23 juillet 2017

1975 [Mgr Lefebvre] Réponse à Paul VI

SOURCE - Mgr Lefebvre - 24 septembre 1975

Très Saint-Père,
Si ma réponse à la lettre de Votre Sainteté est tardive, c’est qu’il me répugnait de faire un acte public qui aurait pu faire penser que j’avais la prétention de traiter d’égal à égal vis-à-vis du Successeur de Pierre.

Par contre, je m’empresse, sur les conseils de la Nonciature, d’écrire ces quelques lignes à Votre Sainteté pour lui exprimer mon attachement sans réserve au Saint-Siège et au Vicaire du Christ. Je regrette vivement qu’on ait pu mettre en doute mes sentiments à cet égard et que certaines de mes expressions aient été mal interprétées.

C’est à son Vicaire que Jésus-Christ a confié la charge de confirmer ses frères dans la foi et qu’il demande de veiller à ce que chaque évêque garde fidèlement le dépôt, selon les paroles de saint Paul à Timothée.

C’est cette conviction qui me guide et m’a toujours guidé dans toute ma vie sacerdotale et apostolique. C’est cette foi que je m’efforce, avec le secours de Dieu, d’inoculer à la jeunesse qui se prépare au sacerdoce.

Cette foi est l’âme du catholicisme, affirmée par les Évangiles : « Sur cette pierre, je fonderai mon Église. »

Je renouvelle de tout cœur ma dévotion envers le Successeur de Pierre, « Maître de vérité » pour toute l’Église « columna et firmamentum Veritatis ».

22 juillet 2017

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] L’erreur de Menzingen – III

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel -  22 juillet 2017

Les principes sont beaux, mais ne suffisent point,
Leur application fait un problème conjoint.


Un autre prêtre de la Fraternité Saint-Pie X (abbé PR, pour les « Public Relations » ) vient de descendre dans l’arène pour prendre la défense des supérieurs qui poursuivent le projet de reconnaissance canonique de la FSSPX. La plaidoirie de l’abbé PR est, une fois encore, bien présentée ; mais il n’empêche que poursuivre ce projet et en prendre la défense sont deux choses qui pèchent par le même défaut, à savoir : le manque de réalisme. Le principe est une chose, la pratique en est une autre, même si elle est régie par des principes. Être maître des principes n’implique point qu’on soit maître de la pratique, et vice versa. Or, l’abbé PR commence son argumentation en déclarant que, dans cette défense, lui, abbé PR, veut rester sur le plan des principes pour traiter des questions suivantes : premièrement, est-il, en principe, possible d’accepter une reconnaissance venant d’un moderniste et, deuxièmement, jusqu’à quel point est-il en principe permis de collaborer avec un moderniste. Autrement dit, il fait délibérément abstraction de la réalité pratique.

Afin de montrer qu’il est possible d’accepter une reconnaissance canonique venant d’un pape moderniste, il soutient que Mgr Lefebvre l’a recherchée de Paul VI jusqu’à la mort de ce dernier en 1978 et que, lorsqu’il refusa, en 1988, de collaborer avec Jean-Paul II, il se plaçait sur un plan pratique et non sur le plan des principes. De même, le chapitre général de la Fraternité de 2012 ne s’est-il pas abstenu de demander à Benoît XVI de faire une profession de foi catholique (ce qui aurait trahi d’ailleurs un esprit schismatique) ?

A cela, on répondra que l’affrontement entre Mgr Lefebvre et Paul VI à partir de 1974 est une chose bien connue, et que le refus de ce prélat d’accepter le protocole de 1988 se fondait sur les principes de la Foi. Et quant à 2012, ce fut l’année où la Fraternité abandonna son archevêque en abandonnant la position qui était la sienne : placer la Foi au principe de tout. Et quant à l’esprit schismatique, on peut se demander qui, en réalité, était dans le schisme ? L’archevêque ou les modernistes ?

Quant au pape François, l’abbé PR soutient qu’il est Pape ; que ce n’est pas lui qui a fait l’Église, mais bien Notre-Seigneur ; et que, partant, la collaboration avec lui doit être celle qu’on aurait avec un pape catholique. Mais à cela, on répondra que, dans la vie réelle, aussi vrai que la pourriture d’une pomme est et n’est pas la pomme ; de même, l’Église conciliaire est et n’est pas l’Église. Dans la vie réelle, la Fraternité traite-elle uniquement avec l’Église catholique et avec un pape catholique, ou bien n’est-elle pas directement en contact avec la pourriture conciliaire ?

Par suite, lorsque l’abbé PR examine jusqu’où il est permis de collaborer avec un moderniste, il estime qu’on peut le faire tant qu’on va dans le sens du bien de l’Église. Faisant encore abstraction de la réalité d’aujourd’hui, il veut faire valoir les considérations suivantes (en italiques, des réponses) :

* L’Église est indéfectible –

L’Église, bien sûr, mais les ecclésiastiques conciliaires, eux, ne cessent de défaillir.

* La Fraternité sert l’Église, et non les hommes d’Église –

Bien sûr, mais elle doit passer par l’intermédiaire de ces faux hommes d’Église.

* Il n’est pas possible de refuser, comme cadeau de Rome, la proposition d’une Prélature catholique –

Bien sûr, mais il faudrait ajouter : sauf si elle dépend de faux hommes d’Église.

* Le pape doit s’en tenir aux conditions prévues par l’accord –

Bien sûr, mais que vaut un morceau de papier pour ces gestionnaires ?

* L’autorité du pape vient de Dieu –

Bien sûr, mais certainement pas pour détruire l’Église (II Cor. XIII, 10).

* La Fraternité a eu raison d’accepter la juridiction pour les confessions et les mariages – Monsieur l’abbé

PR, en êtes-vous si sûr ? Et si c’était tout bonnement un morceau de fromage posé sur un piège ?

* Une question aussi pratique que cette dernière portant sur notre situation présente “n’est pas du ressort de cet article pour qu’on puisse en juger”, répond l’abbé PR. Mais la possibilité même que ce ne soit pas un piège prouve que, pour lui, accepter ou non la reconnaissance canonique de Rome “ne doit pas être jugé en retenant uniquement le critère de l’unité de Foi avec le pape”. Et de conclure :”la reconnaissance canonique doit être acceptée si elle est pour le bien de l’Église, mais rejetée si elle ne l’est pas, indépendamment de la foi du pape”.

Mais, Monsieur l’abbé, vous êtes-vous jamais posé cette question : la « foi » de ce pape étant ce qu’elle est, une reconnaissance canonique aurait-elle, oui ou non, pour effet de plonger la Fraternité au milieu du courant moderniste général, la soumettant à des Supérieurs modernistes ? Oui ou non ? La vie étant ce qu’elle est, pensez-vous réellement que ce pape accorderait un statut qui empêcherait la Fraternité de tomber sous le contrôle de Rome ? Autrement dit : sous le contrôle de gens qui ne croient plus dans la vérité objective ? Les principes catholiques sont très beaux, mais ils doivent être appliqués dans le monde réel, souvent tristement réel.

Kyrie eleison.

[Yves Chiron - Aletheia] La France catholique

SOURCE - Yves Chiron - Aletheia - 12 octobre 2015

Si l’on se réfère à la plus récente enquête sur le catholicisme en France [1], 56 % seulement des personnes interrogées se déclarent catholiques. Elles étaient encore 81 % en 1986. Dans le même temps, le nombre des personnes se déclarant « sans religion » a fortement augmenté, passant de 15,5 % en 1986 à 32 % aujourd’hui. Si cette tendance se poursuit, les deux courbes vont se croiser. Le CSA note : « Il est probable que les ”sans religion” constitueront d’ici 20 à 30 ans le principal groupe au sein de la population française. »

La même note d’analyse du CSA, extrapolant les chiffres de l’enquête, souligne « une baisse significative du nombre de catholiques pratiquants en France […] ils seraient en effet passés de 4,4 millions en 2001 à 3,2 millions en 2012, soit une perte de plus d’un million de pratiquants réguliers. » Étant entendu que désormais les statistiques appellent « pratiquants réguliers » les personnes se rendant au moins une fois par mois à un office religieux…

Aussi, le titre du beau livre que publie Jean Sévillia, La France catholique [2], peut paraître provocateur ou témoigner d’une douce illusion. Sévillia ne méconnaît pas les chiffres cités plus haut, même s’il préfère mettre l’accent sur les 44 millions de baptisés que compte la France (deux Français sur trois) et les 13 millions de catholiques pratiquants (réguliers et occasionnels).

Son livre n’est pas une histoire du catholicisme contemporain, c’est plutôt un état des lieux, un vaste panorama qui passe en revue et montre, par de très belles et très nombreuses photographies, les paroisses de France, les prêtres et les fidèles, les mouvements catholiques, la presse et l’édition catholiques, les écoles et les institutions universitaires catholiques, les pèlerinages, les communautés, les monastères.

Il a le sens de la nuance. Ainsi à propos de l’enseignement catholique sous contrat : « à la fois parce que des établissements ont élargi leur recrutement afin d’assurer leur équilibre financier et parce que certains parents se satisfont d’écoles religieuses sans religion, maints établissements catholiques n’ont plus de catholique que le nom. Ce constat, cependant, ne peut être généralisé. On assiste d’ailleurs à l’émergence d’une nouvelle génération de directeurs, de responsables administratifs et pédagogiques et de professeurs qui, allant parfois jusqu’à bousculer les directions diocésaines de l’enseignement catholique, tiennent avant tout au caractère propre des établissements dont ils ont la charge. » Jean Sévillia relève aussi la floraison des écoles privées hors-contrat : « Il existe aujourd’hui 700 établissements hors-contrat qui scolarisent 60 000 élèves. Beaucoup de ces écoles sont catholiques. […] La plus grande réussite, dans ce domaine, est le groupe scolaire Saint-Dominique, au Pecq, dans les Yvelines. Créé avec 35 enfants en 1992, il compte 800 élèves en 2015. En 2012, trois bacheliers sortis de Saint-Dominique ont été admis à Polytechnique. »

Le tableau qu’il brosse des paroisses françaises est contrasté. D’une part, surtout dans les zones rurales, une pénurie effrayante de prêtres : 42 000 prêtres en 1960, un peu plus de 5 800 en activité aujourd’hui, « avec moins de 100 ordinations par an, le clergé n’assure pas son renouvellement : pour un prêtre ordonné, il en meurt sept. Dans les zones rurales, un prêtre peut administrer jusqu’à 30 clochers. » D’autre part, on assiste à un renouveau dans certaines paroisses de grandes villes. Par exemple, à Saint-Léon dans le XVe arrondissement de Paris : « trois messes quotidiennes sont célébrées en semaine et quatre le dimanche pour plusieurs milliers de fidèles. La paroisse est desservie par le curé, deux vicaires, deux prêtres retraités, deux prêtres étudiants (africains) et deux diacres. Adoration trois fois par semaine, confession cinq fois par semaine, chorales, groupes de réflexion et de formation, conférences, scouts, foyer de jeunes, salle de théâtre : la baisse de la pratique, ici, on ne connaît pas. »

Le portrait que Jean Sévillia dresse des « nouveaux prêtres » (p. 216) est l’exact contraire de celui que Michel de Saint-Pierre faisait des prêtres progressistes dans son roman Les Nouveaux Prêtres en 1964, il y a cinquante ans déjà…

Sévillia consacre de nombreuses pages à la « nouvelle génération catholique » que la grande presse a découverte avec stupéfaction dans la rue à l’occasion des manifestations contre le mariage des homosexuels. Le philosophe et sociologue Marcel Gauchet notait à l’époque des grands rassemblements de la Manif’ pour tous : « Il y a effectivement une montée identitaire du catholicisme français. C’est une mutation historique majeure, portée par une jeunesse à la fois conservatrice et moderne qui fait l’effet d’un continent exotique »[3].

Mais ce n’est pas toute la jeunesse française, ni numériquement bien sûr, ni sociologiquement [4]. Ces jeunes qu’on voit en nombre dans les grandes rassemblements unanimistes (JMJ et autres) sont actifs aussi, pour un certain nombre d’entre eux, dans une multitude de mouvements, d’organisations, de groupements, liés ou pas à des paroisses, indépendants des structures plus anciennes implantées dans les diocèses. Ce foisonnement est peut-être prometteur, « la déchristianisation n’est pas fatale » estime Jean Sévillia (p. 198) qui relève « une soif de formation chez les jeunes cathos » (p. 201) et voit « une génération nourrie par la prière » – du moins, la jeunesse de certains milieux : « Depuis le début des années 2000, le groupe Abba réunit 200 à 300 jeunes dans l’église Saint-Etienne-du-Mont, à Paris, pour une soirée d’adoration hebdomadaire. Un rendez-vous impensable il y a trente ou quarante ans » (p. 207).

Mais Sévillia note aussi : « Des écueils guettent néanmoins cette nouvelle génération. Son homogénéité sociale, d’une part, qui peut être une force, deux jeunes sur trois appartenant aux classes moyennes et supérieures, mais qui crée le risque de l’entre-soi. Sa difficulté à se fixer, d’autre part, qui peut être un atout quand il s’agit d’éviter la routine, mais qui peut avoir l’inconvénient du saupoudrage quand ces jeunes surfent d’un mouvement à l’autre, d’un rassemblement à l’autre, d’un style à l’autre. La Pentecôte à Chartres avec Notre-Dame de Chrétienté, l’été au Forum des jeunes de Paray-le-Monial, la Toussaint en session à Taizé : si cet éclectisme a l’avantage de faire sauter les barrières au sein de l’Église, il peut s’avérer incohérent dans la durée et empêcher les engagements stables. »

Le livre-album de Jean Sévillia ne se résume pas. C’est un voyage par l’image, et aussi par les chiffres, dans la réalité multiple du catholicisme français d’aujourd’hui. Parmi les données qu’on trouve dans ce livre, on citera encore les 1.600 prêtres étrangers qui exercent leur ministère en France, (p. 61) suppléant ainsi, très partiellement, à la baisse des vocations sacerdotales en France (p. 61) ; les 150 prêtres qui, depuis sa fondation, ont quitté la Fraternité Saint-Pie X pour rejoindre les diocèses (p. 224) ; les 4 900 personnes, jeunes ou adultes, baptisées lors de la nuit de Pâques 2015 (« chiffre de 30 % supérieur à celui d’il y a dix ans », p. 234).

Jean Sévillia, qui est journaliste (il est rédacteur en chef adjoint au Figaro Magazine et chroniqueur à L’Homme Nouveau) et historien, donne des informations et des analyses intéressantes et pertinentes [5]. Il aurait pu faire sienne cette remarque de Louis Veuilllot en 1871 : « Vous voyez ce qui meurt, vous ne voyez pas ce qui naît ». Émile Poulat, qui citait ce propos, notait aussi en 2008 : « le catholicisme ne me paraît pas au bout de ressources que nous ne connaissons pas, et qui transformeront profondément sa figure, dans un environnement des plus variés, rarement porteur et syntonique » et aussi : « Les catholiques français ne sont désormais ni une minorité, ni encore la majorité, mais ils restent, de loin, de très loin, la plus importante des communautés religieuses en France, par le nombre comme par les ressources dont ils disposent, qui peuvent faire rêver toute autre organisation politique, syndicale ou associative »[6].
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  1. Le catholicisme en France, enquête réalisée par l’Institut CSA, en mars 2013, sur un échantillon de 22.101 personnes.
  2. Jean Sévillia, La France catholique, Michel Lafon, octobre 2015, album relié de 240 pages, 29,95 €.
  3. Le Nouvel Observateur, 3 mai 2013, cité p. 207.
  4. La remarque vaut aussi pour les paroisses les plus vivantes et les plus actives. Ce sont dans les quartiers bourgeois ou CSP + des grandes villes qu’on les trouve. Cf. Jérôme Fourquet et Hervé Le Bras, La religion dévoilée. Nouvelle géographie du catholicisme, Fondation Jean-Jaurès, 2014 et Yann Raison du Cleuziou, Qui sont les cathos d’aujourd’hui ? Sociologie d’un monde divisé, DDB, 2014.
  5. Une affirmation contestable néanmoins : « En 1979, une enquête montre que la majorité des évêques français est favorable à une collaboration avec le Parti communiste. 66 % d’entre eux acceptant le bien-fondé des analyses marxistes » (p. 48). Chiffres surprenants. Quelle est la source ? Et une erreur : Hans Urs von Balthasar est nommé parmi les « grands théologiens classiques de Vatican II » (p. 125). Balthasar n’a pas participé à Vatican II, ni comme consulteur dans une des commissions officielles, ni comme peritus attaché à quelque évêque.
  6. Émile Poulat, France chrétienne, France laïque. Entretiens avec Danièle Masson, DDB, 2008, p. 270-271 et p. 13

21 juillet 2017

[Paix Liturgique] Pologne 2007: un sondage anniversaire exclusif pour les 10 ans du Motu Proprio!

SOURCE - Paix Liturgique - Lettre n°603 - 21 juillet 2017

Notre sondage polonais est le fruit d'une
collaboration entre Paix Liturgique et le site
UnaCum.pl vitrine d'Una Voce Pologne
À l'occasion du dixième anniversaire de la promulgation du motu proprio Summorum Pontificum, le 7 juillet 2007, nous avons décidé de compléter notre campagne de sondages internationaux portant sur la réception du texte de Benoît XVI. Lors de notre campagne de sondages européens de 2009-2011 (voir ici), nous avions en effet laissé de côté celui qui est aujourd'hui le premier pays catholique d'Europe par la vitalité de son Église : la Pologne. 

Conseillés par Una Voce Pologne, nous avons confié cette enquête non pas à un institut commercial mais à l'Institut pour les statistiques de l'Église catholique (ISKK), fondé en 1972 par la Société de l'apostolat catholique (les frères pallottins) et qui travaille pour la Conférence épiscopale polonaise. En nous orientant vers l'ISKK plutôt que vers un organisme commercial, nos partenaires polonais ont permis de donner à ce sondage un poids original puisqu'il ne concerne que des catholiques pratiquants. L'équipe de l'ISKK a en effet soumis notre questionnaire, après l'avoir adapté en fonction de son excellente connaissance du catholicisme polonais, à un public de catholiques dits « engagés » (1). Après avoir collecté plus de 800 réponses, elle en a sélectionné 635 correspondant à la distribution de ces catholiques engagés dans la population polonaise.

Voici les résultats de ce sondage, accompagnés de nos réflexions.

I – LES RÉSULTATS DU SONDAGE POLONAIS

Sondage effectué par l'ISKK (Institut pour les statistiques de l'Église catholique) entre le 13 mai et le 4 juin 2017, selon la technique des panels en ligne, sur un échantillon de 635 catholiques engagés. (1)

:: 1 : Assistez-vous à la messe ? (1)
Chaque dimanche et fêtes : 93,6 %
Presque tous les dimanche : 5,8 %
Une fois par mois : 0,6 %

:: 2 : Le Pape Benoît XVI a rappelé en juillet 2007 que la messe pouvait être célébrée à la fois sous sa forme moderne dite « ordinaire » ou « de Paul VI » – le prêtre faisant face aux fidèles – et sous sa forme ancienne dite « extraordinaire » ou « tridentine » – en latin, le prêtre tourné face au tabernacle. Le saviez-vous ?
Oui : 89,5 %
Non : 6,9 %
Ne se prononcent pas : 3,6 %

:: 3 : Que pensez-vous de la messe selon la forme extraordinaire (en latin et face au tabernacle) ? (NB : le total est supérieur à 100 % car le sondeur a autorisé les réponses multiples)
C'est une expression de fidélité à la tradition de l'Église : 49,9 %
C'est une chose normale : 37,3 %
Cela ne correspond pas à la culture d'aujourd'hui : 17,6 %
C'est une pratique étrange : 4,2 %
Autre : 16,7 %
Difficile à dire : 12,1 %

:: 4 : Si l'ancienne messe était célébrée (en latin et face au tabernacle) dans VOTRE paroisse, y assisteriez vous ?
Chaque semaine : 28,9 %
De temps en temps : 51,6 %
Jamais : 15,1 %
Difficile à dire : 4,4 %

II – COMME PARTOUT AILLEURS

Levain de la résistance victorieuse à la dictature communiste, le catholicisme polonais a vécu une fin de XXème siècle d'autant plus triomphante qu'il a bénéficié du prestige associé à la figure du Pape Jean-Paul II. Doctrinalement et liturgiquement, il a moins connu le « printemps conciliaire » et ses dérives liturgiques et doctrinales. Aujourd'hui encore, le chant grégorien et la communion sur les lèvres demeurent la norme dans la plupart des paroisses du pays. 

Dans ce contexte plutôt classique et préservé, il est intéressant de voir que la forme extraordinaire – souvent présentée comme une réaction aux abus – attirerait plus d'un pratiquant sur 4 chaque dimanche si elle était inscrite dans la vie ordinaire des paroisses, ce qui correspond à la moyenne relevée dans les autres pays (19 % en France en 2008, 25 % en Allemagne en 2010, 27,4 % en Espagne en 2011, etc.).

III – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

:: 1) Les Polonais n'ignorent pas la légitimité de la forme extraordinaire
En Pologne, 9 catholiques engagés (1) sur 10 savent que la forme extraordinaire a droit de cité dans l'Église. C'est un résultat très fort. Au-delà du fait qu'il semble normal que ces catholiques engagés aient connaissance des différents pans de la vie de l'Église, on peut aussi penser que, en 10 ans, la connaissance du motu proprio de Benoît XVI a fait son chemin : par capillarité locale d'abord, par la place que la forme extraordinaire occupe sur les réseaux sociaux ensuite, mais aussi par le travail des associations qui, comme Una Voce Pologne, organisent conférences, cérémonies et pèlerinages pour promouvoir la liturgie latine et grégorienne.

:: 2) Un catholicisme préservé des guerres liturgiques
La réponse à la question 3, légèrement modifiée par les enquêteurs de l'ISKK par rapport à notre question habituelle (2) fait apparaître que seul un catholique engagé sur 25 voit l'ancienne liturgie comme « une pratique étrange ». Et moins d'un sur cinq (17,6 %) la considère comme ne correspondant pas à la culture d'aujourd'hui. On peut d'ailleurs imaginer que, chez certains, cette réponse n'a pas de valeur négative car il ne s'agit que de constater l'incapacité du monde contemporain à faire une place à la tradition.
En revanche, le fait qu'un catholique engagé polonais sur deux voit la forme extraordinaire comme une « expression de fidélité à la tradition de l'Église » ne souffre aucune équivoque. Cette enquête nous présente donc le visage d'une Église qui, certes, a été marquée dans sa chair comme toute l’Église par la rupture imposée par la réforme liturgique, mais qui est restée largement immune d’une opposition « progressiste » à la liturgie ancienne et de la fracture qui a marqué, et marque encore, les Églises de nos pays d'Europe occidentale. 

:: 3) 8 catholiques polonais sur 10...
… assisteraient volontiers à la forme extraordinaire pour peu que celle-ci soit célébrée dans leur paroisse : 28,9 % la choisiraient de façon préférentielle et 51,6 % de temps en temps. Le fait que près de 30 % des pratiquants assisteraient à la messe traditionnelle tous les dimanches si elle était célébrée commodément dans leur paroisse (19% en France en 2008, 40% en Italie, 25% en Allemagne, etc.) montre le poids réel qu’a la forme extraordinaire. C'est une nouvelle fois la confirmation de l'existence de ce vaste peuple des silencieux (au moins un catholique sur 4) qui aspire à plus de sacré et de solennité dans sa vie liturgique et spirituelle. Seuls 15 % des Polonais pratiquants n'expriment aucun attrait pour la forme extraordinaire, ce qui laisse une grande marge au motu proprio Summorum Pontificum pour faire, patiemment, son chemin dans les paroisses du pays.

:: 4) La confirmation scientifique de tous nos sondages précédents
Le fait que ce sondage polonais, grâce à la compétence spécifique de l'ISKK, ne porte que sur les catholiques pratiquants permet de le considérer comme un étalon fiable pour l'analyse des résultats de nos sondages nationaux précédents. Tous nos autres sondages portaient en effet sur les catholiques en général, pratiquants et non, avec, à notre demande, la mise en relief par les instituts de sondage des réponses spécifiques aux seuls pratiquants. Or, en raison de la chute dramatique de la pratique, même mensuelle, des catholiques en Europe de l'Ouest, les échantillons de pratiquants pouvaient être considérés trop réduits pour être pleinement représentatifs. 
En réalité, les scientifiques savent bien que la vérité statistique est d'autant plus précise que les mesures sont nombreuses. La concordance des résultats obtenus dans les sept pays de nos précédents sondages – France, Italie, Allemagne, Portugal, Grande-Bretagne, Suisse, Espagne – constituait donc déjà un élément statistique important. Leur concordance avec les résultats de l'enquête polonaise, obtenus sur un échantillon exclusif de pratiquants, vient les confirmer avec force.
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(1) Les 635 personnes sondées par l'ISKK proviennent d'un panel de catholiques engagés. Par « catholiques engagés », l'ISKK considère les pratiquants réguliers (qui, en Pologne, sont encore ceux qui assistent à la messe chaque dimanche ou presque – alors qu'ailleurs en Europe il ne s'agit que des catholiques allant à la messe au moins un dimanche par mois) ; ceux engagés dans la vie de la paroisse ; et les membres de mouvements ou d'associations catholiques reconnues. Allant tous au moins une fois par mois à la messe, ils sont donc tous pratiquants au sens sociologique moderne du terme.
(2) La question est d'ordinaire ainsi posée : « Considérez-vous comme normal ou pas normal si les deux formes du rite romain devaient être célébrées régulièrement dans votre paroisse ? »

20 juillet 2017

[Guy Rouvrais - Présent] Vers l’abolition de Summorum Pontificum ?

SOURCE - Guy Rouvrais - Présent - 13 juillet 2017

Il y a dix ans Benoît XVI publiait le motu proprio Summorum Pontificum mettant fin à l’ostracisme qui frappait la messe traditionnelle de Saint Pie V en permettant à tous les prêtres de célébrer le saint sacrifice selon ce rite appelé depuis « extraordinaire ». C’était aussi la fin d’une injustice, sans être une réparation, car c’est pour avoir dit la messe selon ce rite « jamais aboli » selon Benoît XVI que des prêtres ont été sanctionnés, des curés déposés.

Contrairement à son prédécesseur, le pape François n’est guère sensible à la question liturgique. Il n’était pas hostile à l’initiative de Benoît XVI (et celle de Jean-Paul II qui fit un premier pas dans le même sens) mais considérait simplement qu’il « a fait un geste juste et magnanime pour aller à la rencontre d’une certaine mentalité de quelques groupes et personnes nostalgiques qui s’étaient éloignées ». Des nostalgiques dont la nostalgie finirait par s’éteindre, comme les derniers des Mohicans…

Or, en France, les « nostalgiques » prospèrent puisque, depuis Summorum Pontificum, le nombre de lieux de culte proposant la forme extraordinaire a presque doublé, passant de 124 à 230, selon la Commission épiscopale pour la liturgie. Le motu proprio est aujourd’hui appliqué dans tous les diocèses, tandis que séminaristes et de jeunes prêtres sont nombreux à vouloir apprendre à célébrer selon la forme tridentine. Et cela, semble-t-il, irrite le souverain pontife pour qui les demandes de certains, « trop jeunes pour avoir connu la liturgie préconciliaire », cachent une « rigidité défensive ».

On pouvait penser que le motu proprio était définitif, ne serait-ce que parce qu’il a instauré une certaine paix liturgique. C’est oublier que ce qu’un pape a fait un autre peut le défaire. Sera-ce le cas de François ? Le bruit en court. Selon le théologien Andrea Grillo, cité par La Croix, spécialiste de la liturgie et proche du souverain pontife, François envisagerait, à terme, d’abolir Summorum Pontificum, à partir du moment où l’ancien rite serait préservé au sein de la prélature personnelle proposée à la Fraternité Saint-Pie X, celle-là l’acceptant, ce qui, dit-on à Rome, serait imminent. « Mais, ajoute notre théologien, il ne mettra pas cela en œuvre tant que Benoît XVI est en vie».

[Courrier des lecteurs - La Croix] La messe en latin

SOURCE - Courrier des lecteurs - La Croix - 20 juillet 2017

Je mets en doute que les fans de la messe à l’envers soient tous des latinistes distingués. Ils ne sont certes qu’une minorité agissante. Mais le retour de la messe en latin (La Croix du 7 juillet) est-il si discret qu’on le croit ? Reconnaissons que la plupart de nos évêques – pas tous – demeurent fidèles à la constitution conciliaire sur la liturgie. Par contre, il n’est pas rare que jusque dans le fin fond de nos campagnes, on pratique dans ce domaine un œcuménisme sans retenue. Loin de moi de manifester une intolérance démesurée vis-à-vis de frères et de sœurs plus traditionnels, que je fréquente volontiers.
Je préfère certes l’apaisement aux relations houleuses. Cependant, ordonné prêtre en 1953, je ne voudrais pas paraître extraordinaire en célébrant le rite conciliaire, c’est-à-dire ordinaire.
Père Daniel Guette (Oise)

(…) Aujourd’hui, quelles que puissent être nos préférences, il faut néanmoins convenir que la question du latin semble désormais, en France, secondaire, tant cette culture liturgique est inconnue de beaucoup de catholiques ou bien oubliée. Le latin a perdu grandement du terrain. La messe, même sans latin, aussi d’ailleurs. Alors est-ce pour mettre du baume au cœur de la version catholique des soixante-huitards attardés, emmurés dans leurs certitudes totalitaires, et qui semble restés bien seuls dans leurs églises et veulent oublier leur insignifiance actuelle, que votre journal revient de cette façon si ambivalente sur le sujet ?
Christian Detreille (Aisne)

(…) Comment être « en communion » avec ceux qui sont adeptes de la messe en latin si c’est pour en arriver à la description qui m’a été faite par un prêtre. L’une des paroissiennes, après une messe en latin, lui a fait une liste interminable des « innombrables erreurs » qu’il avait commises tout au long de la messe. Elle n’y allait que pour surveiller le respect littéral des « rubriques » imposées par le Missel de saint Pie X. De quelle religion est-on quand on « assiste » (car chez eux on « assiste » toujours à la messe, on ne « participe » pas) à une messe dans le but exclusif de critiquer le prêtre ou de lui attribuer une bonne note sur le respect littéral des « rubriques » ? Non, décidément, je ne peux pas me reconnaître dans ce christianisme ni ce catholicisme. Je contribue à la construction de l’Église décrite par le pape François dans « la joie de l’évangile », et j’invite le plus grand nombre de lecteurs à le soutenir et à œuvrer dans ce sens. En utilisant nos langues maternelles pour le célébrer et le louer.
A. V.

En voyant la première page de La Croix du 7 juillet j’ai eu un coup au cœur ! Encore cette histoire du latin et des intégristes qui revient, où est donc le concile Vatican II et son ouverture au monde?
Puis, en parcourant les pages suivantes, l’accueil des mineurs étrangers qui explose mais qui est organisé au mieux, les 309 Afghans accueillis à Serquigny et les passionnantes pages sur la ferme de Moyembrie dans l’Aisne accueillant les détenus en fin de peine, pour leur permettre de reprendre pied dans la vie normale, je me suis dis que grâce à La Croix les belles choses sont mises en avant et que l’amour, l’amitié, le partage, signes de la présence du Christ parmi nous, trouvent leur place, toute leur place dans les nouvelles du jour.
Bravo, nous avons tous besoin d’apprendre ou de réapprendre que l’espérance est une vertu impérissable et que tous les hommes et toutes les femmes, chrétiens ou non, ont à apprendre à vivre ensemble, quel que soit leur chemin personnel, pour construire un monde pacifié ou règnent le partage et l’amitié.
Philippe Gonord (Seine-et-Marne)

17 juillet 2017

[Yves Chiron - Aletheia] Le lobby valtortiste

SOURCE - Yves Chiron - Aletheia - 17 juillet 2017

Maria Valtorta [1897-1961] est une mystique italienne dont les très abondants écrits (plus de 15 000 pages manuscrites) sont tenus par certains comme «révélés». Elle aurait notamment reçu la révélation d’une Vie de Jésus.

L’édition de ces écrits, à l’initiative des éditions Pisani, a commencé en 1956, sans nom d’auteur et sous le titre anodin : Il poema di Gesu pour le premier volume, puis sous le titre Il poema dell’Umo-Dio pour les suivants. Les quatre premiers volumes ont été mis à l’Index librorum prohibitorum (Index des livres interdits) par décret du Saint-Office en date du 5 janvier 1960 1.

Ne tenant aucun compte de cette condamnation, le même éditeur a poursuivi l’édition italienne, qui compta dix volumes, et a engagé des traductions en diverses langues. La première traduction étant celle en espagnol publiée à partir de 1976
 . 
La traduction française, en dix volumes, est parue à partir de 1979 sous un titre sensationnaliste : L’Évangile tel qui m’a été révélé. Le titre français, théologiquement inacceptable, sera repris désormais pour les autres traductions et pour la nouvelle édition italienne.

L’édition des écrits de Maria Valtorta est devenue une véritable entreprise commerciale, l’éditeur Pisani assurant aussi la diffusion des livres dans les différents pays. En quelque soixante ans, quatre millions d’exemplaires de l’ouvrage auraient été vendus, en différentes langues.

Cet éditeur a décidé de faire réaliser une nouvelle traduction en français des écrits de Maria Valtorta. Il l’a confiée à Yves d’Horrer. Le premier volume de cette nouvelle traduction est paru en décembre 2016, les neuf autres ont suivi ou suivront.

Pour vendre cette nouvelle édition de fausses révélations, l’éditeur Pisani a engagé de grands moyens financiers et il a développé une stratégie marketing qui s’avère très efficace. Aujourd’hui c’est un véritable lobby qui œuvre non seulement auprès des médias, mais aussi dans l’Église, pour faire connaître les écrits de Maria Valtorta.

Je ne relève que les principales étapes de cette action de propagande valtortiste :

•  Une conférence de presse a été organisée le 23 mars dernier, dans un salon de la mairie du VIe arrondissement de Paris, pour présenter le 1er volume de la nouvelle traduction française. Ont pris successivement la parole pour louer les écrits de Maria Valtorta : Benoît de Fleurac, qui fait office d’attaché de presse et de chargé de la communication pour cette nouvelle édition française; Daniel Fiorletta, représentant des éditions Pisani; Yves d’Horrer, le traducteur; François-Michel Debroise, qui a écrit deux livres consacrés à Maria Valtorta avec l’abbé René Laurentin; le Père Yannik Bonnet, qui a été pendant quarante ans chef d’entreprise avant d’être ordonné prêtre en 1999 – il a expliqué comment la lecture de Maria Valtorta « a changé sa vie » et il est un collaborateur régulier de L’Homme nouveau. Est intervenu aussi Florian Boucansaud, ancien footballeur professionnel, converti en 2013 – il a découvert l’œuvre de Maria Valtorta en 2015.

Cette conférence de presse a duré plus d’une heure et demie, en présence d’une dizaine de journalistes.

L’action de Benoît de Fleurac n’a pas été sans effet puisque, entre autres, un prêtre, homme de grande culture et docteur en philosophie, l’a invité à parler de Maria Valtorta pendant une demi-heure dans son émission de radio, tout en reconnaissant n’avoir pas encore lu le livre...

• L’Association Maria Valtorta a organisé, en mai dernier, deux «Journées nationales» dans des paroisses parisiennes, selon un modèle bien établi: le matin, messe, rosaire, repas; l’après-midi, conférences et témoignages. L’entrée était gratuite. Le but était de faire connaître les écrits de Maria Valtorta et de les vendre. Outre la nouvelle traduction française de L’Évangile tel qu’il m’a été révélé, sont vendus une multitude de produits ”valtortistes“. Sont en cours de parution une édition adaptée et illustrée pour les enfants et une autre édition «simplifiée» (en 20 volumes!) «avec les dialogues authentiques, sans les longues descriptions ni les longs discours» (sic). Est en préparation encore une édition en bandes dessinées.

• Enfin, depuis le mois de juin, l’Association Maria Valtorta offre le tome 1 de la nouvelle traduction de L’Évangile tel qu'il m’a été révélé à tout prêtre qui en fera la demande. Il suffit d’envoyer un mail avec son adresse. L’association espère bien sûr que ces prêtres, devenus fervents admirateurs de Maria Valtorta, seront les meilleurs ambassadeurs de ses livres auprès de leurs fidèles.

Toute cette action de marketing pourrait être louable, tout cet effort serait admirable s’il s’agissait de messages dont l’Église avait reconnu le caractère surnaturel. Or, pour l’Église, les écrits de Maria Valtorta ne sont qu’une «vie de Jésus mal romancée». 

C’est le titre de l’article qui est paru dans L’Osservatore romano, le 6 janvier 1960, le jour-même où est paru le décret de mise à l’Index déjà mentionné. Le journal du Vatican estimait que «le lecteur qui lira attentivement ces volumes n’y découvrira rien d’autre qu’une longue et prolixe vie romancée de Jésus. [...] Avant tout, le lecteur sera frappé de l’étendue des discours attribués à Jésus et à la Très Sainte Vierge, des interminables dialogues entre les nombreux personnages qui pullulent dans ce livre.2» L’auteur relevait aussi «quelques pages plutôt scabreuses» qui «font penser à des descriptions et des scènes de romans modernes». Il signalait également «quelques perles qui ne brillent certainement pas par l’orthodoxie catholique».

À une date plus récente, le 9 septembre 1988, le cardinal Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, interrogé par une fidèle canadienne, faisait répondre par son secrétaire privé, Mgr Clemens, que la grande œuvre de Maria Valtorta est «un ensemble de fantaisies enfantines, d’erreurs historiques et exégétiques, le tout présenté dans un contexte subtilement sensuel»

On signalera aussi que l’abbé Gérard Herrbach, de la Fraternité Saint-Pie X, avait donné une longue analyse critique des écrits de Maria Valtorta dans Des visions sur l’Évangile (Éditions du Communicantes, Québec, 1993, p. 84-156). L’ouvrage a été réédité par les éditions Fideliter en 19933.

Yves Chiron
  1. Acta Apostolicae Sedis, LII, 1960, p. 60; trad. fr. La Documentation catholique, n° 1321, 7 février 1960, col. 146.
  2. Les exégètes valtortistes se flattent que quelque 750 personnages soient évoqués ou cités dans L’Évangile tel qu’il m’a été révélé, et qu’un tiers d’entre eux aient une existence attestée par des sources historiques.
  3. L’ouvrage est toujours disponible aux Éditions Clovis (B.P. 118, 92153 Suresnes Cedex), 164 pages, 10,50 €.

[FSSPX Actualités] Congrès du Mouvement catholique des familles les 7, 8 et 9 juillet 2017

SOURCE - FSSPX Actualités - 13 juillet 2017

Du 7 au 9 juillet 2017, le Mouvement catholique des familles (MCF) organisait son congrès annuel à l’école Saint-Michel, à La Martinerie, près de Châteauroux (Indre), sur le thème « Culture et communication dans nos familles ». 

Ce congrès réunissait 120 participants, accompagnés de 180 enfants, venus de toute la France. Pendant que les parents assistaient aux conférences ou se rendaient aux divers stands, les Sœurs de la Fraternité Saint-Pie X s’occupaient des petits, aidées par les aînés, dans une atmosphère familiale qui fit l’édification de tous.

Parmi les intervenants qui se succédèrent à la tribune : Laurent Dandrieu, journaliste à Valeurs actuelles, Reynald Secher, journaliste et écrivain, et plusieurs responsables du MCF. Le site internet du Mouvement résume en ces termes ce congrès particulièrement réussi : " Ces trois jours ont été axés sur l’importance de transmettre à nos enfants notre héritage culturel, historique, religieux, philosophique et familial, les parents y recevant des outils pratiques pour éduquer au Beau et au Vrai dans un environnement hostile, et de plus en plus numérique… "

Placé sous le patronage de Notre-Dame de Pontmain, le Mouvement catholique des familles entend répondre à l’appel de Pie XII : « Que faire ? Ce que nous ne cessons de recommander sans relâche, est d’unir entre elles les familles en un front solide », et à celui de Mgr Marcel Lefebvre invitant, en 1979, à former une « Croisade des familles chrétiennes ». 

Mouvement catholique des familles: 77 rue Claude Bernard – 75005 Paris – Tél : 01 75 50 84 86 – Courriel : contact@m-c-familles.fr – Site Internet : m-c-familles.fr

[JP Maugendre, abbé Barthe, JR du Cray - Terres de Mission - TV Libertés] Les 10 ans du motu proprio

SOURCE - JP Maugendre, abbé Barthe, JR du Cray - Terres de Mission - TV Libertés - 16 juillet 2017

Eglise universelle : Nouvel acte d’autoritarisme du pape François contre un opposant à Amoris Laetitia : la révocation du cardinal Muller
Le dernier jour de son mandat de cinq années à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la Foi le cardinal Muller a appris, contre tous les usages, en 1′ de la bouche du pape qu’il n’était pas prorogé dans son poste bien qu’il n’ait pas atteint la limite. Monsieur l’abbé Barthe explique les raisons probables de cette disgrâce que le cardinal a très mal vécue s’en ouvrant à la presse allemande et demandant que les principes de la doctrine sociale de l’Eglise soient aussi appliqués aux membres de la curie romaine. Un nouvel opposant à Amoris Laetitia est frappé.

Eglise en France : les évêques et les élections
A l’occasion des récentes élections présidentielles de nombreux évêques se sont exprimés sur ce sujet en complément du document de la conférence des évêques de France : Retrouver le sens du politique. Majoritairement l’épiscopat français continue à privilégier “l’accueil de l’autre” par rapport aux questions sociétales liées à la défense de la vie et aux trois points dits non négociables énoncés par Benoît XVI. Jacques-Régis Ducray dresse le bilan de ces déclarations épiscopales.

Eglise en marche : Les 10 ans de Summorum Pontificum à Notre-Dame de Paris
A l’occasion du dixième anniversaire du motu proprio de Benoît XVI, Summorum Pontificum, permettant à tout prêtre de l’Eglise latine de célébrer la messe selon la forme extraordinaire du rite romain une messe selon cette forme a été célébrée à la cathédrale de Paris le 7 juillet 2017. L’abbé Barthe dresse le bilan de cette célébration ainsi que celui de l’application depuis 10 ans du motu proprio dans le diocèse de Paris.
   

[Abbé Raphaël d'Abbadie, fsspx - Le Petit Eudiste] Monseigneur Lefebvre et la nouvelle messe

SOURCE - Abbé Raphaël d'Abbadie, fsspx - Le Petit Eudiste - mars 2017

On sait que la nouvelle messe a été élaborée avec l'aide d'«observateurs» protestants, afin de ne pas déplaire aux «frères séparés» qui haïssent le Saint-Sacrifice de la Messe. Si Mgr Lefebvre n'a pas manqué de réagir très tôt à la nocivité de cette réforme, en prenant une part active à la rédaction du Bref examen critique des Cardinaux Ottaviani et Bacci 1, il lui a fallu néanmoins plusieurs années pour arriver à la position qui est aujourd'hui celle la Fraternité. Cet article tente d'en exposer l'évolution.
   
Notons tout d'abord que ce long temps nous dévoile toute la prudence pastorale de l'archevêque missionnaire, qui se trouve face à un problème absolument nouveau dans l’Église, et pour le moins épineux: ce nouveau rite est empreint d'une ambiguïté calculée pour contenter les hérétiques, ambiguïté qui ne le rend cependant pas strictement invalide ou formellement hérétique… Comment un fidèle doit-il réagir face à un tel rite, qui plus est promulgué par le pape Paul VI? Faudrait-il, pour demeurer bon catholique, devenir protestant? La réponse de Monseigneur s'appuie sur une constatation des faits (qu'il avait d'ailleurs prévus): les fruits de cette réforme ont produit (et produisent encore), au fur et à mesure des années, toute leur amertume. Aussi l'attitude du fondateur de la Fraternité devient-elle à son tour de plus en plus catégorique. Pour plus de clarté, il nous a semblé bon de distinguer trois périodes dans l'évolution de l'attitude de Mgr Lefebvre.
Première période: un nouveau rite périlleux qui ne supprime pas la messe de toujours (1969-1974)
Dès la mise en application du novus ordo, en novembre 1969, Mgr Lefebvre annonce à ses séminaristes qu'il gardera la Messe traditionnelle 2. Il ne fait qu'user du délai donné par Rome, qui ne compte rendre la réforme obligatoire qu'à la fin de l'année 1971. Mais arrivé à cette date, il explique son refus de la réforme: «Si jamais nous prenions le novus ordo missae, nous n'aurions plus de vocations: l'arbre se dessécherait comme si on avait mis la hache à la racine.» 3 Cependant, il estime encore qu'au cas où un fidèle ne peut assister à une messe de toujours, il ne peut pour autant se dispenser de la nouvelle messe, du moment qu'elle est célébrée par un prêtre «digne et fidèle» 4. Cette précision est importante, car dans son acuité théologique et doctrinale, Monseigneur dénonce dès 1971 le danger inhérent à cette réforme protestantisante: «On peut donc se demander très légitimement si insensiblement la foi catholique dans les vérités éternelles de la Messe disparaissant, la validité des Messes ne disparaît pas aussi. L'intention du célébrant portera sur la nouvelle conception de la Messe qui, dans peu de temps, ne sera autre que la conception protestante. La Messe ne sera plus valide.» 5 Ce qu'il confirme en 1973: «Il est entendu que notre attitude deviendra de plus en plus radicale au fur et à mesure que le temps passe, l'invalidité se répandant avec l'hérésie.» 6 Et en 1975, il apporte cette effrayante précision: «Tous ces changements dans le nouveau rite sont vraiment périlleux, parce que peu à peu, surtout pour les jeunes prêtres, qui n'ont plus l'idée du Sacrifice, de la présence réelle, de la transsubstantiation et pour lesquels tout cela ne signifie plus rien, ces jeunes prêtres perdent l'intention de faire ce que fait l'Eglise et ne disent plus de messes valides. Certes les prêtres âgés, quand ils célèbrent selon le nouveau rite, ont encore la foi de toujours. Ils ont dit la messe avec l'ancien durant tant d'années, ils en gardent les mêmes intentions, on peut croire que leur messe est valide. Mais dans la mesure où ces intentions s'en vont, disparaissent, dans cette mesure, les messes ne seront plus valides.» 7
Deuxième période: un nouveau rite nocif qui ne peut obliger (1974-1979)
C'est le 5 mai 1975, en la fête de saint Pie V, que Monseigneur a pris la résolution de maintenir coûte que coûte la Messe traditionnelle 8. Son jugement devient alors plus catégorique quant à la nouvelle messe: «elle n'oblige pas pour l'accomplissement du devoir dominical.» 9 Cela semble une application de sa célèbre Déclaration du 21 novembre 1974, qu'il n'est pas inutile de rappeler. Il y affirme son adhésion «à la Rome éternelle, maîtresse de sagesse et de vérité», mais aussi son refus «de suivre la Rome de tendance néo-moderniste et néo-protestante qui s'est manifestée clairement dans le Concile Vatican II et après le Concile dans toutes les réformes qui en sont issues. Toutes ces réformes, en effet, ont contribué et contribuent encore à la démolition de l’Église, à la ruine du sacerdoce, à l'anéantissement du Sacrifice et des sacrements, à la disparition de la vie religieuse […] Aucune autorité, même la plus élevée dans la hiérarchie, ne peut nous contraindre à abandonner ou à diminuer notre foi catholique clairement exprimée et professée par le magistère de l'Eglise depuis dix-neuf siècles. [...] Cette réforme étant issue du libéralisme, du modernisme, est tout entière empoisonnée ; elle sort de l'hérésie et aboutit à l'hérésie, même si tous ses actes ne sont pas formellement hérétiques. Il est donc impossible à tout catholique conscient et fidèle d'adopter cette réforme et de s'y soumettre de quelque manière que ce soit. La seule attitude de fidélité à l’Église et à la doctrine catholique, pour notre salut, est le refus catégorique d'acceptation de la réforme.[...]» 10 Le 29 août 1976, dans son homélie célèbre qu'il prononce à Lille, Monseigneur ne mâche pas ses mots et traite le nouveau rite de «messe bâtarde». Il s'en explique: «C'est précisément parce que cette union voulue par les libéraux, entre l’Église et la Révolution et la subversion, est une union adultère, que de cette union adultère ne peuvent venir que des bâtards! Et qui sont ces bâtards? Ce sont nos rites, le rite de la nouvelle messe est un rite bâtard! Les sacrements sont des sacrements bâtards: nous ne savons plus si ces sacrements donnent la grâce ou ne la donnent pas.» 11 Si de tels propos choquent aujourd'hui nos mentalités modernes et leur semblent scandaleux, rappelons-nous qu'ils ne sont que le fruit d'une légitime indignation. Le véritable scandale réside dans la réforme elle-même qui, en usurpant les titres de la Messe de toujours, dénature le Saint-Sacrifice, coupe les âmes de la grâce et les éloigne de la foi. Aussi le jugement de Mgr Lefebvre se fait de plus en plus sévère: il s'agit de préserver ceux qui n'ont pas encore été contaminés par le virus moderniste de cette réforme: «Nous conformant à l'évolution qui se produit peu à peu dans l'esprit des prêtres, nous devons éviter, je dirais presque d'une manière radicale, toute assistance à la nouvelle messe.» 12 Seules certaines exceptions sont admises: «C'est un devoir de s'abstenir habituellement, de n'accepter une assistance que dans des cas exceptionnels: mariage, enterrements, et que si l'on a la certitude morale que la messe est valide et non sacrilège.» 13 L'année suivante, Mgr Lefebvre précise encore, toujours en se fondant sur la réalité, l'attitude à tenir vis-à-vis de la nouvelle messe: «Elle est donc dangereuse, surtout pratiquée régulièrement. Elle amenuise et corrompt la foi lentement, mais sûrement. On ne pourrait donc y assister que rarement et pour des motifs graves, en s'efforçant d'éviter tout ce qui nous obligerait à quelques concessions odieuses...» 14 On voit poindre la distinction classique que l’Église donne pour l'assistance aux rites non-catholiques, et que Monseigneur appliquera à la nouvelle messe dès 1979. C'est ce qui va maintenant être l'objet de notre étude.
Troisième période: un nouveau rite nocif auquel on ne peut participer (à paartir de 1979)
Dans une note sur le novus ordo missae et le pape, écrite en 1979, Mgr Lefebvre rappelle et clarifie encore la position de la Fraternité vis-à-vis de la réforme liturgique: «Ces messes nouvelles non seulement ne peuvent être l'objet d'une obligation pour le précepte dominical, mais on doit à leur sujet appliquer les règles de la théologie morale et du Droit canon qui sont celles de la prudence surnaturelle par rapport à la participation ou l'asssistance à une action périlleuse pour notre foi ou éventuellement sacrilège.» 15 Monseigneur ne veut pas pour autant juger de la faute subjective de ceux qui participent à de telles messes 16. Mais en faisant appel aux règles du Droit canon, il s'appuie sur le canon 1258. Celui-ci interdit l'assistance active à un rite acatholique (c'est-à-dire y participer comme les adeptes de ce rite), mais permet, dans certains cas exceptionnels (civilité lors d'un enterrement etc.), une assistance purement passive, à condition que le scandale soit écarté. Notons au passage que ce canon est complété par le canon 2316, qui considère comme suspect d'hérésie celui qui assiste activement à un rite acatholique. On voit comment Monseigneur juge désormais le nouveau rite: il doit être assimilé aux rites des hérétiques et des schismatiques. Ce n'est que l'application de ce qu'il disait en 1974: «Cette Réforme étant issue du libéralisme, du modernisme, est tout entière empoisonnée ; elle sort de l'hérésie et aboutit à l'hérésie, même si tous ses actes ne sont pas formellement hérétiques.» 17 À ceux qui lui opposent qu'on ne peut empêcher un fidèle d'assiter activement à une nouvelle messe, du moment qu'elle est valide, Monseigneur répond désormais, fort du principe canonique que nous venons d'énoncer: «Détruisons immédiatement cette idée absurde: si la messe nouvelle est valide, on peut y participer. L’Église a toujours défendu d'assister aux messes des schismatiques et des hérétiques, même si elles sont valides. Il est évident qu'on ne peut participer à des messes sacrilèges, ni à des messes qui mettent notre foi en danger.» 18 Quant à ceux qui, reconnaissant l'excellence de la Messe traditionnelle, la trouvent simplement «meilleure» que le nouveau rite, ils sont, aux dires de l'archevêque, de «soit-disant ‘traditionalistes’...» Et il ajoute: «Nous n'acceptons absolument pas cela. Dire que la nouvelle messe est bonne, non! La messe nouvelle n'est pas bonne! Si elle était bonne, demain nous devrions la prendre, c'est évident!» 19 Non, pour Monseigneur, il n'y a pas d'égalité possible entre la Messe de toujours et la nouvelle messe. Elles sont diamétralement opposées. En effet, «la Messe est le drapeau de la foi catholique … [Elle] terrasse toutes les erreurs du protestantisme, de l’Islam, du Judaïsme, du modernisme, du laïcisme matérialiste, socialiste et communiste. Aucune erreur ne peut subsister face à notre sainte Messe catholique. La Messe est anti-œcuménique, au sens où s’entend l’œcuménisme depuis le Concile: union de toutes les religions dans un syncrétisme de prière sans dogmes, de moralité aux lois imprécises, s’accordant sur des slogans équivoques: droits de l’homme – dignité humaine – liberté religieuse. La messe nouvelle par contre est bien le drapeau de ce faux œcuménisme, qui représente l’anéantissement de la religion catholique et du sacerdoce catholique.» 20 Aussi, il confirmera en 1983 que «ce sont là des motifs plus que suffisants pour ne pas lui conférer les titres réservés à la Messe catholique de toujours, quels que soient les rites.» 21 Enfin, en 1985, Mgr Lefebvre s'adressera à tous les catholiques perplexes en ces termes qui résument ce que nous venons de dire: «Votre perplexité prend peut-être alors la forme suivante: puis-je assister à une messe sacrilège mais qui est cependant valide, à défaut d'autre et pour satisfaire à l'obligation dominicale? La réponse est simple: ces messes ne peuvent être l'objet d'une obligation ; on doit au surplus leur appliquer les règles de la théologie morale et du Droit canon en ce qui concerne la participation ou l'assistance à une action périlleuse pour la foi ou éventuellement sacrilège. La nouvelle messe, même dite avec piété et dans le respect des normes liturgiques, tombe sous le coup des mêmes réserves puisqu'elle est imprégnée d'esprit protestant.» 22
En conclusion
Nous avons pu suivre le long parcours de Mgr Lefebvre, qui n'a pas été aussi rapide que certains autres héros de la Tradition, pour arriver cependant aux mêmes conclusions qu'eux 23. Nous avons compris que son apparente lenteur a été liée à la complexité du nouveau rite lui-même. Mais ce délai ne peut qu'accroître sa crédibilité: un homme prudent, d'une foi éprouvée, a pris son temps pour juger d'une chose aussi grave. Nul ne pourra accuser Mgr Lefebvre de précipitation. La position qu'il a adoptée est sage, appuyée non seulement sur l'expérience des faits, mais sur les principes de l’Église de toujours. Ce héraut du Christ-Roi a donc su donner à la crise une réponse claire et sûre, parce que catholique. C'est qu'il avait compris que «Satan règne par l'équivoque et l'incohérence qui sont ses moyens de combat et qui trompent les hommes de peu de foi» 24. Aussi, dans ce même sillage et pour garder cette même fidélité, Mgr Fellay déclarait en 2006: «Tant que Vatican II et la nouvelle messe restent la norme, un accord avec Rome est un suicide.» 25 
-----NOTES----
  1. Cf. Marcel Lefebvre, une vie par Mgr Tissier de Mallerais (Clovis, 2002) p. 419 et suivantes.
  2. Ibid. p. 441. 
  3. Ibid. p. 488. 
  4. Ibid. p. 442. Mgr Lefebvre insistera sur ce point en 1972 auprès de ses séminaristes: «S'il se trouve un prêtre pieux qui dise la messe nouvelle en la rendant aussi traditionnelle que possible, il est bon que vous y assistiez pour satisfaire au précepte dominical.» (Ibid. p. 490).
  5. Un évêque parle, DMM, p. 143. 
  6. Marcel Lefebvre, une vie par Mgr Tissier de Mallerais (Clovis, 2002) , p. 490. 
  7. Un évêque parle, DMM, p. 285-286. 
  8. Marcel Lefebvre, une vie par Mgr Tissier de Mallerais (Clovis, 2002) p. 508, note 3. C'était le jour même des funérailles du Père Calmel, grand défenseur de la Tradition. 
  9. Ibid. p. 490. 
  10. Déclaration du 21 novembre 1974, in Un évêque parle, DMM, p. 270 et suivantes. Il est à noter que deux ans plus tard, dans un livre d'entretiens préfacé par lui-même (Non, Entretiens de José Hanu avec Mgr Lefebvre, Stock, 1977), Monseigneur reconnaît avoir rédigé cette Déclaration sous le coup de l'indignation mais, ajoute-t-il, «cette déclaration demeure, en définitive, toujours plus actuelle et plus vraie à la lumière des fruits toujours plus amers du concile (p 209). 
  11. Sermon du 29 août 1976 à Lille, in Écône, Chaire de Vérité (Iris, 2015), p. 997-998. 
  12. Marcel Lefebvre, une vie par Mgr Tissier de Mallerais (Clovis, 2002) , p. 491. 
  13. Le coup de maître de Satan (Saint-Gabriel, 1977), p. 46. 
  14. La Messe de toujours (Clovis, 2006), p. 392. 
  15. Ibid. p. 391. 
  16. Ibid. p. 397. 
  17. Déclaration du 21 novembre 1974, in Un évêque parle, DMM, p. 270 et suivantes. 
  18. Cf. La Messe de toujours (Clovis, 2006), p. 391.
  19. Ibid. p. 379. 20. Lettre aux Amis et Bienfaiteurs, février 1982. 
  20. Lettre aux Amis et Bienfaiteurs, mars 1983. 
  21. Lettre ouverte aux catholiques perplexes (Albin Michel 1985), p. 42-43. 
  22. Voici, à titre d'exemple, ce qu'affirmait Mgr de Castro Mayer en janvier 1970, soit un mois seulement après l'entrée en vigueur du novus ordo: «Après mûre réflexion, je suis convaincu qu'on ne peut pas participer à la nouvelle messe et même, pour y être présent, on doit avoir une raison grave. On ne peut pas collaborer à la diffusion d'un rite qui, quoique non hérétique, conduit à l'hérésie.» (Lettre de Mgr de Castro Mayer à Mgr Lefebvre, in Marcel Lefebvre, une vie, p. 441). 
  23. Le coup de maître de Satan (Saint-Gabriel, 1977), p. 9. 
  24. Vatican II, L'autorité d'un concile en question (Vu de Haut n°13, automne 2006) p. 8.

[Yves Chiron - Aletheia] Père Louis-Marie de Blignières, Le Saint-Esprit dans ma vie (recension)

SOURCE - Yves Chiron - Aletheia - 17 juillet 2017

• Père Louis-Marie de Blignières, Le Saint-Esprit dans ma vie, Éditions Dominique Martin Morin (B.P. 263, 86007 Poitiers Cedex), juin 2017, 74 pages, 10,50 €.
C’est un petit traité de vie spirituelle, et de vie chrétienne tout court, qu’offre le Père de Blignières à qui veut s’en saisir. Mgr Macaire, qui est dominicain, et archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France depuis 2015, relève dans la roborative préface qu’il donne à ce petit livre : « Ce qui surprend dans ce texte théologique, c’est, dès le titre, l’usage de la première personne. On croit d’abord que l’auteur parle de lui. Ce qui ne doit pas être entièrement faux. […] Cependant, l’écriture est si fine et fait montre d’une telle pudeur qu’on ne tarde pas à saisir que le ”je” de l’auteur, à l’instar des grands maîtres comme saint Augustin dans ses Confessions, est un ”je” universel. Un ”je” qui est tout autant celui du lecteur qui veut bien se laisser séduire par le Saint-Esprit dans sa vie.»
    
Cet ouvrage d’apparence modeste est un vade-mecum accessible pour les pèlerins sur terre que nous sommes tous, en route «sur le chemin du bonheur éternel», à travers les méandres, les impasses et les déceptions de «ce monde trouble et vulgaire».
     
Le chemin le plus sûr vers la Vie éternelle, nous dit l’auteur, passe par la pratique des vertus et par le secours des sacrements, mais doit être éclairé par les béatitudes et les dons de l’Esprit Saint. Le Père de Blignières n’aligne pas les formules creuses. Dans une perspective originale, il entrelace béatitudes et dons de l’Esprit Saint en trois considérations : les béatitudes de la fuite du péché (avec le don de crainte, le don de piété et le don de science), les béatitudes de la vie active (avec le don de force et le don de conseil) et les béatitudes de la contemplation (avec le don d’intelligence et le don de sagesse). 
     
On ne peut résumer un tel livre, qui contient tant de vues claires et de distinctions (par exemple, p. 62-63, sur les différents types de sagesse). Les béatitudes sont à la fois un chemin et une promesse. Le Père de Blignières conclut: «Le Seigneur, dans l’énumération des béatitudes, marque une gradation dans les récompenses qu’il promet. Ces récompenses ne sont pas seulement pour demain: je les possède ici-bas en germe, de façon inchoative, et j’en jouirai parfaitement dans la Jérusalem céleste.»

16 juillet 2017

[Peregrinus - Le Forum Catholique] "Révolution française et traditionalisme (VII) : L'épiscopat"

Dans la partie précédente, je me suis efforcé de montrer, à partir du débat qui a opposé les canonistes Camus et Maultrot sur la question du schisme, que les constitutionnels, pour se laver de l’accusation de schisme, ont proposé de ce dernier terme une définition extrêmement restrictive : seuls seraient réellement schismatiques ceux qui ne reconnaissent pas le pontife romain comme chef visible de l’Eglise. A ces arguments Maultrot répond non seulement que le pape ne reconnaît pas les constitutionnels comme faisant partie de sa communion, mais aussi et surtout qu’il y a réellement schisme lorsque des fidèles refusent de communiquer avec leurs pasteurs légitimes pour courir après d’autres pasteurs. C’est ainsi l’établissement d’une hiérarchie parallèle qui apparaît aux yeux de Maultrot comme la preuve la plus tangible du caractère schismatique de l’Eglise constitutionnelle.

Cette partie sera donc consacrée aux réflexions sur l’épiscopat auxquelles la Révolution a pu donner lieu. Au printemps 1791, en raison du refus massif des évêques d’Ancien Régime de prêter le serment du 27 novembre 1790, on procède à l’élection et au sacre de dizaines d’évêques constitutionnels pour pourvoir aux sièges déclarés vacants par l’Assemblée Nationale. 

Gabriel-Nicolas Maultrot se révèle de nouveau l’un des adversaires les plus résolus de ces actes schismatiques. Ses considérations sur ce point n’ont probablement rien d’original (1), ce qui permet précisément de saisir quelles étaient les vues du camp réfractaire sur l’épiscopat.
     
Pour le canoniste, nourri des monuments de l’antiquité chrétienne, notamment de saint Ignace d’Antioche et de saint Cyprien, l’Eglise est bâtie sur les évêques légitimes. Les évêques répandus sur la terre le sont par la volonté du Christ (2). De même que Jésus-Christ n’a rien fait sans son Père, 
On ne doit rien faire […], sans l’évêque & le presbytere. Rien de tout ce qui se fait séparément ne peut être dans l’ordre (3).
Maultrot cite encore les « paroles terribles » de saint Cyprien, qui devraient donner autant à penser aux « résistants » d’aujourd’hui qu’aux constitutionnels d’hier :
Celui qui n’est pas avec l’évêque, n’est point dans l’église (4).
De même que le Christ n’a pas permis de faire descendre de la chaire de Moïse les scribes et les pharisiens qui y étaient assis, il n’est jamais permis de faire descendre un évêque légitime de son siège : les pasteurs légitimes le restent aussi longtemps qu’ils n’ont pas été dépouillés par un jugement ecclésiastique (5). Ainsi le pape Théodore, au VIIe siècle, estimait-il que l’évêque Pyrrhus, convaincu d’attachement à l’hérésie monothélite, devait être soumis à un jugement canonique avant qu’il soit procédé au sacre d’un nouvel évêque (6).

Les évêques constitutionnels ont donc agi « sans ordre de Dieu », ils se font « prélats contre les loix de l’ordination (7) ». On a déjà vu, dans les parties précédentes, que ces évêques sont considérés par l’Eglise comme des pasteurs intrus. Maultrot va cependant plus loin lorsqu’il examine le cas de Claude Marolles, élu au diocèse de l’Aisne, l’un des premiers évêques constitutionnels sacrés en février 1791 : 
L’abbé de Marolles est un faux Evêque, un faux pasteur. Il n’est point Evêque. Il a reçu par son sacre le caractère épiscopal. Il est sans mission, sans aucune jurisdiction dans l’Eglise. Il n’a aucun siége, aucun diocésain (8).
Les mots du canoniste méritent d’être médités, particulièrement en nos jours où certains croient devoir à tout prix multiplier les sacres de « vrais évêques catholiques ». Maultrot ne nie nullement la validité des ordres conférés par les constitutionnels : l’évêque constitutionnel a bel et bien « reçu par son sacre le caractère épiscopal ». Pour autant, ce caractère n’est pas suffisant pour faire l’évêque. L’évêque ne l’est véritablement qu’en vertu de la mission et de la juridiction qu’il a reçue de l’Eglise sur le diocèse qui lui est confié. Pour le canoniste, qui se fait l’écho de saint Cyprien, celui qui se fait évêque sans mission « n’est rien » : nullus est. 
Il est clair par cette doctrine de S. Cyprien, que l’abbé de Marolles n’est pas et ne peut pas être Evêque. Il est un profane, un étranger, un schismatique (9).
Un tel évêque n’a « reçu l’épiscopat de personne (10) ». Une fois encore, Maultrot n’entend pas par-là que cet ecclésiastique n’a pas reçu validement le caractère épiscopal. Il entend qu’un authentique évêque ne l’est qu’en recevant de l’Eglise un territoire et des sujets sur lesquels sa juridiction peut s’exercer. De tels arguments, extrêmement classiques, ne sont nullement propres à Maultrot : ainsi le canoniste Jabineau déclare-t-il de l’évêque constitutionnel de l’Eure-et-Loir qu’il ne « succède à personne » et n’est donc « rien (11) ». De même, les adversaires de Jean-François Périer, évêque intrus du Puy-de-Dôme, déclarent que, faute de mission canonique reçue de l’Eglise, l’épiscopat de Périer ne peut remonter, de prédécesseur en prédécesseur, jusqu’à Jésus-Christ : quoique sacré validement, Périer n’est donc pas un « vrai successeur des apôtres (12) ». 

Malgré les importantes différences de contexte, la conclusion s’impose naturellement. A proprement parler, à la lumière des principes du clergé fidèle, les évêques sacrés par Mgr Lefebvre en 1988, n’ayant ni mission, ni juridiction, ne sont pas évêques : ils ont seulement le caractère épiscopal, nécessaire à la collation des saints ordres et du sacrement de confirmation. Il ne s’agit nullement de mettre en cause ici l’acte posé par le fondateur de la FSSPX, acte conçu comme une « opération survie » tout à fait légitime et non comme une intrusion, mais de rappeler par l’histoire des vérités qui relèvent à la fois du bon sens et de la foi : il est faux, il est absurde et dangereux de prétendre que la Fraternité Saint Pie X, dans sa situation actuelle possède tout ce qui lui est nécessaire. On peut invoquer toutes les juridictions de suppléance, tous les états de nécessité que l’on voudra, avec tous les risques avérés que cela comporte : les évêques de la Fraternité ne sont pas pleinement évêques, et ce n’est sans doute pas sans raison que la Fraternité les présente elle-même comme des « évêques auxiliaires » dont la fonction est limitée à l’administration des sacrements qui nécessitent le caractère épiscopal. 

Prétendre que la Fraternité a tout et n’a rien à recevoir de Rome ni des évêques serait certainement faire œuvre de schisme et oublier entièrement l’esprit de l’Eglise. Ce serait encore mépriser ouvertement les principes qu’ont professés les prêtres et fidèles qui ont gardé la foi et la communion de l’Eglise dans la tourmente révolutionnaire, et perdre sans retour tout droit à se réclamer d’eux.

(A suivre)

Peregrinus 
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(1) Monique Cottret, Histoire du jansénisme, Perrin, Paris, 2016, estime ainsi (p. 258) que les arguments des jansénistes réfractaires peinent à se dissocier de ceux des autres réfractaires. 
(2) Gabriel-Nicolas Maultrot, Véritable idée du schisme contre les faux principes de M. Camus et des pasteurs constitutionnels, Dufresne, Paris, 1791, p. 27.
(3) Ibid., p. 29.
(4) Ibid., p. 37.
(5) Ibid., p. 54.
(6) Ibid., p. 67.
(7) Ibid., p. 74-75.
(8) Gabriel-Nicolas Maultrot, Explication du Canon 17 du Concile de Calcédoine, qui fait le principal appui de la Constitution civile du clergé, Le Clère, Paris, 1791, p. 56.
(9) Ibid., p. 65.
(10) Véritable idée du schisme, op. cit., p. 75.
(11) Henri Jabineau, Observations sur les écrits des nouveaux Docteurs, et en particulier sur deux ouvrages de M. Gratien, prêtre, Dufresne, Paris, 1791, p. 4. 
(12) Les Fidèles du Diocèse de Clermont, à M. Jean-François Périer, se disant Evêque du Département du Puy-de-Dôme, Girouard, Clermont-Ferrand, 1791, p. 34.

15 juillet 2017

[Abbé Etienne de Blois, fsspx - Le Petit Eudiste] Conservateur = corrupteur

SOURCE - Abbé Etienne de Blois, fsspx - Le Petit Eudiste - mars 2017

«C'est une forme de modestie louable que de ne pas vouloir être excentrique…» Les conservateurs ont des qualités, on ne peut le nier. Ils ont celle d'un certain courage, puisqu'il leur faut sans cesse s'opposer aux progressistes. Mais nous ne voulons pas ici juger de leurs intentions, ni dire en quoi ils sont excusables. Nous voulons seulement manifester le danger que courent, et font courir, les conservateurs. Non pas ceux qui cherchent la vérité et qui s'arrêtent − un temps trompé − aux seules apparences de la vérité, mais les conservateurs qui tiennent à le rester.
   
«…Mais cette modestie est devenue impossible à pratiquer aujourd'hui!» Selon les faux-penseurs vrais-menteurs, le monde serait divisé en droite et gauche, conservateurs et progressistes. C'est faux. Le monde est divisé depuis le péché de Lucifer entre ceux qui acceptent l'autorité de Dieu et ceux qui la refusent.
   
Ceux qui acceptent l'autorité divine sont appelés contre-révolutionnaires mais ils forment ce qui a pour vrai titre : la «Tradition». Les hommes de Tradition acceptent ce qui est transmis par les anciens parce que reçu de Dieu. Les révolutionnaires refusent toute transmission parce qu'ils refusent de recevoir une quelconque loi.
   
Ceux qui refusent l'autorité sont les révolutionnaires. Les progressistes sont de francs révolutionnaires: ils refusent la Tradition, et cherchent toujours et sans cesse du nouveau.
   
Les conservateurs ne sont pas de la Tradition  ils ne cherchent pas à transmettre ce qui est divin mais à conserver un pauvre état humain. Les conservateurs conservent un état présent. Le conservateur alimentaire maintient la viande dans un état intermédiaire entre la vie et la moisissure. L'apparence est appétissante, mais cache des principes morbides. L'homme conservateur souhaite maintenir le monde dans un état apparent plaisant… et dans un état réel de révolution.
   
Objectivement le conservateur est, – bien souvent à son corps défendant –, un hypocrite révolutionnaire. Il conserve à la Révolution une apparence sortable. Il en est le meilleur allié, nolens volens.
   
Le conservateur est le meilleur ennemi de la Tradition. Le meilleur parce que le plus proche quant aux apparences. Combien sont trompés ? «C'est la même messe…» Oui, mais ce n'est pas la même doctrine! Les schismatiques aussi célèbrent la même messe. Le conservateur est ennemi de la Tradition parce que les principes du conservateur sont ceux du Révolutionnaire, la logique et l'honneur en moins.
   
Pour réduire un homme de Tradition à un conservateur, le révolutionnaire adopte une tactique très habile en disant simplement : «Venez sous mon toit, je vous laisse libre». Le révolutionnaire baisse les armes, mais n'abandonne aucunement le terrain. De quelle liberté parlons-nous ? Le révolutionnaire entend la liberté comme une indépendance de Dieu. Généreusement, il propose la liberté à la Tradition, la même liberté qu'il réclame pour toutes les erreurs, la liberté de Satan. Si l'homme de Tradition entre dans le cercle de la liberté révolutionnaire, il sort de l'adhésion à la vérité de Dieu, l'ayant réduite à une simple opinion humaine. Il gardera longtemps peut- être les apparences de la Tradition, mais il aura accepté dans son cœur le poison de la Révolution : c'est un conservateur de plus.
   
Le conservateur a voulu sauver deux choses: les apparences et son honneur. Malheureusement l'honneur ne se conserve pas à la sauvette. Il demande à être servi avec noblesse, franchise et force. Le conservateur espère servir en restant sortable, en étant acceptable par ceux qu'il cherche à sauver. Faux honneur, vraie trahison : pour être accepté par le révolutionnaire, qui honni la Tradition, il a fallu cacher celle-ci. Belle noblesse, belle franchise, belle force! La Tradition est comme une plante : à l'ombre, elle crève, doucement, insensiblement. La Tradition transmet quelque chose. Cachée, coupée de sa source, elle n'est plus Tradition. La peau est restée, l'outre s'est vidée.
   
Le conservateur peut s'écrier: «Tout est sauf, fors l'honneur et la vérité!»

[Mgr Williamson - Initiative St Marcel] L’erreur de Menzingen – II

SOURCE - Mgr Williamson - Initiative St Marcel - 15 juillet 2017

L’Église est en crise, et Rome n’en croit rien / Et Menzingen ? Piégé, il croit que tout va bien !
Une lettre du 13 juin, émanant du siège de la Fraternité Saint-Pie X à Menzingen en Suisse, est censée « faire le point sur les mariages » en tenant compte de la proposition romaine, en date du 4 avril qui vise simplement à faciliter l’enregistrement des mariages de la Fraternité dans la structure conciliaire. Cette lettre n’est pas sans poser un sérieux problème qui dépasse largement tel ou tel détail, tel ou tel argument. Le problème réside en fait dans la mentalité strictement conciliaire des ecclésiastiques auteurs de la proposition.

Nous ne sommes pas seul à penser ainsi : Lors des « discussions théologiques » de 2009 à 2011, trois théologiens de la Fraternité, sous la conduite de Mgr de Galarreta, ont dû affronter quatre «théologiens » romains. Selon le mot inoubliable d’un des trois théologiens, les quatre Romains étaient des « malades mentaux », mais « ayant l’autorité » Objectivement, cette maladie mentale des romains est tellement grave que beaucoup de catholiques fidèles sont tentés de penser que ces prélats ont perdu toute autorité dans l’Eglise. Mais, hélas, ces ecclésiastiques font encore illusion ! si bien que, grâce à « l’obéissance », ils peuvent objectivement continuer à détruire l’Eglise, quoiqu’il en soit de leurs intentions dont Dieu seul reste juge.

Ainsi, dans une première partie, la lettre de Menzingen sur les mariages (cf. les « Commentaires » de la semaine dernière) affirme que la proposition de Rome du 4 avril, vise simplement à ramener les mariages de la Fraternité à l’usage antique et raisonnable de l’Église pratiqué depuis le Concile de Trente. Oui, certes ! Mais cette législation raisonnable, que vaudra-t-elle, dès lors que ce sont des « malades mentaux » qui devront en faire usage ? Un axiome scolastique profond énonce que : « Tout ce qui est reçu, est reçu selon le mode de celui qui reçoit ». Une saine tradition, confiée aux mains d’ecclésiastiques (objectivement) insensés, pourra devenir insensée. Par exemple, dans la troisième partie de la lettre, Menzingen affirme que les mariages célébrés dans la Fraternité une fois reconnus par l’Eglise, ne feront plus de doute pour personne. « Plus de doute », dites-vous ? Alors que les responsables de l’Église d’aujourd’hui en sont à transformer pratiquement les annulations officielles en « divorces catholiques»?

La deuxième partie de la lettre se propose de réfuter une liste de huit objections importantes qu’on peut faire à la proposition romaine. La plupart de ces objections disent, en substance, que l’acceptation de la proposition de Rome, dans le contexte actuel, équivaudrait à épouser la trahison conciliaire de la Foi en acceptant la théorie et la pratique conciliaires du mariage (1,2) ; en admettant la condamnation conciliaire des mariages célébrés précédemment dans la FSSPX (3) ; en approuvant le nouveau Code de Droit Canonique (8) ; et ainsi de suite. Ces objections sont fondées sur le contexte actuel des mariages. Menzingen répond : abstraction faite du contexte, la proposition romaine, « en soi », revient simplement à mettre à la disposition des couples de la Fraternité une manière supplémentaire de se marier tout en restant en harmonie avec l’Église officielle. Bien sûr, Menzingen, bien sûr, mais comment, dans la vie réelle, un mariage peut-il jamais être célébré en dehors de tout contexte ? Et comment, aujourd’hui, le contexte officiel de l’Église pourrait-il être autre que Conciliaire?

La cinquième objection peut servir d’exemple typique illustrant le raisonnement des bisounours de Menzingen, lorsqu’ils séparent l’inséparable. Ainsi, à l’objection dont le sens est que l’assouplissement de la reconnaissance des mariages de la Fraternité par Rome n’est qu’un fromage masquant le piège de la Prélature personnelle, Menzingen répond que le fromage, “en soi”, n’est jamais qu’un fromage ! Menzingen reconnaît même que Rome mentionne qu’il s’agit d’un pas en avant vers la « régularisation institutionnelle » éventuelle de la Fraternité ; c’est admettre que le fromage, objectivement, fait ici partie intégrante d’un piège. Mais à cela, Menzingen répond que s’il fallait éviter tous les pièges, la Fraternité devrait couper court avec tous les responsables romains, ce que Mgr Lefebvre, en 1975, a déclaré ne pas vouloir faire.

Bien sûr, Menzingen, bien sûr ! Mais 1975, c’était avant les 13 années de contacts et de négociations supplémentaires avec les Romains qui finirent par convaincre Mgr Lefebvre que Rome n’avait point l’intention de s’occuper de la Tradition. C’est alors, et alors seulement, qu’il a consacré quatre évêques pour maintenir la Tradition (comme ils l’ont fait jusqu’en 2012). De plus, Mgr Lefebvre n’a jamais refusé tout contact futur avec les Romains. Il a seulement déclaré que dorénavant la doctrine devrait primer la diplomatie, de sorte que les contacts ne pourraient reprendre que lorsque les Romains renoueraient avec les grandes condamnations pontificales du libéralisme et du modernisme. Or, depuis 1988, qu’en est-il ? Menzingen prétend que Rome a changé pour le mieux, de sorte que les pièges ne sont plus des pièges ! Menzingen, attention ! Voilà que vous avez attrapé la « maladie mentale » des Romains, qui nie que la crise de l’Église soit une crise!

Kyrie eleison.

[Reconquista] Nouvelles du séminaire Saint Louis-Marie Grignion de Montfort

SOURCE - Reconquista - 15 juillet 2017

Que devient le séminaire Saint Louis-Marie Grignion ?

Les dernières nouvelles sont encourageantes à de nombreux points de vue : alors que la perspective de l'acquisition d'un grand bâtiment est encore une fois reportée, la direction s'inquiétait sur la manière d'accueillir les 7 nouveaux séminaristes s'ajoutant aux 10 déjà installés. L'expérience des bungalows ayant échoué à cause d'une mairie tatillonne, le séminaire a pu trouver une petite annexe à deux pas de la maison pour finir l'année scolaire 2017. 

Mais cela ne résolvait pas la question de la rentrée d'octobre 2017. Là encore la Providence s'est manifestée de façon inattendue et originale : des bienfaiteurs ont mis à sa disposition (pour un an) une maison à deux pas du couvent. L'idéal pour les séminaristes. Cette maison n'a pour le moment que 4 chambres; l'été sera donc consacré à l'aménagement d'urgence de 3 chambres supplémentaires avec des salles d'eau correspondantes (avis aux bonnes volontés qui désirent apporter un peu de leur temps et compétence ) afin d'accueillir les arrivants en octobre.

L'inconvénient de cette situation sera la division du séminaire en deux parties mais cet inconvénient sera compensé par la présence d'un prêtre supplémentaire (abbé Trincado) si bien qu'on peut presque dire, de façon humoristique, qu'il y aura deux séminaires à Avrillé ! 

Les séminaristes qui arrivent d'un pays non francophone ne sont pas oubliés : ils suivent des sessions intensives de français avant la rentrée et tout au long de l'année pour pouvoir suivre les cours.

Au final, le séminaire va donc entamer sa 3ème année d'existence et, malgré les hordes rugissantes de l'enfer déchaîné dans le monde et dans l’Église, cette petite œuvre poursuit donc sa croissance.

Prions pour les vocations et les séminaristes.