22 juillet 2018

[Gino Hoel - Golias] Après l’éviction de Mgr Fellay : Rome à l’épreuve de la surenchère intégriste

SOURCE - Gino Hoel - Golias - 20 juillet 2018

Les intégristes de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX) ont donc un nouveau patron. Après vingt-quatre ans de règne sans partage de l’évêque Fellay, ordonné sans mandat pontifical par Mgr Lefebvre en 1988, voici donc un Italien de 47 ans, Ce serait une petite révolution – horresco referens! – que vit la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X (FSSPX), fondée par l’archevêque schismatique spiritain, Mgr Lefebvre, dans la foulée de Vatican II. Dirigée après la mort du fondateur en 1991 par l’évêque Fellay – ordonné sans mandat pontifical – durant près d’un quart de siècle, ce dernier vient d’être débarqué par le chapitre général réuni à Ecône (Valais suisse) jusqu’au 21 juillet. Les cathos de l’extrême ont choisi un Italien, le prêtre Davide Pagliarani – ordonné par l’évêque Fellay en 1996 – afin de présider aux destinées de la FSSPX pendant les douze prochaines années.

D’abord très franco-française, cette Fraternité dispose aujourd’hui de 637 prêtres à travers le monde (il y a 400.000 prêtres catholiques), c’est la raison pour laquelle Rome fait tout pour ramener cette minorité dans le giron de l’Église officielle. L’ex-supérieur général Fellay était de ceux – chez les intégristes – à vouloir ce rapprochement avec – à la clef – la possibilité d’une prélature personnelle (comme l’Opus Dei). Dans cette optique, le « prélat personnel » aurait été élu à vie et n’aurait obéi qu’au seul pape. Manque de pot, les intégristes étaient divisés sur ce rabibochage. D’une part car beaucoup de schismatiques ne digèrent toujours pas le Concile, surtout les textes concernant l’œcuménisme, la liberté religieuse et l’ecclésiologie plus horizontale instituée par les Pères conciliaires (dont Mgr Lefebvre !) ; d’autre part car la « Rome apostate » (selon le vocabulaire propre à ces extrémistes) est aujourd’hui dirigée, selon eux, par un dangereux progressiste qui veut relativiser l’immuable doctrine sur le mariage (entre autres). Quand bien même François a reconnu la validité des sacrements de Réconciliation et du Mariage (1) conférés par les prêtres de la FSSPX dans le cadre de l’Année sainte extraordinaire de 2015-2016, cela n’a pas suffi et l’évêque Fellay, 60 ans, qui est désormais pré-retraité.

Le nouveau triumvirat lefebvriste est donc composé du supérieur général Pagliarani et de deux assistants : l’évêque de Galarreta – lui aussi ordonné sans mandat pontifical par Mgr Lefebvre et peu enclin à lâcher du lest vis-à-vis du Concile – et du prêtre français Bouchacourt, ancien de Saint-Nicolas-du-Chardonnet (Paris-Ve), église annexée et occupée par la FSSPX depuis 1977, moins fermé que son collègue assistant. Signe particulier de ce trio : tous trois ont exercé leurs talents… en Argentine. Et qui était alors cardinal-archevêque de Buenos Aires ? Mgr Bergoglio puis Mgr Poli, créature bergoglienne, lesquels ont aidé la FSSPX à obtenir les différentes autorisations officielles afin de pouvoir œuvrer en toute légalité sur le territoire argentin. Les choses sont donc plus complexes. Bien sûr, la réconciliation Rome-Ecône a pris un coup dans l’aile avec cette élection. Mais la porte n’est pas fermée. La FSSPX mise désormais davantage sur la relation interpersonnelle, pariant sur la connaissance mutuelle des différents protagonistes (François, donc, et la direction intégriste) pour faire avancer son dossier. La mise à l’écart de l’évêque Fellay n’a rien d’un coup de tonnerre dans un ciel bleu. C’est plutôt son ambivalence, si ce n’est son ambiguïté, qui a été sanctionnée par ses camarades. Mais que l’on ne s’y trompe pas : le dialogue n’est pas rompu avec l’élection de ces nouvelles têtes. Au contraire, la FSSPX estime qu’elle est en mesure de faire avancer son dossier plus efficacement avec des gens qui ont côtoyé l’évêque de Rome dans une autre vie. Il est vrai qu’avec le pouvoir romain, il faut s’attendre à tout.
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1. Accordé en mars-avril 2017 dans une lettre du cardinal-préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Mgr Müller, dans une lettre adressée à l’ensemble de l’épiscopat.