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31 décembre 2013

[Abbé Paul Aulagnier] Nos belles journées d'ordination à Saint Eloi, à Bordeaux

SOURCE - Séminaire Saint-Vincent - décembre 2013

Les 6, 7 et 8 décembre 2013, tout le séminaire de Courtalain se déplaçait à Bordeaux pour assister aux ordinations de quatre séminaristes de l’Institut du Bon Pasteur, deux au sous-diaconat, le vendredi soir, 6 décembre, au cours d’une messe basse et le 7 décembre, les deux mêmes séminaristes, un français et un polonais, recevaient le diaconat et deux autres séminaristes brésiliens, le sacerdoce.

Mgr Schneider nous avait fait le bonheur de venir donner ces ordres majeurs. Nous ne pouvons que l’en remercier. Nous l’avons entouré de toute notre affection. La messe pontificale du 7 décembre fut grandiose. Elle se déroula en l’église saint Eloi à Bordeaux si bien restaurée par M l’abbé Philipppe Laguérie lorsqu’il en était le curé, mais un peu fraiche! La liturgie fut magnifiquement dirigée par M l’abbé Lenzi, prêtre de l'Institut. L’interprétation du grégorien fut particulièrement appréciée des fidèles bordelais. Le prélat pontifiait avec beaucoup de majesté, de simplicité et de douceur. C’était agréable. C’est surtout sa prédication, tant celle prononcée pour le sous diaconat que pour le diaconat et le sacerdoce, le lendemain, qui retint mon attention. Vous pourrez en prendre connaissance en consultant notre site. Il rappela le cœur du sacerdoce : le saint sacrifice de la messe qu’il faut célébrer toujours avec grande piété, comme le demandait le pape Benoît XVI.

A l’issue de la cérémonie, M l’abbé Vella avait invité séminaristes et fidèles à un bon repas, dans un beau cadre… Nous avons pu ainsi entourer les nouveaux ordonnés, recevoir leurs premières bénédictions et nous réjouir avec leurs familles qui étaient venues de ce si lointain pays, le Brésil. Mais quand on aime, on ne compte pas.

Le surlendemain, le 8 décembre, en la fête de l’Immaculée Conception, nos deux nouveaux prêtres purent célébrer leur première messe assistés des nouveaux diacres. M l’abbé Vella fut le prédicateur retenu. Vous trouverez sur le site « saint Vincent de Paul » un beau reportage photos.

Et alors que nous étions tous à Bordeaux pour ces belles journées sacerdotales, deux nouveaux séminaristes (encore!) demandaient par internet des informations sur le Séminaire. La Providence veille sur nous...

Abbé Paul Aulagnier, IBP
Recteur

[Abbé Ortiz - ecclesiamilitans.com] Messes de la FSSPX: Lettre aux fidèles de Streaky Bay

SOURCE - Abbé Ortiz - original en anglais ecclesiamilitans.com - version française par Avec L'Immaculée - 31 décembre 2013

Le 31 décembre 2013

Chers fidèles,

Je voudrais développer davantage les raisons de ma mise en garde concernant votre assistance à la messe de la néo-FSSPX, dimanche dernier à Streaky Bay.

Tout bon catholique doit fuir les occasions qui sont un danger pour la foi.

A présent, la néo-FSSPX, Mgr Fellay en tête, suivi de la plupart de ses membres, a maintenant adopté une position qui compromet gravement la défense de la foi contre les erreurs conciliaires.

Ce grave compromis se manifeste tout d'abord, en matière doctrinale, par la déclaration doctrinale du 15 avril 2012, dans laquelle Mgr Fellay accepte la plupart des erreurs de Vatican II (collégialité, œcuménisme et liberté religieuse) comme étant en conformité avec "toute la Tradition", ce qui est "l'herméneutique de la continuité" de Benoît XVI.

Ce compromis se manifeste aussi dans les questions pratiques, par le vote durant le chapitre général en juillet 2012 de six conditions pour la "régularisation" avec l'église conciliaire. Grâce à ces conditions, la néo-FSSPX est maintenant prête à se joindre, à tout moment, à ceux qui sont en train de détruire l’Église, en se rendant à l'autorité de la Rome moderniste.

Jusqu'à présent, ni la déclaration doctrinale, ni les six conditions n’ont été rétractées ("retirées" ne suffit pas) par Mgr Fellay ou les supérieurs de la FSSPX.

Ces deux faits montrent que la néo-FSSPX, dans ses positions doctrinales et dans son désir de rejoindre la Rome moderniste, a trahi les positions de Mgr Lefebvre.

Pour commencer à nous dissocier d'eux, avons-nous besoin de voir des filles servant aux messes de la néo-FSSPX, avons-nous besoin de voir leurs prêtres prêchant ouvertement des hérésies de leurs chaires ? Certainement pas.

La néo-FSSPX a pris irréversiblement une mauvaise direction qui est un danger objectif pour la foi. Nous avons besoin de rien de moins qu'un miracle pour que les dirigeants de la néo- FSSPX reviennent aux positions d'origine.

En ce qui concerne l'obligation dominicale, chaque fois qu'il y a un danger de la foi, il n'y a aucune obligation en conscience d'assister à une messe, aussi traditionnelle et valide soit-elle.

C'est la même chose avec les messes Motu Proprio ou Indult, qui sont traditionnelles, mais teintées de compromissions doctrinales. Ce fut la recommandation pratique de Mgr Lefebvre.

Par conséquent, il est de mon devoir en tant que prêtre d’alerter les fidèles du danger d'aller à ces messes, comme tout père avertit ses enfants de se dissocier de ceux qui représentent un danger pour leur foi.

La décision finale sur cette question est bien sûr du ressort de la conscience de nos fidèles, mais néanmoins je les dois aider à comprendre le danger que l'assiduité aux messes de la néo-FSSPX fait courir à leur foi.

Après avoir expliqué les principes au début de cette lettre, il est également bon de prendre en considération les circonstances particulières deStreaky Bay, en rappelant quelques faits récents.

Curieusement, Streaky Bay a été considéré pendant des années par les prêtres de la Fraternité comme une sorte de centre de messe de "deuxième classe", quand ce n'était pas tout simplement un lieu d’excursions et de détente pour les prêtres... L'apostolat n'a jamais vraiment grandi dans cet endroit, ces années passées.

Les prêtres néo-FSSPX n’ont soudain commencé à être intéressés par les fidèles de Streaky Bay qu'après la visite réussie de l’abbé Pfeiffer en avril dernier et celle de l’abbé Chazal en juillet.

Le Supérieur de District, l’abbé Fullerton, est venu en personne à Streaky Bay menacer carrément les fidèles de ne plus leur rendre visite si les fidèles continuent de soutenir la Résistance. Il a même osé mettre la pression sur le propriétaire de la chapelle en lui disant de ne pas laisser les prêtres de la Résistance l'utiliser.

Des attaques personnelles ont été portées contre les prêtres et les fidèles de la Résistance, les qualifiant d’"extrémistes", "rebelles", "sédévacantistes" et ainsi de suite.

Cela ne nous dérange pas d'être la cible d'attaques personnelles des prêtres néo-FSSPX, parce que nous sommes impatients de leur tendre "l'autre joue", mais nous ne pouvons pas tolérer qu'ils utilisent leurs messes pour promouvoir une nouvelle position doctrinale et pour se vendre à la Rome moderniste.


En outre, les prêtres néo-FSSPX faisaient un chantage de la célébration de leur messe aux fidèles de Streaky Bay.


Un proverbe dit "Les faits parlent plus fort que les mots", par conséquent, en face de l'utilisation continue de la messe par les prêtres néo-FSSPX comme un instrument de pression contre nos fidèles, il est normal de les avertir de ne plus assister à ces messes, qui sont aussi un danger pour la foi.

Dieu vous bénisse.

Abbé JC Ortiz
Addendum de l’abbé le 3 janvier 2014 :
J'ai demandé à nos fidèles de Streaky Bay de ne pas assister à la messe du père Becher dimanche dernier (29 décembre) pour plusieurs raisons :
  • tout d'abord, et c’est le plus important, il y a un danger pour notre foi en assistant aux messes néo-FSSPX ;
  • deuxièmement, parce que les prêtres néo-FSSPX ont utilisé la messe comme un moyen de pression contre les fidèles de la Résistance, d'où la nécessité de leur envoyer le "message" que nos fidèles n'ont pas peur de leur chantage ;
  • troisièmement, j’ai dit la messe pour eux le lendemain et jusqu'à vendredi.
Le résultat est que seules 2 personnes ont assisté à la messe de l’abbé Becher... La majorité de nos fidèles ont assisté à la place à mes messes pendant la semaine. L'exemple de Streaky Bay devrait être un modèle pour tous nos fidèles partout : envisager sérieusement de se dissocier de la néo-FSSPX en n’assistant plus à leurs messes.
Dieu vous bénisse.
Abbé JC Ortiz

30 décembre 2013

[Abbé François Laisney, fsspx] La FSSPX et la FSSP : une question de principes

Abbé Francois Laisney, fsspx - version française de l'original anglais mis en ligne le 30 décembre 2013

1988 : un double anniversaire
L’année 2013 marquait le 25ème anniversaire des consécrations épiscopales par Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer. Elle marquait aussi le 25ème anniversaire de la fondation de la Fraternité St Pierre par une douzaine de prêtres de la FSSPX (et un groupe de séminaristes) qui pensaient en conscience ne plus pouvoir suivre Mgr Lefebvre. Ils reçurent une approbation pontificale et ont essayé de faire ce que faisait la Fraternité Saint Pie X.
Ce double anniversaire est ainsi l’occasion de se rappeler les principes qui guidaient les deux côtés et de considérer les résultats de leur séparation .
Raison insuffisante : l’approbation pontificale
Certains pensent que la seule différence est que la FSP est approuvée par le Pape et que la FSSPX ne l’est pas. Dans ce cas, ces prêtres auraient dû quitter la FSSPX dès 1975 ou 1976 au plus tard. En effet, ce fut dès ces années que Mgr Lefebvre dû choisir une désobéissance apparente afin de continuer à transmettre ce qu’il avait reçu, la Foi Catholique et la liturgie Catholique de toujours malgré une attaque sans précédent contre cette Foi. Souvenez-vous du sermon des ordinations de 1976 . Et de fait, l’abbé Bisig avaitbien servi l’Eglise comme membre de la Fraternité Saint Pie X pendant douze ans sans approbation pontificale, c’est-à-dire toute sa prêtrise et même plus, avant de quitter. C’est donc qu’il était d’accord avec les principes de la juridiction de suppléance dans les cas de nécessité.
La vraie raison : la crise de la Foi, aggravée par Assise – d’où le besoin d’évêques
En lisant le message du Pape François à la FSP à l’occasion de leur jubilé, il semble qu’en 1988 la seule « grande épreuve pour l’Eglise » a été une séparation, en raison de laquelle la FSP a reçu une « mission de réconciliation ». En a-t-il vraiment été ainsi ?

En vérité, la « grande épreuve pour l’Eglise » en 1988 fut – et est encore maintenant – la crise de la Foi, aggravée par la réunion œcuménique d’octobre 1986. Cette réunion fut indubitablement une raison majeure des Consécrations épiscopales de juin 1988. Face à un scandale d’une telle profondeur, il fallait un remède fort. Quand un tel scandale[1] vient du Pape lui-même – imité ensuite par de nombreux évêques – il y a vraiment besoin de protéger les fidèles dans leur attachement à la Foi de toujours en leur donnant des évêques sans compromis.

La Fraternité Saint Pierre prétend à tort bénéficier du même « protocole » accepté par Mgr Lefebvre. C’est évidemment faux par le simple fait que le point le plus important de ce protocole était l’approbation de la consécration d’un évêque pour la FSSPX. Mgr Lefebvre lui-même a dit dans le sermon des Consécrations que la consécration d’un évêque fut approuvée en son principe par le Pape – seule la mise en pratique fut rendue impossible par les délais sans fin imposés par la bureaucratie vaticane. Mais la Fraternité Saint Pierre n’a jamais eu d’évêque.

Cependant sans un bon évêque, un séminaire ne peut pas former de bons prêtres – à l’heure des ordinations, l’évêque ordonnant peut facilement dire : si vous n’acceptez pas ceci ou cela, vous ne serez pas ordonnés.
Le combat pour la Foi – doit-on se taire sur les erreurs de Vatican II ?
Que la FSP n’ait pas été exempte de ces dangers est manifeste dans la lettre même du Pape pour leur Jubilé, qui exige d’eux qu’ils suivent « les orientations de la Constitution sur la liturgie SacrosanctumConcilium… » et « le Catéchisme de l’Eglise Catholique » qui contient les nouvelles doctrines de Vatican II et qu’ils « contribuent à une meilleure compréhension et mise en œuvre du Concile Vatican II. »

Comme s’il n’y avait rien de mal dans Vatican II et dans la Nouvelle Messe !

Vatican II conduit logiquement à Assise… et à l’apostasie silencieuse que Jean-Paul II lui-même ne pouvait s’empêcher de reconnaître plus tard. Les erreurs principales de Vatican II – la liberté religieuse, la collégialité et l’œcuménisme – ont été dénoncées par Mgr Lefebvre dès le début et continue à détruire la Foi chez beaucoup – silencieusement mais très efficacement. Sans compter les problèmes moraux dans le clergé (non seulement la pédophilie, l’homosexualité, mais aussi le concubinage et l’abandon de leur devoir, tel que le devoir d’écouter les confessions) – ces problèmes moraux sont souvent la conséquence du manque de vie spirituelle, manque souvent dû à l’orientation vers le monde de Vatican II – le problème majeur de l’Eglise aujourd’hui est la perte de la Foi et chez les fidèles et dans le clergé, peut-être encore plus dans le clergé ![2]

L’incapacité des hommes d’Eglise à résister aux maux croissants du monde a sa racine dans ces erreurs de Vatican II. Mais cela, vous ne l’entendrez pas souvent chez la FSP.
La Foi Catholique n’est pas facultative
Pourquoi ces erreurs sont-elles si graves ? Parce que la Foi – la vraie Foi, la Foi Catholique – n’est pas une opinion, mais une certitude, fondée sur le témoignage de Dieu (1 Jn. 5:10) :la Foi Catholique n’est pas facultative, mais obligatoire.Cette obligation est affirmée très clairement par Notre Seigneur Jésus Christ Lui-même : « celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; mais celui qui ne croira pas sera condamné » (Mc 16:16). N’importe quelle foi subjective n’est pas suffisante ; il faut la Foi objectivement vraie, la Foi Catholique. Une erreur en matière de Foi n’est pas quelque chose sans importance : c’est un mal tellement grave qu’il mène à la damnation. Et l’ignorance ne sauve pas ; c’est la vraie Foi qui est le début du salut : « Que demandez-vous à l’Eglise de Dieu ? La Foi ! Que vous procure la Foi ? La Vie Éternelle ! Si vous voulez entrer dans la Vie, gardez les commandements… » Tel est le tout début du rite (traditionnel) du baptême, devenu facultatif dans le rite nouveau. Vous demandez la vraie Foi, de la vraie Eglise, et c’est cette vraie Foi qui vous mène à la Vie Eternelle – et il n’y pas d’autre voie vers la Vie Eternelle ! Parce que « Dieu notre Sauveur… veut que tout homme soit sauvé et parvienne à la connaissance de la vérité » (1 Tim. 2:2-3). Notre Seigneur Jésus Christ est le Sauveur ; Il est venu pour sauver tous les hommes ; personne ne peut dire : « je n’ai pas besoin de Jésus-Christ Sauveur. » Personne ne peut dire : « je ne veux pas de Jésus-Christ Sauveur. » Dieu nous a donné notre liberté, non pas pour rejeter sa Loi, mais pour obéir par amour, non pas pour rejeter Son Fils notre Sauveur, mais pour Le recevoir par amour ! Notre Seigneur Jésus Christ n’est pas facultatif !

Or la liberté religieuse et l’œcuménisme minent ce principe Catholique, et par là-même minent la foi de millions d’âmes. Les premières victimes sont dans le clergé, précisément parce qu’en enseignant ces erreurs, ils en deviennent les premières victimes.
Quand les enseignants n’enseignent plus
La Foi Catholique est enseignée par l’Eglise Catholique – c’est-à-dire par le Pape et les évêques qui forment l’Eglise Enseignante, et par les prêtres qui sont leurs aides, et aussi par les parents Catholiques à leurs enfants. La crise de la Foi, que traverse l’Eglise présentement, vient du fait que ceux dont la mission est d’enseigner la Foi[3] manquent souvent à ce devoir primordial[4]. Dès les années 60, les parents étaient alarmés de voir les changements dans le catéchisme et que leurs enfants n’apprenaient plus la Foi correctement. Une des premières requêtes de Jean Madiran fut : « rendez-nous le catéchisme ! » C’est un nouveau son de cloche qu’on entendait dans la bouche de beaucoup de membres de l’Eglise enseignante.
Comment donc les fidèles pourront distinguer, parmi les paroles des membres de l’Eglise enseignante, ce qui est enseignent de l’Eglise et ce qui est leur opinion personnelle (souvent erronée et parfois même hérétique) ? Alors beaucoup de Catholiques se tournent vers le Pape comme s’il était le critère ultime de vérité.
Deuxième différence : la vraie notion ou notion exagérée de l’infaillibilité pontificale
Nous arrivons ici à un deuxième principe qui est à la racine de la séparation de la FSP d’avec la FSSPX. C’est une certaine exagération de la notion d’infaillibilité. Le Concile Vatican I a défini que le Pape était garanti de ne pas errer lorsqu’il définissait ex cathedra, et a donné quatre critères pour reconnaître de telles définitions – et le droit canon édicte sagement qu’une doctrine ne doit être considérée comme définie que si elle est manifestement telle, c’est-à-dire si ces quatre conditions sont manifestement réalisées. Mais, en dehors de ces cas, est-ce que le Pape est garanti de ne pas errer chaque fois qu’il utilise son autorité ? Ou bien y a-t-il des conditions pour reconnaître le bon usage de l’autorité, même celle du Pape, et quelles sont ces conditions ?
Le dilemme de 1988 : Pape ou Tradition ?
En 1988, chaque prêtre de la FSSPX a dû faire un choix entre deux personnes représentant deux principes importants : le Pape Jean Paul II et Mgr Lefebvre, parce que le premier menaçait[5] d’excommunier le second. Le Pape Jean-Paul II personnifiait la nécessité d’être attaché au successeur de Pierre[6], et Mgr Lefebvre la nécessité d’être fidèle à la Tradition de l’Eglise. Il me semble évident que tous les prêtres de la FSSPX à cet époque, y compris les abbés Bisig et les cofondateurs de la FSP, tenaient ces deux principes et voulaient garder ces deux principes ; ils ne voulaient ni approuver Assise ni être excommuniés. Et pourtant ils ont tous dû choisir entre ces deux personnes.
Le pari de Pascal
Pour certains fidèles, le choix apparut très clair – comme inspiré par le Don de Conseil. But j’avoue humblement qu’il ne fut pas si clair pour moi. J’ai résolu ce dilemme de la façon suivante : j’ai considéré qu’à la fin du monde, au Jugement Général, il n’y aurait que quatre possibilités : ou Jean-Paul II et Mgr Lefebvre seraient tous les deux àgauche, ou tous les deux à droite, ou le premier à droite et le second à gauche, ou vice-versa. Très simple, presque mathématique ! J’ai alors exclu la première option, car si tous les deux seraient damnés je ne savais vraiment pas vers qui me tourner ! Dans le deuxième cas, il n’y avait pas vraiment de danger à suivre l’un ou l’autre, et il était clairement mieux de suivre l’ « évêque fidèle » que le Pape d’Assise. Quant aux deux derniers cas, j’ai dit que si l’un serait à gauche et l’autre à droite, ce sera Mgr Lefebvre à droite et Jean-Paul II à gauche, parce qu’il est impossible que soit condamné celui qui a été fidèle toute sa vie et dont l’unique « faute » a été de continuer de transmettre ce qu’il avait reçu de l’Eglise alors qu’un Pape qui a fait tant de nouveautés œcuménistes (visite à la synagogue, aux temples , aux hauts lieux païens, réunion d’Assise…), actions qui auraient évidemment été condamnées si elles avaient été faites par n’importe quel évêque à n’importe quelle époque avant Vatican II, aie raison dans sa condamnation du premier par le seul fait qu’il était Pape. L’autorité ne change pas le bien en mal, ni le mal en bien ! Baiser le Coran, comme Jean-Paul II le fit plus tard, reste mal même si c’est le Pape qui le fait ; garder la Foi de toujours et assurer sa transmission aux générations futures reste bien même si le Pape l’interdit.
Les faits : pourquoi Mgr Lefebvre a-t-il pris une telle décision ?
Après les Consécrations, réunissant les documents pour mon livre Archbishop Lefebvre and the Vatican, les raisons pour Mgr Lefebvre apparurent plus claires. D’un côté il y avait un prélat attaché à la pureté de la Foi et à sa transmission fidèles, et de l’autre des hommes qui – bien qu’ils n’aient pas d’arguments contre le premier – utilisaient leur position de pouvoir pour mettre des retards et des délais… jusqu’à ce qu’il meure. En effet, par le protocole du 5 mai 1988, ils lui accordèrent le droit de consacrer un évêque, mais lorsque le lendemain 6 mai il demandait que cette bonne décision soit mise en pratique en déterminant et la date et la personne à consacrer, on lui répondit 24 jours après en donnant certes une date (le 15 août, déjà six semaines après la date limite du 30 juin qu’il avait demandée), mais dans cette même réponse on lui demandait de nouveaux candidats : or étant donné le temps nécessaire pour qu’il prépare d’une nouvelle « terna » (liste de trois candidats) et celui nécessaire à Rome pour la traiter, il n’y avait pas assez de temps pour la date du 15 août. Cela voulait donc clairement dire : « on vous donne une date, mais on sait très bien qu’elle est impossible, et qu’il va falloir la repousser encore ! » Ce n’est pas honnête, parce que s’ils avaient des objections sur candidats déjà donnés, ils avaient eu plusieurs mois pour le lui dire avant le protocole. Il avait déjà repoussé la date des consécrations plusieurs fois (le 30 juin était la 4ème date), et il ne voulait pas jouer à ce jeu. Leur désir de repousser toujours plus… jusqu’à ce qu’il meure n’était que trop clair, et n’était pas honnête.
Mais le Pape ?
Il semble presque que certains de la mouvance FSP voudraient faire du motu proprio Ecclesia Dei une définition dogmatique, une sentence infaillible ! C’est absurde pour bien des raisons. D’abord parce qu’il n’y a pas de point de foi ou de morale défini par ce motu proprio (2ème élément requis par Vatican I) : il ne dit nulle part : « si quelqu’un dit ceci et cela, qu’il soit anathème ! Or Mgr Lefebvre le dit, donc il est excommunié. » De plus si quelqu’un dit que ce qui est défini, c’est que Mgr Lefebvre est excommunié, alors il n’y a aucune sanction contre ceux qui le nient : il manque le 4ème élément requise par Vatican I. Ensuite, ce motu proprio ignore complètement le cas de nécessité invoqué explicitement par Mgr Lefebvre : or un jugement ne peut ignorer les arguments de la défense, c’est contre la plus élémentaire justice. De plus, si c’était une « définition », aucune université romaine n’aurait permis au Père Murray de présenter une thèse opposée. Et on pourrait ajouter facilement d’autres raisons.
Magistère authentique
Mais le Pape n’est-il pas parfois infaillible dans l’exercice de son magistère ordinaire ?

Parfois, oui, mais quand ? Quel est le critère d’infaillibilité du magistère ordinaire ? Nous devons répondre à cette question avec prudence, car c’est là exactement que se trouve l’exagération moderne sur l’infaillibilité du Pape, fréquente parmi les catholiques conservateurs, et d’une certaine manière à la racine de l’ « herméneutique de continuité » du Pape Benoit XVI.

Pour y arriver, ils introduisent une nouvelle notion, celle d’actes du « magistère authentique », qui serait en dessous des définitions extraordinaires dans le sens de Vatican I, et cependant imposeraient un tel devoir qu’on ne pourrait les mettre en question. Puis ils mettent dans cette catégorie tout le Concile Vatican II, et beaucoup d’autres actes du magistère moderne.

L’expression « magistère authentique » peut avoir un sens acceptable, quand on l’applique aux actes des membres de l’Eglise enseignante par lesquels ils enseignent plus formellement (par ex. encycliques, lettres pastorales, synodes diocésains, conciles), par opposition à d’autres actes « plus ordinaires » (par ex. un sermon dominical, une lettre individuelle). Il est évident que les premiers ont une importance spéciale et que l’autorité est plus engagée dans ces premiers que dans les seconds. Mais essentiellement, ce magistère authentique est un cas particulier du magistère ordinaire, et donc aussi sujet aux mêmes critères essentiels.
Mais traiter ce magistère authentique comme s’il était toujours infaillible, ce n’est pas conforme à l’enseignement traditionnel, c’est l’exagération moderne – et c’est dangereux car cela mène à avaler les erreurs de Vatican II.
Enseignement et Jugement
L’Eglise distinguait traditionnellement entre le magistère ordinaire et extraordinaire. Cependant les termes exacts de Vatican I sur ce sujet sont importants : « on doit croire de foi Catholique et divine tout ce qui est contenu dans la Parole de Dieu écrite ou transmise et qui, soit par un jugement [iudicio] solennel soit par son enseignement [magisterio] ordinaire et universel, est proposé par l’Eglise comme étant révélé divinement et devant être cru. » (DB 1792). Par opposition au « magistère ordinaire », les jugements solennels sont souvent désignés par « magistère extraordinaire ». Mais il faut remarquer que le Concile (Vatican I) ne parle pas de « magistère » mais de « jugement » solennel. En effet il y a une différence essentielle entre un jugement (acte d’un juge) et magistère (=enseignement, acte d’un enseignant/magister). Un juge pèse très soigneusement chaque mot de sa phrase (sentence), qu’il veut aussi concise et claire que possible ; il prononce sa sentence une fois, et ne se répète pas. Au contraire, un professeur qui ne se répéterait jamais ne serait pas un bon professeur ! Un enseignant expose, explique,développe, illustre de bien des manières la même vérité, la reprenant sous tous ses angles, donnant des exemples, etc. Ce qui rentre dans l’esprit de ses élèves, c’est ce qui est commun à toutes ces paroles : ainsi la répétition est (presque) essentielle à la nature de l’enseignement (au moins pour les hommes après la chute d’Adam, avec la blessure d’ignorance).
Jugements solennels
On peut faire appel du jugement d’une cour inférieure à celui d’une cour supérieure, mais on ne peut faire appel du jugement de la Cour Suprême. Dans l’Eglise, Notre Seigneur Jésus Christ, qui est le Juge Suprême, a donné en privilège d’infaillibilité à son vicaire sur la terre, lorsqu’il « lie et délie », c’est-à-dire lorsqu’il juge d’une manière finale ici-bas. Il est donc clair que l’infaillibilité pontificale définie à Vatican I s’applique précisément à ces jugements finals du juge suprême sur terre, vicaire du Juge Suprême au Ciel. Pas tous les jugements d’un juge n’est jugement final ; le même juge peut rendre des jugements ordinaires, et des jugements solennels : seuls les jugements finals du Pape sont infaillibles. L’infaillibilité s’applique à la sentence finale elle-même, et pas nécessairement à toutes les considérations qui la précèdent. Par exemple dans les Conciles œcuméniques, ce sont les canons qui sont infaillibles, pas tous les chapitres qui les précèdent. Un Concile œcuménique est un cas typique de solennité, mais s’il n’y a pas de sentence, alors il n’y a pas d’infaillibilité au sens défini par Vatican I. Ainsi donc par le fait même que Vatican II n’a pas voulu condamner, il n’a rendu aucune sentence, et n’a pas été infaillible[7].

Les sentences infaillibles sont irréformables « ex sese », dit Vatican I (Db 1839), par elles-mêmes, indépendamment d’autres déclarations.
Le Magistère Ordinaire
Au contraire, les déclarations du magistère ordinaire ne sont pas infaillibles « ex sese – par elles-mêmes » : précisément parce que la répétition appartient à la nature de l’enseignement (magistère). C’est l’accord de l’enseignement – quod ab omnibus, quod ubique, quod semper[8] – ce qui est enseigné par tous, partout et toujours – qui est le critère de vérité pour le magistère ordinaire. L’aspect essentiel ici est le « toujours » : en effet l’enseignement de l’Eglise est la vérité dans la mesure où il est la continuation de l’enseignement du Christ, des Apôtres et de leurs successeurs : si cela vient du Christ, alors c’est vrai ; si cela ne vient pas du Christ, alors cela n’appartient pas à l’enseignement de l’Eglise ! La nouveauté a toujours été la marque de l’hérésie. Cela ne veut pas dire que tout doit être explicitement dans l’Evangile : il y a en effet un développement légitime de la doctrine, mais c’est de l’implicite à l’explicite, exposant les richesses contenues dans le « dépôt de la Foi » sans altération. La vraie Foi, c’est de « tenir ce qui a été tenu depuis que l’Eglise du Christ a été instituée, ce qui a été reçu des Pères, ce qu’ils ont transmis à leurs successeurs. »[9] St Paul résume cela magnifiquement : “Qu'on nous regarde donc comme des serviteurs du Christ et des intendants des mystères de Dieu. Or, ce qu'en fin de compte on demande à des intendants, c'est que chacun soit trouvé fidèle” (1 Cor. 4:1-2). Ainsi la fidélité est la qualité qu’il requiert chez les ministres du Christ, c’est-à-dire des prêtres, des évêques et au-dessus d’eux tous du Pape ; cette fidélité peut être résumée dans cet autre mot de St Paul : “Je vous ai donc transmis en premier lieu ce que j'avais moi-même reçu” (1 Cor. 15:3). Quand le Pape fait cela, quand les évêques font cela, alors ils sont les organes de ce magistère ordinaire et universel qui enseigne la Foi sans faute – non pas que leurs déclarations soient infaillibles dans leurs individualités (« ex sese »), mais c’est leur accord commun avec ce qui a été toujours enseigné dans l’Eglise qui est le signe et la garantie de l’origine divine de cet enseignement, et donc de son infaillibilité.
Le critère, c’est la fidélité
Ainsi on peut dire que la fidélité est le critère du magistère ordinaire et universel : on reconnaît que les paroles du Pape, d’un évêque appartiennent au magistère ordinaire et universel quand on voit qu’il transmet fidèlement ce qu’il a reçu. Au contraire, lorsqu’il est clair que ce qui est enseigné par un prélat est nouveau, alors il est clair que cela ne rentre pas dans l’enseignement/magistère universel (dans le temps comme dans l’espace) : il parle de son propre fond, il ne transmet pas ce qu’il a reçu du Christ.

Introduire un « magistère authentique » qui n’aurait plus besoin d’être fidèle, d’être en continuité avec le magistère passé afin de pouvoir exiger l’assentiment des fidèles, c’est en soi une nouveauté. Prétendre que cet enseignement est nécessairement en continuité, quoi qu’il dise, c’est l’erreur de l’ « herméneutique de continuité », comme si la continuité était une conséquence automatique, et non pas la condition pré-requise pour son authenticité !
FSSPX – FSP : vraie et fausse notion du magistère
Il me semble que cette exagération de l’infaillibilité du Pape – l’étendant à tout ce qu’on appelle présentement le « magistère authentique » - est à la racine de la différence entre la FSP et la Fraternité Saint Pie X. Pour la FSP, le Pape ne pouvait pas avoir tort en excommuniant Mgr Lefebvre. Pour la FSSPX, Mgr Lefebvre avait raison de « transmettre ce qu’il avait reçu », y compris son épiscopat, afin d’assurer la transmission fidèle de la Foi Catholique, Foi « sans laquelle personne ne peut être justifié »[10].
Le principe de la FSSPX : Fidélité
Ce grand principe de fidélité est le principe directeur de toute la FSSPX, fidélité à la Foi de toujours, fidélité à la liturgie de toujours, fidélité à la Foi des Saints, fidélité à la Messe des Saints, fidélité à la morale des Saints, fidélité à l’Eglise Catholique. C’est le principe directeur de toute la vie de Mgr Lefebvre : « tradidi quod et accepi – je vous ai transmis ce que j’avais reçu ». Nous sommes fondés à croire qu’il a reçu la récompense promise au « fidèle serviteur : entre dans la joie de ton Maître ! » (Mt. 25:21,23).

Daigne la Vierge très fidèle nous aider à demeurer « fidèles jusqu’à la mort », afin de recevoir la couronne de vie ! (Apoc. 2:10).

[1] L’abbé Bisig lui-même en 1986 n’approuvait pas Assisi. Il est évident pour tout le monde que si un évêque avait fait une telle réunion cinquante ans auparavant, il aurait été très certainement condamné (MortaliumAnimos date seulement de 58 ans avant Assise 86). Est-ce que le mal devient bien quand c’est le Pape qui le fait ? Le bien et le mal ne sont pas tels par une décision du Pape ; sa mission est d’enseigner ce qui est bien, de juger de cela, mais pas de le changer ! Comment un Catholique pourrait-il justifier de mettre la statue de Bouddha sur un autel Catholique ? Et malgré cela, à Assisi, une église catholique a été attribuée à des Bouddhistes pour y faire leur service – idolâtre ! C’est la conséquence du fait d’avoir mis le Vicaire du Christ sur le même pied que les représentants de toutes sortes de religions fausses. Ce fut un péché très grave contre le Premier Commandement.
Mais dans la Fraternité St Pierre on trouvera difficilement une critique d’Assise ni des nombreuses déclarations si dangereuses et si communes venant des hiérarques de l’Eglise, même des Papes, telles que « nous avons le même Dieu que les musulmans ; l’Ancien Testament est encore un moyen valide de salut pour les juifs »…
[2] Scott Hahn lui-même – qui ne peut être accusé d’être catholique traditionnel – mentionne « les Catholiques qui ont abandonné leur Foi, mais qui ne veulent pas abandonner leur position de pouvoir. » Rome, Sweet Home, p. 119-120.

[3] « Allez, enseignez toutes les nations… » Mt. 28:19
[4] Ils sont plus concernés par « le chômage des jeunes et la solitude des vieux » qui est pour eux « le mal le plus sérieux qui afflige le monde aujourd’hui. » Cf. l’interview du Pape François dans La Republica, 1 oct. 2013.
[5] Il a de fait essayé, bien que la Fraternité ait toujours considéré ces excommunications comme invalides.
[6] Remarquez que même pendant et après les Consécrations, Mgr Lefebvre et la FSSPX ont continué de tenir ce principe, et de rejeter le sédévacantisme sous toutes ses formes ; mais ils tiennent avec St Thomas que l’on peut reconnaître la possession de l’autorité et en même temps résister à un abus de cette autorité : en effet St Thomas enseigne que c’est la même vertu d’obéissance qui évite et le défaut de la désobéissance (ne pas exécuter les ordres légitimes) et l’excès de la servilité (exécuter les ordres illégitimes) (voir IaIIae q.64 a.1, IIaIIae q.104 a.5). A ceux qui pensaient : « attendons que Mgr Lefebvre meure, et la FSSPX mourra avec lui », il n’a pas voulu laisser la FSSPX et la Tradition mourir ; il a pourvu à sa transmission fidèle.
[7] Aussi, le fait même de diminuer les exigences – par exemple dans le cas des nouvelles canonisations, où l’exigence de miracles a été diminuée, parfois même dispensée – manifeste l’absence d’intention de prononcer une sentence suprême (ce qui est diminué, abaissé, n’est plus suprême), qui lierait toute l’Eglise jusqu’à la fin des temps : le jugement est un acte de la vertu de prudence ; on ne peut pas avoir des exigences diminuées pour un jugement suprême.
[8]St. Vincent de Lérins, Commonitorium, 2, 6.
[9]Voir St Augustin, de peccatorummeritis et remissione, III 6, 12.
[10] Concile de Trente, DB 799.

29 décembre 2013

[Credidimus Caritati] Mgr Lefebvre : Ni hérétiques, ni schismatiques, nous gardons et le pape et la messe

SOURCE - Credidimus Caritati - 29 décembre 2013

Faut-il opposer le pape et la messe ? Penser que si nous gardons la messe traditionnelle, nous devons nécessairement nous éloigner du vicaire du Christ ? Ou, a contrario, parce que nous voudrions obéir au pape, il faudrait délaisser la messe traditionnelle et le catéchisme traditionnel ? Face aux mauvaises sirènes provenant de l’aile progressiste ou de l’aile sédévacantiste, Mgr Lefebvre répond résolument : nous gardons notre double attachement. Nous ne sacrifierons ni le Saint Sacrifice de la messe, ni l’attachement à la personne du pape, quand bien même ce dernier se distancerait de l’enseignement de ses prédécesseurs :
« Vous le savez, il y a des tendances, même chez les traditionalistes ; malheureusement, il y en a qui disent : « il n’y a pas de pape, ce n’est pas possible, un pape qui est œcuménique ce n’est plus un pape. » Pour moi, je ne suis pas d’accord avec cette position-là, j’estime que le pape fait erreur ; ce sont ses prédécesseurs qui le disent, c’est le pape Pie IX, c’est le pape Pie X, ce n’est pas moi, je ne fais que comparer les textes et les doctrines, c’est tout, je ne juge pas le pape, c’est la tradition qui juge. […]
« Quelques prêtres nous ont quitté en disant : nous ne sommes pas avec vous, pour nous, il n’y a plus de pape. » Dans ces cas-là on en arrive au schisme, n’ayant plus aucune autorité, parce que l’autorité n’est pas bonne. C’est le cas du père de famille qui se conduit mal, s’il demande des choses qui ne sont pas convenables à ses enfants, ce n’est pas pour cela qu’il n’est plus le père de famille, qu’il n’existe plus. C’est la même chose dans notre cas, ce n’est pas parce que le pape favorise l’hérésie involontairement – probablement – je n’ai pas à le juger, mais les faits sont là – qu’il n’est plus pape.
« Depuis le dernier pape, la situation de l’Église est catastrophique, tout le monde le voit, le sait, les papes eux-mêmes s’en rendent compte. Paul VI disait déjà : nous pensions que le Concile allait être l’occasion d’un plus grand développement de l’Église. Nous sommes obligés de constater que la fumée du diable, de Satan est dans l’Église, qu’au contraire cela va être un désastre.
« C’est pourquoi quelques-uns nous ont quitté et d’autres, on les comprend un peu, sont fatigués de ce combat. Être toujours loin des autorités ecclésiastiques, mal vus de partout, chassés par les évêques, il n’est plus possible de continuer de la sorte. Ils ont rejoint les progressistes, disent la nouvelle messe, ont enlevé la soutane. Pour ma part, je dis non. Nous, nous tenons le pape et nous tenons la messe, les deux.
« Certains me disent : « Mais non, lâchez le pape, il n’est plus pape. » Je réponds : « Si, je tiens le pape ». Les autres me disent : « Mais lâchez la messe puisque le pape le veut » « – Non, je ne lâche pas la messe non plus ». Pourquoi ? Parce que je suis sûr que, fondamentalement, le pape et la messe vont ensemble. »
Mgr Marcel Lefebvre, Conférence, Nantes, 5 février 1983

28 décembre 2013

[Mgr Williamson] Billot II

SOURCE - Mgr Williamson - 28 décembre 2013

Pour établir le lien entre les sept Lettres adressées aux sept églises d’Asie (Apoc. II et III) et sept grandes époques de l’histoire de l’Église (voir ce Commentaire du ), le Cardinal Billot recourt non seulement aux noms de ces églises mais aussi au contenu des Lettres. A cet égard la Lettre à l’église de Sardes (Apoc. III, 1-6) est d’un intérêt particulier pour nous, parce qu’elle correspondrait à notre propre époque, la cinquième, celle de la Grande Apostasie. Après avoir évoqué la richesse, le luxe et la prospérité matérielle que l’on associe à Crésus, roi célèbre de Sardes, le grand théologien Jésuite écrit :--
 
« Comme on pouvait s’y attendre, cette église semble être dans un état de décadence spirituelle. L’apostasie et la défection se trouvent de tous les côtés, mais tandis que le grand nombre d’âmes abandonnent la religion, il y en a quelques-unes qui restent fidèles au Christ. L’ange dit, « Tu as quelques noms à Sardes qui n’ont pas souillé leurs vêtements ». Mais, « Tu as le nom d’être vivant et tu es mort ! » Le nom (mais pas la réalité) de la vie, de la liberté, de la civilisation, des progrès, et (en réalité) tu es mort, croupi dans les ténèbres et dans l’ombre de la mort, parce que la lumière de la vie qu’est Notre Seigneur Jésus Christ a été rejetée. Pour cela l’évêque de Sardes s’entend dire, « Sois vigilant et fortifie les choses qui restent, car elles sont prêtes à mourir. » Et surtout il est recommandé à cet évêque de s’accrocher sans faille aux traditions des saints Apôtres, sans se départir en quoi que ce soit de ce qu’elles signifiaient pour les Pères de l’Église,sous couleur de les comprendre plus profondément : «Rappelle-toi donc ce que tu as reçu et entendu ; et garde-le, et fais pénitence. » En voilà pour la Cinquième Époque. Mais ce qui suit est plus réjouissant », écrit le Cardinal, et il continue avec les Sixième et Septième Époques.

S’il y a des lecteurs de ce Commentaire qui n’ont jamais lu dans le livre de l’Apocalypse ces six premiers versets du troisième chapitre en rapport avec nos propres temps, cela devrait les intéresser. Le lien est remarquable, et pas une coïncidence.

Il est remarquable, parce que « Fortifie les choses qui restent, car elles sont prêtes à mourir » correspond exactement à la Contre-réforme qui a sauvé du Protestantisme le catholicisme, aux Papes anti-libéraux qui ont sauvé de la Révolution ce qui avait survécu de l’Église, à Mgr Lefebvre (avec d’autres) qui a sauvé de Vatican II la Tradition, et enfin à une Résistance qui se bat pour sauver de la chute dans le libéralisme ce qui peut encore se sauver de la FSPX. Assurément les Catholiques peuvent prendre courage de cette vision de l’histoire, en y voyant que la série de leurs défaites, apparemment sans fin ni espoir, s’insère entre un passé éloigné et un avenir à la fin victorieux. C’est justement pour cela que le Bon Dieu nous a donné le livre d e l’Apocalypse.

Et la correspondance n’est aucune coïncidence. Notre Seigneur a promis à ses Apôtres (Jn. XVI, 12-14) que son Esprit, le Saint Esprit, serait avec eux et avec leurs successeurs dans la suite des temps pour leur révéler ce qu’il leur faudrait savoir mais pas avant ces temps-là. Pas avant la Guerre des Trente Ans (1618-1638) qui dévastait l’Allemagne le Vénérable Holzhauser n’a-t-il reçu sa vision des sept Époques cachées dans les Lettres aux sept églises d’Asie. Pas avant l’imminence de la Révolution russe (1917) n’avons-nous eu besoin de Notre Dame pour nous rassurer qu’à la fin son Cœur Immaculé triompherait. Certes, l’Église entre actuellement en éclipse (voir à l’Internet les films de la Messe publique célébrée récemment au Brésil par le pr&e acute; lat en blanc), mais ce n’est pas pour autant que nous devons ni ne pouvons faire de nous des libéraux.

Kyrie eleison.

27 décembre 2013

[Paix Liturgique] Abbé Vincent Ribeton (FSSP): «La puissance de la liturgie traditionnelle»

SOURCE - Paix Liturgique - Lettre 420 - 27 décembre 2013

L’année 2013 se termine et, avec elle, le premier quart de siècle qui nous sépare du Motu Proprio Ecclesia Dei de Jean-Paul II, le 2 juillet 1988. Vingt-cinq ans, c’est aussi l’âge du plus ancien et du plus important institut Ecclesia Dei de droit pontifical : la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre (FSSP), aujourd’hui présente dans 122 diocèses de 15 pays (9 en Europe, 4 aux Amériques, plus le Nigeria et l’Australie) et forte de 244 prêtres et 153 séminaristes au 19 octobre 2013.

De même que – comme l’a rappelé le 18 octobre l’abbé John Berg, supérieur de la FSSP, lors du pèlerinage à Rome de la branche américaine de la Confraternité Saint-Pierre (la sodalité des laïcs) – il n’y aurait pas eu de Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre sans Mgr Marcel Lefebvre, nous savons bien qu’il n’y aurait pas eu de Motu Proprio Summorum Pontificum sans communautés Ecclesia Dei. Si nous pouvons aujourd’hui désirer, demander et finalement obtenir la messe traditionnelle dans nos paroisses, c’est notamment parce que, depuis 1988, des prêtres et, surtout, tant de séminaristes, ont choisi de lier leur vocation sacerdotale à la célébration de la liturgie traditionnelle de l’Église.

Ses 25 ans, la FSSP les a fêtés, de façon plus ou moins importante, dans chacun des pays où elle est implantée. En France, elle a organisé non seulement un pèlerinage à Lourdes mais aussi une messe d’action de grâces en l’église Saint-Sulpice à Paris, le 16 novembre, devant 1.500 fidèles, au maître-autel de l’église remis en service pour l’occasion (voir notre lettre 418). Au cours du sermon, l’abbé Vincent Ribeton, supérieur de la FSSP pour la France et la Belgique, a défini la liturgie traditionnelle comme « un instrument pastoral proportionné aux besoins de notre temps » en ce sens qu’elle « répond à la folie d’un monde sans Dieu en replaçant Dieu au centre [de] la piété des peuples ».
I – « UN TRÉSOR QUI APPARTIENT À TOUTE L'ÉGLISE »

(extrait du sermon de l’abbé Ribeton en l’église Saint-Sulpice à Paris, le 16 novembre 2013)
[…] Au cours des vingt-cinq premières années de son existence, la Fraternité Saint-Pierre a fait l’expérience de la puissance de la liturgie traditionnelle pour opérer le retour des âmes vers Dieu. Parce que cette liturgie est théocentrique, elle tourne l’homme vers le Seigneur, elle est propre à toucher et à transformer le cœur de tout homme. Elle permet de prendre un soin pastoral de toute personne. Elle n’est pas réservée à quelques-uns, à quelques initiés. Elle peut fonder un apostolat très large. Elle est un instrument pastoral proportionné aux besoins de notre temps, tout simplement parce que le cœur de l’homme ne change pas, et que l’art de la prière de l’Église, forgé au cours des siècles dans l’expérience de l’évangélisation, demeure une pastorale très sûre, d’autant plus efficace qu’elle a été davantage éprouvée par le temps.

Parce que cette liturgie met l’homme à genoux devant Dieu, elle répond à ce que le bienheureux Jean-Paul II appelait à raison « l’apostasie silencieuse ». Elle répond à la folie d’un monde sans Dieu en replaçant Dieu au centre, en façonnant par ce caractère christocentrique – selon la belle expression de Benoît XVI – la piété des peuples. Elle a une grande puissance de rayonnement. Elle attire car elle est pleine d’intériorité. Aux âmes qui ont soif d’absolu, faim de Dieu, elle donne un aliment solide. Elle nourrit la piété. Elle fait goûter combien est bon le Seigneur. Cette liturgie est une école de sanctification. C’est un trésor qui appartient à toute l’Église, dont tous sont héritiers, auquel tous les fidèles ont le droit de puiser, comme l’a reconnu le Motu proprio Summorum Pontificum.

Aussi n’avons-nous pas le droit, égoïstement, de garder ce trésor pour nous. Que de conversions, que de retour au bercail du Christ avons-nous pu constater par la médiation de cette liturgie. Beaucoup d’entre les fidèles qui y sont attachés ne la connaissaient pas dans leur enfance. Ils n’en sont donc point des nostalgiques. Rencontrant un jour des passeurs d’Espérance, ils l’ont – sur les routes d’un pèlerinage, lors d’une retraite, dans le scoutisme, à l’occasion d’un camp d’été, ou bien tout simplement en entrant sous le porche d’une église – découverte ; ils en sont revenus émerveillés, et leur vie en a été profondément changée. Avec cette liturgie, avec cette lex orandi, ils ont approfondi leur foi ou même se sont convertis, tant est fort le lien qu’elle possède avec la lex credendi, tant elle exprime magnifiquement, dans les mystères célébrés, la Foi de l’Église, tant elle invite à les vivre, à les mettre en pratique dans une vie chrétienne sans cesse renouvelée.

Quelle force puisée dans cette prière de l’Église pour l’apostolat de nos prêtres ! Marchant de messe en messe, l’Eucharistie étant le cœur de la vie, ils puisent à l’autel tout leur élan apostolique, et ils ont vocation à ramener ensuite vers ce même autel, au lieu de la rencontre avec le Seigneur, les âmes que Dieu met sur leur chemin. Ils ont certainement, comme le Pape les y invite, à faire preuve de charité inventive pour aller trouver les âmes là où elles sont, pour les prendre là où elles en sont, pour se pencher sur elles comme de bons Samaritains, et appliquer à leurs blessures le baume de la grâce.

Ces prêtres, bien chers fidèles, ont besoin de vos prières. Car en même temps qu’ils accomplissent la mission confiée par Notre-Seigneur, ils demeurent des hommes pécheurs qui doivent chaque jour de leur vie travailler à leur conversion pour être davantage conformés à Jésus-Christ qui est le Souverain Prêtre. En raison même de cette condition fragile, de ce combat spirituel dans lequel nous sommes tous engagés, bien chers fidèles, nos prêtres ont à demeurer dans l’humilité qui apporte la simplicité de cœur, la pauvreté en esprit louée par Notre-Seigneur dans les Béatitudes, la componction de l’âme, la pureté d’intention, la magnanimité, la miséricorde envers les pécheurs.

Cette humilité est une vertu essentielle pour vivre en fils de l’Église. Nous en avons tous besoin, et nous en manquons tous, tant l’esprit du temps, qui conduit à juger de tout à partir des illusions de notre ego, nous caractérise tous. Sans humilité du cœur pourtant, il est impossible de correspondre à la volonté de Dieu et d’accomplir notre vocation.

Demandons à Notre Dame de renouveler cette humilité en nos âmes, afin que nous servions Dieu et l’Église avec un cœur d’autant plus désintéressé que nous ne nous rechercherons pas nous-mêmes, un cœur joyeux qui chantera avec la Sainte Vierge le Magnificat d’une action de grâce s’élevant sans cesse vers Dieu ».
II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE
1) L’abbé Vincent Ribeton affirme que la messe traditionnelle « est un instrument pastoral proportionné aux besoins de notre temps ». Les besoins ? Le 10 décembre dernier, le cardinal Schönborn, archevêque de Vienne, invité dans la cathédrale de Milan par son ami le cardinal Scola, a dressé un tableau de la situation du catholicisme occidental si dramatique que le quotidien Il Foglio l’a ainsi résumé : « Nous sommes au bord de l’apostasie ». Or, le Cardinal avouait qu’il n’avait pas de solution. Pourquoi donc ne pas favoriser « ce qui marche » pastoralement, par exemple cette liturgie traditionnelle qui remplit les églises qu’on lui concède d’un public étonnamment jeune, qui attire encore des vocations (1 séminariste français sur 6), qui s’accompagne d’un nouvel élan catéchétique ?

2) « Beaucoup d’entre les fidèles qui y sont attachés ne la connaissaient pas dans leur enfance », souligne l’abbé Vincent Ribeton. Ceci est avéré. En outre, tous les témoignages des prêtres qui la célèbrent, ne fût-ce qu’occasionnellement, convergent : parmi ceux qui ne la connaissaient pas auparavant, ce sont les jeunes catholiques qui sont les plus intéressés par la liturgie traditionnelle lorsqu’elle leur est offerte. Ce qui ne veut pas dire qu’ils pratiqueront dès lors exclusivement cette liturgie, mais que loin de les rebuter, elle leur paraît une réponse à ce besoin de sacré et de ritualisme que les sociologues du religieux analysent dans les générations catholiques nouvelles (« c’est une messe carrée ! »).

3) « Aussi n’avons-nous pas le droit, égoïstement, de garder ce trésor pour nous », poursuit l’abbé Ribeton. Ceci est d’autant plus vrai que, contrairement à une idée médiatique reçue, le nouveau pontificat n’a pas enrayé l’aspiration à la « restauration », notamment liturgique, qui s’est déployée avant et pendant le précédent pontificat. À preuve, qu’on nous pardonne la référence, les diatribes constantes de la revueGolias contre le profil des jeunes prêtres et des séminaristes français qui seront bientôt majoritaires dans un clergé clairsemé. Ainsi, la référence que constitue la messe selon la forme extraordinaire conserve toute sa force pour ces prêtres qui cherchent à rendre leur liturgie « digne » et qui, dans un certain nombre de cas, célèbrent dans l’une et l’autre forme.

4) Enfin l'abbé Vincent Ribeton rappelle que la liturgie traditionnelle « est un trésor qui appartient à toute l’Église, dont tous sont héritiers, auquel tous les fidèles ont le droit de puiser ». C'est une des idées qui sous-tendent le Motu Proprio de 2007. Le droit des fidèles qui a été ainsi consacré est, comme diraient les juristes, un « envoi en possession » : il s'agit de la remise (qui reste, hélas, souvent très théorique) entre les mains de tous les héritiers du legs qui leur a été fait et dont ils peuvent désormais jouir. Ce legs est celui de la lex orandi, aussi précieux, toutes choses égales, que le catéchisme qui avait été transmis de génération en génération jusqu’au grand chambardement de la fin des années 60 et des années 70 : « La messe, la célébration du Sacrifice eucharistique est l'une des professions de foi les plus importantes qui soient. Nous aimons, nous préférons et nous conservons la messe dans la forme traditionnelle du rite romain, précisément parce qu'elle est une claire profession de foi dans le dogme eucharistique, dans le dogme de la Messe comme Sacrifice, renouvellement non sanglant du sacrifice de la Croix, dans le dogme de la présence réelle et de la transsubstantiation ». (Mgr Rifan, homélie du Christ-Roi lors de la Messe de clôture du pèlerinage Summorum Pontificum, en l’église Sainte-Marie sur la Minerve à Rome).

[Fr. D.-M. de Saint Laumer, Fraternité St Vincent Ferrier] Aidez-nous à construire une église

SOURCE - Fr. D.-M. de Saint Laumer, Fraternité St Vincent Ferrier - Automne-Hiver 2013

La Fraternité Saint-Vincent-Ferrier, fondée à Chémeré-le-Roi, en septembre 1979, par le R. P. Louis-Marie de Blignières et quelques jeunes étudiants, a fêté, le dimanche 6 octobre, les 25 ans de sa reconnaissance canonique par le Saint-Siège (le 28 octobre 1988). Par une belle journée ensoleillée, signe du sourire de Notre-Dame du Rosaire, plus de six cents personnes se sont pressées dans l’église du village pour assister à une messe solennelle d’action de grâces célébrée par le Prieur, qui fêtait également ses 25 ans d’ordination sacerdotale avec deux autres prêtres, les pères Laisney et Puibaraud. Ont suivi un verre de l’amitié au Couvent et un repas convivial dans le cloître, ouvert exceptionnellement ; puis des causeries sur l’histoire, les apostolats et les projets de la Fraternité ; les invités ont pu alors visiter une partie de l’intérieur du Couvent ; les vêpres et un salut solennel du Saint-Sacrement ont clos cette belle journée. Mgr Descourtieux, représentant le Saint-Siège au titre de la Commission pontificale Ecclesia Dei, a lu un beau message de Mgr Di Noia, à l’occasion de ce jubilé. Le R. P. de Blignières, dans son homélie, a rappelé l’importance de « dire merci ». Savoir reconnaître tout ce que nous avons reçu de Dieu, notre Créateur, de nos parents, de notre patrie et de nos maîtres, est une gratitude qui nous rend dignes de recevoir à nouveau. Nous avons bien conscience de tout ce que le Seigneur a fait pour chacun de nous et pour notre modeste communauté depuis plus d’un quart de siècle. La vocation de « fils de saint Dominique », chargés par l’Eglise d’aller prêcher la Bonne Nouvelle du salut, nous enthousiasme plus que jamais, dans un monde qui a perdu ses repères, parce qu’il s’est éloigné de son Père du Ciel.

Les moines et les religieux ont toujours été des bâtisseurs. Une communauté religieuse a besoin d’un cadre adapté pour que la vie des frères puisse correspondre à leur vocation. Pour nous qui voulons suivre les traces de saint Dominique, la contemplation et la liturgie sacrée, la célébration de l’office divin et la sainte Messe, sont une part essentielle de notre vie.

Nous avons donc besoin d’une église suffisamment vaste. Lorsque nous sommes arrivés en 1979, après avoir installé une chapelle provisoire, nous avons rapidement aménagé notre chapelle actuelle dans les communs du château. Cette chapelle, bénite en 1982, toute simple, est appréciée de tous. Nous aimons y prier. Cependant, après la construction du nouveau bâtiment en 1998, puis celle de la galerie et du secrétariat en 2001, et l’accroissement de la communauté au cours de cette même période, nous avons réfléchi à la possibilité de construire une nouvelle église.

Nos chapitres généraux de 2004 et 2007 ont élaboré un projet comprenant un bâtiment technique devenu nécessaire, une église et une hôtellerie. Nous avons commencé par la première tranche, plus facile, celle du bâtiment technique, qui a été construit en 2011 : le bâtiment Saint-Joseph, très réussi.

Il nous reste à réaliser les deux autres tranches du projet : l’église avec une crypte, et le bâtiment adjacent d’hôtellerie. Et notre cloître sera aussi achevé.

Pourquoi construire une église alors qu’il y en a tant qui sont inoccupées ou sous-occupées ? nous a-t-on dit parfois. Contrairement à ce que peuvent penser beaucoup, ce n’est pas si facile de trouver une maison religieuse vaste, adaptée, avec les conditions pour mener notre vie communautaire, contemplative et apostolique. Souvent le coût de transfert et d’aménagement, de mise aux normes, revient plus cher qu’une construction.

En tous cas, l’occasion ne s’est pas présentée pour nous et notre fondation est maintenant bien établie à Chémeré-le-Roi. La construction de l’église au Couvent Saint-Thomas d’Aquin lui donnera sa dimension pleine de « maison-mère », maison de formation pour nos novices et frères étudiants et lieu où pourront se réunir tous les frères de la Fraternité (en particulier pour les retraites, les chapitres généraux…) lorsque nous aurons fondé d’autres couvents.

Le projet a été décidé par le dernier chapitre général et doit être mis en œuvre par le Prieur assisté d’une commission architecturale, composée de deux frères. Après les consultations nécessaires et les préparatifs, nous allons très prochainement passer à la phase active de réalisation du chantier. Nous avons, grâce à un legs, une somme raisonnable pour pouvoir démarrer le chantier. Mais le coût total sera nettement plus lourd, et nous devons donc aussi lancer une très importante campagne de financement. Nous sollicitons donc votre aide, par la prière bien sûr, et par toutes sortes de moyens susceptibles de nous permettre de réaliser ce projet. Un Prieur de communauté me disait : « Vous vous lancez dans une aventure. » Nous en avons bien conscience. Il y aura des moments difficiles, mais avec l’aide de Dieu, de saint Joseph, que nous invoquons chaque jour après Notre Dame, et votre soutien, nous avons bon espoir de pouvoir bâtir une belle église pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Merci de tout cœur à l’avance de votre aide. Vous participerez ainsi à notre apostolat et à cette belle mission que l’Eglise nous a confiée de prêcher la Vérité contemplée, de conduire les âmes vers le Christ, notre unique Sauveur.

Fr. D.-M. de Saint Laumer, Prieur

[Abbé Benoît Wailliez, fsspx - Pour qu'Il règne] Rejetons fermement la nouvelle qui est gravement dangereuse pour la foi

SOURCE - Abbé Benoît Wailliez, fsspx - Supérieur du District de Belgique et des Pays-Bas - Pour qu'Il règne - décembre 2013

Dans la Constitution Auctorem fidei (1794), le pape Pie VI a condamné les erreurs jansénistes du Synode de Pistoie. Deux des propositions condamnées sont d'un intérêt particulier pour nous, aujourd'hui.

« Après la consécration le Christ est vraiment, réellement et substantiellement sous les espèces ; alors toute substance du pain et du vin cesse, et seules demeurent les espèces. [Cette proposition] omet totalement de faire mention de la transsubstantiation (…). Cette omission inconsidérée et très suspecte (…) est pernicieuse, elle déroge à l'exposition de la vérité catholique touchant le dogme de la transsubstantiation, et favorise les hérétiques » (DS 2629).

Comparons maintenant la définition de la nouvelle messe donnée dans l'Institutio Generalis Missalis Romani de 1969, et voyons laquelle des deux est la plus catholique !

« La Cène du Seigneur ou messe est la synaxe sacrée ou congrégation du peuple rassemblé dans l'unité, sous la présidence du prêtre, pour célébrer le mémorial du Seigneur » (Chapitre II, n°27).

Dès 1965, le père Bugnini donnait la clef d'interprétation de la révolution liturgique en cours : « l'Eglise a été guidée par l'amour des âmes et le désir de tout faire pour faciliter à nos frères séparés le chemin de l'union, en écartant toute pierre qui pourrait constituer ne serait-ce que l'ombre d'un risque d'achoppement ou de déplaisir » (Osservatore Romano, 19 mars 1965).

« L'intention de Paul VI — déclarait Jean Guitton, le 19 décembre 1993 — (…) était de réformer la liturgie catholique de façon à ce qu'elle coïncide à peu de choses près avec la liturgie protestante, avec la Cène protestante. (…) Je répète que Paul VI a fait tout ce qui était en son pouvoir pour rapprocher la messe catholique — en ignorant le concile de Trente — de la Cène protestante. (…) En d'autres termes, il y a en Paul VI une intention oecuménique d'effacer — ou au moins de corriger, d'atténuer — ce qu'il y a de trop catholique, dans le sens traditionnel, dans la messe, et de rapprocher la messe catholique, je le répète, de la messe calviniste ».

« [Le synode de Pistoie souhaite dans la liturgie] une plus grande simplicité des rites, en la célébrant en langue vulgaire et en la proférant à haute voix. [Cette proposition] est téméraire, off ensante pour les oreilles pies, outrageante pour l'Eglise, et favorise les reproches des hérétiques à son sujet » (DS 2633).

Ce voeu des jansénistes – condamné par l'Eglise – correspond à s'y méprendre à la description de la nouvelle messe, chère au coeur du pape régnant. Celui-ci parle avec dédain de la messe de toujours comme du « vetus ordo » et, lorsqu'il la tolère, aspire à ce que, « en célébrant les mystères sacrés selon la forme extraordinaire du rite romain (…), [les prêtres] contribuent, dans la fidélité à la tradition vivante de l'Eglise, à une meilleure compréhension et mise en oeuvre du concile Vatican II » (Lettre du Pape François à la Fraternité Saint-Pierre, à l'occasion de son Jubilé d'argent).

Quant à nous, fidèles à la ligne tracée par notre vénéré fondateur Mgr Marcel Lefebvre, nous restons fermement attachés à la messe traditionnelle qui a fait les saints, et rejetons fermement la nouvelle qui est gravement dangereuse pour la foi.

C'est ce que ce numéro de la revue entend expliquer.

Abbé Benoît Wailliez

Source : Pour qu'Il règne n° 114 de décembre 2013

[Abbé Bouchacourt, fsspx - District d'Amérique du Sud] De l'autorité...

SOURCE - Abbé Bouchacourt, fsspx - District d'Amérique du Sud - décembre 2013
Un vieux dicton chinois dit que « le poisson pourrit par la tête », soulignant ainsi que si la tête est atteinte d’une maladie mortelle le corps tout entier se trouve en péril. Cette observation pleine de bon sens a surtout un sens allégorique signifiant que la santé du corps social dépend de la santé morale, intellectuelle et spirituelle de ses chefs. L’état de décomposition avancée de la société civile est dû en grande partie à l’incurie, à la corruption de ses dirigeants qui ne servent pas le bien commun mais se servent eux-mêmes. La Sainte Ecriture l’exprime avec clarté : « Le sage gouvernant tient son peuple dans la discipline et l’autorité d’un homme bien établie. Tel le gouvernant et tels ses subordonnés, tel celui qui régit la ville et tels les habitants. Un roi sans instruction est la ruine de son peuple, une ville doit sa prospérité à l’intelligence de ses chefs ».(1) Ces dirigeants qui nous gouvernent et qui ne savent se gouverner eux-mêmes, sont grandement responsables de la ruine de la société. Le grand Bossuet le résume de manière concise par ses mots : « où il n’y a pas de maître, tout le monde est maître et où tout le monde est maître, tout le monde est esclave ».(2) Le prophète Isaïe semble avoir prononcé ces paroles pour notre époque : « O mon peuple, un gamin l’opprime et des femmes le dominent. O mon peuple, tes dirigeants t’égarent ».(3)

L’autorité vient de Dieu. Le Christ le rappelle fermement à Pilate lorsque ce dernier lui déclare détenir le pouvoir de le libérer : « Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir s’il ne t’avait été donné d’en-haut ».(4) Celui qui est investi de l’autorité, participe à celle de Dieu et doit refléter sa sainteté. On comprend alors que le gouvernant ne s’appartient pas, mais qu’il appartient au peuple qui lui a été confié. Lors du panégyrique de Saint Louis, roi de France qu’il prononça, le Cardenal Pie affirma justement : « Pour le roi chrétien, gouverner c’est servir ; régner, c’est répandre des bienfaits. Il donne, il donne toujours, ne songe point à lui-même. C’est par cette bonté, c’est par cette libéralité qu’il est sur la terre l’image vivante du Père Céleste ».(5)

Si l’autorité trouve son origine en Dieu, comment peut-on faire coïncider cette affirmation avec l’élection démocratique qui s’est imposée dans la majorité des pays laissant à penser que le pouvoir réside dans le peuple qui le délègue au dirigeant ?Léon XIII répond de manière très claire à cette objection :

« Ceux qui président au gouvernement de la chose publique peuvent, en certains cas, être élus par la volonté et le jugement de la multitude, sans répugnance ni opposition à la doctrine catholique. Mais si le choix désigne la personne du souverain, il ne lui confère pas l’autorité de gouverner, il ne délègue pas le pouvoir, il désigne la personne qui en sera investie ».(6) C’est Dieu qui donnera cette investiture.

Le chef est ordonné au bien commun qu’il servira d’autant mieux que sa vie personnelle est exemplaire. Gouverner c’est aimer, ce n’est pas flatter. Cet amour envers ses subordonnés, l’autorité le manifestera en encourageant les bons, en défendant la vérité et le bien mais aussi en condamnant les méchants, en luttant contre l’erreur qui tue l’intelligence et le mal corrupteur des volontés. Ainsi l’ordre et la paix règneront, sinon le chaos s’installera comme nous le voyons s’étendre aujourd’hui. Le RP Colin, religieux rédemptoriste, écrivait de façon fort pertinente que « lorsque Dieu veut punir un peuple, le pire des châtiments est de mettre à sa tête un chef incapable ou indigne ».(7) Combien nous en souffrons aujourd’hui !

Si l’autorité civile est ordonnée au bien commun, la hiérarchie de l’Eglise catholique est, quant à elle, au service de la foi. Son rôle est de la conserver, de l’expliciter, de la protéger de l’erreur et de la transmettre jusqu’à la fin des temps. Avec l’aide du Saint-Esprit ce saint dépôt de la foi est parvenu intègre jusqu’à nous. Personne, pas même le Pape, ne peut en modifier le contenu parce qu’il trouve sa source en Dieu immuable. Tous les membres de l’Eglise ont l’obligation d’y adhérer et par conséquent de refuser ce qui est en contradiction ou en rupture avec ce que l’Eglise enseigne depuis 2000 ans. C’est ainsi que se justifient notre résistance et notre apparente désobéissance aux autorités ecclésiastiques depuis le dernier concile et leur donne toute leur légitimité. Notre fermeté ne réside pas en nous même, mais en Jésus-Christ, Verbe Incarné, et en deux millénaires de Tradition nourrie par l’enseignement des Pères de l’Eglise, celui des papes et les écrits des saints. Notre fidélité est tout sauf une résistance orgueilleuse, elle est une humble soumission à un enseignement qui a donné tant de fruits tout au long de l’histoire de l’Eglise. Le jour où nous comparaîtrons devant le Divin Juge, à l’heure de notre mort, il nous sera demandé des comptes sur notre fidélité à la foi reçue.

Cette autorité, chers parents, vous en êtes aussi les détenteurs depuis le jour où vous vous êtes unis devant Dieu. Surtout vous, les chefs de famille qui êtes la tête de votre foyer. A travers votre autorité paternelle doit transparaitre celle de Dieu lui-même. De la qualité de celle-ci dépendra la paix, l’unité et la sainteté de votre famille. Si je me permets de m’adresser spécialement à vous, chers pères de famille, c’est que l’autorité que Dieu vous a confiée est gravement remise en cause aujourd’hui pour différents motifs : en raison de la négation de la complémentarité de l’homme et de la femme voulue par Dieu, en raison de l’égalitarisme que l’on veut imposer partout mais aussi en raison de l’ignorance du rôle que le père doit tenir dans sa famille. Le pape Pie XII voyait déjà ce péril et rappelait les pères de famille à leurs devoirs par ces mots : « Maris, vous avez été investis de l'autorité. Dans votre foyer, chacun de vous est le chef, avec toutes les obligations et les responsabilités que ce titre comporte. N’hésitez donc pas à exercer cette autorité ; ne vous soustrayez pas à ces devoirs, ne fuyez pas ces responsabilités. Que l'indolence, la négligence, l'égoïsme et les passe-temps ne vous fassent pas abandonner le gouvernail du navire familial confié à vos mains ».(8)

L’autorité que vous avez envers votre épouse, est une autorité d’amour, pleine de délicatesse et de respect. Soyez pour elle un soutien, une consolation et une protection. De votre sainteté personnelle dépend l’acceptation de cette autorité. Sans cette sainteté, l’autorité du mari est un joug qui peut devenir insupportable car elle prend alors sa racine dans l’orgueil, l’égoïsme ou la sensualité.

Par rapport à vos enfants, votre autorité est essentielle et irremplaçable. Elle consiste à les aider à réaliser non point le plan que vous avez sur eux mais celui que Dieu projette sur chacun. Tout particulièrement au moment de l’adolescence de vos enfants, votre épouse a besoin de votre présence et de votre autorité. De votre attitude pourra dépendre le futur de ces enfants que Dieu vous a confiés. Rappelez-vous que vous n’êtes pas l’ami de vos enfants, mais leur père. Votre rôle est de les guider, de les aider à prendre la bonne décision et parfois même de la prendre à leur place. Cela peut être douloureux, mais plus tard votre enfant vous en sera reconnaissant.

Ne fuyez pas vos adolescents, ne vous dérobez pas à eux mais donnez-leurs de votre temps, usez de votre autorité paternelle envers eux. Beaucoup de pères, « s’enferment » devant leur ordinateur ou leur travail pour éviter une réalité difficile dans leur famille ou au contraire, sous prétexte d’activités extérieures, oublient que leurs grands enfants aimeraient parler avec eux. Dans les deux cas il s’agit d’une fuite. L’adolescent, même s’il fait mine du contraire, a besoin de la présence de son père, de ses conseils, de ses encouragements et aussi de ses griefs pour canaliser les passions impétueuses de cette période de sa vie. Votre autorité paternelle est alors déterminante. Elle nécessite patience et force, beaucoup de sagesse et de lumières. Avec le soutien de votre épouse, la grâce du sacrement de mariage vous sera d’un grand secours.

Rappelez-vous qu’un père exemplaire est admiré par ses enfants et fait la fierté de son épouse. La Sainte Ecriture ne dit-elle pas que « la gloire des enfants, c’est leur père » ? (9) Cependant, un père qui fuit ses responsabilités est bien souvent méprisé et son autorité remise en cause. Il ne reste alors plus que des rapports de force qui ruinent la confiance, la paix et l’unité du foyer.

Cette autorité, vous l’exercerez aussi en présidant la prière en famille, en montrant l’exemple dans la pratique religieuse par la communion et la confession régulière, en veillant sur les fréquentations de vos enfants, sur leurs sorties, sur l’usage qu’ils font des réseaux sociaux (internet, Facebook, Twitter etc…) sur leur manière de se tenir et de se vêtir. N’oubliez jamais qu’ils ont les séquelles du péché originel qui rend le bien ardu à pratiquer. Vous les guiderez au moment du choix de l’état de vie qu’ils devront suivre lorsque le moment se présentera. Par-dessus tout inculquez-leur le sens du sacrifice et du service. De tout cela vous aurez à rendre compte devant Dieu. Ne multipliez pas les sorties hors du foyer ou les activités mondaines ou pseudo-intellectuelles en fin de semaine. Elles agacent bien souvent vos enfants et ruinent l’esprit de famille. Que de fois de jeunes adolescents se plaignent auprès de nous, prêtres, que leur père est toujours trop occupé et qu’ils ne peuvent jamais parler avec lui. Pères ne fuyez pas, soyez a votre poste, celui que vous avez promis de tenir devant Dieu le jour de votre mariage.

Supplions Dieu d’envoyer de bons chefs catholiques, non seulement pour gouverner notre patrie mais aussi de bons Supérieurs pour guider la sainte Eglise sans aucune compromission avec le monde. L’espérance ne peut nous quitter parce qu’ « aux mains de Dieu est le gouvernement du monde ; il suscite au bon moment le chef qui convient ».(10) Dire que tout est perdu, que la situation est désespérée, est un grave manque de foi et d’espérance qui conduit à l’abandon du bon combat de la foi.

Chefs de famille, soyez à la hauteur de l’Espérance que Dieu, l’Eglise et la société placent en vous. Si vous êtes fidèles à votre mission, c’est au sein de vos familles que se lèveront une élite catholique, une nouvelle génération de saints et les vocations que tous attendent. Cette mission est exigeante mais nécessaire pour la restauration du règne du Christ-Roi dans l’Eglise et la société. Joyeuse et sainte fête de Noël à tous et bonne et sainte année 2014 !

Que Dieu vous bénisse !
Padre Christian Bouchacourt Superior de Distrito América del Sur
-----NOTAS:
1. Ecclésiastique X, 1-3.
2. Bossuet, Politique sacrée, livre 1er, article 3.3. Isaïe, III, 12.
4. Evangile selon Saint Jean XIX, 11.
5. Cardinal Pie, Panégyrique de saint Louis, le 27 Août 1851.
6. Leon XIII, encyclique Diuturnum illud, 29 juin 1881.
7. RP L. Colin, le livre des Supérieurs, Chap II.8. Pie XII, Allocution aux nouveaux époux, 10 septembre 1941.
9. Livre des Proverbes XVII, 6.
10. Ecclesiastique X, 4.

25 décembre 2013

[DICI] Adveniat regnum tuum !

SOURCE - DICI - décembre 2013

Le cardinal Pie souhaitait la bonne année à ses diocésains de Poitiers en faisant sienne la demande du Notre Père : « Que votre règne arrive ». Par là, il montrait qu’une nouvelle année ne pouvait être sainte que si les droits de Dieu étaient reconnus et respectés par les familles et les institutions d’une nation. Selon lui, Notre Seigneur ne pouvait être un de ces souverains constitutionnels qui règnent, mais ne gouvernent pas. Qui trônent superbement, sans pouvoir rien régir.

La nouvelle croisade du rosaire que Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, veut appuyer sur la croisade demandée par Mgr Marcel Lefebvre en 1979, doit nous aider à nous sanctifier par une observation précise de notre devoir d’état, donc par une soumission filiale à la volonté de Dieu, ici et maintenant. Alors que nous sommes souvent tentés de rêver à une obéissance idéale, ailleurs et plus tard.

L’année 2014 que nous souhaitons sainte, le sera si nous travaillons à ce que Son règne arrive en nous, dans nos familles, dans nos métiers et dans nos institutions, autant qu’il dépend de nous, mais pas moins. Cette année commence avec la nouvelle croisade: chaque chapelet doit correspondre à une action quotidienne pour que Son règne arrive vraiment.

24 décembre 2013

[Rivarol - Jérôme Bourbon] Bergoglio, homme de l’année pour Time et les LGBT !

SOURCE - Rivarol - 24 décembre 2013

Malgré tous les gages donnés par le chef de l’Etat, ce n’est pas lui mais l’auto-proclamé successeur du poverello d’Assise qui a été élu personnalité de l’année par la communauté LGBT (lesbienne, gay, bisexuelle et transsexuelle) américaine. Il était déjà le choix du magazine Time, qui avait prouvé, s’il en était besoin, que le monde ne nourrissait aucune haine à l’encontre de l’occupant argentin du siège de Pierre — contrairement à ce qu’annonçait Jésus au sujet de ses disciples authentiques. Ni le monde, donc, ni le magazine gay The Advocate ne trouvent quoi que ce soit à redire à celui qui prétend être « la règle prochaine et vivante de la Foi ». Et pour cause ! Le magazine analyse les marques de sympathie adressées par Bergoglio aux homosexuels. Sur sa une, il cite la fameuse phrase prononcée dans l’avion qui le ramenait à Rome après son escapade à Rio de Janeiro pour les JMJ, cette sorte de « catho pride » dégénérée durant laquelle un groupe d’“évêques” d’âge canonique s’étaient trémoussés en rythme (sûrement la « nouvelle évangélisation ») : « si quelqu’un est gay et cherche le Seigneur de bonne foi, qui suis-je pour le juger ? » Pour situer la phrase dans son contexte, c’était juste après l’épisode du chapeau à plumes dont le successeur de Benoît XVI s’était coiffé au milieu d’Indiens à demi nus, et juste avant de déposer un ballon de beachball (sorte de volley que l’on pratique sur la plage en bikini et bermuda) sur l’autel de Sainte-Marie-Majeure. 
LES UNIONS CIVILES, UN « MOINDRE MAL » 
Cependant, The Advocate reste réaliste. Ne nous emballons pas, écrit le magazine, François, qui s’est récemment glorifié d’avoir été dans sa jeunesse videur de boîte de nuit et avoir eu comme tout le monde une petite copine,n’est pas pro-gay « d’après les critères d’aujourd’hui ». Mais depuis qu’il est “cardinal”, il multiplie les signes « d’ouverture ». D’abord, il a défendu les unions civiles pour les homosexuels en Argentine, les considérant comme « un moindre mal » par rapport aux parodies de mariage qui sont la norme dans des pays toujours plus nombreux. A un activiste gay argentin, Marcelo Márquez, qui s’est confié au New York Times en mars, Bergoglio avait dit que les homosexuels devaient avoir des droits reconnus. La petite phrase dite dans l’avion a-t-elle été montée en épingle, les propos de Bergoglio ont-ils été amplifiés, déformés ? Pour rassurer ses amis de la communauté LGBT, Bergoglio a récidivé dans un entretien donné en septembre au magazine America : « Une personne m’a demandé, pour me provoquer, si j’approuvais l’homosexualité. Je lui ai répondu avec une autre question : « Dites-moi : quand Dieu regarde une personne gay, est-ce qu’il admet l’existence de cette personne avec amour, ou rejette-t-il et condamne-t-il cette personne ? » Nous devons toujours considérer la personne. » La personne, et non les questions trop souvent abordées selon lui de l’avortement, de la contraception et du « mariage » gay qui doivent seulement être traitées« en contexte », selon Bergoglio. L’enseignement de l’Eglise à ce sujet est clair, martèle l’homme en blanc, qui se garde bien cependant de le rappeler, mais selon lui il n’est pas nécessaire d’en parler tout le temps. Pour la journée mondiale de la paix, Bergoglio a donc insisté sur la fraternité comme fondation de la paix et affirmé avec force :« tous les hommes et les femmes (féminisme oblige) jouissent d’une dignité égale et inviolable. Tous sont aimés de Dieu. » Et tant pis pour l’enseignement de l’Eglise, dont Bergoglio se prétend le fils, qui affirme que les hommes naissent en inimitié avec Dieu, jusqu’à ce que le baptême efface la tache originelle héritée d’Adam.

François ira-t-il plus loin que ces gestes d’amitié envers les LGBT ? Luttera-t-il à leurs côtés contre les discriminations, s’interroge The Advocate. Time en tout cas a souligné que Bergoglio s’est entouré d’un « groupe inhabituel de huit évêques » qui le conseillent régulièrement. Parmi eux, le “cardinal” Oswald Gracias, qui s’est opposé en Inde à une loi sur la criminalisation des actes homosexuels, quel courage ! Nous n’avons jamais considéré les gays comme des criminels, a déclaré le “prélat” conciliaire. Certes. Mais il en va bien autrement des actes homosexuels. En cette matière, lorsque l’on est catholique, il vaut mieux ne pas être pratiquant. Mais il est vrai que le catéchisme a bien changé depuis l’époque — que les moins de 70 ans ne peuvent pas connaître — où monsieur le curé montrait du doigt, depuis sa petite chaire d’une paroisse de province, un divorcé remarié. Que dirait-il aujourd’hui à l’ami François ? Ce dernier lui enseignerait sans doute la nouvelle saine doctrine, à savoir que l’homme doit suivre sa conscience. Ecouter sa conscience, disait Bergoglio au célèbre athée italien Scalfari dans le quotidien de gauche La Repubblica, signifie « se décider face à ce que nous percevons comme bien ou mal. »Nous sommes là en plein subjectivisme.Le bien et le mal n’ont plus aucune réalité objective. Si les catholiques gays (si,si, ça existe) suivent fidèlement ces paroles, ils pourront sans remords se livrer à leurs passions, tant qu’ils les perçoivent comme bonnes. Et comment seraient-elles mauvaises ? Ce sont des histoires d’amour comme les autres, n’est-ce pas ? François, dès son “élection”, avait reconnu qu’il existait  un « lobby gay » au Vatican, cela ne doit manifestement pas le gêner vu les déclarations “homophiles” qu’il multiplie. 
LA FORMULE « QUI SUIS-JE POUR JUGER ? » FAIT RECETTE 
En effet, c’est encore La Repubblica qui nous informe qu’un groupe de gays ayant écrit à Bergogliopour exprimer leur sentiment d’exclusion, celui-ci leur a répondu et leur a donné sa bénédiction, ce que n’avaient pas fait ses prédécesseurs (bien que Ratzinger ait accueilli avec gourmandisele Gay Circus au Vatican en décembre 2010 et que le “cardinal” Paglia, sorte de ministre de la Famille au Vatican, se soit prononcé très officiellement, Benoît XVI regnante, pour les unions civiles homosexuelles). The Advocate conclut donc que Bergoglio leur donne bon espoir qu’un jour les homosexuels pratiquants seront accueillis comme n’importe quels autres fidèles. D’ores et déjà, se félicite le magazine, les catholiques rejetant les homosexuels ne peuvent prétendre relayer l’enseignement de François. Tel un petit troupeau obéissant, les “catholiques conciliaires” se soumettent, d’ailleurs. En Illinois, c’est en s’appuyant sur le nouveau discours tenu à Rome que les activistes gays ont réussi à convaincre la Chambre de voter en faveur d’une loi sur la dénaturation du mariage. Selon le Chicago Tribune, plusieurs membres “catholiques” de la Chambre ont fait leur « examen de conscience » et se sont conformés aux desiderata de François. L’un d’eux déclarait ainsi : « qui suis-je pour juger qu’ils [les homosexuels vivant ensemble] devraient rester illégaux ? » tandis qu’une autre bonne âme se considérant « disciple de Jésus et du pape François » semblait découvrir que « notre doctrine religieuse catholique a en son centre l’amour, la compassion et la justice pour toutes les personnes ». 
LE MONDE JUIF UNANIME DANS SES ACCLAMATIONS 
« Qui suis-je », Bergoglio n’est pas le seul à se le demander. Car non content d’avoir les yeux de Chimène pour ceux que le catéchisme pré-conciliaire désignait comme des pécheurs publics dont le vice « crie vengeance devant Dieu » (catéchisme de saint Pie X), l’homme en blanc fait de bonne grâce les courbettes qui s’imposent devant la communauté juive. Au lendemain de son “élection”, ses admirateurs se régalaient de son livre d’entretiens co-écrit avec le rabbin Skorka. Ce dernier n’est pas son seul ami parmi les membres du courageux petit peuple. Selon l’agence de presse vaticaneZenit, le rabbin argentin Mario Rojzman lui a offert, lors de l'audience générale du mercredi 23 octobre 2013, place Saint-Pierre, une kippa « tissée à la main, et de couleur blanche, avec le nom François brodé en espagnol et hébreu. ».« J’ai voulu que sur la kippa soient brodées les tables du décalogue et deux lions, avec le souhait biblique qu’ils leur donnent encore plus de force pour sa mission », explique le rabbin, cette fois dans L'Osservatore Romano.Que c’est émouvant ! « Le pape a dit que dans chaque chrétien figure la racine juive et moi j’ajoute que dans chaque homme religieux figure François ». A la bonne heure, le voilà équipé pour le voyage qu’il projette de faire en Israël l’année prochaine « pour marquer le 50e anniversaire de la visite du pape Paul VI à Jérusalem en 1964 ». Nul doute qu’il y sera bien accueilli. Au lendemain de son élection, le site lemondejuif.info titrait « Le nouveau pape unanimement loué dans le monde juif ». Parmi les faits d’armes loués par le site internet, le fait que Bergoglio ait à deux reprises participé à des célébrations juives, et commémoré la nuit de cristal dans la cathédrale de Buenos Aires qui contient un musée de l’Holocauste.Ronald S. Lauder, le président du Congrès Juif  Mondial, exultait à l’annonce de l’“élection” de Bergoglio : « Nous sommes convaincus que le nouveau pontife […] parlera contre toutes les formes d’antisémitisme à l’intérieur et en dehors de l’église catholique, qu’il se prononcera contre les clercs qui nient ou minimisent l’Holocauste, et qu’il renforcera les relations du Vatican avec Israël. » Avec François, les homosexuels et les juifs ont un avenir radieux.Plus encore qu’au temps de Wojtyla que Bergoglio va “canoniser” le 27 avril prochain en même temps que Roncalli, façon de canoniser Vatican II et toute la révolution doctrinale, liturgique et disciplinaire qui en est issue. L’homme à la kippa blanche n’a pas fini de faire les couvertures des magazines. Quant à l’Eglise catholique, la seule et la vraie, elle vit plus que jamais son Samedi Saint.
 
Jérôme BOURBON.
 
RIVAROL du mardi 24 décembre 2013