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24 décembre 2006

« Le latin, tout comme la célébration à minuit, participent du mystère. »
24 décembre 2006 - La Voix du Nord
[interview de l'abbé Etienne Beauvais, FSSPX] La messe de minuit en latin, pourquoi ?
« Je suis comme beaucoup de prêtres attiré par la beauté de l’ancien rite. On ne peut que se réjouir de ce retour possible au latin, qui pour moi est la langue obligatoire de la liturgie. C’est un soulagement ! »
Le public ne comprend pas le latin ! Ça ne vous gêne pas ?
« Les gens ne comprennent pas effectivement. Moi-même je comprends le sens global, mais je suis incapable de faire de la traduction simultanée. Pour autant l’usage du latin n’est pas un frein. Si certains peuvent être rebutés de prime abord, il revient au prêtre de leur expliquer la liturgie. Des traductions en langue vernaculaire (le français) sont généralement fournies. »
Vous célèbrerez la messe de minuit en latin... et à minuit ?
« Oui. Le latin, tout comme la célébration à minuit, participent du mystère. Les premiers chrétiens priaient beaucoup la nuit, clandestinement. Il est malheureux aujourd’hui de désacraliser la messe de minuit pour privilégier le repas sur le mystère de l’incarnation. La tradition n’empêche pas de faire la fête après. »
La Voix du Nord - 24/12/2006 Ce soir, la messe de Noël en latin ?
En France, depuis 1965, sauf exception, le latin n’est en usage que dans les églises traditionalistes. Le Vatican étudie depuis novembre la possibilité d’autoriser son retour ailleurs. Dans la région, une douzaine de messes de minuit seront ce soir célébrées en latin
PAR CHRISTIAN CANIVEZ
« In nomine patris » ou « Au nom du Père » ? Depuis qu’un cardinal colombien a suggéré au pape Benoît XVI d’autoriser l’usage du latin à l’église, les catholiques sont en émoi.
Certes aucun motu proprio (décret pontifical) n’a été signé et seules des consultations sont engagées. Mais le projet est là et ne laisse pas indifférent.
Il faut dire qu’en France, les partisans du latin se retrouvent dans leur immense majorité sur les bancs des églises traditionalistes et intégristes, telle la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. Celle-ci, qui réunit moins de 50 000 fidèles dans le pays, est en rupture avec Rome depuis 1988, date de l’excommunication du cardinal Lefebvre, son fondateur.
Autoriser les prêtres à officier en latin, c’est, de fait, tendre la main à ces « brebis égarées ». Une main tendue qui fait grincer des dents. En réhabilitant le latin, le Pape fait-il le jeu des intégristes ? Beaucoup le pensent, y compris dans les rangs de l’Église. Il suffit de voir la joie qu’a soulevée ce projet du côté des « lefebvristes » (lire ci-dessous). Vu l’émoi suscité, le Vatican aujourd’hui temporise. Les choses pourraient se décanter en 2007.
En attendant, le latin sera à l’oeuvre ce soir, pour la messe de minuit, dans un certain nombre de lieux de culte de l’Hexagone.
Des lieux qui n’ont pas attendu la main tendue de Benoît XVI pour mettre le français au placard. Ils sont une douzaine dans la région (liste ci-contre), tous liés à la Fraternité Saint-Pie X, à l’exception d’Eleu-dit-Leauwette près de Lens (son prêtre est rattaché au diocèse de Monaco !) et de deux chapelles à Lille et à La Chapelle d’Armentières où l’évêque de Lille a autorisé l’usage du latin. 
Ce soir, la messe de Noël en latin ?
24 décembre 2006 - La Voix du Nord
La Voix du Nord - 24/12/2006 Ce soir, la messe de Noël en latin ?
En France, depuis 1965, sauf exception, le latin n’est en usage que dans les églises traditionalistes. Le Vatican étudie depuis novembre la possibilité d’autoriser son retour ailleurs. Dans la région, une douzaine de messes de minuit seront ce soir célébrées en latin
PAR CHRISTIAN CANIVEZ
« In nomine patris » ou « Au nom du Père » ? Depuis qu’un cardinal colombien a suggéré au pape Benoît XVI d’autoriser l’usage du latin à l’église, les catholiques sont en émoi.
Certes aucun motu proprio (décret pontifical) n’a été signé et seules des consultations sont engagées. Mais le projet est là et ne laisse pas indifférent.
Il faut dire qu’en France, les partisans du latin se retrouvent dans leur immense majorité sur les bancs des églises traditionalistes et intégristes, telle la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X. Celle-ci, qui réunit moins de 50 000 fidèles dans le pays, est en rupture avec Rome depuis 1988, date de l’excommunication du cardinal Lefebvre, son fondateur.
Autoriser les prêtres à officier en latin, c’est, de fait, tendre la main à ces « brebis égarées ». Une main tendue qui fait grincer des dents. En réhabilitant le latin, le Pape fait-il le jeu des intégristes ? Beaucoup le pensent, y compris dans les rangs de l’Église. Il suffit de voir la joie qu’a soulevée ce projet du côté des « lefebvristes » (lire ci-dessous). Vu l’émoi suscité, le Vatican aujourd’hui temporise. Les choses pourraient se décanter en 2007.
En attendant, le latin sera à l’oeuvre ce soir, pour la messe de minuit, dans un certain nombre de lieux de culte de l’Hexagone.
Des lieux qui n’ont pas attendu la main tendue de Benoît XVI pour mettre le français au placard. Ils sont une douzaine dans la région (liste ci-contre), tous liés à la Fraternité Saint-Pie X, à l’exception d’Eleu-dit-Leauwette près de Lens (son prêtre est rattaché au diocèse de Monaco !) et de deux chapelles à Lille et à La Chapelle d’Armentières où l’évêque de Lille a autorisé l’usage du latin. 

23 décembre 2006

« Inconnu à cette adresse »
23 décembre 2006 - sudouest.com
« Inconnu à cette adresse » « Ils n'ont qu'à changer de nom ou à s'appeler Pastor Bonus, en latin », propose soeur Marie-Angelès. Supérieur de la congrégation du Bon Pasteur, elle gère la maison de retraite située au niveau de la barrière Saint-Médard, à Bordeaux. Le 8 septembre dernier, elle n'a que peu goûté la création d'un institut du même nom, dirigé par l'abbé Philippe Laguérie et basé en l'église Saint-Eloi (lire ci-contre).
« C'est un pas en arrière pour l'Eglise », estime Elisabeth Dubon, animatrice pastorale, travaillant au sein de l'école primaire diocésaine du Bon Pasteur, à quelques pas de la maison de retraite. « Cela a donné l'impression aux traditionalistes d'avoir gagné, alors que leur position va à l'encontre de l'esprit d'ouverture de Vatican II. »
Mais au delà du sentiment personnel, c'est la crainte de la confusion des genres qui a saisi les religieuses et les enseignants. « Je reçois régulièrement du courrier à l'intention de l'abbé Philippe Laguérie, témoigne soeur Marie-Angelès. Nous le remettons dans la boîte aux lettres avec la mention "inconnu à cet adresse". Nous avons aussi peur que notre chapelle, du nom de Bon pasteur, soit prise pour un lieu intégriste. » « Les valeurs défendues ici sont pourtant antinomiques avec celles de Saint-Eloi », jugent Martine Lemoine, directrice de l'école.
« L'école n'est pas confessionnelle, insiste Elisabeth Dubon. Nous sommes catholiques et témoins de l'Evangile mais nous accueillons naturellement des enfants protestants, musulmans, juifs, orthodoxes et même athée. Nous sommes aussi vigilants par rapport à des tentatives d'entrisme, confie-t-elle. Nous craignons que l'homonymie avec l'institut de l'abbé Laguérie incite des traditionalistes à venir s'inscrire chez nous. »
Motu Proprio: un commentaire du vice-official du diocèse d'Eichstätt (Allemagne), Mgr A. Pytlik
23 décembre 2006 - Pro Liturgia
Les annonces quant à la possibilité d'un usage plus souple du missel promulgué en 1962 par le bienheureux Pape Jean XXIII se font décidément de plus en plus fréquentes. Elles concernent la possibilité de célébrer une liturgie eucharistique qui s'est très peu transformée au long de nombreux siècles dans les territoires relevant de l'Eglise latine (la famille rituelle de loin la plus nombreuse au sein de l'Eglise catholique), c'est-à-dire ces territoires qui à un moment donné se sont déterminés pour le rite eucharistique romain. Face à ces annonces, il convient d'accorder une attention spéciale à une déclaration officielle à lire sur le portail internet de l'archidiocèse de Gènes, dirigé depuis le 24 septembre 2006 par Mgr Angelo Bagnasco: tout laisse à penser que le document romain dont on attend la parution devra être reçu dans un contexte analogue.
Le Métropolite de Gênes, par ailleurs légat du Pape pour les territoires marins, était entre autre aussi, de 1993 à 1996, le directeur des oeuvres diocésaines pour l'apostolat liturgique. Le texte prépare tous les catholiques latins à une prochaine poursuite de la normalisation de la situation liturgique à l'intérieur de la famille liturgique latine et se prononce très clairement en faveur d'une entente pacifique.
Dans cette optique, la décision de l'actuel Pape Benoît XVI aura sûrement des répercussions à très long terme. Il y va de l'avenir de la liturgie eucharistique: elle doit à nouveau pouvoir trouver en elle-même, de façon plus intense et plus aisée, sa raison d'être, à savoir glorifier Dieu et sanctifier les âmes, et être ainsi reconnue automatiquement comme sainte et sacrée. Il va falloir, lentement, dompter et endiguer cette crise liturgique qui reste toujours d'actualité en particulier dans les régions de rite latin. En parlant de la réforme de ce rite, le Cardinal Franz König, aujourd'hui décédé, avait dénoncé une mise en uvre bien trop précipitée, ayant pu désorienter certains croyants. Lisons à présent une traduction de ce texte porteur d'avenir de l'Archevêché de Gênes: PRECISIONS CONCERNANT UNE EVENTUELLE PROMULGATION D'UN "MOTU PROPRIO" QUI ETENDRAIT PLUS LARGEMENT L'INDULT POUR L 'USAGE DU MISSEL DIT DE SAINT PIE V ( 29 NOVEMBRE 2006)
Suite au constat que dans le diocèse de Gènes circulaient ces derniers temps des commentaires erronés concernant l'éventuelle promulgation d'un "Motu Proprio" destiné à faciliter l'usage du missel dit de S. Pie V, il semble nécessaire de donner les précisions suivantes:
1. Le Pape, selon sa haute autorité, a le droit de promulguer des actes juridiques et des mesures pastorales de valeur universelle et qui font force de loi;
2. La célébration légitime et fructueuse de la sainte eucharistie suppose la communion avec l'Eglise toute entière, communion assurée en dernier ressort par le Pasteur Suprême, ayant lui-même reçu de Notre Seigneur Jésus-Christ la mission de confirmer ses frères dans la foi (cf Luc 22, 32; Mt 16,17-19; Jn 21, 15-18); il revient donc précisément à l'Evêque de Rome, qui assume avec une grande miséricorde et dans la joie, sans jamais se lasser, le service de l'amour universel, de rechercher l'unité de tous ceux qui croient au Christ.
3. Le Concile Vatican II (qui est aussi le XXI ème Concile oecuménique de l'Eglise catholique) n'a pas abrogé la messe de S. Pie V, ni demandé qu'elle soit abrogée, mais il a bien plutôt demandé la réforme de la liturgie, comme il ressort sans doute possible de la lecture de la Constitution sur la Sainte Liturgie en son chapitre III, N° 50 à 58.
4. L'extension de l'Indult concernant la liturgie dite de S. Pie V ne conduit en aucun cas à un refus du Concile Vatican II, ni à un rejet de l'enseignement des Papes Jean XXIII et Paul VI.
5. Ce même Pape Paul VI, qui en 1970 a promulgué le missel romain révisé d'après les données du Concile Vatican II, a personnellement concédé un indult au S. Père Pio de Pietrelcina, pour qu'il puisse continuer, même en public, de célébrer la messe selon le missel de S. Pie V, bien que la réforme liturgique soit entrée en vigueur dès le début du Carême 1965.
6. Dès le 3 octobre 1984, le Pape Jean-Paul II, en signant le document Quattuor abhinc annos proposé par la Congrégation pour le Culte divin et la discipline des sacrements (cf AAS 76 (1984) 1088-1089), avait accordé aux évêques diocésains la possibilité d'user d'un indult permettant la célébration de la sainte messe selon le missel romain dans l'édition de 1962 promulguée par le Pape Jean XXIII. Par ailleurs, le même Souverain Pontife, dans le Motu Proprio Ecclesia Dei adflicta ( 2 Juillet 1988), s'appuyant sur son autorité apostolique déclarait entre autre: "On devra partout respecter les dispositions intérieures de tous ceux qui se sentent liés à la tradition liturgique latine, et cela par une application large et généreuse des directives données en leur temps par le Siège Apostolique pour l'usage du missel romain selon l'édition typique de 1962."
7. L'Eglise comporte en son sein depuis le début du IVème siècle diverses liturgies et rites, qui tous expriment la même foi catholique, bien qu'ils relèvent de traditions différentes et de diverses tendances; cette variété est un signe visible de la vitalité de l'Eglise catholique.
8. Le Concile de Trente, en son temps, n'a pas voulu unifier les divers rites existant alors par un acte autoritaire; et de fait, les églises particulières et les ordres religieux - sur la base d'un principe élaboré par ce même S. Pie V qui sur la demande du Concile a mis en oeuvre la réforme liturgique - ont pu garder leur rite propre, issu d'une tradition méritant le respect, pourvu qu'il ait été pratiqué dans ces lieux depuis au moins deux siècles. Au cours des années qui suivirent, le rite romain s'est imposé dans la pratique, mais jamais de façon exclusive. Le cas du rite ambrosien est exemplaire à cet égard: il est largement pratiqué dans certaines vallées du Tessin (appelées "Valli Ambrosiane"), dans tout l'Archevêché de Milan, mais aussi ici, dans l'Archevêché de Gènes, sauf à Monza, Trezzo et Treviglio.
9. Deux expressions légitimes de l'unique foi catholique - celle de S. Pie V, et celle de Paul VI - ne doivent pas être présentées comme "deux conceptions s'excluant mutuellement", comme si elles n'avaient absolument rien à voir l'une avec l'autre.
10. Dans le domaine liturgique, il ne faut pas opposer les décisions et les actions des Papes entre eux - en particulier Jean XXI, Paul VI et Benoît XVI - , ni les Conciles entre eux - que ce soit celui de Trente, ou le IIème Concile du Vatican - et encore moins les présenter comme des alternatives s'excluant mutuellement.
FIN DE LA DECLARATION DE L'ARCHEVECHE DE GENES.
Le lecteur qui se sera habitué à trouver dans sa paroisse, des éléments d'une réforme plutôt sainement appliquée, (ou peut-être un peu moins sainement...), se demandera peut-être avec inquiétude: la réalité de la vie paroissiale va-t-elle se trouver bouleversée d'un seul coup en 2007? Une telle crainte n'est pas fondée.
En effet, le souci principal du Saint Siège était, et reste toujours, celui de l'application consciencieuse des directives liturgiques dans le sens de la sauvegarde du Saint Sacrement à travers toute la planète. Dans ce but, les évêques, et tout particulièrement les pasteurs sur le terrain, sont appelés à veiller à ce que, là où cela est nécessaire, la liturgie latine courante, célébrée dans la langue du pays, soit libérée de tout élément pouvant la désacraliser, et à préparer le terrain afin que ce renouveau liturgique et spirituel vraiment voulu par le Concile Vatican II prenne enfin son essor.
Ainsi il pourrait être utile, à l'avenir, de proposer à nouveau régulièrement la forme plus ancienne de la liturgie latine, afin de rendre visible le "mètre-étalon" sacré auquel doit se référer toute liturgie célébrée dans nos régions de rite latin, sans qu'il soit pour autant question ici d'un quelconque perfectionnisme. La réforme liturgique elle-même, sous son aspect concret, passe ainsi un peu en arrière-plan. Dans les faits, il s'agit ici d'atteindre une normalisation de la situation que connaît aujourd'hui la liturgie latine, et ce en dehors de tout a priori idéologique.
Il est impensable en effet, que des catholiques de rite latin - même échaudés par des déformations liturgiques par trop modernistes - parlent avec enthousiasme et révérence des liturgies orientales (dans et en dehors de l'Eglise catholique), les fréquentent même à l'occasion, et dans le même temps rejettent leur propre trésor liturgique et leur propre tradition spirituelle les considérant comme quelque chose de dangereux et d'obsolète.
Il convient ici de préciser que, canoniquement parlant, la notion de "rite" désigne bien plus que la seule notion de liturgie. Le rite désigne en fait l'ensemble du patrimoine spirituel, porté jusqu'à nous par le Pères de l'Eglise et par les saints, et tout ce qui fait qu'un rite légitime ait une existence propre dans l'Eglise catholique. Le rite de la messe dite "tridentine" et la célébration des sacrements selon les règles encore en vigueur au cours du Concile Vatican II font partie intégrante du rite latin, et ce pour toujours, même si de nombreux chrétiens n'en n'ont plus conscience aujourd'hui.
Cela ne fait aucun doute qu'un constant enrichissement de la liturgie venant régulièrement puiser à la source de la pleine tradition latine, aura des répercussions positives aussi sur les vocations sacerdotales. En mettant l'accent sur plus d'exigence, en recherchant de façon plus claire que par le passé le seul intérêt du sacré, on augmentera très certainement l'attractivité du "métier de prêtre".
De nombreux prêtres de rite latin témoignent de ce que la célébration régulière de la messe selon le missel romain de 1962 leur apporte davantage de forces spirituelles: il faut cependant dire clairement qu'il ne saurait y avoir de différence objective quant aux grâces reçues dans la célébration de l'Eucharistie, vu que la sainte messe jouit dans les deux cas de la pleine validité.
On attend donc pour 2007, à travers une "libéralisation encadrée" du rite latin pour tous les prêtres, une normalisation sereine de nos relations avec notre propre tradition latine: elle contribuera à décrisper la lutte idéologique engagée, et à se détourner un peu de cette bizarrerie consistant à se réclamer d'une forme de célébration soi-disant toujours meilleure et d'une validité plus certaine. En réalité, toute liturgie latine ou orientale célébrée d'après des livres qui ont été un jour approuvés par le Saint Siège est valide, pourvu que soit acquise l'intention fondamentale de faire ce que Jésus et l'Eglise veulent réaliser par cet acte. La variété des rites reconnus par l'Eglise catholique dans ses églises locales et ses communautés de rite doit être considérée comme une richesse: en ce sens on admettra qu'il est insensé de vouloir s'accrocher à tout prix à l'un d'entre eux - fusse à l'ancien rite latin -; et tout aussi insensé serait de décréter par dogmatisme absolu la place de l'autel ou le sens de la célébration.
Quel est l'intérêt, par exemple, d'émettre des reproches teintés d'idéologie et d'a priori, lorsque dans une paroisse, sous la surveillance sévère - mais parfois salutaire - des services de la protection du patrimoine, on décide de revenir à un autel unique? Même si, en conséquence de ce changement, au moment de la consécration, le célébrant et tout le peuple de Dieu prient et regardent ensemble dans la même direction? Encore une fois: il y va de la sauvegarde du mystère de la liturgie, et ce à chaque célébration. Il s'agit de trouver la meilleure façon de glorifier Dieu: ceci ne peut certainement pas être le résultat de nos propres efforts, mais du fait que le prêtre, et tout le peuple de Dieu se font eux-mêmes "instruments" au service de la liturgie, le prêtre, tout particulièrement, agissant in persona Christi, au nom de la personne du Christ à la fois Dieu et Homme.
On ne peut que regretter qu'à travers les siècles et aujourd'hui encore, la liturgie ait été, et soit encore le sujet de rudes débats, de graves dissensions, alors même qu'elle devrait nous conduire à la pleine communion dans la Sainte Trinité. Disons-le en toute franchise: il faudra engager un sérieux retour sur soi, un véritable examen de conscience - et cet effort sera nécessaire aussi au niveau de certains évêchés -. Il n'est pas rare en effet, qu'un cas concret et isolé de persécution pour cause d'attachement trop marqué à sa propre tradition liturgique latine ne se cristallise en un rejet plus ou moins systématique de prêtres ou de séminaristes qui auraient aimé répondre à leur vocation, ou qui n'ont de ce fait pu le faire qu'au prix des pires difficultés. Nombreux sont ceux qui témoignent de difficultés existentielles, voire de dépressions liées à la question liturgique. Les opportunistes et les carriéristes se sont trouvés, depuis le début de la réforme de la liturgie latine, des arguments extra-ecclésiaux plus que complaisants, et ont ainsi contribué à renforcer un comportement qu'on pourrait qualifier d'infantile les menant à reculer instinctivement, comme saisis d'horreur, devant tout ce qui pourrait ressembler au rite ancien. C'est ainsi que l'Eglise de rite latin a perdu pour quelques décennies un précieux moyen régulateur; c'est ainsi que la situation liturgique de certains diocèses s'est aggravée, même si dans l'ensemble nous pouvons constater avec reconnaissance une très légère inversion de tendance.
D'un autre côté, les croyants et les communautés attachés à l'ancien rite latin se sont souvent trouvés isolés, contribuant ainsi à laisser s'installer, justement dans ces lieux (d'ailleurs en partie autorisés) des tendances au repli et à l'enfermement. Certains candidats au sacerdoce, aux ambitions douteuses, ont ainsi détourné cet argument de persécution pour cause liturgique à leur bénéfice, profitant des bonnes dispositions de quelque pasteur de bonne foi. La pluralité catholique, qui doit pouvoir se mesurer à l'aune du Catéchisme de l'Eglise catholique pour ce qui est des questions de foi et de morale - qui ne se plie pas à cette exigence ne fait plus partie de la pluralité catholique - devra s'exprimer aussi à l'avenir quant à sa tolérance vis-à-vis de ces croyants "qui se sentent liés à la tradition liturgique latine", selon les termes du défunt Serviteur de Dieu Jean-Paul II, en juin 1988. Personnellement j'attends avec curiosité le nombre et la rapidité des retournements de vestes et autres attitudes carriéristes à la suite d'une éventuelle décision d'assouplissement liturgique.
Je suis heureux, à ce stade de mon exposé, de faire mention d'une étude scientifique datant d'il y a une quarantaine d'année et due au professeur Heinrich Reinhard, prêtre et philosophe, sous le titre "Sacrificia sacralitas; Références aux origines de la liturgie chrétienne". On trouvait déjà dans cette étude une bonne partie des espoirs et des exigences - bien qu'encore en germe à l'époque - caractérisant la situation actuelle. Il faut rappeler aussi que jusqu'ici, le "Celebret" papal autorisant dans le monde entier l'utilisation du missel romain dans son édition de 1962 n'était valable dans les cas individuels de prêtres, en accord avec leur évêque et - selon la stricte application du droit - uniquement pour ce qu'on appelle la célébration privée de la sainte messe, ou bien, dans le cas de la célébration publique, pour un groupe déterminé de personnes de rite catholique latin, toujours avec accord de l'Ordinaire du lieu, ou sur la demande de celui-ci. Pourtant, par le passé, il n'a jamais manqué d'arguments sérieux pour affirmer que la messe dite "ancienne" n'avait jamais été interdite, et par ce fait, les restrictions imposées par la lettre du droit n'ont jamais empêché que des prêtres ordonnés dans le rite latin célèbrent celui-ci dans la paix et la sérénité. Ainsi , ce "Celebret" pouvait-il apparaître au fond comme un coup de pouce intelligent de la part du Saint Siège, un exemple à opposer calmement à tous ceux qui se crispent sur le droit, pour apaiser leur conscience ou leurs scrupules exagérés. Nous espérons que cette querelle aussi se trouvera reléguée sur un plan strictement académique lorsque le Pape aura pris cette sage décision.
On peut espérer aussi en toute logique, qu'à l'avenir, le dernier mot quant au choix, à la proposition et l'organisation de la liturgie revienne à l'Ordinaire du lieu et aux curés de paroisse: sur le plan pastoral en effet, des habitudes ancrées depuis longtemps ne peuvent être simplement transformées d'un seul coup. Ainsi, la règle de base subsiste: la réforme liturgique consécutive à Vatican II doit être appliquée. Mais on doit pouvoir obtenir que la langue liturgique propre à l'Eglise de rite latin trouve davantage sa place dans la liturgie rénovée, sans quoi les attentes du Concile ne pourront pas être pleinement réalisées. La Constitution sur la Sainte Liturgie dit en effet au N° 54: "On veillera cependant à ce que les fidèles puissent dire ou chanter ensemble en langue latine aussi les parties de l'ordinaire de la messe qui leur reviennent.".
La normalisation dans l'usage des rites latins respectifs sera bénéfique pour tous ceux qui désirent vraiment ce qu'il y a de mieux pour l'Eglise et pour son apostolat liturgique. Il faut donc espérer que les informations données par le Cardinal Esteves se vérifient, et que l'usage de l'ancien rite pourra bientôt être simplifié. J'ai essayé de démontrer dans ce commentaire qu'il ne s'en suivra aucune catastrophe, mais rien que des bénéfices à long terme. On ne s'étonnera pas non plus - et cela n'aura pas échappé à l'observateur attentif - , de devoir compter avec des révisions et des corrections de la traduction des paroles de la prière eucharistique dans les langues des divers pays. Mais là encore il faut préciser que jamais la validité de la sainte messe ne fut en jeu, puisque les premiers livres ayant obtenus l'approbation se référaient toujours sincèrement à l'original latin, et que les expressions en cause ne sont pas dogmatiquement fondamentales.
Avec toute la prudence nécessaire, je pense pouvoir dire que nous sortons lentement d'une phase de bouleversements pour entrer dans une phase de véritable compréhension des textes du Concile Vatican II, et qu'il est difficile de prévoir quelles impulsions durables vont pouvoir mûrir au gré de la fécondité spirituelle. Si les traductions fautives des textes de consécration avait exprimé un soi-disant "esprit" du Concile, il faut en conclure que cet "esprit" se révèle insignifiant et non légitimé par les textes du Concile.
La normalisation de la situation de la liturgie latine va contribuer à démonter tout ce qui dépasse les intentions premières, toutes les incompréhensions qui se seraient infiltrées ainsi que toutes les contradictions construites de toutes pièces. On devrait, à l'arrivée, reconnaître à nouveau dans telle cérémonie de Noël pour enfants, dans telle célébration de première communion, qu'il s'agit bien de la Sainte Messe, et ce automatiquement et dans toutes les paroisses. Terminons en citant le professeur Heinrich Reinhardt: "C'est à travers le sacré qu'une religion devient vraiment religion pour un néophyte. C'est pourquoi il convient de remettre ce thème au goût du jour en ces temps où, à cause d'un style de vie de plus en plus individualiste caractérisé par l'anonymat et la technique pure, une véritable faim spirituelle ne fait que grandir. C'est là, à proprement parler un acte pastoral."

[Jean-Michel Petaux - Sud Ouest] Pas de cadeau pour Noël

SOURCE - Jean-Michel Petaux - Sud Ouest - 23 décembre 2006

Le bras de fer entre traditionalistes de Saint-Eloi et diocèse de Bordeaux continue
Pas de cadeau pour Noël - Jean-Michel Petaux
Troisième dimanche de l'Avent. Dans la sacristie de l'église Saint-Eloi, Philippe Laguérie se prépare pour célébrer la messe. Ici, pas de « mon père », mais un « Monsieur l'Abbé » avec deux majuscules, chères aux traditionalistes. « Nous célébrons selon le rite grégorien », rappelle-t-il. A genoux sur leur prieuré, les fidèles suivent donc la messe en latin, selon le missel en vigueur en 1962, avant la réforme liturgique de 1969 issue du concile Vatican II.

« Cette réforme a été un travail bâclé », juge l'abbé Laguérie. « Dès que l'on critique la nouvelle messe, on se heurte à tous les vieux prêtres idéologues de 1968. Ils ont conçu ce nouveau rite dans l'esprit de l'époque, il fallait que cela soit "cool" et "bat'" » estime de son côté Christophe Héry, l'autre abbé de Saint-Eloi.

Sur les murs de la sacristie, deux photos résument à elles seules l'ambiguïté du lieu et les changements survenus ici ces derniers mois. D'un côté, le fondateur de la fraternité sacerdotale Saint Pie X (FFSPX), Mgr Marcel Lefebvre, excommunié en 1988 après avoir ordonné quatre évêques sans l'accord du pape Jean-Paul II. De l'autre, face à l'abbé Laguérie, le portrait officielle de Benoît XVI. Manque encore l'effigie de Mgr Ricard, l'archevêque de Bordeaux...

Le 8 septembre dernier, en créant l'Institut du Bon Pasteur, le pape permettait à plusieurs anciens lefebvristes de revenir dans le giron de l'Eglise catholique. Depuis, l'ancien curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet jubile. « Nous sommes en pleine communion avec Rome », se réjouit Philippe Laguérie. Mais les affinités liturgiques de ce prêtre ayant prononcé, entre autres, l'oraison funèbre de Paul Touvier, avec le pape ne sont pas du goût de toute la hiérarchie ecclésiale.
Négociation en cours.
 « Le droit canonique prévoit que toute implantation dans un diocèse est suspendue à l'accord de l'évêque du lieu », rappelle le père Jean Rouet, vicaire général du diocèse de Bordeaux. « Nous sommes donc depuis deux mois en train d'élaborer une convention pour définir le cadre et la manière selon laquelle l'église Saint-Eloi serait confiée à l'Institut du Bon Pasteur. » Un adoubement local d'autant plus symbolique que l'archevêque de Bordeaux, Jean-Pierre Ricard, est aussi le président de la conférence épiscopale de France. « Ce serait la première fois qu'une convention ouvrirait à un institut tel que le notre la célébration exclusive selon la liturgie grégorienne », explique l'abbé Héry.

« Nous pensions avoir finalisé l'accord le 25 novembre dernier, ajoute-t-il. Mais une modification a été ajoutée par l'archevêché. Elle ne nous convient pas. » La pomme de discorde porterait sur le choix des rites en vigueur à Saint-Eloi. « L'archevêché souhaiterait que des messes classiques, en français, y soit également célébrées », confie un interlocuteur proche du diocèse. Or les traditionalistes acceptent uniquement de pratiquer la liturgie grégorienne. »

Prévue pour être signée hier, la convention devra donc encore être renégociée en janvier. Faute d'accord, l'abbé Laguérie attend ces dernières semaines un autre cadeau de Noël. A Rome, l'annonce d'une sortie imminente d'un motu proprio, décision à l'initiative personnelle du pape, pourrait augurer de la libéralisation de la messe en latin.

22 décembre 2006

"Les Français et la messe en latin" - sondage exclusif pour Le Pèlerin [extrait]
22 decembre 2006 - sondage complet

Question : Le pape pourrait prochainement autoriser plus largement dans l'église catholique la célébration de la messe selon l'ancien rite de Pie V (c'est-à-dire la messe en latin, le prêtre le dos tourné à l'Assemblée, etc.). Vous personnellement, qu'en pensez-vous ? Y êtes-vous :
Très favorable
5% Ensemble des Français
8% Catholiques pratiquants réguliers
Plutôt favorable
18% Ensemble des Français
21% Catholiques pratiquants réguliers
Total favorable
23% Ensemble des Français
29% Catholiques pratiquants réguliers
Plutôt opposé
23% Ensemble des Français
31% Catholiques pratiquants réguliers
Très opposé
22% Ensemble des Français
34% Catholiques pratiquants réguliers
Total opposé
45% Ensemble des Français
65% Catholiques pratiquants réguliers
Sans opinion
32% Ensemble des Français
6% Catholiques pratiquants réguliers

20 décembre 2006

La langue dans la liturgie du Rite Romain : latin et langue vulgaire
Discours du Card. Francis Arinze à la conférence liturgique de Gateway - Agence Fides - 20 décembre 2006
VATICAN - La langue dans la liturgie du Rite Romain : latin et langue vulgaire - Le discours du Card. Francis Arinze à la conférence liturgique de Gateway
Cité du Vatican (Agence Fides) - Nous publions le texte intégral du discours prononcé récemment par le Card. Francis Arinze, Préfet de la Congrégation pour le Culte divin e la discipline des Sacrements, à la conférence liturgique de Gateway (St. Louis, Missouri, 11 novembre 2006). 1. Dignité supérieure de la prière liturgique
L’Église fondée par notre Seigneur et Sauveur Jésus Christ s’efforce de rassembler les hommes de toutes races, langues, peuples et nations (cf. Ap 5,9), afin que « toute langue proclame que Jésus Christ est le Seigneur pour la gloire de Dieu le Père » (Phil 2,11). Le jour de la Pentecôte, des hommes et des femmes « issus de toutes les nations qui sont sous le ciel » (cf. Ac 2,5) ont écouté les Apôtres relater les oeuvres prodigieuses de Dieu.
Cette Église, ce nouveau peuple de Dieu, ce corps mystique du Christ, prie. Sa prière publique est la voix du Christ et celle de l’Église, son épouse. Tête et membres. La liturgie est une expression du magistère sacerdotal de Jésus Christ. En elle, le culte public est accompli par l’Église tout entière, autrement dit par le Christ qui y associe ses membres. « Par conséquent, toute célébration liturgique, en tant qu’oeuvre du Christ prêtre et de son Corps qui est l’Église, est l’action sacrée par excellence dont nulle autre action de l’Église ne peut atteindre l’efficacité au même titre et au même degré » (Sacrosanctum Concilium, 7). À la sainte source de la liturgie, nous tous qui avons soif des grâces de la Rédemption, allons puiser l’eau vive (cf. Jn 4,10).
La conscience que, dans chaque acte liturgique, Jésus Christ est le grand prêtre, devrait instiller en nous une grande ferveur. Comme le disait saint Augustin : « Il prie pour nous comme notre Prêtre ; il prie en nous comme notre Chef ; nous le prions comme notre Dieu. Nous reconnaissons ainsi notre voix en lui, et sa voix en nous » (Enarratio in Psalmum, 85).
2. Divers rites dans l’Église
Par la sainte liturgie, l’Église célèbre les mystères du Christ à l’aide de signes, symboles, gestes, mouvements, éléments matériels et paroles. Dans notre réflexion, nous nous concentrerons sur les paroles utilisées dans le culte divin du rite romain ou latin. Les éléments-clés de la sainte liturgie, les sept sacrements, nous viennent de notre Seigneur Jésus Christ lui-même. À mesure que l’Église s’est répandue et a grandi parmi les différents peuples et cultures, diverses façons de célébrer les mystères du Christ se sont développées. On peut distinguer quatre rites originaires : antiochien, alexandrin, romain et gallican. Ceux-ci ont donné naissance à d’autres rites principaux dans l’Église catholique d’aujourd’hui : dans l’Église latine prédomine le rite romain, et dans les Églises orientales, nous trouvons les rites byzantin, arménien, chaldéen, copte, éthiopien, malabar, maronite et syrien. Chacun de ces « rites » est un mélange de liturgie, théologie, spiritualité et droit canonique. Les caractéristiques fondamentales de chaque rite remontent aux premiers siècles de notre ère, leurs traits essentiels à la période apostolique, ou même au temps de notre Seigneur.
Le rite romain, qui fait l’objet de notre réflexion, est depuis les temps modernes, comme nous l’avons vu, l’expression liturgique prédominante de la culture ecclésiastique que nous appelons rite latin. Comme vous le savez, dans l’archidiocèse de Milan est en usage un « rite frère » qui a pris le nom de saint Ambroise, le grand Évêque de Milan : c’est le rite ambrosien. En Espagne, en certains lieux et en certaines occasions spéciales, la liturgie est célébrée selon un ancien rite hispanique ou mozambiquien. Ce sont là deux vénérables exceptions dont nous ne nous occuperons pas ici.
À l’origine, l’Église de Rome utilisait le grec. Ce n’est que progressivement que le latin a été introduit, jusqu’à la latinisation définitive de l’Église de Rome au IVe siècle (cf. A.G. Martimort, L’Église en prière, Desclée 1983).
Le rite romain s’est largement répandu dans ce que nous appelons aujourd’hui l’Europe occidentale et dans les continents qui ont été évangélisés en grande partie par des missionnaires européens : Asie, Afrique, Amérique et Océanie. Aujourd’hui, en raison de la circulation plus facile des personnes, on trouve dans tous ces continents des catholiques d’autres rites (appelés en général Églises orientales).
La plupart de ces rites possèdent une langue originale, qui donne à chaque rite son identité historique. Le rite romain a le latin comme langue officielle. À ce jour, les éditions typiques de ses livres liturgiques ont toujours paru en latin.
Il est à noter que beaucoup de religions du monde, ou leurs ramifications principales, ont une langue qui leur est chère. On ne peut pas penser à la religion judaïque sans penser à l’hébreu. Pour l’islam, la langue sacrée est l’arabe du Coran. L’hindouisme classique considère le sanscrit comme sa langue officielle, tandis que les textes sacrés du bouddhisme sont rédigés en pali.
Il serait superficiel de notre part de croire qu’il s’agit là d’une tendance ésotérique, bizarre, désuète, vieux jeu ou médiévale. Ce serait ignorer une composante subtile de la psychologie humaine. Dans les questions religieuses, les personnes tendent à conserver ce qu’elles ont reçu depuis les origines, la manière dont leurs prédécesseurs ont formulé leur religion et prié. Les paroles et les formules utilisées par les premières générations sont chères à ceux qui en ont hérité aujourd’hui. S’il est vrai qu’on ne peut certes pas identifier une religion avec une langue, la façon dont elle se comprend peut créer un lien affectif avec une expression linguistique particulière en usage dans sa période de croissance classique.
3. Avantages du latin dans la liturgie romaine
Comme nous l’avons vu, le latin a remplacé le grec comme langue officielle de l’Église de Rome au IVe siècle. Parmi les principaux Pères de l’Église qui écrivirent en latin de manière ample et belle figurent saint Ambroise (339-397), saint Augustin d’Hippone (354-430), saint Grégoire le Grand (+ 461) et le pape Grégoire le Grand (540-604). Le Pape Grégoire en particulier donna au latin toute sa splendeur dans la sainte liturgie, dans ses sermons et dans l’usage général de l’Église.
L’Église de rite romain fit preuve d’un dynamisme missionnaire exceptionnel. Cela explique qu’une grande partie du monde a été évangélisée par des hérauts du rite latin. Beaucoup de langues européennes que nous considérons aujourd’hui comme modernes prennent racine dans la langue latine, certaines plus que d’autres. C’est le cas de l’italien, du roumain, du portugais et du français. Mais l’anglais et l’allemand possèdent eux aussi de nombreux éléments dérivés du latin.
Les papes et l’Église de Rome ont constaté que le latin était bien adapté pour diverses raisons. C’est la langue qui convient à une Église universelle, à une Église où tous les peuples, toutes les langues et toutes les cultures doivent se sentir chez eux, et où nul n’est considéré comme un étranger. En outre, la langue latine possède une certaine stabilité que n’ont pas les langues parlées quotidiennement, où des nuances nouvelles peuvent se faire jour dans le sens des mots. Un exemple est la traduction du verbe latin propagare. Lorsque la Congrégation pour l’Évangélisation des Peuples fut fondée en 1627, elle reçut le nom de Sacra Congregatio de Propaganda Fide. Mais à l’époque du Concile Vatican II, nombre de langues modernes utilisaient le terme de « propagande » au sens où nous entendons la « propagande politique ». C’est pourquoi, dans l’Église d’aujourd’hui, on préfère éviter d’employer l’expression De propaganda fide, lui préférant celle d’« Évangélisation des peuples ». Le latin a pour caractéristique de posséder des mots et des expressions qui conservent leur sens de génération en génération. C’est un avantage, lorsqu’il s’agit d’exprimer notre foi catholique et de rédiger les documents papaux et autres textes de l’Église. Les universités modernes apprécient également cette caractéristique, puisque certains de leurs titres solennels sont en latin.
Le Bienheureux Jean XXIII, dans sa Constitution apostolique Veterum Sapientia, publiée le 22 février 1962, avance deux raisons à cela, et en donne une troisième. La langue latine a une noblesse et une dignité non négligeables (cf. Veterum Sapientia, 5, 6, 7). Nous pouvons ajouter que le latin est concis, précis, et poétiquement mesuré.
N’est-il pas admirable que des personnes, et en particulier des clercs s’ils sont bien formés, puissent se rencontrer dans des réunions internationales et être capables de communiquer entre eux au moins en latin ? Et, ce qui est plus important encore, n’est-il pas remarquable que plus d’un million de jeunes aient pu se rencontrer aux Journées Mondiales de la Jeunesse de Rome en 2000, de Toronto en 2002 et de Cologne en 2005, et chanter certaines parties de la Messe en latin, notamment le Credo ? Si les théologiens peuvent étudier sans trop de difficultés les textes originaux des premiers Pères latins et des scolastiques, c’est parce que ces textes ont été écrits en latin.
Il est vrai qu’il existe une tendance, tant à l’intérieur de l’Église que dans le monde en général, à accorder plus d’attention aux langues modernes comme l’anglais, le français et l’espagnol, qui peuvent nous aider à trouver plus rapidement un emploi sur le marché du travail ou au ministère des affaires étrangères de notre pays. Mais l’exhortation du Pape Benoît XVI aux étudiants de la Faculté de lettres classiques et chrétiennes de l’Université pontificale salésienne de Rome, à l’issue de l’Audience générale du mercredi 22 février 2006, garde toute sa valeur et son importance. Et il l’a prononcée en latin ! En voici une traduction libre en français : « Avec raison, nos prédécesseurs ont insisté sur l’étude de la grande langue latine afin que l’on puisse mieux apprendre la doctrine salvifique contenue dans les disciplines ecclésiastiques et humanistiques. De même, je vous invite à cultiver cette activité, afin que le plus grand nombre possible de personnes puissent accéder à ce trésor et en apprécier l’importance » (in L’Osservatore Romano, 45, 23 fév. 2006, p.5).
4. Le chant grégorien
« L’action liturgique présente une forme plus noble lorsque les offices divins sont célébrés solennellement avec chants » (Sacrosanctum Concilium, 113). Selon un vieil adage, bis orat qui bene cantat, ce qui veut dire : « Celui qui chante bien prie deux fois ». Cela, parce que l’intensité que prend la prière lorsqu’elle est chantée renforce sa ferveur et multiplie son efficacité (cf. Paul VI, Discours à la Schola Cantorum italienne le 25 sept. 1977, Notitiae 136, nov. 1997, p. 475).
La bonne musique aide à prier, élève l’âme des fidèles vers Dieu, et donne à ceux qui l’écoutent un avant-goût de la bonté divine.
Dans le rite latin, ce qui est connu sous le nom de « chant grégorien » fait partie de la tradition. Un chant liturgique particulier existait à Rome, il est vrai, avant saint Grégoire le Grand (+ 604). Mais ce fut ce grand pape qui donna à ce chant sa prééminence. Après saint Grégoire, cette forme de chant continua à se développer et à s’enrichir jusqu’aux bouleversements qui marquèrent la fin du moyen âge. Les monastères, et en particulier ceux de l’Ordre bénédictin, ont beaucoup fait pour préserver cet héritage.
Le chant grégorien est caractérisé par une cadence méditative et émouvante. Il touche les profondeurs de l’âme. Il manifeste la joie, la tristesse, le repentir, la requête, l’espérance, la louange ou l’action de grâce propres à une fête particulière, à une partie de la Messe ou à toute autre prière. Il rend les Psaumes plus vivants. Il exerce une fascination universelle, qui le rend approprié à toutes les cultures et à tous les peuples. Il est apprécié aussi bien à Rome, qu’à Solesmes, Lagos, Toronto ou Caracas. Il résonne dans les cathédrales, les séminaires, les sanctuaires, les centres de pèlerinage et les paroisses traditionnelles.
Le saint Pape Pie X célébra le chant grégorien en 1904 (Tra le Sollecitudini, 3). Le Concile Vatican II en fit l’éloge en 1963 : « L’Église reconnaît dans le chant grégorien le chant propre de la liturgie romaine ; c’est donc lui qui, dans les actions liturgiques, toutes choses égales d’ailleurs, doit occuper la première place (Sacrosanctum Concilium, 116). Le Serviteur de Dieu et Pape Jean-Paul II renouvela cet éloge en 2003 (cf. Chirographe pour le centenaire de Tra le Sollecitudini, 4-7, in Cong. Pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, Spiritus et Sponsa, 2003, p. 130). À l’occasion d’une rencontre à Rome à la fin de 2005, le Pape Benoît XVI a encouragé l’association internationale des Pueri Cantores, qui fait une grande place au chant grégorien. À Rome et dans le monde entier, de nombreuses chorales, composées tant de professionnels que d’amateurs, interprètent ces chants de façon magnifique, en communiquant l’enthousiasme qu’il leur inspire.
Ce n’est pas vrai que les fidèles laïcs ne veulent pas chanter le chant grégorien. Ils demandent au contraire que les prêtres, les moines et les religieuses partagent ce trésor avec eux. Les CD gravés par les moines bénédictins de Silos, par leur maison généralice de Solesmes et par beaucoup d’autres communautés sont très demandés par les jeunes. Les monastères sont visités par des personnes désireuses de chanter les laudes, et surtout les vêpres. Lors d’une cérémonie d’ordination de onze prêtres que j’ai célébrée au Nigeria en juillet dernier, près de 150 prêtres ont chanté la première prière eucharistique en latin. C’était très beau. Les fidèles présents, qui n’étaient pourtant pas des latinistes, l’ont beaucoup apprécié. Il devrait être normal que dans les paroisses où quatre ou cinq Messes sont célébrées chaque dimanche, l’une de ces messes soit chantée en latin.
5. Vatican II a-t-il découragé l’usage du latin ?
Certains pensent ou ont l’impression que le Concile Vatican II a découragé l’usage du latin dans la liturgie. Or il n’en est rien.
En 1962, juste avant d’ouvrir le Concile, le Bienheureux Jean XXIII a rédigé une Constitution apostolique dans laquelle il insistait sur l’usage du latin dans l’Église. Le Concile Vatican II, bien qu’ayant autorisé l’introduction de la langue vulgaire, a mis l’accent sur la place du latin : « L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins » (Sacrosanctum Concilum, 36). Le Concile a également demandé aux séminaristes d’avoir « la connaissance de la langue latine qui leur permettra de comprendre et d’utiliser les sources de tant de sciences et les documents de l’Église » (Optatam Totius, 13). Le Code de Droit Canonique publié en 1983 dit : « La célébration eucharistique se fera en latin, ou dans une autre langue, pourvu que les textes liturgiques aient été légitimement approuvés » (can. 928).
Par conséquent, ceux qui veulent donner l’impression que l’Église a voulu éliminer le latin de la liturgie se trompent. En avril 2005, on a assisté au niveau mondial à une manifestation de l’adhésion à une liturgie bien célébrée en latin, lorsque des millions de personnes ont suivi à la télévision les obsèques du Pape Jean-Paul II et, deux semaines plus tard, la Messe inaugurale du Pontificat de Benoît XVI.
Il est important que les jeunes acceptent volontiers que la Messe soit célébrée parfois en latin. Certes, les problèmes ne manquent pas. Il peut aussi y avoir des malentendus ou des approches erronées de la part des prêtres sur l’usage du latin. Mais pour bien situer cette question, nous devons d’abord examiner l’usage de la langue vulgaire dans la liturgie du rite romain aujourd’hui.
6. La langue vulgaire. Introduction. Diffusion. Conditions.
L’introduction des langues locales dans la sainte liturgie du rite latin n’est pas un phénomène survenu à l’improviste. Après des expériences partielles menées dans certains pays au cours des années précédentes, les 5 et 6 décembre 1962, les Pères du Concile Vatican II approuvèrent, à l’issue de débats longs et souvent très animés, le principe selon lequel l’usage de la langue du pays, pendant la Messe ou dans d’autres parties de la liturgie, pouvait être avantageux pour les personnes. L’année suivante, le Concile décida d’appliquer ce principe à la Messe, au rituel et à la Liturgie des Heures (cf. Sacrosanctum Concilium, 36, 54, 63, 76, 78, 101).
Il s’en suivit un usage plus fréquent des langues vernaculaires. Mais les Pères conciliaires insistèrent pour que le latin soit maintenu, comme s’ils prévoyaient qu’il puisse perdre progressivement du terrain. L’article 36 de la Constitution sur la sainte Liturgie déjà cité commence par décréter que « l’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins ». L’article 54 précise les modalités à suivre pour que « les fidèles puissent dire ou chanter ensemble, en langue latine, aussi les parties de l’ordinaire de la messe qui leur reviennent ». Dans la célébration de la Liturgie des Heures, « selon la tradition séculaire du rite latin dans l’office divin, les clercs doivent garder la langue latine » (SC 101).
Mais tout en établissant des limites, les Pères conciliaires ont prévu la possibilité d’un usage plus étendu de la langue du pays. L’article 54 ajoute en effet : « Si quelque part un emploi plus large de la langue du pays dans la messe semble opportun, on observera ce qui est prescrit à l’article 40 de la présente Constitution ». L’article 40 contient des directives concernant le rôle des Conférences épiscopales et du Siège apostolique dans une matière aussi délicate. La langue vulgaire était introduite. Le reste fait partie de l’histoire. Les développements furent tellement rapides qu’aujourd’hui certains clercs, religieux et fidèles laïcs ignorent que le Concile Vatican II n’a pas introduit la langue vulgaire dans toutes les parties de la liturgie.
Les requêtes d’extension de l’usage de la langue vulgaire ne se firent pas attendre. À la demande pressante de certaines Conférences épiscopales, le Pape Paul VI autorisa d’abord la célébration de la Préface de la Messe en langue vulgaire (cf. Lettre du Cardinal Secrétaire d’État, 27 avril 1965), puis de tout le Canon et des prières d’ordination en 1967. Enfin, le 14 juin 1971, la Congrégation pour le Culte Divin publia une communication selon laquelle les Conférences épiscopales pouvaient autoriser l’usage de la langue vulgaire dans tous les textes de la Messe, et tout Ordinaire pouvait donner la même autorisation pour la célébration chorale ou privée de la Liturgie des Heures (pour tous ces développements, voir A. G. Martimort : Le dialogue entre Dieu et son peuple, in A.G. Martimort : L’Église en prière, op. cit.)
Les raisons de l’introduction de la langue du pays ne sont pas difficiles à comprendre. Celle-ci favorise une meilleure compréhension de la prière de l’Église : « La Mère Église désire beaucoup que tous les fidèles soient amenés à cette participation pleine, consciente et active aux célébrations liturgiques, qui est demandée par la nature de la liturgie elle-même et qui, en vertu de son baptême, est un droit et un devoir pour le peuple chrétien » (SC 14).
En même temps, il n’est pas difficile d’imaginer à quel point le travail de traduction est compliqué et délicat. La question de l’adaptation et de l’inculturation est encore plus complexe, compte tenu de la sacralité des rites sacramentels, de la tradition séculaire du rite latin, et du lien étroit entre foi et culte, bien exprimé par l’ancienne formule : lex orandi, lex credendi.
Passons maintenant à la question épineuse des traductions de la liturgie en langue vulgaire.
7. Les traductions dans les langues vulgaires
La traduction des textes liturgiques de l’original latin dans les diverses langues vulgaires est un élément très important de la vie de prière de l’Église. Ce n’est pas une question de prière privée, mais de prière publique offerte par notre Mère l’Église, qui a pour Chef Jésus Christ. Les textes latins ont été préparés avec la plus grande attention à la doctrine, dans une formulation exacte, « exempte de toute influence idéologique, et possédant les qualités voulues pour que les saints mystères du salut et la foi inébranlable de l’Église soient transmis efficacement, au moyen du langage humain, à la prière et à une adoration digne offerte au Très-Haut » (Liturgiam Authenticam, 3). Les paroles utilisées dans la sainte liturgie expriment la foi de l’Église et sont guidées par elle. L’Église doit donc en avoir le plus grand soin, en dirigeant, préparant et approuvant les traductions, afin qu’aucune parole inappropriée ne soit introduite dans la liturgie par quelqu’un qui aurait un but personnel ou qui n’aurait pas suffisamment conscience du sérieux des rites.
Les traductions doivent donc être fidèles au texte original latin. Elles ne doivent pas être des libres compositions. Comme le dit Liturgiam Authenticam, le principal document du Saint-Siège qui donne des directives sur les traductions : « La traduction des textes liturgiques de la liturgie romaine n’est pas un travail d’innovation créative ; il s’agit au contraire de traduire les textes originaux dans les langues vulgaires avec fidélité et précision » (n. 20).
Le génie du rite latin doit être respecté. La triple répétition en est l’une des caractéristiques. En voici quelques exemples : Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa ; Kyrie eleison, Christe eleison, Kyrie eleison, Agnus Dei qui tollis…, trois fois. Une étude attentive du Gloria in Excelsis Deo révèle aussi des triplements. Les traduction ne doivent pas supprimer ou affadir cette caractéristique.
La liturgie latine n’exprime pas seulement des faits, mais aussi des sentiments, des sensations, par exemple celle de la transcendance de Dieu, de sa majesté, de sa miséricorde et de son amour infini (cf. Liturgiam Authenticam, 25). Des expressions telles que Te igitur, clementissime Pater, Supplices te rogamus, Propitius esto, veneremur cernui, Omnipotens et misericors Dominus, nos servi tui, ne doivent pas être affaiblies ou démocratisées par une traduction iconoclaste. Quelques-unes de ces expressions latines sont difficiles à traduire. Il faut s’adresser aux meilleurs spécialistes en matière de liturgie, de classiques, de patrologie, de théologie, de spiritualité, de musique et de littérature, afin de réaliser des traductions qui soient belles sur les lèvres de notre sainte Mère l’Église. Les traductions doivent refléter la ferveur, la gratitude et l’adoration devant la majesté transcendante de Dieu, la faim de Dieu chez l’homme, toutes choses qui apparaissent clairement dans les textes latins. Le Pape Benoît XVI, dans son message au comité anglais de Vox Clara, le 9 novembre 2005, parle de traductions qui « réussiront à transmettre les trésors de la foi et la tradition liturgique dans le contexte particulier d’une Célébration Eucharistique dévote et fervente » (in Notitiae, 471-472, nov-déc 2005, p. 557).
Nombre de textes liturgiques sont riches en expressions bibliques, en signes et en symboles. Ils contiennent des modèles de prière qui prennent leur source dans les Psaumes. Le traducteur ne peut pas ignorer tout cela.
Une langue parlée aujourd’hui par plusieurs millions de personnes possède évidemment de nombreuses nuances et variantes. Il y a une différence entre l’anglais utilisé dans la Constitution d’un pays, celui parlé par le Président d’une République, la langue conventionnelle des dockers ou celles des étudiants, et la conversation entre parents et enfants. La manière de s’exprimer ne peut pas être la même dans toutes ces situations, même si tous utilisent l’anglais. Quelle forme doivent prendre les traductions liturgiques ? Assurément, la langue liturgique vulgaire doit être intelligible et facile à proclamer et à comprendre. En même temps, elle doit être digne, sobre, stable, et ne pas être exposée à des changements fréquents. Il ne faut pas hésiter à employer certaines paroles qui ne sont pas utilisées généralement dans le langage quotidien, ou encore des paroles associées à la foi et au culte catholique. Ainsi, il faut dire calice, et pas simplement coupe, paterne et pas plat, ciboire et pas récipient, prêtre et pas célébrant, hostie sacrée et pas pain consacré, habit et pas vêtement. À ce propos, il est dit dans Liturgiam Authenticam : « Comme la traduction doit transmettre le trésor pérenne des oraisons dans un langage compréhensible pour la culture à laquelle elle s’adresse... il ne faut pas s’étonner si ce langage diffère par certains côtés de celui de la vie de tous les jours » (n. 47).
L’intelligibilité ne veut pas dire que chaque parole doit être comprise immédiatement de tous. Considérons attentivement le Credo. C’est un « symbole », une déclaration solennelle qui résume notre foi. L’Église a dû convoquer plusieurs conciles généraux pour parvenir à la formulation exacte de certains articles de notre foi. À la Messe, tous les catholiques ne comprennent pas immédiatement et à fond certaines formes liturgiques catholiques telles que l’Incarnation, la Création, la Passion, la Résurrection, de la même substance que le Père, qui procède du Père et du Fils, présence réelle ou Dieu tout-puissant. Ce n’est pas une question d’anglais, français, italien, hindi ou swahili.
Les traducteurs ne doivent pas devenir des iconoclastes qui détruisent ou déforment à mesure qu’ils traduisent. Tout ne peut pas être expliqué pendant la célébration liturgique. La liturgie n’épuise pas toute l’activité de l’Église (cf. Sacrosanctum Concilium, 9). La théologie, la catéchèse et la prédication sont également nécessaires. Et même après une bonne catéchèse, un mystère de notre foi demeure un mystère.
En réalité, nous pouvons dire que le plus important dans le culte divin, ce n’est pas de comprendre chaque mot ou chaque concept. Le plus important, c’est que nous ayons une attitude de ferveur et de crainte devant Dieu, que nous l’adorions, le louions et lui rendions grâce. Le sacré, les choses de Dieu, doivent être abordées sans idées préconçues.
Dans la prière, la langue est d’abord ce qui nous met en contact avec Dieu. Bien entendu, la langue sert aussi à établir une communication intelligible entre les hommes. Mais le contact avec Dieu doit avoir la priorité. Chez les mystiques, ce contact avec Dieu approche et atteint parfois l’ineffable, le silence mystique où le langage cesse.
Le fait que le langage liturgique diffère par certains aspects de notre langage quotidien n’a donc rien de surprenant. Le langage liturgique s’efforce d’exprimer la prière chrétienne par laquelle nous célébrons les mystères du Christ.
En guise de synthèse de ces divers éléments nécessaires pour faire une bonne tradition liturgique, permettez-moi de citer le discours du Pape Jean-Paul II aux évêques américains de Californie, du Nevada et des îles Hawaï lors de leur visite à Rome en 1993. Le Saint-Père insistait pour que soient préservées l’intégrité doctrinale et la beauté des textes originaux : « L’une de nos responsabilités dans ce domaine est de rendre disponibles des traductions appropriées des livres liturgiques officiels afin que, après la révision et la confirmation du Saint-Siège, elles puisent être l’instrument et la garantie d’un partage authentique sur le mystère du Christ et de l’Église. Lex orandi, lex credendi. La tâche du traducteur est ardue, car il doit veiller à conserver la pleine intégrité doctrinale et la beauté des textes originaux, selon le génie de chaque langue. Alors que tant d’hommes sont assoiffées du Dieu vivant - dont la majesté et la miséricorde sont au coeur de la prière liturgique - l’Église doit répondre par une langue de louange et de culte qui exalte le respect et la gratitude pour la grandeur de Dieu, sa compassion et pouvoir. Lorsque les fidèles se réunissent pour célébrer l’oeuvre de notre Rédempteur, le langage de la prière - exempt de toute ambiguïté doctrinale et de toute influence théologique - doit exalter la dignité et la beauté de la célébration elle-même, en exprimant fidèlement la foi de l’Église et son unité » (in Insegnamenti di Giovanni Paolo II, XVI, 2, 1993, p. 1399-1400).
De ces considérations, il découle que l’Église doit exercer une autorité attentive sur les traductions liturgiques. La responsabilité de la traduction des textes revient à la Conférence épiscopale, qui soumet les traductions au Saint-Siège pour la reconnaissance nécessaire (cf. SC 36 ; C.I.C. can. 838 ; Liturgiam Authenticam, 80).
Il en résulte que personne, pas même un prêtre ou un diacre, n’a autorité pour changer la formulation approuvée de la sainte liturgie. C’est une question de bon sens. Mais on constate parfois que le bon sens n’est pas très répandu. C’est pourquoi Redemptionis Sacramentum a tenu à réaffirmer expressément : « L’usage suivant, qui est expressément réprouvé, doit cesser : ici ou là, il arrive que les prêtres, les diacres ou les fidèles introduisent, de leur propre initiative, des changements ou des variations dans les textes de la sainte Liturgie, qu’ils sont chargés de prononcer. En effet, cette manière d’agir a pour conséquence de rendre instable la célébration de la sainte Liturgie, et il n’est pas rare qu’elle aille jusqu’à altérer le sens authentique de la Liturgie » (Red. Sacramentum, 59 ; cf. aussi Instruction générale sur le Missel romain, n. 24).
8. Qu’attend-t-on de nous ?
Pour conclure ces réflexions, nous pouvons nous demander ce qu’on attend de nous.
Nous devons faire de notre mieux pour apprécier la langue que l’Église utilise dans la liturgie et unir nos coeurs et nos voix, en suivant les indications de chaque rite liturgique. Tous les fidèles laïcs ne connaissent pas le latin, mais ils peuvent apprendre au moins les réponses les plus simples en latin. Les prêtres doivent accorder plus d’attention au latin, et célébrer de temps en temps une messe en latin. Dans les grandes églises où plusieurs messes sont célébrées le dimanche et les jours de fête, pourquoi ne pas dire l’une de ces messes en latin ? Dans les paroisses rurales, une messe en latin devrait être possible, disons une fois par mois. Dans les assemblées internationales, le latin est encore plus nécessaire. C’est pourquoi les séminaires doivent s’efforcer de préparer et de former les prêtres à l’usage du latin (cf. Synode des Évêques, octobre 2005, Prop. 36).
Tous les responsables des traductions en langue vulgaire doivent faire de leur mieux, en suivant les instructions des documents de l’Église, notamment Liturgiam Authenticam. L’expérience montre qu’il n’est pas superflu de rappeler que les prêtres, les diacres et tous ceux qui proclament les textes liturgiques doivent les lire de façon claire et avec la ferveur voulue.
La langue n’est pas tout. Mais c’est l’un des éléments les plus importants, qui nécessite une grande attention pour que les célébrations soient belles et ferventes.
C’est un honneur pour nous de prendre part à la voix de l’Église dans la prière publique. Que la Bienheureuse Vierge Marie, Mère du Verbe fait chair dont nous célébrons les mystères dans la sainte liturgie, veuille obtenir pour nous tous la grâce de remplir notre rôle en participant par notre chant aux louanges du Seigneur, que ce soit en latin ou en langue vulgaire. Francis Card. Arinze (Agence Fides 20/12/2006)
Pourquoi je reste membre de la FSSPX
20 décembre 2006 - Abbé Aulagnier
Certes je suis un des membres fondateurs de l’Institut du Bon Pasteur et m’en réjouis y voyant une œuvre providentielle. Cette fondation, voulue par Benoît XVI, a obtenu, de lui,  le 8 septembre, le privilège de la messe de toujours. C’est un de ses biens… J’y fus sensible car j’ai voué ma vie sacerdotale à la restauration de cette messe dans l’Eglise.
Toutefois je reste membre de la FSSPX malgré mon exclusion…J’ai essayé de montrer à mes confrères que leur décision d’exclusion était nulle parce qu’en tous points contraire au Droit Canon.
Mais ce n’est là qu’un aspect de la question, un aspect même mineur.
Je suis membre de la FSSPX et le reste parce que je reste attaché à la personne de Mgr Lefebvre et à son œuvre, à son souvenir, à sa pensée, à son enseignement, celui de l’Eglise catholique que j’aime.
Je vois en lui le grand restaurateur du sacerdoce par la vie commune qu’il nous enseigna retrouvant ainsi la pensée augustinienne.
Je vois en lui le grand restaurateur du sacerdoce par l’amour qu’il nous donna de la sainte Eucharistie, de la Liturgie. Ce sont là certainement les deux grands biens du sacerdoce dont la garde favorise la sainteté sacerdotale. Avec quelle piété, il célébrait la sainte Messe ! Avec quel respect, il officiait la sainte Liturgie. Je l’ai vu célébrer les saints mystères souvent, de nombreuses années, de nombreux matins dans notre oratoire de la route de Marly, dans la chapelle de la rue de la Vignetaz, à Fribourg, au séminaire d’Ecône. Je témoigne de son recueillement, de son humilité, de son adoration. Tout cela reste en ma mémoire. Je ne peux m’en défaire. Je ne peux l’oublier. Mon exclusion m’a blessé profondément. La plaie reste vive. J’ai donné toute ma vie à cette œuvre sacerdotale qu’il fonda en 1969, en octobre 1969. Je l’ai aidé autant que je l’ai pu, à Fribourg et en France surtout.  De ses mains, j’ai reçu le sacerdoce. C’est pour moi une grâce, une grâce qui  me lie à jamais à son épiscopat, à sa personne. Comment voulez-vous que j’oublie cela ? Et quelle bonté en sa personne ! Quel respect des êtres et des choses ! Quelle charité dans son regard, dans son geste ! Quel oubli de lui-même. Croyez-vous que l’on puisse en être séparé, que l’on puisse être rejeté de cette fondation comme cela, simplement, par une lettre, par une  simple lettre fut-elle envoyée en recommandée avec accusé de réception. Ce n’est pas possible.
C’est lui, du reste, qui est le père, directement ou indirectement,  des nombreux instituts, qui gardent la messe dite de saint Pie V : de la Fraternité Saint-Pierre à la fondation du R.P. de Blignière, des Chanoines de la Mère de Dieu –  Qui donc a protégé l’abbé Vladimir alors au séminaire français  - à l’Institut du Père Argoua’ch…S’il a pu retrouver les immeubles du Père Revé, c’est qu’ils lui furent conservés à l’heure providentielle…Je peux vous en donner tous les détails. Ce serait peut-être l’Institut du Christ-Roi qui aurait les liens les plus lâches avec Mgr Lefebvre,  pourtant son fondateur lui-même, M l’abbé Wach, reconnaît l’influence qu’il a joué sur sa propre fondation…Ne parlons pas du monastère de Dom Gérard. Si Dom Gérard brille de sa propre excellence, ses sujets, beaucoup d’entre eux, reçurent le sacerdoce des mains du saint prélat.  Oui  il est le père dans le sacerdoce de tous les anciens qui  restent fidèles à cette belle messe tridentine. C’est cela qu’il faut voir au-delà de toutes les difficultés rencontrées. Par cela,  on peut mesurer l’influence de Mgr Lefebvre dans le milieu du 20ème siècle. Si Benoît XVI arrive à restaurer la sainte Liturgie, il le devra pour une grande part à Mgr Lefebvre, à ceux qui reçurent de lui le sacerdoce et qui jouirent de sa sainte influence. Que serait devenue la messe tridentine sans lui, je vous le demande ?
Il y eut des écrivains. Il y eut des théologiens. Il y eut de bons prêtres…Tous coopérèrent à cette œuvre. C’est leur grande œuvre…Mais sans cet évêque, point de prêtres. Nous aurions les plus belles réfutations de la « révolution liturgique » mais nous n’aurions pas eu les prêtres pour continuer à prêcher le saint Evangile et réaliser le saint sacrifice de la messe dans ce beau rite, cœur de toutes les grâces. Tous le comprirent. C’est ainsi et ainsi seulement qu’a pu être maintenu cette messe que la hiérarchie semblait mystérieusement ne plus aimer.
Je reste attaché à Mgr Lefebvre parce que c’est lui qui m’apprit, après ma famille et ma mère, l’amour de l’Eglise. En elle, il a « voulu vivre et mourir » et quoi qu’on puisse en dire c’est cet amour de l’Eglise qui lui fit accomplir cet acte  - oh combien difficile – des sacres de quatre évêques… au-delà même de sa propre réputation, de son propre nom. Il m’est difficile d’entendre, comme on l’entend dans un certain manifeste, ces jours derniers, que, pour cela, il aurait rompu la « pleine communion avec l’Eglise ». Il provoqua plutôt un « sursum corda », une réaction de la hiérarchie elle-même…Et c’est le cardinal Ratzinger qui, le premier mena cette réaction, cette réflexion dans sa conférence qu’il donna au Chili en juillet 1988 et après, par l’influence qu’il exerça auprès de Jean-Paul II.
Et cette réaction suivit dès lors son chemin. Peu à peu. Année après année… C’est alors qu’en 2000, en l’année jubilaire, Rome tendit, de nouveau,  la main à la FSSPX. Mgr Lefebvre fut toujours résolu de « normaliser » sa situation avec Rome. Il le manifesta encore clairement le 21 novembre 1987 dans la lettre qu’il remettait au Cardinal Gagnon proposant les conditions de cette « normalisation » et la « politique » à suivre.
Si elles ne furent pas réalisées ni réalisables encore en 1988, elles pouvaient l’être en 2000. A plus forte raison pourraient-elles l’être en 2006 avec le nouveau Pontife Benoît XVI.
Je crois qu’il est urgent que la FSSPX s’ouvre à cet examen, à cette étude. Il y a une vaste « politique » à mener…celle déjà prévue et enseignée par Mgr Lefebvre.
C’est le temps de la « normalisation » de la situation de la FSSPX avec Rome. Ce temps presse. Il ne faut plus tarder. Il ne faut plus retarder cette « marche » vers Rome. Ce serait une erreur, même une faute, une infidélité à la pensée de Mgr Lefebvre, à son action…même si tous les problèmes doctrinaux sont loin d’être réglés et l’action de la hiérarchie parfois troublante. Le Modernisme est toujours à l’œuvre ! Poursuivre cette résistance « fermée », ce  refus «  nerveux » serait risquer de s’isoler. S’isoler ne fut jamais la « politique »  de Mgr Lefebvre. Bien au contraire. Servir l’Eglise donne et exige un esprit magnanime.
Il faut s’unir tous, tous les instituts fidèles à la messe de toujours tout en gardant chacun sa spécificité, son gouvernement. 
Voilà ce que pourrait proposer Benoît XVI dans le Motu Proprio dont on parle aujourd’hui de plus en plus. Il donnerait l’élan. Restaurer dans l’Eglise la messe tridentine avec le concours de tous est  une bonne chose. Il faut qu’elle vive et revive. « Très saint Père redonnez-nous la Sainte Messe », demandait déjà Jean Madiran en 1972 au pape Paul VI et de nouveau le I août 1988 au Pape Jean Paul II en la fête de saint Pierre aux liens.
Mais pour qu’elle vive et qu’elle vive bien,  avec tous ses droits et son  honneur dû, il faut non seulement des prêtres et des évêques qui l’aiment, il faut aussi un cadre, un cadre canonique, celui d’une administration apostolique avec exemption et droit propre.
Voilà ce que pourrait être aussi le Motu Proprio de Benoît XVI.
Voilà, c’est sûr,  qu’elle était la pensée de Mgr Lefebvre. Je la crois juste et vraie. Et même nécessaire. La messe tridentine ne vivra pas autrement, ne survivra pas autrement…
Voilà pourquoi je reste fidèle à Mgr Lefebvre et, au-delà des incompréhensions, membre de la FSSPX.

19 décembre 2006

Catholicisme: vers un tournant liturgique?
Un essai d'histoire liturgique ne semble pas le genre de livre d'une brûlante actualité. Tel est pourtant bien le cas de l'ouvrage d'un prêtre d'origine allemande, Uwe Michel Lang, vivant actuellement en Angleterre et membre de l'Oratoire de Londres. Une occasion d'évoquer les rumeurs insistantes sur l'éventualité d'une plus large autorisation par Rome de la célébration de la messe catholique de rite ancien. Le livre du P. Lang, Se tourner vers le Seigneur, vient de paraître en traduction française à l'initiative de l'éditeur suisse Ad Solem, après avoir déjà retenu l'attention lors de la parution de l'édition anglaise en 2004. La préface est signée par le cardinal Joseph Ratzinger, devenu le pape Benoît XVI. Elle n'est pas étrangère à l'intérêt suscité par cet ouvrage, à l'heure où circulent des rumeurs de plus en plus insistantes sur de possibles initiatives du Souverain Pontife en vue d'amorcer la "réforme de la réforme" liturgique instaurée dans le sillage du concile Vatican II.

Dans sa préface (datée de 2003), celui qui était encore un influent cardinal soulignait que les deux aspects qui frappèrent le plus dans les réformes liturgiques furent l'abandon du latin et l'autel tourné vers le peuple dans les églises catholiques romaines. Or, écrivait Ratzinger, aucun de ces deux points n'est prescrit par les documents conciliaires, le document Sacrosanctum Concilum indiquant même (36, § 1) que le latin demeurait la forme normative, tout en autorisant l'usage de la langue vernaculaire.

Rappelons que, jusqu'au tournant marqué par le concile Vatican II, le prêtre célébrant la messe le faisait dans la plupart des cas face à l'autel, en tournant le dos aux fidèles; cet autel était d'ailleurs généralement adossé au mur et ne permettait que cette orientation liturgique. Dans les années suivant Vatican II, dans la majorité des églises catholiques romaines de rite latin, l'autel fut déplacé de façon à permettre au prêtre de faire face aux fidèles ou – quand cela n'était pas possible, par exemple pour des raisons de protection d'une monument historique – un nouvel autel (parfois une simple table), non adossé à un mur et permettant de faire face au "peuple", fut ajouté. Rappelons que, dans les Eglises orthodoxes et dans la plupart des Eglises catholiques de rite oriental, la règle reste de célébrer tourné vers l'Orient (puisque c'est en général la direction de l'église), tournant donc le dos aux fidèles.

"On nous change la religion": dans les réactions qui ont suivi Vatican II et l'introduction d'un nouveau rite de la messe par Paul VI (ainsi que différents expériences liturgiques ayant souvent suscité la perplexité de fidèles), les transformations de la façon de célébrer la messe ont joué un rôle certainement plus important et plus mobilisateur que les questions doctrinales, même si celles-ci sont soulignées tout autant dans les cercles théologiques des courants traditionalistes.

Un colloque parisien sur les réformes liturgiques

La question de la réforme liturgique et de ses conséquences était au cœur d'une première rencontre universitaire "Foi et raison", organisée le 2 décembre 2006 à Paris à l'initiative de l'Institut du Bon Pasteur, fondé à Rome le 8 septembre 2006 avec l'approbation de la Commission Ecclesia Dei pour accueillir un groupe de prêtres catholiques traditionalistes réintégrés officiellement par les autorités catholiques romaines et très actifs. Cet Institut du Bon Pasteur comprend notamment l'église Saint-Eloi à Bordeaux.

Outre plusieurs de ces prêtres, la rencontre rassemblait également d'autres intervenants, dont le P. Uwe Michael Lang. D'un point de vue historique, plusieurs conférenciers ont montré que des réformes liturgiques traditionnellement associées aux conséquences de Vatican II avaient en fait été déjà largement amorcées au cours des années précédentes dans le contexte français – un contexte dont on sait qu'il joua un rôle capital dans l'émergence du mouvement catholique traditionaliste autour de l'archevêque Marcel Lefebvre (1905-1991).

Certaines des réformes liturgiques furent justifiées par le désir affiché de revenir à des pratiques de l'Eglise des cinq premiers siècles. Plusieurs interventions au cours du colloque montrèrent cependant que des préoccupations pastorales jouèrent aussi un rôle important dans ces démarches, face au sentiment que la pratique liturgique devenait de plus en plus étrangère à l'homme moderne. Ce sont cette prétention d'adapter la liturgie aux goûts supposés de l'époque et l'"horizontalisation" de la liturgie que mettent notamment en cause les traditionalistes, même s'il faut noter qu'ils n'étaient pas opposés systématiquement à certaines réformes à l'origine: Mgr Lefebvre lui-même, rappela-t-on lors du colloque, s'était montré dans son diocèse favorable à la possibilité d'un usage large de la langue vernaculaire pour la célébration de sacrements.

La question de la "direction sacrée" dans le culte catholique

Pourquoi donc l'importance accordée à l'orientation de la prière liturgique? Elle représente bien sûr un symbole, comme le soulignait le cardinal Ratzinger dans sa préface, mais elle a également des implications théologiques plus profondes. En raison de l'invocation de modèles antiques pour justifier la mise en œuvre de certaines réformes liturgiques, il n'est en outre pas sans importance de déterminer dans quelle mesure la prière "face au peuple" peut se réclamer d'origines anciennes.

Les rédacteurs de Religioscope n'ont pas compétence pour évaluer des arguments d'histoire liturgique. La question de la direction du célébrant et de l'aménagement des églises antiques fait l'objet de débats parmi les spécialistes, d'autant plus qu'il y eut différents modèles dans la pratique chrétienne des premiers siècles, en raison également d'impératifs pratiques dans certains cas (utilisation d'édifices déjà existants). Selon l'ouvrage du P. Lang, qui expose également les autres points de vue, la majorité des témoignages antiques iraient dans le sens d'une célébration face à l'Orient. Même là où il y a eu d'autres aménagements dans l'Antiquité, notamment dans des basiliques romaines, cela était motivé par d'autres raisons que la celebratio versus populum: ce serait donc un anachronisme d'aller en chercher des prototypes dans des pratiques liturgiques des premiers siècles (Se tourner vers le Seigneur, p. 80). Le P. Lang, dans la ligne de remarques du cardinal Ratzinger, critique "la curieuse ambivalence d'un purisme liturgique qui oscille entre une tendance à l'archaïsation et une démangeaison de nouveautés sans contrôle" (p. 86).

"[...] nous devons prier en regardant vers l'Orient, qui est le symbole de l'âme regardant vers la véritable lumière", déclarait Origène (185-254, cité par Lang, p. 40). Il ne s'agit pas, souligne le P. Lang, de tourner le dos au peuple, mais d'être tournés tous ensemble (prêtres et fidèles) vers le Seigneur, alors que "les efforts visant à donner à la liturgie un caractère plus'communautaire' mettent paradoxalement le célébrant au centre de tout" (p. 99): le symbolisme de l'Est, associé au Christ et également à son retour (dimension eschatologique), est très présent dans le christianisme des premiers siècles, comme le montrent des textes de plusieurs des auteurs ecclésiastiques anciens. Le P. Lang reconnaît cependant que "l'orientation cosmologique et le symbolisme eschatologique qui lui est associé sont graduellement tombés dans l'oubli dans l'Eglise latine" (p. 89). Il rejette cependant le reproche de prôner ici un archaïsme, car c'était jusqu'à une époque récente la pratique tant de l'Eglise latine que des Eglises orientales.

Au terme d'une analyse dont il n'est pas possible de résumer ici tous les aspects – analyse dans laquelle il met l'accent non seulement sur la crise liturgique elle-même, mais aussi sur ses conséquences doctrinales – le P. Lang conclut qu'il est "souhaitable d'en revenir à la direction commune de la prière" (p. 120) (célébrants et fidèles dans la même direction), et suggère de recommander déjà que le prêtre prie tourné vers l'autel dans ces églises où existe un autel ancien et qui ont été édifiées selon ce critère. Il s'abstient en revanche d'entrer "dans une discussion détaillée pour voir comment cette proposition pourrait ou devrait être mise en pratique" (p. 116).

L'Institut du Bon Pasteur: un ballon d'essai?

Cela nous conduit précisément au cœur du débat actuel. Le pape Benoît XVI peut-il et veut-il une "réforme de la réforme liturgique"? Et si c'est le cas, comment? La question de la direction adoptée par le prêtre et les fidèles durant la célébration liturgique n'est qu'un sujet parmi d'autres, mais, dans ce débat très sensible, chaque question et chaque pas dans un sens ou un autre fait immédiatement l'objet de nombreuses spéculations.

Le débat a récemment connu en France un regain avec la fondation de l'Institut du Bon Pasteur, à l'origine du colloque que nous évoquions plus haut. Comme le rappelle sur le site de l'Eglise catholique en Gironde Mgr Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux (et membre de la commission Ecclesia Dei), ce qui a été accordé à l'Institut du Bon Pasteur est "un usage exclusif du rite de la messe en vigueur en 1962. Cela concerne aussi bien le missel que le rituel ou le bréviaire." Les membres de l'Institut se réservent également le droit de pratiquer une "critique sérieuse et constructive" du Concile Vatican II.

Les commentaires de Mgr Ricard dans un entretien avec Jean-Marie Guénois, publié par le quotidien La Croix (11 septembre 2006), illustrent les préoccupations qui se manifestent au sein de l'épiscopat et du clergé français face à ces développements:

"D'un côté, il faut accepter la décision du pape lui-même, c'est lui qui l'a voulu. Il a voulu faire un geste vis-à-vis de ceux qui ont suivi Mgr Lefebvre, pour leur montrer qu'ils pouvaient avoir une place dans l'Église. D'un autre côté, il faudra être très au clair par rapport au Concile et à l'héritage conciliaire. Je souhaite que puisse être réaffirmé – même s'il y a eu quelques dérives ou quelques abus – l'aspect extrêmement positif vécu par l'Église depuis le Concile. Cette Église qui a mis en oeuvre le Concile est mon Église. C'est l'Église dans laquelle j'ai fait mes études, où j'ai été ordonné prêtre, évêque. [...] Je ne souhaiterais pas qu'un accueil de fidèles traditionalistes soit pensé, soit vécu comme un reniement du Concile. Comme si les grandes intuitions du Concile qui ont alimenté, qui alimentent aujourd'hui avec mon presbytérium, notre travail pastoral, soient remises en question."

Comme le montrent ces observations, il s'agit à la fois de questions de principe et du regard rétrospectif qu'il s'agit de porter sur des années de ministère sacerdotal et épiscopal: cela explique en partie la vivacité des réactions qui ont accueilli la décision romaine de donner un statut provisoire à l'Institut du Bon Pasteur. Selon Mgr Ricard, "les différends avec les fidèles qui ont suivi Mgr Lefebvre dans son 'non' à Rome ne sont pas d'abord liturgiques, mais théologiques – autour de la liberté religieuse, de l'œcuménisme, du dialogue interreligieux – et politiques", a-t-il rappelé dans son discours de clôture du 9 novembre 2006 à la dernière assemblée plénière des évêques catholiques de France. Sur la question liturgique proprement dite, il a précisé:

"Nous souhaitons poursuivre l'accueil de ceux qui gardent un attachement à la messe dite de 'saint Pie V'. Une diversité est possible. Mais celle-ci doit être régulée. Il en va de l'unité de la liturgie et de l'unité de l'Eglise. On ne saurait livrer le choix d'une des formes du rite romain – messe de 'saint Pie V' ou messe de 'Paul VI' – à sa seule subjectivité. Une Eglise où chacun construirait sa chapelle à partir de ses goûts personnels, de sa sensibilité, de son choix de liturgie ou de ses opinions politiques ne saurait être encore l'Eglise du Christ. Il faut résister aujourd'hui à la tentation d'une 'religion à la carte'. Comme évêques, nous sommes prêts à veiller, avec le Saint-Père et sous son autorité, à l'unité et à la communion au sein de nos Eglises locales et entre nos Eglises."

Un autre aspect à prendre en considération dans les réactions qui se sont exprimées est le sentiment qu'il s'agit peut-être de la part de Rome d'un test, d'un "ballon d'essai", destiné également – outre la solution apportée concrètement à la demande faite par un groupe de prêtres issus de la Fraternité Saint Pie X) – à voir comment cette initiative serait accueillie en France. Comme l'a expliqué Mgr Ricard dans son discours d'ouverture de l'assemblée des évêques le 4 novembre 2006:

"La décision de libéraliser pour les prêtres la possibilité de dire la messe selon le missel de 1962 n'a pas encore été prise. Le Motu proprio annoncé n'a pas été signé. Son projet va faire l'objet de consultations diverses. Nous pouvons faire part, dès maintenant, de nos craintes et de nos souhaits."

Quelle sera la prochaine étape?

C'est maintenant ce point (liberté à tout prêtre de choisir le missel de 1962, avant la réforme liturgique) qui est au centre de la discussion. D'ailleurs, le communiqué publié par la Fraternité Saint Pie X (c'est-à-dire le groupe qui reste dans la ligne de Mgr Lefebvre), qui prend acte de la réception de l'Institut du Bon Pasteur, explique clairement que la Fraternité "ne peut faire sienne une solution communautariste où la messe tridentine serait confinée dans un statut particulier. La messe de la Tradition bimillénaire doit jouir dans l'Eglise d'un droit de cité plein et entier : elle n'est pas un privilège réservé à quelques-uns, elle est un droit pour tous les prêtres et tous les fidèles de l'Eglise universelle."

Or, même si Mgr Ricard suggérait le 4 novembre que la décision d'accueillir l'Institut du Bon Pasteur exprimait avant tout "le désir de Benoît XVI de faire tout ce qui est en son pouvoir pour mettre fin au schisme lefevbriste", l'enjeu représente manifestement plus que cela, mais il n'est pas certain que ce qui adviendra ira aussi loin que les espoirs des uns et les craintes des autres.

Pour en rester à la France (dont on sait l'importance pour le mouvement catholique traditionaliste), l'abbé Claude Barthe (un prêtre d'orientation traditionaliste) a répété lors du colloque du 2 décembre 2006 sa conviction qu'une réforme du rite même de Paul VI se dessine. L'abbé Barthe a publié récemment une brochure Propositions pour une "paix de l'Eglise" (Paris, Hora Decima, 2006), dont la première partie est également parue dans le numéro de l'automne 2006 de la revue Catholica (N° 93). Il y résume la situation comme il la voit: une mouvance traditionaliste vivante, active, produisant un clergé proportionnellement nombreux – mais représentant environ 2% des quelque 2,9 millions de catholiques pratiquants en France, avec 300 lieux de culte dominicaux: "le milieu Saint-Pie-V représente l'équivalent d'un à deux diocèses français" (p. 15). 25.000 fidèles assisteraient aux messes dominicales de la Fraternité Saint Pie X en France, le nombre de ceux qui participent à une messe tridentine célébrée avec autorisation de l'évêque du lieu étant "vraisemblablement supérieur". Selon des enquêtes, en cas de libéralisation de la célébration du rite de Saint Pie V, le pourcentage pourrait atteindre 5% des catholiques pratiquants français. Ce pourcentage resterait donc assez modeste, même s'il faut, comme le suggère l'abbé Barthe, également prendre en compte le dynamisme d'un "milieu de familles pratiquantes", prêtes à un engagement fort.

Concrètement, si cette libéralisation se fait, elle pourrait avoir pour conséquence la légitimation de la coexistence généralisée (et pas simplement dans quelques enclaves plus ou moins bien acceptées selon les diocèses) de deux rites dans l'Eglise latine: le rite de Saint Pie V et celui de Paul VI. C'est là une condition sine qua non posée par la Fraternité Saint Pie X, sans qu'il soit encore certain qu'elle reçoive satisfaction.

Mais l'abbé Barthe remarque que "cette rupture entre deux ailes cultuelles du rite romaine [...] ne peut être vécue, pour les uns comme pour les autres, que comme un pis-aller provisoire" (p. 20). ll entrevoit ensuite ces perspectives possibles:

"A ce point du processus, l'union des forces vives du catholicisme pourrait être progressivement favorisée par l'aménagement de ponts ou de passages ponctuels ou permanents, et surtout par l'évolution (transmutation) concrète plus ou moins importante, dans un sens traditionnel, de la réforme de Paul VI (qui deviendrait progressivement, pourquoi pas? réforme de Benoît XVI). Certains évêques pourraient dans le même temps confier à des prêtres de rite tridentin, et qui resteraient de rite tridentin, des ministères en 'milieu Paul VI', paroisses, aumôneries (cela existe déjà pour des aumôneries d'hôpitaux), où il leur serait demandé d'aménager leurs célébrations pour ce type de fidèles par une infusion importante de français, usage du nouveau calendrier, des nouvelles lectures." (p. 21)

Toutes choses, l'abbé Barthe l'admet, qui appellent "une évolution psychologique, et pour mieux dire spirituelle, des uns et des autres". Il fonde surtout son espoir sur le clergé de moins de 45 ans, dans l'ensemble plus ouvert à des sensibilités traditionalistes que la génération précédente (génération actuellement encore en bonne partie aux leviers de commande de l'Eglise catholique en France).

Est-ce réaliste? Difficile de le savoir sans disposer d'enquêtes de terrain indépendantes. En outre, il s'agit de décisions qui n'auront pas d'effet uniquement en France, mais dans le monde entier: il ne suffit pas de prêter attention à ce qui se passe dans les couloirs du Vatican et dans les diocèses français; il faudrait avoir une idée plus claire de la situation sur plusieurs continents. Il n'est pas non plus certain que les prêtres formés dans le cadre de la Fraternité Saint Pie X soient tous prêts à faire un tel pas.

Les observateurs du fait religieux s'accordent pour estimer que le pape Benoît XVI souhaite au moins des "retouches" de la réforme liturgique et considère d'un regard bienveillant les demandes des prêtres et fidèles qui souhaitent assister à des messes célébrées selon le missel de 1962. Selon un article de Paul Badde dans le mensuel Inside the Vatican (novembre 2006), on peut s'attendre pour le printemps 2007 à un document de Benoît XVI autorisant sans restriction la célébration selon l'ancien rite. Il n'y aurait qu'un seul rite pour l'Eglise latine, le rite romain, mais sous deux formes placées sur pied d'égalité, la forme nouvelle et la forme ancienne. Il faut cependant attendre pour voir si ce document verra réellement le jour et quelles seront ses dispositions: Inside the Vatican est certes un magazine bien informé, mais qui n'est pas infaillible dans ses prévisions...

L'erreur serait aujourd'hui de voir simplement tous ceux qui célèbrent selon le rite de 1969, d'un côté, et les traditionalistes utilisant l'ancien rite, de l'autre côté. L'impact "symbolique" d'une autorisation sans restriction de la célébration du rite de Saint Pie V serait fort, mais rien n'indique qu'il conduirait un large nombre de prêtres à l'adopter ni que de nombreux prêtres utilisant le rite de 1969 se sentiraient aussitôt inclinés à célébrer celui-ci "dos au peuple", pour ne considérer que la question traitée par le livre du P. Lang. Les communautés nouvelles et courants de sensibilité liturgique et doctrinale plutôt "conservatrice", mais acceptant sans réserve le concile Vatican II et utilisant le rite de 1969, pourraient jouer un rôle bien plus large dans l'évolution globale (également liturgique) parmi les catholiques de rite latin.

Nous ne sommes plus, en effet, dans le contexte des années 1960, et le paysage catholique a vu le développement de nouveaux acteurs qui ne se situent pas sur les mêmes "lignes de faille" que les générations précédentes. L'abbé Barthe a probablement assez bien évalué la situation dans un article du quotidien Présent (12 avril 2006): "l'extension [de la liturgie traditionnelle] sera un moyen de peser sur la situation générale. [...] Qu'on le veuille ou non, quarante ans de liturgie paroissiale nouvelle sont un fait avec lequel il faut désormais compter."

Le vrai point d'interrogation est de savoir ce qu'il s'agit pour Benoît XVI d'atteindre dans la longue durée, et jusqu'à quel point pourra aller pratiquement une éventuelle "réforme de la réforme liturgique". A supposer qu'un tel effort soit mis en œuvre, par des canaux variés, encore faudra-t-il qu'il jouisse d'appuis forts également chez les papes qui succéderont à l'actuel pour avoir un effet en profondeur. Beaucoup de questions en suspens, surtout si l'on considère – une fois encore – non seulement la France, mais l'ensemble du monde catholique de rite latin.