24 août 2010

[Frère Maximilien-Marie - Mesnil-Marie] Du troisième anniversaire du motu proprio “Summorum Pontificum cura” et de quelques questions qui lui sont relatives.

SOURCE - Frère Maximilien-Marie - Mesnil-Marie - 24 août 2010

Mardi 24 août 2010, fête de l'apôtre Saint Barthélémy.

Le 14 septembre prochain sera le troisième anniversaire de l'entrée en vigueur du motu proprio “Summorum Pontificum cura“.

Vous le savez, par ce texte majeur (dont on trouvera ici la traduction française la plus correcte > www), notre Saint Père le Pape Benoît XVI, heureusement régnant, a été amené à préciser un certain nombre de points concernant la célébration de la Messe selon le rite romain, tout particulièrement - mais pas uniquement pour qui veut bien lire avec intelligence - en ce qui concerne la “forme extraordinaire” de ce rite romain, c'est à dire le rite romain antique (appelé de manière courante et abusivement simplificatrice “Messe de saint Pie V”).

Ce troisième anniversaire revêt une véritable importance parce que le Souverain Pontife écrivait aux évêques, dans la lettre qu'il leur adressait en même temps que le motu proprio : “Je vous invite en outre, chers Confrères, à bien vouloir écrire au Saint-Siège un compte-rendu de vos expériences, trois ans après l’entrée en vigueur de ce Motu Proprio”.

Nous ne pouvons que nous réjouir pour tous les fruits de grâce et de paix qui résultent de ce motu proprio partout où il est réellement appliqué.

Mais force est de constater qu'il n'est pas appliqué partout - loin s'en faut! - et que des évêques et des prêtres s'autorisent de refuser à des fidèles et à d'autres prêtres le droit que le Souverain Pontife leur a reconnu.

Je ne suis certes qu'un tout petit chat et je ne prétends pas tout savoir, néanmoins je connais de manière certaine des diocèses dont les évêques - à moins de mentir au Pape - n'auront aucun compte-rendu à lui écrire parce qu'ils n'ont rien fait de concret pour répondre aux demandes des fidèles qui souhaitaient et ne cessent pas de souhaiter l'application des dispositions prévues par “Summorum Pontificum cura“.

De félin à félin, j'ai bien envie d'écrire à mon confrère le très auguste chat du Pape pour l'informer de choses que certains prélats ne voudraient peut-être pas dire au Souverain Pontife ou qu'ils présenteraient de manière non conforme à la vérité…

Nos Seigneurs les Evêques de France et leurs collaborateurs - à quelques exceptions près - se sont souvent ingéniés à faire croire qu'ils ne savent pas lire ou qu'ils ne comprennent pas le sens, pourtant simple et clair, des mots employés par Sa Sainteté le Pape Benoît XVI. Certains ont carrément enterré le document dans le silence ; d'autres l'ont interprété de la manière la plus restrictive qui soit et - dans leurs excès de libéralité!- ne veulent finalement appliquer que le motu proprio “Quatuor abhinc annos” du 3 octobre 1984. Ils montrent par là  (s'il est encore besoin de le faire) que le modernisme dont ils sont pénétrés a toujours au moins un quart de siècle de retard : alors qu'ils se prétendent “hommes de progrès tournés vers l'avenir”, ils ne sont en réalité - je me plais à le redire avec insistance - que les intégristes des idéologies qui se sont introduites dans l'Eglise à la faveur du second concile du Vatican ; idéologies qu'ils ont voulu faire passer pour “l'esprit du concile” mais qui, comme toutes les idéologies, ne sont que des systèmes d'erreurs désertifiantes et mortifères.

Dans un grand nombre de paroisses, les curés se sont bien gardés d'informer les fidèles de l'existence et du contenu du motu proprio et, partant, de leur expliquer leurs droits. Les personnes de bonne volonté ont parfois dû déployer des trésors de patience et de persévérance pour avoir des réponses à leurs questions après les annonces des médias  (à commencer par le journal “la Croix”) qui, selon leur habitude, ont titré avec des slogans sans faire un vrai travail d'information.

Voilà pourquoi, avec la permission de mon papa, je vous reproduis ci-dessous la question que lui a posée, il y a quelques temps, une catholique “ordinaire” et la réponse que Frère Maximilien-Marie lui a faite. Je vous laisse donc à cette lecture…

Lully.

Question de Michèle:
“Cher Frère, je me pose cette question : Pourquoi le pape Benoit XVI veut-il remettre la messe en latin? Nous ne comprendrons plus rien même si ces messes sont très belles, et il y a le risque que beaucoup de fidèles déserteront les églises. J'ai l'impression que Benoît XVI est en train de démolir tout ce que le pape Jean-Paul II a construit. Qu'en pensez vous?”

Et voici la réponse de Frère Maximilien-Marie:


“Chère Michèle, votre question est tout à fait symptomatique d'une confusion qui a été semée dans les esprits des catholiques depuis près de 40 ans, confusion qui est entretenue aussi bien par les médias que par une grande partie du clergé en Occident…

1) Vous m'écrivez : “Pourquoi le pape Benoît XVI veut-il remettre la messe en latin?

Cette question contient déjà plusieurs erreurs…
D'abord parce qu'il faut être convaincu que notre Saint-Père le Pape n'agit pas selon des goûts ou des idées personnels, et que la question de la restauration de la liturgie latine n'est pas le “caprice” de quelqu'un qui aurait des idées rétrogrades…!!! Ensuite, il faut savoir que la langue latine n'a JAMAIS été abolie dans la liturgie de l'Eglise latine.
Le second concile du Vatican, dans sa “Constitution sur la divine liturgie” ( De sacra Liturgia N°36 § 1, N°54, N°101, N°114, N°116…) affirme de manière solennelle et sans ambiguïté que la langue latine est la langue officielle de la liturgie romaine, de même que le chant grégorien en est le chant propre.

Le second concile du Vatican a permis que certaines parties de la messe puissent être lues dans les langues vulgaires, pour faciliter la compréhension (c'est le cas pour les lectures par exemple) mais il demande expressément que les fidèles sachent prier et chanter ensemble en latin les parties de l'ordinaire (au minimum: le Gloria in excelsis Deo, le Credo, le Sanctus, l'Agnus Dei, le Pater, et les antiennes à la Sainte Vierge…).

En demandant que le latin soit remis à sa juste place dans la liturgie, le Souverain Pontife ne fait que rappeler ce que doit être la bonne application du second concile du Vatican. Il ne veut pas “remettre”, il veut simplement faire appliquer la loi existante qui est largement  bafouée et trahie par les prêtres, les évêques et les équipes liturgiques, tout spécialement en France.

2) Vous écrivez ensuite : “Nous ne comprendrons plus rien même si ces messes sont très belles et il y a le risque que beaucoup de fidèles déserteront les églises.

Réponse:
Pendant des siècles, la liturgie a été célébrée en latin dans tout l'occident ; or d'une manière générale les gens avaient (nous dit-on) un moindre degré d'instruction qu'à notre époque, et pourtant cela ne les faisait pas “déserter les églises”. Elles étaient au contraire plus remplies qu'à l'heure actuelle!

Aujourd'hui, en France, la moyenne d'âge est plus basse dans les églises où la liturgie est célébrée de manière traditionnelle, en faisant une grande place au latin, que dans les paroisses ordinaires où tout est en langue vernaculaire. De la même manière, les congrégations religieuses et les séminaires qui ont le plus de recrutement sont ceux où il y a le plus de tradition latine…

Cet argument de la “non compréhension” est faux.  Premièrement parce qu'il existe des missels qui présentent le texte latin avec sa traduction française en regard : il n'est point besoin d'avoir un doctorat en théologie pour se débrouiller avec. Après une rapide formation et un peu de pratique un enfant même est capable de suivre la messe avec son missel. Deuxièmement, je sais par expérience que même les gens qui ont le moins de capacités intellectuelles sont capables d'apprendre des prières en latin, des chants en latin, en connaissant le sens de ce qu'ils chantent ou qu'ils récitent : ils n'en feront pas nécessairement une traduction mot à mot, mais ils ont la compréhension du sens général et de l'esprit de la prière. Troisièmement, je vous ferai aussi remarquer, dans un tout autre registre, que des tas de gens reprennent des chansons de variétés en langue anglaise, sans forcément avoir fait des études d'anglais - il leur suffit d'en connaître plus ou moins vaguement le sens - et ce n'est cependant pas un argument pour supprimer la diffusion des chansons en anglais sur les radios françaises!!!!!!!

En outre, ce n'est pas parce que un chant est en français qu'il est forcément compréhensible… même par ceux dont c'est la langue maternelle. La production liturgique en langue française a multiplié des chansonnettes stupides et vides de sens, voire porteuses d'erreurs spirituelles et doctrinales, et encore une fois mon expérience me montre que quantité de fidèles, dans les églises, chantent ces “trucs” dont ils ne comprennent pas les paroles françaises qu'on leur fait brailler!

J'ajouterai enfin quelque chose qui peut paraître dur, mais qui est cependant JUSTE : si les catholiques, et mêmes les prêtres et les évêques, ne veulent pas obéir aux textes du concile tels qu'ils sont et ne veulent pas obéir au Pape, eh bien qu'ils fichent le camp plutôt que d'entretenir la confusion et les erreurs dans les églises : au moins les choses seront claires! S'ils ont envie de fabriquer leurs “célébrations” selon des idées et des fantaisies personnelles, en ne tenant pas compte de la loi de l'Eglise et des textes officiels concernant la liturgie catholique, ils ne sont en fait plus catholiques dans leurs têtes et dans leurs coeurs et il vaut mieux qu'ils partent plutôt que de semer le désordre et d'entretenir la confusion…

3) Vous dites : “J'ai l'impression que Benoît XVI est en train de démolir tout ce que le pape Jean-Paul II a construit.

Réponse:
Sur le plan de la liturgie, Paul VI, Jean-Paul II et Benoît XVI ont tous les trois demandé  à plusieurs reprises que tous les fidèles sachent les prières principales en langue latine. Peu de temps après la fin du concile, en 1974, constatant avec effroi que le chant latin et grégorien avait pratiquement disparu des paroisses malgré les textes officiels, Paul VI a fait publier et a envoyé à tous les évêques du monde un petit recueil intitulé “Jubilate Deo” qui contenait les chants latins et grégoriens qui devaient être maintenus dans TOUTES les paroisses et communautés… Ce livret n'a pas été reçu dans les paroisses françaises…!!!

4) Vous semblez ne pas faire la distinction entre la Messe dite “de Saint Pie V”, qui a été en fait la forme de la célébration depuis Saint Grégoire le Grand jusqu'en 1969 (et qui était donc la messe en vigueur au moment du second concile du Vatican), et la “messe en latin”. “Messe en latin” et “Messe de Saint Pie V” ne sont pas des synonymes.

La Messe latine antique, dite de Saint Pie V, est certes célébrée en latin (mais on peut y proclamer les lectures en langue vulgaire). La Messe réformée, dite de Paul VI, introduite en décembre 1969, est depuis lors (en principe) celle qui est célébrée dans les paroisses ordinaires. Mais le missel de Paul VI a été aussi promulgué en latin et - selon les principes rappelés par le second concile du Vatican - il devrait largement être utilisé en latin dans les paroisses. Les pèlerins qui se rendent à Lourdes peuvent y assister à la messe internationale qui est une célébration de la messe de Paul VI entièrement en latin : c'est la “messe en latin”, mais ce n'est pas la messe dite “de Saint Pie V”.

Benoît XVI a clairement expliqué qu'il y a deux formes pour célébrer l'unique rite romain : l'une appelée “forme ordinaire” correspond au missel réformé publié par Paul VI en 1969 et complété par Jean-Paul II ; l'autre appelée “forme extraordinaire” (qui correspond à la Messe dite “de Saint Pie V” célébrée partout dans l'Eglise latine jusqu'en 1969). Pour l'une comme pour l'autre forme le latin reste la langue officielle et normale.

Les fidèles qui sont attachés à la forme antérieure du missel (celui qui a été en usage jusqu'en 1969), ont vu reconnaître la légitimité de leurs aspirations à cette manière de célébrer, par le motu proprio “Summorum Pontificum cura” du 7 juillet 2007.
Toutefois Benoît XVI n'a pas voulu imposer la Messe de Saint Pie V partout contrairement à ce que certains médias et prêtres ont stupidement répété : il a demandé qu'on respecte et qu'on fasse droit aux fidèles qui demandent cette forme de célébration qui, il l'a bien précisé, n'a JAMAIS été interdite (là encore contrairement à ce qui avait été dit et pratiqué depuis une quarantaine d'années)… Il a également demandé que les prêtres et les fidèles qui célèbrent selon la “forme ordinaire” le fassent avec un grand respect des règles liturgiques, et il montre lui-même l'exemple.


Ma réponse est longue, j'en ai conscience, mais j'espère qu'elle vous aura  donné satisfaction en vous permettant d'y voir plus clair.

Je ne vous cache pas que je suis surpris chaque fois qu'on me pose ce genre de question, parce qu'il me semble que tout est parfaitement limpide dans les textes officiels : mais on se demande si les journalistes et les prêtres eux-mêmes savent lire puisqu'ils racontent ensuite des tas de calembredaines et que c'est ainsi que la confusion est semée, entretenue et savamment orchestrée.

[Abbé Ph. Laguérie, ibp] Mes chers amis...

SOURCE - Abbé Ph. Laguérie - 24 août 2010

Je suis de retour sur Paris et vous présente tout d’abord mes excuses. Voilà un mois que je n’ai pas écrit un mot sur ce blog ! Mariage ici, confessions là-bas, messe dominicale par ici, sur un fond de toile de vie familiale. Il en faut aussi : le prêtre n’est pas né dans un chou et je songe à cette phrase de Saint-Jacques en son épître : « Si quelqu’un n’a pas soin des siens, et principalement de ceux de sa maison, il est pire qu’un infidèle, il a renié la Foi ». Et pourtant votre fidélité me confond littéralement : trois à quatre cent lectures par jour…sans rien avoir à se mettre sous la dent. Oui, j’ai honte, mais vous en apprécie davantage encore !

Je vais me rattraper. Et pour commencer quelques nouvelles de notre cher Institut du Bon-Pasteur. Je sais que vous aimez cela et, ça tombe bien, moi aussi. Elles sont bonnes, malgré ceux qui s’évertuent à les vouloir mauvaises et qui feraient même en sorte qu’elles le soient…

Depuis les ordinations du 10 juillet à Saint-Eloi, qui ont porté le nombre des prêtres de l’Institut à 27 par l’agrégation de M. l’abbé Jean-François Billot en notre corps sacerdotal, bien des choses se profilent à l’horizon.

J’ai inauguré et béni, le quinze août dernier, l’œuvre magnifique de notre internat de l’Angelus. 150 personnes se pressaient autour de l’abbé Spinoza qui accomplit là-bas un travail de titan. Ses classes sont prêtes, ses dortoirs, ses cuisines, ses salles de cours, ses cours de récréation, en tous points conformes avec les règlements les plus sophistiqués de Paris et surtout de Bruxelles (la rampe d’accès aux bâtiments ressemble à un maxi-golf) ! Mais aussi ses professeurs au complet, pour accueillir ses 35 premiers pensionnaires, dans quelques jours maintenant. Il ne lui manque plus qu’un cuisinier et si vous avez une idée… Un chantier gigantesque se termine à peine qu’un autre commence et cet établissement devra son exorde à la vaillance exceptionnelle de son jeune directeur, sur tous les fronts en permanence : vie de communauté, mise en œuvre et surveillance des travaux, prospection médiatiques et contacts les plus variés pour alimenter la caisse. Nous remercions les bénédictins de France qui lui ont prêté un précieux secours … A la grand’messe assistait le Préfet du Cher en personne, le Maire de Presly aussi. A la visite guidée des locaux, s’est joint, avec beaucoup de gentillesse, le représentant de l’évêque de Bourges, Mgr Maillard. Le diable lui-même, furieux, on le comprend, s’est emmêlé en coupant avant la messe l’éclairage de la chapelle et en provoquant une véritable cataracte au moment des annonces ! C’est bon signe. Je félicite chaleureusement M. l’abbé Spinoza qui vient d’accomplir un véritable tour de force en quelques mois et qui, à mon avis, n’a pas fini de nous surprendre. Je remercie ses nombreux amis, d’hier et d’aujourd’hui qui le soutiennent avec tant de conviction et de générosité.

Deux missionnaires se sont envolés pour préparer nos implantations futures quoique, si Dieu veut, assez prochaines. M. l’abbé Julien pour le Brésil et M. l’abbé Beaugrand pour les U.S.A. Quelques évêques de ces pays apprécient fort le Bon-Pasteur et son charisme propre et se proposent de nous ouvrir leurs portes après nous avoir ouvert leur cœur. Qu’ils en soient remerciés. Prions ardemment pour ces deux jeunes prêtres vaillants de notre Institut qui ouvrent de nouveaux champs d’apostolat. Ils portent un bel espoir du Bon-Pasteur.

Nous n’avons pas encore trouvé le nouveau séminaire indispensable à notre rapide expansion. Tant pis, il faudra se serrer ! Après tout, quand je rentrais à Ecône en 1973, nous étions deux, trois, voire quatre, dans les chambres de la maison Saint Bernard… Notre magnifique Recteur attend douze ou quinze nouvelles vocations qui, en s’ajoutant à la trentaine de séminaristes actuels, pourrait porter nos effectifs à plus de quarante séminaristes… Les futurs « vieux » se souviendront de cette période héroïque avec émotion, dans quelques années.

Quant à moi, j’attends de déménager dans la future Maison Centrale que j’ai pu trouver, grâce à Dieu et à ses amis, sur Paris. Ce devrait être fait pour le nouvel-an. Naturellement, je vous tiendrai informés des dates et des lieux. Je compte sur vos prières pour que la chose soit rondement menée.

Et puis, il y a l’actualité. Les nominations, le futur consistoire, le document sur le Motu proprio, le bilan de ces trois années. Le Bon-Pasteur s’inscrit dans un paysage ecclésiastique en pleine évolution et l’apprécier statiquement n’est pas possible. Ce sera pour une prochaine fois et donc … A très bientôt.

[Abbé Laguérie, ibp] Un dîner avec Mgr Jacques Gaillot

SUIVRE - Abbé Laguérie, ibp - 24 août 2010

Le lundi 5 juillet dernier, j’avais la joie de recevoir à dîner en la Maison Centrale, Mgr Jacques Gaillot, ancien évêque d’Evreux et actuellement évêque (In partibus infidelium) de Partenia. Ce fut une bonne soirée, vraiment, et sur plus d’un point, malgré des divergences de vues qu’on peut naturellement supposer, très instructives. En tous cas, une confrontation riche de nos différences qui, sur plus d’un point, se rejoignent fort curieusement.

Mais pourquoi avoir invité Mgr Gaillot, direz-vous ? Je réponds tout de go : et pourquoi pas ? C’était, il est vrai, quelque peu intéressé. Je venais d’apprendre que le Cardinal Canizares ne viendrait pas à Saint-Eloi pour les ordinations du 10 juillet (j’en connais à présent la raison et je préfère, pour l’heure, la garder pour moi : c’est inouï). J’avais quinze petits jours pour trouver un évêque catholique, fin juin-début-juillet. Véritable mission impossible, quand on sait qu’il faut parfois s’y prendre plus d’un an à l’avance. J’ai demandé à l’évêque auxiliaire de Paris, Mgr de Moulins-Beaufort qui, sauf engagements familiaux pris de longue date, fût venu très volontiers. Qu’il en soit vivement remercié. Finalement la délicieuse charité de Mgr Appignanesi et son affection pour le Bon-Pasteur ont pourvu admirablement. J’ai alors songé que, si j’avais une promesse ferme de Mgr Gaillot en personne, il serait assez facile de convaincre nombre de ses confrères en l’épiscopat...

Bien. Mgr a été un peu surpris mais je crois que, s’il n’avait eu un mariage ce jour-là, il aurait accepté le principe. Intrigué, on s’en doute, il voulait de toute façon en parler avec moi. Je l’invite donc, il accepte et arrive pile à l’heure. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup (déjà). Le respect qui leur est dû m’oblige à ne pas citer ceux de ses confrères, auxquels il ne ressemble pas, qui ne répondent pas aux lettres, refusent de vous recevoir ou vous envoient promener de la plus belle manière…

Il faut dire que nous nous connaissions de longue date, comme frères ennemis. Les combats ont cessé mais la fraternité a demeuré. Je lui rappelais sans ambages que j’organisais des manifs devant la Nonciature, depuis Saint-Nicolas du Chardonnet, pour qu’il fût mis à pied. Et comme nous savions l’un et l’autre que ça n’avait eu aucune influence, nous en avons bien ri, en trinquant de bon cœur. Nous-nous étions aussi empoignés à la télé (De ce temps lointain où la télévision française invitait toujours des gens dont la pensée n’était pas encore formatée et abrutie par ses diktats. Je me souviens de la célèbre émission « Ciel mon Mardi » où j’affrontais seul, sur le préservatif de surcroit, Christophe de Chavannes, Bernard Tapie et …Mgr Jacques Gaillot. Belle époque de liberté révolue où le seul voyou des quatre était évidemment le présentateur. Mais tout cela crée des liens.

Le dénominateur commun qui me rend cet évêque sympathique est sans doute la persécution. Vous me direz à juste titre que c’est le motif de la persécution qui importe et qu’il est même des persécutions qu’on n’a pas volées ! Mais enfin, cette persistance à accepter patiemment un sort d’éternel banni finit par vous rendre héroïque ! Car au « bon » temps de l’inquisition on n’était pas si sévère. On s’occupait du prévenu, on lui demandait rétractation de ses erreurs, avec beaucoup de charité parfois (La mansuétude du Cardinal Cajetan vis-à-vis de Luther, par exemple). On ne se contentait pas de le désigner comme un diablotin, sans lui laisser d’autres chances que de finir ses jours en proscrit… Pour des raisons opposées sans doute, Mgr Lefebvre et Mgr Gaillot ont subi quelque peu le même sort. On se souvient que le recours à la Signature Apostolique du premier fut rejeté d’un trait de plume du Cardinal Villot, Secrétaire d’Etat.

Rassurez-vous, dans son chômage forcé, Mgr s’occupe. Son site « Partenia » fait 9000 lectures par jour. Qui dit mieux ?

Nous avons tout de même abordé des questions de fond. Sur cette éternelle « charité » qui ouvre toutes les portes, excuse toutes les irrégularités et même veut fermer les yeux sur la délinquance, Mgr Gaillot finit par convenir qu’un Etat qui s’y adonne sans mesure court lui-même à sa ruine et se prive finalement des moyens de sa folle miséricorde. Bref, il reconnaît avec Chesterton que « Le monde est rempli de vertus chrétiennes devenues folles » et que la charité sans l’ordre qu’elle perfectionne n’est qu’une utopie dévastatrice. Avec l’âge sans doute (il a 75 ans qu’il porte très bien), le bon sens finit par l’emporter. Il n’y a que les ados de gauche qui pensent qu’on peut éternellement piquer dans la caisse sans qu’elle se vide un jour…

Quand on en vient à l’affaire de Thiberville, il est scandalisé. C’est lui qui a nommé le curé Michel et connaît son zèle. « Je tolérais très bien, dit-il, le Père Mongomery-Wright, et n’aurais jamais songé à l’inquiéter, il faisait du bon travail ». « Quand je songe qu’on en est déjà au contentieux et bientôt aux censures canoniques, ajoute-t-il, c’est effrayant ».

Bref, un libéral sans doute et de grand chemin, mais logique avec son option et en rien sectaire, étriqué, rabougri par le pouvoir à conserver jalousement. Il l’a perdu et s’en porte, ma foi, fort honorablement. L’Eglise aussi ? Ce n’est pas sûr, tant il est vrai que le sectarisme aveugle peut faire autant de mal que le libéralisme clairvoyant.

P.S. J’avais une belle photo à mettre en ligne mais j’en fus incapable. Et mes techniciens sont en vacances… A suivre.

23 août 2010

[Daniel Bozec - Sud-Ouest] La voiture roule pour l'église traditionaliste

SOURCE - Daniel Bozec - Sud-Ouest - 23 août 2010

Une bénédiction était organisée à la sortie d'une messe célébrée hier par un abbé de la Fraternité Pie X. Les bénéfices iront… à la restauration de l'église.

On a beau guetter la ribambelle de têtes blondes à la sortie de la messe, elle ne viendra pas. Hier midi, sur le parvis de Notre-Dame-des-Prés, là-haut dans la campagne de Leyritz-Moncassin, accommoder la parfaite famille traditionaliste à l'idée qu'on s'en fait était une cause perdue.

C'est pourtant bien une messe en latin qu'y célébrait un abbé bordelais de la Fraternité Saint Pie X, rabibochée depuis peu avec le Vatican. Un office d'autant plus particulier qu'il s'agissait pour la première fois de bénir les voitures des fidèles, chacun étant invité à porter son obole à la restauration de l'église.

Et les 120 chaises étant toutes occupées, on s'agenouillait jusque sur le parvis. « Il y a des touristes, des gens qui viennent pour la première fois. On ne les connaissait pas… », salue Rosalie de Mérode, présidente tout sourire de l'association pour la sauvegarde de Notre-Dame-des-Prés.

Au-delà du cercle de fidèles, ceux qui œuvrent en cet endroit depuis bientôt quinze ans, ainsi donc trouvait-on une poignée de familles en villégiature et des couples de tous âges. « On est du Mas-d'Agenais, on a trouvé le tract… On avait la moto, on est croyant, c'était l'occasion », dit Pascal, venu avec son épouse sur la foi d'un prospectus. « On ne savait pas que c'était traditionaliste. Les gens étaient à genoux, des femmes portaient un châle. C'est étonnant. »

« Faisons-la connaître ! »

Abandonnée aux ronces depuis le début du XXe siècle, l'église a trouvé une seconde jeunesse depuis 1996. Une association se forme alors autour de Bernard Lefebvre, premier soutien de Notre-Dame-des-Prés. Elle obtient de la commune propriétaire des murs un bail de 75 ans moyennant un loyer annuel… d'1 franc de l'époque. « Ça fait 15 centimes d'euros. On envoie un chèque tous les cinq ans… ». Au gré des donations, « beaucoup de choses ont été faites par nous-mêmes ! », continue Rosalie de Mérode. Reste notamment à en consolider les contreforts et enduire les murs intérieurs. L'idée est venue à l'association d'organiser une « grande bénédiction des voitures » : « Faisons-la connaître de façon belle et honorable », continue Rosalie de Mérode, elle qui a pensé à tout, veillant à faire passer les traductions françaises des évangiles lus par le prêtre.

Ne voir aucun paradoxe dans l'entreprise de bénédiction du jour, assurent les tenants du culte catholique traditionnel : « Saint-Christophe est le patron des voyageurs… Il nous arrive tous ces accidents de la route… ça n'est absolument pas contradictoire. » « La tradition n'a jamais été secte ou vase clos. Il ne s'agit pas de faire de l'ouverture ou de l'entrisme, il s'agit de vivre en toute simplicité », défend Hubert, bénévole de l'association.

Appelé à bénir les autos, l'abbé Verdet s'est plié de bonne grâce. « Ça s'est toujours fait dans les campagnes… Ça dépend des lieux, des régions, de la persuasion des fidèles qui le demandaient ou pas. » L'Eglise ne s'y est plus attelée, voilà les traditionalistes qui se l'approprient. « Qui le maintient », rectifie l'abbé Verdet.

22 août 2010

[Perepiscopus] Mal accueilli, l'Institut du Christ-Roi se retire du diocèse d'Agen

SOURCE - Perepiscopus - 22 août 2010

Aujourd'hui, dimanche 22 août, le Chanoine Jayr, provincial de France de l'ICRSP est venu annoncer aux fidèles d'Agen de la forme extraordinaire se retirait du diocèse d'Agen, suite à l'accueil déplorable et au climat de suspicion qui s'était installé suite à l'application du Motu Proprio.

En effet, l'évêque d'Agen Mgr Herbreteau a interdit avec fermeté au chanoine Téqui qui dessert la paroisse d'Agen pour célébrer la forme extraordinaire de l'unique rite romain les cours de catéchisme qu'il dispensait avec succès (une trentaine d'enfants), et exige une restriction outrancière de la délivrance des sacrements. Sur le site du diocèse, l'ICRSP n'existe même pas.

L'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre a donc pris la décision de se retirer, pour mieux agir où il est mieux accueilli.

Cette nouvelle va faire tâche dans le rapport que doivent rendre les évêques pour les 3 ans d'application (ou de non-application) du motu proprio. Elle montre que la France a besoin d'évêques décidés à appliquer Summorum Pontificum autrement qu'avec des mesures restrictives (comme une messe dominicale mensuelle et à 8h30 dans le Brionnais - diocèse d'Autun !).

21 août 2010

[Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison] Discussions contournées?

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison - 21 août 2010

Alors que les discussions doctrinales entre Rome et la Fraternité St Pie X se soldent, selon les deux côtés, par un échec doctrinal, de la France et de l'Allemagne nous vient une observation et de Rome un bruit qui allument ensemble un feu rouge pour les Catholiques. Le danger consiste en un compromis politique qui contournerait tout simplement l'échec doctrinal.

Venant de la France et de l'Allemagne, ce sont des laïcs qui m'ont dit il y a quelques semaines que dans les centres de Messe de la FSSPX bon nombre des fidèles n'y attendent et n'espèrent qu'un accord comme fruit des discussions. Si - je répète, si - cela est vrai, c'est très grave. De tels fidèles méritent une bonne note pour leur désir de ne pas être coupés de ce qui leur semble être Rome, mais ils méritent une mauvaise note pour leur manque de compréhension du fait que tant que les discussions restent proprement doctrinales, il est exclu que la doctrine néo-moderniste de Vatican II puisse se réconcilier avec la doctrine catholique de la vraie Eglise. De tels fidèles peuvent vénérer et aimer Mgr Lefebvre comme ils l'entendent, mais ils n'ont rien compris à sa lutte pour l'Eglise. Qu'ils s'éveillent de leur rêve, ou de façon ou d'autre ils vont tomber dans les bras de la Rome néo-moderniste.

Mettre un accord avant la doctrine, c'est préférer la politique à la religion, l'unité  à la vérité, et l'homme à Dieu. Préférer Dieu à  l'homme, c'est mettre la vérité avant l'unité, la religion avant la politique, et la doctrine avant tout accord qui ne soit pas doctrinal. Seuls les rêveurs ne pouvaient prévoir que ces discussions entre Rome et la FSSPX se solderaient par un échec doctrinal. Seuls des politiciens peuvent souhaiter qu'il en sorte un accord non doctrinal.

Hélas, tout laisse croire que Benoît XVI croit sincèrement en la Nouvelle Eglise de Vatican II,  laquelle voit comme sa tâche de réunir dans son sein tous les hommes sans exception, qu'ils croient ou non dans l'unique vraie doctrine de la Foi. Donc il veut sincèrement y incorporer la FSSPX aussi - n'oublions pas non plus qu'il ne lui reste pas beaucoup de temps à vivre !  Dans ce cas l'échec de discussions doctrinales ne doit pas trop l'inquiéter. Dès lors il en sera à chercher un compromis politique avec la FSSPX pour la réintégrer au reste de la Nouvelle Eglise, et pour ce faire il devra exiger de la FSSPX ni trop, car elle rechignerait, ni trop peu, car alors c'est le reste de la Nouvelle Eglise qui se soulèverait.

Selon le bruit qui nous parvient de Rome, il pense précisément à un « Motu Proprio » qui « rétablirait dans l'Eglise » une fois pour toutes la FSSPX, sans lui demander d'accepter explicitement ni Vatican II ni la Nouvelle Messe, mais seulement, par exemple, le « Catéchisme de l'Eglise Catholique » de Jean-Paul II paru en 1992, texte substantiellement moderniste mais en douceur. Ainsi la FSSPX éviterait-elle de paraître à ses fidèles comme ayant accepté le Concile ou la Nouvelle Messe, mais en même temps elle se mettrait doucement, doucement, à accepter la substance du néo-modernisme. De cette façon-là tous ceux qui cherchent l'unité seraient contents. Il n'y aurait de mécontents que ceux qui croient en la doctrine catholique.

FEU  ROUGE !

Kyrie eleison.

20 août 2010

[Paix Liturgique] Un autre regard sur le bilan du Motu Proprio - 4: La Pologne

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 244 - 20 août 2010

Nous continuons notre bilan de la mise en œuvre du Motu Proprio par pays et publions aujourd'hui un dossier sur le cas de la Pologne.

A l’instar de ce qui a été fait pour les lettres consacrées à l'Allemagne, (Lettre 237) à l'Italie (Lettre 240) et les Iles britanniques (Lettre 242), nous rappelons la méthodologie retenue dans ces bilans :
- nous nous appuyons sur des données chiffrées livrées par les sources les plus sérieuses concernant les célébrations de la forme extraordinaire du rite romain mises en place depuis 3 ans ;
- en outre, nous en dressons un bilan qualitatif (messes célébrées en semaine et pas le dimanche ; un dimanche de temps à autre ; tous les dimanches, mais à un horaire non familial ; tous les dimanches et à un horaires familial ; messes enfin célébrées par la FSSPX).

Au total, entre 2007 et 2010, la Pologne a vu le nombre de messes célébrées selon le missel du Bienheureux Jean XXIII, dans le cadre de Summorum Pontificum, se développer lentement mais sûrement : le quart des 40 diocèses polonais offre désormais une messe traditionnelle dominicale hebdomadaire alors que, jusqu'au début des années 2000, la liturgie traditionnelle était réservée à la seule Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, arrivée dans le pays en 1993 seulement. 
I – LE BILAN POLONAIS

Victime du long hiver communiste, le catholicisme en Pologne a connu un beau printemps avec l'accession du Cardinal Wojtyla au trône de Pierre en 1978. Mais du coup, paradoxalement, ce n'est que sous Jean-Paul II que l'Église locale a pleinement commencé à mettre en œuvre les innovations, en particulier liturgiques, issues du Concile Vatican II.
D'où la conviction, largement répandue chez les prélats comme chez les fidèles polonais, que la Pologne est un pays où la réforme liturgique a été correctement menée, à la manière Jean-Paul II – ce qui, au regard des abus enregistrés dans les pays épargnés par le totalitarisme soviétique, n'est pas totalement faux.
Du fait de cette modération dans l’application de la réforme conciliaire, le « retour » engagé par Benoît XVI – marqué en particulier le Motu Proprio Summorum Pontificum – n'a pas encore trouvé au pays de saint Stanislas tout l'écho qu'elle rencontre ailleurs. D’autant que l’attachement des Polonais à la personne de Jean-Paul II les a amenés à être naturellement réticents à tout ce qui pourrait être interprété comme une remise en cause de « leur » Pape.
Cependant, des signes encourageants existent, à commencer par l'augmentation régulière du nombre des lieux où est célébrée la forme extraordinaire du rite romain ainsi que des signes donnés par certains des jeunes évêques du pays, comme Monseigneur Balcerek, évêque auxiliaire de Poznan et membre de la commission liturgique de la conférence épiscopale.

Les sites www.nowyruchliturgiczny.pl et sanctus.pl constituent la source de nos informations.

A – Nombre de lieux où la forme extraordinaire n'est proposée qu'en semaine et pas le dimanche :
5 sur un total de 49 célébrations, soit 10,2%.

B – Nombre de lieux ou le Motu Proprio n'est offert qu'un dimanche de temps à autre et pas tous les dimanches :
28 sur un total de 49 célébrations, soit 57,1%.

C – Nombre de lieux où la messe est dominicale et hebdomadaire mais à un horaire non familial (avant 9h et après 12h)
12 sur un total de 49 célébrations, soit 24,5%.

D – Nombre de lieux où la messe est dominicale, hebdomadaire et à un horaire familial, donc où le Motu Proprio est appliqué avec Amour et Charité :
4 sur un total de 49 célébrations, soit 8,1%.

E - Nombre de lieux où la messe est célébrée par la FSSPX :
12, dont 11 où la messe est dominicale et hebdomadaire, mais 5 seulement où la messe est à un horaire familial. 

II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) Qu'elles soient régulières ou non, 90% des messes traditionnelles célébrées en Pologne sont des messes dominicales. C'est un point très positif qui place la Pologne dans une situation privilégiée par rapport aux cas de l'Allemagne (57%) et de l'Italie (67%) précédemment étudiés. Plus qu'ailleurs, l'application du Motu Proprio en Pologne se fait en accord avec le précepte dominical, ce qui est une marque de réel respect envers les fidèles.
On notera que 99 % des pratiquants n’allant à la messe que le dimanche, les applications du Motu Proprio en semaine – bien que signes de ce que la situation évolue positivement un peu partout à travers le monde – ne touchent qu’une frange marginale des fidèles.
On remarquera par ailleurs que seule la célébration dominicale de la forme extraordinaire du rite romain dans le cadre paroissial est propice à l’enrichissement réciproque des deux formes du rite romain souhaité par le Saint Père.

2) Avec 16 messes dominicales hebdomadaires, soit 1 sur 3, la Pologne fait presque jeu égal avec l'Allemagne voisine (36%) mais moins bien que l'Italie (53%).
28 des 44 messes dominicales polonaises ne sont pas hebdomadaires et c'est là l'un des points faibles de l'application du Motu Proprio Summorum Pontificum dans le pays.
Le passage de ces messes irrégulières ou mensuelles au rythme hebdomadaire serait un grand progrès qui permettrait aux fidèles attachés à la forme extraordinaire de s'impliquer encore davantage dans la vie des paroisses concernées.
Avec un peu de bonne volonté, cela ne devrait pas poser de difficultés.

3) En Pologne plus qu'ailleurs, la messe traditionnelle fait figure de « nouvelle » messe. Son développement est en effet très récent : la FSSPX n’y a commencé son apostolat qu’ en 1993 et l'essor des messes traditionnelles célébrées dans le cadre diocésain est postérieur à 2007, date du Motu Proprio de Benoît XVI.
Deux instituts Ecclesia Dei (Fraternité Saint Pierre et Institut du Bon Pasteur), qui ont chacun un prêtre dans le pays, n'y ont pas encore de reconnaissance officielle.
Le développement naturel de la liturgie extraordinaire passe donc par les prêtres diocésains qui ont le désir de la célébrer même si pour la plupart ils ne la connaissent pas et ont donc besoin de s'y former.

4) 5 messes dominicales hebdomadaires proposées à un horaire familial par la FSSPX contre 4 messes dominicales hebdomadaires diocésaines à un horaire familial : en à peine 3 ans d’application du Motu Proprio, les messes diocésaines ont donc comblé leur retard sur celles de la FSSPX. Ce résultat peu banal correspond à ce que le Saint Père disait : le désir de retrouver la messe traditionnelle dépasse les aires qualifiées de traditionalistes.

17 août 2010

[La Croix - Anne-Bénédicte Hoffner] France 3 diffuse un documentaire sur les traditionalistes

SOURCE - La Croix - Anne-Bénédicte Hoffner- 17 août 2010
Après le reportage diffusé par France 2 le 27 avril dans le cadre du magazine « Les infiltrés », c’est au tour de France 3 de leur consacrer un documentaire – certes bien tard dans la nuit, dans un genre toutefois très différent

A LA DROITE DU VATICAN, LES TRADITIONALISTES de Grégory Laville
France 3, dans la nuit du mercredi 18 août à 1 h 40


Décidément, les traditionalistes intriguent la télévision. Après le reportage diffusé par France 2 le 27 avril dans le cadre du magazine « Les infiltrés », c’est au tour de France 3 de leur consacrer un documentaire – certes bien tard dans la nuit, dans un genre toutefois très différent.

Alors que « Les infiltrés » avaient choisi la caméra cachée pour franchir les murs de la paroisse Saint-Éloi, à Bordeaux, confiée à l’Institut du Bon-Pasteur, Grégory Laville a pris le parti, lui, d’avancer à visage découvert et de laisser parler ses interlocuteurs : des prêtres parfois (l’abbé Philippe Laguérie, supérieur de l’Institut du Bon-Pasteur, ne cache pas sa joie devant « la progression considérable » que fait « chaque année » Benoît XVI « en direction de la Tradition »), mais aussi de nombreux fidèles, jeunes ou moins jeunes.

Erreurs factuelles

Ces entretiens permettent d’approcher au plus près le fonctionnement de la mouvance traditionaliste, notamment de sa liturgie. Les images d’archives, comme celles de la consécration à Écône (Suisse) de quatre évêques intégristes par Mgr Marcel Lefebvre, cause de son excommunication, sont elles aussi éclairantes.

On peut toutefois regretter le choix du réalisateur de se mettre en scène, non sans quelques facilités : ainsi est-il filmé en train de frapper sans succès à la porte d’une modeste chapelle de campagne, ce qui suggère au commentaire que « les églises se vident » depuis le concile Vatican II.

Surtout, même succinct, le commentaire n’est pas exempt d’erreurs factuelles, par exemple lorsque la célébration de confirmations à Saint-Éloi par le cardinal Ricard est vue comme « une preuve supplémentaire que l’Église a changé de cap ». Ou encore lorsqu’il est dit que, « contrairement » au cardinal Ricard, Mgr Jean-Luc Bouilleret, évêque d’Amiens, « refuse » une église aux lefebvristes de son diocèse et, ce faisant, « désobéit au Vatican ».

Anne-Bénédicte Hoffner

15 août 2010

[Père Maurice Avril] « Requiem pour un Concile »

SOURCE - Père Maurice Avril - Sermon du 15 août 2010

Beata es, ô Maria ! "Bienheureuse êtes-vous, ô Marie, parce que vous avez cru en l’accomplissement de tout ce qui vous avait été dit de la part du Seigneur" Luc l, 45.

Bienheureuse êtes-vous, ô Marie ! Le Père d’amour et de miséricorde, par l’entremise de Gabriel, vous révèle l’intégralité de son mystère d’amour et l’intégralité de la part qu’il vous propose pour l’accomplir.

Ô, Bienheureuse Vierge Marie, vous avez cru, et c’est intégralement que vous avez cru. Et le mystère d’amour s’est accompli.

A nous, à chacun de nous, de croire, et de croire intégralement : "celui qui croit possède la vie éternelle."

Grâce à Vous, Il s’est fait chair ! Grâce à Vous, il a habité parmi nous. Grâce à Vous, il s’est fait propitiation pour nos péchés. Et nous voilà fils de Dieu dans le Bien-Aimé !

Bienheureuse Marie qui avez cru, Vous êtes la Reine et la Mère de la foi, le témoin et le modèle de la foi, la gardienne et la garante de la foi !

Et nous, combien bienheureux sommes-nous quand la Sainte Église notre mère nous donne la foi.

Bienheureux sommes-nous quand nous gardons intégralement cette foi, quand nous vivons intégralement notre foi, quand nous défendons jusqu’au bout l’intégrité de notre foi.

L’Histoire, la seule Histoire, c’est l’Histoire de Dieu, l’Histoire, l’histoire du monde comme notre propre histoire, c’est l’histoire de Dieu dans son mystère d’amour. L’histoire, la seule histoire, mais c’est celle du Mystère d’amour de notre Dieu. Ce mystère d’amour dépasse les éternités d’éternités, ce mystère d’amour doit nous faire franchir nos éternités; "Lui qui est notre joie, il sera notre récompense !"

C’est bien pourquoi, "tout ce qui a été fait, tout ce qui a été écrit, l’ont été pour que vous croyez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom" Jo XX, 31.

Mais, par contre, malheur à celui qui n’a pas cru, à celui qui est devenu ce qu’il est parce qu’il n’a pas cru.

Malheur à Lucifer, c’est dans son intégralité qu’il a refusé le plan d’amour de Dieu, qu’il a refusé de reconnaître et d’adorer le Fils de Dieu fait homme, Dieu de Dieu, Lumière de Lumière, Seigneur des Seigneurs et Roi des Rois, venu pour nous sauver et pour nous affilier en Lui à son Père.

A ce mystère d’amour, il a substitué son mystère d’iniquité; à l’amour, il a substitué la haine et il a brandi son communiqué de guerre: "non serviam", je ne servirai pas, c’est moi qui me ferai servir; je n’adorerai pas, c’est moi qui me ferai adorer, je mènerai la révolte contre le plan du Christ et je damnerai les âmes.

Bien comprendre que ce mystère d’iniquité est intégral et irrévocable, que nous sommes tous concernés, nous constituons les points de mire privilégiés de Satan. C’est le combat sans quartier de notre vie, il se poursuivra sans répit jusqu’à la fin des temps, il ne changera pas, il ne pourra changer.

Certes, Satan n’a de pouvoirs que ceux concédés par Dieu selon les desseins de sa miséricorde.

Certes, d’autre part, le plan diabolique est constamment contrarié par les poussées de la grâce, la vigilance de l’Église, les siècles de chrétienté, l’héroïsme des saints et chacun de nos efforts.

Mais ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que le plan d’iniquité est progressif, sa réalisation génialement échelonnée à travers les siècles en des étapes dosées selon les circonstances.

Car il lui faut du temps pour façonner les esprits, pour les conditionner, pour les réduire, pour adapter les mentalités aux changements successifs, les banaliser, les normaliser, les accorder à la conscience collective.

Seule doit régner la pensée unique qui, elle, vagabonde sur l’écran aux rythmes de la souris diabolique. Les contraires s’y bousculent, mais la flèche ne change pas, et dans ces pas de danse illogiques, les esprits étourdis sont réduits à l’esclavage. Nous n’aurons plus qu’à brouter la pensée unique et à la ruminer ; toute déshumanisation n’est que la fille unique de la déchristianisation. Nous voilà dès lors les bêtes que le lion rugissant peut délibérément dévorer.

Si ce n’était qu’une éventualité ? Mais quel autre sort peut envier notre seule nature humaine, si fragile et si inconstante ! Si, pour gravir le mystère d’amour, il faut monter, par contre, pour échouer dans le mystère d’iniquité, il suffit de glisser. Et l’homme est un être qui glisse, qui ne cesse de glisser, qui ne voit plus qu’il glisse, qu’il a fini par glisser jusqu’en bas. Et pourtant, il s’obstine à ne pas voir, à ne pas croire qu’il a glissé.

Il se déclare fidèle, et plus fidèle que jamais, c’est commun, c’est une pitié. C’est très commun : si, d’un côté, les durs s’endurcissent toujours, les mous, eux, s’amollissent à jamais. Et la cause perd ses meilleurs défenseurs, et la cause elle-même est perdue à jamais. Les forces occultes ricanent, l’occupation intégrale se poursuit Rappelons maintenant les étapes-clés :

- La tentation de nos premiers parents : "vous serez comme des dieux", en réalité dieux vous-mêmes, sans plus besoin d’autre Dieu.

- La Passion de N.S.J.C. : au fond, sa victoire éclatante : "tout est accompli." Mais pour les suppôts de Satan, "nous ne voulons pas qu’il règne sur nous !"

- La Révolution française, apologie du "non serviam", insurrection sacrilège légalisée, contre Dieu et contre son OEuvre, la révolte érigée en principe et comme fondement de l’anti-société, négation systématique de toute autorité, celle aussi de l’Église en conséquence ; et pour l’Église elle-même : "écrasons l’infâme."

Et nous aboutissons à la dernière étape, c’est l’assaut fatal, la victoire apparente du mystère d’iniquité. Ce qui la caractérise c’est que, d’une part jusque là, les ennemis attaquaient de l’extérieur, alors que désormais les attaques sont lancées de l’intérieur d’une néo-Église occupée, infiltrée. D’autre part, si jusque-là l’Église était un bastion à défendre, désormais, c’est un bastion à reconquérir, à délivrer.

Je vais certainement paraître excessif ! Je l’espère, comme Celui qui est tout, la Voie, la Vérité et la Vie, et cela reste toujours "scandale pour les Juifs et folie pour les gentils." Alors, cramponnez-vous à Celui qui est la Vérité, et comprenez bien : je n’interviens qu’en conscience, par fidélité à la foi et par amour du Seigneur Jésus-Christ et de son Église, une, sainte, catholique, apostolique et romaine. Jésus, seul, "tout le reste vient du Malin." Et ce Concile vient du Malin : Mgr Lefebvre affirmait : "Ils ont tourné le dos à la véritable Église. Ce concile, cet évènement ruineux pour l’Église catholique et toute civilisation chrétienne, n’a pas été dirigé et conduit par l’Esprit-Saint."

Comment a-t-il donc été conduit et dirigé ? Programmé par les forces occultes infiltrées, convoqué pour imposer leur programme, confisqué dès la Ière session par les Modernistes, il ne voulait ni ne pouvait être selon l’intention de l’Église : garder et transmettre le Dépôt de la foi. Il devenait un mort-né et ne constituait plus qu’une Assemblée informelle, aux apparences trompeuses d’un Concile. Cette Assemblée fantôme a substitué à la Sainte Église une néo-Église conciliaire anticatholique. Ce Concile est mortel, mort, mortifère, morticole. Ces assassins n’avaient d’autre but que d’intégrer l’Église à leur synarchie et de dénaturer la foi en spiritualisme ésotérique. L’Église conciliaire est anticatholique, universelle, noachide, cosmique, adogmatique, humaniste, libérale et laïque.

Replaçons ce Concile dans le contexte. Déplorons-le dans cette élégie tragique.

Le Concile, c’est l’apothéose du "non serviam" de Lucifer : insurrection sacrilège contre Dieu, son OEuvre, son mystère d’amour. C’est la négation sacrilège du règne social du Christ-Roi.

Le Concile, c’est l’apothéose du serpent sifflant à nos premiers parents : "vous serez comme des dieux."

C’était l’instauration de l’humanisme intégral.

Le Concile, c’est l’apothéose du reniement intégral du Dieu crucifié au Golgotha : "nous ne voulons pas qu’il règne sur nous."

Le Concile, c’est l’apothéose de la Révolution française : le culte sacrilège de l’homme devenu Dieu et Maître, et la Déclaration sacrilège des droits de l’homme.

Le Concile, c’est l’apothéose de la Révolution "en tiare et en chape", l’apothéose de la victoire apparente du mystère d’iniquité sur le mystère d’amour. Ce Concile est vraiment l’apothéose de l’apostasie totale.

La question se pose alors : le Concile sévit depuis déjà plus d’un demi-siècle, pourquoi soudain à nouveau, cette levée de boucliers ?

Réponse : le lessivage des esprits, qui a suivi chacune des offensives de déchristianisation s’est intensifié et appuie la victoire apparente du mystère d’iniquité. Parallèlement et en conséquence, se sont intensifiées, la déperdition de la foi, l’aveuglement des esprits sur le vrai combat et sur les vrais ennemis. Le courage s’est affaibli, la lassitude, l’abandon, le découragement peut-être ont suivi, et surtout, nous sommes devenus des habitués sans plus de réaction. Les opposants qui persévèrent, semblent lutter contre des moulins à vent. En toute réalité, la Tradition souffre d’une hypotension qui ne peut que lui être fatale.

Il est plus que temps, il faut se réveiller, se redresser, retrouver l’enjeu du combat et remonter hardiment aux premières lignes.

Jésus, seul Jésus, la Vérité intégrale. Sa Sainte Église, seule, pour recevoir et transmettre le Dépôt intégral. Hors du Christ, hors de l’Église, c’est l’erreur intégrale. Contre le Christ intégral, contre l’Église intégrale, c’est l’erreur intégrale. Le Concile, hors du Christ intégral, contre l’Église intégrale, c’est l’erreur intégrale. C’est le serpent qui siffle, c’est la perte intégrale des âmes.

Tout un chacun est menacé, et même tenté, et parfois tellement tenté. Nous voilà donc bien en état de légitime défense, voilà notre Christ à nouveau devant Pilate, voilà notre Église en état d’asphyxie, elle qui ne vit que par ses deux poumons : la Parole de Dieu et la Tradition.

Nous avons le droit strict de lutter contre l’erreur intégrale. Nous avons le devoir impérieux de défendre notre foi. Nous voulons garder notre foi dans toute son intégrité, nous voulons défendre la foi catholique, au prix même de notre vie. D’autre part, telle a bien été la volonté de Dieu quand Il nous a installés dans ce monde, quand son Église nous a prodigué la foi, quand ces grâces sont intervenues en de telles circonstances et en ces temps d’apostasie endémique.

Choisis, Dieu nous a choisis pour une mission exaltante. Nous sommes armés de toute la grâce nécessaire.

Dieu veut avoir besoin de nous pour sa gloire, pour la libération et l’exaltation de sa Sainte Église, pour la restauration intégrale de son règne social. A lui, Roi du ciel et de la terre, gloire et louange à jamais.

Dès le "non serviam", Dieu choisissait St Michel. Dès le désastre d’Adam et Ève, Dieu choisissait la pleine de grâce, "terrible comme une armée rangée en bataille."

Dès l’offensive conciliaire, Dieu choisissait cette légion de combattants de la foi, cottes de mailles bien arrimées. Rendons hommage à ces héros de la première heure, fleurons de la Tradition, des abbés Coache à Mgr Lefebvre.

Mais au fil des ans, nous avons flanché, et nous ne cessons plus de flancher : la durée sans fin de l’épreuve et l’épuisement, le climat de tranchées et cette déperdition de la foi, les pièges continuels et nos divisions éternelles, les doutes et les découragements, un certain mal de ralliement et le besoin des bras maternels de notre Église ! ...

Attention ! Le combat ne peut être qu’intégral et de jour et de nuit. Qui se veut conciliant termine conciliaire. Qui croit pouvoir s’intégrer se désintègre aussitôt. Qui louche sur l’erreur perd ses deux yeux.

Qui accorde des droits à l’erreur s’engouffre lui-même dans l’erreur intégrale, il en vient même à employer, comme le système, l’oecuménisme conciliaire.

Attention ! Ce Concile, le dénoncer, le refuser, lui, son esprit et ses applications, et surtout ne pas essayer de le rafistoler, de le triturer, de le charcuter ; n’en plus tenir compte et l’oublier.

J’insiste, je reprends, je répète. Non, ce ne sont pas des répétitions, c’est un refrain, ce sont des vagues obstinées : la Tradition est en grave hypotension, et vous, vous en avez assez d’être à part, vous rêvez d’être "comme tout le monde", vous prenez le pas, le mauvais, sur les conciliaires, vous les dépassez d’autant.

Mes chers frères traditionalistes, vous vous sentez démodés, dépassés, ridicules, vous avez honte, et vous cherchez à vous dédouaner, vous êtes devenus terriblement dangereux tout en n’étant plus rien. Mes amis, en clair, vous trahissez et vous poignardez dans le dos la Tradition en chantant des Alléluia !

Persévérer dans le combat, ce doit être jusqu’à la victoire. Persévérer et triompher, c’est vivre intégralement le Mystère d’amour, c’est accomplir intégralement la Volonté de Dieu en devenant des saints en toute intégralité. Fils de Dieu, vous devez rester intégralement les témoins du Christ, les soldats du Christ. C’est la guerre, vous êtes mobilisés pour exorciser la néo-Église conciliaire et libérer la Sainte Église du Christ, et pour restaurer intégralement le règne du Christ sur ses domaines.

Heureux, bienheureux élus de la Tradition, gardez vôtre la foi intégrale, combattez jusqu’au bout de votre foi. Votre combat prendra la mesure de votre foi intégrale. Elle, la Bienheureuse, elle a cru, mais avec la foi la plus intégrale. Elle, la Reine et Mère de la foi, le témoin et le modèle de la foi, la gardienne et la garante de la foi, nous appelle à serrer les rangs derrière elle, pour le combat intégral de la foi. u calvaire, Elle demeurait debout, mais déjà son talon se fortifiait et le Malin commençait à trembler.

Pour le combat, c’est au pied du Calvaire que nous la rejoignons et que nous redressons nos talons.

A la Salette, la Sainte Mère sanglotait, et nous la rejoignons pour pleurer avec elle, sur nous-mêmes et sur tous ceux qui sont la cause de ces sanglots, pour combattre avec elle.

A Fatima, la Toute-Puissante nous a promis la victoire, sa victoire : "à la fin, mon Coeur Immaculé triomphera !" Et déjà, grâce à votre combat, d’un horizon inondé d’espérance, pointe sur le carmel le tout petit nuage. Et il s’avance, et il grossit.

Alors, ô Mère bien-aimée, la fin, cette fin que vous annoncez, est-ce pour bientôt ?

Ainsi-soit-il !

[AFP] Des centaines de fidèles à la procession de Saint-Nicolas-du-Chardonnet

SOURCE - AFP - 15 août 2010

Plusieurs centaines de fidèles ont participé dimanche à Paris à la procession mariale organisée par l'église traditionaliste de Saint-Nicolas du Chardonnet (Paris Ve), a constaté un journaliste de l'AFP.

Le cortège a quitté l'église vers 16H30, avec à sa tête l'abbé Xavier Beauvais entouré de quelques prêtres et des soeurs en tenues d'apparat et s'est dirigé, sous une pluie battante, vers la place Saint-Michel.

Tout au long du parcours, les chants religieux et les prières rythmaient cette procession dominée par les plus de 40 ans. Sur place, l'abbé Beauvais et les prélats qui l'accompagnaient se sont agenouillés, priant pendant une trentaine de minutes devant une statue de la Vierge Marie ornée de roses blanches.

"Nous sentons bien qu'à notre époque d'une démocratie décadente et d'une Eglise qui a perdu la fierté de ses maîtres, il faut la toute puissance de cette femme (...) pour remettre de l'ordre dans la vieille maison de la France", a déclaré l'abbé Beauvais devant les fidèles.

Parmi eux, Emmanuel, qui n'a pas décliné son patronyme, a estimé que cette procession était "une démonstration de foi". Pour ce fidèle qui dit "s'inscrire dans l'oecuménisme", il importe de "renouveler notre foi chaque jour et de retrouver ce que notre pays a perdu depuis si longtemps".

De son côté, Galtier, la soixantaine, "très attaché aux valeurs profondes" de l'église, a voulu se démarquer de la procession organisée par le Diocèse de Paris. "Je trouve qu'elle ne correspond pas à mon état d'esprit. Ca me choque", a-t-il asséné, jugeant au contraire celle de l'église Saint-Nicolas "merveilleuse".

[France 3] Nouveau prieuré FSSPX à Nancy

SOURCE - France 3 - 15 août 2010

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13 août 2010

[Paix Liturgique] La forme extraordinaire de 7 à 77 ans

SOURCE - Paix Liturgique, lettre 243 - 13 août 2010

Dans le cadre de nos lettres consacrées au bilan qualitatif du Motu Proprio Summorum Pontificum, nous publions aujourd'hui les réflexions de Don Luigi Iandolo, jeune curé italien de la paroisse Santa Maria Assunta in Cielo d’Avellino (diocèse d’Avellino) sur la crise de l'Église et les bienfaits que celle-ci pourrait retirer de l'application généreuse du Motu Proprio. Né en 1979, Don Luigi a été ordonné en 2006. 

I – LE DOCUMENT

Trois années se sont écoulées depuis la promulgation du motu proprio “Summorum Pontificum”, en juillet 2007, acte suprême par lequel le pape Benoît XVI a accordé la célébration de la Sainte Messe selon le Missel de Jean XXIII édité en 1962 – et jamais abrogé – comme forme “extraordinaire” de la liturgie de l'Église.

Il s'agit de la messe dite “tridentine” ou plutôt “damaso-grégorienne” en ce qu'elle remonte précisément aux papes Damase et Grégoire. Cela signifie que là où il existe ou se constitue un groupe de fidèles qui demande de bénéficier de l'ancienne tradition liturgique, le curé doit accorder la célébration de la Sainte Messe également selon le Missel romain promulgué par le Bienheureux “Papa Buono” (surnom affectueux donné par les Italiens à Jean XXIII).

Il est indéniable que, trois ans après la publication de ce controversé Motu Proprio, l'Église traverse aujourd'hui l'une des crises les plus profondes et graves de son histoire bimillénaire : sa foi, sa discipline et sa pratique religieuse sont touchées. Tout n'est pas à attribuer à l'époque et au monde modernes : chercher des responsabilités extérieures sans regarder à l'intérieur de l'Église serait plutôt déresponsabilisant. Du reste, comme l'a souligné le Saint-Père lors de son récent voyage à Fatima, les pires maux dont souffre l'Église se développent en son sein, comme si le Diable voulait la faire imploser. Quel meilleur point de départ, pour analyser cette “implosion”, que la liturgie, action à travers laquelle l'Église nous rend présent Jésus ?

On comprend bien, alors, que la crise de l'Église est intimement liée à la crise de la liturgie, comme l'a écrit en son temps le cardinal Ratzinger : “Je suis convaincu que la crise de l’Église que nous vivons aujourd’hui repose largement sur la désintégration de la liturgie, qui est parfois même conçue de telle manière – etsi Deus non daretur [comme si Dieu n’existait pas]– que son propos n’est plus du tout de signifier que Dieu existe, qu’Il s’adresse à nous et nous écoute. Mais si la liturgie ne laisse plus apparaître une communauté de foi, l'unité universelle de l'Église et de son histoire, le mystère du Christ vivant, où l'Église manifeste-t-elle donc encore sa nature spirituelle?”(*)

Le motu proprio du Saint Père offre donc la possibilité de bénéficier des trésors de la liturgie antique et de retrouver ainsi le sens, souvent perdu, du Sacré et du Mystère en redonnant à la liturgie la dignité qui lui est propre. “Il n’y a aucune contradiction entre l’une et l’autre édition du Missale Romanum. L’histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture. Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste. Il est bon pour nous tous, de conserver les richesses qui ont grandi dans la foi et dans la prière de l’Eglise, et de leur donner leur juste place“ lisons-nous dans la lettre aux évêques de Benoît XVI accompagnant le document de 2007. Il est clair, donc, que le souhait du pape est que ce trésor soit redécouvert, pour le bien des âmes avant tout, qui pourront en retirer grâce sur grâce.

Il n'est pas question, de façon simpliste, d'une simple “messe en latin” où le célébrant “tourne le dos aux fidèles” mais plutôt d'un rite très ancien où tous sont tournés vers le Seigneur et goûtent et expérimentent une Présence silencieuse qui parle la langue du mystère même !

Ce rite nous enseigne que l'Église n'est pas un cercle idéal où l'on se regarde les uns les autres, repliés sur nous-mêmes, mais bien un peuple qui, ensemble, compact, regarde vers le Soleil qui ne se couche jamais, vers l'Orient, seule source du salut. La belle chose étant que, si l'on n'a pas de missel il se peut que l'on sorte de la messe traditionnelle sans avoir rien compris mais en ayant découvert d'avoir... tout compris ! En usant d'une langue qui n'est pas d'usage quotidien – une langue sacrée – ; en expérimentant une centralité qui n'est ni celle du prêtre ni celle de l'assemblée participante mais celle de Celui qui est Grand et à qui revient toute adoration, on découvre que la liturgie n'est pas une question de compréhension intellectuelle et linguistique mais bien plutôt d'adoration. Si la liturgie ne permet pas la rencontre avec Dieu, elle perd alors sa sacralité et échoue, ne sert plus à rien, devient une évasion inutile, une cabale, un simple théâtre ou, et toujours selon les mots du cardinal Ratzinger (Chemin de Croix 2005) : “une danse vide autour du veau d'or que nous représentons, une célébration de soi-même sans même tenir compte de Lui”.

La difficulté d'apprécier de nouveau ce trésor se comprend facilement car ce n'est ni plus ni moins que celle que l'homme d'aujourd'hui rencontre face au mystère de la Rédemption. L'homme de notre temps aime être protagoniste et est absolument convaincu de son autosuffisance. Il peut tout et n'a besoin de personne pour se sauver. Il se sauve tout seul, par ses propres forces. Ainsi tolère-t-il mal un rite dans lequel il lui est demandé de mettre de côté sa superbe et de se faire simple adorateur, à genoux, du mystère qui lui est offert. Pourtant, ce que l'on observe depuis le Motu Proprio de Benoît XVI semble aller à l'encontre de ceci : qui s'approche, sans préjugés et le cœur ouvert, de la messe traditionnelle finit par s'en éprendre. La raison est simple : le Dieu qui parle dans le silence ne s'adresse pas à l'esprit de l'homme, toujours réticent à s'ouvrir au mystère, mais frappe à son cœur, réveillant en lui la nostalgie du sacré. Et c'est proprement pour cette capacité à toucher directement le cœur que la messe tridentine attire, attire toujours plus...

Sans donner trop de poids aux chiffres, il est intéressant de lire les résultats des récents sondages sur ce sujet. En Allemagne, par exemple, seulement 7% des pratiquants refuseraient d'assister à la messe traditionnelle si elle était célébrée dans leur paroisse. Les 93% restants seraient prêts à y participer au moins de temps en temps (25% chaque semaine). Au Portugal en revanche, c'est un catholique sur trois (qu'il soit pratiquant ou non) qui voudrait la messe ancienne tous les dimanches. Proportion qui dépasse les 50% chez les personnes allant à la messe au moins une fois par mois. Et la donnée relative à l'Italie est encore plus réconfortante puisque jusqu'aux deux tiers des fidèles y désireraient la messe dans leur paroisse.

Les chiffres semblent donc vraiment encourageants et le phénomène ne doit pas être sous-évalué, surtout au moment auquel l'Église a besoin de se purifier et de tourner à l'essentiel : la prière et la pénitence, ainsi que l'a demandé le Saint Père, faisant sien le message de la Vierge à La Salette, à Fatima et lors de tant d'autres apparitions au XXème siècle. La redécouverte de la messe traditionnelle et son approfondissement peuvent vraiment nous aider à “remettre en ordre” notre relation au sacré, en nous aidant à reconnaître la primauté de Dieu et de Ses commandements, confiants dans le triomphe du Cœur Immaculé de Marie – comme annoncé à Fatima – et dans l'accomplissement du songe de Saint Jean Bosco, celui où il vit deux colonnes sauver l'Église : l'Eucharistie et l'Immaculée !

(*) Cardinal Joseph Ratzinger, Ma vie. Souvenirs (1927-1977), Fayard 1998 

II – LES COMMENTAIRES DE PAIX LITURGIQUE

1) “La crise de l'Église est intimement liée à la crise de la liturgie” : cette affirmation, qui aurait été qualifiée de “lefebvriste” il y a encore peu de temps est aujourd'hui tranquillement énoncée, en s'appuyant sur les écrits mêmes du cardinal Ratzinger, devenu Benoît XVI, par des ecclésiastiques – du clergé tout ce qu’il y a de plus officiel – de plus en plus nombreux. Un clergé de 7 à 77 ans, serions-nous tentés d'écrire, vu le jeune âge de Don Luigi Iandolo, tout juste trentenaire... On remarquera d’ailleurs que Joseph Ratzinger reliait ses réflexions sur l’évolution de la liturgie à la fin des années soixante avec l’un des thèmes les plus “antimodernes” de sa pensée : la formule Etsi Deus non daretur (comme si Dieu n'existait pas) peut être considérée selon lui comme le slogan de l’arrogance moderne de la raison. Autrement dit, lorsque Joseph Ratzinger soulignait que la liturgie – dont le mouvement intrinsèque est d’être une totale soumission à Dieu – est devenue une “fabrication”, il voulait dire qu’elle entrait par cela même dans le mouvement moderne d’autosuffisance de la raison qui oublie ce qu’elle est, pure image de Dieu. Il n’est donc pas exagéré de dire que pour le Pape, il y a quelque chose d’”athée” dans la nouvelle liturgie. La citation faite par Don Luigi est ainsi choisie avec une très juste connaissance de la pensée du Saint-Père.

2) La jeunesse de l’auteur de ces lignes doit interroger toute personne de bonne volonté. En effet, une génération de prêtres n’ayant connu jusqu’à un passé récent que la forme ordinaire du rite romain se met à découvrir et par suite à aimer une forme liturgique plus ancienne qu’ils ne connaissaient pas jusqu’alors. Voilà de quoi ébranler les vieilles formules toutes faites des ennemis de la paix telles “vous êtes nostalgiques de la messe de votre enfance”, “vous voulez revenir en arrière…”, ou bien encore “cette forme liturgique n’intéresse que les personnes âgées…”. Il est temps de voir les choses en face, les principaux détracteurs du motu proprio de Benoît XVI appartiennent à une génération vieillissante de plus en plus en décalage avec l’Église du rang. D'ailleurs, les petits servants de messe de Saint Pierre de Rome expriment parfaitement bien cette évolution quand, en parlant de la messe de St-Pie-V, que l’on célèbre de plus en plus souvent dans la Basilique, ils disent "je vais servir la nouvelle Messe". Il faut dire que la messe réformée fait aujourd’hui penser esthétiquement – si l’on peut dire – à l'une de ces cités nouvelles des années 70, quarante ans après.

3) L'article de Don Luigi, par son souci pédagogique et catéchétique – justification de l'usage du latin et de l'orientation commune du célébrant et des fidèles “vers le Seigneur”, explication des attitudes de silence et d'adoration par le mystère de la Présence réelle, etc. – rejoint celui de Mons. Pope, curé de l'archidiocèse de Washington, que nous avons publié dans notre lettre 234. De Washington à Avellino, où Don Iandolo exerce son ministère, c'est l'universalité, donc la catholicité, de la forme extraordinaire du rite romain qui est ainsi soulignée.

4) Enfin, en faisant référence aux sondages internationaux commandités par Paix Liturgique, Don Luigi nous conforte dans notre politique d’information. Sans accorder aux chiffres plus de poids qu'ils n'en méritent, Don Iandolo tente néanmoins de mesurer ce que signifient les principales tendances – concordant dans le temps et dans l’espace – dégagées par ces études scientifiques réalisées par des professionnels indépendants. Que les donateurs qui nous ont permis de financer ces sondages soient encore une fois vivement remerciés.

6 août 2010

[Paix Liturgique] Un autre regard sur le bilan du Motu Proprio: 3 – La Grande Bretagne, une application hypocrite

SOURCE - Paix Liturgique, lettre 242 - 6 août 2010

Voici le troisième volet de notre enquête sur la mise en application de la forme extraordinaire du rite romain introduite par le Motu Proprio Summorum Pontificum. Après l'Allemagne et l'Italie, nous nous penchons cette semaine sur la Grande-Bretagne (Angleterre, Écosse et Pays de Galles).

Nous sommes partis des célébrations de la forme extraordinaire du rite romain mises en place depuis 3 ans et en avons dressé un bilan qualitatif. Cette approche nous a semblé intéressante dans la mesure où elle est issue de données incontestables et vérifiables par chacun. Vous pouvez relire les explications de notre méthodologie en annexe de cette lettre ou en vous reportant directement à notre lettre 237 du 2 juillet dernier.

En associant dans une même lettre la situation de la conférence épiscopale d'Angleterre et du Pays de Galles et celle de la conférence épiscopale d'Écosse, nous voulons donner un instantané précis de la réception du texte pontifical dans la zone couverte par le sondage que l'institut Harris Interactive a réalisé pour notre compte fin juin 2010 et dont nous présenterons les résultats à la veille du voyage que le Saint-Père doit accomplir dans l'île britannique mi-septembre.

I – LE BILAN BRITANNIQUE

La source de nos informations est la Latin Mass Society, à travers son site internet et le supplément papier de mai 2010 de son trimestriel "Mass of Ages".

A – Nombre de lieux où la forme extraordinaire n'est proposée qu'en semaine et pas le dimanche :
43 sur un total de 112 célébrations, soit 38,4%.

B – Nombre de lieux où le Motu Proprio n'est offert qu'un dimanche de temps à autre et pas tous les dimanches :
33 sur un total de 112 célébrations, soit 29,5%.

C – Nombre de lieux où la messe est dominicale et hebdomadaire mais à un horaire non familial (avant 9h et après midi) :
17 sur un total de 112 célébrations, soit 15,2%.

D – Nombre de lieux où la messe est dominicale, hebdomadaire et à un horaire familial, donc où le Motu Proprio est appliqué avec justice et charité :
19 sur un total de 112 célébrations, soit 17%.

E - Nombre de lieux où la messe est célébrée par la FSSPX :
25 mais 10 seulement où la messe est dominicale, hebdomadaire et à un horaire familial.

II – LES REFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) Avec 112 messes recensées au total, la Grande-Bretagne fait quasiment jeu égal avec l'Allemagne (133) et surtout l'Italie (120). Un bilan flatteur pour un pays où les catholiques ne sont qu'une minorité (un peu plus de 10% de la population). De sorte que si l'on devait faire un ratio “nombre de catholiques/messe extraordinaire”, l'île britannique écraserait la péninsule transalpine.

2) Toutefois seulement le tiers de ces messes (36 sur 112) sont célébrées tous les dimanches, ce qui atténue sensiblement la qualité du bilan britannique. En effet, 99 % des pratiquants n’allant à la messe que le dimanche, les applications du Motu Proprio en semaine – bien que signes de ce que la situation évolue positivement un peu partout à travers le monde – ne touchent qu’une frange marginale des fidèles.
En Allemagne, on décompte 49 célébrations dominicales hebdomadaires tandis qu'elles sont au nombre de 64 en Italie. On comprend mieux, au travers de cet exemple d'Outre-Manche, pourquoi le simple bilan quantitatif de l'application du Motu Proprio Summorum Pontificum ne saurait être satisfaisant. Parce que les besoins spirituels des fidèles attachés à la forme traditionnelle du rite romain peuvent être satisfaits plus ou moins généreusement, il est important de qualifier ce bilan en déterminant la fréquence, le jour et l'horaire des célébrations.

3) En Grande-Bretagne, le bilan qualitatif fait donc apparaître que 93 messes sur 112 ne sont pas encore des messes dominicales hebdomadaires à un horaire commode pour les familles. La marge de progression est donc significative, chacune de ces messes démontrant l'existence locale d'un prêtre pour célébrer et de fidèles pour participer à la liturgie, il ne resterait pas beaucoup à faire pour parvenir à la justice. En effet, si en Grande-Bretagne comme ailleurs le plus grand nombre des demandes de célébration sont restées sans réponse, les évêques de Grande-Bretagne pourraient au moins manifester leur sollicitude pastorale et leur désir de suivre Benoît XVI dans sa politique de pacification et de restauration, en « régularisant » ces 93 messes de semaine ou ces messes dominicales à la fréquence irrégulière en messes dominicales hebdomadaires célébrées à un horaire familial.

4) Les 76 messes, soit 67,8%, qui ne sont pas encore des messes dominicales hebdomadaires nous permettent de soulever un élément original de la situation britannique : ce ne sont pas les prêtres bien disposés qui manquent ! Si l'Italie compte encore près de 45000 prêtres (diocésains et religieux confondus), les conférences épiscopales d'Angleterre et du Pays de Galles et celle d'Écosse n'en regroupent que moins de 6500 prêtres. Pourtant, il se trouve à peu près autant de prêtres célébrant ouvertement la forme extraordinaire dans l'un ou l'autre pays. La proportion de prêtres favorables à la forme extraordinaire est donc considérablement plus importante en Grande-Bretagne. Il faut souligner que la raison tient en grande partie à l'œuvre de formation poursuivie par la Latin Mass Society en ce domaine. Depuis 2007, l'association a organisé à l'intention des prêtres diocésains cinq sessions d'apprentissage de la forme extraordinaire : plus de 100 prêtres différents y ont participé à ce jour. Et une sixième est organisée ce mois d'août dans le Somerset... On imagine quelle serait la proportion de ces prêtres bien disposés si les évêques de Grande Bretagne, à l’instar de ce que font certains de leurs confrères américains, mettaient en place eux-mêmes, dans le cadre diocésain, de telles formations à la célébration de la forme extraordinaire du rite romain.

5) Pourtant, en Grande Bretagne comme ailleurs, les curés désireux de participer au nouveau mouvement liturgique voulu par le Saint-Père hésitent encore à introduire la liturgie ancienne dans leurs paroisses. La raison est toujours la même : la crainte de la hiérarchie. Nous avons eu l'occasion, dans notre lettre 227 d'attirer l'attention sur l'hostilité des évêques écossais, il faut bien admettre que leurs confrères gallois et anglais ne sont pas beaucoup mieux disposés à l'égard de la politique de libéralisation de la liturgie traditionnelle lancée par Rome. Ces blocages épiscopaux expliquent pourquoi seulement 19 des 112 messes célébrées selon la forme extraordinaire le sont tous les dimanches et à un horaire familial.

31 juillet 2010

[Mgr Williamson] Utilité des discussions II

SOURCE - Mgr Williamson - Commentaire Eleison CLIX - 31 juillet 2010

Certaines personnes se sont demandé si l'auteur du « Commentaire Eleison » a subi quelque pression pour avoir cité il y a trois semaines (EC 154) les arguments de Mgr de Galarreta qui plaidaient en faveur des discussions doctrinales actuellement en cours entre Rome et la Fraternité St Pie X. Il faut répondre qu'il n'y a eu aucune pression de cette sorte. Alors est-ce que cet auteur perd la tête ?  Il faut répondre, pas plus que d'habitude.

La raison pour laquelle on s'est posé la question, bien sûr, c'est que plus d'une fois le « Commentaire » a soutenu qu'il y a peu d'espoir qu'un accord puisse sortir des discussions, vu qu'il est impossible de mélanger l'huile et l'eau. A force de secouer furieusement une bouteille qui contient les deux, on fera que l'huile et l'eau se mêleront, mais dès que l'on cesse de secouer, elles se sépareront immédiatement. C'est dans leur nature. Etant plus légère, l'huile flotte nécessairement au-dessus de l'eau.

C'est également dans la nature de la doctrine divine de la vraie Eglise et de la doctrine humaine du néo-modernisme de pouvoir se mêler mais pas se mélanger. La « lettre », c'est-à-dire les documents de Vatican II, les ont fait se mêler, mais pas même les chefs d'œuvre de confusion de Vatican II, tel « Dignitatis Humanae » sur la liberté religieuse, n'ont réussi à faire qu'elles se mélangent. L'après-Concile qui a suivi « l'esprit » du Concile en est la preuve, car cet « esprit du Concile » ne cesse de déchiqueter l'Eglise depuis. Quant à « l'herméneutique de la continuité » de Benoît XVI, elle est une recette pour ne pas cesser de secouer furieusement, disons plutôt résolument, la religion de Dieu avec la religion de l'homme, mais elles ne se mélangent pas pour autant. Elles se repoussent toujours.

Mais pourquoi alors le « Commentaire » a-t-il cité les arguments de Mgr. de Galarreta en faveur des discussions ?  Pour deux raisons. D'abord quant à l'effet principal des discussions, remarquez qu'aucun de ses arguments, si on les lit attentivement, n'exprime l'attente ni l'espoir que l'huile et l'eau se mélangeront. Au contraire, lorsqu'il a dit qu'il entendait que les discussions prennent fin au printemps de l'année prochaine, il semblait bien indiquer qu'on ne doit pas secouer indéfiniment la bouteille, surtout pas si cela devait favoriser chez les fidèles l'illusion que l'huile et l'eau peuvent à la longue se mélanger. Deuxièmement, c'est à partir des effets secondaires des discussions que Monseigneur arguait que les contacts qu'elles provoquent entre Rome et la FSSPX agissent comme de l'antigel dans le radiateur de tout Romain qui veut abhorrer la FSSPX, comme dans celui de tout fidèle de la FSSPX qui veut abhorrer Rome.

L'auteur du « Commentaire » a l'honneur d'être d'accord avec son confrère sur le fait que ces contacts entre Rome et la FSSPX sont bons pour l'Eglise Universelle, tant qu'il n'est pas question pour la FSSPX de manquer à sa mission providentielle de contribuer à protéger de la Rome d'aujourd'hui le Dépôt de la Foi pour la Rome de demain, dès qu'elle reviendra à elle-même et à la Foi. « Le ciel et la terre passeront, dit Notre Seigneur, mais mes paroles ne passeront pas » (Lc.XXI, 33).  A Dieu ne plaise que la FSSPX rallie cette Rome qui brasse ensemble l'huile de Dieu avec l'eau de l'homme !

Mère de Dieu, gardez-nous fidèles à notre mission !

Kyrie eleison.

30 juillet 2010

[Paix Liturgique] Le sens de l'élection de Benoït XVI

SOURCE - Paix Liturgique, lettre 241 - 30 juillet 2010

Nous remercions la rédaction de l'excellent bi-mensuel catholique "L'Homme Nouveau" de nous avoir donné l'autorisation de reproduire cet excellent article de l'Abbé Claude Barthe.

L’Homme nouveau, 24 avril 2010 – l’abbé Claude Barthe

Le sens de l’élection de Benoît XVI

Vatican II : « Oui, mais… »

« D’une fois à l’autre à mes retours de Rome, je trouvais l’atmosphère de plus en plus effervescente dans l’Église et parmi les théologiens. On avait l’impression que rien n’était stable dans l’Église, que tout était à revoir », se souvenait Joseph Ratzinger, qui avait été conseiller théologique du cardinal Frings, archevêque de Cologne, un des ténors de la majorité conciliaire (Ma vie, Fayard, 1998). C’est à l’intérieur des débats propres à la majorité conciliaire que le futur Benoît XVI, alors jeune théologien allemand renommé, a fait alors entendre une voix prudente, très vite inquiète, globalement réformiste.

Le cardinal Frings l’avait fait nommer expert dès la fin de la première session, en 1962. Il n’était nullement de l’école romaine – le personnel théologique de Pie XII – mais s’il était un homme du monde théologique nouveau, c’était avec nuance de « oui, mais… » Ce « mais », il l’exprima très vite à sa manière propre, celle de conférences professorales : il donna un premier signal d’alarme, à Münster, en 1963, sur « le vrai et le faux renouveau dans l’Église » ; mais surtout, il intervint au Katholikentag de Bamberg, en 1966, de manière si alarmiste, au sujet de la nouvelle théologie et de la nouvelle liturgie, qu’un soupçon de « conservatisme » pèsera désormais sur lui.

Professeur à Ratisbonne en 1969, il était nommé à la Commission théologique internationale, en même temps qu’il participait au lancement de la revue internationale elle aussi, Communio, avec ses amis Balthasar, Lubac, Bouyer, Medina, Le Guillou. Ces deux instances, la Commission et la revue, en soi tout à fait distinctes, mais très proches en réalité, très proches en tout cas à l’origine, devaient servir de barrage à la « mauvaise interprétation » du Concile. Ce combat contre le « faux esprit du Concile » va dès lors devenir le combat essentiel, pour ainsi dire substantiel, de Joseph Ratzinger, comme théologien, comme cardinal, comme pape. Il est d’ailleurs très important de retenir que par Hans Urs von Balthasar, il a connu dès l’origine l’un de ces nombreux mouvements qui, sous des aspects divers, vont représenter une réaction à la crise de l’Église, le mouvement Communion et Libération, fondé par l’Italien Don Giussani. Proche de CL, mais avec des amitiés allemandes plus traditionnelles encore, celle du philosophe Robert Spaemann, par exemple. A Ratisbonne, très proche de Mgr Gamber, il vécut très mal la réforme liturgique : « On démolit le vieil édifice pour en construire un autre… »

C’est ce Joseph Ratzinger-là, une des personnalités les plus marquantes, et les plus marquées « à droite », à l’intérieur de la tendance que représentait la revue Communio et annexes, qui fut appelé par Paul VI à devenir archevêque de Munich en 1977. Consacré le 28 mai, il devint cardinal le 27 juin 1977, un an avant la mort de Paul VI (le 6 août 1978). Il avait connu au Concile l’évêque auxiliaire puis archevêque de Cracovie, Karol Wojtyla, autre personnalité marquante de sa tendance. Lors du premier conclave de l’été 1978, qui devait élire l’éphémère pape Luciani, Jean-Paul Ier, le cardinal Ratzinger fit partie de ceux qui lancèrent « l’hypothèse Wojtyla », avec les cardinaux Koenig, de Vienne, et Hoeffner, de Cologne. Et lors du conclave d’octobre, ils repassèrent les plats, cette fois avec succès.

Tout naturellement, Jean-Paul II appela près de lui celui qui était devenu son ami. Il lui confia le poste de confiance par excellence, celui de Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, le 25 novembre 1981. Dès lors, durant pratiquement un quart de siècle, ce Préfet, du fait de sa personnalité et de l’épais brouillard doctrinal qui s’était abattu sur l’Église, fut le véritable numéro deux de l’Église romaine, ayant de fait plus d’importance morale que le Secrétaire d’État, Casaroli puis Sodano. Il orchestra, Jean-Paul II régnant (et participant, surtout dans le domaine moral), une colossale tentative de « bonne interprétation » de Vatican II : dans le domaine moral, avec l’instruction Donum vitae, du 22 février 1987, l’encyclique Veritatis splendor, du 6 août 1993, sur les fondements de la morale catholique, l’encyclique Evangelium vitae, du 25 mars 1995 ; dans le domaine de l’œcuménisme, avec l’encyclique Ut unum sint, du 25 mai 1995 ; mais aussi, l’encyclique Fides et Ratio, du 14 septembre 1998, sur les rapports de la foi et de la raison ; et encore l’encyclique Ecclesia de Eucharistia, du 17 avril 2003. Sans parler d’une série d’instructions « restauratrices » publiées par la Congrégation de la Doctrine de la foi ou en collaboration avec d’autres congrégations, comme l’instruction sur les synodes diocésains (1997), l’instruction « sur quelques questions concernant la collaboration des fidèles laïcs au ministère des prêtres » (1997), le motu proprio Apostolos suos sur la nature théologique et juridique des conférences épiscopales (21 mai 1998).

Il mena en première ligne la bataille doctrinale – car il y eut aussi une bataille « politique » - avec la théologie de la libération, qui de 1968 à la Chute du Mur fut très virulente en Amérique latine (« Instruction sur la liberté chrétienne et la libération », du 22 mars 1986 ; « Instruction sur quelques aspects de la théologie de la libération », du 6 août 1984). Il y eut aussi la guerre d’usure avec les revendications ultralibérales en faveur de la structure démocratique de l’Église, du sacerdoce des femmes, de la libéralisation morale, scandées de « sanctions » nouveau style, c'est-à-dire fort bénignes, contre Drewermann, Curran, Knitter, Guindon, Küng, Schillebeecks, etc. D’où la Profession de foi et le Serment de fidélité (25 février 1989), l’« instruction sur la vocation ecclésiale du théologien » (24 mai 1990), et la lettre apostolique Ad tuendam fidem (1998), qui insère dans le Code de Droit canonique des précisions concernant l’autorité des actes magistériels.

Et au sommet de cette tentative – une utopie, au meilleur sens – de remise en ordre : la lettre apostolique Ordinatio sacerdotalis, du 22 mai 1994, sur l’ordination sacerdotale exclusivement réservée aux hommes, le Catéchisme de l’Église catholique, promulgué le 11 octobre 1992, et l’instruction Dominus Jesus, sur l’unicité et l’universalité salvifique de Jésus-Christ et de l’Église, du 6 septembre 2000.

Devant une telle masse de documents, dont la note dominante est indubitablement la volonté d’encadrer l’interprétation du Concile, ne peut-on pas parler de pré-pontificat ratzinguérien.

Le recours

Mais c’est avec l’Entretien sur la foi, en 1985, qu’a commencé le chemin qui l’a mené à l’élection de 2005 : « Si par restauration on entend la recherche d’un nouvel équilibre, après les interprétations trop positives d’un monde agnostique et athée, eh bien alors, une restauration entendue en ce sens-là, c'est-à-dire un équilibre renouvelé des orientations et des valeurs à l’intérieur de la catholicité tout entière, serait tout à fait souhaitable ». Concrètement, cet ouvrage est devenu le vecteur du projet de « remontée de l’intérieur », selon une expression très ratzinguérienne.

Lequel va s’appuyer sur et être appuyé par – c’est ce qui l’a distingué des Lubac, Baltasar – le monde traditionaliste, héritier de la minorité conciliaire, et dont le refus s’était cristallisé dès la fin des années soixante en un rejet de la réforme liturgique de Paul VI. On sait aujourd’hui que le nouveau Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi avait organisé dès 1982 (le 16 novembre) une réunion au Palais du Saint-Office « au sujet des questions liturgiques », c'est-à-dire portant à la fois sur la question liturgique en elle-même et sur la question lefebvriste. Le cardinal Ratzinger avait obtenu que tous les participants sans exception (le cardinal Baggio, Préfet de la Congrégation des Évêques, le cardinal Baum, archevêque de Washington, le cardinal Casaroli, Secrétaire d’État, le cardinal Oddi, Préfet de la Congrégation du Clergé, Mgr Casoria, pro-Préfet de la Congrégation pour le Culte et les Sacrements) affirment que le missel romain « ancien » devait être « admis par le Saint Siège dans toute l’Église pour les messes célébrées en langue latine ». 25 ans exactement avant le Motu Proprio Summorum Pontificum : ce long temps pour parvenir au but, c’est tout Joseph Ratzinger.

La suite de ce grand projet concernant la liturgie ancienne et ses pratiquants, dans les deux domaines distincts et imbriqués, est connue : d’une part, la lettre circulaire Quattuor abhinc annos, de la Congrégation pour le Culte divin, dite « indult » du 3 octobre 1984, permettra la célébration du missel ancien ; elle sera suivie, en 1988, du Motu Proprio Ecclesia Dei qui l’amplifiera. Entre temps, le cardinal Ratzinger et Mgr Lefebvre étaient parvenus à un accord, le 5 mai 1988, lequel fut dénoncé après bien des hésitations par Mgr Lefebvre qui procéda à la consécration autonome de quatre évêques, à Écône, le 30 juin 1988, suivie d’une sentence d’excommunication.

En vérité, à partir de 1988, c’est le Préfet de l’ex-Saint-Office qui supervisa la Commission Ecclesia Dei, créée à cette occasion pour prendre en charge l’ensemble de ce problème, moins directement après 2000, lorsqu’il lui fit donner pour Président son ami le très actif cardinal Castrillón, Préfet de la Congrégation du Clergé. Dans le même temps, ses critiques plus ou moins frontales de la nouvelle liturgie se multiplient : La célébration de la foi (Téqui, 1985), Ma vie (Fayard, 1998) ; L'Esprit de la liturgie (Ad Solem, 2001) ; Un chant nouveau pour le Seigneur (Desclée, 2002).

En fait, c’est bien au-delà des cercles traditionnels proprement dits que l’ensemble de cette posture – résumée par le Catéchisme de l’Église Catholique et la critique des abus liturgiques et même d’une liturgie abusive – va accroître la popularité du cardinal en France, en Allemagne, aux Etats-Unis, et dans le reste du monde. Ainsi à Paris, la foule se pressait, le 6 novembre 1992, autour de l’Institut lors de la réception du cardinal à l’Académie des sciences morales et politiques, à l’initiative de Jean Foyer. Et lorsque le 23 janvier 1995, il revint y prononcer une conférence sur « La théologie de l’Alliance dans le Nouveau Testament », assurément bien bâtie mais dont le sujet restait très académique, on entendit Jean Guitton résumer l’étonnante émotion de ses confères : « Nunc dimittis... J’ai vécu aujourd’hui le plus beau jour de ma vie ».

En Italie, où il n’existait pas de mouvement traditionaliste au sens strict, le cardinal se montrait à l’unisson des prêtres et laïcs du mouvement Communion et Libération. Je citerai deux moments particulièrement intenses de cette fusion autour du Préfet de la Foi. Le 1er septembre 1990, lors du meeting annuel grandiose organisé par CL à Rimini, devant une foule chauffée à blanc par son propre enthousiasme, Joseph Ratzinger avait prononcé un étonnant « discours programme » sur l’Église « toujours à réformer », dans lequel, sans évoquer une seule fois Vatican II, il avait traité de la réforme, non pas à continuer, non pas à appliquer, non pas à réactiver, mais de la réforme à faire, et même « à découvrir », stigmatisant « la réforme inutile » - suivez son regard –, celle intégrant le modèle de la liberté des Lumières et dont la liturgie est refabriquée en permanence par les communautés vivantes, etc.

L’autre grand moment fut lors des obsèques de Don Giussani, qui eurent lieu le 24 février 2005, très peu avant la mort de Jean-Paul II (2 avril), dans la cathédrale de Milan : le cardinal Ratzinger présidait aux côtés du cardinal Tettamanzi, archevêque de la ville. Il se trouvait que, notoirement, l’un et l’autre étaient les deux premiers « papables » (du moins Tettamanzi le croyait-il de lui-même). Chacun prononça une homélie. La foule des ciellini acclama Ratzinger à tout rompre et resta de glace pour Tettamanzi.

Entre-temps, il m’avait été donné d’assister, en prima fila, à une conférence donnée par le Préfet de la Congrégation de la Doctrine de la foi, le 15 décembre 1998, dans un amphithéâtre de l’Institut Jean-Paul II, à l’Université du Latran, sur « la fin du monde ». Le sujet était certes intéressant, mais il n’expliquait pas que l’aula Paolo VI fût pleine à craquer, et que la conférence fût suivie grâce à un circuit interne de télévision dans un autre grand amphithéâtre tout aussi rempli, et fût en outre retransmise en direct au Chili, en Argentine, à Madrid. La conférence follement applaudie s’acheva par une indescriptible bousculade, chacun voulant obtenir un baciomano ou à tout le moins toucher la frange de la soutane du Cardinal Salut de l’Eglise…

Ce qui explique que, m’accueillant au Saint-Office, en novembre 2000, où je venais recueillir de lui un entretien pour Spectacle du Monde, il me prévenait en souriant : « Monsieur l’Abbé, nous ne parlerons pas de "programme de pontificat" » (le thème d’un de mes précédents articles dans la revue Catholica avait été : à la différence du cardinal Martini, les ratzinguériens ne proposent pas de « programme de pontificat »). Et d’ajouter splendidement : « Notre programme, c’est le magistère ! » En fin d’entretien, lui posant ma dernière question, très journalistique j’en conviens : « Vous savez, Eminence, que vous êtes un cardinal très populaire : un sondage Internet vous donne, sur cinquante sept mille réponses, 28 % d’opinions favorables, etc. », je commis un fâcheux lapsus : « Vous savez Eminence que vous êtes un candidat très populaire… ». Le cardinal-candidat éclata de rire, mais sa réponse fut celle d’un homme prêt très modestement à répondre à l’appel de Dieu : « Pour ce qui est de ces candidatures et de ces sondages, je trouve cela tout à fait ridicule : nous avons un pape et c’est le Seigneur qui décide en tout du quand, du comment. Mais c’est vrai qu’être pasteur aujourd’hui dans l’Eglise exige un grand courage. Avec notre faiblesse – je suis un homme faible – nous pourrons tout de même prendre le risque de faire notre devoir de pasteurs. Parce que c’est le Seigneur qui agit et qu’il a dit à ses apôtres qu’à l’heure de la confrontation ils ne réfléchissent pas avec inquiétude comment se défendre et que dire, mais que l’Esprit leur enseignera ce qu’il faut dire. Cela aussi est pour moi une chose très réaliste. Même avec mon peu de force, et je dirais même à cause de cela, le Seigneur pourra faire en moi ce qu’il voudra ». 

Le seul pape possible

Cinq années passèrent, ou presque. Tel prélat de Curie, qui avait imaginé une élection presque par acclamation – un cardinal se lèverait dans le Conclave, et dirait : « Je propose d’élever le cardinal Ratzinger au trône de Pierre » – n’y croyait plus. Le fidèle secrétaire, Mgr Clemens, non plus semble-t-il, qui demanda un autre poste, en prévision de la retraite définitive du cardinal.

Au reste, la faveur de l’ensemble du catholicisme « identitaire » ne pouvait pas suffire à faire un pape. Les élections pontificales nécessitent les deux tiers des voix du collège des cardinaux électeurs (ceux de moins de 80 ans), et comme toutes les élections du monde, celles de la Sixtine se jouent au centre. Le centre du collège s’était, il est vrai, considérablement déplacé vers la droite au cours du pontificat de Jean-Paul II. Et la signification de l’élection pontificale s’était modifiée. Celle de 1963 (Paul VI), la première de 1978 (Jean-Paul Ier) et la deuxième de 1978 (Jean-Paul II) avaient vu, en effet, s’opposer trois tendances : d’un côté, les traditionalistes issus de la minorité conciliaire (Siri en 1963 et 1978) ; de l’autre, le centre gauche (Lercaro en 1963, Pignedoli en 1978) ; et le centre droit qui l’avait emporté à chaque élection (Montini en 1963 ; Luciani en 1978, puis Wojtyla, toujours en 1978 en raison de l’échec de Benelli). Autrement dit, pour sauver le « vrai » Concile tant contre les « progressistes » que contre les « intégristes », les cardinaux de centre-droit avaient choisi des « hypothèses » toujours plus conservatrices (Montini, Luciani, Wojtyla). Mais en 2005, le traditionalisme (Siri, Oddi, Palazzini, etc.) n’étant plus représenté chez les cardinaux électeurs, et les « progressistes » étant de poids négligeable, c’était l’explosion de l’Église qu’on veut éviter et non plus celle du Concile.

Le samedi 16 avril, deux jours avant l’ouverture du conclave, avant l’heure du pranzo, je me suis faufilé pour saluer le cardinal doyen du Sacré-Collège, Joseph Ratzinger, qui rentrait à son domicile, place Ste-Anne, escorté d’un appareil policier de chef d’État, car je voulais « prendre la température » de son entourage. Les « aides de camp » ecclésiastiques étaient d’ores et déjà jubilants : tous les comptes de voix faits et refaits par les spécialistes donnaient à Joseph Ratzinger une très large avance (on racontait que l’austère cardinal Ruini, le principal grand électeur de Joseph Ratzinger, était rentré dans ses appartements du Vicariat, au Latran, en esquissant des pas de danse…). La tension qui persistait venait du fait qu’on savait aussi que Joseph Ratzinger se désisterait si l’élection n’était pas très rapide, à défaut de quoi l’Église serait encore plus ingouvernable qu’elle n’était. Il fallait donc qu’en quelques tours de scrutin, 77 voix se portent sur son nom. Or, il n’était pas exclu que les opposants cimentent durant un certain temps la fameuse « minorité de blocage » (39 voix pour cette fois), pour obliger ensuite les partisans du cardinal Ratzinger à transiger sur un nom de compromis, comme par exemple celui du cardinal Antonelli, archevêque de Florence.

La force des ratzinguériens était dans les personnalités restauratrices qui entouraient le Préfet de la Congrégation de la Foi : Ruini, le cardinal vicaire de Rome, Scola, patriarche de Venise, Biffi, ancien cardinal de Bologne, Bertone de Gênes, le pieux Herranz de l’Opus Dei qui s’était chargé de lancer la « candidature », etc. S’ajoutaient des grands électeurs qui dépassaient ce cercle restaurationiste : le cardinal Lustiger de Paris, le mouvant cardinal Schönborn de Vienne.

En face, les libéraux (des libéraux très modérés, mais qui avaient l’appui de la « gauche », notamment celle du clan Silvestrini, qui ne votait pas en raison de l’âge tout en conservant une grande influence) ont été pris de court par la montée de Ratzinger, ou plus exactement par le fait que le cardinal jésuite Martini, ancien archevêque de Milan, était devenu trop malade pour prétendre au Souverain Pontificat. Les prétendants de remplacement ne pesaient pas, loin de là, le même poids : Dionigi Tettamanzi, archevêque du plus gros diocèse de la chrétienté, Milan, dont tout le monde savait qu’il « en voulait » parce qu’il l’avait dit à tout le monde ; Angelo Sodano, 77 ans, Secrétaire d’État de Jean-Paul II, de couleur plus conservatrice que le précédent, qui s’imaginait curieusement être populaire ; Giovanni Battista Re, 71 ans, qui d’abord à la Secrétairerie d’État, puis comme Préfet de la Congrégation des Évêques, s’était imposé (avec le cardinal Sepe, préfet de l’Évangélisation des peuples) comme l’un des personnages indispensables et incontournables de la fin du pontificat précédent, faiseur d’évêques, de nonces, de cardinaux.

Mais pendant ce temps, les millions de pèlerins venus à Rome pour saluer la dépouille de Jean-Paul II désignaient en quelque sorte aux cardinaux électeurs par leurs acclamations le doyen du Sacré Collège qui présidait les funérailles. Le climat émotionnel aidant, il apparaissait comme le seul possible. Le seul qui semblait apte à « faire du ménage », alors que les rapports plus qu’alarmants sur l’état du sacerdoce circulaient entre cardinaux, cristallisant une formidable et très légitime inquiétude. Lors du Chemin de Croix au Colisée qui avait précédé la mort de Jean-Paul II, le 25 mars 2005, il avait dit : « Que de souillures dans l’Église, et particulièrement parmi ceux qui, dans le sacerdoce, devraient lui appartenir totalement ! Combien d’orgueil et d’autosuffisance ! » (méditation de la 9ème station). Le seul qui paraissait capable de prendre en main une Église exsangue, qui malgré le formidable charisme de Jean-Paul II, voyait s’accélérer, se nourrissant lui-même, l’effondrement historique du catholicisme d’Occident (vocations, fidèles, catéchismes, etc.) Toujours, lors du Chemin de Croix du 25 mars : « Seigneur, ton Église nous semble une barque prête à couler, une barque qui prend l’eau de toute part. Et dans ton champ, nous voyons plus d’ivraie que de bon grain. Les vêtements et le visage si sales de ton Église nous effraient. Mais c’est nous-mêmes qui les salissons ! » (prière de la 9ème station). Le seul dont on pouvait croire qu’il avait des chances de redresser l’image morale et ecclésiale du prêtre en Amérique, en Afrique, aux Philippines, et de réchauffer peut-être un peu la foi refroidie de l’Occident. « Comme s’il n’y avait plus eu d’autres candidats envisageables ! », s’exclamera plus tard le cardinal anonyme interrogé par Olivier Le Gendre dans la Confession d’un cardinal (J.C. Lattès, 2007).

En fait c’est sur le cardinal jésuite Bergoglio, archevêque de Buenos-Aires – beaucoup plus « progressiste » qu’il n’y paraissait et véritable continuateur du cardinal Martini –, et non sur les Italiens balayés au premier scrutin, que se reportèrent les voix opposées. Les voix de Bergoglio montèrent à 40 voix au 3ème vote, mais Joseph Ratzinger dépassait déjà les 70 voix. Dans l’après-midi du deuxième jour, le 19 avril, au 4ème vote, quand à 17h 30, le scrutateur annonça pour la 77ème fois : « Ratzinger », l’assemblée, tendue comme un arc, éclata en applaudissements qui se prolongèrent durant toute la fin du dépouillement, lequel donnait à l’élu 84 voix. Peu après, la fumée blanche s’élevait sur l’angle droit de la Place Saint-Pierre et la grosse cloche de bronze de l’Arco della campana commençait à s’ébranler : Il papa e fatto ! 

L’annonce de la « conclusion » du Concile

Peut-on tenter d’imaginer, cinq ans plus tard, les jugements que porteront les historiens du futur ? On a parlé, en 2005 d’élection d’un pape de transition, comme en 1958, lors de celle de Jean XXIII, non seulement à cause de l’âge avancé de l’un et l’autre pontifes, mais aussi parce ce que l’on sentait, dans les deux cas, que se préparait une évolution importante.

En sens inverse ? Inverse sans aucun doute était le contexte. En 1958, l’Église entrait dans une espèce de bulle d’optimisme, dans laquelle elle allait vivre jusqu’en 68, malgré de nombreux signes annonciateurs d’une déferlante de sécularisation avec ses conséquences internes gravissimes. En 2005 – et aujourd’hui plus encore – le contexte, surtout en Occident, est celui de la continuation de l’effondrement pastoral, sacerdotal, catéchétique, mémoriel diraient aussi les sociologues, auquel personne ne sait vraiment quelle réponse donner. Le long trou noir de l’enseignement catéchétique inexistant, ou tout comme, depuis le Concile, fait que cette tendance ne pourra être inversée de longtemps.

Un point de convergence cependant étonne. Le cardinal Roncalli avait été élu, grosso modo parce qu’une part des cardinaux voulaient sortir du « trop de doctrine » du règne de Pie XII. Or, le pape Ratzinger, déjà maître d’œuvre d’une avalanche de textes doctrinaux de « restauration » lorsqu’intervint son élévation au Souverain Pontificat, a semblé s’autocensurer lui-même : depuis son élection, pratiquement plus aucun texte de ce type n’est publié (une encyclique sur la charité, une autre sur l’espérance, une troisième sur les principes les plus élevés de la « doctrine sociale »).

Mais dans cet espèce de grand silence– tout relatif, bien sûr – sont intervenus quelques textes et quelques actes d’apparence modeste, mais cependant possiblement « prophétiques » d’importants ébranlements et développements futurs : le discours à la Curie romaine du 22 décembre 2005, qui tout en privilégiant une interprétation de Vatican II (l’herméneutique de continuité) dit en définitive officiellement que 40 ans après, la signification de Vatican II est encore à débattre ; la conférence de Ratisbonne, du 17 septembre 2006, qui ébranle les certitudes en matière de dialogue interreligieux ; le Motu Proprio Summorum Pontificum du 7 juillet 2007, dont la portée dépasse de la même manière son objet propre (affirmer que la messe ancienne n’est pas abolie) en ce qu’il pousse à un remodelage du culte des paroisses ; l’ouverture enfin d’un processus d’« uniatisme » en direction des anglicans qui rebat les cartes en matière d’œcuménisme.

Au fond, l’acte principal du pontificat de Jean XXIII aura été l’annonce de l’ouverture du Concile, faisant de son règne un préalable à la formidable mutation que cette assemblée allait engendrer sous son successeur. L’initiative historique principale de Benoît XVI ne sera-t-elle pas d’annoncer en quelque sorte la « conclusion » à venir de l’événement de Vatican II et de ses suites ?


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