9 juin 2009

[Abbé Patrick Troadec] Le nombre et l’origine des séminaristes et des frères entrés à Flavigny

SOURCE

Chers amis et bienfaiteurs,

Alors que va s’ouvrir le 19 juin prochain une année sacerdotale, à l’occasion du 150e anniversaire de la mort du saint curé d’Ars, comme l’a annoncé le pape Benoît XVI, je suis heureux de vous donner, chiffres à l’appui, la contribution du Séminaire Saint-Curé-d’Ars à cette oeuvre capitale de la formation du clergé pour la sanctification de vos âmes et de celles des générations à venir.

Le nombre et l’origine des séminaristes et des frères entrés à Flavigny

Séminaristes français et étrangers

Période
Entrées au séminaire
Âge moyen
Nombre d’enfants
dans la famille
Mères demeurant au foyer
Issus d’une école de la FSSPX
1989-1993
102
23.5
4.2
66
22
1994-1998
93
21.5
4.8
51
52
1999-2003
79
22.2
5.8
74
63
2004-2008
87
20.9
5.9
73
68

Frères français et étrangers

Période
Effectifs
Passage dans une école de la Fraternité
1989-1998
18 frères
1 frère
1999-2008
44 frères
22 frères

Le nombre d’entrées de séminaristes à Flavigny a été légèrement plus important jusqu’en 1996 en raison du plus grand nombre de séminaristes étrangers. Le nombre de séminaristes français est toutefois relativement stable et oscille entre 12 et 14 par an, depuis 20 ans. En revanche, le nombre d’entrées de frères a plus que doublé ces 10 dernières années par rapport à la décennie précédente, avec une moyenne de plus de 4 frères par an.

Les autres paramètres permettent d’arriver aux constatations qui suivent pour ces 5 dernières années. Les séminaristes qui entrent au Séminaire ont une moyenne d’âge de 21 ans. Ils sont issus de familles nombreuses, près de 6 enfants par famille. Pour les trois quarts, la mère est présente au foyer. A titre de comparaison, dans les séminaires diocésains, les séminaristes entrent à 26 ans ; la moyenne des enfants par famille est de 3,8, tandis que 30% des mamans sont mères au foyer(1).

68% de nos séminaristes ont passé au moins une année dans une école de la Fraternité. Le taux s’élève même à 81% pour les séminaristes français entrés depuis 2001. La moitié des frères entrés ces dix dernières années sont également passés par une école de la Fraternité. La proportion s’élève à 58% pour les Français.

Quand on regarde attentivement ces quelques critères sur l’origine des séminaristes et frères, il saute aux yeux que, pour faire germer et mûrir une vocation, rien ne remplace le terreau d’une famille généreuse et fervente avec une mère présente au foyer, et d’une école foncièrement catholique. L’évolution sensible du nombre des vocations issues des écoles de la Fraternité accomplit le voeu exprimé par Mgr Lefebvre de voir nos écoles devenir un jour des pépinières de vocations. « Il est absolument certain que c’est par ces collèges [c’est-à-dire les écoles de la Tradition] que nous viendront le plus de vocations […]. Sans ouvrir des petits séminaires, nous avons des collèges qui en rempliront l’office »(2). Ce jugement ne doit pas nous étonner lorsque l’on sait qu’en 1957, en France, 74% des vocations venaient des petits séminaires(3).

Ces fruits tangibles sont un bel encouragement pour les parents qui consentent à tant de sacrifices pour donner à leurs enfants une bonne éducation. Ils récompensent également la générosité de tant de bienfaiteurs qui contribuent au développement de l’oeuvre prioritaire que représente l’éducation des enfants.

La perception de l’appel de Dieu

La vocation est une réponse à un appel de Dieu. Dieu appelle les âmes quand il veut, comme il veut. Il n’est pas tenu à prendre tel moyen plutôt que tel autre pour appeler une âme à son service. Cependant certains séminaristes ont cru discerner des circonstances particulières qui leur ont paru déterminantes dans cette décision de devenir prêtres un jour. C’est assez souvent vers l’âge de 12 ans qu’ils ont perçu le premier appel. Les circonstances de cet appel sont très diverses. Certains l’ont eu dès le jour de leur première communion ou de leur confirmation, d’autres au hasard d’une lecture, d’autres encore au moment d’un pèlerinage, à l’occasion d’un sermon, en assistant à une ordination ou en visitant le Séminaire, d’autres enfin par l’intermédiaire d’un mouvement de jeunesse ou au moment de leur conversion. Mais le nombre le plus important en proportion affirme l’avoir ressenti au contact de la liturgie, que ce soit sous la forme du service de messe ou de l’aide à la sacristie. Le premier déclic n’étant pas toujours suffisant pour entraîner une décision définitive, un deuxième appel est souvent entendu par la plupart d’entre eux après une période d’éclipse plus ou moins longue.

Il a lieu à l’âge moyen de 19 ans, notamment au cours d’une retraite ou au contact d’un prêtre. Voici un témoignage parmi tant d’autres : « C’est dans une école traditionnelle que j’ai commencé à penser sérieusement à la vocation [entre 15 et 17 ans]. Ce désir a surtout été stimulé par le don de soi que nous montraient les prêtres de mon école, par leur très grande bonté. De plus, mon contact avec la liturgie et mon rôle de sacristain ont enraciné en moi un profond attachement au culte de l’Église. Le facteur déterminant a été cependant le fait que l’Église, dans la crise actuelle, a un grand besoin de prêtres »(4).

Ces éléments extérieurs, parfois déterminants pour permettre à une âme de discerner l’appel de Dieu, peuvent être utilisés avec prudence par les parents et éducateurs lorsqu’ils voient chez tel enfant des prédispositions particulières pour une vocation sacerdotale ou religieuse.

La persévérance des séminaristes et des frères entrés à Flavigny

Périodes

Séminaristes

Frères
Séminaristes et Frères*
Effectifs
Persév.(1)
%
Effectifs
Persév.
%
Effectifs
Persév.
% Persév.
1987-1995
188
91
48%
19
4
21%
206
95
46%
1996-2004
158
77
49%
32
22
69%
182
100
55%

(1) Persévérance

* Certains séminaristes étant devenus frères, l’effectif de l’ensemble est inférieur à la somme des effectifs des séminaristes et frères.

Le tableau de persévérance des séminaristes et des frères s’arrête à la promotion de ceux qui sont entrés au Séminaire en 2004 et qui viennent de franchir le pas définitif du sous-diaconat en mars 2009, les promotions suivantes étant susceptibles de connaître de nouveaux départs.

Le tableau révèle un taux constant de persévérance au cours des dernières années : 48%(5) de persévérance étant enregistrés (depuis les prêtres ordonnés en 2002 jusqu’à ceux qui viennent de recevoir le sous-diaconat), taux sensiblement identique à celui des 9 années précédentes (49%).

Le taux de persévérance des séminaristes passés par les écoles de la Fraternité (56%) est supérieur à celui des autres (37%) pour les 9 dernières années. Dans les séminaires diocésains, le taux de persévérance est également de 50% environ(6).

En revanche, le taux de persévérance des frères a considérablement augmenté. Il est passé de 21% à 69%, si bien que, séminaristes et frères confondus, on a un pourcentage de 55% de persévérance de séminaristes et frères durant les 9 dernières années sur les 182 entrées au Séminaire, pour 46% de persévérance durant les 9 années précédentes sur les 206 séminaristes et frères entrés au Séminaire.

Il ne faudrait pas considérer tous les départs du Séminaire comme des échecs ou des infidélités à la grâce. J’ai reçu de très beaux témoignages d’anciens séminaristes sur ce que le Séminaire leur a apporté pour être dans le monde de fervents catholiques. L’un d’eux m’a écrit à l’occasion de son mariage : « L’exemple des séminaristes et des frères à Flavigny m’a édifié et la vie au Séminaire m’a fortifié. Et la Providence m’a déjà rendu au centuple ! Puisse le Seigneur nous accorder de nombreuses vocations !»

Nous serions cependant heureux de voir grandir le nombre de séminaristes et frères dans nos séminaires et diminuer le nombre des départs.

La messe pour la persévérance des vocations ecclésiastiques

Pour aider les séminaristes et les prêtres à persévérer dans leur vocation, l’Église dans sa belle liturgie a composé une messe votive dont les prières sont admirables. Ces prières décrivent les dangers que peuvent rencontrer les prêtres dans leur ministère et la manière de les surmonter.

Comme le dit saint Thomas d’Aquin, il existe principalement deux causes de chute chez l’homme, l’attrait des plaisirs et la crainte des maux (II-II, q. 138, a.1).

Pour éviter de se laisser subjuguer par les faux plaisirs du monde, l’épître de la messe pour les vocations renferme les paroles de saint Jean : « Frères très chers : je vous écris, jeunes gens, parce que vous êtes forts et que la parole de Dieu demeure en vous, et que vous avez vaincu le malin. N’aimez point le monde, ni ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, l’amour du Père n’est pas en lui. Car tout ce qui est dans le monde, la concupiscence de la chair, la concupiscence des yeux et l’orgueil de la vie, ne vient pas du Père, mais du monde. Le monde passe et sa concupiscence aussi ; mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure éternellement » (1 Jn 2, 14-17). Ainsi saint Jean invite le prêtre à être dans le monde sans être du monde.

A l’attrait des plaisirs s’ajoute la crainte des maux. La vie sacerdotale est parsemée d’épreuves. Pour aider les prêtres à les surmonter, Notre-Seigneur dans l’évangile de la messe pour la persévérance des vocations donne l’image de la vigne et du sarment : « Tout sarment qui porte du fruit, dit Notre- Seigneur, Dieu le Père l’émonde afin qu’il en porte davantage » (Jn 15, 2). Cette taille de la vigne symbolise les tribulations de la vie présente, nous dit saint Jean Chrysostome. Celles-ci sont destinées à rendre les prêtres plus forts et plus vigoureux. Pour cela, ils doivent rester unis au cep : « Je suis la vigne, vous êtes les sarments ; celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit : car, séparés de moi, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5). Loin de se décourager devant les épreuves, le prêtre doit voir à travers elles une part de la Croix du divin Maître et le gage de la fécondité de son apostolat.

Pour ne pas se laisser contaminer par l’esprit du monde et pour ne pas reculer devant les sacrifices inhérents à la sublime vocation sacerdotale, le prêtre a spécialement besoin de pratiquer deux vertus que mentionne la collecte de la messe : « Réveillez, Seigneur, en votre Église l’esprit de piété et de force ».

Pour trouver son bonheur en Dieu, le prêtre doit être un homme de prière, et pour surmonter l’attrait des plaisirs et la crainte des maux, il doit faire preuve de force. On comprend dès lors la place que le saint sacrifice de la messe doit occuper dans sa vie. En effet, où le prêtre alimentera-t-il son esprit de piété et de force ?

Ce sera spécialement à l’autel. En contemplant Notre-Seigneur sur la Croix, le prêtre a sous les yeux l’exemple le plus parfait de prière persévérante et de force héroïque.

Prions pour nos séminaristes et nos prêtres, spécialement en cette année du sacerdoce. Que Notre-Seigneur leur donne l’amour de leur sublime vocation et les éclaire sur les moyens à mettre en oeuvre pour l’accomplir saintement. Soyez vivement remerciés pour vos prières et pour vos dons en faveur du Séminaire.

Abbé Patrick TROADEC, Directeur
le 31 mai 2009, en la fête de la Pentecôte.

Notes

(1)—Statistiques des années 1975 à 2002 (Documentation catholique, 2297, août 2003).
(2)—C’est moi, l’accusé, qui devrais vous juger ! (p. 58).
(3)—Documentation catholique, 2297, août 2003.
(4)—Lettre aux Amis et Bienfaiteurs du Séminaire Saint-Curé-d’Ars, 52.
(5) — Le taux de persévérance des séminaristes entrés à Flavigny entre 1996 et 2004 atteint 62% si l’on intègre ceux qui ont persévéré dans la vie religieuse ou sacerdotale, dans la Fraternité Saint-Pie X (frères) ou en dehors.
(6) — Documentation catholique, 2297, août 2003.

7 juin 2009

[FC - abbé Claude Barthe] Oui, la FSSPX est dans un statut d’''aptitude'''

SOURCE

En Droit canonique existent les «associations de fidèles», dont certaines composées majoritairement de clercs sont dites «associations de fidèles de nature cléricale». Selon le Code de Droit canonique, elles peuvent être érigées par l’autorité ecclésiastique. Les instituts religieux naissent souvent dans cet état, à titre de stade préliminaire (c’était d’ailleurs le premier mode sous lequel a existé l’œuvre de Mgr Lefebvre, érigée par l’évêque de Fribourg, en 1970, comme « pieuse union », appellation qui a été remplacée par celle d’« association de fidèles »).

Mais les canonistes s’accordent à dire qu’il existe aussi dans l’Église de multiples « associations de fait ». A supposer que le retrait de son érection, par Mgr Mamie, en 1975, lui ait jadis interdit d’être considérée comme une association de fait, l’adoption de statuts substantiellement nouveaux en 1976 et surtout l’élément nouveau considérable que représente la levée de l’excommunication de ses quatre évêques inclinent à la faire rentrer dans cette catégorie.
Et de toute façon, elle est là avec un millier de prêtres, clercs, religieux, religieuses, des établissements nombreux, des lieux de culte (plus de 200 en France ?), des écoles, etc. Comment doit-on qualifier cet existant ecclésiologique ? De deux choses l’une : ou bien c’est une communauté non catholique et l’Église doit urgemment la traiter comme une « communauté séparée» (notamment en lui proposant des relations avec le Conseil pour la Promotion de l’unité des chrétiens), ce dont, comme le fait remarquer Ennemond, il n’est pas question ; ou bien elle est catholique (éventuellement répréhensible en s’arrogeant des droits qu’elle n’a pas, pour des raisons qui peuvent se discuter : c’est d’ailleurs tout le débat), et elle relève alors de la vigilance de la hiérarchie, spécialement du Saint-Siège, qui va examiner si des éléments de sa doctrine ou de sa pratique sont à reprendre. Le bon sens et la souplesse dans manière romaine d’agir n’indiquent-ils pas qu’il faut retenir la deuxième branche de l’alternative ?

Bien plus encore y pousse l’intérêt évident pour l’Église d’une marche progressive vers une « normalisation ». Car, tout naturellement, une association de cette importance et de cette activité a vocation à être érigée. A moins, bien entendu, que les choses ne « tournent mal », et qu’elle ne soit condamnée. Mais justement on n’en est pas là, tout au contraire, puisqu’une première étape a été franchie : la «désexcommunication». Et on ne peut rester au milieu du gué.

Bien que non spécialiste, je fais aussi remarquer que, si le Code Canonique des Églises Orientales prévoit que des associations de fidèles peuvent incardiner des diacres et des prêtres, le Code de Droit Canonique latin ne le prévoit pas expressément, mais ne l’écarte nullement. Il y a même au moins un exemple historique de capacité donnée à une association de fidèles d’incardiner, celle donnée à l’association Opus cenaculi (l’œuvre de Loublande), fondée par Mgr Roche, un protégé du cardinal Tisserant (cette possibilité lui ayant été accordée, sauf erreur, vers 1964). Parmi les innombrables possibilités de reconnaissance progressive de la FSSPX, on pourrait donc aussi imaginer celle-ci : l’érection de la société en association ayant le pouvoir d’incardiner.

Le tout étant, il va de soi, un avis purement personnel, que j’émets sous réserve d’un meilleur jugement.

[Paix Liturgique] Le cardinal CANIZARES nous donne le sens 'VRAI' du Motu Proprio Summorum Pontificum

SOURCE - Lettre 181 de Paix Liturgique - 7 juin 2009

"Même s'il n'existait aucun traditionaliste à satisfaire", le Motu Proprio Summorum Pontificum aurait toute sa place dans l'Église. C'est, en substance, le sens de la préface que livre le Cardinal Cañizares, Préfet de la Congrégation du Culte Divin, à l'édition espagnole du dernier ouvrage de Nicola Bux “La Riforma di Benedetto XVI”.

Voici un extrait de cet important document.
---
Si l'on croit vraiment que l'Eucharistie est « la source et la sommet de la vie chrétienne » - comme le Concile Vatican II nous le rappelle -, nous ne pouvons pas admettre qu'elle soit célébrée d'une façon indigne. Pour beaucoup, accepter la réforme conciliaire a signifié célébrer une Messe qui devait être « désacralisée » d'une façon ou d'une autre. Combien de prêtres ont été traités de « rétrogrades » ou « anticonciliaires » pour le seul fait de célébrer d'une façon solennelle, pieuse, ou simplement pour avoir respecté rigoureusement les rubriques ! Il est indispensable de sortir de cette dialectique.

La réforme a été appliquée et habituellement vécue comme un changement absolu, comme s'il fallait créer un abîme entre l'avant et l'après Concile, dans un contexte dans lequel le terme « préconciliaire » était utilisé comme une insulte. On observe aussi le phénomène que le Pape note dans sa récente lettre aux évêques du 10 mars 2009 : « Parfois on a l'impression que notre société a besoin d'un groupe au moins envers lequel elle ne doit avoir aucune tolérance, contre lequel elle puisse se déchaîner avec haine ». Pendant des années, cela a été en bonne partie le cas des prêtres et fidèles liés à la forme de la Messe héritée des siècles, traités maintes fois « comme des lépreux », comme l'a dit de façon frappante celui qui était encore le cardinal Ratzinger.

Aujourd'hui, grâce au Motu Proprio, cette situation est en train de changer notablement. Et cela ce réalise en grande partie parce que la volonté du Pape n'a pas été uniquement de satisfaire les fidèles de Mgr Lefebvre, ni de se limiter à répondre aux justes désirs des fidèles qui se sentent liés, pour des motifs divers, à l'héritage liturgique représenté par le rite romain, mais bel et bien d'offrir à tous les fidèles la richesse de la liturgie de l'Église, en permettant la découverte des trésors de son patrimoine liturgique aux personnes qui les ignoraient encore. Combien de fois en effet le mépris affiché pour ces trésors n'est-il dû qu'à leur méconnaissance ?!

À ce titre, et considéré sous ce dernier aspect, le Motu Proprio doit être compris au-delà de l'existence ou non de conflits. Même s'il n'existait aucun « traditionaliste » à satisfaire, la seule découverte de ces trésors justifierait amplement les dispositions du Pape.

La reforma de Benedicto XVI - La liturgia entre la innovacion y la tradicion, Nicola Bux, Ciudadela Libros, 2009

---
Réflexions de PAIX LITURGIQUE


1 - Le Cardinal Antonio Cañizares Llovera n’est pas un vieux cardinal en retraite ni un électron libre. Agé de 64 ans, ce Cardinal espagnol est tout simplement le Préfet de la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements depuis le mois de décembre 2008. Autrement dit, c’est le n°1 de l’Eglise en matière liturgique. Il va donc de soi que lorsque le Cardinal parle du Motu Proprio Summorum Pontificum ou de la forme extraordinaire du rit romain, ce n’est pas son avis personnel qu’il donne mais bien ce que le Pape et l’Eglise proposent.

2 – La raison d’être du Motu Proprio Summorum Pontificum n’est pas de régler l’indélicatesse existant entre Rome et la Fraternité Saint Pie X. Les deux sujets sont indépendants l’un de l’autre. Une simple lecture du texte du Motu Proprio suffit pour comprendre cela. En effet, les expressions utilisées dans le Motu Proprio sont sans équivoque : « tout prêtre catholique de rite latin, qu’il soit séculier ou religieux », « des communautés d’Instituts de vie consacrée et de Sociétés de vie apostolique de droit pontifical ou de droit diocésain », « Les prêtres utilisant le Missel du bienheureux Jean XXIII doivent être idoines et non empêchés par le droit »…

Toutefois, compte tenu des étrangetés entendues ici où là dans les diocèses, force est de reconnaître que ce rappel de bon sens est opportun.

3 – La raison d’être du Motu Proprio Summorum Pontificum n’est pas non plus de répondre aux attentes des fidèles qui fréquentent les lieux de culte desservis par le clergé Ecclesia Dei (c’est le Motu Proprio de 1988 de Jean Paul II qui leur est destiné).

4 – Enfin, la raison d’être du Motu Proprio Summorum Pontificum n'est pas d'abord liée à la volonté de faire avancer le projet de réforme de la réforme comme le suggérait Monseigneur Aillet dans son ouvrage.

5 – Si le Motu Proprio Summorum Pontificum contribue certainement aux buts décrits ci-dessus, il faut chercher ailleurs la raison pour laquelle le Saint Père a voulu ce texte. En effet et comme l'a affirmé de nombreuses fois le Cardinal Dario Castrillón Hoyos, Préfet émérite de la Congrégation pour le Clergé et Président de la Commission pontificale « Ecclesia Dei » , Le motu proprio qui rétablit l'ancienne forme liturgique dans tous ses droits a d'abord pour but de rendre à l'Eglise un trésor de spiritualité liturgique qui a donné tant de grâces à l'Eglise et aux chrétiens depuis plus de 15 siècles. Voilà ce que rappelle magnifiquement le Cardinal Antonio Cañizares.

6 - Voici ce que nous répondons aux pasteurs étonnés ou inquisiteurs qui nous demandent inlassablement "pourquoi" nous désirons la célébration de la forme extraordinaire dans nos paroisses : « Offrir à tous les fidèles la richesse de la liturgie de l'Église, en permettant la découverte des trésors de son patrimoine liturgique aux personnes qui les ignoraient encore ». Quand on sait, grâce aux sondages CSA de novembre 2008 que 34 % des pratiquants actuels des paroisses assisteraient à la messe traditionnelle dans leurs propres paroisses, on comprend toute la justesse de vue du Saint Père.

Voila pourquoi nous demandons à nos évêques de permettre la célébration de ce trésor dans toutes les grandes paroisses et, a minima, partout où des fidèles en font la demande...

6 juin 2009

[Mascaret] Suite féconde

SOURCE - Mascaret - Bertrand Le Noac'h - 6 Juin 2009

«Paix liturgique» publie dans son N°176, une étude fort instructive sur l'évolution du nombre de séminaristes en France. A la fin du Concile, en 1966-1967, ils étaient 4 536. Aujourd'hui, en 2008-2009, ils sont environ 740, soit une chute de plus de 80%. Les entrées dans les séminaires qui étaient remontées légèrement dans les années 1980 connaissent une nouvelle décrue.

En 2008-2009, il y a, à quelques unités près, 740 séminaristes diocésains en France pour la forme ordinaire et 160 pour la forme extraordinaire (dont 40 environ pour la Fraternité Saint-Pie-X). Même s'il faut ajuster ces chiffres puisque dans l'effectif des séminaires diocésains la première année n'est pas prise en compte, au contraire des séminaires de forme extraordinaire, mais également puisque dans le séminaire diocésain de Toulon une quinzaine de séminaristes sont destinés à la forme extraordinaire sur la cinquantaine que compte cet établissement. On peut estimer qu'environ un quart des séminaristes est formé pour célébrer dans le mode extraordinaire alors que les paroisses dédiés à cette forme ne représentent pas un pour cent.

Ce qui nous permet de mesurer le privilège dont nous jouissons à Bordeaux, mais également qu'une paroisse comme la nôtre ne peut se contenter d'une honnête routine, mais se doit d'avoir un rayonnement au dessus de la moyenne. Un quart des séminaristes, moins de un pour cent des paroisses, le rééquilibrage ne se fera pas sans difficultés, et c'est en cela que l'image que nous fournirons sera un frein ou un exemple à suivre. Est-ce que je nous accorde trop d'importance ? Mais la goutte d'eau versée dans le Calice ne représente-t-elle pas notre part dans l'œuvre du Saint-Sacrifice ? L'aventure que nous avons vécue dans la réouverture de cette paroisse ne s'arrête pas alors que s'achèvent les derniers travaux. Première née d'une suite que nous souhaitons nombreuse et féconde, il va nous falloir œuvrer comme tout aîné alors que les fondateurs de notre paroisse ne seront plus à notre tête.

Bertrand Le Noac'h

[Mascaret - Abbé Ph. Laguérie] Editorial - Avançons!

SOURCE - Abbé Philippe Laguérie - 6 juin 2009
Au terme de cette année scolaire chargée de tant de grâces et de labeurs, il est temps de dresser les bilans et de fixer les orientations, comme les moyens, de notre apostolat. Les décisions à venir concernant l'Institut du Bon-Pasteur touchent de si près notre belle paroisse qu'il semble impossible de les démêler séparément. Nécessairement le Mascaret, simple bulletin paroissial à présent, se doit de faire état de décisions supérieures qui affectent la vie de Saint-Eloi.

Deux impératifs se dressent devant nous, à court terme.

Tout d'abord, la création d'un secrétariat central, dans tous les sens du terme, de l'Institut du Bon-Pasteur qui ne saurait donc se situer qu'à Paris. Je me dois à mes confrères, sans exception, et même si Saint-Eloi est et demeure la maison mère de l'Institut, le quotidien de mes devoirs exige mon retour, après 11 années de ministère exclusivement girondin, en la capitale. Je m'en suis ouvert au Cardinal Ricard, Archevêque de Bordeaux, qui m'a parfaitement reçu et compris, dans sa sollicitude habituelle à notre égard. Il est convenu avec lui que je reste curé en titre de Saint-Eloi pour une année, même si je dois être très souvent (habituellement) à Paris.

Inutile de préciser que je prends cette décision avec émotion et sans joie. Par stricte devoir et pour honorer la confiance que le Saint-Siège m'a faite en me confiant l'Institut.Comme un mari peut aimer sa femme et même sans doute davantage, j'aime viscéralement cette paroisse où j'ai donné sans compter tout ce que j'avais : mon temps, mes soucis, tout mon argent (c'est à dire le vôtre !), quelques qualités que Dieu m'a données, mon zèle pour la maison de Dieu (parfois dévorant) et jusqu'à ma sueur. Je reste donc en partant, je pars cependant en restant... comme vous voulez. Mais, foi de Laguérie, il faudra qu'elle tourne aussi bien et mieux encore si l'on veut bien m'y revoir avec le sourire et ma bonne humeur sans mérite.

Toujours d'accord avec le Cardinal, je serai donc remplacé par M. l'abbé Yannick Vella, un homme plein de zèle et vraiment capable de boucher un grand vide. Vous apprendrez à le connaître, à l'aimer, à l'écouter et... à lui obéir. Ses douze années de sacerdoce, son expérience à Marseille et à Aix, sa bonhomie, sa diplomatie innée et son autorité, que je soutiendrai bec et ongle, vous rendront la tâche aisée, agréable.

Le deuxième impératif est la création d'un lycée-collège, primaire-terminale, pour le compte du Bon-Pasteur. J'en ai confié la réalisation et la direction à M. l'abbé Régis Spinoza, qui a fait ses preuves en matière d'éducation et peut s'atteler vigoureusement à cette tâche gigantesque. L'affaire vient d'être signée, dans le centre de la France et les coordonnées précises vous seront données très rapidement, par tracts et dans la "Pastorale" des vacances. C'est donc dire aussi que l'abbé Spinoza va devoir abandonner la direction pédagogique de l'école Saint-Projet (que son zèle, entre autres, a fait passer de 40 à 100 élèves). Qu'il trouve ici toute ma gratitude personnelle pour son travail immense et, je pense, celle des enfants comme des parents qui en ont bien profité. Il est remplacé à cette direction par M. l'abbé Jean-Pierre Gaillard qui, de toute évidence, y a déjà fourni de très belles prestations ces deux dernières années.

Puisqu'évidemment un secrétariat central doit comporter le secrétaire attitré, M. l'abbé Alexandre Berche me suivra en la capitale. Il y aura donc trois permanents à Saint-Eloi l'an prochain: M. l'abbé Vella, responsable, et les abbés Julien et Gaillard. Je verrai avec mes assistants s'il y a lieu d'en ajouter impérativement un quatrième...

Je vous invite cordialement à toutes les cérémonies et réunions de cette fin d'année: elles sont presque sans interruption... Il n'est pas question de vous faire mes adieux : ni maintenant, ni plus tard. Je reste votre pasteur et le responsable de celui que la Providence vous envoie. Pas de jérémiades, de sentiments, de pleurs (ou de réjouissances !) intempestives. Vous restez devoir faire avec moi et moi avec vous, pour ma plus grande joie. Mais le Bon-Pasteur m'appelle et je veux répondre "présent", voilà tout. Qu' Il nous bénisse les uns et les autres, Celui dans la maison Duquel les demeures sont nombreuses.

Abbé Philippe Laguérie

[Présent] De Chartres à Paris : A l’exemple de saint Paul (Jeannne Smits)

SOURCE

De Chartres à Paris : A l’exemple de saint Paul

Cinq mille marcheurs – dont 1 500 enfants – et peut-être le double pour la messe finale qui fut célébre cette année place Vauban : le pèlerinage du Sacré-Cœur, 19e rendez-vous de Pentecôte de la Fraternité Saint-Pie X a connu cette année une affluence remarquable. La levée des excommunications en janvier, un attrait de plus en plus fort exercé par la « forme extraordinaire » du rite romain libéré par Benoît XVI, et aussi un esprit de solidarité alors que les pèlerins étaient privés de leur lieu habituel d’arrivée au pied de la basilique de Montmartre expliquent sans doute cette affluence. Il y avait assurément beaucoup d’habitués au point final de la marche, devant le dôme des Invalides. Mais aussi des « voisins » venus en amis, et même (sourire bienveillant au lèvres) un prêtre d’âge mûr en clergyman, gentiment accueilli, aux abords des barrières protégeant l’accès, par un confrère « tradi ».

Toutes les blessures ne sont pas cicatrisées, les fractures ne sont pas résorbées, et – point le plus important – les « discussions doctrinales » réclamées par la Fraternité Saint-Pie X pour clarifier des questions essentielles ne sont assurément pas achevées. Il n’empêche que, pour avoir écouté et vu ce qui se passait, place Vauban, en ce lundi de Pentecôte, j’ai eu l’impression non seulement d’une tranquille assurance mais aussi d’une volonté de paix.

Il eût été facile de tonner contre la Mairie de Paris qui par sectarisme avait fermé l’accès des marches de Montmartre à ces catholiques qui représentaient (assurait-on) une menace pour l’ordre public. La chose fut dite, bien sûr, vigoureusement, notamment par l’abbé Duverger lors de son « envoi ». Mais l’accent fut principalement mis sur l’appel personnel du Christ à chacun des pèlerins, invités comme saint Paul sur le chemin de Damas à se convertir à lui. A vivre et brûler de sa charité, à partager, grâce au don du Saint-Esprit, son zèle apostolique. Ne pas se tromper de priorité, tel semblait être le message de ce pèlerinage : ne point d’abord dénoncer ce qui va mal dans le monde (y compris chez les plus proches !) mais se tourner vers le Bien et en vivre. C’est reposant…

Quant à l’ordre public, dans ce quartier où passent bien des manifestations et, parfois, les « descentes » des voyous de banlieue, il ne fut pas franchement troublé. Les Invalides en ont vu d’autres, et les services de voirie ont connu des marches plus oublieuses de leurs déchets.

A défaut de disposer du texte écrit des divers sermons, allocutions, exhortations, on peut vivre les moments forts de ce pèlerinage quasiment comme si on y était. Le site de la Fraternité Saint-Pie X, www.laportelatine.org, a mis en ligne les enregistrements de la plupart d’entre eux, accompagnés de très nombreuses photos. L’homélie de Mgr Fellay à Villepreux, le dimanche de la Pentecôte, fut particulièrement remarquée : lui aussi parla de la sanctification personnelle : la nécessité de constituer des éléments de sainteté et de sanctification dans la société, quelle que soit l’aversion contre Dieu qui peut régner autour de nous.

Il a également mis en garde, rapporte « La Porte Latine » contre la tentation de ne considérer la situation de l’Eglise qu’au travers de ses aspects humains. C’est le Saint-Esprit qui sanctifie…

Comme tous les ans, la jeunesse de ce cortège courageusement déployé sur les routes de Chartres à Paris était frappante. Scouts, guides et autres enfants sages en faisaient presque autant que ces nombreux jeunes, étudiants ou grands lycéens venus de bien loin parfois, comme en témoignaient les drapeaux d’autres continents pour suivre le chemin de Marie. C’est la même jeunesse que celle qui remplit les routes de Chartres à Paris. Ensemble ils témoignent de la jeunesse du rite antique et de son attrait vers le haut.

Comme tous les ans… Mais cette année il y eut aussi beaucoup de médias ; des équipes de télévision s’astreignant aux mêmes marches que les pèlerins, des photographes, des journalistes. La presse se révéla (ceci expliquant assurément cela) plutôt bienveillante. Oubliés, les sobriquets, rangés, les mots qui tuent : « intégriste », « passéiste ». Cela ne laissera pas d’étonner alors que les médias du monde entier étaient montés au créneau contre le Pape et contre la levée de l’excommunication des quatre évêques de la Fraternité Saint-Pie X à la faveur des déclarations sur-exploitées de Mgr Williamson.

Il faut y voir, me semble-t-il, un des effets du Motu proprio qui produit ses bienfaits « à petits pas bien décidés ».

JEANNE SMITS

Article extrait de PRESENT n° 6855 du Samedi 6 juin 2009

3 juin 2009

[Monde&Vie/FC - Guillaume de Tanoüarn] Vauban et le pèlerinage de Chartres

SOURCE

Vous ne voyez pas le rapport ? Moi non plus. Mais c’est Place Vauban, dans le VIIème arrondissement que les pèlerins du Pèlerinage de Tradition ont débarqué cette année après 100 km de poudreuse. Responsable de cette déviation sur Paris sud d’un pèlerinage qui habituellement se rendait à Montmartre ? Sylvain Garel , membre « Vert » du Conseil de Paris. Il a fait interdire le Square (dépendant de la Ville de Paris) aux pèlerins de la FSSPX. Au fond, sans le vouloir, il a offert ainsi un cadeau en or aux traditionalistes, qui ont évité le coupe jambes de la Butte Montmartre et qui ont pu assister à la messe dans un cadre magnifique, à l’ombre du dôme des Invalides, avec l’autorisation de la Préfecture, moins politisée, plus respectueuse des libertés que la Municipalité gaucho-bobo. Lorsque les organisateurs du Pèlerinage ont déplié les parapluies jaunes et blancs, aux couleurs du Vatican, pour indiquer les emplacement où était distribuée la communion, on avait presque l’impression de revivre… la messe du pape en septembre dernier. Comme l’a noté sobrement mais non sans humour l’abbé Alain Nély, deuxième assistant du Supérieur général de la FSSPX, dans son sermon : « C’est un lieu prestigieux que la Providence a mis à notre disposition et nous l’en remercions.

Guillaume de Tanoüarn

[Paix Liturgique] 27ème Pèlerinage de Chartres : espérance et signes des temps

SOURCE

Lettre 180 - 2 juin 2009

La 27ème édition du pèlerinage organisé par l’Association Notre Dame de Chrétienté (www.nd-chretiente.com) n’aura pas manqué de signes encourageants.

Durant ces trois jours, de nombreuses personnalités ecclésiastiques en fonction dans les diocèses ont ainsi eu l’occasion de participer au pèlerinage et de lui accorder leur soutien.

Le samedi matin, Monseigneur Jérôme Beau, auxiliaire de l'archevêque de Paris a, comme à son habitude, accueilli les pèlerins dans la cathédrale pour l'envoi sur les routes.

Le dimanche après-midi, c’est Monseigneur Nicolas Brouwet, évêque auxiliaire du diocèse de Nanterre qui marchait avec les chapitres familles. L’évènement n’est pas neutre ; pour la première fois dans l’histoire du pèlerinage, un évêque français en fonction marche avec les pèlerins de Chartres. On se souvient que lors de l’édition 2006 du pèlerinage, l’abbé Brouwet avait déjà célébré la messe du samedi dans la forme extraordinaire du rit romain et donné une édifiante prédication. Aujourd’hui c’est en qualité de successeur des apôtres que Monseigneur Brouwet participe au pèlerinage.

Enfin la messe du lundi de Pentecôte fut célébrée par le Père Aubert, recteur de la cathédrale de Chartres, - qui célébre régulierement selon la forme extraordinaire dans sa cathédrale - et l’homélie prononcée par l’évêque du lieu lui-même, Monseigneur Pansard. Cette messe fut célébrée en présence de très nombreux prêtres, séminaristes et religieuses rattachés à Ecclesia Dei mais également en présence de personnalités diocésaines importantes parmi lesquelles, pour ne citer que les plus significatives, figuraient Monseigneur Chauvet, Curé de la Paroisse Saint François-Xavier et Vicaire épiscopal de l’archidiocèse de Paris pour l’usage de la forme extraordinaire du rit romain, qui déclarait il y a peu dans une réunion du GREC "qu'il lui semblait normal qu'à terme la forme extraordinaire soit célébrée dans toutes les grandes paroisses de Paris"… ou Monseigneur Descourtieux, chapelain de Notre Dame de Paris.

Si l’apartheid liturgique continue de demeurer la règle dans la majorité des paroisses et des diocèses de France, force est de reconnaître que les choses évoluent dans le bon sens. Trop lentement certes, mais inexorablement assurément. Pour les plus anciens qui ont connu les débuts de ce Pèlerinage et les portes fermées de Notre Dame de Paris et de Notre Dame de Chartres… l’heure est à l’action de grâce.

Nous voulons voir dans ces signes un gage d’espérance pour le millier de groupes de demandeurs qui se heurtent actuellement à la chape de plomb et au refus des autorités ecclésiastiques de leurs diocèses et que nous encourageons à persévérer à temps et à contre temps pour qu'enfin ils puissent vivre dans la paix, dans leurs paroisses et diocèses, au rythme de la forme extraordinaire du rite romain.

[La Vie] Le rendez-vous des intégristes

SOURCE

02.06.09 - Le rendez-vous des intégristes - par Jean Mercier

« Catholique et français toujours ! » Sous les bannières, le chant résonne dans les hauts-parleurs portatifs. Avec une centaine de kilomètres dans les pieds, les pèlerins mobilisés par la Fraternité sacerdotale Saint Pie X – les héritiers de Mgr Marcel Lefebvre dont les quatre évêques ont vu leur excommunication levée par Rome en janvier dernier – parcourent les derniers kilomètres de leur périple. Nous sommes en milieu d'après-midi, ce lundi 1er juin 2009, entre la Tour Eiffel et les Invalides. A la différence des années passées, et à la suite du véto des édiles du 18e arrondissement, le cortège ne gravira pas les pentes de Montmartre pour aboutir au Sacré-Cœur, un lieu emblématique du traditionalisme (la basilique fut élevée dans la volonté d'expier les fautes de la France impie à la fin du XIXe siècle), mais devant les Invalides, du côté de la place Vauban. Ce lieu prestigieux n'est pas non plus sans portée symbolique : de cet endroit, on peut presque voir le siège de la Conférence des évêques, avenue de Breteuil. Et, en septembre dernier, l'esplanade des Invalides avait été le théâtre du grand rendez-vous des catholiques avec Benoît XVI.

Cette année encore, le folklore du traditionalisme est au rendez-vous : bannières à l'ancienne, scouts marins droits dans leur uniforme bleu nuit, familles sages, jeunes prêtres en soutane. Mais l'allure sociologique des participants est plus métissée que ne le laissent imaginer les clichés : très peu de « crânes rasés », peu de personnes très endimanchées. Et des « français moyens » au look passe-partout.

Sous le soleil, on se félicite de cette édition 2009. L'impact médiatique de la levée des excommunications est certain, si l'on en croit la présence renforcée des photographes et des cameramen. Un abbé en soutane, le nez rougi sous son bob blanc explique aussi que la fréquentation est en hausse. « Nous avons distribué 800 communions de plus que l'an dernier au départ de Chartres ». Un autre prêtre confirme : « C'est cohérent avec ce que je vois sur le terrain. Dans la ville où je suis, on est débordé par l'affluence aux offices. C'est pareil pour la chapelle dépendant du diocèse qui bénéficie du Motu proprio. La messe de Saint Pie V attire de plus en plus... » Pourtant, alors que la messe commence, Place Vauban, il est difficile de croire que 12 000 personnes s'y trouvent rassemblées, selon l'affirmation sans doute optimiste de la Fraternité.

Sous une alternance de nuages et de franc soleil, la messe se déroule dans le plus grand recueillement, présidée par l'abbé Alain-Marc Nély, « second assistant » de Mgr Fellay. Sermon à la voix de velours, sauf quand il s'agit de dénoncer l'apostasie des nations chrétiennes. Dans la liste des causes de la « déchristianisation complète » et de la « ruine » de la société : la Renaissance, la Réforme, la Révolution française, le libéralisme, le socialisme, le communisme ! Difficile après de croire les lefebvristes quand ils disent qu'ils ne font pas de politique... « Le chrétien doit se préserver des erreurs pernicieuses » par la prière, « les sacrifices ». La souffrance rédemptrice est en effet l'un des piliers de la piété des « PieXistes », surnom que l'on pourrait donner aux lefebvristes à partir de leur appellation commune dans l'univers anglo-saxon et germanique (« les Frères Pie »).

A l'issue de la célébration, l'abbé Loïc Duverger, premier assistant du district de France donne le mot de la fin, avec la connotation combattante qui sied à l'événement : « Nous avons pu reprendre le cri de nos ancêtres : vive le Christ, roi des Francs.(...) Nous aurions dû fêter le 90ème anniversaire de la consécration de cette basilique », érigée à la suite d'un vote de l'Assemblée nationale à une période « où une majorité de députés catholiques étaient capables de voter de réelles lois ». Sous les applaudissements, le prêtre tribun fait référence au barrage de la mairie du 18è arrondissement, voté « sous le regard veule et lâche d'élus » et à la référence invoquée au risque d'atteinte à l'ordre public : « Or le désordre règne là où le Christ de règne pas ». Il rappelle « le droit inaliénable du Christ de régner sur les individus, les sociétés, les familles. (…) Qu'ils tremblent les ennemis de Dieu ! De Dieu, on ne se moque pas ! Terrible sera le bras de Dieu pour qui lui résiste. (…) Ne courbez pas la tête devant l'ennemi ! (…) L'homme combat et Dieu donne la victoire! ».

A l'issue de la célébration, L'abbé Régis de Cacqueray, supérieur du district de France, barbe naissante et visage bronzé, est inhabituellement détendu, et pas fâché finalement de cette délocalisation aux Invalides : « La Préfecture de Police a vraiment facilité les choses. Et je me félicite aussi que l'archevêché de Paris soit intervenu en notre faveur ». La nouvelle donne introduite par la levée des excommunications en janvier dernier n'est donc pas sans effet sensible sur le terrain.

2 juin 2009

[Le Salon Beige] Les 2 pèlerinages se sont rencontrés

SOURCE

Comme les années précédentes, les deux pèlerinages de Pentecôte marchant l’un de Paris vers Chartres, et l’autre de Chartres vers Paris, se sont rencontrés dans une clairière de la forêt de Rambouillet, du moins 2 de leurs chapitres. Créé à l’époque où il n’y avait qu’un seul pèlerinage, c’est-à-dire avant les sacres de 1988, le chapitre des Martyrs de Septembre avait été fondé en hommage au bienheureux abbé Gros, ancien curé de Saint-Nicolas du Chardonnet, mort aux Carmes avec plusieurs de ses confrères. À partir de 1989, il s’est scindé en deux groupes qui reproduisirent leur bannière à l’identique. La partie marchant avec le pèlerinage de Notre-Dame de Chrétienté est toujours animée par la chorale Montjoie-Saint-Denis.

Le dimanche de la Pentecôte, Pierre Vaquié, fondateur et ancien directeur du pèlerinage Notre-Dame de Chrétienté s’est rendu à Villepreux où il a rencontré Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité Saint-Pie X, qui célébrait la messe du pèlerinage de Tradition, pour lui manifester son soutien face aux attaques de la municipalité parisienne.

Michel Janva

[AFP- La Croix] Numéro "Spécial Pape": l'Agrif perd son procès contre Charlie Hebdo

SOURCE

L'Agrif, qui estime que Charlie Hebdo a "incité à la haine" contre les Chrétiens dans son numéro Spécial Pape de septembre 2008, a perdu mardi le procès qu'il avait intenté à l'hebdomadaire satirique devant le tribunal correctionnel de Paris.

L'Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne (Agrif) avait mis en cause "deux petits libelles éminemment toxiques".

Dans le premier, titré "Fondamentaux", on pouvait lire: "Messe en latin, éducation religieuse, moeurs rigoureuses... Benoît XVI est pour un retour aux fondements du catholicisme. Nous aussi: que l'on redonne les Chrétiens à bouffer aux lions".

Le second passage poursuivi était une "devinette": "De quel ouvrage pornographique est tirée cette phrase: +on lui amènera des petits enfants pour qu'il les touche+? Réponse: l'évangile selon St Marc. Et c'est juste après que ce gros cochon de Jésus-Christ s'exclame: +Laissez venir à moi les petits enfants+"

Ces deux brèves où "l'obscénité le dispute à la lourdeur" sont un "appel au lynchage des chrétiens", avait estimé à l'audience du 28 avril, l'avocat de l'Agrif, Me Jacques Parisot.

Sa contradictrice, Me Claire Chaillou s'était, elle, étonnée que l'association qui, depuis neuf ans, n'avait pas attaqué Charlie Hebdo, poursuive ces seuls "propos potaches", "bien en-deçà" de nombreux autres publiés par le journal.

Un point de vue adopté mardi par la 17e chambre, qui n'a pas hésité à condamner l'Agrif à verser un euro de dommages et intérêts à Charlie Hebdo pour procédure abusive.

Aux yeux des magistrats, le premier texte, "qui unit volonté humoristique et critique des choix de l'homme d'église, ne peut évidemment être sérieusement compris par quiconque comme un appel au meurtre des chrétiens".

Quant au second passage, remarquent les juges, Charlie Hebdo "reprend une plaisanterie qu'il n'est pas le premier à avoir faite, et sur le bon goût de laquelle il n'appartient pas au tribunal de se prononcer, mais que personne ne peut comprendre comme imputant sérieusement à Jésus-Christ des actes de pédophilie".

[Le Monde] Décomplexés, les intégristes catholiques font une démonstration de force à Paris - 02.06.2009

SOURCE

Premier mystère glorieux : la Résurrection". La voix féminine poursuit sa lecture, et ses paroles accompagnent l'entrée du "chapitre" d'Anjou dans les rues de Paris. Sous les étendards de leur région et des drapeaux bleu-blanc-rouge frappés du Sacré-Coeur, plusieurs milliers de fidèles catholiques de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X (FSSPX) achèvent, lundi 1er juin, leur traditionnel pèlerinage de Pentecôte Chartres-Paris. Alternant chants et prières en français ou en latin, les pèlerins traversent, sous les regards incrédules et les coups de Klaxon agacés, les beaux quartiers, avant d'assister devant les Invalides à une messe en plein air.

Mis en avant par Benoît XVI en janvier avec la levée de l'excommunication des quatre évêques de la FSSPX, dont le négationniste Richard Williamson, le mouvement schismatique fondé par Mgr Lefebvre se livre à sa démonstration de force annuelle de manière décomplexée. Le geste du pape, qui à l'issue de "discussions doctrinales" espère ramener la Fraternité dans l'Eglise, semble l'avoir confortée dans son choix d'une tradition intransigeante. En dépit de "l'affaire Williamson", que les fidèles s'emploient à minimiser, son image "s'est améliorée", affirment les fidèles. "Nous sommes un peu moins insultés par les autres catholiques", assure Perrine, une mère de quatre enfants, venue des Yvelines.

PROVOCATION

"L'évidente volonté du Saint-Père à composer avec nous rend les évêques et les prêtres plus conciliants", reconnaît aussi l'abbé François de Champeaux. Mais, comme nombre de ses ouailles, ce prieur de la Fraternité à Bergerac reste convaincu qu'entre Rome et eux "les divergences sont irréconciliables" et qu'au fond seule "la prière" y pourra quelque chose.

De fait, dans le cortège, les critiques sur les orientations du concile Vatican II, à l'origine de ce courant, ne faiblissent pas. "Des sacrements dévalorisés", "une liturgie au rabais", "un catéchisme de récréation", "un syncrétisme déplacé", "des églises vides" : telle est la vision qu'ont ces fidèles de "l'Eglise moderne". "Mettre toutes les religions sur le même plan, célébrer des messes n'importe comment, tout cela m'est apparu insupportable, et j'ai rejoint la tradition il y a dix ans", témoigne Didier Deltenre, un fidèle belge de 54 ans. "Même des théologiens conciliaires commencent à reconnaître ces difficultés", assure l'abbé parisien Alain Lorans, qui partage avec les fidèles la conviction que "c'est à l'Eglise conciliaire de revenir à la tradition et non l'inverse".

"Français et catholiques toujours", entonnent avec force les pèlerins à intervalle régulier. L'espérance des intégristes catholiques est de voir l'avènement "d'un pape et de gouvernants vraiment catholiques", comme l'explique l'abbé de Champeaux.

Pourfendeurs des "droits de l'homme", beaucoup assurent que le respect du Décalogue devrait suffire. "Les Etats doivent suivre la loi de Dieu, or ils ne le font pas lorsqu'ils autorisent l'avortement", regrette le frère Jean-Benoit, chef d'un groupe de scouts marins à Saint-Malo. "Sans regret" pour la monarchie française, le religieux de 30 ans, estime néanmoins que " ce régime voulu et permis par Dieu correspondait à cette conception". Le retour à la morale et à la loi naturelle leur apparaît d'autant plus nécessaire qu'un "autre Dieu a de plus en plus droit de cité en France", souligne aussi Jean-Marc Delabrière, un Normand de 40 ans, dans une allusion à l'islam jugé "oppressant".

Le 29 juin, le petit monde lefebvriste, estimé à 150 000 personnes, donnera à nouveau de la voix. Dans un geste qui pourrait apparaître comme une provocation à nombre de catholiques conciliaires, le supérieur Mgr Bernard Fellay ordonnera huit prêtres à Ecône (Suisse), alors même que le Vatican n'a toujours pas donné de statut canonique aux évêques.

Stéphanie Le Bars

[septiemetribune.fr] Messe traditionnelle en latin place Vauban

SOURCE

Messe traditionnelle en latin place Vauban

Après 100 km de marche à pied, parfois accompagné d’un jeûne, les fidèles de la Fraternité Sacerdotale St Pie X achèvent aujourd’hui leur pèlerinage de la Pentecôte par une messe en latin sur la place Vauban.

Deux jours après le début du pèlerinage à Chartres, la communauté religieuse de la Fraternité Sacerdotale St Pie X (FSSPX) fait une entrée remarquée dans Paris. « Il s’agit d’effectuer une procession gigantesque pour donner une impression de force ». Avec plus de 8000 fidèles dont 2000 enfants, un record par rapport aux années précédentes, l’effet est réussi. Devant de nombreux passants et touristes ébahis, cette longue procession clôture une marche de 105 km débutée samedi à Chartres. Rythmée par des chants et prières en latin, elle traverse la capitale du bois de Boulogne au Trocadéro, pour venir célébrer une messe de clôture place Vauban. Plus qu’un simple pèlerinage, il s’agit pour ces chrétiens traditionnalistes de l’ordre religieux créé par monseigneur Lefebvre en 1970 de témoigner publiquement de leur engagement envers la tradition chrétienne.

Cortège massif guidé par la croix et Sainte Marie, chant et messe en latin, prière à genoux, il faut « ébranler la cité jusque dans ses fondations tel le peuple d’Israël devant Jéricho » rappelle le livret du Pèlerin. Ce rassemblement de la Pentecôte 2009 se déroule sous le patronage de St Paul et met l’accent sur la dimension missionnaire des chrétiens. « La Pentecôte célèbre la descente du Saint Esprit sur terre à l’origine des missions » explique l’Abbé Lorans, pour qui « la tradition chrétienne est un trésor qui ne doit pas être enterré. » Selon lui, la polémique qui entoure son ordre religieux n’est qu’un problème de compréhension. « Beaucoup de gens voient la célébration d’une messe en latin comme un symbole de repli, il s’agit au contraire de la langue internationale du christianisme. Le pèlerinage de la Pentecôte réunit des Allemands, des Autrichiens et même des Malgaches ». Pourtant, cette procession qui se déroule chaque année est l’objet de nombreux débats au sein du Conseil de Paris. Privée du square de Montmartre qui doit « rester un lieu de loisirs », la fraternité est comparée par Daniel Vaillant, maire du XVIIIe et ancien ministre de l’Intérieur et du Culte, à une « mouvance de l’extrême droite intégriste. » Devant plusieurs milliers de fidèles abattus par la fatigue et revigorés par la ferveur de leur foi, l’Abbé Alain Marc Nély remercie pendant la messe de clôture la Providence pour les avoir installés sur ce lieu prestigieux.

1 juin 2009

[AFP - La Croix] Pèlerinage de Pentecôte à Chartres

SOURCE

Après trois jours de marche, 10.000 catholiques traditionalistes ont rejoint lundi la cathédrale de Chartres après avoir parcouru depuis samedi une centaine de kilomètres depuis Notre-Dame de Paris, à l'occasion du 27ème pèlerinage de Pentecôte.

Organisée par l'association Notre-Dame de la Chrétienté, groupe reconnu par Rome, cette marche vers l'un des plus importants sanctuaires français voué au culte marial rassemble chaque année des couples, des familles, des religieux, mais a laissé cette année, plus que d'habitude, la part belle à la jeunesse.

"Les jeunes sont de plus en plus nombreux au fil des années", selon le porte-parole de l'organisation Aymeric Richard. Selon lui, "la moyenne d'âge du pèlerinage oscille entre 16 et 25 ans".

Béret vissé sur la tête, chemise brune et bermuda bleu foncé, les plus jeunes participants ont ouvert la marche vers la sanctuaire de la cathédrale, arborant des dizaines de bannières multicolores à leffigie de saints.

Derrière eux, beaucoup de chapitres composés d'énormément d'étudiants venus de toute la France pour proclamer leur foi, ont entonné des cantiques à Marie, entrecoupés de lectures bibliques et d'intentions de prières.

"On prie pour le pape, pour l'Eglise et pour tous ceux qui sont blessés dans leur vie", a confié Quentin, 23 ans, de Paris, pèlerin assidu depuis son enfance.

Pour lui, cette marche vers Notre-Dame de Chartres est "un temps fort spirituel où la prière, l'effort et le dépassement de soi à travers la marche est essentiel".

[Le Point] 10.000 à 12.000 traditionalistes célèbrent la messe en latin à Paris

SOURCE

Dix à douze milles catholiques traditionalistes, selon les organisateurs, se sont réunis lundi à Paris, derrière les Invalides, pour la messe clôturant le pèlerinage de Pentecôte depuis Chartres. Parmi les fidèles, se trouvaient de nombreux jeunes en tenue de scout et des prêtres en soutane. Des pèlerins portaient des drapeaux de différents pays et des étendards de troupes scouts.

Pour la première fois, cette messe en rite tridentin (en latin avec le prêtre tournant le dos au public), qui avait lieu depuis vingt ans devant le Sacré-Coeur, s'est tenue place Vauban (VIIe arrondissement), la municipalité de Paris ayant refusé aux organisateurs de se rendre au pied du monument du XVIIIe arrondissement. "C'est une déception car le Sacré-Coeur est un symbole spirituel mais ce cadre prestigieux nous convient", a déclaré le père Alain Lorans, responsable de la communication du "Pèlerinage de tradition", l'association organisatrice de ce pèlerinage depuis Chartres.

Selon les organisateurs, 5.000 à 6.000 pèlerins sont partis samedi matin de Chartres pour arriver lundi après-midi à Paris. Ils ont été rejoints par d'autres fidèles au fur et à mesure du parcours. Deux jeunes filles en provenance de Chartres, Mathilde et Clothilde, âgées de 13 ans et 12 ans, ont estimé que l'événement était "un peu gâché". "Les années précédentes, le Sacré-Coeur, c'était la dernière montée et on voyait mieux car c'était en pente mais l'esprit est le même", ont déclaré à l'AFP les deux adolescentes en tenue de scout, jupe bleu marine, chemisier bleu et béret. Le pèlerinage de tradition, qui dépend étroitement de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X, s'est inscrit cette année dans les pas de Saint-Paul avec pour credo l'évangélisation.

[Le Parisien] Les intégristes maintiennent leur rassemblement - 01/06/2009

SOURCE

Les intégristes maintiennent leur rassemblement
Interdits de rassemblement au pied du Sacré-Coeur, les intégristes de la Fraternité Saint-Pie-X (FSSPX ) ont maintenu leur messe de Pentecôte aujourd’hui, dans le VII e .

Benoît Hasse | 01.06.2009

Ils seront privés de messe au pied du Sacré-Coeur… mais pas de leur pèlerinage jusqu’à Paris. Depuis quatorze ans, les disciples de la FSSPX des catholiques ultratraditionalistes excommuniés par le Vatican en 1988 achevaient leur rassemblement de Pentecôte à Montmartre, sous les marches de la basilique. Mais cette année, la mairie de Paris a refusé de mettre le square municipal, qui accueillait la messe, à la disposition de cette fraternité qualifiée d’intégriste.
Les traditionalistes se sont donc « repliés » in extremis dans le VII e arrondissement.
Entre 3 000 et 5 000 personnes pourraient participer à la messe (en latin) du lundi après-midi place Vauban. « C’est dans la capitale que se manifestera le mieux notre détermination à résister à la vague montante de christianophobie », insiste l’abbé Loïc Duverger, responsable du pèlerinage. Suivi ou pas, ce nouveau pèlerinage de la FSSPX se déroulera cette année dans un contexte très polémique.

« Les responsables de la Fraternité nous ont dit qu’ils avaient fait le ménage chez eux. Mais on a du mal à le voir »

En avril dernier, l’examen du sujet au Conseil de Paris avait tourné au débat houleux entre majorité et opposition. « Il serait regrettable de continuer à accueillir dans un square municipal une organisation qui se classe dans la mouvance de l’extrême droite intégriste », justifiait alors le maire PS du XVIII e (et ancien ministre de l’Intérieur et des Cultes) Daniel Vaillant.
« Les responsables de la Fraternité nous ont dit qu’ils avaient fait le ménage chez eux. Mais on a du mal à le voir », confirme Yves Pozzo di Borgo, sénateur et président du groupe Nouveau Centre à la mairie, en reconnaissant que le sujet a plongé son groupe politique dans l’embarras. « Cela dit, Paris ne va quand même pas se mettre à interdire des messes en plein air, précise l’un de ses collaborateurs. La dernière fois que cela s’est fait, c’était du temps… de la Commune ! »
Vendredi, la préfecture de police de Paris a précisé qu’elle n’avait ni interdit ni autorisé la messe intégriste. « Nous avons simplement enregistré une déclaration de manifestation sur la voie publique dans le VII e . » Le directeur de cabinet de Rachida Dati, maire (UMP) de l’arrondissement concerné, qui affirme l’avoir appris au dernier moment, n’a pas souhaité faire de commentaires. Le pèlerinage traditionaliste est parti de Chartres hier matin. Parmi les consignes données aux pèlerins, les organisateurs rappelaient l’interdiction du « port de tenues paramilitaires ».

30 mai 2009

[americatho] Ordonné aujourd’hui pour l’archidiocèse de Détroit, il célèbrera demain sa première Messe… en forme extraordinaire

SOURCE

L’abbé Charles White IV – le quatrième Charles dans la lignée masculine continue des White –, a été ordonné ce matin prêtre de Jésus-Christ des mains de son ordinaire, Mgr Allen H. Vigneron, archevêque de Détroit (Michigan), avec quatre autres diacres de l’archidiocèse (...). La cérémonie s’est déroulée dans la cathédrale du Très Saint Sacrement de Détroit. Demain matin, il célèbrera à 9 h 30 sa première Messe comme prêtre dans la banlieue de Détroit en l’église l’Assumption Grotto dont Charles White était un paroissien, mais selon la forme extraordinaire (...). La forme extraordinaire est célébrée tous les dimanches dans cette paroisse. Avouez que ces Michigans ont bien de la chance, mais notez aussi que beaucoup d’évêques américains ont une relation à la forme extraordinaire un peu moins “crispée” que certains de leurs confrères français. Pierre après pierre, la forme extraordinaire avance…

[Sodalitium] Silveira sur le NOM, préface de l'abbé Ricossa

SOURCE
"En 1994, l’Institut Mater Boni Consilii publia une traduction italienne du livre La Nouvelle Messe de Paul VI, qu'en penser ? de Arnaldo Xavier da Silveira, publié en France par la Diffusion de la Pensée Française (DPF) en 1975. Plus exactement, il s’agissait d’une traduction de la première partie du livre de Silveira (la partie portant sur l'étude de la nouvelle messe). À cette occasion, l'abbé Ricossa, supérieur de l'Institut Mater Boni Consilii, rédigea une présentation au livre de Silveira. C’est cette présentation que nous vous proposons ici en français.
Les numéros entre parenthèses renvoient aux notes, à la fin de la préface.

Tout le monde connaît Jean Guitton. Philosophe, élève d'Henri Bergson (1859-1941) ; depuis 1961 il est un des immortels de l'Académie Française. Cependant, il ne jouissait pas du même prestige dans le monde catholique, jusqu'au moment où Jean XXIII, à la surprise de tous, le nomma expert au concile Vatican II. Il fut l'ami intime de Paul VI : c'est à lui que Paul VI adresse le 8 décembre 1965 son Message aux intellectuels catholiques, durant la cérémonie de cloture de Vatican II. Quand, en 1950, Jean Guitton avait écrit un livre sur la Sainte-Vierge sévèrement censuré par l'Osservatore Romano à cause de son approche œcuméniste, Mgr Montini tint à le rencontrer pour lui dire combien, au contraire, son livre lui avait plu. Depuis ce moment, ils se virent souvent, tous les ans, même après que Montini devint Paul VI. Guitton nous a laissé son souvenir de ces entretiens confidentiels dans le livre Dialogue avec Paul VI ; en le lisant, Paul VI lui envoya le télégramme suivant : “Nimis bene scripsisti de nobis”, c'est à dire “tu as très bien écrit à notre sujet”, reprenant avec audace les paroles que Notre Seigneur, miraculeusement, adressa un jour à saint Thomas d'Aquin. Jean-Paul II, à son tour, se lia d'amitié avec lui : il lui confia la “conversion” de François Mitterand… Le témoignage de Jean Guitton sur la pensée et les intentions de Paul VI est donc digne de foi et de confiance : c'est le témoignage d'un ami, d'un disciple et d'un confident… “L'intention de Paul VI — déclara Guitton le 19 décembre 1993 — en ce qui concerne la liturgie, ce qu'on appelle la vulgarisation de la messe, était de réformer la liturgie catholique de façon à ce qu'elle coïncide à peu de choses près avec la liturgie protestante, avec la Cène protestante. […] Je répète que Paul VI a fait tout ce qui était en son pouvoir pour rapprocher la Messe catholique — en ignorant le concile de Trente — de la Cène protestante. […] Je ne crois pas me tromper en disant que l'intention de Paul VI et de la nouvelle liturgie qui porte son nom est de demander aux fidèles une plus grande participation à la Messe, et de donner une place plus grande à l'Écriture, et une place moins grande à tout ce qui en elle est — certains disent magique — d'autres parlent de Consécration transsubtantielle, et qui est la foi catholique. En d'autres termes, il y a en Paul VI une intention œcuménique d'effacer — ou au moins de corriger, d'atténuer — ce qu'il y a de trop catholique, dans le sens traditionnel, dans la Messe, et de rapprocher la Messe catholique, je le répète, de la Messe calviniste” (cf. citation dans Sodalitium n°39 p.62). Encore une fois, Guitton a “bien parlé” de Paul VI : on ne pouvait pas mieux exprimer l'intention qu'il avait en lançant le nouveau missel et, par conséquent, l'intention que tout prêtre nécessairement adopte quand il célèbre avec la liturgie de “Paul VI”. Si les choses sont ainsi, nous ne sommes plus étonnés des paroles des cardinaux Alfredo Ottaviani et Antonio Bacci, lesquels en écrivant justement à Paul VI, déclarèrent que le nouveau missel s'éloigne de façon impressionnante, dans l'ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la Sainte Messe” (1).

Quand Paul VI, le 3 avril 1969, promulga le nouveau missel, ou quand, le 30 novembre de la même année, celui-ci fut utilisé pour la première fois dans les églises du monde entier, les fidèles dans leur grande majorité n'en firent pas grand cas. Après des siècles et des siècles d'immuables traditions, en quelques années, à l'improviste, tout était déjà changé dans leurs paroisses. Les premières nouveautés, de caractère accidentel plus que substantiel, disciplinaire plus que doctrinal, les avaient troublés davantages justement à cause de leur nouveauté : Messe dialoguée, Messe du soir, réforme du jeûne eucharistique et de la Semaine Sainte, tout cela déjà avant le Concile. Vint le Concile Vatican II, et ce fut la “révolution d'Octobre dans l'Église”, selon les paroles du Père Yves Congar o.p., récemment créé cardinal (!?!). Et la révolution commença justement à partir de la liturgie. La suppression du latin, la célébration face au peuple et la disparition du chant grégorien, remplacé par des chansonnettes, frappèrent beaucoup. Arrive 1968, et la morale commune, fruit de 2000 ans de christianisme, est balayée. Ne nous étonnons pas si en 1969, quand fut introduit un nouveau missel qui faisait disparaître l'antique missel romain, peu s'en aperçurent et s'en plaignirent. Les autres hésitaient ou étaient déjà en train de déserter les églises. En présentant le nouveau missel, Paul VI déclara que seules les personnes pieuses se plaindraient de la disparition de l'ancienne liturgie ; ce qui, en y réfléchissant, est déconcertant !

C'est un fait que beaucoup de ces “personnes pieuses” ne se résignèrent pas à assister à une Messe trop semblable à la Cène protestante. “Il est évident que le Novus Ordo ne veut plus représenter la foi de Trente. À cette foi, cependant, la conscience catholique est liée pour toujours. Le vrai catholique est donc placé, par la promulgation du Novus Ordo, dans une tragique nécessité de choisir”. Ainsi s'exprimèrent les théologiens et liturgistes qui écrivirent le célèbre Bref examen critique du Novus Ordo Missæ, présenté justement par les cardinaux Ottaviani et Bacci. Il s'agit du premier écrit qui fasse autorité sur le nouveau missel. Les “vrais catholiques” se trouvent ainsi dans une “tragique nécessité de choisir”, et ils choisirent de réfuter le nouveau missel, même au prix d'être condamnés comme “rebelles”. Dans un seul coin du monde, dans le diocèse brésilien de Campos, gouvernée pas l'évêque Mgr Antonio de Castro Mayer, l'année 1969 passa sans rien changer. Le nouveau missel y fut presque inconnu et rien ne changea pour les fidèles, parce que tout le clergé diocésain, de l'évêque au dernier prêtre, conserva l'ancien missel romain. De ce diocèse, et de son prélat, partit en direction de Rome une étude adressée, comme le Bref examen critique, à Paul VI en personne. Mgr de Castro Mayer soumettait à Paul VI ses critiques doctrinales concernant l'encyclique social Octogesima adveniens, le document conciliaire sur la liberté religieuse Dignitatis Humanæ (du 7 décembre 1965), et le nouveau missel. Ce que vous pouvez lire maintenant, grâce à la traduction italienne, est la première partie de l'étude sur le nouveau missel envoyé par l'évêque de Campos à Paul VI. L'auteur de l'étude en question est Arnaldo Vidigal Xavier da Silveira, déjà enseignant à l'Université catholique pontificale de San Paolo au Brésil et membre fondateur de la Società Brasiliana de Difesa della Tradizione, Famiglia e Proprietà (T.F.P.), de laquelle il s'éloigna par la suite. Il semble cependant que Mgr Mayer lui-même ait collaboré directement à la rédaction du livre, préférant cependant ne pas y apposer son nom. Le libre, publié en Portugais en réunissant les trois études différentes écrites en 1970 et 1971, ne connut pas une grande diffusion justement parce qu'elle était destinée au Vatican plus qu'au grand public. Traduit en Français en 1975, le livre, après avoir été imprimé, resta pendant de longues années dans les cartons de la maison d'édition sans pouvoir être diffusé. C'est seulement beaucoup plus tard que, du Brésil, la commercialisation en fut autorisée. Pendant longtemps, l'ouvrage de Silveira fut lu comme un Samizdat, ce qui, il faut le dire, augmenta de façon démesurée l'intérêt des lecteurs ! Les rares chanceux qui possédaient une photocopie du livre mystérieux étaient enviés de tous ceux qui s'intéressaient au problème du nouveau missel. Dans son édition original, le livre de Silveira est divisé substantiellement en trois : la première partie, publiée ici, sur la “nouvelle messe”, un appendice à la première partie sur “l'infaillibilité de l'Église dans ses lois liturgiques”, et une seconde partie sur “l'hypothèse théologique d'un Pape hérétique”. Il faut dire que ce sont justement ces deux derniers thèmes qui ont davantage intéressé les lecteurs et qui font parler d'eux, aussi parce que c'était la première fois que ces sujets (infaillibilité des lois liturgiques et hypothèse d'un Pape hérétique) étaient réunis dans le problème du nouveau missel.

Quel est le lien entre l'examen du nouveau missel de Paul VI, le problème de l'infaillibilité des lois ecclésiastiques et l'hypothèse d'un Pape hérétique ? C'est vite dit. L'auteur conclut son livre avec une affirmation catégorique : “Il est impossible d'accepter la nouvelle messe”. Il ne s'est pas limité à l'affirmer, naturellement, mais il l'a démontré dans les pages que vous avez maintenant dans vos mains. Il s'agit de la constatation d'un fait, que les paroles de Jean Guitton, citée au début de ma présentation, confirment ad abundantiam. Cependant, cette conclusion, si elle clot un problème, en ouvre beaucoup d'autres, et qui sont plus graves encore. En effet, si le nouveau missel de Paul VI ne manifeste plus de façon adéquate la foi catholique et est en conséquence nocif pour les âmes, comment peut-il avoir été promulgué par le Pape ? Comment peut-il être un rite de l'Église ? Et si le nouveau missel, par contre, a été vraiment promulgué par le Pape et est un rite authentique de l'Église, comment peut-il être nocif pour les âmes ou incorrect sur le plan doctrinal ? La conclusion de l'auteur ne doit-elle pas être déclarée, a priori et sans examen, comme absurde et impossible ? Beaucoup l'ont pensé. L'auteur a eu certainement le mérite de ne pas avoir caché la difficulté et même de l'avoir explicitement affrontée. Hélas, la réponse qu'il propose, même si bien argumentée, me semble erronée. De cette erreur de départ, dérivent ensuite beaucoup d'autres erreurs de jugement de la situation actuelle de l'Église commises dans le milieu “traditionaliste”. Mais quelle est la position de Silveira ? Dans son appendice sur l'infaillibilité des lois liturgiques, Silveira expose avant tout la doctrine traditionnelle de l'Église, qui présente comme une doctrine certaine l'infaillibilité des lois universelles de l'Église en générale, et des lois liturgiques en particulier. Si l'Église permettait ou à fortiori ordonnait des pratiques inutiles, dangereuses ou nocives aux âmes, que resterait-il de sa sainteté ? Ses rites ne seraient plus saints et sanctifiants, comme les avait voulus le Christ Lui-même. Que resterait-il alors de son apostolicité ? L'Église d'aujourd'hui ne serait plus la même que celle des apôtres. En conséquence que resterait-il de son indéfectibilité ? Les portes de l'enfer auraient prévalu sur elle. Voyons pourtant quel est l'opinion des saints docteurs et du Magistère même de l'Église. À ceux qui niaient que les enfants avaient le péché originel, saint Augustin répondait que l'Église les baptisait, et “qui pourra jamais avancer un quelconque argument contre une mère si sublime ?” (2). Saint Thomas, en se demandant si le rite de la confirmation est convenable, après avoir avancé toutes les objections possibles, répond simplement : “au contraire, l'usage de l'Église, qui est gouvernée par l'Esprit-Saint, suffit” ; enfin, ajoute-t-il, “le Seigneur a fait cette promesse à ses fidèles : 'là où deux ou trois seront réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux' (Mat 18,20). On doit donc tenir comme ferme que les ordres de l'Église sont dirigés par la sagesse du Christ. Et en conséquence, nous devons être certains que les rites observés par l'Église dans la confirmation et dans les autres sacrements sont convenables.” (3) Voilà, substantiellement, la réponse que l'Église a toujours donné à tous ces hérétiques qui critiquaient l'un ou l'autre de ses rites, ou leur ensemble. Ainsi, furent condamnés, par le concile de Constance (1415) et par le Pape Martin V (en 1418), les hussites (4) qui refusaient l'usage de la communion sous une seule espèce (5) et dépréciaient les rites de l'Église (6) ; ainsi le Concile de Trente (1545-1563) condamna les luthériens qui rabaissaient le rite catholique du baptême (7), l'usage de conserver le Saint-Sacrement dans le tabernacle (8), le canon de la Messe (9) et toutes les cérémonies du missel, les ornements, l'encens, les paroles prononcées à voix basse, etc. (10), la communion sous une seule espèce (11)… De la même manière, les jansénistes réunis au Synode de Pistoie (1786) furent condamnés par Pie VI (1794) pour avoir amené à penser que “l'Église, qui est dirigée par l'Esprit de Dieu, puisse constituer une discipline non seulement inutile […] mais aussi dangereuse et nocive…” (12). Donc, pour être bref, il est impossible que l'Église donne du poison à ses enfants (13). Il s'agit d'une vérité “si certaine théologiquement, que la nier serait une erreur très grave ou même, selon l'opinion du plus grand nombre, une hérésie” (cardinal Franzelin).

Silveira reconnaît tout cela, mais craint que cette doctrine aille au secours du nouveau missel. Il écrit, en effet : “On pourrait faire à nos réflexions sur la nouvelle messe l'objection suivante : puisque les théologiens admettent communément le principe selon lequel l'Église est toujours infaillible dans ses lois universelles, le simple doute sur la pureté de la doctrine de l'Ordo de 1969 n'est pas légitime” (14). Tel est par exemple l'argument principal, a priori, de don Piero Cantoni, en faveur de l'orthodoxie du nouveau missel (15). Silveira cherche à l'éluder, en diminuant la porter de la doctrine de l'Église sur l'infaillibilité des lois liturgiques : elles seraient bien infaillibles, mais seulement à certaines conditions, qui ne seraient pas présentes dans l'acte de promulgation du nouveau missel de la part de Paul VI. De cette manière, les doutes soulevés dans la première partie du livre seraient licites. En réalité, dans cette partie du livre, Silveira confond deux choses distinctes. Une chose est de dire que les lois universelles de l'Église (dont celles liturgiques) ne peuvent être nocive pour les âmes ; autre chose est de soutenir que “la loi de la prière puisse établir la loi de la foi” (16), c'est à dire qu'on puisse déduire une doctrine infaillible et irréformable d'une discipline liturgique. Les rites liturgiques approuvés par l'Église ne peuvent être mauvais (et dans ce sens 'négatif', l'Église est infaillible dans leur promulgation), mais cela ne signifie pas qu'ils soient tous de la même manière irréformables, comme l'est l'enseignement dogmatique de l'Église. Pour que d'un texte liturgique (par exemple, à partir de l'existence de la fête de la médiation de la Sainte-Vierge) on puisse déduire qu'une proposition (par exemple : la Sainte-Vierge est médiatrice de toutes grâces) est une vérité de foi, il faut effectivement des conditions. Pour cela, on ne peut pas exclure qu'exceptionnellement, dans certains textes liturgiques approuvés par l'Église, il y ait des inexactitudes ou même des erreurs matérielles (comme celles signalés par Silveira) ; mais il reste néanmoins toujours impossible que ces imperfections puissent être nocives pour la foi ou la morale du peuple chrétien. En conséquence, l'objection tirée du fait que Paul VI a approuvé le nouveau missel et toute la réforme liturgique se maintient, et Silveira — selon moi — n'y a pas répondu de façon adéquate. S'il est promulgué par la souveraine autorité de l'Église, le nouveau missel peut être à son tour réformé, il peut même être jugé moins opportun que celui traditionnel, mais il ne peut absolument pas “s'éloigner de façon impressionnante de la théologie catholique de la Sainte Messe”, comme l'ont dénoncé les cardinaux Ottaviani et Bacci, et comme l'a démontré le livre de Silveira. “Le fait d'exprimer des réserves de caractère doctrinal sur une loi ecclésiastique universelle n'implique-t-il pas semble-t-il la négation de l'autorité infaillible de la personne qui a promulgué la loi ? Nous appliquons ce doute au cas qui nous intéresse : un vrai Pape peut-il imposer à l'Église universelle un Ordo Missæ susceptible de provoquer des réserves sur son aspect dogmatique ?” Silveira se pose la question (17) et le résoud, comme nous avons vu, en admettant la possibilité d'une erreur doctrinale dans un Ordo Missæ promulgué par un vrai Pape. Le Cardinal Seper, prédecesseur du Cardinal Joseph Ratzinger à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la Foi (ex-saint Office), n'était pas de cet avis. Par trois fois, le Cardinal Seper posa cette question à Mgr Marcel Lefebvre, sans obtenir de réponse : “Vous soutenez qu'un fidèle catholique peut penser et affirmer qu'un rite sacramentel, en particulier celui de la Messe, approuvé et promulgué par le Souverain Pontife, puisse être non conforme à la foi ou favens hæresim (favorisant l'hérésie) ?” (18). Le Cardinal Seper présuppose que la réponse est non. Mgr Lefebvre, en évitant de répondre, lui donnait raison en son cœur… Le nouveau missel pose donc, inéluctablement, le problème de l'autorité de celui qui l'a promulgué, à savoir Paul VI. Même Silveira s'en rend compte, et comme d'habitude il n'élude pas le problème. La deuxième partie du livre traite de fait de l'hypothèse théologique d'un Pape hérétique, schimatique ou douteux. Il en traite sans faire aucune référence explicite à l'actualité (encore moins au nouveau missel), mais il est claire que, implicitement, la référence subsiste, il ne peut en être autrement justement parce qu'il s'agit de la seconde partie d'un livre sur la réforme liturgique. Le mérite de Silveira est d'avoir soulevé le problème et d'avoir ouvert la voie aux études ; c'était justement son but : amener les théologiens à se repencher sur la question. Ses pages montrent que la plus grande partie des théologiens catholique, avant et après le concile Vatican I et la définition de l'infaillibilité pontificale, ont estimé comme possible qu'un Pape tombe dans le schisme ou dans l'hérésie, divergeant seulement sur les conséquences de ce fait (est-il déposé de sa charge par le fait même, comme pense st Robert Bellarmin (1542-1621), ou bien doit-il être déclaré déposé par l'Église, comme soutiennent les théologiens dominicains ?). Ceux qui pensent qu'un vrai Pape ne peut, pas même comme docteur privé, tomber dans l'hérésie, admettent selon la Bulle Cum ex apostolatu du Pape Paul IV (1476-1559) qu'un hérétique élu Pape ne serait pas un chef légitime de l'Église… Dans les deux cas, on constate qu'il n'est pas impossible qu'un occupant du Siège apostolique puisse ne pas être, malgré les apparences, le successeur légitime de Pierre. Sur le problème du “Pape hérétique” non plus, je ne suis pas pleinement d'accord avec Silveira, et je pense que les théories des anciens théologiens ne peuvent être appliquées telles quelles à la situation actuelle de l'autorité dans l'Église. Cependant, les nombreuses citations rapportées par Silveira démontrent sans l'ombre d'un doute que l'hypothèse d'un “Pape” hérétique (ou celle d'un hérétique apparemment élu Pape) n'est pas étrangère à la théologie catholique comme beaucoup pourraient le penser. Le lecteur italien de la présente édition du livre de Silveira pourra lire seulement la première partie (la meilleure selon moi) dans laquelle l'auteur examine l'Institutio Generalis (c'est à dire l'introduction doctrinale et pastorale au nouveau missel) et l'Ordo Missæ (c'est à dire la partie fixe du missel). D'autres études pourront compléter ou confirmer ce qu'écrit l'auteur, comme celle de l'abbé Anthony Cekada sur les oraisons du nouveau missel (19) ; mais les pages de Silveira restent indispensables. Elles défient toute critique et objection. Don Piero Cantoni, qui a cherché à mettre en relief tout ce qu'il reste de doctrine traditionnelle dans le nouveau missel, finit par admettre l'incontestable finalité œcuménique de la réforme. Mais c'est justement cette finalité œcuménique, qui comporte un rapprochement de la liturgie catholique de celle protestante, qui constitue l'inacceptabilité du nouveau missel ! Une liturgie catholique que enlève, nuance ou omet tout ce qui heurterait la sensibilité protestante ne favorise-t-elle pas l'hérésie ? Ce n'est donc pas tant ce qui reste de catholique dans le nouveau missel, qui doit être pris en considération, mais plutôt ce qui a été intentionnellement changé ou supprimé pour complaire aux protestants : bonum ex integra causa, malum ex quocumque defectu ! Si ensuite ces mutations liturgiques sont vues dans leur contexte (qui est celui des changements doctrinaux intervenus durant le Concile Vatican II avec la promulgation du nouveau missel), le cercle est bouclé et, selon moi, il ne subsiste aucun doute tant sur la réforme liturgique, que sur celui qui l'a voulue et imposée aux fidèles. Au lecteur maintenant de juger…


Don Francesco Ricossa,
Année 1994.



(1) Fin de la citation : “…telle qu'elle a été formulée à la XXème session du Concile de Trente”. Le concile de Trente a eu lieu pour combattre justement… le protestantisme, qui venait de naître et ravageait le clergé catholique.
(2) Cf : Saint Augustin, sermon 293, n°10.
(3) Somme Théologique, III q72 a12.
(4) Disciples du prêtre Jan Hus (1369-1415), le réformateur de Bohémie qui, influencé par les idées du réformateur anglais John Wycleff (1320-1384), condamna la mondanité des ecclésiastiques. Combattu par l'archevêque et censuré par l'université (1412), il radicalisa ses positions théologiques et sociales. Il refusa de rétracter ses propres hérésies au Concile de Constance et fut brûlé comme hérétique. Contre ses disciples, dit aussi utraquisti (l'aile plus modérée qui voulait la communion sous les deux espèces) ou taboriti (du Tabor, la ville dans laquelle s'établit l'aile plus dure du mouvement en 1420), l'Église organisa 5 croisades, hélas toutes vaines.
(5) D 626 et 668
(6) D 665
(7) D 856
(8) D 879 et 889
(9) D 942 et 953
(10) D 943 et 954
(11) D 935
(12) D 1578, 1533 et 1573
(13) Concile de Vatican I, D 1837
(14) Silveira, La Nouvelle Messe de Paul VI, qu'en penser ? p.161
(15) Don Piero Cantoni exprime cette conviction dans l'ouvrage: Novus Ordo Missæ e fede cattolica, Ed. Quadrivium, Genova, 1988.
(16) DS 246, D 139
(17) Silveira, op. cit. p.61 de l'édition française
(18) Cf citation dans Mgr Lefèbvre ed il Sant'Offizio, Ed. Volpe, Roma, p.14, 94-95, 124-125
(19) Abbé A. Cekada, On ne prie plus comme autrefois, Ed. Sodalitium, Verrua Savoia 1994.