31 juillet 2018

[juillet 2018] [Monseigneur Donald J. Sanborn - Most Holy Trinity Seminary Newsletter] Vatican II enseigne-t-il l’hérésie?


SOURCE - Monseigneur Donald J. Sanborn - Most Holy Trinity Seminary Newsletter - juillet 2018

Bien chers fidèles,

Bien qu’il y a deux mois je pensais que l’on aurait une pauvre année, finalement nous aurons beaucoup de séminaristes cette année. Au moment où j’écris ce bulletin, nous attendons six nouveaux séminaristes, deux du Nigéria, et quatre des Etats-Unis. Je suis heureux de voir des séminaristes américains, puisque l’apostolat qui attend ces jeunes hommes sera en Amérique, ou du moins en pays de langue anglaise.

Interview de Mgr Fellay. Mgr Fellay, qui a été, jusque récemment, le supérieur de la Fraternité Saint Pie X pendant vingt-quatre ans, donna une interview au Tagespost lors de laquelle il a dit certaines choses qui méritent notre attention.

La première de ces choses est la suivante: « Nous n’avons jamais dit que le Concile enseigna directement des hérésies. Mais il retira le mur de protection contre l’erreur, et permit en cela à l’erreur de se montrer. »

Est-ce là une affirmation correcte? Vatican II a-t-il simplement exposé l’Eglise à l’erreur? Ou bien contenait-il en fait des hérésies? Réponse: Il contenait des hérésies.

Première hérésie de Vatican II: l’oecuménisme. Le document Unitatis Redintegratio, ou Décret sur l’Oecuménisme, contient une hérésie flagrante contre le dogme catholique qui enseigne que hors de l’Eglise il n’y pas de salut. Le Concile affirme:
En conséquence, ces Églises et communautés séparées, bien que nous croyions qu’elles souffrent de déficiences, ne sont nullement dépourvues de signification et de valeur dans le mystère du salut. L’Esprit du Christ, en effet, ne refuse pas de se servir d’elles comme de moyens de salut, dont la vertu dérive de la plénitude de grâce et de vérité qui a été confiée à l’Église catholique. [Unitatis Redintegratio, n. 3][Formatage ajouté].
L’Eglise catholique enseigne comme un dogme — qui fut appelé « dogme parfaitement connu » par Pie IX — qu’il n’y a pas de salut hors de l’Eglise. Le Concile affirme la proposition exactement contradictoire au dogme catholique, à savoir qu’il y a un salut hors de l’Eglise catholique, que ces religions non-catholiques peuvent procurer le salut à leurs adhérents, et sont en effet le moyen par lequel ceux-ci sont sauvés. C’est une hérésie.

Deuxième hérésie de Vatican II: la liberté religieuse. L’Eglise catholique, qui professe être la vraie et unique Eglise fondée par Jésus-Christ, et en dehors de laquelle il n’y a pas de salut, comprend la liberté religieuse comme étant la liberté de l’Eglise catholique d’accomplir sa mission dans le monde entier, de s’établir partout, et de fonctionner librement comme une entité distincte de l’Etat. Elle revendique aussi la liberté de ses adhérents de professer et d’exercer leur foi catholique sans harcèlement ni persécution.

Elle condamne l’idée, comme étant contraire à la Sainte Ecriture, selon laquelle toutes les religions jouissent de ces mêmes libertés et droits. Car affirmer une telle chose reviendrait à dire qu’une personne ou une organisation aurait un droit à faire une chose mauvaise. Mais cela est contraire à la loi naturelle, et par conséquent contraire à l’enseignement de l’Eglise. Vous ne pouvez avoir le droit de faire que ce qui est correct, et vous ne pouvez jamais avoir le droit de faire ce qui est mal.

La liberté est le pouvoir de choisir le bien. La licence est la liberté faussement accordée à la volonté de choisir le mal. Afin qu’il y ait exercice de la vraie liberté, il est nécessaire qu’elle n’empiète sur aucun devoir. Car la liberté n’existe pas pour le mal, mais pour le bien. Par conséquent, à chaque fois que l’homme abuse de sa liberté dans le but de commettre le mal, on ne devrait pas parler de liberté, mais de licence.

La liberté de conscience est absolument impie. Car l’homme est tenu par un devoir très strict de penser correctement concernant Dieu, et les choses qui regardent la religion tant spéculative que pratique. Or aller contre un devoir naturel très strict est une licence, et non une liberté. Et si nous parlons d’une transgression volontaire de notre devoir envers Dieu, la susdite licence est une impiété. Puisque, par conséquent, la liberté de conscience donne à l’homme le droit de penser tout ce qu’il veut concernant Dieu, cette liberté, ce droit, est en réalité une impiété.

La liberté des religions, considérée en elle-même, est absurde. Cela est prouvé par ce que l’on a déjà dit. Car la liberté des religions trouve son unique source dans la liberté de conscience. Puisque la liberté de conscience est absurde, il s’ensuit que la liberté des religions est également absurde. Mais il faut en dire davantage. Si l’on concède la liberté des religions, on refuse à Dieu le pouvoir d’imposer aux hommes un culte déterminé, et on impose à Dieu une certaine obligation d’accepter ou au moins d’approuver toute forme de culte qui Lui est présentée par la raison humaine. Mais Dieu a commandé une forme de culte — la religion catholique. Il n’est donc pas obligé d’accepter toute forme de culte que Lui donnent les êtres humains. Il s’ensuit que les hommes ne peuvent pas, sans une irréligion et une impiété patente, rejeter les préceptes de Dieu, et être les arbitres de leur propre culte. D’autre part, il est impie de nier à Dieu la faculté de déterminer le culte, et de Lui imposer une sorte de devoir d’approuver toutes les formes de culte sans discrimination. La liberté des religions est donc absurde.

Vatican II, cependant, enseigne que la liberté religieuse est pour l’individu et pour les organisations religieuses un droit qui découle de la notion de dignité humaine. Bien plus, il affirme que cet enseignement concernant la dignité humaine est contenu dans la révélation, mais se garde bien de présenter une référence dans la révélation où Dieu garantit le droit de croire et de pratiquer la religion de votre choix.

Vatican II enseigne dans Dignitatis Humanae, n. 2:
Ce Concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être exempts de toute contrainte de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres.
Certains essaient de défendre le Concile en disant que la seule chose qu’il cherche à dire est que personne ne doit être converti au catholicisme sous la menace du glaive. L’Eglise a toujours enseigné que la conversion ne devait pas se passer de cette manière, et a condamné toute tentative de ce genre. Mais que telle n’est pas l’intention du Concile est visible dans les paragraphes subséquents à celui cité plus haut:
La liberté ou absence de toute contrainte en matière religieuse qui revient aux individus doit aussi leur être reconnue lorsqu’ils agissent ensemble. Des communautés religieuses, en effet, sont requises par la nature sociale tant de l’homme que de la religion elle-même.
Dès lors, donc, que les justes exigences de l’ordre public ne sont pas violées, ces communautés sont en droit de jouir de cette absence de contrainte afin de pouvoir se régir selon leurs propres normes, honorer d’un culte public la divinité suprême, aider leurs membres dans la pratique de leur vie religieuse et les sustenter par un enseignement, promouvoir enfin les institutions au sein desquelles leurs membres coopèrent à orienter leur vie propre selon leurs principes religieux. 
Les communautés religieuses ont également le droit de ne pas être empêchées, par les moyens législatifs ou par une action administrative du pouvoir civil, de choisir leurs propres ministres, de les former, de les nommer et de les déplacer, de communiquer avec les autorités ou communautés religieuses résidant dans d’autres parties du monde, de construire des édifices religieux, ainsi que d’acquérir et de gérer les biens dont ils ont besoin. 
Les communautés religieuses ont aussi le droit de ne pas être empêchées d’enseigner et de manifester leur foi publiquement, de vive voix et par écrit.
Ceux d’entre nous qui ont vécu dans un pays tel que les Etats-Unis, où la liberté religieuse décrite dans ces paragraphes est considérée comme un droit civil normal, voire sacré, peuvent ne pas réaliser la malice de ces paroles. Substituer le mot « avortement » à la place de « religion » peut rendre les choses plus claires: « Ce Concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à l’avortement. » « Des cliniques d’avortement, en effet, sont requises par la nature sociale tant de l’homme que de l’avortement lui-même. » « Dès lors, donc, que les justes exigences de l’ordre public ne sont pas violées, ces cliniques d’avortement sont en droit de jouir de cette absence de contrainte afin de pouvoir se régir selon leurs propres normes, accomplir publiquement des avortements, aider leurs membres dans la pratique de leur avortement et les sustenter par un enseignement, promouvoir enfin les institutions au sein desquelles leurs membres coopèrent à orienter leur vie propre selon leurs principes d’avortement. »

Faut-il que je continue? Il faut remarquer ici que si odieux que soit le crime de l’avortement, la profession d’une fausse religion est bien plus odieuse aux yeux de Dieu, puisque directement contraire à Ses droits solennels. On ne doit pas oublier que dans le livre de l’Exode (chapitre 32) Dieu ordonna la mise à mort de tous ceux qui avaient pris part au culte du veau d’or, et ne s’en étaient pas repentis. 23000 personnes furent mises à mort. Cet évènement important devait montrer au peuple hébreu la nécessité d’adhérer à la vraie religion, et de fuir les fausses religions. Selon Vatican II, Moïse aurait du proclamer la liberté religieuse pour tous les adorateurs du veau d’or.

La liberté religieuse, telle qu’elle est enseignée par Vatican II, est en effet une hérésie. Elle fut solennellement condamnée par le Pape Pie IX comme étant contre les Ecritures. De plus,Monseigneur Lefebvre considérait la liberté religieuse comme une hérésie. C’est exactement ce qu’il a dit, lors d’une conversation avec l’abbé Cekada lors d’un dîner à Oyster Bay.

Troisième hérésie de Vatican II: la nouvelle ecclésiologie. Par ecclésiologie on veut désigner la doctrine de l’Eglise concernant sa propre nature, c’est-à-dire, son essence et ses caractéristiques. Vatican II enseigne une ecclésiologie hérétique, contenue dans Lumen Gentium.

Le dogme traditionnel de l’Eglise catholique est qu’elle, et elle seule, est la vraie et unique Eglise du Christ, et par conséquent que toute entité hors d’elle est une fausse religion. Cela comprend même les religions schismatiques de l’Est, qui peuvent avoir un sacerdoce et des sacrements valides. Si vous êtes détachés du centre — le Pape — vous n’êtes rien autre qu’une branche morte qui est tombée de la vigne.

Vatican II a modifié cette doctrine afin d’introduire les autres dénominations chrétiennes dans l’Eglise du Christ, en disant que l’Eglise du Christ, en tant que corps organisé, subsiste dansl’Eglise catholique.

Que signifie subsister dans? La subsistance est la perfection d’une chose par laquelle elle existe en elle-même, et non dans une autre chose. Par exemple, une couleur ne peut pas exister par elle-même, mais doit toujours exister dans une autre chose, par exemple, dans une peinture, une fleur, un vêtement. Cette « autre chose » doit avoir sa propre subsistance.

En appliquant cela à l’ecclésiologie, si l’Eglise du Christ ne subsiste pas en elle-même, mais doit subsister dans une autre chose, cela signifie que l’Eglise du Christ est réellement distincte de ce en quoi elle subsiste, c’est-à-dire que ce sont là deux choses différentes par nature. Cela signifie que l’Eglise du Christ n’est pas l’Eglise catholique, et que l’Eglise catholique n’est pas l’Eglise du Christ. Si elles n’étaient pas deux choses de nature différente, alors elles seraient la même chose, et l’on devrait dire que l’Eglise du Christ est l’Eglise catholique, ce qui est précisément le dogme de l’Eglise catholique.

La doctrine du « subsiste dans » signifie également que l’Eglise du Christ pourrait subsister dans une autre chose, comme l’Eglise luthérienne, par exemple.

Cette doctrine est merveilleuse pour l’hérésie de l’oecuménisme et la liberté religieuse, mais elle détruit l’enseignement de l’Eglise selon lequel l’Eglise catholique est exclusivement l’Eglise du Christ, et vice versa. L’Eglise du Christ et l’Eglise catholique sont une seule et même chose, et de façon exclusive, si bien qu’aucune autre organisation « chrétienne » ne peut d’aucune façon se donner le nom d’Eglise du Christ. Le seul nom qui leur soit approprié est celui de secte hérétique ou schismatique.

Quatrième hérésie de Vatican II: la collégialité. Cette doctrine, également contenue dans Lumen Gentium, soutient que le sujet (le possesseur) du pouvoir suprême dans l’Eglise est le collège des évêques. Voyez ce que dit le Concile:
L’ordre des évêques, qui succède au collège apostolique dans le magistère et le gouvernement pastoral, bien mieux dans lequel le corps apostolique se perpétue sans interruption constitue, lui aussi, en union avec le Pontife romain, son chef, et jamais en dehors de ce chef, le sujet du pouvoir suprême et plénier sur toute l’Église, pouvoir cependant qui ne peut s’exercer qu’avec le consentement du Pontife romain.
Ceci est une hérésie. Car l’Eglise catholique enseigne que le Pontife Romain est la tête de l’Eglise catholique. Ecoutez le Concile de Florence: « Nous définissons également que le Saint-Siège apostolique et le Pontife romain possèdent la primauté sur toute la terre; que ce Pontife romain est le successeur du bienheureux Pierre, le chef des Apôtres et le vrai vicaire du Christ, la tête de toute l'Église, le père et le docteur de tous les chrétiens; qu’à lui, dans la personne du bienheureux Pierre, a été confié par notre Seigneur Jésus-Christ plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner toute l’Église comme le disent les actes des conciles oecuméniques et les saints canons. » (Décret pour les Grecs, 6 juillet 1439).

Le Pape Pie VI a condamné la doctrine suivante: « Les évêques tous ensemble et en un seul corps gouvernent la même Eglise, chacun avec pouvoir plénier. »

Certains essaient de sauver Vatican II de l’hérésie en disant que le Concile affirme que le Pape est la tête de ce collège, qui ne peut agir sans lui. Mais cela ne sauve pas le Concile de l’hérésie, parce que le Pape ne devient dans ce cas qu’un simple membre du collège des évêques, et uniquement une condition de leur pouvoir, et non la source de leur pouvoir.

D’autres essaient de sauver le Concile en soulignant que le document affirme que le Pape est la tête de l’Eglise: « En effet, le Pontife romain a sur l’Église, en vertu de sa charge de Vicaire du Christ et de Pasteur de toute l’Église, un pouvoir plénier, suprême et universel qu’il peut toujours exercer librement. » Mais c’est là une tentative futile. Aucune organisation ne peut avoir deux têtes, deux législateurs suprêmes. Par exemple, il est impossible que le roi et le parlement soient simultanément le législateur suprême. L’un d’eux doit avoir le dernier mot, auquel l’autre est subalterne. Le roi Charles Ier d'Angleterre fut décapité pour avoir maintenu la suprématie du roi sur le parlement.

D’autres encore veulent sauver le Concile en citant la Note Explicative Préliminaire (la Nota Praevia), mais cela n’est d’aucun secours, puisqu’elle ne fait pas partie du document accepté par les évêques. Le théologien moderniste Yves Congar l’a tout de suite remarqué, quand il étaitperitus au Concile. Par ailleurs, il n’y a rien dans la Nota Praevia qui annule l’hérésie conciliariste du document.

La doctrine catholique affirme que le Pape, en tant que chef suprême de l’Eglise, peut inviter les évêques à un concile général, dans lequel, par son consentement, ils participent à sonpouvoir de gouverner l’Eglise. En dehors de ces conciles généraux, l’autorité des évêques se limite à leurs diocèses. Le pouvoir de gouverner le diocèse vient du Christ, mais il leur vient par l’intermédiaire du Pontife Romain, qui peut leur retirer ce pouvoir quand il le veut. Le Pape Pie XII a enseigné dans l’Encyclique Mystici Corporis: « Pourtant, dans leur gouvernement, ils ne sont pas pleinement indépendants, mais ils sont soumis à l'autorité légitime du Pontife de Rome, et s'ils jouissent du pouvoir ordinaire de juridiction, ce pouvoir leur est immédiatement communiqué par le Souverain Pontife. » (n. 42)

Monseigneur Fellay se rend aux modernistes sur la question du Concile. Il y a environ un an, le Vatican a déclaré à la Fraternité Saint Pie X qu’il ne pouvait y avoir aucun espoir de réconciliation tant que la FSSPX n’accepterait pas Vatican II et le magistère subséquent. En disant qu’il n’y a pas d’hérésie dans Vatican II, Mgr Fellay affirme que Vatican II est orthodoxe,c’est-à-dire, catholique, et n’offense pas la foi catholique.

S’il en est ainsi, alors quelle est la raison de tout ce que nous faisons depuis cinquante ans?

Monseigneur Fellay se rend également sur la question de la Nouvelle Messe. Mgr Fellay fait cette affirmation importante: « Toute Nouvelle Messe n’est pas toujours directement un scandale, mais la célébration répétée de la Nouvelle Messe mène à un affaiblissement ou même à une perte de la foi. »

Question: comment pourrait-elle ne pas être un scandale si elle mène à la perte de la foi? Comment une Eglise infaillible et indéfectible, l’Eglise du Christ, assistée par le Saint Esprit, la colonne et le fondement de la vérité, comme l’appelle saint Paul, pourrait-elle promulguer au monde entier un rite qui mène? L’affirmation de Mgr Fellay tombe sous l’anathème du Concile de Trente: « Si quelqu’un dit que les cérémonies, les ornements et les signes extérieurs que l’Eglise catholique utilise dans la célébration des messes incitent à l’impiété, plutôt qu’aux offices de piété, qu’il soit anathème. »

Mgr Fellay affirme dans cette même interview que la Messe traditionnelle est comme une trompette d’argent, tandis que la Nouvelle Messe est comme une trompette de cuivre:
Je dis seulement que si vous recevez un chef d’Etat, et que vous avez le choix entre une trompette en argent et une trompette en cuivre, choisiriez-vous la trompette en cuivre? Ce serait une insulte. Vous ne le feriez pas. Même les meilleures Nouvelles Messes sont comme des trompettes en cuivre, en comparaison à la liturgie traditionnelle. Pour Dieu, nous choisirions le meilleur.
La seule conclusion que l’on puisse inférer de cette affirmation c’est que la Nouvelle Messe est une Messe catholique, simplement inférieure à la Messe traditionnelle. Après tout, ce sont toutes les deux des trompettes! La trompette en argent est simplement plus jolie que la trompette en cuivre. Je pense qu’une meilleure analogie aurait été de comparer la Nouvelle Messe non pas à une trompette en cuivre, mais à un énorme éléphant dégageant des gaz.

Mgr Fellay, jusque récemment, était le supérieur de l’organisation qui se fait passer pour le rempart de la tradition, l’unique espérance des fidèles catholiques qui veulent se protéger de Vatican II et de ses réformes. Et pourtant il est complètement perdu en ce qui concerne les plus hauts principes directeurs de résistance à Vatican II. D’un côté il dit que la Nouvelle Messe affaiblit ou détruit la foi — ce qui veut dire que c’est un poison — et puis quelques lignes plus loin il dit que c’est une trompette de cuivre et non une trompette d’argent, signifiant qu’il n’y a qu’une différence de qualité entre les deux Messes.

C’est pour cette raison que nous nous réjouissons de nous être séparés de la FSSPX en 1983. Nous avions vu les débuts de cette confusion théologique, cette théologie à la Maxine Waters, et nous ne voulions surtout pas y prendre part.

Peut-être sommes-nous peu en comparaison de la FSSPX, mais nous ne sommes pas théologiquement confus. Comme disait le Père Garrigou-Lagrange: « Mille idiots ne valent pas un génie. » Et bien, de même, mille prêtres confus ne valent pas un prêtre avec la tête bien accrochée.

Sincèrement vôtre dans le Christ,
Monseigneur Donald J. Sanborn
Recteur

[Paix Liturgique] La contamination irréversible de type "Tchernobyl" n'existe pas dans le domaine ecclesial

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 654 - 31 juillet 2018

À propos d'un débat interne à la FSSPX sur la possible contamination des prêtres et des fidèles par la fréquentation de l'Église « officielle ». Quelques réflexions à partir d'un témoignage de Mgr Lefebvre.

Paix Liturgique, comme chacun sait, se consacre entièrement à la promotion de la messe traditionnelle. Elle fait tout ce qui est en son pouvoir pour en multiplier la célébration au profit des fidèles qui le souhaitent. Elle invite à y assister et dénonce les faiblesses intrinsèques de la liturgie nouvelle. Ce faisant, son attention se dirige particulièrement vers les paroisses ordinaires, où nombre de paroissiens « silencieux » voudraient pouvoir assister à la messe en forme extraordinaire, selon les dispositions de Summorum Pontificum, et ne le peuvent encore.

De sorte que, Paix Liturgique est favorable, sur le terrain, à la coexistence des deux liturgies : la plus sainte et la plus catholique, à la fin, ne manquera pas de gagner. De plus, ce combat liturgique exige des relations et des discussions avec les autorités ecclésiastiques de tous les niveaux et une disponibilité pleine et concrète envers tous les prêtres de paroisse bi-formalistes qui favorisent la renaissance de la liturgie traditionnelle.

On peut regretter que la Fraternité Saint Pie X ne se joigne pas à ce combat concret, sur le terrain « ordinaire », et se contente d'un témoignage externe – notamment par sa « Lettre à nos frères prêtres » –, qui est certes d'une grande valeur et d'un grand poids, mais qui est de moins en moins adapté à une situation qui a considérablement évolué (motu proprio de 2007 ; effondrement du nombre des prêtres ; évolution du nouveau clergé ; célébration de la liturgie ancienne par nombre d'évêques, etc.).

L'abbé Michel Simoulin, de la Fraternité Saint-Pie X, a publié en mai 2018 dans son bulletin Le Seignadou une réflexion sur les conséquences réelles ou supposées de la fréquentation par les fidèles – et surtout des prêtres ! – de l'Église officielle, de son clergé et de sa liturgie, dans laquelle il tente d'appeler ses confrères à une attitude plus adéquate. Cette lettre est intervenue dans le contexte suivant : la possibilité donnée par le Pape aux évêques de concéder aux prêtres de la FSSPX la capacité de recevoir le consentement du mariage. Nous le publions. Nous ajouterons ensuite nos propres commentaires. Ils vont au-delà ce qu'avait en vue l'abbé Simoulin. Ils ne prétendent pas se l'annexer, et encore moins annexer la mémoire de Mgr Lefebvre. Notre unique intention est de souligner la position de bon sens de l'auteur de ce texte, à un moment où certains de ses confrères dérapent dans des déclarations enflammées de repli sur soi.
I – TCHERNOBYL ?
Éditorial de M. l'abbé Simoulin publié dans Le Seignadou de mai 2018, bulletin du prieuré St-Joseph-des-Carmes de Montréal-de-l'Aude, que nous publions avec l'autorisation de son auteur.
Comparaison n'est pas raison. En avril 2017, nous avons reçu le document par lequel Mgr Planet accorde aux prêtres de la Fraternité la faculté de célébrer les mariages dans son diocèse. Que fallait-il faire ? si j'en crois certains bons conseilleurs, il aurait fallu lui renvoyer son texte ! Nous ne l'avons pas fait, car cela aurait signifié un rejet de son autorité.

En décembre dernier, j'ai célébré dans une paroisse d'un autre diocèse un mariage avec la délégation reçue de l'évêque et du curé… j'ai préparé moi-même les époux et établi le dossier que j'ai transmis au diocèse… j'ai reçu les consentements des époux et célébré la messe en présence du curé qui a enregistré le mariage dans les registres paroissiaux… Le plus intéressant est que, en 1984, j'avais reçu les consentements des parents de la fiancée dans une autre paroisse, dans les mêmes conditions ! Incorrigible récidiviste, je ne m'en repens pas ! Au contraire, je suis disposé à recommencer !

En effet, lors de ce mariage, à aucun moment, je n'ai été soumis à quelque influence « conciliaire » que ce soit, et il me semble n'en avoir subi nulle contamination, et n'avoir pas soumis les époux à quelque contamination que ce soit !Je suis le même après comme avant, toujours fidèle aux sages conseils de Mgr Lefebvre qui, entre nous, parlait plus souvent d'Église officielle que d'Église conciliaire. Il n'aimait pas ce terme.

Il est vrai que lorsque survient une explosion nucléaire, nul ne peut être à l'abri, grand ou petit, fort ou faible, sain ou malade… tous sont atteints :pulvérisés ou contaminés ! Mais si nous comparons le concile Vatican II à une semblable explosion, ne devons-nous pas éviter quelque exagération dans l'image utilisée ? Car il n'en va pas dans l'ordre spirituel comme dans l'ordre matériel ou physique ! Grâce à Dieu, la vie de l'esprit ne répond pas aux mêmes critères que la vie du corps. Et il se trouve précisément que lors de l'explosion conciliaire, certains n'ont été ni pulvérisés ni contaminés : la contamination n'a pas été universelle ! Quand elle agit sur les corps, nul ne peut s'en protéger ! Mais quand il s'agit des âmes, son effet n'est pas inévitable, et les âmes bien nées, bien armées des « anticorps » traditionnels, qui s'en nourrissent, en vivent et se protègent avec prudence, n'ont rien à craindre de cette radioactivité conciliaire ! Ainsi certains évêques que nous connaissons bien ont résisté et nous ont même transmis les anticorps qui nous ont préservés et nous préservent encore de céder aux facilités conciliaires.

Sans doute le danger existe, et nous connaissons bien des confrères, des congrégations amies, des fidèles qui se sont laissé séduire, et ont été contaminés. Mais comment cela s'est-il fait ? Lassitude du combat ? Découragement ? Ambition ? Deus scit !

Certes il nous faut être prudents, mais je persiste à dire qu'il ne faut pas avoir peur de cette radioactivité contre laquelle nous nous protégeons grâce à Mgr Lefebvre depuis presque 50 ans sans en avoir été atteint ! Deo Gratias !

Ce qui me rassure, c'est que Monseigneur lui-même n'a pas été épargné par de semblables reproches. Je me souviens d'un pamphlet écrit le 1er juillet 1980 intitulé : « RALLIONS-NOUS : L'EXEMPLE VIENT D'EN-HAUT ». Le plus simple sera de le lire ou relire :
– En ce lundi 30 juin 1980, le glas sonne à l'église Notre-Dame des Anges de Tourcoing (Nord). Ce sont les obsèques de Mme Monique Lefebvre, belle-sœur du célèbre prélat Monseigneur Lefebvre.
Le clergé sort de la sacristie et s'en va accueillir la défunte. Hormis les enfants de chœur, il y a dans le cortège un prêtre en « tenue de Taizé », c'est-à-dire avec une aube blanche, sans cordon, – mais avec un capuchon. Pour l'occasion, il a passé une étole violette de coupe moderne. Derrière lui, le célébrant – avec une chasuble violette. Décidément, le noir, couleur du deuil ne se fait plus dans l'église postconciliaire : il faut évacuer ce qui rappelle la mort et l'au-delà. Et, oh surprise !, arrive le prélat d'Écône, soutane noire, surplis de dentelle, camail et calotte violets, croix pectorale. Il est encadré de deux hommes à lui, les abbés Simoulin et Ferrie en soutane et surplis. [NB : je venais d'être ordonné au sous-diaconat le 27 juin]. Vraiment curieux, on n'était pas habitué à voir Monseigneur en si progressiste compagnie et de surcroît dans une église réservée au nouveau rite ; les salles des fêtes et les hangars lui étaient plus familiers.C'est au son du Requiem en latin que le cortège remonte la nef centrale. Le clergé local s'installe aux micros, les trois invités montent dans les stalles sculptées, à deux pas de la table tournée orgueilleusement face au peuple. Le rituel commence. On vous reçoit au nom du Dieu de l'Espérance, un membre de la famille vient lire un texte, on chante un Kyrie, un Alléluia précède l'Évangile. Le prélat, très digne, suit le déroulement d'une cérémonie qui ne doit pas être dans son missel. Il se signe sur le front, les lèvres, la poitrine, preuve de sa participation au culte moderniste.
Le sermon, au cours duquel le prêtre tutoie la défunte, nous apprend beaucoup sur sa vie terrestre. Il n'effleure pas l'éternité ou plutôt, nous assure d'un avenir serein. Purgatoire, Enfer, Paradis, où êtes-vous donc passés ? Après une offrande où environ cinq cents personnes viennent baiser le Christ et déposer une obole pour de futures messes, nous assistons à la célèbre prière universelle. Une jeune fille, apparemment de la famille, vient nous lire quelques intentions dont l'une particulièrement croustillante donnait à peu près ceci : « Prions pour l'unité de l'Église dans la diversité des expressions ». Une rengaine ponctuait les intentions. Avec le début de l'Offertoire, le prélat enlève sa calotte et se prépare à assister à la suite des événements. Après un beau Sanctus très latin, commence une consécration très française. Les trois gens des stalles se mettent à genoux à l'approche du sacrifice, les enfants de chœur et le curé « façon Taizé » ne peuvent pas faire moins ; les fidèles restent debout. Les paroles de la consécration arrivent après quelques courtes phrases, le prêtre fait uniquement une légère inclination de la tête, la dame préposée à faire chanter les fidèles vient nous proposer un refrain. Ce n'est qu'avant le Pater que Monseigneur et les deux abbés se relèvent. Ils ont donc assisté d'une façon active et recueillie à une nouvelle messe dite de Paul VI.Le temps presse. À la communion, une bonne sœur se voit refiler un ciboire afin d'activer la distribution. Tout le monde debout, mais vous avez le choix entre la main ou la langue. Encore quelques paroles, une prière et la première partie s'achève. C'est alors que Monseigneur, assisté de ses deux fidèles abbés, revient, chape violette sur le dos, mitre sur la tête. Il fera l'absoute selon le rite catholique. Pour terminer, un petit chant en l'honneur de la Vierge « Le Seigneur fit pour moi des merveilles » et le « In paradisum » pour prouver qu'on aime les traditions et le latin.
Monseigneur devait-il assister à une messe de Luther, fût-ce pour les obsèques de sa belle-sœur, devait-il y participer activement ?
Que doivent penser les jeunes prêtres ordonnés pour le maintien de la sainte Messe, de voir le patron filer dans la boutique d'en face ? Pour un prélat, pour une personne dont les responsabilités morales sont énormes, pour un exemple à des milliers de catholiques, peut-il y avoir des cas particuliers ?
Et demain le simple fidèle pourra aller aussi bien à la synaxe qu'au Saint-Sacrifice puisque… l'exemple vient d'en-haut.

Quant à nous, nous sommes ressortis de la cérémonie tels que nous étions en y entrant, et Monseigneur ne me semble pas en avoir été contaminé ! Je dirais même que ce genre de cérémonie ne peut que vous immuniser encore davantage contre toute contamination conciliaire ! Dans la voiture qui nous ramenait, Monseigneur plaisantait sa sœur Jeanne, religieuse adoratrice, en lui demandant : « Alors, Jeanne, quand est-ce que tu te convertis ? » (tout en nous adressant un clin d'œil malicieux !)

Je n'en dirai pas plus, et ce sera là mon ultime conclusion ! Que le Cœur Immaculé de notre si Bonne Mère nous garde tous bien unis et fidèles à l'esprit de notre fondateur.

« Nous adhérons de tout cœur, de toute notre âme à la Rome catholique, gardienne de la foi catholique et des traditions nécessaires au maintien de cette foi, à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité.
Nous refusons par contre et avons toujours refusé de suivre la Rome de tendance néo moderniste et néo-protestante qui s'est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes les réformes qui en sont issues. »

Abbé Michel Simoulin, FSSPX
II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE
1) En bonne logique, on pourrait reprocher à l'abbé Simoulin de raisonner en rapprochant des cas assez hétérogènes : lui-même a célébré des mariages traditionnels avec une permission officielle ; Mgr Lefebvre, pour des raisons familiales a assisté à une liturgie d'obsèques nouvelles (il venait de publier un fascicule dénonçant « La messe de Luther », ce que rappelle implicitement l'auteur du pamphlet). Il y a même participé, puisqu'il a chanté l'absoute – absoute traditionnelle il est vrai. Mais ne chinoisons pas : on comprend bien l'intention de l'abbé Simoulin, qui est d'inviter ses confrères à sortir d'une auto-ghettoïsation. 
Par ailleurs, cet événement – le fait pour Mgr Lefebvre d'assister à une messe moderne – évoqué par l'abbé Simoulin, est celui auquel sont confrontés chaque dimanche des centaines de milliers de catholiques en France et des millions de fidèles de par le monde… tous ceux en effet qui ne peuvent assister, comme ils le désireraient, chaque dimanche, à la messe traditionnelle célébrée dans leur paroisse, et qui n'ont souvent même pas la possibilité d'aller y assister près de chez eux. Rappelons qu'il y a en France environ 4400 paroisses officielles et que la forme extraordinaire n'est célébrée au mieux que sur le territoire d'un peu plus de 10 % d'entre-elles… Pire, il y a encore en France trois diocèses (Viviers, Langres et Cambrai) ou n'est célébrée aucune messe selon la forme extraordinaire, ni dans le cadre diocésain, ni par la FSSPX, alors que les sondages réalisés par Orémus-Paix-Liturgique démontrent que partout en France plus d'un tiers des catholiques pratiquants français assisteraient volontiers à la messe traditionnelle chaque dimanche ! Ces fidèles qui se sentent obligés d'assister à la nouvelle messe peuvent-ils s'appuyer sur cet épisode de la vie de Mgr Lefebvre ? Le motif de Mgr Lefebvre était familial ; d'autres motifs proportionnés, pour parler comme les moralistes, peuvent se concevoir. Surtout si, comme Mgr Lefebvre, les fidèles concernés peuvent y introduire un élément traditionnel, comme on le dira plus loin. Bien que, à coup sûr, ce ne soit pas le but de l'exposition de l'abbé Simoulin.

2) Observons donc maintenant l'attitude du bon prélat lorsqu'il estime devoir assister à une messe « ordinaire » : que fait-il ? Il se signe, il s'agenouille, il se recueille, il se tait… Il est clair qu'il nous enseigne par son exemple la manière dont nous devons nous comporter dans une situation semblable. Mgr Lefebvre nous montre comment nous pouvons et devons témoigner qu'en assistant à la messe nous assistons véritablement au renouvellement de l'unique sacrifice du Christ sur la Croix, en la présence réelle du Christ. C'est là un acte de foi et certainement pas la participation à une réunion profane ou à un spectacle…

2 bis) Ajoutons qu'en tant que fidèles nous aurons, le plus souvent, et en plus de ce que fit Mgr Lefebvre, à aller communier au corps du Christ. Le ferons-nous comme des moutons suivants les habitudes irrespectueuses modernes ou le ferons-nous avec la révérence et la piété nécessaire en communiant au moins sur les lèvres, si possible en ayant manifesté notre foi en la présence réelle par une génuflexion ou mieux encore comme le font de plus en plus de fidèles en communiant à genoux devant le prêtre ?

3) IMMUNISATION. Oui, le mot de l'abbé Simoulin est juste, et tous ceux qui par obligation ou par choix militant – notamment car ils sont demandeurs dans leur paroisse d'une célébration selon la forme extraordinaire – assistent dans leurs paroisses à la liturgie ordinaire l'expérimentent : plus ils assistent à la nouvelle messe, plus leur adhésion à la messe traditionnelle croît et s'enracine davantage en leur âme. Loin d'être contaminés par les pratiques modernes, ils désirent toujours plus que soit célébrée dans leur paroisse une messe « extraordinaire » où les saints mystères seront célébrés dans le silence, la piété et le recueillement et non dans le chaos, le bruit et le bavardage.

4) Tous ceux qui sont qui ont fréquenté un jour ou l'autre les célébrations modernes souriront en souvenir des « belles paroles » que souvent, très souvent, ils auront entendu lors de ces célébrations : « Aimons nos frères comme ils sont et non pas comme nous voudrions qu'ils soient », « Accueillons l'autre tel qu'il est », etc. Splendides exemples de cette magnifique « langue de buis » qui chante à nos oreilles depuis 50 ans dans nos églises et qui nous illustrent bien sa grande superficialité. De « belles paroles » rarement suivies d'actes, surtout en ce qui concerne les fidèles traditionnels : presque toujours, dans ces paroisses, au lieu d'être aimés et écoutés, nous sommes volontiers méprisés, critiqués ou rejetés et presque toujours appelés aimablement à « aller ailleurs ». Chez les « lefebvristes », généralement.

5) Oui la fréquentation du monde officiel, y compris liturgiquement, ne produit pas de contamination pour qui a de solides convictions, au contraire. Nos sondages montrent d'ailleurs que plus d'un tiers des fidèles qui ordinairement assistent à leurs messes paroissiales ordinaires ont le désir de vivre leur Foi catholique au rythme de la messe traditionnelle ! Si les nouveautés conciliaires et liturgiques peuvent être comparées – « comparaison n'est pas raison », dit l'abbé Simoulin – à Tchernobyl en ce qui concerne la déflagration produite, il n'est pas possible cependant de parler de contamination irréversible. Ce serait nier la grâce de Dieu, lesensus fidelium et même la pérennité de l'Église.

30 juillet 2018

[Constance Vilanova - La Croix] Au Puy-en-Velay, polémique autour d’une chapelle rachetée par des lefebvristes

SOURCE - Constance Vilanova - La Croix - 30 juillet 2018

La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X a racheté l’ancienne chapelle de la Visitation du Puy-en-Velay. Cet ancien tribunal révolutionnaire se situe en plein cœur de la cité mariale.

L’opposition au Conseil municipal a écrit au préfet de Haute-Loire pour l’interpeller.

Place de la Plâtrière, l’affaire est plus qu’une querelle de clocher. Laissée à l’abandon depuis plusieurs années, l’ancienne chapelle du couvent de la Visitation du Puy-en-Velay a été rachetée. Elle affiche depuis mi-juillet un permis de construire au nom de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), fondée par Mgr Lefebvre, chef de file des opposants au Concile Vatican II.

Située sur un point de départ du chemin de Saint-Jaques-de-Compostelle, chef-lieu de la célébration du très rare Jubilé du Grand Pardon, la commune du Puy est un choix stratégique pour les lefebvristes.

« Historiquement, le lieu est plus important que Lourdes. Le jubilé en 2016, nous a donné l’opportunité de sensibiliser nos fidèles à ce projet », a ainsi déclaré à L’Éveil, quotidien de la Haute-Loire, le père Pierre Barrère, qui porte le projet depuis le prieuré Saint-François-Régis-d’Unieux, dans la Loire.

Sur le site Internet dédié au projet de rachat lancé il y a deux ans, la Fraternité a publié un appel aux dons en ligne lui permettant d’acquérir le bâtiment. Des fonds seraient encore nécessaires pour sa réhabilitation. En dénonçant la transformation des églises « en mosquée, fast-food, en bar ou salle des fêtes », la FSSPX revendique vouloir « rendre au culte les églises menacées de disparition ». Mais la désacralisation des édifices catholiques n’est pas son unique cheval de bataille.
Lieu de mémoire anti-révolutionnaire
La communauté lefebvriste compare la région du Velay à une « seconde Vendée ». À l’abandon après 1789, la chapelle a été un tribunal révolutionnaire. À la fin du XVIIIe siècle, des chouans du Velay y furent jugés et exécutés avec des prêtres réfractaires. « L’histoire de cette chapelle nous plonge au cœur de la résistance catholique et royaliste », est-il affirmé sur le site Internet du projet. « Elle est un symbole de résistance face à un état d’esprit qui veut s’attaquer à Dieu », a déclaré le père Barrère à L’Éveil.

Mais ce rachat est loin de plaire à l’opposition au Conseil municipal de la commune de 18 000 habitants. Préoccupés, quatre élus ont adressé, le 18 juillet, une lettre au préfet de Haute-Loire. « L’installation de cette secte catholique intégriste au Puy-en-Velay n’est pas anodine et pourrait engendrer des troubles à l’ordre public. Sur son site Internet, la FSSPX ne cache pas sa sympathie pour P. Pétain, qu’elle qualifie de "grande figure de la foi catholique" », y est-il décrié.
« Un rachat révélateur des cercles proches de Laurent Wauquiez »
Laurent Johanny, élu de gauche et signataire du courrier, explique que cette vente est révélatrice de la politique de Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes et ancien maire du Puy-en-Velay.

« Dans sa politique nationale, il fait graviter autour de lui des cercles traditionalistes et ce rapprochement résonne à l’échelle locale », affirme-t-il à La Croix tout en disant rester assez lucide sur l’impact de cette lettre, l’achat ayant déjà été acté. Contactée à plusieurs reprises, la mairie du Puy-en-Velay n’a pas souhaité répondre.

Du côté de la FSSPX, l’accord avec la commune relève du bon sens. « La mairie voulait éviter une modification de l’aspect extérieur du bâtiment, explique le père Loïc Duverger, assistant supérieur de la Fraternité et responsable des achats. Des fidèles de la FSSPX étaient déjà présents au Puy et célébraient dans une salle prêtée. Il est important pour eux d’avoir un lieu de culte et la ville draine beaucoup de monde l’été. »

Le diocèse du Puy-en-Velay affirme ne pas pouvoir réagir à cette installation, à deux pas de la cathédrale. « L’évêque du Puy n’a aucune autorité canonique sur la FSSPX. Nous ne pouvons ni encourager, ni nous opposer à ce projet », a répondu le vicaire général, le père Emmanuel Dursapt. Quant à la possibilité de voir cette nouvelle paroisse attirer des fidèles rattachés à l’Église catholique, il tempère : « Faisons confiance aux gens. À ce jour, ne soyons pas générateurs d’inimitiés inutiles. »

29 juillet 2018

[Abbé Pierre Barrère, fsspx - Le Pélican] Il y a 30 ans: les sacres de Mgr Lefebvre

SOURCE - Abbé Pierre Barrère, fsspx - Le Pélican - juin-juillet-août 2018

Il y a trente ans Mgr Lefebvre a voulu réaliser l'opération survie de l'Église en conférant l'épiscopat à quatre prêtres non infectés par les doctrines révolutionnaires et modernistes.

Pour mieux comprendre l'acte posé par l'évêque le 30 juin 1988, divisons cet exposé en deux parties: 1- Avant les sacres. 2 - Après les sacres. Nous verrons alors que les choses ont bien évolué depuis, mais le problème essentiel de la crise de la foi dans l'Église demeure – c'est évident surtout avec un pape tel que François qui n'a pas du tout les états d'âme d'un Benoît XVI dans ses réformes. Il ne semble pas, à vue humaine, que l'on soit proche de trouver une solution satisfaisante. Cependant Dieu peut tout.
I- Avant les sacres de 1988, qu'en est-il de l'Église? 
Rappelons tout d'abord que, en raison du Concile Vatican II, mais aussi avec la nouvelle messe (1969) et jusque tard dans les années 80, les évêques en place abandonnent la Tradition. Non seulement ils l'abandonnent, mais ils la combattent. Non seulement ils la combattent dans sa doctrine (nouveau Credo, nouveau catéchisme, nouveau Notre Père) mais dans tous ses symboles: abandon du latin, de la soutane, des autels remplacés par des tables (retrait du tabernacle), du chant grégorien, de la pratique du chapelet, des processions du Saint Sacrement, changement des rites de tous les sacrements...etc.)
 
C'est le grand chambardement: ceux qui ont vécu cette période disent alors: " On nous change notre religion ". Les prêtres qui veulent demeurer fidèles à la messe de leur ordination sont mal vus et bien souvent ils sont relégués dans des lieux obscurs où ils ne pourront plus témoigner et transmettre ce qu'ils ont reçu - ou alors - ils sont chassés de leur paroisse surtout s'ils ont le courage de s'opposer publiquement aux directives nocives pour la foi qu'ils jugent inacceptables en conscience (c'est le cas de l'abbé Coache).
 
La messe de Saint Pie V est alors - de fait - interdite. Le Pape Paul VI ne tiendra aucun compte des critiques liturgiques et théologiques signées par les cardinaux Ottaviani et Bacci contre la nouvelle messe (cf.: " Bref examen critique du N.O.M "): pourtant c'est avec force que ces cardinaux concluent leurs arguments: " La nouvelle messe s'éloigne de façon impressionnante dans l'ensemble comme dans le détail de la théologie catholique de la sainte messe." Paul VI ne tiendra aucun compte également de la pétition de six mille prêtres espagnols qui, sans refuser le nouveau missel, réclament la possibilité de garder l'ancien plus conforme, selon eux, à la foi catholique parce que, disent-ils, les protestants n'en veulent pas tandis qu'ils veulent bien du nouveau missel.
 
Mgr Lefebvre – mis à la retraite - fonde son séminaire en 1970 avec approbation de Rome et sur la demande de séminaristes qui constatent que même dans les séminaires les plus prestigieux l'enseignement est devenu marxiste. Le drapeau rouge flotte au séminaire français de Rome. Saint Thomas n'est plus le Maître qui doit guider les études dans les séminaires et universités catholiques comme les papes jusqu'à Jean XXIII inclus l'ont tant de fois réclamé.
 
Mgr Lefebvre veut assurer une formation traditionnelle sur tous les plans: philosophique, théologique, liturgique, biblique... etc. Très vite cela se sait. Les vocations affluent à Écône alors que les séminaires qui appliquent le concile et abandonnent toute discipline se vident. En moins de quatre ans l'épiscopat français en particulier s'émeut de ce succès et décide de s'insurger contre l'œuvre naissante de la Fraternité Saint-PieX qui refuse les nouveautés. Mgr Etchegaray, parle contre toute justice de ‘séminaire sauvage’: la guerre contre la tradition est désormais déclenchée. Mgr Lefebvre va donc devoir exprimer de plus en plus fort son opposition au Concile « le plus grand désastre de toute l'histoire de l'Église » ; il dénonce sans relâche la nouvelle messe, ‘messe de Luther’, il conjure prêtres et fidèles de garder la fidélité à la tradition: " Nous refusons...et avons toujours refusé de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante qui s'est manifestée clairement dans le concile Vatican II et après le concile dans toutes les réformes qui en sont issues." (déclaration 1974) Il est montré comme un rebelle au pape. Qu'importe les calomnies. Sur pression de l'épiscopat français Paul VI (1963-1978) va s’impliquer personnellement.
 
En 1976 le pape interdit à Mgr Lefebvre d'ordonner des prêtres mais il dira: « Si vous acceptez de célébrer la nouvelle messe tout ira bien ». Refus de l'évêque. Il ne veut pas cautionner la destruction de l'Église en germe dans cette ‘messe’ et le désastreux concile. Il continue de former des prêtres comme il l'a toujours fait dans l'Église depuis qu'il est évêque. Il n'a jamais été sanctionné pour cela mais félicité et même promu - il est vrai cependant - c'était avant Vatican II. Le pape Paul VI le frappe d'un première peine canonique: suspens a divinis! Normalement il ne doit plus célébrer la messe et donner les sacrements, surtout l'ordre qui perpétue les prêtres. Mgr Lefebvre répondra aux jounalistes avec humour " Je n'ai jamais célébré ni voulu célébrer la nouvelle messe ; je n'ai jamais donné les sacrements modernistes: je suis en plein accord avec le pape qui m'interdit toutes ces choses." (note: ici la citation n'est pas absolument exacte mais le sens y est )
 
En 1983 il écrit au cardinal Ratzinger " L’usage de cette messe œcuménique fait acquérir une mentalité protestante, indifférentiste, mettant toutes les religions sur un pied d'égalité à la manière de la déclaration sur la liberté religieuse, avec pour base doctrinale les droits de l'homme, la dignité humaine mal comprise, condamnée par Saint Pie X dans la lettre sur le Sillon."
 
Autre chose. Alors les prêtres qui portent la soutane et les religieuses qui gardent leur habit sont moqués par ceux qui ont tout lâché pour prendre l'esprit du monde. Quant à ceux qui refusent les changements et les nouveautés doctrinales, surtout l'œcuménisme ou la liberté religieuse, ils sont traités de fanatiques, d'intégristes. Rappelons ici pour mémoire: l'œcuménisme a été très officiellement condamné par le pape Pie XI en 1928 dans l'encyclique ‘Mortalium animos’. Par la suite, il est vrai, il a été ‘canonisé’ par le pape Jean-Paul II à Assise avec la réunion de toutes les fausses religions pour prier pour la paix en 1986.
 
Disons-le ici: C'est l'œcuménisme enseigné et pratiqué par les papes conciliaires et avec la connivence ou, du moins, la passivité des évêques du monde entier qui a été le signe majeur et non équivoque pour Mgr Lefebvre que l'Église officielle était entrée en rupture avec sa Tradition constante et son passé doctrinal le plus authentique (cf: les encycliques des papes du 19e et première moitié du 20e siècle donnent la doctrine sûre et éclairent toute la controverse avec les modernistes d'aujourd'hui).
 
Désormais le dogme bien connu ‘hors de l'Église point de salut’ est oublié ou effacé et c'est le contraire qui est publié partout mais surtout dans les paroles et les actions mêmes des papes. Rappelons-nous le catéchisme élémentaire: l'Église est la seule épouse du Christ, le Christ ne peut pas être adultère en acceptant d'autres religions, d'autres épouses: l'œcuménisme est antichrist.
 
Désormais Mgr Lefebvre est fixé. Il sait ce qu'il doit faire. Ne pas agir c'est contribuer avec les autres à la destruction de la foi - il ne veut pas endosser une telle responsabilité lorsqu'il devra rendre des comptes au Seigneur lors du jugement ‘cum vix justus sit securus’ Il va sacrer sans autorisation du pape ou plutôt contre l'ordre formel d'un pape promoteur de l'œcuménisme - Jean-Paul II - nouveau saint de l'Église conciliaire depuis le pape François.
 
Les interdictions du droit ecclésiastique ne s'appliquent plus dans cette circonstance - c'est trop net - on ne peut se servir du droit canon contre le bien des âmes: prima lex salus animarum: la première loi c'est le salut des âmes. Il faut garder la foi et ne pas professer l'œcuménisme qui est intrinsèquement contre la foi. Tous les saints en particulier les martyrs ont confessé la foi de l'unique et véritable Église qui n'a jamais été œcuménique.
 
La juridiction que Mgr Lefebvre revendique alors est une juridiction de suppléance qui découle du chef de l'Église qui défaille - en l'occurrence Jean Paul II - à l'évêque ou aux évêques (Mgr de Castro Mayer a voulu être présent aux sacres) qui ne défaille (nt) pas. Il y a donc approbation totale de l'Église. Avez-vous le mandat? Dit la liturgie du sacre. Nous l'avons, dit Mgr Lefebvre. C'est clair sauf pour les aveugles qui perdent la foi!
 
Mgr Lefebvre ne se constitue donc pas chef d'une Église parallèle, il veut accomplir son ministère d'évêque et pérenniser autant qu'il dépend de lui la Tradition confiée à la charge du pape et des évêques.
 
Lors des sacres Mgr Lefebvre donnera un bon résumé de la situation de l'Église en 1988: il établit alors un constat que les historiens ne pourront que confirmer dans l'avenir s'ils sont honnêtes:
 
« Quels sont les évêques qui ont gardé vraiment la Tradition, qui ont gardé les sacrements tels que l'Église les a donnés pendant vingt siècles jusqu'au concile Vatican II? Eh bien Mgr Castro Mayer et moi-même. Je n'en puis rien. C'est comme ça. Donc beaucoup de séminaristes se sont confiés à nous et ont senti qu'il y avait là la continuité de l'Église, la continuité de la Tradition. Ils sont venus dans nos séminaires malgré les difficultés qu'ils ont rencontrées, pour recevoir une véritable ordination sacerdotale et pour pouvoir offrir le vrai sacrifice du Calvaire, le vrai Sacrifice de la messe et vous donner les vrais sacrements et la vraie doctrine, le vrai catéchisme. Voilà le but de ces séminaires. » Et encore: " Vous savez bien qu'il ne peut y avoir de prêtres sans évêques. Tous ces séminaristes qui sont ici présents, si demain le Bon Dieu me rappelle – ce sera sans doute sans tarder – de qui ces séminaristes recevront-ils le sacrement de l'Ordre, des évêques conciliaires dont les sacrements sont tous douteux parce que l'on ne sait pas exactement quelles sont leurs intentions! Ce n'est pas possible."
II- Après les sacres de 1988. 
Nous arrivons à une deuxième étape, elle apporte des changements significatifs et même de la confusion. Il importe donc de juger avec discernement. Divisons en deux parties notre propos car deux nouveautés majeures apparaissent à cette date: 1- naissance d'une nouvelle race d'évêques ; 2- naissance d'une nouvelle race de traditionalistes.
 
1- Depuis 1988 - on peut le dire - une nouvelle race d'évêques conciliaires est née.

En effet depuis ce jour, un certain nombre d'entre eux célébrant habituellement " la messe de Luther " et admettant depuis 1965 (fin du concile) les pires incohérences doctrinales déjà condamnées par l'Église (œcuménisme, liberté religieuse) acceptent d'ordonner des prêtres dans le rite traditionnel avec messe de saint Pie V. C'est nouveau. Cela ne s'était pas vu depuis 1969. Une condition essentielle est demandée à ceux qui désirent une telle ordination: il faut qu'ils viennent de communautés bien séparées de Mgr Lefebvre et de sa Fraternité Saint-PieX (on s'en souvient, une condition similaire avait été exigée par Jean-Paul II en 1984 pour pouvoir célébrer - exceptionnellement - la messe saint Pie V.)
 
Quel avantage y a-t-il pour ces évêques modernistes à autoriser désormais une présence disons ‘traditionnelle’ dans l'Église conciliaire alors qu'ils l'ont farouchement combattue jusque-là au nom de leur concile? Est-ce que le concile est remis en question? La question vaut la peine d'être posée.
 
Le premier avantage saute aux yeux: c'est la division. Il faut diviser le bloc de résistance qui s'était solidement constitué autour de Mgr Lefebvre depuis les années 70 avec des personnalités importantes comme dom Gérard – Jean Madiran. Mgr Lefebvre - rappelons-le – était le nom le plus connu et souvent perçu par tous - comme le seul à maintenir la tradition. Sans doute il était facile de critiquer cet isolement et d'en rire mais sa réputation d'évêque sérieux dans son agir était difficilement attaquable. Si  son mouvement restait uni et même venait à prendre de l'ampleur, c'était prendre le risque de faire de lui un champion de la foi, une sorte de saint Athanase qui maintient seul la foi alors que tout sombre. Déjà la comparaison était dans toutes les pensées.
 
Donc on comprend: En autorisant ces traditionalistes ralliés, en leur donnant une certaine autonomie, Rome et les évêques font croire à tous que l'Église conciliaire n'est pas en rupture avec la Tradition. « Nous accueillons des traditionalistes, donc nous ne sommes pas contre la Tradition » semblent-t-ils dire. C'est habile il faut le reconnaître. Ce qui a précédé le concile, disent les conciliaires, est une forme de sensibilité toujours valable et il y aura toujours une place pour les minorités nostalgiques du passé, mais l'Église universelle doit suivre ‘le sens de l'Histoire’ et c'est le dernier concile qui nous le montre: on n'a pas le droit de s'y opposer.
 
Deuxième avantage: En divisant ce bloc homogène traditionnel créé autour de Mgr Lefebvre ils désamorcent le très fort reproche que la Tradition fait à l'Église conciliaire. Regardez ces ‘traditionalistes’, ils se rallient à Rome conciliaire. Ils cautionnent - au moins implicitement - les grands principes de celle-ci (liberté religieuse, œcuménisme, collégialité), principes contraires à la foi. Du coup les évêques et Rome moderniste se trouvent rassurés ou déculpabilisés: ils n'ont pas à se repentir si l'Église va mal car il n'y a pas d'erreurs dans les réformes. La preuve? Des anciens disciples de Mgr Lefebvre formés dans la théologie traditionnelle sont là comme témoins et ils ne se plaignent pas de ses nouveautés doctrinales introduites en 1965. Il n'y a donc aucune raison de remettre en cause le concile qui demeure sauf: il suffit de bien l'interpréter (ce sera le thème préféré du cardinal Ratzinger et très cher à Benoît XVI). Ainsi le mal perdure mais c'est moins visible. Or nous savons que si la cause d'un désordre demeure, les effets s'en suivront nécessairement.
 
2- D'autre part, depuis 1988, une nouvelle race de traditionalistes est née. Les supérieurs des communautés ralliées ne ressentent plus aucun malaise à faire ordonner leurs membres par des évêques manifestement acquis aux utopies de Vatican II. L'avertissement tragique des sacres est oublié: ‘Si demain le bon Dieu me rappelle… de qui ces séminaristes recevront-ils le sacrement de l'Ordre, des évêques conciliaires dont les sacrements sont tous douteux parce que l'on ne sait pas exactement quelles sont leurs intentions? Ce n'est pas possible.’ Pour ces anciens disciples et pas des moindres: abbé Bisig, abbé Coiffet et plus tard abbé Aulagnier: c'est possible.
 
Mais alors quels avantages ces ‘traditionalistes’ ralliés trouvent-ils pour agir de la sorte? L'essentiel pour eux c'est d'avoir une reconnaissance légale. De fait, la légalité chez eux prime sur la foi. Grâce à cette reconnaissance de la Rome moderniste ils se trouvent en paix avec l'obéissance et ils peuvent attirer toute une catégorie de catholiques hésitants qui ont le cœur porté vers ce qui est traditionnel mais qui craignent de fréquenter la FSSPX à cause du décret d'excommunication qui agit comme un épouvantail. Beaucoup voient dans ce décret une séparation réelle non seulement avec le pape mais aussi avec la papauté. Ils ne se donnent pas la peine de réfléchir et les autorités conciliaires le savent bien.
 
En résumé et grosso modo nous observons donc depuis un peu avant 1990, d'un côté des modernistes qui ne méprisent pas des traditionalistes, d'un autre côté des traditionalistes qui veulent bien s'entendre avec des modernistes. Il semble que l'on peut donc coopérer et marier deux choses qui se sont combattues farouchement: N'est-ce pas magnifique?
 
Ne nous y trompons pas, chers fidèles: cette alliance n'est possible qu'entre les modernistes modérés et les traditionnalistes mous ou, si vous préférez, entre personnes qui ne poussent pas les doctrines jusqu'au bout. Mais les doctrines ont leur logique propre et tôt ou tard l'une l'emporte sur l'autre et s’impose. Il s'agit donc d'une entente dans l'inconséquence: on ne regarde pas la contradiction mais on cherche à établir un modus vivendi acceptable en pratique. Chacun pense qu'avec le temps les choses évolueront dans le bon sens car Dieu veille sur son Église qui ne peut pas périr. Mais personne n'ose vraiment dire de quelle Église parle-t-on comme si la Rome néomoderniste – celle que Mgr Lefebvre a déclaré avoir toujours refusé - pouvait être toujours l'Église.
 
Il y a là quelque chose de significatif et qui doit éclairer les fidèles en leur montrant du doigt où se trouve le libéralisme dangereux et dissolvant de la foi. Le libéralisme comme chacun sait est un mélange de principes bons et mauvais que chaque conscience individuelle dose à sa guise: un peu plus vous êtes moderniste, un peu moins vous ressemblez à un traditionaliste. Le libéralisme n'est pas l'acceptation de l'hérésie à l'état brut mais c'est tout de même trouver un terrain d'entente avec les doctrines hérétiques pour avoir la paix.
 
Récemment nous avons l'illustration de cette réalité à Bordeaux: « le 11 novembre 2017 à l'église saint Bruno desservie par la Fraternité Saint Pierre, en présence du cardinal J-P Ricard, archevêque de la ville, s'est tenu ‘une journée pour la paix’. La ‘pasteur’ de "l'Église protestante unie" s'était jointe à cette manifestation en surplis: Mme Valérie Mali, est une ‘grosse pointure’ qui se vante d’avoir ‘béni’ les premières unions homosexuelles de la ville. Dans le chœur était aussi présent l'abbé Benoît de Giacomoni, de la Fraternité Saint Pierre. Il ne s'agissait pas d'une sorte de ’raté’ mais d'un choix véritable, assumé de manière responsable par les ‘dirigeants’. C'était en effet une ‘messe catholique’ œcuménique, et par ailleurs il fallait maintenir de bons rapports avec le cardinal-archevêque demandeur. » (Fideliter n°242 J-P Dickès)
 
Avec Mgr Lefebvre nous continuons à dire qu'il ne faut pas se contenter d'un catholicisme de façade ou en trompe l'œil. Peut-on conserver tout l'extérieur de la tradition et être œcuméniste façon Jean-Paul II à Assise. La réponse catholique est non; la réponse catholibérale est oui. Peut-on dire être pour le règne du Christ et démolir les États catholiques (les nouveaux concordats signés par Jean-Paul II ont réalisé cela) ou détruire les familles catholiques (promouvoir les unions contre nature)? La réponse catholique est non; la réponse catho-libérale est oui. Les communautés traditionnelles qui ont fait alliance avec Rome moderniste font croire que leur combat est légitime et bon, il n'est que légal et mauvais (comme la loi sur l'avortement). Ils font fausse route: in fine il se fera plus de mal que de bien car ils sont en train de former des générations de libéraux: le cas de Bordeaux le prouve. Si la Fraternité Saint-Pie-X suivait ce chemin, cela prendra certes du temps, mais les résultats seront les mêmes.
 
Terminons par deux citations: ‘Il existe un mal pire et plus meurtrier que la persécution, c'est l'empoisonnement perfide de la mentalité.’ saint Cyprien. Bossuet dans son commentaire de l'Apocalypse fait remarquer dans l'Église deux sortes de persécutions: "La première a son commencement dans l'empire romain, où la violence devait prévaloir, la seconde à la fin des siècles où sera le règne de la séduction."
 
Abbé Pierre Barrère

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Chapitre Général – I

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 28 juillet 2018

Dès qu’échouent les chefs, ils ne sont qu’à virer.
Donc pour quelle raison seraient-ils rappelés ?

Le dernier Chapitre général de la Fraternité Saint-Pie X, le quatrième comportant des élections (1982, 1994, 2006 et 2018), s’est terminé samedi dernier en Suisse, à Écône. L’événement a été suivi avec intérêt dans de nombreux milieux, car la Fraternité, fondée en 1970, est devenue en quarante ans un des plus importants bastions de la foi catholique, réagissant ainsi au travail de sape ouvertement mené depuis le Concile Vatican II (1962–1965). Cependant, au cours des 20 dernières années, la Fraternité a donné de plus en plus clairement des signes indiquant un changement de cap. À mesure qu’elle s’éloignait des positions de son fondateur, Mgr Lefebvre, elle s’est de plus en plus montrée en accord avec les responsables conciliaires de l’Église. On attendait donc du Chapitre Général qu’il indiquât la direction qu’allait prendre la Fraternité.

En principe, le détail du déroulement d’un Chapitre, tout comme celui de l’élection d’un Pape, n’est pas destiné à être rendu public. Toutefois, à l’issu du Chapitre, certaines déclarations et quelques décisions ont été rendues publiques. Il s’agit de la Déclaration officielle du Chapitre indiquant la politique à venir. Elle s’aligne sur cette autre déclaration bien connue de Mgr Lefebvre de novembre 1974, “ reprise dans son intégralité”. Cependant, comme l’a clairement montré le site Non Possumus en publiant l’intégralité véritable de cette déclaration de guerre contre la nouvelle religion de Vatican II, le Chapitre a choisi délibérément de ne citer que les passages les plus pacifiques. Voilà qui n’est guère prometteur pour la poursuite de la guerre sainte de l’Archevêque contre la terrible apostasie de Vatican II.

Bien sûr, Mgr Lefebvre était avant tout intégralement catholique. Il était donc anti-conciliaire. C’est pourquoi sa déclaration de guerre contient des passages pacifiques. Mais, comment la vérité peut-elle être aimée sans la haine de l’erreur ? L’esprit anti-conciliaire découle immédiatement et nécessairement de l’amour du catholicisme. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle des multitudes de vrais catholiques ont suivi la Fraternité et son fondateur qui dénonçaient clairement et ouvertement l’apostasie des officiels de l’Église. Sous sa direction, le séminaire d’Écône comptait autrefois plus d’une centaine de séminaristes, et des milliers de personnes assistaient chaque été à l’ordination d’une douzaine de nouveaux prêtres. Par contre, en juin de cette année, on estimait à 450 ceux qui ont assisté à l’ordination de trois nouveaux prêtres sur une quarantaine de séminaristes. Les catholiques votent avec leurs pieds – et ferment leur portefeuille – contre la Néo-fraternité.

Quant aux actions publiques du Chapitre, qui parlent toujours plus fort que les paroles, on retiendra l’élection d’un nouveau Supérieur Général et de deux nouveaux Assistants. Il faut féliciter les membres du Chapitre d’avoir déposé le Supérieur Général et les Assistants précédents, car ces derniers s’étaient évertués depuis 12 ans à changer l’orientation de la Fraternité dans l’espoir d’obtenir une reconnaissance officielle de la part des apostats romains. Cette reconnaissance n’a pas été obtenue, mais la Fraternité a été au passage sérieusement affaiblie et ses meilleurs prêtres désorientés. Et maintenant, quels nouveaux dirigeants le Chapitre a-t-il choisis de mettre à leur place ? Les deux nouveaux Assistants ont été de fidèles collaborateurs du précédent Supérieur Général, d’accord avec sa politique cherchant à gagner la faveur de la Rome conciliaire. Était-ce pour le bien commun de la Société ? Mais quel bien commun catholique a jamais été opposé à la Foi ? Quant au nouveau Supérieur Général, il ne sait peut-être pas lui-même ce qu’il voudra faire en tant que Supérieur, car Dieu seul sait avec certitude ce qu’un homme fera quand il accédera au pouvoir. Souvent il décevra, parce que « Le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument » (Lord Acton) – mais un nouveau chef peut aussi surprendre en bien. L’abbé Pagliarani a certainement besoin de nos prières.

À cet égard, cependant, la dernière action publique du Chapitre a claqué comme un coup de tonnerre. Juste avant la fin du Chapitre, on a voté pour ajouter au Conseil de la Fraternité, composé du Supérieur Général et de ses deux Assistants, deux autres “Conseillers” supplémentaires. De qui s’agit-il ? Des deux derniers Supérieurs de la Fraternité : l’abbé Schmidberger (1982–1994), et Mgr Fellay, qui, entre 1994, année de sa première élection, et 2018, lorsqu’il fut enfin détrôné, a été le principal artisan de l’affaiblissement et du déclin de la Fraternité ! A quoi bon rappeler l’évêque Fellay et son plus proche collaborateur, l’abbé Schmidberger et les placer près du trône ? Est-il sage de la part d’un Supérieur de tolérer que son prédécesseur traîne encore aux alentours pendant 12 ans ? A quoi le Chapitre a-t-il pensé en agissant ainsi ? Quoi qu’il en soit, c’est un très mauvais signe si la Fraternité doit aimer la vérité et détester l’erreur.

Kyrie eleison.

27 juillet 2018

[Abbé Henri Vannier - (libre courrier)] "Pour répondre à certains propos tenus imprudemment..."

SOURCE - Abbé Henri Vannier - (libre courrier) - 27 juillet 2018

Pour répondre à certains propos tenus imprudemment, faut-il en appeler à la mesure et au bon sens, en faisant remarquer que la Tradition de l’Église appartient naturellement à l’Église en son Corps divinement constitué et non exclusivement à la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, même si l'œuvre de Monseigneur Lefebvre, de pieuse mémoire, contribue à redonner à la Tradition liturgique et doctrinale héritée de nos Pères dans la Foi, sa place essentielle et incontournable  au sein de la vie de l’Église.
  
Toute vraie fidélité à la divine Tradition s'inscrit nécessairement au cœur du Mystère de l’Église dans ses deux dimensions institutionnelle et charismatique : on ne peut séparer l’Église Société hiérarchisée instituée par Jésus Christ et l'Action du Saint Esprit : "Hors de l’Église, pas de Salut". Revendiquer une fidélité absolue ou une religion pure et sans tâche au nom de la Foi seule, tout en protestant systématiquement contre la Communion hiérarchique du Corps ecclésial, entraîne fatalement un repli sur soi communautaire et idéologique, car, même en commençant par invoquer ce que l’Église a toujours cru et enseigné, par la suite, que deviennent les critères de vérité et le principe d'autorité? Comment peut-on s'attacher coûte que coûte à la divine Tradition et en couper le lien sacré?
  
Vous qui, aujourd'hui, tenez à la sainte Tradition de toutes vos forces, quelle garantie et quelle assurance avez-vous de pouvoir continuer demain à transmettre l'intégralité de l'authentique Tradition en dehors de l'Institution ecclésiale et indépendamment du Successeur de Pierre auquel le Seigneur a confié l'édification de son Église?
   
   
Pour le moment, vous dites attendre que la hiérarchie se convertisse et corrige les erreurs issues du Concile Vatican II. Finalement, vous vous fiez davantage aux hommes plutôt que vous ne croyez au Saint Esprit! Pourtant, n'est-ce-pas par le retour de la Tradition à l'intérieur du Corps même de l’Église que doit être mené à bien le bon combat de la Foi? Non à l'extérieur.
  
Cessez donc, je vous prie fraternellement, de mettre la confusion dans l'esprit de vos fidèles en insinuant qu'il y aurait deux Églises : l’Église catholique, celle de la Tradition, et "l’Église conciliaire"! L’Église de Jésus Christ est Une, son unique autorité légitime réside au sein de la Succession Apostolique.
  

On a entendu dire que là où il y a la Fraternité, il y a l’Église!!! Mais il faudrait que la Fraternité entre pleinement dans la Communion visible de l'unique Église catholique. 
  
Il n'est pas question de nier la crise! C'est pourquoi justement, si la Sainte Église est occupée : allons-nous l'abandonner à ses occupants? Si elle est éclipsée, allons-nous refuser de témoigner en elle de la lumière de la Vérité? Si elle nous paraît entourée par le Mystère d'Iniquité : comment oublierions-nous qu'elle demeure l'Église de Dieu, Cité sainte et immaculée, Épouse bien-aimée du Seigneur, ayant les promesses de l’Éternité.

Barque du Salut, elle peut prendre l'eau de toutes parts mais elle ne coule pas. Ne pas la rejoindre, malheureusement, c'est s'exposer à s'égarer au loin, car, malgré la tempête contraire, elle avance et ne revient pas en arrière. Une fois la mer apaisée, elle colmatera les fuites, rejettera les erreurs, purifiera le cœur de ses disciples et reprendra de plus belle sa course. Serez-vous là au temps de la Relève?
   
   
En effet, ne voyez-vous pas se lever ici ou là une nouvelle génération de prêtres et de fidèles de bonne volonté qui se détournent des illusions modernistes pour se rapprocher de la Tradition avec un véritable élan de Foi et d'Amour de Dieu? En sortant de vos églises, vous pourriez aller à leur rencontre afin de leur offrir les trésors de doctrine et de piété que vous cultivez depuis près de cinquante ans. Enfouirez-vous la Tradition ou bien la ferez-vous paraître en plein jour de l’Église? À vous qui avez beaucoup reçu, il vous est demandé de donner à votre tour.
  
Comment par exemple ne pas se réjouir de voir tous ces jeunes prêtres désireux de célébrer la Messe traditionnelle? La Messe (lex orandi) contient la plus haute et la plus parfaite expression de la Foi catholique (lex credendi) : garde la Messe et elle te gardera dans la Foi ; prends la Messe et elle t'apprendra la Foi.
  
Ce pas en avant de votre Fraternité, pourquoi craignez-vous de le franchir, hommes de Foi? Non seulement vous en recevriez votre part entière à la Mission universelle de l’Église, mais surtout, vous seriez emportés par un souffle puissant de liberté renouvelant votre zèle intérieur pour la sainte Tradition. Vous prendriez peut être davantage en compte les multiples défis auxquels sont confrontés les Évêques au milieu d'un monde indifférent ou hostile, tandis que le clergé diocésain découvrirait la solidité de votre formation, le sérieux de votre discipline et la ferveur de votre générosité.
  
  
Avez-vous connu Monseigneur Lefebvre? Convenons ensemble qu'il est trop facile aujourd'hui de tirer de ses écrits, de ses déclarations publiques ou de ses confidences, ce que chacun veut entendre au gré de ses idées voire de ses humeurs.
   
Quoi qu'il en soit, ne voyez-vous pas la perplexité de nombreux catholiques de Tradition, surtout des combattants de la première heure, fidèles parmi les fidèles, de plus en plus déçus, inquiets, désemparés et prenant peur, parce qu'ils ne retrouvent plus avec vous l'enthousiasme initial de la Tradition conquérante. Savez-vous ce qu'ils craignent de votre part? C'est votre propre trahison de la Tradition. Leurs cœurs restent attachés à la Fraternité mais ils vont ailleurs aussi, fatigués non du combat mais des discours inquisiteurs et moralisateurs plus proches de la lettre de l'ancienne loi que de l'esprit du Commandement nouveau.
   
Votre façon de traiter ceux que vous appelez "les ralliés" révèle votre difficulté à tourner la page de l'histoire, à faire bouger vos lignes, à serrer les rangs de la Chrétienté et à vous projeter sur le champ d'une épopée pleine d'Espérance ; au lieu de vous crisper sur place avec une certaine pusillanimité, vous feriez mieux de rebondir en commençant par redonner à la divine Liturgie sa splendeur édifiante et à la prédication de l’Évangile toute sa dimension spirituelle.
   
   
N'en déplaise, le Sacre des quatre Évêques en 1988 fut une décision audacieuse d'ordre prudentiel, non sans risques et débats, dont désormais les uns et les autres peuvent apprécier à leur juste valeur les avantages procurés à la Fraternité pour la continuation de son œuvre mais aussi, plus globalement, à l'ensemble de l’Église en passant par les Communautés "Ecclesia Dei". Étonnant paradoxe! Acte de rupture? Cet événement a profité à toute la Tradition vivante de l’Église réconciliée avec elle-même et ouvre de nos jours cette inédite perspective : la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X appelée à renouer avec les institutions ecclésiales en offrant au Souverain Pontife les fruits de son inflexible ténacité.
    
Combien les voies de Dieu sont impénétrables, lesquelles nous invitent tous à l'humble sagesse de la Foi.

[Monastère Saint-Benoit - Dom Alcuin, Prieur - Lettre aux Amis] "Pâques et la Semaine Sainte ont constitué un moment particulièrement privilégié..."

SOURCE - Monastère Saint-Benoit - Dom Alcuin, Prieur - Lettre aux Amis - Temps après la Pentecôte 2018

Pâques et la Semaine Sainte ont constitué un moment particulièrement privilégié de grâces et de prières pour nous et les nombreux clercs et invités venus célébrer ces anciens rites selon le Missale Romanum de 1953. Ce privilège a été accordé par la commission pontificale Ecclesia Dei en Janvier dernier. Pour un petit monastère cela s’est avéré une semaine très exigeante, mais la générosité de beaucoup a permis une célébration vraiment belle de ces rites sacrés qui sont, sans le moindre doute, la plus profonde source et le sommet de notre vie et de notre mission chrétienne.
 
Cette lettre d’information vous parvient alors que l’été s’amorce et nous sommes de nouveau bénis par un flot constant de visiteurs et de visites vocationnelles. Tout cela culminera dans la Cinquième École d’Été Internationale Sacra Liturgia qui ramènera des anciens et nouveaux amis pour en apprendre d’avantage sur la Liturgie et pour être formé par une intense immersion en elle, en la vivant et en la priant. Une personne intéressée a une fois remarqué que notre monastère « fait dans la liturgie et l’hospitalité ». Cela promet d’être certainement le cas cet été ! Même si vous n’êtes pas en capacité de participer personnellement, nous vous assurons en tout cas de votre présence dans nos prières.
 
Dom Alcuin, Prieur

[Monastère Saint-Benoit - Lettre aux Amis] Associés du monastère

SOURCE - Monastère Saint-Benoit - Lettre aux Amis - Temps après la Pentecôte 2018

Nous recevons un nombre significatif de demandes de la part de laïcs catholiques hommes et femmes, ainsi que de membres du clergé diocésain, exprimant le souhait de devenir oblats du monastère. C’est une grande grâce quand il est possible de vêtir les oblats novices et de recevoir leur oblation à la suite de leur noviciat. Les oblats constituent une partie publique de notre famille monastique et sont toujours au nombre des « fratribus absentibus » -les frères absents - pour lequel on prie à la fin de chaque Heure de l’Office Divin. Leur support est vital.
     
Pour plusieurs raisons beaucoup de ceux qui ont demandés l’oblation ne peuvent pas nous rejoindre en personne pour recevoir l’habit de l’oblat novice, ou pour faire leur oblation. S’il est nécessaire de préserver l’intégrité de l’oblation et de ses rites, nous avons recherché une manière d’associer formellement ceux qui le désirent, mais ne peuvent nous visiter physiquement, avec notre prière et notre travail.
   
A cette fin nous sommes heureux d’annoncer la formation d’« Associés du Monastère Saint Benoît ». Les Associés s’engagent en privé à la conversion de leurs mœurs selon l’esprit de la Règle de Saint Benoît et à la mesure de leur propre état de vie. Ils promettent de prier régulièrement pour le monastère. Lorsque c’est possible, ils le font en priant une partie de l’Office Divin, de préférence dans le rite monastique. A la mesure de leurs moyens ils offrent une aide matérielle au moins annuellement. Les Associés, vivants ou morts, sont inclus dans les prières quotidiennes du monastère pour ses amis et bienfaiteurs. Les Associés sont libres de renouveler ou cesser annuellement leur engagement à volonté et ne tombent sous le coup d’aucun péché ce faisant. Des personnes baptisées n’étant pas encore en pleine communion avec l’Eglise Catholique peuvent demander à devenir Associé.
   
Une personne devient un Associé par une requête écrite au Prieur, expliquant ses motivations. Lorsqu’une requête est acceptée, un Certificat d’Association va être rédigé indiquant la date de son commencement et celle de renouvellement annuel. Ce renouvellement est ratifié par l’acceptation par le Prieur d’une lettre demandant ledit renouvellement. Nous espérons que cette Association avec notre vie et notre travail comblera le désir exprimé par beaucoup de gens. Cette croissance de notre famille monastique est une source de grande joie et nous nous réjouissons par avance de cette coopération avec les Associés pour notre futur développement matériel et spirituel.

[Monastère Saint-Benoit - Lettre aux Amis] Des nouvelles du monastère

SOURCE - Monastère Saint-Benoit - Lettre aux Amis - Temps après la Pentecôte 2018

Comme nous l’avons déjà mentionnés, notre célébration de la Semaine Sainte cette année était particulièrement riche grâce à la permission de célébrer selon les rites du Missale Romanum de 1953. Cette permission incluait également l’ancienne Vigile de la Pentecôte, que nous espérons célébrer solennellement en 2019.
   
Notre petit monastère est en effet en pleine croissance, avec deux nouveaux membres qui vont nous rejoindre dans les mois à venir. Chaque vocation nouvelle apporte des dons particuliers avec elle, et nous permet de servir le Seigneur plus fidèlement et complètement dans nos observance quotidiennes. S’il vous plaît, priez pour leur persévérance et pour le juste discernement de ces jeunes hommes qui nous visitent à la recherche de la Volonté de Dieu pour leurs vies.
 
Pour la fête de Saint Marc et ses Grandes Litanies, nous avons effectué une brève visite fraternelle aux Bénédictins de l’Immaculé, un petit monastère diocésain situé dans le village de montagne de Villatalla dans le diocèse d’Albenga-Imperia, Italie. Cela nous a permis d’avoir une courte expérience d’une autre petite - mais fervente - communauté monastique, et nous a offert l'opportunité de célébrer les rogations ensemble. Nous avons observés les petites litanies une fois de retour chez nous, quinze jours plus tard. Notre propre village célèbre ses « Bravades » annuelles - une fin de semaine de processions solennelles en l'honneur de son Saint Patron, St Clément de Rome - en mai. Les frères y ont participé de nouveau cette année et le Père Prieur a prêché à la Messe du Dimanche.
 
Pour la fête de la Pentecôte, grâce à la générosité de quelques généreux bienfaiteurs, nos hommes en formation ont participés au pèlerinage annuel de trois jours Paris-Chartres, culminant le Lundi de Pentecôte par une messe pontificale célébrée dans la Cathédrale de Chartres par Robert Cardinal Sarah, dont la visite ajournée au monastère est en train d’être reprogrammée pour plus tard en 2018 ou pour début 2019. En effectuant le pèlerinage, nos hommes ont emporté avec eux les intentions de leurs bienfaiteurs et de tous ceux qui sont en discernement vocationnel.
   
Notre région est pleine d’histoire chrétienne, de sanctuaires des saints, d'anciennes églises et monastères. L’arrivée en juin de Dom Ambrose Bennett, un moine de l’Abbaye de St Louis, dans le Missouri (USA), de la Congrégation Bénédictine Anglaise, qui nous bénit de sa présence pour une bonne partie de l’été, a occasionné une sortie chez les deux plus éloignées des « trois soeurs cisterciennes » de Provence : les Abbayes de Sénanque et Silvacane, toute deux situées au nord d’Aix-en-Provence. Il est instructif, même formateur, le respirer la foi et la vision des moines qui bâtirent ces abbayes, et - dans le cas de Sénanque - d’en apprendre sur la vie des moines qui les habitent aujourd’hui.
   
De retour à la maison, notre jardin en arrive aux jours des premiers fruits d’été, avec une bonne réserve de tomates et d’herbes fraîches désormais disponibles. Nos abeilles travaillent dur (notre rucher est maintenant fort de quatre ruches) et nos poules continuent de nous offrir une bonne quantité d’œufs pour le nombre grandissant d’assiettes à la table du réfectoire. Les places du réfectoires ont été augmentées de façon à répondre à ces nombres croissants.

[Monastère Saint-Benoit - Lettre aux Amis] Pax inter spinas

SOURCE - Monastère Saint-Benoit - Lettre aux Amis - Temps après la Pentecôte 2018

Depuis sa création, notre monastère a adopté pour emblème le mot PAX ceint de la Couronne d'Épine. Le pax inter spinas est un motif profondément bénédictin : notre vocation est admirablement représentée comme une recherche de la paix au milieu des épines - des épines imposées par nos vies morales, par les autres, par notre monde et même par l’état dans lequel se trouve notre Sainte Mère l’Eglise en tout temps. 
   
Notre souffrance est souvent intriquée avec, ou se trouve être la conséquence de, notre propre faiblesse, folie, péché ou mal. Mais parfois ce n’est pas le cas : il y a des gens mauvais dans le monde qui feront tout ce qui est en leur pouvoir pour détruire le bien et empêcher les gens de convertir leurs mœurs et progresser dans la vertu. Il y a des gens qui trahissent notre confiance. Il y en a d’autres qui nous font mal par leur ignorance de nos réels besoins. Il y a les souffrances de maladies immérités qui arrivent à des moments et d’une façon par lesquels elle pèsent terriblement lourd sur nos vies. Que nous le méritions ou non, notre vie sur terre est vécue sous l’ombre de la Croix : elle est pleine de souffrances ; parfois de très grandes souffrances. 
   
Ainsi, notre vocation n’est pas de vivre la paix facile subtilement suggérée par les plaisirs du monde, ou d’être pour ainsi dire comme “drogués” suffisamment par ces plaisirs, en vivant comme si la souffrance n’existait pas. Non, notre vocation est d’embrasser la souffrance, d’accepter les épines de la persécution, de supporter les moqueries, de persévérer dans notre propres faiblesse physique ou morale - et à travers celles des autres. 
   
Notre vocation, au milieu de nos souffrances, quelle que soit la peine infligée par les épines qui nous encerclent et nous percent, est de garder les yeux fixés sur Celui qui est la Paix. Il s’agit en effet de chanter et prier « Discerne causam meam, Dominie: ab homine iniquo et doloso eripe me » (Ps. 42:1) avec la foi et l’assurance que si même si un juge du monde me trouve totalement coupable, le tribunal de la miséricorde du Christ et l’amour sacrificiel par lequel l’Agneau est Vainqueur (Rev. 5) nous sauveront si nous persévérons avec foi dans Son Chemin. C’est donc une grande joie pour nous de recevoir de cet artiste renommé qu’est Daniel Mitsui le nouveau modèle de notre emblème pax inter spinas pour l’usage exclusif de notre monastère. L’artiste déclare ainsi : « Cet emblème combine le mot PAX écrit dans un style d’écriture médiéval (communément appelé style “Lombard”), le rameau d’olivier chargé de fruits (lequel est demeuré un symbole de paix depuis le temps de Noé), et deux branches d’épines formant une couronne. Elle illustre la devise Bénédictine pax inter spinas, paix parmi les épines. »