30 juin 2018

[FSSPX Actualités] La Fraternité Saint-Pie X compte 650 prêtres

SOURCE - FSSPX Actualités - 30 juin 2018

Il y a deux ans, le 3 juin 2016, la Fraternité Saint-Pie X franchissait la barre des 600 prêtres.

En ce 30 juin 2018, trentième anniversaire des sacres de 1988, les six ordinations conférées par Mgr Alfonso de Galarreta au séminaire allemand de Zaitzkofen portent ce nombre à 650.

Puisse le Maître de la moisson susciter de nombreuses et saintes vocations sacerdotales et religieuses pour son Eglise et le salut de beaucoup d’âmes.

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Une Élection-Survie ?

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 30 juin 2018

La Fraternité a servi. Peut-elle continuer ?
A Dieu de voir comment l’Eglise est conservée.

La prochaine élection des trois principaux dirigeants de la Fraternité Saint-Pie X aura lieu dans une quinzaine de jours environ. L’enjeu est d’une grande importance. Durant les 20 premières années de son existence, la FSSPX réussit à s’opposer, avec une rare efficacité, à la nouvelle religion centrée sur l’homme qui, à la suite du Concile Vatican II, avait pris le dessus et occupait l’Église catholique. Mais, depuis vingt ans hélas, le Supérieur Général n’a cessé d’affaiblir cette institution face aux responsables romains qui manœuvrent à la tête de la nouvelle religion conciliaire. Sera-t-il ou ne sera-t-il pas réélu pour un troisième mandat à la mi-juillet ? S’il est réélu, on ne voit pas comment la Fraternité pourra échapper au contrôle des conciliaires. S’il n’est pas réélu, celui qui le remplacera devra bénéficier d’un miracle surnaturel ou faire preuve de grandes qualités naturelles pour restaurer la Fraternité dans l’intention originelle de son Fondateur et pour rétablir Jésus-Christ sur Son Trône en tant que Dieu et Roi de tous les hommes. C’est pourquoi ceux qui tirent la sonnette d’alarme à propos de la pénétration du libéralisme à l’intérieur de la Fraternité n’agissent certes pas en ennemis, mais en amis.

Est-il possible que la noble tentative de Mgr Lefebvre de combattre le libéralisme athée en fondant la Fraternité en 1970 ait été vouée à l’échec dès le départ ? Certes, Monseigneur avait avec lui le Bon Dieu, ainsi que le prouvent tant d’interventions quasi-miraculeuses dans les débuts de la Fraternité ; mais, d’un autre côté, il avait contre lui l’Église conciliaire et le monde moderne tout entier : ce qui était la norme depuis la primitive Église des Apôtres et des martyrs, à savoir la civilisation chrétienne, était, à son époque, devenu tout à fait anormal. Tant et si bie n qu’ on peut se demander comment les jeunes vocations, qu’il avait attirées dans les années 1970 et 1980 et qui sont maintenant à la tête de sa Fraternité, auraient pu connaître cet ordre relativement normal de l’Église ? Ordre que lui-même avait connu entre les deux guerres mondiales. Et alors comment auraient-ils pu construire ce qu’ils ne connaissaient pas ? Et comment, humainement parlant, pourraient-ils aujourd’hui échapper à la pression qu’exerce le monde contemporain contre tout ce qu’il juge anormal ?

Car il est devenu tout à fait normal que les hommes ne croient plus en Dieu ou, s’ils croient en Lui, qu’il soit traité comme quantité négligeable. Tout ce qu’il lui reste à faire, c’est de se tenir à l’écart. Face, l’homme gagne ; pile, Dieu perd. Tout bien considéré, Dieu est si bon qu’il ne pourrait jamais condamner un être humain aux feux éternels de l’enfer. Par ailleurs, les hommes sont si bons que le simple fait d ’être homme leur confère une telle dignité, qu’ils méritent tous d’aller au Ciel. Dieu ne nous a-t-il pas donné la vie pour que nous en jouissions ? Et donc, en nous prescrivant les dix commandements, comment a-t-il pu vouloir que nous n’en jouissions pas ? L’église d’hier a donné cette impression, mais, après des siècles de paysannerie arriérée, l’homme de l’âge technique est maintenant arrivé à l’âge adulte. Il était plus que temps que la vieille église cède le pas à l’église du Nouvel Ordre Mondial. C’est maintenant une église qui resplendit par l’intégration plutôt que par l’exclusion ; par la liberté plutôt que par les interdits ; par le libéralisme plutôt que par le catholicisme.

N’empêche, d’un point de vue surnaturel personne ne peut exclure la possibilité d’une aide miraculeuse venue du Ciel, par laquelle le Chapitre Général de la FSSPX choisira trois dirigeants qui comprendront ce que Dieu attend de la Fraternité. Ceux-ci promettront alors de lui donner, avec Son aide, une Fraternité rétablie dans sa vocation de témoin, dans toute l’Église, de la Royauté Sociale du Christ-Roi et de la seule vraie Religion, instituée par le Dieu incarné. Mais, humainement parlant, personne ne doit se faire d’illusion quant à la probabilité d’une telle aide miraculeuse. Dieu ne doit ses miracles à personne. Il était déjà miraculeux que la Fraternité pût naître, survivre, prospérer et rayonner dans toute l’Église durant 40 ans. Peut-être a-t-elle ainsi joué son rôle en transmettant la Tradition aussi longtemps que Dieu l’a voulu. Maintenant, tout ce qu’il lui reste à faire, c’est d’observer comment le même flambeau passera à d’autres. Dieu seul sait. Les hommes proposent, et Dieu dispose.

Pour notre part, nous prions : Très Sainte Mère de Dieu, obtenez de votre divin Fils que le Chapitre Général de la Fraternité se choisisse, pour les 12 prochaines années, des dirigeants qui soient de véritables serviteurs du Christ, qui n’opposent à Ses intérêts ni ambition ni calculs humains, mais qui œuvrent pour la restauration de sa Royauté sur l’humanité tout entière, pour le triomphe de votre Cœur Immaculé et pour le salut des âmes. Ainsi soit-il.

Kyrie eleison.

28 juin 2018

[Tagespost - FSSPX Actualités] Entretien avec Mgr Bernard Fellay

SOURCE - Tagespost - FSSPX Actualités - 28 juin 2018

Excellence, comment avez-vous considéré votre consécration épiscopale, il y a 30 ans ? Était-ce pour vous une séparation définitive de Rome ou une étape intermédiaire dans un conflit où vous conserviez l’idée d’une réconciliation ?

Si cela avait été une séparation de Rome, je ne serais pas ici aujourd'hui. Mgr Lefebvre ne m'aurait pas consacré, et je l'aurais refusé. Il ne s'agissait donc pas d'une séparation d’avec l'Eglise, mais plutôt d'une démarcation par rapport à l'esprit moderne, par rapport aux fruits du Concile. Depuis (ces sacres), d’autres personnes que nous reconnaissent qu’il y a quelque chose qui s'est mal passé au Concile. Elles confirment beaucoup des idées et des points que nous avons combattus et continuons de combattre. Nous n'avons jamais dit que le Concile avait directement professé des hérésies. Mais on a enlevé le mur de protection contre l'erreur, et on a ainsi permis à l’erreur de se manifester. Les fidèles ont besoin de protection. C'est en cela que consiste la lutte constante de l'Église militante pour défendre la foi.

Mais tous ceux qui critiquent le « Concile des médias », comme le pape émérite Benoît XVI, n’acceptent pas un conflit allant jusqu'à l'excommunication. Pourquoi n'avez-vous pas renforcé les rangs des traditionalistes à l’intérieur de l'Église et lutté pour la vérité dans l'unité avec Rome ?

C'est sûrement dû, en partie, à l'histoire des Français (et notre fondateur est français. NdT). Depuis la Révolution française, un bon nombre de catholiques français se battent contre l’erreur du libéralisme. Par conséquent, les événements pendant et après le Concile y ont été perçus avec beaucoup plus d’acuité et d'attention qu’en Allemagne. Il ne s'agissait pas d'erreurs flagrantes, mais de tendances visant à ouvrir portes et fenêtres. Les réformes qui ont suivi l'ont montré plus clairement que le Concile lui-même. Le problème s’est cristallisé avec la nouvelle messe. A Rome, on disait à Mgr Lefebvre : « C’est tout ou rien : vous célébrez une fois la nouvelle messe et tout rentre dans l’ordre. » Nos arguments contre la nouvelle messe ne comptaient pas. Pourtant le Missel de Paul VI a été rédigé en collaboration avec des théologiens protestants. Si l’on est forcé de célébrer cette messe, il y a vraiment un problème. Et l’on voulait nous y forcer.

Votre refus de la nouvelle messe a-t-il renforcé à la fois votre idée, et celle de Mgr Lefebvre, que la séparation de Rome était voulue par Dieu ?

J'insiste : nous ne nous sommes jamais séparés de l'Eglise.

Mais le fait de l'excommunication parle de lui-même. Pourquoi le pape Benoît XVI aurait-il dû la lever, si elle n’existait pas ?

Dans le Droit canonique de 1917, la consécration d’un évêque sans mandat du pape n'est pas considérée comme un schisme, mais seulement comme un abus d’autorité et n’entraîne pas d’excommunication. L’ensemble de l'histoire de l'Église manifeste un point de vue différent sur le problème des consécrations épiscopales faites sans mandat du pape. C'est très important.

Pourquoi est-ce si important ? En 1988, le nouveau Code de droit canonique était déjà en vigueur, et le Code de 1917 obligeait aussi l'évêque à la fidélité envers le Saint-Siège.

Nous étions alors dans une situation de nécessité, parce que Rome avait désigné un évêque (pour la Fraternité). La rencontre entre le cardinal Ratzinger et Mgr Lefebvre le 5 mai 1988 portait sur la date de sa consécration. Mgr Lefebvre et le cardinal Ratzinger ne parvenaient pas à se mettre d'accord. Mgr Lefebvre avait fait une proposition. Je suis sûr que si le cardinal Ratzinger avait accepté la date du 15 août immédiatement pour la consécration sans chercher à modifier le nom du candidat retenu, Mgr Lefebvre aurait été d’accord. Mais aucune date n’a été fixée. Quand Mgr Lefebvre a demandé au cardinal : « Pourquoi pas à la fin de l'année ? », il a reçu la réponse : « Je ne sais pas, je ne peux pas le dire ». Par conséquent, Mgr Lefebvre pensait qu’on se jouait de lui. C'était certainement une cause de méfiance. Et la méfiance est - jusqu’à aujourd’hui - un mot clé dans notre histoire. Nous travaillons à surmonter cela, puis quelque chose de nouveau arrive entre-temps... C'est vraiment pénible.

Pourquoi le cardinal Ratzinger, grand connaisseur et partisan de la Tradition catholique, et ami de la messe traditionnelle, n'a-t-il pas pu dissiper la méfiance de Mgr Lefebvre ?

Il n’a pas compris à quel point étaient profonds les motifs de Mgr Lefebvre et l'inquiétude des fidèles et des prêtres. Beaucoup parmi eux en ont eu simplement assez des scandales et des vicissitudes postconciliaires, ainsi que de la façon dont la nouvelle messe était célébrée. Si le cardinal Ratzinger nous avait compris, il n'aurait pas agi ainsi. Et je crois qu'il l’a regretté. C’est pourquoi, une fois pape, il a essayé de réparer ces dommages avec le Motu Proprio et la suppression de l’excommunication. Nous lui sommes vraiment reconnaissants pour ses tentatives de réconciliation.

Mais le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, devait aussi prendre en compte les difficultés et les irritations des autres fidèles : il est irritant, par exemple, que les membres de la Fraternité Saint-Pie X se contredisent sur des points aussi essentiels que la validité de la messe. Certains des vôtres prétendent qu'en assistant à la nouvelle messe, qu'ils considèrent comme « hérétique », on ne remplit pas le précepte dominical.

Je dois contester cela fermement : certes nous parlons de l’invalidité de beaucoup de messes. Mais prétendre que toutes les messes seraient invalides n'est pas la position de la Fraternité. Nous n'avons jamais dit cela. Dans nos discussions avec Rome, nous avons toujours souligné que nous reconnaissons la validité de la nouvelle messe lorsqu'elle est célébrée selon les rubriques et avec l'intention de faire ce qui est requis par l'Église. Il faut distinguer entre messe valide et bonne messe.

Où se situe la différence pour vous ?

La nouvelle messe comporte des déficiences et présente des dangers. Bien sûr, chaque nouvelle messe n'est pas directement un scandale, mais la célébration répétée de la nouvelle messe conduit à un affaiblissement ou même à une perte de la foi. On voit chaque jour combien de moins en moins de prêtres croient encore à la présence réelle. Avec l'ancienne messe, la liturgie nourrit la foi ; on va là au rocher, on est fortifié dans cette foi ; certaines actions liturgiques nous conduisent plus loin dans la foi, comme la foi dans la présence réelle, dans le sacrifice - seulement en s'agenouillant, en respectant le silence, en observant l'attitude du prêtre. Avec la nouvelle messe, on doit apporter sa foi, on ne reçoit presque rien directement du rite. Ce rite est plat.

Mais même avant la réforme liturgique, il y avait des prêtres avec une foi faible, des modernistes et des hérétiques. Les pères du Concile libéraux que vous critiquez, ont grandi avec l'ancienne messe et ont été ordonnés dans l'ancien rite. Considérez-vous les conversions qui ont lieu aujourd'hui aussi avec la nouvelle messe - pensez à Nightfever (programme d’évangélisation né à Cologne après les JMJ de 2005. NdT) - comme une illusion ?

Non, je ne dis pas cela. Je dis seulement que si vous recevez un chef d’Etat et que vous avez le choix entre une trompette d’argent et une trompette en cuivre, allez-vous prendre la trompette en cuivre ? Ce serait une insulte, vous ne faites pas cela. Et même les meilleures nouvelles messes sont comme des trompettes en cuivre, comparées à l'ancienne liturgie. Pour le bon Dieu, on doit choisir ce qu’il y a de meilleur.

Dans un sermon, vous avez dit récemment : « Comment pouvaient-ils seulement oser faire une messe aussi misérable, vide et plate ? On ne peut pas honorer Dieu comme cela. » Même aujourd'hui, la nouvelle messe est pourtant la chose la plus précieuse dans la vie des croyants catholiques, et aujourd'hui encore, l'Église produit des martyrs et des saints. Pourquoi ne nuancez-vous pas dans la prédication ?

Je suis d'accord qu'il faut faire des distinctions dans la discussion théologique. Mais dans un sermon, on ne peut pas tout présenter de façon théologique. Il faut aussi un peu de rhétorique pour secouer les âmes, réveiller les gens et leur ouvrir les yeux.

Le pape François veut tendre la main à la Fraternité en vue d’une réconciliation. Attendez-vous toujours un accord ou l’occasion a-t-elle été manquée ?

Je suis optimiste. Mais je ne peux pas précéder l'heure de Dieu. Si le Saint-Esprit est capable d'influencer le pape actuel, il fera la même chose avec le prochain. C'est de fait ce qui s'est passé. Aussi avec le pape François. Quand il a été élu, j'ai pensé : maintenant l'excommunication arrive. Cela a été le contraire : le cardinal Müller a voulu obtenir notre excommunication et le pape François a refusé de le faire. Il me l'a dit personnellement : « Je ne vais pas vous condamner ! » La réconciliation va venir. Notre Mère la Sainte Eglise est actuellement incroyablement déchirée. Les conservateurs veulent de nous, et cela nous a été dit à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Les évêques allemands, eux, ne nous veulent pas du tout. Rome doit composer avec tous ces éléments – cela nous le comprenons. Si nous étions simplement acceptés comme cela, il y aurait la guerre dans l'Eglise. Il y a la crainte que nous puissions triompher. Le pape François a dit à des journalistes : « Je vais m'assurer que cela ne soit pas un triomphe pour eux ».(1)

Mais les tensions et les peurs existent aussi au sein de la Fraternité. En France, un bon nombre de prêtres et de laïcs se sont séparés de la Fraternité parce que les discussions avec le Vatican ont suscité de la méfiance. Comment la Fraternité accueillerait-elle une réconciliation avec Rome ? Combien resteraient ? Et combien partiraient ?

Cela dépendra de ce que Rome exige de nous. Si l’on nous laisse continuer ainsi et si l’on nous donne suffisamment de garanties, alors personne ne partira. La méfiance s’appuie sur la peur d'avoir à accepter les nouveautés. Si l’on exige de nous d’aller sur de nouveaux chemins, alors personne ne viendra.

Qu'est-ce qui vous rend si sûr que tout le monde puisse accepter ? La seule annonce des discussions a déjà provoqué des troubles et des démissions massifs. Quelle conclusion pourrait rassurer les vôtres ? La méfiance ne disparaîtrait pas simplement après un accord.

C'est vrai. Mais il y a de la bonté, de la bienveillance. Depuis des années, nous travaillons de concert avec Rome pour rétablir la confiance. Et nous avons fait de grands progrès malgré toutes ces réactions. Si nous parvenons à un accord raisonnable avec des conditions normales, très peu resteront en retrait. Je ne crains pas tellement une nouvelle division dans la Tradition, si une bonne solution est trouvée avec Rome. Nous pouvons désormais contester certains points du Concile. Nos interlocuteurs à Rome nous ont dit : les points principaux - la liberté religieuse, l’œcuménisme, la nouvelle messe - sont des questions ouvertes. C'est un progrès incroyable. Jusqu'à maintenant, on nous disait : vous devez obéir. Aujourd’hui des membres de la Curie nous disent : vous devriez ouvrir un séminaire à Rome, une université pour la défense de la Tradition... - Tout n’est plus noir ou blanc.

Que serait une solution raisonnable ?

Une prélature personnelle.

Si la forme juridique est déjà trouvée et que les discussions à Rome se déroulent bien, qu'est-ce qui a jusqu'ici manqué pour le pas décisif ?

L'année dernière, Mgr Pozzo nous a dit que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi avait approuvé le texte doctrinal que nous devions signer. Avec cela nous devions accepter une prélature personnelle. Un mois et demi plus tard, le cardinal Müller a décidé de réviser ce texte et d'exiger une acceptation plus claire du Concile et de la légitimité de la nouvelle messe. On nous a d’abord ouvert des moyens de discussion, puis on les a refermés. Qu’exige-t-on vraiment de nous ? Le démon est à l’œuvre. C'est un combat spirituel.

Faites-vous personnellement confiance au Saint-Père, le pape François ?

Nous avons une très bonne relation. Si nous lui faisons savoir que nous sommes à Rome, sa porte nous est ouverte. Il nous aide à une moindre échelle. Il nous a par exemple dit : « J'ai des problèmes quand je fais quelque chose de bien pour vous. J'aide les protestants et les anglicans, pourquoi ne puis-je pas aider les catholiques ? » Certains veulent empêcher un accord, car nous sommes un élément perturbateur dans l'Eglise. Le pape se trouve entre les deux.

(Il sourit et montre une lettre manuscrite que le Saint-Père lui a adressée en français, qui commence avec la salutation « Cher frère, cher fils »)


(1) Allusion à la réponse du pape à la question de Nicolas Senèze (La Croix), au retour du pèlerinage de Fatima, le 13 mai 2017 : « Un accord est-il pour bientôt ? Ce serait le retour triomphal de fidèles qui montrent ce que signifie être vraiment catholiques ? » Réponse de François : « J’écarterais toute forme de triomphalisme. Complètement. », avant de conclure : « Pour moi, ce n’est pas un problème de gagnants ou de perdants, mais de frères, qui doivent cheminer ensemble en cherchant la formule pour faire des pas en avant. » (NDT).

27 juin 2018

[FSSP.com] Nouvel Apostolat FSSP annoncé à Providence, Rhode Island (USA)

SOURCE - FSSP.com - (original anglais) - 27 juin 2018

Suite à l'aimable invitation Mgr Thomas Provin, évêque de Providence, Rhode Island, nous avons le plaisir d'annoncer que l'église St. Mary à Providence sera desservi par la Fraternité Saint-Pierre, à compter du 1er août 2018.

Saint Mary est l'une des plus anciennes églises catholiques de Rhode Island, la paroisse a été établie en 1853 et l'église actuelle consacrée en 1869. Conçu par l'architecte d'origine irlandaise James Murphy, pour servir la grande communauté d'immigrants irlandais de la région, l'église est une structure néo-gothique majestueuse, avec les arcades étonnantes typiques du style et de beaux vitraux.

L'église est facilement accessible depuis l'est du Connecticut, le sud du Massachusetts et la région métropolitaine de Boston. Ce sera le deuxième apostolat pour la fraternité dans la région de la Nouvelle-Angleterre et nous sommes reconnaissants pour l'invitation!

[FSSPX Actualités] Après l’annonce des sacres, les propositions romaines / Il y a 30 ans, l’opération survie de la Tradition : l’histoire des sacres (2)

SOURCE - FSSPX Actualités - 27 juin 2018

["Il y a 30 ans, l’opération survie de la Tradition : l’histoire des sacres"]
  1. L’annonce des sacres
  2. Après l’annonce des sacres, les propositions romaines
  3. Le protocole de mai 1988
  4. Un vrai renouveau de l’Eglise ou une réintégration dans l’Eglise conciliaire?
  5. Une journée historique, le 30 juin 1988

L’aube d’une solution
Le 28 juillet 1987, le cardinal Ratzinger remercie Mgr Lefebvre de sa lettre du 8 juillet. Il lui écrit : « Votre grand désir de sauvegarder la Tradition en lui procurant “les moyens de vivre et de se développer” témoigne de votre attachement à la foi de toujours, mais il ne peut se réaliser que dans la communion au Vicaire du Christ à qui sont confiés le dépôt de cette foi et le gouvernement de l’Eglise. Le Saint-Père comprend votre souci et le partage. C’est pourquoi, en son nom, je vous transmets une nouvelle proposition, désirant vous donner ainsi une ultime possibilité d’un accord sur les problèmes qui vous tiennent à cœur : la situation canonique de la Fraternité Saint-Pie X et l’avenir de vos séminaires ».

Cette proposition prévoit de doter la Fraternité d’une structure juridique adéquate qui permettra au Saint-Siège d’accorder des auxiliaires. Un cardinal visiteur sera nommé sans délai pour trouver une forme juridique satisfaisante. La seule condition est que les supérieurs et membres de la Fraternité témoignent de leur révérence et obéissance au successeur de Pierre selon les normes de la constitution dogmatique du concile Vatican II sur l’Eglise, Lumen gentium, au n°25. Rome se déclare prêt « à concéder à la Fraternité sa juste autonomie et à lui garantir la continuité de la liturgie selon les livres liturgiques en vigueur dans l’Eglise en 1962, le droit de former des séminaristes dans ses séminaires propres, selon le charisme particulier de la Fraternité et l’ordination sacerdotale des candidats ».

Ce n’est pas rien. Bien sûr, la proposition a aussi pour but d’empêcher Mgr Lefebvre de se donner un ou plusieurs auxiliaires sans l’accord du pape et de se rendre ainsi coupable d’une « rupture définitive », continue la lettre. Le cardinal Ratzinger prévient son correspondant des dommages incalculables qu’il causerait à l’unité de l’Eglise par sa grave désobéissance, et qui aurait pour conséquence inéluctable la ruine de son œuvre…

Fidèle à sa conduite qui n’entend jamais précéder la Providence, de concert avec le Conseil que dirige le Supérieur général, l’abbé Franz Schmidberger, Mgr Lefebvre décide de saisir la main tendue, sans illusion mais pas sans espérance.
Un petit espoir
Le 1er octobre 1987, le fondateur de la Fraternité Saint-Pie X remercie le cardinal. Il relève plusieurs indices qui permettent d’espérer « l’aube d’une solution ». Mgr Lefebvre est particulièrement sensible au fait que Rome n’exige aucune déclaration préalable : « l’absence d’une déclaration nous fait penser que nous sommes enfin reconnus comme parfaitement catholiques ». Il se réjouit de la visite d’un cardinal pour constater de visules œuvres et la vitalité de la Tradition. Il salue le fait que soit garantie la continuité de la liturgie de 1962 et reconnu « le droit de poursuivre la formation des séminaristes comme nous le faisons actuellement ». Il suggère vivement que le cardinal visiteur soit le cardinal Edouard Gagnon. Le Saint-Siège répond favorablement à ce souhait et le cardinal Gagnon, Préfet de la Commission pour la famille, est nommé Visiteur apostolique. À l’automne, entre le 11 novembre et le 9 décembre, il se rend dans plusieurs séminaires, visite les prieurés et les maisons principales, les écoles, rencontre prêtres, familles et séminaristes, moines et religieuses. Partout il peut apprécier l’atmosphère profondément catholique qui y règne.

Le 3 octobre, lors d’un sermon prononcé à Ecône à l’occasion du quarantième anniversaire de son épiscopat, Mgr Lefebvre fait part de la perspective nouvelle qui semble devoir s’ouvrir. Sans tomber dans « un optimisme exagéré », « il y a un petit espoir (…) si Rome veut bien nous donner une véritable autonomie, celle que nous avons maintenant, mais avec la soumission au Saint-Père. Nous le voudrions, nous avons toujours souhaité être soumis au Saint-Père. Il n’est pas question de mépriser l’autorité du Saint-Père, au contraire, mais on nous a comme jetés dehors parce que nous étions traditionalistes. Eh bien, si, comme je l’ai souvent demandé, Rome accepte de nous laisser faire l’expérience de la Tradition, il n’y aura plus de problème, nous serons libres de continuer le travail que nous accomplissons – comme nous le faisons maintenant – sous l’autorité du souverain pontife ». Tel est son grand désir, pour lequel il invite prêtres et fidèles à prier : « que le Bon Dieu fasse que nous puissions contribuer d’une manière officielle, libre et publique, à la construction de l’Eglise, au salut des âmes… »

Dans cet esprit, Mgr Lefebvre adresse au cardinal Gagnon un important courrier dans lequel il lui fait des propositions de règlement canonique.
Oui à la reconnaissance canonique de la Fraternité, mais sans compromis avec les réformes conciliaires
Dans sa lettre accompagnatrice, datée du 21 novembre 1987, l’archevêque insiste pour que la grande famille de la Tradition puisse se développer dans une ambiance vraiment catholique, en restant « attachée à l’Eglise romaine, attachée à Pierre et à ses successeurs, mais absolument et radicalement allergique à l’esprit conciliaire de la liberté religieuse, de l’œcuménisme, de la collégialité, à l’esprit d’Assise, fruits du modernisme, du libéralisme tant de fois condamnés par le Saint-Siège ».

Dans ce contexte, Mgr Lefebvre déclare : « Nous acceptons volontiers d’être reconnus par le pape tels que nous sommes et d’avoir un siège dans la Ville éternelle, d’apporter notre collaboration au renouveau de l’Eglise ; nous n’avons jamais voulu rompre avec le Successeur de Pierre, ni considérer que le Saint-Siège est vacant, malgré les épreuves que cela nous a values. Nous vous soumettons un projet de réintégration et de normalisation de nos rapports avec Rome ».

La proposition de Règlement évoque le texte conciliaire Presbyterorum ordinis (n°10) puis exprime une condition sine qua non : « Si le Saint-Siège désire sincèrement que nous devenions officiellement des collaborateurs efficaces pour le renouveau de l’Eglise, sous son autorité, il est de toute nécessité que nous soyons reçus comme nous sommes, qu’on ne nous demande pas de modifier notre enseignement, ni nos moyens de sanctification, qui sont ceux de l’Eglise de toujours ». Aussi Mgr Lefebvre demande-t-il que soit érigé un Secrétariat romain afin de favoriser les initiatives qui maintiennent la Tradition. Ses pouvoirs auraient pour but de normaliser les œuvres de la Tradition en octroyant l’épiscopat à plusieurs de ses membres tout en favorisant une harmonieuse collaboration avec les évêques diocésains.

Quant au statut canonique de la Fraternité et des différentes sociétés religieuses associées, le fondateur d’Ecône propose de les regrouper sous un Ordinariat, à l’image de ce qui se fait pour les militaires. Il réclame la levée des sanctions, la reconnaissance des Statuts de la Fraternité et de pourvoir à sa succession épiscopale. Non seulement Mgr Lefebvre cite un document du Concile, mais il invoque également les normes de la Constitution apostolique Spirituali militum curæ de Jean-Paul II (21 avril 1986) pour trouver un cadre juridique qu’il juge correspondre au développement des différentes congrégations et sociétés qui fleurissent dans la Tradition. Enfin, il demande à ce que la juridiction des prêtres de la Fraternité sur les fidèles soit reçue de Rome par le Supérieur général, et qu’il en soit de même des autres supérieurs de sociétés traditionnelles. En conclusion, Mgr Lefebvre souhaite que les consécrations épiscopales aient lieu avant le dimanche du Bon Pasteur, soit le 17 avril 1988.

Le cardinal Gagnon achève sa visite apostolique au séminaire d’Ecône le 8 décembre, où il assiste officiellement à la messe pontificale que célèbre Mgr Lefebvre, pourtant toujours suspens. Il laisse dans le livre d’or du séminaire une appréciation louangeuse sur le travail qui s’y accomplit et qui devrait, selon lui, être étendu à toute l’Eglise. Quelques mois plus tard, le 15 février 1988, le cardinal écrit à Mgr Lefebvre que le pape Jean-Paul II a lu attentivement son long rapport et les propositions qui lui ont été remises. Il lui annonce que des canonistes sont en train de travailler à la structure canonique et qu’un projet juridique et doctrinal lui sera présenté « d’ici la fin d’avril ». Il invite donc son correspondant à la patience et, également, à la discrétion pour ne pas susciter les oppositions de ceux « qui ne désirent pas une réconciliation ».
Les attentes de Mgr Lefebvre
Le 20 février, Mgr Lefebvre lui répond en lui faisant part de sa crainte « que la procédure employée pour une solution se prolonge indéfiniment et ne me mette ainsi dans l’obligation morale de procéder à des consécrations épiscopales sans l’autorisation du Saint-Siège, ce qui devrait pouvoir être évité ». Il suggère que le Souverain Pontife prenne « une décision même provisoire qui n’engage pas l’avenir et qui permettrait de faire l’expérience de l’exercice de la Tradition officiellement agréé par l’Eglise. Les problèmes doctrinaux pourraient faire l’objet d’échanges postérieurs à la solution canonique, sinon nous nous retrouverons au point de départ ». Enfin, il espère pouvoir prendre connaissance du rapport du cardinal Gagnon, et qu’il n’en sera pas frustré comme lors de la visite du séminaire d’Ecône par trois cardinaux en 1974.

A sa lettre au cardinal Gagnon, l’archevêque joint un courrier adressé au Saint Père. Il y exprime la profonde satisfaction que la visite cardinalice a causée. Il propose à Jean-Paul II une solution provisoire pour ne pas décevoir l’espoir qui est né. Pour cela, « il apparaît exclu de reprendre les problèmes doctrinaux immédiatement ; c’est revenir au point de départ et reprendre les difficultés qui durent depuis 15 ans. L’idée d’une commission intervenant après le règlement juridique est la plus convenable si l’on veut trouver réellement une solution pratique ».

Concrètement, il demande que la Fraternité Saint-Pie X soit reconnue « de droit pontifical » et que soit établie à Rome une commission présidée par un cardinal protecteur. Cet organisme réglerait « tous les problèmes canoniques de la Tradition et entretiendrait les relations avec le Saint Siège, les dicastères et les évêques ». Mgr Lefebvre demande un accord de principe pour présenter au cardinal Gagnon les noms des futurs évêques dont la consécration « apparaît indispensable et urgente ». Il insiste : « étant donné mon âge et ma fatigue. Voilà deux ans que je n’ai pas fait les ordinations au séminaire des Etats-Unis (…), je n’ai plus la santé pour traverser les océans. C’est pourquoi je supplie votre Sainteté de résoudre ce point avant le 30 juin de cette année ». Il précise que les évêques, « toujours choisis parmi les prêtres de la Tradition », auraient une juridiction sur les personnes au lieu d’une juridiction territoriale. Enfin, il demande l’exemption vis-à-vis de la juridiction des Ordinaires des lieux, tout en cherchant à ce que de bonnes relations puissent s’instaurer. Pour cela, les supérieurs d’œuvres traditionnelles feront des rapports sur leurs activités auprès de l’Ordinaire, sans être « tenus à demander une autorisation » pour fonder un nouveau centre. En conclusion, Mgr Lefebvre résume sa position de toujours : « Nous serions très heureux de renouer des relations normales avec le Saint-Siège, mais sans changer, en quoi que ce soit, ce que nous sommes ; car c’est ainsi que nous sommes assurés de demeurer enfants de Dieu et de l’Eglise romaine».

Du Canada, le 11 mars, le cardinal Gagnon informe Mgr Lefebvre qu’un projet devrait lui être présenté à la mi-avril. Le cardinal Ratzinger, le 18 mars, propose une rencontre entre des experts (un théologien et un canoniste) avant de prendre des décisions définitives.

["Il y a 30 ans, l’opération survie de la Tradition : l’histoire des sacres"]
  1. L’annonce des sacres
  2. Après l’annonce des sacres, les propositions romaines
  3. Le protocole de mai 1988
  4. Un vrai renouveau de l’Eglise ou une réintégration dans l’Eglise conciliaire?
  5. Une journée historique, le 30 juin 1988

26 juin 2018

[FSSPX Actualités] L'annonce des sacres / Il y a 30 ans, l’opération survie de la Tradition : l’histoire des sacres (1)

SOURCE - FSSPX Actualités - 26 juin 2018

["Il y a 30 ans, l’opération survie de la Tradition : l’histoire des sacres"]
  1. L’annonce des sacres
  2. Après l’annonce des sacres, les propositions romaines
  3. Le protocole de mai 1988
  4. Un vrai renouveau de l’Eglise ou une réintégration dans l’Eglise conciliaire?
  5. Une journée historique, le 30 juin 1988

L’annonce des sacres
Lorsque Mgr Marcel Lefebvre fonde la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X en 1969, l’âge de la retraite a déjà sonné pour l’ancien missionnaire devenu archevêque de Dakar puis évêque de Tulle, et qui avait gouverné durant six années la Congrégation des Pères du Saint-Esprit. Né le 20 novembre 1905, l’archevêque qui avait parcouru le monde tombait malade régulièrement, rattrapé par les infirmités de la vieillesse et la fatigue d’une vie toute donnée à l’Eglise. Immanquablement devait se poser la question de l’avenir de son œuvre.

Après la suspense a divinis qui le frappe en 1976, « l’évêque de fer » est bien seul. Il ne se trouve qu’un évêque du Brésil, au diocèse de Campos, Mgr Antonio de Castro Mayer, pour prendre publiquement position à ses côtés. En 1983, ils publient ensemble un Manifeste épiscopal pour dénoncer les dérives toujours plus graves que les erreurs ecclésiologiques du concile Vatican II ne finissent pas de provoquer dans l’Eglise, notamment à l’occasion de la promulgation du nouveau Code de droit canonique, le 25 janvier 1983.

Pourtant, Mgr Lefebvre garde espoir. Le 4 juillet 1984, en conclusion de sa Lettre ouverte aux catholiques perplexes, il rédige ces lignes : « On écrit aussi qu’après moi mon œuvre disparaîtra, parce qu’il n’y aura pas d’évêques pour me remplacer. Je suis certain du contraire, je n’ai aucune inquiétude. Je peux mourir demain, le Bon Dieu a toutes les solutions. Il se trouvera de par le monde, je le sais, suffisamment d’évêques pour ordonner nos séminaristes. Même s’il se tait aujourd’hui, l’un ou l’autre de ces évêques recevrait du Saint-Esprit le courage de se dresser à son tour. Si mon œuvre est de Dieu, il saura la garder et la faire servir au bien de l’Eglise. Notre-Seigneur l’a promis : les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle (cf. Mt 16, 18).

« C’est pourquoi je m’entête, et si vous voulez connaître la raison profonde de cet entêtement, la voici. Je veux qu’à l’heure de ma mort, lorsque Notre-Seigneur me demandera : “Qu’as-tu fait de ton épiscopat, qu’as-tu fait de ta grâce épiscopale et sacerdotale ?” je n’entende pas de sa bouche ces mots terribles : “Tu as contribué à détruire l’Eglise avec les autres” ».

Pourtant, quatre ans plus tard, il sacre quatre évêques pour lui succéder et assurer la solidité et la pérennité de son œuvre de restauration du sacerdoce et de préservation de la Tradition. Que s’est-il passé ?
L’état de grave nécessité
En fait, il faut se rendre à l’évidence : la crise de l’Eglise est beaucoup plus grave qu’il n’y paraît. Le Synode de 1985 confirme la volonté des autorités de faire de Vatican II, vingt ans après sa clôture, « une réalité toujours plus vivante ». Le cri d’alarme qu’adressent Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer à Jean-Paul II le 31 août ne produit aucun effet. Dans leur lettre commune, les deux prélats dénoncent les fruits empoisonnés de la déclaration conciliaire sur la liberté religieuse : « l’indifférentisme religieux des Etats, même catholiques » ; « l’œcuménisme condamné par le Magistère de l’Eglise, et en particulier par l’encyclique Mortalium animos de Pie XI » ; « toutes les réformes accomplies depuis 20 ans dans l’Eglise pour complaire aux hérétiques, aux schismatiques, aux fausses religions et aux ennemis déclarés de l’Eglise tels que les Juifs, les communistes et les Francs-maçons ».

Forts des documents les plus solennels du Magistère de l’Eglise, tels que le Symbole de saint Athanase, les conciles de Latran, de Trente et de Vatican I, du Syllabus, etc., l’archevêque français et l’évêque brésilien osent écrire au successeur de Pierre : « Très Saint Père, votre responsabilité est gravement engagée dans cette nouvelle et fausse conception de l’Eglise qui entraîne le clergé et les fidèles dans l’hérésie et le schisme. Si le Synode, sous votre autorité, persévère dans cette orientation, vous ne serez plus le Bon Pasteur ». Pour leur part, les auteurs de la lettre affirment qu’ils ne pourront « que persévérer dans la sainte Tradition de l’Eglise et prendre toutes les décisions nécessaires pour que l’Eglise garde un clergé fidèle à la foi catholique… »
Un signe de la Providence : le scandale d’Assise
L’année suivante est celle de la première réunion interreligieuse à Assise, que Jean-Paul II a pris l’initiative de convoquer pour le 27 octobre 1986 à l’occasion de l’année mondiale de la paix décrétée par l’O.N.U. Mgr Lefebvre la dénonce comme une imposture.

Deux mois avant sa tenue, il écrit à huit cardinaux pour lancer un appel désespéré. Il leur fait part de son indignation puisque « c’est le premier article du Credo et le premier commandement du Décalogue qui sont bafoués publiquement par celui qui est assis sur le Siège de Pierre ». En effet, « si la foi dans l’Eglise, unique arche du salut, disparaît, c’est l’Eglise elle-même qui disparaît ». Mgr Lefebvre s’élève avec force contre ces péchés publics qui ruinent la foi catholique en mettant les faux cultes et les fausses religions sur un pied d’égalité avec l’unique Eglise fondée par Jésus-Christ, et ce dans la ville d’Assise, sanctifiée par saint François.

Ce scandale s’ajoute aux nombreuses initiatives que le pape Jean-Paul II avait prises, notamment en se rendant dans la synagogue de Rome le 13 avril. Depuis Buenos Aires, Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer se retrouvent ensemble et publient une déclaration, le 2 décembre 1986, dans laquelle ils fustigent « cette religion moderniste et libérale de la Rome moderne et conciliaire » qui rompt avec le Magistère antérieur de l’Eglise catholique.
Un autre signe de la Providence : la fausse liberté religieuse justifiée
Le 9 mars 1987, le cardinal Joseph Ratzinger, alors Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, accuse réception de l’étude sur la liberté religieuse que Mgr Lefebvre lui avait fait parvenir en octobre 1985. S’en suit un échange de correspondance qui confirme la rupture entre le magistère nouveau et celui de toujours.

Le 29 juin 1987, lors des ordinations sacerdotales à Ecône, l’archevêque annonce qu’il « est vraisemblable que je me donnerai des successeurs pour pouvoir continuer cette œuvre, parce que Rome est dans les ténèbres. Rome ne peut plus actuellement écouter la voix de la vérité ». Sans doute voit-il la nécessité de ne pas laisser ses séminaristes orphelins alors que l’œuvre a atteint une taille mondiale. Mais surtout il constate l’absence totale de réaction des évêques du monde catholique qui sont tous gagnés par le modernisme, l’esprit d’Assise et les fausses doctrines. Il explique que l’année qui vient de s’écouler a été une année très grave pour l’Eglise catholique, et qu’il y discerne les signes de la Providence qu’il attendait « pour accomplir les actes qui me paraissent nécessaires pour la continuation de l’Eglise catholique ».

Il est en effet convaincu que deux signes manifestent clairement la volonté de Dieu : Assise et la réponse aux objections à propos de la liberté religieuse. Pour Mgr Lefebvre, « cette réponse de Rome aux objections que nous faisions sur les erreurs de Vatican II au sujet de la liberté religieuse, est plus grave qu’Assise ! Assise est un fait historique, une action. La réponse à nos objections sur la liberté religieuse est une prise de position, une affirmation de principes, et c’est donc plus grave. Une chose est de faire simplement une action grave et scandaleuse, autre chose est d’affirmer des principes faux, erronés, qui ont dans la pratique des conclusions désastreuses ».

Le 8 juillet 1987, le prélat adresse au cardinal Ratzinger une étude réfutant la réponse que les autorités lui ont faite. Mgr Lefebvre fait part de son désarroi devant cette obstination à justifier la déclaration Dignitatis humanae, pourtant en flagrante opposition avec les documents du magistère le plus solennel – le Syllabus, Quanta cura, Libertas præstantissimum. Il insiste sur la responsabilité « devant Dieu et devant l’histoire de l’Eglise » de la rupture opérée par le nouveau magistère. Il conclut sa lettre en confirmant ce qu’il a annoncé le 29 juin à Ecône : « Une volonté pertinace d’anéantissement de la Tradition est une volonté suicidaire, qui autorise par le fait même les vrais et fidèles catholiques à prendre toutes les initiatives nécessaires à la survie de l’Eglise et au salut des âmes ».

Ainsi, en quelques années, Mgr Lefebvre a été conduit à revoir sa position initiale. Devant l’absence de réaction face aux scandales et à l’apostasie grandissante, la perspective de voir anéantir à sa mort l’œuvre de formation et de restauration du sacerdoce catholique qu’il a entreprise paraît chaque jour plus probable. Les signes de la Providence ont été nombreux pour l’aider à prendre une sage décision. Parmi ceux-ci, les principaux sont le scandale d’Assise en 1986, et la confirmation de la nouvelle doctrine de la liberté religieuse en 1987.

Agé de bientôt 82 ans, Mgr Lefebvre a donc annoncé au monde qu’il se doterait de successeurs pour ne pas laisser ses séminaristes orphelins et afin d’assurer la pérennité du sacerdoce catholique. De son côté, Mgr de Castro Mayer a déjà plus de 83 ans – il est né le 20 juin 1904 – et ne manquera pas de s’associer à l’acte si important que s’apprête à poser l’archevêque. Mais un rebondissement se produit lorsque le Saint-Siège se décide à réagir.

["Il y a 30 ans, l’opération survie de la Tradition : l’histoire des sacres"]
  1. L’annonce des sacres
  2. Après l’annonce des sacres, les propositions romaines
  3. Le protocole de mai 1988
  4. Un vrai renouveau de l’Eglise ou une réintégration dans l’Eglise conciliaire?
  5. Une journée historique, le 30 juin 1988

25 juin 2018

[Yves Chiron - Aletheia] Jean Madiran, ou la primauté de la Foi

SOURCE - Yves Chiron - Aletheia - n°271 - 25 juin 2018

Jean Madiran a-t-il eu des disciples? Le mot l’aurait peut-être fait rire, parce que, s’il était un maître, il laissait une grande liberté à ceux qui se mettaient à son écoute ou à son école. La force et la vérité des maîtres authentiques sont qu’ils ne cherchent pas à engendrer des perroquets, mais d’éveiller, de révéler des esprits qui œuvreront dans leur sillage sans les répéter point à point. Rémi Fontaine, essayiste et journaliste, qui fut longtemps une des chevilles ouvrières de Présent, est assurément un de ces héritiers libres et lucides de Jean Madiran. L’essai qu’il lui consacre, cinq ans après sa mort (déjà!), n’est pas, comme le dit très bien Dom Louis-Marie dans sa préface, «un simple résumé de la pensée du maître, mais une œuvre personnelle, à son école.»  
La discrétion et la modestie de Rémi Fontaine sont bien connues. Il ne m’en voudra pas de raconter la petite histoire suivante. Il avait sollicité des éditeurs lors de la préparation de cet essai. Deux éditeurs catholiques bien connus avaient dit leur intérêt pour l’ouvrage. Le premier, dont je ne citerai pas le nom par charité, a renoncé à éditer le livre parce qu’il était préfacé par Dom Louis-Marie, Père Abbé de Sainte-Madeleine du Barroux. Le second, dont je tairai aussi le nom par charité, a renoncé à éditer le livre parce qu’il contenait une postface d’un auteur qui ne lui agrée plus.  
Dieu merci, Rémi Fontaine a trouvé un troisième éditeur, plus libre et moins rancunier que les précédents.  
Je publie ci-dessous la postface que Rémi Fontaine m’a fait l’honneur de me demander pour son essai si intéressant et si neuf.  
Y.C
JEAN MADIRAN OU LA PRIMAUTÉ DE LA FOI   
La Révolution française n’a pas commencé en 1789. Si la Révolution politique a bien commencé le 17 juin 1789 lorsqu’une majorité de députés du tiers-état aux États Généraux s’est parée du titre d’Assemblée nationale (sous-entendue souveraine et constituante), la révolution intellectuelle – celle des Lumières – avait commencé plusieurs décennies auparavant.

La crise de l’Église n’a pas commencé avec le concile Vatican II [1962-1965]. Elle est antérieure. En France les prémisses peuvent en être observées à partir de 1944-1945, quand l’Église a commencé à douter d’elle-même, quand les prêtres ont commencé à s’interroger sur leur identité et leur mission.

Cette crise fut, dès les années 1950, une crise d’identité du prêtre autant qu’une crise intellectuelle ou doctrinale. Le P. Louis Bouyer, qui fut un des grands théologiens du XXe siècle, en discernait les signes dans un ouvrage paru en 1958, à l’époque même où mourait Pie XII. Le P. Bouyer voulait lancer «un cri d’inquiétude, sinon un cri d’alarme». Il décrivait cette crise comme une «incertitude des esprits dans une époque bouleversée, avec une espèce de démagogie intellectuelle qui précipite à baptiser toutes les modes de l’esprit, à peine sont-elles dessinées. [Louis Bouyer, Humain ou chrétien?, Desclée De Brouwer, 1958, p. 7.]»

Jean Madiran, contre-révolutionnaire dans la crise de civilisation et défenseur de la Tradition catholique dans la crise de l’Église, n’est pas né, armé de pied en cap, contre-révolutionnaire et traditionaliste («intégriste» disaient, stupidement, ses adversaires). S’il a commencé à lire Maurras à l’âge de 15 ans, il commence à lire saint Thomas d’Aquin à 19 ans. C’est à 24 ans, lorsqu’il devient professeur de philosophie à Maslacq qu’il découvre, grâce à André Charlier, le chant grégorien à l’École des Roches et la vie bénédictine par les séjours que Charlier faisait effectuer aux grands élèves et à leurs professeurs au monastère de Madiran. Ce n’est que dans les années 1950 que le trentenaire, qui n’est plus professeur, entre en profondeur, grâce à Marcel Clément, dans l’enseignement de Pie XII et plus particulièrement prend la mesure de l’importance et de la valeur de la Doctrine sociale de l’Église.

Si l’on voulait pousser plus loin l’introspection historique, il faudrait être attentif au moment où Jean Arfel abandonne le pseudonyme de Jean-Louis Lagor (dont il signa ses premiers livres) pour celui de Jean Madiran (en souvenir du monastère qu’il fréquentait comme jeune professeur). Il y a eu là une sorte de rupture avec une première vie et l’engagement dans un combat pour l’Église et pour la civilisation qui ne cessera plus, jusqu’au dernier souffle.

Madiran, à son tour, à Itinéraires (qu’il fonde en 1956), à Présent (dont il est un des fondateurs en 1981-1982), par d’autres canaux encore, formera de jeunes esprits, aura des disciples. Je ne tenterai pas d’en dresser ici la liste, et il faudrait déjà s’entendre sur ce qu’est un disciple. Répéter ce que d’autres ont mieux dit avant vous, n’est pas être disciple, c’est du psittacisme.
 
Rémi Fontaine, avec ce livre sur Madiran, ne fait pas du psittacisme. Son livre est bien plus qu’un «hommage». C’est une réflexion continuée dans le sillage. Son premier chapitre «Comme un scout…» pourra surprendre. Madiran scout? Oui, et il a gardé toute sa vie ce sens aigu du service de Dieu, de l’Église et de la Patrie auquel le scout s’engage lors de sa promesse. Jean Madiran m’a raconté un jour quel souvenir extraordinaire il avait gardé des cérémonies auxquelles il avait participé, comme scout, lors de la venue du cardinal Pacelli (le futur Pie XII) comme légat lors des fêtes de Lourdes en 1935. Le jeune Arfel avait 15 ans.
 
Rémi Fontaine a été le premier, en France, à introduire le concept de «sain et légitime communautarisme» et à montrer qu’il pouvait être non pas une alternative à l’actuelle dissociété ou un rempart contre la désagrégation, mais un moyen de maintenir des foyers, des «oasis» comme le dira ensuite Benoît XVI dans Lumière du monde. Cela rejoint la réalité de ce que furent les monastères bénédictins aux temps barbares et à d’autres époques troublées: des refuges de la foi et de la pensée, qui surent non seulement garder mais transmettre à nouveau. Rémi Fontaine excelle aussi dans l’art de l’analogie, il sait identifier les ressemblances et les correspondances, pour mieux faire comprendre et dégager la vérité des choses et des situations. Dans ses analyses de la situation contemporaine de l’Église, on pourra trouver exagérée telle ou telle formulation. Il y a bien une lettre de Vatican II (les textes promulgués, les seuls qui comptent), mais y a-t-il un esprit de Vatican II? Il y autant d’interprétations de Vatican II qu’il y a de commentateurs, plus ou moins autorisés. C’est bien pour cela que la seule bonne herméneutique du concile est celle que donne l’Église elle-même en son plus haut Magistère.
 
Mgr Noyer, aujourd’hui évêque émérite d’Amiens, parlait en 2010, dans une longue conférence, du concile Vatican II comme un «feu»: «Si je parle du ”feu du concile” c’est pour évoquer ’enthousiasme, la chaleur, la lumière et la chaleur de l’expérience partagée au premier chef par les évêques, devenus acteurs de premier plan, dans l’histoire de l’Église et du monde. Mais le feu, c’est aussi les modifications, les remises en cause, les débandades parfois très douloureuses du paysage ecclésial et politique qui obligent les évêques à endosser le rôle de pompiers de l’incendie qu’ils avaient eux-mêmes allumé.»
 
Le «concile» a servi de prétexte ou de légitimation à toutes les remises en cause, à toutes les destructions. Mais ce n’est pas la lettre du concile qui les autorisait.
 
Le ravage dans le domaine liturgique a été peut-être le plus visible et reste le plus durable. Jean Madiran, dans les éditions successives de La messe, état de la question (livre qu’il regrettait qu’il soit si mal lu), ni dans son Histoire inachevée de la messe interdite, ni dans aucun de ses écrits, n’a nié «l’orthodoxie du texte latin authentique de la messe de Paul VI». Il a été, en revanche, parmi les premiers à contester l’orthodoxie du fameux article 7 de l’Institutio generalis, article qui, du reste, sera rapidement corrigé par Rome.
 
Dans sa Réclamation au Saint Père (1974), il avait demandé que Rome rende aux catholiques la messe traditionnelle, le catéchisme intégral et une version authentique des Écritures. On peut dire que sa réclamation a été progressivement mais largement entendue. Pour la messe: par l’indult de 1984, par le motu proprio de 1988 et par celui de 2007.
 
Mais Jean Madiran n’était pas un extrémiste ou un obtus. Il savait bien que la messe traditionnelle ne reviendrait pas partout et elle seule. Que le Novus ordo, malgré ses faiblesses, resterait, en France et dans toute l’Église, la forme «ordinaire» du rite romain (selon l’expression qu’emploiera Benoît XVI). En 1999, dans une lettre, inédite, à Dom Gérard, Jean Madiran reconnaissait avoir peut-être injustement méprisé la foi de l’Église telle qu’elle s’exprime dans la pauvre liturgie célébrée dans nombre de paroisses ordinaires: «nous avons été inattentifs peut-être (et peut-être hélas quelque peu méprisants), nous avons manqué de tendresse prévenante pour cette foi de l’Église présente dans ces paroisses décimées, ballottées, illusionnées, matraquées, diminuées, et que nous retrouvons toujours, béatement heureuses ou lucidement malheureuses de leur messe mal fichue, mais finalement fidèles.»
 
Jean Madiran sera encore lu par les générations futures parce qu’il était animé d’une flamme particulière. Cette flamme, ses ennemis ou ceux qui ne l’aimaient pas, n’ont pas perçu qu’elle avait un double éclat.
 
Il y avait d’abord l’acribie exceptionnelle de Jean Madiran, qui était en premier lieu une lecture attentive, puis l’art de repérer les contradictions, les formules alambiquées, les faux-fuyants. Sur ce point-là, il était en plein accord avec son exact contemporain Émile Poulat [1920-2014] pour qui le choix des mots et le sens des mots sont la clef de compréhension de la plupart des questions. Cette acribie de Madiran pouvait l’entraîner à des polémiques qu’il menait loin.
 
Mais ses adversaires, ou ceux qui ne l’aimaient pas, n’ont pas vu qu’il y avait en corollaire, chez Jean Madiran – et c’était le cœur de ses écrits et de son engagement –, un sens aigu de la piété ou ce qu’il appelait «l’esprit filial». Le Décalogue («Tu honoreras ton père et ta mère») s’accorde ici avec la loi naturelle exprimée par Maurras («Tout homme est un héritier»).
 
Comme nationaliste, Madiran avait un respect filial pour tout ce que la France a fait de meilleur, mais en tant que catholique il savait que sans la foi chrétienne la civilisation ne peut que déchoir, s’écrouler. Jean Madiran – Frère JeanBaptiste dans l’oblature bénédictine –, lui qui, sans le clamer à tout vent, se confessait tous les premiers samedis du mois, savait que le Ciel est la Patrie ultime du chrétien, pèlerin sur cette terre.
   
Yves Chiron
Rémi Fontaine, Itinéraires de Chrétienté avec Jean Madiran, 154 pages, 18 €. 
En librairie ou directement auprès de l’éditeur: Presses de la Délivrance 3, rue de l’Arrivée 75015 Paris au prix de 18€ + 4,17 € de frais de port ou sur le site www.les4verites.

[Abbé Pivert (blog)] Adresse aux membres du Chapitre Général de la Fraternité Saint Pie X

SOURCE - Abbé Pivert (blog) - 25 juin 2018

Messieurs les abbés,

Avez-vous l’amour des opprobres ?

Vous prêchez les exercices de saint Ignace dont la méditation-clef nous trace le programme des vrais serviteurs de Dieu face au programme des serviteurs de Satan. C’est pauvreté, amour des opprobres, humilité et de là, affirme saint Ignace, découlent toutes les autres vertus.

La pauvreté ne semble pas être une marque distinctive de la Fraternité Saint Pie X…

Et l’amour des opprobres non plus : vous recherchez l’approbation de la Rome apostate ! Vous voulez être reconnus par ceux que vous devriez dénoncer et combattre ! Vous pleurnichez devant eux pour quémander quelques miettes de reconnaissance. Vous ne voulez pas voir qu’ils sont eux-mêmes à la remorque du monde et des Bilderbeg.

Vous soumettez les mariages de vos fidèles au comportement du monde et non à la rigueur de l’évangile, car c’est bien cela : le faux droit de Vatican II favorise les divorces sous couvert de nullités, tandis que les sages exigences du code de saint Pie X forment les adorateurs du vrai Dieu.

Quant à l’humilité, je ne vous dirai qu’une chose : vous êtes des bourgeois et des aumôniers de bourgeois. Les musulmans n’ont-ils pas d’âme que vous ne cherchiez pas à les convertir ? Que vous n’envoyiez pas vos religieuses vivre au milieu d’eux comme le suppliait le Père de Foucauld ?

L’Apocalypse va tomber sur notre pauvre monde et vous ne formez pas les chrétiens pauvres, amoureux des opprobres et humbles qui seuls pourront résister à la puissance de l’argent, à la vanité de la technique, à l’orgueil de la Révolution.

Vous avez un mot à la bouche, un mot sort de vos plumes : obéissance ! Et vous ne voulez pas voir que vos jeunes vous échappent, happés par le monde.

Ah, Messieurs, il n’est plus temps de vous demander de revenir trente ans en arrière, c’est-à-dire à l’enthousiasme des sacres de 1988 par lesquels Mgr Lefebvre méprisant la fausse sagesse du monde, la fausse prudence de Rome, donnait au monde la seule réponse qu’il méritait : des missionnaires de la foi.

Car, depuis, vous avez jeté hors de la Fraternité Saint Pie X Mgr Williamson comme un malpropre, vous avez jeté comme une peste contagieuse des prêtres et des fidèles serviteurs de Dieu ! Vous avez prouvé par là, comme l’a dit l’abbé de Cacqueray, qu’ils n’avaient plus leur place dans la Fraternité Saint Pie X. Effectivement, notre place n’est plus au milieu de vous et, voudriez-vous nous réintégrer dans ce que vous avez fait de la Fraternité Saint Pie X, nous le refuserions.

Nous vous avons tant de fois tendu la main, mais vous nous avez méprisés et calomniés, alors, solennellement, appuyés sur la puissance de l’Évangile, par respect pour la majesté de Dieu, nous vous adjurons de revenir de vos errements, de demander pardon à Dieu de vos lâchetés. Des prêtres jureurs l’ont fait avant vous, pourquoi pas vous ? Vous demanderez à l’humble Vierge Marie de vous obtenir de Dieu, par une humble pénitence, par un humble apostolat auprès des plus pauvres, cachés au milieu des persécutés du monde moderne que vous avez aimé, vous lui demanderez l’honneur de l’humble confession de la foi. Et, le jour où le monde vous haïra, où il vous traitera comme le pire de ses ennemis, vous saurez que vous êtes pardonnés.

Abbé François Pivert
Prêtre de Jésus-Christ

23 juin 2018

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Fraternité Cinquantiste *

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 23 juin 2018

Quelle est cette piété qui t’endort dans l’eau tiède ?
Ne néglige pas Dieu quand tu aides ton frère.
     
L’Église des années 1950 et la Fraternité Saint-Pie X des années 2000 souffrent toutes deux d’une maladie analogue : la même pathologie, qui affligeait l’Église, touche maintenant la FSSPX. Au juste, d’où vient ce mal ? Il consiste dans cette démarche insidieuse d’aller au-devant de l’homme moderne éloigné de Dieu, en rabaissant au niveau de l’homme sans Dieu les exigences de la Foi. L’image du Dieu véritable est alors rendue méconnaissable. Dans l’Église, on a prétendu adapter la Foi de toujours à notre monde moderne, donnant ainsi naissance au Concile Vatican II. Dans la FSSPX, on prétend maintenant adapter au Concile la Tradition Catholique, provoquant ainsi le dérapage de la FSSPX. “Les mêmes causes produisent les mêmes effets.”

Nous avons commémoré l’an dernier le centième anniversaire des grandes apparitions de Fatima. Au Portugal. Nous avons entendu Notre-Dame nous annoncer les catastrophes terrifiantes qui s’abattraient sur l’humanité si l’on n’écoutait pas ses demandes. Les ecclésiastiques n’ont pas réagi comme ils auraient dû, car plusieurs années après, la Très Sainte Vierge a confié à Sœur Lucie que même les bonnes âmes ne faisaient pas cas de ses demandes, alors que les méchants, bien sûr, persistaient dans la voie du péché. C’est ainsi que le règne de Pie XII (1939–1958) fut marqué d’abord par la dévotion à Fatima, mais dans la deuxième partie de son règne, dès les années 1950, on persuada le Pape qu’il fallait séparer l’aspect politique des apparitions, et notamment la Consécration de la Russie, de leur aspect dévotionnel. Et alors il négligea l’aspect politique tout en conservant la dévotion. Ce fut là une grande erreur. Or, c’est exactement la même erreur que répètent certains Supérieurs de la Fraternité depuis les années 2010.

Un confrère de la FSSPX a entendu l’an dernier (2017) deux membres importants de la Fraternité prêcher sur Fatima (1917). Il s’attendait à ce que les deux prédicateurs fissent une application en profondeur des apparitions mais, tout ce qu’il entendit fut de pieuses paroles. Certes, rien n’y était faux, mais ces prédications laissaient supposer un monde resplendissant de santé ! Ils ont parlé de la grandeur, de la bonté et de la miséricorde de Notre-Dame, et bien sûr de Son Cœur Immaculé, puissant refuge pour nous catholiques. Jusque-là, rien de mal. Mais, continue notre confrère...
“Pas un mot sur la situation catastrophique dans laquelle les individus, les nations et l’Église se débattent aujourd’hui. La première partie du Secret de Fatima a été mentionnée, mais la deuxième et la troisième ont été occultées. Les nations ne croulent-elles pas sous toutes sortes de problèmes ? Notre Mère l’Église, avec à sa tête le pape François, ne sombre-t-elle-pas dans des difficultés inimaginables ? Face à cette situation, comment oser passer sous silence les deuxième et troisième parties du Secret, sans même y faire allusion? 
“Nos Supérieurs sont en train de contracter une lourde responsabilité. Ils endorment leurs fidèles, ils les bercent dans une religiosité somnolente : « Nous avons la vraie Messe, nous avons la Foi, nous avons des prieurés, nous sommes membres de l’Église catholique . . . que pourrions-nous vouloir de plus ? » Des sermons de ce genre inhibent toute réaction ; on n’y parle plus d’engagement pour les batailles de la Mère de Dieu ; rien, pas même un avertissement contre les gadgets électroniques d’aujourd’hui. Voilà comment les catholiques deviennent des tièdes. 
“Lorsque la Sainte Vierge eut fait voir aux enfants de Fatima les feux de l’enfer, ils augmentèrent nettement leurs prières, leurs efforts et leurs sacrifices. Mais nous, catholiques du 21ème siècle, nous n’aurions nul besoin d’une telle vision de l’enfer ? Ni d’être mis en garde contre la situation catastrophique de la politique actuelle ? Ni d’être informé de la situation dramatique de l’Église aujourd’hui ? Beaucoup de nos fidèles ne se doutent même pas qu’on leur cache quelque chose d’important. Quand ils entendent des sermons de ce genre, leur enthousiasme éclate, ils louent les prédicateurs, ils sont heureux au possible. Hélas, il n’est que trop compréhensible que les hommes préfèrent ce qui est agréable et facile à ce qui leur semble dur, bien que vrai.”
Kyrie eleison.
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* Le «Cinquantisme» est ce Catholicisme des années 1950, extérieurement correct, mais intérieurement tout prêt à glisser dans le catholicisme désastreux des années 1960, années du Concile.

[FSSPX Actualités] France: vers une formation civique obligatoire des ministres du culte?

SOURCE - FSSPX Actualités - 23 juin 2018

Le 14 juin 2018, le Sénat a examiné une proposition de loi envisageant une formation civile et civique obligatoire pour les ministres du culte afin de pouvoir exercer leurs fonctions. Si le texte adopté a été largement amendé, les sénateurs proposent de rendre obligatoire cette formation pour les aumôniers.

« L’objectif n’est pas d’interférer dans les formations religieuses. On veut que cette formation civique et civile soit obligatoire, parce que c’est nécessaire pour la sauvegarde de l’ordre public », tient à préciser Nathalie Goulet, sénatrice UDI - Union des démocrates et indépendants, parti du centre droit - de l’Orne et rapporteur du projet de loi examiné au Sénat.

Cette formation, qui ne concernera que les aumôniers - pour l’instant ? -, aura pour objet de lutter contre les « dérives » de certains cultes en proposant un cursus basé sur « les socles du droit de la République ». Pour la sénatrice, il s'agirait de « favoriser l'application de la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l'Etat ».

Le gouvernement français, par la voix de Jacqueline Gourault, ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur et des cultes, s'oppose à cette proposition. Si le gouvernement « partage intégralement » le diagnostic posé par les sénateurs sur « l’indispensable structuration d’une offre de la formation des imams en France » et « les obligations de transparence sur le financement du culte », il n'est cependant « pas favorable » à la proposition de loi présentée par le Sénat.

Si les ministres du culte musulman sont donc bel et bien visés au premier chef par cette proposition, Nathalie Goulet, la sénatrice à l'origine de la proposition, rappelle qu’aucun culte ne sera épargné. D’ailleurs, « les réactions les plus négatives à notre proposition émanent des milieux chrétiens », explique-t-elle.

Cette dernière remarque est fort intéressante. Seule l'Eglise promeut la distinction des pouvoirs temporel et spirituel, sans confusion ni séparation. Au contraire des fausses religions qui, tel l'Islam, ignorent la distinction des pouvoirs. C'est ainsi que nombre de philosophes des prétendues Lumières admiraient la secte de Mahomet ou avouaient leur fascination pour cet aspect précis. Tandis que Thomas Hobbes proposait de ramener à l'unité politique les deux puissances que sont l'Eglise et l'Etat, Jean-Jacques Rousseau trouvait que Mahomet avait eu « des vues très saines » en liant dans un même système théologique et politique l'Etat islamique (Cf. Du contrat social, livre IV, ch. 8).

Quant à la République mise en place par la Révolution, Alexis de Tocqueville a finement remarqué comment, en voulant procéder « à la régénération du genre humain », « elle est devenue elle-même une sorte de religion nouvelle, religion imparfaite, il est vrai, sans Dieu, sans culte et sans autre vie, mais qui, néanmoins, comme l'islamisme, a inondé toute la terre de ses soldats, de ses apôtres et de ses martyrs. » (L'Ancien Régime et la Révolution, I, 3)

On ne s'étonnera donc pas que Nathalie Goulet ait pu déclarer : « Ces mesures sont prônées par les musulmans eux-mêmes. Je ne comprends pas quels autres cultes pourraient être opposés à cela ». Finalement, République et Islam ont plus d'une accointance et peuvent faire bon ménage.

[FSSPX Actualités] Etats-Unis : sept nouveaux prêtres pour la Fraternité

SOURCE - FSSPX Actualités - 23 juin 2018

Jour de liesse au séminaire Saint-Thomas-d’Aquin de Dillwyn en Virginie : Mgr Bernard Tissier de Mallerais a conféré le sacrement de l’Ordre à sept candidats, au cours de la messe pontificale qu’il a célébrée le 22 juin 2018.

C’est à 9 h que débuta la procession menant le pontife et les ordinands, cierges dans la main droite et chasuble sur le bras gauche, sous la tente des ordinations.

Après l’homélie prononcée par Mgr Tissier de Mallerais, les rites solennels de l’ordination sacerdotale se sont déployés avec faste, et les sept diacres - les abbés McManus, Sheahan, Tamm, Fabula, Buschmann, O’Hart et Graziano - sont devenus prêtres pour l’éternité.

Ce fut une magnifique journée qui réunit la communauté du séminaire et les fidèles dans une même action de grâces, et dans le souvenir du vénéré Fondateur de la Fraternité.

[Mgr Bernard Fellay - FSSPX Actualités] La crise dans l’Eglise : quelles racines, quels remèdes ?

SOURCE - FSSPX Actualités - 23 juin 2018

Message de Mgr Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, à la journée d’étude sur « les racines de la crise dans l’Eglise », Rome, 23 juin 2018.

Cette journée d’étude est très utile, car il est plus que nécessaire aujourd’hui de remonter aux racines de la crise dans l’Eglise. En septembre dernier, lors de la publication de la Correctio filialis que j’ai signée, je souhaitais que « le débat sur ces questions majeures s’amplifie, afin que la vérité soit rétablie et l’erreur condamnée » (FSSPX.Actualités 26/09/17), c’est dire que j’adhère pleinement à l’objectif que vous vous êtes fixé : « Le rejet de ces erreurs et le retour, avec l’aide de Dieu, à la Vérité catholique complète et vécue, est la condition nécessaire de la renaissance de l’Eglise. » (Présentation du congrès du 23 juin 2018)

Correspondance entre le cardinal Ottaviani et Mgr Lefebvre

Votre démarche s’inscrit dans la ligne d’un échange de correspondance peu connu entre le cardinal Ottaviani et Mgr Lefebvre, qui peut nous fournir un éclairage précieux. Cet échange a eu lieu un an après la fin du Concile, en 1966.

En effet, le 24 juillet 1966, le cardinal Alfredo Ottaviani, alors Pro-préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, faisait parvenir aux évêques une lettre dans laquelle il dressait la liste de 10 erreurs qui s’étaient manifestées après le concile Vatican II. On peut y lire ces affirmations dont l’actualité, plus de 50 ans après, demeure intacte :

« La vérité objective et absolue, ferme et immuable, n’est presque pas admise par certains, qui soumettent toutes choses à un certain relativisme et ceci pour la raison fallacieuse que toute vérité suit nécessairement le rythme de l’évolution de la conscience et de l’histoire ». (n° 4)

« Des erreurs non moindres sont répandues dans le domaine de la théologie morale. En effet certains, non en petit nombre, osent rejeter la règle objective de la moralité ; d’autres n’acceptent pas la loi naturelle, mais affirment la légitimité de la morale de situation, comme ils disent. Des opinions pernicieuses sont proposées sur la moralité et la responsabilité en matière sexuelle et matrimoniale ». (n° 9)


La remise en cause de « la vérité objective et absolue » et de « la règle objective de la moralité », la promotion d’un « relativisme », la légitimation de « la morale de situation », telles sont les racines de la crise dans l’Eglise.

Le 20 décembre 1966 Mgr Marcel Lefebvre, alors Supérieur général des Pères du Saint-Esprit, répondit au cardinal Ottaviani par une liste de doutes. Ces dubia n’étaient pas les siens, mais ceux qu’il voyait s’introduire dans l’enseignement officiel, à la suite du Concile : « Qu’il s’agisse :

- de la transmission de la juridiction des évêques,
- des deux sources de la Révélation,
- de l’inspiration scripturaire,
- de la nécessité de la grâce pour la justification,
- de la nécessité du baptême catholique,
- de la vie de la grâce chez les hérétiques, schismatiques et païens,
- des fins du mariage,
- de la liberté religieuse,
- des fins dernières, etc.

Sur ces points fondamentaux, la doctrine traditionnelle était claire et enseignée unanimement dans les universités catholiques. Or, de nombreux textes du Concile sur ces vérités permettent désormais d’en douter ».

Au sujet de cette clarté de la doctrine traditionnelle rendue trouble à partir du Concile, l’aveu - 24 ans après - du P. Peter Henrici s.j., dans son article « La maturation du Concile » (in Communio n° 92, nov.-déc. 1990, p. 85 et sqq.), confirme le bien-fondé de l’inquiétude de Mgr Lefebvre. Le théologien suisse n’hésite pas, en effet, à voir au Concile « l’affrontement de deux traditions différentes de la doctrine théologique, qui ne pouvaient, au fond, se comprendre mutuellement ! ».

Conséquences pratiques des doutes et erreurs

Mais Mgr Lefebvre ne se contentait pas d’énoncer et de dénoncer les doutes nouvellement apparus, il ajoutait aussitôt au cardinal Ottaviani : « Les conséquences en ont été rapidement tirées et appliquées dans la vie de l’Eglise ». Suivent alors, sous la plume de Mgr Lefebvre, les conséquences pratiques, pastorales, de ces doutes :

- Les doutes sur la nécessité de l’Eglise et des sacrements entraînent la disparition des vocations sacerdotales.

- Les doutes sur la nécessité et la nature de la « conversion » de toute âme entraînent la disparition des vocations religieuses, la ruine de la spiritualité traditionnelle dans les noviciats, l’inutilité des missions.

- Les doutes sur la légitimité de l’autorité et l’exigence de l’obéissance provoqués par l’exaltation de la dignité humaine, de l’autonomie de la conscience, de la liberté, ébranlent toutes les sociétés en commençant par l’Eglise, les sociétés religieuses, les diocèses, la société civile, la famille. (...)

- Les doutes sur la nécessité de la grâce pour être sauvé provoquent la mésestime du baptême désormais remis à plus tard, l’abandon du sacrement de pénitence. (...)

- Les doutes sur la nécessité de l’Eglise source unique de salut, sur l’Eglise catholique seule vraie religion, provenant des déclarations sur l’œcuménisme et la liberté religieuse, détruisent l’autorité du Magistère de l’Eglise. En effet, Rome n’est plus la « Magistra Veritatis » unique et nécessaire.


Proposition de remèdes concrets

Face à ces maux, Mgr Lefebvre propose respectueusement à l’adresse du Souverain Pontife des remèdes concrets : « Que le Saint-Père (...) daigne par des documents importants proclamer la vérité, poursuivre l’erreur, sans crainte des contradictions, sans crainte des schismes, sans crainte de remettre en cause les dispositions pastorales du Concile ».

Il demande au pape de soutenir efficacement les évêques fidèles : « Daigne le Saint-Père :

- encourager les évêques à redresser la foi et les mœurs individuellement, chacun dans leurs diocèses respectifs, comme il convient à tout bon pasteur ;
- soutenir les évêques courageux, les inciter à réformer leurs séminaires, à y restaurer les études selon saint Thomas ;
- encourager les supérieurs généraux à maintenir dans les noviciats et les communautés les principes fondamentaux de toute ascèse chrétienne, surtout l’obéissance ;
- encourager le développement des écoles catholiques,
- la presse de saine doctrine,
- les associations de familles chrétiennes ;
- enfin réprimander les fauteurs d’erreurs et les réduire au silence ».

A son humble niveau, dans la Fraternité Saint-Pie X qu’il fonda en 1970, Mgr Lefebvre s’est efforcé de mettre en œuvre ces remèdes : enseignement thomiste dans les séminaires, ascèse chrétienne et obéissance inculquées aux séminaristes et, autour des prieurés : écoles catholiques, presse catholique, associations de familles chrétiennes.

Cette mise en œuvre pratique était essentielle pour le fondateur de la Fraternité : faire ce qui est possible à son niveau, avec les grâces de son état, mais en n’oubliant jamais – comme il l’écrit au cardinal Ottaviani – que « le Successeur de Pierre et lui seul peut sauver l’Eglise ».

De l’exclusif à l’inclusif... et retour

Il convient d’ajouter ici qu’aux yeux de Mgr Lefebvre, cette mise en œuvre pratique est un remède efficace au relativisme. Il veut répondre au plan doctrinal, mais aussi au plan pastoral parce qu’il a conscience de la dimension idéologique des nouveautés postconciliaires. Or on ne peut répondre de façon purement spéculative à une idéologie, car elle ne verra dans cette réponse qu’une idéologie contraire et non pas le contraire d’une idéologie. Tel est le mode de raisonnement de ce relativisme subjectiviste qui dilue « la vérité objective et absolue » et « la règle objective de la moralité ».

En fait, les « doutes » dénoncés plus haut ont pour conséquence la remise en cause de l’essentiel, à savoir la mission salvifique de l’Eglise, par la promotion de ce « christianisme secondaire » si bien analysé par Romano Amerio. Cette perte de vue de l’essentiel brouille l’enseignement doctrinal et moral jusque-là clair. Lorsque la mission salvifique de l’Eglise n’est plus centrale, ni prioritaire, plus rien n’est hiérarchisé, ni structuré harmonieusement, et l’on a tendance à justifier les contradictions, les incohérences – qui sont beaucoup plus que des « doutes » !

Dès lors, on va faire en sorte que ce qui dans la bouche de Notre Seigneur était exclusif : ou l’un ou l’autre (« Nul ne peut servir deux maîtres, car ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. » Mt 6, 24), devienne conciliable ou inclusif, comme on dit aujourd’hui. On remplacera le ou l’un ou l’autre par la formule et l’un et l’autre « qui combine le ciel et le monde en un composé, dont la partie dominante qui donne au composé son caractère, est le monde » (Romano Amerio, Iota unum, étude sur les variations de l’Eglise catholique au XXe siècle, Nouvelles Editions Latines, 1987, p. 417). – Cela au nom d’une « miséricorde pastorale », englobant immigration, droits de l’homme et écologie...

C’est pourquoi Mgr Lefebvre a tant insisté pour qu’on laisse à la Fraternité Saint-Pie X une entière liberté pour « faire l’expérience de la Tradition ». Face à l’idéologie relativiste et à ses conséquences stérilisantes pour l’Eglise (vocations en déclin, pratique religieuse en chute constante...), il savait qu’il fallait expérimentalement opposer les fruits de la Tradition bimillénaire. Il souhaitait que ce retour à la Tradition permette, un jour, à l’Eglise de se la réapproprier. Remonter aux racines de la crise, c’est – dans le même temps – remonter à la Tradition : des effets aux causes, des fruits à l’arbre, comme nous y invite Notre Seigneur. Et là, il n’y a pas d’idéologie qui tienne, car les faits et les chiffres ne sont pas « traditionalistes », encore moins « lefebvristes », ils sont bons ou mauvais, comme l’arbre qui les produit.

Qu’à partir de cette expérience modeste mais irréfutable, l’Eglise puisse se réapproprier sa Tradition, tel est le but de Mgr Lefebvre et de son œuvre. Et nous ne pouvons que faire nôtre la conclusion de sa lettre au cardinal Ottaviani : « Sans doute suis-je bien téméraire de m’exprimer de cette manière ! Mais c’est d’un amour ardent que je compose ces lignes, amour de la gloire de Dieu, amour de Jésus, amour de Marie, de son Eglise, du Successeur de Pierre, évêque de Rome, Vicaire de Jésus-Christ».