30 juin 2018

[Tagespost - FSSPX Actualités] Entretien avec Mgr Bernard Fellay

SOURCE - Tagespost - FSSPX Actualités - 28 juin 2018


Excellence, comment avez-vous considéré votre consécration épiscopale, il y a 30 ans ? Était-ce pour vous une séparation définitive de Rome ou une étape intermédiaire dans un conflit où vous conserviez l’idée d’une réconciliation ?

Si cela avait été une séparation de Rome, je ne serais pas ici aujourd'hui. Mgr Lefebvre ne m'aurait pas consacré, et je l'aurais refusé. Il ne s'agissait donc pas d'une séparation d’avec l'Eglise, mais plutôt d'une démarcation par rapport à l'esprit moderne, par rapport aux fruits du Concile. Depuis (ces sacres), d’autres personnes que nous reconnaissent qu’il y a quelque chose qui s'est mal passé au Concile. Elles confirment beaucoup des idées et des points que nous avons combattus et continuons de combattre. Nous n'avons jamais dit que le Concile avait directement professé des hérésies. Mais on a enlevé le mur de protection contre l'erreur, et on a ainsi permis à l’erreur de se manifester. Les fidèles ont besoin de protection. C'est en cela que consiste la lutte constante de l'Église militante pour défendre la foi.

Mais tous ceux qui critiquent le « Concile des médias », comme le pape émérite Benoît XVI, n’acceptent pas un conflit allant jusqu'à l'excommunication. Pourquoi n'avez-vous pas renforcé les rangs des traditionalistes à l’intérieur de l'Église et lutté pour la vérité dans l'unité avec Rome ?

C'est sûrement dû, en partie, à l'histoire des Français (et notre fondateur est français. NdT). Depuis la Révolution française, un bon nombre de catholiques français se battent contre l’erreur du libéralisme. Par conséquent, les événements pendant et après le Concile y ont été perçus avec beaucoup plus d’acuité et d'attention qu’en Allemagne. Il ne s'agissait pas d'erreurs flagrantes, mais de tendances visant à ouvrir portes et fenêtres. Les réformes qui ont suivi l'ont montré plus clairement que le Concile lui-même. Le problème s’est cristallisé avec la nouvelle messe. A Rome, on disait à Mgr Lefebvre : « C’est tout ou rien : vous célébrez une fois la nouvelle messe et tout rentre dans l’ordre. » Nos arguments contre la nouvelle messe ne comptaient pas. Pourtant le Missel de Paul VI a été rédigé en collaboration avec des théologiens protestants. Si l’on est forcé de célébrer cette messe, il y a vraiment un problème. Et l’on voulait nous y forcer.

Votre refus de la nouvelle messe a-t-il renforcé à la fois votre idée, et celle de Mgr Lefebvre, que la séparation de Rome était voulue par Dieu ?

J'insiste : nous ne nous sommes jamais séparés de l'Eglise.

Mais le fait de l'excommunication parle de lui-même. Pourquoi le pape Benoît XVI aurait-il dû la lever, si elle n’existait pas ?

Dans le Droit canonique de 1917, la consécration d’un évêque sans mandat du pape n'est pas considérée comme un schisme, mais seulement comme un abus d’autorité et n’entraîne pas d’excommunication. L’ensemble de l'histoire de l'Église manifeste un point de vue différent sur le problème des consécrations épiscopales faites sans mandat du pape. C'est très important.

Pourquoi est-ce si important ? En 1988, le nouveau Code de droit canonique était déjà en vigueur, et le Code de 1917 obligeait aussi l'évêque à la fidélité envers le Saint-Siège.

Nous étions alors dans une situation de nécessité, parce que Rome avait désigné un évêque (pour la Fraternité). La rencontre entre le cardinal Ratzinger et Mgr Lefebvre le 5 mai 1988 portait sur la date de sa consécration. Mgr Lefebvre et le cardinal Ratzinger ne parvenaient pas à se mettre d'accord. Mgr Lefebvre avait fait une proposition. Je suis sûr que si le cardinal Ratzinger avait accepté la date du 15 août immédiatement pour la consécration sans chercher à modifier le nom du candidat retenu, Mgr Lefebvre aurait été d’accord. Mais aucune date n’a été fixée. Quand Mgr Lefebvre a demandé au cardinal : « Pourquoi pas à la fin de l'année ? », il a reçu la réponse : « Je ne sais pas, je ne peux pas le dire ». Par conséquent, Mgr Lefebvre pensait qu’on se jouait de lui. C'était certainement une cause de méfiance. Et la méfiance est - jusqu’à aujourd’hui - un mot clé dans notre histoire. Nous travaillons à surmonter cela, puis quelque chose de nouveau arrive entre-temps... C'est vraiment pénible.

Pourquoi le cardinal Ratzinger, grand connaisseur et partisan de la Tradition catholique, et ami de la messe traditionnelle, n'a-t-il pas pu dissiper la méfiance de Mgr Lefebvre ?

Il n’a pas compris à quel point étaient profonds les motifs de Mgr Lefebvre et l'inquiétude des fidèles et des prêtres. Beaucoup parmi eux en ont eu simplement assez des scandales et des vicissitudes postconciliaires, ainsi que de la façon dont la nouvelle messe était célébrée. Si le cardinal Ratzinger nous avait compris, il n'aurait pas agi ainsi. Et je crois qu'il l’a regretté. C’est pourquoi, une fois pape, il a essayé de réparer ces dommages avec le Motu Proprio et la suppression de l’excommunication. Nous lui sommes vraiment reconnaissants pour ses tentatives de réconciliation.

Mais le cardinal Ratzinger, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, devait aussi prendre en compte les difficultés et les irritations des autres fidèles : il est irritant, par exemple, que les membres de la Fraternité Saint-Pie X se contredisent sur des points aussi essentiels que la validité de la messe. Certains des vôtres prétendent qu'en assistant à la nouvelle messe, qu'ils considèrent comme « hérétique », on ne remplit pas le précepte dominical.

Je dois contester cela fermement : certes nous parlons de l’invalidité de beaucoup de messes. Mais prétendre que toutes les messes seraient invalides n'est pas la position de la Fraternité. Nous n'avons jamais dit cela. Dans nos discussions avec Rome, nous avons toujours souligné que nous reconnaissons la validité de la nouvelle messe lorsqu'elle est célébrée selon les rubriques et avec l'intention de faire ce qui est requis par l'Église. Il faut distinguer entre messe valide et bonne messe.

Où se situe la différence pour vous ?

La nouvelle messe comporte des déficiences et présente des dangers. Bien sûr, chaque nouvelle messe n'est pas directement un scandale, mais la célébration répétée de la nouvelle messe conduit à un affaiblissement ou même à une perte de la foi. On voit chaque jour combien de moins en moins de prêtres croient encore à la présence réelle. Avec l'ancienne messe, la liturgie nourrit la foi ; on va là au rocher, on est fortifié dans cette foi ; certaines actions liturgiques nous conduisent plus loin dans la foi, comme la foi dans la présence réelle, dans le sacrifice - seulement en s'agenouillant, en respectant le silence, en observant l'attitude du prêtre. Avec la nouvelle messe, on doit apporter sa foi, on ne reçoit presque rien directement du rite. Ce rite est plat.

Mais même avant la réforme liturgique, il y avait des prêtres avec une foi faible, des modernistes et des hérétiques. Les pères du Concile libéraux que vous critiquez, ont grandi avec l'ancienne messe et ont été ordonnés dans l'ancien rite. Considérez-vous les conversions qui ont lieu aujourd'hui aussi avec la nouvelle messe - pensez à Nightfever (programme d’évangélisation né à Cologne après les JMJ de 2005. NdT) - comme une illusion ?

Non, je ne dis pas cela. Je dis seulement que si vous recevez un chef d’Etat et que vous avez le choix entre une trompette d’argent et une trompette en cuivre, allez-vous prendre la trompette en cuivre ? Ce serait une insulte, vous ne faites pas cela. Et même les meilleures nouvelles messes sont comme des trompettes en cuivre, comparées à l'ancienne liturgie. Pour le bon Dieu, on doit choisir ce qu’il y a de meilleur.

Dans un sermon, vous avez dit récemment : « Comment pouvaient-ils seulement oser faire une messe aussi misérable, vide et plate ? On ne peut pas honorer Dieu comme cela. » Même aujourd'hui, la nouvelle messe est pourtant la chose la plus précieuse dans la vie des croyants catholiques, et aujourd'hui encore, l'Église produit des martyrs et des saints. Pourquoi ne nuancez-vous pas dans la prédication ?

Je suis d'accord qu'il faut faire des distinctions dans la discussion théologique. Mais dans un sermon, on ne peut pas tout présenter de façon théologique. Il faut aussi un peu de rhétorique pour secouer les âmes, réveiller les gens et leur ouvrir les yeux.

Le pape François veut tendre la main à la Fraternité en vue d’une réconciliation. Attendez-vous toujours un accord ou l’occasion a-t-elle été manquée ?

Je suis optimiste. Mais je ne peux pas précéder l'heure de Dieu. Si le Saint-Esprit est capable d'influencer le pape actuel, il fera la même chose avec le prochain. C'est de fait ce qui s'est passé. Aussi avec le pape François. Quand il a été élu, j'ai pensé : maintenant l'excommunication arrive. Cela a été le contraire : le cardinal Müller a voulu obtenir notre excommunication et le pape François a refusé de le faire. Il me l'a dit personnellement : « Je ne vais pas vous condamner ! » La réconciliation va venir. Notre Mère la Sainte Eglise est actuellement incroyablement déchirée. Les conservateurs veulent de nous, et cela nous a été dit à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Les évêques allemands, eux, ne nous veulent pas du tout. Rome doit composer avec tous ces éléments – cela nous le comprenons. Si nous étions simplement acceptés comme cela, il y aurait la guerre dans l'Eglise. Il y a la crainte que nous puissions triompher. Le pape François a dit à des journalistes : « Je vais m'assurer que cela ne soit pas un triomphe pour eux ».(1)

Mais les tensions et les peurs existent aussi au sein de la Fraternité. En France, un bon nombre de prêtres et de laïcs se sont séparés de la Fraternité parce que les discussions avec le Vatican ont suscité de la méfiance. Comment la Fraternité accueillerait-elle une réconciliation avec Rome ? Combien resteraient ? Et combien partiraient ?

Cela dépendra de ce que Rome exige de nous. Si l’on nous laisse continuer ainsi et si l’on nous donne suffisamment de garanties, alors personne ne partira. La méfiance s’appuie sur la peur d'avoir à accepter les nouveautés. Si l’on exige de nous d’aller sur de nouveaux chemins, alors personne ne viendra.

Qu'est-ce qui vous rend si sûr que tout le monde puisse accepter ? La seule annonce des discussions a déjà provoqué des troubles et des démissions massifs. Quelle conclusion pourrait rassurer les vôtres ? La méfiance ne disparaîtrait pas simplement après un accord.

C'est vrai. Mais il y a de la bonté, de la bienveillance. Depuis des années, nous travaillons de concert avec Rome pour rétablir la confiance. Et nous avons fait de grands progrès malgré toutes ces réactions. Si nous parvenons à un accord raisonnable avec des conditions normales, très peu resteront en retrait. Je ne crains pas tellement une nouvelle division dans la Tradition, si une bonne solution est trouvée avec Rome. Nous pouvons désormais contester certains points du Concile. Nos interlocuteurs à Rome nous ont dit : les points principaux - la liberté religieuse, l’œcuménisme, la nouvelle messe - sont des questions ouvertes. C'est un progrès incroyable. Jusqu'à maintenant, on nous disait : vous devez obéir. Aujourd’hui des membres de la Curie nous disent : vous devriez ouvrir un séminaire à Rome, une université pour la défense de la Tradition... - Tout n’est plus noir ou blanc.

Que serait une solution raisonnable ?

Une prélature personnelle.

Si la forme juridique est déjà trouvée et que les discussions à Rome se déroulent bien, qu'est-ce qui a jusqu'ici manqué pour le pas décisif ?

L'année dernière, Mgr Pozzo nous a dit que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi avait approuvé le texte doctrinal que nous devions signer. Avec cela nous devions accepter une prélature personnelle. Un mois et demi plus tard, le cardinal Müller a décidé de réviser ce texte et d'exiger une acceptation plus claire du Concile et de la légitimité de la nouvelle messe. On nous a d’abord ouvert des moyens de discussion, puis on les a refermés. Qu’exige-t-on vraiment de nous ? Le démon est à l’œuvre. C'est un combat spirituel.

Faites-vous personnellement confiance au Saint-Père, le pape François ?

Nous avons une très bonne relation. Si nous lui faisons savoir que nous sommes à Rome, sa porte nous est ouverte. Il nous aide à une moindre échelle. Il nous a par exemple dit : « J'ai des problèmes quand je fais quelque chose de bien pour vous. J'aide les protestants et les anglicans, pourquoi ne puis-je pas aider les catholiques ? » Certains veulent empêcher un accord, car nous sommes un élément perturbateur dans l'Eglise. Le pape se trouve entre les deux.

(Il sourit et montre une lettre manuscrite que le Saint-Père lui a adressée en français, qui commence avec la salutation « Cher frère, cher fils »)


(1)[1] Allusion à la réponse du pape à la question de Nicolas Senèze (La Croix), au retour du pèlerinage de Fatima, le 13 mai 2017 : « Un accord est-il pour bientôt ? Ce serait le retour triomphal de fidèles qui montrent ce que signifie être vraiment catholiques ? » Réponse de François : « J’écarterais toute forme de triomphalisme. Complètement. », avant de conclure : « Pour moi, ce n’est pas un problème de gagnants ou de perdants, mais de frères, qui doivent cheminer ensemble en cherchant la formule pour faire des pas en avant. » (NDT).

27 juin 2018

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] Fraternité Cinquantiste *

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 23 juin 2018

Quelle est cette piété qui t’endort dans l’eau tiède ?
Ne néglige pas Dieu quand tu aides ton frère.
     
L’Église des années 1950 et la Fraternité Saint-Pie X des années 2000 souffrent toutes deux d’une maladie analogue : la même pathologie, qui affligeait l’Église, touche maintenant la FSSPX. Au juste, d’où vient ce mal ? Il consiste dans cette démarche insidieuse d’aller au-devant de l’homme moderne éloigné de Dieu, en rabaissant au niveau de l’homme sans Dieu les exigences de la Foi. L’image du Dieu véritable est alors rendue méconnaissable. Dans l’Église, on a prétendu adapter la Foi de toujours à notre monde moderne, donnant ainsi naissance au Concile Vatican II. Dans la FSSPX, on prétend maintenant adapter au Concile la Tradition Catholique, provoquant ainsi le dérapage de la FSSPX. “Les mêmes causes produisent les mêmes effets.”

Nous avons commémoré l’an dernier le centième anniversaire des grandes apparitions de Fatima. Au Portugal. Nous avons entendu Notre-Dame nous annoncer les catastrophes terrifiantes qui s’abattraient sur l’humanité si l’on n’écoutait pas ses demandes. Les ecclésiastiques n’ont pas réagi comme ils auraient dû, car plusieurs années après, la Très Sainte Vierge a confié à Sœur Lucie que même les bonnes âmes ne faisaient pas cas de ses demandes, alors que les méchants, bien sûr, persistaient dans la voie du péché. C’est ainsi que le règne de Pie XII (1939–1958) fut marqué d’abord par la dévotion à Fatima, mais dans la deuxième partie de son règne, dès les années 1950, on persuada le Pape qu’il fallait séparer l’aspect politique des apparitions, et notamment la Consécration de la Russie, de leur aspect dévotionnel. Et alors il négligea l’aspect politique tout en conservant la dévotion. Ce fut là une grande erreur. Or, c’est exactement la même erreur que répètent certains Supérieurs de la Fraternité depuis les années 2010.

Un confrère de la FSSPX a entendu l’an dernier (2017) deux membres importants de la Fraternité prêcher sur Fatima (1917). Il s’attendait à ce que les deux prédicateurs fissent une application en profondeur des apparitions mais, tout ce qu’il entendit fut de pieuses paroles. Certes, rien n’y était faux, mais ces prédications laissaient supposer un monde resplendissant de santé ! Ils ont parlé de la grandeur, de la bonté et de la miséricorde de Notre-Dame, et bien sûr de Son Cœur Immaculé, puissant refuge pour nous catholiques. Jusque-là, rien de mal. Mais, continue notre confrère...
“Pas un mot sur la situation catastrophique dans laquelle les individus, les nations et l’Église se débattent aujourd’hui. La première partie du Secret de Fatima a été mentionnée, mais la deuxième et la troisième ont été occultées. Les nations ne croulent-elles pas sous toutes sortes de problèmes ? Notre Mère l’Église, avec à sa tête le pape François, ne sombre-t-elle-pas dans des difficultés inimaginables ? Face à cette situation, comment oser passer sous silence les deuxième et troisième parties du Secret, sans même y faire allusion? 
“Nos Supérieurs sont en train de contracter une lourde responsabilité. Ils endorment leurs fidèles, ils les bercent dans une religiosité somnolente : « Nous avons la vraie Messe, nous avons la Foi, nous avons des prieurés, nous sommes membres de l’Église catholique . . . que pourrions-nous vouloir de plus ? » Des sermons de ce genre inhibent toute réaction ; on n’y parle plus d’engagement pour les batailles de la Mère de Dieu ; rien, pas même un avertissement contre les gadgets électroniques d’aujourd’hui. Voilà comment les catholiques deviennent des tièdes. 
“Lorsque la Sainte Vierge eut fait voir aux enfants de Fatima les feux de l’enfer, ils augmentèrent nettement leurs prières, leurs efforts et leurs sacrifices. Mais nous, catholiques du 21ème siècle, nous n’aurions nul besoin d’une telle vision de l’enfer ? Ni d’être mis en garde contre la situation catastrophique de la politique actuelle ? Ni d’être informé de la situation dramatique de l’Église aujourd’hui ? Beaucoup de nos fidèles ne se doutent même pas qu’on leur cache quelque chose d’important. Quand ils entendent des sermons de ce genre, leur enthousiasme éclate, ils louent les prédicateurs, ils sont heureux au possible. Hélas, il n’est que trop compréhensible que les hommes préfèrent ce qui est agréable et facile à ce qui leur semble dur, bien que vrai.”
Kyrie eleison.
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* Le «Cinquantisme» est ce Catholicisme des années 1950, extérieurement correct, mais intérieurement tout prêt à glisser dans le catholicisme désastreux des années 1960, années du Concile.

[FSSPX Actualités] France: vers une formation civique obligatoire des ministres du culte?

SOURCE - FSSPX Actualités - 23 juin 2018

Le 14 juin 2018, le Sénat a examiné une proposition de loi envisageant une formation civile et civique obligatoire pour les ministres du culte afin de pouvoir exercer leurs fonctions. Si le texte adopté a été largement amendé, les sénateurs proposent de rendre obligatoire cette formation pour les aumôniers.

« L’objectif n’est pas d’interférer dans les formations religieuses. On veut que cette formation civique et civile soit obligatoire, parce que c’est nécessaire pour la sauvegarde de l’ordre public », tient à préciser Nathalie Goulet, sénatrice UDI - Union des démocrates et indépendants, parti du centre droit - de l’Orne et rapporteur du projet de loi examiné au Sénat.

Cette formation, qui ne concernera que les aumôniers - pour l’instant ? -, aura pour objet de lutter contre les « dérives » de certains cultes en proposant un cursus basé sur « les socles du droit de la République ». Pour la sénatrice, il s'agirait de « favoriser l'application de la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l'Etat ».

Le gouvernement français, par la voix de Jacqueline Gourault, ministre déléguée auprès du ministre de l'Intérieur et des cultes, s'oppose à cette proposition. Si le gouvernement « partage intégralement » le diagnostic posé par les sénateurs sur « l’indispensable structuration d’une offre de la formation des imams en France » et « les obligations de transparence sur le financement du culte », il n'est cependant « pas favorable » à la proposition de loi présentée par le Sénat.

Si les ministres du culte musulman sont donc bel et bien visés au premier chef par cette proposition, Nathalie Goulet, la sénatrice à l'origine de la proposition, rappelle qu’aucun culte ne sera épargné. D’ailleurs, « les réactions les plus négatives à notre proposition émanent des milieux chrétiens », explique-t-elle.

Cette dernière remarque est fort intéressante. Seule l'Eglise promeut la distinction des pouvoirs temporel et spirituel, sans confusion ni séparation. Au contraire des fausses religions qui, tel l'Islam, ignorent la distinction des pouvoirs. C'est ainsi que nombre de philosophes des prétendues Lumières admiraient la secte de Mahomet ou avouaient leur fascination pour cet aspect précis. Tandis que Thomas Hobbes proposait de ramener à l'unité politique les deux puissances que sont l'Eglise et l'Etat, Jean-Jacques Rousseau trouvait que Mahomet avait eu « des vues très saines » en liant dans un même système théologique et politique l'Etat islamique (Cf. Du contrat social, livre IV, ch. 8).

Quant à la République mise en place par la Révolution, Alexis de Tocqueville a finement remarqué comment, en voulant procéder « à la régénération du genre humain », « elle est devenue elle-même une sorte de religion nouvelle, religion imparfaite, il est vrai, sans Dieu, sans culte et sans autre vie, mais qui, néanmoins, comme l'islamisme, a inondé toute la terre de ses soldats, de ses apôtres et de ses martyrs. » (L'Ancien Régime et la Révolution, I, 3)

On ne s'étonnera donc pas que Nathalie Goulet ait pu déclarer : « Ces mesures sont prônées par les musulmans eux-mêmes. Je ne comprends pas quels autres cultes pourraient être opposés à cela ». Finalement, République et Islam ont plus d'une accointance et peuvent faire bon ménage.

[FSSPX Actualités] Après l’annonce des sacres, les propositions romaines / Il y a 30 ans, l’opération survie de la Tradition : l’histoire des sacres (2)

SOURCE - FSSPX Actualités - 27 juin 2018

["Il y a 30 ans, l’opération survie de la Tradition : l’histoire des sacres"]
  1. L’annonce des sacres
  2. Après l’annonce des sacres, les propositions romaines
  3. Le protocole de mai 1988
  4. Un vrai renouveau de l’Eglise ou une réintégration dans l’Eglise conciliaire?
  5. Une journée historique, le 30 juin 1988

L’aube d’une solution
Le 28 juillet 1987, le cardinal Ratzinger remercie Mgr Lefebvre de sa lettre du 8 juillet. Il lui écrit : « Votre grand désir de sauvegarder la Tradition en lui procurant “les moyens de vivre et de se développer” témoigne de votre attachement à la foi de toujours, mais il ne peut se réaliser que dans la communion au Vicaire du Christ à qui sont confiés le dépôt de cette foi et le gouvernement de l’Eglise. Le Saint-Père comprend votre souci et le partage. C’est pourquoi, en son nom, je vous transmets une nouvelle proposition, désirant vous donner ainsi une ultime possibilité d’un accord sur les problèmes qui vous tiennent à cœur : la situation canonique de la Fraternité Saint-Pie X et l’avenir de vos séminaires ».

Cette proposition prévoit de doter la Fraternité d’une structure juridique adéquate qui permettra au Saint-Siège d’accorder des auxiliaires. Un cardinal visiteur sera nommé sans délai pour trouver une forme juridique satisfaisante. La seule condition est que les supérieurs et membres de la Fraternité témoignent de leur révérence et obéissance au successeur de Pierre selon les normes de la constitution dogmatique du concile Vatican II sur l’Eglise, Lumen gentium, au n°25. Rome se déclare prêt « à concéder à la Fraternité sa juste autonomie et à lui garantir la continuité de la liturgie selon les livres liturgiques en vigueur dans l’Eglise en 1962, le droit de former des séminaristes dans ses séminaires propres, selon le charisme particulier de la Fraternité et l’ordination sacerdotale des candidats ».

Ce n’est pas rien. Bien sûr, la proposition a aussi pour but d’empêcher Mgr Lefebvre de se donner un ou plusieurs auxiliaires sans l’accord du pape et de se rendre ainsi coupable d’une « rupture définitive », continue la lettre. Le cardinal Ratzinger prévient son correspondant des dommages incalculables qu’il causerait à l’unité de l’Eglise par sa grave désobéissance, et qui aurait pour conséquence inéluctable la ruine de son œuvre…

Fidèle à sa conduite qui n’entend jamais précéder la Providence, de concert avec le Conseil que dirige le Supérieur général, l’abbé Franz Schmidberger, Mgr Lefebvre décide de saisir la main tendue, sans illusion mais pas sans espérance.
Un petit espoir
Le 1er octobre 1987, le fondateur de la Fraternité Saint-Pie X remercie le cardinal. Il relève plusieurs indices qui permettent d’espérer « l’aube d’une solution ». Mgr Lefebvre est particulièrement sensible au fait que Rome n’exige aucune déclaration préalable : « l’absence d’une déclaration nous fait penser que nous sommes enfin reconnus comme parfaitement catholiques ». Il se réjouit de la visite d’un cardinal pour constater de visules œuvres et la vitalité de la Tradition. Il salue le fait que soit garantie la continuité de la liturgie de 1962 et reconnu « le droit de poursuivre la formation des séminaristes comme nous le faisons actuellement ». Il suggère vivement que le cardinal visiteur soit le cardinal Edouard Gagnon. Le Saint-Siège répond favorablement à ce souhait et le cardinal Gagnon, Préfet de la Commission pour la famille, est nommé Visiteur apostolique. À l’automne, entre le 11 novembre et le 9 décembre, il se rend dans plusieurs séminaires, visite les prieurés et les maisons principales, les écoles, rencontre prêtres, familles et séminaristes, moines et religieuses. Partout il peut apprécier l’atmosphère profondément catholique qui y règne.

Le 3 octobre, lors d’un sermon prononcé à Ecône à l’occasion du quarantième anniversaire de son épiscopat, Mgr Lefebvre fait part de la perspective nouvelle qui semble devoir s’ouvrir. Sans tomber dans « un optimisme exagéré », « il y a un petit espoir (…) si Rome veut bien nous donner une véritable autonomie, celle que nous avons maintenant, mais avec la soumission au Saint-Père. Nous le voudrions, nous avons toujours souhaité être soumis au Saint-Père. Il n’est pas question de mépriser l’autorité du Saint-Père, au contraire, mais on nous a comme jetés dehors parce que nous étions traditionalistes. Eh bien, si, comme je l’ai souvent demandé, Rome accepte de nous laisser faire l’expérience de la Tradition, il n’y aura plus de problème, nous serons libres de continuer le travail que nous accomplissons – comme nous le faisons maintenant – sous l’autorité du souverain pontife ». Tel est son grand désir, pour lequel il invite prêtres et fidèles à prier : « que le Bon Dieu fasse que nous puissions contribuer d’une manière officielle, libre et publique, à la construction de l’Eglise, au salut des âmes… »

Dans cet esprit, Mgr Lefebvre adresse au cardinal Gagnon un important courrier dans lequel il lui fait des propositions de règlement canonique.
Oui à la reconnaissance canonique de la Fraternité, mais sans compromis avec les réformes conciliaires
Dans sa lettre accompagnatrice, datée du 21 novembre 1987, l’archevêque insiste pour que la grande famille de la Tradition puisse se développer dans une ambiance vraiment catholique, en restant « attachée à l’Eglise romaine, attachée à Pierre et à ses successeurs, mais absolument et radicalement allergique à l’esprit conciliaire de la liberté religieuse, de l’œcuménisme, de la collégialité, à l’esprit d’Assise, fruits du modernisme, du libéralisme tant de fois condamnés par le Saint-Siège ».

Dans ce contexte, Mgr Lefebvre déclare : « Nous acceptons volontiers d’être reconnus par le pape tels que nous sommes et d’avoir un siège dans la Ville éternelle, d’apporter notre collaboration au renouveau de l’Eglise ; nous n’avons jamais voulu rompre avec le Successeur de Pierre, ni considérer que le Saint-Siège est vacant, malgré les épreuves que cela nous a values. Nous vous soumettons un projet de réintégration et de normalisation de nos rapports avec Rome ».

La proposition de Règlement évoque le texte conciliaire Presbyterorum ordinis (n°10) puis exprime une condition sine qua non : « Si le Saint-Siège désire sincèrement que nous devenions officiellement des collaborateurs efficaces pour le renouveau de l’Eglise, sous son autorité, il est de toute nécessité que nous soyons reçus comme nous sommes, qu’on ne nous demande pas de modifier notre enseignement, ni nos moyens de sanctification, qui sont ceux de l’Eglise de toujours ». Aussi Mgr Lefebvre demande-t-il que soit érigé un Secrétariat romain afin de favoriser les initiatives qui maintiennent la Tradition. Ses pouvoirs auraient pour but de normaliser les œuvres de la Tradition en octroyant l’épiscopat à plusieurs de ses membres tout en favorisant une harmonieuse collaboration avec les évêques diocésains.

Quant au statut canonique de la Fraternité et des différentes sociétés religieuses associées, le fondateur d’Ecône propose de les regrouper sous un Ordinariat, à l’image de ce qui se fait pour les militaires. Il réclame la levée des sanctions, la reconnaissance des Statuts de la Fraternité et de pourvoir à sa succession épiscopale. Non seulement Mgr Lefebvre cite un document du Concile, mais il invoque également les normes de la Constitution apostolique Spirituali militum curæ de Jean-Paul II (21 avril 1986) pour trouver un cadre juridique qu’il juge correspondre au développement des différentes congrégations et sociétés qui fleurissent dans la Tradition. Enfin, il demande à ce que la juridiction des prêtres de la Fraternité sur les fidèles soit reçue de Rome par le Supérieur général, et qu’il en soit de même des autres supérieurs de sociétés traditionnelles. En conclusion, Mgr Lefebvre souhaite que les consécrations épiscopales aient lieu avant le dimanche du Bon Pasteur, soit le 17 avril 1988.

Le cardinal Gagnon achève sa visite apostolique au séminaire d’Ecône le 8 décembre, où il assiste officiellement à la messe pontificale que célèbre Mgr Lefebvre, pourtant toujours suspens. Il laisse dans le livre d’or du séminaire une appréciation louangeuse sur le travail qui s’y accomplit et qui devrait, selon lui, être étendu à toute l’Eglise. Quelques mois plus tard, le 15 février 1988, le cardinal écrit à Mgr Lefebvre que le pape Jean-Paul II a lu attentivement son long rapport et les propositions qui lui ont été remises. Il lui annonce que des canonistes sont en train de travailler à la structure canonique et qu’un projet juridique et doctrinal lui sera présenté « d’ici la fin d’avril ». Il invite donc son correspondant à la patience et, également, à la discrétion pour ne pas susciter les oppositions de ceux « qui ne désirent pas une réconciliation ».
Les attentes de Mgr Lefebvre
Le 20 février, Mgr Lefebvre lui répond en lui faisant part de sa crainte « que la procédure employée pour une solution se prolonge indéfiniment et ne me mette ainsi dans l’obligation morale de procéder à des consécrations épiscopales sans l’autorisation du Saint-Siège, ce qui devrait pouvoir être évité ». Il suggère que le Souverain Pontife prenne « une décision même provisoire qui n’engage pas l’avenir et qui permettrait de faire l’expérience de l’exercice de la Tradition officiellement agréé par l’Eglise. Les problèmes doctrinaux pourraient faire l’objet d’échanges postérieurs à la solution canonique, sinon nous nous retrouverons au point de départ ». Enfin, il espère pouvoir prendre connaissance du rapport du cardinal Gagnon, et qu’il n’en sera pas frustré comme lors de la visite du séminaire d’Ecône par trois cardinaux en 1974.

A sa lettre au cardinal Gagnon, l’archevêque joint un courrier adressé au Saint Père. Il y exprime la profonde satisfaction que la visite cardinalice a causée. Il propose à Jean-Paul II une solution provisoire pour ne pas décevoir l’espoir qui est né. Pour cela, « il apparaît exclu de reprendre les problèmes doctrinaux immédiatement ; c’est revenir au point de départ et reprendre les difficultés qui durent depuis 15 ans. L’idée d’une commission intervenant après le règlement juridique est la plus convenable si l’on veut trouver réellement une solution pratique ».

Concrètement, il demande que la Fraternité Saint-Pie X soit reconnue « de droit pontifical » et que soit établie à Rome une commission présidée par un cardinal protecteur. Cet organisme réglerait « tous les problèmes canoniques de la Tradition et entretiendrait les relations avec le Saint Siège, les dicastères et les évêques ». Mgr Lefebvre demande un accord de principe pour présenter au cardinal Gagnon les noms des futurs évêques dont la consécration « apparaît indispensable et urgente ». Il insiste : « étant donné mon âge et ma fatigue. Voilà deux ans que je n’ai pas fait les ordinations au séminaire des Etats-Unis (…), je n’ai plus la santé pour traverser les océans. C’est pourquoi je supplie votre Sainteté de résoudre ce point avant le 30 juin de cette année ». Il précise que les évêques, « toujours choisis parmi les prêtres de la Tradition », auraient une juridiction sur les personnes au lieu d’une juridiction territoriale. Enfin, il demande l’exemption vis-à-vis de la juridiction des Ordinaires des lieux, tout en cherchant à ce que de bonnes relations puissent s’instaurer. Pour cela, les supérieurs d’œuvres traditionnelles feront des rapports sur leurs activités auprès de l’Ordinaire, sans être « tenus à demander une autorisation » pour fonder un nouveau centre. En conclusion, Mgr Lefebvre résume sa position de toujours : « Nous serions très heureux de renouer des relations normales avec le Saint-Siège, mais sans changer, en quoi que ce soit, ce que nous sommes ; car c’est ainsi que nous sommes assurés de demeurer enfants de Dieu et de l’Eglise romaine».

Du Canada, le 11 mars, le cardinal Gagnon informe Mgr Lefebvre qu’un projet devrait lui être présenté à la mi-avril. Le cardinal Ratzinger, le 18 mars, propose une rencontre entre des experts (un théologien et un canoniste) avant de prendre des décisions définitives.

["Il y a 30 ans, l’opération survie de la Tradition : l’histoire des sacres"]
  1. L’annonce des sacres
  2. Après l’annonce des sacres, les propositions romaines
  3. Le protocole de mai 1988
  4. Un vrai renouveau de l’Eglise ou une réintégration dans l’Eglise conciliaire?
  5. Une journée historique, le 30 juin 1988

[FSSPX Actualités] L'annonce des sacres / Il y a 30 ans, l’opération survie de la Tradition : l’histoire des sacres (1)

SOURCE - FSSPX Actualités - 26 juin 2018

["Il y a 30 ans, l’opération survie de la Tradition : l’histoire des sacres"]
  1. L’annonce des sacres
  2. Après l’annonce des sacres, les propositions romaines
  3. Le protocole de mai 1988
  4. Un vrai renouveau de l’Eglise ou une réintégration dans l’Eglise conciliaire?
  5. Une journée historique, le 30 juin 1988

L’annonce des sacres
Lorsque Mgr Marcel Lefebvre fonde la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X en 1969, l’âge de la retraite a déjà sonné pour l’ancien missionnaire devenu archevêque de Dakar puis évêque de Tulle, et qui avait gouverné durant six années la Congrégation des Pères du Saint-Esprit. Né le 20 novembre 1905, l’archevêque qui avait parcouru le monde tombait malade régulièrement, rattrapé par les infirmités de la vieillesse et la fatigue d’une vie toute donnée à l’Eglise. Immanquablement devait se poser la question de l’avenir de son œuvre.

Après la suspense a divinis qui le frappe en 1976, « l’évêque de fer » est bien seul. Il ne se trouve qu’un évêque du Brésil, au diocèse de Campos, Mgr Antonio de Castro Mayer, pour prendre publiquement position à ses côtés. En 1983, ils publient ensemble un Manifeste épiscopal pour dénoncer les dérives toujours plus graves que les erreurs ecclésiologiques du concile Vatican II ne finissent pas de provoquer dans l’Eglise, notamment à l’occasion de la promulgation du nouveau Code de droit canonique, le 25 janvier 1983.

Pourtant, Mgr Lefebvre garde espoir. Le 4 juillet 1984, en conclusion de sa Lettre ouverte aux catholiques perplexes, il rédige ces lignes : « On écrit aussi qu’après moi mon œuvre disparaîtra, parce qu’il n’y aura pas d’évêques pour me remplacer. Je suis certain du contraire, je n’ai aucune inquiétude. Je peux mourir demain, le Bon Dieu a toutes les solutions. Il se trouvera de par le monde, je le sais, suffisamment d’évêques pour ordonner nos séminaristes. Même s’il se tait aujourd’hui, l’un ou l’autre de ces évêques recevrait du Saint-Esprit le courage de se dresser à son tour. Si mon œuvre est de Dieu, il saura la garder et la faire servir au bien de l’Eglise. Notre-Seigneur l’a promis : les portes de l’enfer ne prévaudront pas contre elle (cf. Mt 16, 18).

« C’est pourquoi je m’entête, et si vous voulez connaître la raison profonde de cet entêtement, la voici. Je veux qu’à l’heure de ma mort, lorsque Notre-Seigneur me demandera : “Qu’as-tu fait de ton épiscopat, qu’as-tu fait de ta grâce épiscopale et sacerdotale ?” je n’entende pas de sa bouche ces mots terribles : “Tu as contribué à détruire l’Eglise avec les autres” ».

Pourtant, quatre ans plus tard, il sacre quatre évêques pour lui succéder et assurer la solidité et la pérennité de son œuvre de restauration du sacerdoce et de préservation de la Tradition. Que s’est-il passé ?
L’état de grave nécessité
En fait, il faut se rendre à l’évidence : la crise de l’Eglise est beaucoup plus grave qu’il n’y paraît. Le Synode de 1985 confirme la volonté des autorités de faire de Vatican II, vingt ans après sa clôture, « une réalité toujours plus vivante ». Le cri d’alarme qu’adressent Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer à Jean-Paul II le 31 août ne produit aucun effet. Dans leur lettre commune, les deux prélats dénoncent les fruits empoisonnés de la déclaration conciliaire sur la liberté religieuse : « l’indifférentisme religieux des Etats, même catholiques » ; « l’œcuménisme condamné par le Magistère de l’Eglise, et en particulier par l’encyclique Mortalium animos de Pie XI » ; « toutes les réformes accomplies depuis 20 ans dans l’Eglise pour complaire aux hérétiques, aux schismatiques, aux fausses religions et aux ennemis déclarés de l’Eglise tels que les Juifs, les communistes et les Francs-maçons ».

Forts des documents les plus solennels du Magistère de l’Eglise, tels que le Symbole de saint Athanase, les conciles de Latran, de Trente et de Vatican I, du Syllabus, etc., l’archevêque français et l’évêque brésilien osent écrire au successeur de Pierre : « Très Saint Père, votre responsabilité est gravement engagée dans cette nouvelle et fausse conception de l’Eglise qui entraîne le clergé et les fidèles dans l’hérésie et le schisme. Si le Synode, sous votre autorité, persévère dans cette orientation, vous ne serez plus le Bon Pasteur ». Pour leur part, les auteurs de la lettre affirment qu’ils ne pourront « que persévérer dans la sainte Tradition de l’Eglise et prendre toutes les décisions nécessaires pour que l’Eglise garde un clergé fidèle à la foi catholique… »
Un signe de la Providence : le scandale d’Assise
L’année suivante est celle de la première réunion interreligieuse à Assise, que Jean-Paul II a pris l’initiative de convoquer pour le 27 octobre 1986 à l’occasion de l’année mondiale de la paix décrétée par l’O.N.U. Mgr Lefebvre la dénonce comme une imposture.

Deux mois avant sa tenue, il écrit à huit cardinaux pour lancer un appel désespéré. Il leur fait part de son indignation puisque « c’est le premier article du Credo et le premier commandement du Décalogue qui sont bafoués publiquement par celui qui est assis sur le Siège de Pierre ». En effet, « si la foi dans l’Eglise, unique arche du salut, disparaît, c’est l’Eglise elle-même qui disparaît ». Mgr Lefebvre s’élève avec force contre ces péchés publics qui ruinent la foi catholique en mettant les faux cultes et les fausses religions sur un pied d’égalité avec l’unique Eglise fondée par Jésus-Christ, et ce dans la ville d’Assise, sanctifiée par saint François.

Ce scandale s’ajoute aux nombreuses initiatives que le pape Jean-Paul II avait prises, notamment en se rendant dans la synagogue de Rome le 13 avril. Depuis Buenos Aires, Mgr Lefebvre et Mgr de Castro Mayer se retrouvent ensemble et publient une déclaration, le 2 décembre 1986, dans laquelle ils fustigent « cette religion moderniste et libérale de la Rome moderne et conciliaire » qui rompt avec le Magistère antérieur de l’Eglise catholique.
Un autre signe de la Providence : la fausse liberté religieuse justifiée
Le 9 mars 1987, le cardinal Joseph Ratzinger, alors Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, accuse réception de l’étude sur la liberté religieuse que Mgr Lefebvre lui avait fait parvenir en octobre 1985. S’en suit un échange de correspondance qui confirme la rupture entre le magistère nouveau et celui de toujours.

Le 29 juin 1987, lors des ordinations sacerdotales à Ecône, l’archevêque annonce qu’il « est vraisemblable que je me donnerai des successeurs pour pouvoir continuer cette œuvre, parce que Rome est dans les ténèbres. Rome ne peut plus actuellement écouter la voix de la vérité ». Sans doute voit-il la nécessité de ne pas laisser ses séminaristes orphelins alors que l’œuvre a atteint une taille mondiale. Mais surtout il constate l’absence totale de réaction des évêques du monde catholique qui sont tous gagnés par le modernisme, l’esprit d’Assise et les fausses doctrines. Il explique que l’année qui vient de s’écouler a été une année très grave pour l’Eglise catholique, et qu’il y discerne les signes de la Providence qu’il attendait « pour accomplir les actes qui me paraissent nécessaires pour la continuation de l’Eglise catholique ».

Il est en effet convaincu que deux signes manifestent clairement la volonté de Dieu : Assise et la réponse aux objections à propos de la liberté religieuse. Pour Mgr Lefebvre, « cette réponse de Rome aux objections que nous faisions sur les erreurs de Vatican II au sujet de la liberté religieuse, est plus grave qu’Assise ! Assise est un fait historique, une action. La réponse à nos objections sur la liberté religieuse est une prise de position, une affirmation de principes, et c’est donc plus grave. Une chose est de faire simplement une action grave et scandaleuse, autre chose est d’affirmer des principes faux, erronés, qui ont dans la pratique des conclusions désastreuses ».

Le 8 juillet 1987, le prélat adresse au cardinal Ratzinger une étude réfutant la réponse que les autorités lui ont faite. Mgr Lefebvre fait part de son désarroi devant cette obstination à justifier la déclaration Dignitatis humanae, pourtant en flagrante opposition avec les documents du magistère le plus solennel – le Syllabus, Quanta cura, Libertas præstantissimum. Il insiste sur la responsabilité « devant Dieu et devant l’histoire de l’Eglise » de la rupture opérée par le nouveau magistère. Il conclut sa lettre en confirmant ce qu’il a annoncé le 29 juin à Ecône : « Une volonté pertinace d’anéantissement de la Tradition est une volonté suicidaire, qui autorise par le fait même les vrais et fidèles catholiques à prendre toutes les initiatives nécessaires à la survie de l’Eglise et au salut des âmes ».

Ainsi, en quelques années, Mgr Lefebvre a été conduit à revoir sa position initiale. Devant l’absence de réaction face aux scandales et à l’apostasie grandissante, la perspective de voir anéantir à sa mort l’œuvre de formation et de restauration du sacerdoce catholique qu’il a entreprise paraît chaque jour plus probable. Les signes de la Providence ont été nombreux pour l’aider à prendre une sage décision. Parmi ceux-ci, les principaux sont le scandale d’Assise en 1986, et la confirmation de la nouvelle doctrine de la liberté religieuse en 1987.

Agé de bientôt 82 ans, Mgr Lefebvre a donc annoncé au monde qu’il se doterait de successeurs pour ne pas laisser ses séminaristes orphelins et afin d’assurer la pérennité du sacerdoce catholique. De son côté, Mgr de Castro Mayer a déjà plus de 83 ans – il est né le 20 juin 1904 – et ne manquera pas de s’associer à l’acte si important que s’apprête à poser l’archevêque. Mais un rebondissement se produit lorsque le Saint-Siège se décide à réagir.

["Il y a 30 ans, l’opération survie de la Tradition : l’histoire des sacres"]
  1. L’annonce des sacres
  2. Après l’annonce des sacres, les propositions romaines
  3. Le protocole de mai 1988
  4. Un vrai renouveau de l’Eglise ou une réintégration dans l’Eglise conciliaire?
  5. Une journée historique, le 30 juin 1988

26 juin 2018

[Christian Bless] La biographie de Dom Gérard par Yves Chiron

SOURCE - Christian Bless - 31 mai 2018

Déclaration liminaire

J'ai reçu le baptême le 5 juin 1955 en l'église Saint Antoine de Bacos à Alexandrie d'Egypte.

De par ce sacrement, je suis catholique romain me reconnaissant pleinement fils de l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique. Je suis fils spirituel et intellectuel de saint Athanase, sainte Catherine d'Alexandrie, saint Clément, saint Cyril ainsi que d'une longue théorie de saints, de martyrs et de docteurs qui ont transmis le dépôt de la foi sans altération jusqu'à nos jours.

Je suis Romain.

Je suis Romain sans réserve ainsi que le proclamait Monseigneur Marcel Lefebvre dans sa Déclaration du 21 novembre 1974 :
Nous adhérons de tout notre cœur, de toute notre âme à la Rome catholique, gardienne de la foi catholique et des traditions nécessaires au maintien de cette foi, à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité...


C'est pourquoi sans aucune rébellion, aucune amertume, aucun ressentiment nous poursuivons notre œuvre de formation sacerdotale sous l'étoile du magistère de toujours...

C'est pourquoi nous nous en tenons fermement à tout ce qui a été cru et pratiqué dans la foi, les mœurs, le culte, l'enseignement du catéchisme...
Je professe intégralement et sans la moindre réserve le Credo de l'Eglise romaine ainsi que le Symbole de Saint Athanase.

Je veux mourir en fils fidèle de l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique, Corps mystique de Jésus-Christ. Je crois à la Primauté pontificale ainsi qu'au dogme de l'Infaillibilité qui est attachée à la personne du successeur de saint Pierre, selon les conditions définies.

Si le germe de la foi a été implanté lors de mon baptême, c'est à la lecture de Jean Madiran et d'Itinéraires que cette foi a commencé de se développer et de s'exprimer et c'est par la prédication et l'exemple de Mgr Marcel Lefebvre qu'elle a pris forme. Je dois sa coloration propre à Dom Gérard, Henri et André Charlier, Henri Pourrat et quelques autres dont j'ai en grande partie reçu les enseignements des mains de Gérard Prieur.

C'est dans ce contexte spirituel et intellectuel que j'ai lu la biographie que Yves Chiron a consacré à la vie et l'œuvre de Dom Gérard dont je me reconnais débiteur insolvable et ce malgré certains désaccords qui ont été exprimés du vivant du fondateur du monastère de Bédoin et de l'abbaye Sainte-Madeleine du Barroux qui demeurent parmi les lieux les plus importants de ma vie et que j'ai fréquentés quarante années durant.
     
***
   
L'ouvrage qu'Yves Chiron a consacré au fondateur du prieuré de Bédoin et de l'abbaye Sainte-Madeleine du Barroux rappelle de belles pages de cette histoire qui a marqué nos vies, de ces débuts pleins de fraîcheurs et de vérité, de ce jaillissement dont nous sommes nombreux à avoir bénéficié et à en conserver une reconnaissance que rien n'aura entamé.

Mais, comme il était à craindre pour ceux qui connaissent quelque peu les positions et les partis-pris de l'auteur sur les sujets douloureux qui ont divisés les catholiques ces dernières décennies, ce livre est partial, partiel et sélectif tant au plan des faits que des documents cités. Il est moins, dans certaines de ses parties, l'oeuvre d'un historien que la défense d'un point de vue et de thèses défendues par le rédacteur. Bien des pages ressemblent davantage à des polémiques où l'auteur règle des querelles personnelles et notamment de vieilles rancoeurs recuites à l'encontre de Mgr Marcel Lefebvre et de son œuvre, sans que trois décennies lui aient permis de prendre de la hauteur et de juger les événements à l'aulne de leurs fruits et des événements subséquents, ce que l'on était en droit d'attendre d'un historien digne de ce nom.

Certaines de ces pages prennent tant Dom Gérard que Jean Madiran en otage pour justifier les thèses de l'auteur, elles n'expliquent pas certains revirements dont il aurait été important d'analyser les causes et elles travestissent probablement plus ou moins gravement leur pensée.
     
***
   
Début juillet 1988, au vu de la tournure que prenaient les événements, des déchirures qui s'annonçaient suite aux sacres épiscopaux réalisés par Mgr Marcel Lefebvre, je téléphonai à Dom Gérard et lui demandai un rendez-vous. Le 4 ou le 5 juillet, sauf erreur, je me présentai à la porte de sa cellule où Jean Madiran m'avait précédé, ce qui permettra de dater plus exactement le jour de cette visite. Je me mis à genoux aux pieds de Dom Gérard et le suppliai de ne précipiter aucune décision et de ne rien entreprendre qui puisse entamer l'unité qui, jusque-là, avait présidé, dans une large mesure, à la résistance des catholiques traditionnels aux dérives de la hiérarchie catholique et du clergé.

Au cours de cet entretien, Dom Gérard me dit, dans une formule qui lui ressemble bien, que le geste de Mgr Lefebvre était prophétique et qu'il retentirait dans l'histoire de l'Eglise. Il ajouta également qu'il reconnaissait que les propositions qui lui étaient faites par les hiérarques romains étaient dues au geste de l'ancien archevêque de Dakar qui venait de conférer la consécration épiscopale à quatre prêtres. Il lui conservait toute son admiration et sa reconnaissance et rappelait que le prélat lui avait indiqué qu'il comprenait que la situation du monastère était différente de celle de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X et pouvait justifier une prise de position différente. Certains témoins insistent cependant sur le fait que cette formule est incomplète puisque Mgr Lefebvre lui aurait cependant déconseillé cette décision.

En sortant de la cellule de Dom Gérard, je savais que la décision était prise et que les déchirements étaient inévitables. Dom Gérard n'avait pas toujours défendu ce point de vue, loin de là puisque, peu de temps auparavant, il expliquait et écrivait en défense des sacres épiscopaux, de leur nécessité et de leur légitimité. Je l'ai personnellement entendu expliquer avec force la nécessité, la licéité et les bienfaits de ces sacres, en octobre 1987, dans la cour du séminaire d'Ecône, à une journaliste, Madame Michèle Reboul sauf erreur.

Si l'on voulait absolument traiter de ce sujet, et si l'on voulait le faire sans attendre que l'écoulement du temps ait accordé davantage de recul et permis d'apaiser les passions que ces divergences avaient fait naître, l'auteur aurait alors dû analyser la situation et les variations de Dom Gérard plus à fond pour en comprendre les raisons profondes. Je ne suis pas convaincu qu'il était déjà temps de risquer de soulever le voile qui couvrait ces événements douloureux, et je m'en étais ouvert à certains moines, mais il fallait au moins le faire en profondeur, avec autant d'indépendance d'esprit et d'honnêteté intellectuelle que possible.

Il me semble que la manière dont ces décisions de Dom Gérard ont été présentées desservira la mémoire du grand moine. Est-il exagéré d'affirmer que le sujet a été traité de méchante façon et avec méchanceté?
     
***
   
Le catholique sait que la règle infaillible qui lui a été donnée pour évaluer des situations est qu'un arbre se juge à ses fruits. Le simple fidèle, bien que fréquentant plusieurs fois par année depuis quatre décennies le prieuré de Bédoin et, ensuite, l'abbaye du Barroux, ne peut juger les choses que de l'extérieur et ne peut formuler qu'un jugement basé sur certaines apparences, des conversations avec certains moines et le témoignage de quelques proches. De ces observations, il retient, qu'à ce jour, la liturgie dont il vient se nourrir conserve la majesté et la rectitude que lui avait imprimées Dom Gérard et qui est peut-être sans équivalent dans le monde monastique contemporain et il peut penser que les observances monastiques et de la sainte Règle sont demeurées intactes, ce qui est sans doute le plus important et constitue la raison pour laquelle il parcourt régulièrement des centaines de kilomètres pour venir boire à cette source qui étanche sa foi, son espérance et sa charité.

Il faut donc rendre justice de ce que le changement important de cap effectué en 1988 n'a pas affecté, à ce jour, le cœur de son œuvre.

Malheureusement, l'acceptation des textes du Concile de Vatican II, notamment de celui consacré à la liberté religieuse et l'acceptation, de fait, d'un certain bi-ritualisme et donc de la licéité et de l'«orthodoxie» du nouvel Ordo Missae ne sont pas restés sans conséquences, les causes produisant inévitablement leurs effets. Il y a eu là, il est vrai, un significatif changement de la part de Dom Gérard, mais dont l'auteur n'analyse pas les raisons profondes. Les passages traitant de cette évolution sont même l'occasion de propos gravement offensants pour l'ancien Père Abbé à qui il est reproché ses précédentes désobéissances, son manque de formation, son inconscience et sa légèreté, le tout avec une suffisance et une condescendance qui offensent ceux qui ont aimé Dom Gérard et lui restent attachés. Les moines employés à la relecture du manuscrit n'ont-ils rien remarqué?

Or, sans entrer dans le détail, force est de constater le changement radical manifesté au monastère Sainte-Madeleine notamment par l'abandon du texte et de l'enseignement formulé dans L'Eglise face aux nations, la modification du texte du livre de Dom Gérard Demain la chrétienté, dans sa deuxième édition, et, surtout, parce que plus visible et constatable pour tout visiteur aux travers des années, l'importante évolution de la librairie qui est proposée aux foules déferlant sur l'abbaye et qui désormais ressemble presque sans exception à n'importe quelle librairie conciliaire, au risque de tromper gravement les fidèles non avertis. La plupart des ouvrages qui ont analysé la crise religieuse, fondé et motivé la résistance à certaines évolutions, ainsi que les livres qui ont suivi sont systématiquement absents de la librairie, ce qui rend la raison d'être de cette œuvre incompréhensible pour les visiteurs n'ayant pas connu le passé.

Le récent développement de la pastorale « Amoris Laetitia » qui semble être pratiquée confirme une lente dérive et assimilation du monastère à la dynamique de l'esprit conciliaire en totale contradiction et infidélité à l'esprit initial dans lequel l'œuvre de Dom Gérard a été fondée et qui a bouleversé nos vies dès ses humbles débuts. Il est à craindre que le cadre extérieur reste le même mais que la substance en ait été modifiée et continue de l'être progressivement. Les moines en sont-ils conscients?

Où est donc passée la flamme initiale, cet élan, cette liberté face au Monde et à ses puissants que le fondateur avait imprimés à son œuvre à ses débuts. Qu'est devenue cette belle insolence face aux autorités abusives, cette indépendance d'esprit et d'action devant les hiérarques douteux, persécuteurs ou apostats, face à cette apostasie immanente?
     
***
   
Au centre du débat, il y a naturellement la question de la messe.

Dans un premier temps, je n'avais pas voulu croire à la concélébration de Dom Gérard avec Jean-Paul II, ensuite, le fait étant confirmé, je m'étais permis de lui écrire une protestation et mon incompréhension après l'enseignement que nous avions reçu de sa bouche, dès notre première rencontre à Lausanne en 1978 et par la suite. Je voulais attirer son attention sur les conséquences graves de cette exception à un principe et sur les réactions négatives que cet acte allait susciter. Irrité, Dom Gérard me téléphona, s'ensuivit un entretien houleux qui se termina avec mille protestations d'amitiés et des promesses de nous revoir bientôt, ce qui arriva peu de temps après à l'occasion d'un de nos très nombreux déplacements au monastère.

Le Père Abbé avait mit le doigt dans l'engrenage car si l'on pouvait célébrer la nouvelle messe une fois, qu'est-ce qui pouvait bien empêcher de la célébrer, ou concélébrer, à d'autres occasions? Or, ne nous avait-il pas enseigné, citant Luther, qu'elle détruisait l'Eglise? Il suffisait d'ailleurs de regarder autour de soi pour s'en convaincre. Par cet acte grave, il se mettait en contradiction avec sa propre œuvre et ouvrait la porte à d'autres dérives. Où avait passé la belle intransigeance des débuts, celle qui se référait à Jeanne d'Arc, à André Charlier et à tant d'autres? Qui donc avait circonvenu le moine tout d'une pièce qui s'était tant de fois indigné des scandales secouant le clergé qui, des années durant, en toute liberté, avait défendu la foi et la liturgie, sans concession, indifférent aux persécutions et aux mesquineries cléricales dont il était victime? le moine qui nous faisait respirer un autre air, à une altitude toute faite de limpidité et de lumière, transcendant les miasmes des compromissions et des lâchetés cléricales? le moine qui savait le prix des âmes et témoignait de la gloire et de l'honneur de Dieu, et qui nous apprit à aimer l'Eglise, sa liturgie, son histoire, ses saints?

Comment cet homme fier et libre a-t-il pu se rendre aux exigences abusives de bureaucrates douteux qui continuaient de présider à la décomposition de la foi et de la liturgie sous des airs patelins et cette dégoulinante gentillesse dont l'hypocrisie a éloigné tant de fidèles de l'Eglise de leur baptême?

Comment a-t-il pu transiger sur des choses aussi saintes que le Saint Sacrifice de la Messe, pour participer et laisser ses moines participer à un rite « qui s'éloigne dans l'ensemble comme dans le détail de la foi catholique telle que définie par le Concile de Trente ...»? Un rite qui fut imposé au mépris du droit contre le rite Tridentin dans une persécution des prêtres et des fidèles sans précédent, qui est « une arme par destination » contre la liturgie traditionnelle et qui donc en fait un rite illégitime et dont on ne voit pas bien comment il pourrait être « orthodoxe », sinon les mots n'ont plus de sens. Comment a-t-il pu faire l'impasse sur la déclaration du Père Calmel : «Je m'en tiens à la Messe traditionnelle, celle qui fut codifiée, mais non fabriquée, par saint Pie V, au XVIe siècle, conformément à une coutume plusieurs fois séculaires. Je refuse donc l'ORDO MISSAE de Paul VI. Pourquoi? Parce que, en réalité, cet ORDO MISSAE n'existe pas. » Le grand Père Calmel dont la plupart des ouvrages ne sont pas proposés à l'attention des fidèles à la librairie du monastère pas plus que le remarquable ouvrage que lui a consacré le Père Jean-Dominique O.P., ainsi que tant d'autres...

La biographie nous apprend, hélas, que Dom Gérard serait le créateur de la formule « la réforme de la réforme » ce que nous aurions préféré ignorer. Mais les mots sont piégés : comment réformer une révolution, une œuvre impie de destruction préméditée, imposée au mépris du droit et du bien des âmes dans un mouvement de rage sectaire rarement rencontré dans la Sainte Eglise? Le Père Calmel poursuivait : « Ce qui existe c'est une Révolution liturgique universelle et permanente, prise à son compte ou voulue par le Pape actuel... »

L'auteur reprend d'ailleurs d'autres formules, brillantes en apparence, séduisantes mais qui établissent des parallèles mensongers et trompeurs ; je pense à la citation où Gustave Thibon oppose le « caravansérail moderniste à l'isoloir intégriste », elle est sans signification et diffamatoire de surcroît. Elle établit une fausse symétrie indigne de ce grand esprit.
     
***
   
L'auteur de cette biographie, à l'unisson de la camarilla conciliaire, nous fait un devoir de rester unis à « l'Eglise visible » mais qui donc va nous désigner avec certitude qui appartient à l'Eglise visible et qui en est exclu? Les humbles fidèles méprisés, les prêtres rejetés et moqués en raison de leur fidélité indéfectible, qui donc osera dire qu'ils n'appartiennent pas à « l'Eglise visible»? Qu'ils ne sont pas en pleine communion? Quelle arrogance, quelle suffisance !

Je sais bien que c'était une préoccupation de Dom Gérard, et cela avant l'année « climatérique », il parlait de son inquiétude de voir les esprits s'accoutumer à vivre séparés sans s'en apercevoir et sans en souffrir. La crainte de la « petite Eglise », il en citait des exemples dans l'histoire lorsque nous devisions de ces choses-là. L'inquiétude était sans doute légitime mais, avec le recul du temps, comment écrire une biographie de cette importance sans prendre en compte les événements qui ont démenti ces craintes?

L'affirmation péremptoire de « schisme » traverse la biographie et revient de manière lancinante sans analyse, sans références, sans mise en contexte, comme étant un fait acquis, établi, non contesté. L'auteur la répète un peu trop souvent pour ne pas donner l'impression de régler ses comptes ou, peut-être, de vouloir se convaincre lui-même ou crier dans la nuit pour se rassurer. Malheureusement, s'il faut en croire le texte, il semble qu'il puisse s'autoriser de certaines prises de position de Dom Gérard, ce que l'on peut certes déplorer. Mais, n'y a-t-il pas escamotage d'autres textes qui auraient pu remettre dans leur contexte les variations du Père Abbé sur un sujet aussi délicat et, peut-être, mettre en évidence son intention profonde?

Quoi qu'il en soit, cette affirmation de « schisme », répétée à satiété, 30 (trente !) années après les faits, sans tenir compte ni faire mention non seulement des arguments contraires mais des nombreux faits qui sont venus contredire cette affirmation sommaire, et qui confirment quotidiennement dans les faits cette contradiction, cette dénonciation du « schisme » ressemble à une malhonnêteté intellectuelle et affaiblit considérablement le crédit de l'auteur, elle confine souvent au ridicule. Elle est diffamatoire non seulement pour le « prélat d'Ecône » mais pour ceux qui lui doivent la foi, les sacrements, les écoles de leurs enfants ...

Disons-le clairement, il y a là une impiété filiale majeure, une ingratitude coupable et une cécité entretenue. En effet, Dom Gérard avouait que sans le geste « prophétique » de Mgr Lefebvre, les autorités romaines ne lui auraient pas offert le statut qui est aujourd'hui celui de l'abbaye. Et l'on ne prend pas grand risque à affirmer que sans la résolution de l'évêque et la patiente et humble persévérance de ses successeurs, sans le dévouement de ses prêtres, les instituts dits « Ecclesia Dei » non seulement n'auraient pas vu le jour mais n'existeraient plus à ce jour. La FSSPX fondée par l'ancien archevêque de Dakar est le rempart de ces différentes familles religieuses qui survivent et se développent à l'abri de cette muraille.

Un historien qui aurait voulu faire œuvre de mémoire réfléchie et non un travail polémique aurait donné de la profondeur en considérant les faits sous leurs différents angles et en prenant en compte ce que l'écoulement du temps nous enseigne. Il a pris Dom Gérard en otage pour justifier ses propres querelles.

Jean Madiran a également été abusivement annexé. Comment le citer sans faire mention, entre autres, de la déclaration longuement mûrie, posément énoncée, et l'on sait avec quel soin et précision Jean Madiran s'exprimait, dans son témoignage qui enrichit le film d'hommage consacré à la vie de Mgr Lefebvre. A propos des sacres épiscopaux du 30 juin 1988, Jean Madiran y répond avec force et clarté : « ... moi, à l'époque, je n'étais pas capable de porter un jugement. Aujourd'hui, il m’est difficile de trouver qu'il a eu tort .... » Et ce, après près d’un quart de siècle (en 2012) d'analyses et de réflexions, avec tout le poids que le fondateur d’itinéraires savait donner à ses déclarations, pesant chaque mot. Le biographe de Dom Gérard ignore-t-il ce document capital, une des dernières déclarations publiques du grand Jean Madiran et qui vient confirmer les derniers éditoriaux qu'il a confiés au journal Présent? Ignore-t-il les événements qui se sont déroulés, au fil des années, depuis cette année 1988 et depuis le 7.07.2007, et ensuite? Ne sommes-nous pas légitimement autorisés à penser qu'il y a dans cette biographie une volonté de défendre une thèse, au mépris des faits et des lecteurs non avertis?

Puisque nous sommes occupés du passé, il est une question que l'on peut se poser. Si Dom Gérard avait été plus ferme, tenant compte non seulement du bien de sa communauté mais également des responsabilités qu'il portait, de fait, au- delà du cloître, s'il avait été beaucoup plus ferme à l'été 1988, n'aurait-il pas pu obtenir pour les fidèles et l'Eglise la messe traditionnelle dont on reconnaîtra finalement les droits imprescriptibles seulement 20 ans plus tard et, peut-être, des précisions officielles sur des textes conciliaires douteux qui continuent de diviser?
     
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Quelle légitimité Monsieur Yves Chiron et son commanditaire ont-ils pour désigner qui a le sens de l'Eglise et qui ne l'a pas, qui appartient à l'Eglise et qui en est exclu? Va-t-on injurieusement exclure du périmètre visible de l'Eglise ces prêtres qui se dévouent à la limite de leurs forces pour le salut des âmes, bâtissent des églises là où une hiérarchie apostate les vend ou les laisse détruire, exclure ces familles héroïques qui, au prix de sacrifices inouïs, élèvent leurs enfants vers Dieu et construisent des écoles en se privant de tout, écoles qui sont dénigrées et déconseillées par les nouveaux pharisiens se réclamant abusivement de Dom Gérard. Quel critère doit-on appliquer pour distinguer sur les routes de Chartres les pèlerins qui sont « schismatiques » et donc hors du périmètre visible de l'Eglise et manquant singulièrement de ce fameux « sensus ecclesiae », dont certains font leur fond de commerce, de ceux réputés « en pleine communion»?

L'on nous a beaucoup rebattu les oreilles, et le biographe n'y manque pas, du « sens de l'Eglise » dont aurait manqué Mgr Marcel Lefebvre et ceux qui lui ont fait confiance à travers les épreuves, ce sens de l'Eglise dont Dom Gérard aurait manqué à ses débuts. Et si, précisément, c'est durant ces années-là, lorsqu'il dénonçait les abus d'autorité de bureaucrates empourprés, le piétinement de la liturgie, du catéchisme et de la foi des fidèles abandonnés que Dom Gérard a manifesté avec le plus d'éclat son amour des âmes et de l'Eglise? Ces années horribles où la cléricature, dans un affreux chantage, a fait usage de l'argument d'obéissance pour contraindre les fidèles à renoncer aux choses les plus sacrées, à blesser leur foi, à vider les églises et les séminaires, à affaisser la société?

Et si, contrairement à la ritournelle sans fondement expliqué, à la pression médiatique savamment organisée, c'était précisément Mgr Marcel Lefebvre qui avait eu le sens de l'Eglise, le sens surnaturel de l'Eglise, qui avait seul mesuré la gravité, la profondeur abyssale et mystérieuse du drame épouvantable qui s abattait non tant sur l'Eglise qui est une, sainte, catholique et apostolique, sans tache et sans couture, Corps mystique de Jésus-Christ, mais sur le clergé et la hiérarchie jusqu'au plus haut niveau. Et s'il avait, à peu près seul, mesuré la nature et l'ampleur de ce mystère d'iniquité? Et si c'était lui qui avait fourni la réponse adéquate et surnaturelle à ce drame incompréhensible? Au lieu de trouver des accommodements humains sans aucune proportion avec le drame qui se déroulait. Et s'il était le seul à avoir saisi que cette crise effroyable allait ravager la vigne pendant longtemps encore et que, de pontifes plus ou moins orthodoxes en pontifes plus ou moins hétérodoxes, cette crise allait se prolonger sans qu'aucun accommodement humain n'y puisse rien faire.

Les causes ont des conséquences et je ne pense pas qu'une certaine forme de papolâtrie, caricature de l'éminente dignité pontificale, papolâtrie qui, de contorsions intellectuelles en concessions nouvelles, finit par tout justifier, constitue une preuve très convaincante du « sentire cum ecclesiae ». Dans le prolongement d'une liste qui va s'allongeant de pontifes plus ou moins orthodoxes, les malheurs du temps vont nous infliger le 14 octobre prochain l'épreuve de la « canonisation » de celui qui avec une méchanceté peu commune a imposé aux fidèles un rite de la messe douteux (au mieux) qui a contribué à vider les églises et déchristianiser des pans entiers de nos pays.

Custos quid de nocte?

Ce mystère d'iniquité, n'entame en rien notre foi, notre espérance et notre charité, bien au contraire, pas plus que notre romanité et notre attachement à l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique, Jésus-Christ répandu et communiqué sous la conduite du Vicaire de Jésus-Christ, quelles que soient ses défaillances, Eglise hors de laquelle nous savons qu'il n'y a pas de salut, Epouse immaculée du Christ Sauveur.

Nourri des écrits de Benedictus et de la récitation du diurnal, nous gardons une fidélité reconnaissante, une gratitude de tous les jours, à la mémoire du moine qui nous accueillait dans l'humble prieuré de Bédoin, qui limpide et dégagé des contingences de ce monde nous parlait des âmes, des anges et de la gloire de Dieu. L'ancien Prieur de La Madeleine savait nous faire respirer à des hauteurs auxquelles la bassesse du monde nous avait déshabitués, et il nous enseignait la sainteté de la liturgie comme aucun autre ecclésiastique ne nous avait parlé auparavant, ni depuis d'ailleurs. Il nous convainquait à devenir des âmes de désir, à répondre toujours à l'aspiration la plus haute et nous engageait à la fidélité à l'essentiel. Il a fondé une œuvre qui dépassait largement les murs de son monastère, œuvre unique en son genre qui nous a transmis également les Charlier, Péguy, Pourrat, le sens des mystérieuses épousailles du ciel et de la terre et tant d'autres trésors inestimables qui ont façonné nos existences et continuent de le faire.

A la fin de sa vie, le 9 mars 2006, libéré des pressions de sa charge, et prenant peut-être tardivement conscience de la portée de certaines décisions, il écrivait à ses moines, à propos de la messe et de ses concélébrations («Réponses à quelques interrogations») : 
«Alors, j'ai fait un geste. Comme ça ne suffisait pas, il fallut encore s'engager auprès des supérieurs monastiques à ne pas interdire à nos prêtres qui passeraient dans leurs monastères de concélébrer avec la communauté. On me disait que personne n'a le droit de s'y opposer. (J'aurais dû penser au droit propre de notre communauté, inscrit dans les Déclarations auxquelles nous sommes solennellement liés par nos vœux de religion). Je le regrette maintenant puisque certains d'entre vous le considèrent comme un précédent, chose que je ne voulais absolument pas. »

« Tout ceci pour répondre à votre interrogation : je répète que je n'ai jamais, au grand jamais, voulu introduire l'usage du nouveau rite. Non seulement je ne l'ai pas voulu mais pendant trente ans nous avons tenu le cap, formé la communauté dans le sens de cette fidélité, en bravant les interdits, changés aujourd'hui en gracieuses permissions, agrémentées de félicitations en haut lieu.»

«Pendant quatre ans, notre P. Basile, étudiant à Rome, s'est fait un devoir de refuser toute concélébration malgré le courant contraire, et jamais il ne m'a demandé d'y déroger.»

Voilà donc quelle est la Tradition liturgique dont parle le Prologue de nos Déclaration. Voilà ce que nous avons professé solennellement et que le Droit Canon appelle une Lex propria, raison d'exister de notre monastère. »

Je regrette infiniment que les deux concélébrations, que j'ai consenties pour le bien de notre fondation d'Agen, puissent créer un précédent dont on s'autoriserait à tort, non seulement pour en poursuivre et en multiplier la pratique, mais aussi et surtout pour le reconnaître comme l'exercice d'un droit. » 
« C'est dans cet esprit que j'ai écrit une lettre à notre Père Abbé le 4 mars de la semaine dernière, lui disant : 
Mon cher Père Abbé,
Je vous supplie à deux genoux, pour l'unité de la communauté de tabler fermement sur notre droit propre.
En 1997, il y a 9 ans, en réunion de prêtres, c'était la ligne définie par le P. Abbé pour la communauté.
Merci mon cher Père Abbé de bien vouloir continuer.
Votre fils, Fr. Gérard
 
« N'ayant plus aucun pouvoir de décision, il me revient cependant le droit d'interdire formellement que l'on s'autorise de moi pour faire le contraire de ce que pendant 30 ans j'ai enseigné et pour quoi j'ai milité contre vents et marées.»
Déjà en avril 1997, dans son Diaire, le T.R.P Dom Gérard écrivait :
« ... Le P. Abbé (...) a fait une mise au point le vendredi 25 en réunion de prêtres :
1- Messe de Paul VI : Catholique, valide, célébrée depuis plus de 25 ans par 3 papes, 2500 évêques et les prêtres du monde entier. N.B. : les nouveaux béatifiés n'ont connu que cette messe. Mais elle est pernicieuse par son caractère évolutif.
2. Messe traditionnelle : « rite romain classique » (Dom Cabrol) durera toujours. « C'est toute une autre atmosphère ». Par ses rites, gestes, formules, elle a un pouvoir sanctifiant plus prononcé. (Témoignages innombrables).
3. Au monastère ne se célèbre la messe que sous ce rite.
• Garantie de Rome qui a approuvé nos constitutions.
Par souci d'unité interne de la Communauté. Le P. Abbé demande qu'on ne concélèbre pas selon le rite de Paul VI, même à l'extérieur. Nous avons tenu cette position pendant 8 ans. Il serait désastreux de lâcher la position, tant pour les fidèles qui s'appuient sur le roc inentamable que représente pour eux notre abbaye que pour l'autorité romaine qui a besoin de notre témoignage. (...)»
Même si, parfois, Dom Gérard « écrivait droit avec des lignes courbes », tout est dit, clairement, avec force et autorité. 

Le lecteur de la biographie n'en saura rien. L'auteur n'a pas su, et n'a pas voulu montrer au lecteur qu'au-delà de certaines hésitations et de variations dans le temps, Dom Gérard est resté fidèle à une ligne de fond tracée dès les premiers jours.

Au risque de se répéter, l'on ne peut que regretter ce travail partisan qui porte préjudice à la mémoire de Dom Gérard Calvet, à son œuvre et à son intention profonde.

Il est à craindre que la démarche de l'auteur ne reflète la position d'une partie au moins de la communauté monastique de La Madeleine et cette pensée est douloureuse.

Du plus profond de notre gratitude, nous souhaitons qu'il se trouve parmi ses fils quelque moine que cette exigence sans compromission aura conquis et qui reprendra le fil de cette œuvre dont sa biographie officielle donne une image gauchie.

Christian Bless

Fête de Marie Reine, 31 mai 2018

25 juin 2018

[Abbé Pivert (blog)] Adresse aux membres du Chapitre Général de la Fraternité Saint Pie X

SOURCE - Abbé Pivert (blog) - 25 juin 2018

Messieurs les abbés,

Avez-vous l’amour des opprobres ?

Vous prêchez les exercices de saint Ignace dont la méditation-clef nous trace le programme des vrais serviteurs de Dieu face au programme des serviteurs de Satan. C’est pauvreté, amour des opprobres, humilité et de là, affirme saint Ignace, découlent toutes les autres vertus.

La pauvreté ne semble pas être une marque distinctive de la Fraternité Saint Pie X…

Et l’amour des opprobres non plus : vous recherchez l’approbation de la Rome apostate ! Vous voulez être reconnus par ceux que vous devriez dénoncer et combattre ! Vous pleurnichez devant eux pour quémander quelques miettes de reconnaissance. Vous ne voulez pas voir qu’ils sont eux-mêmes à la remorque du monde et des Bilderbeg.

Vous soumettez les mariages de vos fidèles au comportement du monde et non à la rigueur de l’évangile, car c’est bien cela : le faux droit de Vatican II favorise les divorces sous couvert de nullités, tandis que les sages exigences du code de saint Pie X forment les adorateurs du vrai Dieu.

Quant à l’humilité, je ne vous dirai qu’une chose : vous êtes des bourgeois et des aumôniers de bourgeois. Les musulmans n’ont-ils pas d’âme que vous ne cherchiez pas à les convertir ? Que vous n’envoyiez pas vos religieuses vivre au milieu d’eux comme le suppliait le Père de Foucauld ?

L’Apocalypse va tomber sur notre pauvre monde et vous ne formez pas les chrétiens pauvres, amoureux des opprobres et humbles qui seuls pourront résister à la puissance de l’argent, à la vanité de la technique, à l’orgueil de la Révolution.

Vous avez un mot à la bouche, un mot sort de vos plumes : obéissance ! Et vous ne voulez pas voir que vos jeunes vous échappent, happés par le monde.

Ah, Messieurs, il n’est plus temps de vous demander de revenir trente ans en arrière, c’est-à-dire à l’enthousiasme des sacres de 1988 par lesquels Mgr Lefebvre méprisant la fausse sagesse du monde, la fausse prudence de Rome, donnait au monde la seule réponse qu’il méritait : des missionnaires de la foi.

Car, depuis, vous avez jeté hors de la Fraternité Saint Pie X Mgr Williamson comme un malpropre, vous avez jeté comme une peste contagieuse des prêtres et des fidèles serviteurs de Dieu ! Vous avez prouvé par là, comme l’a dit l’abbé de Cacqueray, qu’ils n’avaient plus leur place dans la Fraternité Saint Pie X. Effectivement, notre place n’est plus au milieu de vous et, voudriez-vous nous réintégrer dans ce que vous avez fait de la Fraternité Saint Pie X, nous le refuserions.

Nous vous avons tant de fois tendu la main, mais vous nous avez méprisés et calomniés, alors, solennellement, appuyés sur la puissance de l’Évangile, par respect pour la majesté de Dieu, nous vous adjurons de revenir de vos errements, de demander pardon à Dieu de vos lâchetés. Des prêtres jureurs l’ont fait avant vous, pourquoi pas vous ? Vous demanderez à l’humble Vierge Marie de vous obtenir de Dieu, par une humble pénitence, par un humble apostolat auprès des plus pauvres, cachés au milieu des persécutés du monde moderne que vous avez aimé, vous lui demanderez l’honneur de l’humble confession de la foi. Et, le jour où le monde vous haïra, où il vous traitera comme le pire de ses ennemis, vous saurez que vous êtes pardonnés.

Abbé François Pivert
Prêtre de Jésus-Christ