterium universale et authenticum, cui debetur assensus internus et religiosus, etsi non intendat auctoritatis actu infallibili aliquid definire […]. Doctrina quæ hoc minori auctoritatis gradu ab Ecclesia authentice docetur, quia ab universali Magisterio proponitur, appelari consuevit Doctrina Catholica stricte. Contraria vero dici potest error in Doctrina Catholica).

[7] Mgr M. Lefebvre, Marie, Mère de l’Eglise, dans Lettres pastorales et écrits, Editions Fideliter, Escurolles 1989, p. 211-212. Cette citation, tirée de l’une des circulaires (« Avis du mois ») que Mgr Lefebvre, en sa qualité de Supérieur général des Pères du Saint-Esprit, envoyait mensuellement à ses confrères, date de 1965. Son ton d’éloge vis-à-vis du Concile ne doit pas surprendre et ne doit pas être mis en contradiction avec les critiques que, dès l’année suivante, l’Archevêque aurait avancées au sujet de plusieurs textes conciliaires : ces quelques lignes ne font que montrer une fois de plus que tant qu’il n’y eut, peu de temps après, la preuve du contraire, Mgr Lefebvre voulut encore espérer que le Concile apporterait les lumières et les fruits que, encore du temps de sa convocation et de son déroulement, il attendait de lui ; et aussi qu’il conserva toujours un jugement équilibré, en sachant distinguer dès le début les passages dans lesquels le Concile a réellement engagé son autorité magistérielle en se faisant l’écho de la Tradition, de ceux dans lesquels il s’en éloignait.

[8] Id., Après le Concile: l’Eglise devant la crise morale contemporaine (conférence tenue en 1969 à la Faculté Autonome d’Economie et de Droit de Paris), dans Mgr M. Lefebvre, Un évêque parle, Dominique Martin Morin, Paris 1974, pp. 104-105.

[9] « Afin qu’il ne subsiste aucun doute sur une question de grande importance qui concerne la constitution divine elle-même de l’Église, je déclare, en vertu de ma mission de confirmer mes frères (cf. Lc 22,32), que l’Eglise n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l’Eglise. » (n. 4)

[10] Il ne faut bien sûr pas confondre « magistériel » avec « infaillible ». Constater le caractère magistériel d’un texte est une chose, déterminer sa note théologique et, éventuellement, son infaillibilité, en est une autre.

[11] Mgr M. Lefebvre, Réflexions sur la question du magistère de l’Eglise, dans Cor Unum. Vinculum membrorum Fraternitatis Sancti Pii X, n. 101, p. 30. La phrase suivante, contenue dans un article de Fideliter (n. 46, juillet-août 1985, p. 4, note 1), qui avait suscité quelques polémiques, est à l’origine de la rédaction de ce texte: « A la différence de tous les conciles œcuméniques antérieurs, Vatican II s’est voulu “Concile pastoral” et n’a défini aucun point de doctrine au sens de définition irréformable et infaillible, par conséquent les documents de ce concile relèvent tout au plus du Magistère ordinaire de l’Eglise, dans lequel il n’est pas exclu de rencontrer des erreurs ». Mgr Lefebvre en prit la défense : « La phrase de Fideliter – écrit-il – n’est […] pas en soi incriminable, sauf si elle est dite du Magistère ordinaire et universel tel que le définit Vatican I. Il y a un Magistère ordinaire pastoral qui peut très bien contenir des erreurs ou exprimer de simples opinions ».

[12] Cf. la Notification faite par le secrétaire général du Concile au cours de la 123e congrégation générale, le 16 novembre 1964 : « On a demandé quelle devait être la qualification théologique de la doctrine exposée dans le schéma sur l’Église et soumise au vote. A cette question la commission doctrinale a donné la réponse suivante : “Comme il est en soi évident , le texte de Concile doit toujours être interprété suivant les règles générales connues de tous”. A ce propos, la commission doctrinale renvoie à sa déclaration du 6 mars 1964, dont nous transcrivons ici le texte : “Compte tenu de l’usage des conciles et du but pastoral du Concile actuel, celui-ci ne définit comme devant être tenus par l’Eglise que les seuls points concernant la foi et les mœurs qu’il aura clairement déclarés comme tels. Quant aux autres points proposés par le Concile, en tant qu’enseignement du magistère suprême de l’Eglise, chacun des fidèles doit les recevoir et les entendre selon l’esprit du Concile lui-même qui ressort soit de la matière traitée, soit de la manière dont il s’exprime, selon les normes de l’interprétation théologique. »

[13] Cela n’empêche, bien évidemment, qu’un Pape puisse enseigner magistériellement, dans un deuxième temps, une thèse à laquelle auparavant lui-même (ou un de ces prédécesseurs) n’avait adhéré qu’au titre d’opinion personnelle. Mais cela réclamerait justement un nouvel enseignement magistériel formel et, en tout cas, ne saurait pas concerner une opinion déjà clairement et définitivement condamnée par le Magistère.

[14] Les critères par lesquels on peut reconnaître avec une sécurité relative (c’est-à-dire tout en restant dans l’ordre de la simple certitude morale) si un acte est doté d’une telle autorité sont fondamentalement les suivants : il doit être promulgué par l’autorité légitime et compétente ; la matière doit être apte (à savoir qu’il s’agisse de doctrines sur la foi ou la morale, ou encore de vérités naturelles logiquement et intimement liées à celles-ci) ; le contexte et le public auquel il s’adresse ; la solennité qui accompagne la promulgation de l’acte ; le langage utilisé (celui qui a été utilisé, par exemple, par Jean Paul II dans la lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis – pour laquelle cf. supra, note 9 – ne laisse pas de place au doute) ; et enfin (quoique, dans un contexte de crise ecclésiale généralisée, ce dernier point s’avère parfois plus difficile à appliquer) le consensus général de l’Eglise enseignante. On remarquera au passage que précisément ce consensus universel est manifestement absent dans le cas d’Amoris lætitia, qui est interprétée et appliquée selon des manières les plus disparates par les Episcopats des différentes nations.

[15] Aristote, Métaphysique, Γ, 3, 1005b 19-20.

[16] Ga 1,8.

[17] Il n’en reste pas moins vrai que, notamment en dehors des temps extraordinaires de crise dans l’Eglise, præsumptio stat pro auctoritate . Affirmer, par conséquent, que dans des situations extraordinaires un catholique peut, face à l’évidence, constater une contradiction entre les enseignements qui lui sont proposés par l’autorité légitime, n’exclut donc pas que, en principe, il faut bien sûr faire confiance à l’autorité, tant que l’évidence des choses ne convainc pas du contraire. Se mettre sur le même plan ou même au-dessus des représentants de l’Eglise enseignante reste une tentation à laquelle le catholique traditionaliste doit bien se garder de céder.

[18] Il convient par ailleurs de remarquer que l’ecclésiologie est la seule branche de la théologie catholique que saint Thomas d’Aquin n’a pas traité dans sa Somme théologique, ce qui, ajouté à la complexité de son objet, explique comment il est possible que, alors que pour étudier sérieusement des sujets comme l’Eucharistie ou la Trinité il suffit de s’inscrire dans le sillage de la Scolastique médiévale, l’ecclésiologie en revanche reste encore aujourd’hui, en partie, un chantier ouvert pour les théologiens. Cf. C. Journet, L’Eglise du verbe incarné, Desclée de Brouwer, Paris 1941, t. I, p. XII : « Il est extrêmement regrettable que le docteur angélique, qui avait une dévotion si délicate pour l’Eglise, et qui a formulé tous les principes qui en éclairent la structure intérieure, en parlant d’une part du Christ et d’autre part des sacrements, n’ait pas composé, dans un pareil cadre, un traité de l’Eglise, auquel il aurait pu donner d’emblée toutes ses dimensions ». Bien sûr nombreux furent, surtout dans la première moitié du XXe siècle, les excellents ouvrages de spéculation théologique sur l’Eglise : il suffit de penser, par exemple, aux grands traités de Ecclesia de Billot, Zapelena et Salaverri ou aux approfondissements de Journet lui-même. Mais, dans l’ensemble, le matériel dont on dispose aujourd’hui est, surtout à la lumière des développements (alors imprévisibles) des dernières soixante années, loin d’être exhaustif.

[19] Afin de justifier en partie cette aptitude simpliste, il convient toutefois de dire que c’est peut-être précisément l’exercice exemplaire que les Papes ont fait du Magistère pendant des nombreuses décennies ininterrompues (et non seulement dans son rôle définitoire et condamnatoire, mais aussi dans l’explication et l’approfondissement théologique des vérités de foi, comme le montrent les grandes encycliques des Papes comme Léon XIII et Pie XII) qui avait fait oublier à la plupart des catholiques l’existence de la possibilité que l’autorité se trompe. Et c’est probablement aussi la raison de la forte désapprobation, de la part du camp conservateur des années 70, de la position de ceux qui appliquaient cette distinction aux textes conciliaires. Sur ces bases on parvint même à accuser Mgr Lefebvre de faire, de par son aptitude, « pire que les modernistes ». Aujourd’hui, en revanche, cette thèse fait beaucoup moins peur. Dans ses grandes lignes, elle commence même à être soutenue par de nombreux théologiens (tous officiellement reconnus par la hiérarchie ecclésiastique) qui, en soi, n’ont jamais fait partie de la Fraternité Saint-Pie X (comme par exemple le regretté Mgr Brunero Gherardini, les quatre cardinaux des Dubia sur Amoris lætitia et les signataires de la Correctio filialis au pape François).

[20] Aux vérités enseignées directement par Jésus-Christ peuvent en effet aussi être assimilées celles que les apôtres ont promulguées sur son mandat et dont l’autorité est pour cette raison communément dénommée « divino-apostolique ».

[21] Cf. Mgr M. Lefebvre, Conférence donnée à Ecône le 10 janvier 1983 : « Pour moi – pour nous, je pense – dire qu’on voit, qu’on juge les documents du Concile à la lumière de la Tradition, cela veut dire évidemment qu’on rejette ceux qui sont contraires à la Tradition, qu’on interprète selon la Tradition ceux qui sont ambigus et qu’on accepte ceux qui sont conformes à la Tradition. »

[22] Si on s’en tient strictement aux textes, en effet, on peut dire que seulement « sur trois points, les enseignements doctrinaux du concile Vatican II nous semblent inconciliables avec la doctrine de la foi catholique, telle que déjà proposée dans les documents antérieurs du magistère ecclésiastique et donc inacceptables. Ces points sont les suivants. La doctrine sur la liberté religieuse, telle qu’elle s’exprime dans n° 2 de la Déclaration Dignitatis humanæ […] contredit les enseignements de Grégoire XVI dans Mirari vos et de Pie IX dans Quanta cura ainsi que ceux du pape Léon XIII dans Immortale Dei et ceux du pape Pie XI dans Quas primas. […] La doctrine sur l’œcuménisme et les religions non-chrétiennes, telle qu’elle s’exprime […] dans le n° 3 du Décret Unitatis redintegratio, ainsi que […] dans le n° 2 de la Déclaration Nostra ætate […] contredit les enseignements du pape Pie IX dans les propositions 16 et 17 du Syllabus et ceux di pape Pie XI dans Mortalium animos. […] La doctrine sur la collégialité telle qu’elle s’exprime dans le n° 22 de la constitution Lumen gentium […] met sérieusement en doute les enseignements du concile Vatican I sur l’unicité du sujet du pouvoir suprême dans l’Eglise, dans la constitution Pastor æternus » (abbé J.-M. Gleize, Vatican II en débat. Questions disputées autour du 21e concile œcuménique, Editions du Courrier de Rome, Versailles 2013, pp. 217-218). Ce n’est cependant pas uniquement leur nombre qui détermine la gravité et la portée des erreurs : il ne faut oublier que « une petite erreur dans les principes, devient grande dans les conséquences » (saint Thomas d’Aquin, De ente et essentia, Proème). Et en effet, en y regardant de plus près, la majeure partie des erreurs qui se sont diffusées à partir du dernier Concile ne sont que des conséquences ou des émanations de ces trois.

23 décembre 2017

[Le Petit Eudiste (FSSPX)] Pourquoi si peu de réactions?

SOURCE - Le Petit Eudiste (FSSPX) - décembre 2017
En un siècle de foi, devant les extravagances en matière morale du Saint-Père, les réactions seraient autrement plus vives qu’elles ne sont aujourd’hui. Oui, en un siècle de foi, toute l’Église serait en clameurs, et à juste titre. Mais il faut bien le constater, les attaques menées de biais contre l’indissolubilité du mariage dans l’exhortation post-synodale Amoris Laetitia n’ont guère ému au total qu’une poignée de cardinaux, d’évêques et de laïcs, ou du moins s’en faut-il de beaucoup que cette émotion se soit exprimée publiquement de manière fréquente et insistante. De plus, certains tenants de la morale évangélique se sont ralliés sur pression et de guère lasse à la ligne tracée par le désormais fameux chapitre huit: Le pape ne dit-il pas avoir l’Esprit-Saint à sa disposition?

Pourquoi cette pusillanimité? On doit invoquer la perte du goût de la vé- rité, perte que la fausse notion de tradition vivante, évolutive, commune aux papes post-conciliaires a corrompu. À notre corps défendant, nous trempons dans un bain de relativisme qui affaiblit nos intelligences et nos volontés. Aussi nous attachons-nous moins à ce qui est ou devrait être qu’aux personnes investies de l’autorité. Viennent-elles à défaillir manifestement, gravement, avec pertinacité, nous voilà intimidés, comme paralysés ou même portés à tordre notre jugement pour justifier l’injustifiable: l’abandon de la morale naturelle et révélée, l’enseignement du Seigneur Jésus. Nous ne nous sentons pas en mesure de tenir, de faire front, nous inventons des raisonnements captieux teintés de surnaturalisme pour rentrer dans le silence. En voulez-vous une illustration? Nous lisons dans l’éditorial de la Lettre aux amis Bienfaiteurs de la Fraternité Saint Pierre [1]: «… certains messages de l’autorité de l’Église étonnent ou troublent une partie notable des catholiques occidentaux. Cependant – et comme toujours – nous sommes prompts à remarquer les aspérités du chemin tandis que, sûrement par manque de vie inté- rieure, nous restons aveugles face aux signes d’espérance que la Providence ne manque pas de nous envoyer.» Quel escamotage, avec en prime l’accusation d’aveuglement lancée à la face des clairvoyants, de ceux qui ne renoncent pas au combat doctrinal! Remarquez que les ralliés et les sédévacantistes partagent les mêmes présupposés: «Qu’il s’agisse d’un document infaillible ou non, le catholique doit filialement embrasser le magistère. Il ne peut pas faire le tri entre ce qui est infaillible et ce qui ne l’est pas.» [2] De ce fondement, les premiers concluront que ce qui semble faux est néanmoins vrai, et les seconds que celui qui semble être le pape ne l’est pas, en raison des hérésies enseignées.

C’est ainsi que la Révolution conciliaire a tout ravagé ou presque. L’étrange, c’est qu’il nous faut constater que ses farouches adeptes, sur le plan sociologique, sont issus bien souvent du catholicisme traditionnel. N’est-ce pas un comble? Les familles méritantes – ô combien! – sous un Pie IX ou un saint Pie X, pour peu qu’elles aient persévéré dans la pratique religieuse, ont adopté trop souvent les nouveautés qui contredisent les doctrines que ces Souverains Pontifes rappelaient avec fermeté! Elles n’ont pas résisté à l’ouragan qui a soufflé dans les années soixante. Il faut en chercher les causes. L’une d’entre elles relève d’une conception faussée de l’autorité et de l’obéissance, conception qui mine la capacité de résistance à l’erreur imposée par le supérieur infidèle. Comment la caractériser en quelques mots? «Si on accorde au magistère les attributs exclusifs de Dieu, ni le pape ni les évêques ne pourront jamais être infidèles à leur fonction, pas même en dehors des limites strictes de leur infaillibilité. Le fidèle devra toujours prêter à ses pasteurs une obéissance absolue. L’état de nécessité est par définition une chose impossible. Avec un tel postulat, il ne reste plus qu’à nier le fait de la crise de l’Église, à minimiser puis à réduire à néant les graves préjudices causés par les enseignements et les réformes du concile Vatican II…» [3] Dans ses origines, cette déviation remonte à loin, mais sauf cas particulier, jusqu’à Pie XII, elle n’a pas porté à conséquence. Cependant, ce nouveau fidéisme [4] ne préparait pas à se dresser contre la tourmente qui s’annonçait. N’en soyons pas choqués, mais cette déviation avait même été encouragée à l’occasion par un pape que nous vénérons. Témoin ces deux affirmations extraites d’un discours aux prêtres en date du 2 décembre 1913, affirmations justes sans doute en situation mais qu’on ne saurait absolutiser: «Il ne saurait y avoir de sainteté là où il y a dissentiment avec le pape» et, «on ne limite pas le champ où le pape peut et doit exercer sa volonté». Mettez ces deux propositions dans la bouche du pape François, et vous vous apercevrez sur le champ de leur caractère excessif, erroné. Il s’agit là en réalité d’une opinion privée qui, prise en rigueur de termes ne résiste pas à l’examen. En tous cas, rapporte Jean Madiran dans la post-face qu’il donne à la Brève apologie pour l’Église de toujours, le père Calmel mettait une grande énergie à les rejeter, et l’autorité invoquée si grande et vénérable fût-elle n’ébranlait pas sa certitude. Ce discours aux prêtres a été porté à la connaissance du milieu conservateur dans le livre Pour qu’il règne, de Jean Ousset. Voilà qui pourrait expliquer bien des atermoiements et défections à l’heure où le devoir de lutter contre le néo-modernisme sonna. La tendance à l’inconditionnalité, le refus des nuances, des distinctions et des limites que l’Église a toujours apportées dans son enseignement de l’obéissance ne portent certes pas au mal sous des papes intègres, mais ils peuvent entraîner à des catastrophes en temps de crise. Le RP Le Floch, supérieur du séminaire français de Rome, disait à ses étudiants en 1926: «l’hérésie qui est en train de naître sera la plus dangereuse de toutes: l’exagération du respect dû au pape et l’extension illégitime de son infaillibilité.» [5] A défaut d’hérésie, ce tour d’esprit conduit à des contresens historiques dramatiques. En voici une illustration tirée du livre Toute la vérité sur Fatima: «Cependant il faut bien constater que dans l’analyse de la situation mondiale, un optimisme injustifié gagnait peu à peu la plupart des experts de Fatima. Optimisme des plus illusoires qui aura bientôt les plus funestes effets. Faisant profession d’une absolue confiance au Saint-Père, sans aucune restriction ni limite, exactement comme s’il jouissait du double charisme d’impeccabilité en tous ses actes et d’infaillibilité en tous domaines et à toutes occasions, ils n’osaient même pas insinuer que le pape n’avait pas encore obéi à toutes les demandes de NotreDame… Ainsi le chanoine Barthas…, en 1951, tentait d’expliquer que, depuis 1945… la Vierge commençait de construire la paix mondiale.» Ainsi John Haffert, ainsi Monseigneur Fulton Sheen, qui s’écriait: «… Le communisme a été défait le 13 octobre 1951, mais la nouvelle n’en a pas été encore répandue…» [6] Ainsi le colonel Rémi, et d’autres encore, au temps où la Russie était et serait encore sous Staline, Khrouchtchev puis Brejnev comme un vaste réseau de camps de concentration. Quelle était la racine de cet optimisme illusoire? Le frère Michel répond à cette question: «Elle est aisément repérable. C’est une erreur sur les demandes précises de la Vierge et sur leur accomplissement réel par le Souverain Pontife. Déplorable erreur qui trouve elle-même sa source dans une volonté délibérée d’affirmer à priori, comme un dogme de foi, que nécessairement le Saint-Père a toujours fait son devoir et accompli toutes les demandes du Ciel. C’était oublier que ni la juste obéissance, ni la confiance aimante et filiale qui sont dues au Saint-Père, en tant que vicaire du Christ et chef visible de l’Église, ne peuvent autoriser les fidèles à manquer au respect absolu dû à la vérité.»

Aujourd’hui, plus que jamais, il faut rappeler que le pape est essentiellement vicaire de Jésus-Christ. Monseigneur de Castro-Mayer en tirait quelques conséquences [7]: «Cet aspect est de l’essence même de la papauté. Il ne peut être mis de côté. Son oubli… peut conduire les personnes à penser que le pape est le maître de l’Église, qu’il peut faire ce qu’il veut, ordonner et révoquer selon ce qui lui paraît le mieux, les fidèles étant toujours et simplement obligés de lui obéir. En réfléchissant un peu, on voit que cette conception attribue au pape l’omniscience et la toute-puissance, attributs exclusifs de Dieu. Ce serait de l’idolâtrie, laquelle transfère à la créature ce qui est propre à la divinité. C’est pourquoi, le premier concile du Vatican, pour définir les pouvoirs du pape, prit soin d’en préciser aussi la fin et les limites. Le pape doit conserver intacte l’Église du Christ, à travers laquelle le divin Sauveur perpétue son œuvre de salut. Il a à maintenir en effet la structure de la sainte Église, telle que le Seigneur l’a constituée et doit veiller à conserver et transmettre intègres la foi et la morale reçues de la Tradition apostolique.» Ne craignons pas d’insister: combien de prêtres, de religieux pieux et de bonne doctrine ont été pris au dépourvu et mis dans l’impossibilité psychologique de faire face à la subversion soufflée d’en haut, ou pis même, ont fini par collaborer à cette subversion parce qu’ils avaient reçu une éducation quelque peu faussée par la mésestime des valeurs de l’intelligence, éducation qui poussait en définitive à se garer de toute responsabilité derrière le supérieur, quoiqu’il commandât. Dans ce contexte, l’action de sauvetage de Monseigneur Lefebvre apparaît vraiment comme un miracle moral suscité par la Providence.

Quant à nous, il nous faut chercher le vrai, l’aimer et le servir sans relâche, devrions-nous en perdre notre réputation ici-bas, devrions-nous être tenus pour fols par ceux qui ont perdu le sens de l’objectivité, et que les courants entraînent de-ci de-là. Monseigneur Lefebvre a été placé devant une sorte de dilemme: «Si ce gouvernement [de l’Église officielle] abandonne sa fonction et se retourne contre la foi, qu’est-ce que nous devons faire? Demeurer attachés à la foi? Nous avons le choix. Est-ce la foi qui prime? Ou est-ce le gouvernement qui prime? Nous sommes devant un dilemme et nous sommes bien obligés de faire un choix.» [8] Alors quelle attitude adopter en face d’un pape prévaricateur? «Nous ne récusons pas l’autorité du pape, mais ce qu’il fait. Nous reconnaissons bien au pape son autorité, mais lorsqu’il s’en sert pour faire le contraire de ce pourquoi elle lui a été donnée, il est évident qu’on ne peut le suivre.» [9] Vivre de vérité, dans la fidélité au Christ et à l’Église qu’il a fondée: en ce domaine, Mgr Lefebvre, nous a laissé un exemple poussé jusqu’à l’héroïsme. Avec la grâce de Dieu, montrons-nous dignes de ce grand serviteur de l’Église.
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  1.  Décembre 2017 – n°92.
  2. Abbé Ricossa: «La franc-maçonnerie et le modernisme» in Rivarol, N° 3305 du 15 novembre 2017.
  3. Cf. Courrier de Rome – juillet/août 2008 – abbé Gleize, p.3. 
  4. Cf. Itinéraires n° 196, septembre/octobre 1975. Louis Salleron in Solesmes et la Messe, p 149: «On ne veut plus exercer son intelligence: on «croit». Le fidéisme de naguère, c’était de croire en Dieu, à Jésus-Christ, aux vérités révélées, sans souci des motifs de crédibilité ou en les tenant pour dérisoires, voire inexistants. Le nouveau fidéisme, c’est de croire à Rome, au Pape, au Saint-Siège, sans autre souci, quant à ce qui en émane, que d’en justifier la forme et le fond… Le «fondamentalisme» passe de textes de l’Écriture Sainte à ceux du Vatican… L’Église elle-même a pris grand soin de définir ce qui est infaillible dans son enseignement… Ensuite nous entrons dans la hiérarchie extrêmement subtile et délicate des actes du Magistère. … […] Nous sommes dans le domaine … où la conscience et l’intelligence ont une liberté d’exercice qui, pour être elle-même soumise à des règles, n’en est pas moins réelle, sous peine de tomber dans le fidéisme… Le nouveau fidéisme incline à l’intégrisme idolâtrique. Il est redoutable, car s’il a, aujourd’hui de quoi «sécuriser» les esprits, il les laisserait sans recours le jour où les formes extérieures de l’Église viendraient à disparaître…».
  5. Citation communiquée par M. Gérard Bedel.
  6. Cf. Frère Michel de la Trinité, Toute la Vérité sur Fatima – Le troisième secret, tome 3, p 212 et 213.
  7. Cf. le mensuel Heri et Hodie (n°3 de mai 1983), repris en l’an 2000 dans la brochure intitulée Catholiques apostoliques romains – Notre position dans l’actuelle situation de l’Église.
  8. Cf. Sermon de la Messe chrismale du Jeudi-Saint 1986 à Ecône.
  9. Cf. Fideliter n°66.