31 mai 2018

[Christian Bless] La biographie de Dom Gérard par Yves Chiron

SOURCE - Christian Bless - 31 mai 2018

Déclaration liminaire

J'ai reçu le baptême le 5 juin 1955 en l'église Saint Antoine de Bacos à Alexandrie d'Egypte.

De par ce sacrement, je suis catholique romain me reconnaissant pleinement fils de l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique. Je suis fils spirituel et intellectuel de saint Athanase, sainte Catherine d'Alexandrie, saint Clément, saint Cyril ainsi que d'une longue théorie de saints, de martyrs et de docteurs qui ont transmis le dépôt de la foi sans altération jusqu'à nos jours.

Je suis Romain.

Je suis Romain sans réserve ainsi que le proclamait Monseigneur Marcel Lefebvre dans sa Déclaration du 21 novembre 1974 :
Nous adhérons de tout notre cœur, de toute notre âme à la Rome catholique, gardienne de la foi catholique et des traditions nécessaires au maintien de cette foi, à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité...


C'est pourquoi sans aucune rébellion, aucune amertume, aucun ressentiment nous poursuivons notre œuvre de formation sacerdotale sous l'étoile du magistère de toujours...

C'est pourquoi nous nous en tenons fermement à tout ce qui a été cru et pratiqué dans la foi, les mœurs, le culte, l'enseignement du catéchisme...
Je professe intégralement et sans la moindre réserve le Credo de l'Eglise romaine ainsi que le Symbole de Saint Athanase.

Je veux mourir en fils fidèle de l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique, Corps mystique de Jésus-Christ. Je crois à la Primauté pontificale ainsi qu'au dogme de l'Infaillibilité qui est attachée à la personne du successeur de saint Pierre, selon les conditions définies.

Si le germe de la foi a été implanté lors de mon baptême, c'est à la lecture de Jean Madiran et d'Itinéraires que cette foi a commencé de se développer et de s'exprimer et c'est par la prédication et l'exemple de Mgr Marcel Lefebvre qu'elle a pris forme. Je dois sa coloration propre à Dom Gérard, Henri et André Charlier, Henri Pourrat et quelques autres dont j'ai en grande partie reçu les enseignements des mains de Gérard Prieur.

C'est dans ce contexte spirituel et intellectuel que j'ai lu la biographie que Yves Chiron a consacré à la vie et l'œuvre de Dom Gérard dont je me reconnais débiteur insolvable et ce malgré certains désaccords qui ont été exprimés du vivant du fondateur du monastère de Bédoin et de l'abbaye Sainte-Madeleine du Barroux qui demeurent parmi les lieux les plus importants de ma vie et que j'ai fréquentés quarante années durant.
     
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L'ouvrage qu'Yves Chiron a consacré au fondateur du prieuré de Bédoin et de l'abbaye Sainte-Madeleine du Barroux rappelle de belles pages de cette histoire qui a marqué nos vies, de ces débuts pleins de fraîcheurs et de vérité, de ce jaillissement dont nous sommes nombreux à avoir bénéficié et à en conserver une reconnaissance que rien n'aura entamé.

Mais, comme il était à craindre pour ceux qui connaissent quelque peu les positions et les partis-pris de l'auteur sur les sujets douloureux qui ont divisés les catholiques ces dernières décennies, ce livre est partial, partiel et sélectif tant au plan des faits que des documents cités. Il est moins, dans certaines de ses parties, l'oeuvre d'un historien que la défense d'un point de vue et de thèses défendues par le rédacteur. Bien des pages ressemblent davantage à des polémiques où l'auteur règle des querelles personnelles et notamment de vieilles rancoeurs recuites à l'encontre de Mgr Marcel Lefebvre et de son œuvre, sans que trois décennies lui aient permis de prendre de la hauteur et de juger les événements à l'aulne de leurs fruits et des événements subséquents, ce que l'on était en droit d'attendre d'un historien digne de ce nom.

Certaines de ces pages prennent tant Dom Gérard que Jean Madiran en otage pour justifier les thèses de l'auteur, elles n'expliquent pas certains revirements dont il aurait été important d'analyser les causes et elles travestissent probablement plus ou moins gravement leur pensée.
     
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Début juillet 1988, au vu de la tournure que prenaient les événements, des déchirures qui s'annonçaient suite aux sacres épiscopaux réalisés par Mgr Marcel Lefebvre, je téléphonai à Dom Gérard et lui demandai un rendez-vous. Le 4 ou le 5 juillet, sauf erreur, je me présentai à la porte de sa cellule où Jean Madiran m'avait précédé, ce qui permettra de dater plus exactement le jour de cette visite. Je me mis à genoux aux pieds de Dom Gérard et le suppliai de ne précipiter aucune décision et de ne rien entreprendre qui puisse entamer l'unité qui, jusque-là, avait présidé, dans une large mesure, à la résistance des catholiques traditionnels aux dérives de la hiérarchie catholique et du clergé.

Au cours de cet entretien, Dom Gérard me dit, dans une formule qui lui ressemble bien, que le geste de Mgr Lefebvre était prophétique et qu'il retentirait dans l'histoire de l'Eglise. Il ajouta également qu'il reconnaissait que les propositions qui lui étaient faites par les hiérarques romains étaient dues au geste de l'ancien archevêque de Dakar qui venait de conférer la consécration épiscopale à quatre prêtres. Il lui conservait toute son admiration et sa reconnaissance et rappelait que le prélat lui avait indiqué qu'il comprenait que la situation du monastère était différente de celle de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X et pouvait justifier une prise de position différente. Certains témoins insistent cependant sur le fait que cette formule est incomplète puisque Mgr Lefebvre lui aurait cependant déconseillé cette décision.

En sortant de la cellule de Dom Gérard, je savais que la décision était prise et que les déchirements étaient inévitables. Dom Gérard n'avait pas toujours défendu ce point de vue, loin de là puisque, peu de temps auparavant, il expliquait et écrivait en défense des sacres épiscopaux, de leur nécessité et de leur légitimité. Je l'ai personnellement entendu expliquer avec force la nécessité, la licéité et les bienfaits de ces sacres, en octobre 1987, dans la cour du séminaire d'Ecône, à une journaliste, Madame Michèle Reboul sauf erreur.

Si l'on voulait absolument traiter de ce sujet, et si l'on voulait le faire sans attendre que l'écoulement du temps ait accordé davantage de recul et permis d'apaiser les passions que ces divergences avaient fait naître, l'auteur aurait alors dû analyser la situation et les variations de Dom Gérard plus à fond pour en comprendre les raisons profondes. Je ne suis pas convaincu qu'il était déjà temps de risquer de soulever le voile qui couvrait ces événements douloureux, et je m'en étais ouvert à certains moines, mais il fallait au moins le faire en profondeur, avec autant d'indépendance d'esprit et d'honnêteté intellectuelle que possible.

Il me semble que la manière dont ces décisions de Dom Gérard ont été présentées desservira la mémoire du grand moine. Est-il exagéré d'affirmer que le sujet a été traité de méchante façon et avec méchanceté?
     
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Le catholique sait que la règle infaillible qui lui a été donnée pour évaluer des situations est qu'un arbre se juge à ses fruits. Le simple fidèle, bien que fréquentant plusieurs fois par année depuis quatre décennies le prieuré de Bédoin et, ensuite, l'abbaye du Barroux, ne peut juger les choses que de l'extérieur et ne peut formuler qu'un jugement basé sur certaines apparences, des conversations avec certains moines et le témoignage de quelques proches. De ces observations, il retient, qu'à ce jour, la liturgie dont il vient se nourrir conserve la majesté et la rectitude que lui avait imprimées Dom Gérard et qui est peut-être sans équivalent dans le monde monastique contemporain et il peut penser que les observances monastiques et de la sainte Règle sont demeurées intactes, ce qui est sans doute le plus important et constitue la raison pour laquelle il parcourt régulièrement des centaines de kilomètres pour venir boire à cette source qui étanche sa foi, son espérance et sa charité.

Il faut donc rendre justice de ce que le changement important de cap effectué en 1988 n'a pas affecté, à ce jour, le cœur de son œuvre.

Malheureusement, l'acceptation des textes du Concile de Vatican II, notamment de celui consacré à la liberté religieuse et l'acceptation, de fait, d'un certain bi-ritualisme et donc de la licéité et de l'«orthodoxie» du nouvel Ordo Missae ne sont pas restés sans conséquences, les causes produisant inévitablement leurs effets. Il y a eu là, il est vrai, un significatif changement de la part de Dom Gérard, mais dont l'auteur n'analyse pas les raisons profondes. Les passages traitant de cette évolution sont même l'occasion de propos gravement offensants pour l'ancien Père Abbé à qui il est reproché ses précédentes désobéissances, son manque de formation, son inconscience et sa légèreté, le tout avec une suffisance et une condescendance qui offensent ceux qui ont aimé Dom Gérard et lui restent attachés. Les moines employés à la relecture du manuscrit n'ont-ils rien remarqué?

Or, sans entrer dans le détail, force est de constater le changement radical manifesté au monastère Sainte-Madeleine notamment par l'abandon du texte et de l'enseignement formulé dans L'Eglise face aux nations, la modification du texte du livre de Dom Gérard Demain la chrétienté, dans sa deuxième édition, et, surtout, parce que plus visible et constatable pour tout visiteur aux travers des années, l'importante évolution de la librairie qui est proposée aux foules déferlant sur l'abbaye et qui désormais ressemble presque sans exception à n'importe quelle librairie conciliaire, au risque de tromper gravement les fidèles non avertis. La plupart des ouvrages qui ont analysé la crise religieuse, fondé et motivé la résistance à certaines évolutions, ainsi que les livres qui ont suivi sont systématiquement absents de la librairie, ce qui rend la raison d'être de cette œuvre incompréhensible pour les visiteurs n'ayant pas connu le passé.

Le récent développement de la pastorale « Amoris Laetitia » qui semble être pratiquée confirme une lente dérive et assimilation du monastère à la dynamique de l'esprit conciliaire en totale contradiction et infidélité à l'esprit initial dans lequel l'œuvre de Dom Gérard a été fondée et qui a bouleversé nos vies dès ses humbles débuts. Il est à craindre que le cadre extérieur reste le même mais que la substance en ait été modifiée et continue de l'être progressivement. Les moines en sont-ils conscients?

Où est donc passée la flamme initiale, cet élan, cette liberté face au Monde et à ses puissants que le fondateur avait imprimés à son œuvre à ses débuts. Qu'est devenue cette belle insolence face aux autorités abusives, cette indépendance d'esprit et d'action devant les hiérarques douteux, persécuteurs ou apostats, face à cette apostasie immanente?
     
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Au centre du débat, il y a naturellement la question de la messe.

Dans un premier temps, je n'avais pas voulu croire à la concélébration de Dom Gérard avec Jean-Paul II, ensuite, le fait étant confirmé, je m'étais permis de lui écrire une protestation et mon incompréhension après l'enseignement que nous avions reçu de sa bouche, dès notre première rencontre à Lausanne en 1978 et par la suite. Je voulais attirer son attention sur les conséquences graves de cette exception à un principe et sur les réactions négatives que cet acte allait susciter. Irrité, Dom Gérard me téléphona, s'ensuivit un entretien houleux qui se termina avec mille protestations d'amitiés et des promesses de nous revoir bientôt, ce qui arriva peu de temps après à l'occasion d'un de nos très nombreux déplacements au monastère.

Le Père Abbé avait mit le doigt dans l'engrenage car si l'on pouvait célébrer la nouvelle messe une fois, qu'est-ce qui pouvait bien empêcher de la célébrer, ou concélébrer, à d'autres occasions? Or, ne nous avait-il pas enseigné, citant Luther, qu'elle détruisait l'Eglise? Il suffisait d'ailleurs de regarder autour de soi pour s'en convaincre. Par cet acte grave, il se mettait en contradiction avec sa propre œuvre et ouvrait la porte à d'autres dérives. Où avait passé la belle intransigeance des débuts, celle qui se référait à Jeanne d'Arc, à André Charlier et à tant d'autres? Qui donc avait circonvenu le moine tout d'une pièce qui s'était tant de fois indigné des scandales secouant le clergé qui, des années durant, en toute liberté, avait défendu la foi et la liturgie, sans concession, indifférent aux persécutions et aux mesquineries cléricales dont il était victime? le moine qui nous faisait respirer un autre air, à une altitude toute faite de limpidité et de lumière, transcendant les miasmes des compromissions et des lâchetés cléricales? le moine qui savait le prix des âmes et témoignait de la gloire et de l'honneur de Dieu, et qui nous apprit à aimer l'Eglise, sa liturgie, son histoire, ses saints?

Comment cet homme fier et libre a-t-il pu se rendre aux exigences abusives de bureaucrates douteux qui continuaient de présider à la décomposition de la foi et de la liturgie sous des airs patelins et cette dégoulinante gentillesse dont l'hypocrisie a éloigné tant de fidèles de l'Eglise de leur baptême?

Comment a-t-il pu transiger sur des choses aussi saintes que le Saint Sacrifice de la Messe, pour participer et laisser ses moines participer à un rite « qui s'éloigne dans l'ensemble comme dans le détail de la foi catholique telle que définie par le Concile de Trente ...»? Un rite qui fut imposé au mépris du droit contre le rite Tridentin dans une persécution des prêtres et des fidèles sans précédent, qui est « une arme par destination » contre la liturgie traditionnelle et qui donc en fait un rite illégitime et dont on ne voit pas bien comment il pourrait être « orthodoxe », sinon les mots n'ont plus de sens. Comment a-t-il pu faire l'impasse sur la déclaration du Père Calmel : «Je m'en tiens à la Messe traditionnelle, celle qui fut codifiée, mais non fabriquée, par saint Pie V, au XVIe siècle, conformément à une coutume plusieurs fois séculaires. Je refuse donc l'ORDO MISSAE de Paul VI. Pourquoi? Parce que, en réalité, cet ORDO MISSAE n'existe pas. » Le grand Père Calmel dont la plupart des ouvrages ne sont pas proposés à l'attention des fidèles à la librairie du monastère pas plus que le remarquable ouvrage que lui a consacré le Père Jean-Dominique O.P., ainsi que tant d'autres...

La biographie nous apprend, hélas, que Dom Gérard serait le créateur de la formule « la réforme de la réforme » ce que nous aurions préféré ignorer. Mais les mots sont piégés : comment réformer une révolution, une œuvre impie de destruction préméditée, imposée au mépris du droit et du bien des âmes dans un mouvement de rage sectaire rarement rencontré dans la Sainte Eglise? Le Père Calmel poursuivait : « Ce qui existe c'est une Révolution liturgique universelle et permanente, prise à son compte ou voulue par le Pape actuel... »

L'auteur reprend d'ailleurs d'autres formules, brillantes en apparence, séduisantes mais qui établissent des parallèles mensongers et trompeurs ; je pense à la citation où Gustave Thibon oppose le « caravansérail moderniste à l'isoloir intégriste », elle est sans signification et diffamatoire de surcroît. Elle établit une fausse symétrie indigne de ce grand esprit.
     
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L'auteur de cette biographie, à l'unisson de la camarilla conciliaire, nous fait un devoir de rester unis à « l'Eglise visible » mais qui donc va nous désigner avec certitude qui appartient à l'Eglise visible et qui en est exclu? Les humbles fidèles méprisés, les prêtres rejetés et moqués en raison de leur fidélité indéfectible, qui donc osera dire qu'ils n'appartiennent pas à « l'Eglise visible»? Qu'ils ne sont pas en pleine communion? Quelle arrogance, quelle suffisance !

Je sais bien que c'était une préoccupation de Dom Gérard, et cela avant l'année « climatérique », il parlait de son inquiétude de voir les esprits s'accoutumer à vivre séparés sans s'en apercevoir et sans en souffrir. La crainte de la « petite Eglise », il en citait des exemples dans l'histoire lorsque nous devisions de ces choses-là. L'inquiétude était sans doute légitime mais, avec le recul du temps, comment écrire une biographie de cette importance sans prendre en compte les événements qui ont démenti ces craintes?

L'affirmation péremptoire de « schisme » traverse la biographie et revient de manière lancinante sans analyse, sans références, sans mise en contexte, comme étant un fait acquis, établi, non contesté. L'auteur la répète un peu trop souvent pour ne pas donner l'impression de régler ses comptes ou, peut-être, de vouloir se convaincre lui-même ou crier dans la nuit pour se rassurer. Malheureusement, s'il faut en croire le texte, il semble qu'il puisse s'autoriser de certaines prises de position de Dom Gérard, ce que l'on peut certes déplorer. Mais, n'y a-t-il pas escamotage d'autres textes qui auraient pu remettre dans leur contexte les variations du Père Abbé sur un sujet aussi délicat et, peut-être, mettre en évidence son intention profonde?

Quoi qu'il en soit, cette affirmation de « schisme », répétée à satiété, 30 (trente !) années après les faits, sans tenir compte ni faire mention non seulement des arguments contraires mais des nombreux faits qui sont venus contredire cette affirmation sommaire, et qui confirment quotidiennement dans les faits cette contradiction, cette dénonciation du « schisme » ressemble à une malhonnêteté intellectuelle et affaiblit considérablement le crédit de l'auteur, elle confine souvent au ridicule. Elle est diffamatoire non seulement pour le « prélat d'Ecône » mais pour ceux qui lui doivent la foi, les sacrements, les écoles de leurs enfants ...

Disons-le clairement, il y a là une impiété filiale majeure, une ingratitude coupable et une cécité entretenue. En effet, Dom Gérard avouait que sans le geste « prophétique » de Mgr Lefebvre, les autorités romaines ne lui auraient pas offert le statut qui est aujourd'hui celui de l'abbaye. Et l'on ne prend pas grand risque à affirmer que sans la résolution de l'évêque et la patiente et humble persévérance de ses successeurs, sans le dévouement de ses prêtres, les instituts dits « Ecclesia Dei » non seulement n'auraient pas vu le jour mais n'existeraient plus à ce jour. La FSSPX fondée par l'ancien archevêque de Dakar est le rempart de ces différentes familles religieuses qui survivent et se développent à l'abri de cette muraille.

Un historien qui aurait voulu faire œuvre de mémoire réfléchie et non un travail polémique aurait donné de la profondeur en considérant les faits sous leurs différents angles et en prenant en compte ce que l'écoulement du temps nous enseigne. Il a pris Dom Gérard en otage pour justifier ses propres querelles.

Jean Madiran a également été abusivement annexé. Comment le citer sans faire mention, entre autres, de la déclaration longuement mûrie, posément énoncée, et l'on sait avec quel soin et précision Jean Madiran s'exprimait, dans son témoignage qui enrichit le film d'hommage consacré à la vie de Mgr Lefebvre. A propos des sacres épiscopaux du 30 juin 1988, Jean Madiran y répond avec force et clarté : « ... moi, à l'époque, je n'étais pas capable de porter un jugement. Aujourd'hui, il m’est difficile de trouver qu'il a eu tort .... » Et ce, après près d’un quart de siècle (en 2012) d'analyses et de réflexions, avec tout le poids que le fondateur d’itinéraires savait donner à ses déclarations, pesant chaque mot. Le biographe de Dom Gérard ignore-t-il ce document capital, une des dernières déclarations publiques du grand Jean Madiran et qui vient confirmer les derniers éditoriaux qu'il a confiés au journal Présent? Ignore-t-il les événements qui se sont déroulés, au fil des années, depuis cette année 1988 et depuis le 7.07.2007, et ensuite? Ne sommes-nous pas légitimement autorisés à penser qu'il y a dans cette biographie une volonté de défendre une thèse, au mépris des faits et des lecteurs non avertis?

Puisque nous sommes occupés du passé, il est une question que l'on peut se poser. Si Dom Gérard avait été plus ferme, tenant compte non seulement du bien de sa communauté mais également des responsabilités qu'il portait, de fait, au- delà du cloître, s'il avait été beaucoup plus ferme à l'été 1988, n'aurait-il pas pu obtenir pour les fidèles et l'Eglise la messe traditionnelle dont on reconnaîtra finalement les droits imprescriptibles seulement 20 ans plus tard et, peut-être, des précisions officielles sur des textes conciliaires douteux qui continuent de diviser?
     
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Quelle légitimité Monsieur Yves Chiron et son commanditaire ont-ils pour désigner qui a le sens de l'Eglise et qui ne l'a pas, qui appartient à l'Eglise et qui en est exclu? Va-t-on injurieusement exclure du périmètre visible de l'Eglise ces prêtres qui se dévouent à la limite de leurs forces pour le salut des âmes, bâtissent des églises là où une hiérarchie apostate les vend ou les laisse détruire, exclure ces familles héroïques qui, au prix de sacrifices inouïs, élèvent leurs enfants vers Dieu et construisent des écoles en se privant de tout, écoles qui sont dénigrées et déconseillées par les nouveaux pharisiens se réclamant abusivement de Dom Gérard. Quel critère doit-on appliquer pour distinguer sur les routes de Chartres les pèlerins qui sont « schismatiques » et donc hors du périmètre visible de l'Eglise et manquant singulièrement de ce fameux « sensus ecclesiae », dont certains font leur fond de commerce, de ceux réputés « en pleine communion»?

L'on nous a beaucoup rebattu les oreilles, et le biographe n'y manque pas, du « sens de l'Eglise » dont aurait manqué Mgr Marcel Lefebvre et ceux qui lui ont fait confiance à travers les épreuves, ce sens de l'Eglise dont Dom Gérard aurait manqué à ses débuts. Et si, précisément, c'est durant ces années-là, lorsqu'il dénonçait les abus d'autorité de bureaucrates empourprés, le piétinement de la liturgie, du catéchisme et de la foi des fidèles abandonnés que Dom Gérard a manifesté avec le plus d'éclat son amour des âmes et de l'Eglise? Ces années horribles où la cléricature, dans un affreux chantage, a fait usage de l'argument d'obéissance pour contraindre les fidèles à renoncer aux choses les plus sacrées, à blesser leur foi, à vider les églises et les séminaires, à affaisser la société?

Et si, contrairement à la ritournelle sans fondement expliqué, à la pression médiatique savamment organisée, c'était précisément Mgr Marcel Lefebvre qui avait eu le sens de l'Eglise, le sens surnaturel de l'Eglise, qui avait seul mesuré la gravité, la profondeur abyssale et mystérieuse du drame épouvantable qui s abattait non tant sur l'Eglise qui est une, sainte, catholique et apostolique, sans tache et sans couture, Corps mystique de Jésus-Christ, mais sur le clergé et la hiérarchie jusqu'au plus haut niveau. Et s'il avait, à peu près seul, mesuré la nature et l'ampleur de ce mystère d'iniquité? Et si c'était lui qui avait fourni la réponse adéquate et surnaturelle à ce drame incompréhensible? Au lieu de trouver des accommodements humains sans aucune proportion avec le drame qui se déroulait. Et s'il était le seul à avoir saisi que cette crise effroyable allait ravager la vigne pendant longtemps encore et que, de pontifes plus ou moins orthodoxes en pontifes plus ou moins hétérodoxes, cette crise allait se prolonger sans qu'aucun accommodement humain n'y puisse rien faire.

Les causes ont des conséquences et je ne pense pas qu'une certaine forme de papolâtrie, caricature de l'éminente dignité pontificale, papolâtrie qui, de contorsions intellectuelles en concessions nouvelles, finit par tout justifier, constitue une preuve très convaincante du « sentire cum ecclesiae ». Dans le prolongement d'une liste qui va s'allongeant de pontifes plus ou moins orthodoxes, les malheurs du temps vont nous infliger le 14 octobre prochain l'épreuve de la « canonisation » de celui qui avec une méchanceté peu commune a imposé aux fidèles un rite de la messe douteux (au mieux) qui a contribué à vider les églises et déchristianiser des pans entiers de nos pays.

Custos quid de nocte?

Ce mystère d'iniquité, n'entame en rien notre foi, notre espérance et notre charité, bien au contraire, pas plus que notre romanité et notre attachement à l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique, Jésus-Christ répandu et communiqué sous la conduite du Vicaire de Jésus-Christ, quelles que soient ses défaillances, Eglise hors de laquelle nous savons qu'il n'y a pas de salut, Epouse immaculée du Christ Sauveur.

Nourri des écrits de Benedictus et de la récitation du diurnal, nous gardons une fidélité reconnaissante, une gratitude de tous les jours, à la mémoire du moine qui nous accueillait dans l'humble prieuré de Bédoin, qui limpide et dégagé des contingences de ce monde nous parlait des âmes, des anges et de la gloire de Dieu. L'ancien Prieur de La Madeleine savait nous faire respirer à des hauteurs auxquelles la bassesse du monde nous avait déshabitués, et il nous enseignait la sainteté de la liturgie comme aucun autre ecclésiastique ne nous avait parlé auparavant, ni depuis d'ailleurs. Il nous convainquait à devenir des âmes de désir, à répondre toujours à l'aspiration la plus haute et nous engageait à la fidélité à l'essentiel. Il a fondé une œuvre qui dépassait largement les murs de son monastère, œuvre unique en son genre qui nous a transmis également les Charlier, Péguy, Pourrat, le sens des mystérieuses épousailles du ciel et de la terre et tant d'autres trésors inestimables qui ont façonné nos existences et continuent de le faire.

A la fin de sa vie, le 9 mars 2006, libéré des pressions de sa charge, et prenant peut-être tardivement conscience de la portée de certaines décisions, il écrivait à ses moines, à propos de la messe et de ses concélébrations («Réponses à quelques interrogations») : 
«Alors, j'ai fait un geste. Comme ça ne suffisait pas, il fallut encore s'engager auprès des supérieurs monastiques à ne pas interdire à nos prêtres qui passeraient dans leurs monastères de concélébrer avec la communauté. On me disait que personne n'a le droit de s'y opposer. (J'aurais dû penser au droit propre de notre communauté, inscrit dans les Déclarations auxquelles nous sommes solennellement liés par nos vœux de religion). Je le regrette maintenant puisque certains d'entre vous le considèrent comme un précédent, chose que je ne voulais absolument pas. »

« Tout ceci pour répondre à votre interrogation : je répète que je n'ai jamais, au grand jamais, voulu introduire l'usage du nouveau rite. Non seulement je ne l'ai pas voulu mais pendant trente ans nous avons tenu le cap, formé la communauté dans le sens de cette fidélité, en bravant les interdits, changés aujourd'hui en gracieuses permissions, agrémentées de félicitations en haut lieu.»

«Pendant quatre ans, notre P. Basile, étudiant à Rome, s'est fait un devoir de refuser toute concélébration malgré le courant contraire, et jamais il ne m'a demandé d'y déroger.»

Voilà donc quelle est la Tradition liturgique dont parle le Prologue de nos Déclaration. Voilà ce que nous avons professé solennellement et que le Droit Canon appelle une Lex propria, raison d'exister de notre monastère. »

Je regrette infiniment que les deux concélébrations, que j'ai consenties pour le bien de notre fondation d'Agen, puissent créer un précédent dont on s'autoriserait à tort, non seulement pour en poursuivre et en multiplier la pratique, mais aussi et surtout pour le reconnaître comme l'exercice d'un droit. » 
« C'est dans cet esprit que j'ai écrit une lettre à notre Père Abbé le 4 mars de la semaine dernière, lui disant : 
Mon cher Père Abbé,
Je vous supplie à deux genoux, pour l'unité de la communauté de tabler fermement sur notre droit propre.
En 1997, il y a 9 ans, en réunion de prêtres, c'était la ligne définie par le P. Abbé pour la communauté.
Merci mon cher Père Abbé de bien vouloir continuer.
Votre fils, Fr. Gérard
 
« N'ayant plus aucun pouvoir de décision, il me revient cependant le droit d'interdire formellement que l'on s'autorise de moi pour faire le contraire de ce que pendant 30 ans j'ai enseigné et pour quoi j'ai milité contre vents et marées.»
Déjà en avril 1997, dans son Diaire, le T.R.P Dom Gérard écrivait :
« ... Le P. Abbé (...) a fait une mise au point le vendredi 25 en réunion de prêtres :
1- Messe de Paul VI : Catholique, valide, célébrée depuis plus de 25 ans par 3 papes, 2500 évêques et les prêtres du monde entier. N.B. : les nouveaux béatifiés n'ont connu que cette messe. Mais elle est pernicieuse par son caractère évolutif.
2. Messe traditionnelle : « rite romain classique » (Dom Cabrol) durera toujours. « C'est toute une autre atmosphère ». Par ses rites, gestes, formules, elle a un pouvoir sanctifiant plus prononcé. (Témoignages innombrables).
3. Au monastère ne se célèbre la messe que sous ce rite.
• Garantie de Rome qui a approuvé nos constitutions.
Par souci d'unité interne de la Communauté. Le P. Abbé demande qu'on ne concélèbre pas selon le rite de Paul VI, même à l'extérieur. Nous avons tenu cette position pendant 8 ans. Il serait désastreux de lâcher la position, tant pour les fidèles qui s'appuient sur le roc inentamable que représente pour eux notre abbaye que pour l'autorité romaine qui a besoin de notre témoignage. (...)»
Même si, parfois, Dom Gérard « écrivait droit avec des lignes courbes », tout est dit, clairement, avec force et autorité. 

Le lecteur de la biographie n'en saura rien. L'auteur n'a pas su, et n'a pas voulu montrer au lecteur qu'au-delà de certaines hésitations et de variations dans le temps, Dom Gérard est resté fidèle à une ligne de fond tracée dès les premiers jours.

Au risque de se répéter, l'on ne peut que regretter ce travail partisan qui porte préjudice à la mémoire de Dom Gérard Calvet, à son œuvre et à son intention profonde.

Il est à craindre que la démarche de l'auteur ne reflète la position d'une partie au moins de la communauté monastique de La Madeleine et cette pensée est douloureuse.

Du plus profond de notre gratitude, nous souhaitons qu'il se trouve parmi ses fils quelque moine que cette exigence sans compromission aura conquis et qui reprendra le fil de cette œuvre dont sa biographie officielle donne une image gauchie.

Christian Bless

Fête de Marie Reine, 31 mai 2018

[Abbé François Berthod, fsspx - Missions (lettre)]

SOURCE - Abbé François Berthod, fsspx - Missions (lettre) - mise en ligne par La Porte Latine - mai 2018

En cette année 2018, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X voit pour la première fois un russe recevoir le sacrement de l'ordre en son sein. Le candidat a été ordonné, avec cinq de ses confrères, par son Excellence Mgr de Galarreta ce 30 juin, au séminaire international de Zaitzkofen.

Victor Pasichnik est né à Moscou en 1982, sous le régime soviétique. Il ne sera baptisé, dans l'Église russe-orthodoxe, qu'après la chute du régime communiste, à l'âge de treize ans, du fait des difficultés posées aux croyants par l'athéisme d'État.

Après une enfance et une adolescence sans instruction religieuse, il commença à pratiquer sa religion lors de ses études universitaires. Le contact avec des catholiques et le désir de les amener à l'orthodoxie le poussèrent à prendre connaissance de la doctrine romaine, mais le résultat obtenu fut bien différent de celui escompté.

La rectitude de notre apôtre de l'orthodoxie lui mérita, par la grâce de Dieu, de constater que ce qu'il avait tenu jusque-là pour hérétique était bel et bien orthodoxe, et que l'orthodoxie qu'il voulait défendre n'avait d'orthodoxe que le mot. Il lui fallut reconnaître en l'Église catholique romaine la véritable Église de Jésus-Christ. Mais un premier obstacle allait se dresser devant lui.

Ironie de notre époque, tandis que les orthodoxes lui signifiaient qu'il n'était pas honnête de rester orthodoxe en adhérant aux dogmes catholiques, les catholiques consultés accueillaient ses désirs de conversion avec beaucoup de sobriété. Déconcerté, mais guidé par la grâce, il se fit catéchiser dans une paroisse catholique de Moscou et fit son entrée dans l'unité romaine. Dès ses premières confessions et communions sous l'orthodoxie, un attrait diffus pour le sacerdoce l'avait pris. Par bonheur, il l'avait laissé mûrir sans empressement.

En 2010, il découvrait la liturgie traditionnelle en la cathédrale de l'Immaculée Conception à Moscou, ce qui jeta son âme russe, sensible aux fastes de la liturgie, face à un second obstacle. La schizophrénie liturgique subséquente au concile Vatican II lui révélait la crise doctrinale qui ravage l'unique et véritable Église de Jésus-Christ.

Cette douloureuse constatation tourmentait son esprit de moult questions. Des doutes sournois souillaient ses fraîches convictions. Le salut arriva … par Internet. La lecture de sermons et conférences de son Excellence Mgr Lefebvre lui apportèrent la lumière dont il avait besoin. C'est ainsi que, en 2010, il fit connaissance de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X et, par elle, de l'authenticité catholique.

En 2012, résolu à se consacrer au service de Dieu et des âmes, il entamait ses études de philosophie et théologie au séminaire de Zaitzkofen. Le samedi 28 juillet verra ses efforts et sa persévérance couronnés, puisqu'il aura la grâce d'offrir solennellement, en sa ville natale, le saint sacrifice qui seul honore le vrai Dieu comme Il veut être honoré.

Abbé François Berthod, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

[Abbé Patrick Troadec, fsspx - Séminaire Saint-Curé d’Ars] 1968-2018 : Décadence et renaissance

SOURCE - Abbé Patrick Troadec, fsspx - Séminaire Saint-Curé d’Ars - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs - 31 mai 2018

Le cinquantième anniversaire de mai 68 est l’occasion de porter un regard chrétien sur les changements survenus à ce moment-là en France tant au point de vue social que religieux.
Mai 68
Nos ennemis ont pris pour cible la famille, cellule de base de la société, en commençant par le père, celui-ci incarnant l’autorité. Voulant faire table rase du passé, ils ont inscrit sur les murs des villes des propos abjects salissant la figure du père. Ils ont prétendu qu’autrefois le père était dur, sans cœur et ont remplacé l’homme viril, convaincu, ferme, décidé, par l’homme mou, manquant de force, de détermination, de volonté. Les révolutionnaires se sont attaqués aussi à l’enfant en empêchant sa venue au monde par l’établissement des lois permissives en faveur de la contraception en 1967 et de l’avortement en 1975. Ils se sont attaqués à la femme en l’incitant à quitter son foyer domestique pour travailler à l’extérieur. Ils ont ainsi pu s’emparer de ses enfants pour qu’ils soient « formés » par l’État-Providence.

Nos ennemis ont voulu encore évacuer de la vie terrestre la notion de sacrifice, la croix, comme en témoignent les nouveaux commandements sous la forme de slogans tels que : « Interdit d’interdire », « jouir sans entraves », « prenez vos désirs pour des réalités », ou encore : « tout, tout de suite. »

Par sa tolérance universelle, mai 68 a conduit au matérialisme hédoniste et par son rejet de l’autorité au mythe de l’égalitarisme signant ainsi la mort de la civilisation occidentale fondée sur les vérités naturelles et évangéliques promues et défendues par l’Église et l’État. Résultat : il n’y a plus de héros ni de saints, mais des anti-héros (vedettes de bandes dessinées, chanteurs, sportifs...).
Le concile Vatican II
Sur le moment, les hommes d’Église n’ont pas réagi. En effet, lors du concile Vatican II qui venait de se terminer trois ans plus tôt, la liberté de l’homme a été exaltée par la liberté religieuse. Les papes Jean XXIII et Paul VI ont refusé délibérément que le Concile portât la moindre condamnation comme celle du communisme. Ils ont jeté l’anathème sur les prétendus prophètes de malheur et annoncé une nouvelle Pentecôte. Cette vision utopiste de l’homme et du monde a conduit les évêques de France à manquer de lucidité sur les maux de leur époque et de force pour s’opposer aux lois telles que l’avortement.

Dans le même temps est apparue la nouvelle messe (1969) qui estompe l’aspect sacrificiel au profit de l’aspect repas. Des prêtres ont supprimé du même coup l’obligation de l’assistance à la messe dominicale sous peine de péché grave et ont contribué, par là-même, à vider les églises. En cessant de prêcher sur les fins dernières, ils ont amené l’homme à oublier qu’il n’est sur terre que de passage et l’ont conduit à rechercher le paradis ici-bas. En remplaçant la confession individuelle par les absolutions collectives, ils ont concouru à banaliser le péché et à faire perdre aux fidèles le sens du bien et du mal. En autorisant la messe du samedi soir, ils ont désacralisé le dimanche.

Les résultats ne se sont pas fait attendre. La baisse de la pratique religieuse a été fulgurante. Dans son ouvrage Comment notre monde a cessé d’être chrétien (Seuil, 2018), le sociologue Guillaume Cuchet date l’effondrement du catholicisme en France de la période 1963-1973. Le nombre de catholiques pratiquants est passé de 20% à 2% de la population. Néanmoins, loin de se remettre en question, les prêtres d’alors ont prétendu que s’il y avait une perte quantitative de fidèles, elle était compensée par un gain qualitatif. Pourtant, les sondages ont révélé que les catholiques pratiquants avaient de moins en moins de certitudes concernant la présence réelle de Jésus dans l’hostie, l’existence de l’enfer, la virginité perpétuelle de la sainte Vierge... Nous avons donc assisté au moment du concile Vatican II à un début de chute vertigineuse de la pratique religieuse en France qui a conduit à l’effondrement de la foi et de la morale catholiques et qui a rendu possible la Révolution de mai 68.
La réaction catholique

En même temps que s’amorçait cette décadence effrayante, il y eut dans notre pays une réaction salutaire d’hommes d’Église qui surent s’opposer à la Révolution avec le soutien de fidèles éclairés.

Mgr Lefebvre, le père Calmel, Dominicain, dom Gérard Calvet, Bénédictin, le père Augustin, Olivétain, le père Eugène, Capucin, l’abbé Lecareux, fondateur de la communauté de la Transfiguration, et aussi Mère Hélène Jamet et Mère Anne-Marie Simoulin, Dominicaines, Mère Marie-Gabriel, Spiritaine, sœur de Mgr Lefebvre, fondatrice avec lui des Sœurs de la Fraternité, Mère Marie-Christiane, autre sœur de Mgr Lefebvre, Carmélite, Mère Thérèse-Marie, sœur de l’abbé Coache, Franciscaine, et plusieurs autres, ont résisté au modernisme et au libéralisme ambiant et ont fait le choix de rester fidèles à la messe de toujours et aux constitutions de leur congrégation. Ce choix éclairé leur a valu d’être combattus sévèrement par les autorités religieuses. Ces âmes d’élite ont dû faire face à une opposition farouche du clergé moderniste qui a tout mis en œuvre pour détruire leurs communautés. Le combat fut si rude que des prêtres, des religieux, des religieuses sont morts de chagrin.

Dans cette lutte, le rôle des laïcs a été décisif. Des fidèles se sont regroupés dans des locaux de fortune aménagés en chapelle et ont cherché des prêtres pour leur célébrer le saint sacrifice de la messe. Malgré l’incommodité des lieux de culte et les anathèmes lancés par le clergé officiel, les fruits n’ont pas tardé à paraître au grand jour. Le séminaire d’Écône s’est rempli, d’autres séminaires se sont ouverts aux quatre coins du monde, et les couvents traditionnels se sont développés. Les laïcs ont encore combattu la Révolution dans la revue Itinéraires dirigée par Jean Madiran, la Cité catholique de Jean Ousset, l’association Credo de Michel de Saint-Pierre, les Congrès de Lausanne, le Mouvement de la Jeunesse catholique de France...
L’heure du bilan
En mai 68, les partisans de la Révolution nous promettaient le paradis sur terre, et les prêtres modernistes nous annonçaient une nouvelle Pentecôte. Cinquante ans plus tard, le bilan est tout autre.

Force est de constater que les révolutionnaires n’ont pas tenu leurs promesses. Le nombre de jeunes drogués, la quantité colossale d’anxiolytiques et d’antidépresseurs consommés en France par 12% de la population, le suicide qui après avoir touché les plus de 60 ans affecte désormais les moins de 25 ans, le nombre de psychiatres et de psychologues qui a été multiplié par 15 depuis les années 70 témoignent du mal-être de nos contemporains.

Quant à la nouvelle Pentecôte annoncée au moment du Concile, nous devons avouer qu’elle n’a pas eu lieu. Les églises ne sont fréquentées en général que par des adultes bien souvent âgés. Parmi les jeunes, qui va encore à la messe dite de Paul VI en dehors des charismatiques, du mouvement néo-catéchuménal et des communautés d’esprit un peu traditionnel ? Les séminaires se sont vidés. Il n’y a même pas 100 ordinations par an aujourd’hui en France dans le clergé diocésain, pour 600 à 700 prêtres qui meurent chaque année.

Durant cette même période, nous voyons les fruits merveilleux des œuvres traditionnelles qui ont visiblement été bénies de Dieu. À titre d’exemples, la Fraternité Saint-Pie X compte aujourd’hui plus de 630 prêtres, 180 séminaristes, plus de 200 religieuses, plus de 120 frères et 80 sœurs oblates. Les Dominicaines de Fanjeaux et de Saint-Pré regroupent plus de 300 religieuses. Ces chiffres dénotent une grande ferveur, compte tenu du petit nombre de fidèles de la Tradition en France. S’il y avait en proportion autant de vocations chez ceux qui se disent catholiques que dans la Tradition, les couvents seraient remplis et l’on verrait des prêtres à tous les coins de rue !

En dehors de ceux qui se sont donnés au bon Dieu dans les années 70, beaucoup de jeunes de la Tradition ont fondé de beaux foyers catholiques unis, durables et féconds. À Flavigny, les séminaristes sont issus de familles de six enfants en moyenne. On voit par là comment la Tradition est source de vie naturelle et de vie surnaturelle tandis que la Révolution est mortifère.

Mgr Lefebvre a dit en substance lors de son jubilé sacerdotal en 1979, Porte de Versailles : « J’ai vu en Afrique des villages de païens devenir chrétiens. Ce que j’ai vu là-bas, il n’y a pas de raison qu’on ne le voie pas chez nous. » Le saint évêque attribuait ces conversions au saint sacrifice de la messe. C’est pourquoi il terminait son homélie en disant sous forme de testament : « Gardez la messe de toujours ! » Nous pouvons, quarante ans après, vérifier le bien-fondé de ses paroles. Cela doit nous encourager à rester fidèles à la foi de nos ancêtres.
Les atouts et les dangers
Que les jeunes gens et jeunes filles du milieu traditionnel réfléchissent aux motifs qui ont conduit leurs parents et leurs grands-parents à faire le choix de garder la doctrine traditionnelle et la messe de toujours.

D’un côté, cela est plus facile pour eux que pour leurs parents et, de l’autre, plus difficile.

Il est plus facile de rester fidèle aujourd’hui à l’Église dans sa Tradition puisque l’on voit mieux à quel degré de décadence conduit la Révolution et à quelle impasse mène le modernisme. En constatant l’état de déchéance religieuse et morale de nos contemporains, cela ne donne pas envie de tomber dans les mêmes travers !

Il est plus facile de garder la foi dans son intégralité dans la mesure où nous avons des lieux de culte en général bien aménagés, de bons mouvements de jeunesse, de bons séminaires, des communautés religieuses ferventes, de bonnes écoles, des familles équilibrées qui montrent que la vie catholique est encore possible aujourd’hui.

Il est aussi plus facile de rester fidèle à la Tradition car les déviations conciliaires et les attaques perpétrées contre la messe catholique ont permis d’approfondir la nature du sacrifice de l’autel. Dans les années 50, on voyait dans la messe surtout l’aspect de sacrement, mais l’aspect sacrificiel avait été quelque peu mis sous le boisseau. La messe était perçue comme le moyen de faire venir Jésus sur l’autel et de le recevoir dans la sainte communion, mais on avait un peu oublié qu’elle est le renouvellement non sanglant du sacrifice du Calvaire. Mgr Lefebvre a su nous rappeler que la messe est avant tout un sacrifice, qu’elle remet sur nos autels l’unique sacrifice rédempteur pour que Dieu nous fasse miséricorde. En affirmant que la messe est un sacrifice propitiatoire, l’ancien archevêque de Dakar nous a montré la nécessité d’intégrer le sacrifice dans notre propre vie. La vie chrétienne est une vie de sacrifice ; les vies sacerdotale, religieuse, conjugale sont des vies de sacrifice. Certes, les vies chrétienne, sacerdotale, conjugale sont des vies d’amour, mais il n’y a pas ici-bas d’amour vrai sans sacrifice. Il est nécessaire de sacrifier nos amours déréglés pour aimer comme nous devons aimer.

Il est donc plus facile aujourd’hui qu’il y a cinquante ans d’être fidèle à l’Église dans sa Tradition bimillénaire pour les motifs qui viennent d’être évoqués. Mais sous d’autres rapports, cela est aussi plus difficile, dans la mesure où il y a actuellement de nouvelles sources de tentations : internet, le portable, les modes... Il est donc nécessaire d’être extrêmement vigilant pour ne pas se laisser corrompre par des outils qui rendent de grands services, mais augmentent aussi considérablement les occasions de péché. Autrefois, pour ne pas se laisser corrompre par le monde, il suffisait de rester chez soi. Aujourd’hui, le monde est entré chez nous par ces nouvelles technologies.

Par ailleurs, il est aussi plus difficile aujourd’hui de rester fidèle à la Tradition en raison de l’attrait que peuvent susciter des communautés dites traditionnelles, qui ont fait des compromis leur empêchant la proclamation claire de la vérité et la dénonciation des erreurs de notre temps. Ainsi, de compromis en compromis, nous risquons nous-mêmes de nous affadir et de perdre le sens du combat de la foi. Aussi importe-t-il de saisir la nature de l’esprit catholique.
L’esprit catholique
Le catholique fidèle unit dans sa vie piété et doctrine. Il manifeste une piété enracinée dans la doctrine, et sa doctrine débouche sur la piété. La vraie piété permet de discerner la grandeur de Dieu, sa majesté, sa pureté, sa bonté pour nous, et nous conduit à vivre sous son regard, sous sa dépendance. La doctrine authentique permet de saisir qui est Dieu, qui nous sommes et quel chemin emprunter pour aller à lui. Elle nous amène à prendre conscience des faiblesses laissées en nous par le péché originel et à admirer les dons de Dieu reçus au baptême, enrichis par la prière, les sacrements et les actes vertueux. Elle nous communique le sens de l’autorité et du véritable amour détruits par les Révolutionnaires. Elle nous rend allergiques à l’erreur et au mal. Dans notre pays déchristianisé et islamisé, puissions-nous être des lumières pour éclairer les âmes de bonne volonté.

Quant à nous, prêtres du Séminaire Saint-Curé d’Ars, nous nous efforçons, chers Amis et Bienfaiteurs, d’y former des jeunes gens aux convictions solides afin qu’ils vous transmettent bientôt les vérités de la foi dans leur intégralité. Aussi soyez vivement remerciés pour votre soutien par vos prières et vos dons.

Abbé Patrick Troadec
Directeur
Le 31 mai 2018, en la Fête-Dieu

30 mai 2018

[Wigratzbad (blog) - FSSP] Ordinations passées et à venir

SOURCE - Wigratzbad (blog) - FSSP - 30 mai 2018

L'année académique est terminée pour notre séminaire américain de Denton. Dix séminaristes (8 Américains, un Mexicain et un Néo-Zélandais) ont été ordonnés prêtres le 26 mai, dans la cathédrale d'Omaha (Nebraska), par Mgr Alexander Sample, archevêque de Portland dans l'Oregon, en présence de plus d'un millier de personnes. 


D'autres ordinations restent à célébrer cette année :
  • le 9 juin, un diacre anglais sera ordonné prêtre dans notre apostolat de Warrington par Mgr McMahon, archevêque de Liverpool.
     
  • pour le séminaire de Wigratzbad, les ordinations sacerdotales seront célébrées le 23 juin dans l'église paroissiale de Heimenkirch. Mgr Vitus Huonder, évêque de Coire en Suisse, ordonnera 5 nouveaux prêtres : un Brésilien, un Italien, deux Français et un Polonais. Merci de prier généreusement pour eux!

28 mai 2018

[FSSPX Actualités] Allemagne : transmettre l’amour du vrai, du bien et du beau

SOURCE - FSSPX Actualités - 28 mai 2018

Entretien avec Sœur Maria Michaela Metz, oblate de la Fraternité Saint-Pie X, directrice depuis plus de 25 ans du collège et lycée Sainte-Thérèse (St.-Theresien-Gymnasium), en Allemagne près de Cologne/Bonn.
Ma sœur, comment pourriez-vous décrire la particularité de votre lycée ?
Sœur Michaela : Le St.-Theresien-Gymnasium avec internat est une école catholique qui offre un environnement protégé, propice à la naissance d’amitiés vraies et fortes et à un sain développement personnel. Chaque élève bénéficie d’un soutien individuel. L’école et l’internat travaillent main dans la main afin de développer de nombreux talents. Nous transmettons aux jeunes filles non seulement le plaisir d’apprendre, mais aussi la persévérance et la ténacité. Elles sont aussi vivement encouragées à découvrir et développer leurs propres talents.
Est-ce qu'il y a la possibilité d´avoir autres formations, outre les leçons ordinaires ?
Sœur Michaela : A côté des cours obligatoires, nous tenons à ce que les enfants profitent de loisirs convenables et d’activités de groupes. Les offres de loisirs sont nombreuses : cours instrumental, cours de chant, théâtre, activités sportives, rassemblement autour d’un feu de camp, pour des soirées communes, préparations des fêtes, etc.

La fréquentation de la messe, la possibilité de bénéficier d’une assistance spirituelle, la prière en groupe avant les cours et l’instruction religieuse préparent l’esprit et l’âme des jeunes élèves à vivre selon les principes chrétiens. La capacité de faire la différence entre le bien et le mal est un acquis pour la vie, que leur offre l’école.
Quelle importance a pour vous l'amour de la musique et de l'art ?
Sœur Michaela : La musique et l’art sont des activités qui touchent avant tout la sensibilité. Elles influencent l’homme tout entier : l’esprit, les sentiments et les impressions. Elles peuvent élever l’âme, la combler et l’animer vers de hautes aspirations spirituelles. C’est pour cela que la musique et l’art ont une place très importante au St. Theresien-Gymnasium. Les élèves peuvent développer le sens pour le beau, qui est l’expression du vrai et du bien, et éveiller leur sensibilité.
En quelle manière les jeunes filles sont-elles guidées au sens de la responsabilité ?
Sœur Michaela : Dans notre monde qui change rapidement, nous voulons donner aux enfants et aux jeunes filles les moyens nécessaires pour faire face aux défis des temps modernes.

L’instruction ne comprend pas seulement l’enseignement ; il nous faut aussi apprendre aux enfants à penser et à juger par eux-mêmes. Nous voulons poser les bases pour un vrai façonnement du caractère. Ainsi, les élèves pourront devenir de compétentes jeunes femmes pleines de joie de vivre et de confiance en Dieu. L’atmosphère idéale de notre école se mesure aussi aux bons résultats scolaires. Les moyennes au baccalauréat dépassent régulièrement la moyenne générale des autres établissements de la région.

[Bernard Antony - Le Salon Beige] Intervention au pèlerinage de Chrétienté

SOURCE - Bernard Antony - Le Salon Beige - Pèlerinage de Chartres - 28 mai 2018

Jean de Tauriers, président de Notre-Dame de Chrétienté, avait convié à l’étape du soir du dimanche de Pentecôte pour un partage de souvenirs autour d’un verre, les fondateurs du pèlerinage et les actuels dirigeants. Il avait prévu le passage du cardinal Sarah, qui vint en effet saluer et bénir cette réunion, et il avait demandé à Bernard Antony, président du Centre Henri et André Charlier et de Chrétienté-Solidarité, d’évoquer les origines de la création de ce pèlerinage et notamment le rôle de Dom Gérard, sur lequel vient d’être publiée l’importante biographie d’Yves Chiron, éditée par les moines du Barroux (Ed. Sainte-Madeleine). 
Bernard Antony avait donc préparé par précaution un texte dont on trouvera l’essentiel ci-après. Cependant, compte-tenu de ce qu’il s’agissait en fait de pratiquer l’exercice  de parler debout, dehors, avec les bruits de l’immense camp et tenant le micro d’un mégaphone, privé ainsi de la facilité de lire commodément, il préféra renoncer à la lecture et se passer de son texte au risque de ne pas aussi bien dire que lire. Nous publions ci-après le texte rédigé qui est, sans déformation sur le fond, ce qu’il a exprimé.
Cher Jean de Tauriers, chers pères, cher amis,

D’abord toute ma gratitude et mon admiration pour vous Jean de Tauriers qui, superbement entouré, avez, une fois encore, mené à Notre-Dame de Chartres, ce pèlerinage magnifique de foi et de jeunesse, le 36e. Vous m’avez demandé d’évoquer à mon gré, en quelques minutes, hors de tout formalisme académique, la grande figure de Dom Gérard sans omettre son rôle dans la genèse et le développement de ce pèlerinage.

Le Centre Henri et André Charlier fut en effet créé dès les années 1979-1980 avec ses premières universités d’été, non loin de chez moi, à Fanjeaux, chez les Dominicaines de l’école du Cammazou et ce grâce au soutien de leur supérieure générale, mère Anne-Marie Simoulin, qui, jusqu’à son rappel à Dieu, me témoigna une constante amitié, par-delà les déchirures qui affectèrent la mouvance  du catholicisme traditionnel.

Dès sa création, le Centre Charlier avait été placé sous le triple parrainage de trois hommes marqués par la rencontre, la formation et la transmission spirituelle et culturelle de leurs maîtres, André et Henri Charlier : Albert Gérard, l’artiste, Jean Madiran, le penseur contre-révolutionnaire, Dom Gérard, le moine.

C’est ainsi que nous n’organisâmes pas seulement alors nos universités d’été à Fanjeaux mais aussi, en 1980, une session au Mesnil Saint-Loup, cette paroisse hors du commun, marquée au XIXe siècle par l’apostolat du Père Emmanuel. Henri Charlier, en son temps, y rétablit la continuité de l’office grégorien. Il se consacra, tout près de l’église, à son œuvre de sculpteur, de dessinateur et de peintre.

Je suis heureux de retrouver d’abord ce soir Max Champoiseau et Rémi Fontaine qui furent les premiers à me suggérer l’idée que le Centre Charlier pourrait organiser un pèlerinage de Chartres sur le modèle de celui de Czestochowa que nous admirions tant. Czestochowa, cette immense marche de foi et de ferveur patriotique mais aussi de combat du peuple polonais pour sa liberté et son identité s’efforçant de desserrer toujours plus le carcan de l’État communiste totalitaire après les années des exterminations génocidaires du nazisme et du communisme soviétique. Le pèlerinage de Czestochowa était très cher au cœur de Dom Gérard et nous nous souvenons avec émotion, comme si c’était hier, de son sermon en la cathédrale de Chartres, le lundi de Pentecôte 1985, qu’il concluait ainsi : « L’an prochain, c’est à toute la chrétienté que nous donnons rendez-vous aux pieds de Notre-Dame de Chartres, qui sera désormais notre Czestochowa nationale. Que le Saint-Esprit vous illumine, que la Très Sainte Vierge vous garde et que l’armée des anges vous protège. Ainsi soit-il ! » Sermon dont vous pouvez retrouver l’intégralité dans le numéro spécial de Reconquête d’avril-mai 2008 avec les textes d’amis très chers, laïques ou religieux, et le travail de présentation et d’illustration réalisé avec tout son talent d’artiste par Jacques Le Morvan.

Dès les premières années du Centre Charlier, je ne sais plus trop quand, avec l’abbé Pozzetto, son premier aumônier, et donc aumônier du pèlerinage, et nombre de militants, nous avions eu à cœur d’organiser en Pologne avec Jean-Michel Rudent, un séjour de Chrétienté-Solidarité, rencontrant notamment Lech Walesa et les grandes figures de la résistance de Solidarnosc. C’est de même dans cet esprit de résistance chrétienne que nous avions voulu, dès sa conception, construire le pèlerinage comme avant tout celui de militants agissant pour la défense de la patrie et des valeurs de la chrétienté, voulant placer leur action politique et sociale sous l’éclairage de l’Évangile.

Je me dois maintenant ici, pour répondre avec gratitude à la demande de Jean de Tauriers, d’évoquer un peu plus la figure de Dom Gérard sans, rassurez-vous, suivre tout le long cheminement de sa vie selon l’immense travail de la biographie réalisée par Yves Chiron.

Et d’abord, une première remarque, il en fut selon moi de la vie de Dom Gérard comme de celles de grands saints, tel saint Bernard que j’admire tant.

Le récit de leur vie, si remplie d’une multitude d’actes de charité et de combats pour la chrétienté pourrait donner l’impression d’un certain activisme en dissonance avec un pur idéal de vie contemplative. Ce serait une grande erreur, ce serait faire preuve d’une grande méconnaissance de ce que fut leur vie de prière continuelle.

Je puis témoigner de ce que Dom Gérard, tel qu’il me fut donné de le connaître en plusieurs circonstances au long de quarante-sept années, était d’abord, lui aussi, presque toujours un homme, même hors de son monastère, à l’évidence abîmé, des heures durant, dans la prière. Ainsi en était-il dans l’avion mis à disposition par Pierre Fabre au service de notre mission caritative au Liban via Chypre. Car l’aéroport de Beyrouth était alors fermé et c’est à Chypre qu’il nous fallait prendre le bateau assurant la liaison avec le Liban. Au petit matin, après sans doute un très court sommeil, le visage de Dom Gérard s’éclaira d’émerveillement au spectacle de toutes les croix et de la Vierge d’Harissa surplombant la baie de Jounieh.

Je l’avais rencontré pour la première fois il y a déjà longtemps, en 1961, à 24 ans, en son monastère de Tournay, près de ma ville de Tarbes où j’étais lycéen, dans des circonstances que j’ai évoquées par ailleurs. Il m’avait parlé lumineusement avec une infinie douceur, du Christ et de la Vierge Marie, comme nul autre. Il m’interrogea aussi avec une gaité roborative, pour me remonter le moral, m’encourageant à continuer dans les voies de mon jeune militantisme pour la patrie alors si déchirée, meurtrie par la tragédie de tant des siens livrés au pire.

Ce n’est que plus tard, après l’avoir providentiellement retrouvé grâce à notre maître et ami si cher, Gustave Thibon et à son ami Gilbert Tournier, dans son prieuré de Bédouin, que je pus toujours plus saisir combien le mystique Dom Gérard, tel François d’Assise, était aussi un merveilleux poète du Bon Dieu, imprégné d’une immense culture développée sur le socle transmis par les Charlier. Dom Gérard était ému presque aux larmes quand il récitait de beaux bouquets de la poésie de son cher Charles Péguy qui fit seul ce pèlerinage à la sortie de sa vie de militant socialiste, l’éclairant désormais de sa mystique poétique pour toutes les générations de pèlerins.

Dom Gérard voulut avec raison que l’imprimerie du monastère réédite l’Ève de Charles Péguy, un des joyaux de son art.

Comme saint Bernard, comme sainte Catherine de Sienne, Dom Gérard fut certes, à sa place, à son créneau, un batailleur de la défense de la foi et de la chrétienté. Je crains quelquefois que certains ne sachent pas ou aient oublié ce qu’il en était dans l’Église de France dont, selon l’expression même du cardinal Decourtray à la fin de sa vie, « des secteurs entiers avaient alors collaboré avec le communisme ». Et il faudrait rappeler la fascination pour le freudisme et autres courants idéologiques convergents dans « l’autodestruction de l’Église » selon l’expression même de Paul VI. Et ce sans réaction, voire avec la collaboration, de vastes pans de la hiérarchie.

Dom Gérard fit tout, longtemps très seul, pour que soit conservée la fidélité à la règle de saint Benoît, à la liturgie traditionnelle. Il serait inconvenant de juger de ses actes, quarante, cinquante ou soixante ans après en invoquant les douceurs de la soumission alors que la résistance à « l’autodestruction de l’Église » était en effet une nécessité vitale. Et s’il n’y avait pas eu Dom Gérard, il n’y aurait pas eu de monastère du Barroux, ni ses deux filiales, ni toute l’étendue d’une résurrection qui ne fut jamais un repli passéiste.

Certains, bien intentionnés certes, ont cru bon d’insister un peu trop, je crois, sur le fait que Dom Gérard eut ses défauts, ses insuffisances. Selon leur conception, il est vrai de l’impeccabilité comportementale ! Ah les bons juges ! Eux, à la place de Dom Gérard, ils n’auraient bien sûr agi que dans la perfection de l’obéissance selon leur sûre doctrine.

Comme si saint Pierre et saint Paul eux-mêmes n’avaient pas eu aussi leurs défauts. Et Dom Gérard ne fut ni saint Pierre ni saint Paul mais il m’arrive de penser que ses défauts avaient sans doute été aussi des qualités bien nécessaires en leur temps. Chesterton a magnifiquement développé ce raisonnement dans sa biographie de François d’Assise.

Quelques points encore :

Dom Gérard voulut donc ce pèlerinage. Sans son assentiment le Centre Charlier ne se serait sans doute pas lancé dans cette aventure. Pleins de gratitude pour son affection pour le pèlerinage de Czestochowa, depuis des années, nombre de pèlerins polonais ont partagé avec vous les routes de Chartres. De même pour tant de Libanais auxquels, dans notre voyage de 1985, Dom Gérard avait, comme nul autre, su parler de tout ce qui depuis saint Louis unit le royaume de France et le peuple chrétien du Liban. Ce n’est pas sans émotion qu’au monastère de Saint-Antoine dans la vallée sainte, la Qadisha, nous avons souvent contemplé la belle crosse incrustée d’ivoire offerte par le saint roi au patriarche des Maronites. Dom Gérard aimait rappeler qu’à l’Émir de ce peuple, saint Louis, reconnaissant pour le formidable soutien de ses guerriers, avait juré que, désormais, tout maronite se rendant en France y serait traité avec tous les droits d’un sujet du roi de France.

À Beyrouth, dans le silence de la ligne verte, la nuit, dans les tranchées du quartier de Sodecco où nous parvenaient des chuchotements de ceux d’en face, il demeurait comme happé dans sa prière avant de s’en extraire pour murmurer les mots qu’il fallait pour les jeunes combattants qui tenaient les lieux et les bénir. Certains de ceux-là, je l’ai encore vérifié là-bas, il y a trois semaines, n’ont jamais oublié. Parmi eux était une lumineuse jeune fille, Katia Boustany, brillante juriste, auteur d’une thèse sur la charia et la notion occidentale des droits de l’homme. Mais c’était la conversion des cœurs des combattants chrétiens qu’elle jugeait prioritaire. Elle trouva en Dom Gérard le religieux qui pouvait le mieux la comprendre et l’assister pour cela dans sa prière. Elle vint plus tard le voir au Barroux. Et puis elle entra au Liban dans son chemin de rappel à Dieu par une longue maladie.

Dom Gérard, je l’appris, ne cessa de prier pour elle et de la soutenir, répondant à ses lettres qui, me confia-t-il un jour, étaient bouleversantes de courage et de confiance en Dieu.

Il avait ainsi le don, ses proches le savaient, au prix très lourd du manque de sommeil qu’il s’imposait sans cesse et qui ruina sa santé, de maintenir des liens avec beaucoup de ceux que la Providence avait mis sur son chemin pour qu’il les maintienne sans cesse dans l’Espérance.

J’ai la conviction qu’il nous dirait toujours aujourd’hui, face aux nouvelles dialectiques de mort de notre temps, face aux périls toujours recommencés, face aux menaces d’engloutissement de ce qui reste de notre civilisation chrétienne, de ne les considérer ni comme inévitables ni comme irrémédiables.

Au nom de tous les vieux amis fondateurs de ce pèlerinage qui sont encore là ce soir, cher Jean de Tauriers, merci de m’avoir permis de livrer ce témoignage de piété filiale envers Dom Gérard. Et permettez-moi donc en conclusion de saluer ceux qui, présents ici ce soir, ont tant œuvré pour cette réalisation : Max Champoiseau et Rémi Fontaine, Jacques, Pierre et Paul Le Morvan, Pierre Soleil, Jacques Arnould et tous ceux de son Chœur Montjoie, et encore Hélène Sabatier, Isabelle Bédry, Catherine Renout. Je veux exprimer en leur nom toute la gratitude que nous vous portons, pour nous avoir offert ce verre de l’amitié avec votre équipe, vous qui, sous l’égide de Notre-Dame de Chrétienté, continuez et amplifiez avec eux l’initiative du Centre Henri et André Charlier.

[Le Sel de la Terre] Une petite lumière dans les ténèbres (éditorial)

SOURCE - Le Sel de la Terre - Printemps 2018

« C'est ici votre heure, et la puissance des ténèbres », déclare Notre-Seigneur lors de son arrestation au jardin des oliviers (Lc 22, 53). A l’heure où l’Église subit sa passion, n’est-il pas normal que nous soyons à nouveau plongés dans les ténèbres?
     
Notre-Seigneur Jésus-Christ est venu apporter la lumière de la foi dans le monde. Cette lumière s’est répandue peu à peu jusqu’aux extrémités de la terre. Elle a atteint son apogée au 13 e siècle, en même temps que la lumière de la raison qui rayonne aussi dans la théologie de saint Thomas d’Aquin.
  
Mais le prince des ténèbres veillait. Après avoir dû reculer et se cacher pendant mille ans (Ap 20, 2-3), il réapparut à la surface et commença à répandre largement ses ténèbres avec le protestantisme (voir les deux numéros 99 et 100 du Sel de la terre), puis par les prétendues Lumières (censées mettre un terme à l’obscurantisme !) et la franc-maçonnerie (supposée apporter la lumière aux initiés et, par eux, au monde entier…).
  
Finalement, après deux siècles de lutte entre l’Église et la maçonnerie, celle-ci a triomphé – au moins extérieurement – et les fumées de Satan sont entrées dans l’Église à l’occasion du dernier concile.
Devant la situation de l’Église d’aujourd’hui, nous avons le sentiment que par quelque fissure la fumée de Satan est entrée dans le peuple de Dieu. Nous voyons le doute, l’incertitude, la problématique, l’inquiétude, l’insatisfaction, l’affrontement. On n’a plus confiance dans l’Église. […] On croyait qu’après le Concile le soleil aurait brillé sur l’histoire de l’Église. Mais au lieu de soleil, nous avons eu les nuages, la tempête, les ténèbres, la recherche, l’incertitude. 
Nous prêchons l’œcuménisme, et nous nous séparons toujours davantage les uns des autres. Nous cherchons à creuser des abîmes au lieu de les colmater. Comment cela a-t-il pu se produire ? Une puissance adverse est intervenue dont le nom est le diable. 
(PAUL VI, homélie du 29 juin 1972)
Que faire ?
Que faire ? Tâchons, dans la mesure de nos moyens, d’entretenir la vraie lumière, celle de la vérité intégrale, sans compromission. Sans rêver d’un accord impossible entre la lumière et les ténèbres ; sans crainte de dénoncer la puissance des ténèbres qui occupe la chaire de vérité et l’empêche de transmettre la lumière.
   
Dans une nuit obscure, une petite lumière, même d’une simple bougie, peut se voir à une grande distance. Elle peut rendre courage au voyageur fatigué, transi et perdu. Là, peut-être, à quelques kilomètres, quelqu’un l’attend, qui peut l’éclairer et le réchauffer.
   
Le Sel de la terre a pour ambition de rayonner quelque peu la lumière de la foi et de la science chrétienne. Dans ce numéro, par exemple, vous trouverez la suite et la fin des explications sur un des textes les plus obscurs de la sainte Écriture (l’Apocalypse), des études éclairant les fins dernières et la preuve de l’existence de Dieu par les aspirations du cœur humain ; nous continuons aussi à jeter un peu de lumière sur l’œuvre la plus ténébreuse du siècle dernier, le communisme (voir aussi les deux précédents numéro du Sel de la terre) ; nous rendons hommage à nos anciens qui ont eu le courage de lever le flambeau après le désastre du Concile (rubrique : « Les grandes heures de la Tradition ») ; enfin, dans la rubrique « Lecture », nous tâchons de projeter quelque lumière sur des événements ou des textes actuels.
   
Nous comptons sur vous, chers lecteurs, pour nous permettre de continuer à être une petite lumière au milieu des ténèbres. Outre vos prières, vous pouvez nous aider en faisant connaître la revue autour de vous, ne serait-ce que pour maintenir un peu d’espérance dans notre monde déboussolé.
     
Ce numéro vous parviendra pendant le temps pascal, dans la lumière de Pâques. Que Notre-Dame, « Porta lucis fulgida », resplendissante Porte de lumière, nous vienne en aide pour qu’on puisse dire encore : « lux in tenebris lucet », la lumière luit dans les ténèbres (Jn 1, 5).
O Porta lucis fulgida, O resplendissante Porte de lumière,
O Mater Verbi inclita, O Mère illustre du Verbe,
Nos, tuos fideles sedulos, nous, vos fidèles dévoués,
Verbi quaerentes semitas, qui cherchons les chemins du Verbe,
Defende a mentis hostibus, défendez-nous des ennemis de l’esprit,
Ab umbra erroris libera, libérez-nous de l’ombre de l’erreur,
Tuaque luce dirige et dirigez-nous par votre lumière
Ad veritatis gaudia. aux joies de la vérité.
Amen. Ainsi-soit-il.

26 mai 2018

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Totalitarisme de l’avortement

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 26 mai 2018

Le Brexit pourra-t-il protéger l’Angleterre?
Mais les Anglais leur propre avenir oblitèrent!
 

En comparant la vie naturelle à la vie surnaturelle, certains peuvent penser que la lutte contre l’avortement prend trop d’importance. Toutes choses étant égales par ailleurs, le temps passé et les efforts consentis dans ce combat ne seraient-ils pas mieux employés à défendre, par n’importe quel moyen, la vie de la Grâce plutôt que de se limiter à préserver une vie naturelle encore à naître ? En fait, dans la société actuelle, ces choses sont difficilement comparables. Dans notre monde sans Dieu, ce qui domine aujourd’hui, c’est l’extrême faiblesse de la Foi, à tel point que parler de choses surnaturelles reviendrait, pour la plupart des gens, à parler chinois : “Dieu ? Le Ciel ? L’Enfer ? L’éternité ? Mais, de quoi parlez-vous ?” Toutefois, si certains de nos contemporains ont encore ne serait-ce qu’une once de décence, ils peuvent concevoir combien il est criminel de transformer le sanctuaire de la vie, le ventre d’une mère, en une prison mortelle. Dès lors, que Dieu bénisse les catholiques qui s’efforcent d’empêcher l’avortement.


Ce faisant, ils ont pour adversaire l’État totalitaire qui s’établit en Angleterre. Un militant, engagé depuis longtemps dans la lutte anti-avortement écrivait récemment qu’une nouvelle technique de « discussion de rue », touchant plus directement les femmes se rendant dans un centre d’avortement, a provoqué une réaction drastique du système en place. Ce qui donne à penser que cette technique est efficace, au moins à court terme. Dans une Ordonnance de Protection de l’Espace Public, la première du genre dans ce pays, les élus locaux ont voté un texte confinant les anti-avortement sur une pelouse située à 100 mètres de la clinique. Leur nombre ne doit pas dépasser quatre ; ils ne doivent pas se servir d’affiches dépassant la taille d’un A3 ; il est proscrit d’employer des termes tels que: avortement, bébé, maman, fœtus, âme, tuer, enfer ou meurtre. Il leur est interdit d’afficher des images, de diffuser de la musique, de parler dans un haut-parleur, de crier des messages relatifs à l’avortement, et même de prier à haute voix. Ces restrictions sont entrées en vigueur le 23 avril. Il est question d’en élargir le champ d’application; les contrevenants s’exposent à des amendes pouvant aller jusqu’à £1,000.

Que peut-on dire? L’Angleterre est en train de se suicider. Peut-être les autorités locales ont-elles choisi d’appliquer ces restrictions un 23 avril, juste le jour de la St George, où l’Angleterre célèbre son saint patron? Comme si protéger l’avortement était un acte de patriotisme, d’amour de la patrie! Pourtant, quoi de plus antinaturel pour une femme que de détruire le fruit qu’elle porte dans son sein? Et quoi de plus antisocial pour un homme que de la pousser à commettre un tel acte? Jusqu’où une femme n’est-elle pas descendue sur le chemin de l’autodestruction pour consentir ainsi à tuer, au sens propre, sa maternité, le but principal de son existence après le salut de son âme? “ Pourtant, elle sera sauvée en enfantant, si elle persévère avec modestie dans la foi, dans la charité, et dans la sainteté. “,dit l’Ecriture (I Tim II, 15). Ces propos ne sont pas ceux d’un quelconque misogyne ; c’est la parole de Dieu.

Fidèle à son génie, Shakespeare saisit en quelques lignes l’essence même de l’autodestruction de la femme. Il met en effet dans la bouche de Lady Macbeth (acte 1, scène 5) des mots terrifiants. En se fortifiant pour pousser son mari à assassiner Duncan, son roi, cousin et ami, alors même que Duncan doit être invité sous le toit de Macbeth, elle supplie les démons d’arracher de son cœur toute tendresse et toute compassion féminine :

. . . . Venez, vous les esprits
Qui présidez à nos pensées mortelles! Défaites-moi de mon sexe!
Du front jusqu’aux orteils, remplissez tout mon être
De pure cruauté. Epaississez mon sang,
Afin que nul passage ne donne accès aux remords,
Que nulle componction, nul penchant naturel
N’ébranle mon projet et vienne parler de paix
Avant qu’on l’exécute ! Prenez mes seins de femme ,
Prenez mon lait pour fiel , Vous ! Instruments meurtriers...“
Fortifiée ainsi, elle réussit à étouffer les scrupules de Macbeth, qui assassine Duncan: première victime, suivie de beaucoup d’autres.
Chers lecteurs, s’il vous plaît, priez pour l’Angleterre, autrefois appelée «dot de la Vierge Marie» et, encore aujourd’hui, objet de ses soins maternels.

Kyrie eleison.

[Most Holy Trinity Seminary] Ordination de l'abbé Damien Dutertre

SOURCE - Most Holy Trinity Seminary - 26 mai 2018

"On oint les mains de celui qui est maintenant le Père Dutertre, il reçoit la chasuble. Vous êtes un prêtre à jamais, selon l'ordre de Melchisédek"

24 mai 2018

[FSSPX Actualités] Mort du cardinal Dario Castrillón Hoyos

SOURCE - FSSPX Actualités - 24 mai 2018

Le cardinal Dario Castrillón Hoyos s'est éteint à Rome le 18 mai 2018. Appelé au service du Saint-Siège en 1996, le prélat s’est peu à peu imposé comme l’interlocuteur privilégié entre le Vatican et la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, de 2000 à 2009.

D'abord préfet de la Congrégation pour le clergé, puis président de de la Commission pontificale Ecclesia Dei, le cardinal a joué un rôle majeur dans le changement d'attitude du Vatican à l'égard de la liturgie traditionnelle.

A l'issue du pèlerinage romain de la Fraternité Saint-Pie X en 2000, il avait reçu les évêques consacrés par Mgr Marcel Lefebvre en 1988, mettant fin à douze années d'ostracisme.

Deux ans plus tard, Mgr Hoyos était le premier cardinal de l'Eglise à célébrer solennellement la liturgie traditionnelle en la basilique Libérienne, faisant fi de la réticence d'une bonne partie de ses confrères.

Dans le même temps, alors que de nombreux évêques continuaient à faire pleuvoir des proscriptions arbitraires sur l'œuvre de Mgr Lefebvre, il expliquait que l'acte des sacres de 1988 ne constituait pas un schisme et que la Fraternité se trouvait « à l'intérieur de l’Eglise », déplorant cependant « le fait qu'il manque une pleine, une plus parfaite communion, parce que la communion existe »...

Le cardinal Hoyos a également joué un rôle non négligeable aux côtés de Benoît XVI dans la promulgation du Motu proprio Summorum pontificum en 2007, et dans le cadre de la levée des sanctions injustes contre les évêques de la Fraternité deux ans plus tard, n'hésitant pas à prendre la défense de cette dernière face à des médias déchaînés.

Le cardinal aurait souhaité qu’une solution canonique fût trouvée pour la Fraternité. Mais cela ne fut jamais rendu possible, une réelle volonté de recevoir l’œuvre de Mgr Lefebvre telle qu’elle est faisant toujours défaut. Car ce n'est pas en retranchant quoi que ce soit à sa mission de défense de la Tradition - en lui imposant, par exemple, de reconnaître des erreurs doctrinales ou la légitimité du nouveau rite -, que la Fraternité pourra œuvrer à la restauration de l'Eglise.

Néanmoins, il serait injuste de ne pas exercer la vertu de gratitude pour les actes posés par le prélat colombien. Ceux-ci furent courageux, alors qu'ils rencontraient l'hostilité des progressistes et des ennemis les plus acharnés de l'Eglise.

Requiescat in pace.

[Abbé Angelo Citati, fsspx - sanpiox.it] Italie : à Rome, la voix de la famille s’est levée

SOURCE - Abbé Angelo Citati, fsspx - sanpiox.it - version française via correspondanceeuropeenne.eu - 24 mai 2018

Organisé par l’association Voice of the Family, le « Rome Life Forum » s’est tenu à Rome ces 17 et 18 mai 2018, préludant à la Marche pour la vie du samedi 19. Ce congrès, consacré à la défense de la famille traditionnelle, se penchait plus particulièrement cette année sur le rôle et les limites de la conscience personnelle dans la morale familiale.

Inauguré en 2014, le congrès était jusque là réservé à un nombre restreint de spécialistes. Cette année, pour sa cinquième édition, il a ouvert ses portes au grand public. Près de 200 personnes – dont le cardinal Burke, Mgr Schneider et Mgr Viganò, ancien nonce apostolique aux États Unis – ont pu écouter pendant les deux jours les conférences qui se sont suivies avec un rythme assez serré dans l’amphithéâtre de l’Angelicum.

Après les discours d’ouverture de John-Henry Westen, directeur du site LifeSiteNews et modérateur de la journée, et du Directeur de l’Angelicum, le père Michal Paluch, le congrès a commencé le 17 mai par une intervention très érudite du père Thomas Crean OP, professeur de théologie issu de l’Institut catholique de Toulouse. Après avoir rappelé la notion thomiste de la conscience et critiqué les distorsions subies par cette notion dans la théologie contemporaine, le dominicain – en s’appuyant surtout sur la question 88 de la IIaIIæ de la Somme théologique et sur le traité De veritate – a essayé d’imaginer ce que répondrait saint Thomas d’Aquin à certaines objections contre la culpabilité d’une conscience erronée très répandues aujourd’hui, en visant en particulier des déclarations récentes d’un archevêque américain et d’un article de la Revue thomiste. Sollicité par une question qui lui demandait une application de ces principes à la situation actuelle, il a ajouté que si les autorités ecclésiastiques, par des organes magistériels non infaillibles, professaient une position erronée et déjà condamnée par l’Église, un catholique serait en conscience tenu de les refuser, comme c’est le cas pour Amoris lætitia.

Isobel Camp, professeur de philosophie à l’Angelicum, a ensuite parlé de la crise contemporaine de la vraie notion de conscience en suivant l’encyclique Veritatis splendor du pape Jean-Paul II. Elle a conclu en suscitant de vifs applaudissements de la part des auditeurs, rappelant qu’il était impossible, à la lumière de la doctrine catholique, d’accéder à la communion pour qui vit en situation d’adultère.

Ce fut ensuite le tour de John Smeaton, représentant de la Society for the Protection of Unborn Children, de prendre la parole. Celui-ci a rappelé d’une manière claire et incisive l’histoire de la bataille pour la vie en Irlande. Dans ce pays d’ancienne tradition catholique, se sont en effet tenus deux référendums – en 1992 et en 2002 – visant à approuver une loi légalisant l’avortement, mais dans les deux cas les défenseurs de l’avortement ont subi une défaite retentissante. Monsieur Smeaton a cependant dénoncé la scandaleuse attitude des évêques dans ces circonstances, lesquels, à quelques exceptions près, tout en laissant les catholiques libres d’agir « selon leur conscience », les ont invités à voter en faveur de cette loi homicide sous prétexte qu’elle garantissait un meilleur contrôle de l’avortement. Il a également raconté avoir personnellement contacté le cardinal Alfonso López Trujillo, à l’époque président du Conseil pontifical pour la famille, pour protester contre cette prise de position, sans recevoir la moindre réponse. Quelques années plus tard, cependant, il eut l’occasion de le rencontrer personnellement et d’entendre de sa bouche les paroles suivantes : « Vous aviez raison, pleinement raison. Mais si je m’étais exprimé publiquement comme vous le demandiez, il y aurait eu une fracture énorme dans l’Église ». En conclusion, il a invité à prier pour le référendum du 25 mai 2018, par lequel les irlandais ont dû s’exprimer une fois de plus sur la question de la légalisation de l’avortement. « Si en 2018 l’Irlande, pays que tout le monde considère catholique, défie la loi de Dieu, cela sera perçu comme une défaite de l’Église catholique toute entière et la même chose pourra également arriver dans d’autres pays », a conclu Mr Smeaton.

L’abbé Linus Clovis, aumônier de l’association Family Life International, a ensuite pris la parole à propos de l’apparition de Notre-Dame des « Tre fontane » et ses liens avec les apparitions de Fatima. A ce sujet, il a considéré que les autorités ecclésiastiques actuelles étaient trop sceptiques, et que, par conséquent, elles méprisaient le message de Fatima. L’après-midi du 17 a été marqué par la conférence très attendue de Mgr Athanasius Schneider, lequel, à l’appui d’un grand nombre de citations tirées des Pères de l’Eglise, de saint Ignace, saint Thomas d’Aquin, du cardinal Newman et des papes (surtout Léon XIII, saint Pie X et Pie XII) a expliqué que la vie chrétienne ici-bas est un combat, car la religion catholique est la seule vraie, ce qui réclame une lutte contre les ennemis de l’Église. L’évêque s’est surtout attardé sur l’analyse de la crise de la foi et des principes de la société moderne dressée par Saint Pie X, et en la rapportant à celle de Jean XXIII dans le discours d’ouverture de Vatican II, il a commenté ainsi : « Comment Jean XXIII, étant donné que la situation à son époque avez même empiré par rapport au temps de Saint Pie X, a-t-il pu manifester autant d’optimisme ? Cela restera toujours pour moi un mystère».

Mais comment adapter ce combat à la situation d’aujourd’hui ? Comment rester fidèles à Pierre, si Pierre lui-même n’est pas fidèle au Christ ? À cette question posée par l’un des auditeurs, Mgr Schneider a invité à maintenir un regard surnaturel sur l’Église et même sur la papauté. Le pape, a-t-il expliqué, est sans doute le vicaire du Christ, mais il est également, lui aussi, un baptisé et a donc les mêmes devoirs que tous les baptisés : renoncer à Satan, professer la foi…. Quand il n’accomplit pas – ou qu’il l’exerce d’une manière infidèle – sa charge de successeur de Pierre, si nous lui résistons, il ne faut pas nous considérer comme des « ennemis » du pape, mais bien plus comme ceux qui l’aident, tout comme les fils d’un père égaré l’aideraient à accomplir fidèlement sa charge. « Si vos pasteurs ne vous confirment pas dans la foi », a-t-il conclu, « dites-leur simplement : “Excellence, Saint-Père, je suis catholique et prêt à mourir pour ma foi. Êtes-vous prêt à mourir avec moi ?” »

La matinée du 18 a été marquée par une intervention magistrale du professeur Roberto de Mattei, qui a rappelé – en se basant sur l’enseignement de saint Paul, de saint Thomas d’Aquin et du Magistère constant de l’Eglise – en quoi consiste la vrai notion catholique de l’obéissance et ses limites. La licéité, dans certains cas, de la désobéissance, loin d’être un refus de l’obéissance due aux autorités légitimes, est précisément fondée sur la vertu d’obéissance comprise dans sa vraie signification. L’historien n’a pas manqué de mentionner des exemples tirés de l’histoire de l’Église, tels ceux de la Vendée en France et des Cristeros au Mexique, mais aussi la déposition de rois et des empereurs infidèles de la part des papes, qui les considéraient déchus de leur autorité en raison de l’usage illégitime de leur propre autorité, comme le fit saint Pie V avec Elisabeth Ire en Angleterre. « Si saint Pie V avait suivi les principes que Jean XXIII et Paul VI ont suivi avec l’Union Soviétique », a-t-il commenté, il « aurait dû agir bien autrement. Mais, lui, oui, gouvernait l’Eglise en se fondant sur des principes surnaturels ».

Mais aujourd’hui, a-t-il poursuivi, nous vivons un drame bien majeur que celui des siècles passés, car aujourd’hui les ordres illicites viennent des évêques et du pape lui-même. Comment doivent se comporter les fidèles dans une telle situation ? La réponse du professeur est très nette : tout comme saint Paul résista à saint Pierre, qui lui était pourtant supérieur, ainsi nous avons le devoir de résister, même publiquement, au successeur de saint Pierre. Le concile Vatican II et le post-concile, a-t-il expliqué, posent aux catholiques de vrais problèmes de conscience. Dans ce contexte, nous avons le droit et le devoir de nous en tenir à ce que l’Église a toujours enseigné et pratiqué : « Aucun prêtre – a-t-il précisé – ne peut être légitimement obligé de célébrer la nouvelle messe ni empêché de célébrer l’ancienne, tout comme personne ne peut être obligé à se résoudre à un accord avec un régime communiste (hier la Russie, aujourd’hui la Chine). Si, ce faisant, on nous accuse d’être schismatiques, il faut retourner l’accusation à l’envoyeur ». Dans les réponses aux différentes questions, le professeur de Mattei a finalement exhorté les gens à se séparer des mauvais pasteurs, à ne plus fréquenter des paroisses où on enseigne des fausses doctrines et à aller à la recherche de prêtres fidèles qui transmettent la doctrine de toujours.

Ce fut ensuite le tour de Matthew McCusker, spécialiste en histoire de l’Église, d’intervenir. Il a exposé les limites de l’obéissance à l’autorité pontificale à la lumière de l’enseignement du cardinal Newman. « Ce qui au XIXe siècle était considéré comme undeliramentum », a-t-il dit, « à savoir la liberté de conscience, est devenu aujourd’hui la normalité». Il a également précisé qu’il ne s’agit nullement de mettre en question le rôle central de la papauté dans l’Église, mais simplement, de la situer dans son juste contexte et ses justes limites, que nous constatons spécialement à partir du Concile Vatican II. Et il a conclu en citant la fameuse maxime de Newman: « Je boirais à la santé du pape, croyez-le bien, mais à la conscience d’abord, et ensuite au pape ».

Le témoignage du professeur Stéphane Mercier fut un des plus touchants. Celui-ci a relaté son histoire personnelle : il était encore il y a un an professeur de philosophie à l’Université catholique de Louvain et dans une école gérée par des jésuites. Ensuite, l’Université catholique (sic !) de Louvain le destitua de sa charge en avril 2017 pour avoir invité ses étudiants à réfléchir sur un argumentaire philosophique contre l’avortement, puisque – ce furent les incroyables paroles des représentants de l’Université – « nous ne croyons pas qu’on puisse affirmer que tout avortement est un homicide » et qu’ils estimaient inopportun d’aborder un sujet si délicat. Les jésuites pour leur part l’ont renvoyé de leur école après avoir appris qu’il avait cosigné la «Correctio filialis» adressée au Souverain Pontife. Ainsi, jeune marié et bientôt père d’un enfant, il se retrouve aujourd’hui, malgré ses titres et sa brillante carrière, sans travail pour avoir soutenu que l’avortement était un crime et que ceux qui vivaient en concubinage n’avaient pas le droit de recevoir la communion : « Comme vous le savez, a-t-il ironisé, la miséricorde coûte cher ! ». Il s’est attaqué alors aux évêques de son pays, qui ont appuyé la décision de l’Université : « Les évêques actuels n’ont pas d’épine dorsale. Aujourd’hui, ne pas dénoncer le mal signifie en être complice. Nous n’avons pas besoin de pasteurs lâches. Nous avons besoin de pasteurs prêts à lutter comme David contre Golias. Mais où sont les David ? Ils sont trop peu nombreux ! En tant que catholique romain, je me sens trahi par tous ces évêques qui après soixante années de sécularisation, nous parlent encore de liberté religieuse, qui appuient les mouvements LGBT… de ces Papes qui interdisent la messe de nos aïeux, qui baisent le Coran… ! Moi, qui suis-je ? Je suis un des petits dont parle Jésus dans l’Évangile, un de ces petits scandalisés par les pasteurs». A ce moment-là, tous les présents se sont levés et ont manifesté leur solidarité par une véritable ovation.

Les travaux de la dernière demi-journée ont débuté par une intervention de Mgr Livio Melina, professeur de théologie morale et disciple du cardinal Caffarra. Le professeur a stigmatisé le « changement de paradigme » pour lequel se battent les progressistes en matière de morale, ainsi que ce qu’il a appelé « l’herméneutique du discernement au cas par cas » qui s’est diffusée depuis Amoris lætitia pour discréditer l’enseignement des papes précédents, car « Amoris lætitia représente un enseignement partiel, puisqu’il contient des expressions qui doivent être intégrées, interprétées et même corrigées ». « La voie de la casuistique ainsi entendue, la voie du cas par cas, c’est la voie des pharisiens », a-t-il conclu : « Ce n’est donc pas d’un changement de paradigme que nous avons besoin, mais d’une conversion du cœur afin que notre conscience s’ouvre à la vérité et la réalise dans nos actions ».

Le congrès a été clos par l’intervention du cardinal Raymond Leo Burke sur « le Règne du Christ à travers son Sacré-Cœur ». Le Cardinal a critiqué une fausse idée très répandue aujourd’hui : la conscience, a-t-il expliqué, n’est pas formée des désirs et des opinions de chaque individu, mais de la vérité, qui purifie les désirs et les opinions de chaque individu. « La royauté du Christ n’est pas seulement pour certains fidèles, mais bien pour tous, ni non plus seulement pour les catholiques, mais pour tous les hommes. Il y a un devoir social de professer la religion et un devoir moral vis-à-vis de la vraie religion ». Et cette vérité, a-t-il ajouté, vaut même encore plus dans une société pluraliste, car « la vérité n’est pas pluraliste. La vérité est unique. La royauté sociale du Christ est aujourd’hui plus nécessaire que jamais. Le pluralisme n’appartient pas à notre Credo ». Et quoiqu’on en dise aujourd’hui, « la liberté de religion ne consiste pas en la liberté de pratiquer des fausses religions ».

Dans les réponses aux questions, le cardinal Burke s’est livré à quelques considérations sur le prochain Synode sur la jeunesse : « S’il n’y a pas une conversion des cœurs, il est probable qu’il y aura de nouveaux problèmes. Et si on doit en juger d’après sa préparation, il a y raison de craindre que ce sera le cas. Les jeunes eux-mêmes qui ont participé à sa préparation ont l’impression d’avoir été instrumentalisés avec la diffusion de sondages selon lesquels ils auraient besoin de nouveaux changements dans la doctrine morale de l’Église. Mais des sondages plus véridiques nous révèlent que c’est d’autres choses que les jeunes ont besoin : par exemple, les jeunes demandent la Messe tridentine ».