8 avril 2007

[Abbé Paul Aulagnier, ibp] Séminaire Saint-Vincent-de-Paul - Lettre aux Amis et Bienfaiteurs N° 3

SOURCE - Abbé Paul Aulagnier - 8 avril 2007

Institut du Bon Pasteur
18, place Alexandre Rillié
28290 Courtalain

Pâques 2007
Lettre aux Amis et Bienfaiteurs N° 3

Bien Chers Amis et Bienfaiteurs,

Que d’événements en ce deuxième trimestre au Séminaire Saint-Vincent-de-Paul !

Le 4 février 2007, ce fut la prise de soutanes de quatre séminaristes et d’un frère à Bordeaux, en l’église Saint-Eloi, merveilleusement restaurée par le zèle de son pasteur, notre Supérieur général, Monsieur l’Abbé Philippe Laguérie.

Ce fut notre merveilleux voyage à Rome qui a suivi cette prise de soutanes. Presqu’une se­maine de romanité, dans la Ville Eternelle ! Nous ne pouvions pas ne pas aller à Rome faire ce pèle­rinage en action de grâces pour les jeunes vocations mais aussi pour la créa­tion de l’Institut du Bon Pasteur et de sa première maison de forma­tion : notre Séminaire Saint-Vin­cent-de-Paul à Courtalain. La joie des sémina­ristes était grande – malgré la pluie – de visiter les Basiliques romaines, les fouilles du Vatican. Se recueillir sur le tombeau de saint Pierre, sur celui de saint Paul, voir le Pape Benoît XVI. C’est toujours émouvant ! On ne s’en lasse pas. Assister enfin à la messe de saint-Pie V dans le sanc­tuaire de Sainte-Marie Majeure, et d’autres encore, en toute tranquillité, nullement à la sauvette, en toute reconnaissance… comme membre d’un institut pontifical connu, voulu et créé avec les encourage­ments ex­plicites de Benoît XVI, qui veut re­mettre de l’ordre dans l’Eglise. Nous lui apportons volontiers notre concours… Il y a de quoi mettre le cœur dans la joie et dans l’action de grâces. Cette foi romaine, cette foi en la Rome éternelle, de toujours, unissait les cœurs, cimentait les énergies des séminaristes et de leurs prêtres. L’atmosphère était bonne dans les repas. Nous retrouvions aussi nos aînés qui se firent une joie de nous recevoir dans leur convict.

Puis ce fut, pour trois d’entre nous, ce merveilleux voyage au Lichten­stein, auprès de Mgr Haas qui nous reçut très gentiment ainsi que sa Com­munauté de Religieuses Victimes du Sacré-Cœur de Jésus à Schellenberg. Là, nous assistions aux ordi­nations de plusieurs ordres mineurs et d’un sous-diaconat. Quelle belle cérémonie ! Quelle belle région ! Quelle belle vallée, très sem­blable à la région du Valais en Suisse… Nous sommes revenus, un coffre de voiture plein de linges, de draps, de linges d’autel… amicts, purificatoires… Croyez-vous qu’un séminaire peut vivre sans sacristie ? Et la sacristie a besoin de nappes d’autel, d’ornements divers, de vases sacrés… Je crois que notre frère David, notre sacristain dévoué et actif, est enfin satisfait. Nous avons pu célébrer la Semaine Sainte avec tous les ornements nécessaires aux couleurs appropriées, de la tunique à la chasuble en passant par la dalmati­que et les chapes… Mais oui ! Nous avons maintenant, tous les dimanches, une messe solennelle à la satisfaction des séminaristes et des fidèles. Ils étaient tous aux anges!

Une apothéose fut cette merveilleuse journée du 3 mars avec deux ordinations sacerdotales et deux ordinations diaconales, ordinations toutes organisées par le Séminaire Saint-Vincent-de-Paul. L’évêque de Chartres, Mgr Michel Pansard, fut agréable. Il nous donna l’autorisation d’user de l’Eglise paroissiale de Courtalain. Le curé de la cathédrale, Monsieur l’Abbé Auber, nous prêta les ornements violets pour ces ordinations. Le temps liturgique nous y obligeait. Vous savez, il en faut des « choses » liturgiques pour une ordina­tion et des chapes… Il en faut même cinq, quatre pour les portes insignes, une pour le prêtre-assistant, et tous les autres orne­ments… Quelle activité dans les quelques jours précédents. Pas un coin de l’église qui ne vit les aspi­rateurs en fonction activés par les séminaristes… Au début, la sacristine de Monsieur le Curé était un peu contrariée… Il fallut installer la sonori­sation, les écrans pour que tout le monde puisse bien suivre la cérémonie, à l’intérieur, à l’extérieur de l’église. Le repas fut pris dans les dépendances admira­bles du château des Gontaut Biron. Tout fut, de l’avis de tous… grandiose. Mais grandiose aussi les dépenses !… .Je compte sur vous pour refaire surface…

Et puis ce fut les cours à donner, à préparer. Nos séminaristes sont gâtés, je vous l’assure… Mais leur attention et l’intérêt qu’ils y portent, méritent bien tous les efforts des uns et des autres, de tous nos abbés : de Monsieur l’Abbé Forestier, le premier, qui ne compte pas ses efforts, de Monsieur l’Abbé Héry, de Monsieur l’Abbé de Tanoüarn, de Monsieur l’Abbé Barthe, d’un abbé Spinoza. De cet ensei­gnement, nos séminaristes en tirent profit, croyez-moi ! C’est intéressant de se consacrer à telle œuvre !

Le chant liturgique s’améliore chaque semaine, à chaque messe… Dans cette préparation de la Semaine Sainte (la première au séminaire), ce furent les répéti­tions des cérémonies, des leçons pour les Ténèbres… L’Abbé Cartier ne cesse de faire faire des vocalises, à chaque répétition quotidienne, une heure de temps. Les voix ainsi se purifient, s’unifient, se réchauffent.

A l’occasion de ces ordinations, certains d’entre vous ont pu voir les amé­nage­ments des cellules des séminaristes, des studios de prêtres. La veille, la cour inté­rieure venait de recevoir vingt tonnes de graviers… Il fal­lait donner bonne impres­sion. Le printemps venu, le Frère Charles Péron s’active partout. Il vient de finir le poulailler et nous voilà avec sept poules, dont une donnée par Madame la Marquise de Gontaut Biron ! Mais actuel­lement, c’est surtout le jardin qui retient toute son attention : refaire les allées, replanter les rosiers… couper… Enfin, mettre de l’ordre.

Des vocations s’annoncent pour l’an prochain… 11 vocations nouvelles. Déjà ! Mais les travaux seront-ils finis à temps ? C’est toujours la même inquiétude pour les œuvres naissantes. Il faut se confier à la Providence ! Et puis, on trouve toujours des solutions provisoires. Le presbytère de Courtalain va se libérer… Peut-être pourra-t-on le louer à l’évêché ? Il est propriété de l’association diocésaine… Il est tout proche. Et puis, figurez-vous que la maison de personnes âgées, juste à côté du séminaire, est mise en vente… et disponible pour 2009… Quand j’ai négocié avec le Marquis le bail emphy­téotique pour le Séminaire, nous en avions discuté… « On dit que la maison des vieillards va être mise en vente », me disait-il. C’est au­jourd’hui officiel. Il y a juste soixante deux chambres, en parfait état. C’est extra­ordinaire ! J’ai toujours pensé que cela pourrait se faire. Et vous ne croyez pas à la Providence ! Il faut seulement trouver des sous. La Providence y pourvoira !

Voilà un petit compte rendu de ce deuxième trimestre, de notre vie, de nos joies et de nos espérances. Il faut poursuivre votre aide au sacerdoce. Nous comptons sur vous. Nous travaillons aussi pour vous et vos familles et vos enfants, et pour la France et pour l’Eglise.

Que Dieu vous bénisse… au centuple !
Avec l’assurance de nos prières et de notre reconnaissance.

Abbé Paul Aulagnier

7 avril 2007

Un entretien déplorable
7 avril 2007 - Aubrit Saint Pol - E. S. M.
ROME, le 07 Avril 2007 - (E.S.M.) - Notre pape Benoît XVI a raison de vouloir libérer l’usage du rite tridentin à toute l’Eglise, et de ne pas attendre d’improbables accords avec les supérieurs et responsables des courants intégristes. Il faut rendre possible le retour à l’unité des catholiques pour ceux qui ne demandent que de pouvoir assister à ce rite.
Notre fidélité au successeur légitime de Pierre, actuellement le pape Benoît XVI
UN ENTRETIEN DÉPLORABLE
Jérôme Bourbon du journal Rivarol, n°2793, publie l’entretien qu’il eut avec Mgr Richard Williamson, doyen du collège des évêques ordonnés par Mgr Lefebvre contre le Saint Siège, que Jean-Paul II excommunia. Mgr. Marcel Lefebvre mourut sans aucun repentir et refusa, sur son lit de mort, d’accueillir le cardinal archevêque de Dakar qui tentait une ultime démarche.
La lecture de cet entretien me fut particulièrement pénible et douloureuse au point que j’hésitais d’aller jusqu’au bout.
Cet entretien révèle que les partisans schismatiques de la Fraternité Saint Pie X n’évoluent pas de leur position. Ils sont statiques, dans un fixisme obsolète qui s’inscrit en faux quant à l’inévitable adaptation pastorale de l’Eglise. Savent-ils que les portes de l’enfer ne prévaudront pas sur Elle ? Ils ne changeront pas, leur assurance s’enracine dans le réfléchissement de leur orgueil : ils ont raison ! ?
Ils sont habités par un profil psychologique sectaire. Les soubassements ne sont que les reliquats d’options politiques et sociologiques qu’il faut aller chercher dans les remous criminogènes des troubles politiques de la fin du XIXe et de la première moitié du XXe siècles. Il faut y ajouter l’influence de Maurras et de sa vision utilitariste de l’Eglise.
Ce même profil psychologique se retrouve chez les progressistes, ceux qui sont les plus atteints par le modernisme. Ils ont compromis l’Évangile, la vérité (1) et la pastorale avec des idéologies toutes aussi néfastes et aliénantes que les ‘lefebvristes’.
Nous sommes en présence d’une configuration d’extrémismes qui s’annulent mais constitue une force hétérogène qui diffuse leurs nocivités dans tout le Corps du Christ. Ils portent atteinte aux vertus théologales, ils entravent la liberté de la charité.
Le contenu de cet entretien ne laisse aucun doute quant à leur refus de rejoindre la communion. C’est un refus ! : « Si un moderniste, c’est quelqu’un qui veut adapter l’Eglise Catholique au monde moderne, certainement Benoît XVI est un moderniste. » (Mgr Richard Williamson, FSSPX)
Notre pape Benoît XVI a raison de vouloir libérer l’usage du rite tridentin à toute l’Eglise, et de ne pas attendre d’improbables accords avec les supérieurs et responsables des courants intégristes. Il faut rendre possible le retour à l’unité des catholiques pour ceux qui ne demandent que de pouvoir assister à ce rite.
Il n’y a rien à attendre de ces courants de droite ou de gauche. Ils ne sont pas habités par la volonté de servir le Corps du Christ. Ils ne sont plus dans la communion.
Le Saint Siège aura fait tout ce qui est humainement possible de faire pour facilité le retour à l’unité de tous les catholiques, mais à moins de renier ce qui est l’essence même de l’Eglise, je ne crois pas qu’il puisse aller plus loin. Il lui appartient de corriger les abus et déviances de l’application du Concile Vatican II. Il y aura sans doute des tensions, des oppositions, qu’importe ! L’Eglise doit continuer son ascension du Golgotha, ceux qui se refusent à Elle ou veulent La réduire ou La détruire auront leur couronnement.
La place du baptisé est d’être avec l’Eglise, au pied de la Croix de son Époux et, attendre qu’il La place avec Lui sur la Croix. Refuser d’admettre que l’Eglise ait à vivre sa passion pour se configurer à son Époux, c’est se mettre en dehors du salut, c’est confondre l’espoir avec l’espérance.
Il importe peu que l’Eglise soit aimée d’un grand nombre ou d’un petit, sa mission est de témoigner. Elle n’a pas à se faire complice de l’esprit du monde qui est l’esprit du blasphème surtout en notre temps. Elle n’est pas là pour être aimée, ni être servie, mais pour aimer et servir. Servir en Eglise, c’est servir le Christ, c’est œuvrer au salut de l’humanité, c’est accepter un authentique esprit de pauvreté.
Il appartient à tout baptisé d’être un membre sain du Corps du Christ qui a institué l’Eglise et a fait de Pierre le pontife des pontifes, son Vicaire.
Il ne faut pas s’y tromper, l’un des points majeurs sur lesquels s’exprimera le pic de cette crise, sera notre fidélité au successeur légitime de Pierre, actuellement le pape Benoît XVI : « Un seul Dieu, une seule Foi, une seule Eglise, un seul Chef. »

(1) – Vous trouverez dans la suite de cette lettre un témoignage, il illustre l’un des points fixes de la crise et du relativisme dans l’Eglise. Il confirme l’inquiétude de Jean-Paul II : « où allons-nous si les évêques eux-mêmes n’ont pas la foi ? »

Article de notre ami, P.C. AUBRIT SAINT POL

5 avril 2007

Mgr Barbarin : «Il n'y a pas une Eglise nouvelle contre une Eglise ancienne»
5 avril 2007 - la-croix.com
Mgr Barbarin : «Il n'y a pas une Eglise nouvelle contre une Eglise ancienne»

Le cardinal Philippe Barbarin évoque les enjeux chrétiens de la présidentielle

Le primat des Gaules était jeudi 5 avril l’invité de l’émission «Face aux chrétiens», animée par Frédéric Mounier. Il était interrogé par Jean-Marie Guénois (La Croix), Jean-François Bodin (RCF) et Pierre Moracchini (Radio-Notre-Dame). Extraits.

Quel est l’enjeu des échéances électorales pour les chrétiens ?
CARDINAL Barbarin : Les catégories « droite-gauche » ne conviennent pas au chrétien. Pour le disciple du Christ, c’est l’amour dont le Christ aime les gens et la vie qui doit diriger sa façon d’agir. Les clivages politiques sont donc d’une autre nature. En Allemagne, il y a des chrétiens-démocrates, en France des démocrates-chrétiens qui ne le disent pas. Ce que je souhaite, c’est que les chrétiens soient des chrétiens et qu’ils prennent davantage la parole, parce qu’on a le droit d’être chrétien ! C’est un service social, et non une revendication pour un parti catholique ou une société chrétienne. Prendre la parole, non pour notre groupe, mais par une parole de bonté pour l’homme parce que nous sommes sûrs que cette parole est bonne pour l’homme.

Nous sommes en effet à un tournant de taille, et je me demande quel rempart ne va pas sauter… Pensez à ce procès récent sur l’inceste, en Allemagne, qui est pourtant un interdit fondamental de notre société. La démocratie n’est qu’un mode de fonctionnement – le meilleur que l’on connaisse –, mais la démocratie n’est pas Dieu, elle peut parfois perdre la tête. Benoît XVI va-t-il rétablir la messe en latin ?
Il ne s’agit pas du tout du retour de la messe en latin. C’est une option tout à fait déterminée de Benoît XVI. Il tente une œuvre de pacification, en rappelant que la messe ancienne n’est pas interdite, comme l’avait déjà fait Jean-Paul II en 1988. Mais ce pape veut revoir la question précise de l’autorisation de cette messe. Quant au véritable travail d’unité, il se fera à partir de l’enseignement même du Concile.

Le but du pape n’est pas de semer la pagaille dans nos paroisses et dans nos diocèses – même si c’est un vrai risque, que nous sommes allés expliquer à Rome. Benoît XVI a été très impressionné par ce que lui a dit le cardinal Ricard. Il en tient compte, mais je ne sais pas ce que sera la dernière mouture du texte, car nous parlons d’un texte que nous ne connaissons pas. L’islam vous inquiète-t-il ?
C’est vrai qu’il y a beaucoup d’endroits où les chrétiens ne peuvent pas prier, la réciprocité n’y est pas respectée, et c’est une injustice grave. Nous avons le droit de le faire entendre, et les musulmans nous entendent. Mais je viens de vivre une expérience tellement extraordinaire en Algérie, que mon maître mot est qu’il ne s’agit, ni de nous écouter, ni de dialoguer, ni de nous tolérer, mais de beaucoup plus que cela : il s’agit de nous aimer, et même de nous admirer mutuellement ! Charles de Foucauld a retrouvé sa ferveur de chrétien par l’admiration qu’il avait de la ferveur des musulmans. Comment va l’Église de France ?
Une génération se lève, elle a un punch incroyable, une attente et une demande. Cette foi sort des cadres et des structures qui ont perdu de la vitalité. Mais il n’y a qu’une seule Église. Pas une Église nouvelle contre une Église ancienne.

3 avril 2007

[Abbé Philippe Laguérie, ibp] Au sujet de la nouvelle messe

SOURCE - Abbé Philippe Laguérie, ibp - 3 avril 2007

Bien cher monsieur Balter,
 
Vous me demandez, en sorte, quelle est la position de la Fraternité saint Pie X sur les espèces eucharistiques. Ma première réaction est tout naturellement de vous conseiller de le leur demander. Je n’ai évidemment aucun mandat pour répondre au nom de la Fraternité, même si les journalistes, depuis quatre ans, continuent de me solliciter comme « porte-parole » de ladite Fraternité. Mais avant qu’un journaliste comprenne une situation religieuse, comme dit l’autre, les poules auront des dents !
 
Pour vous faire rire : une anecdote. En 1995, au pèlerinage de Chartes, le journaliste de FR3 m’aborde et me demande s’il pouvait rencontrer Mgr Lefebvre (décédé en 91 comme chacun sait, à l’exception de ce spécialiste). Je me suis contenté de répondre que Mgr était un peu fatigué ; mais que, s’il voulait bien, je pouvais lui ménager une interview avec le vieux Pie V, encore plus prestigieux, qui se trouvait là. Il m’a suivi de chapitre en chapitre pendant un petit moment, jusqu’à ce que je me retourne pour lui dire que l’un était mort depuis quatre ans et l’autre depuis quatre siècles.
 
Du temps, pas si lointain, où je servais Dieu dans la Fraternité on enseignait ceci (et il n’y a aucune raison pour que les choses aient changé depuis). La nouvelle messe, célébrée selon les rubriques du missel de Paul VI, mises de côté les aberrations de célébrants fantaisistes et impies, est valide. Dès lors le respect et l’adoration dûs aux espèces eucharistiques est en tout point semblable à celui du fruit de la messe grégorienne. Sans préjudice de l’analyse théologique fort différente portée sur les rites eux-mêmes.
 
Vous me direz qu’on ne sait jamais ce qu’un prêtre a pu inventer dans sa dernière célébration, (il est vrai, hélas) étant présumée totalement bonne son intention ; là-dessus je suis résolument thomiste, c’est-à-dire externiste, un homme ayant l’intention de faire tout bonnement ce qu’il fait. Nous n’avons pas, salvo meliore judicio, à juger de cette hypothèse qui ne tient compte que de la circonstance invérifiable pour nous en tenir à la règle moralement probable. Je vous rappelle qu’une probabilité, au sens thomiste, est largement suffisante et même contraignante de l’agir moral. La conclusion est claire et sans discussion possible, mis de côté les simples états d’âmes : la vénération et l’utilisation des espèces eucharistiques est équivalente eu égard à leur consécration dans l’ancien ou le nouveau rite. Ce qui, encore une fois, ne dit rien sur la différence théologique profonde des deux rites eux-mêmes. Je suis prêt à me rétracter sur ce point si quelqu’un parvient à me démonter le contraire, à savoir que : la nouvelle messe étant reconnue comme valide et compte tenu des règles de la morale ci-dessus rappelées, il faille vouer aux espèces eucharistiques un culte (de latrie) différent selon le rite de la messe qui les confectionnent.
 
Vous noterez au passage que vous ne pouvez soupçonner l’intention du célébrant qu’en cas de difformité du rite lui-même (toujours la thèse thomiste). Ceci valant pour tout rite. Dès lors, si vous affirmez que le rite, quel qu’il soit, est valide, vous vous interdisez de juger de l’intention du célébrant au regard de la confection véritable de la présence réelle et du renouvellement du sacrifice du Seigneur, accomplis dans le même acte, comme on sait. C’est la validité du rite qui est ici seule en jeu. La perversité de l’intention (qui peut aller jusqu’aux messes noires !) n’a rien à voir avec notre débat. Que cela vous plaise ou non, vous devriez adorer le Seigneur dans le fruit eucharistique d’une messe noire célébrée par un prêtre validement ordonné, ayant l’intention de faire ce que fait l’Eglise et qui, évidemment, utilise un rite valide.
 
Vous pouvez constater que l’I.B.P, la Fraternité saint Pie X et tous les théologiens catholiques tiennent et doivent tenir le même langage qui est celui de la théologie catholique et de son Docteur Commun : Saint Thomas d’Aquin. Il n’y a que ceux qui tiennent la nouvelle messe pour invalide qui peuvent avoir un comportement différent. Mais nous embarquerions là, cher ami, sur une nouvelle galaxie qui a ceci de particulier que ses habitants, extra-terrestres inavoués et crypto-sedevacantistes notoires n’osent plus, Dieu merci, soutenir leur thèse. Quand j’étais plus jeune quelques- uns s’y risquaient fièrement, comme cette femme courageuse qui en fit une brochure, Maria Davidoglou, ou encore le père Barbara. Ils sont excusables car, à l’époque, on pouvait sérieusement se demander ce qui pouvait se passer dans la tête des curés. Que Dieu ait leurs âmes !
 
Vous avez la position du bon sens et de la Théologie catholique : gardez-là.

31 mars 2007

[Cardinal Bertone - Le Figaro] La publication du Motu proprio aura lieu


31 mars 2007 - Cardinal Bertone - Figaro Magazine - extrait, sur leforumcatholique.org
Le Figaro :Le cardinal Ratzinger et maintenant le Pape Benoît XVI, ont-ils si souvent condamné les interprétations jugées abusives de la liturgie.
Cardinal Bertone : L’application des grandes orientations du concile a malheureusement pu connaître des traductions plus ou moins erronées conduisant à des appauvrissement notables. Les fruits de la réforme liturgique du concile n’en restent pas moins considérables. Il est vrai que ces abus doivent être combattus, car un partie notable du peuple chrétien a pu s’éloigner de l’Eglise en raison de ces errements. Les erreurs ne sont pas dans les textes du concile, mais dans les comportements de ceux qui ont prétendu interpréter à leur propre guise la réforme liturgique de Vatican II.
Le Figaro : Un décret élargissant la possibilité de célébrer la messe en latin selon le rite antérieur à Vatican II (la messe dite de Saint Pie V) est-il toujours prévu ?
Cardinal Bertone : La valeur de la réforme liturgique conciliaire est intacte. Mais tant pour ne pas perdre le grand patrimoine liturgique donné par saint Pie V que pour accéder au souhait des fidèles qui veulent assister à des messes selon ce rite, dans le cadre du missel publié en 1962 par le Pape Jean XXIII, avec son calendrier propre, il n’y a pas de raison valable de ne pas donner au prêtre du monde entier le droit de célébrer selon cette forme. L’autorisation souverain pontife laisserait évidemment toute sa validité au rite de Paul VI. La publication du motu proprio précisant cette autorisation aura lieu, mais ce sera le pape lui-même qui expliquera ses motivations et le cadre de sa décision. Le souverain pontife donnera personnellement sa vision de l’utilisation de l’ancien missel au peuple chrétien, et en particulier aux évêques.
In an interview for the cover story (pages 56-60) of Le Figaro Magazine (weekly magazine of the French national daily Le Figaro), published today (not yet available on the newspaper's website); excerpt:

Is a Decree widening the possibility of celebrating the Latin Mass according to the rite from before Vatican II (the so-called Mass of Saint Pius V) still expected?
[Secretary of State] Cardinal Bertone: The merit of the conciliar liturgical reform is intact. But both [for reasons of] not losing the great liturgical heritage left by Saint Pius V and for granting the wish of those faithful who desire to attend Masses according to this rite, within the framework of the Missal published in 1962 by Pope John XXIII, with its own calendar, there is no valid reason not to grant to every priest in the world* the right to celebrate according to this form. The authorization of the Supreme Pontiff would evidently preserve the validity of the rite of Paul VI. The publication of the motu proprio which specifies this authorisation will take place, but it will be the pope himself who will explain his motivations and the framework of his decision. The Sovereign Pontiff will personally explain his vision for the use of the ancient Missal to the Christian people, and particularly to the Bishops.

*au prêtre du monde entier: literally, to the priest of the whole world
Source: Le Forum Catholique.

28 mars 2007

[Aletheia n°107] Lettre ouverte aux candidats - par Mgr Jean-Pierre Cattenoz, Archevêque d’Avignon

Aletheia n° 107 - 28 mars 2007
Lettre ouverte aux candidats - par Mgr Jean-Pierre Cattenoz, Archevêque d’Avignon
MESDAMES ET MESSIEURS LES CANDIDATS, quand je vous écoute, j’ai mal pour mon pays. Bien sûr, je me réjouis devant les germes d’espérance contenus dans les nombreuses propositions énoncées dans vos programmes.
Il y a quelques semaines, je me suis réjoui de vous voir tous unanimes pour inscrire l’abolition de la peine de mort dans notre Constitution. Aujourd’hui, je suis consterné par vos programmes qui portent en eux les germes d’une culture de mort pour notre société.
Certes, comme archevêque d’Avignon, il ne m’appartient pas de prendre position publiquement pour l’un ou l’une d’entre vous. De même, en intervenant, je n’entends nullement porter atteinte à la liberté politique des catholiques de mon diocèse. Je voudrais seulement vous alerter et alerter tous les hommes de bonne volonté sur plusieurs points de la campagne électorale dont les enjeux me semblent majeurs pour l’avenir de notre pays.
DEFENDRE LE PATRIMOINE DE L’HUMANITE
Au nom de l’Évangile, je veux défendre la vie, l’Évangile de la vie. Or je constate combien en laissant fragiliser la famille vous portez atteinte au patrimoine de l’humanité.
La famille est le sanctuaire de la vie, une réalité décisive et irremplaçable pour le bien commun des peuples. Elle est la cellule vitale et le pilier de toute vie en société. L’avenir de l’humanité passe par la famille. Elle est le centre névralgique de toute société, une école d’humanisation de l’homme où il peut grandir et devenir pleinement homme. La famille est le lieu privilégié et irremplaçable où l’homme apprend à recevoir et à donner l’amour qui seul donne sens à la vie. Elle est le lieu naturel de la conception, de la naissance, de la croissance et de l’éducation des enfants. Elle est le milieu naturel où l’homme peut naître dans la dignité, grandir et se développer de manière intégrale.
L’institution du mariage, fondement de la famille échappe à la fantaisie de l’homme ; le mariage plonge ses racines dans la réalité la plus profonde de l’homme et de la femme, il est l’union de l’homme et de la femme. « Impossible de contester cette norme sans que la société ne soit dramatiquement blessée dans ce qui constitue son fondement. L’oublier signifierait fragiliser la famille, pénaliser les enfants et précariser l’avenir de la société » (Benoît XVI, 20 février 2007).
Or la plupart de vos programmes électoraux, loin de protéger et de promouvoir la famille fondée sur le mariage monogame entre l’homme et la femme, ouvrent la porte au mariage entre personnes du même sexe et à l’adoption d’enfants par des couples homosexuels. Aucune autre forme de vie commune que l’union d’un homme et d’une femme ne peut être juridiquement assimilable au mariage ni ne peut recevoir, en tant que telle, une reconnaissance légale. Toute tentative de relativiser le mariage en lui donnant le même statut que d’autres formes d’unions radicalement différentes sont dangereuse pour notre société. Tout cela offense la famille et contribue à la déstabiliser en voilant sa spécificité et son rôle social unique.
Concernant le “mariage homosexuel”, il faut distinguer l’homosexualité comme fait privé et l’homosexualité comme relation sociale prévue et approuvée par la loi. La légalisation d’une telle union finirait par entraîner un changement de l’organisation sociale tout entière qui deviendrait contraire au bien commun. Les lois civiles qui devraient être des principes structurants de l’homme au sein de la société, jouent un grand rôle dans la formation des mentalités et des habitudes. Le respect envers les personnes homosexuelles ne saurait en aucune manière conduire à l’approbation du comportement homosexuel ou à la reconnaissance juridique des unions homosexuelles (cf. Cardinal Ratzinger, Considération à propos des projets de reconnaissance juridique des unions entre personnes homosexuelles, Congrégation pour la Doctrine de la Foin juin 2003).
Le nombre de séparations et de divorces s’accroît, rompant l’unité familiale et créant de nombreux problèmes aux enfants, victimes innocentes de ces situations. La fragilité et le nombre de foyers monoparentaux ne sont pas sans poser question. La stabilité de la famille est aujourd’hui menacée ; pour la sauvegarder, il ne faut pas avoir peur d’aller à contre-courant de la culture ambiante. Les diverses formes de dissolution du mariage sont l’expression d’une liberté anarchique qui se fait passer à tort pour une libéralisation de l’homme. Au contraire, reconnaître et soutenir l’institution du mariage est un des services les plus importants à apporter aujourd’hui au bien commun et au véritable développement des hommes et des sociétés, de même que la plus grande garantie pour assurer la dignité, l’égalité et la véritable liberté de la personne humaine.
Malheureusement bien des projets sur le mariage, le divorce, l’adoption tiennent, certes, compte des désirs des adultes, mais oublient complètement l’intérêt des enfants. Le droit à l’enfant semble prendre le pas sur le droit de l’enfant.
Comme le montre unanimement l’expérience, l’absence d’une maman ou d’un papa au sein d’une famille entraîne bien des obstacles dans la croissance des enfants. Comment des enfants insérés dans des unions homosexuelles où manquent la bipolarité sexuelle et l’expérience conjointe de la paternité et de la maternité pourront-ils grandir et mûrir humainement sans porter les séquelles de cette absence ? Comment assurer l’équilibre de la structure psychologique et sexuelle de l’enfant dans un couple où il n’y a qu’un sexe ?
L’affaiblissement de la cellule familiale est une des causes majeures des difficultés des jeunes. La crise de la famille est une cause directe du mal être des jeunes. La majorité des jeunes en difficultés sont issus de familles humainement et socialement fragilisées
Au nom de l’Évangile, je veux défendre la vie, l’Évangile de la vie, de cette vie qui fait de nous des hommes de l’utérus au sépulcre.
La banalisation de l’avortement et le silence sur les conséquences psychologiques, les blessures et les souffrances cachées qui marquent à jamais les femmes sont intolérables. L’information tronquée sur les séquelles provoquées par l’avortement chez les femmes qui y ont eu recours est insupportable.
La liberté de tuer n’est pas une vraie liberté, mais une tyrannie. Jean-Paul II dans sa lettre encyclique L’Évangile de la vie a eu des mots très vrais et très durs sur la réalité de l’avortement :
« Parmi tous les crimes que l’homme peut accomplir contre la vie, l’avortement provoqué présente des caractéristiques qui le rendent particulièrement grave et condamnable […].
L’avortement provoqué est le meurtre délibéré et direct, quelle que soit la façon dont il est effectué, d’un être humain dans la phase initiale de son existence, située entre la conception et la naissance. La gravité morale de l’avortement provoqué apparaît dans toute sa vérité si l’on reconnaît qu’il s’agit d’un homicide et, en particulier, si l’on considère les circonstances particulières qui le qualifient. Celui qui est supprimé est un être humain qui commence à vivre, c’est-à-dire l’être qui est, dans l’absolu, le plus innocent qu’on puisse imaginer : jamais il ne pourrait être considéré comme un agresseur, encore moins comme un agresseur injuste ! Il est faible, sans défense, au point d’être privé même du plus infime moyen de défense, celui de la force implorante des gémissements et des pleurs du nouveau-né. »
Alors que la peine de mort a été abolie pour une question de principe, l’avortement devrait être considéré comme atteignant la dignité de la personne à naître.
Certes, l’avortement est désormais inscrit dans les lois, mais il n’en demeure pas moins immoral au regard de l’Évangile et de l’Évangile de la vie.
L’acceptation de l’euthanasie fait peser des menaces graves sur les malades incurables et sur les mourants. Certes, le contexte social et culturel actuel augmente la difficulté d’affronter la souffrance à l’approche de la mort. Il rend plus forte la tentation de résoudre ce problème en l’éliminant à la racine par l’anticipation de la mort au moment considéré comme le plus opportun. Pourtant, les médecins affirment aujourd’hui savoir soulager la quasi-totalité des douleurs. La vraie question est donc celle des soins palliatifs.
La vie humaine est sacrée, de son commencement naturel jusqu’à son terme. Tout être humain a le droit au respect intégral de ce bien qui est pour lui primordial. Nous ne pouvons accepter la promotion de lois visant à légaliser l’euthanasie.
La manipulation des embryons fait peser une lourde menace sur notre société. L’embryon est un être vivant qui possède un patrimoine génétique humain. Il est une personne humaine, il faut la protéger parce qu’elle est membre à part entière de l’espèce humaine et mérite notre respect.
Les progrès de la science et de la technique peuvent se transformer en menace si l’homme perd le sens de ses limites. Il faut prendre conscience que la chosification de l’embryon nous conduira tôt ou tard à l’eugénisme.
Effectivement, cette manipulation débouche sur un eugénisme subtil. En effet, le dépistage prénatal a changé de nature, il n’est plus destiné à traiter mais bien à supprimer. Un tel dépistage renvoie à une perspective terrifiante, celle de l’éradication.
Aujourd’hui, la venue au monde de certains enfants est devenue non souhaitable. La science propose même des outils pour réaliser le rêve de l’enfant sans défaut. Plusieurs de vos programmes construisent pas à pas une politique de santé qui flirte avec l’eugénisme.
Les recherches biotechnologiques toujours plus pointues visent à instaurer des méthodes d’eugénisme toujours plus subtiles et qui visent à la recherche de l’enfant parfait, fruit d’une sélection totalement contrôlée. Par leur maladie, par leur handicap, ou plus simplement par leur présence même, ceux qui auraient le plus besoin d’amour, d’accueil, de soin, sont jugés inutiles et considérés comme un poids insupportable dont il faut se débarrasser, qu’il faut éliminer.
Nous voyons se déchaîner comme une sorte de conspiration contre la vie.
Au nom de l’Évangile, je veux défendre la vie, l’Évangile de la vie. Je ne peux fermer les yeux devant tant d’hommes et de femmes aujourd’hui en France qui se sentent blessés, exclus, mis sur le bord de la route pour de multiples raisons personnelles, économiques, sociales, politiques ou même religieuses.
Certes, il appartient aux politiques de gouverner, mais je ne peux m’empêcher de vous rappeler que l’économie se doit d’être au service de l’homme et du bien commun dans le respect de la justice sociale et de la solidarité humaine. La mondialisation des échanges commerciaux et la globalisation de l’économie semblent se fonder sur une conception intégralement libérale de l’économie, de ses mécanismes. L’économie prime sur tout et là encore des conceptions individualistes et libérales dominent au détriment du respect de l’homme et de la solidarité entre les hommes.
OÙ SONT VOS PRIORITES ?
Comment vivre une authentique fraternité humaine dans notre pays ? Comment respecter les plus pauvres ? Comment répondre au droit au logement et à des logements qui n’accentuent pas la déstructuration de la cellule familiale ? Comment prendre en compte l’émigration comme un fait désormais structurel de notre société ? Comment accueillir de manière juste tout en étant généreuse ? Comment lutter contre tous ceux qui exploitent les immigrés clandestins, les marchands de sommeil, les employeurs véreux ? Comment réfléchir à la question de l’emploi, du travail et de sa juste rémunération ? Comment prendre en compte les menaces écologiques ?
Autant de questions pour lesquelles nous attendons des réponses qui ne soient pas des promesses électorales trop souvent sans lendemain, mais des engagements clairement exprimés.
Où sont vos priorités ? Sont-elles du côté de groupes de pression susceptibles de vous apporter des voix le temps d’une élection ou sont-elles vraiment au service de notre pays ?
Au nom de l’Évangile, je ne peux que dénoncer avec les Associations familiales catholiques la racine de tout cela : un individualisme à tout crin qui gangrène notre société.
Nous constatons l’évolution du droit civil qui consacre depuis trente ans l’individualisme des droits. Le droit qui dicte et façonne les normes sociales, privilégie l’individu, la vie privée, considère que les choix affectifs ne peuvent et ne doivent avoir aucune conséquence ni sur les enfants ni sur la vie civique, économique et sociale.
Dans notre culture, on exacerbe souvent la liberté de l’individu conçu comme sujet autonome, comme s’il se suffisait à lui-même, en marge de ses relations avec les autres, étranger à ses relations avec autrui. Beaucoup voudraient organiser la vie sociale seulement à partir des désirs subjectifs et changeants, sans aucune référence à une vérité objective comme la dignité de tout être humain, ses droits et ses devoirs au service desquels doivent se mettre les responsables de notre société.
Ainsi toutes les formes d’union conjugale sont mises sur un pied d’égalité, le droit à l’enfant se substitue au droit de l’enfant. On laisse se propager et se développer des pratiques de contraception abortives, l’avortement et les dérives eugénistes. La famille et les familles ne sont plus considérées comme les corps fondateurs de la société, mais comme une juxtaposition d’individus. Ainsi naissent et prospèrent au gré des gouvernements, des politiques à caractère social, destinées à pallier les effets de cet individualisme qui gangrène la société. Cette conception individualiste de la société soumet notre pays aux dérives d’une opinion aux repères brouillés et aux groupes de pression qui pèsent de tout leur poids en cette période électorale (cf. Déclaration des AFC, « Débats préélectoraux 2007-2008 »).
Au nom de l’Évangile et à la veille de l’élection présidentielle et des élections législatives, je ne peux qu’inviter les hommes politiques, les chrétiens et tous les hommes de bonne volonté à passer au crible de l’Évangile et de l’enseignement de l’Église vos propositions avant de se déterminer dans leur choix.
Avignon, le 22 mars 2007
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Texte reproduit d’après le site Liberté Politique

24 mars 2007

Motu proprio à l'horizon
24 mars 2007 - Pro Liturgia
Selon certaines informations - ou rumeurs - le pape Benoît XVI s'apprêterait à publier le Motu proprio facilitant la célébration du rite romain selon les livres liturgiques en usage avant Vatican II. Mgr Malcolm Ranjith, Secrétaire de la Congrégation pour le Culte divin avait déjà précisé, il y a quelques temps, que le document se trouvait entre les mains de Benoît XVI, entièrement libre de choisir les modalités de sa publication. Le Motu proprio ne pouvant pas contredire les termes de la récente Exhortation Sacramentum Caritatis, il est évident qu'il ne sera pas en une remise en cause du Concile ou de la liturgie romaine actuelle dite "de Paul VI". Le texte donnera simplement, à des groupes de fidèles, le droit de participer librement à la messe célébrée selon une forme "extraordinaire" du rite romain. Mais cette autorisation apparaît aussi comme une façon habile de taper sur les doigts de l'épiscopat français qui a toujours eu l'aplomb de se dire attaché aux enseignements de Vatican II alors qu'il n'a cessé de refuser aux fidèles la liturgie restaurée à la suite de ce même Concile.
Que risque-t-il de se passer après la publication du Motu proprio? Hors de France, pas grand-chose: au-delà de l' "Hexagone", on se sent généralement bien peu concerné par les questions de dentelles et de génuflexions qui secouent une partie du microcosme franco-catholique.
En France cependant, cela risque d'être un peu plus agité: on entendra à nouveau nos évêques nous jurer, la main sur le coeur, qu'ils ont tout fait pour que la liturgie conciliaire soit une réalité dans les paroisses... Mais qui va les croire? Sûrement pas les fidèles qui ont lu Sacrosanctum Concilium... il en existe!
Il est donc assez probable que, dans le climat de confusion liturgique actuel, le Motu proprio favorisera le transfert de certains fidèles d'un lieu de culte à un autre: délaissant leurs paroisses où la liturgie désacralisée est généralement célébrée de façon aléatoire sur des autels à peine différents d'une table de salon, ils viendront occasionnellement grossir les effectifs des communautés attachées à l'ancienne liturgie romaine.
En fait, le Motu proprio va de plus en plus apparaître comme un moyen de piéger les évêques français qui, depuis des années ont exercé, dans les séminaires et les paroisses, un abus de pouvoir évident, visant à refuser aux fidèles la liturgie romaine "réellement" voulue par le Concile.
Le 19 avril 1999, notre Association Pro Liturgia adressait à Mgr Billé, alors Archevêque de Lyon et Président de la Conférence des Evêques de France, la demande suivante: "(...) le moment n'est-il pas venu de proposer "aussi", à côté des célébrations en langues courantes, des liturgies en latin selon l'Ordo Missae actuel (...)?" Cette demande, nul le peut le nier, était totalement conforme à la lettre et à l'esprit de Vatican II. Or, le 12 mai 2000 - mieux vaut tard que jamais! - Mgr Bernard Lagoutte, Secrétaire général de la Conférence des Evêques de France, répondait: "(...) je ne suis pas sûr qu'il soit possible et nécessaire de restaurer, au moins de façon habituelle, des liturgies en latin."
Avec le Motu proprio, la dignité, le sacré, le latin et le chant grégorien vont réinvestir les célébrations liturgiques d'une façon que les évêques de France n'avaient sûrement jamais prévue. N'est-ce pas une façon polie de leur faire comprendre que, désormais, dans le domaine liturgique, les fidèles se passeront de leurs autorisations pour obtenir ce à quoi ils ont droit: des célébrations dignes par lesquelles le sens du sacré est mis en valeur? Car en fin de compte, qui peut dire que la "désinfection" des liturgies paroissiales actuelles ne se fera pas par le biais de l'exemplarité des célébrations autorisées ponctuellement par le Motu proprio? Le Motu proprio n'est donc pas souhaité uniquement par des fidèles "traditionalistes" attachés à l'ancienne forme de la liturgie romaine: il est aussi souhaité par des fidèles qui en ont par-dessus la tête de ne plus savoir où aller, le dimanche, pour trouver une messe non bricolée par une "équipes d'animation pastorale"ou par un célébrant... ayant mandat de son évêque pour désacraliser et trahir la liturgie.

23 mars 2007

Le Motu proprio sur la messe en latin bientôt disponible
23 mars 2007 - Christian Terras, Romano Libero - Golias - golias.ouvaton.org
Le Motu proprio sur la messe en latin bientôt disponible


A vos missels St Pie V !


Nos informations concernant la publication imminente du motu proprio qui permettrait un usage beaucoup plus large du rite pré-conciliaire nous donnent à penser qu’elle pourrait avoir lieu avant Pâques.


Le document sera en effet publié avant la fin du carême : en tout cas, le Pape Benoît y serait résolu. Mgr Malcolm Ranjith, le secrétaire de la Congrégation pour le culte divin a toujours bien spécifié que le document se trouvait à présent entre les mains du Pape lui-même qui choisira le moment le plus opportun. Rome redoute certainement une levée de boucliers, se faisant d’ailleurs peut-être des illusions sur la détermination réelle de ceux qui y sont opposés.

Le « motu proprio » ne consisterait pas en une remise en cause de la réforme de Paul VI mais en une reconnaissance du droit pour tout prêtre de célébrer en privé la messe tridentine. En outre, le texte octroierait à des groupes de fidèles le véritable droit de voir célébrer une messe selon son rite : ce qui contraindrait en quelque sorte les évêques rétifs. On sait qu’il y eut longtemps un bras de fer à Nanterre entre Mgr François Favreau puis Mgr Gérard Daucourt et un groupuscule de traditionalistes peu nombreux mais déterminés qui obtinrent finalement gain de cause. Un vicaire épiscopal spécial leur a même été donné, le Père Yvon Aybram. Actuellement, un tel bras-de-fer se poursuit entre le groupe traditionaliste rémois et Mgr Thierry Jordan, archevêque. Ce dernier a été un temps secrétaire du cardinal Villot à Rome et partage avec son ancien maître spirituel à Rome une aversion viscérale pour le lefebvrisme. Il était en outre chargé par l’épiscopat français de « recycler » sans trop de bienveillance les jeunes ecclésiastiques sortis d’Ecône.

Ce « motu proprio » changerait complètement la donne : il transformerait une concession (ce que l’évêque de Metz, Mgr Pierre Raffin, appelait une « parenthèse miséricordieuse » en un véritable droit). Au plan ecclésiologique, ce « motu proprio » devrait susciter de très vives critiques. En effet, il réduit la responsabilité de l’évêque, garant de la communion authentique pour une Eglise particulière.

Il est assez probable que ce « motu proprio « favorise ainsi le développement des communautés ayant recours désormais à l’indult. En outre, la commission « Ecclesia Dei » verrait ses pouvoirs grandir. Dès lors que dans un diocèse un groupe ne trouve pas de prêtre disposé à célébrer la messe à sa demande, elle pourrait imposer une solution et sans doute envoyer un prêtre de son choix. A terme, l’idée caressée par Mgr Perl serait celle de la création d’ un ordinariat pouvant incardiner des prêtres ce qui permettrait aussi d’accueillir des ecclésiastiques gyrovagues. Pour l’anecdote, Mgr Perl pourrait ainsi coiffer la mitre et devenir une sorte d’évêque universel des traditionalistes.

Un autre « monsignore » dont le nom revient également pour ce ministère épiscopal éventuel auprès des traditionalistes, Rudolf Michael Schmitz, du diocèse de Cologne et de l’Institut du Christ Roi Souverain (créé par Mgr Gilles Wach) a laissé également entendre qu’une solution très avantageuse pour les traditionalistes serait bientôt trouvée. Dans un entretien accordé à la revue « Enjoy », Schmitz affirme que ce document devrait permettre à tout prêtre de célébrer en public selon le rite tridentin (et donc non seulement en privé).

Ce « motu proprio » aurait dû paraître dès la fin janvier. Ce sont les oppositions d’un certain nombres de prélats qui ont incité Benoît XVI à prendre patience. Parmi les opposants à ce « motu proprio » on cite en particulier les cardinaux Karl Lehmann, Jean-Pierre-Ricard (car pressés par ses confrères de l’épiscopat français, lui-même y étant plutôt favorable), Jean-Marie Lustiger, Godfreed Danneels, Giovanni Battista Re pour ne citer que les principaux. L’opposition ou non à ce projet ne recoupe pas toujours les critères habituels de conservatisme. Ainsi, Mgr André Vingt-Trois, l’archevêque de Paris serait-il très hostile au projet même s’il se classe plutôt parmi les conservateurs. D’autres prélats, comme Mgr Angelo Bagnasco, archevêque de Gênes et président de la conférence épiscopale italienne, y sont au contraire acquis.

Réimpression de l’ancien missel en cours…

Un autre indice de la publication très proche désormais de ce texte serait donné par la décision de maisons éditrices italiennes de … réimprimer l’ancien missel selon le rite de Saint Pie V. De manière implicite, lors d’un entretien accordé au mensuel « Inside the Vatican » (de tendance conservatrice et très romaine), l’archevêque Ranjith a reconnu que ce sont les réticences de beaucoup d’évêques qui ont retardé le projet, même si à l’origine ce sont également elles qui à l’avis du Pape rendaient nécessaires un prise de position d’autorité de la part de Rome. Pour Joseph Ratzinger, comme pour le cardinal Alfons Maria Stickler, la messe de Saint Pie V n’ayant jamais été interdite, il n’y a pas besoin de l’autoriser : il s’agit simplement de reconnaître un droit qui existe déjà. En fait, ce « motu proprio » entend d’abord remédier au problème posé par des évêques qui selon Mgr Ranjith exerceraient un abus de pouvoir.

La coexistence de deux étapes du même et unique rite Romain constituerait sans doute une exception. ¿De fait, s’il y a de nombreux rites dans l’Eglise catholique, et s’ils peuvent coexister, il n’existe en général qu’une « étape » de chacun d’eux (même s’il y a des variantes). Ne peuvent ainsi coexister des strates diverses, par exemple un livre liturgique du XVIIIe siècle et un autre du XXe pour le même rite. D’où, l’opposition du courant dit de Solesmes à la coexistence de deux missels qui représentent deux versions du même rite romain, la dernière ayant remplacé celle de Saint Pie V. Cette position est défendue par l’archevêque bénédictin de Toulouse, Mgr Robert LeGall et par Mgr Raffin, déjà cités. A Rome par le cérémoniaire du Pape, Mgr Piero Marini, et par les anciens secrétaires « évincés » de la Congrégation pour la liturgie, Mgr Francesco Pio Tamburrino et Mgr Domenico Sorrentino.

La riposte des défenseurs des deux rites, Mgr Ranjith et même….Joseph Ratzinger s’inspire en particulier d’une thèse du liturgiste Klaus Gamber. Pour ce dernier, en raison de l’importance des changements introduits, il ne s’agit pas d’une nouvelle version du même unique rite romain mais d’un nouveau rire, le « rite moderne » différent du rite traditionnel. Par conséquent, leur cohabitation est tout-à-fait possible, légitime et même souhaitable.

Dans l’optique pourtant de Joseph Ratzinger, qui demeure celle d’une « réforme de la réforme », à long terme, il serait de parvenir à un unique rite romain, sans doute plus proche de l’ancien rite que du nouveau.

Plus réservé et pessimiste que les traditionalistes dits ralliés à Rome, Mgr Bernard Fellay, le Supérieur de la Fraternité Saint Pie X exprime la crainte que le laps de temps ne devienne interminable.

Christian Terras, Romano Libero - Golias - L’édito du 23 mars

22 mars 2007

Benoît XVI joue la montre
22 mars 2007 - Philippe Clanché - temoignagechretien.fr
Avec son dernier texte, le pape calme le jeu. Pour mieux poursuivre la restauration traditionaliste ?
Benoît XVI joue la montrepar Philippe Clanché
Presque deux ans après le changement de pontife, la logique des catholiques progressistes sur les messages romains a changé. Sous Jean Paul II, on espérait des avancées. Sous Benoît XVI, on redoute des régressions. À force de craindre la libéralisation complète de l’usage de la messe « à l’ancienne » (selon le rite de saint Pie V), certains tressautent à chaque publication vaticane.
C’est à travers ce prisme qu’il faut considérer la réception, parfois alarmiste, de l’Exhortation apostolique Sacramentum caritatis, publiée le 13 mars. Le document reprend les travaux du Synode des évêques sur l’eucharistie, tenu en octobre 2005. Signé de la main du pape, il est d’abord un document collégial et international. On ne peut donc y voir simplement un diktat romain décalé des réalités du terrain. Dans plusieurs conflits avec le pouvoir central, les Églises locales semblent avoir obtenu gain de cause.
Dès le début du texte, Benoît XVI veut rassurer les fidèles attachés à la liturgie de Paul VI : « Les pères synodaux ont rappelé l’influence bénéfique que la réforme liturgique réalisée à partir du Concile œcuménique Vatican II a eue pour la vie de l’Église. Les difficultés et aussi certains abus relevés ne peuvent pas masquer que le renouveau litur- gique, qui contient encore des richesses pas pleinement explorées, est bon et valable. » Plus loin, le pape en remet une couche, en demandant de « demeurer fidèles à l’intention profonde du renouveau liturgique voulu par le concile Vatican II, en continuité avec toute la grande tradition ecclésiale ». Enfin, il recommande la poursuite du processus d’inculturation de la messe, cette indispensable adaptation, formelle, aux traditions locales. Nous voici soulagés.
Blocages et crispations
Gardant certains bons côtés de son prédécesseur, Benoît XVI consacre deux articles aux liens entre eucharistie et implication sociale des fidèles, ainsi qu’un joli couplet écolo : « La terre n’est pas une réalité neutre, une simple matière à utiliser indifféremment selon l’instinct humain. » Pour le reste, le document réaffirme bien des blocages que l’on désespère voir levés un jour. Les catholiques qui suivent la messe à la télé « ne satisfont pas au précepte dominical ». Les divorcés-remariés, qui constituent « un problème pastoral épineux et complexe, une vraie plaie du contexte social actuel, qui touche de manière croissante les milieux catholiques » demeurent interdits de communion. Les hommes et femmes que leur conjoint a quittés apprécieront d’être autorisés à tout vivre dans leur Église, sauf le plus important. Rien de neuf non plus concernant le célibat des prêtres. On peut simplement s’étonner de l’argument : « Le Christ a vécu sa mission jusqu’au Sacrifice de la croix dans l’état de virginité. » Tous les historiens sérieux disent ne rien savoir de la vie d’adulte du Nazaréen avant sa vie publique…
On connaît le faible de Benoît XVI pour les liturgies d’hier. Pour autant, il ne ferme aucune porte. Les assemblées dominicales en absence de prêtre (Adap) sont tolérées, à défaut d’être encouragées. Le pape préconise le latin pour les célébrations internationales principalement, et demande que les séminaristes « soient préparés à comprendre et à célébrer la messe en latin » et à utiliser le chant grégorien. Les communautés catholiques de France continueront de célébrer comme aujourd’hui. Pour fêter leur triomphe, hélas prévisible, les fidèles de l’abbé Laguérie doivent encore patienter. Et le pape demeure tiraillé entre l’envie de voir revenir au bercail de nouvelles troupes prêtes au service et l’angoisse face aux conséquences d’une fronde dévastatrice, notamment en France.

18 mars 2007

[Aletheia n°106] L’Eucharistie, « principe causal de l’Eglise » par Yves Chiron

Aletheia n°106 - 18 mars 2007
L’Eucharistie, « principe causal de l’Eglise » par Yves Chiron
Les radios, les télévisions et certains journaux n’ont retenu de l’exhortation apostolique Sacramentum Caritatis qu’un liste d’interdictions et de rappels disciplinaires : par exemple, « caractère obligatoire » du célibat des prêtres dans la tradition latine (§ 24) ; refus de la communion aux polygames, aux divorcés remariés et aussi, sauf « situations déterminées et exceptionnelles » (§ 56), aux non-catholiques ; recommandation aux fidèles de « s’agenouiller pendant les moments centraux de la prière eucharistique » (§ 65).
Tout cela se trouve certes dans l’exhortation apostolique publiée par Benoît XVI, mais c’est réduire l’enseignement, dense,  du document à quelques normes, qui ne sont que des rappels. Sacramentum Caritatis est, avant tout, un enseignement doctrinal sur l’Eucharistie « principe causal de l’Eglise ».
Je ne prétendrai pas le résumer ici. Je relèverai simplement quelques points qui en font un acte magistériel de continuité, caractéristique de l’esprit et du dessein pastoral de Benoît XVI :
• Le titre même de l’exhortation apostolique, Sacramentum Caritatis, renvoie au titre du premier acte magistériel d’envergure de Benoît XVI : l’encyclique Deus caritas est. La Sainte eucharistie, écrit le Pape, est le « Sacrement de l’amour » où le Christ se donne pour le salut des hommes. La « nouvelle et éternelle alliance » est passée par la Croix. « En instituant le sacrement de l’Eucharistie, Jésus anticipe et intègre le Sacrifice de la croix et la victoire de la résurrection. Dans le même temps, Il se révèle comme le véritable agneau immolé, prévu dans le dessein du Père dès avant la création du monde. » Benoît XVI écrit aussi que « l’institution de l’Eucharistie est devenue en Jésus un acte suprême d’amour et pour l’humanité une libération définitive du mal. »
En lisant Benoît XVI, on est loin de la conception de la messe que diffusent encore certains écrits cléricaux, en France du moins. L’Eucharistie n’est pas une « rencontre d’hommes et de femmes de tous âges » pour former « un seul Corps avec le Christ » et « rompre le pain et boire à la coupe »[1] , elle doit être vécue et célébrée à la lumière de l’histoire du salut.
• Le « banquet eucharistique » n’est certes pas un simple repas commémoratif, il est la « réelle anticipation du banquet final », le banquet eschatologique, « les noces de l’Agneau » (§ 31).
Ce banquet eucharistique prend la forme de la célébration d’un « sacrifice » par le prêtre, au cours duquel l’Esprit-Saint joue un rôle décisif au moment de la « transsubstantiation » (§ 13).
Le caractère sacrificiel de l’Eucharistie, affirmé à plusieurs reprises dans l’exhortation apostolique, imprime au ministère sacerdotal un caractère unique : « Il est nécessaire que les prêtres aient conscience que, dans tout leur ministère, ils ne doivent jamais se mettre au premier plan, eux-mêmes ou leurs opinions, mais Jésus Christ » (§ 23). Cela renvoie à une position philosophique centrale dans la pensée de celui qui était encore le cardinal Ratzinger : « le dépassement de la simple subjectivité [se fait] par le contact entre l’intériorité de l’homme et de la vérité qui vient de Dieu.[2] »
Le dépassement de la subjectivité se traduira, dans le domaine liturgique, par le refus de toute tentation créativiste ou constructiviste. L’exhortation apostolique le dit très clairement : « Toute tentative de se poser soi-même comme protagoniste de l’action liturgique contredit l’identité sacerdotale. Le prêtre est plus que jamais serviteur et il doit s’engager continuellement à être le signe qui, en tant qu’instrument docile entre les mains du Christ, renvoie à Lui. Cela se traduit particulièrement dans l’humilité avec laquelle le prêtre guide l’action liturgique, dans l’obéissance au rite, en y adhérant de cœur et d’esprit, en évitant tout ce qui pourrait donner l’impression d’une initiative propre inopportune. » (§ 23).
• Certains ont regretté que Benoît XVI n’ait rien dit, dans cette exhortation apostolique, de la messe traditionnelle et de sa libération attendue. C’est, sans doute, parce qu’un motu proprio consacré à ce sujet paraîtra dans un délai qu’il serait aventuré de fixer.
Mais, en fait, déjà dans cette exhortation, la messe dite de saint Pie V n’est pas passée sous silence. Il ne pouvait en être autrement puisque, on le sait, le sujet a été abordé lors du synode d’octobre 2005 dont cette exhortation est le prolongement et l’aboutissement.
Ici Benoît XVI insiste sur l’unité du rite romain : « depuis les indications claires du Concile de Trente et du Missel de saint Pie V jusqu’au renouveau liturgique voulu par le Concile Vatican I : à chaque étape de l’histoire de l’Eglise, la célébration eucharistique, en tant que source et sommet de la vie et de la mission de l’Eglise, resplendit de toute sa richesse multiforme dans le rite liturgique » (§ 3).
Benoît XVI, il l’écrit, n’ignore pas les « difficultés » et les « abus » qui ont surgi dans l’application de la réforme liturgique post-conciliaire. Mais le pape pense aussi que cette réforme « contient encore des richesses qui n’ont pas été pleinement explorées. »
Le propos surprendra, et décevra même sûrement, ceux des traditionalistes qui ont vécu la réforme liturgique comme une rupture. On sera attentif que, pour la réforme liturgique, comme pour le concile Vatican II, Benoît XVI demande de ne pas introduire « de ruptures artificielles ». C’est-à-dire qu’il demande de lire et de vivre la réforme liturgique post-conciliaire dans « une herméneutique de la continuité », comme il l’a demandé déjà pour le concile Vatican II dans son désormais célèbre discours à la Curie romaine du 22 décembre 2005.
Cette exhortation apostolique, dont l’élaboration a été longue – plus d’un an après la fin du Synode des évêques –, confirme l’intuition fondamentale de Benoît XVI, qui n’a rien d’une stratégie : l’Eglise n’est pas « purement humaine », les critiques incessantes proviennent souvent du désir obscur d’une « Eglise faite par nous ». La « vraie réforme » consiste à « laisser place à la lumière très pure qui vient d’en haut »[3]. Cette attention n’est pourtant point passive : elle doit être la rencontre entre l’intériorité et « la vérité qui vient de Dieu ».
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L’ Institutio generalis Missalis romani
Vient de paraître, à la Libreria Editrice Vaticana, un livre fondamental pour la juste appréciation de la messe qu’on peut appeler à bon droit « messe de Paul VI ». Il s’agit de l’édition critique et scientifique de l’Institutio generalis Missalis romani[4].
L’Institutio generalis est l’ensemble des normes générales qui ont accompagné le nouvel Ordo Missæ ( N.O.M.). Dans sa première version, l’Institutio generalis compte 341 paragraphes en huit chapitres. Le N.O.M. et les normes générales sont entrés en vigueur le 30 novembre 1969, il y a près de quarante ans maintenant.
Encore aujourd’hui, beaucoup de prêtres et de catholiques traditionalistes ne connaissent les normes générales du N.O.M. que par les très sévères critiques résumées, dès 1969, par le célèbre Bref examen critique du nouvel Ordo Missæ présenté au pape Paul VI par les cardinaux Ottaviani et Bacci[5]. Certains auteurs, néanmoins, ont fait de l’Institutio generalis une étude très attentive : on pense, en premier lieu, à Jean Madiran et à son fameux éditorial « Sous réserve, pas plus » (Itinéraires, janvier 1970, n° 139) et à Louis Salleron dans son livre sur la nouvelle messe et dans ses articles parus dans Itinéraires.
Les cardinaux Ottaviani et Bacci, dans une lettre adressée à Paul VI, le 3 septembre 1969, pour accompagner le Bref examen critique, estimaient que « le nouvel Ordo Missæ, si l’on considère les éléments nouveaux, susceptibles d’appréciations fort diverses, qui y paraissent sous-entendus ou impliqués, s’éloigne de façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la Sainte Messe, telle qu’elle a été formulée à la XXIIe session du Concile de Trente. »
Cette conclusion a été indéfiniment reprise jusqu’à aujourd’hui par nombre d’auteurs et de clercs, comme si les (indéniables) fautes et lacunes originelles de l’Institutio generalis n’avaient jamais été corrigées.
Or, après les diverses critiques citées ci-dessus, et d’autres venues d’autres horizons, l’Institutio generalis a été corrigé, et non sans portée. Aussi bien la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, dans Le Problème de la réforme liturgique[6], que l’abbé Barthe et Alexis Campo, dans leur présentation de la dernière édition du Bref Examen[7], minimisent ces corrections de l’édition de 1969. Ces deux derniers auteurs estiment que le Bref examen critique est toujours « en attente de réponse ».
L’affirmation ne fait pas justice des corrections nombreuses et successives apportées à l’Institutio generalis. L’édition procurée par la Libreria Editrice Vaticana devrait permettre une réévaluation de la « réponse » donnée aux critiques du N.O.M. à partir de 1969.
L’Institutio generalis a connu, en effet, plusieurs éditions officielles. Maurizio Barba publie leur texte complet en latin, soit, dans l’ordre :
- l’édition « typica » de 1969,
- l’édition « typica » de 1970,
- l’édition « typica  altera » de 1975,
- l’édition « typica tertia » de 2002.
Puis, après cette quadruple édition intégrale, et la publication de textes préparatoires, Maurizio Barba publie sous forme synoptique, en latin toujours, langue de référence, les passages de l’Institutio generalis qui, d’une édition à l’autre, ont subi des corrections. Cette présentation synoptique (sur six colonnes – les quatre versions officielles et deux versions préparatoires) occupe près de trois cents pages, c’est dire si les corrections n’ont pas été occasionnelles.
La correction la plus célèbre est celle du fameux article 7 qui, en 1969, définissait la messe comme « une synaxe, c’est-à-dire le rassemblement du peuple de Dieu, sous la présidence du prêtre, pour célébrer le mémorial du Seigneur. »
La correction apportée à partir de l’édition de 1970 précise que le prêtre « représente la personne du Christ », que le mémorial du Seigneur peut être appelé aussi « sacrifice eucharistique » et surtout, en faisant référence au concile de Trente, rappelle que la Messe « perpétue le sacrifice du Christ », et réaffirme la doctrine traditionnelle de la présence réelle et la transsubstantiation [8].
Ce n’est pas le seul passage où l’Institutio generalis a  été corrigée pour réaffirmer le caractère sacrificiel de la messe. Les auteurs du Bref examen critique avaient pointé du doigt d’autres définitions de la messe réduites à une « cène ». On peut, là aussi, voir dans l’édition synoptique les corrections apportées à partir de 1970 (articles 48, 55d).
Le Bref examen critique avait regretté aussi que, dans l’Institutio generalis, il ne soit fait référence qu’une seule fois aux enseignements du concile de Trente sur la messe. Dans la première édition révisée, 1970, on en trouve huit.
On pourrait multiplier les exemples de corrections et de précisions successives entre l’édition typique des « normes » de 1969 et la dernière édition officielle (2002).
Dans le même temps, l’édition typique du missel de 1969 a, elle aussi, connu des modifications et de nouvelles éditions typiques. C’est l’ensemble, normes et Ordo missæ, qui serait à étudier dans leurs évolutions.
Mais on doit ajouter aussi qu’il y a loin entre le rite romain « réformé » dans sa version typique, et ses normes définies en latin par le Saint-Siège, et le rite tel qu’il est traduit (jusqu’à maintenant) et pratiqué dans un grand nombre d’églises de France.
Si, à Rome, dans les textes officiels, la messe « réformée » n’est plus « équivoque », en France, dans nombre d’églises, elle le reste.
En parallèle à cette édition romaine de l’Institutio generalis, on renverra, pour finir, aux justes remarques, plus générales, de Guillaume Tabard dans un intéressant livre sur la messe qui vient de paraître :
« La vérité est qu’aujourd’hui bien peu de catholiques connaissent le sens de la liturgie, la signification des rites qu’ils pratiquent ou suivent. Qui a lu les textes des conciles ? Qui, « tradi » ou « conciliaire », a regardé de près les « rubriques » d’un missel ? Quelle « équipe liturgique » prépare une messe en s’appuyant sur les prescriptions de la Présentation générale du missel romain plutôt que sur ses seules intuitions ? Depuis quelques années, la formation est devenue la priorité des institutions ecclésiales (diocèses, mouvements, communautés, catéchèse…) tant les catholiques ignorent le contenu même de leur foi. En matière liturgique, l’ignorance est abyssale et cela est vrai quelle que soit la sensibilité, quel que soit le rite suivi.
Une formation à la messe s’impose donc. Et cette formation permettrait de dépasser les idées fausses, voire les contresens, sur le rite suivi, mais aussi sur le rite suivi par les autres.
Si la messe de Paul VI était davantage expliquée, elle serait vécue avec plus de ferveur par ceux qui y participent et regardée différemment par ceux qui la critiquent. Si toutes ces splendeurs étaient expliquées, reconnues, et mieux appliquées, on prend le pari que nombre des fidèles de la messe de Pie V s’y retrouveraient.[9] »
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[1] Définition de la messe publiée dans Les Mots des chrétiens, Presses de la Renaissance, 2006, ouvrage réalisé par le Service national de catéchuménat et présenté par Mgr Dupleix, secrétaire général adjoint de la Conférence des évêques de France.
[2] Cardinal Joseph Ratzinger, « Conscience et vérité », cité in Aidan Nichols, o.p. Coopérateur de la vérité. Brève introduction à la théologie de Benoît XVI, Genève, Ad Solem, 2006, p. 42. Livre fondamental pour saisir l’authentique pensée de Benoît XVI.
[3] Cardinal Joseph Ratzinger, Appelés à la communion. Comprendre l’Eglise aujourd’hui, Fayard, 1993, p. 118 et suivantes.
[4] Maurizio Barba, Institutio generalis Missalis Romani. Textus – Synopsi – Variationes, Cité du Vatican, Libreria Editrici Vaticana, 708 pages, 39,50 euros.
[5] Dernière édition en français : cardinaux Ottaviani et Bacci, Bref examen critique du nouvel Ordo Missæ, Renaissance catholique, 2004.
[6] FSSPX, Le Problème de la réforme liturgique, Clovis, 2001, p. 15.
[7] Abbé Claude Barthe et Alexis Campo, « Un examen critique en attente de réponse », in Bref examen critique, op. cit., p. 34.
[8] Curieusement, dans son texte cité ci-dessus, l’abbé Barthe ne cite qu’une partie de la correction apportée, il ne cite pas du tout l’ajout essentiel : « In Missæ enim celebratione, in qua sacrificium Crucis perpetuatur, Christus realiter praesens adest i ipso coetu in suo nomine congregato, in persona ministri, in verbo suo, et quidem substantialiter et continenter sub speciebus eucharisticis. »
[9] Guillaume Tabard, Latin or not latin. Comment dire la messe, Seuil, 2007, p. 118.

17 mars 2007

Le Motu proprio est prêt, malgré l'opposition de l'Eglise de France
17 mars 2007 - paixliturgiquereims.org
C'est ce qu'affirme le site RORATE COELI (en anglais). Il s'agit ici de la confirmation des informations que nous avions reçues à Rome au début du mois. Nous avons tenté une traduction du texte anglais que nous vous présentons. Nous avons mis en gras les points qui nous semblent importants.
Benoît XVI libère la Messe tridentine...... C'est le feu-vert du pape ; le retour de la messe en latin.
une tempête pour l'opposition aux lefebvristes arrive avec Pâques
Marco Tosatti

Cité du Vatican: Benoît XVI libère la messe tridentine, cette messe "en latin" si aimée par, mais pas exclusivement, les fidèles de Mgr Lefebvre, et pour cette raison, haïe par les progressistes de l'Eglise. Le motu proprio du pape, qui devrait être publié entre l'Annonciation et Pâques est prêt.
Le teste est entièrement ficelé (blindé); mais, d'après les indiscrétions d'excellentes sources, devrait changer la situation actuelle. Actuellement, les évêques ont le pouvoir - mais aussi grâce à une bureaucratie amollissante - de rendre la célébration de la messe ancienne très difficile. Avec le motu proprio, leur rôle devrait changer : non plus arbitre, mais "superviseurs" (ou surveillant). Et, en fait, un fin renard de la curie remarque qu'évêque en grec signifie exactement cela : surveillant. Cela signifie que les fidèles qui souhaitent la messe latine (s'ils sont au moins 30) ont le droit d'en demander la célébration, dans toutes les églises, à quelques rares exceptions près dues à des conditions générales d'opportunité.
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A la fin février, lors d'un dîner d'adieu, avant sont retour définitif au Chili, le Cardinal de 81 ans Jorge Medina Estevez, membre de la commission Ecclesia Dei, chargée des relations avec les lefebvristes, disait à ses amis que la publication du motu proprio était imminente. une question de semaines, précise une autre source du Vatican.
Ceci, bien que la vigoureuse opposition soit toujours en garde. Quand, à l'automne dernier, le motu proprio commençait à prendre une forme concrète, quelques prélats dînèrent ensemble dans une abbaye de l'Aventin : parmi d'autres, un abbé et un personnage extrèmement important de l'entourage pontifical, notoirement opposé au rite tridentin. A cette réunion, fut discutée la manière "d'aider" le pape à comprendre que la libéralisation était une erreur.
Mgr Le Gall, évêque de Toulouse, était la cheville ouvrière de ce travail. Et en fait, Mgr Le Gall a fait des déclarations très sévères , et en une rapide succession, le cardinal Lustiger, son successeur Vingt Trois et le cardinal de Bordeaux, Ricard sont arrivés à Rome ("l'invasion des gaulois", remarquait-on au Vatican) pour faire campagne contre le Motu proprio.
Les détracteurs de cette opposition expliquent que l'Eglise de France, qui a vu son pourcentage de pratiquant chuter de 14 à 4,5% entre 1978 et 2006, craint l'autorisation des amoureux de la messe traditionnelle comme un poison. Et cela aussi parce que, d'après les dernières données provisoires, pour l'année en court, 120 jeunes sont entrés dans les 91 séminaires diocésains français pendant que 4 ou 5 séminaires traditionalistes comptent quelques 40 entrées.
L'invasion des gaulois a vraiment gelé la situation pendant un temps, comme l'espérait les prélat de l'Aventin, bon connaisseurs de la personnalité de Benoit XVI, prudent presque timide face à une opposition déclarée.
Mais maintenant le cardinal Castrillón Hoyos, president de la commission "Ecclesia Dei" a confié à un ami : " le Pape est très décidé".
Chers amis, l'échéance libératrice approche. Redoublons nos prières et tenons nous prêts à pouvoir enfin profiter des largesses que l'Eglise notre Mère, voudra bien nous donner.
A la fin de cet article, nous remercions le lecteur maîtrisant mieux l'anglais que nous, de nous avoir transmis une bien meilleure traduction que celle que nous avions d'abord publiée.