31 août 2018

[RP Bruno - via Reconquista] Chute et dérive du Barroux

SOURCE - RP Bruno - via Reconquista - 17 mai 2018

M. Chiron vient de publier une biographie sur Dom Gérard *, fondateur du monastère du Barroux. Ouvrage de commande, il ne pouvait donc être qu' une sorte d'hommage posthume. Le livre d'Yves Chiron met certes en évidence les beaux aspects de la vie de Dom Gérard mais il y manque évidemment le grand reproche, qu'une histoire digne de ce nom ne pourra pas méconnaître longtemps: celui d'avoir finalement baissé la garde devant cette "Hérésie du XXe siècle". Dom Gérard a trahi le bon combat de la Foi.

Un théologien de la FSSPX, M. l'abbé Gleize, se pose aujourd'hui la question de cette trahison.

Comment se fait-il qu'après avoir, durant l'été 1987, récusé comme une rupture l'enseignement conciliaire sur la liberté religieuse, Dom Gérard ait fini par y voir l'écho de la Révélation divine ? «Je crois que ce qui a contribué à perdre Dom Gérard», explique Mgr Lefebvre, «c'est son souci de s'ouvrir à tous ceux qui ne sont pas avec nous et qui peuvent aussi profiter de la liturgie traditionnelle. C'est ce qu'il écrivait en substance dans la Lettre aux amis du monastère, deux ans après son arrivée au Barroux. Nous voulons essayer, disait-il, de ne plus avoir cette attitude critique, stérile, négative. Nous allons nous efforcer d'ouvrir nos portes à tous ceux qui éventuellement n'auraient pas nos idées, mais qui aimeraient la liturgie, afin de les faire profiter, eux aussi, des bienfaits de la vie monastique. Dès cette époque, je m'étais inquiété de ce que je considérais comme une opération très dangereuse. C'était l'ouverture de l'Église au monde et l'on a bien dû constater que c'est le monde qui a converti l'Église. Dom Gérard s'est laissé contaminer par ce milieu qu'il a reçu dans son monastère». (Source)

Ce même théologien verrait-il par hasard le même processus est en cours dans sa propre congrégation? Oui, très probablement. Cette citation de Mgr Lefebvre, choisie par le théologien d'Ecône, n'est sûrement pas un accident.

Pour mieux comprendre l'ampleur de cette chute et des dérives du Barroux, nous vous invitons à écouter la conférence d'un ancien Père du Barroux, le RP Bruno, qui explique de façon très claire comment s'est produite, mois après mois, cette chute et quelles en furent les conséquences pour le monastère.
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* Ouvrage d'Yves Chiron : « Tourné vers le Seigneur ».
  

[Communauté Saint Grégoire le Grand - Disputationes Theologicae] Le Cardinal Dario Castrillon Hoyos: Un souvenir de lui en quelques anecdotes

La Messe Pontificale à Sainte Marie Majeure
SOURCE - Communauté Saint Grégoire le Grand - Disputationes Theologicae - 5 août 2018

Le Cardinal Castrillon s’est éteint le 17 mai dernier. Parmi ses nombreuses charges il fut pendant des années le responsable de la Commission Pontificale Ecclesia Dei. Cette circonstance nous donna l’occasion de le connaitre, d’apprécier ses qualités, de recevoir de lui des indications d’aide sincère mais aussi d’être en désaccord sur certains points. S’il est vrai qu’il restait un homme de Curie d’une certaine période historique, il est aussi vrai que ce qui frappait chez lui était son attitude directe, immédiate, sans affectation courtisane. Il était également un grand connaisseur - et souvent un tisseur - de cette toile politique qui est, elle aussi, une partie de la vie de l’Eglise Romaine, mais nous n’avons pas souvenir qu’avec nous il ait revêtu « le masque du pouvoir ». Son physique robuste même, indiquait l’homme concret qui avait connu les âpretés du ministère rural, à une époque où les déplacements n’étaient pas faciles. Lors d’une rencontre internationale du Clergé, qui eut lieu en Colombie en 1998 en préparation de l’Année Sainte, il monta à cheval et fit presque un rodéo, montrant quel cavalier il était encore malgré son âge vénérable. Descendant de cheval, il prit le microphone et dit aux prêtres présents qu’il avait dû apprendre à monter à une époque où le cheval était l’unique moyen pour le prêtre de rejoindre certains villages isolés. Et il termina en disant aux confrères « je vous souhaite d’utiliser tous les moyens possibles pour amener Jésus Christ ». Voilà comment était le Cardinal Castrillon et cet esprit se reflétait immanquablement dans sa direction de la Commission « Ecclesia Dei ». Cette charge était certainement difficile car tous les choix ne dépendaient pas de lui ; plusieurs forces faisaient pression dans un sens restrictif, en arrivant parfois même au véritable abus canonique et ecclésial. N’oublions pas que des hostilités furent exprimées même de la part de l’Osservatore Romano, nous en avions parlé dans un article en février 2011 (L’Osservatore Romano attaque « Dominus Jesus » et la Commission Ecclesia Dei).

Notre souvenir nous permet de témoigner d’un homme de médiation, qui - surtout pendant le Pontificat tant contesté de Benoit XVI - sut défendre certains choix avec détermination et autorité. Sur plusieurs points nous ne pouvons pas dire que nous avions les mêmes positions, mais il faut reconnaitre qu’au sujet de la Messe, qu’il appelait souvent « grégorienne », il eut de belles et courageuses paroles. Des paroles et des actes. Parce que ce fut lui qui, le 24 mai 2003 célébra à Sainte Marie Majeure cette fameuse Messe pontificale ; aujourd’hui nombreux sont ceux qui l’ont oubliée, mais à l’époque il fallait du courage, et lui il l’eut. On pourrait légitimement discuter de l’intention de « récupérer les traditionalistes », certains parlèrent même seulement - non sans une certaine myopie idéologique - de « tromperie » ou de « miroir aux alouettes », il est néanmoins incontestable que peu de Cardinaux - spécialement Préfet de Congrégation et encore moins papabile - auraient osé en ces temps-là revêtir ces ornements-là, pour ce rite-là et dans cette basilique-là. 

Sur ce sujet, il était aussi auto-ironique et facétieux, ne rougissant pas de citer en souriant l’épithète de « requin » que Mons. Williamson lui avait attribuée, et ajoutait ensuite avec bonhomie, qu’au fond pour son habilité politique, il l’avait bien méritée. Il reconnaissait en même temps que - quoique d’un bord opposé - cet Evêque de la Fraternité avait été honnête à son égard tant en public qu’en privé, et il allait même jusqu’à dire que d’un certain côté il était, paradoxalement, celui parmi les quatre évêques de la FSSPX qui avait le moins une mentalité schismatique.

C’est sous son mandat que fut accordée “l’exclusivité du rite traditionnel” à une Société,et, en honnête homme, il resta fidèle à ses engagements. Sous sa présidence cet accord ne fut jamais mis en discussion, malgré les pressions d’en haut et malgré la disponibilité à le brader, précisément de la part de ceux qui auraient dû le défendre. Concernant le Concile Vatican II, il répétait - en simplifiant volontairement - que les passages conciliaires pouvaient se distinguer en trois typologies : la première contenait des affirmations partageables par tout catholique ; la seconde comportait des ambigüités, mais il était possible d’en interpréter le contenu à la lumière de la Tradition ; la troisième typologie pouvait paraitre difficilement conciliable avec la Tradition. Sur ces passages nous devions nous engager - il nous le dit de vive voix - à une « étude sérieuse et constructive », à une « critique sérieuse et constructive ». Ce fut lui qui nous dit avec force : « ceci est un grand service à rendre à l’Eglise »! Après l’avoir approuvée, au lieu de se retirer comme firent tant d’autres, il nous incitait à la « critique constructive » et nous disait que se soustraire à une telle charge équivalait à se servir davantage soi-même plutôt qu’à servir l’Eglise.

Nous le savons bien et nous ne voulons pas le cacher même en cette occasion : tous les choix auxquels il souscrivit ne furent pas pleinement partageables. Notre pensée va à la mise sous commissaire en l’an 2000 de la Fraternité Saint Pierre, qui constitua un précédent très triste et même trop imité. Cependant il est aussi vrai qu’un chef de Dicastère ne fait pas toujours ce qu’il veut, et d’ailleurs, sa gestion, par la suite, nous donna l’impression qu’il voulait presque se faire pardonner cette erreur. Il aura certainement fait des erreurs, mais dans la direction de l’Ecclesia Dei il représenta souvent le sens du concret et le bon sens, en déclarant ouvertement qu’il cherchait à composer les situations et non pas à les compliquer. Exaspérer les situations avec des vexations ne produit jamais de bons fruits. Lorsqu’il s’agissait de trouver des médiations et de donner des conseils pratiques d’une utilité incontestable, il fut toujours disponible et affable, même lorsqu’il avait plus d’une raison pour être en colère…la faute n’en incombe pas toujours « uniquement à la Curie Romaine »…

A celui qu’il devait aider, il demandait une certaine compréhension des difficultés objectives de la situation, lesquelles, pour celui qui gouverne, ne rendent pas toujours la solution évidente. Les ennemis de l’Eglise et du Pape, parmi lesquels certains posèrent de véritables pièges, en exploitant les faiblesses mondaines d’un certain traditionalisme, étaient bien à l’œuvre et il nous le rappelait.

Ensuite arriva la tempête de 2009, qui avait des cibles précises et préméditées, dont une très importante… Quant à la manière dont il fut traité il est licite de soupçonner que quelques vengeances se soient abattues sur lui, entre autres aussi à cause de ses nettes positions au Conclave de 2005 et de la phrase qu’il y prononça.

Ce fut ainsi que la Commission Ecclesia Dei finit par être rattachée à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, et, de fait, son rôle fut redimensionné à celui de médiateur avec la FSSPX et ses « doctrines » à surveiller. Lors d’une rencontre récente, sans cacher à quel point cela lui avait fait mal, pendant qu’il nous révélait aussi certains aspects douloureux, il regrettait que de cette manière la Commission Ecclesia Dei se retrouvait dans une position d’extrême faiblesse et que son rôle en ressortait réduit et altéré.

Ainsi, si nous devions synthétiser notre souvenir nous parlerions d’un Cardinal courageux et fidèle aux engagements qu’il avait pris. Pacta sunt servanda et lui ne trahit jamais avec nous la parole donnée, même lorsqu’il était difficile de la maintenir.

Que Dieu veuille raccourcir son temps de purification en Purgatoire et que, du lieu où il se trouve et d’où il voit toute chose sous une autre lumière, il se souvienne d’intercéder pour ces prêtres qu’il a encouragés et même ordonnés au Sacerdoce. 

Communauté “Saint Grégoire le Grand”

30 août 2018

[Paix Liturgique] 43,4% des pratiquants de Saint-Germain-en-Laye prêts à accueillir la forme extraordinaire dans leurs paroisses

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 658 - 29 août 2018

De 2009 jusqu'à 2011, Paix Liturgique a fait conduire par des organismes professionnels et indépendants des sondages dans 12 diocèses français qui nous semblaient intéressants pour compléter et préciser les résultats de nos sondages nationaux de 2001, 2006 et 2008. Les résultats de ces sondages – les seules études statistiques sérieuses menées sur la question pour le moment – révèlent une grande cohérence, dans le temps et dans l'espace, du sentiment des catholiques français à l'encontre de ce qu'il est désormais convenu d'appeler la « forme extraordinaire du rite romain ». Un sur trois au minimum se déclare prêt à y assister régulièrement pour peu qu'elle soit célébrée DANS SA PAROISSE. Cette année, nous avons voulu reconduire ces enquêtes non plus à l'échelle diocésaine mais à l'échelle d'une commune, celle de Saint-Germain-en-Laye, dans le diocèse de Versailles.

I – Pourquoi Saint-Germain-en-Laye ?

Importante commune des Yvelines (40 000 habitants), Saint-Germain-en-Laye compte encore deux paroisses (Saint-Germain et Saint-Léger) et donne son nom à un doyenné comportant aussi les groupements paroissiaux de Fourqueux-Mareil, de Marly-le-Roi et de Chambourcy.

Des la publication du motu proprio Ecclesia Dei adflicta de 1988, des familles de la ville ont demandé à leur curé la célébration de la liturgie traditionnelle. Face au refus de l'évêque de l'époque, elles ont pour la plupart rejoint le groupe de Port-Marly. Au moment du motu proprio de 2007, une demande rassemblant 40 familles représentant près de 200 âmes est exprimée au curé d'alors qui la soumet à son conseil paroissial qui refuse d'y donner suite « en raison des événements de Port-Marly », lesquels datent de près de 20 ans ! Régulièrement renouvelée depuis 2007, cette demande a tout aussi régulièrement été repoussée soit «parce qu'il n'y a pas de prêtre désireux de la célébrer » soit « parce qu'il n'y a pas de lieu de culte disponible ».

Or, depuis le 15 janvier 2017, la chapelle des franciscaines de Saint-Germain-en-Laye accueille chaque dimanche, et même désormais chaque jour, la célébration de la forme extraordinaire du rite romain en raison de la fermeture temporaire de l'église Saint-Louis de Port-Marly pour des travaux qui n'en finissent pas. Et, chaque dimanche ou presque, aux habituels fidèles de Port-Marly, se joignent de nouveaux fidèles habitant Saint-Germain-en-Laye heureux ou tout simplement curieux de participer à cette messe si longtemps prohibée dans leur ville.

II – Les résultats

Voici les résultats de ce sondage réalisé par le cabinet Progress Conseil auprès d'un échantillon de 412 catholiques déclarés sur un échantillon de 664 personnes représentatives de la population de 18 ans et plus résidant à Saint-Germain-en-Laye (62%). La passation des enquêtes a été réalisée par téléphone selon la méthode des quotas du 12 avril au 2 mai 2018.

En compliment figure un comparatif des principaux résultats de cette enquête avec ceux du sondage réalisé du 30 novembre au 8 décembre 2009 par le cabinet JLM Études dans l'ensemble du diocèse de Versailles .

1) Assistance à la messe

33,7% des sondés déclarent assister à la messe chaque semaine 
8,7% une à deux fois par mois 

soit au total 42,4% de pratiquants selon les critères contemporains 

13,8% pour les grandes fêtes 
23,5% occasionnellement 
20,1% jamais

2) Connaissance du motu proprio

52,7% de l'ensemble des catholiques du diocèse déclarent connaître le motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI contre 47,3% qui n'en ont jamais entendu parler. Les résultats au niveau diocésain étaient forts différents puisque 69,2% avaient entendu parler du motu proprio contre 30,2% qui l'ignoraient et 0,6% qui ne répondaient pas. L'explication de cette difference réside sans doute dans le temps qui passe puisqu'en 2009 le motu proprio n'avait que deux ans et que le pape était toujours Benoît XVI.
De fait, chez les catholiques qui pratiquent au moins une fois par mois, le résultat se rapproche de celui du sondage diocésain puisqu'ils sont 77,1% à être au courant de l'existence du motu proprio contre seulement 22,9% qui l'ignorent (82,7% contre 17,3% lors du sondage diocésain de 2009).

3) Perception du motu proprio

43,4% des sondés trouvent normale la coexistence des deux formes du rite romain au sein de leur paroisse (contre 60,1% en 2009 pour l'ensemble du diocèse) ; 24,3% la trouvent anormale et 32,3% ne se prononcent pas (18,9% lors du sondage diocésain de 2009). 
Le résultat local de 2018 est en recul par rapport au résultat diocésain de 2009. Toutefois, la part de fidèles qui jugent « anormale » cette coexistence demeure proche de celle relevée par le sondage diocésain : 24,3% aujourd'hui contre 21,1% à l'époque. Plus qu'à un changement d'opinion des catholiques de Saint-Germain-en-Laye à l'égard du motu proprio, c'est à la méconnaissance que les catholiques ont aujourd'hui du motu proprio que ce recul semble devoir être attribué : de fait, le nombre de sondés ne répondant pas passe de 18,9% en 2009 à 32,3% en 2018. N'oublions pas en outre que sous Benoît XVI, à l'époque du précédent sondage, le thème de la plus grande dignité des célébrations liturgiques était central.

4) Participation à la forme extraordinaire

À la question « Si la messe était célébrée en latin et grégorien sous sa forme extraordinaire dans votre paroisse, sans se substituer à celle dite ordinaire en français, y assisteriez-vous ? », les catholiques pratiquants répondent :

Chaque semaine : 24%
1 ou 2 fois par mois : 19,4%

Soit 43,4% des pratiquants actuels de Saint-Germain-en-Laye qui iraient au moins une fois par mois participer à une messe en latin et en grégorien selon le missel de 1962, à la condition que celle-ci leur soit proposée dans leur paroisse. Un résultat au final pas si éloigné que ça de celui enregistré en 2009 au niveau diocésain : 50,3%.

III – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) Le premier enseignement de ce sondage est qu'il confirme tous ceux précédemment réalisés, aussi bien au niveau national que diocésain. Même si les résultats sont un peu moins differents que ceux mesurés dans le diocèse de Versailles en 2009, ils restent très intéressants : - pour un catholique qui juge « anormale » la coexistence paroissiale des deux formes du rite romain, deux la jugent « normale », - plus de quatre pratiquants de Saint-Germain-en-Laye sur 10 assisteraient à la célébration de la forme extraordinaire en paroisse si celle-ci y était célébrée ordinairement. Rapportés au nombre d'habitants de la ville (45 000), voici ce que cela signifie : 62% de catholiques représentent 27 900 catholiques dont 42,4% sont pratiquants, soit 11 830 personnes ; 43,4% d'entre eux assisteraient au moins une fois par mois à la messe traditionnelle, soit 5 134 fidèles. Mais y a-t-il vraiment près de 12 000 pratiquants à Saint-Germain ? Les spécialistes des enquêtes d'opinion savent qu'il y a toujours une sur-réponse des sondés qui tendent à répondre dans le sens induit par le questionnaire qui leur est proposé : en l’espèce, l’attestation de présence hebdomadaire ou mensuelle à l’église est surévaluée par les intéressés. C’est une des raisons pour lesquelles le chanoine Boulard croyait plus aux enquêtes mesurant la pratique effective qu’aux sondages. Il reste que l’intérêt indubitable des sondages est d’indiquer des tendances et des proportions fiables. 

2) Les faits aussi le sont, qui confirment très exactement les proportions. Il y a depuis plus d'un an 10 messes dominicales célébrées à Saint-Germain-en-Laye : 6 dans la forme ordinaire (3 en l'église Saint-Germain, 2 en l'église Saint-Léger et une au Carmel) et 4 dans la forme extraordinaire, soit 4 pour 10 ce qui correspond exactement à la proportion de pratiquants de la ville désireux de bénéficier de la liturgie traditionnelle. En soi, l'offre liturgique actuelle à Saint-Germain correspond donc à la demande mesurée par notre sondage... sauf que les messes traditionnelles offertes actuellement en la chapelle des franciscaines sont supposées retourner demain à Port-Marly. 

3) La pastorale s’adaptera-t-elle à cette « demande » ? Très concrètement, que se passera-t-il donc lorsque l'église Saint-Louis de Port-Marly – dont la restauration prend bien plus longtemps que prévu – ouvrira enfin de nouveau ses portes , dans un mois, six mois ou un an ? L'une des deux paroisses de Saint-Germain-en-Laye offrira-t-elle enfin une célébration dominicale régulière de la forme extraordinaire ou les 40% de fidèles désireux d'en bénéficier devront-ils à nouveau s'en passer ?

4) Répétons encore une fois que plus aucun des obstacles opposés depuis 10 ans par les curés successifs de Saint-Germain-en-Laye à la célébration de la forme extraordinaire ne subsiste : le lieu de culte existe (la chapelle des franciscaines, donc) et les prêtres idoines aussi (au moins un des prêtres du doyenné est familier de la forme extraordinaire). Pourtant, l'été dernier, alors que les travaux en l'église Saint-Louis de Port-Marly semblaient devoir se terminer, le curé de la paroisse Saint-Germain s'était empressé d'annoncer l'arrivée de l'éparchie ukrainienne à la chapelle des franciscaines, comme pour couper l'herbe sous le pied des familles traditionnelles locales qui voulaient y conserver au moins une célébration de la forme extraordinaire chaque dimanche... Bref, aujourd’hui, la paix liturgique concrète existe dans la ville, parfaitement manifestée lors de la dernière Fête-Dieu, organisée conjointement par les communautés ordinaire et extraordinaire. Finira-t-elle avec le retour des « tradis » à Port-Marly ou se prolongera-t-elle pour le bien de tous ?

5) Il faut le souligner, la seule évolution notable que ce sondage local de 2018 révèle par rapport à notre dernier sondage national de 2008 et à notre sondage diocésain de 2011 est un « recul de mémoire » par rapport au motu proprio de Benoît XVI de 2007. Il y a donc pour nous un « devoir de mémoire », qui nous conforte dans notre volonté de continuer à offrir, chaque semaine, une information détaillée sur tel ou tel aspect de l'univers Summorum Pontificum et sur la diffusion toujours plus large de la forme extraordinaire dans le monde. À Saint-Germain-en-Laye comme en France. Dans le diocèse de Versailles comme à travers les 5 continents.

28 août 2018

[Le Sel de la Terre] Des évêques pour défendre la foi (éditorial)

SOURCE - Le Sel de la Terre - Été 2018
Le 30 juin 1988, Mgr Lefebvre accomplit l’acte le plus important de sa vie, «l’opération survie», afin de maintenir un foyer vivant au milieu des ténèbres qui se répandent dans l’Église et dans le monde. Ce jour-là il consacrait quatre évêques. Voici le rôle qu’il leur assignait:
Le rôle des évêques consacrés: les ordinations, les confirmations et le maintien de la foi [1] à l’occasion des confirmations [2].
Lors de leur consécration épiscopale, les quatre candidats ont émis la «profession de foi» demandée par l’Église (can. 1406).
Cette profession de foi se termine ainsi:
Cette vraie foi catholique, hors de laquelle personne ne peut être sauvé, que maintenant je professe spontanément et tiens véritablement, moi untel, je promets, voue et jure de la garder et de la confesser constamment, avec l’aide de Dieu, intégrale et immaculée jusqu’à la fin de ma vie, et de prendre soin, autant qu’il dépend de moi, qu’elle soit gardée, enseignée et prêchée par ceux qui me sont soumis, ou par ceux dont le soin concernera ma personne ou ma charge [3].
L’évêque est un docteur et un pasteur [4]. Il fait partie de l’Église enseignante. Il est donc capital qu’il professe et enseigne la vraie foi catholique.
C’est d’autant plus important que le modernisme est entré dans l’Église et a atteint les plus hauts sommets.
En 1849, le pape Pie IX dénonçait déjà ceux qui tentaient de pervertir, dans Rome même, «la sainteté de la Religion catholique et la règle irréformable de la foi»:
Qui donc ignore que maintenant, ô douleur ! la ville de Rome, siège principal de l’Église catholique, est devenue une forêt pleine de monstres frémissants, puisque les hérétiques, les apostats de toutes les nations, les maîtres de ce qu’on appelle le socialisme ou le communisme, animés contre la vérité catholique d’une haine profonde, s’efforcent par leurs discours, par leurs écrits, par tous les moyens en leur pouvoir, d’enseigner, de propager leurs fatales erreurs, et de corrompre les esprits et les cœurs, afin que dans Rome même, si cela était possible, la sainteté de la Religion catholique et la règle irréformable de la foi soient perverties [5]?
Les ennemis de l’Église ont réussi «l’attentat suprême» d’atteindre jusqu’au trône de Pierre pour y installer «un pape selon leur besoin [6]»:
«On a chargé nos épaules d’un lourd fardeau, cher Volpe. Nous devons faire l’éducation immorale de l’Église, et arriver, par de petits moyens bien gradués quoique assez mal définis, au triomphe de l’idée révolutionnaire par un pape.
Dans ce projet, qui m’a toujours semblé d’un calcul surhumain, nous marchons encore en tâtonnant [7].»
«Calcul surhumain», dit Nubius, il veut dire calcul diabolique ! car c’est calculer la subversion de l’Église par son chef lui-même, ce que Mgr Delassus [8] appelle l’attentat suprême, parce qu’on ne peut imaginer rien de plus subversif pour l’Église qu’un pape gagné aux idées libérales, qu’un pape utilisant le pouvoir des clefs de saint Pierre au service de la contre-Église ! Or, n’est-ce pas ce que nous vivons actuellement, depuis Vatican II, depuis le nouveau droit canon? Avec ce faux œcuménisme et cette fausse liberté religieuse promulgués à Vatican II et appliqués par les papes avec une froide persévérance malgré toutes les ruines que cela provoque depuis plus de vingt ans ! Sans que l’infaillibilité du magistère de l’Église ait été engagée, peut-être même sans que jamais une hérésie proprement dite n’ait été soutenue, nous assistons à l’autodémolition systématique de l’Église.
Autodémolition est un mot de Paul VI, qui dénonçait implicitement le véritable coupable: car qui peut «autodémolir» l’Église, sinon celui qui a pour mission de la maintenir sur le roc? […] Et quel acide plus efficace pour dissoudre ce roc, que l’esprit libéral pénétrant le successeur de Pierre lui-même [9]!
Plus que jamais, nous avons besoin d’évêques «qui gardent et confessent constamment la vraie foi catholique, intégrale et immaculée, et qui prennent soin qu’elle soit gardée, enseignée et prêchée par ceux qui leur sont soumis», condamnant sans ambiguïté les erreurs opposées, notamment le libéralisme qui en est la source [10]. Merci donc, à Mgr Lefebvre et à ceux qui poursuivent son « opération survie».
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1 — Souligné dans les notes originales. (NDLR.)
2 — Recommandations de Mgr Lefebvre aux quatre candidats à l’épiscopat, le 12 juin 1988, voir Le Sel de la terre 28, p. 165.
3 — «Hanc veram Catholicam fîdem, extra quam nemo salvus esse potest, quam in praesenti sponte profiteor et veraciter teneo, eamdem integram et immaculatam usque ad extremum vitae spiritum constantissime, Deo adjuvante, retinere et confiteri ; atque a meis subditis, seu illis quorum cura ad me in munere meo spectabit, teneri, et doceri, et praedicari, quantum in me erit, curaturum. Ego idem N. spondeo, voveo, ac juro.»
4 — Voir le schéma préparé par le cardinal Ottaviani pour Vatican II, Le Sel de la terre 29, p. 40
5 — Quibus Quantisque 20 avril 1849, allocution du pape PIE IX prononcée dans le consistoire secret.
6 — «Ce que nous devons demander, ce que nous devons chercher et attendre, comme les juifs attendent le Messie, c’est un pape selon nos besoins» (Instruction permanente de la Haute-Vente de 1820). Ce texte et le suivant proviennent de l’ouvrage de J. C RÉTINEAU -JOLY , L’Église romaine en face de la Révolution, Paris, Cercle de la Renaissance française, 1976.
7 — Extrait d’une lettre de Nubius à Volpe , du 3 avril 1824.
8 — Le Problème de l’heure présente, DDB., 1904, t. 1. p. 195.
9 — Mgr M. LEFEBVRE , Ils l’ont découronné, 2e édition, Escurolles, Fideliter, 1987, p. 148.
10 — Voir l’éditorial du Sel de la terre 14: «A liberalismo, libera nos Domine».

[FSSPX Actualités] France : le village natal de saint Médard renonce à honorer la vertu

SOURCE - FSSPX Actualités - 27 août 2018
En Picardie, le conseil municipal de Salency, une commune de 900 habitants, a provoqué un tollé en votant une subvention en vue de relancer une manifestation de tradition chrétienne qui remonte au Ve siècle et qui avait disparu du village depuis 1987 : la fête de la Rosière. Initialement prévue le 2 juin 2019, son objectif a pour but de récompenser « la réputation vertueuse » des jeunes femmes. Et c’est précisément ce que lui reprochent ses détracteurs…  

Des associations féministes se sont indignées contre cet événement « rétrograde et sexiste ». Une pétition contre son organisation a même recueilli plus de 40.000 signatures. Evidemment, le maire – sans étiquette – n’a pas tenu : 150 mails reçus en deux jours, c’était trop pour lui. Il s’est senti « blessé » et impliqué dans cette polémique « sans en être l’organisateur ». Prévu pour la mi-septembre, le conseil municipal de Salency s’est réuni en catastrophe le 22 août 2018 - fête du Coeur Immaculé de Marie - et a voté à la hâte et à l’unanimité l’annulation de la subvention de 1.800 euros accordée en mars à la fête de la Rosière.  

Il faut dire que les critères de sélection pour devenir la « Rosière de Salency » sont scandaleux aux yeux du monde : les candidates doivent faire preuve d'une « conduite irréprochable », être « vertueuses », « pieuses » ou encore « modestes »... Selon Bertrand Tribout, l’organisateur des festivités, la « Rosière » doit faire preuve de son « dévouement à sa famille, sa disposition à faire le bien et à éviter le mal, être toujours de bonne humeur et souriante... Être quelqu'un de sympathique au final ! Et ces choses-là se savent, on est un petit village ». Traditionnellement, elles devaient aussi être vierges. Mais, selon l’aveu même de l’organisateur ce critère n'a pas été mis en avant pour cette réédition. Le scandale aurait été encore plus grand. D’autant que la dimension religieuse de l’événement n’est pas cachée : une messe est prévue le matin et la jeune fille élue sera couronnée de roses par un prêtre. Bertrand Tribout lui-même est catholique pratiquant et, selon la presse, assiste à la messe dans « la forme extraordinaire ».  

La fête de la Rosière remonte à saint Médard, évêque de Noyon, né à Salency en 456. Il institua cette cérémonie pour encourager les jeunes filles à se conduire avec piété, vertu et modestie, selon le modèle de la Sainte Vierge. 

Une nouvelle délibération doit être prise prochainement pour décider définitivement de l’avenir de cette manifestation. La préfecture a récemment saisi la Direction des libertés publiques et des affaires juridiques, rattachée au ministère de l’Intérieur. Il s’agit désormais pour elle de « faire une analyse juridique des événements ». Un avis consultatif qui permettra de se prononcer ultérieurement sur l’annulation, ou non, de la fête. Ghyslain Chatel, sous-préfet de l’arrondissement de Compiègne-Noyon, est très réservé : « Il y a aujourd’hui une opposition qui risque de créer des troubles à l’ordre public, explique-t-il. Mais d’ici un an, on a le temps de voir venir. » Il y a de quoi être pessimiste. 

[FSSPX Actualités] France : Prier Notre-Dame du Puy pour une chapelle dans sa ville

SOURCE - FSSPX Actualités - 16 aout 2018

La Croix du 30 juillet 2018 se fait l’écho d’une polémique suscitée par l’opposition au Conseil municipal du Puy-en-Velay (Haute-Loire), à propos de l’acquisition de l’ancienne chapelle de la Visitation par la Fraternité Saint-Pie X. Quatre élus de gauche ont en effet adressé, le 18 juillet, une lettre au préfet de Haute-Loire, où l’on peut lire : « L’installation de cette secte catholique intégriste au Puy-en-Velay n’est pas anodine et pourrait engendrer des troubles à l’ordre public » (sic).

Selon Laurent Johanny, signataire du courrier, cette vente est révélatrice de la politique de Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes et ancien maire du Puy-en-Velay. « Dans sa politique nationale, il fait graviter autour de lui des cercles traditionalistes et ce rapprochement résonne à l’échelle locale », affirme-t-il à La Croix, tout en disant rester assez lucide sur l’impact de cette lettre, l’achat ayant déjà été acté.

De fait l’acquisition a été possible, grâce à la générosité des fidèles, mais il reste à réhabiliter le bâtiment laissé à l’abandon depuis de nombreuses années. Un site internet montre les plans du projet : chapelledupuyfsspx.com, et l’on peut adresser un don soit en ligne, soit au Prieuré Saint-François-Régis - 31 rue Holtzer - 42240 Unieux.

Afin de voir bientôt la messe traditionnelle célébrée dans cette belle chapelle, on peut aussi s’inscrire à la Confrérie de la Reine du Puy dont la double fin est d’honorer Notre-Dame du Puy et de se sanctifier par elle. Nul doute que l’intercession de la Mère de Dieu hâtera la réalisation de ce magnifique projet. 

La Confrérie de la Reine du Puy a été fondée, avec l’accord du supérieur du district de France, à la suite du Jubilé de 2016, pour répandre la dévotion à Notre-Dame du Puy et pour prier à ses intentions. Dans cet esprit, il est demandé aux fidèles la récitation ou le chant du Salve Regina – qui est l’Antienne du Puy – à chaque Angélus et à la fin du chapelet. C’est une incitation à croître dans l’amour filial de Marie, et à demeurer en esprit au pied de son trône au Puy.

Pour se renseigner et s’inscrire à la Confrérie de la Reine du Puy, prière de s’adresser à l’abbé Philippe Godard - Séminaire du Saint-Curé-d’Ars - 21150 Flavigny-sur-Ozerain.

26 août 2018

[John Daly - Le Forum Catholique] Décès de Mgr Dominik Kalata

SOURCE - John Daly - Le Forum Catholique - 26 août 2018

Est décédé le 24 août à Bratislava Mgr Dominik Kalata, né le 19 mai 1925, ordonné prêtre le 12 août 1951, sacré évêque clandestinement le 9 septembre 1955, confesseur de la foi pour laquelle il fut incarcéré par les communistes en ce qui était à l'époque la Tchécoslovaquie.

En vue de la persécution, la communication entre les évêques catholiques de Tchécoslovaquie et le Saint-Siège passait par des intermédiaires laïques et son contenu ne s'écrivait pas. Les archives du Vatican restant fermées pour cette période, on ne connaît pas les détails avec certitude mais Mgr Korec, qui sacra Mgr Kalata, déclarait: « J’avais directement reçu de Rome [en 1951] une instruction précisant qu’il nous fallait toujours être deux évêques, uno nascosto, uno attivo, un caché, un actif, comme disent les Italiens. » Ce fut en vertu de ce mandat que Mgr Kalata fut sacré.

Dans les années récentes Mgr Kalata a réalisé plus de 100 confirmations en rite traditionnel utilisant du saint-chrême également confectionné selon le rite traditionnel.

Sauf erreur de ma part il ne reste que deux évêques sacrés sous le pape Pie XII.

Que Mgr Kalata repose en paix.

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Jeu-Vidéo Truqué – II

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 25 août 2018

Si le Ciel dit qu’ici est la solution,
La voici, et non pas dans la révolution.

A la reine Isabelle, cette grande reine d’Espagne (1451–1504), on demanda un jour ce qu’elle voudrait voir représenté dans un tableau. Elle aurait répondu, “Je voudrais voir un prêtre disant la messe, une femme donnant naissance à un enfant et un criminel pendu au bout d’une corde”. Autrement dit, tout le monde a un rôle à jouer dans la vie et chacun doit jouer son rôle et non un autre. Imaginons ce qu’elle aurait dit à propos d’un monde où les prêtres célèbrent des pique-niques eucharistiques, où les femmes prennent la pilule et avortent en toute liberté, où les criminels sont condamnés à des peines de plus en plus courtes dans des prisons ressemblant à des hôtels de luxe. De nos temps, “Rien n’est que ce qui n’est pas”(Macbeth, I, 3).

Aujourd’hui, beaucoup de gens sentent que la vie moderne repose sur le mensonge, mais peu sont capables d’expliquer pourquoi rien n’est que ce qui n’est pas, ou pourquoi on ne trouve “rien de réel, rien à prendre au sérieux, Strawberry Fields for ever” (Les Beatles). Ils observent la police qui opprime, les journalistes qui mentent, les médicaments qui empoisonnent ; les avocats qui trichent ; les politiciens qui trahissent, les femmes qui se stérilisent, les jeunes qui se suicident, les enseignants qui corrompent, les médecins qui tuent, etc.,etc. ; et le pire de tout : les prêtres qui apostasient. Il est facile de voir autour de soi combien le monde est désordonné, à l’opposé de l’ordre juste que la Reine Isabelle avait en tête pour l’Espagne. Mais le désordre d’aujourd’hui est tellement sophistiqué, qu’il ressemble à l’ordre véritable d’autrefois. C’est pourquoi relativement peu de gens arrivent à déceler l’origine de ce désordre. Beaucoup abandonnent la tentative de l’identifier, préférant s’installer tout bonnement dans le confort matériel qu’il peut offrir. Par exemple, beaucoup de musiciens de rock s’enrichissent en criant contre les fruits pervers du matérialisme, mais peu d’entre eux ne cherchent la racine du mal. Au total, la plupart finissent par devenir matérialistes, confortablement installés, faisant partie intégrante du mensonge qu’ils dénonçaient avec pertinence à l’époque où ils gagnaient beaucoup d’argent.

On chantait autrefois, “Pourquoi, pourquoi, pourquoi, Dalila?”. Oui, pourquoi ? Parce que les gens ont tellement éloigné Dieu de leur vie, qu’il ne leur vient même plus à l’esprit que Son absence soit à l’origine du problème. Et si par hasard il leur arrive d’en avoir quelque soupçon, alors de même qu’autrefois ils se sont débarrassés de Lui, de même vont-ils maintenant chercher la solution en regardant n’importe où, plutôt que dans la bonne direction. Et pourtant, n’est-ce pas le Christ qui a créé, vers la fin des temps, cette chrétienté qui au Moyen Âge a élevé la civilisation à des sommets encore jamais atteints ? La “civilisation occidentale” en est issue, mais s’est passée du Christ. Or, une civilisation venue du Christ mais sans le Christ signifie une civilisation vidée de sa substance.

Toutefois, pour que les hommes ne soient pas tentés de retourner vers le Christ, cette civilisation vide doit concurrencer le Moyen Âge. C’est pourquoi les apparences du droit chrétien, des hôpitaux, des parlements, etc. doivent être conservées, même si elles ont été vidées de leur substance. C’est pourquoi nous souffrons depuis cinq siècles de toute une série de conservateurs qui n’ont rien conservé, si ce n’est les dernières conquêtes des libéraux. D’où cette interminable procession de politiciens hypocrites, extérieurement de droite, mais en fait de gauche, parce que les peuples réclament ces dirigeants qui semblent rendre hommage aux vestiges de Dieu et du Christ, mais qui, en réalité, servent le Diable en donnant libre cours à une liberté toujours plus grande vis-à-vis de Dieu et du Christ.

D’où le Concile Vatican II dans l’Église, qui a maintenu l’apparence extérieure du catholicisme tout en le remplaçant par la réalité du modernisme. D’où le Chapitre de 2012 de la Fraternité de Saint Pie X, prétendant maintenir la Tradition catholique tout en se préparant à l’inféoder à Vatican II. D’où le Chapitre de la Fraternité de 2018, semblant se débarrasser de l’artisan du Chapitre de 2012, tout en le remettant à côté du pouvoir. D’où un Chapitre représentant non pas la réalité de la situation de l’Église ou de la Fraternité, mais ce qui risque de s’avérer un jeu de vidéo truqué, fait pour tranquilliser ceux qui croient résister à la marche de la FSSPX vers la Rome conciliaire, mais un jeu qui de fait protège cette marche. Plaise à Dieu que nous nous trompions.

En définitive, y a-t-il encore une solution, quand le monde entier est en train de faire des jeux de vidéo truqués ? Il est impossible que le Ciel nous ait laissés sans moyen d’en sortir : Depuis le Moyen Âge, Notre Dame nous donne à tous le Rosaire. Dans les temps modernes, elle nous a donné la dévotion des premiers samedis du mois. Si nous négligeons ses remèdes, c’est à nos risques et périls.

Kyrie eleison.

22 août 2018

[Paix Liturgique] Mgr Sample: Comment se fait-il que les jeunes soient attirés par la messe traditionnelle?

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 657 - 21 aout 2018

Une vaste foule garnissait la basilique de l'Immaculée Conception de Washington samedi 28 avril 2018 pour la messe pontificale solennelle qu'y célébrait Mgr Alexander Sample, archevêque de Portland, Oregon, selon les livres liturgiques de 1962. Organisée par le Paulus Institute, en présence de près de 2500 fidèles dont un clergé nombreux, cette messe en action de grâces pour le motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI a été retransmise en direct sur EWTN, première chaîne de télévision catholique au monde.

Au cours de cette splendide cérémonie, Mgr Sample a donné un sermon vigoureux, insistant sur le dynamisme de la liturgie traditionnelle, qui attire aujourd'hui tant de jeunes et dont, selon le vœu de Benoît XVI, la diffusion permettra demain à la liturgie habituellement offerte dans nos paroisses de renouer avec la pleine tradition catholique.
I – L'HOMÉLIE DE MGR SAMPLE
Washington, 28 avril 2018

Bien chers frères,

Nous voici rassemblés pour célébrer le dixième anniversaire du grand don fait à l'Église universelle par notre bien-aimé pape émérite, Benoît XVI, avec le motu proprio, Summorum Pontificum. Cher Saint-Père, de la part de tous ceux rassemblés ici, de ceux qui nous regardent sur EWTN et de tant d'autres, merci de la sagesse, de la prévoyance et de la générosité pastorale que vous avez démontrées en permettant à l'usus antiquior du rite romain de refleurir dans l'Église.

Alors que nous sommes réunis aujourd'hui en cette superbe basilique, il est difficile de ne pas remarquer la présence des si nombreux jeunes venus participer à cette Sainte Messe. J'ai rencontré beaucoup de vous en personne : vous êtes un signe, un grand signe, d'encouragement et d'espérance pour l'Église actuellement troublée par la sécularisation et le relativisme. Comme on le dit familièrement : « Vous avez tout pigé ! ». Vous vivez votre place dans le monde et dans l'Église comme une occasion de participer à la reconstruction de la culture de la vie dans la société et au renouveau de la culture catholique au sein même de l'Église.

Depuis la promulgation de Summorum Pontificum, j'ai souvent entendu s'exprimer dans l'Église, y compris de la part de prêtres et d'évêques, de la stupeur et de la consternation vis-à-vis de cette attirance que ressentent tant de jeunes envers la forme la plus vénérable de la liturgie romaine. Cela donne, par exemple : « Je ne comprends pas. Comment peut-on être attaché à une liturgie avec laquelle on n'a pas grandi ? » Quand le commentaire m'était directement adressé, j'ai souvent répondu : « C'est la bonne question. Pourquoi sont-ils attirés par cette liturgie ? Ou, plus exactement : qu'est-ce que cette forme du rite romain leur procure qu'ils ne trouvent pas dans la forme ordinaire avec laquelle ils ont grandi ? Répondre à cette question nous donnerait un aperçu de ce que pourrait être le futur de la liturgie. »

Que je ne sois pas mal compris : je ne remets pas en cause la réforme liturgique telle qu'elle a été réellement demandée par le concile Vatican II. Pas plus que je ne m'interroge sur la légitimité ou la bonté du missel de Paul VI. Toutefois, ne se pourrait-il pas que dans la mise en œuvre concrète des directives conciliaires tout n'ait pas donné de bons fruits ? Les abus et autres aberrations liturgiques, voire simplement la pauvreté de l'ars celebrandi, n'ont-ils pas trop souvent défiguré la forme ordinaire au point qu'elle ait été vécue comme une rupture avec notre passé ?

De nombreux jeunes ont découvert que cette forme de la sainte liturgie faisait pleinement part de leur héritage catholique. Je l'ai moi-même découverte quand j'étais étudiant. Par hasard. À l'époque, ce n'était qu'une relique du passé et je n'imaginais pas la célébrer un jour. 

Se peut-il que l'expérience de ces jeunes qui grandissent avec la forme ordinaire ne leur ait pas apporté la beauté, la révérence, la prière, la plénitude du sens du mystère, la transcendance, l'émerveillement et la sainte frayeur que la messe traditionnelle leur procure ? N'est-ce pas là qu'il faut chercher la réponse à la question posée précédemment sur ce qui attire tant de jeunes vers la liturgie Sainte Messe célébrée selon le missel de 1962 ?

Dans sa lettre aux évêques accompagnant la publication de Summorum Pontificum, le pape Benoît XVI a évoqué cette question. Faisant référence aux efforts de saint Jean-Paul II pour répondre aux demandes des fidèles attachés à la luturgie traditionnelle – ce que le saint pape fit avec son motu proprio Ecclesia Dei en 1988 – le pape Benoît écrivait : « Aussitôt après le Concile Vatican II, on pouvait supposer que la demande de l’usage du Missel de 1962 aurait été limitée à la génération plus âgée, celle qui avait grandi avec lui, mais entre-temps il est apparu clairement que des personnes jeunes découvraient également cette forme liturgique, se sentaient attirées par elle et y trouvaient une forme de rencontre avec le mystère de la Très Sainte Eucharistie qui leur convenait particulièrement. C’est ainsi qu’est né le besoin d’un règlement juridique plus clair, que l’on ne pouvait pas prévoir à l’époque du Motu Proprio de 1988. »

En disant cela, je ne veux pas oublier cette autre génération, celle des catholiques demeurés fidèles à l'ancienne liturgie. Vous aussi avez votre importance. Cette messe [que nous célébrons aujourd'hui, NdT] est la messe de toujours qui a nourri la foi de générations de catholiques, y compris celle de mes parents. J'y pense souvent. C'est la messe à laquelle participaient mes grands-parents. C'est la messe qui a nourri la foi et la dévotion de ma maman dans sa jeunesse. Qu'elle repose dans la paix du Seigneur [la maman de Mgr Sample a été rappelée à Dieu en décembre 2017, NdT]. C'est la messe qui a attiré mon père vers l'Église et a soutenu sa conversion. C'est la messe qui a produit tant de saints.

Je crois que l'une plus importantes phrases de la lettre de Benoît XVI aux évêques que je citais à l'instant est celle-ci : « Il n’y a aucune contradiction entre l’une et l’autre édition du Missale Romanum. L’histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture. Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste. Il est bon pour nous tous, de conserver les richesses qui ont grandi dans la foi et dans la prière de l’Église, et de leur donner leur juste place.»

Avant de poursuivre notre célébration du dixième anniversaire de Summorum Pontificum, je voudrais aborder un dernier point. Il s'agit de la raison positive qui a poussé le pape émérite à promulguer le motu proprio : parvenir à la réconciliation au cœur de l'Église.

Lors de ma visite ad limina à Rome en 2012, à l'occasion de notre rencontre avec le pape Benoît XVI, j'ai pu le remercier du don du motu proprio Summorum Pontificum. Il répondit longuement à mon intervention en expliquant qu'il avait publié ce texte pour réconcilier l'Église avec son passé. Cette réconciliation dont le pape émérite parlait implique d'apprendre de l'expérience de la sainte liturgie célébrée selon l'usus antiquior afin de mieux nourrir et ordonner notre compréhension du nouveau rite romain. En vivant côte à côte, les deux formes liturgiques de l'unique rite romain peuvent s'enrichir mutuellement et conduire peut-être à d'ultérieurs développements liturgiques. Après avoir mentionné quelques pistes pour l'enrichissement du missel ancien par le nouveau, le pape nous dit ceci à propos de l'enrichissement de la nouvelle liturgie par l'ancienne : « La célébration de la messe selon le missel de Paul VI sera en mesure de manifester plus puissamment que cela n'a été le cas jusqu'à présent la sacralité qui attire de si nombreuses personnes vers l'usus antiquior. La garantie la plus sûre que le missel de Paul VI puisse unir les communautés paroissiales et être aimé par elles consiste à le célébrer avec un grand respect, en harmonie avec les directives liturgiques : cela fera ressortir la richesse spirituelle et la profondeur théologique de ce missel. »

Je crois qu'il y a là une clé pour interpréter le désir du pape Benoît XVI : à savoir que l'essor de la forme plus ancienne de la liturgie produira, avec sa beauté, sa révérence et sa dimension sacrée, un développement naturel et un enrichissement de la façon dont est célébrée la nouvelle messe. Comme il le dit bien, il ne saurait et ne devrait y avoir de rupture entre les deux formes et chacun devrait pouvoir reconnaître l'ancienne forme dans la nouvelle. 

J'ai souvent l'impression que beaucoup de monde dans l'Église vit sa vie comme si l'Église avait remis les compteurs à zéro lors de Vatican II et comme si son passé n'avait plus aucune pertinence, surtout en matière liturgique. Or, il est nécessaire qu'il y ait une croissance et un développement liturgiques ultérieurs, en ligne avec l'herméneutique de la continuité avec le passé, de même que toute expérience de rupture doit prendre fin. Qu'il en soit ainsi.

Rendons grâces à Dieu, chers frères et sœurs, pour la vie, le ministère pastoral et le courage du pape émérite Benoît XVI. Remercions le Seigneur pour le don qu'il nous a fait, celui d'une meilleure disponibilité et d'une plus grande célébration de l'usus antiquior, notre héritage commun dans le rite romain. Prions pour le pape Benoît XVI afin que le Seigneur lui accorde la paix et la joie pendant qu'il lui est permis de demeurer sur la Terre, à prier et à se sacrifier pour nous. Prions maintenant en remerciement du plus grand des actes d'action de grâce – la célébration de la Très Sainte Eucharistie – et avançons-nous jusqu'à l'autel de Dieu.
II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE
1) « Réconcilier l'Église avec son passé » : voici, selon les paroles mêmes de Benoît XVI, rapportées par Mgr Sample, la « raison positive » du motu proprio Summorum Pontificum. Il est toujours bon de le rappeler surtout quand, comme dans un récent article de l'édition internationale de La Croix, Benoît XVI est accusé d'avoir divisé l'Église avec Summorum Pontificum ! L'accusation, en l'espèce, est des plus spécieuses car l'auteur (le théologien Massimo Faggioli) écrit lui-même, fort justement, qu' « il ne peut y avoir de réconciliation entre catholiques sans réconciliation liturgique, étant donné la position principale de la liturgie dans la vie de l’Église ». Que cet auteur défende l'unicité de la célébration eucharistique soit, mais comment peut-il le faire sans s'interroger sur la brutale rupture représentée par la réforme liturgique de 1969 ??? Sans doute parce que, comme le dit bien Mgr Sample, cet auteur appartient à ce monde qui « vit sa vie comme si l'Église avait remis les compteurs à zéro lors de Vatican II et comme si son passé n'avait plus aucune pertinence, surtout en matière liturgique »...

2) Paradoxalement, ce rapport étroit entre unité de l'Église et foi en la Sainte Eucharistie est parfaitement explicité par Paul VI lui-même dans l'encyclique Mysterium Fidei que nous vous avons proposée la semaine dernière. Dans ce texte magistériel, Paul VI cite neuf fois le Concile de Trente, rappelant qu' « on ne saurait tolérer qu'un particulier touche de sa propre autorité aux formules dont le Concile de Trente s'est servi pour proposer à la foi le mystère eucharistique » et que celui-ci a résumé la doctrine eucharistique en enseignant « que notre Sauveur a laissé à son Église l'Eucharistie "comme symbole de son unité et de la charité par laquelle Lui-même veut voir tous les chrétiens intimement unis entre eux" ». 

3) Tout en rendant hommage à la génération « des catholiques demeurés fidèles à l'ancienne liturgie », Mgr Sample insiste sur l'attrait des jeunes pour la forme extraordinaire du rite romain. Une attirance qui surprend et consterne bon nombre de ses confrères, explique-t-il. Alors que l'immense majorité des évêques actuels ont connu les abus liturgiques post-conciliaires, bien peu semblent en effet établir un lien entre ceux-ci et le désir de beauté, de révérence, de prière, de transcendance, d'émerveillement, de piété, exprimé par les jeunes qui se tournent vers la messe traditionnelle. Mgr Sample, lui, n'hésite pas à faire ce lien, précisément parce qu'il a lui-même été marqué par les abus auxquels il a assisté voire participé, notamment lors de ses années universitaires comme il le racontait lors des rencontres liturgiques de Cologne en 2017 (voir notre lettre 592). 

4) « De nombreux jeunes ont découvert que cette forme de la sainte liturgie faisait pleinement part de leur héritage catholique. Je l'ai moi-même découverte quand j'étais étudiant. Par hasard. À l'époque, ce n'était qu'une relique du passé et je n'imaginais pas la célébrer un jour. » Rendons donc une nouvelle fois grâces à Dieu pour le motu proprio de Benoît XVI qui a officiellement légitimé une liturgie que les persécutions officielles prétendaient enfermer dans un placard au point qu'un évêque exemplaire comme Mgr Sample ait pu un jour la considérer comme « une relique du passé ». Et prions pour que Sa Providence nous donne toujoursplus de pasteurs emplis de zèle eucharistique, de clarté doctrinale et de courage pastoral, à l'image de Mgr Sample.

5) On pourrait ajouter que la diffusion de la messe nouvelle est concomitante de l’abandon massif de la pratique religieuse. L’effondrement de la pratique dominicale se résumant très précisément à ceci : alors que l’assistance à la messe « fonctionnait » jusque-là de génération en génération, les pratiquants engendrant des pratiquants, les jeunes des familles messalisantes ont brusquement cessé d’aller à la messe dominicale après le Concile ; devenus adultes, ils ont engendré tout naturellement des enfants non-pratiquants ; et ainsi de suite. À l’inverse, les fidèles qui sont restés attachés à la messe traditionnelle ont transmis leur manière de vivre leur foi catholique à leurs enfants, qui à leur tour ont fait de même. Ces populations jeunes qui peuplent les messes traditionnelles se gonflant en outre de nouveaux venus attirés par la qualité intrinsèque de ce rite.En résumé, la messe traditionnelle a été, conformément à sa nature, le vecteur d’une transmission, tandis que la messe nouvelle a porté les fruits de rupture de transmission qu’elle représentait.

[FSSPX Actualités] Australie : ordinations au séminaire Holy Cross

SOURCE - FSSPX Actualités - 21 aout 2018

Le 15 août 2018, Mgr Alfonso de Galarreta, Premier Assistant de la Fraternité Saint-Pie X, a conféré le sous-diaconat et les ordres mineurs au Séminaire de la Sainte-Croix à Goulburn, en Australie.

En présence de onze prêtres, d’une demi-douzaine de sœurs de la Fraternité et d’une centaine de fidèles, le premier candidat de la Fraternité originaire du Nigéria a fait le pas en s’engageant définitivement, devant Dieu et devant l’Eglise, dans le célibat ecclésiastique.

Mgr de Galarreta a également conféré les ordres mineurs de portier, lecteur, exorciste et acolyte à cinq séminaristes : deux Philippins, un Australien, un Sud-Coréen et un Néo-Zélandais.

20 août 2018

[Abbé Christian Bouchacourt, fsspx - Fideliter] Deo gratias ! Le district de France est le fils aîné de la Tradition catholique

SOURCE - Abbé Christian Bouchacourt, fsspx - Fideliter n° 244 - juillet-août 2018

Les membres du chapitre général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X m'ayant désigné pour être second assistant de M. l'abbé Davide Pagliarani, nouveau supérieur général, il me faut donc quitter le district de France pour m'installer à Menzingen, maison générale de notre Fraternité.

Je ne voudrais cependant pas laisser le gouvernail de ce beau navire qu'est le district de France sans remercier tout d'abord la sainte Providence, mais aussi mes supérieurs qui m'ont fait l'honneur de me confier la responsabilité de ce district. Il n'y a pas de plus belle tâche que de s'occuper de prêtres et de les aider dans leur charge : un supérieur de district est avant tout le curé des prêtres qui lui sont confiés.

Le district de France de la Fraternité Saint-Pie X est, en effet, une oeuvre magnifique au service de la foi, de la Tradition, de l'Église. Les presque 170 prêtres qu'il compte, mais aussi les 35 frères, les 11 oblates, assistés par plus de 80 Soeurs de la Fraternité Saint- Pie X, constituent une phalange militante d'une valeur et d'une efficacité exceptionnelles.

Le district de France possède une vocation propre dans la Fraternité Saint-Pie X. Il est, si l'on peut dire, comme « le fils aîné de la Tradition catholique ». D'abord, il a donné à notre congrégation son fondateur : c'est pour chacun de nous un immense honneur, mais aussi un appel à être de dignes fils de Mgr Marcel Lefebvre. Ensuite, il lui a fourni un nombre notable de prêtres, de religieux, mais aussi de fidèles : même si certains districts, comme celui des États-Unis sont devenus au fil des années de plus en plus considérables, celui de France reste encore aujourd'hui, sans aucun doute, le plus important. Enfin, la France a vu éclore sur son sol de nombreuses congrégations religieuses amies.

Au terme de ces quatre années de ministère, je voudrais aussi exprimer ma gratitude aux deux assistants, les abbés Émeric Baudot et Loïc Duverger, qui m'ont entouré de leurs conseils et de leurs sages avis, qui m'ont soutenu dans les moments plus difficiles que nous avons pu traverser.

Ma gratitude va ensuite à tous les prêtres et frères du district, qui oeuvrent avec courage et zèle, chacun à leur poste, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, dans nos prieurés et nos écoles. Je remercie aussi nos oblates et les membres du Tiers Ordre qui prient pour les prêtres et les soutiennent par leurs oeuvres dans la discrétion. Je voudrais exprimer aussi ma reconnaissance aux Soeurs de la Fraternité Saint-Pie X qui oeuvrent auprès des prêtres, dans nos prieurés et nos écoles primaires, avec un magnifique dévouement. Comme je voudrais qu'elles soient davantage connues ! Je remercie les Soeurs carmélites qui, dans le silence du cloître, nous soutiennent par leurs prières et leurs sacrifices. Ainsi que les religieuses dominicaines qui travaillent magnifiquement à former des générations de femmes catholiques, et les mères de famille dont notre France a tant besoin. Ma gratitude va aussi aux congrégations amies, nos frères d'armes que sont les communautés des capucins et des bénédictins, ainsi que les religieux et religieuses de la Fraternité de la Transfiguration. Sans oublier les religieuses dominicaines contemplatives, bénédictines, franciscaines, clarisses, et les petites Soeurs du Rafflay.

C'est vous enfin, chers fidèles de la Fraternité, de la Tradition, que je voudrais remercier d'une manière toute particulière, pour l'exemple que vous donnez chaque jour avec vos familles ; pour les sacrifices héroïques auxquels vous consentez dans l'éducation de vos enfants en ces temps difficiles que traversent l'Église et notre pays ; pour votre soutien matériel sans faille ; pour le secours constant de vos prières. Continuez avec vaillance à être le levain dans la pâte pour notre société qui ne cesse de s'affadir et de rejeter Notre-Seigneur ! Portez haut le drapeau sacré de notre sainte religion !

Pour tout cela, Deo gratias !

Je transmets donc le flambeau du district de France à M. l'abbé Benoît de Jorna, qui en fut le supérieur entre 1994 et 1996 et qui, lui aussi, quitta la France en cours de mandat pour assurer la direction du séminaire d'Écône, à la tête duquel il vient de passer vingt-deux ans. Il connaît ainsi la plupart des prêtres du district, qu'il a formés durant ces deux dernières décennies.

Que le Christ-Roi règne sur ce magnifique district de France et que Notre-Dame veille sur vous tous ! J'emporte, croyez-le bien, chacun de vous dans mes prières, et me recommande aux vôtres.

Que Dieu vous bénisse !

Abbé Christian Bouchacourt +, Supérieur du District de France de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

[FSSPX Actualités] Première messe en Irlande

Monsieur l’abbé O'Hart
SOURCE - FSSPX Actualités - 18 août 2018

Le 22 juin 2018 à Dillwyn (Virginie), Mgr Bernard Tissier de Mallerais imposait les mains à l’abbé Thomas O'Hart, originaire d’Irlande. Il s’agissait de la première ordination irlandaise pour la Fraternité Saint-Pie X depuis celle de l’abbé David Sherry en 2007.

Le dimanche 29 juillet, l’abbé O'Hart a célébré une première messe solennelle dans son pays, à Athlone, dans l'église Corpus Christi. Une semaine plus tard, le nouveau prêtre célébrait une autre première messe en l’église Saint-Jean l’Evangéliste de Dun Laoghaire. A l’occasion de ces messes, l’Eglise attache de nombreuses grâces que les fidèles peuvent gagner aux conditions habituelles sous la forme d’une indulgence plénière. Seigneur, donnez-nous des prêtres, beaucoup de saints prêtres!

[Paix Liturgique] Paul VI: "Comme s'il était loisible à qui que ce soit de laisser dans l'oubli la doctrine précédemment définie par l'Eglise"

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 656 - 14 août 2018
Mysterium Fidei, un texte « extraordinaire » du pape de la messe « ordinaire »
À la veille de l'Assomption, nous sommes heureux de vous proposer un beau texte du pape Paul VI, une sorte de texte « extraordinaire » du pape de la messe « ordinaire » : l'encyclique Mysterium Fidei, publiée le 3 septembre 1965, à la veille de la quatrième et dernière session de Vatican II. 
L'encyclique intervenait alors que le grand chambardement de la réforme liturgique était commencé : par le motu proprio Sacram liturgiam du 25 janvier 1964, Paul VI avait lancé la réforme et institué la Commission pour l'Application de la constitution sur la liturgie. C'est aussi en 1965 que commençait le grand effondrement du catholicisme, manifesté par celui de la pratique dominicale, dans ce climat de « révolution culturelle » qu'avait favorisé de fait le Concile (voir notre Lettre 632 recensant le livre de Guillaume Cuchet : Comment notre monde a cessé d'être chrétien, Anatomie d'un grand effondrement, Seuil, février 2018). 
Paul VI, pontife complexe à l'âme tourmentée, que l'on a souvent comparé à Hamlet, voulant et ne voulant pas, alors même qu'il ouvrait toutes grandes les vannes par ses réformes, tentait oralement d'endiguer le torrent. D'où son Credo du Peuple de Dieu, du 30 juin 1968 ; d'où son encyclique Humanæ vitæ, du 25 juillet 1968 ; et d'où, auparavant, l'encyclique Mysterium Fidei. « Nous savons en effet que parmi les personnes qui parlent ou écrivent sur ce mystère très saint, il en est qui répandent au sujet des messes privées, du dogme de la transsubstantiation et du culte eucharistique certaines opinions qui troublent les esprits des fidèles : elles causent une grande confusion d'idées touchant les vérités de la foi, comme s'il était loisible à qui que ce soit de laisser dans l'oubli la doctrine précédemment définie par l'Église ou de l'interpréter de manière à appauvrir le sens authentique des termes ou énerver la force dûment reconnue aux notions. » Certains, écrivait Paul VI, voulaient que la présence réelle soit exprimée différemment. Des théories parlant de « transsignification » ou de « transfinalisation » (le signe sacramentel occasionnerait un changement de signification ou de finalité du pain et du vin) entendaient se substituer au terme, dogmatiquement consacré, de transsubstantiation. 
Ainsi, quoi qu'il en soit des responsabilités de Paul VI, et peut-être même à cause d'elles, cette sainte exhortation à "promouvoir, sans épargner paroles et efforts, le culte eucharistique, vers lequel en définitive doivent converger toutes les autres formes de piété" n'en a que plus de prix. Nous pouvons parfaitement l'appliquer à notre expérience spirituelle, théologique et vitale de la forme extraordinaire du rite romain, la plus parfaite expression de notre foi en la sainte Eucharistie.
MYSTERIUM FIDEI
LETTRE ENCYCLIQUE
DE SA SAINTETÉ LE PAPE PAUL VI
SUR LA DOCTRINE ET LE CULTEDE LA SAINTE EUCHARISTIE

À Nos Vénérables Frères les Patriarches, Primats, Archevêques, Évêques et autres Ordinaires des lieux, au clergé et aux fidèles du monde entier

Vénérables Frères,
Mystère de foi, don accordé à l'Église, par son Époux, en gage de son immense amour, l'Eucharistie a toujours été religieusement gardée par l'Église Catholique comme un trésor du plus haut prix et a fait l'objet de sa part, au IIe Concile du Vatican, d'une nouvelle et solennelle profession de foi et de culte. Dans l'étude de la restauration de la Sainte Liturgie, les Pères du Concile, soucieux du bien de l'Église universelle, n'ont rien eu plus à cœur que de porter les fidèles à une participation active à la célébration eucharistique : les chrétiens se voient pressés d'apporter une foi entière et une dévotion profonde à ce mystère très saint, de l'offrir à Dieu en union avec le prêtre comme sacrifice pour leur salut personnel et celui du monde entier, et de prendre cet aliment pour se nourrir spirituellement.

L'Eucharistie, centre de la liturgie

Si la Sainte Liturgie occupe la première place dans la vie de l'Église, elle a, peut-on dire, son cœur et son centre dans l'Eucharistie, puisque celle-ci est la fontaine de vie où nous trouvons de quoi nous purifier et nous fortifier, en sorte que nous ne vivions plus pour nous mais pour Dieu, et que nous nous unissions entre nous par le lien si étroit de la charité.
Pour mettre en évidence le rapport intime qui joint la piété à la foi, les Pères du Concile ont confirmé l'enseignement constamment maintenu et dispensé par l'Église et solennellement défini au Concile de Trente. Ils ont tenu à introduire l'exposé sur le mystère sacré de l'Eucharistie par cette synthèse de vérité : « Notre Sauveur, à la dernière Cène, la nuit où il fut livré, a institué le Sacrifice eucharistique de son Corps et de son Sang, afin de perpétuer ainsi le Sacrifice de la Croix à travers les siècles jusqu'à sa venue, laissant de la sorte à l'Église, son Épouse bien-aimée, le mémorial de sa mort et de sa résurrection ; sacrement de piété, signe d'unité, lien de charité, banquet pascal, où on reçoit le Christ, où l'âme est comblée de grâce et par quoi est accordé le gage de la gloire à venir ».
Ces paroles exaltent en même temps le Sacrifice, qui est de l'essence même de la Messe qu'on célèbre chaque jour, et le Sacrement, auquel les fidèles prennent part quand dans la Sainte Communion ils mangent la chair du Christ et boivent son sang et reçoivent la grâce, anticipation de la vie éternelle ; remède d'immortalité, selon le mot du Seigneur ; « Qui mange ma chair et boit mon sang, a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour ».
La restauration de la Liturgie produira donc, Nous en avons le ferme espoir, des fruits abondants de dévotion eucharistique ; ainsi la Sainte Église, présentant ce signe salutaire de piété, progressera de jour en jour vers l'unité parfaite et conviera à l'unité de la foi et de la charité tous ceux qui ont la fierté de porter le nom de chrétiens, les attirant avec délicatesse sous l'action de la grâce divine.
Il Nous semble entrevoir ces fruits et en goûter comme les prémices dans la joie sincère et l'empressement avec lesquels les fils de l'Église Catholique ont accueilli la Constitution sur la restauration de la Liturgie, et aussi dans la publication de nombreux travaux de valeur, qui visent à scruter avec plus de profondeur et à faire connaître avec plus de fruit la doctrine concernant la Sainte Eucharistie, spécialement en ce qui regarde les rapports de ce mystère avec celui de l'Église.
C'est pour Nous un grand sujet de réconfort et de joie ; Nous Nous plaisons à vous en faire part, Vénérables Frères, afin qu'avec Nous vous remerciez Dieu, auteur de tout bien, qui par son Esprit gouverne l'Église et la rend féconde en accroissements de vertu.

Sujets de préoccupations pastorale et d'inquiétude

Pourtant, Vénérables Frères, les motifs ne manquent pas, précisément dans le domaine dont Nous parlons, d'être soucieux et préoccupé ; la conscience de Notre devoir apostolique ne Nous permet pas de le taire.
Nous savons en effet que parmi les personnes qui parlent ou écrivent sur ce mystère très saint, il en est qui répandent au sujet des messes privées, du dogme de la transsubstantiation et du culte eucharistique certaines opinions qui troublent les esprits des fidèles. Elles causent une grande confusion d'idées touchant les vérités de la foi, comme s'il était loisible à qui que ce soit de laisser dans l'oubli la doctrine précédemment définie par l'Église ou de l'interpréter de manière à appauvrir le sens authentique des termes ou énerver la force dûment reconnue aux notions.
Non, il n'est pas permis, soit dit par manière d'exemple, de prôner la messe appelée "communautaire" de telle sorte qu'on déprécie la messe privée ; ni d'insister sur l'aspect de signe sacramentel comme si la fonction symbolique, que nul ne conteste à la Sainte Eucharistie, exprimait de façon exhaustive le mode de présence du Christ dans ce sacrement ; il n'est pas permis de traiter du mystère de la transsubstantiation sans allusion à la prodigieuse conversion de toute la substance du pain au corps du Christ et de toute la substance du vin au sang du Seigneur conversion dont parle le Concile de Trente – et d'en rester simplement à ce qu'on nomme "transsignification" et " transfinalisation ; il n'est pas permis de présenter et de suivre dans la pratique l'opinion selon laquelle Notre-Seigneur Jésus-Christ ne serait plus présent dans les hosties consacrées qui restent après la célébration du Sacrifice de la Messe.
Chacun voit comme ces opinions, et d'autres du même genre qui ont été lancées, compromettent la foi et le culte envers la divine Eucharistie.
Le Concile a suscité l'espérance d'un nouveau rayonnement de piété eucharistique qui gagne toute l'Église : il ne faut pas que cet espoir soit frustré et que le bon grain soit étouffé par les opinions erronées déjà semées çà et là. C'est pourquoi Nous avons pris le parti de vous entretenir de ce sujet si important, Vénérables Frères, et, en vertu de Notre autorité apostolique, de vous faire part de Notre pensée en la matière.
Certes Nous ne nions pas, chez ceux qui donnent cours aux opinions en question, le désir louable de scruter un si grand mystère, d'en explorer les inépuisables richesses et d'en découvrir le sens aux hommes de notre temps. Ce désir, Nous le reconnaissons et Nous l'approuvons. Mais Nous ne pouvons approuver les opinions émises par ces chercheurs et Nous sommes conscient de Notre devoir de vous avertir du danger sérieux qu'elles font courir à la vraie foi.

La sainte Eucharistie est un mystère de foi

En premier lieu, Nous tenons à rappeler une vérité que vous savez parfaitement mais qu'il faut tenir présente a l'esprit pour écarter toute contamination de rationalisme. Tant de catholiques ont scellé de leur sang cette vérité ; d'illustres pères et Docteurs de l'Église l'ont constamment professée et enseigné : l'Eucharistie est un mystère très élevé et même proprement, comme le dit la Liturgie, le mystère de foi. Notre Prédécesseur Léon XIII, d'heureuse mémoire, le remarque avec tant de sagesse : « En ce seul mystère sont renfermées en singulière abondance des merveilles diverses, toutes les réalités surnaturelles ».
De ce mystère nous ne pouvons donc nous approcher qu'avec un humble respect, sans nous tenir au raisonnement humain, qui doit se taire, mais en nous attachant fermement à la Révélation divine.
Vous savez quelle élévation de langage et quelle piété éclairée saint Jean Chrysostome a trouvées pour parler du mystère eucharistique. Un jour, instruisant ses fidèles à ce sujet, il eut ces expressions si heureuses : « Inclinons-nous devant Dieu, sans protester, même si ce qu'Il nous dit paraît contraire à notre raison et à notre intelligence : sa parole doit prévaloir sur celles-ci. Agissons de même à l'égard du Mystère (I'Eucharistie), sans nous arrêter à ce qui tombe sous les sens mais en adhérant à ses paroles, car sa parole ne peut tromper. »
Souvent les Docteurs Scolastiques ont repris des affirmations identiques. La présence du véritable Corps du Christ et du véritable Sang du Christ dans ce sacrement, « on ne l'apprend point par les sens, dit saint Thomas, mais par la foi seule, laquelle s'appuie sur l'autorité de Dieu ». C'est pourquoi, commentant le texte de saint Luc, C. 22, 19, « Ceci est mon corps qui sera livré pour vous », Cyrille déclare : « Ne va pas te demander si c'est vrai, mais bien plutôt accueille avec foi les paroles du Seigneur, parce que Lui, qui est la vérité, ne ment pas ».
Aussi le peuple chrétien, faisant écho au Docteur Angélique, chante-t-il si fréquemment : « À ton sujet la vue, le toucher, le goût se trompent ; c'est par la voie de la seule ouïe qu'on croit en toute sécurité ; je crois tout ce qu'a dit le Fils de Dieu ; rien de plus vrai que cette parole de vérité. »
Il y a plus ; saint Bonaventure affirme que le mystère eucharistique est « le plus difficile à croire » non seulement des mystères impliqués dans les sacrements, mais de tous les mystères de la foi. Cela nous est d'ailleurs suggéré par l'Évangile, quand il raconte que beaucoup de disciples du Christ, entendant ce qu'il déclarait de sa chair à manger et de son sang à boire, reculèrent et abandonnèrent le Seigneur, en avouant : « Ce qu'il dit est raide ! Qui peut l'écouter ? » Et comme Jésus demandait si les Douze aussi voulaient s'en aller, Pierre donna l'attestation prompte et ferme de la foi qui était la sienne et celle des Apôtres, en cette réponse admirable : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle ».
Il est donc logique pour nous de suivre comme une étoile, dans notre exploration de ce mystère, le magistère de l'Église : le Divin Rédempteur a confié à sa garde et à son interprétation la parole de Dieu écrite ou transmise par tradition orale ; nous sommes assurés que « même sans les recherches dont la raison est capable, même sans les explications que le langage peut fournir, ce que depuis l'antiquité l'Église entière proclame et croit selon la véritable foi catholique, cela reste toujours vrai ».
Mais cela ne suffit pas. L'intégrité de la foi étant sauve, il faut de plus observer l'exactitude dans la façon de s'exprimer, de peur que l'emploi peu circonspect de certains termes ne suggère, ce qu'à Dieu ne plaise, des opinions fausses affectant la foi par laquelle nous connaissons les mystères les plus élevés. C'est le lieu de rappeler l'avertissement formulé par saint Augustin, à propos de la différence qui sépare, pour la manière de dire, les chrétiens des philosophe : « Les philosophes, dit-il, parlent en toute liberté, sans redouter de blesser l'auditeur religieux en des choses très difficiles à saisir. Mais nous sommes tenus de régler nos paroles sur une norme déterminée, pour éviter que la liberté d'expression ne donne lieu à telle opinion impie au plan même du sens des paroles. »
Au prix d'un travail poursuivi au long des siècles, et non sans l'assistance de l'Esprit Saint, l'Église a fixé une règle de langage et l'a confirmée avec l'autorité des Conciles. Cette règle a souvent donné à l'orthodoxie de la foi son mot de passe et ses enseignes. Elle doit être religieusement respectée. Que personne ne s'arroge le droit de la changer à son gré ou sous couleur de nouveauté scientifique. Qui pourrait jamais tolérer un jugement d'après lequel les formules dogmatiques appliquées par les Conciles œcuméniques aux mystères de la Sainte Trinité et de l'Incarnation ne seraient plus adaptées aux esprits de notre temps, et devraient témérairement être remplacées par d'autres ? De même on ne saurait tolérer qu'un particulier touche de sa propre autorité aux formules dont le Concile de Trente s'est servi pour proposer à la foi le mystère eucharistique. C'est que ces formules, comme les autres que l'Église adopte pour l'énoncé des dogmes de foi, expriment des concepts qui ne sont pas liés à une certaine forme de culture, ni à une phase déterminée du progrès scientifique, ni à telle ou telle école théologique : elles reprennent ce que l'esprit humain emprunte à la réalité par l'expérience universelle et nécessaire ; et en même temps ces formules sont intelligibles pour les hommes de tous les temps et de tous les lieux. On peut assurément, comme cela se fait avec d'heureux résultats, donner de ces formules une explication plus claire et plus ouverte, mais ce sera toujours dans le même sens selon lequel elles ont été adoptées par l'Église : ainsi la vérité immuable de la foi restera intacte tandis que progressera l'intelligence de la foi. Car comme l'enseigne le premier Concile du Vatican, dans les dogmes sacrés « on doit toujours garder le sens que notre Mère la Sainte Église a déclaré une fois pour toutes et que jamais il n'est permis de s'en écarter sous le prétexte spécieux d'intelligence plus profonde ».

Le mystère eucharistique se réalise dans le Sacrifice de la Messe

À présent Nous aimons, Vénérables Frères, à rappeler pour l'édification et la joie de tous, la doctrine que l'Église tient de la tradition et enseigne dans un accord unanime.
D'abord il est bon de redire ce qui forme comme la synthèse et le sommet de cet enseignement : dans le mystère eucharistique est représenté de façon merveilleuse le Sacrifice de la Croix consommé une fois pour toutes sur le Calvaire ; ce Sacrifice y est sans cesse rendu présent à notre souvenir et sa vertu salutaire y est appliquée à la rémission des péchés qui se commettent chaque jour. Notre-Seigneur Jésus-Christ en instituant le mystère eucharistique a scellé de son sang la Nouvelle Alliance dont Il est le Médiateur, comme déjà Moïse avait scellé l'Ancienne Alliance dans le sang des victimes. L'Évangile le rapporte : à la dernière Cène, « ayant pris le pain, Il rendit grâces et rompit le pain puis le donna aux Apôtres en disant : Ceci est mon Corps donné pour vous, faites ceci en mémoire de moi. Pareillement Il prit la coupe, après le repas, en disant : Ceci est la coupe de la Nouvelle Alliance dans mon sang répandu pour vous ». En prescrivant aux Apôtres de faire cela en souvenir de Lui, Il voulait du même coup que le geste se renouvelât perpétuellement.
Et l'Église a fidèlement exécuté cette consigne, restant attachée aux enseignements des Apôtres et se réunissant pour célébrer le Sacrifice Eucharistique. « Et tous étaient assidus aux enseignements des Apôtres et aux réunions communes, à la fraction du pain et aux prières. » Et telle était la ferveur que les fidèles y puisaient qu'on pouvait dire à leur sujet : « La masse des croyants n'avait qu'un cœur et qu'une âme. »
À son tour l'Apôtre Paul, qui nous a transmis avec une extrême fidélité ce qu'il avait appris du Seigneur, parle ouvertement du Sacrifice Eucharistique quand il explique que les chrétiens ne peuvent avoir part aux sacrifices des païens, précisément parce qu'ils sont devenus participants de la table du Seigneur. « La coupe de bénédiction que nous bénissons, n'est-elle pas une communion au sang du Christ ? Et le pain que nous rompons n'est-il pas une participation au corps du Christ ?... Vous ne pouvez boire à la coupe du Seigneur et à la coupe des démon : vous ne pouvez participer à la table du Seigneur et à la table des démons. »
Cette oblation nouvelle du Nouveau Testament, que Malachie avait prédite, l'Église, instruite par le Seigneur et les Apôtres, l'a toujours offerte « non seulement pour les péchés, les peines, les satisfactions et les autres nécessités des fidèles vivants, mais aussi pour ceux qui sont morts dans le Christ et ne sont pas encore pleinement purifiés ». Pour ne rien dire des autres témoignages, évoquons seulement celui de saint Cyrille de Jérusalem, qui, formant les néophytes dans la foi chrétienne, prononça ces paroles mémorables : « Après avoir accompli le sacrifice spirituel, rite non sanglant, nous adressons à Dieu, sur cette hostie de propitiation, des supplications pour la paix partout dans l'Église, pour l'empereur, les armées et les alliés, pour les malades et les gens éprouvés, et en général nous prions tous pour tous ceux qui sont morts parmi nous : nous sommes convaincus que cette invocation sera de très grand secours pour les âmes en faveur desquelles monte la prière tandis qu'est présente la victime sainte et redoutable. » À l'appui de son enseignement le Docteur apporte l'exemple de la couronne que l'on tresse pour l'empereur, en vue d'obtenir le pardon des exilés, et il conclut : « De même nous aussi nous présentons à Dieu des prières pour les défunts, même s'ils furent pécheurs, nous ne Lui tressons pas une couronne, mais nous Lui offrons en rançon de nos péchés le Christ immolé, tâchant de rendre Dieu propice à nous et à eux. » Saint Augustin atteste que la coutume d'offrir le sacrifice de notre rédemption pour les défunts comme pour les vivants était en vigueur dans l'Église de Rome et en même temps que cette coutume s'observait dans l'Église entière.
Mais il est autre chose que Nous Nous plaisons à ajouter, vu sa grande utilité pour éclairer le mystère de l'Église ; celle-ci, jouant en union avec le Christ le rôle de prêtre et de victime, est tout entière à offrir le Sacrifice de la Messe et elle y est offerte tout entière. Cet admirable enseignement, déjà livré par les Pères a été, à une époque récente, exposé par Notre Prédécesseur Pie XII d'heureuse mémoire et en dernier lieu il a été formulé par le Second Concile du Vatican dans la Constitution De Ecclesia à propos du Peuple de Dieu. C'est Notre vif désir de le voir toujours davantage expliqué et plus profondément imprimé dans l'âme des fidèles, sans détriment de la juste différence de nature et non seulement de degré qui distingue le sacerdoce des fidèles du sacerdoce hiérarchiques Il n'est pas de doctrine plus apte à alimenter la piété eucharistique et à mettre en valeur la dignité de tous les fidèles comme aussi à presser les cœurs d'atteindre le sommet de la sainteté - lequel consiste simplement à se mettre tout au service de la Majesté divine par une généreuse offrande de soi-même.
Il faut aussi rappeler la conclusion qui découle de cette doctrine concernant le caractère public et social de toute Messe. En effet, la Messe, même si elle est célébrée en particulier par un prêtre, n'est jamais pour autant une démarche privée mais elle est action du Christ et de l'Église, qui a appris à s'offrir elle-même, dans le sacrifice qu'elle offre, en sacrifice universel, appliquant au salut du monde entier la vertu rédemptrice unique et infinie du Sacrifice de la Croix. Il n'est pas de Messe qui ne soit offerte pour le salut du monde entier et non seulement pour le salut de quelques personnes.
Par conséquent, s'il est hautement convenable qu'à la célébration de la Messe les fidèles participent activement en grand nombre, il n'y a pas à blâmer mais au contraire à approuver la célébration de la Messe en privé, conformément aux prescriptions et aux traditions de la Sainte Église, par un prêtre avec un seul ministre pour la servir. C'est que cette Messe assure une grande abondance de grâces particulières au bénéfice soit du prêtre lui-même soit du peuple fidèle et de toute l'Église et même du monde entier, grâces qui ne pourraient être obtenues aussi largement par la seule Communion.
C'est pourquoi Nous recommandons avec une paternelle insistance aux prêtres, qui à un titre particulier sont dans le Seigneur Notre joie et Notre couronne, de rester conscients du pouvoir que l'Évêque consécrateur leur conféra d'offrir à Dieu le Sacrifice et de célébrer des Messes tant pour les vivants que pour les défunts au nom du Seigneur et de célébrer chaque jour la Messe en toute dignité et dévotion, afin qu'eux-mêmes et les autres fidèles profitent de l'application des fruits abondants issus du Sacrifice de la Croix. De cette façon ils contribueront grandement aussi au salut du genre humain.

Dans le sacrifice de la Messe, le Christ se rend sacramentellement présent

Ce que Nous venons de résumer touchant le Sacrifice de la Messe Nous amène à dire aussi un mot du Sacrement de l'Eucharistie : Sacrifice et Sacrement s'intègrent ensemble dans le même mystère en sorte qu'on ne peut séparer l'un de l'autre. Le Seigneur s'immole de manière. non sanglante dans le Sacrifice de la Messe, qui représente le Sacrifice de la Croix, en appliquant la vertu salutaire, au moment où par l'effet des paroles de la consécration il commence d'être sacramentellement présent comme nourriture spirituelle des fidèles sous les espèces du pain et du vin.
Bien divers sont, nous le savons tous, les modes de présence du Christ à son Église. Il est utile de reprendre un peu plus largement cette vérité si belle que la Constitution sur la Sainte Liturgie a brièvement exposées. Le Christ est présent à son Église qui prie, étant Lui-même Celui qui « prie pour nous, qui prie en nous et qui est prié par nous : il prie pour nous comme notre Prêtre ; il prie en nous comme notre Chef ; il est prié par nous comme notre Dieu ; c'est lui-même qui a promis : « Là où se trouveront réunis en mon nom deux ou trois, je m'y trouverai au milieu d'eux. »
Il est présent à son Église qui accomplit les œuvres de miséricorde, non seulement parce que, quand nous faisons un peu de bien à l'un de ses frères les plus humbles nous le faisons au Christ lui-même, mais aussi parce que c'est le Christ lui-même qui opère ces actions par le moyen de son Église y venant toujours au secours des hommes avec sa charité divine. Il est présent à l'Église qui dans son pèlerinage terrestre aspire au port de la vie éternelle, puisqu'Il habite en nos cœurs par la foi et qu'Il y répand la charité par l'action de l'Esprit Saint que lui-même nous a donné.
D'une autre façon, non moins véritable, Il est présent à son Église qui prêche, puisque l’Évangile qu'elle annonce est Parole de Dieu et que cette Parole est proclamée au nom et par l'autorité du Christ, Verbe de Dieu incarné, et avec son assistance, afin qu'il y ait « un seul troupeau se confiant à un unique berger »
Il est présent à l'Église qui dirige et gouverne le Peuple de Dieu, puisque le pouvoir sacré découle du Christ, et que le Christ, "Pasteur des Pasteurs", assiste les Pasteurs qui exercent ce pouvoir selon la promesse faite aux Apôtres. De plus, et d'une manière plus sublime encore, le Christ est présent à son Église qui en son nom célèbre le Sacrifice de la Messe et administre les Sacrements. À propos de la présence du Christ dans l'offrande du Sacrifice de la Messe, laissez-Nous citer ce que saint Jean Chrysostome, transporté d'admiration, dit avec justesse et éloquence : « Je veux ajouter une chose vraiment étonnante, mais ne soyez point surpris ni troublés. Qu'est-ce donc ? L'offrande est la même, qui que ce soit qui la présente, ou Paul ou Pierre. Cette même offrande que le Christ confia aux disciples et que maintenant les prêtres accomplissent ; celle-ci n'est pas inférieure à celle-là, parce qu'elle ne tient pas sa sainteté des hommes mais de Celui qui la fit sainte. Comme les paroles dites par Dieu sont celles-là même qu'à présent le prêtre prononce, ainsi l'oblation est la même »
Personne non plus n'ignore que les Sacrements sont action du Christ qui les administre par le moyen des hommes. Pour cette raison ils sont saints d'eux-mêmes, et par la vertu du Christ ils confèrent la grâce à l'âme en atteignant le corps.
On reste émerveillé devant ces divers modes de présence du Christ et on y trouve à contempler le mystère même de l'Église. Pourtant bien autre est le mode, vraiment sublime, selon lequel le Christ est présent à l'Église dans le Sacrement de l'Eucharistie. C'est pourquoi celui-ci est parmi tous les Sacrements « le plus doux pour la dévotion, le plus beau pour l'intelligence, le plus saint pour ce qu'il renferme » : oui il renferme le Christ lui-même et il est, « comme la perfection de la vie spirituelle et la fin à laquelle tendent tous les Sacrements ».
Cette présence, on la nomme "réelle", non à titre exclusif, comme si les autres présences n'étaient pas " réelles ", mais par excellence ou "antonomase", parce qu'elle est substantielle, et que par elle le Christ, Homme-Dieu, se rend présent tout entier.
Ce serait donc une mauvaise explication de cette sorte de présence que de prêter au Corps du Christ glorieux une nature spirituelle ("pneumatique") omniprésente ; ou de réduire la présence eucharistique aux limites d'un symbolisme, comme si ce Sacrement si vénérable ne consistait en rien d'autre qu'en un signe efficace « de la présence spirituelle du Christ et de son union intime avec les fidèles, membres du Corps Mystique ».
Assurément le symbolisme eucharistique a été abondamment étudié par les Pères et les Scolastiques, surtout par rapport à l'unité de l'Église ; le Concile de Trente a résumé cette doctrine quand il enseigne que notre Sauveur a laissé à son Église l'Eucharistie « comme symbole de son unité et de la charité par laquelle Lui-même veut voir tous les chrétiens intimement unis entre eux », « et donc comme un symbole de ce Corps unique dont Il est la Tête »
Aux premiers débuts de la littérature chrétienne, l'auteur inconnu de l'ouvrage intitulé Didachè ou Doctrine des XII Apôtres écrivait à ce sujet : « Pour ce qui regarde l'Eucharistie, rendez grâce de cette manière : ... comme ce pain rompu était précédemment dispersé sur les montagnes et devint un par le rassemblement des grains, qu'ainsi ton Église se rassemble des confins de la terre en ton Royaume. »
Pareillement saint Cyprien, défendant l'unité de l'Église contre le schisme, écrit : « Enfin les Sacrifices mêmes du Seigneur mettent en lumière l'unité des chrétiens, soudés par une charité solide et infrangible. Car quand le Seigneur appelle son corps le pain composé de l'union d'une multitude de grains, Il désigne notre peuple réuni, ce peuple que Lui-même portait et quand Il appelle son sang le vin tiré d'une quantité de grappes et de raisins dont le jus a été exprimé et mêlé, Il désigne de même notre troupeau unifié par la fusion de toute une multitude. »
D'ailleurs, avant tous les autres, l'Apôtre l'avait dit aux Corinthiens : « Puisqu'il y a un seul pain, nous ne formons à nous tous qu'un seul corps, car tous nous avons part à ce pain unique ».
Mais si le symbolisme eucharistique nous fait bien saisir l'effet propre de ce Sacrement, qui est l'unité du Corps Mystique, il ne rend pas compte et il ne donne pas l'expression de ce qui dans la nature du Sacrement le distingue des autres. Car l'enseignement constamment départi par l'Église aux catéchumènes, le sens du peuple chrétien, la doctrine définie par le concile de Trente et les paroles elles-mêmes par lesquelles le Christ institua la Sainte Eucharistie, nous obligent de professer que « l'Eucharistie est la chair de notre Sauveur Jésus-Christ, qui a souffert pour nos péchés et que le Père a ressuscité dans sa bonté ». Aux paroles du martyr Ignace Nous joignons volontiers celles de Théodore de Mopsueste, qui est en cela témoin de la foi de l'Église : C'est que, écrit-il, le Seigneur parlant aux disciples « ne dit poin ; ceci est le symbole de mon Corps et ceci est le symbole de mon Sang, mai ; ceci est mon Corps et ceci est mon Sang, nous apprenant à ne pas considérer la nature de la chose qui s'offrait à nos sen ; en effet par l'action de la grâce cet objet a été changé en chair et en sang ».
Le Concile de Trente, appuyé sur cette foi de l'Église, « affirme ouvertement et sans détour que dans le vénérable Sacrement de la Sainte Eucharistie, après la consécration du pain et du vin, notre Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai Homme, est présent vraiment, réellement et substantiellement sous l'apparence de ces réalités sensibles ». Notre Sauveur est donc présent dans son humanité non seulement à la droite du Père mais en même temps dans le Sacrement de l'Eucharistie « en un mode d'existence que nos mots peuvent sans doute à peine exprimer, mais que notre intelligence, éclairée par la foi, peut cependant reconnaître et que nous devons croire fermement comme une chose possible à Dieu ».

Le Christ Notre Seigneur est présent dans le Sacrement de l'Eucharistie

Mais afin de parer à tout malentendu concernant ce mode de présence supérieur aux lois naturelles et qui dans son genre constitue le plus grand des miracles il faut écouter avec docilité la voix de l'Église dans son enseignement et sa prière. Or cette voix, qui ne cesse de faire écho à la voix du Christ, nous assure que le Christ ne se rend présent dans ce Sacrement que par la conversion de toute la substance du pain au corps du Christ et de toute la substance du vin au sang du Christ : conversion singulière et merveilleuse, que l'Église Catholique dénomme en toute justesse et propriété de terme transsubstantiation. Celle-ci accomplie, les espèces du pain et du vin acquièrent sans doute une nouvelle signification et une fin nouvelle puisqu'il n'y a plus le pain ordinaire et la boisson ordinaire, mais le signe d'une chose sacrée et le signe d'un aliment spirituel ; mais les espèces tiennent cette signification et cette finalité nouvelles du fait qu'elles portent une réalité nouvelle, que nous appelons à bon droit ontologique.
En effet, sous les espèces dont nous parlons, il n'y a plus ce qui s'y trouvait auparavant, mais quelque chose de tout différent : et cela non seulement en dépendance du jugement que porte la foi de l'Église, mais par le fait de la réalité objective elle-même ; car une fois la nature ou substance du pain et du vin changée en corps et sang du Christ, il ne subsiste du pain et du vin rien que les seules espèces, sous lesquelles le Christ tout entier est présent en sa réalité physique, et même corporelle, bien que selon un mode de présence différent de celui selon lequel les corps occupent tel ou tel endroit.
D'où le souci qu'eurent les Pères d'avertir les fidèles de ne pas se fier, dans la considération de ce Sacrement très vénérable, aux sens, qui signalent les caractéristiques du pain et du vin, mais aux paroles du Christ, qui ont le pouvoir de changer, transformer, de "convertir jusqu'aux éléments" le pain et le vin, au corps et au sang du Seigneur. En vérité, comme les Pères le répètent souvent, la puissance qui opère ce prodige est la puissance même de Dieu Tout-Puissant, qui au commencement du temps a créé l'univers à partir de rien. « Instruit de ces vérités, dit saint Cyrille de Jérusalem au terme de son discours sur les mystères de la foi, et pénétré d'une foi vigoureuse, pour laquelle ce qui semble du pain n'en est pas, malgré la sensation du goût, mais est le Corps du Christ, et ce qui semble du vin n'en est pas, en dépit de la saveur éprouvée, mais est le Sang du Christ... fortifie ton cœur en mangeant ce pain comme une nourriture spirituelle et donne la joie au visage de ton âme.
Et saint Jean Chrysostome d'insister : « Ce n'est pas l'homme qui fait que les choses offertes deviennent Corps et Sang du Christ, mais le Christ lui-même, qui a été crucifié pour nous. Le prêtre, figure du Christ, prononce ces paroles, mais leur efficacité et la grâce sont de Dieu. Ceci est mon corps ; cette parole transforme les choses offertes. ». Et avec Jean, évêque de Constantinople, est parfaitement d'accord Cyrille, évêque d'Alexandrie, qui écrit dans son commentaire de l'Évangile de S. Matthieu : « (Le Christ) a dit au mode indicatif : ceci est mon corps et ceci est mon sang, afin que tu ne penses pas que les choses sont une simple image, mais que tu croies que les choses offertes sont transformées réellement au corps et au sang du Christ, d'une manière mystérieuse, par la Toute-Puissance de Dieu : prenant part à ces réalités, nous recevons la force vivifiante et sanctifiante du Christ. »
Et Ambroise, Évêque de Milan, dit en parlant clairement de la conversion eucharistique : « Soyons bien persuadés que ceci n'est pas ce que la nature a formé mais ce que la bénédiction a consacré, et que la force de la bénédiction l'emporte sur celle de la nature, parce que par la bénédiction la nature elle-même se trouve changée ». Puis, pour confirmer la vérité du mystère, il rappelle maints exemples de miracles rapportés par l'Écriture Sainte, notamment Jésus né de la Vierge Marie, et puis, passant à l'œuvre de la création, il conclut : « La parole du Christ, qui a pu faire de rien ce qui n'existait pas, ne pourrait donc changer les choses existantes en ce qu'elles n'étaient pas encore ? Car ce n'est pas moins de donner aux choses leur nature première que de la leur changer. »
Mais Nous n'avons pas besoin de multiplier les témoignages et il est plus utile de rappeler la fermeté de foi avec laquelle l'Église unanime résista à Béranger, qui, cédant aux difficultés soulevées par la raison, osa le premier nier la conversion eucharistique : l'Église le menaça à plusieurs reprises de condamnation pour le cas où il ne se rétracterait pas. C'est ainsi que Notre Prédécesseur Grégoire VII lui imposa d'émettre sous la foi du serment la déclaration suivante : « Je crois de cœur et je confesse de bouche que le pain et le vin qui sont sur l'autel sont, par le mystère de la prière sainte et par les paroles de notre Rédempteur, changés substantiellement en la chair véritable, propre et vivifiante, et au sang de notre Seigneur Jésus-Christ, et qu'après la consécration ils sont le vrai corps du Christ, qui est né de la Vierge, qui, offert pour le salut du monde, a été suspendu à la Croix, qui siège à la droite du Père, ainsi que le vrai sang du Christ, qui a coulé de son côté. Il n'y est pas seulement figurativement et par la vertu du sacrement, mais dans sa nature propre et dans sa véritable substance.»
À ces paroles correspond – exemple admirable de la stabilité de la foi catholique – ce que les Conciles œcuméniques du Latran, de Constance, de Florence et finalement le Concile de Trente, ont enseigné sur le mystère de la conversion eucharistique, soit en exposant la doctrine de l'Église soit en condamnant certaines erreurs.
Après le Concile de Trente, Notre Prédécesseur Pie VI, pour réagir contre les erreurs du Synode de Pistoie, avertit sérieusement les curés, à qui incombe le devoir d'enseigner, de ne pas négliger de parler de la transsubstantiation, qui constitue un article de foi.
De même Notre Prédécesseur Pie XII d'heureuse mémoire rappela les limites à respecter par quiconque se livre à une discussion plus poussée touchant le mystère de la transsubstantiation.
Nous-même, au récent Congrès Eucharistique National de l'Italie, tenu à Pise, Nous avons, suivant Notre devoir apostolique, donné une attestation publique et solennelle de la foi de l'Église.
Du reste l'Église Catholique n'a pas seulement enseigné sans cesse mais elle a également vécu la foi en la présence du Corps et du Sang du Seigneur dans l'Eucharistie : à ce grand Sacrement elle adresse l'adoration, le culte de latrie, qui ne peut être rendu qu'à Dieu. À ce propos saint Augustin nous dit : « Dans cette chair (le Seigneur) a marché sur notre terre et Il nous a donné cette même chair à manger pour notre salu ; et personne ne la prend sans l'avoir d'abord adorée... de sorte qu'en l'adorant nous ne péchons point mais au contraire nous péchons si nous ne l'adorons pas.» 

Sur le culte d'adoration dû au sacrement de l'Eucharistie

L'Église Catholique fait profession de rendre ce culte d'adoration au Sacrement de l'Eucharistie non seulement durant la Messe mais aussi en dehors de sa célébration : elle conserve avec le plus grand soin les hosties consacrées et les présente aux fidèles pour qu'ils les vénèrent avec solennité.
Cette vénération est attestée par de nombreux documents très anciens de l'Église. En effet les Pasteurs de l'Église exhortaient toujours les fidèles à garder avec un soin extrême l'Eucharistie qu'ils emportaient chez eux. « C'est en vérité le Corps du Christ que les fidèles ont à manger », remarquait saint Hippolyte. On sait que les fidèles se jugeaient coupables, et avec raison, comme le dit Origène, si, devenus dépositaires du corps du Seigneur, et tout en l'entourant de précautions et d'un respect extrêmes, ils en laissaient par mégarde tomber une parcelle.
La sévérité avec laquelle les Pasteurs réprouvaient les manques de respect, Novatien en apporte le témoignage non suspect : il tient pour condamnable celui qui « sortant de la célébration dominicale et ayant l'Eucharistie sur lui, selon l'usage... n'a pas emporté immédiatement dans sa maison le Corps sacré du Seigneur » mais s'est empressé d'aller au spectacle.
Saint Cyrille d'Alexandrie va jusqu'à rejeter comme une absurdité l'opinion de ceux qui prétendaient que l'Eucharistie ne contribue plus aucunement à nous sanctifier s'il s'agit d'un reste d'hostie datant de la veille : « Le Christ n'est pas sujet à altération, dit-il, et son Corps sacré ne change pas, mais en lui subsistent toujours la force, la puissance, la grâce qui vivifie ».
On ne peut oublier non plus que dans l'antiquité les fidèles, soit qu'ils fussent exposés à la violence des persécutions, soit que par amour de la vie monastique ils vécussent dans la solitude, avaient coutume de se nourrir de l'Eucharistie même quotidiennement, prenant la Sainte Communion de leurs propres mains, si le prêtre ou le diacre faisait défaut.
Ceci soit dit non pour qu'on modifie la manière de garder l'Eucharistie et de recevoir la Sainte Communion, telle qu'elle est établie suivant les lois de l'Église en vigueur aujourd'hui, mais pour nous féliciter de voir la foi de l'Église rester toujours la même.
De cette foi unique est née également la Fête-Dieu : elle fut célébrée la première fois au diocèse de Liège, spécialement sous l'influence de la Servante de Dieu, la Bienheureuse julienne de Mont Cornillon, et Notre Prédécesseur Urbain IV l'étendit à l'Église universelle. De cette foi tirent leur origine beaucoup d'autres institutions de piété eucharistique qui, sous l'inspiration de la grâce divine, sont toujours allées se multipliant et par lesquelles l'Église Catholique s'efforce, comme à l'envi, soit de rendre hommage au Christ soit de le remercier pour un don si grand, soit d'implorer sa misericorde.

Exhortation à promouvoir le culte eucharistique

Aussi, Vénérables Frères, cette foi qui ne tend qu'à rester fidèle à la parole du Christ et des Apôtres, bannissant toute opinion erronée et nuisible, Nous vous prions de la garder pure et intacte dans le peuple confié à vos soins et à votre vigilance. Veuillez promouvoir, sans épargner paroles et efforts, le culte eucharistique, vers lequel en définitive doivent converger toutes les autres formes de piété.
Que sous votre impulsion les fidèles connaissent toujours davantage ce que dit saint Augustin et en fassent l'expérience : « Qui veut vivre, il a où vivre et de quoi vivre : qu'il approche, qu'il croie, qu'il s'incorpore, afin d'être vivifié. Qu'il ne renonce jamais à l'union des membres entre eux, qu'il ne soit pas non plus un membre corrompu, digne d'être retranché, ni un membre difforme qui fasse honte : qu'il soit un membre beau, habile, sain ; qu'il adhère au corps, qu'il vive de Dieu et pour Dieu ; qu'il travaille maintenant sur terre afin de pouvoir ensuite régner dans le ciel. »
Que chaque jour, comme c'est à souhaiter, les fidèles en grand nombre prennent une part active au Sacrifice de la Messe, se nourrissant de la Sainte Communion avec un cœur pur et saint, et qu'ils rendent grâces au Christ Notre Seigneur pour un si grand bienfait.
Qu'ils se rappellent ces paroles : « Le désir de Jésus-Christ et de l'Église de voir tous les fidèles s'approcher tous les jours de la Sainte Table a surtout cet obje ; que tous les fidèles, unis à Dieu par l'effet du Sacrement, y puisent la force pour surmonter les passions, pour se purifier des fautes légères quotidiennes et pour éviter les péchés graves, auxquels est sujette la faiblesse humaine ».
Qu'au cours de la journée 1es fidèles ne négligent point de rendre visite au Saint Sacrement, qui doit être conservé en un endroit très digne des églises, avec le plus d'honneur possible, selon les lois liturgiques. Car la visite est une marque de gratitude, un geste d'amour et un devoir de reconnaissance envers le Christ Notre-Seigneur présent en ce lieu.
Chacun comprend que la divine Eucharistie confère au peuple chrétien une dignité incomparable. Car non seulement durant l'oblation du Sacrifice et quand se fait le Sacrement, mais encore après, tant que l'Eucharistie est gardée dans les églises et oratoires, le Christ est vraiment l'Emmanuel, le « Dieu avec nous ». Car jour et nuit, il est au milieu de nous et habite avec nous, plein de grâce et de vérité : il restaure les mœurs, nourrit les vertus, console les affligés, fortifie les faibles et invite instamment à l'imiter tous ceux qui s'approchent de lui, afin qu'à son exemple ils apprennent la douceur et l'humilité de cœur, qu'ils sachent chercher non leurs propres intérêts mais ceux de Dieu. Ainsi quiconque aborde le vénérable Sacrement avec une dévotion particulière et tâche d'aimer d'un cœur généreux le Christ qui nous aime infiniment, éprouve et comprend à fond, non sans joie intime ni sans fruit, le prix de la vie cachée avec le Christ en Dieu il sait d'expérience combien cela en vaut la peine de s'entretenir avec le Christ : rien de plus doux sur la terre, rien de plus apte à faire avancer dans les voies de la sainteté.
Vous le savez bien aussi, Vénérables Frères, l'Eucharistie est gardée dans les églises et les oratoires comme centre spirituel de la communauté religieuse et paroissiale, et encore de l'Église universelle et de l'humanité entière, parce que sous le voile des saintes espèces elle contient le Christ, Chef invisible de l'Église, Rédempteur du monde, centre de tous les cœurs, « par qui tout existe et nous-mêmes par lui ».
Par suite le culte eucharistique porte avec force les âmes à développer l'amour "de société", en vertu duquel nous préférons le bien commun au bien particulier, faisons nôtre la cause de la communauté, de la paroisse, de l'Église universelle, et étendons la charité au monde entier, sachant que partout il v a des membres du Christ.
Puisque, Vénérables Frères, le Sacrement de l'Eucharistie est signe et cause de l'unité du Corps -Mystique, et qu'en ceux qui lui vouent une vénération plus fervente il suscite un esprit ecclésial plus actif, ne cessez de persuader vos fidèles de faire leur, quand ils s'approchent de ce mystère, la cause de l'Église, de prier Dieu sans cesse et de s'offrir eux-mêmes à Dieu en sacrifice agréable pour la paix et l'unité de l'Église. Cela afin que tous les fils de l'Église soient un et qu'ils aient les mêmes disposition ; qu'il n'y ait point de divisions entre eux mais qu'ils soient parfaitement unis dans un même esprit et un même sentiment, comme le veut l'Apôtre ; et que tous ceux qui ne se trouvent point encore attachés en pleine communion à l'Église Catholique mais séparés d'elle jusqu'à un certain point tout en portant avec fierté le nom de chrétiens, arrivent le plus tôt possible, avec l'aide de la grâce divine, à jouir avec nous de cette unité de foi et de communion que le Christ voulut comme caractère distinctif de ses disciples.
Ce désir de prier et de se consacrer à Dieu pour l'unité de l'Église, il intéresse surtout par convenance particulière les religieux et religieuses, puisqu'ils sont à titre spécial voués à l'adoration du Très Saint Sacrement, rassemblés autour de lui en vertu des engagements de leurs vœux. Mais ce souhait de l'unité de tous les chrétiens, le plus sacré et le plus ardent au cœur de l'Église, Nous voulons pour l'exprimer reprendre une fois de plus les paroles mêmes du concile de Trente, dans la conclusion de son décret sur la Sainte Eucharistie : « Pour finir, en son affection paternelle, le saint Concile avertit, prie et conjure par les entrailles de la miséricorde de Dieu, ceux qui portent le nom de chrétiens, tous et chacun, de se retrouver et de ne faire enfin une bonne fois qu'un seul cœur dans ce signe de l'unité, dans ce lien de la charité, dans ce symbole de la concorde : que, se souvenant de la majesté si grande et de l'amour si admirable de notre Seigneur Jésus-Christ, qui a donné sa vie très chère pour prix de notre salut et qui nous a donné sa chair à manger, ils croient et vénèrent les saints mystères de son corps et de son sang avec une foi constante et ferme, avec une ferveur de cœur, avec une piété et un respect qui leur permettent de recevoir fréquemment ce pain supersubstantiel. Qu'il Soit vraiment la vie de leur âme et la santé perpétuelle de leur esprit, que, fortifiés par son énergie ils parviennent du cheminement de ce pèlerinage de misère à la patrie céleste, pour manger sans aucun voile le pain des Ange qu'ils mangent maintenant sous les voiles sacrés. »
Oh ! que le Rédempteur si bon, qu' à l'approche de sa mort demanda au Père que tous ceux qui croiraient en Lui ne fassent qu'un, comme Lui et le Père sont un, daigne exaucer au plus tôt ce vœu qui est le Nôtre et celui de toute l'Église ; que tous, d'une seule voix et d'une même foi, nous célébrions le mystère de l'Eucharistie et que, rendus participants du corps du Christ, nous ne formions qu'un seul corps unifié par les mêmes liens par lesquels Lui-même voulut que son unité soit assurée.
Et Nous Nous adressons avec une charité paternelle à ceux-là aussi qui appartiennent aux vénérables Églises d'Orient, au sein desquelles brillèrent tant de Pères illustres, dont Nous avons pris plaisir à rappeler en cette lettre les témoignages touchant l'Eucharistie. Nous Nous sentons pleins de joie à voir votre foi envers l'Eucharistie – elle coïncide avec la nôtre –, à entendre les prières liturgiques par lesquelles vous célébrez un si grand mystère, à admirer votre culte eucharistique et à lire vos théologiens qui exposent et défendent la doctrine concernant ce Sacrement si vénérable.
Que la Bienheureuse Vierge Marie, de laquelle le Christ Notre-Seigneur a voulu recevoir cette chair qui est renfermée dans le Sacrement sous les apparences du pain et du vin, qui est offerte et mangée, et tous les Saints et Saintes de Dieu, ceux-là spécialement qui eurent une dévotion plus ardente envers la divine Eucharistie, intercèdent près du Père des miséricordes, afin que la foi commune et le culte eucharistique alimentent et renforcent l'unité de communion entre tous les chrétiens. Notre âme est pénétrée des paroles du saint martyr Ignace, qui met en garde les fidèles de Philadelphie contre les dommages des déviations et des schismes et préconise comme remède l'Eucharistie : « Tâchez donc, dit-il, de pratiquer une seule Eucharistie : car une est la chair de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; il y a un seul calice dans l'unité de son sang, un seul autel, un seul évêque... »
Forts de l'heureux espoir que le progrès du culte eucharistique apportera de nombreux bienfaits à l'Église et au monde entier, Nous vous accordons avec beaucoup d'affection la Bénédiction Apostolique, en gage des grâces du Ciel, à vous, Vénérables Frères, aux prêtres, aux religieux, à tous ceux qui vous prêtent leur concours, et à tous les fidèles confiés à vos soins.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, en la fête de saint Pie X, le 3 septembre 1965, en la troisième année de Notre Pontificat.
PAULUS PP. VI. 
(Copyright : Libreria Editrice Vaticana)