22 décembre 2008

[Paix Liturgique] Presque un conte de Noël... L’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre vient d’être érigé de Droit pontifical

SOURCE - Lette 157 de Paix Liturgique - 22 décembre 2008




Un événement considérable vient de marquer la vie de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre.


Le 7 octobre dernier, en la fête du Très Saint Rosaire, par volonté de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI, Son Eminence Révérendissime le Cardinal Dario Castrillon Hoyos, préfet émérite de la Congrégation du Clergé et actuel président de la Commission Pontificale Ecclesia Dei, a signé le décret Sæculorum Rex élevant l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre au rang de ‘Société de vie apostolique en forme canoniale’, de Droit Pontifical.

Cette approbation pontificale intervient après vingt ans d’existence et la consultation de tous les évêques (une cinquantaine) auprès desquels l’Institut exerce son apostolat, tant en Europe (France, Italie, Belgique, Allemagne, Espagne,…) qu’aux Etats-Unis ou en Afrique. Elle est l’aboutissement d’une procédure canonique normale et sereine, au cours de laquelle les prêtres ont su faire leurs preuves et se faire apprécier dans les diocèses, tout en célébrant la forme extraordinaire du rite romain.

Pour faire un peu d’histoire, rappelons que cet institut a été fondé il y a vingt ans par Mgr Gilles Wach et Monsieur le Chanoine Philippe Mora.

A cette époque, ces jeunes prêtres français ont reçu leur formation sacerdotale auprès du Cardinal Siri à Gènes, qui les manda à Saint Pierre de Rome recevoir des mains du Pape Jean-Paul II l’ordination sacerdotale, le 24 juin 1979. Ils n’avaient aucunement l’intention de fonder une famille religieuse. Mais durant les années 1986-87, alors qu’ils travaillaient à Rome – l’un auprès du cardinal Oddi à la Curie Romaine, l’autre au Vicariat –, beaucoup de jeunes gens les contactèrent pour leur demander une formation catholique traditionnelle au Sacerdoce. Plusieurs cardinaux leur soumirent l’idée de lancer les bases d’une communauté ecclésiastique, de sorte que l’idée de l’Institut existait déjà bien avant 1988. Ils ont alors décidé de réunir ces vocations et d’assurer leur formation.

La Providence aidant cette entreprise courageuse, cette fondation naissante allait recevoir une première existence canonique. Comme la situation en France était trop tendue, c’est Monseigneur Obamba, Évêque de Mouila au Gabon, qui invita le premier la jeune communauté à l’aider dans son diocèse pour l’apostolat missionnaire. Il lui donna alors une première reconnaissance canonique, le 1er septembre 1990. En même temps, il nomma l’abbé Wach Vicaire général, qui avec cette charge devint " Monseigneur Wach"

Bientôt, avec l’aide du Cardinal Mayer de la Curie romaine et accueilli par le Cardinal Piovanelli dans l’Archidiocèse de Florence, Monseigneur Wach put trouver une maison appropriée pour le Séminaire et la Maison Généralice de sa communauté rapidement grandissante : Gricigliano.

L’Institut a ensuite connu une croissance régulière dans le monde entier. Son travail apostolique s’est assez vite étendu en France, en Espagne, en Belgique, en Suisse, en Autriche, en Allemagne et aux Etats-Unis. De plus en plus de séminaristes ont rejoint l’Institut pour avoir une formation catholique et traditionnelle au sacerdoce.

Aujourd’hui, ce sont en moyenne une quinzaine de jeunes garçons qui entrent chaque année au séminaire de Gricigliano pour répondre à l’appel du divin Maître.

Les constitutions de cette congrégation sont donc définitivement approuvées par Rome depuis le 7 octobre dernier.

L’Institut n’est donc plus sous l’autorité et la responsabilité de l’archevêque de Florence, mais dépend directement de Rome.

Son Supérieur et Ordinaire canonique est désormais en tout Mgr Gilles Wach, Prieur Général.

L’une des spécificités de l’Institut est la romanité. Pour mieux comprendre cet aspect, penchons-nous directement sur un passage de ses constitutions :

« L’Institut possède un dévouement filial envers les Successeurs de Pierre sur le Siège Apostolique, dans Lequel il reconnaît la présence visible du Christ Roi Souverain Prêtre, tête invisible de son Corps Mystique qui est l’Eglise. L’Institut – par la grâce de Dieu resté toujours fidèle au sein de notre Sainte Mère l’Eglise – s’est vu proche du Siège Romain et de l’Evêque de l’Eglise universelle depuis son commencement. Pour cette raison, tous ses membres sont formés dans l’esprit d’une Romanité vivante, qui est un reflet de l’Unité, de la Sainteté, de l’Apostolicité et de la Catholicité de l’Eglise Romaine dans la vie quotidienne de l’Institut. Une des multiples expressions de cette Romanité sera l’oraison pour le Pontife Romain, ajoutée aux oraisons du Saint Sacrifice de la Messe par tous les prêtres de l’Institut, en conformité avec les normes liturgiques. »

Les trois saints patrons de l’Institut achèvent de lui donner son esprit et son charisme propres.

1. Saint Benoît rappelle aux membres de l’Institut de placer Dieu – et le culte qui lui est du – à la première place. La liturgie et le chant grégorien ont donc une place primordiale dans la vie des prêtres de l’Institut.

La Messe, célébrée dans la forme extraordinaire, mais également l’Office divin chanté au chœur en commun, sont comme les sources auprès desquelles ils viennent puiser la fécondité de leur apostolat.

Leur rythme de vie, que l’on pourrait qualifier de canonial, vient confirmer leurs constitutions, où l’on peut lire que les prêtres de l’Institut sont des chanoines séculiers :

« La vie commune des membres de l’Institut est canoniale et orientée selon la forme des presbytères augustiniens et des chanoines séculiers au cours de l’histoire de l’Eglise, à l’exemple d’une famille spirituelle centrée autour de la célébration du Mystère liturgique. Cette vie commune dans le monde sera la source efficace d’un engagement pastoral ouvert aux nécessités spirituelles de l’homme contemporain. »

Pour marquer cette spécificité canoniale, leur ordinaire d’alors (le Cardinal-archevêque de Florence) leur avait déjà donné en 2006 leur habit de chœur propre, dont ils se revêtent pour chaque office chanté en commun. Le manteau de chœur rappelle précisément la coule bénédictine, que les moines portent au chœur dans les mêmes circonstances. La couleur bleue et la croix de saint François de Sales évoquent directement leur deuxième saint patron.

2. Saint François de Sales apporte à l’Institut sa spiritualité, fondée sur l’amour de Dieu. A la suite de leur patron céleste, les chanoines de l’Institut souhaitent être missionnaires. Ils savent que, dans un monde déchristianisé comme le nôtre, il est plus facile à une âme d’accepter la grandeur et la majesté de la foi divine quand celle-ci est présentée avec l'humilité compatissante de la charité, et avec la patience et douceur que Notre Seigneur a toujours pour ses enfants.

C'est la raison pour laquelle les membres de l'Institut veulent suivre l'exemple de Saint François de Sales, qui a été à la fois l’un des plus grands théologiens de son époque et aussi le "docteur de la charité".

3. Un autre docteur, Saint Thomas d’Aquin, vient clore admirablement le trio. Surnommé le ‘Docteur Angélique’, il est un maître assuré et incontesté dans la formation doctrinale et théologique.

Dès le début de leurs études, les séminaristes sont mis à son école. Avec lui, ils comprennent que la science théologique n’est pas une pure connaissance morte qui assèche l’âme, mais qu’elle est au contraire pour elle source d’une authentique vie spirituelle d’union à Dieu.

Les professeurs viennent des universités romaines, de la Sorbonne, du corps enseignant philosophique de l’IPC à Paris, et également des prêtres licenciés de l’Institut. Les études commencent par une année de Spiritualité, puis continuent avec deux ans de philosophie, et enfin quatre ans de théologie.

La formation intellectuelle est accompagnée d'une formation humaine, qui inclut la culture générale, les coutumes sacerdotales, et bien sûr les travaux plus pratiques d’entretien de la maison et du jardin. Ainsi est donnée une éducation complète de l'esprit et du corps. Une formation purement intellectuelle n'est jamais suffisante pour un prêtre. Si elle ne repose pas sur une vie profonde de prière, et soutenue par l'humilité, la personnalité du prêtre ne serait pas assez formée.

L’Institut du Christ Roi veut donc former des prêtres de demain : des "administrateurs fidèles des mystères saints", qui font tout comme le Christ veut qu'ils fassent pour les âmes.

Le Séminaire de l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre est situé en Toscane, près de Florence et à moins de 300 km de Rome, à Gricigliano, dans la Villa Martelli, château fortifié puis villa Renaissance édifiée et transformée par la famille des comtes Martelli.

Après beaucoup d'efforts et avec l’aide de dons de nombreux fidèles – car l’Institut dépend uniquement, depuis vingt ans, des dons de ses bienfaiteurs – Gricigliano a pu être rénové et les dépendances aménagées, afin de recevoir les séminaristes, ajoutant ainsi de nouvelles salles de cours, de nouveaux bureaux et également une nouvelle chapelle, plus grande que l’antique chapelle des Martelli devenue trop petite. Aujourd’hui cette chapelle s’avère à son tour trop étroite, et les murs du Séminaire ne se sont pas élargis en fonction de l’afflux des vocations… Avec cela la toiture n’est pas encore totalement refaite, et les travaux continuent…

La charité apostolique a donc nourri l’expansion de l'Institut. De Gricigliano sont envoyés des prêtres partout dans le monde :

- En France, dans 21 diocèses, où l’Institut a la charge de prieurés et d’apostolats importants, comme notamment la Chapellenie de Port-Marly dans le diocèse de Versailles, ou encore la collégiale Saint-André, à Grenoble. S’y ajoutent aussi 4 écoles.

- En Belgique, avec une école à Bruxelles ; en Allemagne, en Autriche, en Suisse, en Angleterre, en Irlande, en Espagne, et bien sûr en Italie : à Florence et à Rome.

- Aux Etats-Unis, dans 13 diocèses, où les apostolats sont très florissants, à remarquer notamment la construction ou restauration de magnifiques églises. Une maison de préformation pour les séminaristes se trouve à Saint-Louis dans le Missouri.

- En Afrique, au Gabon, avec des missions, écoles et dispensaires, en particulier à Libreville où se construit une église monumentale.


La mentalité et la culture de ces pays et de ces peuples sont certainement très différentes, mais leur chant religieux et la foi de leurs âmes sont semblables partout. De plus en plus de jeunes vocations naissent de ces apostolats et entrent au Séminaire. Les familles demandent à suivre la spiritualité de l’Institut, et forment maintenant la branche laïque, la Société du Sacré Cœur.

Quant à la fondation des Sœurs Adoratrices, la branche religieuse féminine, elle semble bénie par Dieu, car Il y envoie des âmes s’y consacrer essentiellement à la prière pour l’Eglise et pour les prêtres. Les vocations sont donc nombreuses, et leur nombre ne peut que s’accroître. Une fois formées, elles pourront ensuite aider les chanoines sur leurs différents lieux d’apostolat.

18 décembre 2008

[MotuProprio75] Mobilisons-nous pour une messe "extraordinaire" à la Sainte Geneviève!

SOURCE - La Lettre de Motu Proprio Paris n°3 - 17 décembre 2008

Pour la solennité de Sainte-Geneviève, patronne de Paris, une messe est célébrée chaque année dans le rite ordinaire à l'église Saint-Etienne-du-Mont.
Cette année, la messe sera célébrée par son Excellence Monseigneur Fortunato Baldelli, nonce apostolique à Paris, le dimanche 11 janvier à 15h.

Dans le cadre de l'application du Motu Proprio Summorum Pontificum, un membre de l'Association des Porteurs de la Châsse de Sainte-Geneviève, association organisatrice de cette manifestation, a demandé au curé de la paroisse St-Etienne-du-Mont, Monsieur l'Abbé Ollier, que cette messe puisse être célébrée selon la forme extraordinaire du rite romain.

Cette demande a été refusée.

SI VOUS DESIREZ QUE LA MESSE SOIT CELEBREE SELON LA FORME EXTRAORDINAIRE LE 11 JANVIER, ENVOYEZ UN MESSAGE A M. LE CURE EN METTANT MGR BALDELLI EN COPIE DE VOTRE LETTRE..

Monsieur le Curé Ollier : jacques.ollier@aliceadsl.fr
Mgr Baldelli : 10 av.du Pt Wilson 75116, 01.53.23.01.50

Ci-dessous un exemple de courrier :

Monsieur le Curé,

La solennité de Sainte Geneviève sera célébrée à Saint Etienne du Mont, le 11 janvier 2009 ; elle attire un grand nombre de fidèles de tous les arrondissements de Paris et de la banlieue.

Beaucoup parmi eux - et en particulier les signataires de cette lettre - sont attachés au rite extraordinaire de la messe et souhaitent que ce rite soit célébré lors de la cérémonie du 11 janvier.

Vous serait-il possible de leur accorder ce souhait ?

Veuillez agréer, Monsieur le Curé, l’expression de nos sentiments respectueux,

Copie au nonce apostolique

17 décembre 2008

[Paix Liturgique] Une application paroissiale ou une application diocésaine du motu proprio? Ce n'est pas pareil! Réflexions et conséquences...

SOURCE - Lettre 156 de Paix Liturgique - 16 décembre 2008

Cette question peut paraître de prime abord bien étrange ou à tout le moins sans importance. Le Saint Père a parlé, ce qui compte n’est il pas simplement l’application bienveillante du Motu Proprio et la marche sereine vers la réconciliation de tous les catholiques qu'il met en mouvement ?

A y regarder de plus prêt, la réponse – diocésaine ou paroissiale – aux demandes de mise en œuvre du Motu Proprio doit être bien prise en considération, tant au niveau de la réception de cette demande qu’à celui du bilan de l’expérience.

Au niveau de la réception de la demande d’abord. Le texte du Motu Proprio, en son article 5, vise expressément « les paroisses où il existe un groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure ». On pourrait donc croire le débat tranché.

A Y REGARDER DE PLUS PRES, LA QUESTION N'EST PAS SI SIMPLE

On sait qu’une partie non négligeable des catholiques aimeraient vivre leur foi au rythme de la liturgie traditionnelle de l’Eglise dans leurs paroisses s’ils en avaient la possibilité.

En effet, les résultats du sondage CSA réalisé les 24 et 25 septembre 2008 à la demande de Paix Liturgique (Sondage CSA 08 01 153 B ) indiquent clairement que 34% des catholiques français souhaitent assister régulièrement à la messe célébrée dans sa forme dite « extraordinaire ».

Pour autant, il n’est pas raisonnable pour le moment de demander une mise en œuvre immédiate du Motu Proprio dans toutes les paroisses et un regroupement dans un premier temps par grosse paroisse ou par doyenné semble plus opportun. c'est ce que préconisait il y quelques mois le père Chauvet lors d'une réunion du Grec en déclarant " que l’on pouvait raisonnablement penser qu’à moyen terme, la forme extraordinaire du rite romain pourrait être célébrée dans toutes les grandes églises de Paris "

Au niveau de la demande, il arrive que des curés refusent d’entendre les demandes qui leur sont faites au motif que certains des demandeurs ne feraient pas partie de la paroisse mais d'une paroisse voisine. Pour qu’un tel raisonnement soit acceptable, il faudrait donc que les demandeurs disqualifiés dans la paroisse ou s'effectue la demande soient entendus dans leurs propres paroisses territoriales . Ce n’est hélas que rarement le cas et il est constant que certains ecclésiastiques casuistes ou mal intentionnés jouent sur les 2 tableaux : A un groupe paroissial très important (comme à Saint Germain en Laye (78) ou à Notre Dame de Versailles), on répondra que des solutions diocésaines ont déjà été mise en œuvre ça et là et qu'il n'est pas souhaitable de faire plus. Dans le même temps, pour ne pas répondre à une demande plus discrète mais non moins sérieuse à l’autre bout du diocèse, on répondra que le Motu Proprio concerne le cadre paroissial et ne peut pas prendre en compte tout un bassin de population d’une même zone pastorale en allant jusqu'a accuser les paroissiens des communes voisines de faire du " bourrage" comme si faire quelques kilomètres pour aller à la messe qui vous permet de mieux vivre votre foi catholique était une faute…

AU NIVEAU DU BILAN AUSSI...

Pour que l’expérience soit concluante, il convient d’abord de bien s’entendre sur les objectifs. Soit la mise en œuvre du Motu Proprio est une application littérale du texte pontifical et se fait dans le cadre paroissial, par le curé et pour ses paroissiens. Soit elle est pilotée par l’évêché en vue de répondre à une demande globale à laquelle on répond en donnant un lieu de culte à l’instar de ce que prévoyait le Motu Proprio de Jean-Paul II de 1988.

Dans l’un et l’autre cas, la situation et les résultats que l'on sera en droit d'attendre , seront tout à fait différents.

En effet, dès lors que nous nous trouvons dans le deuxième cas – de très loin le plus courant actuellement ( nos évêques semblant découvrir en 2008 les possibilités offertes par Jean-Paul II en 1988 pour mieux oublier celles de Benoît XVI de 2007 ) et que la mise en œuvre du Motu Proprio est faite pour satisfaire une demande diocésaine et non pas simplement paroissiale, les conditions d’application doivent être adaptées loyalement en premier lieu au bon sens

Ainsi, dès lors que des fidèles n’appartenant pas géographiquement à la paroisse sont invités à prendre leur voiture pour se rendre dans une paroisse plus ou moins éloignée pour vivre leur foi au rythme de la liturgie traditionnelle de l’Eglise, le lieu choisi doit obligatoirement être un central et accessible , représentatif de la zone géographique (grosse ville, chef lieu de canton, sous préfecture…).

Par ailleurs, dans ce cas, l’horaire choisi doit également être un « horaire diocésain » c'est-à-dire un horaire qui permettra aux fidèles de cette zone du diocèse de se rendre régulièrement à cette messe dans des conditions normales notamment en tenant lieu du déplacement indispensable.

Si 75 % des messes parisiennes dominicales débutant entre 9h 45 h et 11 h 30, il est assez aisé de se faire une idée de ce qui constitue un horaire adapté et ce qui n’en est pas un surtout si l'on ajoute que les familles attachées à la forme extraordinaire sont souvent des familles nombreuses à qui un horaire trop matinal comme 9h pose de très nombreux problèmes pratiques !

Dès lors que ces deux critères élémentaires ou l’un des deux font défaut, nous nous trouvons alors ipso facto dans le premier cas, c'est-à-dire en présence d'une application du Motu Proprio qui ne concerne que la paroisse et pas l’ensemble d’une zone d’un diocèse.

A l’heure du bilan, cette considération ne sera pas sans importance car il ne serai pas alors honnête d’affirmer qu’il n’y a pas de demande ou que la demande n’est pas assez importante au prétexte que la messe dominicale de 9 h (comme à la Garenne Colombes (92)), de 12 h 15 (Sainte Jeanne de Chantal, Paris 16ème) ou 18h 30 à Notre Dame du Travail (Paris 14 ème) ne fait pas « salle comble »… Non dans ces cas des assemblés de 70 à 100 personnes sont plus que significatives et il faudrait vraiment mettre en place des solutions centrales à des horaires " normaux et familiaux " pour prendre la mesure de toute l' attente de forme " EXTRAORDINAIRE"qui pourrait exister dans un secteur donné.

12 décembre 2008

[Jean Madiran - Présent] La calomnie

SOURCE - Jean Madiran - Présent n° 6736 - 12 décembre 2008

D’un article du magazine Permanences, il ressort que les catholiques qui préfèrent la messe traditionnelle :
+ ou bien y sont attachés par leur « sensibilité propre », c’est-à-dire subjective ;
+ ou bien refusent la messe de Paul VI parce qu’ils nient sa validité.

C’est une calomnie : les catholiques qui contestent la messe de Paul VI ne le font ni par négation de sa validité, ni par un attachement de leur sensibilité propre, c’est-à-dire subjective, à la messe de saint Pie V.

Voici le texte de l’insupportable accusation, qui invoque, un peu arbitrairement semble-t-il, l’autorité morale de Christophe Geffroy :
« Comme l’expose Christophe Geffroy dans son Benoît XVI et « la paix liturgique », croire que l’Eglise se trompe depuis quarante ans dans la liturgie qu’elle utilise revient à refuser l’assistance divine. Que des catholiques soient davantage attachés, par leur sensibilité propre, à ce que Benoît XVI a nommé la forme extraordinaire du rite, c’est tout à fait compréhensible, de même qu’ils puissent émettre leur avis, poser des questions sur tel ou tel point de la forme ordinaire. En revanche, qu’ils estiment que ce n’est pas une liturgie valide pose un véritable problème de foi. La non-reconnaissance du rite de Paul VI revient à nier à Rome son autorité, etc. »
Ce texte de Permanences a pour auteur Claire de Guillebon.

Elle nous apparaît comme la première victime de cette vieille calomnie, qu’elle n’a évidemment pas inventée, et qui l’a tout à fait trompée. Depuis quarante ans les traditionalistes précisent explicitement et n’arrêtent pas de répéter que ce qu’ils contestent dans la messe de Paul VI, ce n’est pas sa validité quand elle est célébrée conformément au texte promulgué et dans l’intention de faire ce que fait l’Eglise : mais c’est fort loin d‘être toujours le cas.

Le magazine Permanences est l’organe de la rue des Renaudes. On observera qu’il ne s’y est trouvé personne pour éclairer Claire de Guillebon et lui expliquer que la seule validité contestée par les traditionalistes est celle de l’interdiction par Paul VI de la messe traditionnelle. Cette invalidité-là se trouve officiellement reconnue comme telle par le motu proprio du 07.07.07. L’interdiction était une prévarication du pape et de beaucoup d‘évêques. Reconnaître ce fait prévaricateur, ce fait public et prolongé, mais non sans précédents historiques – que Claire de Guillebon se rassure – ne pose en réalité aucun « véritable problème de foi » et ne « refuse » aucune « assistance divine ».

Comment expliquer, dira-t-on, une telle sous-information ? C’est pourtant bien simple. En 1970, la Rue Des Renaudes a frappé d’exclusion ceux qui refusaient l’interdiction de la messe traditionnelle et contestaient publiquement l’article 7, inspirateur de la nouvelle messe ; elle a tout à fait rompu avec eux, elle ne les connaissait plus, ne les lisait plus, ne les écoutait plus, ils n‘étaient plus acceptés aux congrès de Lausanne, leurs personnes, leurs livres et leurs journaux étaient frappés d’une relégation sociologique, du même genre en somme que celle d’origine laïciste qui frappait la Rue Des Renaudes elle-même. On n’y a donc plus été informé sur les traditionalistes que par ouï-dire, par des rumeurs, des hypothèses, des suppositions. Et cette sous-information volontaire s’est prolongée jusqu‘à maintenant : on peut être lecteur assidu de Permanences et tout ignorer du courant traditionaliste dans l’Eglise et dans la société.

La rédaction de Permanences doit aux traditionalistes, et aussi à ses lecteurs, des excuses et une rectification détaillée. Nous le lui disons pour le cas où elle ne s’en serait point aperçue ; et nous le lui rappellerons si d’aventure elle l’oubliait.
JEAN MADIRAN

Article extrait du n° 6736 de Présent, du Vendredi 12 décembre 2008

11 décembre 2008

[Abbé Guillaume de Tanoüarn - Metablog] Une stratégie pour l'Eglise en France

SOURCE - abbé Guillaume de Tanoüarn - Metablog - 10 décembre 2008

Passionnante conférence de l'abbé Claude Barthe, ce 9 décembre au Centre Saint Paul. Pour la première fois, me semble-t-il, je perçois toute l'acuité et l'ampleur de son analyse. Je voudrais essayer d'en rendre compte.

A l'origine (dans les années 60) deux tendances : les "progressistes" et les "intégristes" (c'est-à-dire selon la terminologie d'Yves Congar lui-même dans un appendice célèbre de la 2ème éd. de Vraie ou fausse réforme dans l'Eglise "les catholiques de droite", excusez du peu !). Les catholiques de droite perdent la bataille. Restent deux forces en présence, autour de deux revues emblématiques : la gauche chrétienne, sûre de son Concile, s'est groupée autour de la revue Concilium. Un centre apparaît, d'abord un peu en marge, mais gagnant très vite des adhérents, déçus des excès post-conciliaires. Sa revue, c'est Communio, où trouvent refuge le Père de Lubac, von Balthasar et un certain Josef Ratzinger.

Il y a une version pastorale de la revue Communio, incarnée en France par les prêtres qui, à Montmartre, se sont groupés autour de Monseigneur Charles et dont le plus connu deviendra cardinal et incarnera ce que l'on va appeler la troisième voie : Jean Marie Lustiger, son mauvais caractère, ses intuitions fulgurantes, sa volonté de donner un visage conciliaire à la "droite" catholique (pour reprendre le mot de Congar). Jean Marie Lustiger, ami personnel de Jean Paul II, qui tentera de réaliser en France le programme du pape slave.

Cette troisième voie a le vent en poupe. Membre de la Congrégation des évêques à Rome, Jean Marie Lustiger pèse de tout son poids pour faire nommer ses poulains à la tête des diocèses français. Les résultats sont parfois contrastés : quel rapport entre Maurice de Germigny et Albert Rouet ? Le seul rapport pastoral entre les deux hommes, l'un évêque de Blois, l'autre archevêque de Poitiers, est qu'ils ont été poussés par le cardinal Lustiger. Logiquement, à la mort du cardinal, son successeur désigné, André Vingt-trois devient archevêque, cardinal et aussi patron des évêques français. La troisième voie semble à son maximum de rayonnement.

Las... Certains symptômes semblent indiquer que cette troisième voie marque le pas. Le "second souffle de Vatican II" comme disait Mgr Defois semble lui-même en quête du troisième. Particulièrement préoccupant est le nombre sans cesse en diminution des séminaristes, en France et particulièrement à Paris. Le cardinal Lustiger était parvenu à doubler ce nombre, en entretenant quelque 100 candidats au sacerdoce dans son diocèse. Aujourd'hui, le séminaire de Paris est revenu au niveau où il se trouvait au moment où le cardinal Marty a lâché les commandes. Et même - c'est symbolique - sans doute un peu en dessous. "La crise nous a rejoint" reconnaît désormais le cardinal Vingt-trois, adepte du parler vrai.

Qu'est-ce qui marche dans l'Eglise de France ? telle est sans doute la question que l'on doit se poser. De plus en plus nombreux sont les évêques qui s'intéressent à l'expérience de Toulon. Mgr Rey est aujourd'hui à la tête du plus important séminaire français, le séminaire de la Castille. Quelles sont les raisons de son succès ? comment caractériser ce qui pourrait bien être la voie de l'avenir, la quatrième voie ?

De deux manières : Mgr Rey n'entretient aucune animosité vis-à-vis des traditionalistes de son diocèse. il accueille même des séminaristes qui se forment dans le rite extraordinaire, ne leur demandant au fond qu'une chose : accepter de travailler, en plein respect, avec d'autres composantes de l'Eglise.

Mgr Rey, ancien de l'Emmanuel, jadis curé de la Trinité à Paris, croit aux communautés nouvelles. Il pense que l'Eglise a besoin de leur feu, que la société déchristianisé et a-religieuse dans laquelle nous vivons a besoin de missionnaires qui se sont réchauffés le coeur à des foyers ardents. Les communautés brésiliennes qu'il a accueillies dans son diocèse constituent le symbole de ce feu nouveau, qui donne un nouvel élan aux paroisses, une nouvelle souplesse aux vieux tissus de chrétienté.

En quoi cela nous concerne ? diront sans doute quelques traditionalistes inquiets du tour que prend mon analyse. Cela nous touche de très près.

Je crois que le péché de la troisième voie (ce qui aujourd'hui fait sa limite), c'est d'avoir misé uniquement sur une normalité paroissiale pour revivifier le tissu ecclésial. Normalité ? je veux dire : une liturgie standard. Une doctrine sûre mais jamais inquiétante ("Vouloir rassurer, c'est toujours contribuer au pire" écrit quelque part René Girard). Un catéchisme qui, comme l'explique l'affiche publicitaire, "ouvre des pistes" pour les jeunes. Une théologie qui hésite devant toutes formes de synthèse et pratique surtout le commentaire de texte, à l'image de ce que proposa jadis le Père de Lubac. Tout cela semble compatible avec le cadre paroissial dans sa diversité. Est-ce suffisant pour transmettre ? pour donner envie de transmettre ? pour faire des prêtres ?

Qu'est-ce que la "quatrième voie", incarné en ce moment par Mgr Rey ? Avant tout la prise de conscience de cette insuffisance et l'appel pour y pallier à la liberté des enfants de Dieu. De tous les enfants de Dieu, en particulier des traditionalistes. L'appel à jouer chacun avec ferveur sa partition dans la symphonie ecclésiale. Sans doute faut-il aujourd'hui cet élan symphonique des fidèles et cette confiance paternelle des évêques pour qu'un nouveau monde puisse naître sur nos ruines.

Surtout ne rien édulcorer. Donner. C'est pour l'Eglise.

[Abbé G. de Tanoüarn, ibp] Pilpoul sur la légitimité de la messe

SOURCE - abbé Guillaume de Tanoüarn, ibp - 10 décembre 2008

Austremoine me fait l'honneur de revenir sur une vieille polémique, qu'avait accueillie le Forum Catholique il y a un an et demi : la messe dite de Paul VI est-elle un rite catholique légitime ? Il me reproche de le penser et de l'écrire.

Beaucoup de polémiques autour de cette légitimité ! Lorsqu'on aborde des questions brûlantes, en changeant un mot dans la tradition orale de la mouvance traditionnelle, on est immédiatement accusé de trahison. comme s'il y avait une sorte d'infaillibilité verbatim des analyses faites depuis 40 ans. Le recul du temps permet je l'espère de revenir sur ce sujet, sans soupçonner personne de se mettre trente deniers dans la poche.

Austremoine a choisi le site Christus imperat, et non as LPL, pour proposer une définition de la légitimité, qui lui permet de prouver sans coup férir que le NOM ne saurait être légitime. S'appuyant sur la définition d'un Dictionnaire des noms communs qu'il comprend mal, il veut nous imposer l'idée que légitime signifie juste : "On inclut donc ici une condition morale se rapportant à la vertu de justice. C'est cette notion qui définit principalement le concept de légitimité".

Cette équivalence entre la légitimité et la justice morale (ou encore, Maître T, entre la légitimité et le bien) n'a strictement aucun sens.

Je ne vais pas faire la chasse au dictionnaire ; l'usage en matière de langue me semble la règle suprême. Que dit l'usage ?

Voici deux exemples : il est évident qu'un mariage légitime (selon le droit humain ou ce droit de Dieu qu'est le droit sacramentel) n'est pas forcément un mariage juste (au sein duquel les deux époux trouvent leur juste place). Innombrable production littéraire sur la question. Deuxième exemple : il est évident qu'un régime légitime, c'est-à-dire conforme au droit fondamental, n'est pas forcément pour autant un bon régime ou un régime juste. Tout dépend des conditions dans lesquelles s'exerce ce pouvoir légitime.

Je voudrais prendre un troisième exemple où le mot "légitime" est pris en dehors de son registre (qui est celui du droit), dans un sens qui, ne lui étant pas propre, est indéniablement un sens figuré : "Après une matinée d'efforts, une bonne sieste est bien légitime". Pas l'ombre d'un droit, d'une loi ou d'une justice engagés dans cette expression. On veut simplement dire que dans de telles conditions une méridienne n'est pas reprochable.

Il est évident que dans un domaine aussi pointu que celui de la liturgie, je n'ai pas seulement songé à employer le mot "légitime" dans un sens figuré. J'étais au contraire en quête d'un terme propre qui désigne une dimension que la simple légalité formelle ne suffise pas à décrire.
J'ai beaucoup écrit sur ce sujet. Je ne me suis pas contenté de l'exemple de la loi sur l'avortement que cite mon contradicteur. Austremoine, dont les archives sont bien tenues, semble oublier l'essentiel de mon raisonnement.

Je disais que le droit positif ne suffit pas à embrasser le domaine des règlements liturgiques fondamentaux. Le pape ayant droit sur la liturgie (Justin Petipeu m'avait contesté ce point. Il semble être revenu aux positions de tout le monde sur cette question), il peut, comme souverain pontife, légitimement la modifier sans avoir, en droit, à consulter quelque corps électoral que ce soit. Ce droit n'est pas un droit humain mais un droit divin, lié au Munus sanctificandi et à la plenitudo potestatis qui est celle du pape en ce domaine. La promulgation d'une liturgie nouvelle relève de ce droit, qui introduit non une simple légalité moralement critiquable, mais une légitimité du rite, devenu de plein droit, malgré ses défauts, l'expression de la lex orandi dans l'Eglise catholique.

On me dit : vous ne pourrez plus critiquer ce rite. Vous serez obligé de le célébrer.

Non. La légitimité ne signifie pas la bonté. la légitimité d'un acte signifie sa conformité intrinsèque à un droit fondamental (et en ce sens, en ce sens seulement) à la Justice en tant qu'elle est la mise en oeuvre de ce droit.

Je vais prendre un autre exemple : il est légitime que des parents ne baptisent pas leurs enfants et personne n'a le droit de les y obliger. Cela ne signifie pas que cette abstention soit une bonne chose ou qu'elle puisse être exemptée de toutes critiques, évidemment.

Je crois que la légitimité, dans les trois exemples propres que j'ai donnés, n'implique aucune forme d'approbation. En revanche, elle exige, de celui qui doit la reconnaître, le respect. Un roi légitime, même mauvais, est respectable en tant que légitime etc. Ce que j'ai voulu montrer, c'est que la messe nouvelle, malgré ses défauts, en tant qu'elle est légitime, exige de notre part le respect (pas un respect approbateur, pas un respect affectueux, mais simplement un juste respect), parce que nous sommes catholiques et dans la mesure où nous le sommes.

Quelle est la différence entre légitimité et légalité ? La légalité concerne la loi humaine. Elle représente donc toujours au mieux un compromis entre le droit et le fait. Ce compromis peut susciter le plus parfait mépris, comme dans le cas de la loi autorisant l'avortement avant douze semaines (je ne parle pas d'un mépris pour les personnes en détresse mais d'un mépris pour les législateurs en quête de voix).

La légitimité concerne une loi ou un droit qui dépassent l'individu. Elle nous fait sortir, au moins momentanément, de toute appréciation subjective comme de tout jugement personnel pour requérir de notre part le respect d'un principe (en l'occurrence la plenitudo potestatis papae). Et peu importe que la loi ait été brutalement promulguée, n'en déplaise à notre cher abbé Aulagnier, si cette promulgation est légitime. Il ne faut pas confondre la portée d'une loi avec les conditions concrètes de son élaboration ou de sa mise en application !

Ce qui compte, lorsque se multiplient les observations les plus contradictoires et les plus déroutantes sur un sujet donné, c'est d'être capable de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain, de ne pas abandonner le principe parce que son application est difficile. C'est la situation de Job, qui maintient contre vents et marées, la légitimité de l'ordre divin qu'il ne comprend pas lui-même, malgré les leçons moralisatrices de ses amis...

Austremoine, permettez-moi enfin un message personnel, au-delà de ces distinctions sémantiques. Je crois que vous prenez un peu vos désirs pour des réalités, en m'imputant je ne sais quelle trahison qui n'existe que dans ce que vous voyez comme votre intérêt actuel. A moins que vous ne soyez déjà en train de justifier la non-réception d'un papier qui vaut un million.
Disons les choses de la manière la plus haute et la plus claire : l'accord que l'Institut du Bon Pasteur a signé avec Rome (et que vous voulez vous donner le droit de refuser de signer) ne nous empêche pas de penser et d'écrire que le rite de Paul VI transmet mal aux fidèles le Mysterium fidei dont il est chargé et que l'Eglise souffre chaque jour dans ses chairs exsangues, des équivoques de ce rite qui avait été pensé pour être le rite de tous les chrétiens, quelle que soit leur conception du sacrement et du sacrifice.

Je suis convaincu que tant que l'Eglise ne redira pas clairement le caractère propitiatoire (ou simplement : réel) de son sacrifice, dans le monde a-religieux qui est le nôtre, la crise de la pratique religieuse continuera et le désert spirituel s'étendra.

9 décembre 2008

[La Croix] Le cardinal Canizares chargé à Rome de la liturgie

SOURCE - la Croix - 9 décembre 2008

En Espagne, on le surnomme le « petit Ratzinger », pour souligner sa proximité intellectuelle et théologique avec le pape actuel. Et de fait ce dernier vient de le nommer à Rome pour s’occuper de la liturgie, l’un des axes prioritaires de son pontificat.

À 63 ans, le cardinal Antonio Canizares Llovera, jusqu’ici archevêque de Tolède, est donc depuis hier le préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, où il remplace le cardinal Francis Arinze, qui avait présenté sa démission pour raison d’âge.

Les deux hommes, le pape et le cardinal espagnol se sont bien connus à la Congrégation pour la doctrine de la foi, dont l’archevêque de Tolède était membre. Comme il est membre aussi de la Commission pontificale Ecclesia Dei, qui s’occupe des rapports avec les traditionalistes catholiques. Benoît XVI a donc choisi une personnalité en laquelle il a toute confiance, pour mettre en place une conception de la liturgie qu’il veut plus en continuité avec la tradition de l’Église.

Un rôle de premier plan dans la lutte contre la politique Zapatero

Né à Utiel, près de Valence, le 15 octobre 1945, le cardinal espagnol a fait une thèse de théologie à Salamanque. Ordonné en 1970, il fut nommé par Jean-Paul II évêque d’Avila, en 1992, puis de Grenade en 1996. Très actif, il a créé dans cette ville des œuvres sociales importantes, comme une fondation pour les chômeurs ou une fondation pour les toxicomanes. Il a aussi rénové les structures du séminaire, et promu la construction de nouvelles églises. En 2002, Jean-Paul II le nomme archevêque métropolite de Tolède et primat d’Espagne.

Le cardinal Canizares est depuis 2005 vice-président de la Conférence épiscopale, et joue un rôle de premier plan dans la lutte de l’Église espagnole contre la politique du gouvernement du socialiste José Luis Zapatero en matière de législation familiale et bioéthique. C’est lui qui monte au créneau pour défendre le mariage et refuser un contrat entre personnes de même sexe, tout comme il se montre très attentif à la situation de l’enseignement catholique.

Ces derniers jours encore, on l’a entendu s’élever publiquement contre un jugement du tribunal de Valladolid visant à enlever le crucifix des salles de classe : « Il y a une christophobie en action, qui se présente comme une maladie sociale », a-t-il alors déclaré. Benoît XVI l’avait créé cardinal lors du consistoire du 24 mars 2006.

Le cardinal Arinze, l’un des rares Africains en poste de responsabilité à Rome, quitte donc, à 76 ans, la Congrégation où il avait été nommé par Jean-Paul II en 2002. Ce Nigérian avait d’abord été appelé à Rome en 1985, pour être président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux.

Isabelle DE GAULMYN, à Rome

[Paix Liturgique] Ni dhimmitude ni syndrome de Stockholm: des précisions sur la communication de Paix Liturgique

SOURCE - Letrre 155 de Paix Liturgique - 8 décembre 2008

Il n’est pas rare que nous recevions des courriers d’abonnés à la lettre électronique de Paix Liturgique qui nous reprochent de faire la publicité de telle ou telle célébration. Nous publions aujourd’hui quelques extraits de ces lettres.

Ces témoignages sont révélateurs de la pression ecclésiastique qui pèse sur ces familles qui entreprennent des démarches dans leurs paroisses pour que soit appliqué le Motu Proprio de Benoît XVI. Ils en disent également long sur les pressions psychologiques et le chantage lamentable auxquels certains clercs n’hésitent pas à se prêter.

Tout cela n’est pas innocent et participe d’une réaction concertée de bon nombre d'autorités et de prêtres pour qui la négation de la demande des fidèles attachés à la messe traditionnelle ou sa marginalisation est un travail de chaque jour. Ainsi ils pourront continuer d’affirmer : « il n’y a pas de demande » ou ses variantes « la demande qui s’est manifestée n’est pas une vraie demande », « il y a peut-être quelques familles mais la forme de la demande n’est pas acceptable, je ne ferai rien » ou encore « qui me dit que cette demande qui a l’apparence d’une vraie demande n’est pas en réalité une manipulation ? »
L'on voit ensuite comment il sera facile aux bonimenteurs et aux manipulateurs d'affirmer dans tel ou tel publication officieuse ou officielle de l’épiscopat français qu'il faut bien garder à l'esprit que les demandes sont très rares « car la plus grande part des fidèles sont tout à fait satisfaits de la situation actuelle dans leurs paroisses… »
Ce discours incantatoire n'est pas sans nous rappeler le panorama décrit dans l'excellent ouvrage d'Henri Amouroux "1944 : 40 millions de Pétainistes", et nous permet d'en mesurer les limites… Vous connaissez la suite…

Extraits du message 1

"…Nous tenions à vous faire connaître l'évolution de notre demande de célébration « Extra » dans notre paroisse. Si Dieu veut, notre curé acceptera de tenter une expérience en janvier mais il nous a prévenu que celle-ci ne devait faire l'objet d'aucune publicité ni au niveau du diocèse, ni dans la presse, ni bien sûr dans la lettre de " Paix Liturgique "..."

Extraits du message 2

"…Nous dînions lundi dernier avec notre curé qui nous a redit combien il avait été offusqué que la presse se soit faite l'écho de notre messe d'octobre. Bien que nous ayons insisté sur le fait que nous n'y pouvions rien, il nous a demandé de faire notre possible pour que cela ne se renouvelle pas car cela fragilise sa position car nous a-t-il rappelé, " nous n'avons pas que des amis dans le diocèse " …"

Extraits du message 3

"…Peut-être sans le savoir, vous venez de nous mettre dans une situation catastrophique : en effet vous avez annoncé dans votre lettre de Paix Liturgique la messe qui s'est déroulée dimanche dernier dans notre église. Le curé nous a immédiatement fait savoir que si cela se reproduisait, il cesserait toute relation avec nous et surtout toute célébration de la forme extraordinaire… Si vous saviez combien il nous a été difficile d'obtenir la mise en place de cette messe mensuelle, vous n'auriez pas agi avec tant de légèreté ! Pourtant je crois savoir que Mr X. vous avait fait savoir notre désir de conserver un caractère d'entière discrétion sur la situation de notre paroisse. J'ose espérer que vous cesserez dans l'avenir toute communication à notre sujet et je souhaiterais que vous présentiez vos excuses au Père X. qui nous l'espérons, acceptera de poursuivre avec nous l'expérience engagée…"

Extraits du message 4

« Il est facile de critiquer dans une lettre électronique l’horaire tardif d’une célébration dominicale de la forme extraordinaire du rite romain mais imaginez un peu quelles peuvent en être les conséquences. Notre célébration est le fruit de longues discussions et de nombreuses concessions, vous n’avez pas le droit d’en parler sans nous consulter préalablement, vous fragilisez nos démarches… »

Extraits du message 5

" ...De toute façon il faut pour l'heure entourer d'un grand silence les célébrations que nous pouvons obtenir dans notre diocèse... Les prêtres qui acceptent de célébrer ces messes "Extraordinaires" subissent des pressions terribles et risquent, plus souvent que vous ne semblez le croire, leur carrière, pire leur avenir ! Aussi, mieux vaut prendre le risque de ne pas annoncer aux fidèles ces célébrations et que ceux qui y participent ne soient que de petits noyaux, plutôt que de voir disparaître ces célébrations quelquefois presque clandestines..."

REFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1 – Ce type de courriers n’est pas isolé et va croissant au fur et à mesure des nouvelles mises en place de célébrations selon la forme extraordinaire.
Ces lettres dénotent d'une bien odieuse situation : les fidèles qui osent demander une célébration selon la forme " extraordinaire" sont bien souvent pris en otage : « Soit vous vous soumettez et acceptez tout ce qu’on vous dit, soit c'est fini ». « A vous de choisir ! »

Curieuse conception de la « participation des fidèles » dont on avait cru comprendre, à force de l’entendre dans nos paroisses, qu’il s’agissait d’un fruit du Concile… Sans doute finalement rien d’autre qu’une hypocrisie de plus…
Quelle honte que des hommes qui se disent chrétiens et prêtres de Jésus-Christ osent tenir un pareil langage comme si ce que leur demandent les rares fidèles qui osent le faire, était une demande indigne ou honteuse et qu'il ne s'agissait pas d'œuvrer à la Paix et à la réconciliation comme nous y a invité le Saint-Père ?
Quelle honte pour des hommes de Dieu de se prêter à un chantage aussi odieux.
On aimerait bien savoir en quoi le fait de simplement annoncer un horaire de célébration (annoncé nulle part par ailleurs ou d'une manière illisible pour le simple fidèle) ou le fait de dire qu’une messe dominicale à 8 h ou à 13 heures n’est pas praticable de manière habituelle pour des familles est une provocation de Paix Liturgique sanctionnable par l’arrêt de la célébration concernée.

2 - Mais l'audace de ces méchants elle-même nous interpelle.

Pourquoi des hommes de Dieu se comporteraient-ils ainsi ?
En effet ceux qui veulent le bien des âmes ne brandissent pas les foudres et les menaces. Ils agissent dans la paix et la Charité et si tout se passe bien, ils sont dans la joie. Même s’ils sont rares en pratique, les prêtres qui ont œuvré dans ce sens, comme à Saint-Yriex ou à Coligny, savent que dans la charité et la concertation les choses évoluent sans heurts et dans la paix.

Alors, pourquoi ceux qui brandissent ces foudres et ces menaces le font-ils ?
Une explication est peut-être qu'ils ont peur. En effet, après avoir dit que les fidèles attachés à la messe traditionnelle n'existaient pas ou étaient "ultra minoritaires", il leur est probablement impossible d’admettre que la demande, dans leur propre paroisse, est importante, voire comme à Saint-Germain en Laye ou à Sainte-Jeanne-d'Arc de Versailles extrêmement importante (et pas satisfaite) ?

Une autre explication est de mettre en oeuvre ainsi un moyen très déloyal de faire capoter l'expérience : si personne ne parle de la célébration, le petit nombre des fidèles qui y assistera pourra justifier l’arrêt de la célébration elle-même au titre que cette célébration ne se justifierait pas .... Si cette messe est annoncée dans la lettre de Paix Liturgique et se fait ainsi connaître, on arrêtera tout autant l’expérience en raison de la « provocation » de Paix Liturgique.

Procédé déloyal Consternant !

3 - Dans tous les cas, cela entraîne des situations horribles où des fidèles sont obligés de se soumettre comme des Dhimmis à la loi et aux menaces des plus forts.

Cela provoque également parfois chez des fidèles pieux et obéissants un véritable syndrome de Stockholm, une situation dans laquelle les fidèles sont obligés de devenir les complices de leurs persécuteurs par peur de perdre les modestes miettes qui leur sont concédées. Dans tous les cas, cela empêche que la soi-disant expérience soit lisible et concluante.

Ainsi, il sera aisé de dire ensuite, comme nous l'avons déjà entendu trop souvent, la variante de : " Vous avez vu, j'ai accepté de célébrer le jeudi à 8 h 15 une messe "Ad experimentum" et l'assistance n'était pas très nombreuse : votre demande est-elle bien réelle?"


4 - Le Motu Proprio Summorum Pontificum a rappelé que la messe traditionnelle n'avait jamais été interdite et qu'il est légitime que des fidèles souhaitent vivre leur foi catholique à son rythme.
Le Motu Proprio Summorum Pontificum dit très clairement que les curés et les évêques doivent agir comme des pasteurs pour satisfaire ces demandes légitimes notamment pour œuvrer à la réconciliation.
Mais voilà, le Saint-Père a prévu que dans deux ans, nos pasteurs devront présenter un bilan de la mise en œuvre du Motu Proprio dans leurs diocèses… et pour certains idéologues, il est vital de pouvoir affirmer : " Chez nous, tout va bien, il n'y pas de demande ni de motifs à appliquer plus qu'aujourd'hui - c'est-à-dire souvent rien ou presque rien - les possibilités du Motu Proprio Summorum Pontificum ".


5 - Alors il nous faut être très clair au sujet de la politique de communication de l'association pour la Paix Liturgique et la réconciliation.

Si nous ne voulons en rien interférer dans les discussions locales, nous n'accepterons jamais de ne pas annoncer les célébrations qui sont accordées.
Nous n’accepterons jamais de renoncer à notre liberté d’enfants de Dieu et de nous soumettre à des chantages indignes.

L’annonce systématique des applications du Motu Proprio dont nous avons connaissance répond à notre objectif d’informer le plus possible de personnes afin que les fidèles qui seraient intéressées par celle-ci puissent y participer.

Ainsi, quelles que soient les promesses de silence arrachées aux responsables de groupes de demandeurs, qu'il soit bien clair que jamais ces promesses n’engageront la parole des autres fidèles locaux associés à leurs demandes…

AUSSI QUE CEUX QUI LES MENACENT LE SACHENT : ILS NE POURRONT PAS VOUS ENGAGER A TENIR SECRETES LES CELEBRATIONS QUI SERONT JUSTEMENT ACCORDEES ET PAIX LITURGIQUE ANNONCERA TOUTES LES CELEBRATIONS QUI SERONT ACCORDEES ET PARTICULIEREMENT TOUTES CELLES QUI NE SONT PAS CELEBREES CHAQUE DIMANCHE ET FETES OU ACCORDEES OCCASIONNELLEMENT .

Nous ne croyons pas nuire ainsi à ceux qui agissent pour la paix dans leurs paroisses, car tout en remplissant son rôle légitime d'information, Paix Liturgique concoure ainsi à les protéger contre d'éventuelles pressions tout à fait inacceptables.

8 décembre 2008

[Aletheia n°134] Gilbert Callet, le passeur - par Yves Chiron

Aletheia n°134 - 8 décembre 2008
Cette année de Terminale, je l’avais attendue avec impatience depuis la classe de Seconde, époque à laquelle j’étais devenu élève au Collège Saint-Pierre, à Lille. Quand j’avais vu qu’une matière appelée « philosophie » était réservée aux élèves de terminale, j’avais regretté de devoir attendre deux années avant de la découvrir. En cette classe de Seconde, c’est la littérature que j’ai commencé à comprendre avec Mademoiselle Danvin. Elle allait devenir, un an plus tard, Madame Callet, l’épouse du professeur de philosophie.
Entré en classe de Seconde à quatorze ans, j’étais déjà un grand lecteur, mais un lecteur désordonné et peu au fait de ce que pouvait être la vraie littérature. Mes auteurs favoris avaient été jusque-là Gilbert Cesbron, Guy des Cars et Hervé Bazin, c’est dire… En Seconde, inoubliable fut la première étude d’une œuvre complète : Madame Bovary. Ce fut une révélation. Mademoiselle Danvin nous apprenait à lire une œuvre, à découvrir la construction des chapitres, à déchiffrer un style. La lecture des passages qu’elle faisait à haute voix donnait de la chair aux personnages, de la réalité aux paysages et aux objets. Le roman n’était plus une suite de pages écrites mais un monde contenu dans des mots agencés . D’autres études allaient suivre, tout aussi grisantes, celle du Père Goriot notamment.
Les heures de grande lecture solitaire sont restées parmi les plus belles de cette année. Je passais mon temps dans les bibliothèques, curieux de tout : littérature, histoire et bientôt philosophie. C’est en Seconde – je ne sais plus comment – que j’ai découvert Nietzsche. J’ai acheté et lu Ainsi parlait Zarathoustra durant cette année 1975. Le livre, que j’ai conservé, porte, d’une écriture encore enfantine, mon nom, la date et les annotations nombreuses que je mis en marge. En pleine crise existentielle et spirituelle, ce n’est pas tant le thème du « Surhomme » qui me fascina que la critique nietzschéenne de la morale et du christianisme. Nietzsche me conforta dans mon éloignement affirmé de la pratique religieuse.
En cet été de 1975, j’étais inscrit, pour la dernière fois, dans un camp d’adolescents. Avant de partir, j’avais acheté un deuxième livre de Nietzsche, Aurore, livre apparemment plus accessible que le premier puisque composé de 575 « Pensées », plus ou moins développées. Ce livre m’accompagna tout le mois d’août, comme une sorte de bréviaire secret. C’est durant ces semaines aussi que je rencontrais celle qui allait devenir un jour mon épouse. « Il y a tant d’aurores qui n’ont pas encore lui », avait mis en exergue Nietzsche. Les promesses de l’avenir semblaient infinies.
La classe de Première, 1975-1976, fut tout emplie de littérature et de Nietzsche, toujours. Je courais au Goethe Institut pour lire tout ce que je pouvais trouver sur mon « maître ». Cette année de Première fut aussi celle où je découvris la « Révolution », du moins ce que j’en comprenais. Ce mythe s’accordait bien avec le bouillon (et le brouillon) intellectuel et spirituel qui m’habitait. On a raison de se révolter disait le titre d’un livre de Sartre et de Philippe Gavi que je découvris comme un évangile. Ils y faisaient la théorie des révoltes gauchistes, alors nombreuses. Je commençais aussi à fréquenter une librairie maoïste installée dans le quartier de Wazemmes, le quartier pauvre de Lille. A quinze ans, j’y achetai Le Petit livre rouge. Au lieu d’un manuel de Révolution, je découvris un recueil de « Citations » – incompréhensibles – du Président Mao Tse toung. Néanmoins, je me croyais devenu nietzschéen et maoïste… Cette curieuse association tenait autant de la posture que de la réflexion. Quand Mao mourra, en septembre 1976, la Mairie de Lille, socialiste, dirigée par Pierre Mauroy – futur premier ministre –, organisera une sorte d’exposition et ouvrira un livre de condoléances où les citoyens de Lille étaient invités à exprimer leur tristesse et leur admiration pour le « Grand Timonier ». Je crois bien, adolescent ignorantin, avoir mis quelques mots et ma signature.
C’est donc armé de certitudes, et d’une prétention – ridicule – d’être plus avancé que mes camarades, que je vis enfin arriver l’année de philosophie. J’allais bientôt avoir seize ans quand j’entrais dans la classe de Gilbert Callet. Son allure massive et toujours pressée m’était familière depuis deux ans déjà, mais j’ignorais tout de son art d’enseigner.
Fut-il un maître, au sens où il aurait dispensé une doctrine qui aurait rallié des disciplines ou des imitateurs ? Non. Bien qu’ancré dans des convictions politiques et religieuses, que ses élèves découvraient rapidement, il ne les imposait pas comme une clef de lecture immédiate. Il fut – et il reste – un prodigieux éveilleur et un passeur.
Son cours, qui alliait enseignement magistral, questionnement incessant et digressions parfois sans fin, fut pour moi un révélateur et le début d’un métanoïa. La première notion de philosophie dont je lui suis redevable est la distinction entre la doxa (l’opinion, la croyance) et la vérité, qui est d’un autre ordre. Mon premier devoir de philosophie fut, à cet égard, une humiliation. Le sujet en était, je crois, « L’inhumain existe-t-il ? ». Je l’avais traité dans une sous-prose journalistique, avec force références à l’actualité (les massacres d’Idi Amin Dada, etc.). La note et la correction me montrèrent que je n’avais pas encore compris ce qu’est la philosophie. L’étude de l’Apologie de Socrate et la présentation du philosophe comme « accoucheur des esprits » me montrèrent alors quelles voies devait prendre la réflexion.
En parallèle à son cours, Gilbert Callet demandait à ses élèves de lire et de résumer des œuvres. C’est ainsi qu’à seize ans j’ai découvert Maurras (Mes idées politiques) et Julien Freund (Qu’est-ce que la politique ?). Du premier, j’ai retenu alors un mépris entier pour la démocratie et du second la distinction nécessaire entre la force et la violence. Bien évidemment, ces premières approches ne suffisent pas à caractériser l’ampleur de deux pensées politiques, contradictoires sur certains points (je ne le découvrirais que plus tard). En tout cas, ces auteurs ont mis par terre, sans rencontrer de résistance, mon maoïsme irréfléchi.
La bibliothèque de la classe de philosophie, que M. Callet ouvrait tous les jours, était riche et diverse. J’y ai découvert l’histoire de la philosophie à travers le gros volume de Thonnard ; j’en ai sorti successivement tous les Gustave Thibon disponibles, l’Utopie de Thomas Molnar et son livre sur la contre-révolution, beaucoup d’autres ouvrages. Avec Gilbert Callet, le cours de philosophie était une porte ouverte, une invitation à prolonger la réflexion et la recherche.
Le génie de Gilbert Callet était aussi dans la digression. Il empruntait volontiers des chemins de traverse et s’écartait de la route de son cours sans état d’âme pour nous parler d’un livre, d’un article, d’un fait de société. Pour plusieurs générations d’élèves , il fut un formidable éveilleur et découvreur. Son cours n’était jamais banal ou fastidieux. Plutôt une source abondante, d’où coulaient de la chaleur et de l’enthousiasme. Il acceptait volontiers les questions ou les débats, les suscitant même. Rien donc d’un enseignement monolithique imposé à des élèves réduits à l’absorption silencieuse. Un jour – je ne sais plus à quel propos –, il nous a fait écouter en classe une cassette sur laquelle il avait enregistré, au Kenya il me semble, de longs rugissements de lion. Je n’ai plus aucune idée du sujet qui l’avait amené à nous faire écouter cela, mais le fait, en lui-même, témoignait des libertés que lui, homme d’ordre et de tradition, s’autorisait.
Aux digressions loin du programme s’ajoutaient souvent, après le cours, des conversations avec quelques élèves et le prêt de revues et de journaux divers. C’est Gilbert Callet qui m’a fait découvrir la presse catholique traditionnelle ou traditionaliste. C’est par lui que j’ai découvert L’Homme nouveau, Itinéraires, Jean Madiran, l’abbé de Nantes, les Congrès de Lausanne.
A quelques semaines du baccalauréat, en juin 1977, sans doute sur les conseils de Gilbert Callet et suite à la question de la métaphysique abordée en cours, j’ai acheté le premier volume de la Somme théologique de saint Thomas d’Aquin, en édition bilingue. Peu d’années plus tard, mon directeur spirituel de l’époque, le P. de Margerie, me conseillera de lire une question de la Somme tous les jours. Je n’ai pas été longtemps fidèle à ce conseil, mais je n’ai guère cessé la lecture de saint Thomas jusqu’à aujourd’hui, même s’il y eut de longues éclipses. Cette lecture et d’autres ont progressivement rectifié et ordonné mon esprit.
Le 15 que j’ai obtenu au baccalauréat de philosophie a alors incité Gilbert Callet à me suggérer de faire des études de philosophie. Mais j’avais déjà choisi l’histoire, et bien que m’aventurant plus tard, un moment, vers la théologie, c’est à l’histoire que je suis resté fidèle, avec un goût particulier pour l’histoire des idées et l’histoire religieuse.
Par nature j’étais, et reste, plus sensible à la vérité historienne qu’à la vérité philosophique ; plus apte à connaître et à discerner qu’à déployer une recherche spéculative. C’est à titre de curiosité que, durant mes études d’histoire, j’allais suivre, une année durant, en 1981-1982, le séminaire de Pierre Boutang à la Sorbonne, séminaire intitulé : « Recherche sur l’origine » ; puis, l’année suivante, au Centre Sèvres, le grand commentaire de la Phénoménologie de l’esprit par le jésuite hégélien Labarrière. Si la froide activité spéculative de P-J. qui je suis resté en relations jusqu’à sa mort, j’ai été plus sensible à sa quête du sens politique qu’à sa recherche métaphysique. Mais le feu d’artifice de ses cours restera un souvenir inoubliable.
Le sentiment qui m’anime, quand je songe à l’année de philosophie passée avec Gilbert Callet, c’est donc, d’abord, un sentiment de gratitude. Il a été à l’origine d’un questionnement qui a trouvé son accomplissement. Nous sommes restés en relations régulières. Il a continué d’être ce passeur qui fait découvrir ses passions successives : le penseur autodidacte Jean Coulonval, le philosophe inspiré Jean-G. Bardet, l’autre autodidacte Fernand Crombette (1880-1970), le créationniste, auteur d’une œuvre scientifique et historique considérable et controversée.
Mais Gilbert Callet n’a jamais cherché à imposer ses engouements. Ses anciens élèves formeraient sans doute une réunion curieuse et hétéroclite, tant ils sont engagés professionnellement, intellectuellement et spirituellement, dans des voies diverses. Beaucoup, en revanche, reconnaîtraient certainement lui devoir une certaine ouverture d’esprit et un goût pour la recherche du vrai et du bien.
Un regret : qu’il publie peu. Quand tant d’essais, souvent creux, encombrent les librairies, on aimerait voir un livre de Gilbert Callet. On y trouverait, ce que ses articles révèlent déjà, une pensée affranchie des stéréotypes, une pensée qui ne nie ni la liberté ni la vérité, une pensée vivante et pérégrine.

Ce texte vient de paraître dans le recueil Portraits de maîtres. Les profs de philo vus par leurs élèves, sous la direction de Jean-Marc Joubert et Gilbert Pons, CNRS Éditions, 394 pages, 25 euros.
L’ouvrage rassemble 66 contributions : Claude Rousseau y évoque Raymond Polin, Laurence Varaut Pierre Boutang, Chantal Delsol Julien Freund, Édouard Husson Claude Tresmontant, Félix Perez Michel Henry, Mazarine Pingeot Pierre Magnard et Jean-Marc Mouillie, etc.
On aurait pu trouver, dans ce recueil, bien d’autres évocations de professeurs de philosophie qui ont marqué durablement leurs élèves de Terminale : Jean Arfel à Maslacq, Thérèse Lacour en Avignon, Jean Borella à Nanc et d’autres.




[Aletheia n°134] Michel De Jaeghere - Ite Missa Est

Aletheia n°134 - 8 décembre 2008
Renaissance catholique
89 rue Pierre Brossolette
92130 Issy-les-Moulineaux
150 pages, 12 euros

Michel De Jaeghere s’est imposé, au fil de son activité professionnelle (il dirige les beaux Hors série du Figaro qu’il a créés en 2001), de son engagement à Renaissance catholique et de ses livres ou contributions, comme un combattant catholique pertinent.
Sa dernière œuvre est un régal. C’est une pièce de théâtre qui met en scène, principalement, un évêque, Mgr Gallorme, et un vieux prêtre, l’abbé Dubost. Ce sont non pas deux Églises qui s’opposent à travers eux mais deux visions de l’Église et deux conceptions de la foi.
Le personnage, fictif, de Mgr Gallorme semble tout inspiré de Mgr Gaillot, quand à l’humble curé Dubost il rappelle l’abbé Sulmont ou d’autres de ces vaillants prêtres qui ont tenu face à la tempête de la révolution liturgique et de l’aggiornamento pastoral. Pour tous les Gallorme de l’Église, la fidélité à la Tradition, à la messe traditionnelle, la soutane, le latin, le catéchisme par questions et réponses, etc., sont des « abcès de fixation qui minent la communion ecclésiale ».
Peut-on déjà en parler au passé ? Certainement pas. Trop d’évêques en France s’opposent, ouvertement ou sous des motifs sournois, au motu proprio libérateur de Benoît XVI pour qu’on puisse dire que les Gallorme ont disparu. Mais la tendance s’est inversée. Sans qu’il faille s’attendre à un retour en arrière, un dépassement par le haut s’est bel et bien engagé.

7 décembre 2008

[Le Nouvel Obs] Le jour du Seigneur

SOURCE - Le Nouvel Obs - 6 décembre 2008

EXTRAIT

[...] La messe se déroule à l'époque en studio, rue Cognacq-Jay, sur un autel portable dépliant ! Aujourd'hui, elle est retransmise 58 fois par an, en direct d'une église chaque fois différente, avec un souci de diversité, entre paroisses rurales et urbaines, entre mouvements d'action catholique et communautés monastiques. Avec une place pour la messe en latin, désormais autorisée par le pape Benoît XVI ? La question ne se résume pas à l'usage du latin, mais plutôt à la liturgie (règles fixant le déroulement des actes du culte). Or «les téléspectateurs, dans leur quasi-totalité, souhaitent suivre la messe selon le rite ordinaire - selon saint Paul VI -, celui qui a été établi par le concile Vatican II : face au peuple, et dans la langue du pays», précise Emmanuel Bonnet, responsable de l'unité des programmes «messes télévisées». [...]

Le jour du Seigneur
Durée : 30 minutes
Sous-titrage malentendant (Antiope).
En 16:9

Le sujet
Pour fêter son 60e anniversaire, «Le Jour du Seigneur» présente une collection de quatre documentaires pour célébrer le temps de l'Avent. Chaque volet évoquera un des quatre temps forts de ces soixante dernières années : 1948, 1968, 1998, 2008.

La critique

La plus vieille émission télé de la création. Soixante ans - soit dix de moins que la moyenne d'âge de ses téléspectateurs - que «le Jour du Seigneur» occupe la petite lucarne. Une longévité qui lui vaudrait d'apparaître dans «le Guinness des records», avancent ceux qui travaillent à sa conception. Péché d'orgueil ? Nulle trace dudit programme dans le livre de référence, entre la plus vieille émission de cuisine (1960) et de variétés (1962)... C'est pourtant dès 1948 que l'acte fondateur de l'émission religieuse catholique est posé, telle la première pierre d'une église. La télé n'en est qu'à ses balbutiements. On dénombre tout au plus 5 000 postes à Paris, une chaîne unique, seize heures d'antenne.

Le père Raymond Pichard, un dominicain, assiste à une conférence du secrétaire d'Etat à l'Information François Mitterrand consacrée à ces techniques nouvelles. Le prêtre a une révélation : il faudrait diffuser la messe de minuit ! «On cherchait des programmes pour donner envie aux gens d'acheter des appareils afin d'étendre le marché, note le père Arnaud de Coral, producteur de l'émission via le Comité français de Radio-Télévision (CFRT). La République française laïque n'était pas mécontente. Cette émission a donc participé au lancement de la télévision en France !» Des caméras pénètrent dans le saint des saints de la cathédrale Notre-Dame de Paris, pour une retransmission en direct. C'est un défi technique. Que la caméra tourne est déjà un miracle. Il faut miser plus haut encore : aller voir le pape Pie XII en personne, à Rome. «Nous attendons de la télévision des conséquences de la plus haute portée, par la révélation toujours plus éclatante de la vérité aux intelligences loyales», clame le Saint-Père. Dès 1949, l'émission devient hebdomadaire. Le Comité français de Radio-Télévision (CFRT) est créé dans la foulée. Placé sous la houlette des évêques de France, il produira, jusqu'à aujourd'hui encore, l'émission religieuse. A sa tête, toujours un dominicain, dont l'ordre est connu pour son ouverture sur l'extérieur.

Les voies du Seigneur passeront par le téléviseur. Ce qui n'est pas du goût de tout le monde. Des prêtres craignent que le petit écran détourne leurs brebis de l'église. «Qu'on ne s'imagine pas qu'il suffi se de regarder en simple spectateur. Si vous ne venez pas en chair et en os dans une communauté réelle, vous êtes des voyeurs, vous êtes des spectateurs muets et indifférents. Vous n'êtes pas des chrétiens !», menace un curé en chaire, imprécateur [Cf. «Chaque dimanche... depuis soixante ans», de Jean-René Bouyer, diffusé le 25 décembre, NDLR]. «Quelle est la valeur spirituelle, la validité sacramentelle de la messe quand elle est transmise par une image ?, rappelle Arnaud de Coral. Aujourd'hui, des personnes âgées ne pouvant se rendre à la messe se posent cette question. Dans beaucoup de maisons de retraite et d'hôpitaux, la communion est donc apportée au moment de l'eucharistie télévisée.»

La messe se déroule à l'époque en studio, rue Cognacq-Jay, sur un autel portable dépliant ! Aujourd'hui, elle est retransmise 58 fois par an, en direct d'une église chaque fois différente, avec un souci de diversité, entre paroisses rurales et urbaines, entre mouvements d'action catholique et communautés monastiques. Avec une place pour la messe en latin, désormais autorisée par le pape Benoît XVI ? La question ne se résume pas à l'usage du latin, mais plutôt à la liturgie (règles fixant le déroulement des actes du culte). Or «les téléspectateurs, dans leur quasi-totalité, souhaitent suivre la messe selon le rite ordinaire - selon saint Paul VI -, celui qui a été établi par le concile Vatican II : face au peuple, et dans la langue du pays», précise Emmanuel Bonnet, responsable de l'unité des programmes «messes télévisées».

Une centaine de paroisses se portent candidates chaque année. Le choix est défi ni un an à l'avance. Un million de téléspectateurs suivent cette messe en direct chaque semaine, contre trois millions dans les années 1950 - il y avait moins de téléviseurs, mais plus de croyants... Avec un pic au moment de l'homélie. «Des catholiques vont aller dans leur paroisse le samedi, ou à une autre heure, pour pouvoir entendre d'autres prédicateurs à la télévision», remarque Arnaud de Coral. Certains regardent en différé sur internet. Une Web TV sera même lancée le 15 décembre (lejourduseigneur.com). Temps fort de cette heure et demie de programme, la messe est précédée d'un documentaire de qualité ? [voir les documentaires de Marie Viloin proposés pour cet anniversaire, dont celui consacré cette semaine à l'encyclique «Humanae Vitae» (1968) sur la contraception] et suivie de «la Minute», un retour sur un point liturgique, et de «C'est aussi de l'info», un point d'actu de neuf minutes qui porte «un regard chrétien» sur le monde. La religion à la télévision, certes, mais sur le service public ? La messe est passée sur Antenne 2 lors de la privatisation de TF1, en 1987. «Ca me paraît être un service public si l'on n'a pas une interprétation trop stricte de la laïcité. A partir du moment où l'offre est pluraliste [lire l'encadré]», estime Arnaud de Coral. Il n'empêche que le débat est soulevé à chaque réforme de l'audiovisuel. En 1999, la bataille a été mémorable. Quelque 700 000 signatures sont arrivées dans les locaux de la chaîne, pour protester contre l'éventualité d'une suppression. «Cette pétition est encore dans les mémoires. Les gens sont toujours prêts à se mobiliser, remarque Emmanuel Bonnet. Dans les paroisses, on nous demande où on en est.» Pas loin du statu quo, apparemment. Alors que le président Sarkozy exalte la «laïcité positive», une suppression pure et simple des émissions religieuses aurait été étonnante. L'angoisse est pourtant montée. «Les gens ont fantasmé. Je n'y ai jamais cru !, affirme Laure Baudouin, responsable des émissions religieuses sur France 2. Mais il était question à un moment de basculer sur une autre chaîne du service public.» France 5 ? «C'était une tentation, mais la chaîne n'a pas de couverture nationale. Et toutes ces religions sont lobbyistes. Elles sont intervenues auprès du pouvoir», poursuit-elle. «Le cardinal André Vingt-Trois et monseigneur Di Falco ont agi, précise Arnaud de Coral. Après, l'émission est établie de manière populaire, donc tout le monde se rend à cette évidence.» Selon un sondage «la Croix» de mai 2005, 82% des Français connaissent «le Jour du Seigneur». «On sait que l'homme se pose des questions de fond, estime le producteur. C'est une source spirituelle disponible.» Pour ceux qui croient au Ciel, comme pour ceux qui n'y croient pas.

6 décembre 2008

[Abbé Lorans, fsspx - Présent] Après le pèlerinage du Christ-Roi à Lourdes - L’abbé Lorans, rédacteur en chef de DICI, répond à “Présent”

SOURCE - Présent n°6732 - 6 décembre 2008

FSSPX a pris, cette année, du fait du jubilé, une particulière ampleur. Pouvez-vous nous en préciser la réalité, et la portée ?

— Ce fut sans conteste le rassemblement le plus nombreux jamais organisé par la Fraternité Saint-Pie X, un pèlerinage plus important numériquement que celui de l’Année sainte 2000 à Rome ou que celui de Fatima en 2005. Voici quelques chiffres éloquents : 150 prêtres, près de 120 séminaristes et 80 religieux, sans compter les soeurs du Rafflay, celles du Trévoux, les Dominicaines de Brignoles et de Fanjeaux, 18 000 pèlerins – et même 20 000 à la messe du dimanche du Christ-Roi – dont 200 malades, tous venus du monde entier. On pouvait ainsi voir une centaine de Mexicains qui se sont ensuite rendus à Ars, à Paray-le-Monial, à la rue du Bac.

— Il a été fait état d’une bonne collaboration, d’une bonne entente avec les autorités religieuses du sanctuaire : possibilité de célébrer la messe à la basilique souterraine, participation commune à certaines «manifestations» du pèlerinage, etc. Qu’en est-il exactement ?


— Comme les années précédentes, les pèlerins de la Tradition ont eu accès aux sanctuaires, et l’abbé de Cacqueray en a chaleureusement remercié l’évêque de Tarbes et Lourdes, Mgr Perrier, lors de la cérémonie de clôture. Malheureusement il a dû dire aussi combien tous avaient profondément regretté que Mgr Fellay ne puisse célébrer publiquement la messe du Christ-Roi. Le samedi soir, à la procession aux flambeaux, nous avons trouvé les gardians qui faisaient eux aussi leur pèlerinage. Ces cavaliers brandissant leurs torches du haut de leurs montures et ces femmes en costume provençal ne déparaient point aux côtés des soutanes et des habits religieux traditionnels. En revanche, ce qui ne fut guère traditionnel c’était au micro, parmi des Pater en latin, certains Je vous salue Marie interprétés en version charismatique, sur un ton langoureux… Là, nos pèlerins ont su montrer avec force qu’ils pouvaient réciter Pater et Ave dans un latin très vivant !

— La Fraternité avait rassemblé ses principaux représentants, des quatre coins de la planète, et notamment ses quatre évêques. Le fait est suffisamment rare pour être souligné. Ce pèlerinage marque-t-il donc une étape particulière dans la vie de votre communauté ?


— Le fait que les quatre évêques soient présents à Lourdes n’a rien d’exceptionnel. En effet, ils sont fréquemment réunis. On pouvait les voir non seulement à Rome en 2000 et à Fatima en 2005, mais aussi à Ecône pour les dernières ordinations, en juin. Ils entendaient rendre grâces à Notre Dame à l’occasion de cette année jubilaire qui coïncidait avec les 20 ans de leur consécration par Mgr Lefebvre. Comme l’a souligné Mgr Fellay dans son sermon du dimanche, nous ne pouvons pas ne pas reconnaître la protection particulière de Marie sur la Fraternité dans la crise qui secoue l’Eglise. C’est pourquoi il a tenu, en tant que supérieur général, à renouveler la consécration au Coeur Douloureux et Immaculé de Marie qui avait été faite par son prédécesseur, l’abbé Schmidberger, en 1984.

— Mgr Fellay a lancé un nouveau bouquet spirituel de chapelets. Quel en est le but exact ?


— Le but de ce bouquet est de réunir, d’ici à Noël, un million de chapelets récités par tous les fidèles attachés à la Tradition pour obtenir que, par l’intercession de Notre Dame, soit levé le décret d’excommunication qui frappe les évêques de la Fraternité depuis 1988. La précédente croisade du Rosaire avait pour intention d’obtenir la liberté de la Messe de toujours, partout et pour tous. Pendant 40 ans, la Fraternité Saint-Pie X et quelques communautés religieuses amies ont soutenu, contre vents et marées, que cette messe ne pouvait pas être abolie ; aujourd’hui la reconnaissance officielle de sa nonabrogation prouve qu’on ne s’adresse pas en vain à la Sainte Vierge. Et puisque le Motu Proprio Summorum pontificum reconnaît que la messe traditionnelle n’a jamais été abrogée, on peut maintenant prier pour que les évêques sacrés par Mgr Lefebvre à seule fin d’ordonner des prêtres qui célèbrent cette messe – alors réputée  supprimée et même interdite –, on peut et on doit prier pour que ces évêques ne portent plus l’opprobre qui était injustement attaché à la messe tridentine.

— De sources diverses et recoupées, on sait que le texte établissant le retrait du décret d’excommunication est rédigé, et n’attend plus que la signature du Pape. Lancer ce bouquet spirituel n’apparaît-il pas dès lors comme une sorte de coup médiatique ?


— De sources tout aussi diverses et recoupées, on sait qu’il y a sur le bureau du Pape depuis un certain temps un document donnant des consignes pour l’application pratique du Motu Proprio dans les diocèses. L’attitude fort peu coopérative des évêques doit rendre la publication de ce texte non seulement nécessaire, mais urgente. Et il ne paraît toujours pas. Le Motu Proprio lui-même a été, pendant un an, comme l’Arlésienne dont tous parlaient et que personne ne voyait… Vous me permettrez donc d’être prudent à l’égard de ces sources qui parfois alimentent des tuyaux percés ! Ce bouquet spirituel ne s’appuie pas sur une quelconque médiatisation, mais plus simplement et plus efficacement sur la médiation de la Sainte Vierge. Car nous comptons plus sur elle que sur les médias officiels.

— Au-delà de la prière, le Pape n’attend-il pas pour apposer sa signature un acte plus précis, voire une simple acceptation des autorités de la Fraternité de ce document annonçant le retrait des excommunications ? Car on sait que la Fraternité a souvent manifesté qu’elle n’attachait pas de réalité à ces excommunications…


— Il est vrai que nous considérons que ce décret d’excommunication – porté automatiquement après les sacres de 1988 – n’est pas un décret canoniquement valide. Mais pour n’être pas valide, il n’en est pas moins efficace. Nous ne méconnaissons pas sa capacité à diaboliser tout ce qui se rapporte à la Tradition. Pour neutraliser un opposant à l’œcuménisme d’Assise ou à la liberté religieuse laïciste, il suffit de dire : «Lefebvriste !», et la cause est entendue, c’est-à-dire que l’opposant n’est même plus écouté ! A ce titre, nous accepterons avec reconnaissance ce décret que nous demandons dans nos prières, tout comme Mgr Fellay a dit sa vive gratitude au Pape pour le Motu Proprio.

— Ou alors la Fraternité craint-elle que la disposition actuelle prévue par le document romain ne la laisse pas assez libre, trouvant qu’un simple retrait ne serait pas assez précis et normaliserait sa situation sans garanties suffisantes. Ferait-elle, en quelque sorte, une analogie avec la signature de Mgr Lefebvre donnée puis reprise en 1988 ?


— La situation de 2008 n’est pas celle de 1988 ; il n’y avait pas alors de décret d’excommunication ! Gardons-nous de comparer et plus encore d’anticiper. Il n’est pas inutile de rappeler que, depuis l’an 2000, la Fraternité suit une feuille de route qui lui est imposée par la situation concrète. Par loyauté ou par honnêteté intellectuelle, nous ne pouvons envisager un statut canonique en éludant tous les problèmes doctrinaux posés par le concile Vatican II. Actuellement nous prions pour obtenir ce deuxième préalable à la levée du décret d’excommunication, après le premier qui était  celui de la liberté de la messe traditionnelle – préalable acquis de droit, mais certainement pas de fait, à cause du peu d’empressement des évêques. Ces préalables précèdent des discussions théologiques où seront traitées les questions doctrinales, et alors seulement on pourra envisager un statut canonique reposant sur une base doctrinale solide. Pour l’heure, les questions de liberté et de garanties suffisantes ne sont pas à l’ordre du jour.

— Cette position ne risque-t-elle pas d’engendrer chez les fidèles une certaine lassitude ?


— Lassitude ? Oui, si l’on veut en rester au plan humain, trop humain. Mais si l’on consent à s’élever au point de vue surnaturel, cette lassitude sera vite supplantée par la persévérance. L’amour de l’Eglise doit «surplomber le chétif moi», comme disait Thibon. Il faut accepter beaucoup de sacrifices au service de cet idéal, à commencer par celui de sa réputation auprès des «bien-pensants». Sans cet indispensable détachement, le moi devient collant, et l’existence poisseuse. Ce n’est qu’avec cette liberté d’âme qu’on peut entreprendre de grandes choses. En novembre, nous avons pu, grâce à la générosité des fidèles, ouvrir deux églises : l’une à Rouen, l’autre au Mexique. Ce n’est pas lassant, c’est édifiant. Je sais bien qu’il y a toujours à Amiens – et ailleurs – des églises vides qui restent fermées à ceux qui voudraient y célébrer la messe pour laquelle elles ont été construites… Ce n’est pas lassant, ce n’est qu’une question de patience. L’abbé le Roux citait Charette dans son sermon à Lourdes : «Sommes la jeunesse du monde, Messieurs !»

Propos recueillis par Olivier Figueras


• DICI est l’organe de communication de la maison générale de la Fraternité Saint-Pie-X.

5 décembre 2008

[Christian Terras - Golias] Curie Romaine : nouvelles nominations en vue ou comment l’Internationale « tradi » fait son nid

SOURCE - Christian Terras - Golias - 4 décembre 2008

D’importantes nominations sont en vue à la Curie romaine. En effet le cardinal Francis Arinze, 76 ans, actuel préfet du culte divin et des sacrements est sur le point de partir à la retraite.

Le nom de son successeur ne paraît plus faire le moindre doute ; il s’agirait du cardinal Antonio Canizarès Llovera, 63 ans, archevêque de Tolède en Espagne et présenté souvent comme l’anti-Zapatero pour ses positions très intransigeantes et polémiques. Ce n’est pas un liturgiste de formation mais un prélat conservateur et autoritaire, d’une totale fidélité à son ami personnel, Joseph Ratzinger. Le secrétaire du même dicastère, Mgr Malcolm Ranjith Patabendige, 61 ans, un srilankais connu pour ses positions voisines de l’intégrisme quitterait quant à lui Rome pour devenir archevêque de Colombo. Le Pape le créerait également cardinal. Pour lui succéder en qualité de secrétaire du même dicastère, trois noms circulent : Mgr Nicola Bux, 62 ans, théologien et éditorialiste de l’Osservatore Romano, ami personnel de Benoît XVI et qui est la cheville ouvrière du Motu proprio libéralisant l’ancienne liturgie ; le Père dominicain Joseph Augustine Di Noia, 65 ans, actuel sous-secrétaire de la congrégation pour la doctrine de la foi, italo-américain proche des milieux traditionalistes et enfin l’abbé bénédictin autrichien de Heiligenkreuz, Dom Gregor Henckel-Donnermarck, 65 ans, moine cistercien conservateur, pressenti aussi pour devenir archevêque de Vienne en cas de transfert du cardinal Schönborn à Rome.

Après ces nominations de restauration au dicastère en charge du culte divin, le Pape souhaiterait remplacer le maître de chœur de la chapelle sixtine, Mgr Giuseppe Liberto, 66 ans, un sicilien proche ami de l’ancien maître des cérémonies en disgrâce, Piero Marini. En compensation, il coifferait la mitre et recevrait lui aussi un placard doré à la Curie.

L’actuel Nonce en France Mgr Fortunato Baldelli reviendrait à Rome pour y recevoir la barrette de cardinal (attendue depuis quelques temps). On parle de lui pour la charge de Pénitencier apostolique mais un autre nom est cité pour ce poste (comme pour la charge de président du conseil pour l’Unité des chrétiens) le cardinal de Barcelone, Lluis MArtinez Sistach, 71 ans. La manœuvre est habile : serait ainsi éloigné d’Espagne ce modéré dont on sait qu’il n’apprécie que modérement la ligne intransigeante tracée par le cardinal de Madrid Antonio Maria Rouco Varela. La Curie envisagerait même de nommer dans la grande cité de Catalogne, Mgr Jaume Pujol i Bacells, 64 ans, archevêque de Tarragone et surtout membre très influent et officiellement déclaré de l’Opus Dei. Le départ du nonce Baldelli de Paris serait plutôt une mauvaise nouvelle car il temporisait les entreprises de restauration dans l’Hexagone. Parmi les favoris pour sa succession à cette très importante charge on parle beaucoup de l’archevêque italien Carlo Maria Vigano, 67 ans, un dur !

Mgr Diarmuid Martin, 64 ans, un modéré, quitterait le siège de Dublin pour la charge de président de « Justice et Paix », un dicastère qu’il connaît bien puisqu’il y a travaillé de nombreuses années. Ce choix en cacherait une autre : celle d’un intransigeant pour remettre les pendules à l’heure après l’ère très libérale de cet archevêque. Le nom évoqué est celui de Mgr Brian Farrell, 64 ans, évêque en poste à la curie et surtout... Légionnaires du Christ. Décidément, le Vatican ne sort plus du milieu intransigeant et fondamentaliste.

Mais la rumeur qui court de plus en plus est celle du remplacement anticipé du cardinal américain William Levada à la tête de la congrégation pour la doctrine de la foi, en raison de ses discussions avec le pape (voir Golias hebdo à ce sujet) mais aussi de graves problèmes de santé (Mgr Levada se trouve actuellement aux Etats-Unis, en clinique, pour une intervention chirurgicale importante). Il serait remplacé à ce poste capital par le cardinal autrichien Christoph Schönborn, archevêque de Vienne. D’autres hypothèses demeurent pourtant possibles : ainsi, celle de la désignation à ce poste du cardinal Zenon Grocholewski, 69 ans, un Polonais actuellement en charge de l’Education ou celle de l’archevêque de La Plata (en Argentine) Mgr Hector Aguer, 65 ans. Ce dernier fait d’ailleurs beaucoup parler de lui : il y a quelques jours, il n’a pas hésité à dénoncer ouvertement, en le nommant, le cardinal Martini pour ses positions qu’il juge quant à lui dangereuse. De quoi sans doute se faire bien voir de Benoît XVI.

Après la nomination d’un prêtre de la communauté de l’Emmanuel, Yves le Saux, comme évêque du Mans, deux prêtres de cet institut seraient également nommés dans les prochains mois : Francis Kohn, 59 ans (longtemps en charge à Rome de la pastorale des jeunes au sein du Conseil pontifical pour les laïcs) et Pascal Ide, 51 ans, lui aussi en poste à la Curie (congrégation pour l’éducation). Un prêtre de Notre Dame de Vie, au service de la congrégation du clergé pourrait lui aussi devenir évêque en France : il s’agit de Louis Meinvielle, 54 ans. Pour le moment, en revanche, l’Opus Dei devra patienter car l’idée de nommer un évêque diocésain issu de son sein en France semble différée. Le prémontré Bernard Ardura, 60 ans, secrétaire du conseil pour la culture, ami des cardinaux Ricard et Tauran, d’orientation conservatrice affirmée serait également en place de coiffer la mitre soit à la tête d’un diocèse français d’une certaine envergure, soit comme secrétaire d’un autre dicastère romain.

On l’aura remarqué, toutes ces nominations éventuelles convergent dans le sens de l’intransigeance. Faut-il s’en étonner ?