29 mai 2018

[FSSPX Actualités] Allemagne : transmettre l’amour du vrai, du bien et du beau

SOURCE - FSSPX Actualités - 28 mai 2018
Entretien avec Sœur Maria Michaela Metz, oblate de la Fraternité Saint-Pie X, directrice depuis plus de 25 ans du collège et lycée Sainte-Thérèse (St.-Theresien-Gymnasium), en Allemagne près de Cologne/Bonn.
Ma sœur, comment pourriez-vous décrire la particularité de votre lycée ?
Sœur Michaela : Le St.-Theresien-Gymnasium avec internat est une école catholique qui offre un environnement protégé, propice à la naissance d’amitiés vraies et fortes et à un sain développement personnel. Chaque élève bénéficie d’un soutien individuel. L’école et l’internat travaillent main dans la main afin de développer de nombreux talents. Nous transmettons aux jeunes filles non seulement le plaisir d’apprendre, mais aussi la persévérance et la ténacité. Elles sont aussi vivement encouragées à découvrir et développer leurs propres talents.
Est-ce qu'il y a la possibilité d´avoir autres formations, outre les leçons ordinaires ?
Sœur Michaela : A côté des cours obligatoires, nous tenons à ce que les enfants profitent de loisirs convenables et d’activités de groupes. Les offres de loisirs sont nombreuses : cours instrumental, cours de chant, théâtre, activités sportives, rassemblement autour d’un feu de camp, pour des soirées communes, préparations des fêtes, etc.

La fréquentation de la messe, la possibilité de bénéficier d’une assistance spirituelle, la prière en groupe avant les cours et l’instruction religieuse préparent l’esprit et l’âme des jeunes élèves à vivre selon les principes chrétiens. La capacité de faire la différence entre le bien et le mal est un acquis pour la vie, que leur offre l’école.
Quelle importance a pour vous l'amour de la musique et de l'art ?
Sœur Michaela : La musique et l’art sont des activités qui touchent avant tout la sensibilité. Elles influencent l’homme tout entier : l’esprit, les sentiments et les impressions. Elles peuvent élever l’âme, la combler et l’animer vers de hautes aspirations spirituelles. C’est pour cela que la musique et l’art ont une place très importante au St. Theresien-Gymnasium. Les élèves peuvent développer le sens pour le beau, qui est l’expression du vrai et du bien, et éveiller leur sensibilité.
En quelle manière les jeunes filles sont-elles guidées au sens de la responsabilité ?
Sœur Michaela : Dans notre monde qui change rapidement, nous voulons donner aux enfants et aux jeunes filles les moyens nécessaires pour faire face aux défis des temps modernes.

L’instruction ne comprend pas seulement l’enseignement ; il nous faut aussi apprendre aux enfants à penser et à juger par eux-mêmes. Nous voulons poser les bases pour un vrai façonnement du caractère. Ainsi, les élèves pourront devenir de compétentes jeunes femmes pleines de joie de vivre et de confiance en Dieu. L’atmosphère idéale de notre école se mesure aussi aux bons résultats scolaires. Les moyennes au baccalauréat dépassent régulièrement la moyenne générale des autres établissements de la région.

[Riposte Catholique] Ordination diaconale dans le diocèse de Toulon

SOURCE - Riposte Catholique - 23 mai 2018

Le mardi 22 mai 2018, un diacre a été ordonné selon le rit traditionnel par Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon. Le superieur de l’Institut du Bon Pasteur (IBP), l’abbé Philippe Laguérie, participait à cette cérémonie d’ordination en tant que diacre d’honneur.

En outre, Mgr Arrigo Miglio, archevêque et primat de Sardaigne, a rendu visite au siège de l’IBP à Rome.

[Bernard Antony - Le Salon Beige] Intervention au pèlerinage de Chrétienté

SOURCE - Bernard Antony - Le Salon Beige - Pèlerinage de Chartres

Jean de Tauriers, président de Notre-Dame de Chrétienté, avait convié à l’étape du soir du dimanche de Pentecôte pour un partage de souvenirs autour d’un verre, les fondateurs du pèlerinage et les actuels dirigeants. Il avait prévu le passage du cardinal Sarah, qui vint en effet saluer et bénir cette réunion, et il avait demandé à Bernard Antony, président du Centre Henri et André Charlier et de Chrétienté-Solidarité, d’évoquer les origines de la création de ce pèlerinage et notamment le rôle de Dom Gérard, sur lequel vient d’être publiée l’importante biographie d’Yves Chiron, éditée par les moines du Barroux (Ed. Sainte-Madeleine). 
Bernard Antony avait donc préparé par précaution un texte dont on trouvera l’essentiel ci-après. Cependant, compte-tenu de ce qu’il s’agissait en fait de pratiquer l’exercice  de parler debout, dehors, avec les bruits de l’immense camp et tenant le micro d’un mégaphone, privé ainsi de la facilité de lire commodément, il préféra renoncer à la lecture et se passer de son texte au risque de ne pas aussi bien dire que lire. Nous publions ci-après le texte rédigé qui est, sans déformation sur le fond, ce qu’il a exprimé.
Cher Jean de Tauriers, chers pères, cher amis,

D’abord toute ma gratitude et mon admiration pour vous Jean de Tauriers qui, superbement entouré, avez, une fois encore, mené à Notre-Dame de Chartres, ce pèlerinage magnifique de foi et de jeunesse, le 36e. Vous m’avez demandé d’évoquer à mon gré, en quelques minutes, hors de tout formalisme académique, la grande figure de Dom Gérard sans omettre son rôle dans la genèse et le développement de ce pèlerinage.

Le Centre Henri et André Charlier fut en effet créé dès les années 1979-1980 avec ses premières universités d’été, non loin de chez moi, à Fanjeaux, chez les Dominicaines de l’école du Cammazou et ce grâce au soutien de leur supérieure générale, mère Anne-Marie Simoulin, qui, jusqu’à son rappel à Dieu, me témoigna une constante amitié, par-delà les déchirures qui affectèrent la mouvance  du catholicisme traditionnel.

Dès sa création, le Centre Charlier avait été placé sous le triple parrainage de trois hommes marqués par la rencontre, la formation et la transmission spirituelle et culturelle de leurs maîtres, André et Henri Charlier : Albert Gérard, l’artiste, Jean Madiran, le penseur contre-révolutionnaire, Dom Gérard, le moine.

C’est ainsi que nous n’organisâmes pas seulement alors nos universités d’été à Fanjeaux mais aussi, en 1980, une session au Mesnil Saint-Loup, cette paroisse hors du commun, marquée au XIXe siècle par l’apostolat du Père Emmanuel. Henri Charlier, en son temps, y rétablit la continuité de l’office grégorien. Il se consacra, tout près de l’église, à son œuvre de sculpteur, de dessinateur et de peintre.

Je suis heureux de retrouver d’abord ce soir Max Champoiseau et Rémi Fontaine qui furent les premiers à me suggérer l’idée que le Centre Charlier pourrait organiser un pèlerinage de Chartres sur le modèle de celui de Czestochowa que nous admirions tant. Czestochowa, cette immense marche de foi et de ferveur patriotique mais aussi de combat du peuple polonais pour sa liberté et son identité s’efforçant de desserrer toujours plus le carcan de l’État communiste totalitaire après les années des exterminations génocidaires du nazisme et du communisme soviétique. Le pèlerinage de Czestochowa était très cher au cœur de Dom Gérard et nous nous souvenons avec émotion, comme si c’était hier, de son sermon en la cathédrale de Chartres, le lundi de Pentecôte 1985, qu’il concluait ainsi : « L’an prochain, c’est à toute la chrétienté que nous donnons rendez-vous aux pieds de Notre-Dame de Chartres, qui sera désormais notre Czestochowa nationale. Que le Saint-Esprit vous illumine, que la Très Sainte Vierge vous garde et que l’armée des anges vous protège. Ainsi soit-il ! » Sermon dont vous pouvez retrouver l’intégralité dans le numéro spécial de Reconquête d’avril-mai 2008 avec les textes d’amis très chers, laïques ou religieux, et le travail de présentation et d’illustration réalisé avec tout son talent d’artiste par Jacques Le Morvan.

Dès les premières années du Centre Charlier, je ne sais plus trop quand, avec l’abbé Pozzetto, son premier aumônier, et donc aumônier du pèlerinage, et nombre de militants, nous avions eu à cœur d’organiser en Pologne avec Jean-Michel Rudent, un séjour de Chrétienté-Solidarité, rencontrant notamment Lech Walesa et les grandes figures de la résistance de Solidarnosc. C’est de même dans cet esprit de résistance chrétienne que nous avions voulu, dès sa conception, construire le pèlerinage comme avant tout celui de militants agissant pour la défense de la patrie et des valeurs de la chrétienté, voulant placer leur action politique et sociale sous l’éclairage de l’Évangile.

Je me dois maintenant ici, pour répondre avec gratitude à la demande de Jean de Tauriers, d’évoquer un peu plus la figure de Dom Gérard sans, rassurez-vous, suivre tout le long cheminement de sa vie selon l’immense travail de la biographie réalisée par Yves Chiron.

Et d’abord, une première remarque, il en fut selon moi de la vie de Dom Gérard comme de celles de grands saints, tel saint Bernard que j’admire tant.

Le récit de leur vie, si remplie d’une multitude d’actes de charité et de combats pour la chrétienté pourrait donner l’impression d’un certain activisme en dissonance avec un pur idéal de vie contemplative. Ce serait une grande erreur, ce serait faire preuve d’une grande méconnaissance de ce que fut leur vie de prière continuelle.

Je puis témoigner de ce que Dom Gérard, tel qu’il me fut donné de le connaître en plusieurs circonstances au long de quarante-sept années, était d’abord, lui aussi, presque toujours un homme, même hors de son monastère, à l’évidence abîmé, des heures durant, dans la prière. Ainsi en était-il dans l’avion mis à disposition par Pierre Fabre au service de notre mission caritative au Liban via Chypre. Car l’aéroport de Beyrouth était alors fermé et c’est à Chypre qu’il nous fallait prendre le bateau assurant la liaison avec le Liban. Au petit matin, après sans doute un très court sommeil, le visage de Dom Gérard s’éclaira d’émerveillement au spectacle de toutes les croix et de la Vierge d’Harissa surplombant la baie de Jounieh.

Je l’avais rencontré pour la première fois il y a déjà longtemps, en 1961, à 24 ans, en son monastère de Tournay, près de ma ville de Tarbes où j’étais lycéen, dans des circonstances que j’ai évoquées par ailleurs. Il m’avait parlé lumineusement avec une infinie douceur, du Christ et de la Vierge Marie, comme nul autre. Il m’interrogea aussi avec une gaité roborative, pour me remonter le moral, m’encourageant à continuer dans les voies de mon jeune militantisme pour la patrie alors si déchirée, meurtrie par la tragédie de tant des siens livrés au pire.

Ce n’est que plus tard, après l’avoir providentiellement retrouvé grâce à notre maître et ami si cher, Gustave Thibon et à son ami Gilbert Tournier, dans son prieuré de Bédouin, que je pus toujours plus saisir combien le mystique Dom Gérard, tel François d’Assise, était aussi un merveilleux poète du Bon Dieu, imprégné d’une immense culture développée sur le socle transmis par les Charlier. Dom Gérard était ému presque aux larmes quand il récitait de beaux bouquets de la poésie de son cher Charles Péguy qui fit seul ce pèlerinage à la sortie de sa vie de militant socialiste, l’éclairant désormais de sa mystique poétique pour toutes les générations de pèlerins.

Dom Gérard voulut avec raison que l’imprimerie du monastère réédite l’Ève de Charles Péguy, un des joyaux de son art.

Comme saint Bernard, comme sainte Catherine de Sienne, Dom Gérard fut certes, à sa place, à son créneau, un batailleur de la défense de la foi et de la chrétienté. Je crains quelquefois que certains ne sachent pas ou aient oublié ce qu’il en était dans l’Église de France dont, selon l’expression même du cardinal Decourtray à la fin de sa vie, « des secteurs entiers avaient alors collaboré avec le communisme ». Et il faudrait rappeler la fascination pour le freudisme et autres courants idéologiques convergents dans « l’autodestruction de l’Église » selon l’expression même de Paul VI. Et ce sans réaction, voire avec la collaboration, de vastes pans de la hiérarchie.

Dom Gérard fit tout, longtemps très seul, pour que soit conservée la fidélité à la règle de saint Benoît, à la liturgie traditionnelle. Il serait inconvenant de juger de ses actes, quarante, cinquante ou soixante ans après en invoquant les douceurs de la soumission alors que la résistance à « l’autodestruction de l’Église » était en effet une nécessité vitale. Et s’il n’y avait pas eu Dom Gérard, il n’y aurait pas eu de monastère du Barroux, ni ses deux filiales, ni toute l’étendue d’une résurrection qui ne fut jamais un repli passéiste.

Certains, bien intentionnés certes, ont cru bon d’insister un peu trop, je crois, sur le fait que Dom Gérard eut ses défauts, ses insuffisances. Selon leur conception, il est vrai de l’impeccabilité comportementale ! Ah les bons juges ! Eux, à la place de Dom Gérard, ils n’auraient bien sûr agi que dans la perfection de l’obéissance selon leur sûre doctrine.

Comme si saint Pierre et saint Paul eux-mêmes n’avaient pas eu aussi leurs défauts. Et Dom Gérard ne fut ni saint Pierre ni saint Paul mais il m’arrive de penser que ses défauts avaient sans doute été aussi des qualités bien nécessaires en leur temps. Chesterton a magnifiquement développé ce raisonnement dans sa biographie de François d’Assise.

Quelques points encore :

Dom Gérard voulut donc ce pèlerinage. Sans son assentiment le Centre Charlier ne se serait sans doute pas lancé dans cette aventure. Pleins de gratitude pour son affection pour le pèlerinage de Czestochowa, depuis des années, nombre de pèlerins polonais ont partagé avec vous les routes de Chartres. De même pour tant de Libanais auxquels, dans notre voyage de 1985, Dom Gérard avait, comme nul autre, su parler de tout ce qui depuis saint Louis unit le royaume de France et le peuple chrétien du Liban. Ce n’est pas sans émotion qu’au monastère de Saint-Antoine dans la vallée sainte, la Qadisha, nous avons souvent contemplé la belle crosse incrustée d’ivoire offerte par le saint roi au patriarche des Maronites. Dom Gérard aimait rappeler qu’à l’Émir de ce peuple, saint Louis, reconnaissant pour le formidable soutien de ses guerriers, avait juré que, désormais, tout maronite se rendant en France y serait traité avec tous les droits d’un sujet du roi de France.

À Beyrouth, dans le silence de la ligne verte, la nuit, dans les tranchées du quartier de Sodecco où nous parvenaient des chuchotements de ceux d’en face, il demeurait comme happé dans sa prière avant de s’en extraire pour murmurer les mots qu’il fallait pour les jeunes combattants qui tenaient les lieux et les bénir. Certains de ceux-là, je l’ai encore vérifié là-bas, il y a trois semaines, n’ont jamais oublié. Parmi eux était une lumineuse jeune fille, Katia Boustany, brillante juriste, auteur d’une thèse sur la charia et la notion occidentale des droits de l’homme. Mais c’était la conversion des cœurs des combattants chrétiens qu’elle jugeait prioritaire. Elle trouva en Dom Gérard le religieux qui pouvait le mieux la comprendre et l’assister pour cela dans sa prière. Elle vint plus tard le voir au Barroux. Et puis elle entra au Liban dans son chemin de rappel à Dieu par une longue maladie.

Dom Gérard, je l’appris, ne cessa de prier pour elle et de la soutenir, répondant à ses lettres qui, me confia-t-il un jour, étaient bouleversantes de courage et de confiance en Dieu.

Il avait ainsi le don, ses proches le savaient, au prix très lourd du manque de sommeil qu’il s’imposait sans cesse et qui ruina sa santé, de maintenir des liens avec beaucoup de ceux que la Providence avait mis sur son chemin pour qu’il les maintienne sans cesse dans l’Espérance.

J’ai la conviction qu’il nous dirait toujours aujourd’hui, face aux nouvelles dialectiques de mort de notre temps, face aux périls toujours recommencés, face aux menaces d’engloutissement de ce qui reste de notre civilisation chrétienne, de ne les considérer ni comme inévitables ni comme irrémédiables.

Au nom de tous les vieux amis fondateurs de ce pèlerinage qui sont encore là ce soir, cher Jean de Tauriers, merci de m’avoir permis de livrer ce témoignage de piété filiale envers Dom Gérard. Et permettez-moi donc en conclusion de saluer ceux qui, présents ici ce soir, ont tant œuvré pour cette réalisation : Max Champoiseau et Rémi Fontaine, Jacques, Pierre et Paul Le Morvan, Pierre Soleil, Jacques Arnould et tous ceux de son Chœur Montjoie, et encore Hélène Sabatier, Isabelle Bédry, Catherine Renout. Je veux exprimer en leur nom toute la gratitude que nous vous portons, pour nous avoir offert ce verre de l’amitié avec votre équipe, vous qui, sous l’égide de Notre-Dame de Chrétienté, continuez et amplifiez avec eux l’initiative du Centre Henri et André Charlier.

[Jean-Pierre Maugendre - L'Homme Nouveau] Communautés religieuses : Les bégaiements de l’histoire! (tribune libre)

SOURCE - Jean-Pierre Maugendre, président de Renaissance Catholique - L'Homme Nouveau (tribune libre) - 16 mai 2018

Dans une tribune parue dans L’Homme Nouveau n° 1661 du 14 avril dernier, un diocésain de Laval faisait part de son inquiétude face à la persécution dont est victime la congrégation des Petites Sœurs de Marie Mère du Rédempteur. Jean-Pierre Maugendre Président de Renaissance catholique, a souhaité réagir en rappelant le parallèle avec l’histoire récente des dominicaines du Saint-Nom de Jésus.

En date du 21 septembre 2017, la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique a décidé de suspendre le gouvernement général des Petites Sœurs de Marie Mère du Rédempteur. La mère générale et la maîtresse des novices sont déplacées. Que reprochent les instances romaines à cette communauté de 37 religieuses, fondée en 1963 par sœur Marie de la Croix, dont le charisme propre est d’être à la fois centrée sur l’imitation de la Mère de Dieu (adoration, réparation, etc.) et attentive à la souffrance des plus démunis, en particulier les personnes âgées ? Cette communauté, dont le siège est à Laval, dirige quatre maisons : deux en Mayenne, deux dans la région toulousaine et plusieurs maisons de retraite (EHPAD). 

Dans une lettre collective datée du 3 avril 2018 les sœurs identifient deux causes de leurs difficultés. Tout d’abord un conflit avec l’ordinaire du lieu, évêque de Laval, Mgr Scherrer à propos de la gestion de deux EHPAD en Mayenne. Mgr Scher­rer exige une scission entre deux établissements, gérés par les sœurs, après une fusion très onéreuse qui s’est mal passée. Il n’est un secret pour personne que le diocèse de Laval, comme un grand nombre de diocèses en France, est financièrement aux abois, ne survivant que par la vente régulière de ses actifs : maisons religieuses, presbytères, etc. La situation est encore aggravée par la construction récente d’une fort dispendieuse Maison diocésaine. Cette scission permettrait sans doute au diocèse de récupérer un des deux établissements. Initiée par Mgr Scherrer, une visite canonique a eu lieu en novembre 2016. Les conclusions de la visite ont été communiquées aux sœurs en juin 2017. Manifestement il n’y avait pas urgence… Les sœurs dénoncent : « Ce rapport de visite tient plus du pré-jugement à charge que d’une énonciation objective de la situation… l’imprécision du document est d’ailleurs des plus éloquentes ». En fait, concluent les sœurs : « Notre style de vie est trop classique pour plaire, à l’heure où nombreux sont ceux qui sacrifient leur idéal et l’idéal religieux à l’esprit du monde ». Une commissaire apostolique, Sœur Geneviève Médevielle, issue de la communauté des Sœurs Auxiliatrices des Âmes du Purgatoire, est nommée en lieu et place de la supérieure générale Mère Marie de Saint-Michel. Les sœurs dénoncent l’absence de « connaissance du charisme spécifique de notre fondatrice » de la commissaire et logiquement « toute la congrégation refuse ces mesures ».
Un parallèle possible?
Ces mésaventures ne sont pas sans rappeler celles vécues par une autre communauté de religieuses, il y a un demi-siècle : les dominicaines du Saint-Nom de Jésus. Fondée en 1801 par l’abbé Vincent, prêtre du diocèse de Toulouse, cette congrégation, affiliée à l’ordre dominicain en 1885, est une communauté ensei­gnante qui comptait en 1950 deux cents sœurs et quatorze écoles de Bordeaux à Grasse. En 1953, les constitutions sont modifiées dans le sens d’une plus grande pauvreté et simplicité mais aussi d’une plus grande disponibilité auprès des enfants. La supé­rieure générale, mère Hélène Jamet, assistée d’un dominicain, le Père Calmel, est l’âme de cette réforme. 

En 1961, l’élection d’une nouvelle supérieure générale a lieu selon un processus un peu étonnant. En effet, alors que tout le monde s’attendait à ce que mère Marie-Angélique, supérieure sortante, fût réélue, le jour du vote, le délégué du Saint-Siège, Mgr Garrone, archevêque de Toulouse, annonça qu’il allait recueillir les bulletins, avant même que quiconque en ait pris connaissance, afin de les envoyer à Rome et de soumettre l’élection au Saint-Siège. Le 11 juillet, il communiquait que la nouvelle supérieure de la congrégation devenait mère Marie-Rose Tassy. C’est à elle que revint la mission de procéder à l’aggiornamento de la congrégation en application du décret conciliaire sur la vie religieuse Perfectæ Caritatis (28 octobre 1965). Une forte résistance à ces réformes se manifesta, cependant, dans la congrégation, ce dont témoignent les rapports préparatoires au chapitre de 1967 traitant du port de l’habit, de l’utilisation des téléviseurs, etc. Le chapitre de 1967 devait être celui de l’aggiornamento. Ce fut celui de l’élection de mère Anne-Marie Simoulin comme mère générale. Les grands axes de son généralat furent le refus de la carte scolaire, le maintien du catéchisme romain et la fidélité à la messe traditionnelle. Cependant la communauté était divisée. Un visiteur apostolique fut nommé, en 1972, qui souhaita « démocratiser » la direction de la congrégation. En 1973, mère Anne-Marie Simoulin autorisa le regroupement à Brignoles, dans le Var, de vingt-six sœurs qui, sentant l’impossibilité de retrouver l’unité perdue et craignant pour leur fidélité aux Constitutions, souhaitaient vivre paisiblement leurs observances traditionnelles. Elles furent rejointes par le Père Calmel.

En janvier 1974, la Sacrée Congrégation des religieux, en lien avec l’épiscopat français, nomma le Père Decabooter conseiller religieux et visiteur apostolique. Une de ses premières décisions fut de déposer mère Anne-Marie Simoulin et de nommer mère Marie-Rose Tassy administratrice ad nutum (de manière arbitraire). 

En juillet 1975, mère Anne-Marie Simoulin s’installa à Fanjeaux avec vingt religieuses. Très rapidement les sœurs des communautés religieuses de Brignoles et de Fanjeaux furent relevées de leurs vœux [1]. À ce jour la situation est bien résumée par les chiffres de l’encadré ci-contre et se passe de commentaires.

Concernant l’histoire récente, et passionnante, de la congrégation du Saint-Nom de Jésus l’ouvrage indispensable est celui de mère Alice-Marie : Rupture ou Fidélité [2]. Ce n’est malheureusement pas la première fois, dans l’histoire récente de l’Église, que des communautés religieuses se voient dans l’obligation, afin de rester fidèles à leur vocation propre et à leur charisme originel, de résister aux volontés « d’aggiornamento » des instances romaines et de certains membres de l’épiscopat français. Sans doute une leçon à méditer pour les Petites Sœurs de Marie Mère du Rédempteur.
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1. Aujourd’hui proche de la Fraternité Saint-Pie X.
2. Mère Alice-Marie, Rupture ou Fidélité, Clovis, 384 p., 24 e.

28 mai 2018

[Abbé Michel Simoulin, fsspx - Le Seignadou] Lettre à Dom Gérard

SOURCE - Abbé Michel Simoulin, fsspx - Le Seignadou - juin 2018

Mon cher Père,
 
Je viens d’achever la lecture de votre biographie commandée par vos fils. Je suis déçu.
 
Je vous ai beaucoup aimé et je crois que vous m’aimiez un peu.
 
Je me souviens encore de votre visite à Fréjus au lieutenant que j’étais pour me confier votre frère Jehan appelé sous les drapeaux. Vos prières ont eu raison de la République, et il vous fut rendu peu après : réformé ! C’était dans les années 1971-72.
 
Vous étiez présent à Fanjeaux lors de mon ordination au diaconat le 4 août 1980, durant la première université d’été. Plus tard, je vous ai rendu visite à Bedoin, puis au Barroux au moins chaque année. J’aimais vous y retrouver, et retrouver des amis. Je pense surtout à ces belles âmes de la Sainte-Espérance : Albert, Clotilde… Vous avez tenté de calmer la querelle de 1982 avec Jean Madiran, et vous êtes venu nous visiter à l’Institut Saint-Pie X. J’ai rencontré chez vous le grand Hélie de Saint-Marc. J’ai même eu la joie de prêcher une retraite aux sœurs à Uzès, et je garde bien fidèlement les Entretiens sur la vie intérieure de dom Romain Banquet que vous m’aviez offert et dédicacé « à notre cher abbé Simoulin » à Noël 1987. C’était la grande époque et Mgr Lefebvre aimait chanter la fidélité des « deux hommes » du midi : Dom Gérard et Mère Anne-Marie.
   
Il y eut ensuite l’an 1988… et la débandade ! Je conviens que je n’ai pas été très tendre avec vous ! J’étais tellement déçu !
 
Nous nous sommes encore entrevus à Ecône le 1 er avril 1991. Là encore, je n’ai pas été très accueillant, je le reconnais et vous en demande pardon. Je ne vous avais pas encore pardonné.
   
En septembre 2007, je crois, vous avez eu la bonté de vous arrêter au Cammazou de retour de Sainte-Marie de la Garde, accompagné par le cher père François de Sales. Ce fut notre dernier entretien. Vous étiez devenu "sage" de la sagesse des anciens, paisible et moins critique envers Monseigneur et la Fraternité… nous nous sommes retrouvés amis comme autrefois, réconciliés et d’accord sur beaucoup de choses qui resteront notre secret et qui en étonneraient beaucoup ! Je revois encore votre sourire entendu. C’est cette image que je veux conserver de vous !
 
Je savais bien que vous disiez que, sur la fin, Mgr Lefebvre n’avait plus toute sa lucidité d’antan. Mais je ne savais pas ce que m’apprend votre biographie. Si je l’avais su, je crois que je vous aurais un peu bousculé ! Vous auriez donc dit et même écrit dans votre testament « pour le monastère », et ceci date de 1994 : « Aimez l’Église, sa liturgie, son Magistère, le Souverain Pontife. Ayez le sentire cum Ecclesia. C’est l’amour de l’Église qui nous a sauvés du schisme. Mgr Lefebvre avait tout d’un grand homme d’Église. Ce qui lui a manqué, c’est le sensus Ecclesiae, cet instinct surnaturel qui fait sentir ce qui est conforme à la pensée de l’Église. Il a progressivement perdu ce sensus Ecclesiae par crainte d’affaiblir sa résistance. » (p 566)
 
Cher dom Gérard, si vous n’étiez pas dans votre éternité, je vous en servirais des vertes et des pas mûres ! Mais qu’appelez-vous donc le « sens de l’Église » pour oser une telle affirmation ? Le grand dom Guéranger, que vous n’allez pas contester, parlait de « l’Église ou la société de la louange divine ». Je ne vais pas m’attarder sur les belles considérations de Bossuet qui l’avait précédé en ce domaine sur « l’Église, c’est Jésus-Christ répandu et communiqué… l’Église est l’Épouse, l’Église est le corps… le nom d’épouse distingue pour réunir ; le nom de corps unit sans confondre et découvre au contraire la diversité des ministères : unité dans la pluralité, image de la Trinité, c’est l’Église », mais j’observe quand même que la première louange qui monte de l’Église vers la Trinité Sainte, est celle de Jésus-Christ. L’Église épouse entre dans cette louange et la fait sienne, mais la louange essentielle est celle de Jésus-Christ sur la Croix, sur l’autel du sacrifice autour duquel se réalise la louange de l’épouse dans l’office divin. La louange monastique s’insère ainsi dans la louange de l’Église sacerdotale. Sans la Messe, pas de louange de Jésus-Christ, pas de louange de l’Épouse, pas de louange liturgique ou monastique. Tout cela vous le saviez bien mieux que moi pourtant ! Il ne s’agit pas de séparer mais de distinguer ce qui revient au prêtre et ce qui revient au moine (prêtre ou non). Le mystère et le sens de l’Église requièrent d’unir sans confondre, mais de distinguer sans séparer. C’est ce que vous avez fait pendant des années avec Mgr Lefebvre : il donnait des prêtres à l’Église et les prêtres qu’il vous donnait donnaient une voix à la louange de l’Épouse.
 
Qui avait alors le « sens de l’Église » ? Lui autant que vous, lui et vous ensemble, chacun à son poste mais ensemble. L’évêque n’avait peut-être pas le même  sens de l’Église que le moine, cela se comprend aisément : la mission de l’évêque était de sauver la tradition sacerdotale, la mission du moine était de sauver la tradition monastique, l’un et l’autre pour l’Église. Et ne me dites pas que Monseigneur n’était pas romain ! Il l’était avec toutes les fibres de son âme. Rome lui était plus chère qu’Ecône et il brûlait d’aller se jeter aux pieds du Saint-Père, mais… sans concélébration ! L’acte de 1988 ne fut pas un acte de résistance mais un acte de fidélité, conforme au rôle de l’évêque : transmettre le sacerdoce et donc l’épiscopat tel qu’il l’avait reçu. Il n’avait nullement le but de sauver son œuvre, mais de servir Rome et l’Église. C’est la même fidélité qui avait naguère inspiré votre « non possumus ».
 
Vous ne l’avez plus suivi, et vous l’avez même désavoué ! Rome vous a récompensé, et ce fut "votre" victoire : sauver la tradition monastique avec les bénédictions de l’Église ! C’était une belle récompense mais vous n’aviez pas le droit de dire ce que vous avez dit et écrit, et que vos fils se plaisent à répandre en parlant de « schisme » et d’« acte schismatique » ! Il y a en cela une profonde injustice qui demanderait réparation.
 
Mais cette biographie m’a rappelé ce que je savais bien : votre combat principal n’était pas celui de la messe traditionnelle. Vous la réclamiez car elle avait la place d’honneur dans votre combat, mais non l’exclusivité. En effet, dès 1971, nous dit-on, vous acceptiez de concélébrer dans le rite nouveau, ce qu’a toujours refusé Monseigneur, malgré les alléchantes promesses qui lui étaient faites ! Deux fois au moins, et l’auteur insiste sur le fait, il mentionne ce que j’ignorais. Lisons : « La prochaine étape du voyage était Tournay. […] Au retour, la Chronique de Bedoin notera avec un peu d'amertume au vendredi 12 mai 1971 : « Matinée mémorable : Frère Dominique a été obligé de se mettre en civil pour franchir le seuil du monastère. Messe concélébrée. Nous repartons avant le déjeuner (en mangeant à 11 h 15), atmosphère lourde. Conversation avec Dom Marie et le Père Abbé : celui-ci invite Frère Dominique à remettre son habit au-delà du pont. Il nous bénit et nous repartons. Sa bonté et sa délicatesse atténuent l'impression pénible causée par la communauté. »
   
On notera la mention d'une « messe concélébrée ». On trouve la même mention dans les quelques lignes consacrées précédemment à la visite à EnCalcat. Au regard de l'histoire de Dom Gérard, ces mentions ne sont pas anecdotiques. Elles indiquent qu'à cette date, si Dom Gérard est fortement attaché, bien sûr, à la liturgie traditionnelle et la célèbre quotidiennement, il ne croit pas trahir la foi en célébrant selon le nouveau rite (entré en vigueur en France depuis un an), en français et en pratiquant une concélébration. Il le fait, ici, à quelques jours d'intervalle, par nécessité et en signe de communion avec ses Frères d'En-Calcat et de Tournay. Il raisonnera de la même manière en 1995 et ensuite, lorsqu'il sera amené à concélébrer, en quelques rares circonstances particulières, avec des autorités ecclésiastiques ou monastiques. Ce qui lui sera reproché par certains. (p. 264) […] À cette époque, même s'il célébrait ordinairement selon le rite traditionnel, il n'exprimait pas un refus intégral de la nouvelle messe. Il lui arrivait de la célébrer avec des hôtes de passage. Ainsi lorsque le Père Abbé d'En-Calcat fut de passage à Bedoin le 26 mai 1971 : « Nous concélébrons superbement une messe totalement en latin et grégorien », dit la Chronique. Ou lorsque le Père Abbé de Tournay vint passer quelques jours dans la communauté en octobre suivant. » (p. 273)  
   
Je ne reviens pas sur les remous autour de votre concélébration de 1995 avec Jean-Paul II, et les suivantes, ni sur votre déclaration de 1998 sur la nouvelle messe « valide et orthodoxe ». Sans doute, le Motu Proprio de 2007 fut pour vous une grande joie. Mais croyez-vous qu’il eût été possible sans l’incessante et forte action de Monseigneur pour maintenir dans l’Église et pour l’Église le sacerdoce et la sainte Messe ? Je ne veux pas réécrire l’histoire mais, seul et sans l’action de Monseigneur, l’auriez-vous obtenu ? J’en doute.
 
Je veux ignorer la complaisante accumulation de remarques désobligeantes sur Mgr Lefebvre. Cela n’est pas votre faute mais cela n’ajoute vraiment rien aux propos de l’ouvrage. Je ne relèverai que la première d’entre elles, p. 308 : « dès ce moment il (l’abbé Houghton) avait eu le sentiment que Mgr Lefebvre "avait parfaitement l’intention de fonder une Église parallèle" ». Vous vous souvenez de ce bon et sympathique abbé, dont la pensée et le parler étaient aussi originaux que ses comportements ! Pour ma part, j’aurais choisi un autre témoin ! D’autant que si ce propos avait été vraiment tenu en 1974, il faudrait le prendre comme une prophétie : Mgr Lefebvre n’avait encore fait l’objet d’aucune sanction ! Alors, pourquoi rapporter ici cet étrange propos ?
 
Pardonnez-moi ces réflexions, mon Père, mais ce livre, finalement, me laisse un goût amer, mêlé d’émotion et de tristesse, car j’ai eu parfois du mal à vous y retrouver, et à retrouver de même Mgr Lefebvre ! J’y ai trop souvent retrouvé l’esprit de vos fils, non le vôtre. Je crois que vous n’auriez pas permis qu’il soit écrit de cette façon.
   
Je voudrais tant que tout cela ne soit pas vrai, que vous n’ayez pas dit, écrit ou fait ce que je viens d’évoquer, ce qui permet à vos fils de se pavaner en détenteurs exclusifs du « sensus Ecclesiae », eux qui, sans Monseigneur Lefebvre, ne seraient rien de plus que des brebis perdues sans pasteur, sans père abbé et sans jeunes prêtres ! Je ne peux croire à la vérité de ce propos que l’on vous prête : « si j’étais prêtre diocésain, je serais bi-ritualiste ! » (p. 406). Non, mon Père, un autre de vos fils mais pas vous ! Ou bien, vous n’aviez plus toute votre tête (c’était à la fin de votre vie, dit-on), ou bien c’était une boutade, mais cela est tellement contradictoire avec tout ce que vous avez aimé. Vous savez aussi bien que moi, mieux même peut-être à présent, que ce n’est pas avec la nouvelle messe que nous pourrons refaire une chrétienté ! La Liturgie n’était-elle plus pour vous cette « colonne de lumière », que doit suivre l’homme pour « accueillir et intégrer dans sa marche vers Dieu la beauté éparse de la création » ? C’est bien vous qui écriviez à l’intention de vos frères bénédictins : « Les Bénédictins sur les traces de leur Père sauront-ils rester fidèles à leur vocation de briseurs d’idoles ? […] Acceptez, bien que modestes terriens, d’être les serviteurs d’une liturgie qui annonce le ciel et, sans vous en rendre compte, vous ferez sauter l’énorme carapace des prétentions et des idéologies dont souffre le monde moderne. » (Itinéraires n° 246, 1980)
   
Vous résumiez si bien cela en disant à cet enfant avant de partir pour votre dernier voyage: « la tradition, c’est la jeunesse de Dieu » (p. 644), et vous auriez accepté de célébrer aussi la « vieillesse de l’homme » ? Non, je ne peux pas le croire. Que vous ayez concélébré parfois par "nécessité", je vous le pardonne volontiers, mais que vous fassiez deux parts dans le peuple chrétien : la splendeur pour les moines et la vulgarité pour la piétaille ! Non, vous n’avez pu penser cela ! Et, si je peux me permettre une requête, la même que j’adresse à Mgr Lefebvre : veillez sur vos fils ! Souvenez-vous : vous m’en avez donné l’assurance.
 
Je pourrais prolonger longtemps cette conversation à sens unique, mais – même si le temps ne compte plus pour vous – je ne veux pas lasser votre patience. Vous ne me répondrez pas, bien sûr, mais cela n’importe pas. Je voulais simplement vous ouvrir mon cœur. Je sais que vous me comprenez, et que vous m’invitez en souriant à cette douce patience que vous possédez enfin dans sa plénitude. Je vous promets que je vais essayer mais ne me demandez pas de recommander la lecture de cet ouvrage ! Il n’est ni totalement vrai ni totalement juste… Pardonner ? oui. Approuver ? non !
 
Bénissez, bien cher Père, votre cher abbé Michel qui conserve de vous un si beau souvenir, plus vrai et plus beau que ce qu’en disent vos fils.
 
Abbé Michel Simoulin
Fanjeaux le 1er mai 2018
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N.B. ayant achevé ma lecture j’ai signalé quelques erreurs à M. Chiron.

1. p. 390 : le 4 août 1980, lors de l’université d’été, Mgr Lefebvre était venu pour me conférer l’ordre du diaconat. Ce n’était donc pas une visite un peu impromptue, comme vous l’écrivez.
 
2. p. 476, vous affirmez que j’étais présent à la réunion du Pointet le 30 mai 1988. Ceci est faux. Une telle erreur, en soi sans importance, peut introduire un doute sur d’autres affirmations de votre ouvrage, et c’est fort regrettable.
 
3. La troisième, qui n’est pas une erreur mais un oubli qui m’étonne : le décès de Monseigneur Lefebvre n’est pas mentionné. Cela n’ajoute rien au discours, mais aurait pu être au moins signalé, ainsi que la visite de Dom Gérard venu prier auprès de sa dépouille, ce qui est à mettre à son crédit. Le fait est certainement mentionné dans la chronique du monastère, mais je ne me souviens pas de la date exacte de cette visite.
 
Réponse de M. Chiron : 

Pour Fanjeaux et pour Le Pointet, je prends bien note de vos précisions-rectifications.
 
Pour le décès de Mgr Lefebvre, vous avez raison aussi. Mais ce n’est pas une censure de l'abbaye… C’est moi qui, dans l’évocation de ce printemps 91 avec beaucoup d’événements pour le monastère, ai fait l’impasse (involontairement).
 
Pour me faire pardonner, voici ce que dit la Chronique :
 
Lundi 25 mars : « Mgr Lefebvre est mort à trois heures du matin. Nous chantons pour lui le Subvenite avant Sexte et la messe conventuelle est célébrée à son intention. »
 
Lundi 1er avril : « Notre Père Abbé se rend à Ecône pour prier sur la dépouille mortelle de Mgr Lefebvre qui doit être inhumé le lendemain. Voyage sans histoire. L’abbé Simoulin a refusé les tentatives de contact avec notre Père Abbé. »

[Abbé Pivert] Comment la Fraternité Saint Pie X accepte le concile

SOURCE - Abbé Pivert - 13 mars 2018
Le pape François vient de dédier le lundi de Pentecôte à Marie mère de l’Église. La Fraternité Saint Pie X rapporte aussitôt l’information et en profite subtilement pour rapporter que Mgr Lefebvre s’était réjoui de la proclamation de Marie comme Mère de l’Église par le Concile. Comme quoi il y aurait de bonnes choses à accepter dans ce concile…!

Mais la Fraternité Saint Pie X se garde bien de préciser que Mgr Lefebvre écrit cela en 1965, c’est-à-dire avant que la malice du Concile ne se révèle définitivement par le voyage de Paul VI à l’ONU, la proclamation de la liberté religieuse, le schéma sur l’Église dans le monde moderne, la déclaration reconnaissant une valeur de salut aux religions non-chrétiennes et au judaïsme, le ralliement du cardinal Ottaviani et le démantèlement du Saint-Office, la clôture du concile avec la proclamation du culte de l’homme.

Mgr Lefebvre espérait que ces horreurs n’arriveraient pas, comme il espérait encore en 1987 que les modernistes ne chercheraient pas à tuer définitivement la Tradition en lui refusant des évêques.

Toutes les conférences de Mgr Lefebvre après le Concile vont dénoncer ces erreurs.

La Fraternité Saint Pie X cite avec enthousiasme les affirmations de Mgr Lefebvre selon lesquelles l’honneur rendu à la Très Sainte Vierge s’oppose nécessai­rement à toute proclamation d’œcuménisme ou de liberté religieuse.

Mgr Lefebvre espérait encore que les Pères conciliaires qui venaient de proclamer Marie Mère de l’Église ne pourraient pas se contredire en proclamant ensuite l’œcuménisme et la liberté religieuse. Mais il dut déchanter lors de la quatrième session qui fit la preuve de la duplicité du Concile. Cette duplicité en est la marque propre, comme elle est la marque de tous les révolutionnaires. Le Concile ne fut pas une trahison classique, il fut une subversion. Subversion des mots, pour permettre celle des idées, de l’Église, de la foi tout entière.

Toutes les conférences de Mgr Lefebvre après le concile vont dénoncer cette subversion. La Fraternité Saint Pie X n’est pas honnête en ne rapportant pas des paroles comme celles-ci :

« On n’a pas réussi à purifier le Concile de l’esprit moderniste qui l’avait pénétré, parce que ce sont ceux qui avaient cet esprit moder­niste qui ont été les rédacteurs de ce qui nous a été présenté. Or, quand tout un ensemble de documents est rédigé avec un esprit faux, avec un esprit moderniste, il est pratiquement impossible de l’expurger com­plè­te­ment. Il faudrait le recomposer complè­te­ment pour lui donner un esprit catholique. » (Conférence, Écône, 14 déc. 1978)

Ou encore ces écrits : « C’est donc un devoir strict pour tout prêtre voulant demeurer catholique de se séparer de cette Église conciliaire, tant qu’elle ne retrouvera pas la tradition du Magis­tère de l’Église et de la foi catholi­que. » (Itinéraire spirituel, La vie divine, p. 29) « Il [le Concile] est le plus grand désastre de ce siècle et de tous les siècles passés, depuis la fondation de l’Église. » (Ils L’ont découronné, Introduction)

S’ils avaient un peu de piété filiale, les supérieurs de la Fraternité Saint Pie X pourraient faire remarquer le miracle opéré par Marie Mère de l’Eglise, celui d’avoir suscité Mgr Lefebvre pour sauver la foi pervertie par le Concile.

Ma conclusion est que cet article de la Fraternité Saint Pie X, en apparence anodin, est la marque certaine que la Fraternité Saint Pie X veut non seulement se rallier, mais accepter le Concile. Oh, certes, elle l’acceptera en faisant la moue, en faisant des réserves comme Mgr Schneider, mais elle l’acceptera. Ses supérieurs l’ont même déjà accepté.

[Fide Catholica] In Memoriam. Abbé Jean Siegel, le dernier curé d’Alsace

SOURCE - Fide Catholica - 25 mars 2018

Nous avons appris ce soir avec beaucoup de tristesse le décès de l’abbé Jean Siegel, de la paroisse de Thal, dans le nord de l’Alsace, ce vendredi 23 mars 2018. Bien qu’indignes, nous avions eu le grand privilège d’assister depuis fin 2016 à sa messe, où venaient des gens depuis toute l’Alsace, la Lorraine, l’Allemagne voisine et même la Belgique. Dans le contexte de la résistance à la révolution moderniste de Vatican 2, l’abbé Siegel est un cas édifiant et assez unique dans le clergé alsacien, voire même français. Ordonné sous Pie XII, il refusait les enseignements hérétiques et la messe invalide de Paul VI, ce qui lui a valu plusieurs années de persécutions par l’évêque moderniste de Strasbourg, Mgr. Léon-Arthur Elchinger. L’abbé Siegel professait la doctrine catholique et en conséquence, constatait l’absence totale de validité et de légitimité de la hiérarchie et des « papes » de la secte novus ordo. L’offensive de la hiérarchie moderniste commença en Alsace après que plusieurs prêtres alsaciens fidèles à la foi catholique décidèrent d’occuper l’église Saint-Jean, sur les quais des halles. Cet acte de légitime protestation de la part de ces prêtres, parmi lesquels se trouvait l’abbé Siegel, se déroulait en septembre 1977, quelques mois après l’occupation du Saint-Nicolas du Chardonnay, occupation à laquelle avait pris part l’abbé Louis Coache. Plus isolés peut-être que les catholiques parisiens, les alsaciens « intégristes » (comme les médias dominants les appelaient alors) furent sans secours face à la politique zélée de Léon-arthur Elchinger, bien décidé à instaurer avec rigueur et cynisme la subversion moderniste dans le diocèse. Après les « tensions » des années 1976-1977, ce dernier, fervent promoteur des erreurs modernistes, avait vainement et illicitement tenté de faire expulser le brave curé Siegel de sa paroisse de Thal et de Berg, allant jusqu’à adresser une lettre aux paroissiens dans un vocabulaire remarquablement sournois :
Un groupe de traditionalistes — parmi lesquels M. l’abbé Jean Siegel, curé de Berg et Thal (Bas-Rhin), à qui Mgr Elchinger avait enjoint, le 8 juillet précédent, de cesser de célébrer la messe dite de saint Pie V — ont occupé, le dimanche 25 septembre, l’église Saint-Jean, à Strasbourg, et molesté Mgr Elchinger, évêque du diocèse. Le 6 octobre, Mgr Elchinger révoquait l’abbé Siegel (1). La veille, il avait adressé à ses paroissiens la lettre ci-après qui leur a été remise en main propre par deux prêtres désignés par lui (2): Vous savez que, depuis longtemps, votre curé actuel est en opposition avec le Pape Paul VI et avec moi. Avec patience et bonté, j’ai essayé à plusieurs reprises de le faire réfléchir pour qu’il ne persévère pas dans son attitude. Les événements du dimanche 25 septembre en l’église Saint-Jean de Strasbourg ont mis en évidence que votre curé ne reculait pas devant la rébellion ouverte contre son évêque Vous comprenez que dans ces conditions j’ai le désir et le devoir de m’adresser à vous. Car, étant de par la grâce de Dieu et la volonté du Saint-Siège apostolique votre évêque, je me sens aujourd’hui plus que jamais responsable de vous tous, de votre paroisse et du salut de vos âmes On vous a dit et répété que depuis le Concile du Vatican l’Eglise de Paul VI et de ses évêques changeait la religion et devenait infidèle sur des points importants de la doctrine catholique, que la nouvelle messe n’était pas la sainte messe sacrifice de toujours. Je tiens à vous affirmer qu’on vous trompe: nous célébrons aujourd’hui comme hier la même messe catholique, le même sacrifice du Christ Jésus; l’Eglise d’aujourd’hui, comme celle d’hier, est fidèle à la vérité de toujours, et c’est l’unique Eglise légitime. Mais dans cette affaire, il y a plus important et plus grave qui est en jeu: l’unité de notre Eglise. En refusant d’accueillir l’évêque le 25 septembre dernier, un groupe de catholiques a manifesté devant tout le pays qu’il ne reconnaissait plus l’évêque. Or, s’il y a un point important de la Tradition catholique de toujours, c’est bien le souci de ne pas se séparer du Pape et de l’évêque. Je vous aime trop, chers catholiques de Thal-Mackwiller, pour accepter que dans toute l’Alsace vous passiez comme faisant avec votre curé opposition au Pape et à l’évêque. Soyez d’ailleurs certains que c’est en suivant votre évêque que vous resterez dans la vérité catholique de toujours. « Qui vous écoute, m’écoute », dit Jésus aux apôtres; cette parole reste valable encore maintenant. En raison de tout ce qu’on vous a dit, quelques-uns d’entre vous ont pu être ébranlés dans leur confiance envers le Pape et l’évêque. Qu’ils reprennent confiance et courage: votre évêque est et restera le vrai défenseur de la foi catholique. Chers catholiques de Thal-Mackwiller, je vous demande de réfléchir sérieusement et de vous regrouper derrière votre évêque et les prêtres qu’il vous envoie. En raison de mes responsabilités, je dois malheureusement relever en ce moment votre curé de ses fonctions. Je suis convaincu que je peux compter sur votre attachement loyal à votre évêque et sur votre esprit de foi. Vous n’avez pas vécu si longtemps dans la fidélité à la foi de vos pères pour que vous acceptiez maintenant de vous isoler des paroisses voisines et du diocèse. Dimanche prochain, le 9 octobre, la messe paroissiale catholique célébrée en communion avec le Pape et l’évêque aura lieu à 10 heures à l’église de Mackwiller. Venez-y tous et entraidez-vous pour vous y rendre. Je demande à Dieu de bénir vos familles et votre paroisse. – Lettre de Mgr Elchinger aux catholiques de Berg, Thal et Mackwiller, Strasbourg, le 5 octobre 1977.
Ces attaques sournoises de la part de Mgr. Elchinger n’avaient évidemment aucune valeur, puisque celui-ci n’était plus que le mandataire de la contre-église de Vatican 2. Mais investi du pouvoir de cette dernière, l’évêque moderniste n’hésita pas à employer des mesures radicales pour faire craquer ce petit curé à la foi indéfectible : huissiers gendarmes, suspens, interdictions, menaces, etc. En novembre 1977, Elchinger publia son décret contre l’abbé Siegel, prétendant le défaire de sa juridiction paroissiale et lui ordonnant de se soumettre à Paul VI :
« Les dispositions du présent décret seront en vigueur jusqu’à ce que vous ayez exprimé et prouvé publiquement votre soumission au Pape Paul VI et à ses directives doctrinales et pastorales et qu’ainsi vous soyez revenu à la pleine communion avec le Saint-Père. » (Le décret fut publié dans L’Eglise en Alsace, novembre 1977)
Rien n’y fit. Mgr. Elchinger pensa enfin à faire céder l’admirable prêtre en ordonnant à l’état de cesser de lui verser son traitement, s’appuyant sur le droit local. Là encore, par une facétie de la Providence, c’est l’état républicain lui-même qui rendit justice au curé de Thal en annulant la mesure qui avait mit fin au traitement auquel il avait droit, en tant que vrai pasteur catholique, en vertu de la même législation concordataire d’Alsace-Moselle. On lit également le témoignage de l’écrivain catholique américain John Daly, publié dans le forum catholique du 18 aout 2007 :
Le 8 juillet 1977, Mgr Arthur Elchinger de Strasbourg a formellement enjoint à M. l’abbé Jean Siegel, Curé de Thal, de cesser de célébrer la messe traditionnelle. Celui-ci ne démordant pas, le 6 octobre 1977, sans respecter les formes canoniques, Mgr Elchinger a déclaré l’abbé Siegel suspens et privé de sa cure. L’abbé Siegel pourtant ne bouge pas. L’évêque arrange qu’un huissier intervienne pour le sortir du presbytère. Faute d’un droit de passage sur un terrain privé, l’huissier ne peut intervenir. L’abbé Siegel reste en place. Il continue comme d’habitude de desservir sa paroisse et de dire comme d’habitude la messe traditionnelle (agrémentée d’un sermon en allemand et en français) dans sa petite église. Ne pouvant s’en débarrasser physiquement, Mgr Elchinger réussit charitablement à obtenir que l’abbé Siegel soit privé du traitement versé aux curés par l’état en Alsace. Le 18 août 1978 l’abbé Siegel s’inscrit à l’ANPE et l’Aurore le déclare « premier prêtre chômeur de France ». En 1998 Mgr Elchinger s’en va de ce monde pour recevoir dans l’éternité la récompense due à ses mérites. Quant à l’abbé Siegel, en 2007 il est toujours en possession de son église et de son presbytère, ayant exercé les fonctions de curé sans interruption, sans NOM, sans concession au modernisme, depuis 1955. […] En 1977 l’abbé Siegel a été déclaré suspens et privé de sa charge de curé. Il a reçu l’ordre de quitter l’église et le presbytère. Il a été privé de son traitement. Il a été publiquement calomnié. Il a même subi des menaces, jusqu’à trouver sa voiture criblée de balles de carabine. Sa faute, c’est clair, était d’adhérer à la messe de son ordination. L’évêque qui le persécutait était, au demeurant, farouchement moderniste. Le fait que l’abbé Siegel continue d’occuper son église et son presbytère et que le traitement de l’état lui est actuellement versé représentent donc l’échec de la politique de feu Mgr Arthur Elchinger et non une quelconque mansuétude. La justice exige que l’abbé Siegel et tous les prêtres – des centaines – persécutés pour leur adhésion à la messe traditionnelle reçoivent l’amende honorable qui leur est due ; que l’on reconnaisse leur innocence et la nullité des sanctions canoniques à leur sujet.
Et en effet, l’étonnant abbé Siegel, véritable athlète de la foi, a continué de célébrer la sainte messe et de prêcher la vraie doctrine catholique dans sa paroisse de Thal, perdue au fond des vastes et calmes pâtures de l’Alsace Bossue, jusqu’au mois de novembre dernier avec une énergie impressionnante et admirable, malgré son grand âge. C’est une grande peine pour nous que de n’avoir pas connu plus tôt ce saint prêtre et de ne pas nous être rendus plus souvent à sa messe. Puisse le Seigneur Tout-Puissant l’accueillir en Sa demeure.

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Totalitarisme de l’avortement

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 26 mai 2018

Le Brexit pourra-t-il protéger l’Angleterre?
Mais les Anglais leur propre avenir oblitèrent!
 
En comparant la vie naturelle à la vie surnaturelle, certains peuvent penser que la lutte contre l’avortement prend trop d’importance. Toutes choses étant égales par ailleurs, le temps passé et les efforts consentis dans ce combat ne seraient-ils pas mieux employés à défendre, par n’importe quel moyen, la vie de la Grâce plutôt que de se limiter à préserver une vie naturelle encore à naître ? En fait, dans la société actuelle, ces choses sont difficilement comparables. Dans notre monde sans Dieu, ce qui domine aujourd’hui, c’est l’extrême faiblesse de la Foi, à tel point que parler de choses surnaturelles reviendrait, pour la plupart des gens, à parler chinois : “Dieu ? Le Ciel ? L’Enfer ? L’éternité ? Mais, de quoi parlez-vous ?” Toutefois, si certains de nos contemporains ont encore ne serait-ce qu’une once de décence, ils peuvent concevoir combien il est criminel de transformer le sanctuaire de la vie, le ventre d’une mère, en une prison mortelle. Dès lors, que Dieu bénisse les catholiques qui s’efforcent d’empêcher l’avortement.


Ce faisant, ils ont pour adversaire l’État totalitaire qui s’établit en Angleterre. Un militant, engagé depuis longtemps dans la lutte anti-avortement écrivait récemment qu’une nouvelle technique de « discussion de rue », touchant plus directement les femmes se rendant dans un centre d’avortement, a provoqué une réaction drastique du système en place. Ce qui donne à penser que cette technique est efficace, au moins à court terme. Dans une Ordonnance de Protection de l’Espace Public, la première du genre dans ce pays, les élus locaux ont voté un texte confinant les anti-avortement sur une pelouse située à 100 mètres de la clinique. Leur nombre ne doit pas dépasser quatre ; ils ne doivent pas se servir d’affiches dépassant la taille d’un A3 ; il est proscrit d’employer des termes tels que: avortement, bébé, maman, fœtus, âme, tuer, enfer ou meurtre. Il leur est interdit d’afficher des images, de diffuser de la musique, de parler dans un haut-parleur, de crier des messages relatifs à l’avortement, et même de prier à haute voix. Ces restrictions sont entrées en vigueur le 23 avril. Il est question d’en élargir le champ d’application; les contrevenants s’exposent à des amendes pouvant aller jusqu’à £1,000.

Que peut-on dire? L’Angleterre est en train de se suicider. Peut-être les autorités locales ont-elles choisi d’appliquer ces restrictions un 23 avril, juste le jour de la St George, où l’Angleterre célèbre son saint patron? Comme si protéger l’avortement était un acte de patriotisme, d’amour de la patrie! Pourtant, quoi de plus antinaturel pour une femme que de détruire le fruit qu’elle porte dans son sein? Et quoi de plus antisocial pour un homme que de la pousser à commettre un tel acte? Jusqu’où une femme n’est-elle pas descendue sur le chemin de l’autodestruction pour consentir ainsi à tuer, au sens propre, sa maternité, le but principal de son existence après le salut de son âme? “ Pourtant, elle sera sauvée en enfantant, si elle persévère avec modestie dans la foi, dans la charité, et dans la sainteté. “,dit l’Ecriture (I Tim II, 15). Ces propos ne sont pas ceux d’un quelconque misogyne ; c’est la parole de Dieu.

Fidèle à son génie, Shakespeare saisit en quelques lignes l’essence même de l’autodestruction de la femme. Il met en effet dans la bouche de Lady Macbeth (acte 1, scène 5) des mots terrifiants. En se fortifiant pour pousser son mari à assassiner Duncan, son roi, cousin et ami, alors même que Duncan doit être invité sous le toit de Macbeth, elle supplie les démons d’arracher de son cœur toute tendresse et toute compassion féminine :

. . . . Venez, vous les esprits
Qui présidez à nos pensées mortelles! Défaites-moi de mon sexe!
Du front jusqu’aux orteils, remplissez tout mon être
De pure cruauté. Epaississez mon sang,
Afin que nul passage ne donne accès aux remords,
Que nulle componction, nul penchant naturel
N’ébranle mon projet et vienne parler de paix
Avant qu’on l’exécute ! Prenez mes seins de femme ,
Prenez mon lait pour fiel , Vous ! Instruments meurtriers...“
Fortifiée ainsi, elle réussit à étouffer les scrupules de Macbeth, qui assassine Duncan: première victime, suivie de beaucoup d’autres.
Chers lecteurs, s’il vous plaît, priez pour l’Angleterre, autrefois appelée «dot de la Vierge Marie» et, encore aujourd’hui, objet de ses soins maternels.

Kyrie eleison.

[Le Sel de la Terre] Une petite lumière dans les ténèbres (éditorial)

SOURCE - Le Sel de la Terre - Printemps 2018

« C'est ici votre heure, et la puissance des ténèbres », déclare Notre-Seigneur lors de son arrestation au jardin des oliviers (Lc 22, 53). A l’heure où l’Église subit sa passion, n’est-il pas normal que nous soyons à nouveau plongés dans les ténèbres?
     
Notre-Seigneur Jésus-Christ est venu apporter la lumière de la foi dans le monde. Cette lumière s’est répandue peu à peu jusqu’aux extrémités de la terre. Elle a atteint son apogée au 13 e siècle, en même temps que la lumière de la raison qui rayonne aussi dans la théologie de saint Thomas d’Aquin.
  
Mais le prince des ténèbres veillait. Après avoir dû reculer et se cacher pendant mille ans (Ap 20, 2-3), il réapparut à la surface et commença à répandre largement ses ténèbres avec le protestantisme (voir les deux numéros 99 et 100 du Sel de la terre), puis par les prétendues Lumières (censées mettre un terme à l’obscurantisme !) et la franc-maçonnerie (supposée apporter la lumière aux initiés et, par eux, au monde entier…).
  
Finalement, après deux siècles de lutte entre l’Église et la maçonnerie, celle-ci a triomphé – au moins extérieurement – et les fumées de Satan sont entrées dans l’Église à l’occasion du dernier concile.
Devant la situation de l’Église d’aujourd’hui, nous avons le sentiment que par quelque fissure la fumée de Satan est entrée dans le peuple de Dieu. Nous voyons le doute, l’incertitude, la problématique, l’inquiétude, l’insatisfaction, l’affrontement. On n’a plus confiance dans l’Église. […] On croyait qu’après le Concile le soleil aurait brillé sur l’histoire de l’Église. Mais au lieu de soleil, nous avons eu les nuages, la tempête, les ténèbres, la recherche, l’incertitude. 
Nous prêchons l’œcuménisme, et nous nous séparons toujours davantage les uns des autres. Nous cherchons à creuser des abîmes au lieu de les colmater. Comment cela a-t-il pu se produire ? Une puissance adverse est intervenue dont le nom est le diable. 
(PAUL VI, homélie du 29 juin 1972)
Que faire ?
Que faire ? Tâchons, dans la mesure de nos moyens, d’entretenir la vraie lumière, celle de la vérité intégrale, sans compromission. Sans rêver d’un accord impossible entre la lumière et les ténèbres ; sans crainte de dénoncer la puissance des ténèbres qui occupe la chaire de vérité et l’empêche de transmettre la lumière.
   
Dans une nuit obscure, une petite lumière, même d’une simple bougie, peut se voir à une grande distance. Elle peut rendre courage au voyageur fatigué, transi et perdu. Là, peut-être, à quelques kilomètres, quelqu’un l’attend, qui peut l’éclairer et le réchauffer.
   
Le Sel de la terre a pour ambition de rayonner quelque peu la lumière de la foi et de la science chrétienne. Dans ce numéro, par exemple, vous trouverez la suite et la fin des explications sur un des textes les plus obscurs de la sainte Écriture (l’Apocalypse), des études éclairant les fins dernières et la preuve de l’existence de Dieu par les aspirations du cœur humain ; nous continuons aussi à jeter un peu de lumière sur l’œuvre la plus ténébreuse du siècle dernier, le communisme (voir aussi les deux précédents numéro du Sel de la terre) ; nous rendons hommage à nos anciens qui ont eu le courage de lever le flambeau après le désastre du Concile (rubrique : « Les grandes heures de la Tradition ») ; enfin, dans la rubrique « Lecture », nous tâchons de projeter quelque lumière sur des événements ou des textes actuels.
   
Nous comptons sur vous, chers lecteurs, pour nous permettre de continuer à être une petite lumière au milieu des ténèbres. Outre vos prières, vous pouvez nous aider en faisant connaître la revue autour de vous, ne serait-ce que pour maintenir un peu d’espérance dans notre monde déboussolé.
     
Ce numéro vous parviendra pendant le temps pascal, dans la lumière de Pâques. Que Notre-Dame, « Porta lucis fulgida », resplendissante Porte de lumière, nous vienne en aide pour qu’on puisse dire encore : « lux in tenebris lucet », la lumière luit dans les ténèbres (Jn 1, 5).
O Porta lucis fulgida, O resplendissante Porte de lumière,
O Mater Verbi inclita, O Mère illustre du Verbe,
Nos, tuos fideles sedulos, nous, vos fidèles dévoués,
Verbi quaerentes semitas, qui cherchons les chemins du Verbe,
Defende a mentis hostibus, défendez-nous des ennemis de l’esprit,
Ab umbra erroris libera, libérez-nous de l’ombre de l’erreur,
Tuaque luce dirige et dirigez-nous par votre lumière
Ad veritatis gaudia. aux joies de la vérité.
Amen. Ainsi-soit-il.

[Cardinal Robert Sarah - Abbaye de Lagrasse] La vocation du prêtre

SOURCE - Cardinal Robert Sarah - Abbaye de Lagrasse - 21 avril 2018

Homélie du cardinal Robert Sarah de la Messe d’ordination sacerdotale du Père Benoît du Sacré Cœur des Chanoines de la Mère de Dieu de l’Abbaye Notre-Dame de Lagrasse, le samedi 21 avril 2018.
Chers Pères et Frères Chanoines de l’abbaye de Lagrasse,

Chers Frères et Sœurs dans le Christ,

Durant ce temps pascal, Dieu m’accorde le bonheur et la grâce éminente de venir ici, dans ce monastère, qui est un Cénacle de prières et de louanges de Dieu. Ici, dans cette maison, Jésus ressuscité est constamment présent et va très bientôt, d’une manière toute particulière, venir nous visiter au cours de cette sainte Messe. Je suis, en effet, très heureux de célébrer l’ordination sacerdotale de Frère Benoît du Sacré-Cœur dans le cadre de cette chère abbaye de Lagrasse, à laquelle, vous le savez, m’unissent tant de liens spirituels et amicaux. Comment ne pas penser en ce moment au Frère Vincent Marie de la Résurrection, dont je ne cesse de constater concrètement et avec reconnaissance le soutien et la présence affectueuse dans ma vie de chaque jour : ce soutien et cette présence se manifestent par une puissance d’intercession qui n’a d’égale que le courage et la compassion dont il a su faire preuve au cours de son calvaire terrestre, qui, chaque jour, le configurait et l’assimilait au Christ crucifié et ressuscité.

Frère Benoît du Sacré-Cœur est ordonné prêtre le jour de la fête de saint Anselme, ce moine bénédictin de l’abbaye du Bec, en Normandie, devenu archevêque de Cantorbéry, et qui est connu comme le « Docteur magnifique », car il est notamment l’auteur du fameux argument ontologique au sujet de l’existence de Dieu. C’est lui qui s’exclamait, à propos de la vie contemplative : « Seigneur très saint et très bon, vous voulez faire miséricorde à vos serviteurs. A ceux qui rentrent en eux-mêmes, vous donnez un cœur et un esprit nouveaux ; vous les établissez dans votre Cœur et dans votre âme. Donnez-vous à moi et implantez-vous dans mon âme »[1].

« Donnez-vous à moi et implantez-vous dans mon âme » : voilà la grâce que nous implorons pour notre Frère Benoît du Sacré-Cœur en ce jour glorieux où il lui sera donné de partager le sacerdoce du Christ. Mais pour cela il faut qu’il rentre constamment en lui, dans le sanctuaire de son cœur, qu’il ne reste pas dehors et superficiel comme la plupart des hommes d’aujourd’hui.

« Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde », nous dit Notre-Seigneur Jésus Christ dans l’Evangile de ce jour, au cœur de ce temps pascal. Chaque baptisé ici présent est envoyé en mission dans un monde qui, par orgueil et indifférence, s’éloigne de plus en plus de Dieu, un monde « sécularisé », où Dieu est exclu et absent. Mais un monde sans Dieu est un monde de ténèbres, d’obscurité, de confusion et de perversion ; un monde sans Dieu est un monde sans lumière, même si nos métropoles sont continuellement illuminées de multiples lumières artificielles. Depuis le jour de notre baptême, nous, chrétiens et disciples du Christ, nous sommes appelés à devenir des lumières. Effectivement, les premiers théologiens, appelés Pères de l’Eglise, comparaient Jésus au Soleil, origine de la lumière, et nous les hommes, nous les chrétiens, à la lune, qui brille, certes, mais seulement de la lumière reçue du soleil. Le Christ est le Soleil, source de Vie et de Lumière. Notre mission, comme chrétiens, est de refléter la lumière que nous recevons du Christ afin qu’elle éclaire tous les recoins de la société humaine et toutes les nations du monde. C’est exactement ainsi que l’ont compris les premiers chrétiens. Saint Paul s’adresse aux chrétiens de Philippes en les appelant « les enfants de Dieu sans tache au sein d’une génération dévoyée et pervertie, d’un monde où vous brillez comme des foyers de lumière »[2]. Si nous voulons savoir ce dont le monde a besoin aujourd’hui aussi, comme toujours, alors tournons notre regard vers les premiers chrétiens ! Ils furent appelés « chrétiens », parce qu’ils confessaient le Christ en répandant la lumière de sa doctrine et s’efforçaient d’apporter aux hommes la chaleur de son Amour. Etre chrétien signifiait pour eux appartenir totalement au Christ, mener une vie nouvelle. Les premiers chrétiens étaient prêts, par fidélité au Christ, à donner leur vie et à mourir pour que brille la lumière de l’Evangile et que la présence du Christ soit plus rayonnante et plus tangible. Or, qui mieux que le prêtre peut manifester la présence de Dieu au milieu d’une société minée par une complète indifférence à l’égard de la question de Dieu et qui, comme le dit saint Paul « se laisse emporter à tout vent de doctrine »[3] et « court derrière une foule de maîtres pour calmer sa démangeaison d’entendre du nouveau »[4] ? Posons-nous cette question très simple : qu’est-ce qu’un prêtre ?

La Bible présente le prêtre comme l’homme de la Parole de Dieu : « Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit »[5]. « Nous sommes donc en ambassade pour le Christ ; c’est comme si Dieu exhortait par nous »[6]. Mais que devons-nous donc enseigner ? Eh bien, uniquement la Parole de Dieu et l’enseignement doctrinal, moral et la discipline de l’Eglise, la vérité sur Dieu, sur le Christ et sur l’homme. Le prêtre est largement présenté comme l’homme du Pardon : « Recevez l’Esprit Saint. Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis, ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus »[7]. Le prêtre est également présenté comme l’ami intime du Christ : « Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs… mais je vous appelle amis, parce que tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître »[8]. Et, enfin, le prêtre est l’homme de l’Eucharistie : « Faites ceci en mémoire de moi »[9]. Le prêtre est surtout l’homme de l’Eucharistie. Il me plaît de rappeler ici une page lumineuse du Pape saint Jean-Paul II sur la relation entre sacerdoce et Eucharistie :

« Le sacerdoce, depuis ses origines, est le sacerdoce du Christ. C’est lui qui offre à Dieu le Père le sacrifice de son Corps et de son Sang. Et, avec son sacrifice, il justifie aux yeux de Dieu, toute l’humanité et indirectement tout le créé. Le prêtre, en célébrant chaque jour l’Eucharistie, descend au cœur même de ce mystère. C’est pour cela que la célébration de l’Eucharistie ne peut pas ne pas être, pour lui, le moment le plus important de la journée, le centre de sa vie. Le prêtre agit, ici, vraiment « in persona Christi ». Ce que le Christ a accompli sur l’autel de la Croix et qu’il avait d’abord institué et établi comme sacrement au Cénacle, le prêtre le renouvelle avec la force de l’Esprit Saint. Dans la célébration de l’Eucharistie, le prêtre est comme enveloppé par la puissance de l’Esprit Saint et les paroles qu’il prononce acquièrent la même force et la même efficacité que celles sorties de la bouche du Christ durant la dernière Cène »[10].

C’est pourquoi un prêtre, c’est « voir Jésus dans un homme ». Et le saint curé d’Ars précise : « Si on avait la foi, on verrait Dieu à travers le prêtre comme une lumière derrière un verre, comme le vin mêlé à l’eau… »… Si on avait la foi… L’ordination sacerdotale de Frère Benoît du Sacré-Cœur doit nous inciter à regarder le prêtre avec les yeux de la foi, puisqu’en recevant le sacrement de l’Ordre, notre Frère devient plus qu’un « alter Christus » ; en effet, configuré au Christ, Tête du Corps mystique qu’est l’Eglise, le prêtre est vraiment « ipse Christus », le Christ lui-même. Saint Jean-Marie Vianney ne disait-il pas à son sujet : « Le prêtre est un homme qui tient la place de Dieu, un homme qui est revêtu de tous les pouvoirs de Dieu », mais il ajoutait aussitôt : « Combien est triste un prêtre qui célèbre la Messe comme un fait ordinaire ! Combien s’égare un prêtre qui n’a pas de vie intérieure ! » ? Oui, la Messe quotidienne doit irriguer la vie de prière de chaque prêtre… tel est le fondement de la vie sacerdotale. La prière, l’oraison, l’office divin, le face à face quotidien avec Dieu constituent le cœur de toute vie sacerdotale. Le prêtre est essentiellement un homme de prière, un homme qui se tient constamment devant Dieu.

En tant que chanoine, c’est dans le chœur de cette abbatiale que Frère Benoît du Sacré-Cœur est appelé à prier la Liturgie des Heures : celle-ci scande la journée du religieux et du prêtre : elle est la prière d’adoration et de supplication de l’Eglise, car, comme le dit la Constitution sur la sainte Liturgie Sacrosanctum Concilium du Concile Vatican II, « L’Office Divin est vraiment la prière du Christ que celui-ci, avec son Corps mystique, présente au Père »[11]. Pour s’acquitter quotidiennement et intégralement de l’Office Divin, il faut du courage, de la fidélité et de la persévérance dans l’Amour, il faut donc avoir dans son âme un grand désir de voir Dieu face à face, ce désir dont témoignait humblement Frère Vincent Marie de la Résurrection : je ne cesse de méditer sur cette vive flamme d’Amour sans parole qui transparaissait dans l’attitude d’offrande de ce religieux, à la fois si vaillant et si humble, au cœur de son épreuve indicible. Oui, il faut au prêtre beaucoup de luttes silencieuses, de renoncements et de sacrifices pour se détacher du monde et de ses préoccupations en vue de se donner totalement et absolument à Dieu, car il doit sans cesse combattre la superficialité ou l’activisme effréné et mondain qui tend à bannir Dieu de notre vie de consacré. Saint Anselme, que nous fêtons aujourd’hui, peut nous aider à ne pas succomber à ce genre de tentations : « Allons, courage, pauvre homme ! », nous dit-il, « Fuis un peu tes occupations, dérobe toi un moment au tumulte de tes pensées. Rejette maintenant les lourds soucis et laisse de côté tes tracas. Donne un petit instant à Dieu et repose-toi un peu en lui. Entre dans la chambre de ton esprit, bannis-en tout sauf Dieu ou ce qui peut t’aider à le chercher. Ferme ta porte et mets-toi à sa recherche. A présent, parle, mon cœur, ouvre-toi tout entier et dis à Dieu : ˝Je cherche ton Visage ; c’est ton Visage, Seigneur, que je cherche˝ »[12]. Ainsi, dans ses charges écrasantes d’abbé du Bec, puis de primat de l’Eglise d’Angleterre, saint Anselme considérait que la prière devait irriguer toute sa vie : ses contemporains attestent que l’aube le retrouvait fréquemment à genoux devant la sainte Présence. Un jour, à l’abbaye du Bec, le Frère zélateur, dont la charge est de réveiller les moines pour le chants des Matines, aperçut dans la stalle du chapitre, une vive lumière : c’était le saint abbé, environné d’une auréole de feu. De même, je suis certain que les Chanoines de la Mère de Dieu, qui chantent les Psaumes chaque jour dans cette magnifique abbatiale, connaissent bien cette exclamation du père de la restauration de la vie monastique, Dom Prosper Guéranger : « Comment être froid quand on chante des choses pareilles ! »[13].

C’est donc par cet esprit marqué par le don de soi et la ferveur que le prêtre doit prier l’Office Divin, qui le prépare à la célébration de la sainte Messe et la prolonge, car celle-ci est la source et l’aboutissement de toute vie sacerdotale. L’expression de Notre-Seigneur Jésus-Christ, présente dans l’Evangile de ce jour, qui s’adresse à tout baptisé, et plus particulièrement aux prêtres : « soyez le sel de la terre et la lumière dumonde » doit être comprise, non pas comme une simple incitation à diffuser une un message ou une opinion parmi d’autres, qui demeurerait extérieure à celui qui proclame la Bonne Nouvelle de l’Evangile, mais comme le dit l’épître de ce jour, il s’agit de l’offrande d’une vie, de notre vie, qui « supporte la souffrance, réalise un travail d’évangélisateur et accomplit jusqu’au bout un ministère », en l’occurrence le ministère sacerdotal, qui est essentiellement centré sur la célébration quotidienne de l’Eucharistie. Vous voyez comment c’est exigeant d’être prêtre ! Mais, chers Frères et Sœurs dans le Christ, même si vous n’êtes pas prêtres, il est aussi grave et aussi exigeant de prendre part à la célébration de l’Eucharistie, de manger le Corps et le Sang de l’Agneau immolé, de manger cette chair livrée, de boire ce sang versé. Cet acte est d’autant plus grave qu’il nous engage à prendre, avec le Christ, le Chemin de cet Amour inconditionnel, le Chemin de cet amour de Dieu donné jusqu’à l’extrême, c’est-à-dire le don de nous-mêmes jusqu’à la mort, mais une mort qui mène à la Vie éternelle, à la vie avec Dieu dans l’éternité.

Je voudrais conclure cette homélie en évoquant les vocations sacerdotales dans une abbaye, qui, grâce à Dieu, accueille chaque année de nouveaux postulants. Vous le savez, en France, et plus généralement dans les pays les plus nantis de l’Occident chrétien, sous la pression de la sécularisation, de l’athéisme pratique, du matérialisme et de l’hédonisme, qui, pour une bonne part, sont à l’origine d’une apostasie et d’une perversion sans précédent, à cause aussi de la crise et même de l’effondrement de la famille fondée sur le sacrement de mariage indissoluble, nous manquons cruellement de prêtres et de séminaristes. En 1931, donc il y a déjà longtemps, l’écrivain français François Mauriac écrivait ces lignes qui demeurent très actuelles :

« Vous dites qu’on manque de prêtres ?… En vérité, quel mystère adorable qu’il y ait encore des prêtres ! Chez eux, aucun avantage humain : nul avantage matériel, et même très souvent la pauvreté, le célibat et cette chasteté qui provoquent la suspicion des esprits forts, la solitude, et aussi très souvent la dérision, voire la haine, surtout l’indifférence d’un monde où il semble ne plus y avoir place pour eux, telle est la part que les prêtres ont choisie ! Ajoutez à cela une atmosphère païenne qui les environne de toute part jusqu’à tenter de les étouffer. Le monde rirait de leur vertu s’il y croyait, mais il n’y croit pas. Alors, on les épie, on les traque. Mille voix dénoncent ceux qui tombent. Parmi les autres, le plus grand nombre, nul ne s’étonne de les voir besogner obscurément, se pencher sur les corps qui agonisent, patauger dans les cours de patronage… Les paroles du Christ à leur sujet se réalisent chaque jour : “je vous envoie comme des brebis au milieu des loups… Vous serez en haine à tous à cause de mon nom ”[14]. Et pourtant, depuis des siècles, il se trouve des hommes pour choisir de n’être pas humainement consolés et même haïs. Ils choisissent de perdre leur vie parce que, une fois, Quelqu’un, au fond de leur cœur, leur a fait cette promesse, qui paraît folle aux yeux du monde : “Celui qui sauvera sa vie la perdra ; et celui qui perdra sa vie à cause de Moi la trouvera.” »[15].

Frère Benoît du Sacré-Cœur, en conclusion de cette méditation sur le sacerdoce, permettez-moi de vous confier à la Très Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu et Mère de l’Eglise, en vous offrant cette prière :
Vierge Marie, Mère du Christ-Prêtre,
Mère des prêtres du monde entier,
vous aimez tout particulièrement les prêtres,
parce qu’ils sont les images vivantes de votre Fils Unique.
Nous vous en supplions, protégez les prêtres ! Protégez Frère Benoît du Sacré-Cœur.
Vierge Marie, demandez vous-même à Dieu le Père
les prêtres dont nous avons tant besoin;
et puisque votre Cœur Immaculé a tout pouvoir sur lui,
obtenez-nous, ô Marie,
des prêtres qui soient des saints !
Amen!
Que Dieu vous bénisse et que Notre-Dame du sacerdoce vous protège !
Amen. Alleluia !
Cardinal Robert Sarah
Préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des Sacrements
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[1] Cf. Patrologie Latine de Migne, t. CLVIII, col. 923.
[2] Ph 2, 15.
[3] Cf. Ep 4, 14.
[4] 2 Tm 4, 3-4.
[5] Mt 28, 19.
[6] 2 Co 5, 20.
[7] Jn 20, 22-23.
[8] Jn 15, 14-15.
[9] Lc 22, 19.
[10] Jean-Paul II, Ma vocation, don et mystère, à l’occasion du 50e anniversaire de mon ordination sacerdotale, Bayard, Cerf, Fleurus Mame, Téqui, 1999. Réédition, Parole et Silence, 2013.
[11] n. 84.
[12] Saint Anselme, Entretien sur l’existence de Dieu.
[13] Dom Prosper Guéranger, Préface générale de « L’Année Liturgique ».0, 16-22.

[15] François Mauriac, Nouveaux Cahiers, Deuxième Cahier, 1931. Ed. Saint-Paul, 1982.

[Abbaye Sainte-Marie de Lagrasse] Ordination Sacerdotale de notre Frère Benoit

SOURCE - Abbaye Sainte-Marie de Lagrasse - 21 avril 2018

Samedi 21 Avril, nous avons eu la joie d’accueillir son Éminence le Cardinal Robert Sarah, venu conférer l’ordination sacerdotale à notre frère Benoit.

Un prêtre de plus dans et pour l’Église : dans sa belle homélie, le cardinal nous a rappelé que le sacerdoce est un d’abord un trésor au service des autres.

Nous confions ce nouveau prêtre à votre prière !

« Qui mieux que le prêtre peut manifester la présence de Dieu au milieu d’une société minée par une complète indifférence à l’égard de la question de Dieu et qui, comme le dit saint Paul, « se laisse emporter à tout vent de doctrine » (Ep 4,14) et « court derrière une foule de maître pour calmer sa démangeaison d’entendre du nouveau » (2 Tm 4,3-4) ? »

« La prière, l’oraison, l’office divin, le face à face quotidien avec Dieu constituent le cœur de toute vie sacerdotale. Le prêtre est essentiellement un homme de prière, un homme qui se tient constamment devant Dieu. » (extraits de l’homélie)
[photos: http://photos.lagrasse.org/Ordination-du-Pere-Benoit]

[Abbé Conrad Daniels - FSSPX News] Nouvelles de l’apostolat de la Fraternité Saint-Pie X aux Philippines

SOURCE - Abbé Conrad Daniels - FSSPX News - 23 mai 2018

A l’occasion de la fête de la Pentecôte 2018, l’abbé Conrad Daniels, supérieur du noviciat Saint-Bernard situé à Iloilo, sur l'île de Panay, au centre de l'archipel des Philippines, a donné quelques nouvelles récentes de l’avancée des travaux destinés à offrir un cadre de vie proprement religieux aux frères de la Fraternité et aux candidats au sacerdoce qui y accomplissent un temps de formation.

Chers amis et bienfaiteurs,

Un certain temps s’est écoulé depuis ma dernière lettre : nous espérons que vous ne nous avez pas tout à fait oubliés.

L'embellissement de notre église se poursuit lentement mais sûrement, "hinay hinay", comme l’on dit en philippin !

Mais quelle ne fut pas notre joie à Pâques de pouvoir célébrer la belle liturgie de l'Eglise dans une véritable église. Pendant près de 20 ans, nous avons dû voir se dérouler nos belles cérémonies dans un garage : quel changement !

Le 13 mai 2018, qui tombait cette année un dimanche, nous avons célébré le premier anniversaire de notre Maison en présence de près de 300 personnes.

De façon tout à fait inattendue, les statues de saint Michel archange et de sainte Elisabeth de Hongrie sont arrivées quelques jours auparavant. Nous avons pu les placer dans les niches qui n’attendaient plus que leur auguste occupant.

Ces statues avaient été commandées il y a plus d'un an, mais l'artiste étant décédé, il fallait que ses apprentis reprissent et terminassent le travail déjà commencé, tâche qu’ils ont su mener à bien. La bénédiction solennelle eut lieu le 13 mai, au milieu de tous les fidèles.

Sur un plan plus matériel, notre communauté - qui compte déjà 18 membres - doit être nourrie, logée et vêtue. La ferme que nous avons commencé à construire s’avère bien nécessaire. En dehors de la culture du riz, de fruits de toutes sortes, de l’élevage de bœufs, de canards, de dindes, nous produisons aussi de l’électricité.

Comment cela ? Grâce à un système de panneaux solaires et d’éoliennes qui fonctionnent très bien depuis trois ans. Nous avons récemment ajouté un système informatique permettant aux panneaux solaires de suivre l’astre solaire et d'améliorer ainsi énormément leur rendement.

En vous remerciant une nouvelle fois pour votre soutien généreux, chers amis et bienfaiteurs, je forme des prières afin que Notre Seigneur et sa Sainte Mère vous bénissent et soient des guides sûrs pour vous tous.

Abbé Conrad Daniels, supérieur du noviciat Saint-Bernard de la Fraternité Saint-Pie X