18 décembre 2010

[Mgr Williamson - Commentaire Eleison] Dénoument du capitalisme

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison - 18 décembre 2010

L'égoïsme ne peut faire une société. Or l'argent représente essentiellement le pouvoir de son propriétaire de revendiquer les services d'autrui. Si donc on définit le capitalisme, en des termes plus que seulement économiques, comme une façon d'organiser la société entière de telle manière que tout membre doit être laissé libre de s'approprier autant de capital, autrement dit d'argent, qu'il peut et qu'il veut, il s'ensuit que le capitalisme fourmille de contradictions. Pour faire une société qui requiert des altruistes, il pousse tout le monde à faire des égoïstes !

Aussi le capitalisme ne peut-il survivre que le temps que les membres d'une société capitaliste gardent encore des valeurs pré-capitalistes, telles le bon sens, la modération dans la poursuite de l'argent et le respect du bien commun. Mais le capitalisme entendu comme ci-dessus ne fait rien pour promouvoir ces valeurs qu'il présuppose. Au contraire, il s'y oppose, comme l'égoïsme s'oppose à l'altruisme. Donc le capitalisme est un parasite qui ronge le corps social dont il mine les valeurs pré-capitalistes qui sont pourtant nécessaires à la survie du corps.

Cette contradiction intrinsèque à toute société centrée sur la poursuite de l'argent atteint son paroxysme dévastateur dans la situation actuelle de la finance et de l'économie mondiales. Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale en particulier les nations du monde se sont mises de plus en plus à la recherche de l'argent pour fournir les conforts matériels qu'elles préfèrent désormais aux conforts spirituels qui donnaient avant un sens à leur vie. En admirant et en recherchant l'argent, elles ont été contentes de permettre aux maîtres de l'argent de s'emparer de leurs sociétés. Admirés et recherchés, ces maîtres de l'argent se sont arrachés toujours plus d'argent et de pouvoir. En effet, quels freins intrinsèques à l'argent ou au pouvoir y a-t-il qui mettent des limites à leur accumulation ?  Aucun. Les banquiers deviennent de véritables gangsters.

D'où l'invention il y a une douzaine d'années des « dérivés » par exemple, instruments financiers qui font fortune pour les banquiers-bandits qui les créent, mais qui agissent sur les mécanismes délicats de la finance mondiale comme des armes de destruction massive, parce qu'ils créent facilement un monde irréel de dettes colossales et impayables. Dans ce monde de dette impayable, déstabilisé par la fraude, voilà qu'un gouvernement après l'autre maintient une semblance d'ordre en fabriquant à partir de rien des quantités fabuleuses d' « argent » pour « payer » la dette, processus qui ne peut se terminer que dans une inflation enlevant à la monnaie concernée toute sa valeur et utilité. Pour cette raison tout l'argent dans le monde aujourd'hui qui est à base de papier ou d'électronique - et depuis des années le monde n'en a pas d'autre - est condamné à mort.

Or l'argent est à une société ce que l'huile lubrifiante est à un moteur. Sans lubrifiant, le moteur se grippe et « meurt ». Sans l'argent dans une société, l'échange devient beaucoup plus difficile et le commerce peut se ralentir jusqu'à l'arrêt total. Si donc pour une raison semblable les transports de nourriture ne pouvaient plus circuler et que la nourriture en venait à faire défaut, surtout dans les grandes villes, qu'est-ce que pourrait faire un politicien pour apaiser le peuple affamé, et pour empêcher que ce peuple vienne le trouver, fourche à la main? Lancer une guerre !

La Troisième Guerre mondiale s'approche. Seigneur, ayez pitié !

Kyrie eleison.

[summorum-pontificum.fr] Mgr Schneider demande au magistère de condamner les interprétations fausses du Concile

SOURCE - summorum-pontificum.fr- 18 décembre 2010

J’ai annoncé déjà le colloque qui se déroule à Rome, à l’instigation des Franciscains de l’Immaculée, sur le Concile Vatican II. Loin des frilosités françaises, des personnalités romaines, pas forcément du même avis, ont commencé un débat sur le décalage entre Vatican II et sa réception, et sur la claire perception des liens entre les textes et leur application.
Les observateurs romains le savent, et mes sources d’information sur place me le confirment, il y a de ce point de vue un véritable effet Motu Proprio Summorum Pontificum. En reconnaissant officiellement que la messe traditionnelle n’avait jamais été légalement interdite, le Pape Benoît XVI a créé le climat intellectuel nécessaire pour un questionnement sur Vatican II.
Le livre de Mgr Gherardini s’inscrit dans ce climat. On lui a fait beaucoup de reproches, mais on a oublié que l’essentiel du livre du théologien de la vieille école romaine était de demander au magistère de remplir son office en précisant de manière solennelle les points qui sont l’objet d’interprétation diverses. Lors du colloque sur le « Concile Vatican II, un concile pastoral – analyse historique, philosophique et théologique », Mgr Gherardini a répondu à ses contradicteurs qui viennent majoritairement des milieux conservateurs.
Il a reçu sur l’essentiel du sujet, c’est-à-dire sur l’intervention du magistère – un renfort de la part de Mgr Schneider qui a demandé quant à lui un Syllabus condamnant les erreurs d’interprétation du Concile Vatican II. Son intervention était consacrée au « culte de Dieu comme fondement théologique de la pastorale conciliaire ». L’évêque auxiliaire de Karaganda a proposé un ensemble de citations théologiquement orthodoxes du Concile Vatican II ; de là il a pointé les interprétations hétérodoxes voire leurs négations qui sont apparues dans la période post conciliaire. On comprend dès lors sa conclusion qui a suggéré la réalisation d’un nouveau syllabus, terme qui effraiera certains mais qui a le mérite d’être clair.
Le Concile Vatican II a donné lieu à des interprétations multiples et à des polémiques nombreuses, associées à de véritables incompréhensions. On dira que ce n’est pas la première fois dans l’histoire de l’Église. Certes ! Et, justement ! Le magistère, dont c’est le rôle premier, s’est toujours employé à préciser et à expliciter ce qui était interprété de manière différente. Il est certain qu’il ne suffit pas que des théologiens donnent leur avis. Il faut que le magistère parle. N’est-ce pas ce qu’il avait commencé à faire, par exemple, avec Dominus Iesus ? De la même manière que le Saint-Père a précisé que la messe traditionnelle n’avait jamais été interdite, il serait utile qu’il précise de manière solennelle les aspects litigieux de Vatican II. En recourant aux condamnations des propositions contraires ? Pourquoi pas !…

17 décembre 2010

[Credidimus caritati] Interview de nos futurs prêtres

SOURCE - Credidimus caritati, bulletin du Séminaire de La Reja - mis en ligne par La Porte Latine - autome/hiver 2010


Le samedi 18 décembre prochain, Dieu voulant, nos cinq diacres recevront le sacrement de l'ordination sacerdotale des mains de S.E.R. Mgr Bernard Tissier de Mallerais, cérémonie à laquelle vous êtes tous très cordialement invités à assister et à vous unir en ce jour action de grâces.
Quels facteurs vous ont conduit à la vocation sacerdotale?

Juan Martín Albisu: Depuis mon enfance, mes parents et ma famille m'ont inculqué l'importance et la première place que doit occuper Dieu dans nos vies. Voir que « nous ne pouvions pas arriver en retard à la messe », que « il fallait prier l'ange gardien avant de dormir », et toute cette atmosphère difficile à exprimer, favorisa l'inclination que j'eus tout jeune envers la sainte messe, envers le prêtre et la liturgie, et qui ira croissant d'année en année.
Carlos Caliri: La vocation sacerdotale est un appel de Dieu qui peut se manifester de diverses façons. En mon cas particulier, il s'est manifesté par une sécurité intérieure, en mon âme, que je devais suivre Notre Seigneur de plus près, et de ne pas diviser mon coeur. Puis cette assurance, ce désir, me fut confirmé par un prêtre.
Fabio Calixto: Je peux dire qu'il y eut deux facteurs: le premier se réfère au salut de mon âme, car, voyant les périls du monde et ses attraits, mon âme courait le danger de se laisser séduire et ainsi de perdre pour toujours le bonheur éternel du ciel ; le second est le salut des autres âmes, qui se perdent pour n'avoir pas de guide qui les aide à abandonner le péché et leur montre le chemin du ciel.
Hector Guiscafré: Je crois que le facteur le plus important furent les Exercices Spirituels de Saint Ignace : ce fut pendant une retraite que je pris la résolution de donner à la vocation la priorité sur toutes autres choses. Quand on est absorbé et imbus du monde, il est difficile de prendre une décision tranchée et généreuse de tout abandonner pour Dieu. C'est pourquoi le climat favorable des exercices spirituels me permit d'entendre l'appel de Dieu et, avec sa grâce, d'y répondre courageusement.
Carlos Ramírez: Les facteurs qui m'amenèrent à suivre ma vocation furent deux: l'exemple d'un bon prêtre, et la prière en famille (et spécialement la récitation quotidienne du chapelet).

Face à un monde plongé dans l'indifférence religieuse, comment avez-vous réussi à maintenir ferme votre décision d'entrer au séminaire ?

Juan M. Albisu: A la fin du secondaire, je fis deux retraites ignaciennes pour voir et discerner plus clairement ce que Dieu avait prévu pour moi dans ses éternels desseins. A cela s'ajouta le fait de fréquenter les sacrements plus assidument en semaine. Et ainsi s'est fortifié et purifié le désir de « être prêtre ».
Carlos Caliri: Ce qui me détermina le mieux à maintenir ma décision fut de me confier entre les mains d'un bon prêtre. Ceci est très important, parce qu'elles sont nombreuses les illusions ou les tentations que le démon peut opposer à ceux qui veulent suivre leur vocation. Et grâce aux conseils de ce bon prêtre, je pus mener une vie ordonnée, fréquenter davantage les sacrements et lire de bons livres. Ce sont des moyens très simples, mais qui disposent bien l'âme à être fidèle aux grâces reçues.
Fabio Calixto: J'ai pu me garder fermement grâce aux prières de bonnes religieuses, grâce aussi aux conseils d'un bon entourage et l'aide d'un bon prêtre, lequel me guida jusqu'au séminaire, m'appuyant de ses conseils et me montrant les erreurs funestes du modernisme dans l'Église.
Héctor Guiscafré: Ma vocation fut tardive, vu que je suis entré au séminaire après avoir terminé des études universitaires et travaillé deux années. Ceci me permit de me rendre compte de l'ambiance dans le monde et que, pour nombreux que soient ses attraits, celui-ci ne peut donner à l'âme la paix et le bonheur qu'elle cherche intensément. C'est pourquoi, en me décidant à entrer au séminaire, je n'ai pas eu le moindre doute que c'était le mieux que je pusse faire, et que c'était la volonté de Dieu. Et au-delà de la considération que Dieu me laisserait ou non parvenir au sacerdoce, je savais que je devais abandonner le monde, être généreux envers le Bon Dieu pour répondre à la grande bonté qu'Il avait eu à mon égard, et renoncer à penser à moi avant de penser à Lui. Une fois au séminaire, il appartiendrait à Dieu de m'indiquer la poursuite du chemin.
Carlos Ramírez: Pour trois raisons principales, j'ai gardé fermement ma décision: la paternité sacerdotale, je veux dire en confiant mon âme aux bons soins d'un prêtre et en faisant ce qu'il m'indiquait ; en second lieu, le soutien des parents et amis ; et enfin, la prière.
Quels sont, à votre avis, les raisons principales du manque de vocations?
Juan M. Albisu: Comment les jeunes verront-ils que le Bon Pasteur les invite à une vie de plus grande intimité, s'ils ne prennent pas le temps de penser aux vérités éternelles ? La musique, l'internet, la télévision, à toute heure et en tout lieu, distraient l'intelligence, suffoquent la volonté, et font taire la conscience. De cette léthargie au sensualisme, il n'y a plus qu'un pas. Et Dieu, alors ? « Plus tard. Je suis jeune, maintenant je dois jouir… »
Carlos Caliri: Il y a une relation très étroite entre le sacerdoce et la pureté. Et le démon a su étendre ses collets avec l'impureté sur de nombreux jeunes gens. Il en résulte que ceux-ci ne se posent même pas la question de la vocation sacerdotale ; ils la voient de très loin, inatteignable. C'est bien triste, parce que ne pas suivre la vocation à laquelle Dieu nous appelle, c'est renoncer au bonheur véritable, celui que Notre Seigneur offrit au jeune homme riche et que celui-ci refusa.
Fabio Calixto: Nous pourrions dire qu'il y a plusieurs raisons. D'abord, le manque d'un esprit vraiment catholique dans les familles, lequel se constate même dans les milieux « traditionnalistes ». On y voit un manque d'esprit de mortification, de sacrifice, que l'on devrait inculquer dès le berceau, pour ainsi dire. Également un manque d'esprit de prière en famille, principalement la récitation du chapelet présidée par le père. Ces deux choses vont de paire : là où il y a peu ou pas de prière, il y aura peu ou pas d'esprit de sacrifice, ce qui rendra impossible l'éclosion d'une vocation sacerdotale ou religieuse.
Héctor Guiscafré: Je crois que la cause principale est l'attachement excessif des jeunes au monde. Et si nous ajoutons à cet attachement la grande débilité des jeunes, on mettra facilement de côté l'idée de tout abandonner pour entrer en religion. Le va-et-vient du monde ne leur donne pas le temps ni ne leur permet de penser à la vocation, étant donné que le monde les absorbent avec sa routine tyrannique. Et si, à l'occasion, des jeunes parviennent à s'élever un moment et se posent la question de la vocation, bientôt ils n'en ont pas le courage ni la volonté suffisante pour la mener à terme, en considération des sacrifices et renoncements que cela implique.
Carlos Ramírez: La cause principale du manque de vocations c'est le monde moderne, lequel nous constitue rois et seigneurs de tout ce que nous possédons. Et comme le roi est fait pour commander, se soumettre au Roi des Cieux et suivre ses exigences devient très difficile. En d'autres termes : il nous manque l'esprit de sacrifice.

À quelques jours de votre ordination, quels conseils pourriez-vous donner aux familles, et en particulier aux jeunes gens?

Juan M. Albisu: Pères de famille, soyez d'autres Jean-Baptiste, préparez les âmes de vos enfants, ôtez les pierres et les obstacles qui sont sources (appareils) principales de tentation, et menez une vie intense de prière. Aux jeunes gens : pensez clairement que l'assistance à la messe dominicale ne suffit pas ; priez le chapelet, ne soyez pas catholiques à moitié. Il vaut mieux subir le blâme et les moqueries du monde que, au Jour du Jugement, entendre des lèvres de Notre Seigneur et Rédempteur : « Je connais tes oeuvres : parce que tu n'es ni froid ni chaud… je te vomis de ma bouche » (Apoc. III, 15-16). Courage ! Ne vous laissez pas surpasser en générosité, parce que seul celui qui se vainc, recevra la récompense éternelle.
Carlos Caliri: Aux pères de famille, je leur dis: fiez-vous en l'autorité que vous avez reçue de Dieu, et exercez-la sur vos enfants. Par-dessus tout, veillez sur vos enfants, les protégeant des tromperies de l'impureté. Et aux jeunes gens, trois choses. La première : accomplissez avec fidélité les petits devoirs de chaque jour, car, personne ne devient bon subitement. La seconde : luttez pour être purs, et soyez des modèles de pureté pour les autres ; et le meilleur moyen pour cela, est la dévotion tendre envers la Vierge Marie, particulièrement par la récitation quotidienne du chapelet. En troisième lieu : préservez-vous du monde moderne, par la vie en famille et les bonnes amitiés.
Fabio Calixto: Que les familles soient vraiment catholiques, dans tous les sens du terme. Monseigneur Antoine de Castro Mayer (évêque émérite de Campos, Brésil) disait que « si la société se paganise, si elle s'éloigne de la mentalité chrétienne telle que la définissent les maximes évangéliques, ce ne peut être qu'avec la connivence et la coopération des familles catholiques ». Que les époux prient ensemble avec leurs enfants, qu'ils se retrouvent à la table commune, qu'ils ôtent de leur maison la télévision, l'internet, qu'ils pratiquent et enseignent à leurs enfants à pratiquer l'amour du sacrifice et de la pauvreté, et spécialement la pureté et la modestie dans le vêtement. Que leur foyer soit comme celui de Nazareth. Jeunes gens : ayez un coeur généreux, qui sache aimer Dieu et se faire violence, car notre idéal est élevé. Aimons la vertu, pratiquons l'amour du sacrifice, la sainte pureté, et imitons Jésus et Marie, nos modèles.
Héctor Guiscafré: Aux familles, je souhaiterais leur conseiller de se maintenir unis dans la prière et l'apostolat. Pour moi, ce fut très important que, à la maison, nous priions ensemble les prières du matin, le saint rosaire, ainsi que l'assistance à la messe dominicale. En outre, mon père nous fit toujours participer à des groupes d'action catholique, qui remplissaient nos esprits de bonnes pensées et d'idéaux élevés. De cette façon, lorsque je me retrouvai seul dans le monde, celui-ci chercha à m'absorber et pénétrer jusque dans mon esprit et mon coeur, mais il ne put triompher, car ces principes que j'avais reçus à la maison étaient bien enracinés en moi. Aux jeunes, je leur recommande qu'ils ne se contentent pas de la messe dominicale et un peu de prière vocale chaque jour. C'est insuffisant ! Le monde exerce une influence très grande, et si le jeune homme ne contrarie cette séduction par des actes bons, il finira par être du monde. Il est nécessaire faire des efforts immenses pour recevoir les sacrements avec assiduité, maintenir une oraison quotidienne avec Dieu, lire fréquemment des livres qui élèvent l'âme, avoir de bons amis, de bonnes conversations, pratiquer des oeuvres de charité, et essayer de convertir et secourir le prochain, etc.
Carlos Ramírez: Le R.P. Raymond Sarmiento (Q.E.P.D.) avait l'habitude de nous dire: “Res non verba”, afin de nous faire entendre que le catholicisme ne consiste pas en paroles vaines qui ne mènent à rien, mais qu'il faut que se voient les oeuvres nées de la foi professée en paroles.?

[summorum-pontificum.fr] Une nouvelle lettre d’information de l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre

SOURCE - summorum-pontificum.fr- 17 décembre 2010

L’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre vient de lancer une lettre d’information pour courrier électronique. C’est l’occasion pour l’Institut de revenir sur la fête de l’Immaculée Conception à laquelle il est consacré. La lettre renvoie le temps d’un clic au texte de cette consécration que l’on trouve sur le site de l’Institut.
Cette Lettre est aussi l’occasion de donner des nouvelles des Sœurs adoratrices puisque lors de la fête de S. Michel, Mgr Wach, Prieur général de l’Institut du Christ Roi, a reçu les premiers vœux privés temporaires de six sœurs et que, début octobre, le Cardinal Canizares qui a remis l’habit à trois postulantes au cours d’une émouvante cérémonie. La Lettre répercute bien sûr l’appel à l’aide de cette communauté à la suite de la demande de l’administration de construire une station d’épuration et l’effondrement d’un plafond.
Toujours dans la même Lettre, on peut lire le récit de la visite de dom Louis-Marie, père abbé du Barroux, au séminaire de Gricigliano le 17 novembre dernier. Enfin un aperçu est donné sur l’Institut au Etats-Unis.

16 décembre 2010

[summorum-pontificum.fr] La liturgie selon le Maître des célébrations liturgiques pontificales

SOURCE - summorum-pontificum.fr- 16 décembre 2010

Les éditions Artège viennent de publier un petit ouvrage  de 68 pages. Sous le titre La Liturgie, mystère du salut, Mgr Guido Marini, Maître des célébrations liturgiques pontificales aborde plusieurs aspects de la pratique liturgique. Qui est exactement Mgr Marini ?
Né en 1965, il est Docteur en droit civil et canonique. Il vient du diocèse de Gênes et il est considéré comme un des héritiers du grand cardinal Siri. Depuis 2007, il occupe ses fonctions auprès du Souverain Pontife et il est évident pour tous que la qualité des cérémonies pontificales a globalement changé depuis son arrivée.
Son livre s’inscrit nettement dans le cadre de la « réforme de la réforme », une réforme encore timide, mais réelle cependant. Dans le premier chapitre, Mgr Marini rappelle ce qu’est la liturgie et souligne l’importance fondamentale à ce sujet de Mediator Dei du Pape Pie XII.
Il insiste également sur l’importance du respect des normes liturgiques. Dans un second  chapitre, il évoque l’orientation de l’autel ou du célébrant, reprenant l’idée du cardinal Ratzinger d’une croix sur l’autel, le prêtre tourné vers l’assemblée, mais d’abord vers la croix, et les fidèles tournés vers la croix, mais voyant le prêtre. On sent bien qu’il s’agit d’un pis-aller, une manière de remettre doucement les choses en place. Il y a une sorte de timidité à ce sujet, même si l’analyse est forte. Timidité car l’orientation de l’autel est l’un des aspects les plus visibles de la réforme liturgique. « L’orientation vers le Seigneur doit donc être le fondement de la participation de tous à la liturgie » écrit  à ce sujet Mgr Marini. Il insiste ensuite sur l’adoration qui se trouve dans la liturgie et développe également le sens d’une vraie participation des fidèles. Il défend enfin la spécifié de la musique sacrée et du chant grégorien. Alors que le terme de « réforme de la réforme » n’apparaît généralement pas dans les discours officiels, Mgr Marini le reprend et n’hésite pas  à dire que la réforme de Vatican II dans son application n’a pas toujours été heureuse.
Préfacé par Mgr Centène, ce petit livre, facilement lisible et rapidement lu, mérite d’être largement diffusé. Il est également abordable puisque son prix de vente est de 6,90€. À commander par exemple auprès de l’éditeur.

15 décembre 2010

[Lettre à nos frères Prêtres / Abbé de Caqueray, fsspx] Quel rapport entre Vatican II et la crise ?

SOURCE - Lettre à nos frères Prêtres (Lettre trimestrielle de liaison de la Fraternité Saint-Pie X avec le clergé de France) - Mise en ligne par "La Porte Latine" - décembre 2010

Quel rapport entre Vatican II et la crise ?
Depuis un an déjà, les entretiens doctrinaux souhaités par la Fraternité Saint-Pie X et décidés par le Souverain Pontife se déroulent régulièrement entre des experts de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi et des représentants de la Fraternité Saint-Pie X.
Ces conversations doctrinales se poursuivent avec la discrétion que réclame une entreprise si importante et si difficile. Il est impossible, et il serait insensé, de vouloir travailler sur des questions complexes et subtiles sous l’oeil des caméras de télévision et devant une forêt de micros.
Chacun des protagonistes, en effet, doit pouvoir exprimer sa position, sa vue d’un problème, devant ses pairs, même si cette expression est encore insuffisante et imparfaite, de façon à recevoir les critiques et les remarques fondées des autres, et réussir ainsi à affiner et à parfaire ce qu’il doit dire et défendre. Il serait ridicule et imprudent de vouloir répandre à tous vents dès maintenant ce qui a besoin d’être poli, approfondi, mieux argumenté. Et ceci, d’un côté comme de l’autre.
Attendons alors sans impatience, et en priant pour le bien de l’Église, que ces discussions soient suffisamment avancées pour que tel ou tel élément définitivement élaboré puisse en être présenté au public et que nous ayons alors l’occasion d’en prendre connaissance.
Cependant, ces approfondissements théologiques ont pour objet principal notre rapport au concile Vatican II, et l’influence de ce dernier dans la crise que traverse l’Église aujourd’hui. Il m’a alors semblé utile de vous proposer une synthèse simple mais assez complète de notre position sur ce point crucial, synthèse dont la première partie est présentée en ce numéro.
Parler de Vatican II avec délicatesse et nuance, mais aussi avec franchise et vérité, est aujourd’hui extrêmement difficile. Laisser entendre que tel texte du Concile, en tel de ses points, et pour telle raison théologique, pourrait éventuellement ne pas être entièrement étranger à la crise actuelle, paraît totalement impensable et inaccepté : c’est le grand tabou ecclésiastique contemporain, la question brûlante par excellence.
J’ai pensé qu’il n’était ni digne de vous, ni digne de nous d’esquiver cette question cruciale sous prétexte qu’elle pourrait contrarier celui-ci ou celui-là. Il m’a semblé que nous pouvions, entre prêtres, entre adultes mûrs et responsables comme on dit, librement « parler des choses qui fâchent sans se fâcher ». C’est un pari sur l’intelligence et l’ouverture d’esprit.
Abbé Régis de CACQUERAY

[Lettre à nos frères Prêtres / FSSPX] Ce que nous ne disons pas sur Vatican II : Que la crise actuelle proviendrait uniquement du Concile

SOURCE - Lettre à nos frères Prêtres (Lettre trimestrielle de liaison de la Fraternité Saint-Pie X avec le clergé de France) - Mise en ligne par "La Porte Latine" - décembre 2010

Nous n’avons évidemment jamais dit que le concile Vatican II serait la cause unique de la déchristianisation contemporaine, la source exclusive de tous les maux actuels de l’Église, la clé explicative complète de la crise religieuse : il y aurait là une conception ridicule.
Il est au contraire certain que la crise que traverse l’Église depuis un demi-siècle possède de multiples explications, des causes très diverses, dont on peut rapidement établir une liste sommaire.
Malaise dans la chrétienté
Il est clair qu’à la fin du pontificat de Pie XII existe déjà un profond malaise dans l’Église, même si les structures extérieures paraissent solides. Les statistiques montrent une diminution progressive et inexorable des vocations, bien avant le Concile : entre 1950 et 1960, le nombre des ordinations sacerdotales en France est divisé par trois. La pratique dominicale a commencé à décrocher : toujours en France, entre 1950 et 1960, elle a déjà baissé de 20 %.
Les conséquences de la Seconde Guerre mondiale, notamment de la division entre résistants, collaborateurs et attentistes, se font sentir. Une inquiétude sourde, un malaise spirituel travaille une partie du clergé et des fidèles, tandis que d’inquiétantes assertions théologiques et morales se répandent de tous côtés. L’énorme diffusion clandestine, dans les séminaires de l’époque, des œuvres de Teilhard de Chardin en est un signe très net. Un désir d’émancipation se fait jour, et la jeunesse, comme il est normal, est touchée la première : la grande crise de l’Action catholique, rappelons-le, commence dès les années 50 par les organisations de jeunesse.
En face de ce malaise, qui demanderait des remèdes spirituels appropriés passant par une rénovation intérieure, une partie de l’Église, malheureusement, se cantonne à une pastorale routinière, sans prendre à bras-le-corps le problème. L’Église ne produit pas suffisamment d’anticorps pour surmonter cette crise, dont le modernisme, sous le pape saint Pie X, a été un signal avertisseur. Des périls montent, annonciateurs d’orages à venir, mais la bonne société ecclésiastique s’en soucie trop peu, faisant confiance à un ordre tout extérieur.
Il est évident que ce malaise religieux plus ou moins diffus constitue un terrain propice à la terrible explosion des années 60-70.
Les Trente Glorieuses
Ce malaise dans l’Église dépend en partie d’une évolution technique, économique et sociale inédite. L’après-guerre connaît un extraordinaire enrichissement des nations occidentales, fruit de la diffusion des techniques (motorisation, électronique, chimie, etc.), ainsi que d’une énergie abondante et bon marché (le pétrole, notamment).
La médecine commence ses fantastiques progrès, qui ouvrent en particulier à l’homme la possibilité de maîtriser sa propre fécondité par des moyens artificiels (pilule contraceptive).
Les transports (navires, trains et avions), devenus rapides, sûrs et peu coûteux, permettent la montée de la globalisation (ce qu’on appelle aujourd’hui la mondialisation) des personnes et des marchandises, ce que favorise le développement toujours croissant des télécommunications (banalisation du téléphone).
Ce sont les Trente Glorieuses, époque du plein emploi et de l’élévation du niveau de vie.
Crise de la conscience européenne (et mondiale)
Ces spectaculaires changements économiques et techniques s’accompagnent d’évolutions sociales et culturelles importantes.
La sécularisation de la société, entamée depuis le XVIIIe siècle, continue ses avancées, entraînant une disparition progressive des traces du christianisme dans la société.
Le succès toujours plus marquant des « maîtres du soupçon » (Kant, Nietzsche, Darwin, Freud, etc.) met en cause la capacité de l’homme à atteindre une vérité objective, la noblesse de ses choix éthiques, sa supériorité sur le monde animal, le contrôle de sa propre vie intérieure. Le marxisme, notamment dans sa version léniniste, domine une grande partie du monde, mais aussi des pans entiers de la société européenne.
L’accession des nations colonisées à l’indépendance, l’émergence de leurs revendications politiques, économiques, culturelles voire religieuses contribuent au rejet de « l’européocentrisme ». Les anciens colonisateurs sont mis au ban des accusés, leurs opinions publiques sont travaillées par la mauvaise conscience.
En raison de la prolongation et de l’universalisation de l’obligation scolaire, de l’entrée plus tardive dans le monde du travail, d’une certaine forme d’autonomie financière et de la valorisation de l’enfant (conséquence de la baisse de la fécondité), une nouvelle classe apparaît dans la société et réclame sa part de responsabilité et de considération : la jeunesse.
Cette crise de la conscience européenne et mondiale éclate avec les événements de Mai 68, qui touchent aussi bien l’Allemagne, l’Italie, la Tchécoslovaquie que les États-Unis, le Mexique, le Brésil, le Japon ou la Chine, mais sont particulièrement massifs et spectaculaires en France.
Crise conciliaire et postconciliaire
Tous ces faits, et bien d’autres qu’une analyse sociologique permettrait de mettre au jour, constituent sans aucun doute un terreau propice à une remise en cause globale de la tradition, de l’autorité, des normes, de la culture dominante, de la religion. Nous en sommes conscients et l’admettons volontiers : la crise dont nous subissons encore les conséquences possède sans aucun doute des causes multiples et variées.
Le fait que cette crise ait explosé à peu près au moment du concile Vatican II ne signifie donc pas que ce concile en soit la cause unique et nécessaire. D’une façon générale, si le fait B arrive après le fait A, cela ne signifie pas forcément que A soit la cause de B : si je tombe malade après avoir fait une promenade, cela ne prouve pas que je suis malade parce que je me suis promené.
Nous sommes également d’accord sur le fait que Vatican II a été l’occasion pour certains de réaliser des desseins qu’ils mûrissaient bien avant, et tout à fait en dehors du Concile : certains prêtres, par exemple, ont profité de l’atmosphère de remise en cause qui régnait alors pour quitter le sacerdoce (idée qu’ils caressaient depuis longtemps) dans les meilleurs conditions matérielles.
Par ailleurs, l’après-concile n’a pas forcément correspondu au Concile lui-même. Il y a eu de la part de beaucoup, c’est évident, et sous le fallacieux drapeau de « l’esprit du Concile », une utilisation de Vatican II étrangère à sa réalité et contraire à ses textes. De plus, certaines des réformes postconciliaires, telles qu’elles se sont réalisées en fait (par exemple, la réforme liturgique), n’étaient pas nécessairement contenues dans les textes mêmes de Vatican II (des mises en œuvre différentes du même texte étant possibles), et en conséquence il ne serait pas juste d’attribuer exclusivement à Vatican II les éléments contestables desdites réformes.
Mais peut-on faire comme si le Concile n’avait pas eu lieu ?
Toutes ces explications, toutes ces mises en perspectives, toutes ces nuances, nous les admettons de bon coeur. Cependant, elles ne peuvent ni ne doivent effacer un fait évident : une crise religieuse d’une extrême violence a éclaté pendant et après Vatican II.
Cela ne suffit nullement à démontrer que le Concile en soit la cause principale. Mais cela empêche d’affirmer sans aucune autre forme de procès que le Concile n’y est pour rien. Au minimum, il est nécessaire d’examiner, de s’interroger : deux phénomènes aussi visiblement concomitants (Vatican II, la crise religieuse et morale) peuvent-ils n’avoir strictement aucun lien de causalité ? Il serait difficile de faire avaler un tel « miracle » à n’importe quel historien sérieux.

[Lettre à nos frères Prêtres / FSSPX] Ce que nous ne disons pas sur Vatican II : Que le Concile était illégitime dès le départ et vicié en tout

SOURCE - Lettre à nos frères Prêtres (Lettre trimestrielle de liaison de la Fraternité Saint-Pie X avec le clergé de France) - Mise en ligne par "La Porte Latine" - décembre 2010

De même que nous n’avons jamais dit que Vatican II est la cause unique et exclusive de la crise, de même nous n’avons jamais affirmé que le Concile était illégitime dès le départ, ou qu’à son terme il était entièrement vicié et inacceptable. Bref, nous n’avons jamais soutenu que Vatican II se serait trompé en tous points. C’est faux, et même ridicule, puisqu’en de nombreux textes, par exemple, ce concile a simplement rappelé la doctrine déjà infailliblement enseignée par l’Église.
Le coup de force du 13 octobre 1962
Vatican II a été un concile de l’Église catholique régulièrement convoqué, qui a regroupé les évêques du monde entier sous l’autorité du Souverain Pontife. Jamais Mgr Lefebvre n’a remis en cause a priori ce concile : au contraire, il a été membre de la Commission centrale préparatoire.
Certes, Mgr Lefebvre a toujours pointé du doigt le « coup de force » du cardinal Liénart du 13 octobre 1962, qui a entraîné la mise au rebut de presque tous les schémas préparés, au profit des thèses de la « nouvelle théologie » et du catholicisme libéral soutenues par l’Alliance européenne.
Pourtant, aucun concile dans l’histoire n’avait bénéficié d’une préparation « aussi vaste, menée avec une telle diligence, et aussi profonde » comme on l’a justement dit à l’époque, et Jean XXIII, qui avait suivi ces travaux, a témoigné que ceux-ci avaient été exécutés « avec précision et soin ».
Mgr Lefebvre a estimé que ce coup de force et ses conséquences avaient été un désastre pour l’orientation du Concile, sa fiabilité doctrinale, son esprit. Cette situation a entraîné que les défenseurs de la Tradition se sont trouvés dans une situation inextricable, face à des textes imprégnés d’un esprit nouveau, peu en harmonie avec la doctrine traditionnelle, esprit nouveau qu’il était très difficile, voire impossible, de changer ou de faire disparaître à coup d’amendements.
L’influence des groupes de pression
Par ailleurs, lorsqu’il a parlé de Vatican II, Mgr Lefebvre a souligné le rôle très important des « groupes de pression » divers, parmi lesquels il citait en particulier les médias. Vatican II a été, sans doute, le premier concile de l’histoire à se dérouler sous l’oeil de journaux très puissants, qui impressionnaient les Pères conciliaires, faisaient campagne pour telle thèse, orientaient les votes.
De la même façon, Mgr Lefebvre a noté que certaines conférences épiscopales (celles des bords du Rhin, à l’orientation nettement progressiste), organisées bien avant le Concile, bénéficiaient de moyens humains et financiers considérables (à la fin de la troisième session, une de leurs officines, l’IDOC, se vantait d’avoir distribué aux Pères plus de quatre millions de feuilles).
Enfin, Mgr Lefebvre a déploré l’influence d’autres groupes de pression extrêmement actifs sur certains sujets : la franc-maçonnerie pour la liberté religieuse ; les protestants pour l’oecuménisme ; les organisations israélites pour les relations avec le judaïsme ; l’Union Soviétique pour la noncondamnation du communisme, etc.
Une critique sur la base de textes précis
Cependant, jamais Mgr Lefebvre n’a condamné en bloc Vatican II comme un concile intrinsèquement illégitime. Même s’il a souvent rappelé les faits regrettables voire scandaleux qui ont entaché son déroulement, il connaissait trop bien l’histoire de l’Église pour ne pas savoir que d’autres conciles, dans le passé, avaient connu eux aussi de graves vicissitudes humaines. Comme le disait dom Guéranger : « On oublie trop que l’histoire ecclésiastique est belle en perspective, mais que les détails vus de trop près ne sont pas toujours attrayants ». Lors donc qu’il a critiqué, voire « accusé » le Concile, Mgr Lefebvre ne l’a pas fait pour une illégitimité de principe, a priori, mais sur la base de textes précis, en opposition claire avec la Tradition et l’enseignement constant de l’Église.

[Lettre à nos frères Prêtres / FSSPX] Ce que nous ne disons pas sur Vatican II : Un concile simplement pastoral… mais largement majoré

SOURCE - Lettre à nos frères Prêtres (Lettre trimestrielle de liaison de la Fraternité Saint-Pie X avec le clergé de France) - Mise en ligne par "La Porte Latine" - décembre 2010

Si nous n’avons jamais affirmé que Vatican II serait la cause unique de la crise actuelle, ni un concile illégitime par principe, il est clair que nous avons des critiques à son propos : elles sont publiques et constantes depuis quarante ans.
Pour commencer par une remarque très simple, il faut souligner le fait que la conscience de l’Église est aujourd’hui encombrée, obnubilée par la référence unique et envahissante à Vatican II. Si, comme on nous l’affirme, ce concile est un concile comme les autres, dans la continuité des autres ; si, comme on nous le répète sur tous les tons, ce concile n’a rien changé à l’essentiel, seule la manière de le dire étant nouvelle ; si, comme le proclame la doctrine officielle, il s’agit d’un concile pastoral et non pas doctrinal, alors il convient de remettre le concile Vatican II à sa place, qui est en soi assez modeste. Les hommes d’Église doivent arrêter de ne vivre que par et pour Vatican II.
Un concile simplement pastoral
Ce vingt et unième concile oecuménique, en effet, est atypique : il ne s’inscrit pas dans la simple continuité des conciles antérieurs, de par la volonté expresse de son promoteur, le pape Jean XXIII, qui l’a conçu d’une façon toute particulière comme un « concile pastoral ».
Certes, tout concile est pastoral parce qu’il est doctrinal, il est doctrinal pour mieux être pastoral. Mais dans le cas de Vatican II, il a été affirmé qu’il était « pastoral » en un sens nouveau, parce qu’il ne voulait ni ne devait être « doctrinal ». Jean XXIII le précise nettement dans son discours inaugural, le 11 octobre 1962, qui va donner sa tonalité au travail de Vatican II. Il commence par déclarer à ce sujet : « Nous n’avons pas comme but premier de discuter de certains chapitres fondamentaux de la doctrine chrétienne », car pour cela, affirme-t-il, « il n’aurait pas été besoin de réunir un concile oecuménique ». « Il faut plutôt, poursuit-il, que cette doctrine certaine et immuable de l’Église, qui doit être respectée fidèlement, soit étudiée et exposée suivant les méthodes de recherche et la présentation dont use la pensée moderne. Car autre est la substance de la doctrine antique contenue dans le dépôt de la foi, autre la formulation dont on la revêt, en se réglant, pour les formes et les proportions, sur les besoins d’un magistère et d’un style surtout pastoral ». Nous venons de citer la version italienne du discours ; la version latine, un peu différente (mais Jean XXIII a usé des deux formules à deux moments différents), dit : « On devra recourir à une façon de présenter qui correspond mieux à un enseignement de caractère surtout pastoral ».
Cette option pastorale a été maintenue tout au long du Concile. Inaugurant la deuxième session, le 29 septembre 1963, le nouveau pape Paul VI rappelait « le but plus urgent et de nature actuellement plus bienfaisante du Concile, le but pastoral ». Le 4 décembre 1963, pour la clôture de la deuxième session, il soulignait que les Pères n’avaient « jamais perdu de vue l’orientation pastorale de ce concile ». Le 7 décembre 1965, il concluait : « Le motif de l’intérêt prépondérant porté par le Concile aux valeurs humaines et temporelles se trouve dans le caractère pastoral que le Concile a voulu et dont il a fait en quelque sorte son programme ».
Un concile qui évite de se placer sur le terrain dogmatique
Cette désignation de Vatican II comme « concile pastoral » (et non concile tout court) exprime une volonté ferme d’éviter de se placer sur le terrain proprement dogmatique. Les déclarations à ce propos sont extrêmement claires. Jean XXIII déclare donc le 11 octobre 1962 : « Nous n’avons pas comme but premier de discuter de certains chapitres fondamentaux de la doctrine chrétienne ». Le 6 mars 1964, puis le 16 novembre 1964, le Secrétaire général du Concile lit une déclaration officielle de la Commission doctrinale, concernant la qualification théologique de Vatican II : « Compte tenu de l’usage des conciles et du but pastoral du concile actuel, celui-ci ne définit comme devant être tenus par l’Église que les seuls points concernant la foi et les moeurs qu’il aura clairement déclarés tels ». Le 7 décembre 1965, Paul VI répète que, dans le Concile, « le magistère de l’Église n’a pas voulu se prononcer sous une forme de sentences dogmatiques extraordinaires ». Le 12 janvier 1966, il insiste : « Étant donné son caractère pastoral, le Concile a évité de prononcer de façon extraordinaire des dogmes dotés de la note d’infaillibilité ».
Dans un discours prononcé le 13 juillet 1988 devant les évêques du Chili et faisant le point après les sacres réalisés par Mgr Lefebvre, le cardinal Ratzinger, futur Benoît XVI, a résumé l’option choisie par Vatican II de la façon suivante : « La vérité est que le Concile lui-même n’a défini aucun dogme et a tenu à se situer à un niveau plus modeste, simplement comme un concile pastoral ». Et dans une lettre ouverte à Benoît XVI publiée dans Témoignage chrétien (26 octobre 2006) par Mgr Jacques Noyer pour protester contre le projet d’un Motu proprio sur la messe traditionnelle, l’ancien évêque d’Amiens écrivait ces mots caractéristiques : « Si le concile Vatican II a autant marqué l’Église contemporaine, c’est qu’il fut pastoral et non pas doctrinal ».
Et pourtant, un concile très largement majoré depuis sa clôture
Or, ce concile pastoral, simplement pastoral, qui devrait donc avoir une place relativement modeste dans l’histoire et dans la vie de l’Église, a été très largement majoré.
D’abord, ses promoteurs n’ont pas hésité à proclamer que ce concile pastoral ouvrait une nouvelle ère de l’histoire de l’Église, qui devait voir le triomphe de celle-ci. Jean XXIII estimait que Vatican II serait une « nouvelle Pentecôte », qui allait entraîner « un nouveau bond en avant du royaume du Christ dans le monde ». En ouvrant la deuxième session, Paul VI déclarait que le Concile serait « le réveil printanier d’immenses énergies spirituelles et morales qui sont comme latentes au sein de l’Église ». Et en clôturant la dernière session, il saluait « ce renouveau de pensée, d’action, de moeurs, de force morale, de joie et d’espérance qui a été le but même du Concile ».
Ensuite, après la clôture de Vatican II, il y a eu un véritable déluge de références à ce concile simplement pastoral. Il serait possible de relever, dans les textes pontificaux des quarante dernières années, plusieurs dizaines de milliers de citations du Concile. Pour ne donner qu’un seul exemple, le Catéchisme de l’Église catholique, publié en 1992, comporte plus de 800 citations de Vatican II, tandis que les vingt conciles spécifiquement doctrinaux qui l’ont précédé n’ont droit qu’à 200 mentions. Pour comprendre le caractère étrange d’une telle « citationnite », il suffit de comparer avec le Catéchisme romain ou Catéchisme du concile de Trente, publié en 1566. Celui-ci faisait donc suite au concile de Trente, concile dogmatique d’une importance exceptionnelle, qui a traité beaucoup des sujets repris dans ce Catéchisme dont il a d’ailleurs demandé expressément la publication. Or le concile de Trente est cité moins de quinze fois dans le Catéchisme qui porte son nom.
Enfin, pour aller jusqu’au bout de cette majoration d’un concile simplement pastoral, le pape Paul VI a fini par employer, le 29 juin 1975, dans une lettre officielle à Mgr Lefebvre, ces mots significatifs : « Le deuxième concile du Vatican ne fait pas moins autorité, il est même sous certains aspects plus important que celui de Nicée ». Que Vatican II soit considéré comme plus important que le concile qui a défini le dogme de la divinité du Christ signifie que ce concile simplement pastoral est subrepticement devenu la principale référence doctrinale de l’Église.
Une place véritablement disproportionnée
Nous disons, et avons toujours dit, qu’indépendamment de son contenu, Vatican II, concile simplement pastoral selon les déclarations les plus formelles de ses promoteurs, représente aujourd’hui un problème dans la vie de l’Église par la place tout à fait démesurée et disproportionnée qui lui est accordée, au détriment des vingt autres conciles oecuméniques, qui sont, eux, des « conciles doctrinaux». De le même façon, le recours constant et exclusif à Vatican II a fait tomber dans l’oubli les enseignements pontificaux des deux siècles qui l’ont précédé, enseignements qui constituent pourtant un très riche patrimoine doctrinal et pastoral, dont l’Église aurait aujourd’hui grand besoin.

[Lettre à nos frères Prêtres / FSSPX] Ce que nous ne disons pas sur Vatican II : Il reste malgré tous les efforts un noyau de textes litigieux

SOURCE - Lettre à nos frères Prêtres (Lettre trimestrielle de liaison de la Fraternité Saint-Pie X avec le clergé de France) - Mise en ligne par "La Porte Latine" - décembre 2010

Même si le concile simplement pastoral Vatican II a été abusivement majoré, au point d’apparaître presque comme une nouvelle naissance de l’Église, ce n’est pas essentiellement cela qui fonde notre opposition publique à son sujet. Ce que nous disons à son propos, c’est que, même après avoir dédouané Vatican II d’une part de responsabilité dans la crise, il faut reconnaître que ce concile, par certains de ses textes, est l’une des causes, et des plus graves, de cette crise.
L’Église traverse aujourd’hui une crise très grave
Et, tout d’abord, il faut reconnaître avec les plus hautes autorités qu’une crise grave frappe aujourd’hui l’Église. C’est Paul VI affirmant le 7 décembre 1968 : « L’Église se trouve dans une heure d’inquiétude, d’autocritique, on dirait même d’autodestruction. C’est comme un bouleversement intérieur, aigu et complexe. Comme si l’Église se frappait elle-même ». Ou s’interrogeant le 29 juin 1972 : « La fumée de Satan est entrée par quelque fissure dans le temple de Dieu : le doute, l’incertitude, la problématique, l’inquiétude, l’insatisfaction, l’affrontement se sont fait jour ». C’est Jean-Paul II déclarant le 6 février 1981 : « Les chrétiens d’aujourd’hui, en grande partie, se sentent perdus, confus, perplexes et même déçus. (…) Des idées sont répandues de tous côtés qui contredisent la vérité qui fut révélée et a toujours été enseignée. De véritables hérésies ont été divulguées dans les domaines du dogme et de la morale, suscitant doutes, confusion, rébellion. Même la liturgie a été violée. Plongés dans un “relativisme” intellectuel et moral, les chrétiens sont tentés par un illuminisme vaguement moraliste, par un christianisme sociologique, sans dogme défini et sans moralité objective ». C’est le cardinal Ratzinger prêchant le 25 mars 2005 : « Seigneur, souvent ton Église nous paraît une barque qui est en train de sombrer, une barque qui fait eau de toutes parts ». C’est Benoît XVI reconnaissant le 22 décembre 2005 : « Personne ne peut nier que, dans de vastes parties de l’Église, la réception du Concile s’est déroulée de manière plutôt difficile ».
Cette crise provient-elle, au moins en partie, de Vatican II ?
Cette crise a-t-elle pour origine, au moins en partie, le concile Vatican II lui-même ? Reprenons le fil de l’histoire pour comprendre la position de la Fraternité Saint-Pie X à ce propos.
Mgr Lefebvre a participé activement au Concile. Il a certes voté jusqu’au bout, comme il en avait le droit, contre le décret sur la liberté religieuse, contre celui sur l’oecuménisme et contre la Constitution Gaudium et spes : mais cela signifie, en contrepartie, qu’il a voté pour les neuf autres documents. On ne peut donc dire que Mgr Lefebvre aurait refusé le Concile en bloc, par principe, avant tout examen. D’ailleurs, si Mgr Lefebvre avait été un opposant déclaré, de principe, Paul VI ne lui aurait certainement pas adressé en 1972 une lettre de félicitation pour ses 25 ans d’épiscopat.
Mgr Lefebvre estime, durant le Concile, que certains textes contiennent de véritables « bombes » doctrinales à retardement. Cependant, il attend de voir quelles conséquences auront effectivement ces textes explosifs. Mgr Lefebvre applique le principe évangélique : juger l’arbre à ses fruits.
Car un texte peut être précisé, orienté, rectifié par l’interprétation qu’on en donne. Malheureusement, l’interprétation retenue sera trop souvent la pire. Dans ces conditions, il se trouve acculé à revenir à ses critiques des années 1962-1965, et à affirmer en 1976 : « J’accuse le Concile ».
Certes, nous ne prétendons pas être infaillibles dans nos critiques
Si nous n’attribuons pas au concile Vatican II, selon la déclaration explicite de la Commission doctrinale en date des 6 mars 1964 et 16 novembre 1964, une infaillibilité qui ne conviendrait point à un concile simplement pastoral, nous prétendons encore moins nous-mêmes à l’infaillibilité.
Il est donc possible que, dans l’ensemble des critiques que nous articulons sur certains textes de Vatican II, et malgré le travail et le soin apportés à la mise en forme de ces critiques, nous ayons fait des quiproquos ou contresens sur quelques points. Telle ou telle remise en cause peut, en son détail, être insuffisamment fondée, exagérée, avoir mal distingué l’essentiel de l’accessoire.
Mais il reste, malgré les efforts d’interprétation, des textes litigieux
Cependant, après étude sérieuse de la réalité des textes de Vatican II, de leurs présupposés et de leurs conséquences, et même étant admis ce coefficient d’incertitude provenant d’éventuelles imprécisions dans nos critiques, il reste dans Vatican II un noyau de textes véritablement problématiques, des nouveautés qui présentent une dissonance avec la foi catholique, ce qui se manifeste dans le fait que ces nouveautés s’opposent à l’enseignement explicite et constant du Magistère précédent.
Mgr Lefebvre a principalement relevé trois de ces nouveautés : la collégialité, la liberté religieuse et l’oecuménisme (en tant que ces trois points sont expliqués de façon nouvelle par Vatican II). Cependant, si ces trois objections sont principales, cela ne signifie pas que d’autres objections n’aient pas leur importance. La nouvelle ecclésiologie contenue dans Lumen gentium, les nouveaux rapports de l’Église et du monde proposés par Gaudium et spes, par exemple, méritent sans aucun doute eux aussi certaines critiques.
Or, ces textes litigieux touchent directement la foi
Malheureusement, ces points litigieux touchent directement la foi, donc le salut éternel. C’est pourquoi, ils sont à nos yeux radicalement inacceptables et expliquent que, en quelque sorte, bien contre notre gré et notre désir le plus profond, nous nous trouvions pour le moment à une prudente distance de certains des actes de la Rome actuelle.
Le futur cardinal Tarcisio Bertone, dans un article publié en 1996 et intitulé « A propos de la réception des documents du Magistère et du désaccord public », écrivait justement : « Lorsqu’on parle de la nécessité de vérifier le consensus effectif de tous les évêques dispersés dans le monde ou même de tout le peuple chrétien en matière de foi et de morale, on ne doit pas oublier que ce consensus ne peut être compris dans un sens purement synchronique, mais doit être compris dans un sens diachronique. Cela veut dire que le consensus moralement unanime embrasse toutes les époques de l’Église, et c’est seulement si on écoute cette totalité que l’on demeure dans la fidélité aux Apôtres. “Si quelque part – observe le cardinal Ratzinger dans une étude –, on en venait à former une majorité contre la foi de l’Église d’autres temps, ce ne serait absolument pas une majorité” ».
Nous disons que si l’on peut prétendre qu’apparemment, et de manière matérielle, il y aurait actuellement un certain consensus synchronique sur ces nouveautés en dissonance avec la foi, il est certain que n’existe pas, et ne pourra jamais exister, de consensus diachronique. Il y a, dans ces nouveautés du concile pastoral Vatican II, tout au plus une « majorité [apparente] contre la foi de l’Église d’autres temps », contre la foi inamissible de l’Église de toujours.

[Paix Liturgique] Des missionnaires très "Summorum Pontificum"

SOURCE - Paix Liturgique, lettre 261 - 15 décembre 2010

Dans notre lettre n°252, intitulée “Le temps des curés ?”, nous avons mis en exergue l'application du motu proprio dans le diocèse Fréjus-Toulon car celle-ci y est sagement laissée, comme le veulent la lettre et l'esprit de Summorum Pontificum, à l'initiative des curés par Mgr Rey. Nous indiquions alors l'existence dans ce diocèse d'une paroisse personnelle permise par l'évêque, en un geste prophétique, en 2005, soit deux ans avant la publication par le Saint Père du texte libérant la liturgie traditionnelle.
Il nous a semblé intéressant de revenir cette semaine sur la communauté à laquelle est confiée cette paroisse pour vous en offrir un portrait : les Missionnaires de la miséricorde divine.

I – PORTRAIT DES MISSIONNAIRES DE LA MISÉRICORDE DIVINE

Née en septembre 2005, de la rencontre entre Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon, et l'abbé Loiseau, issu de la Fraternité Saint Pierre, la Société des Missionnaires de la miséricorde divine est une association de droit diocésain rattachée au diocèse. Reconnue ad experimentum en 2007, le jour de l'ordination du premier prêtre de la communauté, l'abbé Dubrule, elle devrait voir ses statuts confirmés dans les tous prochains mois.

Sa vocation repose sur trois piliers : la miséricorde, l’adoration et l’évangélisation, en particulier auprès des musulmans.

a) La dévotion à la miséricorde divine s'appuie sur la figure de sainte Faustine et se traduit notamment par la place donnée dans la communauté, et donc dans la paroisse, à l'accueil des pécheurs. Un accueil destiné à ramener avec patience et charité les âmes égarées à la grâce, par le point d'orgue de la confession. C'est en l'an 2000 que l'abbé Loiseau a pleinement découvert la vie de sainte Faustine et appris à apprécier sa spiritualité, directement reçue du Christ et fréquemment louée par Jean-Paul II, compatriote de la sainte.

b) La propension des Missionnaires à l'adoration se manifeste tout d'abord par une grande dévotion eucharistique avec un attachement particulier “à la célébration de la liturgie dans le rite de saint Pie V dans l’esprit du Motu Proprio Summorum Pontificum” comme le souligne leur site internet. Elle se combine aussi avec la dévotion à sainte Faustine, notamment par la pratique de l'Heure de la miséricorde tous les vendredis et la récitation collective du chapelet de la miséricorde divine.

c) Enfin, le zèle missionnaire pour la Nouvelle Évangélisation qui anime la communauté, particulièrement envers les musulmans, est bien représenté par la figure de leur saint patron secondaire, le bienheureux Charles de Foucauld, exemplaire témoin du Christ en terre d'Islam. L'apostolat des Missionnaires envers les musulmans se développe autour de la paroisse, auprès des nombreux immigrés du centre-ville de Toulon, et passe par la formation sur l’Islam et la connaissance des pays musulmans et de leur culture. À cet effet, entre leurs deux cycles de séminaire (philosophie et théologie), les séminaristes effectuent un stage d'une année dans un pays musulman. Après la Tunisie et le Liban, c'est en Algérie que se trouve le stagiaire de cette année.

En ce début d'année liturgique 2010-2011, la Société des Missionnaires de la Miséricorde Divine est composée de seize membres, dont trois prêtres, sept séminaristes et six jeunes en année de spiritualité.

Outre l'abbé Loiseau, fondateur de la communauté, les deux autres prêtres sont les abbés Dubrule et Gillet. Tous les trois sont incardinés dans le diocèse. L'abbé Dubrule a été le premier prêtre ordonné selon la forme traditionnelle du rite romain par un évêque dans sa cathédrale depuis la réforme liturgique. L'abbé Gillet, ordonné diacre le jour de l'ordination sacerdotale de l'abbé Dubrule, a été ordonné prêtre en septembre 2009.

Outre la paroisse St-François de Paule de Toulon, les Missionnaires de la miséricorde divine desservent, un dimanche sur deux, l'église St Charles de Marseille.

Si les Missionnaires ne sont pas fermés à la célébration de la forme ordinaire, “en particulier, explique l'abbé Loiseau, lors de concélébrations à l'invitation de l'évêque”, la société vit ordinairement au rythme de la forme extraordinaire du rite romain qui, poursuit-il, “représente la forme liturgique la mieux adaptée à notre spiritualité”. C'est ainsi que les séminaristes de la société, après avoir passé le début de semaine au séminaire diocésain de La Castille, passent la fin de semaine, du vendredi au dimanche, au sein de la paroisse, pour y suivre et pratiquer la liturgie traditionnelle.

Les jeunes en année de spiritualité (discernement), six cette année, se familiarisent pour leur part avec le séminaire diocésain en y assistant une fois par semaine à un cours et en y déjeunant avec les séminaristes diocésains. Bien que la forme extraordinaire ne soit pas encore enseignée ni pratiquée à La Castille, ces allées et venues - qui sont l'une des caractéristiques du séminaire toulonnais, les séminaristes des autres communautés du diocèse faisant de même - favorisent la bonne entente et une fraternité sincère entre séminaristes.

Il n'est pas exagéré d'affirmer que ce système concourt même à l'enrichissement mutuel des futurs prêtres. "Souvent, confirme l'abbé Loiseau, des séminaristes non membres des Missionnaires de la miséricorde divine viennent suivre nos cérémonies pour se familiariser, eux aussi, avec une forme liturgique qu'ils ont l'intention de célébrer plus tard, au cours de leur ministère."

De la même façon, régulièrement, des prêtres viennent se former à la forme extraordinaire auprès de la paroisse, qu'il s'agisse de prêtres diocésains ou de membres des communautés appelées par Mgr Rey pour faire vivre le diocèse. Les Missionnaires entretiennent ainsi des liens étroits avec les membres de la communauté brésilienne Shalom, issue du Renouveau Charismatique.

Début novembre, la Société des Missionnaires de la miséricorde divine a eu le privilège d'accueillir le secrétaire de la Commission Ecclesia Dei, Monseigneur Pozzo, qui était en visite dans le diocèse à l'invitation de Mgr Rey. Après avoir déjeuné le vendredi avec certains des curés du diocèse appliquant le motu proprio, Monseigneur Pozzo a en effet célébré les vêpres le samedi et la messe le dimanche matin à St-François de Paule avant de déjeuner en compagnie des Missionnaires et des paroissiens.

II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) L'évangélisation des populations d'origine musulmane est un défi souvent mal compris et peu toléré par les autorités religieuses. Le père Lelong a témoigné à de nombreuses reprises à ce sujet. Rien d'étonnant donc à ce que Mgr Rey fasse figure de pionnier au sein de la conférence épiscopale pour ce souci de ne pas priver les musulmans présents dans son diocèse de l'annonce de la Bonne Nouvelle.

Que c'est dur, cependant !” ne dissimule pas l'abbé Loiseau. Au bout de 5 années d'efforts, les premiers fruits sont peut-être en train d'arriver à maturité. “Pour la première année, nous avons des catéchumènes qui s'accrochent et résistent aux pressions” indique l'abbé Loiseau. D'origine algérienne ou tunisienne le plus souvent (les communautés les plus représentées dans le quartier), les jeunes garçons attirés par le Fils de Dieu fait homme doivent affronter la pression de la rue, et les jeunes filles (plus rares), celle de leurs familles.

Pour ces âmes vierges de toute connaissance catholique, confie l'abbé Loiseau, la forme liturgique n'importe que peu. En tout cas au début.”

En revanche, elle devient, “au fil du temps, un temps fort de la relation établie avec les catéchumènes”.

2) La présentation des Missionnaires de la Miséricorde, jeune institut Summorum Pontificum pourrait-on dire, est l'occasion de renouveler notre appel à l'introduction de la forme extraordinaire dans les séminaires français. Si la situation de Toulon est en avance par rapport à celle des autres diocèses, elle n'est toutefois pas encore pleinement en accord avec l'esprit du motu proprio. Quand on demande à l'abbé Loiseau s'il sait si la forme extraordinaire y sera prochainement introduite, il indique qu'il s'agirait d'une “évolution normale” mais précise qu'elle “n'est pas encore à l'ordre du jour”.

Disons le tout net, le fait que la forme extraordinaire n'ait pas encore droit de cité à la Castille est le point noir du diocèse de Fréjus-Toulon, par ailleurs exemplaire sous tant d'aspects. En effet, cette absence pèse sur les perspectives des séminaristes attirés à Toulon par l'ouverture de cœur et d'esprit de l'évêque et l'orthodoxie et le dynamisme du diocèse.

Souhaitons alors, à l'orée de 2011, que la situation évolue prochainement, a minima à l'instar de ce qui se fait dans le diocèse de Lyon (voir les lettres de Paix Liturgique n°253 et n°253 bis).

3) Sur la page internet de la paroisse St-François de Paule, l'abbé Loiseau résume les principales idées soulevées par Mgr Pozzo lors de sa venue à Toulon. Nous en retiendrons trois, qui témoignent de l'état d'esprit qui devrait caractériser le prochain décret d'application du Motu Proprio :

- la forme extraordinaire doit avoir toute sa place dans l'église, il n'est pas question de la marginaliser car nous ne sommes plus dans un régime d'indult, mais de pleine libéralisation,

- la forme extraordinaire du rite est un élément essentiel de la Nouvelle Évangélisation,

- admettre la forme extraordinaire, ce n'est pas une concession que ferait l'évêque, mais un droit des fidèles.

4) Par leurs caractéristiques et charismes propres les Missionnaires de la Miséricorde collaborent intensément à une vraie réconciliation et à la mise en place de la paix liturgique au sein du diocèse où ils sont installés. Ils représentent, d'une manière vivante et dynamique, l'une des réponses au motu proprio du 7 juillet 2007. Certes, dans leurs célébrations publiques, ils utilisent plus ou moins ce qu’il est convenu de nommer les « rubriques de 1965 », de préférence à celle de 1962 - cette entorse au Motu Proprio étant assurément due aux initiatives missionnaires de ce jeune institut.

Reste que ce qui est notable, c'est la collaboration des Missionnaires avec les toujours plus nombreux curés du diocèse qui, de leur propre chef comme le permet le Saint Père dans le motu proprio, œuvrent dans leurs paroisses à une vraie réconciliation des fidèles par l'offre de la forme extraordinaire du rite latin à côté de la forme ordinaire, source d'innombrables grâces pour leurs ouailles. Voilà pourquoi, mieux que tous les autres, le diocèse de Fréjus-Toulon est aujourd'hui le vrai laboratoire de ce qui pourrait se réaliser demain dans l'Église de France une fois les esprits apaisés et la Paix enfin instaurée.

[Abbé Nicolas Pinaud - La Porte Latine] La Mission Saint-Pie X du Gabon en mission

SOURCE - Abbé Nicolas Pinaud - La Porte Latine - décembre 2010

Quelques semaines avant Noël, le Père Louis-Marie Buchet me fait part d’un projet de voyage qu’il est en train de mettre sur pied pour la fin de l’année à l’occasion de la visite de son frère aîné.

Long voyage de découverte de l’intérieur du Gabon, mais également voyage missionnaire, il envisage de s’arrêter dans les villages traversés et surtout à Ndambi, terme du périple. Même si le voyage du Cameroun n’a pas été de tout repos, l’aventure me tente et je m’invite. Il me semble important de connaître au plus vite la géographie du pays.

Le Père Louis-Marie résout toutes les difficultés et contretemps de l’organisation d’un tel voyage et le départ est fixé au 26 décembre à 2 H 00 du matin. Je ne dis rien, mais après la nuit de Noël déjà assez raccourcie, je trouve le départ un peu matinal. Mais qu’a-t-on sans effort ?

Messe célébrée, le 26 à 1 H 45, nous sommes prêts, la voiture arrive… un mauvais pressentiment me saisit, pas un pneu ne se ressemble, le chauffeur prévu déclare forfait et j’apprends que le véhicule n’est pas assuré ! L’expédition m’apparaît immédiatement déraisonnable, le Père Louis-Marie n’est pas difficile à convaincre malgré son désir bien compréhensible de partir. La Providence lui avait ménagé quelques heures plus tôt une autre possibilité de voiture avec chauffeur. Mais à 2 H 00 du matin, ce n’est pas vraiment l’heure de contacter quiconque ! Il faudra attendre impatiemment la lumière du petit matin… Je retourne me coucher !

A 5 H 00 du matin, les téléphones portables entrent en action… une action efficace, très efficace !
- Rendez-vous pris sur le champ pour 6h00 au PK 8 ;
- 6 H 30 rencontre avec le responsable de la voiture ;
- contrat établi en 10 mn, payé cash sur le champ, pour un départ à 13 H 00 au plus tôt ;
- retour à la Mission ;
- 9 H 00 appel du responsable : possibilité de départ immédiat vers 10 H 30 avec voiture en parfait état, chauffeur expérimenté et sympathique ;
- chargement, mais une malheureuse attente de deux heures pour le remplacement d’une ampoule de phare repousse d’autant le départ. C’est l’Afrique, dirait Jean Michonnet !

Ceux qui étaient informés de notre départ nocturne, sont évidemment surpris de nous voir encore là en début de matinée. C’est un recul pour mieux sauter ! Mais à 12 H 00, je suis toujours à la Mission, croisant quelques sourires de confrères amusés qui me disent sans me parler : « Le nouveau supérieur de la Mission va peut-être enfin comprendre ce qu’est le Gabon !... » Un peu ébranlé, il est vrai, je me rends à l’office de communauté avec grande ferveur… Seigneur ne faites pas que l’aventure s’arrête-là !

Ô miracle, la fin de l’office coïncide avec l’arrivée du véhicule, chargé, prêt à partir, ils sont tous là, ils viennent me chercher ; l’embarquement est immédiat et j’apprends que le voyage a fait l’objet d’un ordre de mission signé par un Ministre.

L’heure tardive laisse prévoir une arrivée à Ndambi vers 3 H 00 du matin. Est-ce bien raisonnable ? ce serait la troisième nuit quasiment blanche pour le Père Louis-Marie qui me paraît coriace, mais tout le monde a ses limites… je lui suggère de s’arrêter à la Lopé pour la nuit.

Aussitôt proposé aussitôt accepté, le Père sort son portable, un quart plus tard il me dit que tout est arrangé, le Directeur du parc national nous ouvre sa maison de passage et nous organise un safari pour le lendemain matin. Ça ne saurait se refuser !

Première étape sans surprise sinon la rencontre de Monsieur et Madame Eléphant en balade vespérale sur le bord de la piste quelque kilomètres avant la Lopé.

Le 27 matin, réveil tranquille après une nuit tout de même agitée ; il est difficile de se remettre aussi rapidement de tant d’émotions.

- 7 H 30, un guide nous rejoint et nous accompagne pendant 2 H 30 dans la magnifique savane de la Réserve de Lopé-Okanda, 4 700 Km2. Malheureusement les animaux ne sont pas au rendez-vous à part une famille d’éléphants, un troupeau de buffles et une antilope égarée !

- 11h30 arrêt technique au garage de la Lopé où un jeune garçon de 13 ans nous répare la roue de secours… la compétence n’attend pas toujours le nombre des années ! Pendant ce temps distribution et imposition de Médailles miraculeuses aux habitants du village qui se sont rassemblés curieux de voir des Pères en blanc. Je m’accorde avec un père de famille pour célébrer la Messe là, à notre retour.

Après une heure de piste, nous nous arrêtons dans un village de Pygmées. Nous saluons le Chef (NDLR : voir la photo en tête d'article). Il nous dit que ses ancêtres étaient catholiques, que les plus vieux le sont encore – en allant vers sa demeure, nous avions en effet rencontré une vieille maman avec un chapelet autour du cou – mais il nous avoue qu’il a réappris les pratiques païennes des pygmées parce qu’il y a plus de trente ans qu’un prêtre catholique les a visités pour la dernière fois. Maintenant ils adorent l’esprit de la forêt. Ils connaissent encore le signe de la croix mais ils ont oublié le Pater et l’Ave.

Après explication, nous lui proposons de lui imposer la Médaille miraculeuse. Le chef discute avec ses fils puis nous répond affirmativement mais à une condition : il accepte volontiers la Médaille mais seulement si cette médaille est catholique ! Pas de soucis chef !

Tout le monde reçoit la Médaille miraculeuse avec joie ; le Chef exige cependant une imposition personnelle avant les membres de sa famille !

Le voyage se poursuit sans incident, nous nous arrêtons sur le bord de la piste à proximité d’un petit groupe de maisons. Quelques minutes plus tard, un homme vient nous saluer avec sa femme et ses enfants. C’est un ancien séminariste qui malheureusement vient d’adhérer à l’Alliance Chrétienne : « Nous ne voyons plus les prêtres », me dit-il gêné, en guise d’excuse.

17 H 30 arrivée triomphale à Ndambi. Tout le village nous attendait, inquiet, depuis 24 h 00 car il n’y pas de réseau là-bas.

Tout le monde sort des maisons et se rassemble chez le chef que nous saluons. Nous sommes conduits au Corps de garde qui a été rallongé de plusieurs mètres pour l’occasion et transformé en chapelle décorée avec la végétation locale…

Le Père Louis-Marie célèbre la Messe pendant laquelle je confesse avec interprète, car les plus anciens parlent Kota bien que d’origine Saké. La Foi simple et innocente permet à la fille d’être l’interprète de sa mère et de ses tantes !

Cette année, le prêtre ne les a visités qu’une seule fois, début août. Un prêtre de 36 ans responsable de 33 villages que nous avons voulu visiter à Lastourville sur notre retour.

Pendant la Messe, je reconnais l’air de tous nos chants traditionnels de Noël qu’ils chantent en langue avec beaucoup d’enthousiasme.

Ma Messe célébrée immédiatement après celle du Père Louis-Marie, sert d’action de grâce à toute l’assistance qui reste sur place et chante sans discontinuer, rendant ma concentration très difficile !

21 H 00, repas avec les chefs et organisation de la matinée de chasse du lendemain.

28 décembre, levé à 4 H 30. Après un bon morceau de manioc, départ avec Gustave qui nous initie à la chasse en brousse. Malheureusement, les animaux ne manifestent leur présence que par leurs traces (éléphants, gorilles, sangliers, antilopes).

Nous sommes certainement passés à côtés de nombreux de serpents très venimeux… mais sans les voir !

Tout de même, sur le retour, un singe à l’honneur du premier coup de feu du Père Louis-Marie, beaucoup d’émotion pour le tireur, un peu d’affolement pour le singe, mais rien de grave pour l’un et l’autre… chacun rentre chez soi ! Le suivant n’aura pas autant de chance comme en témoigne la photo !

Au retour, le chef affecte un horaire pour la toilette des Pères à la rivière avec interdiction au village de s’y rendre. C’est également dans cette rivière que les villageois puise l’eau à boire, une eau qui n’est que très relativement potable me confie l’infirmier qui constate, impuissant, quelques cas d’amibiase. Dieu nous protège !

Un forage a été réalisé dans le village, mais après plusieurs années, la pompe n’a toujours pas été installée. C’est l’Afrique !

A 16 H 30, le Père Louis-Marie part à Baposso, un village voisin, qui a demandé notre visite. Il y célèbre la Messe dans la modeste chapelle comble, une chapelle qui nécessiterait rénovation.

A notre départ, le chef nous remettra solennellement une lettre de demande d’aide pour refaire la chapelle. Il souhaiterait que nous lui fournissions 30 tôles (30 tôles = 225 €)  ; pour le reste, le village s’en charge.

A 17 H 30, je me prépare à célébrer la Messe à Ndambi, mais auparavant, le Chef Jules me demande l’autorisation de guider la prière du soir. C’est ainsi que j’apprends que chaque matin et chaque soir, le Chef réunit le village pour réciter la prière à laquelle le soir, est ajouté le chapelet. Soudain, pour moi tout s’éclaire, je comprends comment se sont entretenues la Foi et la piété que nous constatons ici sensiblement sur les visages.

De plus chaque dimanche, le village se réunit sous l’autorité du chef pour lire la Messe et prier. Le chef m’avoue être un peu perdu avec le nouveau missel découpé en année A, B, C. « Dans ma jeunesse c’était plus simple lorsque je servais la Messe aux missionnaires blancs ! ». Nous y reviendrons, Chef !

Le soir au repas échange assez long avec les chefs pour mieux comprendre ce qui leur a permis de conserver la Foi. Ecoutez-les :

« Nous avons été visités pendant des années par le Père Souda, un missionnaire blanc mort tragiquement (Le chef n’exclut pas que le Père Souda ait été tué.) en 1981. Il ne nous laissait jamais plus de trois mois sans visite. Il restait plusieurs jours parmi nous au village.

Les dernières années, il nous répétait souvent : ‘le temps va venir où il y aura beaucoup de dieux. Il faudra les refuser et conserver la Foi de vos ancêtres, celle que je vous ai apprise. Ne changez rien’.

C’est ce que nous avons fait et nous ne voulons pas changer. Nous avons refusé les Eglises Eveillées, les Eglises protestantes. Aidez-nous maintenant à garder la Foi de nos anciens. Nous n’en voulons pas d’autres. Passez régulièrement comme les missionnaires d’autrefois. Ne nous abandonnez pas ».

Nous vous demandons de passer régulièrement pour baptiser nos enfants, pour célébrer la Messe, nous donner la communion, nous marier, faire le catéchisme à nos enfants. Nous avons des difficultés avec les adolescents qui vont à l’école à la ville ; quand ils reviennent au village, ils ne veulent plus réciter le chapelet.

Aidez-nous à reconstruire notre chapelle. Nous sommes prêts à donner tout le bois nécessaire mais nous n’avons pas les moyens d’acheter les tôles (80 tôles = 600 €) ».

Quel est le prêtre, digne de son sacerdoce, qui pourrait rester insensible à ces paroles ?

La discussion s’est prolongée tard dans la nuit éclairée par les lampes tempêtes car évidemment, il n’y a pas d’électricité au village et le petit groupe électrogène est en panne depuis plusieurs mois.

Le dernier jour, la Messe est programmée à 9 H 00, elle est suivie par l’imposition des Médailles miraculeuses. Je les encourage à persévérer fidèlement dans la prière quotidienne sous la conduite du chef et je leur promets de passer de temps en temps surtout pendant les périodes de vacances scolaires pour pouvoir rencontrer le maximum d’enfants.

Le Père Louis-Marie donne 80 chapelets au Chef qui fait la distribution dans la chapelle sans oublier les absents. Il en donne 4 à l’infirmier du village pour qu’il les place à la tête de chacun des quatre lits du dispensaire !

Mais une question se pose tout de même et je la leur pose. « Comment le prêtre qui vous visite si peu souvent va-t-il réagir lorsqu’il va apprendre notre passage ? ». La question semble surprendre leur foi simple. « Comment un prêtre pourrait-il être fâché de savoir que d’autres prêtres viennent nous encourager à garder la Foi ? » C’est vrai… ça paraîtrait si normal… et pourtant ! « En tout cas, continue le chef, s’il le prenait mal, je serais obligé de lui dire de ne plus revenir ! »

Dernier repas. La tristesse est sensible. Les Pères vont partir. Quand reviendront-ils ?

Je vois alors s’entasser bâtons de manioc, bananes, ananas. Le chef me dit, en me donnant un coq qu’il a été cueillir dans son poulailler : « nous sommes pauvres, mais chacun veut donner quelque chose pour les Pères » !

Un fait qui nous a bien marqué, c’est l’honnêteté peu ordinaire de ces villageois. Nous avons laissé deux nuits consécutives toutes nos affaires liturgiques dans le corps de garde sans aucune protection. Pas une médaille, pas un chapelet n’a disparu. Avant de partir en Brousse, l’un de nous avait ouvert un paquet de gâteaux qu’il avait laissé ouvert sur un banc au milieu du village, pas un gâteau n’a été subtilisé par l’un des nombreux enfants qui étaient là. Le chef nous avait prévenus à notre arrivée : « Ici on ne vole pas ».

Au moment de partir, apprenant que la route était ouverte, j’envisage de rentrer par Koulamoutou Mimongo Mouila, Fougamou, Lambaréné. Bonne occasion pour moi de compléter ma découverte intérieure du pays. Notre chauffeur n’est pas un aventurier – de plus il doit conduire Monsieur le Ministre le lendemain matin… il refuse. Ce n’est que partie remise et quand l’occasion s’en présentera, il faudra pousser jusqu’à Ndendé, Tchibanga et Mayumba !

Le retour c’est fait sans escale : 400 Km de piste plus 350 km de route anciennement goudronnée ! Arrivés sales comme des poux, nous sommes moulus et heureux.

Sans escale, pas tout à fait ! Quelques minutes d’arrêt tout de même pour saluer nos Pygmées qui nous montrent fièrement leur médaille.

Bonne Mère du Ciel, protégez vos enfants !

Abbé Nicolas Pinaud, supérieur de la mission de la FSSPX au Gabon

[summorum-pontificum.fr] Yves Chiron et l’herméneutique de Vatican II

SOURCE - summorum-pontificum.fr- 15 décembre 2010

Observateur attentif de l’actualité religieuse, et historien, Yves Chiron vient de consacrer le dernier numéro de sa « lettre d’informations religieuses » Aletheia à « la “réception” de Vatican II ou herméneutique d’une herméneutique ».Il relève tout d’abord plusieurs ouvrages qui traitent de la « réception » de Vatican II comme La Réception du deuxième concile du Vatican dans l’Église catholique allemande sous le pontificat de Paul VI, et plus particulièrement dans le diocèse de Limbourg de Olaf Hahn ou La réception du concile Vatican II du jésuite canadien Christoph Theobald. Il signale les différents travaux de Joseph Ratzinger jusqu’à son célèbre discours à la curie romaine du 22 décembre 2005. Enfin il présente aussi la publication des actes dans la Revue thomiste d’un colloque organisé par les Dominicains de Toulouse sur « Vatican II, rupture ou continuité ? Les herméneutiques en présence ».
À ce sujet, il signale le long avant-propos du Père Emmanuel Perrier qui estime que Vatican II « fut non pas seulement l’occasion mais véritablement à l’origine du conflit entre “rupture” et “continuité” », analyse développée par Mgr Francis Frost qui montre qu’avec Vatican II « on est passé d’une problématique de “développement de la doctrine” (au sens que Newman donnait à cette expression) à une démarche herméneutique, un “processus de reformulation de ce qui était déjà formulé ».
Enfin Yves Chiron évoque le livre de Mgr Gherardini, remarquant que ce livre « a soulevé différentes interrogations relatives à certains textes conciliaires. Il terminait son étude critique par une “supplique” au Pape où il demandait “une solennelle et si possible définitive mise au point sur le dernier Concile ». Il note à ce sujet la publication d’une « étude critique » de ce livre par le Père Basile Valuet dans La Nef, dont la « version longue » publiée sur Internet, est qualifiée par Yves Chiron de « plus acerbe ».
Le Concile Vatican II fait donc débat aujourd’hui encore et certains estiment qu’il faut pour le moins une réévaluation de ces textes ou une mise au point de l’autorité suprême le concernant.
Paradoxalement, le texte du Père Basile en est une preuve, c’est dans certains milieux considérés comme traditionalistes que le méfiance à l’égard du débat sur Vatican II est le plus grand. Pourtant, comme le note Yves Chiron, en présentant le congrès qui aura lieu prochainement à Rome sur ce sujet (et dont j’ai déjà parlé), celui-ci « rassemblera des théologiens, dont certains très proches du Pape, des membres de la curie et des historiens » dont Yves Chiron lui-même. L’herméneutique de Vatican II, tabou en France et possible à Rome ? La question, c’est jusqu’à quand ?
Pour en savoir plus : Aletheia.
Observateur attentif de l’actualité religieuse, et historien, Yves Chiron vient de consacrer le dernier numéro de sa « lettre d’informations religieuses » Aletheia à « la “réception” de Vatican II ou herméneutique d’une herméneutique ».Il relève tout d’abord plusieurs ouvrages qui traitent de la « réception » de Vatican II comme La Réception du deuxième concile du Vatican dans l’Église catholique allemande sous le pontificat de Paul V, et plus particulièrement dans le diocèse de Limbourg de Olaf Hahn ou La réception du concile Vatican II du jésuite canadien Christoph Theobald. Il signale les différents travaux de Joseph Ratzinger jusqu’à son célèbre discours à la curie romaine du 22 décembre 2005. Enfin il présente aussi la publication des actes dans la Revue thomiste d’un colloque organisé par les Domincains de Toulouse sur « Vatican II, rupture ou continuité ? Les herméneutiques en présence ». À ce sujet, il signale le long avant-propos du Père Emmanuel Perrier qui estime que Vatican II « fut non pas seulement l’occasion mais véritablement à l’origine du conflit entre “rupture” et “continuité”, analyse développée par Mgr Francis frontiste qui montre qu’avec Vatican II « on est passé d’une problématique de “développement de la doctrine” (au sens que Newman donnait à cette expression) à uen démarche herméneutique, un “processus de reformulation de ce qui était déjà formulé ».Enfin Yves Chiron évoque le livre de Mgr Gherardini, remarquant que ce livre «  a soulevé différentes interrogations relatives à certains textes conciliaires. Il terminait son étude critique par une “supplique” au Pape om il demandait “une solennelle et si possible définitive mise au point sur le dernier Concile ». Il note à ce sujet la publication d’une « étude critique » de ce livre par le Père Basile Valuet, dont la « version longue » publiée sur Internet, qualifiée par Yves Chiron de « plus acerbe ». Le Concile Vatican II fait donc débat aujourd’hui encore et certains estiment qu’il faut pour le moins une réévaluation de ces textes ou une mise au point de l’autorité suprême le concernant. Paradoxalement, le texte du Père Basile en est une preuve, c’est dans certains milieux considérés comme traditionalistes que le méfiance à l’égard du débat sur Vatican II est le plus grand. Pourtant, comme le note Yves Chiron, en présentant le congrès qui aura lieu prochainement à Rome sur ce sujet (et dont j’ai déjà parlé), celui-ci « rassemblera des théologiens, dont certains très proches du Pape, des membres de la curie et des historiens » dont Yves Chiron lui-même. L’herméneutique de Vatican II tabou en France et possible en France ? La question, c’est jusqu’à quand ?

14 décembre 2010

[summorum-pontificum.fr] Application du Motu Proprio : le compte-rendu d’un évêque africain

SOURCE - summorum-pontificum.fr- 14 décembre 2010

Un correspondante me fait parvenir la Vie diocésaine de Natitingou (n° 157) dont l’évêque est Mgr Pascal N’Koué. Je n’ai pas eu le temps de chercher si ce document a déjà été publié sur Internet. Il m’a semblé intéressant de le livrer aux lecteurs de SPO qui s’intéressent à l’application du Motu Proprio Summorum Pontificum. Mgr Pascal N’Koué est un jeune évêque puisqu’il est né le 29 mars 1959. Il a été ordonné prêtre le 26 juillet 1986 et il a été nommé évêque par le pape Jean-Paul II le 26 juillet 1997. Pour mieux le connaître, on peut se reporter aux rendez-vous qu’il eut avec les liseurs du Forum catholique (ICI). Voici le compte-rendu qu’il a adressé à Rome au sujet de l’application du Motu Proprio Summorum Pontificum dans son diocèse. Je publierai ensuite la réponse de la commission Ecclesia Dei et les suggestions de Mgr Pascal N’Koué.
ENCOURAGEMENT DE ROME Sur  LE MOTU PROPRIO
Le 14 septembre 2007 le motu proprio « Summorum Pontificum » est entré en application. Un seul rite romain dans l’Eglise Latine mais avec deux formes: celle ordinaire (rite du Pape Paul VI) et celle extraordinaire (rite du Bienheureux Jean XXIII, communément appelé rite de Saint Pie V, mais qui date du Pape Saint Grégoire Le Grand). Ci-dessous, vous lirez nos échanges de lettres avec Rome sur ces deux formes qui cohabitent pacifiquement à Natitingou et peuvent s’enrichir réciproquement. C’est l’occasion de remercier du fond du cœur tous ceux qui nous ont éclairés sur ce chemin par leur foi, leur expérience et leur amour de l’Eglise.
Natitingou, le 15 juin 2010
Eminence Révérendissime,
C’est avec joie que, sur sollicitation de la Nonciature Apostolique au Bénin, je vous fais part de notre expérience concernant le Motu Proprio du Pape Benoît XVI, « Summorum Pontificum ».
D’emblée, je voudrais vous dire que la forme extraordinaire du rite romain a été introduite dans mon diocèse en octobre 2003, donc avant le Motu Proprio. Ma conviction que ces deux formes peuvent coexister pacifiquement et s’enrichir mutuellement est hors de doute et date de longtemps. A mon humble avis, les deux formes n’ont aucun problème. Les conflits viennent de nos cœurs malades et intoxiqués ou de nos idéologies provenant de l’étroitesse de nos esprits et de nos formations trop figées.
Comme vous le lirez dans le compte – rendu, ci-joint, fait par le Père Denis Le PIVAIN, curé de Saint Jean Baptiste, il n’y a pas eu de vagues à Natitingou, mais quand même un peu de turbulence… Le curé n’entreprend rien sans consulter l’Evêque. C’est là un de ses grands mérites. L’unité de l’Eglise oblige. De fait, il y a une remarquable sympathie et syntonie entre tous les prêtres à ce sujet.
Personnellement, je dois avouer que la célébration dans l’ancienne forme est une chance pour mon jeune clergé et tout le diocèse. Elle permet de valoriser davantage l’autel (prières au bas de l’autel), le silence sacré, les secrètes, la multiplicité des signes de croix et de génuflexions et même le fait qu’on soit tous tournés vers la Croix (position ad orientem). Bref, le rite tridentin nous donne l’occasion de mieux connaître et de mieux apprécier le rite dit de Paul VI.
Plusieurs de mes prêtres, sans aucune pression de ma part, ont commencé spontanément à apprendre à célébrer la messe de Saint Pie V ou plus exactement la messe du Pape Jean XXIII. Evidemment plus on insiste sur l’ »ars celebrandi », plus les deux formes s’influencent positivement. Quand les rubriques sont intériorisées, la liturgie touche les fidèles par sa beauté et sa profondeur ; et on n’a plus besoin de se quereller sur le mystère, le sacré, l’adoration, la majesté de Dieu et la participation active. Cela va de soi. En outre, le Canon Romain et les gestes liturgiques dans l’ancien rite sont plus proches de notre religiosité et sensibilité africaine. Je parle uniquement pour mon diocèse.
Mon souhait est qu’un beau jour, tout prêtre sache célébrer dans les deux formes. Ce n’est pas impossible, surtout si on les introduit dans nos Séminaires. Mais ici à Natitingou, nous ne pouvons pas appliquer l’ancien rite purement et simplement sans tenir compte de la lumière de « Sacrosanctum Concilium ». Tout est là. La forme extraordinaire ne peut pas ignorer le Concile Vatican II, tout comme la forme ordinaire ne peut pas ignorer l’ancien rite sans s’appauvrir. Il y a un équilibre à garder. La commission « Ecclesia Dei » semble nous encourager à continuer en ce sens (cf. Annexe 3).
Je termine en invoquant les saints Cœurs de Jésus et de Marie sur tous les prêtres. C’est l’amour de Dieu qui sauvera le monde et non les rites en tant que tels. Travaillons à susciter cette passion envers le Crucifié qui nous a aimés et s’est livré pour nous.
Dans l’espoir d’avoir répondu un tant soi peu à votre désir, je vous assure, Eminence Révérendissime, de ma fidèle collaboration dans l’Eglise Une, Sainte, Catholique et Apostolique.
Monseigneur Pascal N’KOUE