14 mars 2013

[2003] [Frère Bruno de Jésus - Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle] Douce et humble anticipation: vers un nouveau saint Pie X?

Cardinal Bergoglio

SOURCE - Bruno de Jésus - Contre-Réforme Catholique au XXIe siècle - janvier 2003

Il y aura cent ans le 20 juillet prochain, le pape Léon XIII s’éteignait à l’âge de quatre-vingt-treize ans, après avoir occupé le Siège de Pierre pendant vingt-cinq ans. Jamais ne s’éleva sur le cercueil d’un Pape un concert aussi retentissant d’éloges et de regrets.


Il y aura cent ans le 20 juillet prochain, le pape Léon XIII s’éteignait à l’âge de quatre-vingt-treize ans, après avoir occupé le Siège de Pierre pendant vingt-cinq ans. Jamais ne s’éleva sur le cercueil d’un Pape un concert aussi retentissant d’éloges et de regrets.

Et pourtant, le Père Fontaine, jésuite, osera écrire, sans craindre le moindre démenti :

« Jamais Pape n’a plus que Léon XIII accumulé les encycliques et les documents de toute nature sur les questions bibliques, philosophiques et théologiques. Et cependant, lequel de ses prédécesseurs a laissé l’Église de France dans une confusion doctrinale et une anarchie intellectuelle égale à la nôtre ?»

Le 4 août 1903, les voix des conclavistes se portèrent, comme guidées par la divine Providence, sur le cardinal Sarto, patriarche de Venise. L’Église serait sauvée par Rome une nouvelle fois.

Elle le sera encore, cette année même, si Dieu le veut, n’en doutons point. La rumeur nous en parvient déjà d’Italie en écho à la sainte espérance des meilleurs. Sous le titre “ Bergoglio en pole position ”, l’hebdomadaire italien L’Espresso avance un pronostic :
LE DOUX ET HUMBLE CARDINAL GEORGES-MARIE BERGOGLIO
« À la mi-novembre on voulait l’élire président des évêques d’Argentine. Mais il refusa. S’il y avait un Conclave cependant, il lui serait difficile de refuser son élection comme Pape. Parce que c’est sur lui que les votes des cardinaux tomberaient en avalanche, s’ils devaient choisir du jour au lendemain le successeur de Jean Paul II.
 
« Lui, c’est Jorge Mario Bergoglio, s. j., archevêque de Buenos Aires. Un nom italien mais Argentin de naissance est propulsé en tête de la liste des “ papabili ” dans l’hypothèse, de plus en plus vraisemblable, où le prochain Pape serait un Latino-Américain. Timide, réservé, parlant peu, il ne lève pas le petit doigt pour faire campagne. Mais c’est précisément ce qui est jugé comme l’un de ses grands mérites.
 
« Jean Paul II l’a créé cardinal lors de la dernière fournée de nominations, en février 2001. Et là aussi Bergoglio s’est distingué par son style, par rapport à tant de ses collègues qui ont fêté l’événement. Des centaines d’Argentins s’employèrent à récolter des fonds et des billets d’avion pour Rome afin de rendre hommage au nouveau cardinal, mais lui les arrêta. Il les obligea à rester dans leur patrie et ordonna de distribuer l’argent aux pauvres. À Rome, il fêta l’événement quasiment tout seul, avec une austérité digne du Carême.
 
« C’est parce qu’il vit ainsi depuis toujours. Depuis qu’il est archevêque de la capitale argentine, le luxueux évêché adjacent à la cathédrale est resté vide. Il habite un appartement proche, qu’il partage avec un autre évêque âgé et malade. Le soir il fait la cuisine lui-même, pour tous les deux. Il roule peu en auto. Il circule en autobus revêtu de sa soutane de simple prêtre.
 
« Certes, il lui est devenu plus difficile maintenant de circuler incognito. Dans sa patrie, son visage est toujours plus populaire. Depuis que l’Argentine s’est enserrée dans une crise terrible et que la réputation de tous, politiciens, bureaucrates, industriels, magistrats, intellectuels, a coulé à pic, l’étoile du cardinal Bergoglio est montée au zénith. C’est la rare lumière vers laquelle tous s’orientent. Et cependant ce n’est pas le genre à faire des concessions au public. Chaque fois qu’il s’exprime, il remue son monde et surprend. À la mi-novembre, il n’a pas offert aux Argentins affamés un docte sermon sur la justice sociale, mais il leur a dit de reprendre en main le catéchisme, l’humble catéchisme des dix commandements et des béatitudes. C’est, a-t-il expliqué, parce que “ c’est cela, le chemin de Jésus ”. Et une fois qu’on l’a pris au sérieux, on comprend que “ fouler aux pieds la dignité d’une femme, d’un homme, d’un enfant, d’un vieillard est un péché grave qui crie vers le Ciel ”, et on décide de ne plus le faire.
 
« Les autres évêques suivent ses traces. Pendant l’Année sainte 2000, il a fait endosser les habits de pénitence publique pour les fautes commises durant les années de la dictature. Le résultat est qu’après cet acte de purification, l’Église s’est retrouvée capable de demander à la nation entière de reconnaître ses propres fautes dans le désastre où elle se trouve plongée aujourd’hui. Au Te Deum de la dernière fête nationale, le 25 mai dernier, l’homélie du cardinal Bergoglio a eu une audience record. Le cardinal a demandé aux Argentins de faire comme le Zachée de l’Évangile. C’était un fourbe usurier. Mais il prit conscience de sa bassesse morale et grimpa sur le sycomore, pour voir Jésus et se laisser regarder et convertir par Lui.
 
 « Tous les politiques, depuis la droite jusqu’à l’extrême-gauche meurent d’envie de recevoir une de ses bénédictions. Même les femmes de la Plaza de Mayo, ultra-radicales et anticatholiques débridées, le traitent avec respect. Il a été jusqu’à ouvrir des brèches dans les positions bétonnées de certaines d’entre elles, lors d’entretiens privés. Une autre fois il est apparu au chevet d’un ex-évêque, Jerônimo Podesta, qui s’était marié en rébellion contre l’Église et était en train de mourir pauvre et oublié de tous. Sa femme est depuis lors devenue une de ses fans.
 
« Mais Bergoglio aussi a eu ses propres difficultés avec le monde ecclésiastique. Il est jésuite, de ces jésuites à l’ancienne, fidélissimes de saint Ignace. Il est devenu provincial de la Compagnie de Jésus en Argentine, précisément à l’époque où se déchaînait la dictature et où tant de ses confrères étaient tentés d’empoigner un fusil et d’appliquer les leçons de Marx. Il est de fait que, déposé du poste de provincial, il retourna dans l’ombre. En 1992, l’archevêque de Buenos Aires de l’époque, Antonio Quarracino, le repêcha et en fit son évêque auxiliaire.
 
« Et depuis lors a commencé son ascension. Sa première – et quasi unique interview – en tant qu’archevêque de Buenos Aires, il l’a accordée à un petit journal de paroisse, “ Estrellita de Belem ”, comme pour dire que l’Église fait partie des minorités et ne doit pas cultiver des illusions de grandeur. Il voyage le moins possible, à Rome, au Vatican, le strict nécessaire quatre ou cinq fois par an, quand on l’appelle. Il prend une petite chambre à la Maison du clergé, via della Scrofa et à 5 h 30 du matin on le trouve déjà en train de prier dans la chapelle.
 
« Il excelle dans les conversations à deux. Mais quand on l’y oblige, il se débrouille très bien en public. Au dernier synode des évêques, durant l’automne 2001, on lui demanda, de but en blanc, de prendre la place du rapporteur du programme qui avait déclaré forfait. Il s’en chargea avec maestria, au point qu’à la fin du Synode, au moment de nommer les douze évêques qui feraient partie du conseil de secrétariat, il fut élu avec le maximum de voix.
 
« On pensa alors, au Vatican, à l’appeler pour diriger un important dicastère. “ Je vous en prie, si je vais à la Curie, je meurs... », implora-t-il. Et on lui fit grâce.
 
« Depuis lors l’idée de le faire revenir à Rome comme successeur de Pierre a commencé à se propager avec une intensité croissante. Les cardinaux latino- américains s’orientent de plus en plus vers lui. Le cardinal Joseph Ratzinger également. Le seul des grands cardinaux de Curie qui hésite, quand il entend prononcer son nom, est le secrétaire d’État Angelo Sodano, lui précisément qui a la réputation d’en tenir pour l’idée d’un Pape sud-américain. » (Sandro Magister, LEspresso no 49 du 28 novembre 2002)
APRÈS JEAN-PAUL II, BERGOGLIO
Le journal argentin La Nación du 4 décembre 2002 cite largement l’hebdomadaire italien, et publie dès le lendemain les propos recueillis par sa correspondante à Rome au cours d’une entrevue avec le vaticaniste italien, Sandro Magister :
 
« Rome. Sandro Magister, le vaticaniste de l’hebdomadaire l’Espresso qui vient de consacrer un grand article au cardinal Jorge Bergoglio qu’il considère comme l’un des mieux placés parmi les candidats à la succession de Jean-Paul II, a passé hier une journée fort agitée due aux répercussions de son article. Il y soutenait que l’archevêque argentin était en première position, ce qui suscite la curiosité des milieux argentins avides d’informations supplémentaires.
 
« Sur quoi se base-t-il pour affirmer avec une telle conviction que l’actuel archevêque de Buenos Aires pourrait être le prochain Pape, premier Pape latino-américain, et le premier Pape jésuite ? Sandro Magister, cinquante-neuf ans, dont trente ans passés comme vaticaniste (journaliste spécialiste du Vatican), a expliqué sa pensée dans une entrevue à La Nación. Bien qu’il ne le connaisse pas personnellement, la personnalité au profil bas de Bergoglio lui semble à l’opposé de celle du cardinal Tettamanzi, ex-archevêque de Gênes et actuel archevêque de Milan, considéré par beaucoup comme le premier “ papabile ” italien.
 
 « De plus, dit-il, l’archevêque de Buenos Aires incarne directement ce qu’attend le Collège cardinalice du prochain Pape : quelqu’un dont le style rompe avec le charismatique et extraordinaire Karol Wojtyla, quelqu’un dont la manière d’être soit plus sobre, plus intérieure, “ qui exprime d’une façon plus directe l’essence de l’Évangile ”.
 
« Pour Magister, Bergoglio n’est pas seulement bien vu du cardinal allemand Joseph Ratzinger, mais il l’est aussi du cardinal Camillo Ruini, président de la Conférence épiscopale italienne, qui est “ le plus puissant et le plus influent des cardinaux italiens ”.
– Pourquoi avez-vous consacré un article à Bergoglio ?
– Je ne le connaissais pas personnellement, mais j’ai commencé à le connaître de l’extérieur, ces derniers mois. J’ai commencé à le remarquer comme une personnalité singulière et très rare à ce niveau de la haute hiérarchie. J’ai écouté des gens de son entourage au Vatican, parlant de lui avec intérêt. Rome est une ville où les sommités de l’Église mondiale passent sans s’arrêter, mais j’ai remarqué que toute l’attention converge progressivement sur lui comme un candidat possible.
– En quel sens pensez-vous que sa personnalité est “ singulière ” ?
– C’est à cause de sa simplicité, de son austérité. Il fuit tout ce qui ressemble aux honneurs et à la “ carrière ”, et aussi à cause de sa profonde spiritualité. Par exemple, lorsqu’on parle d’un candidat à la succession, on mentionne le nom de Dionigi Tettamanzi, l’actuel archevêque de Milan, eh bien ! par certains côtés, Bergoglio est presque à l’opposé de Tettamanzi.
– Pourquoi ?
– Parce que Tettamanzi est un ecclésiastique qui fit une campagne publicitaire incroyable, hors du commun, dans le but de conquérir la cathédrale de Milan.
– Et cela n’a pas plu?
– Tettamanzi est parvenu à son but, mais cela lui a nui pour son image de marque au Conclave. Avec toute cette propagande, il est rentré dans l’ombre comme successeur possible.
– Mais il existe des groupes qui le soutiennent à la suite, par exemple, du cardinal Sodano dont vous dites dans votre article qu’il n’appuierait pas Bergoglio.
– Sodano est un personnage indéchiffrable. Jusqu’à hier, il semblait soutenir l’hypothèse d’un Pape sud-américain contre l’hypothèse italienne. Certains pensent qu’il le faisait pour freiner une éventuelle candidature italienne qu’en réalité le secrétaire d’État vise pour lui-même. À présent qu’il existe un candidat latino-américain en vue, il ne penche plus dans ce sens.
– Que pensez-vous des autres Latino-Américains fortement pressentis comme “ papabili ”, tels Oscar Rodriguez Madariaga (Honduras) et le Mexicain Norberto Rivera Carrera?
– En réalité, ils ne furent jamais de véritables candidats, seulement les médias les ont présentés comme tels.
– Il y en a qui pensent qu’avec un article comme celui que vous avez écrit sur Bergoglio, votre véritable intention pourrait être de le “ brûler ”.
– Du point de vue de Bergoglio lui-même, c’est certain, cet article n’est pas utile : quelqu’un qui généralement est en pleine carrière n’a pas intérêt à être favorisé par un excès de publicité. Mais il n’en est pas toujours ainsi. Quand il s’agit d’un personnage très particulier, parler de lui c’est mettre en valeur une figure peu connue.
– Personne ne connaissait Karol Wojtyla avant son élection au pontificat...
– Mais Bergoglio n’est pas Karol Wojtyla, et je crois que les cardinaux ne désirent pas élire quelqu’un qui répète les caractéristiques de Wojtyla. Ils demandent quelqu’un qui ne soit pas démesurément médiatique, quelqu’un d’un style plus sobre, plus intérieur. Le collège cardinalice n’est pas enclin à demander au Pape qu’il soit un grand acteur ; cela ressort du discours fait au synode de l’année 2001, consacré à la figure de l’évêque. Là sont révélés les défis de l’Église future, et comment devra être le prochain Pape : un Pape qui prêchera la Croix et reviendra à l’essence de l’Évangile. Il est évident qu’un personnage comme Bergoglio exprime tout à fait cette exigence de retour à l’Évangile, de sobriété par laquelle l’Église doit affronter ses combats en montrant son être profond.
– Et Bergoglio est-il bien vu du Pape ?
– Je ne sais pas. Il l’a fait cardinal et je crois qu’il doit l’estimer. »

NOTRE-DAME PITIÉ !
Sous le titre Notre-Dame pitié ! l’abbé de Nantes écrivait le 15 août 1972 une supplique à la bienheureuse Vierge Marie pour qu’Elle intercède auprès de notre Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, en faveur de l’Église, et qu’Elle reçoive mandat d’intervenir promptement (CRC n° 59, août 1972). Il demandait trois choses : un autre Pape, la conversion de nos évêques, et un nouveau Concile pour jeter l’anathème sur le précédent, du vivant même de ceux qui l’ont fait. Pour Pape, il demandait « un témoin de la majorité modérée du dernier Concile, qui soit un homme de grande science, dénué de parti pris, lui-même directement mêlé à tous les débats difficiles des dix dernières années ». Et il suggérait : « le cardinal Felici ? » (CRC n° 60, septembre 1972).
Six ans plus tard, ce vœu fut exaucé, et au-delà, en la personne d’Albino Luciani, ami de Felici, qui parut aussitôt « un nouveau saint Pie X qui s’ignore », capable de « tout restaurer dans le Christ ». Et c’est pourquoi il fut assassiné par les tenants de l’Antichrist, auxquels Dieu a donné permission de nuire encore quelque temps. Jusqu’à quand ? Jusqu’à la disparition de tous ceux qui ont fait le Concile, contrairement à la troisième demande de l’abbé de Nantes ? Trente ans ont passé, et il ne reste plus qu’une quarantaine de survivants, dont Karol Wojtyla toujours là, devenu la Tête, le Chef, responsable direct, immédiat de tout le mal persistant qu’il décide ou qu’il tolère. Plus que jamais, il faut qu’il parte. Ce que l’abbé de Nantes écrivait de Paul VI vaut plus que jamais de son successeur qui s’est toujours dit son « fils » : « Pour les âmes qui se perdent en masses, pour l’Église qui s’effondre, pour son propre salut éternel, il est urgent que Jean-Paul II soit mis en demeure, par le Ciel si ce n’est par les hommes tous trop lâches pour remplir un tel devoir, de quitter. Je crains pour lui la mort soudaine et imprévue, je crains pour l’Église une fin qui ne s’accompagne pas d’une grande leçon, d’une rétractation, pourquoi pas?»
Après avoir réaffirmé sa foi dans l’Église à l’encontre des « gens lucides et tourmentés » qui vont répétant que « forcément le successeur fera regretter le prédécesseur », il s’appuyait sur « toute l’histoire de la papauté » pour exprimer sa confiance dans l’avenir : « L’institution du Conclave est excellente. Comme toutes les choses humaines, elle connaît parfois une défaillance mais, comme les êtres bien vivants, elle s’en souvient et répare le mal quand les conséquences s’en font sentir. »
Ce qu’il disait du cardinal Felici vaut aussi bien, aujourd’hui, pour le cardinal Georges-Marie Bergoglio (prononcer : Bergolio) : « J’en parle sans crainte de compromettre personne, je prévois l’élection du cardinal Bergoglio, et déjà je prie pour lui
frère Bruno de Jésus.