4 décembre 2010

[Vini Ganimara - osservatore-vaticano.org] Mgr Pozzo veut manifestement rassurer au sujet de ce qu’il a dit sur l’assistance aux messes de la FSSPX

SOURCE - Vini Ganimara - osservatore-vaticano.org - 4 décembre 2010
Mgr Pozzo, secrétaire de la Commission pontificale Ecclesia Dei, interrogé de divers côtés avec inquiétude sur les propos qu’il avait tenus au micro de Radio Vatican à propos des messes de la FSSPX (« A la lumière des explications de la lettre du Pape aux évêques, il est clair que les fidèles sont invités à éviter la participation à la messe ou la réception des sacrements d’un prêtre de la FSSPX, parce qu’ils sont canoniquement irréguliers »), a tenu à pacifier ses interlocuteurs : il n’était nullement revenu sur la teneur de la réponse donnée par son prédécesseur, Mgr Perl, qui avait écrit, le 27 septembre 2002 et le 18 janvier 2003, à propos de ces messes canoniquement irrégulières : que « les prêtres de la Fraternité Saint Pie X sont validement ordonnés, mais [qu’]ils sont suspens de l’exercice de leur fonction sacerdotale » ; qu’il était cependant possible d’accomplir le devoir dominical en assistant à une messe célébrée par un prêtre de la Fraternité Saint Pie X. Mgr Perl disait enfin :
« Nous ne pouvons vous recommander d’assister à une telle messe […] Si votre intention est simplement de participer à une messe célébrée selon le missel de 1962 eu égard à votre dévotion, ce ne serait pas un péché. »
Autrement dit, pas très canonique ne veut pas dire pas très catholique. A tout le moins, si vous êtes dévot. Mais bien sûr, la réciproque n’est pas vraie : pas catholique implique qu’on n’est plus du tout canonique. On suppose ainsi que, si ce nullement un péché d’assister avec dévotion à la messe à Saint-Nicolas-du-Chardonnet, à Paris, il n’est en revanche pas permis d’assister à la messe de cet éminent jésuite, professeur du Centre Sèvres, toujours à Paris, qui doute du fait que le Saint-Esprit soit à proprement parler une Personne.
Le très sérieux Mgr Pozzo n’a cependant pas précisé s’il approuvait Mgr Perl, lorsque celui-ci estimait (avec humour ?) : « Il semble qu’une modeste contribution à la quête à cette messe pourrait être justifiée » : on peut communier sans problème aux messes non canoniques, mais on ne doit donner qu’une piécette à la quête. La dévotion a quand même des limites …

[Mgr Williamson - Commentaire Eleison] Art de cinq sous

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison - 4 décembre 2010

Le peintre français Paul Gauguin (1848-1903) rejette la société moderne pour poursuivre l'art, sans que cet art pour la poursuite duquel il s'est libéré de tout semble lui avoir apporté la paix (EC 175). Le romancier anglais Somerset Maugham (1874-1965) écrit quelques années plus tard un roman basé sur la vie de Gauguin qui semble confirmer et le rejet et le manque de paix (EC 176). Mais pourquoi l'artiste moderne est-il en porte-à-faux avec la société qu'il reflète et qui le soutient ? Et pourquoi l'art qu'il produit est-il normalement si laid ? Et pourquoi les gens insistent-ils pour soutenir cet art si laid ?L'artiste rebelle remonte aux Romantiques. Le Romantisme a fleuri à côté de la Révolution française, qui n'a fait qu'éclater en 1789, parce qu'elle ne cesse depuis de mettre par terre le trône et l'autel. Or les artistes ne peuvent s'empêcher de refléter la société qui les entoure, et alors dans la société actuelle ils s'éloignent toujours plus de Dieu. Si donc Dieu n'existait pas, ne verrait-on pas les arts fleurir sereinement, affranchis enfin de cette illusion de Dieu qui avait jusque-là préoccupé l'esprit humain ? Mais l'art moderne est-il vraiment serein ? Ne porte-t-il pas plutôt au suicide ?

Par contre si Dieu existe, et que le talent de l'artiste est un don de Dieu qui doit servir à lui rendre gloire, comme des artistes du passé sans nombre l'ont proclamé, l'artiste sans Dieu sera en guerre avec son propre don, et son don sera en guerre avec sa société, et sa société en guerre avec son don. N'est-ce pas plutôt là ce que nous observons autour de nous, par exemple le mépris profond des matérialistes d'aujourd'hui pour tous les arts, sous une apparence hypocrite de respect ?

En tout cas, si Dieu existe, il est facile de répondre aux questions posées ci-dessus. D'abord, l'artiste est en guerre avec la société moderne parce que ce souffle de Dieu qu'est en lui son talent se rend bien compte que sa société est autant à mépriser qu'elle est indifférente à Dieu, et si la société soutient l'artiste malgré son mépris, elle n'en est que plus méprisable. Comme Wagner l'a dit une fois, lorsque plus de place pour son orchestre nécessitait moins de places pour l'auditoire : «Moins d'auditeurs ? Tant mieux ! ». Ensuite comment un don de Dieu, dès qu'il est retourné contre lui, peut-il produire quelque chose de beau ou d'harmonieux ? Pour que l'on trouve que l'art moderne est beau, il faut renverser le sens des mots : « Le beau est laid, le laid est beau » (Macbeth) - pourtant, quand est-ce qu'un artiste même moderne a confondu la beauté et la laideur dans les femmes ? Et enfin, l'homme moderne insiste pour renverser le sens des mots parce qu'il fait la guerre à Dieu et n'a aucune intention de s'arrêter. « Plutôt le Turc que la tiare », disaient les Grecs juste avant la chute catastrophique de Constantinople en 1453. « Plutôt le Communisme que le Catholicisme », disaient des sénateurs américains juste après la Deuxième Guerre mondiale, et ils ont été exaucés.

Bref, Wagner, Gauguin, Maugham et des milliers d'artistes modernes de toute espèce ont raison de mépriser notre chrétienté de cinq sous, mais la bonne solution ce n'est pas de guerroyer le Bon Dieu encore plus avec l'art moderne. La solution, c'est de cesser de faire la guerre à Dieu, de recommencer à lui rendre la gloire qui lui est due et de remettre le Christ dans la chrétienté. Combien de laideur va-t-il falloir encore pour que les hommes préfèrent la tiare et choisissent de nouveau la chrétienté ? Même la Troisième Guerre mondiale y suffira-t-elle ? On peut se poser la question.

Kyrie eleison.

[summorum-pontificum.fr] Réflexion sans prétention sur l’enrichissement mutuel

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 4 décembre 2010

Le récent entretien accordé par Mgr Pozzo à la section allemande de Radio Vatican a fait beaucoup parler de lui, notamment en ce qu’il dit de la réception des sacrements conférés par des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X, réponse en contradiction avec des décisions antérieures de la Commission Ecclesia Dei.

Mais, dans cet entretien, Mgr Pozzo évoquait également la question de l’enrichissement mutuel des deux ordos et évoquait la question du lectionnaire. Il est clair que si l’on comprend aisément la nécessité d’intégrer de nouveaux saints et, pourquoi pas, de nouvelles préfaces dans l’ancien rite, il convient également de ne pas en bouleverser l’ordonnancement. Il y a là une sorte d’équilibre à trouver et un doigté exceptionnel qui ne doit pas se résumer simplement à la compétence des experts ou à l’acte d’autorité – Rome a dit –, mais qui doit tenir compte de la subtilité de la piété catholique.

Il y a une unité profonde de la liturgie traditionnelle, qui lui permet d’ailleurs d’intégrer des éléments nouveaux dans la mesure où cette intégration reste mesurée et ne s’apparente pas à une importation massive. Les deux missels du rite latin répondent à des logiques différentes, que l’on n’est pas obligé d’opposer selon les vœux du Saint-Père, mais que l’on n’est pas obligé non plus de nier. La forme ordinaire se veut accessible immédiatement, à travers la proximité et l’usage de la langue vernaculaire là où la forme extraordinaire conduit au point culminant de la messe plus lentement et par une utilisation plus abondante de signes. La forme ordinaire repose sur un cycle de trois années, là où la forme extraordinaire suit le cycle des saisons, réparties sur une année. La forme ordinaire veut offrir un maximum de textes bibliques, là où la forme extraordinaire préfère la dimension pédagogique de la répétition d’une année sur l’autre, répétition reposant sur l’approfondissement des Écritures à travers la contemplation des mystères enseignés.

Il s’agit donc de deux démarches, deux pédagogies différentes, qu’il serait dangereux de bousculer car on perdrait certainement leurs bénéfices sans gommer leurs défauts. Ceux qui récitent le bréviaire traditionnel savent au demeurant la richesse scripturaire de celui-ci, qui est d’ailleurs en étroite relation avec les textes liturgiques de la messe. Peut-être y aurait-il un effort à faire, tant du côté du clergé que du côté des laïcs pour rendre accessible la récitation du bréviaire pour les laïcs, ou du moins, l’accès aux lectures des nocturnes des Matines qui permettent de saisir l’incroyable logique et le parfait ordonnancement entre l’Office divin et la messe, toujours à travers cette pédagogie si particulière de l’ancienne forme.

La difficulté de l’importation du nouveau lectionnaire dans la forme extraordinaire ne bouleverserait donc pas seulement la messe, mais le bréviaire lui-même. Au nom de la piété catholique, il convient à la fois de ne pas refuser tout enrichissement (mesuré) comme de ne pas bousculer de fond en comble cet héritage de la Tradition.

[summorum-pontificum.fr] Réflexion sans prétention sur l’enrichissement mutuel

SOURCE - summorum-pontificum.fr- 4 décembre 2010

Le récent entretien accordé par Mgr Pozzo à la section allemande de Radio Vatican a fait beaucoup parler de lui, notamment en ce qu’il dit de la réception des sacrements conférés par des prêtres de la Fraternité Saint-Pie X, réponse en contradiction avec des décisions antérieures de la Commission Ecclesia Dei.
Mais, dans cet entretien, Mgr Pozzo évoquait également la question de l’enrichissement mutuel des deux ordos et évoquait la question du lectionnaire. Il est clair que si l’on comprend aisément la nécessité d’intégrer de nouveaux saints et, pourquoi pas, de nouvelles préfaces dans l’ancien rite, il convient également de ne pas en bouleverser l’ordonnancement. Il y a là une sorte d’équilibre à trouver et un doigté exceptionnel qui ne doit pas se résumer simplement à la compétence des experts ou à l’acte d’autorité – Rome a dit –, mais qui doit tenir compte de la subtilité de la piété catholique.
Il y a une unité profonde de la liturgie traditionnelle, qui lui permet d’ailleurs d’intégrer des éléments nouveaux dans la mesure où cette intégration reste mesurée et ne s’apparente pas à une importation massive. Les deux missels du rite latin répondent à des logiques différentes, que l’on n’est pas obligé d’opposer selon les vœux du Saint-Père, mais que l’on n’est pas obligé non plus de nier. La forme ordinaire se veut accessible immédiatement, à travers la proximité et l’usage de la langue vernaculaire là où la forme extraordinaire conduit au point culminant de la messe plus lentement et par une utilisation plus abondante de signes. La forme ordinaire repose sur un cycle de trois années, là où la forme extraordinaire suit le cycle des saisons, réparties sur une année. La forme ordinaire veut offrir un maximum de textes bibliques, là où la forme extraordinaire préfère la dimension pédagogique de la répétition d’une année sur l’autre, répétition reposant sur l’approfondissement des Écritures à travers la contemplation des mystères enseignés.
Il s’agit donc de deux démarches, deux pédagogies différentes, qu’il serait dangereux de bousculer car on perdrait certainement leurs bénéfices sans gommer leurs défauts. Ceux qui récitent le bréviaire traditionnel savent au demeurant la richesse scripturaire de celui-ci, qui est d’ailleurs en étroite relation avec les textes liturgiques de la messe. Peut-être y aurait-il un effort à faire, tant du côté du clergé que du côté des laïcs pour rendre accessible la récitation du bréviaire pour les laïcs, ou du moins, l’accès aux lectures des nocturnes des Matines qui permettent de saisir l’incroyable logique et le parfait ordonnancement entre l’Office divin et la messe, toujours à travers cette pédagogie si particulière de l’ancienne forme.
La difficulté de l’importation du nouveau lectionnaire dans la forme extraordinaire ne bouleverserait donc pas seulement la messe, mais le bréviaire lui-même. Au nom de la piété catholique, il convient à la fois de ne pas refuser tout enrichissement (mesuré) comme de ne pas bousculer de fond en comble cet héritage de la Tradition.

3 décembre 2010

[Paix Liturgique] Quel bilan pour le Motu proprio en France? La réponse du Baptistère

SOURCE - Paix Liturgique - lettre 259 - 3 décembre 2010

Dans son numéro 52 nos amis du Baptistère, bulletin d’information et de formation des catholiques attachés à la Messe de Saint Pie V (forme extraordinaire du rite romain) et au successeur de Pierre, ont publié une étude densément illustrée des 3 premières années d’application du Motu Proprio Summorum Pontificum. Nous reprenons cette semaine l’essentiel de ce travail intéressant, accompagné de nos réflexions.

I - LE BILAN ÉTABLI PAR LE BAPTISTÈRE

Quel bilan pour le motu proprio en France ?

3 ans après la publication du Motu Proprio Summorum Pontificum, il nous faut faire les comptes. Ce bilan sera essentiellement chiffré… car le vrai bilan ne peut se dresser ici bas. Combien d’âmes ont pu bénéficier de la messe traditionnelle (forme extraordinaire) et y retirer de grands bienfaits spirituels… Dieu seul le sait !

Comment apprécier la situation ?

Pour comprendre les conséquences du Motu Proprio, il faut regarder la situation française avec un peu de recul. Nos statistiques le montrent… l’application du Motu Proprio en France reste partielle et partiale !
Partielle, puisqu’un grand nombre de nouveaux lieux de messes ne sont que des célébrations mensuelles voire moins, au nom d’un certain « égalitarisme » pastoral : « n’ayant pas assez de prêtres, les clochers de nos villages ne sont desservi au mieux qu’une fois pas mois… donc pas de raison que les traditionalistes aient davantage ».
Partiale, car l’application limitée est aussi un moyen « d’acheter » la paix vis-à-vis de Rome et vis à vis des fidèles, il y a une messe dans le diocèse… l’Evêque ne se sent plus attaquable.


Des fidèles nous rapportent régulièrement des situations de blocage, des interdictions… Ces difficultés finissent en bien des cas par entrainer des tensions qui peuvent s’exacerber… Il y a plusieurs manières de qualifier ces situations.

Il y a tout d’abord ce qu’on pourrait appeler les transitions… un prêtre qui célèbre la messe traditionnelle, est muté ou décède.
L’affaire de Thiberville en est une illustration, même si comme nous l’avons souligné, il ne faudrait pas réduire le cas de Thiberville à l’application du Motu Proprio… puisqu’il y a surtout une vraie opposition dans l’approche du ministère paroissial entre l’Evêque d’Evreux et son curé, l’abbé Francis Michel.
Il y a eu d’autres cas, à Niafles (Mayenne) par exemple… où l’affaire s’est jouée au moment de la promulgation du Motu Proprio en 2007. Cette affaire est d’autant plus paradoxale que l’abbé Chéhère, qui fut curé de Niafles pendant des décennies et jusqu’en 2007, célébrait la messe de Paul VI ‘à l’ancienne’ (avec l’offertoire de la messe traditionnelle). C’est vers la messe traditionnelle que se sont tournés les fidèles… sachant que c’est bien dans ce sens que leur curé avait maintenu (comme d’autres) ce qu’il avait pu. Avant la fronde, l’évêque de Laval avait autorisé au printemps 2007 la Fraternité Saint Pierre à célébrer la messe de Saint Pie V à l’église paroissiale de Niafles quelques mois avant le décès de son curé pour soulager celui-ci… avant de faire fermer l’église sur pression de la mairie. Après quelques mois de chouannerie mayennaise, l’évêque résolut ce western catho (comme l’a qualifié la presse) où les coups de goupillon et d’encensoir ont fait trembler la petite bourgade pendant plusieurs mois. Il proposa coup sur coup aux fidèles, une messe de Paul VI en latin à Laval qui fut refusée, puis finalement une messe de Saint Pie V dans cette même ville… avant de proposer aussi une messe en Haut Anjou (sud de la Mayenne à quelques kilomètres de Niafles). Son successeur installa quelques mois plus tard l’Institut du Christ Roi à Laval et la Fraternité Saint Vincent Ferrier (dont le couvent est en Mayenne) à La Roe.
Dans d’autres cas, ces situations transitoires ont, après quelques échanges serrés, abouti à des solutions : à Domqueur (80) pour prendre la succession de l’abbé Sulmont (avec une messe deux fois par mois) ; à Launac (31) pour prendre celle de l’abbé Dirat ; à Lussac et Lusaux (16) pour prendre celle de l’abbé Hervouet (la messe est célébrée proche d’Angoulème)... ou encore à Saint Santin Cantales (15) pour prendre la suite de l’abbé Crevot (la messe est désormais célébrée à Aurillac) pour ne citer que ces cas.

Ensuite il nous faut évoquer les nombreuses applications restrictives… (ou, plutôt comme nous les avons appelées, celles qui permettent « d’acheter la paix »).

Le cas le plus cocasse est certainement celui de Mende (Lozère)… Une demande a été effectuée par un petit groupe de fidèles, que le diocèse a acceptée… mais que la messe dans la forme extraordinaire n’a jamais été célébrée depuis 2 ans faute de célébrant. Entre temps, le groupe de fidèles s’éparpille… et il est fort à parier qu’il ne restera plus grand-chose, dans un diocèse où les paroisses sont déjà bien clairsemées faute de fidèles.
Il y a bien sûr les nombreuses villes (dans certains cas, c’est l’unique messe extraordinaire du diocèse), où la messe n’est accordée qu’une fois par mois : La Rochelle (un mois à Saintes, l’autre à La Rochelle), Dôle, Beaune, Moulins, Reims, Rambouillet ou encore Sens (où la messe est célébrée chaque 5ème dimanche du mois soit 4 fois par an)... la liste est longue.
Chacun de ces cas est bien différent… mais tous se retrouvent dans une volonté plus ou moins explicite de refuser une messe hebdomadaire (à priori le précepte dominical est toujours demandé par l’Eglise !)… et qui plus est la mise en place d’une vraie vie de paroisse autour de la forme extraordinaire (ce qui est aussi le cas ailleurs pour des lieux accordés bien avant le Motu Proprio de 2007).

On doit aussi signaler quelques cas où l’application est sous condition… de ne pas respecter le Motu Proprio comme à Verdun où le lectionnaire utilisé est celui de 1969 ; de donner la communion dans la main (quand on sait les ravages que cela a fait en France depuis 40 ans) ou encore d’adapter le rite au bon vouloir du célébrant au nom de la ‘réforme de la réforme’... alors que ce qui fait l’unité du rite traditionnel est aussi son unicité dans la manière dont la messe est célébrée que ce soit à Washington, Pékin ou Paris.

Enfin les refus d’appliquer le Motu Proprio.

Il s’agit des nombreuses demandes ‘en instance’… qui là aussi ont chacune leur « histoire propre » les fidèles n’ayant pas tous demandé la messe traditionnelle de la « même manière » (Certains se sont constitués en association loi 1901, d’autres ont essayé de s’impliquer dans la paroisse pour y avoir plus de légitimité…).
Il faut particulièrement citer les diocèses « sans messe traditionnelle », celui de Châlon (une partie du 51), de Langres (52 et une partie du 70), de Viviers (07), de Mende (48, cf notre commentaire), de Saint Denis (93), de Cambrai (une partie du 59) ou de Soisson (02). Dans chacun des 7 diocèses, nous avons connaissance d’au moins une demande de messe dans la forme extraordinaire par un groupe de fidèles.
Tout est bon pour refuser la demande… cela va de l’absence de célébrant idoine selon les termes du Motu Proprio (sachant qu’il ne faut surtout pas solliciter une communauté Ecclesia Dei, qui viendrait perturber le « paysage ecclésial »…) au refus de forme puisque le groupe de fidèles ne présenterait pas de « caractère paroissial » …

Il y a, en plus de ces demandes, celles dans les diocèses où une messe est déjà célébrée… c’est d’ailleurs le plus gros des demandes que nous avons recensées. Nous en identifions clairement plus de soixante… il y en a d’autres, c’est certain, car comme nous l’avons souligné plus haut, les fidèles n’ont pas tous, heureusement, employé les mêmes méthodes (des fidèles nous ont ainsi dit qu’ils avaient rassemblé des amis… sans faire de publicité particulière). Le Collectif Paix Liturgique évoque le chiffre de 400 demandes en attente, soit près de 7 fois plus que nous, la réalité se situe donc certainement au dessus de notre chiffre.

Après ce long propos introductif, nous pouvons donc considérer les chiffres qui ressortent de notre bilan.

Quelles perspectives pour le Motu Proprio ?

Un des grands enseignements de ces 3 ans est que contrairement à la crainte qu’ils ont formulée, les évêques n’ont pas ‘perdu la main’ sur le dossier de la liturgie traditionnelle.
Au contraire, il nous apparait que dans la très grande majorité des cas l’évêque a pris la décision. Il y a quelques cas, dans les diocèses de Fréjus-Toulon et de Bellay-Ars par exemple (plusieurs cas dans ces diocèses), où les curés ont appliqué paisiblement les directives du Saint Siège. Ailleurs, plusieurs curés ont exprimé leur crainte d’appliquer le Motu Proprio : soit en raison de la pression des fidèles (Qui n’acceptent déjà pas que leur curé ait son mot à dire pour la célébration de la forme ordinaire) soit de l’évêché (peur de la mutation-sanction, de la mise à l’écart du reste du clergé diocésain).
Une chose est sûre, les évêques sont seuls capables de donner une mission aux communautés Ecclesia Dei dans leur diocèse… et en cela ils gardent la maitrise des choses.

On peut à juste titre se demander si cette progression va continuer… notre réponse est positive.
En effet, beaucoup de grandes villes sont encore dépourvues de messes dans la forme extraordinaire… La marge de progression est donc encore grande. Nous avons ainsi pris les 100 villes les plus peuplées de France selon les chiffres de l’INSEE au 31 décembre 2009 :

Les 32 premières villes en terme de population ont au moins une messe dominicale dans la forme extraordinaire.

Sur les 100 premières villes, 46 n’ont pas de messe traditionnelle et pour 7 de celles -ci, il y a une messe à moins de 5 km, la marge de progression est donc potentiellement de 38 villes (qui ont toutes plus de 55 000 habitants)... il faudrait ensuite bien sûr ‘ajuster’ en fonction de la typologie de la population qui n’est pas la même à Neuilly-sur-Seine... qu’à Saint Denis.
Au regard des 100 villes les plus peuplées où plusieurs messes dominicales dans la forme extraordinaire sont célébrées, il en ressort le rapport messes / nombre d’habitants suivant (entre parenthèse le rang de la ville en terme de population dans le classement des 100 villes) : 1. Versailles (49) : 1 messe pour 12 425 habitants ; 2. Bordeaux (9) : 1 messe pour 47 035 habitants ; puis 3. Toulon (15) : 1 messe pour 55 512 habitants. Là aussi, ce sont des chiffres à moduler compte tenu du contexte local (d’autres messes traditionnelles peuvent exister dans un rayon proche et l’analyse stricto sensu par ville se trouve donc biaisée)
Enfin, dans les 25 villes les plus peuplées, deux villes ressortent comme les ‘lanternes rouges’ : Reims (avec une messe mensuelle) et Saint Denis de la Réunion (avec une messe mensuelle également, à quelques kilomètres)... alors que toutes les autres villes ont au moins une messe hebdomadaire.

Nos statistiques font ressortir que dans près de 25% des lieux en France, la messe n’est pas célébrée chaque dimanche. Il faudrait prendre en considération les alternatives ‘raisonnables’ en terme de trajet pour pouvoir vraiment considérer ce problème… mais il ne faut donc pas cacher qu’1/4 des fidèles attachés à la messe traditionnelle ne peuvent pas l’avoir tous les dimanches. Il y a très certainement beaucoup de lieux en France où les fidèles ‘ordinaires’ n’ont pas la messe tous les dimanches… mais ils ont des solutions de remplis au nom du principe des messes ‘tournantes’ sur les différents clochers d’une même paroisse.

Un autre facteur important est celui de la proximité. Paix Liturgique a mis en lumière le fait que la proximité des lieux jouait un rôle important… il faut ajouter (et c’est certain) que beaucoup de catholiques peuvent avoir une préférence pour cette forme de la liturgie romaine… sans pour autant avoir envie de faire les démarches vis-à-vis de leur curé ou de leur évêque. Les fidèles qui font une démarche pour obtenir la messe traditionnelle sont nécessairement montrés du doigt (même si, en quelques lieux nous avons des expériences positives et constructives).
Il y a, au fond, une nouvelle génération de silencieux de l’Eglise (en référence bien sûr au mouvement lancé par Pierre Debray dans les années 1970), qui préfèrent attendre que les choses arrivent chez eux. Les sondages demandés par Paix Liturgique ces dernières années mettent en lumière que près d’un tiers des catholiques pratiquants français souhaitent assister plus ou moins régulièrement à une messe dans la forme extraordinaire.

Et du côté de Rome ?

Depuis quelques mois, les évêques du monde font remonter à Rome leur appréciation de l’application du Motu Proprio.
Il avait été annoncé au moment de la promulgation du Motu Proprio un décret d’application… sa publication a été plusieurs fois reportée… si bien qu’il est difficile de savoir si ce décret sera effectivement promulgué.

De nombreux cardinaux de la Curie ont célébré des messes dans la forme extraordinaire. De nombreux Evêques ont également franchi le pas… Par exemple, nous notons que depuis 3 ans le sacrement de confirmation a été donné en de nombreux lieux dans la forme extraordinaire… alors que l’accès à ce sacrement dans la forme extraordinaire était très limité (qu’il ait ou non l’implantation d’une communauté Ecclesia Dei).

Les séminaires des différents Instituts ou Communautés religieuses Ecclesia Dei ont continué à être visités régulièrement par des évêques, cardinaux… il en est de même pour les ordinations prolongeant un mouvement entamé depuis 1988… et qui s’est amplifié au fur et à mesure.

Les fidèles attendent patiemment un signe de Rome : la célébration d’une messe traditionnelle par le Saint Père.
Avec d’autres associations et laïcs, nous continuons à penser qu’une messe célébrée par le Pape lui-même serait le signe le plus fort… nous le pensions avant la promulgation de Summorum Pontificum et nous en avions d’ailleurs formulé la demande au Saint Siège en 2000 pour le Jubilé (notre courrier avait été envoyé à la secrétairerie d’Etat, à plusieurs cardinaux… et au Saint Père lui-même)… rappelons qu’à cette occasion le Pape a célébré dans tous les rites catholiques… mais pas dans le rite de 1962.

Mgr Bernard Fellay, supérieur de la Fraternité Saint Pie X, a indiqué dans une conférence donnée au Brésil il y a quelques semaines que le Saint Père célèbre ponctuellement la messe traditionnelle. La presse a rapporté que le Père Lombardi, directeur du Service de Presse du Saint Siège, avait démenti ces affirmations auprès de l’agence anglaise Catholic News Services affirmant que «  la confusion vient probablement des photos [de messes dans la chapelle privée du Pape dans le Palais Apostolique] où le Pape célèbre face à l’autel qui est contre le mur ». Mais les propos du Père Lombardi diffusés dans la presse datent de 2007… date à laquelle cette rumeur avait déjà circulé au moment de la publication de Summorum Pontificum.

Il nous apparait certain que Mgr Fellay avance des faits sur lesquels il a des certitudes (il connaît bien évidemment les différences entre une messe Novus ordo en latin… et une messe traditionnelle), reste à savoir pourquoi cette nouvelle est ressortie aujourd’hui et dans quel but.
Quoiqu’il en soit, la célébration officielle par le Saint Père (même si la liturgie traditionnelle de la Messe Papale n’a pas été célébrée depuis 40 ans… et qu’elle nécessite une formation que la plupart des cérémoniaires romains n’ont pas) sera un signe fort. D’autres soulignent aussi que le Saint Père pourrait aussi assister à une messe de Saint Pie V célébrée par un Cardinal de Curie (‘faire chapelle’ selon le terme employé dans la liturgie papale), resterait à trouver la solennité pour permettre une telle célébration.

La suite logique est aussi l’aboutissement des discussions entre la Fraternité Saint Pie X et le Saint Siège. Personne ne doit se satisfaire de la présente situation… et les efforts déployés par le Saint Père depuis son accession au Pontificat sont bien la preuve qu’il cherche à résoudre une des grandes blessures du Pontificat précédent.

Certains liturges replacent le Motu Proprio dans la perspective plus longue d’une réforme de la réforme... permettant de répondre aux insuffisances nées de la réforme de 1969 qui sont maintenant souvent soulignées par les plus hautes instances de l’Église. Il est certain qu’une telle perspective n’est pas réaliste et réalisable aujourd’hui tant les différences entre les deux formes sont nombreuses.
En matière de liturgie, le rite traditionnel reste une référence voire certainement la référence, sa croissance continue a nourri l’Eglise et le peuple chrétien. Nous devons chercher chaque jour à pénétrer un peu plus cette grande richesse que nous a donnée l’Eglise... et ainsi continuer à le faire connaître et aimer.

Comme nous l’avons maintes fois souligné... rendons grâce pour les bienfaits de ce Motu Proprio tant pour l’Eglise que pour nos âmes.

II - LES REFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1 - Nous remercions vivement nos amis du Baptistère pour cette étude approfondie. En traitant notamment la question des demandes, Le Baptistère ne s’est pas contenté de faire un inventaire de ce qui avait été mis en place depuis trois ans à la différence du rapport Planet (rapport éllaboré par Monseigneur Planet à la demande de la Conférence des évêques de France).

Il est d’ailleurs étonnant – ou révélateur ? - que ladite Conférence n’ait (pour l’instant ?) pas pris la peine de diffuser des documents comme celui-ci.

Ceci est d’autant plus dommageable que les évêques, quelles que soient leurs sensibilités particulières sur cette question, manifestent tous, lorsqu’on aborde le sujet avec eux, une étonnante méconnaissance des données concrètes.

2 – L’accélération du nombre de messes célébrées selon la forme extraordinaire rappelée par l’enquête du Baptistère révèle un potentiel énorme du côté des prêtres diocésains.

Il est frappant de noter que près de la moitié des messes extraordinaires sont désormais célébrées par des prêtres diocésains, ce qui indique que l’ère des "ghettos" dans lesquels on voulait parquer les "tradis" s’achève pour laisser place à la « normalisation » voulue par le Motu Proprio.

C’est un signe encourageant en ce qu’il va dans le sens de rendre à toute l’Eglise universelle son trésor liturgique.

Cet aspect n’est pas contradictoire avec le développement souhaitable d’apostolats exclusivement dédiés à la forme extraordinaire généralement confiés aux communautés Ecclesia Dei. Ces lieux de culte ont même un rôle primordial dans le succès du Motu Proprio en ce qu’ils deviendront de plus en plus des points de référence pour les paroisses avoisinantes (apprentissage de la célébration de la forme extraordinaire ; « offre liturgique complète » : semaine sainte… ; catéchisme classique…).

3 - Le Baptistère évoque le chiffre de 63 demandes en précisant qu’il s’agit des demandes émanant de groupes de fidèles identifiés, à l’exclusion des demandes individuelles et informelles.

Nous avons de notre côté, connaissance de plus de 400 demandes faites en France depuis septembre 2007 (demandes formelles ou informelles sans compter les demandes implicites ou potentielles encore plus nombreuses…).

A y regarder de plus près, ces données ne sont pas contradictoires (étant rappelé que pour 1 demande dûment formulée et renouvelée, il y en a 4 qui abdiquent face au refus, à la dérobade (« il faut en parler à l’évêque », « j’en parlerai à mon Conseil le moment venu »…) ou au silence du curé.)

Quoi qu’il en soit, 63 ou 400, cela ne change visiblement rien du côté des évêques qui ne semblent en considérer… aucune.

4 - Pour prolonger cette question des demandes, nous rappelons l’importance de la demande silencieuse, celle qui ne s’exprime pas mais que les nombreux sondages que nous avons publiés révèlent clairement. En France comme à l’étranger, ces études réalisées par des instituts indépendants montrent qu’au moins un tiers des catholiques pratiquant régulièrement la forme ordinaire du rite romain souhaiteraient pouvoir assister tout aussi régulièrement à la liturgie extraordinaire au sein de leur paroisse. Une demande silencieuse que l’on peut aussi mesurer en s’intéressant à l’assistance qui compose les célébrations selon le missel du Bienheureux Jean XXIII apparues depuis 2007. Ainsi, dans le diocèse de Versailles, la messe célébrée une fois par mois à Rambouillet, regroupe environ 150 personnes, dont 60 % n’assistaient pas auparavant à la messe traditionnelle…

Pour en savoir plus sur le Baptistère:
Le Baptistère est un bulletin d’information et de formation des catholiques attachés à la Messe de Saint Pie V (forme extraordinaire du rite romain) et au successeur de Pierre. Il paraît toutes les 6 semaines et compte plus de 1 500 abonnés, répartis dans tous les départements français et une quinzaine de pays étrangers.
Il continue à se développer, répondant aux objectifs qu’il s’est fixé à sa fondation :
Informer : diffuser ce qui fait l’actualité de l’Eglise en général et des communautés « Ecclesia Dei » en particulier.
Former : en publiant tout ce qui contribue à enrichir notre Foi, notre vie spirituelle, à renforcer notre attachement à la Sainte Eglise par la saine doctrine et la liturgie traditionnelle.
Le Baptistère est une association de loi 1901, qui ne fonctionne qu’avec des bénévoles et avec le soutien de ses lecteurs.
Un numéro sera envoyé gracieusement à tous ceux qui nous transmettront leur adresse postale.

Le Baptistère – 88 rue d’Anjou – 78000 VERSAILLES - Site : www.baptistere.net

[Golias] Les bons élèves de Benoît XVI

SOURCE - Golias - 3 décembre 2010

C’est Sandro Magister, vaticaniste renommé qui le dit : « Les « meilleurs élèves de Ratzinger » se trouvent au Sri Lanka et au Kazakhstan ». La jugement est répété un peu partout par les sites tradis, conservateurs ou autres. Cela concerne la liturgie.

Il est vrai que l’Italie est fort mal disposée à l’endroit de Benoît XVI à cet égard et freine des quatre fers. Le nouveau cardinal de Palerme, Paolo Romeo, fait tout ce qu’il peut pour contrer le retour à l’ancienne liturgie. ¨Par ailleurs, la commission épiscopale italienne en charge de la liturgie regroupe les opposants les plus déterminés à la restauration liturgique voulue par le Pape. Elle est présidée par Mgr Alceste Catella, 68 ans, évêque de Casale Monferrato, et qui a coiffé la mitre seulement il y a deux ans. On le dit dans la ligne réformatrice et non dans celle du Pape. Mais surtout plusieurs membres de cette même commission sont des ennemis farouches de la restauration en cours. C’est le cas de Mgr Benjamino Depalma, 69 ans, évêque de Nola, un lazariste de 69 ans, héritier du progressisme de son ancien ami Mgr Annibale Bugnini, décédé et grand artisan de la réforme liturgique, qu’il jugeait au demeurant bien timide. Mgr Paolo Gillet, 81 ans, ancien auxiliaire d’Albano et surtout cheville ouvrière du diocèse de Rome pendant des années, prélat d’une vaste culture, est connu pour avoir fait farouchement à toute tentative de célébration selon l’ancienne liturgie dans l’Urbs. Autre membre de cette commission, Mgr Domenico Sorrentino, 62 ans, est actuellement archevêque-évêque d’Assise. Il est très connu pour son investissement dans le champ de la liturgie mais aussi pour être un opposant farouche à la messe en latin. Il fut un temps - suite à une recommandation de son ami Piero Marini, alors maître des cérémonies pontificales - éphémère mais non moins déterminé secrétaire de la congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements. Dès son arrivée comme Pape, Joseph Ratzinger décida de l’écarter et le propulsa à Assise à la place de Mgr Ravasi, initialement prévu pour le poste. Enfin, last but not the least, Mgr Francesco Pio Tamburrrino, 71ans, bénédictin et archevêque de Foggia, très lié à Piero Marini et très hostile aux choix de Benoît XVI. On le dit également lié à l’aile plus libérale de la Curie, dont il était le candidat pour la succession à Naples de Michele Giordano en 2005. Sans doute, quelques évêques italiens se montrent plus traditionnels, comme le cardinal Caffarra, 72 ans, archevêque de Bologne, qui tentent de limiter la communion dans la main, mais ils sont l’exception qui confirment la règle. sans même cité le cas un peu isolé de Mgr Mario Oliveri, évêque d’Albenga-Imperia, attaché au triomphalisme old style.

Nul n’est prophète en son pays. Mais en d’autres la parole peut résonner. C’est le cas au Sri Lanka et au Kazakhstan. Deux évêques se montrent très assidus à suivre les directives pontificales.

A Colombo, le nouveau cardinal-archevêque se montre plus papiste que le Pape. Mgr Malcolm Ranjith, 63 ans, est un ennemi farouche de la communion debout et dans la main et un partisan déterminé de la messe tridentine, le dos tourné aux fidèles. Pour autant, bien entendu, il officie aussi, et le plus souvent, selon le misel de Paul VI, mais de la façon la plus traditionnelle possible. Dans son diocèse, il a décrété une année spécialement dédiée à l’Eucharistie. A l’occasion de laquelle il a fait venir de Rome deux orateurs d’exception : le cardinal Antonio Cañizares Llovera, préfet de la Congrégation pour le Culte divin, et le père Uwe Michael Lang, membre de la même congrégation et Consulteur du bureau des célébrations liturgiques du Souverain Pontife. Ce dernier, allemand de naissance et oratorien, a grandi en Grande-Bretagne et s’inspire dans sa spiritualité du cardinal John Henry Newman, béatifié par Benoît XVI à Birmingham le 19 septembre dernier. Il est l’auteur d’un des livres qui ont fait coulé beaucoup d’encre ces dernières années, dans le domaine de la liturgie : « Se tourner vers le Seigneur » (Ad Solem, 2006). Un livre qui s’appuie sur des recherches historiques menés par d’autres comme Mgr Klaus Gamber qui tendent à prouver que l’idée de célébrer face au peuple est récente. Ce qui au demeurant ne la rend pas indéfendable. Ne dit-on pas quelquefois qu’aimer beaucoup la tradition c’est en inventer chaque jour de nouvelles. Le livre en question est introduit par une préface du cardinal Joseph Ratzinger, écrite peu avant qu’il soit élu pape. Un Ratzinger qui ne cachait pas sa proximité de vues avec Gamber.

Canizarès, âgé de 65 ans, était appelé dans son pays « le Ratzinger espagnol ». C’est à lui que Benoît XVI a voulu confier la liturgie qui lui tient tant à coeur. Un temps archevêque de Tolède et Primat d’Espagne, Canizarès était connu pour son hostilité son borne à l’endroit de Zapatero.

Mgr Malcolm Ranjith a également fait venir d’Allemagne un écrivain catholique de premier plan, Martin Mosebach, auteur lui aussi d’un livre qui a beaucoup fait parler de lui : « La Liturgie et son Ennemie. Hérésie de l’informe » (Hora Decima, 2005). Une attaque en règle des nouveautés post-conciliaires.

Parmi les consignes données par Mgr Ranjith pour l’année eucharistique organisée dans le diocèse de Colombo, figure aussi celle d’apprendre aux fidèles à chanter en latin, pendant la messe, le Gloria, le Credo, le Sanctus et l’Agnus Dei.

Le siège de Colombo n’est pas nécessairement cardinalice. A notre connaissance, il n’y eut qu’un archevêque de ce siège à devenir cardinal, Thomas Benjamin Cooray (1901-1988), un oblat. Le choix de Mgr Ranjith n’est donc pas fortuit, et ce d’autant plus que dee vénérables prélats attendent depuis des années la barrette rouge. Les places ne sont pas nombreuses. Benoît XVI a voulu sans conteste prodiguer un soutien convaincu à l’un de ses meilleurs élèves. Dans la fournée de nouveaux cardinaux, six nouveaux princes de l’Eglise - mais dont seulement quatre électeurs - sont réputés favorables à l’ancienne liturgie : Malcolm Ranjith, Raymond L. Burke, Mauro Piacenza, Velasio de Paolis, Walter Brandmüller et bien entendu le nonagénaire Domenico Bartolucci. On en trouverait autant, sinon plus, qui y sont totalement hostiles, aussi bien le modéré Romeo que le conservateur Angelo Amato. Aussi mauvais élève de Jpseph Ratzinger que bon en théologie. Mais faisons encore un petit détour par le lointain Kazakhstan, en Asie centrale ex-soviétique. Les fidèles y reçoivent tous la communion dans la bouche et à genoux. Là, il y a un jeune évêque, l’auxiliaire de Karaganda, Mgr Athanasius Schneider, qui a écrit un petit livre intitulé  : « Dominus Est - Pour comprendre le rite de communion pratiqué par Benoît XVI » (Tempora,2008).

Quand Benoît XVI a lu le manuscrit de Mgr Schneider, en 2008, il a tout de suite ordonné aux éditions du Vatican (Libreria Editrice Vaticana) de le publier. Ce qui a été fait. La préface est signée, comme par hasard, par l’archevêque de Colombo, Mgr Ranjith...

La partie est cependant loin d’être gagnée pour Benoît XVI. Le refus de la reine d’Espagne de s’agenouiller et de recevoir la communion sur les lèvres en dit long. Ce geste filmé constitue un symbole d’une résistance à tous niveaux face à un retour en arrière infantilisant. Lors du prochain Conclave, les conservateurs risquent d’avoir la majorité. Mais ces conservateurs eux-mêmes sont divisés sur la question liturgique.

[summorum-pontificum.fr] La Nef célèbre ses vingt ans

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 3 décembre 2010

La Nef fête en ce mois de décembre son vingtième anniversaire (cf. son site). En 20 ans, cette publication, au carrefour du magazine et de la revue, s’est imposée, non seulement dans le monde traditionnelle, mais plus largement dans le monde catholique français et romain. Son fondateur, Christophe Geffroy, en est toujours le directeur.

Venu du monde de l’industrie, après des études d’ingénieur et Science-po Paris, Christophe Geffroy s’était essayé au journalisme en lançant quelques fanzines religieusement catholiques et politiquement à droite. Il collabora également à Itinéraires. Auparavant, il avait retrouvé la foi catholique au contact de la Fraternité Saint-Pie X qu’il refusa de suivre en 1988. C’est alors qu’il voulut fonder une publication, carrefour de toutes les tendances traditionalistes.

Le projet devait voir le jour en 1990 avec La Nef, nom repris d’une revue littéraire plutôt ancrée à gauche. Très vite, l’idée d’être une publication carrefour se heurta à la réalité des affrontements. Dès le premier numéro, Jean-Marie Paupert, décédé cet été, écrivait un article sur Mgr Lefebvre qui devait attiser la méfiance envers la jeune publication. Malgré tout, celle-ci continua sa route et s’imposa par les qualités de ses articles et son ouverture. Lors de l’affaire des signataires de la Fraternité Saint-Pierre puis des responsa du cardinal Medina, La Nef eut à subir de fortes critiques de la part des milieux traditionalistes les plus attachés à la défense de la pureté de l’ancien rite. C’est à ce moment que dom Basile devint peu à peu le « théologien » de la revue, lui fournissant les armes théologiques nécessaires dans les controverses du moment.

Au fil des années, La Nef subit une véritable évolution dont la dernière en date est constituée par la récupération d’anciens éléments de la revue Immédiatement. L’un d’entre eux, Jacques de Guillebon devint directeur délégué de La Nef, ce qui donna un nouveau style à la revue. Peu favorable au milieu traditionaliste, la présence de Jacques de Guillebon marqua une nouvelle rupture avec le « public » d’origine de la revue. En revanche, sa présence s’inscrivait parfaitement dans la ligne « souverainiste » défendue par Christophe Geffroy dès l’origine et symbolisaée d’ailleurs par l’inventeur du terme, Paul-Marie Coûteaux.

Sur le site de la revue, on trouve les hommages de plusieurs personnalités dont voici la liste :

Jacques de Guillebon
, Paul-Marie Coûteaux, Mgr Éric Aumonier, Michel Toda, T. Rde Mère Gabrielle de Trudon, Aymeric Pourbaix, Mgr Antoine de Rochebrune, Chantal Delsol, Mgr Jean-Pierre Batut, TRP Dom Antoine Forgeot, François-G. Dreyfus, Mgr Dominique Rey, P. Thierry-Dominique Humbrecht, Anne Coffinier, Jacques Trémolet de Villers, Mgr Marc Aillet, P. Martin,TRP Dom Louis-Marie, Mgr Fernando Arêas Rifan, Marc Fromager,Jean-Pierre Denis, Jean Madiran, TRP Dom Hervé Courau, Émile Poulat,Mgr Gilles Wach, Jean-Marie Le Méné, abbé François Pozzetto,abbé Emeric de Rozières, abbé Thomas Diradourian

Bien évidemment, la vertu de cette sorte d’exercice est un « unanimisme » bienveillant, tout à fait normal d’ailleurs. On s’interrogera, en revanche, sur plusieurs absences. Si le supérieur de l’Institut du Christ-Roi est bien là, on ne trouve ni les supérieurs de la Fraternité Saint-Pierre (général et du district de France), ni le supérieur de la Fraternité Saint-Vincent-Ferrier avec lequel la revue fut liée dans les premières années. Autre absence : les confrères de la presse catholique sont réduits à Aymeric Pourbaix (Famille Chrétienne), Jean Madiran (Présent) et Jean-Pierre Denis (La Vie). Des revues comme France Catholique, Monde & Vie ou l’Homme Nouveau ne sont pas représentés, ni Le Baptistère, ni Kephas, pourtant sur une ligne assez proche. Concernant L’Homme Nouveau, son président, Denis Sureau, fut pourtant un collaborateur de La Nef et il publia même le premier et le seul livre d’une éphémère collection « La Nef » chez DMM.

Encore plus étonnant, les anciens assistants de Christophe Geffroy brillent par leur absence. Thomas Grimaux n’est pas là, alors qu’il fut le cofondateur de la revue, ni Isabelle Roure, devenue depuis Isabelle Solari, épouse de l’éditeur Grégory Solari (également absent), ni Philippe Maxence, passé à l’Homme Nouveau mais qui tient toujours la chronique littéraire de La Nef, ni Bruno Nougayrède, fondateur de La Librairie Catholique et des éditions Artège.

Dans son éditorial, Christophe Geffroy ne cache pas l’évolution de sa revue. Il écrit notamment :
« Lorsque nous avons créé La Nef en décembre 1990, nous avions publié une charte en cinq points qui exprimait notre « ligne » (1). Aujourd’hui, nous la rédigerions certainement différemment, mais sans renier en rien son esprit qui demeure celui de La Nef et qui a animé nos prises de position tout au long de ces vingt années de combat journalistique. Certes, à l’évidence, on pourra trouver ici ou là des inflexions – n’est-ce pas normal durant une si longue période, le contexte ayant lui-même évolué ? – mais non pas un changement de positionnement sur l’essentiel. Justement, quel est-il cet essentiel ? Je le résumerai en trois points.

1.Un enracinement ecclésial dans une optique d’union des forces vives de l’Église derrière le pape et les évêques, pour éclairer et soutenir le Magistère dans l’esprit de « l’herméneutique de la réforme, du renouveau dans la continuité » qui nous a toujours animés, bien avant 2005. La Nef s’inscrit ainsi sans ambages dans la ligne des pontificats de Jean-Paul II et Benoît XVI.

2.Une liberté de ton et d’esprit qui permet d’aborder tous les sujets sans tabou, notamment tout ce qui concerne les débats d’idées (aussi bien dans l’Église que dans la Cité) avec une exigence intellectuelle minimum qui permet seule d’apporter formation et réflexion – ce qui tend à disparaître totalement dans la presse, même catholique, tout allant de plus en plus dans le sens de la « simplification » et du manichéisme « bon-méchant ».

3.Un souci marqué pour la belle et grande liturgie – « sommet et source de la vie de l’Église » (2), elle est un élément central de notre religion –, pour sa resacralisation et pour la liberté d’usage de la forme extraordinaire du rite romain – vénérable patrimoine que l’on ne peut brader –, non dans un esprit partisan de contestation de la forme ordinaire, mais dans un souci de service de l’Église et des fidèles. Si la liturgie est essentielle, la question des rites est plus secondaire, notamment au regard de l’urgence de l’unité et de la mission. La Nef n’est donc pas un journal « traditionaliste », mais, dès l’origine, nous avons eu la volonté – hélas assez peu partagée dans l’Église – d’être un pont entre le monde « tradi » et les autres catholiques – comme l’illustre la publication, dès le n°1, des deux calendriers liturgiques en vigueur dans le rite romain. »
L’existence d’une telle publication, malgré les controverses existantes, montre l’existence d’un public catholique cultivé, et notamment intéressé par les questions liturgiques. C’est pourquoi je me permets de souhaiter à La Nef un heureux anniversaire.

[Abbé Claude Barthe] Demande instante

SOURCE - Abbé Claude Barthe - 3 décembre 2010

Dans son livre livre-entretien intitulé Lumière du monde, le pape a dit :

« Il peut y avoir des cas individuels fondés, comme par exemple lorsqu'un prostitué utilise un préservatif, où cela peut être un premier pas vers une moralisation (1), un premier acte de responsabilité pour développer à nouveau la conscience du fait que tout n’est pas permis, et qu’on ne peut pas faire tout ce qu’on veut. Toutefois, ceci n’est pas le vrai moyen pour vaincre l’infection du HIV. Une humanisation de la sexualité est vraiment nécessaire. »

Et il a dit aussi : 

« [L’Eglise catholique] ne considère naturellement pas [l’utilisation du préservatif] comme une solution véritable et morale. Dans l’un ou l’autre cas, cependant, dans l’intention de réduire le risque de contamination, l’utilisation d’un préservatif peut cependant constituer un premier pas sur le chemin d’une sexualité vécue autrement, une sexualité plus humaine ».

Les médias ont certes fait un usage odieux du propos, mais c’était un risque inhérent à l’exercice. En outre, si l’autorité du propos, en soi, est celle d’un théologien privé, le pape ayant d’ailleurs précisé ensuite : « Chacun est libre de me contredire »,  il reste que les paroles du pape, quelles que soient en l’espèce leur force contraignante ou leur absence d’autorité, ont un très grand retentissement.
Des contradictions sont en effet venues de théologiens amis du pape, de voix bien plus autorisées et compétentes que la mienne (voir : chiesa.espresso), en divers lieux du monde.

Considérant toute la miséricorde que le Christ a témoigné aux pécheurs, tout en exerçant envers la première des miséricordes, celle qui consiste à leur demander de quitter leur péché, sous réserve, il va de soi, d’un meilleur jugement, et me soumettant par avance à celui de l’Église, je fais une double remarque : 

I – En soi un acte intrinsèquement mauvais modifié dans la vue de ne pas transmettre de virus possiblement mortel est ainsi déclaré fondé :

Le propos du pape est, il est vrai, peu clair : « lorsqu'un prostitué utilise un préservatif », le pape le déclare fondé à agir ainsi dans la mesure où cela peut être le premier pas vers une moralisation, mais en spécifiant que l’Église ne considère pas cet usage comme « moral ». Or, un acte humain volontaire est ou n’est pas moralement bon. S’il est fondé, comment serait-il immoral ? Et s’il est immoral, comment serait-il fondé ?

En toute hypothèse, le fait qu’il soit déclaré fondé ne peut qu’apparaître comme un jugement moral positif. Or, il concerne un acte homosexuel, qui entre dans la catégorie des actes intrinsèquement mauvais, c’est-à-dire contraires en soi à la loi naturelle (2).

Dans le cas évoqué par le pape, celui qui va commettre un péché de cette qualité, l’aménagerait par un moyen physique, pour ne pas risquer de transmettre un virus possiblement mortel. Il serait ainsi fondé, non pas à commettre son péché, mais à préférer commettre un péché moins grave. Et par conséquent, il serait moralement bon de l’inciter à commettre son péché de cette manière.

On pourrait se trouver dans l’hypothèse des traités de théologie morale concernant le « conseil de moindre mal ». De nombreux moralistes (dont saint Alphonse de Liguori) considèrent qu’il est probablement permis de conseiller à quelqu’un qui a l’intention arrêtée de commettre le mal, de commettre un péché moindre que celui qu’il s’apprête à accomplir. Ex. : si un gangster s’apprête à tuer pour dévaliser, on peut lui conseiller de seulement voler ; ou bien, on pourrait lui donner un conseil « purement doctrinal » (saint Alphonse) pour le détourner de voler un pauvre, en lui expliquant qu’il est moins grave de voler un riche qu’un pauvre.


Dans toutes ces hypothèses évoquées par la casuistique (au bon sens du terme), il peut sembler qu’on ne conseille pas un mal à strictement parler, mais qu’on déconseille un autre mal plus grave et par ailleurs certain, sachant que le pécheur auquel on donne ce conseil va possiblement commettre un mal moindre que celui qu’on lui déconseille. Cela pourrait être un cas extrême du principe de l’acte à double effet : il est permis, dans certaines conditions, de poser un acte qui produit un effet bon directement voulu, même si cet acte peut causer aussi un effet mauvais concomitant.
Mais quoi qu’il en soit de cette hypothèse morale, elle n’intervient pas dans le cas évoqué par le pape. Ici on ne détourne nullement le pécheur d’un péché grave vers un autre péché moins grave, mais on modifie seulement sa manière d’accomplir le péché intrinsèquement mauvais qu’il va commettre pour que ce péché n’ait pas des conséquences éventuellement mortelles. Autrement dit, le nœud de la question morale ici posée est l’unicité de l’acte considéré, qui est un acte intrinsèquement mauvais. En effet, on ne voit pas comment on pourrait séparer deux actes, dont un serait bon et conseillable et l’autre intrinsèquement mauvais : d’une part, l’usage du préservatif, acte seulement physique du côté duquel serait l’intention de ne pas tuer ; et d’autre part, l’acte sexuel intrinsèquement mauvais. Même si l’acte modifié par l’usage du préservatif est possiblement de moindre conséquence, il n’y a cependant qu’un seul acte intrinsèquement mauvais, accompli d’une autre manière : c’est bien pour commettre un acte intrinsèquement mauvais que la personne considérée va user d’un préservatif. Qui plus est, l’usage du préservatif va même lui permettre de continuer sans risque (croit-on) à commettre le mal et à pratiquer son métier. Déclarer fondé l’usage du préservatif dans ce cas, c’est nécessairement déclarer fondé cet acte intrinsèquement mauvais sous sa nouvelle forme.

On remarquera au reste que rien n’oblige le prostitué à commettre cet acte et que l’on n’est pas dans l’urgence (revolver sur la tempe) des cas évoqués pour le « conseil de moindre mal ».

On peut imaginer divers cas analogues :


 supposons le cas d’un médecin dans la brousse qui pratique des avortements de manière artisanale, ce qui provoque de nombreux décès de femmes. On ne peut estimer fondé, comme un premier pas vers une moralisation et comme un premier acte de responsabilité, le fait qu’il se procurerait des instruments chirurgicaux modernes, de telle sorte qu’il n’y aurait plus de danger pour les femmes avortées : cet acte modifié reste un acte intrinsèquement mauvais. En réalité, moralement, la seule chose à lui conseiller est de cesser de pratiquer des avortements. Il serait par ailleurs immoral pour une société de vente de matériels chirurgicaux de coopérer à la transformation de ses pratiques en lui vendant du matériel moderne d’avortement.

• Il est vrai que c’est un cas qui peut ne pas paraître convainquant de nos jours, parce qu’il porte sur l’avortement, incontestablement bien plus grave que l’acte homosexuel. De fait, tant l’avancée de la mentalité contraceptive que arrivée des lois d’avortement, ont fait reculer d’un cran la défense catholique : on se bat désormais pour la vie, la bataille pour la morale dans les actes du mariage devenant moins importante. Un autre recul se dessine d’ailleurs : se battre non plus contre l’avortement dès la conception (pilule contraceptives qui, à 90%, opèrent par détachement de l’ovule fécondé ; pilule « du lendemain »), mais seulement contre l’avortement d’embryon visiblement formés, l’acte d’élimination d’un ovule fécondé ou d’un ensemble de cellules semblant moins grave. 
 supposons encore le cas d’une personne qui se livre à la masturbation avec l’aide d’une autre personne. On ne peut estimer fondé, comme un premier pas vers une moralisation, le fait, au lieu de se servir d’une personne que le pécheur fait coopérer à son péché, d’user d’images pornographiques ou d’instruments divers. Ici encore, on doit inciter le pécheur à abandonner sa pratique perverse et non l’inciter à la modification de sa pratique, ce qui revient à lui conseiller un acte intrinsèquement mauvais modifié pour qu’il ait moins de conséquences.

• Mais même de telles considérations paraîtront aujourd’hui odieusement rigides, tant la mentalité utilitariste a été largement intégrée par le catholicisme actuel.
II – Par voie de conséquence, d’autres actes, qui étaient considérés comme moralement condamnables, semblent devenir également fondés : 

1. On ne voit pas comment le jugement estimant que la modification de son acte par le prostitué est fondé ne s’appliquerait pas aussi à tout acte sexuel qui va être commis par une personne porteuse de virus mortel ou susceptible de contracter ce virus, hors du mariage et dans le mariage. Va-t-on aussi parler, si cette personne use d’un préservatif, de premier acte de responsabilité pour développer à nouveau la conscience du fait que tout n’est pas permis, et qu’on ne peut pas faire tout ce qu’on veut ?

2. Selon les principes de la morale naturelle et chrétienne la vente par un pharmacien d’un produit contraceptif ou d’un préservatif acquis dans l’intention d’en user pour un acte sexuel était tenu, non pas pour une coopération matérielle, mais pour une coopération formelle, impossible de ce fait à justifier moralement (sauf, bien entendu, la considération miséricordieuse de circonstances diverses qui peuvent atténuer la responsabilité, notamment la méconnaissance des principes de la morale naturelle aujourd’hui très répandue chez les catholiques).

Or, le fait de ne pas vouloir coopérer à des actes intrinsèquement mauvais par la vente de contraceptifs et de préservatifs, on le sait, a engendré de graves persécutions et de lourds dommages pour des pharmaciens catholiques héroïques, avec parfois des conséquences crucifiantes pour leurs familles.

Concrètement, ce sont eux et non les prostitués qui posent des questions aux prêtres et confesseurs. Va-t-on désormais leur conseiller d’abandonner leur « objection de conscience » ? Ou bien leur conseiller de la réserver aux produits et instruments abortifs (comme, de fait, la plupart des pilules contraceptives) ? Ou bien seulement de la réduire à certains produits et instruments abortifs (pilule du lendemain, stérilet) ? Ou uniquement de refuser la délivrance de ces instruments et produits lorsqu’ils ne sont pas prescrits par une ordonnance médicale ? Ou pour finir de leur conseiller d’abandonner purement et simplement toute « objection de conscience » en ce domaine ?

Le prêtre qui donnerait des conseils chargeant les âmes d’un fardeau indu endosserait une responsabilité pharisaïque intolérable. Mais inversement, si la coopération du pharmacien est effectivement peccamineuse, le prêtre qui la conseille participe à son péché de coopération au mal, et en prend même, devant le Christ qu’il représente, la part la plus lourde. Il paraît donc nécessaire que les membres de l’Église enseignante se prononcent sur ce point.

L’abbé Claude Barthe

(1) « Es mag begründete Einzelfälle geben, etwa wenn ein Prostituierter ein Kondom verwendet, wo dies ein erster Schritt zu einer Moralisierung sein kann. »
(2) Cette catégorie permet notamment de savoir que de tels actes – plus ou moins graves – ne peuvent en aucune façon être considérés comme des actes licites d’où pourraient découler un effet bon. A propos de tels actes (mensonge, le meurtre de l’innocent ou l’usage des moyens abortifs, une politique de dissuasion nucléaire qui inclut l’intention, même conditionnelle, de tuer les innocents que sont a priori les non combattants), il n’est plus possible de douter de l’application du principe de Rm 3, 8 : « Devrions-nous faire le mal pour qu’il en sorte un bien ? »

29 novembre 2010

[Abbé Gaudron, FSSPX - DICI] Lumière… et ombres dans le livre-entretien de Benoît XVI

SOURCE - Abbé Gaudron, FSSPX - DICI - 29 novembre 2010

L’abbé Matthias Gaudron, de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, a été ordonné prêtre par Mgr Tissier de Mallerais en 1990. Il a dirigé durant douze ans le Séminaire international du Sacré-Cœur à Zaitzkofen (Bavière). Il est actuellement en poste au prieuré Saint-Pierre de Berlin. Auteur du Catéchisme catholique de la crise dans l’Eglise (éd. du Sel), il est consulteur auprès de la commission de la Fraternité Saint-Pie X chargée des discussions doctrinales avec le Saint-Siège. Nous publions ici la recension qu’il a faite de l’ouvrage de Benoît XVI, dès sa publication en Allemagne, mise en ligne le samedi 27 novembre sur le site du district d’Allemagne.

Une fois de plus parmi les faits et gestes du Pape, des déclarations isolées, pas même centrales, sont montées en épingle et menacent de faire oublier tout le reste. Tout comme ses propos critiques envers l’islam – lors du discours de Ratisbonne – et ses paroles sur le préservatif – lors du voyage en Afrique – furent retransmis d’une manière déformée et souvent bien peu fidèle à la vérité, c’est sur le même ton que la presse mondiale claironnait ces jours derniers, que le Pape avait enfin permis le préservatif, et qu’elle solennisait cet événement comme un revirement historique dans l’univers de la morale catholique.

Le Pape a-t-il permis l’utilisation du préservatif ?

Dans les faits, le Pape a simplement dit que l’on pouvait voir dans l’utilisation du préservatif par un prostitué avec l’intention d’empêcher la transmission du sida, un premier pas vers sa propre moralisation et responsabilisation. On pourrait dire dans le même sens, que la décision prise par un voleur meurtrier, de restreindre dans le futur ses activités au larcin, afin de ne plus attenter à la vie du prochain, pourrait être regardée subjectivement comme un premier pas vers sa moralisation. En conclure que le larcin deviendrait pour autant moralement défendable, est tout aussi déloyal que les assertions de certains évêques et théologiens, selon lesquelles Benoît XVI aurait enfin ouvert la porte aux moyens de contraception.

Il faut cependant remarquer que la référence du Pape à « des cas particuliers » fournit un certain fondement à ces interprétations. Il aurait dû, en effet, profiter de la question de Peter Seewald qui lui demandait si l’Eglise n’est pas « par principe contre l’utilisation du préservatif » pour lever tout doute. Mais il répond simplement, que l’Eglise ne considère pas le préservatif comme « une solution véritable et morale », quoique dans « l’un ou l’autre cas » cependant, il pourrait « constituer un premier pas sur le chemin d’une sexualité vécue autrement, une sexualité plus humaine. » (p.161) [1] Pour parler poliment, c’est faible. Que la sexualité ne puisse être vécue d’une manière conforme à la volonté de Dieu et digne de la nature humaine que dans le mariage uniquement, et qu’ici le préservatif ou tout autre moyen de contraception artificiel soit à rejeter moralement, cela n’est bien entendu pas nié par le Pape, mais cela n’est pas non plus affirmé clairement, ce qui pourtant serait bien nécessaire aujourd’hui. De ce fait, et en raison de sa volonté d’aller le plus possible à la rencontre du monde laïcisé et de ne blesser personne, il partage avec les media une certaine responsabilité dans la confusion et la déception que les informations de ces derniers jours ont provoquées parmi les catholiques fidèles.

Il faut également noter, dans l’affirmation selon laquelle l’Eglise catholique approuverait la régulation naturelle de la fécondité (p.194) une certaine atténuation de la morale catholique. Il est certes moralement défendable qu’un couple utilise les périodes non fertiles du cycle féminin pour espacer un peu les naissances ou même pour en limiter le nombre, mais dans le cas seulement où un accroissement de la famille, pour des raisons de santé, des raisons économiques ou autres raisons similaires et graves ne serait pas moralement responsable.[2] L’affirmation du Pape peut laisser l’impression que les époux seraient autorisés à utiliser la régulation naturelle là où d’autres personnes recourent aux moyens de contraception artificiels, c’est-à-dire dans le but de n’avoir aucun ou tout au plus qu’un nombre restreint d’enfants. Or cela ne correspond pas du tout à la morale catholique, étant donné que la procréation est le but principal du mariage.

Les cas d’abus envers des mineurs – le célibat

Bien évidemment, les cas d’abus sexuels commis par des prêtres catholiques occupent une bonne partie de l’ouvrage. A propos du problème de la dissimulation de ces cas par certains supérieurs ecclésiastiques, le Pape fait la constatation intéressante que « le droit pénal ecclésiastique avait fonctionné jusqu’à la fin des années 50 (…). Mais depuis le milieu des années 60, il ne fut tout simplement plus appliqué. La conscience dominante affirmait que l’Eglise ne devait plus être l’Eglise du droit, mais l’Eglise de l’amour ; elle ne devait pas punir » (p. 46 et suivantes). Ces propos font pour le moins allusion au désastre qui devait s’abattre sur l’Eglise avec le IIe Concile du Vatican. Mais ce problème n’est pas traité dans l’ouvrage.

La question du célibat revient quant à elle sur le tapis. Benoît XVI ne s’aventure pas à esquisser un relâchement de la discipline romaine du célibat sacerdotal. Toutefois, ce qu’il dit des prêtres qui vivent en concubinage avec une femme, est singulier. Dans ces cas on devrait, dit-il, examiner « s’il y a une réelle volonté du mariage et s’ils (le prêtre et sa concubine) pourraient former un bon ménage. S’il en est ainsi, ils doivent suivre ce chemin. » (p. 61). Cela correspond certes à la pratique actuelle à Rome, qui est de laïciser systématiquement ces prêtres, mais est en contradiction flagrante avec la discipline ecclésiastique d’avant Vatican II. Le fait d’accorder si facilement au prêtre la contraction d’un mariage met en cause le sens véritable du vœu de chasteté qu’il a prononcé. La promesse définitive faite, devant Dieu, de vivre dans la continence a-t-elle une signification si légère ? L’homme marié lui-même ne peut pas simplement s’en aller, lorsque la vie commune avec son épouse lui semble devenue pénible. Par ailleurs, quelle fidélité conjugale peut-on attendre d’un prêtre qui n’a pas hésité à récuser les serments les plus sacrés qui soient au monde ?

Le Pape remarque avec raison que le célibat « n’est réalisable et crédible que si Dieu existe et si je m’engage ainsi en faveur du royaume de Dieu. Dans cette mesure, le célibat est un signe d’une nature particulière ». Pour cela, « il est important que les prêtres ne vivent pas isolés, qu’ils soient ensemble au sein de petites communautés, qu’ils se soutiennent les uns les autres, qu’ils découvrent ainsi la communauté qu’ils forment dans leur action au service du Christ et dans leur renoncement au profit du Royaume céleste » (p. 196). Dès sa fondation, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X a réalisé cet idéal.

L’homme est capable de vérité

Les paroles du Pape au sujet de la « dictature du relativisme » comptent parmi les passages les plus importants de son livre. A l’encontre « d’une grande partie des philosophies actuelles » Benoît XVI professe fermement la capacité de l’homme au vrai et se plaint de ce que « le concept de vérité (soit) désormais un objet de soupçon » (p. 75). Dans ce contexte, il trouve même des expressions fortes contre l’intolérance caractéristique de la société moderne à l’égard du christianisme : « Quand par exemple, au nom de la non-discrimination, on veut forcer l’Eglise catholique à modifier sa position sur l’homosexualité ou l’ordination des femmes, cela veut dire qu’elle ne peut plus vivre sa propre identité, et qu’au lieu de cela, on fait d’une religion négative et abstraite un critère tyrannique auquel chacun doit se plier » (p. 78). « Qu’au nom de la tolérance la tolérance soit abolie, c’est une menace réelle » (p. 78).

L’affaire Williamson

Le « cas Williamson » fait à lui seul l’objet d’un chapitre. L’avis du Pape, selon lequel Mgr Williamson n’aurait « jamais été catholique au sens propre du terme », du fait qu’il serait « directement passé des anglicans chez Lefebvre » n’est pas juste (p. 165). Ce n’est pas dans la Fraternité Saint-Pie X que Richard Williamson a rejoint la foi catholique, mais indépendamment d’elle, dès avant son entrée au séminaire d’Ecône. De plus, à l’époque où il y entra, parmi les premières promotions de séminaristes, la Fraternité jouissait de la complète approbation des autorités ecclésiastiques compétentes.

Il est intéressant d’apprendre (p. 164), que déjà sous le pontificat de Jean-Paul II, une réunion de tous les chefs de dicastères avait décidé d’accorder le retrait de l’excommunication, au cas où les évêques l’auraient demandé. A part cela, il n’est guère fait mention de la Fraternité Saint-Pie X, ni d’autres communautés traditionnelles, dans l’ouvrage du Pape. La libéralisation de la messe traditionnelle devait être un signe pour la cohésion interne de l’histoire de l’Eglise ; l’adoption par Benoît XVI de la distribution de la communion dans la bouche, est à ses yeux un « signal clair » en faveur de la « présence réelle » (cf. p. 207-208). Le Pape dit à cette occasion ne rien avoir en principe contre la communion dans la main, et considérer la nouvelle messe comme la forme normale de la célébration, tout en rappelant régulièrement que la liturgie ne devrait pas être un espace livré aux ébats créatifs du célébrant.

L’œcuménisme et les relations avec les juifs

L’œcuménisme est encore et toujours pour Benoît XVI le chemin que l’Eglise doit suivre. Il évoque avec insistance les bonnes relations qu’il entretient, principalement avec plusieurs dirigeants des communautés orthodoxes. Quant aux protestants, il est contraint d’avouer que ceux-ci « avec l’ordination des femmes, l’acceptation des couples homosexuels, etc. » se sont plutôt éloignés de l’Eglise (p. 128-129), ce qui cependant ne lui fait nullement remettre en cause l’orientation œcuménique. Saint Augustin écrivait à propos des hérétiques : « En beaucoup de points, ils sont avec moi, en quelques-uns seulement ils ne sont pas avec moi ; mais à cause de ces quelques points sur lesquels ils se séparent de moi, il ne leur sert de rien d’être avec moi en tout le reste. » (In Psalm. 54, n. 19 ; PL 36,641). Bien que Benoît XVI ait l’évêque d’Hippone en grande vénération, il semble bien que sur ce point il se sépare de lui, puisque par ailleurs il recherche des points communs avec les protestants. La dénomination « communauté ecclésiale » (et non Eglise) pour les protestants est sensée montrer « qu’ils sont Eglise, mais d’une autre manière » (p. 130). Selon Benoît XVI, le christianisme a, dans le protestantisme, « entrepris une sorte de déplacement des centres de gravité » et l’on s’efforce de se reconnaître mutuellement en tant que chrétiens et, en tant que tel, de se rendre service les uns aux autres (p. 130). Ce regard positif sur le protestantisme est en contradiction avec l’enseignement traditionnel de l’Eglise. Chaque protestant pris comme personne privée peut certes être « bona fide », c’est-à-dire de bonne foi par défaut de connaissance ; mais le protestantisme en lui-même ne peut être dit « une autre manière d’être Eglise », il est séparé de l’Eglise du Christ.

La défense nette par Benoît XVI du pape Pie XII contre les accusations injustes et intenables qui, à la suite du dramaturge Rolf Hochhuth [3] sont continuellement portées contre lui, est très réjouissante (p. 146). Lorsque des objectants disent de Pie XII, qu’il avait des juifs – malgré tout ce qu’il a fait pour les sauver – « une conception démodée » et qu’il n’était pas « à la hauteur du concile Vatican II », Benoît XVI écarte cette critique, mais il montre de nouveau qu’il est lui à la hauteur de Vatican II.

En effet, plutôt que de parler des « frères aînés » – une expression que les juifs, la reliant à Esaü (le frère réprouvé) pourraient trouver blessante – Benoît XVI parle de « nos pères dans la foi » (p. 114). Si cela est juste des juifs de l’Ancien Testament, cela ne l’est pas de ceux qui vivent aujourd’hui et qui rejettent expressément le Christ et son Eglise. Ses explications à propos des nouvelles oraisons qu’il a introduites dans le rite traditionnel du Vendredi Saint, sont encore plus obscures. Contrairement à beaucoup de courants de la théologie moderne, le Saint Père remarque « qu’il n’existe pas deux chemins vers le salut, que le Christ est donc aussi le sauveur des juifs et pas seulement celui des païens », mais il ajoute aussitôt que dans la nouvelle oraison il ne s’agit pas de prier « immédiatement pour la conversion des juifs au sens missionnaire du terme, mais pour que le Seigneur puisse susciter l’heure historique à laquelle nous serons tous unis les uns aux autres » (p. 145). A quiconque pense logiquement, il sera difficile de comprendre pourquoi l’on ne prierait pas pour la conversion des juifs, alors qu’il est acquis que le Christ est leur Sauveur. De plus, à la lecture de l’oraison introduite par Benoît XVI : « Prions aussi pour les juifs, afin que Dieu Notre Seigneur éclaire leurs cœurs, pour qu’ils reconnaissent le Christ comme le Sauveur de tous les hommes », le fidèle normal sera bien induit à penser que l’on prie pour la conversion des juifs.

La crise de l’Eglise

La crise de l’Eglise, surtout en ce qui concerne l’Europe et l’Amérique du nord, est souvent évoquée. En raison de l’origine du Pape (et de Peter Seewald) la situation particulière de l’Allemagne fait l’objet d’une attention spéciale. Benoît XVI est conscient « qu’il existe dans l’Allemagne catholique un nombre considérable de personnes attendant, en quelque sorte, le moment où elles pourront s’en prendre au pape » (p. 169). Il ne peut pas s’expliquer pourquoi en Allemagne, où chaque enfant suit entre neuf et treize ans d’instruction religieuse, « cela laisse aussi peu de traces » (p. 186). Voilà bien un euphémisme ! Le Pape ne peut pas ignorer que les livres officiels de l’enseignement catholique transmettent tout autre chose que la foi catholique, et que la plupart des professeurs de religion, malgré la mission canonique donnée par l’évêque, ne sont pas aptes à transmettre la foi. Par conséquent, son exhortation aux évêques « de réfléchir sérieusement à la manière dont on peut donner à la catéchèse un nouveau cœur » doit probablement être comprise comme une critique implicite.
Pour conclure

Dans ce nouveau livre, Benoît XVI reste fidèle à sa ligne. Il demeure ce Pape enseignant et pacifique, qui s’efforce de tout comprendre, d’éviter les extrêmes et de concilier dans l’Eglise les raisonnements modernes avec la Tradition. C’est en ce sens qu’il se qualifiait lui-même dès 1985, dans son livre-entretien Entretien sur la Foi avec Vittorio Messori : « J’ai toujours voulu rester fidèle à Vatican II, cet aujourd’hui de l’Eglise », sans « échappées solitaires en avant », mais également sans anachronique « nostalgie pour un hier irrémédiablement passé » (p. 17 de l’édition française, Fayard, 1985).

Ce livre pourra bien déciller les yeux de tous ceux qui ne connaissent pas grand chose ou même rien du tout de l’Eglise catholique, sur les déformations et les erreurs propagées par la presse. Dans ses introductions aux différentes questions, Peter Seewald rétablit plusieurs fois les faits, ce qui donne une image bien différente de celles répandues dans le public. Peut-être ne peut-on rien attendre de plus actuellement. La Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X est cependant d’avis que l’Eglise ne pourra pas connaître de renouveau, sans une condamnation claire des développements faux survenus depuis Vatican II et sans un rattachement à sa Tradition pérenne.

(Traduction DICI)

[1] Les citations sont extraites de l’édition française : Lumière du monde, Bayard, novembre 2010.
[2] Pie XII, dans son Allocution aux sages-femmes, en 1951, s’était exprimé clairement sur le sujet. N. du T.
[3] Auteur de la pièce Le Vicaire. N. du T.

28 novembre 2010

[Monde & Vie - Claire Thomas] Et la Fraternité Saint-Pie X ?

SOURCE - Claire Thomas - Monde et Vie n°834 - novembre 2010

On ne peut pas s’empêcher de penser que le respect affiché par Rome du «charisme propre» – profondément traditionnel – des Légionnaires du Christ - un Institut pourtant tellement compromis par ailleurs - est un gage de la fiabilité du Vatican dans les négociations, d’un tout autre ordre certes, qui se déroulent en ce moment avec la Fraternité Saint-Pie X. Par rapport aux procédés autoritaires utilisés naguère (en 2000) par le cardinal Castrillon Hoyos, pour régler les problèmes internes et surmonter les divisions de la Fraternité Saint-Pierre, en nommant lui-même un supérieur « à sa main », la présente prudence de Rome avec les Légionnaires est tout à fait remarquable. Mgr Velasio de Paolis défend la légitimité des supérieurs actuels, pourtant bien compromis et souhaite que, si changement il y a à la tête de la Congrégation, cela se produise après consultation des membres dans un chapitre général. Est-ce en ayant égard à cette (nouvelle) fiabilité du Vatican de Benoît XVI, que Mgr Bernard Fellay, supérieur de la Fraternité Saint-Pie X, a assez solennellement pris rendez-vous avec l’avenir ? Alors que le débat doctrinal engagé l’an dernier touche à sa fin, le successeur de Mgr Lefebvre a souligné qu’aucune porte n’était fermée pour autant: « Nous sommes à un point charnière, a-t-il déclaré le 16 octobre au périodique Nouvelles de chrétienté, pour la reconstruction à venir, et bien que cela n’apparaisse pas encore nettement, je crois que tout est possible ». Que conclure? Qu’au jeu des petites phrases, celle-là n’est certainement pas la moins significative!

Claire Thomas

[summorum-pontificum.fr] Le prochain Tu es Petrus n’est pas à manquer

SOURCE - summorum-pontificum.fr - 28 novembre 2010

Le prochain numéro de Tu es Petrus, revue du district de France de la Fraternité Saint-Pierre, devrait faire parler de lui. Dans son éditorial, l’abbé Vincent Riberton évoque « l’éclipse du sens de Dieu et la menace de l’islam ». Des articles sont consacrés au voyage de Benoît XVI en Angleterre, à la Russie, à la généalogie de Jésus, au bienheureux Newman, à Joseph Fadelle et aux camps de la Fraternité ou en lien avec la Fraternité. Le dossier est consacré au « prêt à penser contemporain, des maîtres penseurs aux maîtres censeurs ».

Mais c’est surtout un article sur l’application du Motu Proprio qui risque d’entraîner des polémiques. Intitulé « Summorum Pontificum, entre opposition et pacification », signé Bernard Calmait, cet article s’en prend notamment aux analyses de Christophe Geffroy, directeur et fondateur de La Nef. Extraits :
Le navire du Motu Proprio s’est mis en route. Nous sommes donc au début de « l’aventure » mais pour Christophe Geffroy « l’aventure » est terminée avant même d’avoir commencé. Il y a « nonréception », nous dit-il, ce qui veut dire que nous sommes dans une impasse, dans un blocage qui empêche toute évolution. La cause d’une situation si déplorable se trouve, selon lui, dans l’antagonisme de deux collectifs présentés comme antithétiques : d’une part les évêques et de l’autre, ce qu’il appelle la « mouvance traditionnelle ». « Force est de constater, lit-on, que les évêques persistent globalement à se méfier d’une mouvance traditionnelle qu’ils ne parviennent pas à considérer comme une chance pour l’Eglise ». Mais cette mouvance que les évêques devraient considérer comme une chance est décrite quelques lignes plus tard comme « éclatée en sensibilités diverses » et touchée par un raidissement et un durcissement qui « ne sont pas de nature à atténuer la méfiance des évêques évoquée plus haut ».

L’argumentation développée ici ne manque pas de nous étonner sous la plume de Christophe Geffroy : la dialectique d’opposition. L’application du Motu Proprio se trouve comme enfermée dans un cercle vicieux avec, d’un coté les évêques méfiants, de l’autre la « mouvance traditionnelle » qui, avec ses attitudes bornées ne fait qu’accroitre la méfiance épiscopale. Mais heureusement- Dieu soit loué ! – il existe un troisième camp qui peut seul faire sortir de cette impasse. Il s’agit de ceux qui suivent l’esprit (sic !) du Motu Proprio.

Ces derniers se retrouvent, à leur tour, comme victimes de la justesse de leur compréhension, ballotés entre l’autorité et une partie des traditionalistes. Cela donne lieu à une nouvelle dynamique d’opposition, cette fois-ci à l’intérieur même du camp des destinataires du motu proprio, où en plus de ceux qui suivent l’esprit, on signale l’existence d’une autre partie composée, déduisonsnous, par ceux qui se limitent à suivre la lettre de Summorum Pontificum, « préférant des lieux de culte exclusivement dédiées à la forme extraordinaire, plutôt que de travailler à remettre la forme extraordinaire en usage dans les paroisses, pour qu’elle puisse être offerte à tous ».
On le voit, Christophe Geffroy a voulu un débat et il l’a. Acceptera-t-il de débattre, c’est-à-dire non seulement de répondre aux arguments de ces adversaires, mais aussi de les prendre-en compte vraiment ? L’avenir le dira.

Une autre question se pose : est-ce bien dans la revue officielle d’une Fraternité que doive avoir lieu un tel débat ? Personnellement, j’avoue ne pas avoir de réponse.

[Mgr Bernard Fellay - Lettre n° 77 de aux Amis et Bienfaiteurs de la FSSPX] "Il y a quarante ans, le 1er novembre 1970, ..."

SOURCE - Mgr Fellay, Supérieur Général de la FSSPX - 28 novembre 2010

Chers Amis et Bienfaiteurs,

Il y a quarante ans, le 1er novembre 1970, Mgr François Charrière, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, signait le décret d’érection de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X. Qui aurait alors pensé que nous aurions à traverser ces quarante années comme nous venons de le faire ? Car la somme d’événements que notre société a rencontrée depuis cette date dépasse toute imagination. A commencer par l’injuste suppression qui la frappa cinq ans plus tard…

Le cardinal Oddi résumait la raison de cette situation en disant que Mgr Lefebvre avait agi par un trop grand amour de l’Eglise ! Argument plutôt surprenant pour expliquer une suite impressionnante de condamnations. Ce qui est certain, c’est que notre société a connu un destin unique dans les annales de l’histoire de l’Eglise.

Le sacre de quatre évêques a certes amplifié la controverse dans laquelle la Fraternité a été impliquée presque dès le début de sa fondation. Et pourtant, cette controverse n’a de cesse de toucher des personnes qui ont à cœur de conserver tous les principes les plus chers de l’Eglise catholique. Ils se glorifient du titre de fidèles et sont tellement attachés à ces éléments essentiels qu’ils ont mérité le qualificatif de traditionalistes. Ils ont en horreur la contestation, la subversion, la révolution et, malgré cela, depuis le commencement, ils apparaissent comme des rebelles, des contestataires en opposition ouverte avec l’autorité, une autorité qu’ils protestent vouloir reconnaître sincèrement et à laquelle néanmoins ils s’opposent fermement.

Oui, les contradictions rencontrées au cours de notre petite histoire nous font redire avec une stupéfaction émue les paroles de saint Paul retraçant les épreuves que lui-même traversait alors : « parmi l’honneur et l’ignominie, parmi la mauvaise et la bonne réputation ; traités d’imposteurs, et pourtant véridiques, d’inconnus, et pourtant bien connus, regardés comme mourants, et voici que nous vivons, comme châtiés, et nous ne sommes pas mis à mort, comme attristés, nous qui sommes toujours joyeux, comme pauvres, nous qui en enrichissons un grand nombre, comme n’ayant rien, nous qui possédons tout. » (2 Corinthiens 6, 8-10)

Mais nous pouvons aller encore plus loin dans cette réflexion, surtout lorsque nous voyons que nous sommes précisément punis à cause de notre obéissance, en particulier à cause de notre attachement aux vérités affirmées par l’Eglise de toujours et de notre opposition aux erreurs condamnées par elle. Voilà ce qui nous a valu tant de malédictions de la part de ceux qui aujourd’hui ont autorité dans l’Eglise. Jusqu’au point où, encore aujourd’hui, certains nous considèrent ou nous déclarent schismatiques. Alors que nous ne voulons apporter que la bonne nouvelle du Salut, nos démarches et nos initiatives sont considérées comme dangereuses par beaucoup ; la plus petite de nos actions provoque des réactions totalement disproportionnées. Prendrait-on de plus grandes précautions s’il fallait se prémunir du diable ?! Nous portons vraiment en nous ce signe annoncé par le prophète Siméon à la Très Sainte Vierge Marie, le signe de contradiction de Notre Seigneur. Même si cela implique beaucoup de souffrance dans nos cœurs, beaucoup d’incompréhension, malgré tout nous nous réjouissons d’avoir part aux souffrances de Notre Seigneur et à la magnifique béatitude, la dernière rapportée par saint Matthieu : « Heureux serez-vous, lorsqu’on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous et soyez dans l’allégresse, parce que votre récompense est grande dans les cieux » (Matthieu 5,11-12).

Tous ces éléments nous rappellent qu’ici-bas l’Eglise porte le nom de “militante”, car elle doit toujours combattre. La fin que lui a assignée Notre Seigneur et qui consiste à sauver les âmes ne s’obtient pas sans lutte, une lutte essentiellement spirituelle, mais bien réelle, qui connaît ici et là des retombées temporelles plus ou moins marquées. Notre-Seigneur Jésus-Christ a livré une bataille définitive au démon pour lui arracher ces pauvres âmes qui arrivent dans le monde en son pouvoir, avec la tache du péché originel. Cette bataille est celle de tous les siècles ; l’oublier c’est se condamner à ne rien comprendre sérieusement de la grande histoire des hommes. Pour nous, nous portons tous les jours les stigmates de ce combat, et c’est l’occasion d’une grande allégresse. De tout temps, les auteurs spirituels ont considéré l’épreuve comme un bon signe et même une marque de prédilection. Puisqu’aujourd’hui on fait tout pour oublier et même pour nier ces vérités fondamentales du combat spirituel, nous sommes heureux de contribuer selon notre petite part à maintenir vivante dans notre chair une telle vérité.

Non que nous n’aspirions à la paix, qui viendra en son temps, selon le bon plaisir de la divine Providence que nous ne voulons en rien précéder.

En cela nous suivons de près le chemin que nous a tracé notre vénéré fondateur, Mgr Marcel Lefebvre. Chemin lumineux au milieu des ténèbres de la plus épouvantable épreuve qui puisse arriver à un catholique : se trouver dans une situation de contradiction avec les autorités romaines et même avec le Vicaire du Christ. Ces quarante années sont si remplies de leçons qui font voir combien la perception de Mgr Lefebvre était juste. Sur le Concile, sur les causes de la crise, sur la décadence du sacerdoce, sur l’affaiblissement de la doctrine, sur la sympathie jamais vue de l’Eglise envers le monde et les autres religions, sur le libéralisme. Mais aussi sur les remèdes à appliquer, qui reposent sur la fidélité aussi bien à la doctrine qu’à la discipline pluriséculaire de l’Eglise. Vraiment, nous n’avons rien à inventer ! Les moyens donnés par Notre Seigneur à son Eglise sont toujours aussi féconds et ils le seront toujours, car ils viennent de Dieu notre Créateur et Sauveur ; la foi et la grâce dépassent toutes les circonstances de temps et de lieu, toutes les contingences, car elles dépassent essentiellement la nature humaine, ses capacités, ses espérances. Ces moyens sont proprement surnaturels.

C’est pourquoi le chemin de Mgr Lefebvre est toujours actuel. Ce qu’il disait il y a trente ans, quarante ans, est encore parfaitement valable aujourd’hui. Cela nous oblige à une très grande action de grâces à Dieu de nous avoir donné – ainsi qu’à toute l’Eglise – un tel évêque. Il ne fait aucun doute que, si l’on suivait dans l’Eglise ses précieuses indications, tout le Corps mystique se porterait mieux et sortirait bientôt de cette crise. Mais à voir ce qui se passe dans l’Eglise, même si apparaissent ici et là des lueurs d’espérance, on doit bien constater que, dans son ensemble, le navire poursuit sa course commencée depuis Vatican II – certes un peu ralentie avec Benoît XVI, mais guère plus qu’une chute libre freinée par un parachute.

***

Parmi les leçons que Mgr Lefebvre nous a laissées, nous voudrions en souligner deux qu’il liait intimement.

La première concerne la royauté sociale de Notre-Seigneur Jésus-Christ, autrement dit le titre et le droit de Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu, Créateur de l’Univers entier, pour qui et par qui tout a été créé (cf. Col. 1) et vrai homme. « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre » : cette parole nous vient directement de sa divine bouche. Cette royauté exprime bien que, même si la mission première de Jésus-Christ est le salut des hommes, elle ne supprime en rien ses autres prérogatives qu’il utilise au service de cette fin première. Combien il est plus facile aux âmes de faire leur salut lorsque la société civile, pénétrée des principes que lui inspire le droit chrétien, exerce sur elles cette influence bénéfique par des lois conformes au droit naturel et à la loi éternelle ! Il n’est point besoin de réfléchir beaucoup pour prendre conscience des bienfaits que peut et devrait apporter la société temporelle aux hommes qui la composent et que Dieu a créés pour une fin surnaturelle. Monseigneur a résumé cette question d’une phrase lapidaire : « c’est parce que le règne de Notre-Seigneur Jésus-Christ n’est plus au centre des préoccupations et des activités de ceux qui sont nos praepositi, qu’ils ont perdu le sens de Dieu et du sacerdoce. » Phrase très forte, et extrêmement profonde, qui dit bien le drame de l’Eglise en notre temps. A force de vouloir s’aligner sur le monde, on a perdu de vue l’essentiel, Dieu. Ainsi que celui qui a été choisi par Dieu pour conduire les hommes à Lui, le prêtre.

Déjà Paul VI disait à la fin du Concile que plus que tout autre, l’Eglise a aussi le culte de l’Homme. Jean-Paul II parlait d’anthropocentrisme de l’Eglise. Ces quelques expressions montrent bien le glissement qui s’est opéré depuis Vatican II : la nouvelle préoccupation de l’Eglise, c’est l’homme. Alors qu’auparavant, c’était – et cela doit être pour tous les temps, car il ne peut y avoir d’autre fin – la gloire de Dieu, inséparable du salut. Servir Dieu, l’honorer, le glorifier, voilà la raison d’être des hommes, et par conséquent celle de l’Eglise ! En suivant la pente du monde, c’est comme si on avait oublié Dieu jusque dans son Temple, en y substituant le culte de l’homme.

Que les autorités de l’Eglise remettent Dieu, Notre Seigneur à sa place dans le monde et la restauration de l’Eglise se fera comme par miracle ! Certes il ne s’agit pas de tout confondre, la doctrine catholique a toujours reconnu que l’Eglise et la société civile sont deux sociétés parfaites, distinctes, ayant chacune leur fin et leurs moyens propres. Mais cela n’élimine Dieu ni de l’une ni de l’autre.

Le monde libéral et socialiste veut se libérer du joug de Dieu, il n’y a rien de plus funeste pour la créature humaine. La situation présente du monde, qui n’aura jamais poussé aussi loin qu’aujourd’hui ses aspirations d’indépendance par rapport à son Créateur, étale tous les jours le piètre résultat de ses desseins insensés. Partout l’instabilité, la peur. Que prévoient en effet les gouvernants pour les années à venir ? Et les financiers, et les économistes ?

« Si le moment n’est pas venu pour Jésus-Christ de régner, alors, le moment n’est pas venu pour les gouvernements de durer » (Card. Pie). Toutes choses, et pas seulement les surnaturelles, ont en Lui leur consistance. Un monde sans Dieu est insensé. Il devient absurde. La fin commune de toutes les créatures est et restera toujours Dieu. Par conséquent le meilleur moyen d’arriver à une vraie paix et prospérité dans ce monde est de respecter et de se soumettre à Celui qui l’a fait.

Voilà ce que doit rappeler l’Eglise au monde d’aujourd’hui, et voici où intervient le prêtre dont Mgr Lefebvre nous rappelle la mission. C’est la deuxième leçon, intimement liée à la première.

***

Le monde déchu, tout comme la nature humaine déchue, ne peut pas trouver sa perfection en dehors de Celui qui Lui a été envoyé par le Père. Même si la mission de Notre Seigneur est essentiellement surnaturelle – puisqu’elle concerne le salut des hommes, leur rédemption, leur purification du péché à travers le sacrifice satisfactoire de la Croix –, elle s’adresse cependant à des hommes qui sont à la fois destinés à cette fin surnaturelle et membres de la société humaine et civile. Ainsi, quand ils se sanctifient, ils apportent nécessairement le plus grand bien à la société humaine. Il n’y a aucune place pour l’opposition ou la contradiction dans le plan du salut ; mais bien au contraire l’harmonie la plus haute est aussi la plus souhaitable, chacun restant à sa place et dans son ordre.

Ainsi le prêtre, tout adonné à la perpétuation du sacrifice de Notre Seigneur Souverain Prêtre, rendra à Dieu le culte et l’hommage qui Lui sont dus, et en même temps apportera aux hommes les bienfaits de Dieu. De tout temps le monde a eu besoin de cette médiation, et toujours elle a été l’œuvre du prêtre, qui, alter Christus, joue un rôle central dans l’avenir des hommes.

« Restaurer toutes choses dans le Christ » ne saurait être une option parmi d’autres, mais bel et bien une nécessité qui découle de la nature des choses, de leur état d’êtres créés. Peu importe que la société moderne se montre imperméable à un tel discours ! Qu’elle poursuive ses rêves, le réveil en sera d’autant plus douloureux ! Mais plus que jamais l’Eglise a quelque chose à dire au monde. Et ce sera toujours la même chose.

Les événements de ces dernières années montrent un certain mouvement de retour, encore assez léger jusqu’ici, mais toutefois bien réel. Nul doute que la Fraternité Saint-Pie X peut y apporter une contribution assez importante. Mais il reste bien difficile de prédire quelque chose de plus concret dans ses relations avec Rome.

***

Nous voulons enfin continuer sur notre lancée mariale, confirmer la nécessité de la consécration au Cœur Immaculé de Marie et poursuivre notre campagne de prière. Faisons le siège du trône de grâces de Notre Dame ; par la multitude des roses de nos chapelets offrons-lui nos hommages, poursuivons notre demande et intensifions notre supplique : que son Cœur Immaculé et douloureux veuille bien triompher ! Qu’elle daigne hâter ce temps béni.

Nous ne vous oublions pas, chers amis et bienfaiteurs, dans nos prières et actions de grâces quotidiennes. Que Dieu vous rende au centuple votre générosité, surtout en grâces éternelles, et qu’Il vous bénisse abondamment.

+Bernard Fellay - Menzingen, 1er Dimanche de l’Avent, 28 novembre 2010