8 juin 2018

[Abbé Ralph Weimann - La Nef] Pluralité des formes et unité dans la liturgie - La Lex celebrandi, reflet de la Lex credendi [1]

SOURCE - Abbé Ralph Weimann - La Nef - 5 juin 2018

Lorsqu’on parle de liturgie, il arrive que les nerfs des interlocuteurs soient facilement mis à vif, car la lex celebrandi n’est pas seulement le reflet de la lex orandi, mais aussi celui de la lex credendi, qui, à son tour, agit sur la foi vivante (lex vivendi). L’expression la plus accomplie de la foi est la célébration de la Sainte Messe, de telle sorte que c’est à son propos que les esprits divergent très souvent. À l’inverse, cela signifie qu’une modification de la lex celebrandi – en particulier s’il s’agit de modifications importantes – peut difficilement demeurer sans effet dans les divers autres domaines de la foi.

La liturgie c’est la célébration du dogme ; elle inclut donc l’enseignement de la foi, elle la rend vivante et lui confère une expression solennelle. C’est donc à juste titre que Martin Mosebach a pu écrire, dans une analyse du Missel dit « de Trente », que le prêtre qui ferait naufrage sur une île déserte avec le Missel Tridentin pourrait reconstituer le catholicisme dans son ensemble[2]. Cette conviction correspond tout à fait à ce qui est exprimé dans le Décret du concile Vatican II concernant le ministère et la vie des prêtresPresbyterorum ordinis, où il est dit : «La très sainte Eucharistie contient tout le trésor spirituel de l’Église, à savoir le Christ lui-même, notre Pâque, le Pain vivant, Lui dont la chair vivifiée et vivifiant par l’Esprit Saint, donne la vie aux hommes (…). On voit donc alors comment l’Eucharistie est bien la source et le sommet de toute l’évangélisation »[3].

Ce n’est ni dans la forme, ni dans le rite que l’Eucharistie devient source et sommet, mais, c’est pour ainsi dire « d’en haut » qu’elle le devient, par la forme et le rite. C’est sur ce point particulier que Romano Guardini a voulu attirer notre attention en nous mettant en garde contre l’évolution d’une Église qui mettrait l’accent sur les assemblées, les discours, les argumentations, les lois protectrices etc. ce qui aurait pour effet de perdre de vue l’essentiel. Il affirmait que « ce ne sont là que manifestations extérieures de cette force cachée. Ce serait une erreur de se soucier principalement des manifestations concrètes, en négligeant par ce fait même de veiller au maintien de la pureté, au renforcement et à l’élargissement de la source intérieure. Là où l’Église prie de manière vivante apparaît de tous côtés une clarté surnaturelle, une paix agissante, la connaissance de la vie et des hommes, le véritable amour du prochain »[4].

La clarté surnaturelle, qui comme le dit Jésus, le Verbe incarné, met l’accent sur le primat de Dieu, doit devenir la Lumière qui luit dans les ténèbres et les éclaire (Jn 1,5). Cette observation est importante, car elle constitue le critère par excellence pour le culte divin. En effet, c’est de Dieu que part le chemin, ce qui ne dévalue nullement l’homme, mais au contraire l’élève jusqu’à Lui par le Sacrement.

Ces observations préliminaires définissent le cadre général de notre étude concernant le Motu Proprio Summorum Pontificum. Au moment de sa promulgation, la principale question qui s’est posée concernait les conséquences de la crise de la foi sur la compréhension de la liturgie. Dix ans après la publication du document pontifical, on verra que cette question demeure d’une grande actualité, car, si on le considère attentivement, le Motu Proprio de Benoît XVI apparaît sous un nouvel éclairage. Dans un deuxième temps, notre regard se portera sur l’essence de la liturgie, ce qui nous permettra, dix ans après la publication de Summorum Pontificum, d’en évaluer les résultats par rapport aux buts que le Pape Benoît XVI avait assignés à ce document, afin d’affronter courageusement l’avenir, grâce à une réconciliation avec le passé.
1 Summorum Pontificum et la crise de la foi
L’Institutio Generalis Missalis Romani, qui met en évidence la relation entre la foi et le culte, est mentionnée dans l’introduction du Motu Proprio Summorum Pontificum. En effet, celle-ci rappelle le principe selon lequel «chaque Église particulière doit être en accord avec l’Église universelle, non seulement quant à la doctrine de la foi et aux signes sacramentels, mais aussi quant aux usages reçus universellement de la tradition apostolique ininterrompue, qui sont à observer non seulement pour éviter des erreurs, mais pour transmettre l’intégrité de la foi, parce que la loi de la prière (lex orandi) de l’Église correspond à la loi de sa foi (lex credenti) »[5]. Ainsi, la doctrine de la foi ouvre à la compréhension des signes sacramentels, et elle est elle-même présente dans la continuité de la succession apostolique.

C’est ici qu’apparaît une difficulté qui est liée à la mentalité propre au courant dit postmoderne ; celle-ci fait partie de la problématique générale qui émerge des débats de fond concernant les questions liturgiques. Elle est indiscernable à partir des formes extérieures, et ceci doit être clairement affirmé. Elle apparaît donc seulement si on la considère dans la foi, ce qui, dans la liturgie, correspond à la célébration du dogme. En d’autres termes, ce n’est qu’à partir de la foi, en tant que fondement, que les thèmes liturgiques peuvent être compris correctement. La liturgie est Mysterium fidei, Mystère de la foi, car c’est la foi seule qui nous ouvre la porte du Mystère et nous permet d’y accéder. L’Encyclique Lumen fidei reprend ce thème d’une manière plus précise, en affirmant que la foi élargit l’horizon, et ce dernier est lui-même illuminé par le Christ, qui est le vrai Soleil. Ainsi, seule cette Lumière permet de rendre accessible le vrai contenu du Mystère qui est célébré. Cela signifie a contrario que si la foi n’est pas comprise et vécue, si elle n’est pas l’objet d’une adhésion venant du plus intime de l’être, si elle n’est pas le support constant de la vie, tout échange de vues concernant la foi devient une entreprise ardue et pénible qui demeure stérile, parce qu’il repose sur des conditions préalables qui ne la concernent pas. C’est dans cette perspective que s’insère la liturgie de l’Église : sans la foi, celle-ci est incompréhensible, et bien plus, elle devient formelle ou banale[6]. Il s’agit d’un danger réel, et on peut constater que, dans l’histoire de l’Église, l’accent s’est déplacé, allant tantôt dans un sens, tantôt dans un autre.

On note aussi une difficulté supplémentaire en relation avec ce qui vient d’être dit. Le courant postmoderne a produit une approche positiviste, qui lui est propre – on reviendra plus tard sur cet aspect – à partir de laquelle il a défini la réalité. En revanche, la liturgie présuppose de consentir à aller au-delà de ce qui est perceptible, de ne pas s’en tenir à cette approche positiviste, « car Dieu est esprit et tous ceux qui l’adorent doivent l’adorer en vérité et en esprit » (Jn 4,24). Ce n’est que dans la rencontre avec le Dieu invisible, qui, sous la forme du pain et du vin, demeure caché à notre regard, que s’ouvre l’horizon de la liturgie, et donc sa signification profonde. Josef Andreas Jungmann souligne que sans le Christ, l’Église, et avec elle, la liturgie, ne serait qu’une association parmi toutes celles qui existent ici-bas, un phénomène appartenant à ce monde, alors que, par le Christ, nous avons accès au Père, car «dans les actions sacramentelles c’est Lui en personne qui agit, et donc c’est Lui qui baptise et consacre. Ce faisant la liturgie terrestre n’est rien de plus que son organe visible »[7]. Ainsi, chaque sacrement ne devient intelligible et accessible à l’homme que lorsqu’il est perçu et saisi dans le cadre plus large de la foi.

Il reste vrai que, en aucun cas, la foi ne peut être mesurée, ni quantifiée positivement, y compris quand on la considère sous l’angle du lien entre la foi (lex credendi) et les œuvres (lex vivendi) (cf. Jc 2,17-18). La foi est au-dessus de la raison, et on peut également le dire de la liturgie, car, dans le cas contraire, elle serait reléguée soit à la sphère de l’irrationnel, soit à celle de la banalité immanente.

Cette réflexion nous permet de mieux comprendre la raison pour laquelle la publication et la mise en pratique du Motu Proprio Summorum Pontificum ont soulevé d’importantes polémiques. Il ne s’agit nullement d’un « retour en arrière », puisque le document pontifical met l’accent sur la problématique générale de la foi, et celle-ci va même bien au-delà des thèmes évoqués dans le texte du Pape. Conscient de ces difficultés, Benoît XVI a voulu que notre attention puisse de nouveau se porter sur l’essentiel, dans le but de résoudre les problèmes, et non de les écarter. Cet aspect du document qui ne concerne pas seulement la liturgie mais la met particulièrement en évidence, est d’une grande importance, car il permet d’éclaircir le problème de la relation entre la crise de la foi et la compréhension de la liturgie, et il mérite donc d’être davantage approfondi.
1.1 Première fracture radicale et crise de la foi.
Déjà en 1954, Romano Guardini faisait remarquer que la modernité – aujourd’hui on parle de postmodernité -, en tant que période « post-factuelle » (Post-Faktischen), a relégué à l’arrière-plan la relation de chaque personne avec Dieu pour lui substituer l’optimisme progressiste élevé au rang de dogme[8]. Depuis cette époque, ce processus, qui ne se déploie pas de manière homogène, a gagné du terrain. Joseph Ratzinger avait fait la même analyse de ce développement dans L’introduction au christianisme, qui, encore aujourd’hui, n’a rien perdu de son actualité. Il avait divisé son ouvrage en deux étapes significatives. En résumé, il s’agissait fondamentalement de réduire la réalité à ce qu’on peut en appréhender de manière positiviste. Ratzinger résumait la première étape par l’équation : « verum quia factum », c’est-à-dire : « n’est vrai que ce qu’on fait soi-même ». Ratzinger ajoutait : « Pour moi cette formule représente la véritable fin de l’ancienne métaphysique et le commencement de l’esprit des temps nouveaux dans sa spécificité »[9].

Ce jugement est toujours valable. L’esprit des temps nouveaux n’est pas en mesure d’englober la transcendance parce que celle-ci fait éclater les limites de la méthode scientifique. La vérité est réduite au simple « fait », qui, seul, est admis comme scientifiquement vérifiable. Finalement, le cosmos et, plus généralement, tout ce qui dépasse la nature demeurent impénétrables ; de plus, tout projet ayant la prétention d’approfondir cette réalité est exclu a priori, parce qu’il ne correspond pas aux nouveaux critères de la science dite « moderne ». À partir d’un tel point de départ, on devait inévitablement aboutir à un anthropocentrisme radical.

En ce qui concerne la liturgie, cette prise de position a eu pour effet de changer la perspective clairement définie dans les années 1950 par Pius Parsch, qui avait qualifié la pastorale en vigueur à son époque de « trop rationnelle, trop organisatrice, partant trop de l’homme, trop disciplinaire »[10]. Dans le contexte du mouvement liturgique, il demandait de revenir aux sources et à la vie de la grâce, qui s’alimente aux fonts baptismaux et à l’autel du Saint-Sacrifice. Le primat du « fait » en tant qu’unité de mesure de la liturgie, ne pouvait que conduire au réductionnisme et occulter l’essentiel. Partout où cette théorie a plus ou moins influencé la liturgie, celle-ci s’est trouvée soumise au « fait ».

En 2001, lors des Journées liturgiques, qui s’étaient tenues à l’abbaye bénédictine de Fontgombault, le Cardinal Ratzinger avait souligné l’émergence de deux extrêmes : « L’existence d’un rigorisme et d’un archéologisme liturgiques qui s’avèrent être un grand danger »[11]. Le rigorisme a élevé la forme et, donc, avec elle, le formalisme, au rang d’unité de mesure de la liturgie, comme si le salut ne dépendait pratiquement que d’elle.

Il est évident que, de son côté, l’archéologisme liturgique a eu des conséquences beaucoup plus graves, car il s’est introduit pour ainsi dire comme un cheval de Troie. En effet, sous le prétexte de redécouvrir la forme originelle de la liturgie, corrompue et tombée dans l’oubli au cours des siècles, on est arrivé à justifier n’importe quelle innovation sans rapport avec la Tradition vivante, ni avec l’Église en tant que telle. Ainsi, le jugement d’un petit nombre d’experts a pu s’imposer comme le critère décisif des modifications liturgiques.

La première génération de liturgistes comportait en majorité des historiens ; ils étaient tout à fait prédestinés à tomber dans le piège d’une réduction de la réalité au seul « fait ». C’est alors qu’a surgi un circulus vitiosus (un cercle vicieux) qui devait inéluctablement avoir de lourdes conséquences. De fait, si les liturgistes s’appuient essentiellement sur l’histoire (le « fait » historique) pour étayer leur argumentation, même si, d’une certaine façon, ils sont tenus de le faire, et si, par conséquent, ils qualifient leur domaine de compétence de « science », ils ont inévitablement tendance à appliquer les méthodes usuelles de l’histoire en tant que science, à la liturgie, afin de ne pas encourir le reproche de ne pas travailler d’une manière « scientifique ». Toutefois, précisément dans ce cas, l’essence de la liturgie, qui n’a rien à voir avec l’histoire, leur demeure inaccessible, puisqu’elle est intrinsèquement la présence du Dieu vivant.

Joseph Ratzinger a noté avec raison que c’est principalement cette première génération de liturgistes qui fut marquée par l’archéologisme : « Ils cherchaient à exhumer la forme la plus ancienne dans sa pureté ; ils considéraient les livres liturgiques de l’époque, avec leurs rites bien fixés, comme l’expression d’une prolifération tout au long de l’histoire, elle-même à l’origine de nombreux malentendus et de la méconnaissance du passé. Ainsi, on a cherché à reconstituer la liturgie romaine la plus ancienne en la purifiant de tous les ajouts ultérieurs. Il y avait quelque chose de vrai dans une telle recherche, même si la réforme liturgique est autre chose qu’un travail d‘archéologue ; il ne faut pas mesurer logiquement chaque développement d’une réalité vivante selon un critère historico-rationnel »[12]. Par la suite, ce changement de paradigme caractérisé par une réduction de la méthode d’analyse au seul « fait », a dominé les études des spécialistes de la Liturgie. Le mouvement liturgique des années 1940 avait peu de points communs avec cette tendance qui est devenue la norme dans le cadre de la réforme liturgique consécutive au Concile Vatican II. Le Pape Pie XII a fait l’éloge du mouvement liturgique, qui, selon lui, a stimulé la foi des croyants, éveillé de nombreuses vocations sacerdotales, et intensifié l’amour de l’Église, tout mettant en garde contre des modifications ou des innovations arbitraires dans la célébration de la liturgie[13].
1.2 Seconde fracture radicale et crise de la foi.
Revenons à l’analyse que nous propose Joseph Ratzinger dans L’introduction au christianisme. La réduction de la réalité au seul « fait », ou encore à l’histoire, a exercé également une très grande influence sur l’exégèse ; mais, avec le temps, elle ne pouvait pas être considérée comme satisfaisante. On parvint donc à une seconde étape, que l’ancien professeur de théologie appelle : « l’orientation vers la pensée technique » [14]. Cette position, qui caractérise l’époque post-moderne, rejoignait à ce stade la conception marxiste, qui, tel un leitmotiv, répétait que si, jusqu’à présent, les philosophes avaient interprété le monde de différentes manières, il s’agissait maintenant de le transformer. On vit alors ce nouveau critère se répandre très rapidement sous le couvert d’un progrès ou d’un aggiornamento (ou mise à jour) mal compris. Suivant le langage de la tradition philosophique, on pourrait dire que l’axiome « verum quia factum », c’est-à-dire « n’est vrai que ce qu’on fait soi-même », et qu’on peut dès lors contempler, est remplacé par ce nouvel axiome : « verum qui faciendum » (« n’est vrai que ce qui est fait ») : cela signifie que la vérité dont il s’agit maintenant est celle de « l’opérationnel ». Ce courant de pensée apparaît d’une manière très claire aujourd’hui « sous les différentes formes d’une idéologie communément appelé genre (gender) »[15]. Dès les années 1960, Joseph Ratzinger avait décrit cette évolution, en l’énonçant par l’axiome suivant : verum quia faciendum (« c’est vrai parce que c’est fait »).

Ainsi, la seule vérité est celle de « l’opérationnel » (Machbarkeit), c’est-à-dire la possibilité de changer le monde, de le transformer, et cette vérité repose sur l’action et la perception subjective de chacun. On en trouve la confirmation dans le relativisme et l’individualisme, qui imprègnent actuellement de larges secteurs de la culture occidentale. À partir du moment où ce qui doit être fait et la possibilité de le réaliser deviennent l’unique critère permettant d’accéder à la vérité, le concept de « Tradition » perd toute signification, et, bien plus, celle-ci est perçue comme un fardeau dont il convient de se débarrasser dès que possible. « On en arrive au primat de ˝l’opérationnel˝ de ˝ce-qui-est-à-faire˝ sur ˝ce-qui-a-été-fait˝. Ce n’est pas en étant le gardien du musée de son propre passé que l’homme pourra maîtriser son présent »[16].

C’est ici qu’apparaît clairement la problématique que le Motu Proprio Summorum Pontificum devait raviver. Dans le domaine de la Liturgie, il s’agit de choisir comme critère de référence, ou la capacité « opérationnelle » – selon le postulat des auteurs postmodernes –, ou la Tradition vivante. Or, partout où on a appliqué les options postmodernes, la liturgie a été marquée par l’arbitraire. Ainsi, le prêtre qui célèbre la sainte messe recte rite, c’est-à-dire en se conformant strictement au rite établi, et donc selon les règles liturgiques, est considéré comme une sorte de « gardien du Graal », et on lui reproche alors son rigorisme et sa dureté de cœur. Au contraire, celui qui soumet la liturgie à ses propres critères est qualifié de moderne, et il est considéré comme quelqu’un qui est ouvert au monde. Et le problème est aggravé par des classifications inopportunes et hâtives.

Dans le domaine de la Liturgie, la « pensée technique », caractéristique de la postmodernité, avec comme critère essentiel le pouvoir et le devoir de l’homme, est diamétralement opposée à l’essence de la liturgie. L’archéologisme liturgique a fini par trouver son complément dans l’empirisme pastoral et l’activisme, qui sont, à leur tour, devenus des critères déterminants. Ainsi, le critère de la capacité opérationnelle est devenu « approprié à la liturgie »[17], ce qui constitue un grave contresens, et, pour un vrai connaisseur de l’essence de la liturgie, il ne peut sans doute pas en exister un plus grand. Joseph Ratzinger a bien expliqué ce point particulier ; voici ce qu’il écrit : « Puisque les jugements sur ce qui est efficace sur le plan pastoral divergent nécessairement et de plus en plus visiblement, ce qui relève du “Pastoral” est devenu la porte d’entrée par effraction de la ˝créativité˝; celle-ci a pour effet de détruire l’unité de la liturgie, tout en nous confrontant souvent à une lamentable banalité»[18].

Ainsi, la liturgie est devenue souvent le terrain d’expérimentation de la créativité, avec comme conséquence, de porter gravement préjudice à la réforme désirée par le concile Vatican II. L’Église étant dans le monde, tout en n’étant pas du monde (cf Jn 15,19), elle n’a jamais été exempte des influences de la société, ce qui est encore le cas à notre époque. Le critère de la capacité opérationnelle conduit inéluctablement à la dissolution de ce qui existe déjà, ce qui signifie que le dogme, qui est célébré dans la liturgie, a tendance à se désagréger. En effet, au lieu de lui procurer une nouvelle vitalité pour lui permettre de devenir cette vérité d’où jaillit la vie, on a constamment tendance, depuis quelques années, à instaurer de nouveaux processus de désagrégation du dogme, si bien qu’à bien des égards, beaucoup ont le sentiment que son contenu s’est en quelque sorte volatilisé.

Une liturgie, dans laquelle le dogme a été évacué, correspond très certainement aux postulats de la postmodernité, et, d’ailleurs, elle s’arroge alors le titre de « liturgie moderne ». Il reste que le prix à payer n’est nullement négligeable, car, en réalité, cela ne signifie rien d’autre que soumettre la liturgie elle-même aux principes du modernisme. On est donc conduit inéluctablement à remplacer la primauté de Dieu – qui est présente et promue dans le dogme de foi – par la prééminence de la capacité opérationnelle. Partout où ce schéma est appliqué, de douloureuses fractures sont apparues, non seulement par rapport à la Tradition vivante, mais surtout par rapport à ce qui constitue le fondement de la liturgie : la primauté de Dieu.

La mise en place de la réforme liturgique coïncida avec le déchaînement impétueux du mouvement dit de 1968 ; on ne peut nier que celui-ci ait nettement marqué cette réforme. Tandis que d’une part l’historicisme fêtait sa victoire et, sous couvert de recherche scientifique, évinçait la Sainte Écriture, la Tradition et le Magistère, on mettait en place un certain nombre d’innovations en prenant appui sur le pragmatisme pastoral. Déjà, en 1969, Josef Andreas Jungmann écrivait : « Au début, seule sans doute une minorité a vu clairement que ce déferlement dans le domaine de la liturgie devait se répercuter dans l’ensemble de la pastorale et de la vie religieuse »[19]. Et c’est exactement ce qui s’est passé dans les années qui ont suivi le concile Vatican II. Dans cette brève étude, nous ne voulons pas porter un jugement de valeur sur la réforme liturgique en tant que telle. Toutefois, il est important de comprendre comment des modifications radicales ont pu marquer la foi et fixer un cadre dans lequel la réforme de la liturgie a été mise en œuvre.

Tout ce processus se reflète directement ou indirectement dans les recommandations du Motu Proprio Summorum Pontificum. La réforme liturgique a été mise en pratique dans un contexte que l’on peut qualifier de difficile, et sur lequel ni le concile ni le Magistère de l’Église n’avaient prise. Une nouvelle compréhension de la recherche scientifique et de la vérité à partir du postulat de la capacité opérationnelle a donc prévalu, et elle s’est imposée comme un critère déterminant sous la pression des médias et de la société[20]. Cette mentalité ne cessa de se renforcer : en effet, on plaçait désormais au centre le sujet et sa subjectivité. Ce processus ne cessa de s’accentuer dans la mesure où l’homme postmoderne ne vit presque plus que dans « l’instant »[21]. Très souvent, cette évolution complexe a provoqué une rupture avec le passé, puisque les nouveautés n’étaient plus introduites à travers le prisme de la transmission, mais par le biais du progrès.

Il ne faut donc pas sous-estimer le caractère roboratif et vivifiant du Motu Proprio Summorum Pontificum. Non seulement, celui-ci fait revivre la liturgie célébrée pendant des siècles, « qui a stimulé la vie spirituelle d’innombrables saints et fortifié beaucoup de peuples dans la vertu de religion et fécondé leur piété »[22], non seulement aussi, il élargit les perspectives du concile Vatican II au cours duquel cette liturgie fut célébrée, mais, en outre, il contredit le postulat postmoderne de la capacité opérationnelle en opposant à la primauté du faire et du faisable, celle de Dieu, remettant ainsi en question le dogme de la modernité. Il nous incite donc à orienter notre regard dans une autre direction : la lumière de Jésus Christ parvient à l’homme d’aujourd’hui par l’intermédiaire de la Tradition vivante présente dans la liturgie ; celle-ci devient alors vraiment la célébration du dogme.

Chaque crise de la foi a toujours d’importantes répercussions sur la liturgie, et donc sur la célébration des rites ; en effet, la liturgie ne peut être vécue et comprise que par la foi[23]. Quand on transforme ou remet en question la loi de la foi (lex credendi), on modifie aussi la loi de la célébration (lex celebrandi). C’est pourquoi, la Constitution sur la Liturgie du concìle Vatican II Sacrosanctum concilium a clairement exprimé ce principe en soulignant qu’avant d’entrer en contact avec la liturgie, il importe que les hommes « soient appelés à la foi et à la conversion »[24].

La publication du Motu Proprio Summorum Pontificum est comme un miroir tendu à l’Église. Ce qu’on y voit ne permet pas seulement d’accomplir un voyage dans le temps, mais, avant tout, ce document donne la possibilité de rencontrer et de faire vivre cette Tradition qui a servi de point de départ et de référence à la réforme liturgique. De plus, si l’on considère que la société est marquée par un développement sans cesse plus rapide, avec le risque de perdre ses racines, le Motu Proprio, en s’inscrivant dans ce contexte pour l’assainir, peut contribuer à un ancrage dans la Tradition. En effet, « le Saint Concile œcuménique Vatican II a voulu puiser dans la tradition spirituelle vivante et vénérable de l’Église, une liturgie à la fois soigneusement préservée et adaptée avec sagesse aux situations pastorales particulières des différents peuples, de telle sorte que les fidèles, en participant pleinement d’une manière consciente et effective aux actes du culte, spécialement dans la célébration des Sacrements, aient accès à la source abondante des grâces, et à la possibilité de se conformer au contenu du mystère chrétien »[25].
2 L’essence de la Liturgie et la lex credendi
Une approche basée uniquement sur l’histoire n’est pas en mesure de saisir ce qu’est vraiment l’essence de la liturgie. En effet, l’Eucharistie n’est pas une matière inerte, ni une relique du passé, mais elle est « la source et le sommet de toute la vie chrétienne »[26], elle contient donc « le Christ lui-même, notre agneau pascal et le pain de vie, lui dont la chair, vivifiée par l’Esprit Saint et vivifiante, donne la vie aux hommes »[27].

Le liturgiste qui veut endosser le costume étriqué de l’historien, ne peut pas accéder au Sursum Corda qui constitue le cœur de la célébration sacramentelle. Le pragmatisme pastoral ou le pur formalisme en sont tout aussi incapables, puisque la vocation du culte divin est de nature spirituelle ; en effet, il nous permet d’adorer Dieu en esprit et en vérité (cf. Jn 4,23).

Ceci implique donc la nécessité fondamentale d’un changement de perspective pour mettre de nouveau l’accent sur une herméneutique de la foi : « il est clair que la théologie est impossible sans la foi et qu’elle appartient au mouvement même de la foi, qui cherche l’intelligence la plus profonde de l’autorévélation de Dieu, qui atteint son sommet dans le Mystère du Christ »[28]. Il convient donc de prendre ses distances par rapport au « fait » et/ou au faciendum (« faire ») en adoptant cette attitude comme une ligne directrice, et, par conséquent, de redécouvrir l’unité des lois suivantes : lex orandi, lex credendi, lex celebrandi, lex vivendi. L’approche de Romano Guardini constitue à cet égard un grand apport, puisque c’est lui qui a défini le mouvement liturgique et l’a marqué d’une telle empreinte que, comme l’a dit Joseph Ratzinger, toute une génération a été marquée par la lecture de ses œuvres. Les études de Guardini sont aussi considérées comme une clef permettant de mieux comprendre la participatio actuosa recommandée par le concile[29].

Selon Guardini, « il faut que le culte divin soit célébré en esprit et en vérité. Le sentiment, c’est-à-dire l’élément subjectif, a besoin d’être guidé et orienté, car seule est bonne la prière qui est ancrée dans la vérité »[30]. Il ajoute : « Seule la vérité donne de la force à la prière, elle l’irrigue d’une énergie âpre lui permettant de demeurer vivifiante ; sans cette énergie la prière s’affadirait. (….) La pensée dogmatique affranchit de la servitude du pur sentiment, de l’ambiguïté et de l’apathie du sensible. Elle rend la prière claire et efficiente pour la vie »[31]. Ainsi, la qualité de la vraie prière ne dépend ni du fait historique, ni de la capacité opérationnelle des ressources pastorales, mais seulement de la vérité révélée dans le Christ (cf. Jn 14,6) sans laquelle la liturgie perd sa raison d’être. Joseph Ratzinger a repris et approfondi toutes ces notions[32].

Pour J. Ratzinger, la vérité (lex credendi) qui résulte de la rencontre du croyant avec Dieu dans le cadre de la liturgie, est déterminée avant tout par la logike latreia, c’est-à-dire le culte divin approprié au Logos (ou Verbe). En la personne de Jésus Christ, le Logos, qui est la Vérité, vient à la rencontre de l’homme en tant que « véritable Verbe éternel devenu homme »[33]. En Jésus Christ, Dieu et l’homme se rencontrent. Ainsi, la véritable participatio actuosa trouve sa plus parfaite réalisation dans la participatio Dei, c’est-à-dire la communion avec Dieu, et celle-ci n’est rien d’autre que la Lumière de la Vérité émanant de Dieu.

Dans la liturgie, l’unité ne provient pas originairement de la forme, car celle-ci peut beaucoup varier au gré du temps, comme le montre amplement l’histoire de la liturgie. En revanche, le principe d’unité présent dans la liturgie est constitué par la foi (lex credendi), puisque la foi s’exprime dans la liturgie. Dans cette perspective, les analyses de Romano Guardini acquièrent une nouvelle actualité : celui-ci insiste sur le dogme comme garantie de l’unité, et il le fait comme si cela allait de soi à son époque ; toutefois, aujourd’hui, une telle notion demeure certainement étrangère à l’homme postmoderne[34]. Existe-t-il d’autres alternatives ? Adorer en esprit et vérité ne correspond-il pas à la logike latreia ? Il faut nous remettre en cause pour retrouver cette dimension verticale, il faut donc nous tourner vers Dieu, car « dans la liturgie l’homme ne se regarde pas lui-même, mais c’est vers Dieu qu’il dirige son regard. (…) Le sens de la liturgie c’est que l’âme doit se mettre en présence de Dieu, elle doit s’ouvrir à Lui pour vivre de la vie divine, dans la sphère sacrée des réalités divines, de ses vérités, de ses mystères et de ses signes, tout en ayant, ici-bas, sa propre vie véridique et réelle ».[35]

Dans le contexte actuel propre à notre époque, la promulgation du Motu Proprio Summorum Pontificumconfère une signification nouvelle à ce qui vient d’être dit. Celle-ci est exprimée dès l’article 1 du document pontifical : « Le Missel romain promulgué par Paul VI est l’expression ordinaire de la ˝lex orandi˝ de l’Église catholique de rite latin. Le Missel romain promulgué par saint Pie V et réédité par le Bienheureux Jean XXIII doit être considéré comme l’expression extraordinaire de la même ˝lex orandi˝ de l’Église et être honoré en raison de son usage vénérable et antique. Ces deux expressions de la ˝lex orandi˝ de l’Église n’induisent aucune division de la ˝lex credendi˝ de l’Église ; ce sont en effet deux mises en œuvre de l’unique rite romain »[36]. Ainsi, la foi qui s’exprime dans les deux formes de l’unique rite romain est la même, ou du moins elle devrait l’être. En effet, dans la mesure où les fidèles, les prêtres et les évêques font leur cette conviction, cela ne peut avoir que des conséquences bénéfiques pour la foi dans l’Église tout entière.
Conclusion
Dix ans après la publication du Motu Proprio Summorum Pontificum, s’il est encore trop tôt pour porter un jugement définitif sur la portée de ce document[37], il est néanmoins possible de dégager quelques axes de réflexion. Les buts essentiels que le Motu Proprio désire atteindre, et qui sont autant de motifs d’espérance, sont évoqués dans la lettre d’accompagnement adressée aux évêques ; celle-ci acquiert donc de ce fait une importance toute particulière[38].

Il existe fondamentalement deux manières d’aborder le Motu Proprio, ce qui pose le problème de son herméneutique. Dans les milieux ecclésiaux où prévaut l’idée fausse que l’Église serait aujourd’hui fondamentalement différente de celle d’hier, Summorum Pontificum se heurte au refus, à l’incompréhension, au manque de tolérance et à la polémique : selon le Cardinal Kurt Koch, Président du Conseil Pontifical pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens, « cette herméneutique de la discontinuité et de la rupture qui part du principe qu’il faut établir une séparation entre une liturgie préconciliaire et une liturgie postconciliaire, et donc dans l’Église elle-même, a pour effet de dissoudre le lien avec la Tradition »[39]. C’est ainsi qu’on creuse des fossés et qu’on élève des murs qui, non seulement nuisent à la foi, mais aussi la désintègrent pratiquement ; au contraire, la vitalité de la foi ne transparaît qu’en présence d’une croissance organique. En prenant comme base de réflexion le concile Vatican II, le Pape Benoît XVI a mis en évidence l’opposition entre la rupture avec la Tradition vivante, et une «˝herméneutique de la réforme˝, du renouveau dans la continuité de l’unique sujet-Eglise, que le Seigneur nous a donné »[40]. Une telle approche permet d’accepter la réforme et le changement ; c’est même elle qui les rend possibles, car elle présuppose une croissance organique. Le Cardinal Koch voit dans cette alternative une question vitale qui concerne aussi bien l’Église catholique que l’œcuménisme. Il convient d’admettre une telle conclusion[41]. Etant donné que, pour le chrétien, l’espérance est une vertu essentielle, il est indispensable de proposer des perspectives ayant pour base des principes positifs conformes au Motu Proprio Summorum Pontificum, selon une herméneutique de la réforme dans la continuité. 
a) L’autorité du concile Vatican II
Dans la lettre d’accompagnement du Motu Proprio adressée aux évêques, le Pape Benoît XVI évoque l’objection suivante : le Motu Proprio irait à l’encontre de l’autorité du Concile dans la mesure où il mettrait en cause la réforme liturgique[42]. Le Pape montre combien une telle crainte n’a aucun fondement, car on est en présence de deux formes du même rite romain. Ainsi, alors que la Forma ordinaria est présente dans le missel publié par Paul VI, la Forma extraordinaria, qui a été utilisée pendant et après le concile, n’a jamais été juridiquement abrogée[43]. La logique de cette argumentation correspond aux lois internes de la formation de la liturgie à partir du concept de croissance organique, car « l’exclusion totale du nouveau rite ne serait pas cohérente avec la reconnaissance de sa valeur et de sa sainteté »[44]. En d’autres termes, celui qui rejette la liturgie du passé, récuse également celle du présent.

Plus précisément, on peut affirmer que celui qui rejette la liturgie, qui fut célébrée pendant des siècles et constitua la référence commune pendant le concile Vatican II, récuse aussi le concile œcuménique lui-même. Avec le Motu Proprio, le pape Benoît XVI a voulu jeter un pont au-delà du concile Vatican II, jusqu’aux origines, pour immerger le Peuple de Dieu dans le fleuve de la Tradition vivante. Un accueil favorable du Motu Proprio a justement pour effet de renforcer l’autorité du concile Vatican II, dans la mesure où celui-ci se veut « dans la continuité du concile de Trente et du concile Vatican I »[45], et où, par conséquent, il s’insère dans le vaste ensemble de la Tradition vivante à laquelle il n’appartient qu’en étant lui-même une partie de ce tout. 
b) Corrections et enrichissement mutuel
En principe, il ne peut y avoir de contradiction entre les deux formes du même et unique rite romain ; de fait, dans le cas contraire, elles ne constitueraient pas les deux formes d’un même rite. Cette affirmation est importante dans la mesure où, ces dernières années, on a eu l’impression que, tandis que le princeps analogatum (principe d’analogie) avait disparu, de son côté, la forma ordinaria ne cessait de gagner du terrain à l’image d’un vaisseau spatial avançant dans le vide, c’est-à-dire sans point de repère précis, ni contrôle d’aucune sorte. La façon dont la réforme liturgique a été mise en pratique a souvent renforcé, voire même suscité cette impression[46]. Puisqu’il existe deux formes du même rite romain, la forma extraordinaria constitue nécessairement un point de référence et de comparaison. Seule une herméneutique de la rupture s’opposerait à une telle constatation, même si on peut noter que, dans l’application de la réforme liturgique, il existe bien un certain nombre d’éléments de ruptures, qui ont été progressivement dévoilées au grand jour. Pour remédier à cela, on dispose d’un point de repère qui n’a cessé de s’enrichir au long des siècles : la vie de nombreux saints. Leur témoignage peut contribuer à effectuer plus facilement les corrections qui s’avèrent nécessaires, et à envisager plus particulièrement l’introduction d’une réforme de la réforme. Il est vrai que, pour Joseph Ratzinger, celle-ci concerne « le missel réformé et non le missel précédent »[47]. Une telle action, dont dépend la pérennité de l’essence même de la liturgie, s’avère indispensable. Il convient donc de surmonter l’« uniformité », le « chaos » ou la « fragmentation », qui caractérisent trop souvent la liturgie actuelle[48]. La liturgie ne redeviendra une source et un sommet que lorsque la présence de Dieu l’irriguera entièrement. Une telle exigence correspond aux affirmations principales du Motu Proprio Summorum Pontificum.

Les deux formes du même rite romain peuvent s’enrichir mutuellement, car le dogme, qui est célébré dans la liturgie, est le point de référence à partir duquel la liturgie, dans son essence, est non seulement protégée, mais aussi sauvegardée et promue dans son intégralité. Il convient donc de mettre de nouveau en évidence le principe essentiel du mouvement liturgique, qu’est la participatio actuosa, dont le contenu est clairement circonscrit et sans lequel toute participation ne serait qu’une illusion. En effet, il faut aborder la question de la liturgie à partir du primat de Dieu – (logike latreia : seul digne d’être adoré) – ce qui permet, sur cette base, de ne pas céder tout autant au formalisme qu’à la créativité. Ainsi, l’ancien Missel pourrait être enrichi de nouvelles préfaces et de célébrations d’un certain nombre de nouveaux saints, tandis que, dans la Forma ordinaria, on ferait tout ce qui est nécessaire pour mettre en valeur plus fortement la sacralité du rite de la Messe qui s’exprime dans le chant, la parole, la disposition des lieux, la musique, les vêtements liturgiques, et, bien entendu, l’orientation vers Dieu. Au cours du synode des évêques, qui concernait l’application de la réforme liturgique, une large majorité avait souhaité que le Canon romain occupe toujours la place d’honneur, et qu’il soit choisi les dimanches et les jours de fête[49]. La Forma ordinaria devrait prendre en compte cette résolution, car cette Prière eucharistique est tout à fait représentative de l’unité et de la croissance organique des deux formes du même rite romain[50]. 
c) Passerelles vers l’avenir
Dans la mesure où il est bien reçu, le Motu Proprio contribue sans doute à surmonter la séparation entre Église pré et postconciliaire ; il s’agit même de son apport principal. Seule la réconciliation avec le passé permet de franchir le seuil pour emprunter le véritable chemin qui mène vers l’avenir, et cela requiert le repentir, la pénitence et la purification. L’Église doit avoir le souci permanent de proclamer la foi en tenant compte des exigences du temps présent, à condition toutefois que cette foi grandisse. En effet, là où la foi s’étiole ou dépérit, l’Église régresse, car il lui manque la force, et, donc, à terme, la foi s’effondre. La Parole de Dieu se reflète avant tout dans la liturgie ; il est vrai que, dans ce domaine aussi, celui de la liturgie, une progression constante n’est possible que dans la relation, voire la réconciliation, avec la Tradition, qui est la source de cette eau vive dont parle l’Évangile ; il s’agit donc d’une nécessité incontournable[51]. Dans le cas contraire, après une brève floraison, la plante finirait rapidement par se dessécher. Un changement de mentalité est donc nécessaire, ce qui permettrait de susciter une sensibilité liturgique nouvelle et de qualité : le Cardinal Ratzinger-Benoît XVI a encouragé l’émergence d’un nouveau mouvement liturgique, c’est-à-dire, selon lui, « un mouvement en faveur de la liturgie en vue de la parfaire comme il se doit autant au-dedans qu’au dehors » [52]. Une telle œuvre ne peut être réalisée par la contrainte, ni même à brève échéance. Toutefois, un pas important a déjà été franchi dans cette direction, il y a dix ans avec la promulgation du Motu Proprio Summorum Pontificum, car « il est bon pour nous tous, de conserver les richesses qui ont grandi dans la foi et dans la prière de l’Église, et de leur donner leur juste place »[53].

Abbé Ralph Weimann
L’auteur : titulaire des doctorats en théologie et en bioéthique, l’abbé Ralph Weimann, originaire de Brême, enseigne ces deux matières dans diverses universités pontificales à Rome. Il dirige aussi un Diplôme sur la théologie de Joseph Ratzinger-Benoît XVI.
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NOTES

[1] Texte original de la conférence prononcée en italien à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’Association Saint Benoît Patron de l’Europe, le 21 octobre 2017, à l’abbaye bénédictine de Praglia (Italie), qui reprend l’essentiel d’un article publié en langue allemande sous le titre : Ralph Weimann, Verschiedenen Formen und die Einheit in der Liturgie. Lex celebrandi als Spiegelbild der lex credendi, in: M. Graulich (Hg.) Zehn Jahre Summorum Pontificum. Versöhnung mit der Vergangenheit – Weg in die Zukunft, Regensburg 2017, 86-116 (Ralph Weimann, Pluralité des formes et unité dans la liturgie. La lex celebrandi, reflet de la lex credendi, in M. Graulich (sous la direction de) Les dix années de Summorum Pontificum. Réconciliation avec le passé – chemin vers le futur, Ratisbonne 2017, 86-116: ouvrage non traduit en langue française).

[2] Cf. Martin Mosebach, Häresie der Formlosigkeit. Die römische Liturgie und ihr Feind, München 2007, 155. Traduction française: La liturgie et son ennemie: l’hérésie de l’informe, Hora Decima, 2005. Martin Mosebach: né le 31 juillet 1951, il est un écrivain allemand de renom dans son pays, auteur de romans, de récits, de poèmes, d’articles sur l’art et la littérature, de scénarios de films ainsi que de livrets d’opéra. En 2007, il a obtenu le Prix Georg-Büchner, l’un des prix littéraires les plus prestigieux de l’Allemagne, étant également lauréat du prix Kleist.

[3] Concile Vatican II, Décret sur le ministère et la vie des prêtres Presbyterorum Ordinis (PO), 5.

[4] Romano Guardini, Vom Geist der Liturgie, Paderborn 1997, 9 sq. Cet ouvrage, paru en allemand en 1918, a été publié en français, en 1930, sous le titre: L’esprit de la liturgie. Il a été réédité en 2007 (éd. Parole et Silence). Romano Guardini (1885-1968) : ce prêtre allemand d’origine italienne, aumônier d’étudiants, philosophe et théologien a marqué plusieurs générations engagées dans le mouvement liturgique.

[5] Benoît XVI, Lettre qui accompagne la Lettre Apostolique en forme de Motu Proprio Summorum Pontificum sur l’usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970, 7 juillet 2007.

[6] Cf. Pape François, encyclique Lumen fidei, 29 juin 2013, 1.

[7] Josef Andreas Jungmann, Der Gottesdienst der Kirche, Innsbruck 31962, 3. Cet ouvrage, paru en allemand en 1955, a été publié en français, en 1957 (éd. Casterman), sous le titre: La liturgie de l’Eglise romaine. Josef Andreas Jungmann (1889-1975): ce prêtre jésuite autrichien était liturgiste. Expert au concile Vatican II, il enseigna la théologie et la liturgie à l’Université d’Innsbruck.

[8] Cf. Romano Guardini, Das Ende der Neuzeit. Ein Versuch zur Orientierung (La fin des temps modernes – Une tentative d’orientation), Würzburg 1954, 65-106. Cet ouvrage, dont la première édition en langue allemande date de 1950, a été publié en français, en 1952 (éd. Le Seuil), sous le titre: La fin des temps modernes. Cf. aussi à ce sujet Ralph Weimann, Europäische Identität. Zwischen Willkommens-, Wohlstands- und Leitkultur, in: NOrd 70 (2016) 25-33. Traduction française: L’identité de l’Europe entre culture de l’accueil, culture de la prospérité et culture dominante, Liberté Politique, n. 72, décembre 2016, pp. 69-81.

[9] Joseph Ratzinger, Einführung in das Christentum. Vorlesungen über das Apostolische Glaubensbekenntnis (Introduction au christianisme-Conférences sur le Credo des Apôtres), in: Ders., Einführung in das Christentum. Bekenntnis-Taufe-Nachfolge (Introduction au christianisme. Confession – Baptême – Succession) (Gesammelte Schriften (Œuvres complètes) 4), Fribourg en Brisgau 2014, 31-322, ici:71sq. Traduction française : La foi chrétienne hier aujourd’hui, Paris, Le Cerf, 2005.

[10] Pius Parsch, Volksliturgie. Ihr Sinn und Umfang (Liturgie populaire. Son sens et sa portée), Wurzbourg 2004, 52. Volksliturgie, Volksliturgischer Verlag (Liturgie populaire, l’édition liturgique populaire), Klosterneuburg-Vienne 1940. Traduction française de la seconde édition: Sens et portée de la liturgie populaire, Mulhouse, éd. Salvator , 1950. Pius Parsch, né Johann Bruno Parsch (1884-1954): ce prêtre autrichien, chanoine régulier de l’abbaye de Klosterneuburg, près de Vienne, est surtout connu pour sa participation au mouvement liturgique.

[11] Joseph Ratzinger, 2. Bilanz und Perspektiven (Bilan et perspectives), in: Ders., Theologie der Liturgie(Théologie de la Liturgie). Die sakramentale (les sacramentaux). Traduction française : Théologie de la Liturgie, in Œuvres complètes, 11ème volume, éd. Parole et Silence, 2018.

[12] Joseph Ratzinger, VIII. Die organische Entwicklung der Liturgie (l’évolution organique de la liturgie), in: Ders., Theologie der Liturgie (Théologie de la Liturgie). Die sakramentale Begründung christlicher Existenz (Le fondement sacramentel de l’existence chrétienne) (Gesammelte Schriften (Œuvres complètes) 11), Fribourg en Brisgau 2008, 713-718, ici: 716. Cf. traduction française: Théologie de la Liturgie, op. cit.

[13] Ces modifications ou ces innovations arbitraires sont évoquées par Parsch dans son ouvrage: Volksliturgie (…): Sens et portée de la liturgie populaire, op. cit.

[14] Cf. à ce sujet le livre dont le titre est significatif: Operation am lebendigen Objekt (Opération sur l’objet vivant), de Stefan Heid (éd.), Operation am lebendigen Objekt. Roms Liturgiereform von Trient bis zum Vaticanum II (La réforme liturgique de Trente à Vatican II), Berlin 2015.

[15] Pape François, Lettre Apostolique postsynodale Amoris Laetitia, 19 mars 2016, n. 56.

[16] Ratzinger, Einführung (…) (Anm. 8), 76: La foi chrétienne hier aujourd’hui, op. cit.

[17] Ratzinger, Einführung (Anm. 8), 76: La foi chrétienne hier aujourd’hui, op. cit.

[18] Ratzinger, Die organische Entwicklung (…) (Anm. 11), 717: L’évolution organique… in: Théologie de la Liturgie, op. cit.

[19] Josef Andreas Jungmann, Christliches Beten in Wandel und Bestand (La prière chrétienne. Evolution et permanence) Munich 1969, 162. Traduction française: Histoire de la prière chrétienne. Evolution et permanence, éd. Fayard, 1972.

[20] Cf. Ralph Weimann, Zwischen Traditionalismus und Modernismus. Neuevangelisierung als Ausweg?, in: NOrd 67 (2013), 335-347. Traduction française: La Nouvelle Évangélisation peut-elle constituer une issue entre le traditionalisme et le modernisme?, Kephas, n. 48, octobre-décembre 2013, pp. 99-114.

[21] A ce sujet cf. les observations de: Emanuele Michele di Marco, Il tempo e l‘eternità nella prassi della Chiesa. Un percorso teologico pastorale su una questione decisiva e trascurata (le temps et l’éternité. Un parcours théologico-pastoral sur une question décisive et occultée), Rome 2014, 34-124. Non traduit en français. Emanuele Michele di Marco (né en 1982): ce prêtre suisse, docteur en théologie pastorale, a reçu le Pelkhovenpreis 2015 de la Fondation Aenania de Munich.

[22] Benoît XVI., Summorum… (Anm. 4).

[23] Le Pape Benoît XVI a évoqué dans la Lettre Apostolique en forme de Motu Proprio Porta fidei une « profonde crise de foi qui a affligé beaucoup de gens », et il a essayé d’y remédier en instituant une « Année de la Foi ». Cf. Benoît XVI, Lettre Apostolique en forme de Motu Proprio Porta fidei, 11 Octobre 2011, in site internet du Vatican (vatican.va), pontificat de François.

[24] Concile Vatican II: Constitution sur la Liturgie Sacrosanctum Concilium, n. 9.

[25] Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, Instruction Liturgicam authenticam, 29 mars 2001, n. 1: AAS 93 (2001) 685-726, ici: 685.

[26] Concile Vatican II, Constitution dogmatique sur l’Eglise Lumen Gentium, n. 11.

[27] PO, n. 5.

[28] Pape François, Lumen fidei (Anm. 5), 36.

[29] Cf. Joseph Ratzinger, Vorwort (Avant-propos), in: Ders., Theologie der Liturgie. Die sakramentale Begründung christlicher Existenz (Théologie de la Liturgie. L’explication sacramentelle de l’existence chrétienne) (Gesammelte Schriften (Œuvres complètes) 11), Fribourg en Brisgau 2008, 30-31. Cf. traduction française: Théologie de la Liturgie, op. cit.

[30] Guardini, Geist der Liturgie (Anm. 3), 20. Cf. traduction française: L’esprit de la liturgie, op. cit.

[31] Ibidem.

[32] Cf. Joseph Ratzinger, Zum Eröffnungsband meiner Schriften (Introduction à mes écrits), in: Ders., Theologie der Liturgie. Die sakramentale Begründung christlicher Existenz, op. cit, 5-8, ici: 6 sq. Cf. traduction française: Théologie de la Liturgie, op. cit.

[33] Joseph Ratzinger, Der Geist der Liturgie (l’esprit de la liturgie), in: Ders., Theologie der Liturgie. Die sakramentale Begründung christlicher Existenz, op. cit., 30-194, ici: 60. Cf. traduction française: Théologie de la Liturgie, op. cit.

[34] Dans ce domaine aussi, on note un profond accord entre Guardini et Ratzinger. Celui qui est devenu le Pape Benoît XVI était bien conscient que, très souvent, on ne tient plus compte du dogme qui est considéré comme un corset insupportable et un obstacle à la liberté. Voici sa réponse : « Cependant en agissant ainsi, on a perdu de vue le fait que la définition dogmatique est plutôt un service rendu à la vérité, un donoffert aux croyants par l’intermédiaire de l’autorité instituée par Dieu. Quelqu’un a même pu dire que les dogmes ne sont pas des murs qui obstruent notre vue, mais, au contraire, des fenêtres ouvertes sur l’infini« . Joseph Ratzinger, Zur Lage des Glaubens (Entretien sur la foi), in: Ders., Im Gespräch der Zeit (conversation sur notre époque). Erster Teilband (Première sous-partie) (Gesammelte Schriften (Œuvres completes) 13/1), Fribourg en Brisgau 2016, 27-204, ici: 86 sq. Traduction française: Benoît XVI-Joseph Ratzinger, Entretien sur la foi, Fayard, 1985.

[35] Guardini, Geist der Liturgie (Anm. 3), 62. Cf. traduction française L’esprit de la liturgie, op. cit.

[36] Benoît XVI., Summorum… (Anm. 4), art.1.

[37] A ce sujet, cf. les trois anthologies en langue italienne non traduites en français: Vincenzo M. Nara (sous la direction de), Il Motu proprio „Summorum Pontificum“ di S.S. Benedetto XVI. Una richezza spirituale per tutta la Chiesa (Le Motu Proprio “Summorum Pontificum” de S.S. Benoît XVI. Une richesse spirituelle pour toute l’Eglise), Vérone 2009. Puis: Vincenzo M. Nuara (sous la direction de), Il Motu proprio „Summorum Pontificum“ di S.S. Benedetto XVI. Un grande dono per tutta la Chiesa (Le Motu Proprio “Summorum Pontificum” de S.S. Benoît XVI. Un grand don pour toute l’Eglise), Vérone 2011. Enfin: Vincenzo M. Nuara (sous la direction de), Il Motu proprio „Summorum Pontificum“ di S.S. Benedetto XVI. Una speranza per tutta la Chiesa (Le Motu Proprio “Summorum Pontificum” de S.S. Benoît XVI. Une espérance pour toute l’Eglise), Vérone 2013.

[38] Benoît XVI., Lettre aux évêques qui accompagne la Lettre Apostolique en forme de Motu Proprio Summorum Pontificum…, 7 juillet 2007 in site internet du Vatican (vatican.va), pontificat de François.

[39] Kurt Koch, „Summorum Pontificum“ als Weg innerkirchlicher Verständigung und als ökumenische Brücke (“Summorum Pontificum” en tant que chemin de dialogue à l’intérieur de l’Eglise et pont œcuménique), in: M. Graulich (sous la direction de), Zehn Jahre Summorum Pontificum. Versöhnung mit der Vergangenheit-Weg in die Zukunft (Les dix années de Summorum Pontificum. Réconciliation avec le passé – chemin vers l’avenir), Ratisbonne 2017, 85. Non traduit en français.

[40] Benoît XVI., Discours à la Curie romaine à l’occasion de la présentation des vœux de Noël, 22 décembre 2005. A ce sujet, cf. Ralph Weimann, Hermeneutik der Reform als Erneuerung in Kontinuität(L’herméneutique de la réforme comme renouveau dans la continuité), in: R. Vorderholzer u.a. (sous la direction de), Mitteilungen Institut-Papst-Benedikt XVI (Messages Institut Pape Benoît XVI), Volume 4, Ratisbonne 2011, 59-82, surtout 78-82. Non traduit en français.

[41] Koch, Summorum… (Anm. 37), op. cit.

[42] Benoît XVI, Lettre aux évêques… (Anm. 36).

[43] A ce sujet, cf. Markus Graulich, Vom Indult zum allgemeinen Gesetz. Der Gebrauch des Messbuchs von 1962 vom Zweiten Vatikanischen Konzil bis Summorum Pontificum in kirchenrechtlicher Perspektive (De l’indult à la loi générale. L’utilisation du Missel de 1962 depuis le Concile Vatican II jusqu’à Summorum Pontificum dans une perspective canonique), in: Ders. (sous la direction de), Zehn Jahre Summorum Pontificum. Versöhnung mit der Vergangenheit – Weg in die Zukunft (Les dix années de Summorum Pontificum. Réconciliation avec le passé – chemin vers l’avenir), Ratisbonne 2017, 13-54.

[44] Benoît XVI, Lettre aux évêques… (Anm. 36).

[45] Cf. Concile Vatican II, Constitution dogmatique sur la Révélation divine Dei Verbum, n. 1.

[46] A ce sujet, cf. l’article de Ralph Weimann, Verschiedenheit der Formen und die Einheit in der Liturgie. Lex celebrandi als Spiegelbild der lex credendi (Diversité des formes et unité dans la liturgie. La lex celebrandi, reflet de la lex credendi), in: M. Graulich (sous la direction de), Zehn Jahre Summorum Pontificum. Versöhnung mit der Vergangenheit – Weg in die Zukunft (Les dix années de Summorum Pontificum. Réconciliation avec le passé – chemin vers l’avenir), Ratisbonne 2017, 98-105.

[47] Ratzinger, Bilanz… (Anm. 10), 673. Ratzinger, Die organische Entwicklung (…) (Anm. 11), 717: Théologie de la Liturgie, in Œuvres complètes… op cit.

[48] Ibidem. A ce sujet, cf. Claudio Crescimanno, La Riforma della Riforma liturgica. Ipotesi per un “nuovo” rito della messa sulle tracce del pensiero di Joseph Ratzinger (la réforme de la réforme liturgique. Hypothèse pour un “nouveau” rite de la messe dans le sillage de la pensée de Joseph Ratzinger), Vérone 2009. Cf. aussi: Enrico Finotti, La liturgia romana nella sua continuità (la liturgie romaine dans sa continuité), Milan 2011, surtout 308-337. Ouvrages non traduits en français.

[49] «Sur 183 votes, 127 ont répondu oui, 22 non, 34 iuxta modum»: cf. Annibale Bugnini, Die Liturgiereform 1948–1975. Zeugnis und Testament (La réforme liturgique 1948-1975. Témoignage et testament), Fribourg en Brisgau 1988, 376. Traduction française: La réforme de la liturgie (1948-1975), Desclée de Brouwer, 2015. Annibale Bugnini (1912-1982): ce prêtre lazariste italien a été le principal organisateur de la réforme liturgique dont le concile Vatican II avait posé les bases doctrinales. Il est un artisan décisif de la rédaction des livres liturgiques actuels, surtout du missel, du lectionnaire, et de plusieurs parties du rituel et du pontifical.

[50] Theodor Schnitzler a décrit le Canon romain comme un trésor, comme un chant d’action de grâces de l’Eglise. « L’homme est capable d’interpréter un chant à plusieurs voix. Mais, dans une chorale, on ne peut pas interpréter une mélodie différente à volonté, en raccourcissant les couplets et en omettant ce que l’on n’aime pas. Dans ce cas, le chant choral n’est plus possible. On peut dire qu’actuellement, dans les églises, il y a un grand nombre d’individus qui, arbitrairement, ne contribuent pas à la beauté du culte divin« . Theodor Schnitzler, Der Römische Meßkanon. In Betrachtung, Verkündigung und Gebet (Le canon romain de la Messe. Dans la contemplation, la prédication et la prière), Fribourg en Brisgau 1968, 93 sq. Peter Ebenbauer préconise également une redécouverte du Canon Romain. Cf. Peter Ebenbauer, Der Canon Romanus und die neuen Hochgebete. Problemanzeige und Perspektiven in spätmoderner Zeit (Le Canon Romain et les Nouvelles Prières Eucharistiques. Présentation des problèmes et perspectives dans la postmodernité ) in : S. Wahle u.a. (sous la direction de), Römische Messe und Liturgie in der Moderne (La messe romaine et la liturgie dans la modernité), Fribourg en Brisgau 2013, 396-416. Ouvrages non traduits en français. Theodor Schnitzler (1910-1982): ce prêtre allemand, docteur en philosophie et en théologie, a enseigné la liturgie au grand séminaire de Cologne de 1960 à 1977. Il a fondé l’Institut diocésain de Liturgie en 1977. Peter Ebenbauer (né en 1966) est professeur agrégé de sciences liturgiques à la faculté de théologie catholique de l’Université de Graz (Autriche) depuis 2009. Depuis 2004, il est membre du groupe de travail Gregorianik pour la promotion du chant grégorien.

[51] A ce sujet, cf. Tracey Rowland, The Usus Antiquior and the New Evangelisation (L’Usus Antiquior et la Nouvelle Evangélisation), in: A. Reid (sous la direction de), The Sacred Liturgy. Source and Summit of the Life and Mission of the Church (La Sainte Liturgie. Source et sommet de la vie et de la mission de l’Eglise), San Francisco 2014, 115-137. Tracey Rowland (née en1963): docteur en philosophie de l’Université de Cambridge et docteur en théologie de l’Université pontificale du Latran, elle est doyen et professeur titulaire permanent (permanent fellow) à l’Institut pour le Mariage et la Famille Jean-Paul II de Melbourne (Australie).

[52] Ratzinger, Vorwort… (Anm. 27) 31: Cf. Théologie de la Liturgie, op. cit. .

[53] Benoît XVI., Lettre aux évêques… (Anm. 36).