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17 février 2010

[Romano Libero - Golias] La disparition de deux figures de l’intégrisme catholique

SOURCE - Romano Libero - Golias - 17 février 2010

Deux figures historiques et très pittoresques du traditionalisme français viennent de s’éteindre : Georges de Nantes et Philippe Sulmont. Difficiles à rapprocher à certains égards car le premier avait fondé « la Contre Réforme catholique » tandis que le deuxième était un curé rebelle, mycologue à ses heures, et pamphlétaire acharné.

Il y avait cependant quelque chose de commun entre eux. Ils incarnaient une époque où les courants intégristes ne jouissaient pas alors de l’appui complaisant de Rome et étaient en butte à une hostilité parfois viscérale de l’épiscopat français. Loin d’être un phénomène de groupe comme cela tend à le devenir aujourd’hui le traditionalisme français gravitait autour de fortes personnalités, parfois très hautes en couleur : Mgr François Ducaud-Bourget, l’abbé Louis Coache, Mgr Marcel Lefebvre en personne, Jean Madiran, Pierre Debray, Dom Gérard Calvet et le fameux Georges de Nantes. Le plus discutable et le plus controversé de tous.

L’abbé de Nantes fondateur de la Contre Réforme Catholique

Dans la galaxie traditionaliste, Georges de Nantes a toujours été à part. Né en 1924 à Toulon dans une famille d’officiers de marine, catholique et proche de l’Action Française. Il gardera toute sa vie un attachement au fonctionnement de type militaire, jusque dans les apparences extérieures. Sa famille est cruellement éprouvée par la condamnation de l’Action Française par Pie XI qui lui fait perdre sa confiance en Rome. Rome avait cessé d’être dans Rome ! Jeune séminariste il s’est engagé dans les chantiers de jeunesse institués par l’Etat français du Maréchal Pétain et conduits par le Général de la Porte du Theil. Un personnage auquel Georges de Nantes voua une immense admiration. Nous touchons là du doigt l’une des caractéristiques de l’intégrisme : une extrême politisation dans le sens de la droite la plus dure et la plus réactionnaire.

Ordonné prêtre en 1948 au titre du diocèse de Grenoble, il a été reçu dans le diocèse de Troyes le 15 septembre 1958 par complaisance d’un évêque trop débonnaire, Mgr Le Couëdic pour y fonder une communauté de moines missionnaires. Il est déjà en porte-à-faux en raison de sa position en faveur de l’Algérie française mais également de son maurrassisme militant. Il défend une ligne polémique qu’il qualifie lui-même de « nationale-catholique ». Il finit par s’établir à Saint-Parres-lès-Vaudes et dès 1962 manifeste son hostilité au tour que prend le Concile. Bien avant Mgr Lefebvre et sur un ton beaucoup plus apocalyptique. Georges de Nantes créé alors la Contre-Réforme catholique (CRC) qu’il qualifie d’école de pensée, source d’une imposante réflexion théologique. Il est vrai que l’homme ne manque pas de talent. Mais aussi selon ses détracteurs de perversité !

L’abbé de Nantes est frappé par Mgr Le Couëdic de suspens a divinis le 25 août 1966. En 1973, il franchit une nouvelle étape en écrivant un Libelle d’accusation contre le pape Paul VI pour hérésie, schisme et scandale. Jean-Paul II ne trouvera pas davantage grâce à ses yeux. Jean-Paul II ne sera pas épargné. Au contraire. En 1985, Georges de Nantes adressa une lettre ouverte au cardinal Ratzinger. Enfin, en 1993, il dénonce le contenu du « Catéchisme de l’Église catholique » comme hérétique.

Non reconnu par le diocèse de Troyes, il persiste toute sa vie à accuser d’hérésie, de schisme et d’apostasie le concile Vatican II. Les diatribes infatigables de l’abbé de Nantes convainquaient cependant de moins en moins de personnes.

Très important, en 1995 les groupes lancés par l’abbé de Nantes furent taxés de comportements sectaires en 1995 par une commission d’enquête parlementaire. Il n’a jamais cessé de réclamer enfin un procès auprès du Vatican afin de soumettre certains enseignements du concile à l’examen de la Congrégation pour la doctrine de la foi. Une demande restée sans suite comme on peut l’imaginer. Une requête du même personnage en révocation de la suspens a divinis formulée en 1997 fait l’objet d’un rejet par le tribunal suprême de la signature apostolique.

La pensée idéologique et politique de l’abbé de Nantes est toute entière contenue dans la thèse de jeunesse qu’il prépara. En effet, y développait une « métaphysique relationnelle » selon laquelle il propose une vision de l’homme très anti-individualiste selon laquelle la personne se définit moins par son individualité que par ses relations de filiation et d’appartenance à des communautés humaines qui doivent l’emporter sur l’affirmation de la subjectivité. Une vision corporatiste de la société qui n’est pas éloigné du salazarisme. Soyons clairs : cette philosophie solidement construite vise en réalité à appuyer la pensée de Charles Maurras. Alors que pour Kant, le propre d’une personne est de ne jamais devoir être traité comme un moyen mais toujours comme une fin. Dans cette approche, les droits des gens sont relatifs à la préservation de l’ordre corporatiste. Il n’y a donc pas de « droits de l’homme » absolus en soi, sous-produits du subjectivisme. Seule la vérité a des droits. D’où le combat furibond de l’abbé de Nantes contre l’idée même de « liberté religieuse ».

Toute sa vie, Georges de Nantes a combattu la démocratie. Il condamne la démocratie « fille de la Révolution". Il milite pour une monarchie de droit divin.

Plus encore sans doute qu’un Marcel Lefebvre, Georges de Nantes était une contradiction vivante. Penseur traditionaliste, et défenseur de la primauté des institutions légitimes sur le sentiment individuel, il s’affranchit pourtant progressivement de l’autorité ecclésiastique et n’en fait qu’à sa tête. Se posant en véritable gourou. Au point qu’il sera même accusé un temps d’abus sexuels.

A partir de 1956, il s’exprime dans ses « Lettres à mes amis ». Il y dénonce une imprégnation de l’Eglise par l’Antéchrist et y accuse en particulier Paul VI de faire de l’Église catholique un « Mouvement d’animation spirituelle de la démocratie universelle » (MASDU) ou « forme moderne de l’Antéchrist éternel ». Il annonce la victoire de l’Église sur l’Antéchrist mais au terme d’un affrontement très long et très éprouvant. Il interprète en ce sens le troisième secret de Fatima confié à Soeur Lucie par la Vierge (du moins selon la religieuse). Vaticinateur à ses heures, il prédit ainsi en 1981 l’invasion de l’Europe par l’Union Soviétique dans les deux ans, puis reporte l’échéance à 1985 et 2000. La lecture des textes de Georges de Nantes laisse un sentiment de malaise. Comme un délire très construit mais qui est déconnecté du réel.

L’abbé Philippe Sulmont, plus lefebvriste que Mgr Lefebvre

Le deuxième ecclésiastique est certes moins connu. Philippe Sulmont, né en 1921, curé picard très pittoresque, docteur en théologie au demeurant, initiateur d’un bulletin paroissial à la prose particulièrement assassine était en rébellion depuis des années contre son évêque, celui d’Amiens. Il soutenait sans relâche Mgr Lefebvre et ses héritiers, autant qu’il pourfendait les erreurs doctrinales doctrinales du pape Wojtyla et la rencontre d’Assise. Sans même parler des propos offensants à l’égard des évêques de France.

En 2003, Philippe Sulmont fut condamné à 800 euros d’amende pour « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence », par le tribunal correctionnel d’Abbeville (Somme). « Les Asiatiques prolifèrent et nous envahissent, véhiculant une idéologie menaçante pour le monde entier (...). L’islam modéré n’existe pas. Toutes les populations infectées par la religion musulmane sont endoctrinées par le Coran, un sacré livre qui est le manuel pratique pour que s’étende le règne du démon (...) », avait écrit l’abbé dans le bulletin paroissial de Domqueur, en novembre 2002.