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31 juillet 2016

[Abbé Daniel Couture, fssxp - Le Carillon (Canada)] Le virus du libéralisme

SOURCE - Abbé Daniel Couture, fssxp - Le Carillon (Canada) - juillet-août 2016

Avec sa bonne formation romaine et sa longue et très riche expérience, Mgr Lefebvre comprit clairement que le virus qui était entré dans l'Église, d'ailleurs bien avant Vatican II, mais qui se propagea de façon foudroyante au Concile et qui pouvait le mieux rendre compte de ces pontificats difficiles que nous vivons depuis, avait un nom précis : le libéralisme. Il l'expliqua à fond aux séminaristes dans ses cours des actes du Magistère qui sont la base de deux de ses livres : Ils L'ont découronné , et C'est moi, l'accusé, qui devrais vous juger.

La caractéristique commune à toutes les formes de libéralisme, le naturalisme par exemple, enseigna Mgr Lefebvre, c'est l'insoumission, l'indépendance. Que l'on parle du domaine de la connaissance avec le devoir pour l'intelligence de se soumettre à la réalité et à la vérité révélée, ou de la liberté pour la volonté qui se voit limitée par les commandements de Dieu, ou du devoir pour le corps de se soumettre à la mortification imposée par l'âme consciente des blessures du péché originel, ou de toute forme d'autorité - familiale, sociale ou ecclésiale -, le libéral dira : non, je ne le veux pas, je ne veux pas me soumettre. Et toutes les raisons seront bonnes pour justifier cette rébellion. Luther se servit même de la foi et de la sainte Écriture pour sa révolution!

Ensuite, c'est une chose de connaître ce danger, c'en est une autre de savoir comment le combattre, car c'est un poison très subtil qui sait se cacher sous les plus beaux dehors, même sous l'apparence du bien, de la vertu, comme disent les grands maîtres de vie spirituelle. En fait, c'est très simple : le contraire de l'esprit d'insoumission, fruit de l'orgueil, c'est tout simplement l'imitation de Jésus-Christ, de celui qui a proclamé : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » [NDLR de LPL : St Matthieu 11, 25-30]. C'est donc l'humilité, cette grande vertu, fondement de toutes les vertus, qui est l'antidote du libéralisme. Si le libéralisme non combattu en arrive à détruire la civilisation chrétienne, l'humilité, elle, l'élève et la restaure.

Prenons notre propre sol canadien français comme exemple. Avec les yeux de la foi jetons un regard sur l'âme de ces vaillants et innombrables missionnaires, frères et religieuses, ces nombreux saints évêques qui ont civilisé nos terres et nos aïeux jusqu'à la révolution tranquille des années 1960. Qu'y trouvons-nous d'autre dans toute cette histoire sainte canadienne que l'idéal des trois conseils évangéliques : la pauvreté, la chasteté, l'obéissance? En un mot, le désir profond d'imiter Notre-Seigneur Jésus-Christ, son esprit de sacrifice total, sa charité, son humilité. Ce fut l'âme de Marguerite Bourgeoys, de Monseigneur Ignace Bourget, du frère André, et de tous les autres. Imiter Jésus-Christ. Tout est là.

Luttons donc contre ce fléau du libéralisme aujourd'hui encore avec ces armes qui ont fait leurs preuves en tout temps : la vertu chrétienne, l'humilité, le désir de la sainteté et du sacrifice, pour tous, dans tous les états de vie, à partir de la tendre enfance et jusqu'à l'âge le plus avancé. C'est le message de l'Évangile, c'est Fatima.

Abbé Daniel Couture, Supérieur du District du Canada de la FSSPX

30 juillet 2016

[FSSPX Canada - Lettre aux amis et bienfaiteurs] "...nous poursuivons l’objectif même de la Fraternité Saint-Pie X : la formation et la sanctification des prêtres..."

SOURCE - FSSPX Canada - Lettre aux amis et bienfaiteurs - Juillet 2016
"Nous ne pourrons jamais le dire suffisamment : notre Dieu tout-puissant sait tirer le bien du mal, et plus le mal qu’il permet est grand, plus le bien qui en sortira sera étonnant. "

Chers Amis et Bienfaiteurs,

Les 26, 27 et 28 juin derniers, tous les supérieurs majeurs de la Fraternité Saint-Pie X se sont réunis en Suisse autour de notre Supérieur Général pour discuter de la situation de l’Église et de notre institut. Mgr Fellay a publié un communiqué le 29 juin à la suite de cette réunion, en en résumant les discussions. En bref, nous poursuivons l’objectif même de la Fraternité Saint-Pie X : la formation et la sanctification des prêtres, en mettant le combat pour préserver la foi clairement au-dessus de la nécessité d’une reconnaissance canonique. Tel est le travail le plus important que la Fraternité doit accomplir pour elle-même et pour toute l’Église dans le contexte de chaos croissant des milieux du Vatican. Pendant la rencontre, Mgr Fellay a souligné à plusieurs reprises le fait que quand il pose aux représentants du Vatican certaines questions clés, par exemple à propos de la nécessité d’accepter Vatican II ou sur la Fraternité, il reçoit constamment des réponses contradictoires.

Nous ne pourrons jamais le dire suffisamment : notre Dieu tout-puissant sait tirer le bien du mal, et plus le mal qu’il permet est grand, plus le bien qui en sortira sera étonnant. N’est-il pas vrai que souvent ce n’est qu’en perdant quelque chose que nous l‘apprécions vraiment? Dieu veut que nous appréciions à leur valeur les dons infinis qu’Il a donnés à ses pauvres créatures. Penchons-nous sur trois d’entre eux.

Considérons d’abord Notre-Dame. Nous savons qu’elle est l’Immaculée Mère de Dieu, Médiatrice de toutes les grâces, plus puissante que tout l’enfer réuni, et notre Mère. Mais que de fois dans cette vallée de larmes nous n’apprécions son intercession maternelle que lorsque nous sommes dans une situation désespérée ?

Notre Seigneur a confié à Soeur Lucie (de Fatima) qu’il ne convertira pas la Russie tant que cette nation ne soit consacrée au Coeur Immaculé de Marie par le pape et les évêques : « Parce que je veux que mon Église entière reconnaisse cette consécration comme un triomphe du Coeur Immaculé de Marie, afin qu’elle puisse étendre son culte plus tard, et mettre la dévotion à ce Coeur Immaculé à côté de la dévotion à mon Sacré-Coeur ». (Toute la vérité sur Fatima, Vol. 2, le 18 mai 1936)

Dans un deuxième exemple, considérons la papauté. Notre-Seigneur a établi son Église sur elle : « Tu es Pierre; et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle ». (Mt., XVI, 16) « La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre cette maison, et elle n’a pas été renversée, car elle était fondée sur la pierre. » (Mt., VII, 25) Soyons réalistes : cela ne va pas très bien aujourd’hui avec le pape François. Qui aurait jamais pu penser que le successeur de Pierre pourrait, semaine après semaine, dire et faire des choses si peu catholiques comme tel est le cas? Et il ne semble jamais s’arrêter. Il utilise sa propre autorité papale - bien que clairement jamais pleinement, jamais avec les conditions de l’infaillibilité - pour tenter de détruire l’institution même de la papauté. « Usquequo, Domine? Combien de temps cela continuera, ô Seigneur ? »

Quel bien sortit du reniement de Pierre le soir du Jeudi-Saint? « Et il le nia avec serment, je ne connais pas cet homme. » (Mt., XXVI, 72) Quelles furent les pensées de Notre-Dame quand elle entendit que Pierre venait de renier son Maître? Je suis sûr qu’elle dut immédiatement implorer le pardon de son Fils et prier pour lui. Elle a dû penser en elle-même : « Mon Fils devra gérer cette crise, Pierre est Son apôtre après tout; il s’agit de Son Église... » Et de fait Jésus le fit le dimanche de Pâques : « Le Seigneur est vraiment ressuscité, et il est apparu à Simon ». (Lc., XXIV, 34) et de nouveau quelques semaines plus tard sur la rive du lac de Capharnaüm avec la triple profession d’amour. Pierre et l’Église étaient sauvés. Et Notre-Seigneur montra qu’il était bien la véritable tête de son Église.

Quel bien alors peut sortir des déclarations confuses et souvent scandaleuses du pape actuel? Un bon effet immédiat est sans doute que de plus en plus de catholiques se réveillent enfin eu égard à la crise de l’Église. Il est dit que plus de 26 cardinaux se sont opposés à l’exhortation Amoris Laetitia de François. Pour quels motifs? Elle était contre l’Écriture et… la Tradition ! Prions qu’ils aient le courage d’aller à la vraie cause du problème, de ce qui a conduit l’abomination de la désolation à entrer dans le lieu saint.

Il n’y a pas d’effet sans cause. Certaines personnes peuvent lire les effets dans une cause; la plupart des gens vont dans le sens opposé : ils retournent à la cause quand ils en voient les effets. Mgr Lefebvre était dans le premier groupe, il a vu clairement les conséquences des mauvais principes adoptés par Vatican II au moment même où ils ont été votés et acceptés. On peut lire dans le livre Un évêque parle ses interventions lors du Concile sur la collégialité ou la liberté religieuse, par exemple. Il avait une clairvoyance incroyable. Beaucoup d’autres aujourd’hui ne prennent conscience des vrais problèmes que lorsque le pape François fait exploser les bombes à retardement cachées dans les textes du Concile.

Un troisième exemple du bien tiré du mal est la crise du sacerdoce. Le sacerdoce est le sacrement le plus nécessaire pour toute l’Église catholique. On peut l’apprendre d’une manière affirmative en lisant le Catéchisme du Concile de Trente, et on peut aussi le voir, a contrario, d’une manière négative, aujourd’hui, avec l’état chaotique du clergé dans l’Église. Comment allons-nous jamais sortir de la crise de l’Église si nous ne disposons pas de prêtres? (Je parle ici au niveau local, même après la consécration de la Russie par le pape.) Qui apportera la foi et les sacrements aux âmes sinon les prêtres? Autrefois, les Rédemptoristes, les Lazaristes, les Jésuites et tant d’autres missionnaires sont allés partout dans le monde prêcher des missions. Comment allons-nous avoir de bons évêques sans avoir d’abord des prêtres bien formés, instruits et spirituels? Plus la tragédie sacerdotale empire, plus cela jette de la lumière sur la sagesse de Mgr Lefebvre qui, dès les années 1969-1970, comprit la nécessité absolue de préserver le sacrement de l’Ordre à tout prix pour le bien commun de l’Église.

Voilà pourquoi Mgr Fellay dit dans son communiqué du 29 juin : « La Fraternité ne cherche pas d’abord une reconnaissance canonique - à laquelle elle a droit parce qu’elle est catholique ». La solution est loin d’être simplement juridique. C’est d’abord une question doctrinale que nous avons le devoir grave de manifester. La Fraternité veut absolument garder la rectitude doctrinale, car elle est centrée sur la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, sur sa Royauté, son sacrifice, son sacerdoce qui est le principe de l’ordre et de la grâce. Mgr Lefebvre a combattu toute sa vie pour le triomphe de ces vérités fondamentales. Il est de notre devoir à l’heure actuelle de continuer le même combat sur les mêmes principes.

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Thomisme Véritable

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel -  30 juillet 2016

La vérité qui est telle exclut toute contradiction. - La «vérité» qui admet l’erreur est une vérité-fiction.
             
La manière dont le modernisme mélange l’apparente sincérité et la bonne foi avec la dissolution de la vérité est si dangereuse pour la véritable foi des Catholiques qu’elle ne peut jamais être trop souvent décrite ou analysée. La question récente d’un laïc traditionnel nous donne encore une occasion de le faire. Il demandait s’il est prudent pour un prêtre de la Fraternité Saint Pie-X de lire régulièrement une revue thomiste Conciliaire, étant donné que la FSSPX n’a fourni jusqu’ici rien de régulier à lire au sujet de la pensée et de la doctrine du plus grand philosophe et théologien de l’Église, Saint Thomas d’Aquin. Il faut répondre que ce prêtre aurait avantage à faire très attention pour tout le moins, car le thomisme Conciliaire est une contradiction dans les termes, alors qu’en des termes modernistes – et c’est là le problème –, on peut facilement faire semblant que ce n’est pas contradictoire.

Le thomisme Conciliaire est une contradiction dans les termes réels, car les enseignements de Saint Thomas s’efforcent, et en grande mesure y réussissent, de se conformer au seul ordre implanté dans les choses réelles à l’extérieur de nos esprits par le seul vrai Dieu. Au contraire, Vatican II présuppose que l’homme moderne a déstabilisé cet ordre statique qui est dans les choses et centré sur Dieu (voyez le commencement de Gaudium et Spes ), et donc pour que la religion de Dieu ait un sens encore pour l’homme moderne, elle doit être reconfigurée dans des termes dynamiques et anthropocentriques, ce qui fait que le vrai thomisme n’est plus fidèle à la réalité d’aujourd’hui, mais plutôt dépassé.

En termes modernistes, le thomisme demeure un monument historique de la pensée humaine, un superbe système intellectuel dont la logique et la consistance sont tout à fait admirables. Ainsi, les séminaristes de la FSSPX, par exemple, peuvent l’apprendre comme un bottin téléphonique, mais si ces séminaristes se laissent ramener sous le charme de Vatican II, ils ne verront plus le thomisme comme la seule voie pour combattre les erreurs modernes, et pour interpréter le monde ils seront facilement séduits par bien d’autres façons de penser «au goût du jour». Bref, les modernistes n’iront pas défier le thomisme sur son propre terrain, ils affirmeront même qu’ils sont entièrement d’accord avec lui sur son terrain. Ils diront simplement qu’aujourd’hui le terrain a changé et que le thomisme n’est plus uniquement valide, ou n’est plus la seule voie pour accéder à la vérité. Voilà comment les partisans de Vatican II peuvent bien penser qu’ils sont en accord avec le thomisme, alors qu’ ils ne le sont pas du tout.

Que l’arithmétique élémentaire illustre ce point. Deux et deux font quatre, et dans la vie réelle, en réalité, ils ne peuvent rien faire d’autre, ni trois ni cinq. Mais un arithméticien moderne peut dire: «affirmer que deux et deux font uniquement et exclusivement quatre montre une trop grande étroitesse d’esprit. C’est plus créatif et progressif de dire qu’ils peuvent aussi faire cinq ou six – soyons ouverts d’esprit – Six Millions!» Et puisque cet arithméticien moderne n’exclut pas que deux et deux fassent quatre, mais inclut volontiers cette addition aussi dans son ouverture d’esprit, il peut sincèrement croire que son arithmétique n’est pas en contradiction avec l’ancienne arithmétique. Mais qui ne voit qu’en réalité il discrédite totalement la «vieille» et véritable arithmétique? L’arithmétique qui correspond à la seule réalité à l’extérieur de nos esprits pas seulement inclut que deux et deux font quatre, mais aussi elle exclut absolument toute autre addition. Et cette arithmétique seule correspond à l’unique réalité, ou, est véritable. Ainsi, la croyance et la pensée qui seules correspondent à l’unique ordre naturel et surnaturel de Dieu existaient bien sûr des siècles avant Saint Thomas (1225–1274). Il n’a fait que mettre tout ensemble dans un système incomparable. Mais ce n’est pas le fait du système qui le rend véridique. Ce qui le rend singulièrement véridique en tant que système, c’est sa correspondance unique à la réalité.

Par conséquent, si les auteurs de cette revue thomiste sont aussi des partisans avérés de Vatican II, ils ne croiront sûrement pas que le thomisme, dans le sens évoqué ci-dessus, soit unique ; et dans ce cas-là on pourra les appeler des «thomistes de bottin téléphonique», mais ils ne sont certainement pas de vrais thomistes. Alors le prêtre mentionné plus haut, sera-t-il toujours en mesure de faire la distinction ? C’est peu probable s’il se laisse entraîner en ce moment même vers Vatican II.

Kyrie eleison.

29 juillet 2016

[Jehan De Belleville - Bénédictins de l’Immaculée] 11 juillet 2016: solennité de Saint Benoît

SOURCE - Jehan De Belleville - Bénédictins de l’Immaculée - 29 juillet 2016

Mgr Oliveri, entouré du Père Stefano Manelli,
du curé de Villatalla et de nombreux prêtres du diocèse.
Le 11 juillet dernier, en la solennité de saint Benoît, Monseigneur Mario OLIVERI est venu célébrer une messe pontificale en présence des fidèles de Villatalla, d’amis du monastère, d’une quinzaine de prêtres du diocèse et du R.P. Stefano Manelli, le fondateur des franciscains de l’Immaculée.
       
Remarquable homélie de son Excellence sur le patriarche des moines, patron de l’Europe, « rempli de l’esprit de tous les justes » et homme de prière, lui qui dans sa Règle la nomme «l’Œuvre de Dieu à laquelle rien ne doit être préféré».

La préface propre dont Monseigneur tira l’exorde de sa prédication décrit admirablement la grâce intérieure qui orna l’âme de saint Benoît. En voici la partie centrale:

«Seigneur saint, Père tout-puissant, Dieu éternel, vous avez établi comme chef et maître d’une multitude innombrable de fils le bienheureux Benoît, votre Confesseur, en le gratifiant d’une sagesse céleste. Vous l’avez rempli de l’esprit de tous les justes, et après l’avoir ravi hors de lui, vous l’avez illuminé de l’éclat de votre lumière, afin que dans cette lumière d’une vision intérieure, son âme libérée de toute entrave pût comprendre combien sont bornées les choses d’ici-bas. Pour tout cela nous vous rendons grâce par Jésus-Christ, Notre Seigneur»

Après la sainte messe viennent la photo traditionnelle et les réjouissances fraternelles qui l’accompagnent, la joie des rencontres et le don de l’amitié autour d’un buffet préparé par notre oblat séculier, frère Ange-Joseph, discret, généreux et fin cuisinier.

Nous savons que depuis un an et demi Mgr Oliveri n’a plus officiellement de pouvoir canonique dans le diocèse dont il occupe cependant encore le siège titulaire. Nous avons voulu que cette journée lui soit un hommage d’affection et de gratitude filiale pour tout le bien qu’il a répandu durant ses vingt six années de ministère épiscopal. Malgré les épreuves qui se sont accumulées, surtout ces dernières années, il a manifesté une grande sérénité d’âme que rappelle sa devise épiscopale «Fides et Pax». C’est dans une foi inébranlable que réside le secret de sa paix et de sa bonté que ressentent profondément tous ceux qui ont eu la grâce de pouvoir l’approcher.

[Abbé de Tanouarn - via Maxime Perrotin - Sputnik] "... cela signifierait que l'on remette en cause ces fameuses +colonnes du temple+..."

SOURCE - Maxime Perrotin - Sputnik - 29 juillet 2016

Islam: Cazeneuve veut-il enterrer la laïcité?

Bernard Cazeneuve réfléchirait à la mise en place d’un concordat entre l’État français et l’Islam afin d’endiguer le phénomène de radicalisation, une mesure qui irait à l’encontre de la loi de 1905 ainsi que des conclusions du rapport parlementaire sur la place de l’Islam en France.
                
[...]

Pour Guillaume de Tanoüarn, prêtre catholique et philosophe, il est urgent de sortir de ce flou artistique.

"Ce qui est intéressant c'est qu'on se rend compte qu'il faut encadrer le culte musulman et qu'il n'y a moyen de l'encadrer véritablement — de sortir des belles phrases et des généralités — que si on propose cette forme juridique du concordat, qui redevient d'actualité pour toutes les religions de France par la même occasion."L'abbé de Tanoüarn, insiste sur le fait que la constitution d'un "Islam de France", au sens propre du terme et ce quoi qu'il en coûte, est une nécessité. Pour lui, c'est justement la possibilité de reconnaitre un Islam républicain, en lui permettant de se distinguer des autres. Le coût sera certes élevé, mais c'est un investissement à consentir si l'État veut continuer à assurer ses fonctions régaliennes, dont la protection des citoyens, dont il est le garant.



​"Oui, mais alors le coût, c'est vraiment secondaire par rapport aux dangers de l'islam radical. Je vous rappelle que comme par hasard, à Saint-Etienne-du-Rouvray, où le père Hamel a été lâchement assassiné, il y a une mosquée salafiste et où le recteur a eu beau dire que le jeune Adel K. venait à la mosquée, mais ne venait pas écouter les prêches. Il est clair que cette mosquée n'en est pas à son coup d'essai: il y a eu Maxime Hauchard et d'autres convertis à l'Islam qui sont passés par cette mosquée… Si on faisait l'inventaire de toutes les mosquées, dans une perspective concordataire, je pense que même si cela signifie beaucoup de frais, cela n'est pas de trop pour empêcher que notre vie quotidienne soit sous la menace terroriste en permanence."Pour l'abbé de Tanoüarn, c'est une question à laquelle il faut réfléchir, paraphrasant le ministre de l'Intérieur. Il souligne par ailleurs que la proximité des échéances électorales pourrait bien mettre un terme au projet, sans même parler bien sûr de la remise en cause de la loi de 1905, ce qui est impensable pour les membres de la mission sénatoriale, comme nous le rappelait XXX.

"Mais cela signifierait que l'on remette en cause ces fameuses +colonnes du temple+, dont parlait un certain Jacques Chirac: ce sont les deux premiers articles de la loi de 1905. Comment est-il possible de les remettre en cause, comment est-il possible pour l'État de salarier, de subventionner le culte musulman en France, alors que depuis 1905 l'État ne subventionne et ne salarie aucun culte? Eh bien, à eux de nous trouver une construction juridique miracle, mais personnellement je n'y crois pas à brève échéance.[…] Idéologiquement, l'État français n'est pas prêt à faire ce geste: une remise en cause de lui-même, une mise en cause de cette fameuse laïcité à la française, soi-disant exemplaire et exceptionnelle."
             
[...]

[Yann Vallerie - Breizh-info.com] Abbé Guillaume de Tanouarn : « Il ne tient qu’aux catholiques de se faire respecter dans la société telle qu’elle est.»

SOURCE - Yann Vallerie - Breizh-info.com - 29 juillet 2016
L’égorgement, mardi 26 juillet, du père Hamel, par deux islamistes à Saint-Etienne-du-Rouvray, a secoué profondément les catholiques de France. Les autorités de l’Église peinent, pour le moment, à trouver les bons mots afin de mobiliser leurs fidèles. Nous avons interrogé l’abbé Guillaume de Tanouarn, catholique breton de 53 ans, fondateur de l’Institut du Bon Pasteur, mais également rédacteur pour Nouvelles de France ou encore Monde et Vie. Pour recueillir ses impressions après ce nouvel attentat, mais également pour parler du catholicisme, aujourd’hui en France.
Breizh-info.com : Quelle a été votre réaction à l’annonce de l’égorgement du Père Hamel par deux islamistes ?
Guillaume de Tanouarn : J’ai pensé que ce terrorisme de proximité était une sorte de crime rituel. Il ne s’agissait pas comme le 14 juillet dernier de tuer beaucoup et indistinctement, mais de tuer un prêtre au moment où, presque seul, il célébrait sa messe. C’est ce symbole qui fait l’importance de ce crime.
Breizh-info.com : Hubert Coudurier, du Télégramme, estimait mercredi que parler de « communauté catholique » en France était maladroit, et que cette dernière n’était pas menacée dans son existence. Partagez-vous ces propos ?
Guillaume de Tanouarn : Je ne connais pas Hubert Coudurier, mais il a raison de considérer comme maladroit le fait de parler de « communauté catholique ».
Il y a bien plus de catholiques en France que de gens se reconnaissant dans ce que l’on pourrait appeler la communauté catholique. La France est une terre catholique et un Français, quel qu’il soit a un rapport particulier avec le catholicisme dans la mesure où il est effectivement français.

Par ailleurs, ce n’est pas le terrorisme qui menace la communauté catholique dans son existence : le martyre on en a l’habitude. Ce qui menace la communauté catholique, c’est l’abandon de la foi et la lâcheté des catholiques.
Breizh-info.com : Une partie des catholiques (parmi les responsables notamment) appellent à « plus d’amour » et presque « à tendre la joue gauche » face aux islamistes. Est-ce votre point de vue également ?
Guillaume de Tanouarn : C’est le Christ dans l’Évangile qui nous appelle à tendre la joue gauche si l’on nous frappe sur la joue droite. Mais l’Évangile (contrairement au Coran) n’est pas un recueil de droit. Autre chose est la conduite spirituelle de l’existence personnelle et autre chose le droit qui régente une société. Le Christ n’a jamais mis en cause le droit humain. Et ses apôtres, saint Pierre et saint Paul vont répétant : « Soyez soumis à toute autorité ». Mais il indique une voie plus haute, « la voie étroite », qui représente pour celui qui la choisit une voie de réalisation spirituelle jusque dans l’éternité. Autre est la loi du temps, autre celle de l’éternité… Mais l’homme a besoin des deux.
Breizh-info.com : Comment expliquez-vous le grand écart qui peut exister entre le Pape Urbain II, qui appelait à la croisade pour protéger les catholiques et la Foi, et le Pape actuel, qui appelle presque ouvertement à l’ouverture de l’Europe à « l’autre » et au dialogue entre les religions ?
Guillaume de Tanouarn : Je ne pense pas que le pape François soit très différent du pape Urbain II dans sa manière d’envisager son ministère. La Croisade représente, en plein Moyen âge, une extraordinaire ouverture à l’autre un souci de l’univers et de l’universel que rétrospectivement on continue à trouver admirable et qui va bouleverser l’histoire.

A l’époque le seul moyen était les armes. Aujourd’hui nous avons toutes sortes de moyens et toutes sortes d’armes et le pape François, élu dans la tourmente, après la renonciation de son prédécesseur, n’a pas la tâche facile. Mais il a raison de prêcher l’accueil des personnes migrantes par des personnes bien installées dans la vie. Cela ne l’a pas empêché de parler des migrations comme de véritables « invasions arabes » à la grande surprise des observateurs.

Ce n’est pas de sa part une contradiction puisque la loi du temporel, je viens de le dire, n’est pas la loi du spirituel.
Breizh-info.com : Va-t-on vers un choc des religions ? Le catholicisme en France a-t-il encore un avenir, un pouvoir, une influence ? La France est-elle encore digne d’être « la fille ainée de l’Eglise » 
Guillaume de Tanouarn : Le choc des religions, c’est l’islamisme en guerre contre toutes les autres religions. Quant à l’influence du catholicisme, il suffit d’observer le scandale produit par l’égorgement de ce vieux prêtre de 86 ans pour se dire que la place du catholicisme est toujours bien marquée dans l’univers culturel athée auquel on a affaire de plus en plus en Occident. Il ne tient qu’aux catholiques de se faire respecter dans la société telle qu’elle est.
Breizh-info.com : Quel message souhaiteriez-vous faire passer à vos fidèles, notamment chez ceux qu’on appelle « traditionnalistes » ? Et aux musulmans de France ?
Guillaume de Tanouarn : Aux musulmans je dirai : découvrez la révolution paulinienne, on ne va pas à Dieu par la loi. La charia est périmée. Il n’y a pas d’autre manière d’accomplir le précepte que l’amour. Cela a été (en gros) le message du Président égyptien Al Sissi à Noël il y a deux ans à l’université Al Azhar.

Aux chrétiens, je dis : n’ayez pas peur d’agir avec foi. C’est la foi qui remportera la victoire, c’est la foi qui portera la civilisation, c’est la foi qui donnera à l’Occident la force de se ressaisir en acceptant d’être lui-même. La laïcité, la loi laïque est, elle aussi périmée, parce que trop abstraite. Elle a démontré et démontre à chaque attentat qu’elle n’est pas capable de produire le vivre ensemble et qu’au contraire, ses négations, son abstraction engendrent la haine entre les gens de foi et de convictions différentes.

Propos recueillis par Yann Vallerie

28 juillet 2016

[Lisa Palmieri-Billlig - Vatican Insider] Lefebvristes : ce qui est négociable et ce qui ne l'est pas pour la réconciliation avec l'Eglise catholique

SOURCE - Lisa Palmieri-Billlig* - Vatican Insider - original en anglais - 28 juillet 2016

* Lisa Palmieri-Billig est la représentante de l'AJC (American Jewish Comitee) auprès du Saint-Siège
Clarification par Mgr Pozzo, qui représente le Vatican dans les négociations en cours, plus commentaires de divers leaders catholiques, juifs et musulman du dialogue interreligieux
Dans une interview publiée dans le périodique de langue allemande Christ und Welt, en kiosque le 28 juillet, l’archevêque Guido Pozzo, secrétaire de la Commission pontificale Ecclesia Dei chargée par le pape François de mener les entretiens avec les traditionalistes catholiques qui ont fait scission, de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (communément connue comme FSSPX), jette une lumière sur certaines questions clés quant aux négociations. La Fraternité n'est plus excommuniée, bien que non encore réintégrée canoniquement, et même si elle a fait quelques concessions initiales, continue à refuser certaines documents importants de Vatican II. Selon le journaliste qui a mené l'interview, le compte-rendu de l'archevêque Pozzo est destiné à soulever des questions ultérieures.

Les questions les plus évidentes, mais qui n'ont jamais été posées dans cette interview et par conséquent restent sans réponse sont : «Sur quels points spécifiques le Vatican est-il disposé à accepter des compromis?» et «Le Vatican serait-il prêt à sacrifier la nature autoritaire de certains documents de Vatican II qui, même s'ils ne sont pas des dogmes, sont devenus de précieux instruments pour le dialogue interreligieux?».

Il y a deux questions principales en jeu. La première est le très grand désir qu'a le pape François de l'unité pastorale à l'intérieur de l'Eglise et de la réconciliation des fractures de nature théologique. La seconde concerne quant à elle les importantes répercutions pour l'avenir des documents fondamentaux de Vatican II, à savoir :
1) Nostra Aetate - dont on a célébré l'année dernière dans le monde entier le 50ème anniversaire de la publication – qui traite de la nature des relations entre l'Eglise catholique et les juifs, les musulmans et les autres religions non chrétiennes dans le monde et
2) Dignitatis Humanae – la Déclaration sur la liberté religieuse.

Concernant la première question, Pozzo affirme: «Tout ce qui favorise la rencontre et l'unité est proche du coeur du Pontife». Quand on lui demande ce qui a changé sous le pape François dans l'attitude du Vatican envers la Fraternité, il répond: «De 2009 à 2012 la question principale concernait les discussions théologiques. Les difficultés de nature doctrinale rendaient difficile la reconnaissance canonique de la Confraternité. Mais nous savons que la vie n'est pas faite de la seule doctrine. Au cours des trois dernières années, le désir d'apprendre et de mieux comprendre la réalité concrète de cette Fraternité sacerdotale est allé croissant (…) alors qu'avant les rencontres se déroulaient dans une aula magna, disons que maintenant nous nous rencontrons dans une atmosphère plus amicale et détendue, même si les discussions sont les mêmes».

Selon Pozzo, le rapprochement avec la FSSPX a été favorisé par l'expulsion et l'exil des extrémistes et négationnistes de l'Holocauste tel que par exemple Richard Williamson, l’ex «Evêque» de la FSSPX. L'excommunication de Mgr Marcel Lefebvre et de ses partisans (décrétée en 1988 à la suite de l'ordination de certains évêques effectuée sans l'accord du pape) fut révoquée par le pape Benoît XVI à la suite de la reconnaissance de la suprématie de Rome de la part du supérieur général de la Fraternité, Mgr Bernard Fellay, de sa part et au nom des évêques qui restent. Un autre signe de la détente dans les rapports fut l'audience privée accordée récemment par le pape François à Fellay.

Pozzo a rappelé que Benoît XVI avait déclaré que l'excommunication de la Fraternité ne venait pas des argumentations de la FSSPX contre Vatican II, mais purement du fait qu'ils ne reconnaissent pas la suprématie de Rome, question qui est maintenant résolue.

Cependant, la reconnaissance canonique n'a pas encore été reconnue à la FSSPX et le motif principal est précisément leur refus continuel d'accepter certains documents de Vatican II. C'est là la question principale des entretiens en cours, et c'est aussi le sujet principal débattu dans l'interview en langue allemande avec l'envoyé du Vatican pour la médiation avec la FSSPX.

Ce qui d'emblée saute aux yeux dans le compte-rendu est l'absence totale de toute référence contextuelle aux origines historiques des documents de Vatican II, et donc des motivations pour lesquelles Jean XXIII, Paul VI et les pères conciliaires les considéraient comme importants.

Un exemple évident est l'absence totale de discussion (et de mention) sur le paragraphe 4 de Nostra Aetate, sur les relations de l'Eglise catholique avec le peuple juif. Une lacune encore plus importante si l'on considère l'histoire récente de l'antisémitisme théologique vraisemblablement inné de la Fraternité, déjà présent dans les années 80 et 90 du siècle dernier dans les sermons et les revues de la Fraternité, bien avant que soient enlevés certains articles incriminés sur leur site internet.

Il est important de rappeler les origines de Nostra Aetate, conçu au départ uniquement comme un «document sur les Juifs». Dans les intentions du pape Jean XXIII, c'était une façon de supprimer finalement l’endoctrinement déformé de l'accusation de «déicide» de la part de nombreuses églises et paroisses, même si cette accusation avait été déclarée fausse et absurde du point de vue historique et théologique déjà lors du Concile de Trente. La décision sur la nécessité de formuler le document fut prise par le pape Roncalli quand il s'aperçut, lors d'une rencontre avec Jules Isaac (l'historien, qui survécut à l'Holocauste, lui présenta une première rédaction de son livre, «L'enseignement du mépris») qui montra au Pontife que cette rhétorique antisémite qui circulait en Europe avait créé un milieu favorable au développement de féroces stéréotypes antisémites, qui avaient à leur tour alimenté la haine qui rendit possible la Shoah.

Par conséquent de sérieuses questions se poseraient si la FSSPX était régularisée canoniquement avant que les discussions bilatérales quant au désaccord de la Fraternité sur la validité de ce document se concluent de façon satisfaisante.

Répondant à une question à ce propos, le rabbin David Rosen, directeur international de l'AJC pour les relations interreligieuses a répondu ainsi : «J'ai pleine confiance dans les déclarations du cardinal Kurt Koch, président du Conseil Pontifical pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens, qui a affirmé que l'acceptation de Nostra Aetate en tant que document obligatoire de la part de la Société Saint-Pie X est un pas nécessaire pour que les membres de la Fraternité puissent être accueillis formellement par le Saint-Siège; et je ne peux croire que le pape François puisse accepter moins que cela. 

Cependant, outre l'acceptation des enseignements du Magisterium sur le judaïsme et le peuple juif, j'ose espérer que le Saint-Siège insiste sur le rejet de l'antisémitisme qui a fait partie de la culture de la Société Saint-Pie X. Il n'y a pas eu que l'“Evêque” Williamson et quelques personnes; les sites internet de l'organisation étaient par le passé pleins de discours anti-juifs. J'ose espérer qu'il puisse y avoir une reconnaissance formelle de l'affirmation du pape François, en ligne avec celles de ses prédécesseurs, qui soutient qu'il est impossible d'être un vrai chrétien si l'on a des opinions antisémites».

Sur ce même sujet, le révérend Joseph Sievers de l'Institut Biblique Pontifical et consulteur de la Commission Pontificale pour les Relations religieuses avec le Judaïsme a fait le commentaire suivant: «Parmi les questions non résolues, les principales sont celles qui concernent la valeur doctrinale et l'interprétation des documents du Concile Vatican II qui traitent de l'oecuménisme, des relations interreligieuses et de la liberté religieuse. Pozzo a certainement raison quand il affirme que Vatican II doit être vu non de façon isolée, mais en connexion directe avec les autres enseignements précédents - et suivants - de l'Eglise. Et il a raison également quand il affirme que les différentes typologies de documents conciliaires ont divers degrés d'autorité. 

Nostra Aetate est une déclaration (non un décret), ce qui la place sur un degré inférieur par rapport à la constitution dogmatique Lumen Gentium et d'autres documents. Toutefois, les points fondamentaux deNostra Aetate concernant les religions non chrétiennes furent déjà abordés dans Lumen Gentium 16 (2) et ne sont donc pas purement “pastoraux”. En outre, comme l'a souvent répété le pape François, la théologie pastorale et la théologie dogmatique ne peuvent être séparées qu'à leur risque et péril».

Pozzo a répondu ainsi à quelques questions posées par Christ und Welt: «Le Concile n'est pas un superdogme pastoral, mais il fait partie de la tradition complète de l'Eglise et de ses enseignements permanents ». Sur ce point, l’Archevêque explique que « tandis que la tradition de l'Eglise continue à évoluer, ce n'est jamais dans le sens de l'innovation, qui serait en conflit avec ce qui existe déjà, mais plutôt vers une compréhension plus profonde du Depositum Fidei, le patrimoine authentique de la foi. Tous les documents de l'Eglise doivent être interprétés en ce sens, y compris ceux du Concile. Ce postulat, avec l'engagement pour la profession de foi, la reconnaissance des sacrements et la suprématie papale forment la base de la déclaration doctrinale qui sera soumise à la Fraternité pour signature. Ce sont là les conditions qui font qu'un catholique peut être en pleine communion avec l'Eglise Catholique».

A la question de savoir si la Fraternité ne devait plus accepter toutes les déclarations conciliaires, y compris les textes qui traitent de l'oecuménisme et du dialogue interreligieux, l'archevêque a répondu: «La Fraternité s'engage à adhérer aux doctrines définies et aux vérités catholiques qui ont été confirmées par les documents conciliaires ». Il donne comme exemple « la nature sacramentelle de l'épiscopat (…) en plus de la Suprématie du pape et du Collège des Evêques avec leur Président, comme ce fut établi dans la constitution dogmatique Lumen Gentium et interprété dans la Nota Explicativa Praevia, demandée par la plus haute autorité».

L’obstacle réside cependant dans les documents qui traitent spécifiquement des relations de l'Eglise avec le monde non catholique qui l'entoure, et qui sont devenus les points fondamentaux du dialogue interreligieux de l'Eglise post-conciliaire.

«La Fraternité considère comme problématiques plusieurs aspects de Nostra Aetate, qui concernent le dialogue interreligieux; la déclaration Unitatis Redintegratio sur l'Oecuménisme; Dignitatis Humanae, la “Déclaration sur la liberté religieuse”; ainsi que diverses questions qui concernent le rapport du Christianisme avec la modernité», a-t-il ajouté.

Pozzo a rappelé que les divers documents de Vatican II ont un poids doctrinal différent. « Cependant, ce ne sont pas des doctrines de foi », a-t-il précisé, « et ce ne sont pas non plus des affirmations définitives. Ce sont plutôt des suggestions, des instructions, des lignes de conduite indicatives pour la pratique pastorale. Ces aspects pastoraux peuvent être discutés pour des clarifications ultérieures après la reconnaissance canonique ».

C'est alors que le journaliste a demandé: «Le Vatican a peut-être allégé ses propres critères pour favoriser la réconciliation?».

L’archevêque a répondu: «Non, dans les dernières années nous avons voulu régler les points essentiels, en les séparant des questions qui pouvaient être abordées par la suite. Précédemment nous avions essayé de trouver un accord immédiat sur toutes les questions épineuses, mais malheureusement cela n'avait mené à aucune succès. Alors nous nous sommes demandé : quels sont les conditions vraiment nécessaires pour être catholiques? Et, en accord avec le Souverain Pontife, nous avons inséré les conditions que nous avons énoncées dans la Déclaration Doctrinale qui a été soumise à la Fraternité».

Puis il a été demandé à Pozzo: «Comment le Vatican est-il arrivé à la décision que les divers documents du Concile avaient différentes valeurs dogmatiques?».

Sa réponse: «Ce ne fut pas notre conclusion, mais c'était déjà un donné non équivoque à l'époque du Concile. Le 16 novembre 1964 le Secrétaire général du Concile, le Cardinal Pericle Felici, déclara: “Ce Saint Synode ne définit comme obligatoire pour l'Eglise que ce qui est spécifiquement déclaré tel en termes de Foi et de morale”. Seuls les textes qui ont été spécifiquement déclarés obligatoires par les pères Conciliaires le sont. Ce n'est pas “le Vatican” qui l'a décidé. C'est écrit dans les Actes de Vatican II».

Quand on lui demande ce qu'il répondrait à qui dirait que, s'il en est ainsi, la valeur et l'autorité d'un document conciliaire d'une telle importance disparaissent, l’archevêque fait remarquer que « le 18 novembre 1964, le Secrétaire pour l'Unité Chrétienne affirma que son Secrétariat n'avait aucune intention d'émettre des affirmations dogmatiques sur les religions non chrétiennes, mais seulement des normes pratiques et pastorales».

Puis il continue: «Nostra Aetate ne contient pas d'obligations dogmatiques. Par conséquent, nous ne pouvons prétendre que cette Déclaration soit reçue par quiconque comme un dogme obligatoire. La Déclaration ne peut être pleinement comprise qu'à la lumière de la tradition et des enseignements permanents».

Pozzo a fait référence à « une autre opinion très répandue, qui est opposée à la foi catholique, à savoir qu'il y aurait un parcours vers le salut indépendant du Christ et de son Eglise. Ce fut rappelé récemment par la Déclaration Dominus Iesus de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Toute interprétation de Nostra Aetate en ce sens est complètement dépourvue de fondement et doit être rejetée».

A ce sujet, Sievers affirme qu'«en ce qui concerne la proposition de différents parcours vers le salut, Nostra Aetate déclare spécifiquement au n°2 que l'Eglise proclame, et proclamera toujours le Christ comme “la voie, la vérité, la vie” (Jean 14:6), même s'il n'est pas clair que le Christ puisse être la voie pour des personnes dont le credo est différent ou qui n'ont pas de credo. Un chapitre entier du document récent de la Commission Pontificale pour les Relations religieuses avec le Judaïsme est consacré à cette même question sous le titre “L’universalité du salut en Jésus-Christ et l'alliance jamais révoquée de Dieu avec Israël”. 
     
Je trouve encourageante les paroles attribuées à l'évêque FSSPX Fellay : “Il y a des points ambigus dans ce Concile, mais ce n'est pas à nous de les éclaircir. Nous, nous pouvons exposer le problème, mais l'autorité pour les éclaircir, cette autorité, se trouve à Rome”. 
     
Si Fellay est disposé à laisser Rome éclaircir les questions, il ne devrait pas lui être impossible, à lui et aux autres membres de la Fraternité, d'accepter les explications de Nostra Aetate qui se trouvent dans “Pourquoi les dons et l'appel de Dieu sont Irrévocables (Rom 11:29), Réflexions sur les rapports entre catholiques et juifs à l'occasion du 50ème anniversaire de Nostra Aetate (n.4)”, de la Commission Pontificale pour les Relations religieuses avec le Judaïsme. 
      
En dernière analyse, comme l'a indiqué Pozzo, la question principale pourrait être l'herméneutique, à savoir non de chaque affirmation particulière, mais d'une approche adaptée à l'interprétation des textes conciliaires. 
     
En cela, comme en de nombreux domaines, les grands éléments de continuité doivent être lus avec les éléments importants de nouveauté, qui doivent être reconnus en particulier dans Nostra Aetate», conclut Sievers.

Pour finir, à propos des paragraphes qui traitent du dialogue interreligieux avec l'Islam et les autres religions non chrétiennes contenus dans Nostra Aetate et que les représentants de la FSSPX trouvent problématiques, et la mise en garde de Pozzo sur un éventuel usage imprécis ou interprétation erronée de l' « esprit d'Assise » exprimé dans cette interview, l’imam Yahya Pallavicini, vice-président de l'Association Coreis en Italie et célèbre représentant international de l'Islam traditionnel « modéré », s'est exprimé ainsi :

«La communauté islamique internationale suit avec attention le développement de ce processus de rapprochement de la Fraternité Saint-Pie X vers la réintégration dans l'Eglise Catholique. Il s'avère délicat de trouver une cohérence sur les implications pastorales du fruit du Concile et du document Nostra Aetate. En effet, tandis que le pape François et l'Eglise catholique célèbrent avec les autorités spirituelles de nombreuses confessions religieuses la valeur prophétique de ce Concile qui a ouvert de façon providentielle le cycle historique de cinquante intenses années de dialogue interreligieux et d'oecuménisme, la Fraternité Saint-Pie X semble du moins réévaluer l'importance de ce parcours et de cette orientation pour préserver une interprétation traditionaliste qui nie de fait l'opportunité spirituelle d'un respect et d'une fraternité même avec les croyants et les créatures d'autres fois dans le Dieu Unique. Dans une période de dramatique crise internationale, quand la manipulation de la religion semble prisonnière de certains groupes fondamentalistes qui prétendent légitimer une violence “justicialiste” contre musulmans, chrétiens et juifs, nous sommes préoccupés par l'anachronisme et l'insensibilité de mouvements qui s'obstinent à vouloir imposer à la société et jusqu'à enseigner à l'Eglise une hiérarchie de valeurs différente de celle que prévoirait le Concile et l'obéissance aux saints et aux papes».

Pozzo rappelle qu'il y a 600 prêtres de la FSSPX, 200 séminaristes et autres membres de la Fraternité présents dans 70 pays avec 750 églises où ils célèbrent la messe, et que «nous ne pouvons fermer les yeux face à une réalité si significative». Les concessions qui devront être faites pour pouvoir légitimer ces réalités peuvent sembler minuscules en comparaison avec l'énorme monde catholique qui nous entoure, qui les relègue dans une sphère d'influence relativement mineure. Mais rien n'arrive en ce monde sans conséquences. Les concessions trouvent le moyen de se répandre, d'une personne à l'autre, et pourraient facilement porter atteinte à la résistance déjà fragile aux pressions pour le retour aux anciens préjugés contre les façons de célébrer son propre credo en dehors de la foi chrétienne, qui pourraient se changer en une conviction belliqueuse de posséder l'unique véritable voie vers Dieu, avec par conséquent du mépris pour tous les autres.

Ce serait un pas de plus vers le dénigrement et la délégitimisation de l'ardent désir de Jean XXIII d'un «aggiornamento» de l'Eglise catholique, et, en même temps, vers la réapparition de stéréotypes antisémites pseudo-religieux qui pendant trop de siècles ont causé d'immenses souffrances, et ont mené finalement aux persécutions diaboliques et aux génocides du XXème siècle.

Le silence du pape François pendant sa visite à Auschwitz, profondément significatif, est assourdissant.
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Notes

(1) Lire aussi : Mgr Pozzo: le dialogue avec la Fraternité Saint-Pie X se poursuit du 1er juillet 2016

(2) Lumen Gentium 16 – première partie : « Enfin, pour ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile, sous des formes diverses, eux aussi sont ordonnés au Peuple de Dieu et, en premier lieu, ce peuple qui reçut les alliances et les promesses, et dont le Christ est issu selon la chair (cf. Rm 9, 4-5), peuple très aimé du point de vue de l’élection, à cause des Pères, car Dieu ne regrette rien de ses dons ni de son appel (cf. Rm 11, 28-29). Mais le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui, professant avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour. Et même des autres, qui cherchent encore dans les ombres et sous des images un Dieu qu’ils ignorent, de ceux-là mêmes Dieu n’est pas loin, puisque c’est lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses (cf. Ac 17, 25-28), et puisqu’il veut, comme Sauveur, amener tous les hommes au salut (cf. 1 Tm 2, 4). En effet, ceux qui, sans qu’il y ait de leur faute, ignorent l’Évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, eux aussi peuvent arriver au salut éternel ».

[FSSPX - District de France] Masochisme? Seulement 23 chrétiens sur 6.726 réfugiés syriens aux Etats-Unis

SOURCE - FSSPX - District de France - 28 juillet 2016

En cette période "difficile" où les flux migratoires explosent de toutes parts, et en particulier en Europe, nos lecteurs nous ont fait part de leur étonnement lorsque le pape François n'a ramené aucun chrétien de Lesbos le 16 avril dernier.

Le Figaro notait alors que "Trois familles de réfugiés syriens musulmans sont montées à bord de l'avion du pape François, samedi après-midi, au terme de sa visite sur l'île grecque de Lesbos. «Le pape a souhaité adresser un signe d'accueil aux réfugiés, en revenant à Rome accompagné de trois familles de réfugiés syriens, soit 12 personnes au total, dont dix enfants», a déclaré le Vatican dans un communiqué. Il s'agit de trois familles, deux originaires de Damas et l'autre de Deir Azzor, dans les territoires occupés par l'organisation Etat islamique (EI), précise le Vatican."

Nos confrères de MPI titrait "Le pape a ramené de Lesbos 3 familles de musulmans avec lui… Pas un seul chrétien!" et se demandait s'il "ne se trouvait pas un seul chrétien à Lesbos pour inspirer la compassion paternelle du pape."

Sur le continent américain, RITV [...] nous apprend que M. Obama n'a pas osé "faire mieux" que le Souverain Pontife régnant, mais qu'il s'est quand même distingué puisque sur les 6 726 réfugiés syriens accueillis en Amérique 6 625 (98,4 %) sont musulmans sunnites et seulement 23 (bien vingt-trois, soit 0,3 %) sont chrétiens.

Ces choix aberrants relèvent d'un aveuglement suicidaire et confinent au masochisme anti-occidental, voire anti-chrétien. Espérons que l'assassinat du Père Jacques Hamel par des islamistes "français" (1) ouvrent enfin les yeux de nos dirigeants politiques comme religieux. En tout cas, nous sommes bien loin de l'éditorial (2) de l'abbé Christian Bouchacourt, Supérieur du District de France de la Fraternité Saint- Pie X, qui dans « Un regard chrétien sur l'immigration »(3) nous propose une courte synthèse doctrinale sur cette question brûlante de l'immigration.

La Porte Latine du 28 juillet 2016
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(3) Grégoire Celier, Un regard chrétien sur l'immigration, éditions Via Romana, 2007, 70 pages, 10, 50 euros. Lire aussi Fideliter n° 175 de janvier-février 2007 : IMMIGRATION, UN REGARD CHRÉTIEN

27 juillet 2016

[Abbé Karl Stehlin, fsspx - Militia Immaculatae] La mort héroïque de saint Maximilien Kolbe

SOURCE - Abbé Karl Stehlin, fsspx - Militia Immaculatae - Lettre n°2 du Père Directeur - 27 juillet 2016

Très chers Chevaliers de l’Immaculée!
          
Le 14 août 1941, veille de l’Assomption, saint Maximilien fut tué par une injection d’acide phénique au camp d’Auschwitz. Il y était emprisonné depuis le 17 février, enfermé là par les esclaves d’Hitler en raison du courage qu’il mettait à respecter les principes de la foi catholique contre les envahisseurs nationaux-socialistes. Il avait été transféré à Auschwitz en mai, où il souffrait plus que les autres prisonniers parce qu’il était prêtre. Un jour, vers la fin du mois de juillet, l’un des prisonniers s’échappa. Comme punition, le commandant ordonna que dix autres prisonniers soient condamnés à une mort atroce – mourir de faim et de soif dans le sombre « donjon de la faim ».
         
Lorsque l’un d’entre eux commença à pleurer de désespoir : « Oh ma pauvre femme ! Mes pauvres enfants ! Qui prendra soin de vous ? », le père Kolbe s’avança vers le commandant et dit fermement : 
« Je demande à mourir à la place de ce père de famille ».
Le commandant resta stupéfait pendant un moment. Une requête de ce genre était impensable.
« Et pour quelle raison ? », demanda-t-il à Kolbe. « Parce que je suis vieux et faible et qu’il a une femme et des enfants ».
« Qui es-tu ? », demanda le commandant.
« Je suis un prêtre catholique. », fut la réponse.
         
Sa requête fut acceptée. Pendant les 10 jours passés dans le donjon il prépara tous les autres condamnés à mourir en paix avec Dieu et à entrer au paradis. Lorsqu’après tant de jours il fut le dernier à être conscient, l’ordre fut donné de le tuer.
         
Désirant commémorer le 75ième anniversaire de sa mort héroïque, je veux vous écrire cette seconde lettre.
         
Le Père Maximilien s’est préparé à cette mort toute sa vie, poussé en cela par un évènement extraordinaire qui a eu lieu pendant son enfance et que nous connaissons grâce à sa mère. Inquiet de son propre caractère difficile qu’il avait du mal à dominer, le garçon de 10 ans commença à prier avec ferveur Notre-Dame pour Lui demander Son aide. Un jour, la Mère céleste lui apparut avec deux couronnes dans les mains, une rouge et une blanche : la blanche, expliqua-t-Elle, est la couronne de pureté, la rouge, du martyre. Lui demandant laquelle choisira-t-il, il répondit qu’il prendra les deux ! Bien qu’il ne parla jamais de ce miracle à personne durant sa vie, il est aisé de comprendre que cette vision orienta toute sa vie, inspira toutes ses décisions, le guida dans toutes ses entreprises et le prépara finalement à l’acte qui couronna sa vie d’amour : sa mort héroïque ! C’est de cette vision que furent formés ses principes, règles de vie et conduite personnelle. Cette vision fut la première et principale invitation de la Reine du Ciel à devenir Son chevalier. Quand il répondit généreusement et fut le premier à être enrôlé, par Elle-même, en tant que Chevalier de l’Immaculée, Elle lui promit les deux couronnes.
         
Maintenant, à travers Ses instruments, ELLE vous a invité à devenir Son Chevalier. Et quand vous avez répondu généreusement et avez pris votre engagement au sérieux, avez-vous pensé qu’ELLE vous promettrait moins ? En vérité, cette vision se rapporte à chacun de nous ! Chaque chevalier devrait méditer profondément sur le « message » de cette vision afin de recevoir la même récompense : l’éternel couronne au paradis !
         
Examinons brièvement le message de la Reine à Son chevalier privilégié et à travers lui, à nous tous :
         
1. LA COURONNE : Alors que de nos jours presque tout le monde conçoit sa vie sur terre comme la chose la plus importante et souvent la seule digne d’importance, le message de la double couronne nous incline fortement vers l’éternité, et précisément vers la gloire éternelle et la victoire au paradis. Quiconque marche dans les traces de saint Maximilien se libérera de la pire de toutes les illusions, le maçonnique ou communiste « paradis sur terre ». Chacun se tourne vers l’horizontal, est constamment occupé par sa ridicule petite personnalité, se détourne du vertical, se concentre sur la terre au lieu du ciel, sur le temps au lieu de l’éternité, sur l’exil au lieu de l’éternel patrie. Notre-Dame, à travers cette promesse, fait comprendre à Maximilien Kolbe et à tous Ses chevaliers le sens de notre courte vie dans cette vallée de larmes : il n’y aura d’attente à avoir dans ce monde autre que préparation, pèlerinage, longs et laborieux efforts. Mais nos yeux, cœurs et âmes sont dirigés plus haut, en accord avec la promesse de Notre Seigneur : « Demeurez fidèles jusqu’à la fin, et vous gagnerez la couronne de vie ! » La promesse des deux couronnes correspond exactement aux magnifiques mots de Notre-Dame à Sainte Bernadette de Lourdes : « Je promets de vous rendre heureux, mais dans l’autre monde, pas dans celui-ci ! »
         
2. Quelle est précisément cette récompense ? C’est une double couronne, un double triomphe : blanc et rouge ! La couronne pour conserver l’héroïque pureté et pour donner son sang pour la gloire de Dieu et la salvation des âmes. Mais n’oubliez jamais qu’une couronne appartient par essence toujours au roi et à la reine. La couronne de gloire éternelle vous ne pouvez uniquement la trouver que sur la tête du Roi des Rois et/ou sur celle de Notre-Dame, reine du ciel et de la terre. Si Notre-Dame offre à notre saint une telle couronne et même une double couronne, cela veut précisément dire qu’il est invité à participer à la gloire et au triomphe de Notre-Seigneur et de Notre-Dame, et plus précisément : au Sacré-Cœur et au Cœur Immaculée de Marie ! Cela signifie encore : ma récompense éternelle et ma joie sont les trésors contenus dans le Sacré-Cœur et dans le Cœur Immaculée de Marie. Ces cœurs unis sont l’objet de mes désirs, mes méditations, ma gloire, ma joie et mon réconfort : mon unique et mon tout ! En réalité, toute la vie du Père Kolbe était une méditation constante sur sa merveilleuseMamusia (petite Mère) et Hetmanka (commandant en chef) et à travers elle sur la beauté du Sacré-Cœur ! Ces Cœurs très sacrés devraient aussi être « notre unique et notre tout ».
         
3. En choisissant la fin, vous devez choisir les moyens. Si je veux obtenir la couronne de gloire, ma vie sur terre sera un effort permanent tel que celui que le père Kolbe nomme « Notre Idéal » : la couronne blanche – L’Immaculée, et à travers Elle, la couronne rouge – le Sacré Cœur (voyez l’acte de consécration). Il résumera toujours toute la vie spirituelle en deux termes : la pureté et le sang, la sainteté à travers la souffrance, la prière et le sacrifice. En d’autres termes la couronne blanche vous sera décernée si partout et toujours vous cherchez uniquement à réaliser la VOLONTE DE L’IMMACULEE, qui n’est rien d’autre que la virginité de l’âme, l’essence de la Pureté. Ceci il l’écrivit très clairement dans sa « Règle de Vie » à la fin de sa retraite en 1920 : « Je dois devenir un saint ! Je dois devenir un grand saint ! » Bien des fois il expliqua l’essence de la transformation en saint : la totale conformité avec la volonté de Dieu. Et il insista sur le fait que seule l’Immaculée a reçu la grâce de nous former, Ses enfants, à devenir saints : « notre degré de sainteté dépend de notre proximité avec l’Immaculée. […] Si vous voulez réellement vous sanctifier, rappelez-vous, la sanctification et la persévérance (dans la recherche de la sainteté) dépend de la dévotion à Notre-Dame »… « Permettez-Lui de vous guider, et vous serez vous-mêmes convaincus, que l’Immaculée est le plus court et le plus sûr chemin vers la sainteté. » La couronne blanche est la constante imitation de l’Immaculée jusqu’à ce que j’abandonne totalement ma propre volonté pour ne réaliser que ce qu’Elle désire ! ». La couronne rouge sera obtenue si vous êtes prêt à aimer Dieu « jusqu’à la fin » : le martyre est par essence « l’amour de Dieu à travers la souffrance », le plus grand amour est « de donner votre vie pour vos frères ». Ainsi, il parle et écrit sur ces thèmes tous les jours : « La vie de l’homme est faite de trois phases : la préparation au travail, le travail et la souffrance. A travers ces trois phases, Dieu nous amène à Lui. Plus une âme est fervemment dévouée à Dieu, plus tôt elle se prépare à cette troisième phase, afin de cimenter son amour pour l’Immaculée avec la souffrance née de l’amour. Car rien ne nous unit à l’Immaculée et ne nous renforce tant dans la charité que cet amour combiné à la souffrance pour l’amour. Précisément sur ce chemin de souffrance nous pouvons trouver si oui ou non nous Lui appartenons vraiment, sans réserve. Dans cette troisième phase de nos vies nous devons montrer le plus grand amour pour Elle, l’amour d’un Chevalier ! L’amour pour Dieu est perfectionné dans la souffrance, comme l’or est purifié dans le feu. Il est important de mentionner ici l’extraordinaire dévotion du saint au Saint-Sacrement et à la sainte messe. La messe quotidienne et l’heure sainte (obligatoires pour tous les frères de Niepokalanów, en dépit de leur emploi du temps surchargé) étaient pour lui les moments les plus importants de la journée. Pourquoi ? Parce que pour gagner la couronne rouge nous devons constamment être unis avec le Précieux Sang de Notre-Seigneur, coulant de Sa tête couronnée de la couronne d’épines et de Son cœur percé… présents dans le calice de la sainte messe. Quel programme pour chaque Chevalier, exactement comme Saint Louis Marie Grignon de Montfort décrivit « les apôtres des temps derniers » : Le crucifix dans la main droite, le Rosaire dans la main gauche ! Le crucifix est le sacrifice de Notre Seigneur sur la croix, présent lors de la sainte messe. Et celui qui vit la sainte messe en imitation constante et généreuse de Notre-Seigneur obtiendra la couronne rouge. Le rosaire est le symbole de la dévotion à Notre-Dame, tel une chaîne qui lie l’enfant à sa mère, le chevalier à sa reine. Celui qui maintient la vraie dévotion à Marie et L’accepte totalement et entièrement comme Mère et Reine, obtiendra la couronne blanche : Il recevra d’ELLE tous les fruits merveilleux de la sagesse et de la pureté.
         
4. Le quatrième message inclus dans cette vision : pour obtenir les couronnes, vous devez vous battre : et parce que les couronnes sont l’ultime récompense après la victoire finale, le combat durera tant que la vie elle-même et ce sera un combat héroïque ! Ainsi fut la vie de saint Maximilien : dès l’enfance il apprit qu’ELLE est « le commandant en chef » des armées chrétiennes, et où qu’ELLE apparaisse, le diable essaiera de La détruire de toutes ses forces, avec toute sa terrible colère. De l’autre côté, où que Satan règne, ELLE arrive afin « d’écraser sa tête ». L’Eglise sur terre est l’Eglise militante, et personne ne peut entrer dans le Royaume des cieux sans un combat permanent contre les ennemis internes (mauvais penchants, concupiscence) et externes (les armées innombrables du démon) jusqu’à la fin de sa vie. Ainsi, nous ne devrions ni imaginer ni désirer une vie douce et joyeuse sur terre sans les épreuves et batailles ; au contraire, se levant chaque jour, le Chevalier est prêt à une nouvelle journée de combat pour propager et conquérir le monde et les âmes pour « la Cité de Dieu ».
         
5. Une dernière considération : comment se battre ? A nouveau, voyez le très simple exemple de notre saint : vous devez penser aux couronnes (méditations), vous devez les demander (prières), vous devez prendre les moyens. Si vous voulez recevoir les couronnes, alors vous devez d’abord désirer et collaborer afin que tous puissent reconnaître et se soumettre au Roi des Rois à travers notre Reine du Ciel. Vous devez travailler au triomphe du Sacré-Cœur de Jésus, du Cœur Immaculée de Marie dans tous et chacun des cœurs en particulier : en d’autres mots, être Son dévoué chevalier, instrument à travers laquelle la Médiatrice de toutes les grâces peut envoyer les rayons de grâce dans de nombreuses âmes pour leur conversion et sanctification. Et comment ferez-vous cela ? Quelles sont les armes pour faire connaître et aimer Jésus et Marie ? Encore une fois : prières, sacrifices, volonté de l’Immaculée et tous les autres moyens à la portée de votre zèle et de votre générosité. Les mêmes moyens pour inviter d’autres âmes à obtenir les couronnes et aller au paradis sont les pratiques concrètes pour obtenir votre propre récompense : ce que vous faites pour les autres, vous le faites deux fois pour vous-mêmes !
         
A la fin juillet, saint Maximilien entra dans le donjon avec 9 autres condamnés ; marchant vers la plus terrible des morts, il mena tous ces principes et inspirations de la double couronne jusqu’à leur ultime réalisation : tel qu’il vécut, il mourut !
         
Puissent son exemple et son intercession nous rendre toujours plus généreux, afin que nous puissions entendre un jour des lèvres de notre Sauveur : « Viens maintenant, bon et dévoué chevalier, reçois les couronnes que je t’ai promises quand tu décidas de devenir le soldat de Ma Mère, le CHEVALIER DE L’IMMACULEE ! »
         
Jour de la fête de Sainte Anne, le 26 juillet 2016
Avec ma bénédiction,
Votre dévoué,
Abbé Karl Stehlin, prêtre de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X
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P.S. Permettez-moi de joindre une interview avec Michael Micherdzinski, l’un des derniers témoins du sacrifice héroïque de saint Maximilien. Cette interview a été réalisée par le père franciscain Witold Pobiedzinski en 1998 et fut publiée dans les journaux polonais. Incidemment, le père Witold Pobiedzinski a rejoint la Tradition catholique en 2011 et vit depuis au prieuré de la FSSPX à Varsovie, en Pologne.
- Vous étiez prisonnier au camp de concentration d’Auschwitz pendant cinq ans. Vous avez connu personnellement St. Maximilien Maria Kolbe là-bas. Quelle fut l’importance pour vous et les autres prisonniers de la présence de ce moine parmi vous ? 
Tous les prisonniers envoyés à Auschwitz étaient accueillis par les mêmes mots : « vous n’êtes pas à un sanatorium mais à un camp de concentration allemand duquel il n’y a aucune autre sortie que par la cheminée. Les Juifs peuvent vivre pendant deux semaines, les prêtres survivent un mois et le reste vit trois mois. Ceux à qui ça ne plait pas peuvent tout de suite aller au grillage ». Cela voulait dire qu’ils pouvaient être tués car ils faisaient passer un courant à haute-tension sans arrêt dans les grillages qui entouraient le camp. Ces mots dès le départ enlevaient aux prisonniers tout espoir. J’ai reçu une grâce incroyable à Auschwitz, car je séjournais dans un bloc avec le Père Maximilien et je me tenais avec lui en rang au moment de la sélection pour la mort. Je fus témoin oculaire de son sacrifice héroïque qui m'a redonné l’espoir et aussi aux autres prisonniers. 
- Quelles furent les circonstances de cet événement, du plus haut intérêt, qui pousse les gens à poser la question : pourquoi a-t-il fait cela, et au nom de quelles valeurs ? 
Il y a 63 ans, le mardi 29 juillet 1941, à environ 1h de l’après-midi, juste après l’appel de la mi-journée, les sirènes se mirent à hurler. Plus de 100 décibels traversèrent le camp. Les prisonniers accomplissaient leurs tâches à la sueur de leur front. Les hurlements de sirène signifiaient une alerte, et l’alerte voulait dire qu’un prisonnier manquait à l’appel. Les SS firent immédiatement cesser le travail et commencèrent à escorter les prisonniers du camp vers l’appel pour vérifier le nombre de prisonniers. Pour nous qui travaillions sur la construction d’une usine à caoutchouc aux alentours, cela voulait dire une marche de sept kilomètres vers le camp. On nous poussa à aller plus vite. 
L’appel mit en évidence une chose tragique : il manquait un prisonnier à l’appel, dans notre Bloc 14a. Quand je dis « dans notre bloc », je veux dire celui du Père Maximilien, Franciszek Gajowniczek, d’autres et le mien. C’était un message terrifiant. Tous les autres prisonniers furent relâchés et furent autorisés à se rendre à leurs blocs. On nous annonça la punition : rester au garde-à-vous sans couvre-chef, jour et nuit, sans manger. La nuit, il faisait très froid. Quand les SS avait une relève de la garde, nous nous regroupions telles des abeilles, ceux qui se tenaient au-dehors réchauffaient ceux qui se trouvaient au milieu et alors nous changions de position. 
De nombreuses personnes âgées ne purent résister à la corvée de rester debout nuit et jour dans le froid. Nous espérions au moins qu’un petit peu de soleil nous réchaufferait. Le matin, l’officier allemand nous cria : « parce qu’un prisonnier s’est échappé et que vous ne l’en avez pas empêché ou arrêté, dix d’entre vous vont mourir de faim afin que les autres se souviennent que même les plus petites tentatives d'évasion ne seront pas tolérées. » La sélection débuta. 
- Que se passe-t-il chez un homme quand il sait que c’est peut-être le dernier moment de sa vie? Quels sentiments accompagnaient les prisonniers qui purent entendre la sentence qui les condamnait à la mort? 
Je préférerais m’épargner le souvenir des détails de ce moment terrible. Je dirai en gros à quoi ressemblait cette sélection. Le groupe entier se rendit au départ de la première ligne. Au-devant, deux pas devant nous, un capitaine allemand se tenait debout. Il vous regardait dans les yeux tel un vautour. Il mesurait chacun d’entre nous et ensuite levait sa main et disait, « Du! », ce qui veut dire « Toi ». Ce “Du!” voulait dire la mort par la faim, et il continuait ainsi. Les SS sortaient alors des rangs le pauvre prisonnier, notaient son numéro et le mettaient à part sous surveillance. 
“Du!” semblait comme un marteau battant une commode vide. Tout le monde avait peur à chaque fois que le doigt bougeait. La colonne sous surveillance bougea de quelques pas en avant, afin que l’espace entre les rangs pût être inspecté et avec le rang suivant se formèrent des couloirs d'une largeur de trois ou quatre mètres. Le SS marchait dans ce couloir et disait encore: “Du! Du”. Nos cœurs faisaient un bruit sourd. Avec ce bruit dans nos têtes, le sang montait à nos tempes et c’était comme si ce sang allait jaillir de nos nez, de nos oreilles et de nos yeux. C’était dramatique. 
- Comment se comporta St. Maximilien pendant cette sélection? 
Le Père Maximilien et moi-même étions dans la septième rangée. Il se tenait à ma gauche, deux ou trois amis peut-être nous séparaient de lui. Quand les rangées devant nous diminuèrent, une peur de plus en plus grande nous saisit. Je dois dire : peu importe la détermination ou la frayeur d'un homme ; aucune philosophie ne lui est alors utile. Heureux celui qui croit, qui est capable de se reposer sur quelqu’un, de demander à quelqu’un la miséricorde. J’ai prié la Mère de Dieu. Je dois l’avouer avec honnêteté : je n’avais alors jamais prié ni avant ni après avec tant de zèle. 
Bien qu’on pouvait entendre encore « Du ! », la prière en moi me changea suffisamment pour que je me calme. Les gens ayant la foi n’étaient pas aussi effrayés. Ils étaient prêts à accepter en paix leur destin, presque en héros. C’était formidable. Les SS passèrent à côté de moi, me balayant des yeux et puis passèrent à côté du Père Maximilien. Franciszek Gajowniczek leur plut ; il se tenait à la fin de la rangée, et était un sergent de 41 ans de l’armée polonaise. Quand l’allemand dit « Du ! » et le montra du doigt, le pauvre homme s’exclama : « Jésus ! Marie ! Ma femme, mes enfants ! » Bien sûr, les SS ne prêtaient pas attention aux paroles des prisonniers et écrivaient juste leur numéro. Gajowniczek jura plus tard que s’il avait péri dans le bunker de la faim, il n’aurait pas su qu’une telle plainte, une telle supplique était venue de sa bouche.  
- La sélection terminée, est-ce que les prisonniers restants ressentaient du soulagement que la grande peur soit finie ? 
La sélection prit fin, dix prisonniers ayant été choisis. C’était leur ultime appel. Quant à nous, nous pensions que ce cauchemar debout allait prendre fin : nous avions mal à la tête, nous voulions manger, nos jambes étaient enflées. Soudain, une agitation débuta dans ma rangée. Nous nous tenions à intervalle de la longueur de nos sabots quand tout à coup quelqu’un commença à avancer entre les prisonniers. C’était le Père Maximilien. 
Il avançait à petits pas, car personne ne pouvait faire de grands pas avec des sabots, car il fallait retrousser ses orteils pour empêcher les sabots de tomber. Il se dirigeait tout droit vers le groupe de SS, qui se tenait près de la première rangée de prisonniers. Tout le monde tremblait, car il s’agissait de la transgression d’une des règles les plus importantes, ce qui voulait dire un châtiment brutal à la clé. La sortie de la rangée voulait dire la mort. Les nouveaux prisonniers qui arrivaient dans le camp, ne sachant rien de cette interdiction étaient battus jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus travailler. Cela équivalait à aller au bunker de la faim. 
Nous étions certains qu’ils tueraient le Père Maximilien avant qu’il parvienne jusqu’au bout. Mais quelque chose d’extraordinaire se produisit qui ne fut jamais observé dans l’histoire des sept cents camps de concentration du Troisième Reich. Il n’est jamais arrivé qu’un prisonnier de camp puisse quitter la rangée sans être puni. C’était quelque chose de si inimaginable pour les SS qu’ils restèrent interloqués. Ils se regardèrent les uns les autres sans savoir ce qu'il se passait. 
- Que se passa-t-il ensuite ? 
Le Père Maximilien marchait dans ses sabots et son uniforme rayé de prisonnier avec son bol sur le côté. Il ne marchait pas comme un mendiant, ni comme un héros. Il marchait comme un homme conscient de sa grande mission. Il se tenait calmement face aux officiers. Le commandant du camp retrouva finalement ses esprits. Furieux, il demande à son adjoint « Was will dieses Polnische Schwein?” ("Que veut ce porc de Polonais?"). Ils commencèrent à chercher le traducteur, mais il se trouva que le traducteur n’était pas nécessaire. Le Père Maximilien répondit calmement : « Ich will sterben für ihn » ("Je veux mourir a sa place"), montrant de sa main Gajowniczek qui se tenait à côté. 
Les Allemands restèrent abasourdis, la bouche ouverte d’étonnement. Pour eux, les représentants de l'impiété du monde, il était incompréhensible que quelqu’un souhaite mourir pour un autre homme. Ils regardèrent le Père Maximilien d'un regard interrogateur : est-ce qu’il est devenu fou ? Peut-être n’avons-nous pas compris ce qu’il a dit ? 
Finalement, la deuxième question arriva : « Wer bist du? » ("Qui es-tu ?"). Le Père Maximilien répondit : « Ich bin ein Polnischer Katolischer Priester » ("Je suis un prêtre catholique polonais"). Ici, le prisonnier confessa qu’il était polonais, donc qu'il venait de la nation qu’ils détestaient. De plus, il admettait qu’il était un homme du clergé. Pour les SS, le prêtre était une douleur de la conscience. Il est intéressant de noter que, dans ce dialogue, le Père Maximilien n’utilisa pas une seule fois le mot « s’il vous plait ». En parlant comme il l'avait fait, il avait brisé le pouvoir que les allemands avaient usurpé de droit de vie ou de mort et il les forçait à parler autrement. Il se comportait comme un diplomate expérimenté. Seulement, au lieu d’une queue de pie, d’une écharpe ou de décorations, il se présentait lui-même dans un costume de prison rayé, un bol et des sabots. Le silence mortifère régnait et chaque seconde semblait durer des siècles. 
Finalement, quelque chose arriva, que ni les Allemands ni les prisonniers n’ont compris jusqu'à ce jour. Le capitaine SS se tourna vers le Père Maximilien et s’adressa à lui avec le « Sie » ("vous") de politesse et lui demanda : « Warum wollen Sie für ihn sterben ? » ("Pourquoi voulez-vous mourir à sa place ?") 
Toutes les normes établies des SS s’effondraient. Un moment auparavant, il l’avait appelé le « porc de Polonais » et maintenant il se tournait vers lui et le vouvoyait. Les SS et les officiers ordinaires qui se tenaient près de lui n’étaient pas sûrs d’avoir bien entendu. Une seule fois, dans l’histoire des camps de concentration, un officier de haut-rang, auteur de meurtres de milliers de personnes, s’est ainsi adressé à un prisonnier de cette manière. 
Le Père Maximilien répondit : « Er hat eine Frau und Kinder » ("Il a une femme et des enfants"). Ce qui est le résumé de tout le catéchisme. Il montrait à tous ce que la paternité et la famille voulaient dire. Il avait deux doctorats soutenus à Rome « summa cum laude » (la meilleure note possible), et était éditeur, missionnaire, enseignant académique de deux universités à Cracovie et Nagasaki. Il pensait que sa vie valait moins que la vie d’un père de famille ! Quelle formidable leçon de catéchisme ! 
- Comment l’officier réagit-il aux paroles du Père Maximilien ? 
Tout le monde attendait de voir ce qui allait se passer ensuite. Le SS se savait le maître de la vie et de la mort. Il pouvait donner l’ordre de le battre très violemment pour avoir enfreint la règle strictement observée concernant le fait de sortir du rang. Et plus important encore, comment est-ce qu’un prisonnier osait prêcher la morale ?! L'officier pouvait faire condamner les deux à la mort par la faim. Après quelques secondes, le SS dit : « Gut » ("Bon"). Il était d’accord avec le Père Maximilien et admettait qu’il avait raison. Cela voulait dire que le bien avait gagné contre le mal, le mal absolu. 
Il n’y a pas de plus grand mal que, par haine, de condamner un homme à périr de faim. Mais il n’y a pas non plus de plus grand bien que de donner sa propre vie pour un autre homme. Le bien absolu gagne. Je voudrais insister sur les réponses du Père Maximilien : on le questionne à trois reprises et par trois fois il répond avec concision et brièveté, usant de quatre mots. Le chiffre quatre dans la Bible signifie symboliquement l’homme tout entier. 
- Quelle importance pour vous et les autres prisonniers restants d’avoir été témoins de tout ceci ? 
Les Allemands laissèrent Gajowniczek retourner dans le rang et le Père Maximilien prendre sa place. Les condamnés devaient retirer leurs sabots parce qu’ils ne leur étaient plus d’aucune utilité. La porte du bunker de la faim était ouverte seulement pour en sortir les cadavres. Le Père Maximilien entra en dernier avec son binôme et il l’aida même à marcher. C’était comme ses propres obsèques avant sa mort. Devant le bloc, on leur dit de retirer leurs uniformes rayés et on jeta les prisonniers dans une cellule de huit mètres carrés. La lumière du jour filtrait à travers les trois barreaux de la fenêtre sur le sol froid, dur et humide et les murs noirs. 
Un autre miracle arriva là-bas. Le Père Maximilien, bien qu’il respirait à l’aide d’un seul poumon, survécut aux autres prisonniers. Il demeura vivant dans la chambre de la mort pendant 386 heures. Tous les médecins reconnaîtront que c’est incroyable. Après cette agonie horrible, le bourreau dans un uniforme médical lui donna une injection mortelle. Mais il ne succomba pas non plus… Il durent le finir avec une deuxième injection. Il mourut la veille de l’Assomption de la Sainte Vierge Marie, Son Commandant-en-Chef. Il voulait travailler et mourir pour Marie l’Immaculée toute sa vie. Ce fut sa plus grande joie. 
- En référence à la première question, pouvez-vous s’il vous plaît développer : qu’est-ce que cette attitude extraordinaire du Père Maximilien (être délivré de la mort par la faim) signifia pour vous ? 
Le sacrifice du Père Maximilien inspira de nombreux travaux. Il renforça l’activité du groupe de résistance du camp, l’organisation souterraine des prisonniers et cela divisa le temps entre « l’avant » et « l’après » du sacrifice du Père Maximilien. De nombreux prisonniers ont survécu à leur passage au camp, grâce à l’existence et aux opérations de cette organisation. Quelques-uns d’entre nous reçurent de l'aide, deux sur cent. J’ai reçu cette grâce, vu que je suis l’un de ces deux. Franciszek Gajowniczek fut non seulement secouru mais vécut encore 54 ans.

Notre saint compagnon-prisonnier secourut, par-dessus tout, l’humanité en nous. Il était un guide spirituel dans le bunker de la faim, donna du soutien, dirigea les prières, pardonna les péchés et mena les mourants vers l’autre monde avec le signe de la Croix. Il renforça la foi et l’espoir en nous qui avons survécu à la sélection. Au milieu de cette destruction, cette terreur et le mal, il redonna l’espoir.

[Philippe Maxence - L'Homme Nouveau] La mort du Père Hamel nous engage

SOURCE - Philippe Maxence - L'Homme Nouveau - 27 juillet 2016

À l’heure où s’ouvrent les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), un prêtre est mort en martyr. En France, dans la banlieue de Rouen, dans cette Normandie habituellement si paisible ! L’homme du Saint-Sacrifice de la messe a été immolé parce qu’il était configuré, avec la grâce de Dieu, à Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme. C’est en haine de la foi chrétienne que le Père Jacques Hamel a dû donner le suprême témoignage de sa vie, étant à la fois le prêtre et la victime, l’alter Christus, jusqu’au bout.
Le vrai vainqueur
Ce mardi 26 juillet 2016, fête des parents de la Vierge Marie, un prêtre, un humble prêtre, un vieux prêtre, a été assassiné au pied de l’autel parce qu’il était catholique et Français. Signe de contradiction, à l’image du divin maître, le Père Hamel est malgré tout le vrai vainqueur de cet acte de barbarie car il jouit désormais de la Vie éternelle en Dieu et son action maintenant, à l’image de la sainte normande, Thérèse de Lisieux, patronne secondaire de la France, consistera à faire du bien sur une terre qui, plus que jamais, en a besoin.
La paralysie idéologique
Après le choc et l’émotion ressentis, il convient maintenant de regarder la situation en face. Devant la multiplication des actes terroristes, en France mais aussi dans le reste de l’Europe, on reste stupéfait et en colère devant les discours lénifiants que nous entendons le plus souvent et devant l’absence de mesures proportionnées à la guerre qui nous est faite.

Le gouvernement socialiste emploie certes le vocabulaire de la guerre, mais semble penser qu’il suffit de parler pour que les choses soient. C’est la paralysie idéologique ! Cette guerre, dont il n’a pas pris la mesure, il aurait fallu tout d’abord la nommer, la caractériser, pour déterminer les moyens proportionnés à mettre en œuvre afin de l’arrêter définitivement.

Faute de ce travail préalable, des jeunes apprentis terroristes peuvent tenter de se rendre en Syrie, être arrêtés, renvoyés vers la France, inculpés et finalement placés tranquillement par un juge en liberté surveillée, avec bracelet électronique, ce qui n’a nullement empêché l’un d’eux de se rendre ce mardi 26 juillet à l’église de Saint-Étienne-du-Rouvray pour égorger le Père Jacques Hamel. Bien sûr, il faudrait que le juge responsable de cette liberté provisoire réponde de sa décision. Bien sûr, il faudrait que Christiane Taubira, ancienne garde des Sceaux, responsable de la nouvelle politique judiciaire qui voit dans le criminel la victime de la société, réponde des choix qu’elle a portés et défendus. Bien sûr, il faudrait que l’État français réagisse vite et bien face à une situation qui appelle plus d’actes et moins de discours.

Mais si nous voulons que l’acte de guerre perpétré en toute impunité à Saint-Étienne-du-Rouvray ne reste pas au niveau de la sidération et de l’émotion, il est urgent de passer par plusieurs ruptures absolument nécessaires.
Retrouver le vrai sens du christianisme
Et d’abord au sein du monde catholique. Un détournement de l’Évangile et de l’enseignement de l’Église nous touche depuis cinq ou six décennies. Il tend à opposer dialectiquement le devoir de charité et de miséricorde aux exigences de la justice. Il réduit les catholiques à n’être que de gentils porte-voix d’une fraternité humaine qui a évacué la reconnaissance de la paternité divine et les exigences de la Croix. Pourquoi le Christ est-il mort ? Pour la célébration perpétuelle d’un Woodstock permanent ou pour vaincre le péché ? Le chrétien n’est-il qu’un hippie endimanché, qui a remplacé la drogue par l’encens et la musique des années soixante par les cantiques pieusards des années 2000 ?

Il y a urgence pour nous catholiques à retrouver le vrai sens de notre foi et l’aspect tragique de l’existence, à rompre définitivement avec hébétude optimiste qui nous convie à ânonner des généralités humanitaires sans référence à la Croix, au péché, au combat spirituel, à la nécessité de la grâce et des sacrements, de l’enseignement doctrinal, de l’expiation et du sacrifice. Faute de quoi, nous serons incapables d’apporter véritablement notre part au bien commun de notre pays, étant le plus souvent des double dhimmis : de la sécularisation laïciste et de l’islam conquérant.
Retrouver nos racines nationales
Nos adversaires islamiques le savent mieux que la plupart des Français : la France est fondamentalement chrétienne. Dans ses racines, son histoire, sa culture, ses mœurs… Même lorsqu’elle s’oppose au christianisme, elle rend un hommage indirect à ces fondements chrétiens qu’elle veut renier mais qu’elle rappelle ainsi sans cesse.

Quand Ernest Psichari, petit-fils de l’apostat Renan, partit en mission en Afrique du Nord, il découvrit cette réalité de l’identification profonde réalisée par le monde musulman entre le christianisme et la France. Ce fut le point de départ de sa conversion ! Si la France ne retrouve pas ses racines et ne renoue pas avec ses traditions, elle restera incapable de répondre à la guerre qui lui est faite. Celle-ci passe bien sûr par les armes, mais les armes ne sont qu’un moyen. Elles doivent être au service d’une civilisation et cette civilisation, dans son incarnation française, ne peut être que celle qui associe le pardon et la justice dans la recherche de la vraie paix.

À ce titre, nous devons rompre avec la philosophie des Lumières qui a introduit la rupture dramatique, concrétisée par la Révolution de 1789, qui empêche la France de remplir les exigences de sa vocation. Le salut ne peut être dans ses valeurs républicaines qui sont au mieux des vertus chrétiennes devenues folles puisqu’elles ont été séparées les unes des autres et du socle nourricier qui leur permettait d’exister. Cessons de vouloir associer l’inconciliable, le chaud avec le froid. Puisque nous devons nous battre, sachons pour quoi nous nous battons. Pour la libre consommation et les grèves ou pour une société chrétienne et véritablement humaine !
Primauté du bien commun
Il faut rompre enfin avec cet individualisme, élevé au rang de philosophie de notre société et de politique de nos gouvernants. Le bien commun, parce qu’il est un bien et parce qu’il est commun, est notre meilleur et plus grand bien. Il exige de nous sacrifice, dévouement, sens de la justice et exercice de la vertu de force. Il nous oblige, par piété naturelle et par devoir civique. La paix, dont nous avons tragiquement la nostalgie aujourd’hui, n’est en aucun cas cette caricature que nous a offerte la société de consommation jusqu’alors. La paix, selon saint Augustin, c’est la tranquillité de l’ordre, véritable bien commun. Faute de rendre au bien commun sa primauté, nous ne parviendrons jamais à retrouver la paix. Et cette reconnaissance de la primauté du bien commun est certainement le meilleur service que peut rendre le catholicisme à la France aujourd’hui.
Deux niveaux
Ces considérations très générales indiquent que l’action à mettre en place pour répondre à la guerre qui nous est faite se situe au moins à deux niveaux.

Le premier niveau est celui de la réaction immédiate d’ordre politique et militaire. Elle implique de bien désigner l’ennemi (pas des dérives psychiatriques mais l’islamisme) et ses alliés, de qualifier cette guerre et son environnement (dont la question de l’immigration) afin de prendre les moyens proportionnés et adaptés. Elle exige enfin, non seulement un état d’urgence, mais un État et une nation en guerre

Le deuxième niveau est un travail de fond et de véritable refondation politique de notre pays. On l’a signalé : les assassins de Saint-Étienne-du-Rouvray étaient jeunes, passés par les mailles du système scolaire et de toutes les politiques mises en place depuis des décennies. Rien ne les a empêchés de devenir des islamistes actifs. Tout, au contraire, dans ce système démocratique moderne, les a conduits à devenir des petits soldats d’Allah. Il faut donc non seulement mettre à la poubelle les réformes Najat Vallaud-Belkacem et Taubira, Hollande et Valls, mais rendre définitivement caduc ce qui les a rendus possible.
Un travail de longue haleine
Il s’agit là d’un travail de longue haleine et de longue portée. Il exige des moyens politiques pour lui donner toute son efficacité et toute son ampleur. Il implique par exemple, un retour à l’éducation classique, qui associe aux méthodes traditionnelles un enseignement conforme à l’esprit français et européen. Il implique encore, toujours à titre d’exemple, de rompre avec une vision honteuse de notre Histoire, portée par l’école, les médias et l’ensemble de nos élites. Il nécessite de rendre aux familles françaises leur place et leur honneur, de les encourager, de les soutenir plutôt que de mettre en place une politique hédoniste, fondée sur une rupture de l’ordre naturel. Il suppose un arrêt des politiques migratoires en redonnant toute sa place à la primauté du bien commun national. Il n’est certes pas question d’entrer dans le jeu de l’adversaire qui entend nous pousser à la spirale de l’affrontement et de la vengeance. Mais la réalisation de la justice exige l’exercice de la vertu de force qui permet de rendre possible le bien commun.

On pourrait multiplier à l’envie ces exemples. Ils ne sont là que pour indiquer que la réponse à la guerre qui nous est faite passe aussi par une réforme morale et politique profonde qui implique la rupture avec la philosophie et le système de la démocratie moderne dont les derniers événements montrent l’incapacité à assurer la paix et la sécurité.