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31 août 2017

[Paix Liturgique] Mgr Patrick Chauvet: Rien n'est trop beau pour le Seigneur

SOURCE - Paix Liturgique - lettre n°608 - 31 aout 2017

Vendredi 7 juillet 2017, nonobstant le début des vacances scolaires, la nef centrale de Notre-Dame de Paris était remplie de fidèles venus participer à la messe solennelle d’action de grâces célébrée à l’occasion du dixième anniversaire de la promulgation du motu proprio Summorum Pontificum par le pape Benoît XVI. Les principales paroisses parisiennes où est offerte la forme extraordinaire étaient représentées, la messe étant célébrée par le chanoine Guelfucci, curé de Saint-Eugène-Sainte-Cécile, assisté de l’abbé Damaggio, jeune prêtre parisien de la Fraternité Saint-Pierre et de l’abbé Claude Barthe. C’est Mgr Patrick Chauvet, recteur-archiprêtre de la cathédrale qui a accueilli les pèlerins au nom du cardinal Vingt-Trois et prononcé l’homélie que nous vous proposons cette semaine, accompagnée de nos réflexions.

I – LE SERMON DE MGR CHAUVET

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.

Fêter l’anniversaire d’un acte ecclésial important comme le fut le motu proprio, c’est d’abord rendre grâce pour l’action de l’Esprit-Saint, non seulement dans le cœur du pape Benoît, mais aussi dans l’Église. Ce motu proprio est lié à la nouvelle interprétation du Concile (Vatican II) qu’avait voulu le pape Benoît qui ne soit pas une interprétation de rupture mais bien de continuité. Et, rappelant que le missel promulgué par Saint Jean XXIII en 1962 n’avait pas été abrogé, portant aussi le souci pastoral de l’unité de l’Église Catholique, le Pape Benoît savait que la liturgie était le lieu source. La possibilité de pouvoir célébrer selon le missel romain du bienheureux Paul VI et celui de Saint Jean XXIII doit être un facteur d’unité car, je le cite, « ces deux expressions de la lex orandi de l’Église n’induisent aucune division de la lex credendi de l’Église. Ce sont en effet deux usages de l’unique rit romain. » Ainsi, ce que nous vivons dans nos paroisses parisiennes depuis près de dix ans, mais j’allais dire pour St-Eugène depuis plus de vingt-cinq ans grâce au cardinal Jean-Marie Lustiger, montre combien ces deux formes du rit romain peuvent s’enrichir.

Il n’est pas question ce soir de vous faire une conférence sur tous les fruits de ce motu proprio. Je souhaite simplement souligner un seul fruit : la liturgie est mystère. Où, si vous voulez, elle est une entrée dans le mystère de Dieu. Tout curé construit sa pastorale à partir de la célébration de l’eucharistie, tout simplement parce que la sainte messe est source de grâces et c’est le sommet de toute évangélisation. Les fidèles qui viennent à la sainte messe veulent vivre en plénitude leur vocation sacerdotale en devenant vivante offrande à la louange de Dieu le Père. Oui, il s’agit d’entrer dans le sacrifice du Christ, c’est-à-dire dans son mouvement d’amour à son Père. Merveilleux échanges où nos pauvretés deviennent richesses, où nous devenons ce que nous avons reçu, le corps du Christ pour reprendre le grand Saint Augustin. J’en suis persuadé, plus les fidèles vivront leur fonction sacerdotale, plus ils susciteront des fonctions sacerdotales. Les jeunes répondront à l’appel du Christ s’ils voient que le peuple fidèle a soif de Dieu, a soif d’une spiritualité profonde.

La sainte messe est aussi le lieu privilégié d’une profonde intimité avec le Seigneur. Le saint curé d’Ars en montrant le tabernacle de sa petite église disait pendant un quart d’heure à ses paroissiens : Il est là ! Il est là ! Oui, le Christ est réellement présent sur l’autel. Oui, le Christ veut nous parler. Et je vous ferai volontiers une confidence. C’est le jour de ma première communion – ce n’était pas hier ! – dans le silence de l’action de grâces et le silence de mon cœur que le Seigneur m’a appelé pour être prêtre. Et, depuis 37 ans, ma plus grande joie c’est de célébrer chaque jour l’eucharistie. Rester en silence avec Jésus, le cardinal Sarah y insiste dans son dernier ouvrage. Certes, il y a d’autres moments de notre vie spirituelle où le silence s’impose comme la lectio divina, la lecture priante de la parole de Dieu, l’oraison, mais le cœur-à-cœur avec le Christ présent dans l’eucharistie est un sommet d’amour. C’est une véritable ascèse car notre esprit parle beaucoup et le Saint-Esprit a du mal à en placer une. Je vous invite vraiment à entrer dans le silence pour votre action de grâces.

Enfin, la liturgie sera une entrée dans le Mystère si le temps et l’espace nous conduise là où est célébrée l’unique liturgie avec l’unique Grand Prêtre. Les chœurs de nos églises doivent être beaux, doivent être propres. Le pauvre curé d’Ars n’avait pas hésité à dépenser tout son argent pour acheter son superbe calice, son ciboire, l’ostensoir. Rien n’est trop beau pour le Seigneur. Les ornements liturgiques nous disent où est la Source. La beauté attire nos yeux du chœur vers le haut. Que notre offrande soit portée par ton ange en présence de ta gloire sur ton autel céleste afin qu’en recevant ici par notre communion à l’autel le corps et le sang de ton fils nous soyons comblé de ta grâce et de tes bénédictions. La liturgie nous parle du Royaume en faisant croître en nous le désir d’y entrer. Et croyez-moi ce qui caractérise le Royaume, c’est l’Amour. Et l’Amour est plénitude. Quant au temps, nous avons à vivre cette tension entre le temps et l’éternité. Une belle liturgie nous fait découvrir ce qu’est l’éternité. Tout comme une véritable amitié nous fait découvrir un peu l’éternité.

Le pape Benoît grâce à ce motu proprio a rappelé que c’est bien la communion sacramentelle qui construit l’Église s’inscrivant ainsi selon la tradition de nos Pères. Que chacun selon ses sensibilités liturgiques participe à la construction du corps ecclésial. Nous savons bien l’unité n’est pas l’uniformité. C’est vrai à l’intérieur de l’Église. Mais cela suppose que la liturgie soit reçue et respectée comme un don du Seigneur, un don qui ne nous appartient pas, que nous avons à faire fructifier pour notre vie intérieure, pour ce véritable chemin de sainteté et de bonheur. Ainsi soit-il !

II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) Continuité, unité, enrichissement. Mgr Chauvet souligne en peu de mots les lignes directrices du motu proprio de Benoît XVI : il ne saurait y avoir de rupture dans l’Église expliquait avec constance le cardinal Ratzinger et l’Église, Corps Mystique du Christ, ne saurait souffrir aucune division. 10 ans après le motu proprio, il est bon que ces principes, assurément assez volontaristes, en faveur de l’unité, soient rappelés par un ecclésiastique français, surtout si l’on se souvient de la guerre menée entre 2006 et 2008 par notre épiscopat national contre la libération du missel latin et grégorien par Benoît XVI. Entre le début de l’étude du projet de motu proprio dans les plénières des congrégations romaines, où siégeaient d’influents prélats français, et le voyage du Pape à Lourdes à la rentrée 2008 (au cours duquel le Pape rappela avec autorité que « nul n’est de trop dans l’Église »), nombre de nos évêques de l’époque ont en effet ramé et tramé contre l’acte de justice et de réconciliation voulu par Benoît XVI. 10 ans plus tard, comme le confirment les propos de Mgr Chauvet, la messe traditionnelle a bel et bien gagné droit de cité dans l’Église de France et c’est une grande joie pour tous.

2) Mystère, sacrifice, intimité, silence, présence réelle : Mgr Chauvet dégage avec clarté les qualités qui rendent si attractive la forme extraordinaire du rite romain et expliquent sa survie malgré son bannissement brutal à l'orée des années 70 ; et son renouveau actuel, en dépit des obstacles qu’elle doit affronter, à commencer par son exclusion des programmes de formation des séminaires. Pressant et inévitable dans les années 60 et 70, l’impératif prétendument œcuménique de protestantiser la messe en gommant sa dimension sacrificielle a bel et bien disparu, balayé tout à la fois par l’irrésistible aspiration au sacré qui se niche en chacune de nos âmes et par les bouleversements accélérés du panorama religieux qui ont modifié les paramètres de l’œcuménisme : irruption des sectes évangéliques et effritement des cultes protestants européens, renouveau du monde orthodoxe libéré de l’oppression communiste et, enfin, explosion de l’islam. Malheureusement, la réforme liturgique, fruit des principes de la fin des années soixante, est restée immuable – « irréversible » vient de dire le pape François –, alors que ses principes fondateurs sont, eux, devenus obsolètes. La « concurrence » de la messe traditionnelle n’en est que plus prégnante.

3) En rappelant, exemple du saint curé d’Ars à l’appui, que rien ne saurait être trop beau pour le culte divin, Mgr Chauvet souligne une vérité que certains s’obstinent cycliquement à nier et met ses pas dans ceux de feu Monseigneur Maxime Charles, ancien recteur de Montmartre. La pauvreté n’est pas le paupérisme et le dépouillement n’est pas la vulgarité. En ces temps où le vœu du pape François d’une « Église pauvre pour les pauvres » vient souvent, instrumentalisé et confondu, volontairement, avec un programme politique, il est bon que l’archiprêtre de Notre-Dame, gardien de quelques-uns des plus beaux trésors de la foi, de l’architecture religieuse et de l’art sacré, défende cette via pulchritudinis si chère à Benoît XVI. 

4) En préambule de son homélie, Mgr Chauvet a rappelé qu’il était toujours le vicaire épiscopal chargé de la mise en place du motu proprio dans le diocèse de Paris. À ce titre, nous ne pouvons que formuler nos plus vives prières pour que l’accueil et les belles paroles qu’il a réservés au peuple Summorum Pontificum ce 7 juillet 2017 puissent se concrétiser au quotidien dans le diocèse. Il y a encore, à Paris, des demandes non seulement non satisfaites mais aussi non reçues. Certes, « tout se passe sans heurts » comme le disait Mgr Chauvet le 26 janvier 2017 sur Radio Notre-Dame, parce que les fidèles sont désormais rompus à l’alternance dominicale entre forme ordinaire et forme extraordinaire. Toutefois, à commencer par Saint-François-Xavier, l’ancienne paroisse de Mgr Chauvet, les demandeurs de l’application dominicale du motu proprio existent et répondraient présents si la messe grégorienne du matin était célébrée selon le missel de saint Jean XXIII et pas simplement de Paul VI. Évidemment, répondre à la demande, c’est aussi avaliser le fait que les catholiques parisiens attachés à la forme extraordinaire sont plus que les « 1100 personnes » officiellement décomptées par Mgr Chauvet.

5) Selon les chiffres du diocèse de Paris, invariés depuis 2009, 300 fidèles dominicaux assistent à la messe à Saint-Eugène-Sainte-Cécile, 200 à Notre-Dame-du-Lys, 300 à Ste-Odile, 100 à Sainte-Jeanne-de-Chantal, 100 à Saint-Germain-l’Auxerrois, et une centaine en d’autres lieux. Des chiffres qui nous apparaissent sous-estimés car il y a chaque dimanche une proportion de visages différents à chacune de ces messes. Si l'on considère que la FSSPX rassemble près de 4000 fidèles tous les dimanches entre Saint-Nicolas-du-Chardonnet, Notre-Dame-de-Consolation et la chapelle de la rue Gerbert, on peut dire, au total, que plus de 5000 personnes assistent tous les dimanches à la messe traditionnelle à Paris. Soit, environ 5% des 100 000 pratiquants dominicaux présumés (1). Un chiffre à rapporter des 24% de pratiquants hebdomadaires qui assisteraient volontiers chaque semaine à la forme extraordinaire si celle-ci était célébrée dans leur paroisse et des 47% de pratiquants mensuels qui passeraient à la forme extraordinaire si elle était offerte par leur paroisse (enquête Harris Interactive de janvier 2010, voir notre lettre 220). A minima, le nombre de fidèles désireux de la forme extraordinaire à Paris peut donc être multiplié par 5...

6) 5000 pratiquants effectifs pour un potentiel de 25000 personnes, cela signifie qu'il y a environ 20 000 catholiques parisiens en attente, silencieuse, de l'arrivée du motu proprio dans leur paroisse. Pour les satisfaire, un premier geste pourrait être de mettre en œuvre la projection faite en 2009 par Monseigneur Chauvet lui-même qui estimait « normal, qu'à terme, la forme extraordinaire soit célébrée dans tous les doyennés de Paris ». Pour le dixième anniversaire du motu proprio, ce serait un grand signe de paix et de charité envers ces milliers de Silencieux qui souhaiteraient simplement vivre leur foi catholique au rythme de la forme extraordinaire. Dans leur paroisse.
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(1) Chaque année, l'archevêché effectue, durant trois dimanches consécutifs, un décompte des pratiquants à la sortie des églises parisiennes. Hélas, les résultats de ce comptage « ne sont pas destinés à être communiqués au public » nous a-t-il été répondu par téléphone. Le chiffre de 100 000 pratiquants n'est donc qu'indicatif et correspond au rapport entre la population parisienne (2,2 millions d'habitants) et le pourcentage de messalisants (4,5% selon l'Ifop en août 2010).
(2) Lors d'une réunion du GREC (Groupe de Rencontre Entre Catholiques).

[Correspondance Européenne] Eglise catholique: le Concile Vatican II et le message de Fatima

SOURCE - Correspondance Européenne - 31 aout 2017

Les sites Rorate Caeli, Corrispondenza Romana, Le blog de Jeanne Smitset d’autres sources d’information catholiques, ont diffusé une importante intervention de Mgr Athanasius Schneider sur L’interprétation de Vatican II et son rapport avec la crise actuelle de l’Église (LIEN).

Selon l’Évêque auxiliaire d’Astana, Vatican II a été un Concile pastoral et ses textes devraient être lus et jugés à la lumière de l’enseignement pérenne de l’Église. En fait, « d’un point de vue objectif, les affirmations du Magistère (les papes et les conciles) qui ont un caractère définitif ont plus de valeur et de poids que les affirmations à caractère pastoral, dont la qualité est naturellement changeante et provisoire, sujette aux circonstances historiques ou apportant une réponse à des situations pastorales d’une période donnée, comme c’est le cas pour la plupart des affirmations de Vatican II ».

L’article de Mgr Schneider a été suivi, le 31 juillet, par un commentaire équilibré de l’abbé Angelo Citati de la FSSPX (LIEN), selon lequel la position de l’Évêque allemand rappelle très étroitement ce qui a été répété constamment par Mgr Marcel Lefebvre : « Pour moi, – pour nous, je pense – dire qu’on voit, qu’on juge les documents du Concile à la lumière de la Tradition, cela veut dire évidemment qu’on rejette ceux qui sont contraires à la Tradition, qu’on interprète selon la Tradition ceux qui sont ambigus et qu’on accepte ceux qui sont conformes à la Tradition » (Mgr M. Lefebvre, Conférence donnée à Ecône le 10 janvier 1983). Ayant été publié sur le site officiel du District Italien, l’article de Don Citati nous aide à comprendre ce qui pourrait être la base d’un accord pour régulariser la situation canonique de la Fraternité Saint Pie X.

Il faut ajouter qu’au niveau théologique, toutes les distinctions peuvent et doivent être faites pour interpréter les textes de Vatican II qui a été un Concile légitime : le vingt et unième de l’Église catholique. À fur et à mesure, ses documents peuvent être définis de manière pastorale ou dogmatique, provisoire ou définitive, respectant ou non la Tradition.

Mgr Brunero Gheradini, dans ses travaux récents, nous offre un exemple de la façon dont un jugement théologique peut être articulé s’il veut être précis (Concile œcuménique Vatican II : un débat à ouvrir, Casa Mariana Editrice, 2009 et Le Concile Vatican II : un débat qui n’a pas eu lieu, Ed. Courrier de Rome, 2011). Chaque texte, pour le théologien, a une qualité et un degré d’autorité et de force différents. Par conséquent, le débat est ouvert.

Au niveau historique, cependant, Vatican II constitue un bloc qui ne peut être décomposé : il a sa propre unité, son essence, sa nature. Considéré dans ses origines, sa mise en œuvre et ses conséquences, le Concile peut être définit comme une Révolution dans la mentalité et le langage, qui a profondément changé la vie de l’Église, initiant une crise morale et religieuse sans précédent.

Si le jugement théologique peut être nuancé et compréhensif, le jugement de l’histoire est sans merci et sans appel. Le Concile Vatican II n’a pas seulement échoué ou a été un échec : ce fut une catastrophe pour l’Église.

Vu que cette année marque le centenaire des Apparitions de Fatima, considérons seulement ce point. Lorsque Vatican II ouvrit ses portes en octobre 1962, les Catholiques du monde entier attendaient la révélation du troisième Secret de Fatima et la consécration de la Russie au Cœur Immaculé de Marie. L’Armée bleue (The Blue Army) de John Haffert (1915-2001) menait depuis des années des grandes campagnes de sensibilisation à cet égard.

Quelle meilleure occasion pour Jean XXIII (décédé le 3 juin 1963), Paul VI et les 3 000 évêques environ, rassemblés autour d’eux, au cœur de la Chrétienté, de donner suite aux requêtes de la Sainte Vierge de manière unanime et solennelle ? Le 3 février 1964, Mgr Geraldo de Proença Sigaud remit personnellement à Paul VI une pétition signée par 510 prélats de 78 pays, qui imploraient le Pontife, en union avec tous les évêques, de consacrer le monde et, de manière explicite la Russie, au Cœur Immaculé de Marie. Le Pape et la plupart des Pères du Concile ont ignoré l’appel.

Si la consécration requise aurait été faite, d’abondantes grâces se seraient répandues sur l’humanité. Un mouvement de retour à la loi naturelle et chrétienne aurait commencé. Le communisme serait tombé plusieurs années plus tôt, de manière non fictive mais authentique et réelle. La Russie se serait convertie et le monde aurait connu une époque de paix et d’ordre. La Sainte Vierge l’avait promis.

Le fait de n’avoir pas fait la consécration a permis à la Russie de continuer à répandre ses erreurs dans le monde entier, erreurs qui ont conquis les plus hauts rangs de l’Église en ouvrant les portes à un terrible châtiment pour toute l’humanité. Paul VI et la majorité des Pères du Concile prirent sur eux une responsabilité historique dont nous mesurons aujourd’hui toutes les conséquences. (Roberto de Mattei)

29 août 2017

[FSSPX Actualités] Amoris laetitia: un débat qui s’amplifie

Père Aidan Nichols
SOURCE - FSSPX Actualités - 29 aout 2017

Une nouvelle voix se fait entendre dans la controverse qui s’est élevée autour d’Amoris laetitia : un théologien de renom propose une réforme du droit canon afin de porter un jugement sur l’erreur d’un pape en matière de doctrine.

Le Père Aidan Nichols est un théologien dominicain reconnu qui a enseigné à Oxford, Cambridge et à l’Angelicum à Rome avant d’exercer la charge de Prieur du couvent dominicain Saint-Michel-Archange de Cambridge.

Il est l’auteur de plus de quarante ouvrages dépeignant notamment les grandes figures de la « Nouvelle théologie », de Hans von Balthasar à Joseph Ratzinger en passant par Karol Wojtyla

Il y a quelques semaines, le dominicain a donné une conférence à la Communauté Saint-Alban-et-Saint-Serge, une association à but œcuménique, devant un auditoire non-catholique pour la plupart. Le Père Nichols a développé l’idée selon laquelle, étant posé le caractère ambigu de l’Exhortation apostolique Amoris laetitia qui mène selon ses propres termes « à une situation extrêmement grave », il faudrait réformer le droit canon afin d’introduire une procédure « de rappel à l’ordre d’un pape lorsqu’il enseigne l’erreur ».

Jusqu’ici, Aidan Nichols n’avait pas publiquement commenté l’Exhortation apostolique, bien qu’il eût tout de même fait partie des quarante-cinq signataires d’une étude critique adressée le 29 juin 2016 au Sacré-Collège. Ceci dans le but d’obtenir un éclaircissement doctrinal permettant d’écarter les interprétations « erronées et hérétiques » d’Amortis laetitia.

Le religieux dominicain a souligné lors de son intervention qu’un principe de base du droit canonique est que le pape n’a pas d’instance judiciaire au-dessus de lui, ce qui se traduit par l’adage prima sedes a nemine iudicatur - le Premier Siège n’est jugé par personne.

Mais, selon lui, si le pape est le suprême juge d’appel dans l’Eglise, « cela ne le rend pas pour autant immune contre les erreurs doctrinales ». « De façon surprenante, ajoute le Père Nichols, étant donné l’atmosphère de piété qui a entouré les figures des papes depuis Pie IX, on a oublié cette réalité alors qu’on aurait dû au contraire l’approfondir ».

Etant bien posées les limites de l’infaillibilité pontificale, le droit canonique pourrait ainsi fournir le cadre d’une procédure formelle d’enquête sur le cas d’un pape ayant enseigné l’erreur. En fait, poursuit le théologien de Cambridge, « la crise présente du Magistère est providentielle : elle va permettre de mettre l’accent sur les limites du primat en cette matière ».

Et le Père Nichols de conclure que le danger le plus immédiat « est moins celui du schisme » que celui de la « diffusion d’une hérésie en morale ». Car si Amoris laetitian’était pas corrigée, « ce qu’elle contient serait à tout le moins considéré comme une opinion théologique tolérable, ce qui causerait des dommages irréparables ».

Cette analyse qui s’ajoute à celle de nombreux ecclésiastiques dans l’Eglise est originale. Si l’on peut être réservé quant à la possibilité de la procédure canonique proposée, le mérite de cette prise de position est de rappeler la gravité de certaines affirmations du chapitre 8 de Amoris laetitia. Dès le 2 mai 2016, un communiqué de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X avait demandé au Saint-Père d’en réviser la teneur :

« Nous implorons le Saint Père humblement, mais résolument, de réviser l’Exhortation Amoris lætitia et tout particulièrement son chapitre 8. Comme dans les textes de Vatican II, ce qui est ambigu doit être interprété de façon claire, et ce qui est en contradiction avec la doctrine et la pratique constante de l’Eglise doit être retiré, pour la gloire de Dieu, pour le bien de toute l’Eglise, pour le salut des âmes, spécialement de celles qui sont en danger de se laisser tromper par l’apparence d’une fausse miséricorde »

28 août 2017

[FSSPX Actualités] Amoris laetitia: mirage ou prophétie?

SOURCE - FSSPX Actualités - 28 août 2017

Pomme de discorde jusqu’au sommet de la hiérarchie ecclésiastique, l’Exhortation apostolique Amoris laetitia devrait constituer la boussole des familles dans les années à venir. C'est du moins ce qu'affirme le compte-rendu publié dans l’édition italienne de L’Osservatore Romano du récent colloque international ayant rassemblé en Espagne plusieurs acteurs-clé de la pastorale familiale.
     
Du 17 au 21 juillet 2017 s’est tenue à Madrid la Rencontre internationale des familles. Cette initiative, qui a réuni quatre-vingts responsables laïcs venus de trente pays, est due aux efforts conjoints de l’Institut de la famille de l’Université pontificale de Comillas, et du Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie, créé par le pape François en août 2016.

Cette rencontre a permis aux différents acteurs de la pastorale familiale, qui se réclament de la spiritualité de saint Ignace de Loyola, de revendiquer comme source d’inspiration et de réflexion l’Exhortation apostolique post-synodale Amoris laetitia. Pour preuve le thème général de la rencontre : « Regardez comme ils s’aiment : une réponse ignacienne à l’appel d’Amoris laetitia ».

Le Père Guilliermo Gutierrez Fernandez, prêtre mexicain, fut l’un des intervenants les plus remarqués de ce colloque. Ce religieux fait partie du nouveau Dicastère pour les laïcs, la famille et la vie qui, comme le rappellent ses statuts, « est compétent dans les matières qui relèvent du Siège apostolique pour la promotion de la vie et de l’apostolat des fidèles laïcs, pour le soin pastoral de la famille et de sa mission, selon le dessein de Dieu et pour la protection et le soutien de la vie humaine. » Cette nouvelle structure revêt une importance majeure dans le cadre des problématiques actuelles liées à la famille, notamment depuis que le dernier Synode sur la Famille y a jeté confusion et perplexité parmi le peuple fidèle.

De fait, les interventions du Père Gutierrez n’auront pas contribué à faire la clarté nécessaire sur la pastorale de la famille. D’entrée de jeu, le religieux a affirmé que « l’accompagnement pastoral est un exercice de patience et de miséricorde qui doit se réaliser davantage suivant le mode de la proposition en laissant de côté le mode impératif du commandement ». Il n'est pas dit si ce prêtre visait l'attitude du Christ lorsque celui-ci commanda à la femme adultère de ne plus pécher...

Puis, le Père Gutierrez a énoncé quelques-uns des défis qui doivent pousser l’Eglise à se faire toujours plus proche des gens. Telle une « Samaritaine accueillante », en relevant ces défis, elle deviendrait enfin « une Eglise en sortie missionnaire ».

Les fameux défis énumérés par le Père Gutierrez sont présentés sous forme d’apories sensées mener au dépassement de l’approche pastorale traditionnelle de l’Eglise. Parmi ces apories, citons l'opposition entre une réalité marquée par la « perte de l'espérance humaine et chrétienne dans l'amour » et la difficulté conséquente des jeunes « d’assumer une responsabilité et un engagement de toute la vie envers leur partenaire ».

Ou encore, l’opposition entre « les problématiques morales et anthropologiques liées à l’accueil de la vie humaine », et « l'exercice de la sexualité comprise comme l'expression mature de gestes qui permettent aux conjoints de vivre intensément la communion dans un don réciproque total ».

Et enfin, « la non-concordance entre le projet de se marier à l'église et une vie active de la foi ».

Ces impasses permettent au membre du Dicastère sur la famille de suggérer « quelques pistes d'action » comme la « relecture de l'Exhortation apostolique [Amoris laetitia], qui constitue une réelle feuille de route pour tous ceux qui travaillent en faveur des familles ». Celui qui n’aura pas fait d’Amoris laetitia un paradigme de vie pourra-t-il être un agent digne de la nouvelle pastorale familiale ?

Les pistes d'action se résument à la prétention de ne pas « imposer d’obligations de manière autoritaire ou des déclarations de principe », mais plutôt à « éduquer la liberté responsable », en aidant les gens à mûrir leurs convictions et leurs comportements « pour découvrir la vérité sur eux-mêmes ». On retrouve ici, au moins en filigrane, la morale de situation et la notion moderne de « loi de gradualité » qui considère que la loi morale divine comporte des degrés, chacun ayant sa légitimité dans la mesure où la personne est en marche vers l’idéal. Une telle conception de la loi s’oppose frontalement à la morale catholique. A moins qu'il ne s'agisse, tout bonnement, du primat de la liberté individuelle et de la conscience personnelle sur toute loi extérieure, qu'elle que soit l'autorité qui la porte, fût-elle divine.

« Dans tous les cas, a conclu le Père Gutierrez, la méthode que nous demande de suivre Amoris laetitia, c’est le dialogue, le fait d’aller à la rencontre, de construire des ponts, de porter un regard cordial sur le monde : afin de découvrir le sens des questions qui hantent les hommes et les femmes de notre temps, de les prendre par la main vers la rencontre avec le Père miséricordieux ». On reconnaît ici le discours habituel dans l'Eglise depuis 50 ans, fruit d'une pastorale positive à l'égard du monde, ignorante de la réalité du péché et de ses conséquences, oublieuse du nécessaire combat à mener contre l'esprit du monde et Satan qui en est le prince.

Dans tous les déserts il y a des mirages : Amoris laetitia en est un au beau milieu du vide de la « pastorale familiale ». Plus que jamais, il est du devoir du Saint-Père, à qui le Christ a confié la mission de confirmer ses frères dans la foi, de faire la clarté sur un sujet aussi fondamental pour la vie de l’Eglise que celui de la sainteté du mariage et l'épanouissement d'une vie familiale authentiquement chrétienne.

27 août 2017

[Abbé Barthe - Terre de Mission] Église universelle : 25% des ordinations de Français selon la forme extraordinaire du rite romain

SOURCE - Abbé Barthe - Terre de Mission - 27 août 2017

La fête de Saint Pierre et Saint Paul le 29 juin est l'occasion des ordinations sacerdotales en France et dans l'Église universelle. Cette année encore se confirment les orientations majeures des années précédentes : une stabilisation à un niveau très faible des ordinations sacerdotales pour les prêtres séculiers (une centaine par an à mettre en regard des 600/700 décès annuels), la part croissante des prêtres ordonnés selon la forme extraordinaire du rite romain essentiellement dans des instituts séculiers ( Fraternité Saint Pierre, Fraternité Saint Pie X, Institut du Christ-Roi, Institut du Bon Pasteur, etc.) mais aussi, phénomène nouveau, dans des diocèses. L'abbé Barthe dresse un bilan précis chiffré de ces ordinations et en tire des perspectives pour la physionomie de l'Église de France à moyen terme : l'ostracisme épiscopal à l'encontre des prêtres dits traditionalistes ne pourra pas durer. C'est une simple question de biologie!
[...]

26 août 2017

[FSSPX Actualités] Euthanasie en Belgique : un ancien Premier ministre se distancie de Rome

SOURCE - FSSPX Actualités - 26 aout 2017

Un ancien premier ministre belge et président du Conseil européen sort de sa réserve et crée la polémique en prenant publiquement ses distances avec la récente mise au point du pape François condamnant la pratique de l’euthanasie dans les établissements belges tenus par les Frères de la Charité de Gand.

Herman Van Rompuy est un ancien Premier ministre belge qui a exercé la charge de Premier président du Conseil européen de 2010 à 2014. Catholique et père de quatre enfants, titulaire d'un baccalauréat de philosophie et d'un master en sciences économiques appliquées de l'Université catholique de Louvain, il est actuellement membre du Parti Démocrate chrétien flamand, et surtout membre de l’organisme qui gère les structures sanitaires des établissements de la Congrégation des Frères de la Charité de Gand. 

Depuis le mois de mars 2017, la direction de ces établissements qui accueillent notamment des patients souffrant de troubles psychiatriques, a décidé d'autoriser l'euthanasie active sur les malades, non seulement pour les patients en phase terminale qui le demanderaient, mais encore lorsque se présentent des cas de détresse psychologique profonde, ou lorsqu’il n’existe pas de « traitement alternatif raisonnable ». 

Le Supérieur général a dénoncé cette décision et a reçu l'appui de l'autorité suprême. En effet, la Salle de Presse du Saint-Siège a confirmé le 10 août 2017 que le pape François, après avoir consulté la Congrégation pour la Doctrine de la foi, avait demandé à la communauté belge des Frères de la Charité de Gand de renoncer à pratiquer l’euthanasie sur ses patients. 

Le Conseil d'administration dispose du délai d'un mois pour se conformer à cette demande, sous peine de sanctions canoniques. D'ores et déjà, les religieux et laïcs concernés ont décidé de prendre le temps de la réflexion. 

Pour sa part, Herman Van Rompuy semble peu apprécier cette mise au point du Vatican et du Frère René Stockman, le Supérieur général. L’ancien Premier ministre belge n'a pu s'empêcher de s'exprimer le 13 août sur les réseaux sociaux en un tweet laconique : « Le temps du ‘Roma locuta, causa finita' [Rome a parlé, l’affaire est close] est passé depuis longtemps ». 

Interrogé par Crux, le Supérieur Général des Frères de la Charité a refusé de commenter ce tweet de M. Van Rompuy, disant qu'il n'avait « aucune idée de la raison pour laquelle il avait décidé de publier cela sur Twitter ». Le 17 août, dans un entretien au quotidien catholique italien Avvenire, le Frère Stockman s'est montré confiant dans l'issue de la réunion du 11 septembre. Il a détaillé les quatre points qui étaient exigés : « En premier lieu, rappeler que le respect de la vie est une valeur absolue. Secundo, que l’on ne peut pas indiquer l’euthanasie comme une “solution” à un malade sans perspective de guérison. Tertio : l’euthanasie ne peut être considérée comme un acte médical. Quatrième et dernier point : l’euthanasie ne peut pas être pratiquée dans les hôpitaux qui se disent liés à notre congrégation religieuse. J’en ai parlé aussi avec le Secrétaire d’Etat du Vatican, le cardinal Pietro Parolin, et il a confirmé que sur ce point, on ne fait pas de compromis ». 

Le groupe des Frères de la Charité n'a pas encore répondu à l'ultimatum du Vatican, mais le message d’Herman Van Rompuy semble légitimer une certaine résistance chez les religieux, comme si l'obéissance en cette matière n'allait pas de soi. Comme si la loi de César pouvait être préférée à celle de Dieu. 

En tout cas, la doctrine catholique n’évolue pas au gré des convulsions des réseaux sociaux : l'euthanasie, tout comme le suicide assisté, est un meurtre car l'acte posé provoque directement la mort. Il constitue une grave offense contre Dieu, Créateur et Maître de la vie, et un péché contre le cinquième commandement : « Tu ne tueras point ». 

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Pourquoi LA “Résistance”?

Abbé Patrick Girouard
SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 26 août 2017

Tradiland ne peut plus suivre un chef corrompu
Il devra Résister pour se joindre aux élus.
   
A la suite du Commentaire « Pourquoi la Tradition ? », nous donnons la parole à Monsieur l’Abbé Patrick Girouard qui exerce actuellement son ministère dans une paroisse de la « Résistance » de l’Ouest canadien. Il nous explique pourquoi les catholiques doivent non seulement être Traditionnalistes mais, lorsqu’ils le sont, être aussi « Résistants ». La « Lettre de Mission » que l’abbé a écrite en juin 2013, nous expose pourquoi quelques douzaines de paroissiens et lui-même ont quitté la FSSPX. Nous avons, hélas, été obligé d’abréger drastiquement cette belle « Lettre ». Mais, pour en avoir le texte intégral, vous pouvez toujours contacter l’Abbé Girouard à thebastion.faith.

L’Abbé Girouard écrit en substance :
Si moi-même et environ un tiers de la paroisse de Langley, avons décidé de nous implanter ailleurs, c’est parce que notre Fraternité bien-aimée est maintenant détruite par eux qui la dirigent, si bien que nous ne pouvons plus supporter la propagande constante justifiant cette destruction. Après avoir étudié attentivement les documents qui font la lumière sur la crise actuelle de la FSSPX, nous avons compris ce qui se passait. Si nous étions alors restés silencieux et passifs, non seulement nous aurions été en danger mais nous aurions en outre contribué à la destruction du mouvement Traditionnel. Que notre prise de position encourage davantage d’autres prêtres et d’autres fidèles à faire de même! 
Effectivement, la Fraternité Saint-Pie X a déjà rejoint l’église conciliaire. Même si l’accord avec Rome n’a pas encore été signé, du moins a-il été accepté dans son principe lors du Chapitre Général de la Fraternité, en juillet 2012, ce qui amena la Révolution au sein de la Fraternité : le Chapitre décida en effet que la Fraternité pourrait désormais signer un accord avec les implacables destructeurs de l’Église catholique. 
Comment un catholique digne de ce nom peut-il accepter une telle décision ? Comment pouvons-nous dire que nous sommes catholiques si nous acceptons de conclure un accord avec ceux qui facilitent, par leurs actions ou leur silence, la damnation de tant d’âmes pour lesquelles Notre-Seigneur a donné sa vie ? Et comment pouvons-nous même consentir à parler avec des gens qui favorisent cette abomination devant Dieu qu’est le Novus Ordo Missae ? Je me souviens de Mgr Lefebvre citant le prophète Malachie contre la Nouvelle Messe : « À vous, les prêtres, qui méprisez mon Nom, et dites,’En quoi avons-nous méprisé ton Nom ?’. Vous offrez sur mon autel des aliments souillés et vous demandez : ‘En quoi t’avons-nous souillé ?’ dit le Dieu des Armées » (I,7). 
Jamais la mission de la FSSPX n’a été d’intégrer la structure de l’Église conciliaire afin de la « transformer » de l’intérieur. Mgr Lefebvre a condamné cette illusion peu après les sacres épiscopaux de 1988. La mission de la Fraternité est de former des prêtres qui prêcheront la Vérité et se battront vigoureusement contre l’erreur, sans “discussions” ni “dialogue”, ni “négociations”. Tel un phare, ce petit reste attirera les âmes de bonne volonté. Mais les dirigeants actuels de la Fraternité qui ont trahi cette mission, ne tolèrent aucune dissidence ni critique allant contre leur nouvelle orientation. Alors, la seule façon de nous tenir dans la Vérité, c’est de nous séparer de la Néo-Fraternité. Nous devons prier beaucoup pour la fin de cette crise et pour notre propre persévérance dans le bon combat. 
Vous me demanderez : Quand viendra le temps de rejoindre Rome ? Comment saurons-nous que nous avons un bon pape ? La réponse est simple : quand le Pape condamnera publiquement la Nouvelle Messe et interdira de la célébrer sous peine d’excommunication ; quand il condamnera publiquement et rejettera tout le Concile Vatican II. Autrement dit : quand on le verra prendre des mesures efficaces pour faire le grand nettoyage. De même, quand pourrons-nous retourner dans la Fraternité et lui faire de nouveau confiance ? Réponse : Lorsque Mgr Fellay et tous les prêtres de la Fraternité qui font la promotion de la nouvelle ligne seront écartés et interdits de tout futur supériorat ; lorsque les textes du Chapitre seront officiellement condamnés ; lorsque les prêtres fidèles seront réhabilités, et ainsi de suite. 
Impossible, direz-vous ? Je répondrai simplement : Et alors ? Où est le problème ? Faisons notre devoir, rendons gloire à Dieu et laissons-Le s’occuper des destructeurs. Prions et sacrifions-nous pour leur conversion, et restons bien unis dans la prière. Mais nous engager dans des compromis et nous mettre en danger ? – Ça, jamais !
Kyrie eleison.

25 août 2017

[Jean-Pierre Maugendre] Le pape François et l’immigration : une compassion sélective

SOURCE - Jean-Pierre Maugendre - 25 août 2017

A l’occasion de la prochaine Journée Mondiale des Migrants, le 14 janvier 2018, le pape François a diffusé le 21 août, un texte daté du 15 août intitulé : Accueillir, protéger , promouvoir et intégrer les Migrants. Il y avait manifestement urgence à publier ce texte, cinq mois avant l’événement qui en est l’occasion ! On n’ose croire qu’il s’agissait de coller à l’actualité de l’attentat de Barcelone le 17 août, dont tous les acteurs sont des migrants de plus ou moins fraîche date.
  
Ce texte dans la veine d’un tract du CCFD ou d’un libelle de Témoignage Chrétien est un long plaidoyer en vingt et un points en faveur des migrants. L’émigration y devient un droit à faciliter alors que l’enseignement traditionnel de l’Eglise était plutôt opposé à ces déplacements de population qualifiés de malsains (cf Rerum Novarum, Léon XIII, 1891).
  
Nous ne ferons pas la, longue, liste de tous ces droits des migrants nous contentant de relever des affirmations surprenantes, des oublis déconcertants et des analyses et propositions déroutantes.
Des affirmations surprenantes
Le principe de la centralité de la personne humaine nous oblige à toujours faire passer la sécurité personnelle avant la sécurité nationale. Est ainsi signé l’acte de décès de toute vie en société organisée et viable. La notion de bien commun- le terme n’est pas mentionné une seule fois dans le document pontifical- s’avère obsolète. Sans doute s’agit-il d’une autre formulation de la déclaration conciliaire : L’ordre des choses doit être subordonné à l’ordre des personnes (Gaudium et Spes 26§1) ? Le sacrifice de sa vie au bénéfice d’un bien commun supérieur, celui de sa famille, de sa patrie, etc. devient au mieux incompréhensible au pire incongru ! La personne humaine avec ses faiblesses et ses passions devient la mesure de toute chose. Protagoras l’avait déjà énoncé mais nous croyions que le christianisme avait transformé cette perspective.
  
Défense des droits et de la dignité des migrants ainsi que des réfugiés indépendamment de leur statut migratoire. Il était jusqu’ici classique de distinguer, parmi les réfugiés d’une part ceux en situation régulière de ceux en situation irrégulière et d’autre part ceux en provenance de zones en guerre et les réfugiés économiques. Ces distinctions élémentaires sont rayées d’un trait de plume. Les notions de base qui président aux relations internationales et qui reposent sur la citoyenneté et le respect du droit sont réduites à néant. Aucune discrimination sur la base d’une nationalité ou d’une règle juridique ne reste plus justifiable. La terre est à tous ! Nous sommes citoyens du monde ! Circulez !
  
Reconnaître à la dimension religieuse sa juste valeur, en garantissant à tous les étrangers présents sur le territoire la liberté de profession et de pratique religieuse. Cette liberté religieuse absolue, dont les prémices se trouvent dans la déclaration conciliaire Dignitatis Humanae, est à la fois un refus de la mission d’évangélisation de l’Eglise et un blanc-seing accordé aux prédicateurs wahabites ou salafistes, avec les conséquences que l’on sait.
Des oublis déconcertants
Nulle part dans ce texte n’est employé le mot islam alors que la majorité des migrants qui arrivent en Europe sont musulmans. Il n’est nulle part fait mention des attentats meurtriers qui ensanglantent notre continent, commis par des islamistes revendiqués qui sont souvent des migrants ou des descendants de migrants.
  
Le Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral fait l’impasse totale sur les droits des populations européennes autochtones. Personne ne juge utile de s’intéresser au sort et aux aspirations de ces populations. En particulier on peut se demander à partir de quel niveau de population étrangère les populations indigènes se sentent, inéluctablement, en situation d’insécurité culturelle voire physique ? Le Développement humain intégral ne semble pas s’intéresser à tous les hommes !
  
Il n’est jamais question des devoirs des migrants vis-à-vis de leur pays d’accueil ceci en contradiction avec le § 2241 du Catéchisme de l’Eglise Catholique : L’immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, d’obéir à ses lois et de contribuer à ses charges.
Des analyses et propositions déroutantes
Œuvrer afin que soit promue l’insertion professionnelle des migrants et des réfugiés, garantissant à tous- y compris aux demandeurs d’asile- la possibilité de travailler. Malheureusement il ne suffit pas de décréter le droit au travail pour que celui devienne une réalité. On peut aussi décréter le droit au bonheur, l’extinction du paupérisme à partir de 18h le soir, etc. Le travail ne se crée pas par injonction ministérielle ou pontificale. Comment la France dont le taux de chômage avoisine les 10% de la population active pourrait-elle fournir du travail à des migrants qui ne sont pas tous les chercheurs en physique nucléaire ou les docteurs en nanotechnologies qui nous font si cruellement défaut ?
   
En favorisant le regroupement familial- y compris des grands-parents, des frères, des sœurs et des petits-enfants- sans jamais se soumettre à des capacités économiques. On ne comprend pas pourquoi sont exclus les cousins, cousines, beaux-parents, etc. L’ineptie de tout cela décourage le commentaire mais on attend avec impatience de savoir combien de visas va délivrer l’état du Vatican : 1000, 10 000, 100 000, 1 million, plus ?
   
Enrichissement interculturel général du fait de la présence de migrants et réfugiés. Effectivement il manquait à notre vieille civilisation l’enrichissement de ces pratiques ancestrales que sont, par exemple : l’excision des fillettes, la polygamie, la lapidation pour adultère, etc. Que de richesses ignorées !
Conclusion
Bien évidemment le degré d’autorité de ce document est faible. Nous n’avons pas, selon l’expression du cardinal Burke, le 9 août dernier à Louisville, Kentucky, l’idolâtrie de la papauté. Il n’en reste pas moins que ces écrits sont pour le moins mal venus alors que le choc des civilisations naguère prévu par Samuel Huttington est chaque jour plus une réalité. Le Saint-Père semble incapable de mener une réflexion civilisationnelle et politique. Il semble se complaire dans une compassion sélective univoque : les gentils migrants en butte à l’hostilité des profiteurs égoïstes, assis sur leurs tas d’or sans jamais s’interroger sur le fait de savoir ce qui fondamentalement, structurellement fait que certaines civilisations génèrent un relatif bien-être et d’autres ne véhiculent que la misère, la guerre et l’esclavage. Ce texte, de plus, pèche gravement, d’un point de vue surnaturel, en refusant, au moins implicitement, tout souci d’évangélisation à destination de ces populations déracinées et donc fragilisées, en quête de nouveaux repères. De plus les peuples d’Europe soucieux de la préservation de leur identité risquent de considérer l’Eglise comme le cheval de Troie du grand remplacement de population en cours, ce qui ne sera pas sans conséquences spirituelles, cette attitude les éloignant de l’Eglise, et politiques, certains gouvernements voyant alors en l’Eglise un ennemi politique ou, au contraire, un allié.

[Anne Le Pape - Présent] Paix liturgique – édition papier : irremplaçable

SOURCE - Anne Le Pape - Présent - 25 août 2017


Nous avons tous plus ou moins pris l’habitude, si peu modernes que nous nous voulions, d’aller consulter quelques sites intéressants sur internet. Parmi ceux-ci, Paix Liturgique donne souvent d’excellentes informations accompagnées de commentaires enrichissants. Mais une fois qu’ils sont lus, qu’en reste-t-il, sinon un vague souvenir ? Si un tirage est fait, où le classer, comment le retrouver ?

C’est donc une excellente initiative qui a été prise par les éditions Oremus de faire paraître, en un volume d’ailleurs fort bien présenté, le texte intégral des lettres hebdomadaires publiées de janvier à juin 2016. On y retrouve avec profit des textes très variés concernant la messe dite « extraordinaire » – mais n’est-il pas normal de qualifier la messe, chaque fois qu’elle est célébrée, d’« extraordinaire », elle qui est un véritable miracle ? Entretiens, évocations du renouveau du rite traditionnel à travers le monde (avec notamment des pages émouvantes sur les descendants de Cristeros au Mexique, ô combien attachés à la messe que leurs ancêtres ont su défendre en risquant leur vie), réflexions sur les sacrements, tout est intéressant et à (re)-découvrir. De plus en une édition sur beau papier, avec des photos qui, même quand elles sont petites, demeurent d’excellente qualité.

Nous guettons les volumes suivants avec intérêt.
  • La Lettre de Paix Liturgique, 1er semestre 2016, coll. Les Archives de Paix Liturgique, éd. Oremus, 160 pages, 9 euros.
Anne Le Pape

[Belgicatho] Mgr Jean-Pierre Delville, évêque de Liège : le sens de la forme extraordinaire du rite romain

SOURCE - Belgicatho - 25 août 2017

Homélie prononcée  pour la  messe votive du Cœur immaculé de Marie, à Herzogenrath  ( près d'Aix-le-Chapelle)
« Chers Frères et Sœurs,

Delville 1836205096.2.jpgC’est une joie pour moi de me retrouver avec vous pour célébrer la messe dans la forme extraordinaire du rite romain. Nous avons placé cette messe sous la protection de Marie et de son cœur immaculé. Elle est pour nous une mère, comme Jésus l’a dit à l’apôtre Jean, quand il était sur la croix : Voici ta mère. À partir de cette heure le disciple la prit chez lui. En prenant Marie chez lui, le disciple la protégeait et la faisait vivre. De même aujourd’hui nous voulons protéger et faire vivre la tradition de l’Église à travers la pratique de la forme ancienne de la liturgie. Nous la prenons chez nous, comme Jean a pris Marie chez lui. À ce sujet le pape Benoit XVI écrivait  : Il est bon pour nous tous, de conserver les richesses qui ont grandi dans la foi et dans la prière de l’Eglise, et de leur donner leur juste place. 

La liturgie ancienne conserve en effet tout un patrimoine de paroles, de gestes, d’images et de chants, qui nous aident à vivre notre foi. Il serait dommage que tout cela soit réduit à devenir un objet de musée. Car tout ce matériau liturgique imprègne notre foi aujourd’hui encore. En parlant de « forme extraordinaire », le pape rappelle qu’il existe une « forme ordinaire » de la liturgie, promue par le concile Vatican II. Les deux formes doivent donc être conjuguées et ne peuvent être séparées.

Le Concile a voulu promouvoir la participation de l’assemblée à la liturgie et le retour aux sources bibliques de la foi. Nous suivons cette inspiration aussi en célébrant la forme ancienne. Car nous participons tous par nos paroles, nos gestes, nos chants et notre prière personnelle à la prière communautaire. Et nous retournons aux sources de notre tradition de foi, non seulement aux sources bibliques, mais aussi aux sources liturgiques, dans la langue originale de leur création. Les paroles et les textes de la liturgie ancienne remontent parfois au 4e siècle et à l’époque de saint Ambroise de Milan, qui a écrit des hymnes pour la liturgie. Les oraisons de la messe sont composées en un latin rythmé, qui est proche de la poésie ; souvent elles comportent trois étapes : la contemplation de l’action de Dieu, la considération de la situation du fidèle et la formulation de sa prière de demande. Elles s’adressent toujours au Père, et invoquent en finale la médiation du Christ et celle de l’Esprit Saint. Ainsi une oraison de la messe est-elle pour nous un modèle de prière :  contemplation de Dieu, considération de la situation de l’homme, expression de la prière confiante. Les passages de l’Écriture se trouvent dans l’épître, l’évangile et le dernier évangile ; mais aussi dans le chant d’introit, dans le psaume graduel et l’antienne avant l’évangile, ainsi que dans les chants d’offertoire et de communion. Au total, c’est souvent plus que dans une messe suivant la forme ordinaire.

Dans le canon de la messe, les mots peuvent nous surprendre par leur poésie : ainsi la vie éternelle est-elle décrite comme un refrigerium, un lieu de fraicheur. Et avant la communion, lorsque le prêtre rompt le pain et en met une parcelle dans la coupe, il utilise le mot de « consécration ». Car en effet la consécration du corps et du sang du Christ s’achève par cette commixtio, ce mélange qui évoque l’union de l’âme et du corps. À côté des mots, la liturgie comporte des gestes. Ceux-ci sont plus développés que dans la forme ordinaire. Par leur présence les gestes donnent une signification symbolique aux paroles exprimées ; ainsi le prêtre incline la tête chaque fois qu’il prononce le mot de Jésus, pour signifier que dans l’humanité de l’homme Jésus se cache sa divinité ou sa nature divine. Le prêtre baise l’autel avant chaque oraison : pour signifier que la prière qu’il va dire est inspirée par le Christ, dont l’autel est le symbole. Après la consécration, le prêtre fait la génuflexion devant le saint sacrement du corps et du sang du Christ pour signifier sa démarche d’adoration. Et il s’incline profondément durant sa prière personnelle pour marquer son humilité. Même le regard est codifié :  ainsi le prêtre doit lever les yeux vers le ciel quand il offre le pain et le vin à l’offertoire, pour signifier son attente d’une intervention divine. Le regard du prêtre se conjugue au regard des fidèles. Ceux-ci sont émerveillés par la beauté des lieux, des habits, des peintures, des vitraux, de l’autel. Leur regard est sollicité en particulier au moment de l’élévation de l’hostie et du calice, lors de la consécration, lorsqu’ils lèvent la tête. Les fidèles sont touchés aussi par la bonne odeur de l’encens, qui touche leur odorat. Les sens de chacun sont sollicités pour que toute la personne, dans son corps, participe à la prière et que celle-ci anticipe la joie de la vie éternelle, où nous serons tout à tous et tout à Dieu. Nous serons dans la vision béatifique, c’est-à-dire la vision de Dieu.

Enfin, il y a les chants, qui touchent nos oreilles. Quand ils sont entonnés par le prêtre, ils rendent sa prière publique et solennelle. Quand ils sont chantés par l’assemblée ou le chœur, ils signifient la participation de chacun à la prière du prêtre, dans un dialogue où chacun a sa part. Les chants transforment les mots en œuvres d’art, en louange, en fête, en joie ou en tristesse ; ils soulignent les sentiments qui animent la prière et touchent le cœur de chacun. Ils touchent même le cœur de Dieu, puisque saint Augustin a dit : celui qui chante prie deux fois. 

Ainsi, Frères et Sœurs, dans cet ensemble de mots, de gestes, d’images et de chants, nous vivons notre foi. Nous recueillons un patrimoine, comme saint Jean au pied de la Croix a recueilli Marie, symbole de l’Eglise. Que notre participation à cette messe fasse ainsi vivre notre Église ; et qu’elle fasse de nous des témoins, comme saint Jean qui fut évangéliste, c’est-à-dire porteur de bonne nouvelle, pour le monde entier. Amen. »

24 août 2017

[Candidus - Le Forum Catholique] Le rite de 1965 autorisé par la commission ED

SOURCE - Candidus - Le Forum Catholique - 24 aout 2017

Lorsque l’abbaye de Fontgombault et les communautés qui en sont issues ont repris la célébration de la liturgie traditionnelle, elles ont obtenu de la commission Ecclesia Dei l’autorisation de célébrer la messe conventuelle selon un rite très proche du missel de 1965 (les messes privées restant célébrées selon le missel de 1962).

Je viens de prendre connaissance d’un courrier adressé par la CED le 26 mars 1997 (N°40/97) à un évêque australien dans lequel la commission indique que l’indult accordé à l’abbaye de Fontgombault peut aussi s’appliquer à la célébration de n’importe quelle messe pontificale, solennelle ou chantée.

Je rappelle quelles sont les 8 modifications au missel de 1962 qui ont été concédées à l’abbaye de Fontgombault :

1 - Quand la messe conventuelle suit le chant de l’Office Divin (tierce), le choeur entonne le chant de l’introit et les prières au bas de l’autel sont omises.

2 - La liturgie de la Parole se célèbre au siège du célébrant.

3 - Les lectures sont faites en direction des fidèles, soit en latin soit en langue vernaculaire ; le célébrant ne répète ni les lectures ni les chants du choeur ou des fidèles.

4 - Après l’Oremus précédant l’offertoire, la Prière Universelle peut être ajoutée.

5 - La secrète est chantée.

6 - La doxologie “Per ipsum” est chantée par le célébrant.

7 - Le Pater est chanté par les fidèles et le célébrant.

8 - La bénédiction finale est chantée et le dernier évangile est omis.

On peut avancer que ces modestes réformes constituent ce que la plupart des Pères conciliaires envisageaient lors de la promulgation de la Constitution Sacrosanctum Concilium, le 4 décembre 1963, après qu'ils l'eurent adoptée par un vote de 2147 voix contre 4.

Je rappelle en passant que la réforme liturgique envisagée par Jean XXIII en 1962, selon les paroles mêmes du pape rapportées par Mgr Elchinger, évêque de Strasbourg, n'allait guère au-delà de "la suppression du dernier Evangile" (cf. L'âme de l'Alsace, mémoires de l'ancien évêque de Strasbourg).

[Cyprien Viet - Radio Vatican] Le Pape François réaffirme que la réforme liturgique est «irréversible»

SOURCE - Radio Vatican - 24 août 2017

Le Pape François, qui a repris ce matin le rythme normal de ses activités publiques après la pause estivale, a délivré ce matin une longue intervention sur le sens de la liturgie, en recevant les membres du centre d’Action liturgique, qui participent actuellement à la Semaine liturgique nationale en Italie. L’occasion pour le Saint-Père de rappeler son attachement à la réforme de la liturgie issue du Concile Vatican II, et d’en expliquer la cohérence à la fois biblique et historique.
     
Le Pape François a commencé son intervention en rappelant que ce mouvement de réforme avait été ouvert dès le pontificat de saint Pie X, Pape du début du XXe siècle qui avait établi de nouvelles règles pour la musique sacrée et avait créé une commission pour que «l’édifice liturgique puisse devenir de nouveau resplendissant dans sa dignité et son harmonie». Quelques décennies plus tard, Pie XII, avec l’encyclique Mediator Dei, avait ouvert de nouveaux champs de réforme, avec notamment de nouveaux rites pour la Semaine Sainte, et le rétablissement de la Veillée pascale.

Le Concile Vatican II n’arrivait donc pas sur un terrain vierge : votée à la quasi-unanimité par les pères conciliaires, la Constitution sur la liturgie Sacrosanctum Concilium répondait «aux besoins réels et à l’espérance concrète d’un renouveau». Son application est «toujours en cours» car «il ne suffit pas de changer les livres liturgiques pour changer la mentalité». Reprenant les propos du bienheureux Paul VI sur le danger des «ferments de désagrégation, également pernicieux dans un sens et dans un autre», François a précisé qu’il ne faut pas faire de la liturgie «des lectures infondées et superficielles, des réceptions partielles et des pratiques qui la défigurent». «Après ce long chemin, nous pouvons affirmer avec sécurité et avec autorité magistérielle que la réforme liturgique est irréversible», a martelé le Saint-Père, vivement applaudi par l'assistance.

François a insisté sur la «présence réelle du mystère du Christ» dans la liturgie, car «tout comme il n’y a pas de vie humaine sans battement cardiaque, de même, sans le cœur battant du Christ, il n’existe pas d’action liturgique». La liturgie est vie pour le peuple de l’Église, sa nature est donc«populaire» et non pas «cléricale». Elle est «l’action que Dieu lui-même accomplit en faveur de son peuple, mais aussi l’action du peuple qui écoute Dieu qui parle, et réagit en le louant, en l’invoquant, en accueillant l’inépuisable source de vie et de miséricorde» qui jaillit des signes et des rites de la liturgie. «L’Église en prière rassemble tous ceux qui ont le cœur à l’écoute de l’Évangile, sans écarter personne : sont convoqués petits et grands, riches et pauvres, jeunes et anciens, personnes en bonne santé et malades, justes et pécheurs.» À l’image de la multitude immense qui célèbre la liturgie dans le sanctuaire du Ciel dans le Livre de l’Apocalypse, «l’assemblée liturgique dépasse, dans le Christ, toute frontière d’âge, de race, de langue et de nation».

La liturgie n’est donc pas la projection intellectuelle ou idéologique d’une certaine idée de l’existence de Dieu, mais une occasion de «sentir que Dieu nous aime, comme nous sommes, ici et maintenant», avec les yeux et les oreilles ouverts pour comprendre notre mission de disciples de Jésus.

Le Pape François a enfin rappelé que la richesse de l’Église en prière en tant que «catholique» va au-delà du rite romain, qui «tout en étant le plus étendu, n’est pas le seul. L’harmonie des traditions rituelles, d’Orient et d’Occident, par le souffle du même Esprit, donne voix à l’unique Église orante par le Christ, avec le Christ et dans le Christ, dans la gloire du Père et pour le salut du monde». 

23 août 2017

[Le Salon Beige] FSSPX : Grand pèlerinage à Fatima

SOURCE - Le Salon Beige - 23 aout 2017

Le week-end dernier, la Fraternité Saint-Pie X a commémoré avec faste le centenaire des apparitions de Fatima. Ses supérieurs et ses évêques étaient tous réunis avec un concours de 10 000 fidèles le 19 août à Os Valinhos sur les lieux où Notre Dame était apparue cent ans auparavant, jour pour jour.

Contrairement au pèlerinage qui avait été organisé treize ans plus tôt et qui avait été émaillé par quelques tiraillements avec les responsables diocésains, les autorités ont ouvert largement les portes des sanctuaires. Les messes des deux jours ont cependant eu lieu en plein air compte tenu du grand nombre d'assistants et de la durée des cérémonies. Elles furent célébrées par l'ancien supérieur général de la FSSPX et par l'actuel, l'abbé Franz Schmidberger et Mgr Bernard Fellay. Le premier a rappelé les propos de Benoît XVI qui avait souligné le fait que les messages de Notre Dame de Fatima étaient particulièrement actuels.

Si les grands pèlerinages organisés par la FSSPX le sont sur le sol de France et prouvent son implantation particulière dans notre pays, celui de Fatima a montré le poids toujours grandissant du traditionalisme sur les autres continents et dans les autres pays. Le clergé et les fidèles americains, suisses ou allemands étaient particulièrement présents, rappelant combien la raison d'être de l'oeuvre traditionnelle était loin d'être un phénomène national.

22 août 2017

[Mgr Faure, sajm - Non Possumus] Entrevue à l'occasion du premier anniversaire de la Société des Apôtres de Jésus et Marie

SOURCE - Mgr Faure, sajm - Non Possumus - 22 aout 2017

Excellence, qu'est-ce que ce la Société des Apôtres de Jésus et Marie et quel est son esprit?
La SAJM veut être la continuation de l’oeuvre et du combat de Mgr Lefebvre dans sa fidelité à la Foi de toujours. Dans cette crise profonde de l’Église, la SAJM est en particulier destinée à la protection de la vie sacerdotale et au maintien de la ferveur des futurs prêtres.
Pourquoi avez-vous choisi ce nom?
Le 17 Juin 1970, Mgr Lefebvre a signé le projet des statuts de la “Fraternité des Apôtres de Jésus et Marie”. De là est sorti ce nom. C' était aussi la dénomination interne de la congrégation fondée par lui. En conservant ce nom, nous avons voulu honorer la mémoire de Mgr Lefebvre.
Monseigneur, quand et dans quelles circonstances elle a-telle été fondée ?
Il y a un an lors de la fête du Coeur Immaculé de Marie, plusieurs prêtres et séminaristes ayant manifesté la nécessité d’avoir un supérieur, une règle de vie, etc... qui sont les mêmes que celles que nous avons toujours eues dans la Fraternité fondée par Mgr Lefebvre. 
Quelles sont les similitudes et les différences qui existent entre la SAJM et la FSSPX ?
L’esprit et les statuts sont presque identiques, mais en ce qui concerne certaines différences, nous avons pris en compte l’évolution catastrophique de la FSSPX et cette observation de Monseigneur Lefebvre après avoir lu l’œuvre de l'abbé Emmanuel Barbier – Histoire du catholicisme libéral et du catholicisme social en France : “Si j’avais lu cette œuvre avant, j’aurais donné dans mes séminaires une autre orientation”. Avec cela il faisait référence à la nécessité d’une orientation plus anti-libérale.
Les statuts de la SAJM sont-ils les mêmes que ceux que Mgr Lefebvre a rédigé pour la FSSPX ?
Les statuts de la SAJM sont essentiellement identiques à ceux de la Fraternité, avec quelques ajustements que nous avons jugés nécessaires, en voyant la déviation de la FSSPX. Un exemple est dans le point suivant que nous avons ajouté : « Depuis le concile Vatican II, le Saint Sacrifice de la Messe, la doctrine catholique et toute la vie de l'Eglise, sont attaqués par la hiérarchie libérale et moderniste. Parce que le sacerdoce catholique a le devoir essentiel de combattre le libéralisme et le modernisme dans la défense des droits divins violés, la Société écarte toute possibilité de régularisation canonique par voie d'accord bilatéral, reconnaissance unilatérale, ou de quelque façon que ce soit, tant que la hiérarchie catholique ne revient pas à la Tradition de l'Eglise » (Cap. II, nº5). 
Excellence, comment se développe le séminaire de la SAJM ?
J’ai décidé de fonder le séminaire Saint Louis Marie Grignon de Montfort aussitôt après ma consécration, en me rappelant les paroles de Mgr Lefebvre dans son « Itinéraire spirituel » : « Une seule chose est nécessaire pour la continuation de l'Église catholique : des évêques pleinement catholiques, sans aucune compromission avec l'erreur, qui fondent des séminaires catholiques, où des jeunes aspirants pourront se nourrir au lait de la vraie doctrine, mettront Notre-Seigneur Jésus-Christ au centre de leurs intelligences, de leur volonté, de leur cœur ; une foi vive, une charité profonde, une dévotion sans bornes les uniront à Notre Seigneur. » 
Toutes les œuvres de Dieu ont connu quelques difficultés dans les débuts, cependant nous avons 6 séminaristes chaque année, ce qui, dans les circonstances actuelles, semble être une bénédiction de Dieu.
Le corps professoral est constitué par les Pères Dominicains d’Avrillé (France), et cela est la garantie d’une parfaite orthodoxie et d’une formation clairement anti libérale.
Les séminaristes, en passant une grande partie de la journée chez les Dominicains, sont formés dans un climat de sainte austérité qui est propre aux religieux. C'est là que les séminaristes assistent aux divers cours et en fin de journée ils reviennent au séminaire qui est assez proche du Couvent d’Avrillé.
A partir de cette année, nous aurons deux prêtres de plus dans la congrégation qui nous aideront au séminaire.
Qui appartient actuellement à SAJM ?
Pour l’instant nous sommes deux évêques, trois prêtres et cinq séminaristes. Chaque année, au cours de la deuxième année du séminaire, lorsqu’ils reçoivent la Tonsure, les séminaristes font leur incardination dans la congrégation.
Monseigneur, comment un prêre peut-il devenir membre de la SAJM ?
Il suffit de me manifester son désir, de me contacter et de m'envoyer une demande écrite.
Comment un jeune homme peut-il entrer dans le séminaire de la SAJM ?
De la même manière. Normalement les candidats doivent au préalable être en contact avec les prêtres de la Résistance qui développent leur apostolat dans les pays où les postulants vivent.
Y aura-t-il un Tiers-Ordre de la SAJM ?
Oui, exactement comme ce qu’a fait Mgr Lefebvre pour la FSSPX.
Qu’attendez vous de la SAJM pour l’avenir ?
Qu’elle assure la continuation de l’œuvre de Monseigneur Lefebvre avec la plus grande fidélité aux orientations que nous a laissées l’Archêveque, sans tourner à droite ou à gauche (Prov. 4, 27).
Ya-t-il autre chose que Votre Excellence voudrait nous dire au sujet de la SAJM ?
Je voudrais faire remarquer que notre congrégation n’a pas été fondée par hasard en la fête du Coeur Immaculée de Marie ; elle a aussi été consacrée au Coeur Sacré de Jésus. Nous portons les Noms de Jésus et de Marie, et cela fonde et marque notre spiritualité. 
La Fraternité a eu la même vocation, représentée symboliquement, dans son logo, par les cœurs unis de La Vendée; mais la Fraternité est en train de trahir cette vocation, en cherchant une réconciliation avec les ennemis de Jésus et de Marie. 
Notre espérance repose toute en Eux. Dieu veuille que notre petite congrégation soit toujours fidèle et humble, sans prétentions, afin que, quoi qu’elle fasse, ce soit pour la gloire de Jésus et Marie.

21 août 2017

[Paix Liturgique] Cardinal Burke : L'éternelle beauté de la liturge traditionnelle

SOURCE - Paix Liturgique - Lettre n°607 - 21 août 2017

« Je suis très heureux que l’usus antiquior vive maintenant dans la pleine paix de l’Église, même chez les jeunes, soutenu et célébré par de grands cardinaux. » Lettre du Pape Benoît XVI au délégué général duCœtus Internationalis Summorum Pontificum (CISP) le 1er septembre 2014

En octobre 2014, le troisième pèlerinage à Rome du peuple Summorum Pontificum coïncidait avec le dixième anniversaire de la fondation de Juventutem, l'organisation qui permet aux jeunes qui le souhaitent de se retrouver autour de la liturgie tridentine durant les JMJ. Pour l'occasion, le Pape Benoît XVI avait accordé une audience conjointe au trésorier de Juventutem et au délégué général du CISP qui organise le pèlerinage. Par « grands cardinaux », le Saint-Père faisait référence aux cardinaux Pell et Burke, annoncés parmi les célébrants de cette édition 2014. Si le cardinal Pell, malade, se fit représenter par son secrétaire, le cardinal Burke, lui, fut bien fidèle au rendez-vous et prononça en la basilique Saint-Pierre de Rome l'homélie que nous vous proposons cette semaine.

Cette année, le cardinal Burke participera au pèlerinage anniversaire des 10 ans du motu proprio comme simple pèlerin : il suivra les travaux du colloque du 14 septembre, assistera aux messes des 15 et 16 septembre à la Minerve et à Saint-Pierre et présidera le buffet du clergé le samedi (*).

Encore une fois, rendons grâce au Pape Benoît XVI pour le motu proprio Summorum Pontificum et remercions le Seigneur pour les grands cardinaux qui, à l'instar du cardinal Burke, n'hésitent pas à soutenir la diffusion de la forme extraordinaire du rite romain.

(*) Le programme complet du pèlerinage peut se consulter ici. L'inscription est requise pour le congère du jeudi 14 comme pour le buffet du clergé le samedi.
[Homélie du Cardinal Burke] Basilique Saint-Pierre de Rome, samedi 25 octobre 2014 
Bien chers fidèles, 
Vous avez quitté vos maisons et votre activité ordinaire pour venir en pèlerinage vers un lieu extraordinaire, le Siège de Pierre, motivés par votre gratitude envers le Seigneur pour le don le plus beau qu’il nous fait dans l’Église, celui de la Sainte Liturgie. Car c’est le successeur de Pierre qui a la responsabilité de préserver et de promouvoir ce don pour tout le troupeau répandu à travers le monde. Remerciez le Seigneur, de façon particulière, pour l’éternelle beauté de la forme traditionnelle des rites liturgiques de l’Église latine, de la « richesse de la liturgie romaine » que le pape Benoît XVI, par sa Lettre apostolique Summorum Pontificum, donnée motu proprio le 7 juillet 2007, « a rendu plus accessible à l’Église universelle » (1). Avec la messe pontificale célébrée selon la forme extraordinaire du rite romain en cette magnifique Basilique érigée sur la tombe de saint Pierre, votre pèlerinage atteint son sommet. 
Faisant mémoire de saint Pierre et implorant son intercession, nous honorons la cura animarum toute spéciale de ses successeurs, exprimée de la façon la plus noble et la plus entière dans la préservation et la promotion de la Sainte Liturgie. Dans sa Lettre apostolique Summorum Pontificum, le pape Benoît XVI nous a rappelé que « les Souverains Pontifes ont toujours veillé jusqu’à nos jours à ce que l’Église du Christ offre à la divine Majesté un culte digne, "à la louange et à la gloire de son nom" et "pour le bien de toute la sainte Église". » (2) 
Dans cette même Lettre apostolique, Benoît XVI a souligné de façon particulière l’exceptionnelle attention apportée à la liturgie par les papes saint Grégoire le Grand, saint Pie V et saint Jean-Paul II. Pour ma part, je tiens à rappeler aujourd’hui la contribution apportée, dans la continuité de celle de ces grands pontifes, par le pape Benoît XVI en matière de préservation et de promotion de la Sainte Liturgie comme expression la plus parfaite et la plus élevée de notre vie dans le Christ dans Sa Sainte Église. 
Nous célébrons actuellement la Messe votive de la Sainte Vierge au Samedi, conscients que la Mère de Dieu toujours nous accompagne dans nos pèlerinages. Avec tout son amour maternel, Notre-Dame nous a accompagnés en ce Temple saint pour nous montrer la nature extraordinaire de notre vie ordinaire vécue dans le Christ grâce à la présence du Saint-Esprit dans nos âmes. Avec son amour maternel elle a voulu répondre à notre dévotion, nous conduisant à la rencontre vraiment extraordinaire de son divin Fils dans la communion en Son corps, Son sang, Son âme et Sa divinité. La Sainte Communion est la vraie et irremplaçable nourriture de notre pèlerinage terrestre dont la destination est la vie éternelle en présence de Dieu – Père, Fils et Saint-Esprit –, en communion avec les anges et avec les saints. Dans chaque pieux pèlerinage que nous accomplissons sur terre nous découvrons chaque fois un peu plus notre identité profonde de pèlerins et nous bénéficions d’un avant-goût du Banquet des noces de l’Agneau (3), terme de notre pèlerinage terrestre. 
Le Seigneur a permis que Sa mère, comme la Sagesse louée dans le livre du Siracide, demeure en tout lieu saint, qui est uni à Jérusalem, la Cité bien-aimée du Seigneur, pour servir « devant Lui », dispensant ses nombreuses grâces de vérité et de lumière aux pèlerins (4). En cette « maison sainte », suivant l’exemple de la Mère de Dieu et implorant son intercession, nous découvrons que notre seul « partage », notre seul « héritage » c’est le Seigneur vivant pour nous dans l’Église et que notre demeure permanente se trouve au milieu d’un peuple saint, dans « l’assemblée de tous les saints ». (5) 
En pèlerinage pour célébrer le grand don de la Sainte Liturgie, nous comprenons toujours mieux le sens profond des paroles du Seigneur dans l’évangile. Quand « une femme au milieu de la foule » qui écoutait Son enseignement « éleva la voix » pour louer Sa mère, « les entrailles qui [L’] ont porté, et le sein qui [L’] a allaité », le Seigneur indiqua la vraie source de la béatitude de Sa mère, à savoir sa parfaite obéissance à la Loi de Dieu à laquelle elle avait été préparée en vue de devenir Sa mère. Le Seigneur déclara : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent » (6). En ce pèlerinage, la Mère de Dieu nous invite à imiter son obéissance, de sorte que le Seigneur puisse purifier nos cœurs des affections désordonnées qui nous conduiraient au péché et à la mort tout en les enflammant de l’amour de Sa Loi qui nous mène à une vie vertueuse et à la vie éternelle. 
Pèlerins en compagnie de l’éminente Mère de Dieu, nous prions, par son intercession, afin d’obtenir la grâce de l’imiter, offrant entièrement nos cœurs au Christ, en particulier par notre fidèle participation à la Sainte Liturgie, source de la sagesse et de la force divines dont nous avons besoin pour suivre le Christ de tout notre cœur. Reposant notre cœur, uni au Cœur Immaculé de Marie, dans le Très Saint Cœur de Jésus par notre culte à Dieu le Père, nous offrons à Dieu l’amour pur et désintéressé par lequel Il nous a, en premier, aimés. Nous reconnaissons notre unique « héritage » dans le Cœur de Jésus et nous demeurons fermes sur le chemin qui nous mène aux demeures éternelles « au milieu du peuple glorifié » (7), dans l’assemblée de tous les saints, au Banquet des Noces de l’Agneau. 
Unis au Cœur Immaculé de Marie, élevons maintenant nos cœurs vers le glorieux Cœur transpercé de Jésus. Rassemblés dans le Cœur de Jésus, unissons-nous à Lui dans le sacrifice eucharistique qu’Il nous offre maintenant. Instruits à l’école de Marie, notre Mère, offrons avec le Christ toute notre vie à Dieu le Père, par un amour pur et désintéressé. Prions afin que, grâce à notre pèlerinage d’aujourd’hui, notre Bienheureuse Mère nous aide à répondre chaque jour à l’invitation que nous fait Jésus de Lui offrir nos cœurs et d’arriver, avec Lui, à notre demeure éternelle dans les cieux. 
Cœur de Jésus, maison de Dieu et porte du Ciel, ayez pitié de nous !
Ô Marie Immaculée, Mère de la Divine Grâce, priez pour nous !
Saint Pierre, Prince des Apôtres, priez pour nous ! 
Cardinal Raymond Leo Burke
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(1) Instruction Universae Ecclesiae, §1
(2) « Summorum Pontificum cura ad hoc tempus usque semper fuit, ut Christi Ecclesia Divinae Maiestati cultum dignum offerret, "ad laudem et gloriam nominis Sui" et "ad utilitatem totius Ecclesiae Suae sanctae". » Benedictus PP. XVI, Epistula Summorum Pontificum, "De usu extraordinario antiquae formae Ritus Romani", 7 juillet 2007, Acta Apostolicae Sedis.
(3) Cf. Ap 19, 7.
(4) Sir 24, 14-15.
(5) Sir 24, 16.
(6) Lc 11, 27-28.
(7) Sir 24, 16.

20 août 2017

[Mgr Fellay, fsspx] Notre espérance tournée vers Dieu qui nous donne le Cœur de sa Mère (Sermon à Fatima pour le centenaire des apparitions=

SOURCE - Mgr Fellay, fsspx - 20 août 2017

Lors de la messe du dimanche 20 août 2017, Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, s’est adressé en six langues aux pèlerins de Fatima, venus du monde entier. Voici la transcription intégrale de son sermon en français.
Excellences, chers Messieurs les abbés, séminaristes et frères, chères sœurs, chers pèlerins,

Fatima fait peur. Notre Dame, messagère du Ciel, vient parler à trois petits pastoureaux, et elle n'hésite pas, notre bonne Mère du Ciel, si douce et si tendre, avec une psychologie céleste, avec cette pédagogie issue du Ciel, elle n’hésite pas un instant à faire voir à de petits enfants l’enfer, cette réalité qui montre la destinée d’un nombre incalculable d’êtres humains : la damnation éternelle. C’est une réalité terrifiante, d’autant que, manifestement, cet enfer n’est pas vide. C’est la conséquence d’une vie humaine qui ne répond pas aux exigences de Dieu, telles qu’elles se trouvent résumées dans les commandements de Dieu.
Fatima inspire une crainte salutaire
Fatima fait peur lorsqu’on regarde les conséquences du péché ici-bas. La guerre fait peur. Notre Dame n’hésite pas à annoncer : « si le monde ne se convertit pas, il y aura une autre guerre plus terrible que la première », la Première Guerre mondiale. Elle n’hésite pas à révéler à ces enfants que des nations entières seront anéanties. On peut réfléchir au sens de de ce mot. Manifestement, la Sainte Vierge ne parle pas au figuré. Des nations entières seront rayées de la carte du monde. Et il est très clair dans le message de Fatima que ces maux sont la conséquence du péché.

Il n’est pas difficile, point n’est besoin d’être un savant en calculs scientifiques ou en théologie pour comparer la situation du monde et des nations - ces nations catholiques en 1917 auxquelles leur comportement a valu une deuxième guerre mondiale -, à notre situation, cent ans plus tard. Est-ce que le monde s’est converti ? Est-ce que les Etats émettent des lois plus conformes aux commandements de Dieu ? Et vous pensez que tout va bien se passer ? Oui, cela fait peur. Et on a raison d’avoir peur.

De fait, regardez l’Evangile. L’une des réalités dont Notre Seigneur a le plus parlé dans l’Evangile, c’est l'enfer. C’est ainsi. C’est Notre Seigneur qui a dit qu’il y avait une voie large et que beaucoup de monde s’y engouffrait. C’est le chemin facile de ceux qui prônent ici-bas le plaisir, la jouissance. Et Notre Seigneur prédit pour ceux-là la perdition. Il insiste pour nous dire que le chemin du Ciel – car il y a un Ciel ! – est un chemin ardu, caillouteux, et peu en trouvent l’entrée, l’accès étroit à ce chemin (cf. Mt 7, 13-14).

Et cette crainte, mes bien chers frères, est une crainte salutaire. C’est encore l’Ecriture Sainte qui nous dit que la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse (Ps 110,10 ; Pr 9,10). C’est encore Dieu qui parle par la bouche de saint Paul et qui nous dit qu’il faut opérer son salut avec crainte et tremblements (Ph 2,12). Et ceux qui, aujourd’hui, hommes d’Eglise, prétendent tranquilliser les consciences, prétendent ouvrir des chemins qui n’existent pas, eh bien, très certainement, ils n’accomplissent pas leur devoir. Ils méritent le titre d’assassins des âmes.
Fatima inspire l’Espérance
Mais Fatima, c’est aussi un message d’espérance. Souvenez-vous que l’espérance a un objet, et cet objet est un objet futur, possible mais difficile à atteindre. On n’a pas d’espérance sur un objet facile à atteindre. Il est difficile, et le chemin de l’homme sur terre est difficile, mais il est possible. Il est possible quand Dieu nous aide. Et Dieu nous envoie sa Mère, le Cœur de sa Mère comme moyen de salut.

Effectivement la peur est une disposition intérieure imparfaite, mais elle correspond précisément à l’état de la créature déchue, cet état particulièrement imparfait qui est le nôtre : celui d’un être enclin au péché. Si on laisse notre nature déchue faire son œuvre, elle nous tire vers le péché. C’est pour cela que nous avons besoin de cette crainte salutaire. Cette peur, c’est elle qui nous fait nous tourner vers le bon Dieu pour demander son secours, et répondre comme il faut à cette main qu’il nous tend du haut du Ciel. Ceux qui pratiqueront cette dévotion, cette dévotion voulue par Dieu – « mon Fils veut introduire dans le monde la dévotion à mon Cœur immaculé » – seront sauvés. Il n’y a même pas de conditionnel : « Ceux qui pratiqueront cette dévotion seront sauvés ».

Voilà notre espérance, une espérance toute tournée vers le Ciel, toute tournée vers Dieu qui nous donne le Cœur de sa Mère.
Fatima invite à la réparation
Alors, que faire ? En quoi consiste cette dévotion qui nou s conduit tout droit au Ciel ? Quelle est cette protection inouïe en un temps aussi dur, aussi incroyable que le nôtre. C’est tout simple, c’est une application de l’Evangile. Et le premier point qu’on oublie souvent, c’est la réparation. Pour se libérer du péché, il faut réparer. C’est Notre Seigneur lui-même qui l’a dit : « Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous » (Lc 13, 5). C’est clair, et c’est Notre Seigneur qui parle, le Sauveur : « Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous ». C’est un devoir du chrétien que cette vie de pénitence, de mortification. On peut dire, du côté humain, que c’est comme la première réponse à ces mauvaises inclinations que nous avons en nous : il faut les faire mourir ! D’où le mot « mortification ». Et la Sainte Vierge nous y invite de deux manières admirables.

La première, en nous demandant de réparer pour les offenses qui sont faites contre elle. Ainsi elle nous pousse à l’aimer. Elle nous fait penser qu’il y a d’autres choses à aimer que nous-mêmes. Oui, le premier commandement de Dieu c’est de l’aimer, Lui, Dieu, et non pas nous. L’aimer de tout notre cœur, toutes nos forces, toute notre âme, tout notre esprit. Aimer ensuite notre prochain, et pas encore nous. On dit pourtant que l’amour bien ordonné commence par soi-même, mais précisément quand on s’oublie et qu’on aime Dieu, on s’aime soi-même comme il faut.

Réparer, réparer pour consoler, consoler la Vierge immaculée, son Cœur immaculé et douloureux, et même consoler Dieu. C’est la préoccupation, c’est l’obsession du petit François qui va le conduire, en 2 - 3 ans, au Ciel, qui va en faire un saint ! C’est cette pensée-là, réparer, consoler Dieu qui est tant offensé par le péché.

Il y a une deuxième intention attachée à cette mortification. Tant d’âmes tombent en enfer parce que personne ne fait des sacrifices pour elles. Dès lors, nos petites peines, nos grandes peines, nos sacrifices, nos mortifications, les contradictions que nous rencontrons, toutes ces choses qui nous font mal et auxquelles on essaie d’échapper, toutes on peut les transformer - si facilement - en moyens de salut. Il suffit de les accepter de la main de Dieu. Il suffit d’offrir ces peines dans un regard vers Dieu. Et alors, mes biens chers frères, elles sauvent les âmes et les conduisent au Ciel. Elles leur font éviter l’enfer. Mais qui, dans cette perspective, n’est pas prêt à en faire, de ces sacrifices ? Qui serait suffisamment égoïste pour dire : « tant pis, je laisse tomber cette âme en enfer », alors que je pourrais l’attirer si facilement, sans danger, simplement par l’acceptation de ces petites choses, ces petites contradictions qui remplissent notre journée. Il ne s’agit pas de rêver de choses extraordinaires et héroïques : « les petites choses… ». Le Cœur sacré de Jésus dira à sœur Lucie : « la pénitence que j’attends aujourd’hui, c’est que les hommes fassent leur devoir d’état. » Ce que de toute façon nous devons faire : notre devoir d’état.

Voilà un élément premier de cette dévotion au Cœur immaculé : réparer. C’est un regard sur la Croix. Mes biens chers frères, c’est ce regard assidu sur la Croix qui est le premier remède au péché. Le regard sur Notre Seigneur crucifié, sur ce qu’il a fait pour nous. Et sa Mère était à ses pieds : stabat Mater.
Dévotion mariale et consécration de la Russie
Voici le dernier point de cette homélie, peut-être le plus important.

Notre Dame nous présente cette dévotion au Cœur immaculé en nous disant, comme elle l’a dit à sœur Lucie : « mon Cœur sera ton refuge et le chemin qui conduit à Dieu ». Il faut donc que nous travaillions à faire de ce Cœur maternel notre refuge. Il faut que nous nous y réfugiions. De son côté, elle nous offre ce Cœur, elle nous l’ouvre. A nous d’y entrer, à nous de pratiquer cette dévotion comme l’enfant envers sa mère, avec toute la confiance que l’on peut y trouver, en attendant tout de cette protection maternelle, de ce guide : non seulement elle sera notre refuge, mais elle sera le chemin qui nous conduit à Dieu. C’est une promesse qui est comme un laissez-passer sur le chemin, un sauf-conduit sur la route à travers ce monde infernal.

Nous sommes protégés d’une manière spéciale par le Cœur de Marie, qui est bien la dévotion que Dieu veut donner au monde d’aujourd’hui comme moyen de salut. Comprenons donc les mots du Ciel, prenons-les au sérieux. Ne pratiquons pas cette dévotion d’une manière trop superficielle. Il y a des actes qui nous sont demandés, comme les cinq premiers samedis du mois ; très bien, faisons-les, mais pas d’une manière machinale ou automatique, comme si nous disions : voilà, j’ai fait mes cinq premiers samedis, donc tout est en ordre maintenant, je continue ma vie. Non, ce n’est pas ce que veut le Ciel. Le Ciel nous invite à entrer dans une véritable relation personnelle avec ce Cœur immaculé. Quand on nous parle d’enfance spirituelle, c’est une chose à réaliser le plus possible. Cela doit prendre toute notre vie.

Lorsque la Sainte Vierge nous parle de consécration, elle nous parle de la consécration de la Russie d’une manière très précise. Consacrer, cela veut dire donner, dédier entièrement, de sorte qu’on en perd la possession. La possession est transmise à la personne à qui on consacre la chose. Lorsqu’elle demande au souverain pontife de consacrer la Russie, elle demande donc au représentant de Notre Seigneur sur la terre, de lui dédier d’une manière particulière, de par les pouvoirs qu’il a reçus de Notre Seigneur lui-même, comme son représentant sur la terre - muni des pouvoirs qu’il faut pour cela, et c’est lui seul qui les a -, elle lui demande qu’il lui dédie ce pays. Montrant par là un amour sans aucun doute privilégié pour ce pays qui s’est éloigné de l’Eglise, il y a déjà si longtemps.

Sœur Lucie était très formelle : cet acte qui est en fait un acte tout simple – qu’est-ce que cela peut coûter au pape de le faire, et de le faire selon les demandes de la Très Sainte Vierge ? –, cet acte va produire en un instant la conversion de la Russie. Conversion, c’est un mot très précis qui veut dire que la Russie va redevenir catholique. Vouloir prétendre à une conversion sans cet élément-là, c’est se moquer du monde.

Dieu est tout-puissant. Il a comme remis dans les mains de sa Mère cette puissance, cette puissance de grâces capable de faire des miracles ; pas seulement celui du soleil, mais un miracle de grâces encore plus stupéfiant : la conversion d'un pays entier à cause d’une simple consécration faite par le Saint-Père, auquel se seront unis les évêques du monde entier. Ce pays à ce moment-là sera donné à la Sainte Vierge.

Cette idée de consécration, il faut aussi l’appliquer à nous-mêmes, à chacun d’entre nous. Cela ne nous est pas défendu. Au contraire, nous sommes invités à vivre cette consécration à la Sainte Vierge. On peut dire que c’est l’aspect le plus parfait de la dévotion au Cœur Immaculé. La Sainte Vierge veut vraiment non seulement nous donner un manteau qui nous couvre, elle veut être elle-même notre refuge. On entre dans un refuge, on y habite, et ce refuge nous conduit à Dieu, nous conduit au Ciel. C’est notre manière de répondre, comme nous pouvons, selon nos pauvres moyens, à ces appels du Ciel.

A la fin de cette messe, nous allons nous tourner vers la Très Sainte Vierge Marie et renouveler cette consécration de la Russie d’une manière on peut dire anticipée - comme Mgr Lefebvre l’avait fait, il y a déjà trente ans ici-même. Cet acte de consécration est comme la protestation que, de notre côté, nous voulons – autant qu’il est en nous, et nous savons bien nos limites –, consacrer ce pays comme elle l’a demandé. Nous savons bien que cela ne suffit pas, mais si cela pouvait obtenir des grâces à celui qui doit le faire, nous le faisons bien volontiers.

En même temps, nous lui offrirons toute notre croisade du Rosaire, tous les fruits de cette prière et, là aussi, permettez-moi de vous dire, ne pensez pas que maintenant la croisade est finie, donc on arrête... Si nous vous avons demandé de réciter tant de chapelets, de vivre dans cette vie de sacrifice, c’est pour que cela continue. Si officiellement la croisade s’arrête, votre pratique, elle, n’est pas censée s’arrêter. C’est bien Notre Dame qui demandait et cette pénitence et la prière du Rosaire.

Soyons donc fidèles à ces paroles de la Sainte Vierge. Nous appelons de tout notre cœur son triomphe qui viendra quand Dieu voudra, comme il voudra ; mais il viendra. Ainsi soit-il.
Pour conserver à ce sermon son caractère propre, le style oral a été maintenu.