15 janvier 2006

[Nicolas Senèze - La Croix] Le dialogue avec Rome ravit Mgr Fellay

SOURCE -Nicolas Senèze - La Croix - 15 janvier 2006

Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité Saint-Pie-X, a accueilli le discours du pape à la curie, prononcé le 22 décembre 2005, avec intérêt

Depuis la rencontre, le 29 août 2005 à Castel Gandolfo, entre Benoît XVI et Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité Saint-Pie-X, le dialogue continue entre Rome et les «lefebvristes». «Les discussions sont longues, mais elles sont probablement les plus fructueuses de celles que nous avons eues jusqu'ici», a déclaré vendredi 13 janvier à Paris Mgr Fellay, supérieur général de la Fraternité, aux journalistes de l'Association des journalistes d'information religieuse (Ajir).

Le chef de file intégriste, qui a rencontré le 15 décembre le cardinal Dario Castrillon Hoyos, président de la commission Ecclesia Dei, affirme même sentir du côté du Vatican une volonté de résoudre le problème le plus rapidement possible. «Rome veut aller vite, mais nous ne sommes pas aussi sûrs de vouloir aller aussi vite !», tempère toutefois Mgr Fellay, estimant que «si nous signions aujourd'hui, tous nos fidèles ne nous suivraient pas».
Contestation d'un certain nombre de points du concile Vatican II
Ce qui semble satisfaire le plus la Fraternité Saint-Pie-X, c'est la volonté de Rome d'aborder les questions de fond. « Il est important, pour nous, de résoudre les problèmes avant plutôt qu'après », explique Mgr Fellay. Premier d'entre eux : la réforme liturgique. Les intégristes refusent toujours la messe dite « de Paul VI », dont ils rejettent « le caractère oecuménique ». « On y a enlevé tout ce qui était spécifiquement catholique, juge Mgr Fellay. Mais, plus profondément, il y a la foi. La liturgie est l'expression d'une vision de la vie catholique : c'est cette vision qui est la question de fond. »

D'où la contestation, plus profondément, d'un certain nombre de points du concile Vatican II : liberté religieuse et acceptation de la laïcité de l'État, oecuménisme et possibilité pour les chrétiens d'exprimer avec des mots différents les mêmes vérités de foi, dialogue interreligieux et « esprit d'Assise »…

C'est donc avec beaucoup d'intérêt que Mgr Fellay a accueilli le discours de Benoît XVI à la curie, le 22 décembre, dans lequel le pape opposait deux herméneutiques (interprétations) du Concile : d'une part « l'herméneutique de la discontinuité et de la rupture », d'autre part « l'herméneutique de la réforme, du renouvellement dans la continuité », qui a sa préférence (lire sur la-croix.com "Benoît XVI discute l'interprétation de Vatican II").
«On se dirige vers une "régularisation" de la Fraternité»
« C'est un texte capital, note Mgr Fellay. On voit bien que le Saint-Père essaie de mettre le Concile dans une nouvelle lumière. En même temps, il concède qu'il y a eu une rupture, au moins dans la présentation. » D'une manière générale, ce discours « réjouit » le supérieur général de la Fraternité. « Même si je pense qu'il ne va pas assez loin », nuance-t-il.

Dernier point qui satisfait les lefebvristes dans les discussions avec Rome : l'affirmation, par le cardinal Castrillon Hoyos, qu'il n'y aurait pas eu de «schisme» de la part de Mgr Lefebvre au sens formel - à la télévision italienne, il avait préféré parler d'«attitude schismatique». «On se dirige ainsi plus vers une "régularisation" de la Fraternité», se félicite Mgr Fellay, même si demeure en cause la question de la licéité des ordinations épiscopales de 1988 (1). «Pour Rome, il n'y avait pas d'"état de nécessité" qui aurait justifié ces ordinations», regrette Mgr Fellay.

Quelle forme aurait cette régularisation ? Ce pourrait être un statut d'autonomie, par exemple une administration apostolique personnelle comme celle créée en 2001 à Campos (Brésil) pour les fidèles de Mgr Antonio de Castro Mayer, autre évêque intégriste, co-consécrateur lors des ordinations illicites de 1988. « Je suis presque sûr qu'on nous l'accordera, confie Mgr Fellay. Même si nous ne voulons pas être des catholiques à part : l'ancienne messe, nous ne la demandons pas pour nous, mais pour tous. Mais peut-être faudra-t-il passer par cette étape transitoire. » 

Nicolas SENEZE

(1) Le 30 juin, Mgr Marcel Lefebvre avait procédé, sans l'autorisation de Rome, à l'ordination de quatre évêques (dont Mgr Fellay), provoquant leur commune excommunication par ce fait même.

14 janvier 2006

[Abbé Alain Lorans, fsspx - DICI] Le problème de fond (éditorial)

SOURCE - DICI - 14 janvier 2006

Benoît XVI a adressé un important discours aux membres de la curie romaine, le 22 décembre dernier. Il y présente deux interprétations du concile Vatican II : celle de la rupture qu’il rejette et celle de la continuité qu’il soutient. On trouvera dans le présent numéro de DICI le texte de l’extrait de l’allocution du pape sur « l’herméneutique du concile ».

Sur cette question qui constitue la principale pierre d’achoppement entre Rome et Ecône, il est utile de se reporter au jugement de Mgr Lefebvre, dès 1976, dans J’accuse le Concile (éd. Saint Gabriel). Concernant une interprétation du concile dans le sens d’une rupture avec la Tradition, le fondateur de la Fraternité Saint Pie X écrivait : « Ils (les hommes d’Eglise) se sont pris pour l’Eglise vivante et maîtresse de vérité, libre d’imposer aux clercs et aux fidèles de nouveaux dogmes : soit le progrès, l’évolution, la mutation et une obéissance aveugle et inconditionnelle ». Benoît XVI l’admet en partie dans son rejet de « l’herméneutique de la discontinuité ».

Mais Mgr Lefebvre dénonce aussi l’esprit qui a inspiré les textes conciliaires : « L’esprit qui a dominé au Concile et en a inspiré tant de textes ambigus et équivoques et même franchement erronés n’est pas l’Esprit Saint, mais l’esprit du monde moderne, esprit libéral, teilhardien, moderniste, opposé au règne de Notre Seigneur Jésus-Christ ». Et plus loin : « Les bons textes ont servi pour faire accepter les textes équivoques, minés, piégés ».


Tel est bien le problème de fond.

Abbé Alain Lorans

13 janvier 2006

[AFP] Mgr Fellay (Fraternité St Pie X) confiant sur les discussions avec Rome

AFP - 13 janvier 2006

PARIS, 13 jan 2006 (AFP) - Mgr Fellay (Fraternité St Pie X) confiant sur les discussions avec Rome
Le supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X, Mgr Bernard Fellay, s'est dit vendredi "absolument certain qu'un jour il n'y aura plus de problèmes entre la Fraternité et Rome".

"Le dialogue continue lentement, mais il est en marche", a déclaré Mgr Fellay, dont le mandat s'achève en juillet, lors d'un débat organisé par l'Association des journalistes d'information religieuse.

Mgr Fellay a rencontré fin août Benoît XVI et poursuit depuis 2000 des discussions avec le cardinal Dario Castillon Hoyos, préfet de la congrégation pour le clergé et président de la commission Ecclesia Dei chargée de mettre en oeuvre des mesures d'apaisement.

La dernière séance du 15 novembre a été "la plus longue et la plus fructueuse", a-t-il dit. "Du côté de Rome, on sent un désir de régler le problème le plus rapidement possible. De notre côté, nous freinons un peu".

La Fraternité pourrait selon lui devenir une administration apostolique : "nous voulons être des catholiques normaux, dans le zoo nous n'avons pas du tout envie de jouer le rôle des dinosaures à qui on accorderait un statut spécial".

Mgr Fellay a été excommunié en 1988 par Jean Paul II en même temps que le fondateur de la Fraternité, Mgr Marcel Lefebvre, auquel il a succédé et qui l'avait consacré évêque sans l'autorisation du pape.

La Fraternité (463 prêtres dans environ 65 pays, notamment à l'église parisienne Saint Nicolas du Chardonnet) conteste le concile de Vatican II et l'évolution de l'Eglise depuis quarante ans.

"Je ne partage pas du tout la repentance" de l'Eglise envers les juifs, a déclaré Mgr Fellay. Il s'est également opposé au principe de laïcité de l'Etat, souhaitant un nouveau concordat car la loi de 1905 a "mis l'Eglise dans une situation injuste".

Mgr Fellay s'est "réjoui" du discours du pape à la Curie le 22 décembre 2005. Le pape avait reconnu que "dans de vastes parties de l'Eglise, la réception du Concile s'est faite de façon plutôt difficile", soulignant qu'"avant, comme après le Concile, l'Eglise est restée la même Eglise".

[Bernard Delattre - La Libre Belgique] Les lefebvristes sont «très optimistes»

SOURCE - Bernard Delattre - La Libre Belgique - 13 janvier 2006

Le dirigeant de la Fraternité Saint-Pie X est «certain» d'un rapprochement à terme entre Ecône et Rome. Mais convient qu'une «méfiance» demeure encore.

«Je pense qu'on avance, mais on avance lentement. Un des éléments qui freinent, est un élément psychologique: la méfiance. Il y a tout un travail à faire pour dépasser cette méfiance. Cela demande du temps. Mais je suis très optimiste. Je suis absolument certain qu'un jour, il n'y aura plus de problème entre la Fraternité et Rome».

Vendredi à Paris, le supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, Mgr Bernard Fellay, a fait le point sur l'avenir des relations entre catholiques et lefebvristes. Le successeur de Mgr Marcel Lefebvre à la tête de la Fraternité - qui, avec ce dernier et trois autres évêques nommés en même temps que lui, fut excommunié lors de son ordination en juin 1988 - puise son optimisme dans la teneur de l'audience qui lui a été accordée fin août au Vatican par Benoît XVI.

Le dirigeant des catholiques traditionnalistes, qui récusent toujours cette appellation, prête au nouveau Pape des inflexions doctrinales et théologiques révélatrices d' «une ligne nouvelle» qui, par «sa clarté, sa précision et sa volonté d'éliminer les positions qui posent problème», trouve grâce à ses yeux. Ainsi, l' «état de nécessité» invoqué par les lefebvristes pour demeurer en marge de l'Eglise aurait été implicitement reconnu par le Pape, auquel la Fraternité prête le souhait «de mettre le Concile Vatican II sous une nouvelle lumière et de se distancier de sa présentation habituelle». Sur des questions sensibles comme la messe, de véritables négociations seraient en cours entre Ecône et Rome pour redonner vie au protocole d'accord signé en mai 1988 entre le cardinal Ratzinger et Mgr Lefebvre, finalement dénoncé par ce dernier.
Pas de repentance
La Fraternité ambitionne désormais ouvertement de bénéficier d'un régime d'administration apostolique, en vertu duquel ses propres évêques seraient intégrés pleinement dans le corps épiscopal de Rome. De sérieux différends demeurent encore, néanmoins, entre le Vatican et la Fraternité - qui affirme être présente dans 65 pays répartis sur cinq continents et compter 159 prieurés, 725 centres de messes, un demi-millier de prêtres et une bonne centaine de séminaristes.

Mgr Fellay l'a rappelé vendredi: son mouvement reste opposé au principe de neutralité et de laïcité de l'Etat. Selon lui, «l'Etat est une créature de Dieu. Il a des comptes à rendre à Dieu. L'homme politique, comme tout homme, devra répondre de ses actes devant Dieu. Il n'est donc pas possible d'isoler l'activité temporelle des dispositions et des lois de Dieu». Les lefebvristes restent aussi très réservés pour tout ce qui a trait à l'oecuménisme et au dialogue inter-religieux, et se réjouissent donc de l'inflexion qu'ils croient déceler dans ce domaine chez le nouveau Pape par rapport à son prédécesseur. Benoît XVI à l'égal de Jean-Paul II n'en sont pas moins fustigés pour leur travail de repentance. La Fraternité, en effet, est farouchement opposée à toute «démarche pénitentielle» de l'Eglise catholique à l'égard de ses fautes passées, relatives singulièrement au sort des Juifs et/ou à ses rapports avec le judaïsme.

[Jean-Claude Noyé - APIC] Mgr Fellay reçu par l'AJIR

SOURCE - Jean-Claude Noyé - APIC - 13 janvier 2006

Mgr Bernard Fellay est reçu à Radio-France par l'Association des Journalistes d'Information Religieuse (AJIR)
Jean-Claude Noyé, correspondant de l'Apic à Paris 
Un dénouement du conflit sous le pontificat de Benoît XVI
Paris, 13 janvier 2006 (Apic) Le supérieur général de la Fraternité Saint Pie X a voulu minimiser les oppositions entre cette dernière et le Vatican. Mgr Bernard Fellay a exprimé sa certitude que le dénouement du conflit survenu en 1988 entre Jean Paul II et Mgr Lefebvre aboutirait sous l'égide du nouveau pape.
Mais, ne serait-ce qu'à propos de la liberté religieuse ou des dialogues œcuménique et interreligieux, il a laissé entrevoir qu'un large fossé sépare encore les deux parties. L'évêque intégriste a répondu le 13 janvier à Paris aux questions des journalistes membres de l'AJIR (Association des journalistes de l'information religieuse).
Q: Où en est votre dialogue avec Rome depuis le 29 août, date de votre rencontre avec Benoît XVI ?
Mgr Bernard Fellay: Il continue lentement. De fait, il faut du temps pour lever la méfiance réciproque. Mais je suis pour ma part convaincu que nous aboutirons. Nous avons eu une discussion longue, la plus fructueuse de toutes, et abordé des questions de fond. Rome veut régler rapidement le problème et l'audience papale, que nous avons sollicitée en mai dernier, nous a vite été accordée. Le Magistère privilégie une approche pragmatique. Nous, nous freinons car nous ne voulons pas d'une solution en surface. Le pape a chargé le cardinal Castrillon Hoyos de dialoguer avec nous. Celui-ci, dans une interview à une télévision italienne, a expliqué que nous ne sommes pas hérétiques mais que nous devons les uns et les autres rechercher une communion plus parfaite. C'est un langage nouveau.
Q: Quelles sont les questions de fond qui seront discutées ?
B.F: La question sur l'ancienne et la nouvelle messe, sur laquelle les esprits se focalisent est, au fond, seconde, la liturgie n'étant que l'expression de la foi. Ce qui est premier, c'est la vision de la foi. Avec Benoît XVI, la discussion va se concentrer sur la question de l'acceptation du concile. Nous allons repartir de la formule proposée en 1988 par Mgr Lefebvre - "Nous acceptons le concile examiné à la lumière de la Tradition."
Q: Une des grandes avancées de ce concile, c'est la reconnaissance de la liberté religieuse. Comment vous positionnez-vous sur cette question?
B.F: D'abord, nous ne contestons pas qu'on ne peut imposer la foi catholique par la force. Ce qui est en jeu, pour nous, derrière le terme ambigu de "liberté religieuse", c'est la relation entre l'Eglise catholique et l'Etat. Les pères conciliaires ont considéré que l'Eglise devait s'adapter aux changements de mentalité et aux bouleversements démographiques pour justifier la fin de l'Etat catholique. Sur le fond, nous comprenons mais c'est sur le principe explicatif que nous sommes en désaccord. La Tradition de l'Eglise a toujours invoqué le principe de tolérance pour admettre (comme par défaut) que des personnes différemment croyantes puissent vivre côte à côte. C'est ce principe que le cardinal Ottaviani a fait valoir pendant le concile. Hélas le cardinal Bea l'a emporté en faisant introduire, dans le décret "Dignitatis humanae" la reconnaissance de la laïcité de l'Etat, c'est-à-dire la neutralité de celui-ci par rapport à toutes les religions, comme principe même. Ce qui a affaibli encore plus l'Eglise catholique. Sans compter que les hommes politiques auront eux aussi des comptes à rendre à Dieu. Il est donc impossible de couper le spirituel du temporel.
Q: Contrairement à vous, Benoît XVI a estimé dans son discours à la curie du 22 décembre 2005 que l'Eglise était constante sur cette question …
B.F: Pas tout à fait car il introduit un distinguo entre une rupture dans la forme et une continuité sur le principe. À tout le moins, le pape a la volonté de relire le concile, de le présenter autrement.
Q: Ce discours du pape vous a-t-il réjoui?
B.F: Oui par sa clarté, sa précision et sa volonté de poser de vraies questions. Mais à mon sens il ne va pas aujourd'hui assez loin.
Q: Pensez-vous qu'il faille réviser en France la loi de 1905 de séparation de l'Eglise et de l'Etat ?
B.F: Certainement. Mais comment? La réviser n'est pas suffisant. Peut-être faut-il retrouver une sorte de Concordat. Cette loi est injuste. Elle a sorti l'Eglise de la sphère publique.
Q: Pourtant tous les évêques s'en félicitent parce qu'elle a donné une liberté sans précédent à l'Eglise. Rappelez vous qu'avant son adoption, c'est l'Etat qui nommait les évêques !
B.F: L'Eglise catholique a gagné peut-être un peu de liberté mais elle a beaucoup perdu de son influence !
Q: La perspective de créer un Etat catholique ne vous choque pas?
B.F: Effectivement.
Q: Revendiquez vous un statut à part au sein de l'Eglise catholique?
B.F: Rome nous l'accordera probablement. Mais, justement, nous ne souhaitons pas être mis à part et jouer le rôle des derniers dinosaures. Rome évoque à notre propos le "respect d'un charisme particulier". Mais ce que nous souhaitons, c'est que ce charisme redevienne la norme de tous.
Q: Quel serait ce statut que Rome pourrait bien vous accorder?
B.F: Celui d'administration apostolique. Concernant l'autorité de l'évêque, nous aurions un régime d'exemption, comme c'est le cas dans le diocèse de Campos au Brésil. Rome permettait aux fidèles de la Fraternité saint Pie X de bénéficier d'une autorité parallèle sans se soustraire pour autant à l'évêque local.
Q: Vous avez eu des mots très durs pour le cardinal Kasper, en charge de l'œcuménisme. Or Benoît XVI veut faire de cette question un chantier prioritaire de son pontificat. Est-ce que cela vous gêne ?
B.F: Qu'il faille travailler à l'unité des chrétiens, c'est une évidence. Mais pas selon la ligne actuelle. Le 17 mai 2005, devant des anglicans, le cardinal Kasper a dit que pour relancer l'œcuménisme, il fallait promouvoir l'unité dans la pluriformité. La variété dans l'unité, d'accord mais jusqu'où? Le même cardinal a dit, ce même jour, qu'on peut avoir la même foi sans avoir la même formule de foi (ndlr : le même credo). Là nous disons: non! Car on tombe dans l'hérésie! Nous n'acceptons pas plus la Déclaration sur la justification de la foi, signée par l'Eglise catholique et la Fédération mondiale luthérienne. Il suffit de rappeler que le Vatican a d'abord estimé qu'il lui était impossible de ratifier de ce document en l'état. Et qu'un an plus tard, sans qu'aucune ligne n'ait été changée, il le signait. Pourquoi donc ?
Q: Le pape veut également habiter le dialogue interreligieux, dans la continuité de son prédécesseur…
B.F: N'oublions pas que quand il était encore le cardinal Ratzinger, il n'était pas favorable à la rencontre interreligieuse d'Assise. Dialoguer avec les autres religions, pourquoi pas. Mais cela dépend de la position de l'Eglise.
Q: Benoît XVI s'est rendu à la synagogue de Cologne. Qu'en dites-vous?
B.F: Je m'interroge sur le pourquoi de ce geste. Je pourrais le comprendre à condition que le pape s'en explique.
Q: Dans le dialogue que l'Eglise catholique a noué avec le judaïsme, il y a une démarche pénitentielle: reconnaître que l'Eglise a sa part de responsabilité dans les souffrances infligées aux juifs. Etes-vous d'accord?
B.F: Je ne crois pas qu'on puisse dire que l'Eglise soit responsable de la Shoah! Concernant le judaïsme, nous reconnaissons pleinement la validité de l'Ancien Testament. Mais que les juifs n'aient pas reconnu Notre Seigneur comme Fils de Dieu, nous ne pouvons faire l'impasse là-dessus.

Encadré - La Fraternité Saint Pie X dans le monde: 463 prêtres dont 130 en France, 160 séminaristes, 20 nouveaux prêtres par an en moyenne, 85 frères, 157 sœurs, 75 oblates. Une maison générale, 6 séminaires internationaux (Allemagne, Argentine, Australie, France, Suisse, USA), 19 districts et maisons autonomes, 159 prieurés, 725 centres de messes, 2 instituts universitaires, 83 écoles, 7 maisons de retraites pour personnes âgées.

11 janvier 2006

[Sensus Fidei] A propos des négociations entre Benoît XVI et la Fraternité Saint Pie X

SOURCE - Sensus Fidei - 11 janvier 2006

Une étude sur la négociation entre Rome et la Fraternité, par un adhérent de Sensus Fidei
Introduction
J’ai lu avec amusement dans la dernière livraison de Fideliter (N° 168, Novembre-Décembre 2005) un article de l’abbé Célier sur l’abrégé du Catéchisme de l’Eglise catholique, le « Compendium », premier écrit officiel d’importance du nouveau pape Benoît XVI. Mais j’ai lu aussi, dans l’éditorial « Affronter le Concile », page 10, que « cette étude...a été remise par Mgr Fellay au pape comme un symbole des difficultés doctrinales actuelles » et là, je me suis posé des questions. L’axe de l’article de l’abbé Célier est le suivant. A première lecture, le Compendium soulève l’enthousiasme, en particulier parce qu’il évite de citer le concile Vatican II. (L’abbé de Cacqueray, dans son éditorial du même numéro de Fideliter,nous rappelle que l’édition complète du Catéchisme cite « le » concile 800 fois en 600 pages). Mais, à la seconde lecture, c’est l’horreur, car l’abbé Célier découvre que, si les indications de leur provenance ont été enlevées, le texte reprend parfois mot à mot des phrases du Concile. Aussi bien sans hésiter nous recommande-t-on d’éviter le Compendium et de revenir au bon catéchisme du concile de Trente. La satisfaction de l’abbé d’avoir débusqué ces emprunts au Concile Vatican II a quelque chose de rafraîchissant. On sent qu’il a pris goût, depuis le livre qu’il a publié sous le nom de Paul Sernine (anagramme d’Arsène Lupin), à la casquette du détective. Mon interrogation est toutefois la suivante : de quelle utilité un tel texte peut-il être dans les discussions entre la Fraternité et le pape ? Franchement, je ne le vois pas. Le pape n’aura évidemment rien appris en lisant qu’une partie du texte du Compendium reprend les formules du concile. Il aura sans doute appris davantage en entendant de la bouche de Monseigneur Fellay les raisons pour lesquelles ce dernier juge ces formules inacceptables. Mais, finalement, est-il bien utile, au moment où nous sommes, de rabâcher nos critiques de Vatican II ? Est-ce vraiment ce point qui est le plus important, au moment, je le répète, où le monde traditionaliste (je déteste ce mot de « traditionaliste » ; nous sommes des catholiques tout court, mais comme d’autres, dont il convient de nous distinguer, ont la même prétention, il faut bien accepter cette cotte mal taillée) devrait focaliser son attention dans les négociations avec le Souverain Pontife ? Aux yeux de la Fraternité, à lire les déclarations aussi bien de l’abbé de Cacqueray que de Monseigneur Fellay, c’est une évidence. Qu’il me soit permis, cependant, de défendre ici une thèse différente.

Mais tout d’abord un aveu et une revendication. L’aveu, c’est que l’auteur du présent texte n’est pas membre de l’Eglise enseignante. La revendication, c’est d’être lu malgré tout avec un minimum d’attention. Même en matière de foi, ont remarqué les théologiens, le sentiment commun des fidèles est loin d’être sans signification. Personne ne soutiendra, évidemment, que l’Eglise enseignante ait à se ranger à l’opinion des laïcs, si instruits et fidèles soient-ils. Cependant c’est un devoir et une sécurité pour elle de s’informer « avec déférence » (c’est ce qu’écrit, par exemple, Melchior Cano), de celle-ci, pour la bonne raison que le corps des croyants est un des témoins de la tradition et que aucun des canaux par lesquels s’exprime la tradition ne peut être traité sans respect. Mon souhait est que les lecteurs des lignes qui suivent y cherchent une indication de ce qui est peut-être le sentiment d’une plus grande portion du peuple de Dieu que beaucoup ne le pensent.

Je procéderai en trois points, que voici. Premier point : c’est une perte de temps, au moment où nous sommes, d’attaquer le concile sur le plan de son orthodoxie. Le drame du concile concerne la praxis Le drame n’est pas ce qu’il a dit - qui, de toute façon est ambigu et, par conséquent, peut être remis à l’endroit, mais les pratiques qu’il a imposées autoritairement et qui sont délétères. Second point : il est vain d’insister pour que l’Eglise désavoue formellement le concile. Le mieux qui puisse être espéré est que ce funeste événement tombe peu à peu dans l’oubli. Ce qui est urgent est une remise en ordre des pratiques de l’Eglise. Cela ne sera pas facile à obtenir. Tout ce qui risque de détourner de cet objectif prioritaire est plus nocif qu’utile. Troisième point : ce que l’on peut savoir aujourd’hui des intentions du pape semble indiquer qu’elle sont en ligne avec notre second point. Le devoir des représentants de l’univers traditionaliste est, dans un premier temps, de vérifier sans a priori si cette impression est fondée et, si c’est le cas, de se mettre sans arrière-pensée à la disposition de Benoît XVI pour l’aider à oeuvrer au rétablissement de la chrétienté.
Premier point : Il est vain d’attaquer le Concile sur le point de son orthodoxie, le point central étant la praxis à laquelle il a conduit.
Le terme de praxis a été mis à la mode par les marxistes, mais la chose est vieille comme l’humanité. L’homme est chair et esprit - automate autant qu’esprit, dit même Pascal, d’où l’importance des lois, des règlements, des moeurs, du culte, des cérémonies. « Lex orandi, lex credendi » , dit l’Eglise. Si l’Islam a connu le succès que l’on sait, en dépit d’une théologie bizarre, c’est grâce à une série d’interdits sociaux, maintenus impitoyablement, il est vrai, pendant des siècles. Sans atteindre à la même perfection, bien d’autres structures autoritaires ont emprunté le même chemin, accordant plus d’importance au modelage de l’esprit du citoyen, par le contrôle de l’éducation, de l’économie et de la culture, qu’à l’idéologie proprement dite, que l’on voit souvent évoluer radicalement au cours du temps. En ce qui concerne l’évolution récente - et désastreuse - de la chrétienté, il est évident que c’est au Concile de Vatican II que nous la devons. Mais est-ce directement à sa théologie ? Je veux dire ceci. Le concile a-t-il adopté des positions théologiques qui auraient automatiquement, une fois transformées en guide d’action pratique par l’administration catholique, par la machinerie que constitue l’ensemble des cardinaux, évêques, théologiens, professeurs de séminaires et membres des diverses curies, conduit à la catastrophe que nous savons ? Plus clairement, peut-on penser que la machinerie catholique est demeurée, dans l’Eglise post-conciliaire, telle qu’elle avait toujours été, et que si on lui avait proposé une bonne théologie, elle aurait fourni des guides d’action corrects ? L’importance de la question est considérable. Si la machinerie est demeurée intacte, il suffira, pour redresser l’Eglise, d’amender la théologie des documents conciliaires, et les applications suivront. Si par contre la machinerie elle-même a été faussée, alors, le problème est différent, les priorités changent. C’est à la réparation de la machinerie qu’il convient de s’atteler en premier. Qu’on ne me fasse pas dire que la théologie du Concile n’est pas critiquable. Elle est franchement erronée sur certains points, au moins dans l’interprétation qui en est donnée par les théologiens les plus aimés des medias. Toutefois ses formulations sont ambiguës et peuvent, par conséquent être ré-orientées dans un sens orthodoxe. La praxis imposée à l’occasion du Concile, par contre, n’a rien d’ambigu : elle conduit l’Eglise à la ruine (« A vue humaine, l’Eglise est perdue », disait le cardinal Liénard sur son lit de mort). Elle est non seulement critiquable, mais inacceptable sur un certain nombre de points faciles à identifier. C’est à elle qu’il est urgent de nous attaquer. Pour parler en termes simples, comment a procédé ce concile pour modifier l’attitude de la chrétienté et vider nos églises ? Il a dit : « Jusqu’ici, nous nous opposions au monde. Désormais, nous voulons être en amitié avec lui ». C’est la première faute. Il a alors ajouté : « Pour prouver que nous sommes sincères, nous reconnaissons que, fondamentalement, ce que le monde fait est bon, et même génial ». Seconde faute. Et il a conclu : « Dans ces conditions, nous, l’Eglise - ou plutôt l’administration dirigeante de l’Eglise- prenons la résolution de nous aligner sur les façons de faire du monde pour conduire les chrétiens, et, plus généralement, l’humanité entière, avec une efficacité que l’on n’a jamais connue dans le passé, vers des horizons heureux ». C’est la troisième faute, le couronnement des deux premières.
Rechercher l’amitié du monde
Il était au moins naïf de chercher l’amitié du monde quand le Christ a fait le contraire et qu’Il nous a répété et démontré à quel point le monde nous hait - ou plus exactement Le hait. Il y a un proverbe qui dit « Ce n’est pas toi qui désigne ton ennemi. Et si c’est l’autre qui se veut ton ennemi à quoi bon faire comme il était ton ami ? ». Je sais qu’il est de bon ton de se gausser des tenants de la « théorie du complot ». Mais il y a évidemment un complot : celui de Satan, « le Prince de ce monde » contre la volonté de Dieu de se gagner l’amitié des hommes. Il est ridicule de se dire l’ami du monde. Le monde nous hait. La maçonnerie nous hait. Les tenants des cultes satanistes nous haïssent. L’Islam nous hait. C’est une chose de travailler au salut des victimes de ces organisations anti-chrétiennes. C’en est une toute différente - c’est une sottise et plus qu’une sottise, une trahison - que de prétendre dialoguer avec l’erreur elle-même.
Admirer le monde
Quant à l’admiration professée par le concile pour les façons de faire du monde, elle est proprement incompréhensible. Il y a en particulier dans les textes conciliaires une série de phrases louangeant les efforts déployés à notre époque en faveur de la paix - comme si notre malheureux siècle n’était pas un des plus sanglants de l’histoire, marqué par les guerres mondiales, les massacres, les campagnes de haine, les déplacements massifs de population, les génocides. Il ne faut pas être bien observateur pour constater que la terre est ravagée par la violence, les famines et les catastrophes environementales comme elle ne l’avait jamais été, et que les chantres autoproclamés de la paix, la fraternité et la lutte contre la pauvreté en sont généralement les premiers coupables. Il faut être complice pour ignorer les abominations de l’avortement, des campagnes massives de stérilisation et demain sans doute, la mise à mort des populations jugées par nos soi-disant élites incapables de contribuer à l’avènement du monde qu’ils souhaitent ou tout bêtement excédentaires. Il faut être volontairement aveugle pour ne pas voir que les plus éloquents à exalter la « Liberté » avec un grand « L » sont également les plus obstinés à nous enlever les libertés concrètes (celles qu’ils qualifient de « bourgeoises »), à commencer par celle d’élever nos enfants dans notre religion et notre culture, d’utiliser comme cela nous semble raisonnable une proportion décente de l’argent que nous avons pu gagner honnêtement, de nous défendre des malfaiteurs, d’écarter des affaires publiques les corrompus, les ambitieux sans scrupules et les utopistes autoritaires - probablement les plus dangereux de tous. Il faut fermer volontairement les yeux pour ne pas voir que les progrès des sciences et des techniques de domination de la nature sont systématiquement dévoyés par les politiques, les savants sans conscience, les candidats conquérants, les adorateurs de l’argent. L’homme, celui qui, en pratique, domine ce qu’on appelle le monde, non seulement n’est pas bon, mais il est orgueilleux et impitoyable. « S’il existait des dieux, comment supporterais-je de n’être pas un dieu » dit Nietzche. Mais il veut être un dieu, ou à tout le moins un surhomme. Il veut dominer. « Jusqu’ici les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde, dit Marx, il s’agit maintenant de le transformer ». Et tant pis pour ceux pour qui cette transformation signifiera le martyre, Nous avons vu et nous n’avons pas fini de voir le résultat de cet orgueil. Ce n’a pas, apparemment, été le cas des pères conciliaires.
Imiter le monde
Mais le comble a été que les Pères du Concile, non contents de s’illusionner sur la réalité du monde, ont entrepris d’en copier les méthodes. Ici, je suppose qu’il convient que je développe quelque peu ma pensée, par crainte qu’on m’accuse d’exagération. Augustin Cochin, nous a bien montré l’influence des société de pensée sur l’évolution des pays Européens vers ce type de dictature hypocrite qui se prétend démocratique mais n’a de cesse d’étendre sur toutes les activités humaines un contrôle de plus en plus tâtillon. L’arme essentielle de ces nouvelles maîtresses du monde n’est autre que la manipulation, que l’on pourrait définir comme suit : le remplacement systématique des lois divines et naturelles par des réglementations élaborées dans le seul but de promouvoir les ambition propres de leurs auteurs, réglementations que l’on décore de la belle appellation de « droit positif », que l’on impose généralement par la ruse mais que l’on n’hésitera pas à défendre par la violence. Ces ambitions peuvent être la promotion d’une idéologie ou d’une religion particulière, la lutte, au contraire contre une religion établie - par exemple, le catholicisme - mais souvent, à en juger par les évolutions parfois considérables des idéologies proclamées, on est en droit de penser que la seule et vraie ambition est tout simplement de s’emparer du pouvoir et de le garder. Le pouvoir, qui, dans la logique des choses, devrait être le moyen, devient ainsi le but, ce qui est assez fascinant. L’Eglise conciliaire semble malheureusement s’être laissé fasciner.

Contrairement à la propagande dont on nous accable, l’Eglise est une société où la liberté - entendue dans son sens vrai, de liberté de faire notre devoir, conformément à notre nature - a toujours été en grande faveur, où l’intérêt des individus est sacré, où l’opinion des laïcs, ainsi que je le rappelais plus haut, a toujours été reçue avec déférence. Aussi est-ce une évolution étonnante que celle que nous avons vue avec le concile : une cristallisation de l’administration ecclésiastique en un bloc autoritaire, fermé à toute autre voix que la sienne et fulminant obligations, interdits, directives culturelles déstabilisantes et mesures administratives arbitraires - tout en se proclamant ouvert au monde extérieur comme jamais l’Eglise des siècle passé ne l’aurait été. Un des grands succès (si l’on peut dire) des sociétés de pensées a été l’établissement de la dictature communiste en Russie. Je me dis parfois que lorsque la Sainte Vierge disait à Lucie que si l’Eglise ne consacrait pas ce malheureux pays à son coeur immaculé, ses idées se répandraient dans le monde entier, c’est à cette logique de conquête du pouvoir propre aux sociétés de pensée qu’elle pensait. Si c’est le cas, les idées de la Russie se sont répandues non seulement dans le monde entier, mais jusqu’au Vatican. Depuis 1965, nous avons vu tomber de Rome des interdictions inouïes telles celle de célébrer la messe de toujours ou, pour les pays catholiques, de reconnaître le catholicisme comme religion d’Etat. Nous avons vu des obligations absurdes, telle celle faite aux évêques de dissoudre leur autorité dans des conférences épiscopales irresponsables. Nous avons vu la disparition du droit, des interdits non justifiés, des excommunications sauvages, le limogeage des professeurs de séminaires jugés trop traditionnels, la mise à la retraite des clercs trop lents à se plier aux courants nouveaux, le remplacement des directeurs de périodiques classés trop « à droite » etc.. Nous nous sommes vu imposer des initiatives culturelles et cultuelles imbéciles, des traductions vicieuses des textes bibliques, le massacre des ornements liturgiques, la chasse aux statues qui autrefois ornaient nos églises, le déplacement des tabernacles et des autels, le remplacement systématique des prie-Dieu par des sièges ne permettant pas l’agenouillement, des cérémonies oecuméniques loufoques et sacrilèges. Nous avons entendu des encouragements à la construction de mosquées, des délires de repentance absurde. Nous avons vu nos hiérarques concentrer l’enseignement catholique entre quelques mains bien contrôlées et nous forcer à l’adoption des programmes d’éducation concoctés par des Etats anti-chrétiens. Or toutes ces mesures, en parfaite contradiction avec les façons de faire auxquelles l’Eglise nous avait habitués depuis les origines, ont été imposées artificieusement et autoritairement par une minorité qui a eu l’impudence de se qualifier elle-même de libérale. Ce n’est en rien une exagération que de dire que l’Eglise - ou plus exactement la minorité active qui a connu son apogée au concile et dans les années qui ont suivi - a calqué simplement ses façons de faire sur celles des clubs plus ou moins secrets qui, depuis quelques siècles dominent nos malheureux pays (au moins depuis la Régence en France, depuis l’avènement du Protestantisme en Allemagne et en Angleterre, depuis les guerres péninsulaires et le triomphe de la franc-maçonnerie dans les pays de langue espagnole). Du reste l’allégeance de plusieurs prélats de la Curie Romaine, parmi lesquels certains occupant des positions éminentes, à des sociétés secrètes antichrétienne n’est-elle pas de notoriété publique ?

On a beaucoup critiqué ceux qui ont dit que le concile pouvait être interprété à la lumière de la tradition, mais que c’était l’application de l’après-concile qui avait vidé les églises. En fait, le diagnostic est exact. On peut naturellement chipoter sur l’expression d’ »après concile ». C’est bien au concile même, en effet, qu’ont été lancés les mots d’ordre et distillées les petites phrases qui ont plongé la chrétienté dans son état de sidération actuel, mais il est vrai que c’est la perversion de la machinerie ecclésiastique qui a tout changé. Et la principale objection à Vatican II est bien là. Ce sont les pratiques imposées dans sa foulée qui ont privé les chrétiens de sacrement, vidé les églises, rendu plus difficile l’éducation de leurs enfants et, on peut le craindre, augmenté le nombre des âmes perdues pour l’éternité.

Quant à la doctrine conciliaire, encore une fois, qu’on ne nous fasse pas dire qu’elle est sans reproche. Mais enfin, ses pères n’ont pas osé y introduire de franches hérésies. C’eût en contradiction avec la logique même de manipulation à laquelle ils (ou du moins ceux qui tenaient les rênes) s’étaient convertis. Leur technique a consisté à parsemer les textes de phrases ambiguës. Or, ainsi qu’indiqué plus haut, l’avantage des phrases ambiguës est qu’on peut les redresser pour peu qu’on en ait la volonté. Mais quel serait l’intérêt de corriger ces ambiguïtés si la machinerie de l’Eglise conciliaire demeure la même ? Si l’on va au fond des choses, il est clair que cette machinerie dévoyée n’a pas besoin d’une théologie mauvaise pour pousser à ses fins. Dans le domaine des communications, le canadien Mc Luhan a trouvé une formule qui est devenue populaire : « c’est le media qui est le message ». En d’autres termes : peu importe ce que disent les media, c’est leur existence même qui influence la société. Je décalquerais volontiers la formule dans le cas présent : « c’est la machinerie conciliaire qui est la théologie ». Et, dans ces conditions, la conclusion s’impose. C’est à la machinerie qu’il faut s’attaquer en priorité.
Second point : il est vain d’insister pour que l’Eglise désavoue formellement le concile. Le mieux qui puisse être espéré est que ce funeste événement tombe peu à peu dans l’oubli.
Les administrations ont horreur d’être désavouées ou de reconnaître leurs errements. Cela part d’un constat simple : l’autorité, pour être légitime aux yeux des administrés, doit toujours se raccrocher à quelque chose qui dépasse l’humain ordinaire. Reconnaître ses torts ramène au plan humain ordinaire et constitue donc un danger pour l’autorité, à moins, naturellement, que celle-ci puisse se référer à une autorité plus haute. On nous dira que tel est bien le cas de l’Eglise catholique. Le pape n’est que le vicaire du Christ, les évêques ne sont que les serviteurs des serviteurs de Dieu. L’expérience montre cependant que, sauf le cas des saints, rares sont ceux qui acceptent de reconnaître leurs erreurs et de supprimer, par exemple, de leurs écrits les pages désavouées par la hiérarchie ou susceptibles de causer du scandale. Et pour ce qui est plus particulièrement de notre temps, la Sainte Vierge nous a bien dit de ne nous faire aucune illusion : « Les prêtres, ministres de mon Fils, les prêtres par leur mauvaise vie, par leurs irrévérences et leur impiété à célébrer les saints mystères, par l’amour de l’argent, l’amour de l’honneur et des plaisirs, les prêtres sont devenus des cloaques d’impureté », nous a-t-elle dit à La Salette, et, à Garabandal (le 18 juin 1965), elle a fait dire par l’archange Saint Michel (parce que cela lui faisait trop de peine de le dire elle-même) « Les Cardinaux, Evêques et Prêtres marchent nombreux sur le chemin de la perdition » Dans ces conditions, on ne peut qu’être d’accord avec l’abbé de Cacqueray quand il juge (dans son éditorial de numéro de Fidéliter déjà cité) extrêmement improbable ce qu’il appelle, à la suite des Romains antiques une « damnatio memoriae » - l’effacement de a mémoire - du concile.

D’ailleurs, même dans le meilleur des cas, celui d’une conversion subite de tous les théologiens et tous les évêques, une condamnation formelle des textes litigieux du concile ne serait pas facile, étant donné que ces textes ne sont généralement pas formellement hérétiques, mais ambigus. Entrer en discussion pour une ré-édition des textes conciliaire serait dans ces conditions s’engager dans un processus extrêmement long, ce que, dans les circonstances présentes, la chrétienté peut difficilement se permettre.
Prenons quelques exemples.
Premier exemple : le texte du Concile contient, et le Compendium reprend (Question 163) la proposition suivante « dans les Eglises et Communautés ecclésiales qui se sont séparées de la pleine communion de l’Eglise catholique, se rencontrent de nombreux éléments de sanctification et de vérité ». Scandale. On sait, évidemment à quels abus ont conduit l’oecuménisme délirant de ces dernières années. Mais le texte de la proposition est-il si évidemment condamnable ? Considérons un cas historique. Celui de la conversion du Cardinal Manning. Le 6 avril 1851, Henry Edouard Manning, jusque là archidiacre de l’Eglise Anglicane, était reçu dans l’Eglise catholique. Deux mois plus tard, le 14 juin 1851, il était ordonné prêtre par le Cardinal Wiseman (qui, lui n’était pas un converti, mais un catholique de naissance très proche du pape Pie IX), lequel avait considéré que son ministère au sein de l’Eglise Anglicane avait constitué une préparation adéquate au sacerdoce tant sur le plan de la sainteté personnelle que celui des connaissances théologiques. Il me semble que cet exemple donne un certain poids à la déclaration conciliaire. Du reste Saint Pierre Canisius faisait déjà une distinction entre les protestants de la première génération et ceux des générations suivantes, pour qui il avait les plus grandes indulgences. Il me semble dans ces conditions que porter le débat sur la reformulation de cette proposition conduirait à des discussions interminables.

Second exemple. L’opinion d’Urs von Balthasar sur la population de l’enfer. Le père Urs von Balthasar n’a pas participé personnellement au concile, mais le moins que l’on puisse dire est que son influence s’y est fait fortement sentir. On lui prête une déclaration selon laquelle l’enfer existerait bien, mais serait vide. Cette opinion a provoqué des dégâts immenses dans la mesure où « La crainte de l’enfer est le commencement de la sagesse ». Il est regrettable qu’un grand esprit comme ce théologien se soit prêté à des déclarations dont le démon pouvait aussi aisément faire son profit. Cependant, ces déclarations, faut-il que Rome les désavoue explicitement ? Peut-être, mais la tâche ne serait pas aussi simple qu’on pourrait le penser. Pour commencer, Urs von Balthasar n’a pas dit, comme on le répète, que l’enfer était vide. Ce qu’il a dit est qu’il était plus chrétien de souhaiter qu’il le soit que de prendre plaisir à l’imaginer peuplé. Bien entendu, au moment où elle a été faite, cette déclaration était mal venue et le père aurait mieux fait de s’en abstenir. Mais comment réagir utilement ? L’attaquer cette opinion sur le plan de l’orthodoxie n’est pas vraiment la bonne idée. Il ne s’agit pas d’une de ces hérésies coulées dans le bronze dont on doive considérer l’auteur comme un excommunié. Après tout l’Eglise, qui a proclamé la sainteté de tant de ses enfants, s’est toujours défendu de proclamer la damnation de quiconque (quoi qu’on puisse discuter la chose dans le cas de Judas). En vérité, ce qui est détestable dans cette opinion c’est le trouble qu’ont provoqué ceux qui l’ont reprise pour l’exagérer afin d’évacuer la crainte de l’enfer dans le bon peuple. Réagir en théologien conduirait dans ce cas-ci encore à des débats interminables, alors que ce qui est urgent est de s’en prendre à la machinerie, à l’état d’esprit qui a conduit des clercs dévoyés à utiliser cette opinion douteuse pour détruire la foi des simples.

Troisième exemple. Le problème de la liberté religieuse. Encore une fois, les applications que l’on a faites en pratique de ce qu’a dit le concile sont injustifiables. Qu’il suffise de rappeler que lorsque le Général Franco s’est vu sommer par le Vatican d’ôter de la constitution espagnole la référence au catholicisme comme religion d’Etat, il a été si choqué qu’il a exigé d’en recevoir la demande par écrit (et il l’a reçue). Ceci dit, le texte, tel que résumé dans le Compendium est le suivant (Q 365) : « ...le droit d’exercer sa liberté...doit toujours être respecté, notamment en matière morale et religieuse. Il doit être civilement reconnu et protégé dans les limites du bien commun et de l’ordre public. ». Le texte est critiquable. Bien. Alors, que souhaitons-nous ? Supprimer carrément la liberté religieuse comme le fait l’Islam ? Bien sûr que non. Ce que nous voudrions est un texte plus attentif à indiquer que si la vérité a des droits, l’erreur, en soi, n’a droit qu’à la tolérance. Ce serait souhaitable en effet. Mais est-il bien intelligent encore une fois de mettre la priorité sur l’obtention d’un texte plus acceptable plutôt que de persuader l’autorité de mettre fin à aux abus de l’œcuménisme ? D’autant que ces abus, les impies qui se sont emparés des commandes de l’Eglise sont bien décidés à perpétuer quand bien même l’on procéderait à une édition révisée des textes du Concile et du Catéchisme de l’Eglise catholique.

Il me semble, au terme de ses réflexions, que ce qui importe avant tout, au moment où nous sommes, c’est de ne pas nous tromper sur les priorités. Que les spécialistes et théologiens exagérément soucieux de l’emporter dans une polémique où, bien entendu, l’Eglise finira bien par leur donner raison, acceptent de faire preuve de patience. Qu’ils ouvrent les yeux et regardent dans quelles conditions le malheureux peuple chrétien est forcé de vivre (ou, comme aurait dit Paul VI, de ‘subsister’). Qu’ils acceptent de voir ces églises paroissiales désespérément vides alors que les prêtres des villes s’assemblent à douze ou vingt pour des concélébrations clownesques. Qu’ils pensent à tous ces chrétiens dans l’incapacité de trouver un confesseur ou un prêtre disposé à apporter les derniers sacrements à leurs parents qui s’éteignent. Qu’ils pensent à ces familles choquées de voir leurs enfants sortir d’une école dite catholique mieux instruits du Coran et du Boudisme que de leur propre foi, incapables de réciter le Pater. Qu’ils pensent à ces pères et mères désespérés de voir leurs enfants vivre dans le concubinage et l’indifférence religieuse. Qu’ils essaient d’imaginer ce que peut être l’indignation du chrétien de base quand il voit la Sécurité sociale utiliser ses cotisations obligatoires pour financer le crime de l’avortement, le fils d’un journaliste catholique célèbre s’ériger en défenseur d’une loi proscrivant l’homophobie, les impôts utilisés à promouvoir l’instauration d’une république islamique sur nos terres autrefois chrétiennes, et tout cela sans une protestation, sans une remarque, sans un appel à la prière de la part de nos soi-disant évêques. Nous vivons dans un monde ou, quand le Roi des Belges a refusé d’avaliser la loi autorisant l’avortement, il n’a reçu aucun soutien de la hiérarchie, où, quand le Président des Etats-Unis a proposé au Vatican de lancer une campagne conjointe contre l’avortement, il s’est vu opposer une fin de non-recevoir, où lorsque les catholique Italiens ont tenté de revenir par référendum sur les lois infanticides, ils n’ont obtenu aucun soutien ni du pape ni de leurs évêques. Et c’est alors que nous sommes confrontés à des horreurs pareilles que des prêtres voudraient que nous mettions la priorité sur la reformulation de quelques textes ambigus. Il y a des moments où les intellectuels font réellement horreur.

En fait, ce qui nous paraîtrait le plus opportun concernant les discussions avec le Saint Siège serait de tâcher d’obtenir une sorte de « gentleman’s agreement » par lequel les deux parties se promettent de garder, autant que possible, le silence sur le malheureux Concile Vatican II et de se consacrer à la préparation de quelques mesures pratiques. Lesquelles ? Eh bien, en premier lieu, naturellement la levée de l’interdiction de la messe de Saint Pie V. Peut-être - car la résistance sera dure et il y a tant de faces à sauver ! - peut-être faudra-t-il accepter certains compromis, par exemple, le maintien de la prière universelle à la messe dominicale. Il y aura là une négociation à préparer. Il faudra distinguer ce qui est essentiel de ce qui ne l’est pas. Ensuite, on pourrait penser à d’autres mesures, telles que :

- le rétablissement de la responsabilité personnelle des évêques et la mise en sourdine des conférences épiscopales (le principe des conférences épiscopales fait penser à l’affaire du sida en France, où l’administration avait pris la décision de mélanger les réserves sanguines de toutes origines pour s’étonner ensuite de trouver l’ensemble contaminé - de façon analogue, dans les conférences épiscopales, un seul avis négatif suffit à paralyser tout un épiscopat. En son genre, c’est génial)

- la reconnaissance formelle que nos chefs d’Etat, après avoir imposé l’avortement, favorisé l’immoralité, refusé toute allusion aux racines chrétiennes de l’Europe et maintenant leur obstination à nous imposer l’Islam et la Turquie, se sont retirés d’eux-mêmes de la communauté des chrétiens et ont rejoint les rangs des Néron, Dioclétien, Mahomet et autres persécuteurs de l’Eglise

- la mise hors circuit des mauvais ecclésiastiques, quel que soit leur rang, de la même façon qu’ont été écartés sans ménagement les bons ecclésiastiques par les tenants de l’idéologie dominante de l’après-concile

- le retour au prosélytisme et la fin des coquetteries à l’égard d’un Islam redevenu conquérant

On pourrait, évidemment ajouter pas mal d’autres mesures, mais il vaudrait mieux s’en abstenir. Cette liste est déjà trop longue. La résistance des mauvais sera telle qu’il sera sans doute bien difficile d’obtenir la victoire sur plus d’un seul point. Dans ce cas, bien évidemment, la priorité ne peut être que le premier : le rétablissement de la vraie messe. De ce rétablissement pourra du reste être espéré un rétablissement de la circulation de la grâce qui, à terme peut-être pas si lointain, conduira à l’assainissement de toute la machinerie de l’Eglise.
Troisième point : ce que l’on peut savoir aujourd’hui des intentions du pape est encourageant. Si cela se confirme, la priorité est d’aider Benoît XVI à oeuvrer au rétablissement de la chrétienté.
Les critiques envers le Cardinal Ratzinger (aujourd’hui Benoît XVI) que l’on peut trouver dans les revues et sur les sites internet des milieux traditionalistes et sédévacantistes sont parfois affligeantes, au point qu’on se demande parfois si le principal souci de certains n’est pas tout simplement de maintenir leur petit commerce. Bien sûr, là, j’exagère. Aux yeux de tout catholique il est évidemment préférable (c’est d’ailleurs une question de salut) d’être le dernier dans l’Eglise de Dieu que le premier ailleurs. Il est clair que, après les déceptions que nous avons connues, la prudence s’impose. Cependant il y a une complaisance dans l’amertume qui s’apparente de très près à l’obstination coupable.

On peut comprendre que les Français aient parfois du mal à s’adapter aux méandres de la pensée d’un Allemand. Il n’est pas toujours facile d’admettre qu’une citation d’un penseur germanique faisant moins d’une page ne peut être qu’une citation tronquée. Le cardinal Ratzinger, en particulier, est tellement attentif, dans ses écrits, à explorer toutes les possibilités de solution aux problèmes qu’il traite qu’il est extrêmement aisé d’y trouver telle ou telle ligne damnable. La simple honnêteté demande cependant qu’on vérifie avec soin alors si cette ligne représente bien sa pensée à lui. Cela n’est pas toujours fait. D’autre part, les activités du Cardinal l’ont amené à connaître et souvent à se lier d’amitié avec d’autres intellectuels, dont la pensée a pu avoir un caractère un peu trop aventureux. Un certain nombre de publications de chez nous s’en autorisent parfois pour lui prêter les opinions contestables de ceux-ci - c’est le cas par exemple en ce qui concerne les opinions d’Urs von Balthasar. Il s’agit, là encore, d’une légèreté coupable. La palme de la mauvaise humeur me semble revenir au jugement que s’est autorisé un périodique ami après la parution des Mémoires du cardinal. A un certain moment le Cardinal évoque sa faim de connaissances lors de ses années de séminaire à Freising au lendemain de la seconde guerre mondiale. Le commentaire est le suivant : « Cette faim de connaissance semblait dirigée vers le profane. Où était l’inspiration de servir Dieu et de sauver les âmes en quittant tout ? Au contraire, une large place était accordée à la littérature et à la pensée philosophico-scientifique contemporaine, faussement qualifiée de recherche ‘sur le chemin de Dieu’ ». Ce type de jugement téméraire est inacceptable.

Aujourd’hui cependant, le cardinal Ratzinger s’éloigne dans le passé, et c’est devant Benoît XVI que nous nous trouvons. Même dans le monde profane, personne ne peut prévoir la façon dont un être évoluera dès lors qu’il accède à un poste de commandement et l’on considère comme un devoir de saluer cette accession avec un a priori favorable. Que dire dans le cas du poste le plus élevé qui soit sur terre, celui de vicaire de Jésus-Christ ?.

Un certain nombre d’événements du passé de Benoît XVI encouragent d’ailleurs à un a priori favorable. C’est sa patte que l’on trouve derrière un certain nombre des meilleurs documents du pontificat de Jean-Paul II, son nom n’a jamais figuré sur aucune des listes qui ont circulé pour dénoncer les prélats inféodés aux sociétés secrètes, et l’on a remarqué l’astuce avec laquelle il a su se démarquer de quelques unes des initiatives les plus critiquables de son prédécesseur - la première réunion oecuménique d’Assise, en particulier. Ceci, diront les esprits chagrins est cependant bien peu de chose au regard des thèses contestables défendues dans ses livres. J’ai la faiblesse de considérer que les critiques des écrits du Cardinal Ratzinger sont souvent exagérément sévères, mais passons. Aujourd’hui Ratzinger n’est plus sous l’obéissance d’un supérieur. Les initiatives de ses premiers mois de pontificat sont-elles ou non encourageantes ?

Franchement, il me semble que oui, et je donnerai quelques illustrations :

- Il y a tout d’abord la parution du Compendium. Pour la première fois depuis la mort de Pie XII, voici que la catholicité reçoit un catéchisme compréhensible, net dans ses questions et réponses, et adapté aux besoins d’aujourd’hui. Pour la première fois, nous voyons une condamnation claire de l’avortement, des manipulations sur l’embryon humain, de l’homosexualité, de la pornographie, du refus de la fécondité, de l’euthanasie, des pratiques commerciales sauvages. Pour la première fois depuis près de soixante ans ! Comment bouder son plaisir. D’autant qu’au passage, le Compendium fait litière d’un certain nombre d’idées fausses propagées sous le manteau du Concile (par exemple la question 208 nous rappelle l’existence du purgatoire et d’un enfer éternel) et fait évoluer dans un sens orthodoxe un certain nombre des termes ambigus du Concile (ainsi, la question 112 nous définit le mystère pascal comme comprenant la passion, la mort, la résurrection et la glorification de Notre-Seigneur, précisant que le « dessein sauveur de Dieu s’est accompli une fois pour toute par la mort rédemptrice de Jésus-Christ », et la question 512 précise que la doctrine sociale de l’Eglise réfute « les idéologies associées au cours de la période moderne au « communisme » ou aux autres formes athées et totalitaires de ‘socialisme’ » .... ) Par ailleurs, ne faut-il pas voir dans la disparition des références explicites aux textes conciliaires non pas une hypocrisie, mais comme une perche qui nous serait tendue ?

- Il y a ensuite un certain nombre de prises de position politiques : l’encouragement à la résistance civile des catholiques espagnols à la loi permettant le mariage entre homosexuels, en est une éclatante ; l’opposition à l’entrée de la Turquie dans la communauté Européenne en est une autre.

- Il y a certains gestes de piété, comme l’hommage solennel rendu au Saint-Sacrement et à la Sainte Vierge lors des JMJ de cet été, dans cette Allemagne où le Protestantisme demeure si présent.

- Il y a enfin la rencontre organisée avec les représentants de la Fraternité Saint Pie X, l’esprit dans lequel cette rencontre s’est déroulée et la volonté du pape d’entrer dans un processus de discussions formelles.

Voilà, me semble-t-il, des gestes qui nous permettent légitimement de penser que la long intervalle de folie qui nous a fait perdre confiance en ce qui nous arrivait du Vatican touche à sa fin. Certes tout n’est pas parfait. D’aucun s’inquiètent, et peut-être légitimement, des rencontres organisées avec les Juifs et (quoique avec beaucoup moins de solennité) les Musulmans d’Allemagne, de la réception accordée à Hans Kung, de l’absence, dans les conclusions du récent synode épiscopal d’une recommandation en faveur du rétablissement de la messe traditionnelle. Cependant l’abbé Célier, dans l’article cité plus haut, a une comparaison excellente. Parlant d’une voiture roulant au 100 à l’heure, il observe que la situation est totalement différente si avant de rouler à cette vitesse, elle faisait du 150 ou si elle faisait du 50. La dérivée, diraient les ingénieurs est négative dans un cas, positive dans l’autre. Ce n’est pas se faire illusion que de penser que, depuis l’élection de Benoit XVI, la situation a évolué dans le bon sens.

La crainte de beaucoup est que Benoît XVI soit paralysé dans son action par ses amitiés intellectuelles. On connaît la réaction de Saint Thomas consulté sur l’élection du supérieur d’un monastère. « Nous avons élu le plus savant », lui dit-on. « S’il est le plus savant, confiez-lui votre école », dit Saint Thomas. « Nous avons élu le plus saint » - « Si c’est le plus saint, c’est à la chapelle qu’il vous sera le plus utile ». Et finalement, sur les conseils de Saint Thomas, celui qui, en définitive fut élu, ce fut le plus prudent. Bien entendu, Benoît XVI est un intellectuel (et, soit dit sans offenser personne, un intellectuel plus grand que plusieurs de ses critiques les plus bruyants), mais ce que l’on ne devrait pas oublier c’est qu’il a une longue expérience du gouvernement. Certes, sa vie en paroisse a été brève. Mais il est demeuré de longues années à la tête de l’archevêché de Munich, c’est à dire d’une administration plus nombreuse que celle du Vatican lui-même. Et ces années ont été un succès, en somme, une démonstration de prudence, tant sur le plan administratif que sur le plan spirituel. Pour qui connaît le désordre dans lequel fonctionne la Curie romaine, voilà un sérieux motif d’espoir!
Conclusion
Il me semble que ce que nous pouvons commencer à deviner de l’action de Benoît XVI est qu’elle sera à la fois prudente et persévérante, évitant les coups d’éclats inutiles, mais inflexible dans sa volonté de restaurer une piété vraie et soutenue par des moeurs chrétiennes. Je ne crois pas que l’on puisse s’attendre de sa part à un désaveu solennel du concile. A quoi bon d’ailleurs ? Je crois simplement, et cela me paraît essentiel, que nous avons en ce pape un interlocuteur disposé à s’accorder avec l’univers dit traditionaliste sur un certain nombre de points pratiques, et en particulier la messe.

Il est cependant évident qu’il faut s’attendre à une résistance féroce à son action. Certaines réflexions entendues dans les hautes sphères de l’épiscopat ne laissent planer aucun doute la-dessus. L’attitude des medias non plus. Dans ces conditions, ne peut-on pas penser que le mieux que nous ayons à faire, nous, catholiques, est de nous ranger sans condition derrière le pape pour l’aider à redresser l’Eglise dans la pratique sans l’embarrasser de critiques stériles à propos du défunt concile ? L’aider ne veut pas dire « aller à Canossa » au sens où l’entend Monseigneur Fellay. S’ il était évidemment de nécessité chrétienne pour l’Empereur d’Allemagne de s’humilier comme il l’a fait à Canossa, notre désobéissance à nous répondait à un état de nécessité dont il est évidemment nécessaire de vérifier la disparition avant d’imiter l’empereur Henri IV, comme nous serons probablement amenés à le faire - avec joie - un jour prochain. Le danger auquel nous sommes confrontés dans l’immédiat est de nous tromper en définissant les garanties que nous avons le droit et le devoir d’obtenir du Souverain Pontife avant de mettre fin à ce qui, sans être évidemment un schisme, n’en est pas moins une situation anormale. Ce serait une faute très grave que de multiplier ces garanties au point d’en faire des conditions inacceptables. Si la Fraternité ne doit pas « aller à Canossa », ce n’est pas non plus au pape de le faire.

Peut-être ici une comparaison sera-t-elle éclairante. Lorsqu’une femme revient à son mari après l’avoir trompé (je parle par ouï dire), la préoccupation principale du mari est de faire tomber la faute de son épouse dans l’oubli. Notez qu’il ne s’agit pas de l’oublier lui-même. Il s’agit d’amener sa femme à l’oublier. Que l’on y réfléchisse : la partie lésée est la seule qui soit en position de faire tomber la faute dans l’oubli. Cela demande à la fois de la magnanimité et beaucoup de doigté. Nous sommes la partie lésée. Quant à la femme coupable... Nous qui sommes sorti de l’obéissance devrions faire un effort pour réaliser le trouble, la souffrance et le sentiment de culpabilité de ceux qui ont cru devoir y rester. Peut-on penser qu’ils ne soient pas tristes et humiliés, les prélats honnêtes qui n’ont pas pu s’opposer au déferlement de sottises et d’infamies qui ont réduit l’Eglise à cet état de déchéance que déplorait le cardinal Ratzinger lui-même à la veille de la mort de Jean-Paul II ?

De la magnanimité et du doigté. C’est ce que nous demandons dans nos prières pour les supérieurs de la Fraternité.

10 janvier 2006

[Abbé Grossin] Réponse à la Revue Objections

SOURCE - Abbé Grossin - La Tour de David - 10 janvier 2006

Les revues Pacte et Certitudes ont définitivement disparu pour renaître, comme la mauvaise herbe, dans la revue Objections, entièrement, exclusivement dirigée par l'abbé Guillaume de Tanoüarn. Elle représente la pensée développée par le Centre Saint Paul à Paris, où sévissent les abbés de Tanoüarn, Barthe, Aulagnier, Guelfucci, Héry Christophe (à ne pas confondre avec son frère Lionel), Laguérie Philippe (à ne pas confondre avec son frère Jacques). Les deux locomotives de ce courant de pensée sont les abbés Barthe et Tanoüarn, des professionnels de la subversion, que Rome vient de récompenser pour bons et loyaux services en leur enlevant l'excommunication de la secte conciliaire et en les réintégrant officiellement dans la dite secte. Au moins les choses sont claires pour ceux qui ont encore des yeux pour voir… L'abbé Barthe dirige, quant à lui, la revue Catholica, très favorable à un rassemblement de toutes les tendances "tradis" au sein de la secte conciliaire, admirateur, flatteur et adulateur de l'abbé Ratzinger.

Les prêtres tendent à faire accepter aux fidèles cette énormité : " Benoît XVI, le pape qui corrige Vatican II" (titre de la revue Objections n°1, décembre 2005). Je renvoie mes lecteurs à ma brochure intitulée : "Le vrai visage de Ratzinger" pour savoir quoi penser de cette ânerie. Pour ces prêtres du Centre Saint Paul, il faut à tout prix que les récalcitrants traditionnalistes rentrent dans le grand projet Ratzingerien : la réforme de la réforme. De quoi s'agit-il ? Rome veut redonner des formes et du brillant à la "liturgie" cadavérique de Buignini \On peut affirmer qu'il s'agit d'une restauration "baroque" de "Vatican d'eux" qui va rejoindre l'esprit baroque des "tradis" du Centre Saint Paul ! L'homme réalisant la jonction entre les deux est l'abbé Claude Barthe. Je renvoie mes lecteurs aux messages de CSI Diffusion à propos de ce prêtre.

L'abbé de Tanoüarn, dans son éditorial intitulé Ce que nous voulons faire, prétend défendre un style baroque.

« Depuis plus de dix ans maintenant, écrit-il, nous avons cherché à trouver un style. Ce style, nous avons souhaité le mettre sous le signe du Baroque. Il est vrai qu'en France, le Baroque a mauvaise réputation…. Et pourtant l'âge baroque, comme dit Marc Fumaroli (1), est le dernier moment historique où l'on a pu observer une symbiose entre la foi et la culture, entre la foi et la société, entre la foi et l'histoire. Les splendeurs du Baroque disent la beauté de la foi, avec cette spontanéité, cet élan, ce naturel, qui renvoie chacun, mine de rien, à une quatrième dimension oubliée : la profondeur…» Objections n°1, p. 3.

Revenons à la définition du baroque. Dans le sens premier, baroque vient du portugais "barroco" qui veut dire : "perle de forme irrégulière". Par extension, le mot baroque désigne ce qui est bizarre, inattendu, choquant, excentrique. Pour ceux qui connaissent le "cher ami d'Alain de Benoist", on peut effectivement dire que l'abbé de Tanoüarn est un prêtre baroque. Dans un deuxième sens, baroque désigne un style artistique du XVIIe et XVIIIe siècle. Bien sûr, ce deuxième sens est indissociable du premier !

Cette référence au baroque s'appuie sur une citation significative de Blaise Pascal, mise en exergue en page 2 de la revue. Cette citation est en fait un cri de révolte de l'écrivain janséniste contre le magistère ordinaire infaillible du pape : « Or, après que Rome a parlé et qu'on pense qu'il (sic !) a condamné la vérité, et qu'ils l'ont écrit, et que les livres qui ont dit le contraire ont été censurés, il faut crier d'autant plus haut qu'on est censuré plus injustement, et qu'on veut étouffer la parole plus violemment, jusqu'à ce qu'il vienne un pape qui écoute les deux parties, et qui consulte l'antiquité pour faire justice. Ainsi les bons papes trouveront encore l'Église en clameurs.» Ce sont les clameurs de la Révolution qui ont retenti durant le conciliabule de Vatican d'eux, dont Pascal ne représentait que les prémices dans son jansénisme hérétique. Les jansénistes d'Utrecht s'allieront, au XIXe siècle, avec ceux qui refuseront le Concile du Vatican à cause du dogme de l'infaillibilité pontificale, pour donner naissance à une nouvelle secte : les Vieux-Catholiques. Tous ces esprits forts refuseront l'adage antique : " Rome a parlé, la cause est finie".

Blaise Pascal, le penseur janséniste, fleuron littéraire du XVIIe siècle baroque, est un maître à penser de la revue Objections. Il est l'auteur préféré de l'abbé Christophe HÉRY, grand ami de l'abbé de Tanoüarn et collaborateur à la dite revue. L'abbé de Tanoüarn, quant à lui, partage avec l'abbé LORANS la triste admiration pour Bossuet, le penseur gallican du XVIIe siècle, l'auteur des quatre articles de l'Église gallicane. Ces deux prêtres organisèrent ensemble, au temps où ils étaient membres de la même Fraternité, un colloque pour le célébrer. Nous cernons mieux ainsi le courant de pensée et les maîtres des rédacteurs de la revue Objections.

(1) Universitaire français né le 10 juin 1932, professeur de littérature à la Sorbonne et au Collège de France, spécialiste des XVIe et XVIIe siècles, membre de l'Académie Française depuis le 2 mars 1995. Note de l'abbé Grossin.

8 janvier 2006

[Abbé Loïc Duverger, fsspx - Fideliter] Benoît XVI : Le retournement,

SOURCE - Abbé Loïc Duverger, fsspx - Fideliter n° 169 de Janvier/Février 2006

En 1985, éclatait une véritable bombe dans l'Église: le cardinal Ratzinger publiait Entretien sur la foi, sorte de livre-manifeste et retour critique sur la période post-conciliaire. On peut dire que cet ouvrage, considéré comme le « retournement » d'un théologien clairement connu dans sa jeunesse comme progressiste, a été l'une des causes principales de son élection à la papauté, vingt ans après.
Le retournement
En 1968, Josef Ratzinger paraphe la « Déclaration sur la liberté et la fonction des théologiens dans l'Église», attaque assez violente de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Sa signature voisine avec celles de Chenu, Congar, Kasper, Kûng, Rahner, Schillebeeckx. En janvier 1982, Ratzinger, devenu entretemps évêque et cardinal, est nommé par Paul VI préfet de ladite Congrégation pour la Doctrine de la Foi.
Il y a dû avoir entre ces deux dates, chez Josef Ratzinger, un cheminement. Ce « retournement » discret deviendra public en 1985, avec la parution du livre Entretien sur la foi.
Cet ouvrage va avoir un retentissement considérable. Par son auteur : un théologien respecté et peu suspect d'ntégrisme, parvenu à une haute fonction dans l'Église. Par son style : ouvert et ne se dissimulant pas derrière l'habituelle langue de buis. Par son sujet : revisiter tous les points chauds de l'après Concile. Mais surtout, par sa manière d'aborder les choses : sans se laisser enfermer dans des « pièges » médiatiques, proposer un programme de « restauration » (le mot y est) dans la fidélité à Vatican II. On comprend, dès lors, qu'une frange catholique se soit reconnue dans le discours du cardinal Ratzinger et l'ait fait élire vingt ans plus tard au souverain pontificat.
Pour essayer de comprendre ce que pourrait être (si les circonstances, le temps et la volonté du pape le permettent) le pontificat de Benoît XVI, il nous a semblé utile de relire ce livre, matrice des attitudes et travaux postérieurs du préfet de la Doctrine de la Foi.
La clé de Josef Ratzinger
Comme Josef Ratzinger y traite de nombreux sujets : la hiérarchie ecclésiastique, la morale, la place des femmes, la spiritualité, les fins derniè- res, le diable, les communautés nouvelles, la théologie de la libération, le souci missionnaire, qui ne peuvent être développés dans le cadre d'un modeste article, le plus simple et le plus utile nous a semblé de présenter systématiquement la pensée de Josef Ratzinger sur le concile Vatican II : car là se trouve certainement le nœud de son action.
Le cardinal commence par une donnée factuelle qui va orienter toute son analyse. Depuis le Concile, déclare- t-il, l'Église est en crise :
« II est incontestable que les dix dernières années ont été décidément défavorables pour l'Église catholique» (p. 30).
Une crise après le Concile
Cette crise est réelle:
« Comme je l'expliquerai amplement, mon diagnostic est qu'il s'agit d'une véritable crise, qui doit être soignée et guérie » (p. 36).
Cette crise est grave :
« Le catholique, avec lucidité et donc avec souffrance, voit les dégâts engendrés dans son Église par les déformations de Vatican II » (p. 43).
Cette crise correspond à une forme de "protestantisation":
«Celui qui parle aujourd'hui de "protestantisation" de l'Église catholique . veut en général dire par là - une transformation du concept fondamental de l'Église : (...). Le danger d'une telle transformation est réel : ce n'est pas qu'un épouvantail agité dans quelques milieux intégristes» (p. 190).
Cette crise résulte d'une rupture avec la tradition : II
«Après le Concile (...) se fit jour l'opinion selon laquelle la tradition théologique existant jusqu'alors n'était plus acceptable et que, par conséquent, on devait chercher, à partir de l'Écriture et des signes des temps, des orientations théologiques et spirituelles totalement inédites» (p. 218).
On peut noter, toutefois, que si ce diagnostic sur l'existence d'une crise est plutôt franc, Ratzinger reste le plus souvent dans des généralités, sans préciser où et comment se manifeste cette crise.
Une crise inattendue
Le cardinal continue en notant que cette crise a contredit des attentes optimistes. Et d'abord celles de Jean XXIII et de Paul VI :
« La période post-conciliaire a paru bien peu correspondre aux espérances de Jean XXIII qui s'attendait à une "nou velle Pentecôte"» (p. 184). « Les résultats qui ont suivi le Concile semblent cruellement opposés à l'attente de tous, à commencer par celle : du pape Jean XXIII, puis de Paul VI» (p. 30).
Mais c'est en réalité l'ensemble des Pères conciliaires dont l'espérance aurait été cruellement trompée :
«Les papes et les Pères conciliaires s'attendaient à une nouvelle unité catholique et, au contraire, on est allé vers une dissension qui (...) semble être passée de l'auto-critique à l'auto-destruction. On s'attendait à un nouvel enthousiasme. et on a trop souvent abouti, au contraire, à l'ennui et au découragement. On s'attendait à un bond en avant et l'on s'est trouvé face à un processus évolutif de décadence» (pp. 30-31).
Cependant, en affirmant que cette crise était inattendue, Josef Ratzinger ne résout pas l'antinomie du Concile : comment un concile qui se voulait « pastoral », donc spécialement averti des réalités contemporaines, a-t-il pu si facilement se trouver dépassé par une crise générale, tant interne qu'externe ?
Causes de cette crise
L'existence d'une crise étant admise, l'actuel pape cherche à en déterminer les causes. Il en pose d'abord de très générales.
«Je suis convaincu que les dégâts que nous avons subis en ces vingt années ne sont pas dus au "vrai" Concile, mais au déchaînement, à l'intérieur, de l'Église, de forces latentes agressives et centrifuges; et à l'extérieur, ils sont dus à l'impact d'une révolution culturelle en Occident : l'affirmation d'une classe moyenne supérieure, la nouvelle "bourgeoisie du tertiaire", avec son idéologie libéralo-radicale » (pp. 31-32).
Il précise ensuite certaines des causes internes, et d'abord en ce qui concerne les fidèles :
«Chez beaucoup de catholiques, il y a eu en ces années-là une ouverture sans filtres ni freins au monde, c'est-à-dire à la mentalité moderne dominante, tandis qu'on mettait simultanément en discussion les bases mêmes du depositum fïdei » (p. 38).
Les théologiens ont aussi leur part de responsabilité :
« Les documents [du Concile] ont été immédiatement ensevelis sous un amas de publications superficielles ou franchement inexactes» (p. 43).
Les causes internes se résument pour Ratzinger en ce qu'il caractérise comme le faux « esprit du Concile » :
« Déjà. lors des séances [du Concile], puis de plus en plus durant la période qui a suivi, s'est opposé un prétendu "esprit du Concile" qui, en réalité, en est un véritable "anti-esprit". Selon ce pernicieux Konzi'ls-Ungeist ,toutcequiest"nouveau" (ou présumé tel) serait toujours, quoi qu'il en soit, meilleur que ce qui a été ou que ce qui est » (pp. 36-37).
Donc, pour lui, la crise post- conciliaire provient d'une crise de civilisation indépendante du Concile, et d'une mauvaise «réception» de ce Concile.
Le futur pape fait ainsi l'impasse sur une réalité fondamentale et sur une question centrale. La réalité fondamentale est que Vatican II a été interprété et mis en œuvre par ceux-là mêmes qui l'avaient fait. il est donc étonnant, et anormal, que la compréhension commune du Concile, qui devrait être le fruit de cette mise en œuvre, soit l'exact opposé de la réalité du Concile.
La question centrale, de son côté, est simple : pour quel motif devrions-nous éliminer par principe, dans l'analyse d'une crise qui suit un concile, les responsabilités éventuelles de ce concile lui-même?
Abandonner des voies mauvaises
Ayant discerné ce qu'il estime être les causes de la crise, Josef Ratzinger demande d'abord, fort logiquement, que l'on abandonne les voies reconnues comme mauvaises :
« Une réforme réelle de l'Égli- se présuppose un abandon sans équivoque des voies er- ronées dont les conséquences catastrophiques sont désormais incontestables » (p. 31).
A ses yeux, il ne faut pas hésiter à revenir en arrière, quitte à mécontenter :
« Après la phase des "ouvertures" sans discrimination, il est temps que le chrétien retrouve la conscience d'appartenir à une minorité (...). Il est temps de retrouver le courage de l'anticonformisme, la capacité de s'opposer, de dénoncer bien des tendances de la culture La parution de l'ouvrage Entretien sur la foi constitua un événement considérable dans l'histoire de l'Église post-conciliaire. ambiante, en renonçant à cer- taine solidarité euphorique post-conciliaire» (p. 39), ou encore à une « vision eupho- rique de la première période post-conciliaire» (p. 136).
Le cardinal n'hésite pas à employer le mot de « restauration », qui suscitera une polémique :
« Si, par restauration, l'on entend un retour en arrière, alors aucune restauration n'est possible. L'Église marche vers l'accomplissement de l'histoire, elle regarde en avant vers le Seigneur qui vient. (...) Mais si, par restauration, on entend la recherche d'un nouvel équilibre après les exagérations d'une ouverture sans discernement au monde, après les interprétations trop positives d'un monde agnostique et athée, eh bien ! alors, une restauration entendue en ce sens-là, c'est-à-dire un équilibre renouvelé des orientations et des valeurs à l'intérieur de la catholicité tout entière, serait tout à fait souhaitable » (p. 40).
Entre progressisme et conservatisme
Quelle sera alors la clé d'une telle « restauration » ? Josef Ratzinger commence par rejeter dos à dos ceux qu'il appelle les progressistes et les conservateurs :
« Vatican II est aujourd'hui perçu sous un jour crépusculaire. Par l'aile dite "progressiste", il est considéré depuis long- temps comme complètement dépassé, et par conséquent comme un fait révolu, sans plus d'importance pour le présent. Par le côté opposé, par l'aile "conservatrice", il est considéré comme responsable de la décadence actuelle de l'Église catholique » (p. 28).
Un concile qui fait autorité
Or, pour Josef Ratzinger, Vatican II fait autorité, on ne peut s'en affranchir :
« Vis-à- vis de ces deux positions contraires, il faut préciser avant tout que Vatican II est fondé sur la même autorité que Vatican I et le concile de Trente : c'est-à-dire le pape et le Collège des évêques en communion avec lui » (pp. 28-29).
Donc, à ses yeux,
« il est impossible pour un catholique de prendre position "en faveur" de Vatican II et "contre" le concile de Trente et Vatican I . Quiconque accepte Vatican II tel qu'il s'est lui-même clairement exprimé et compris, affirme en même temps toute la tradition ininterrompue de l'Église catholique. (...) De la même manière, il est impossible de se ranger "en faveur" du concile de Trente et de Vatican I et "contre" Vatican II. Quiconque nie Vatican II nie l'autorité qui soutient les deux autres conciles » (p. 29).
Pour Ratzinger, toutefois, Vatican II ne fait pas autorité seulement par son statut canonique, analogue à celui des autres conciles : il se situe dans la même fidélité au dépôt de la foi.
« L'intention du pape qui prit l'initiative de Vatican II, Jean XXIII, et de celui qui l'a fidèlement continué, Paul VI, n'était pas du tout de mettre en discussion un depositum fidei que tous deux, au contraire, considéraient comme au-delà de toute discussion, désormais assuré. (...) Vatican II n'entendait certes pas "changer la foi", mais la présenter de nouveau de façon efficace » (p. 37-38).
Refuser toute rupture
Donc,
« il faut s'opposer à tout prix à cette vue schématique d'un avant et d'un après dans l'histoire de l'Église, qu'on ne peut aucunement étayer par des documents qui, eux, ne font que réaffirmer la continuité du catholicisme. (...) Dans cette histoire, il n'y a pas de sauts, il n'y a pas de brisures, il n'y a pas de solutions de continuité. Le Concile n'entendait pas du tout introduire un partage en deux du temps de l'Église » (p. 37).
Ce qui signifie, pour l'actuel pape, que le Concile, en tant que tel, n'est aucunement responsable de la crise qui l'a suivi :
« Dans ses expressions officielles, dans ses documents authentiques, Vatican II ne peut être considéré comme responsable de cette évolution qui (au contraire) contredit radicalement aussi bien la lettre que l'esprit des Pères conciliaires» (p. 31).
Rester fidèle au « vrai concile»
Josef Ratzinger propose alors, comme remède central à la crise actuelle, d'en revenir au Concile lui-même, dans son authenticité. Il l'explique en parlant de la revue hyper-progressiste Concilium, dont il fut l'un des fondateurs.
« Dès les premières réunions, je fis consigner par mes collègues deux exigences. (...) Secundo : il fallait faire face à la réalité de Vatican II, à la lettre et à l'esprit authentique du Concile authentique, non à quelque imaginaire Vatican III ; donc, sans échappées solitaires en avant. Ces exigences ont été par la suite de moins en moins prises en considération, jusqu'à un tournant (...), quand quelqu'un commença à dire que les textes de Vatican II ne pouvaient plus être le point de référence (...). J'ai toujours voulu rester fidèle à Vatican II, cet aujourd'hui de l'Église, sans nostalgie pour un hier irrémédiablement passé, sans impatience pour un demain qui ne nous appartient pas » (p. 17).
Vatican II est le remède
Pour le cardinal, Vatican II est en réalité le vrai remède à la crise de l'Église.
« Pour cette guérison [de la crise], Vatican II est une réalité qu'il faut accepter pleinement, à condition cependant qu'il ne soit pas considéré comme un point de départ dont on s'éloigne en courant, mais bien plutôt comme une base sur laquelle il faut construire solidement. Aujourd'hui, en outre, nous découvrons sa fonction prophétique : certains textes de Vatican II, au moment de leur proclamation, semblaient vraiment en avance sur les temps que l'on vivait alors. Des révolutions culturelles et des séismes sociaux sont survenus après coup, que les Pères ne pouvaient absolument pas prévoir, mais qui ont révélé combien leurs réponses - alors en avance- étaient celles qui convenaient pour la suite. Voilà donc pourquoi en revenir aux documents est particulièrement actuel. Ils nous fournissent les instruments adéquats pour affronter les problèmes d'aujourd'hui. Nous sommes appelés à reconstruire l'Église, non malgré, mais grâce au vrai Concile » (p. 36).
Et même,
« le véritable temps de Vatican II n'est pas encore venu, et on n'a pas encore commencé à le recevoir de façon authentique. (...) La lecture de la lettre des documents peut nous faire redécouvrir leur véritable esprit » (p. 43).
Cette question de Vatican II est sans doute ce qui nous sépare le plus fondamentalement de Benoît XVI. Comme nous venons de le montrer, le pape, pour combattre la crise actuelle de l'Église, veut, au-delà des interprétations abusives du Concile, revenir à la réalité de ses textes en les interprétant selon ce qu'il pense être leur véritable esprit, qu'il définit désormais comme « l'intention des Pères du Concile eux-mêmes». Tel est à ses yeux le vrai remède.
Or, nous sommes convaincus, pour notre part, que ce sont les textes de Vatican II eux-mêmes qui recèlent de véritables difficultés pour la foi, voire des contradictions. Et que ces difficultés graves, qui appartiennent à la lettre même des textes du Concile, au-delà des abus nés d'une période troublée, sont l'origine de la persistance de la crise.
Les entretiens doctrinaux qui se profilent entre Rome et la Fraternité Saint-Pie X devront examiner ce point central de divergence, en toute charité sans doute, mais sans rien abandonner des exigences de la vérité.

Abbé Loïc Duverger +

6 janvier 2006

[Golias] Des évêques de France se rallient aux ex-lefebvristes

SOURCE - Rédaction de GOLIAS - 6 janvier 2006

C’est le cardinal Decourtray, archevêque de Lyon, qui avait accordé aux “ralliés” de la Fraternité Saint-Pierre l’usage de l’église lyonnaise (non paroissiale) portant le nom de Saint Georges. Trois cardinaux plus tard, c’est Mgr Barbarin qui leur offre un séminaire sur les pentes de Francheville, la colline piquetée de maisons religieuses...

Pour commencer, un lieu de culte, et maintenant un séminaire : ça y est, la rentrée complète des marginaux tradis dans le troupeau romain est bel et bien enclenchée. Pour préparer la suite en douceur, le retour pur et simple des « schismatiques » de la Fraternité Saint Pie X, autrement dit les fils fidèles de Mgr Lefebvre.

Pour ceux de nos lecteurs qui perdraient encore leur latin dans ces fraternités d’ “ intégristes ”, rappelons rapidement leurs origines. Mgr Lefebvre, non encore excommunié, avait fondé en Suisse en 1970, à l’intérieur de l’Eglise romaine, une fraternité regroupant des catholiques qui refusaient Vatican II. Elle prit le nom de “ Fraternité Saint Pie X ”, en hommage à ce pape de l’antimodernisme, qui fut l’ennemi de toute évolution dans l’Eglise et ne digéra jamais la séparation, en France, de l’Eglise et de l’Etat (à rappeler discrètement en ces temps de commémoration).

Lorsque Marcel Lefebvre fut excommunié en 1988, certains de ses disciples ne voulurent pas du schisme et, sans rien renoncer à leur catéchisme, obtinrent de l’Eglise de pouvoir rester dans son giron en faisant sacristie à part. Ces “ralliés”, comme on les appelle, fondèrent en 1988, donc dans la foulée, avec la bénédiction de Rome, la “Fraternité Saint Pierre”. Cette Fraternité pouvait réunir ses fidèles en quelques lieux de culte marginalisés, mais n’avait pas de responsabilité paroissiale. Ses prêtres disaient la messe en latin, et enseignaient à leurs ouailles le catéchisme du Concile de Trente (XVI ° siècle). Restant hors des circuits diocésains, ils rassemblaient les nostalgiques de la France monarchique et de l’Eglise d’avant la Révolution Française...

Dans les premiers temps, les prêtres et les fidèles de la Fraternité Saint Pierre ont vécu ainsi entre eux, dans une sorte de réserve d’indiens. Mais peu à peu, on a vu ses prêtres, souvent jeunes et “battants”, et bien reconnaissables à leur soutane, entrer dans le champ pastoral des paroisses. La raréfaction des prêtres diocésains, qui angoisse tant d’évêques, a poussé les diocèses à leur confier des paroisses ou des services d’Eglise. Et aujourd’hui, en 2006, même entrés discrètement par la petite porte, ils sont dans la place et bien décidés à faire triompher leur théologie. Et quelle théologie !

Depuis 1988, la Fraternité Saint Pierre a pu ainsi s’implanter dans un certain nombre de diocèses. Pour s’en convaincre, il suffit de consulter le site Internet de la Fraternité ( sur un moteur de recherche, vous tapez simplement « Fraternité Saint Pierre » et vous aurez toutes les adresses de leur présence en France (dans plus de vingt-cinq diocèses, où ils célèbrent messes et sacrements).

Ils sont à Lyon, on l’a vu. L’ évêque de Dijon, Mgr Minnerath, les loge à la Maison diocésaine, ce qui les situe au coeur même du dispositif pastoral. Mgr Bruguès, leur a confié la paroisse cathédrale d’Angers, rien que ça ! Mgr Daucourt accorde des messes paroissiales en latin selon l’ancien rite... La nomination de quelques nouveaux évêques, comme Mgr Centène de Vannes, que l’on sait très proche des Tradis, ne fait que confirmer cette dérive.

L’Eglise de France est en train de se faire lefebvriser, car ne l’oublions pas, si les Frères de Saint Pierre ont quitté Marcel Lefebvre, ce n’était pas pour ses idées, c’est simplement pour éviter la fracture du schisme. Mais ils ont gardé le même Catéchisme pur et dur de dogmes figés et d’une Eglise enfermée dans ses certitudes d’hier.

Mgr Barbarin ouvre à cette Fraternité une nouvelle porte d’entrée. Jusqu’alors, ces ralliés avaient deux séminaires, l’un à DENTON aux USA, et le deuxième en Allemagne à WIGRATZBAD. Mais ils n’avaient pas de séminaire francophone. Grâce au Cardinal Barbarin, ce manque va être comblé.

Pourquoi se focaliser ainsi sur une Fraternité qui peut apparaître à certains essentiellement folklorique ? Est-ce faire preuve de harcèlement vis-à-vis de gens qui, finalement, usent de leur liberté comme nous-mêmes réclamons de pouvoir jouir de la nôtre ?

Golias revient sur le sujet et continuera de le faire, parce que ce sont les structures d’accueil de tous les lefebvristes qui se mettent en place et que ce retour, avec armes et bagages, est lourd de dangers...

Tant qu’ils restaient dans « l’opposition », ils ne présentaient pas grand risque. Mais ils sont en train de franchir le cordon sanitaire qui protégeait l’Eglise. Même si dans un premier temps, ils paraissent ne réclamer que le droit de prier en latin, leur visée profonde est beaucoup plus radicale.

Ils contestent l’Eglise dans ses choix conciliaires, ou tout au moins dans ce qu’il en reste. Bien évidemment, pour se faire accepter, ils ont encore le profil discret, mais ils restent des "reconquérants" qui veulent restaurer l’Eglise dans sa puissance dominatrice. Selon eux, la foi catholique a été bradée au Concile, l’Eucharistie a été complètement dévoyée dans les rites de « la nouvelle messe »,

l’Eglise post-conciliaire est devenue « protestante » (la grande injure, retrouvée souvent dans leurs écrits). A eux, les purs autoproclamés, de restaurer la religion de nos ancêtres « catholiques et français toujours ». Il suffit de consulter les cantiques utilisés dans les célébrations. Ce n’est pas que folklore, comme lorsqu’on chante à Noël « Il est né le divin enfant ».

La doctrine lefebvriste, c’est l’affirmation de la Royauté du Christ sur le monde, au sens politique du terme, c’est le retour d’une religion essentiellement centrée sur le péché et un Dieu fouettard, c’est l’obsession du Diable vu partout, c’est la condamnation du « monde moderne » et d’une société qui autorise la pilule, le divorce, le Pacs...

C’est, chez eux, le rejet de la liberté religieuse, de la liberté de penser et de l’œcuménisme, c’est la condamnation, qu’ils n’ont jamais cachée, de l’esprit d’Assise.

C’est l’opposition à la laïcité (qui refuse à Dieu sa place dans la société) et aux « droits de l’homme » (considérés comme autant de droits enlevés à Dieu). Dans les revendications des durs de l’islamisme (avec en particulier la mise ne place de la Charia et la soumission du politique au religieux), on trouve un pendant assez symétrique des pensées de nos propres « christianicistes », qui n’ont rien à leur envier, même si les conditions politico-historiques et les rapports de force sont différents.

Il faut le savoir et le dire clairement : Mgr Lefebvre et ses filiales, c’est le partage des idées des partis d’extrême-droite, sous le prétexte officiel qu’ils sont les seuls à combattre l’avortement. Dans les faits, nos intégristes partagent beaucoup plus largement les « valeurs » d’extrême-droite, en particulier la haine de la démocratie, parce que, pour eux, seuls Dieu et sa loi peuvent constituer l’assise et la légitimité du pouvoir. D’ou les sympathies évidentes pour tous les pouvoirs forts et leurs hommes quand ils se réclament ou se réclamaient de la religion catholique : Salazar, Franco, Pinochet, les généraux argentins, et bien sûr Pétain...

C’est aussi l’antisémitisme, c’est la nostalgie de la France coloniale... Sait-on, par exemple, qu’en l’église Saint Nicolas du Chardonnet à Paris, siège mythique de la dissidence des disciples de Mgr Lefebvre, se trouve une stèle dédiée « à toutes les victimes tombées pour leur fidélité à l’Algérie française » , c’est-à-dire élevée en hommage aux morts de l’OAS...

Le problème n’est plus, on l’aura compris, celui de la messe en latin... Demain, si la réintégration continue, c’est l’AGRIF qui remplacera le CCFD, c’est « Présent » qui remplacera « la Vie » et « le Pèlerin », c’est Bernard Anthony, l’homme des cathos du Front National, qui deviendra le maître à penser de l’épiscopat. Avec ces Fraternités, c’est l’extrême-droite prétendument chrétienne qui avance, cachée sous la soutane...

C’est pas vrai ? Mais, au nom de Dieu, allez écouter un sermon ou lisez leur presse... Quand des prêtres célèbrent une messe spéciale le 14 juillet afin d’implorer le pardon de Dieu pour la Révolution, c’est quoi ?

Avec la Fraternité Saint Pierre, les évêques espèrent que les Chrétiens se réhabitueront aux prêtres en soutane, aux messes en latin, au “ Dies Irae ” des enterrements, au catéchisme sur le péché, le diable et la colère de Dieu, aux vitupérations contre la société moderne et ses dérives, contre la liberté religieuse, l’œcuménisme... Et quand sera digérée la Fraternité Saint-Pierre, la réintégration des lefebvristes se fera sans même que l’on s’en aperçoive.

Jean-Paul II n’a pas pu la réaliser. C’était trop difficile pour lui qui avait prononcé l’exclusion. Son successeur est plus à l’aise. Le conservatisme de Benoît XVI n’est guère troublé par les revendications et les pratiques de ces intégristes. Il attend simplement le moment, laissant les évêques préparer le terrain...

Lorsque les séminaristes de la Fraternité Saint Pierre arriveront au terme de leurs études, ils seront ordonnés... Et par qui . Par Mgr Barbarin, bien sûr, qui ensuite sera bienheureux de les mettre en paroisse. Et dans quinze ou vingt ans, l’Eglise de France sera aux mains des intégristes.

Sont-ils devenus aveugles, les évêques français, pour prendre de tels risques, pour accepter que de tels hommes prennent le pouvoir dans l’Eglise. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. De nombreux prêtres, jeunes et activistes, venus souvent des milieux les plus conservateurs, formés chez les Scouts d’Europe ou chez ceux de l’abbé Cottard, se préparent à entrer dans le champ pastoral, avec la bénédiction d’un nombre de plus en plus important d’évêques de France. Et ils n’ont nulle envie d’y faire de la figuration. Et comme ils ne trouveront plus sur leur chemin que les prêtres de Saint Martin, ceux des communautés nouvelles, les Petits Gris dont la théologie n’est déjà pas très ouverte, le Concile Vatican II sera vraiment enterré. On a vu le poids que pèsent aujourd’hui aux USA, autour de Bush, les chrétiens fondamentalistes. Souhaite-t-on pareille situation en France avec l’Eglise catholique de demain ?

Nous rendons-nous compte que c’est la substance même du message évangélique qui est attaqué au cœur ? Mgr Barbarin a coutume de déclarer à ses invités et aux journalistes qui l’interrogent : « Eteignez la télé, allumez l’Evangile ! » On a envie de rebondir sur le slogan un peu facile : On n’allume pas l’Evangile en éteignant la lumière du meilleur de l’Eglise. GOLIAS