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4 juillet 2017

[Abbé Denis Puga, fsspx] Nudité estivale

SOURCE - Abbé Denis Puga, fsspx - Le Chardonnet - juillet 2017

Ceux d’entre nous qui ont connu les changements survenus dans l’Église dans les années 1970 se souviennent de quelle manière véritablement dictatoriale la nouvelle messe du Pape Paul VI a été parachutée dans les paroisses du monde entier. Cette réforme, qui était en fait une pure invention, ne répondait en rien à l’aspiration des fidèles. D’un trait de plume, au nom du Concile, et sur le conseil de quelques liturgistes de salon, l’autorité suprême relégua au placard un trésor de doctrine et de piété qui avait pourtant porté toute la prière de l’Église pendant des siècles. De cette messe traditionnelle l’usage était interdit et jamais, comme me l’affirmait alors un curé prophète sans doute mal inspiré, l’Église n’y reviendrait…. 
     
Mais le temps passa. Face à l’effondrement général de la pratique religieuse consécutive à l’application des nouveautés conciliaires, le Pape Benoit XVI voulut tenter de réparer une injustice : Il déclara que la messe dite de St Pie V n’avait jamais été interdite et que tout prêtre était libre de la célébrer. Cependant la messe traditionnelle était requalifiée de la note humiliante de rite extraordinaire. Et c’est pourquoi nous voilà depuis ce temps en présence dans l’Église d’une cohabitation de deux rites de la messe, pourtant diamétralement étrangers l’un à l’autre. 
     
Faisons une comparaison : un mari dans un premier temps a rejeté son épouse légitime pour une concubine et demande à ses enfants de regarder cette dernière comme sa seule vraie épouse. Les enfants refusent. Pour les faire revenir le mari alors, dans un geste de conciliation, rappelle la femme légitime, lui donne le titre de femme secondaire et tente de la faire cohabiter pacifiquement avec l’intruse. Comment espérer que des enfants dignes de ce nom puissent se satisfaire d’un tel compromis ?
     
La plupart des communautés dites « Ecclesia Dei » semblent aujourd’hui se satisfaire de cette cohabitation. Mais c’est une illusion de penser que la simple exposition pacifique de la précision doctrinale et de la beauté de la liturgie traditionnelle chassera la réforme illégitime. L’erreur, l’hérésie – car le Nouvel Ordo Missæ favorise l’hérésie, et c’est ce qui en fait sa malice intrinsèque – ne se chasse qu’en la combattant directement avec argumentation et résistance concrète et pratique à sa propagation ; toute l’histoire de l’Église est là pour nous le rappeler. Ne pas entraver en la dénonçant avec force la réforme liturgique c’est entrer dans une sorte de complicité du silence. Or, comme le disent à juste titre les opposants à l’avortement, le silence tue ! La proximité de l’été et des vacances a permis à un fidèle de m’intimer de me prononcer publiquement et avec force sur le danger de la fréquentation des plages estivales. Certes. Cependant il y a une nudité que je crains plus que tout : celle de l’abandon des principes de la profession de la foi, celle de l’incohérence entre les convictions doctrinales et l’attitude pratique de tous les jours.
      
Nous connaissons tous ces fidèles qui, bien que passant leurs vacances à quelques encablures d’une communauté «  ecclesiadéiste  », n’en hésitent pas moins à faire de longs trajets chaque dimanche pour trouver une messe célébrée par un prêtre de la FSSPX ou d’une communauté religieuse amie. Eh bien, honneur à eux  ! Ce n’est pas là du sectarisme mais bien au contraire la manifestation d’une compréhension profonde de la nocivité de l’acceptation d'une cohabitation pacifique de deux rites totalement antagonistes vis-à-vis de l’honneur qui doit être rendu à Dieu. En réformant la liturgie en 1969, on a introduit dans l’Église la messe de Luther comme Mgr Lefebvre la désignait si bien. Comment s’étonner que, désormais, ce soit Luther lui-même, par le truchement de sa statue, qui soit en honneur au Vatican. Le silence sur la nocivité du Nouvel Ordo Missæ y a certainement sa part de responsabilité.
  
Abbé Denis PUGA