22 avril 2008

[FSSPX] Interview de Monseigneur Fellay - par le Père Benoît - à Libreville

SOURCE - extrait du courrier "Saint Pie" de mai 2008 - mise en en ligne par La Porte Latine - 22 avril 2008

Le Saint Pie : Monseigneur, c’est un honneur et une joie de vous avoir parmi nous à bord de la Mission Saint Pie X ! Et à plus d’un titre puisque vous êtes venu non seulement comme évêque pour donner le sacrement de confirmation à 63 fidèles du GABON, mais aussi comme supérieur général de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, pour visiter notre belle communauté et nous parler de l’Église. En quelques questions, Monseigneur, nous voudrions survoler pour nos lecteurs du Saint Pie votre séjour à Libreville, pour leur faire part d’un peu de ce suc d’édification spirituelle que vous nous avez apporté.
Mais tout d’abord, Monseigneur, pourriez-vous nous dire ce que représente la Mission du Gabon dans l’histoire de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X ?
Mgr Fellay : La Mission Saint Pie X rappelle à la Fraternité qui défend la Tradition de l’Église, fondée par Mgr Lefebvre bien connu ici au Gabon où il fut missionnaire pendant 13 ans sous le nom du Père Marcel, eh bien précisément que la Tradition de l’Église, ou ce qui revient à dire l’Église tout court, parce que l’Église ne peut pas être sinon une tradition, nous rappelle tout simplement que l’Église est missionnaire. Et pour nous, Fraternité qui sommes plongés dans un combat assez difficile qui est celui de défendre les valeurs de l’Église, la réalisation concrète d’une mission en Afrique à la suite de Monseigneur Marcel Lefebvre nous rappelle avec beaucoup d’efficacité et très vivement cette nécessité pour tout catholique, et bien sûr évidemment pour un catholique traditionnel, d’être missionnaire, de continuer cet esprit de conquête des âmes pour Notre Seigneur jésus Christ.
Le Saint Pie : Après avoir visité la communauté des Pères, des frères et des soeurs, non seulement à la Mission mais aussi au Juvénat du Sacré Coeur, puis en brousse équatoriale au domaine Saint Joseph d’Andeme et au prieuré Saint Jacques de Four Place, pourriez-vous dire à nos lecteurs du Saint Pie votre sentiment sur cette oeuvre de la Fraternité, oeuvre d’Église, après plus de vingt années de présence au Gabon ?
Mgr Fellay : Mon premier sentiment est un sentiment d’émerveillement, c’est quelque chose comme quand on voit un beau coucher de soleil, on dit : « magnifique » ! Quand on voit de si belles oeuvres, on peut dire en plein milieu de la brousse… enfin, de la brousse de la crise de l’Église, on s’émerveille, on bénit le Bon Dieu.
Et puis on se rend compte que le Bon Dieu veut réellement sauver tous les hommes et que pour cela les hommes n’ont qu’à apporter leur bonne volonté et alors, comme la pluie qui pleut sur cette terre, la grâce tombe sur les coeurs de bonne volonté, et fait pousser le salut. On voit très très bien que cette oeuvre de la Fraternité est une oeuvre de salut. Voilà mon sentiment à voir cette magnifique oeuvre.
Le Saint Pie : La Fraternité s’est implantée maintenant dans quatre pays de notre grand continent Africain : au Gabon, en Afrique du Sud, au Zimbabwe et au Kenya. Pourriez-vous nous dire quelques mots sur votre vision d’avenir pour les fidèles africains de la Tradition ?
Mgr Fellay : Pour l’instant, quand on regarde la carte de l’Afrique, on voit que la Fraternité est établie un peu en forme de triangle, tout à la pointe en bas et puis des deux côtés vers le milieu, les fidèles savent aussi que nous avons d’autres pays en attente, qui sont visités avec plus ou moins de fréquence : autour du Gabon, il y a le Cameroun et le Nigeria, au côté du Kenya c’est l’Ouganda, la Tanzanie, du côté de l’Afrique du Sud et du Zimbabwe ce sont les pays alentours, c’est un petit peu le Mozambique, un petit peu le Malawi, un peu plus la Zambie où l’on commence à avoir de l’apostolat. Et donc on voit trois centres d’intérêt, et de temps en temps on se pose la question s’il ne faudrait pas resserrer les liens entre ces trois points pour donner plus de force encore à cet apostolat. Je suis persuadé qu’il y a de l’avenir en Afrique, mais il manque des prêtres, il manque cruellement de prêtres et il faudrait pouvoir envoyer une escouade pour pouvoir répondre aux besoins, aux demandes déjà actuelles. Oui je vois un bel avenir pour la Fraternité, pour la Tradition en Afrique.
Le Saint Pie : L’année 2008 est l’année d’un anniversaire, celui des 20 ans de votre sacre épiscopal par Monseigneur Lefebvre ! Grâce à l’épiscopat qu’il vous a transmis, nous avons encore des Pères ici au Gabon, et nos enfants reçoivent de vos mains les dons du Saint Esprit et le caractère de confirmé. Dans vos sermons de confirmation vous nous avez expliqué le rôle du Saint Esprit dans une âme et la signification de ce caractère de soldat. Pourriez-vous nous dire un mot du rôle de ce beau sacrement, finalement peu connu, pour nous fidèles catholiques dans le combat qui est le nôtre dans cette période troublée de l’histoire de l’Église.
Mgr Fellay : La confirmation, elle est promise si l’on peut dire. Elle nous parle du Saint Esprit et de l’aide, du rôle du St Esprit dans la vie du chrétien. Ce qui est très intéressant c’est de voir que Notre Seigneur va parler du Saint Esprit aux apôtres au moment où il leur demande d’aller en mission, au moment où il dit qu’il seront des témoins, que ces témoins pourront aller jusqu’au martyr, donc c’est lorsqu’il parle de la prédication. Annoncer la bonne nouvelle c’est annoncer qu’il n’y a qu’un seul sauveur, que c’est Notre Seigneur, et c’est aussi annoncer que, dire cela, ça va coûter à ceux qui seront les témoins, cela va coûter peut-être jusqu’à la vie, mais ce sera glorieux, non pas parce que c’est beau de mourir pour une belle cause, mais parce que Dieu sera avec les apôtres, Dieu Saint-Esprit.
Aujourd’hui ce combat prend une nouvelle forme parce qu’il y a une partie de l’Église catholique qui est devenue infidèle à ce combat, infidèle à cette profession de foi, infidèle à cette annonce qu’il n’y a qu’un seul Sauveur Notre Seigneur Jésus Christ, qu’il n’y a pas d’autre nom qui est donné sous le Ciel par lequel on puisse être sauvés. On pourrait dire que la Tradition entend bien continuer ce message qui a été le message de l’Église pendant tous les siècles et qui ne peut pas être autre chose pour l’Église toute entière encore aujourd’hui. Cependant vu ce malheur dans l’Église, cette mission est rendue encore plus dure parce que cette fois-ci nous n’avons pas que des ennemis du dehors, nous avons même dans l’Église un certain nombre qui nous considèrent comme des ennemis et qui s’en donnent à coeur joie. D’où l’importance de ce soutien, de se sentir soutenu dans ce combat pour la foi par le Bon Dieu par le Saint Esprit promis par Notre Seigneur et que l’on voit tous les jours à l’oeuvre dans notre apostolat.
Le Saint Pie : Monseigneur, au cours de la conférence donnée aux instituteurs et professeurs de notre école, vous nous avez parlé de l’importance de l’éducation chrétienne. Pourriezvous donner un conseil aux premiers éducateurs d’enfants que sont leurs parents ?
Mgr Fellay : Le premier conseil que je donne aux parents c’est d’aimer leurs enfants. Qui n’aime pas ses enfants ? Alors qu’est-ce que cela veut dire aimer ses enfants. Aimer cela veut dire vouloir le bien. Vouloir le vrai bien, c’est vouloir le plus grand des biens, mais c’est aussi vouloir tout le reste. Les enfants ont besoin d’une relation privilégiée avec leurs parents et les parents aujourd’hui où la famille est disloquée doivent exprimer à leur enfants cet amour. Amour ça ne veut pas dire leur donner des sucettes, ça veut dire les conduire vers les biens qui sont la perfection de l’être humain, qui sont la connaissance de la vérité et l’amour du bien, alors même que cela coûte. Cette éducation comporte un certain sacrifice, un certain renoncement et là les parents ne doivent pas hésiter à faire leur devoir pour cela. Voilà mon conseil.
Le Saint Pie : Vous nous avez parlé aussi des relations avec Rome, de l’impact de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X sur de grands pas effectués comme celui du MOTU PROPRIO. Finalement, même avec le MOTU PROPRIO, le combat continue !
Mgr Fellay : C’est très important de bien comprendre que le combat continue ! Le MOTU PROPRIO parce qu’il est beau, parce qu’il ouvre de nouveau les portes de l’Église à l’ancienne Messe qui a vraiment droit de cité dans l’Église, pourrait faire penser que donc maintenant c’est gagné, que c’est affaire conclue, eh bien non ! C’est un pas, c’est un grand pas, un pas que nous espérons décisif, mais pour cela il faut que ce Motu proprio devienne concret, il faut qu’il devienne effectif. Et de plus, la Messe et donc le Motu Proprio, ce n’est que la pointe d’un iceberg, notre combat lui, il se trouve en fait beaucoup plus sous l’eau qu’au dessus, c’est-à-dire qu’il y a beaucoup de choses qui n’apparaissent pas et qui appartiennent à ce combat. Combat pour Notre Seigneur, ce combat pour la vérité, ce combat contre les erreurs modernes, contre les tentations du monde qui veut toujours se passer du Bon Dieu, qui veut toujours rassasier les désirs des hommes en oubliant les commandements du Bon Dieu.
Le Saint Pie : Pouvez-vous dire un mot sur les autres sociétés qui bénéficient aussi de ce pas pour la Messe ?
Mgr Fellay : Ce qu’il faut espérer de ces sociétés c’est qu’elles fassent tout simplement leur devoir devant Dieu, devant l’Église. Et faire ce devoir cela devrait être quelque part le même que le nôtre et alors, dans ce cas là, nous ne verrions pas en eux des rivaux mais beaucoup plus, si l’on peut dire, des collaborateurs. Nous prions et espérons qu’ils fassent cela.
Le Saint Pie : Monseigneur Lefebvre aimait à dire qu’il voyait ici en Afrique des villages, comme ceux qu’il a pu connaître près de Lambaréné, se transformer petit à petit par la Messe. Il a expérimenté autrefois l’efficacité de la Messe pour transformer les âmes, et on peut dire, n’est-ce pas, que c’est toujours dans la Messe qu’est notre force et notre victoire pour l’Église toute entière ?
Mgr Fellay : Oui, je le pense aussi. Il ne faudrait pas dire que dans la Messe, mais dans les effets de la Messe. La Messe apporte beaucoup plus que la Messe. C’est comme un camion chargé, il n’y a pas que le camion qui arrive, il y a aussi le chargement qui arrive avec le camion. Et c’est un chargement de grâce, un chargement de doctrine qui nourrit la foi et c’est en même temps toute une force de grâces de sanctification. La société est sanctifiée par la Messe. La Messe c’est comme un soleil qui irradie la grâce et qui rentre, qui pénètre dans la société et qui la rend chrétienne. Si on laisse faire la Messe, il y a tout un enchaînement cohérent qui se produit et c’est ce que décrivait Monseigneur. Et il n’y a aucune raison de penser que cette efficacité aurait diminué ou disparu de la Messe. Bien dire la Messe bien recevoir la Messe, bien y assister va produire les mêmes effets. C’est une question de temps, une question bien sûr de circonstances humaines, à nous d’y travailler !
Le Saint Pie : Alors si l’on met la Messe de toujours avec tout ce qu’elle apporte, en concurrence avec la nouvelle, c’est ce qui va se passer avec le MOTU PROPRIO, on risque fort de démontrer quelle est la bonne !
Mgr Fellay : Aucun problème, parfaitement ! C’est déjà un cardinal, le cardinal Médina, qui me disait en 1998 : « qu’on donne aux deux messes les mêmes chances et que la meilleure gagne ! » Il n’est pas difficile de savoir laquelle ce sera ! Et on pourrait parler d’une Vox Populi, d’une voix du peuple, même si aujourd’hui les choses semblent complètement renversées, laissez, laissez cette liberté de la Messe ! elle parle aux âmes ! On le voit chez les enfants, chez les servants de Messe qui ont jusque-là assisté à la nouvelle Messe, qui ont servi la nouvelle messe : Ils découvrent une fois l’ancienne messe, ils n’hésitent pas une seconde pour savoir laquelle ils préfèrent… parce que c’est la meilleure, seulement parce que c’est la bonne Messe !
Le Saint Pie : Et même pour des prêtres qui n’auraient pas connu la Messe de toujours et qui la découvriraient maintenant, ils en percevraient les bienfaits ?
Mgr Fellay : Même chose. Nous avons beaucoup, beaucoup d’exemples très émouvants de prêtres qui nous disent qu’en célébrant l’ancienne Messe, ils découvrent ce qu’est le sacerdoce. Phrase évidemment impressionnante, phrase qui pèse lourd et qui en dit long sur la formation qu’ils ont reçue dans les séminaires aujourd’hui.
Le Saint Pie : Ainsi, il n’y a pas que le problème de la Messe dans la crise de l’Église, il y a aussi cette partie cachée de l’iceberg, ce nouvel esprit qui est lié à cette nouvelle conception de la Messe, qui règne et s’infiltre dans les âmes. Et cela rejoint ce que vous nous disiez tout à l’heure sur l’infidélité de l’Église à son bon combat de la foi. Finalement, avec le faux oecuménisme qui est une altération même de la vertu de charité, peut-on dire que l’Église conciliaire est encore missionnaire de nos jours ?
Mgr Fellay : Si les mots ont encore un sens, alors il faut dire que l’Église Conciliaire aujourd’hui n’est pas missionnaire, qu’elle a renoncé à la mission. Même si quelque part il y a un texte tout récent qui parle encore de la mission chez la païens, il n’y a qu’à voir comment, de manière très concrète depuis des décennies les missionnaires travaillent, pour constater Le Père Marcel que ce n’est plus un travail missionnaire, que c’est un travail humain, un travail qui a une certaine valeur auprès des hommes, une valeur anthropologique, mais qui n’a plus de valeur pour le salut. Ils ne cherchent plus à sauver.
Le Saint Pie : Mais pourquoi l’Église ne cherchet- elle plus à sauver, pourquoi n’est-elle plus vraiment missionnaire ?
Mgr Fellay : Parce qu’elle estime que chacun peut se sauver facilement et que ça ne vaut pas la peine de se sacrifier, d’assumer toutes sortes de peines pour un travail inutile puisque tout le monde est sauvé. L’enfer est vide donc tout le monde est sauvé. Et s’il en est ainsi, ça ne vaut pas la peine d’être missionnaire.
Le Saint Pie : Serait-ce un peu le sens de la nouvelle encyclique du pape Benoît XVI « Spe Salvi » à propos du salut dans l’espérance ?
Mgr Fellay : Il y a quelques rappels dans cette encyclique qu’on n’avait plus entendu depuis longtemps comme l’existence de l’enfer, du jugement, du purgatoire. Mais quand on lit de près ce qui est dit, on a vraiment l’impression que même si ces choses existent, elles ne sont là que comme des tigres en papier, pas bien dangereux, de toute façon, la grande majorité, grâce à Notre Seigneur qui est mort pour nous, est sauvée.
Le Saint Pie : Pour terminer cette interview Monseigneur, je sais que vous prenez dans quelques minutes votre avion pour rejoindre le froid de la Suisse, juste une dernière question. Avec les milliers de chapelets récités et maintenant la croisade du Rosaire, vous mettez toute l’histoire du salut dans les mains de Notre Dame n’est-ce pas ?
Mgr Fellay : Mais ce n’est pas moi qui mets dans les mains de Notre Dame, c’est le Bon Dieu ! C’est manifeste, depuis ces apparitions du XIXème siècle et du début du XXème siècle, que Notre Dame joue un rôle prépondérant dans l’histoire du salut et de manière particulière aujourd’hui. Je crois que c’est à Fatima que la Saint Vierge elle-même disait que Dieu avait mis dans ses mains la paix du monde, la paix des nations. Bien sûr, cela n’est pas encore le salut, mais c’est assez remarquable de voir cette phrase qui quelque part sanctionne la royauté de Notre Dame même sur la terre et on sait que chez le Bon Dieu, s’il y a une telle royauté comme la royauté de Notre Seigneur Jésus Christ, c’est en vue du salut. Il n’est pas difficile de voir et de comprendre que la Sainte Vierge joue un rôle dans l’histoire des hommes aujourd’hui, un rôle très particulier, et que cela est lié au rôle que Dieu lui a donné au niveau du salut. C’est Elle qui vient, c’est Elle qui vient recommander en cette période de trouble la prière du chapelet, la consécration de la Russie, la dévotion au Coeur Immaculé de Marie, comme moyens du salut. Les cinq premiers samedis du mois avec la promesse de la grâce finale, la grâce du salut, c’est assez extraordinaire ! Et il ne faut pas être insensible à cette histoire qui se déroule sous nos yeux. Pour moi je suis intimement persuadé que nous sommes dans le temps qu’un jour on appellera le temps de Marie !
Le Saint Pie : Merci beaucoup Monseigneur, les fidèles Gabonais seront au pèlerinage de Lourdes pour marquer l’histoire de ce temps de Marie ! Magnifique !

Propos de Monseigneur Fellay, recueillis par le Père Benoît, à Libreville, le 22 avril 2008.
Extrait du Saint Pie n° 162 de mai 2008

[Henri Tincq - Le Monde] Les traditionalistes éconduisent Benoît XVI

SOURCE - Henri Tincq - Le Monde - 22 avril 2008

Les traditionalistes éconduisent Benoît XVI
  
Malgré les gestes de bonne volonté de Benoît XVI à leur égard depuis son élection, il y a trois ans, les traditionalistes n'entendent pas renoncer à leur combat. Ils refusent de rentrer dans le bercail de l'Eglise issue du concile Vatican II (1965). Dans une lettre rendue publique dimanche 20 avril, Mgr Bernard Fellay, évêque excommunié, supérieur de la Fraternité Saint-Pie-X, noyau dur des traditionalistes, installée à Ecône dans le Valais suisse, oppose une fin de non-recevoir aux propositions de réconciliation venues de Rome.
Il prend acte avec satisfaction du motu proprio (décret) signé le 2 juillet 2007 par Benoît XVI, facilitant la messe en latin et reconnaissant le rite tridentin (du concile de Trente au XVIe siècle) comme "rite extraordinaire" de l'Eglise. Cette concession a été obtenue "malgré la résistance farouche d'épiscopats entiers" (allusion au cas de la France). Mais, pour le reste, "rien n'a changé", tranche le chef des traditionalistes, qui entend lever les "illusions" de ceux qui, dans son camp comme au Vatican, pensent que la signature d'un accord avec le pape est imminente.
La défense de la messe en latin est restée un habillage, dissimulant l'aversion profonde des traditionalistes aux réformes dans l'Eglise. Le concile Vatican II, écrit la lettre de Mgr Fellay, a introduit "une vision fondamentalement positive" du monde. Il a dicté "un nouveau mode de présence de l'Eglise, plus horizontale, plus présente aux problèmes humains et terrestres que surnaturels et éternels". Eternel couplet des intégristes qu'indispose le rôle social et politique joué par les communautés catholiques.
L'Eglise se voit également reprocher de ne plus chercher à "convertir les juifs, les païens", l'ensemble des non-catholiques. Affirmer que "les autres religions ne sont pas privées d'éléments de salut" (déclaration Nostra Aetate de Vatican II) et que les "Eglises orthodoxes sont d'authentiques églises particulières" (documents de la Congrégation de la doctrine de la foi) équivaut à réhabiliter "les hérétiques et schismatiques qui ont tragiquement abandonné l'Eglise et bafoué la foi de leur baptême".

"ESPÈCE ÉTEINTE"

La réaffirmation constante de la liberté de religion par le pape Benoît XVI - jusqu'à son discours du 18 avril à l'ONU - et la poursuite de son dialogue avec les juifs suscitent une hostilité particulière dans ce courant radical des traditionalistes.
La lettre de Mgr Fellay ressemble donc, au total, à une déclaration de guerre contre le pape et Rome, accusés de rester fidèles aux orientations du concile, "malgré quarante années de crise, malgré les couvents dépeuplés, les presbytères abandonnés, les églises vides, les universités catholiques persistent dans leurs divagations, l'enseignement du catéchisme reste une inconnue, alors que l'école catholique n'existe plus comme spécifiquement catholique : c'est devenu une espèce éteinte".
Aucun accord avec Rome n'est possible, conclut Mgr Fellay, dont la lettre et le ton employé seront accueillis avec un déplaisir certain au Vatican et une irritation croissante de l'aile traditionaliste favorable à un dialogue et une réconciliation.
 
Henri Tincq

[Jean-Marie Guénois - La Croix] Les intégristes refusent toujours un accord avec Rome

SOURCE - La Croix - 22 avril 2008

22/04/2008 Les intégristes refusent toujours un accord avec Rome

Malgré la main tendue par le pape l'an passé en libéralisant l'ancien Missel, le successeur de Mgr Lefebvre dénonce "l'illusion" d'espérer un accord tant que Vatican II ne sera pas totalement remis en cause

Il n’y aura pas d’accord de sitôt entre la Fraternité Saint-Pie X, héritière de Mgr Marcel Lefebvre, et l’Église catholique. Mgr Bernard Fellay, son actuel supérieur, l’affirme publiquement dans une lettre rédigée en Suisse le 14 avril et diffusée, dimanche 20 avril, à l’attention des « amis et bienfaiteurs » de la FSPX.
Rien, pas même le motu proprio Summorum Pontificum (signé par Benoît XVI en juillet et entré en application le 14 septembre 2007) facilitant l’usage du Missel tridentin, pourtant considéré comme un geste de bienveillance en direction des traditionalistes et intégristes, n’est à même d’infléchir la position lefebvriste. Mgr Fellay reproche même à « quelques-uns » de ses amis de s’être « laissé prendre à ce jeu d’illusions ».
L’illusion, pour lui, serait de penser que l’Église catholique est en train de revenir sur les orientations fondamentales exprimées par Vatican II. « Le motu proprio qui introduit une espérance de changement vers le mieux au niveau liturgique, écrit Mgr Fellay, n’est pas accompagné par des mesures logiquement corrélatives dans les autres domaines de la vie de l’Église. Tous les changements introduits au Concile et dans les réformes post-conciliaires que nous dénonçons, parce que l’Église les a précisément déjà condamnés, sont confirmés.» 

"Résistance parfois farouche d’épiscopats entiers"

Conclusion du responsable intégriste : « La Fraternité Saint Pie X ne peut pas “signer d’accord”. Elle se réjouit franchement de la volonté papale de réintroduire le rite ancien et vénérable de la sainte Messe, mais découvre aussi la résistance parfois farouche d’épiscopats entiers. Sans désespérer, sans impatience, nous constatons que le temps d’un accord n’est pas encore venu. »
Celui qui fut ordonné par Mgr Lefebvre en désobéissance ouverte avec le pape (ce qui provoqua le schisme) confirme son refus d’aller plus loin, mais demande toujours à Rome « l’annulation du décret d’excommunication de 1988 ».
C’est donc une fin de non-recevoir que vient d’exprimer la Fraternité Saint-Pie X, moins d’un an après la publication du motu proprio. Comme Mgr Fellay l’indique dans sa lettre, beaucoup, à Rome comme dans les milieux traditionalistes (partisans de l’ancien Missel restés ou revenus en communion avec le Saint-Siège), espéraient que la publication de ce document de Benoît XVI contribuerait à apaiser cette crise et, pourquoi pas, à résorber le schisme.
Il n’en est rien. Cette prise de position de Mgr Fellay – qui marque une nouvelle étape dans le contentieux – a du moins le mérite de sortir d’une ambiguïté : ce n’est pas tant la liturgie, aspect le plus visible, qui fâche le monde intégriste, que le noyau théologique de Vatican II.
De ce point de vue, la liste des récriminations de deux pages exprimées dans cette lettre par Mgr Fellay ne laisse aucune perspective de solutions. « Rien n’a changé, insiste-t-il, dans la volonté de Rome de poursuivre les orientations conciliaires, malgré quarante années de crise » : (…) « un mode de présence de l’Église dans le monde, beaucoup plus horizontal », la dénomination classique de “fausses religions” a complètement disparu du vocabulaire ecclésiastique » ; « l’Église catholique s’engage officiellement à ne pas convertir les “orthodoxes” et “les juifs” ; « le dogme “hors de l’Église pas de salut” (…) a connu une réinterprétation »… Vingt ans après 1988, la rupture n’est pas près d’être surmontée.
 
Jean-Marie GUÉNOIS

18 avril 2008

[Abbé Laguérie - Institut du Bon Pasteur] Le poids des mots ou la violence du verbe

SOURCE - abbé Laguérie - Blog de l'Institut du Bon Pasteur - 18 avril 2008

La richesse particulière de notre liturgie de Carême nous travaille, nous bouscule et nous…interpelle. J’ai horreur de ce dernier mot mais l’emploie à dessein comme une de ces innombrables déformations du vocabulaire qui, prenons-y garde, attaquent lentement et sûrement la pensée. Je ne suis chargé par personne de maintenir la langue française en bon état de marche quoique je m’y efforce pour mon plaisir personnel et peut-être aussi par respect de ceux qui me font l’indulgence de m’entendre, à défaut de m’écouter…
Mais quand cette déformation atteint la parole de Dieu, écrite ou transmise, il m’apparaît évident qu’il s’agit alors d’une question de fidélité à la Foi elle-même. Partant, le verbiage qui remplace et dénature la puissance de l’énoncé détruit du même coup le message du Saint Esprit et empoisonne le pain quotidien dont l’homme est censé vivre : la parole de Dieu. Et comme il ne se trouve presque plus de prédicateurs suffisamment nourris (pétris, plutôt) du phrasé de l’Ecriture pour en restituer à l’oral la violence écrite, le chrétien qui veut conserver dans sa teneur et sa saveur le Verbe de Dieu est condamné à se cramponner à l’Ecriture Sainte pour ne pas penser que Dieu ait perdu son temps à nous raconter des fadaises. Encore faut-il qu’il en ait une bonne version et qu’il sache lire cette empoignade passionnée de Dieu avec les hommes, dans la violence de ses couleurs. C’est une autre question…
Ce n’est pas là une attitude protestante mais une nécessité catholique de survie spirituelle. D’ailleurs, à part certain grands exégètes protestants que leur science rend quelque peu prudents et qui aiment vraiment l’Ecriture, l’absence du Magistère romain en exégèse fait se répandre la majorité dans les marécages du subjectivisme le plus abscond. Il suffit d’avoir discuté un jour avec des évangélistes ou des témoins de Jéhovah pour s’en convaincre. S’ils tombent sur un vrai connaisseur de l’Ecriture, ils grincent des dents en moins de dix minutes. On y apprend en aussi peu de temps que le Verbe n’est pas Dieu, que la vie éternelle n’existe pas (sinon un paradis terrestre bucolico-socialisant sur un fond de boite de camembert digne des plus mauvaises pubs), que Marie de Nazareth n’est pas plus vierge que cela (à quoi bon le serait-elle pour avoir mis au monde un fils d’homme comme tous les autres…) etc. et nous retournons aux fadaises précédentes d’un Esprit qui ne plane plus du tout sur les eaux vives, mais bien sur des marécages malodorants.
L’Ecriture Sainte conserve seule un phrasé divin que la langue des hommes a perdu. Et si les hommes retrouvent un jour cette veine quasi miraculeuse, ils le devront au Saint Esprit qui, ne pouvant inventer de nouvelles vérités, fécondera leur lecture de l’Ecriture. Il faut que nous-nous remettions à parler comme l’Ecriture, par l’esprit qui est en nous, mu par Celui qui est en Dieu. Ou bien le verbe divin ou la langue de bois. Il y va de la survie de Dieu en ce monde, car, dit le psaume, « les vérités ont été amoindries par les fils des hommes… ».
Tachons de préciser le génie de Dieu dans l’Ecriture Sainte et donc les caractéristiques providentielles qui confèrent à ce texte sa violence, sa saveur et sa puissance insurpassables de main d’homme. Certes, nous tenons par la Foi qu’Elle est exempte d’erreur, dans sa version originale, de la première à la dernière ligne. Mais ce n’est pas là sa force, c’est sa garantie. Je n’apprécie pas non plus ceux qui en vantent ses qualités littéraires. Outre qu’elles sont très loin de sauter aux yeux, (certains passages pourrait même passer pour illisibles, les prêtres me comprennent, qui récitent les psaumes) on voit mal l’Esprit de Dieu noyer dans des artifices de formes « la splendeur du vrai » qu’Il nous découvre. Cependant, et ceci n’est en rien contradictoire, on peut dire que le Saint-Esprit a le génie de la formule, mais carrément par contre. « Le Désiré des collines éternelles ! » employée par Jacob pour désigner le Messie dans la permanence de la race royale. « Conservez moi votre esprit principal » (Ps. 50) soupire David qui craint que son pêché ne lui « hôte son candélabre de sa place » (Apoc). Ou encore « Il y a ici plus que Salomon » lequel, au regard des lys des champs « n’a jamais été revêtu comme l’un d’eux ». (Jésus, bien sûr). Mais qui ne voit que la puissance de la formule, son incision, sa percussion appartiennent à la compréhension d’une vérité sublime tandis que la beauté du caractère littéraire en détournerait plutôt. (Sans préjudice d’ailleurs du recours au genre littéraire parfois utile à l’exégète). « Le semeur sortit pour semer sa semence… ». On peut y voir, y entendre même, le geste auguste et répétitif du semeur, mais ce n’est pas phonétiquement beau. Et tant mieux pour la parabole la plus ciselée et la plus aristocratique du Sauveur ! D’ailleurs le roi David qui n’écrivait qu’en chantant sous l’emprise de l’Esprit et se trouve être l’auteur des deux tiers des 150 psaumes ne se vantait-il pas « d’ignorer l’artifice littéraire » ?
L’Ecriture est juive, dictée par des juifs, pour des juifs (au départ en tous cas) et toute entière bâtie pour nous conduire au plus juif des enfants des hommes : Jésus de Nazareth, fils de David et de Dieu. Ce n’est parce que, venu chez les siens, les siens ne l’ont pas reçu que cela change quoique ce soit (pour nous qui sommes des greffons, d’après saint Paul), à l’économie divine de cette histoire entièrement juive. Au contraire ! Et il ne suffit pas de penser que c’est très bien comme ça parce qu’après tout Dieu l’a voulu. L’extraordinaire saveur et force de ce texte unique lui vient premièrement de cette tournure juive, de cette mentalité juive, de ce style juif dans lequel est raconté l’histoire d’un peuple entièrement destiné à accueillir le don de Dieu. Seule la divinité, du créateur (avant), du rédempteur (ensuite) sort la tête infiniment du scénario exclusivement juif de cette histoire du salut. C’est ainsi que sont passés dans le texte les caractéristiques indispensables à la puissance du message. On sait que les juifs (au moins ceux d’alors) sont étrangers à toute philosophie, réfractaires même. Il ne faut pas inverser les causes : ce n’est pas parce que les juifs tenaient déjà des réponses divines aux questions philosophiques qu’ils se sont abstenus de philosopher ; c’est parce que leur structure mentale, voulue par Dieu, était exempte de cet encombrement qu’ils ont été choisis pour livrer sans l’artifice de la science humaine, la parole de Dieu. Nuance déterminante. C’est elle qui donne ce premier génie de l’Ecriture et par là sa violence : la pensée y est toujours d’une concrétude saisissante, débarrassée de toute circonlocution humaine. Un exemple : si dans un langage châtié vous voulez dire son fait à un menteur, vous lui direz que son langage est double. Mais quand Dieu parle il dit « os bilinguae detestor » (Prov). En bon français : « j’ai en horreur la bouche à deux langues » ! On voit déjà la monstruosité de cette unique bouche en laquelle s’agitent deux langues de serpent…et ça vous coupe l’envie de mentir. A ceux qui se plaindraient des préférences divines (comme si Dieu n’avait pas ses préférences, ni même un quelconque droit à en avoir !) l’Ecriture vous assène « j’ai aimé Jacob et j’ai haï Esaü ». Et les exégètes nous fatiguent à faire dire à ce texte, avec mille précautions mondaines, qu’on aurait mal compris à faire dire à ces mots ce qu’ils disent. « Maudit soit celui qui pend au bois » dit le Deutéronome. Dieu peut maudire un homme vivant ? Et parce qu’il est déjà si cruellement frappé ? Est-Il un monstre ? Demandez à saint Paul : c’est avec cette phrase qu’il a compris le mystère insondable de la croix du Christ. « Malheur à moi si je n’évangélise pas » crie l’apôtre. Eh oui, un pasteur paresseux ou passé à l’ennemi n’y trouve pas son compte, je vous le concède.
Toujours dans le registre juif, semble-t-il, l’Ecriture Sainte ne dit pas les choses, elle les martèle. Les livres sapientiaux répètent toujours la même chose deux fois avec des mots différents, à longueur de pages. « Le fil double ne rompt pas et le frère, soutenu par son frère, est une forteresse imprenable » (Prov). Cette capacité de l’image forte dans un langage toujours concret, répété de deux (ou trois) manières, revêt une force de persuasion remarquable. Les Evangiles n’échappent pas à cette règle et l’on peut dire que la parole du Maître, c’est normal, porte au paroxysme cette constante. La construction du sermon sur la montagne obéit à un schéma répétitif d’une exceptionnelle puissance. « Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens…et Moi je vous dis… ». Ainsi le harcèlement de Dieu dans la prière ou encore la nécessité d’être toujours prêts à la rencontre du Seigneur sont illustrés de tant de sentences et paraboles que le feu croisé de ces doctrines les rend contraignantes. Les deux récits de la création dans la Genèse, les trois Evangiles synoptiques, idem.
Car l’Ecriture ne démontre pas : Elle affirme ! Dieu a-t-Il besoin de démontrer ce qu’Il affirme ? A part saint Paul, peut-être, qui se contente de démontrer en affirmant, on n’y trouve pas de preuves. Tout au plus des explications du type de celle de saint Paul démontrant la résurrection de chaque chrétien par celle du Sauveur, leur tête. D’où, évidemment, la puissance d’autorité maximale déployée par l’Ecriture, à laquelle ne saurait prétendre aucun prédicateur depuis les Apôtres. Le record est encore détenu par le Seigneur. Et pas seulement par sa puissance de thaumaturge hors de paire (« Jeune homme, je te l’ordonne : lève-toi » « Lazare : dehors ») mais dans l’établissement des vérités les plus inadmissibles. Quand, au beau milieu du discours sur le pain de vie, les auditeurs rechignent et murmurent « mais comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? » l’explication de Jésus ne va pas s’embarrasser de théologie sacramentelle : « Si vous ne manger la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous ». Quand à ceux qui le ferons : « je les ressusciterai au dernier jour ». On comprend aisément la première réaction à des paroles semblables : « jamais homme n’a parlé comme ça » ! Les explications du Seigneur se bornent plutôt à ceci : « Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende ».
Il y aurait encore mille et une choses à dire comme la rare puissance symbolique du texte sacré, dans les chiffres, dans les images inépuisables. La crudité des récits, également, dans les pêchés des hommes comme dans leurs hauts faits. A cet égard l’Exode et les livres des rois dépassent infiniment les meilleurs thrillers américains (vous me direz, c’est assez facile). Il y a par dessus tout cette histoire du salut, compliquée, rebondissante, surprenante mais une et captivante par l’omniprésence de Dieu qui est toujours le personnage principal de ces péripéties humaines. Dieu ! Qu’une histoire est désespérément ennuyeuse où Dieu n’est pas ! C’est Lui qui donne consistance à tout, et non pas seulement comme créateur (banal…) mais comme acteur, comme référence, comme présence, comme ambiance de la misérable et pitoyable anecdote humaine quand le soleil s’éclipse. Que je plains les athées ! Même leurs bons gros pêchés, même leur petite révolte sournoise n’a pas la moindre consistance. Pêcher ? Mais contre quoi ? Se rebeller ? Mais contre qui ?
Le XXIème siècle devra retrouver cette veine divine de la concrétude juive ou bien le christianisme disparaîtra. Devrons-nous réclamer aux juifs cette violence de l’Ecriture que nous avons perdue dans le marais de nos idéologies moribondes ? Mauvaise solution : chez eux la mauvaise lettre a tué l’esprit comme chez nous le mauvais esprit a tué la lettre. On ne serait pas plus avancés. Et puisque la violence du verbe est quasi interrompue, c’est presque désespéré. Notre religion est évidemment une religion du Verbe et non pas du Livre comme le répètent à l’envie les propagandes médiatiques (« les trois religions du Livre » : pouah !). Seul l’Islam est une religion du Livre, même si les talmudistes y ont réduit le judaïsme. Même chez nous, ce n’est pas l’Ecriture Sainte qui nous rendra la puissance du Verbe : elle n’en sera jamais que l’illustration la plus somptueuse, la trace culminante, le « ce dont Il est capable ». C’est le Verbe qui a fait l’Ecriture et non pas l’Ecriture qui a fait le Verbe. On nous avait pourtant prévenus : « tout a été fait par Lui ». Le mimétisme n’a jamais produit un bon verbe et copier l’Ecriture ne fera qu’un plagia. Je ne vois guère que le Saint-Esprit, le doigt de Dieu, qui puisse nous sortir de cette impasse mortelle du christianisme vieillissant, et de sa langue de bois. Celui-là seul qui l’a produite peut nous rendre, par fécondation (in vitro, hélas, sauf un viol), le fruit de la semence qu’Il a répandu si largement dans l’Ecriture, ultime témoin : la violence du Verbe, par Lui conçu.

17 avril 2008

[Jean Madiran - Présent] Dom Gérard et la messe

SOURCE - Jean Madiran - present.fr - 17 avril 2008

Dom Gérard et la messe
par Jean Madiran

Il n’y aurait donc plus de problème avec la nouvelle messe de Paul VI. La mouvance traditionnelle elle-même a enfin compris la nécessité de l’admettre telle quelle. La reconnaissance de cette nécessité, eh bien ce fut Dom Gérard le moteur d’un tel miracle. On l’en félicite ou on le lui reproche, mais enfin c’est bien lui qui l’a fait : un mois après ses funérailles, voilà déjà ce que l’on pouvait entendre et lire en substance, voire littéralement.
Si on laisse passer aujourd’hui, que n’inventera donc pas dans un an.

Bref avertissement. – Il faut d’abord savoir de quoi l’on parle et ce que signifient les mots que l’on emploie. C’est l’usage qui en est le grand maître. Quand les gens entendent parler de « messe de Paul VI », de « nouvelle messe » ou de « nouvel Ordo Missae », ils comprennent qu’il s’agit des célébrations auxquelles ils assistent (ou participent) dans les paroisses, depuis presque quarante ans.
En réalité ce ne sont pourtant pas, la plupart du temps, des « messes de Paul VI » mais, au mieux, des « messes issues de la messe de Paul VI ».
Avec Jean-Paul II
En 1995, à la tête d’un important pèlerinage à Rome, Dom Gérard apportait au Pape une caisse de carton contenant 70.000 signatures en faveur du rite traditionnel.
Jean-Paul II lui accorda une audience qu’il programma comme faisant suite à une concélébration dans sa chapelle privée. C’était une marque d’estime et un grand honneur d’être invité à concélébrer avec le Pape… mais dans le rite de Paul VI, ce n’était pas forcément une attention délicate. On aurait attendu plutôt l’inverse : la concélébration avec le Souverain Pontife existe en effet dans le rite romain traditionnel. (L’attente, d’ailleurs, se prolonge, pourquoi le taire, on peut le dire en tout respect, l’attente d’une messe célébrée par le Pape selon ce que Benoît XVI a finalement nommé le « rite extraordinaire ».) A l’occasion de cette concélébration, Dom Gérard eut l’occasion de rappeler publiquement quelque chose de bien connu, « la validité et l’orthodoxie » du nouveau rite promulgué par Paul VI.
Le terme d’« orthodoxie » choqua le cher abbé Paul Aulagnier. En l’occurrence il signifiait simplement que, dans son texte authentique, la nouvelle messe n’est pas hétérodoxe, elle n’est pas hérétique. C’est ce que dirent dès 1969 le cardinal Ottaviani, Cristina Campo, Guérard des Lauriers, Raymond Dulac, Louis Salleron (etc.) ; et c’est ce qui est resté constamment admis par la plupart de ceux qui ont émis des doutes, des réserves, des objections à l’encontre de cette artificielle fabrication, « pernicieuse par son caractère évolutif et œcuménique ».
En France
L’année suivante, Dom Gérard s’est trouvé dans une situation analogue quand il s’est agi de faire entrer le Barroux dans la conférence monastique de France.
Les évêques susceptibles d’accepter une fondation du Barroux dans leur diocèse étaient contraints, au nom d’une « collégialité » manipulée par son noyau dirigeant, de refuser leur autorisation aussi longtemps que le Barroux ne serait pas admis dans la conférence monastique. Celle-ci, probablement sous la pression du même noyau dirigeant, exigea, pour une telle admission, deux concélébrations et, en outre, l’assurance de ne jamais interdire aux prêtres du Barroux de concélébrer en dehors de leur monastère. Cette dernière exigence, Dom Gérard a reconnu plus tard qu’il aurait pu la rejeter en se retranchant sur le droit propre de la communauté du Barroux, fondé sur les Déclarations, approuvées par Rome, auxquelles les moines du Barroux sont solennellement liés par leurs vœux de religion. On y lit en effet : « Vie monastique selon la Règle de saint Benoît et les coutumes léguées par nos anciens, l’office divin et la liturgie de la messe célébrés selon les rites plus que millénaires de la Sainte Eglise Romaine, dans la langue latine : telles sont les deux sources qui ont donné naissance à la communauté du Barroux et constituent sa raison d’exister. » Ce n’est pas un indult dont il serait loisible d’user ou de ne pas user, et qui pourrait être supprimé, c’est ce que le droit canon appelle une lex propria, c’est la « loi propre » de la communauté du Barroux.
Selon une thèse contraire, aucun supérieur religieux ne pourrait interdire à un prêtre de concélébrer selon le « rite ordinaire ». C’est peut-être là une de ces quaestiones disputatae où diverses opinions sont libres de s’opposer les unes aux autres.
Un cas particulier
En tout cas voilà tout ce que l’on peut trouver chez Dom Gérard qui paraisse « en faveur » (?) de la messe nouvelle. Il ne s’en est point caché, cela est de notoriété publique, il a dit ce qu’il avait à en dire, et il n’y a vraiment pas de quoi en faire de lui le moteur ni même un bienveillant accompagnateur du ralliement (qui d’ailleurs n’a pas eu lieu) de la mouvance traditionnelle à une prétendue « nécessité » de la nouvelle messe. Dans la formation qu’il leur a donnée, il a toujours dit à ses moines de s’en abstenir à l’extérieur comme à l’intérieur du monastère. Il aimait mentionner les quatre années où trois moines du Barroux, étudiants à Rome et logés à l’abbaye Saint-Anselme, ont à contre-courant respecté la règle de refuser toute concélébration.
Autrement dit, ce qu’il a été amené à faire en certaines circonstances doit être – pour reprendre une formule officielle employée par le Saint-Siège dans une tout autre affaire – considéré comme « un cas particulier qui ne saurait être généralisé ». Dom Gérard lui-même s’est élevé, et parfois par écrit, contre une telle généralisation :
– Je regrette infiniment, protestait-il, que les deux concélébrations que j’ai consenties pour le bien de notre fondation d’Agen puissent créer un précédent dont on s’autoriserait à tort, non seulement pour en poursuivre et multiplier la pratique, mais aussi et surtout pour le reconnaître comme l’exercice d’un droit.
Gravement, il ajoutait à ce sujet :
– Il me revient le droit d’interdire formellement que l’on s’autorise de moi pour faire le contraire de ce que j’ai enseigné et pour quoi j’ai milité contre vents et marées.
Par « principe »
Selon une vue sommaire, qui est un piège, il ne pourrait y avoir que deux attitudes : ou bien reconnaître la « nécessité d’adopter » la nouvelle messe, ou bien la « refuser par principe ».
Mais « par principe » a un sens propre et un sens figuré.
Au sens propre, refuser la nouvelle messe par principe, ce serait la déclarer invalide ou hérétique.
Au sens figuré, c’est s’en abstenir partout et toujours.
La plupart des prêtres et des fidèles qui s’abstiennent partout et toujours de la nouvelle messe ne la croient cependant ni hérétique ni invalide.
D’ailleurs, dans la plupart des cas, ce n’est point de la « messe de Paul VI » qu’ils s’abstiennent, mais en fait de « messes issues de la messe de Paul VI » dont la valeur est manifestement incertaine.
Et puis…
Ce qui contribue à tout brouiller, c’est aussi, voire d’abord, l’usage de catégories artificielles qui enferment (et déforment) les réalités dans une opposition dialectique entre « ouverture » et « ghetto », « avenir » et « passé », « positif » et « négatif », « largeur d’esprit » et « fermeture ». Ce vocabulaire, ces concepts, ces critères sont d’esprit marxiste-léniniste, ils ont, dans nos démocraties occidentales, survécu à l’effondrement de la Russie soviétique. Les médias en demeurent pourris. La contagion, si l’on n’y veille, n’en épargne personne.

La rumeur dont nous parlons, la mauvaise rumeur, orale ou imprimée, semble n’avoir pas tout à fait ignoré la fermeté de Dom Gérard face à la nouvelle messe : alors elle trouve commode de supposer que ce fut à la fin de sa vie. Tardivement, sa position serait devenue moins irénique, plus sévère, parce qu’il serait devenu attentif aux effets catastrophiques de la réforme liturgique. Comme s’il n’en avait rien aperçu quand il se faisait (sans motif ?) ermite à Bedoin.

Jusqu’ici, on n’avait entendu aucun prêtre, aucun laïc déclarant avoir été amené par Dom Gérard à reconnaître la nécessité du nouveau rite. Si maintenant il existe une exception, ce doit être un malentendu.
JEAN MADIRAN
Article extrait du n° 6571 de PRESENT du Jeudi 17 avril 2008, pp. 1 et 3

[Nemo - Le Forum Catholique] Les fautes de liturgie sont criminelles

SOURCE - Nemo - Le Forum Catholique - 17 avril 2008

En liturgie, on apprend beaucoup par les erreurs que l'on commet.
 
Toute erreur dans une cérémonie était généralement reprise par nos maîtres, donnait parfois lieu à des réprimandes, mais surtout à des explications généreuses et circonstanciées qui nous aidaient tous à rejeter la superficialité et à rentrer davantage dans la profondeur des saints mystères. Il ne faut donc pas s'étonner que les plus grands liturgistes aient souvent été critiques.

Dans la bible on voit ce qui arrive aux thuriféraires qui font des fautes de liturgie (dans le Lévitique, chapitre 10) :

Et les fils d'Aaron, Nadab et Abihu, prirent chacun leur encensoir, et y mirent du feu, et placèrent de l'encens dessus, et présentèrent devant l'Éternel un feu étranger, ce qu'il ne leur avait pas commandé. Et le feu sortit de devant l'Éternel, et les dévora, et ils moururent devant l'Éternel. Et Moïse dit à Aaron : C'est là ce que l'Éternel prononça, en disant : "Je serai sanctifié en ceux qui s'approchent de moi, et devant tout le peuple je serai glorifié". Et Aaron se tut.

16 avril 2008

[Ennemond - le Forum Catholique] Dom Gérard, l'abbé Aulagnier et le NOM

SOURCE - Ennemond - le Forum Catholique - 16 avril 2008

Que Dom Gérard Calvet ait combattu pour maintenir la sainte messe, qu'il n'ait pas hésité en des heures sombres à s'activer pour écrire à temps et à contretemps que cette liturgie est le trésor de l'Eglise dont découle la sanctification des âmes, est un fait historique ; nous lui en serons gré au-delà des ans.
Tous les monastères bénédictins qui observent la liturgie traditionnelle l'ont eu pour père, la revue Itinéraires n'aurait pas été ce qu'elle fut sans lui. Il était un adversaire farouche de cette nouvelle messe, "équivoque" et acceptée par les Protestants.
Vouloir justifier deux dispositions de cet abbé paraît malgré tout étrange. La concélébration du rite de Paul VI avec Jean-Paul II et l'acceptation du principe de célébration du nouveau rite par les moines du Barroux ne sont pas les pages qui jouent en faveur de cette défense. Certes, de manière relative, ces faits ne feront pas de Dom Gérard un ardent défenseur du NOM, mais à la place qu'il occupait jusqu'à cette date, il a, quoiqu'on dise, brisé d'une certaine manière le cordon sanitaire qui était soigneusement placé autour de cette messe. Dans le cadre de la FSSP, ce cordon n'a, par exemple, pas été brisé par les prêtres non-signataires. Dans leur cas, on ne leur demandait pourtant qu'une concélébration, une fois par an, le Jeudi Saint.
Mais cette concélébration, ces prêtres courageux l'ont refusé car elles les auraient liés à ces nouveaux rites « équivoques au point d'être acceptés par les protestants qui les reçoivent dans un autre sens. » Ces mots de l'abbé Dulac, Jean Madiran les a repris dans Présent il y a tout juste cinq jours, en ajoutant : « Cette observation n’a rien perdu de sa valeur.»
Il ne s'agit pas de juger ici un homme. J'avais moi-même 7 ans au moment des sacres. Je suis incapable de savoir ce que j'aurais fait en 1988. Je n'aurais sans doute pas été capable de mener le combat de Dom Gérard. Mais, historiquement parlant, maintenant que le décès du fondateur du Barroux est un peu éloigné et que Jean Madiran se permet de lancer cette actualité retrospective, il me paraît que les arguments de l'abbé Aulagnier ne sont pas si légers que cela.
C'est une question qui se pose pour l'avenir : Pour défendre la vérité, n'est-il pas nécessaire de souligner l'équivocité du nouveau rite plutôt que vouloir se justifier en essayant de prouver son "orthodoxie" et en soulignant sa validité ? Donner la moindre allégeance active à ce rite, n'est-ce pas déjà relativiser l'équivocité que l'on peine à dénoncer ?

15 avril 2008

[Abbé Roch Perrel - Mascaret] Des nouvelles du Brésil

SOURCE - Abbé Roch Perrel - Mascaret - avril 2008

Des nouvelles du Brésil
Depuis le 13 février, l'Institut du Bon Pasteur possède un correspondant permanent au Brésil. La maison avait été inaugurée par monsieur l'abbé Navas il y a un an et entre-temps, deux prêtres brésiliens l'avaient occupée mais ils n'ont pas souhaité s'agréger à l'Institut, ce en quoi ils ont eu tort mais bon, “nobody's perfect”. Pourtant, le Brésil a ouvert largement ses portes à l'Institut du Bon Pasteur puisque actuellement, huit séminaristes brésiliens poursuivent leurs études à Courtalain en vue du sacerdoce, c'est-à-dire le quart des effectifs. Il devenait donc urgent pour l'IBP d'avoir un responsable local pour accueillir les vocations et développer un apostolat durable sur place. Aussi, monsieur le modérateur général m'a envoyé prendre en main la maison Notre-Dame du Bon Conseil et lancer un apostolat permanent à São Paulo. Le but de ma mission est double, d'abord accueillir les jeunes gens qui souhaitent entrer au séminaire pour discerner les vocations et leur apprendre le français tandis qu’ils m’apprennent le portugais, ensuite d'ouvrir une église en ville. Les échanges se passent plutôt bien et je commence à savoir me débrouiller dans la vie quotidienne, même si pour l'instant, c'est encore un délicieux sabir de portugais, d'espagnol et de français, avec un peu de bonne volonté, les meilleurs arrivent à comprendre ce que je veux, mais pas toujours et j'ai parfois des surprises. Il y a actuellement cinq garçons qui souhaitent entrer au séminaire, ils viennent de tout ce pays gigantesque dans cette ville immense de dix- sept millions d'habitants, avec tous les avantages et les inconvénients que cela comporte. Ceux qui pestent dans les embouteillages sur les quais de Bordeaux devraient venir suivre un stage de patience ici, on réfléchit à deux fois avant d'entreprendre une course en ville car ça peut prendre tout l'après-midi. Cela dit, la ville étant le centre économique du pays, on y trouve tout ce qu'on veut et toutes les civilisations s'y sont données rendez-vous. Ils sont par exemple très fiers de leurs pizzas : "Les Italiens ont inventé la pizza, disent-ils, mais nous l'avons améliorée." Que monsieur l'abbé Spinoza se rassure, je n'en suis pas encore complètement convaincu, mais je ne désespère pas de trouver la bonne adresse, on m'a promis de me conduire dans le quartier italien. Sinon, à condition d'aimer le riz, les haricots (feijão) et le suco (jus de fruits, ils en font avec n'importe quoi et une très grande consommation) on survit tout à fait sous cette latitude.

Les Brésiliens m'ont réservé un bon accueil et il y a un bon groupe de fidèles sur place qui nous soutient, ils ont monté un collège qui va de la maternelle à la terminale, l'école tourne très bien avec trois cent cinquante élèves et ses locaux sont à dix minutes de la maison où nous résidons. L'aumônerie est assurée par un prêtre ami, le père Renato avec qui je me suis entendu pour la célébration des cérémonies de la semaine sainte, les pré-séminaristes et les élèves de l'école ont assuré le service liturgique, certains découvraient les splendeurs de cette liturgie admirable. Le reste du temps, je célèbre la messe dans le garage de notre maison, comme aux temps héroïques de la tradition. Il me reste donc à trouver une église pour accueillir tous les fidèles et célébrer les saints mystères dans la maison de Dieu. J'ai rencontré le cardinal Scherrer et son auxiliaire, le cardinal m'a réservé un bon accueil en me disant cependant qu'il n'avait pas spécialement besoin de l'IBP, qu'il y a peu de demandes de messe grégorienne et qu'il y a déjà quelques messes célébrées ici ou là. Entre autres, une messe grégorienne est dite tous les dimanches soir au monastère Saint Benoît situé en plein centre ville et le père abbé m'a déjà demandé de la célébrer. Si donc vous êtes en manque d'intention de prières, vous pouvez toujours mettre dans votre gros sac d'intentions le succès de ma démarche auprès de l'évêque pour obtenir une église. La colonisation du Brésil ayant débuté en 1500, je ne risque pas de célébrer la messe dans une église gothique, pas plus que je ne risque de voir venir monsieur l'abbé Laguérie et son équipe pour rénover les vieilles pierres, il n'y en a pas beaucoup par ici.

Enfin, que les Bordelais trouvent ici toute l'expression de ma gratitude pour leur accueil et pour le viatique qu'ils m'ont offert, il m'a permis d'adapter ma garde-robe aux conditions climatiques locales et d'acheter sur place tous les objets nécessaires à la vie quotidienne qui ne rentraient pas dans mes malles.

Abbé Roch Perrel
Padre Roch Perrel
Instituto do Bom Pastor
Rua Gonçalo Pedrosa, 25
Ipiranga
04261 - 060 São Paulo - SP
Brasil

14 avril 2008

[Mgr Fellay, fsspx] Lettre aux Amis et Bienfaiteurs n°72

SOURCE - DICI - 14 avril 2008

Chers Amis et Bienfaiteurs,
Le Motu Proprio Summorum Pontificum qui a reconnu que la messe tridentine n’avait jamais été abrogée pose un certain nombre de questions en ce qui concerne le futur des relations de la Fraternité Saint-Pie X avec Rome. Plusieurs personnes, dans les milieux conservateurs et à Rome même, ont fait entendre leurs voix arguant que, le Souverain Pontife ayant posé un acte d’une si grande générosité, et donné par là même un signe évident de bonne volonté à notre égard, il ne resterait à notre Société qu’une seule chose à faire : « signer un accord avec Rome ». Malheureusement quelques-uns de nos amis se sont laissés prendre à ce jeu d’illusions.
Nous voudrions saisir l’occasion de cette lettre du temps pascal pour rappeler une fois de plus les principes qui gouvernent notre action en ces temps troublés et signaler quelques événements récents qui indiquent bien clairement que, au fond, à part l’ouverture liturgique du Motu Proprio, rien n’a vraiment changé, afin de tirer les conclusions qui s’imposent.
Le principe fondamental qui dicte notre action est la conservation de la foi, sans laquelle nul ne peut être sauvé, nul ne peut recevoir la grâce, nul ne peut être agréable à Dieu, comme le dit le Concile Vatican I. La question liturgique n’est pas première, elle ne le devient que comme expression d’une altération de la foi et corrélativement du culte dû à Dieu.
Il y a un changement notable d’orientation dans le Concile Vatican II par rapport à la vision de l’Eglise, surtout par rapport au monde, aux autres religions, aux Etats, mais aussi par rapport à elle-même. Ces changements sont reconnus par tous, mais ne sont pas évalués de la même manière par tous. Jusqu’ici, ils étaient présentés comme très profonds, révolutionnaires : « la Révolution de 89 dans l’Eglise » a pu dire un des cardinaux du Concile.
Benoît XVI encore cardinal présentait la question ainsi : « Le problème des années soixante était d’acquérir les meilleures valeurs exprimées de deux siècles de culture “libérale”. Ce sont en fait des valeurs qui, même si elles sont nées en dehors de l’Eglise, peuvent trouver leur place – épurées et corrigées – dans sa vision du monde. C’est ce qui a été fait [1] ». Et au nom de cette assimilation, une nouvelle vision du monde et de ses composants a été imposée : une vision fondamentalement positive, qui a dicté non seulement un nouveau rite liturgique, mais aussi un nouveau mode de présence de l’Eglise dans le monde, beaucoup plus horizontal, plus présente aux problèmes humains et terrestres que surnaturels et éternels…
En même temps, la relation aux autres religions se transformait : depuis Vatican II, Rome évite tout jugement négatif ou dépréciateur de ces autres religions. Par exemple, la dénomination classique de « fausses religions » a complètement disparu du vocabulaire ecclésiastique. Les termes « hérétiques » et « schismatiques », qui qualifiaient les religions plus proches de la religion catholique, ont eux aussi disparu ; ils sont éventuellement utilisés, surtout celui de schismatique, pour nous désigner. Ainsi en est-il du terme « excommunication ». La nouvelle approche se nomme œcuménisme, et contrairement à ce que tous croyaient, ce n’est pas d’un retour à l’unité catholique qu’il s’agit, mais de l’établissement d’une nouvelle sorte d’unité qui ne requiert plus de conversion.
Envers les confessions chrétiennes s’est établie une nouvelle perspective, et cela est encore plus clair avec les orthodoxes : dans l’accord de Balamand, l’Eglise catholique s’engage officiellement à ne pas convertir les orthodoxes et à collaborer avec eux. Le dogme « hors de l’Eglise pas de salut » rappelé dans le document Dominus Jesus a connu une réinterprétation nécessaire à la nouvelle vision des choses : on n’a pu maintenir ce dogme sans élargir les limites de l’Eglise, ce qui a été réalisé par la nouvelle définition de l’Eglise donnée dans Lumen Gentium. L’Eglise du Christ n’est plus l’Eglise catholique, elle subsiste en elle. On a beau dire qu’elle ne subsiste qu’en elle, il reste que l’on prétend à une action du Saint Esprit et de cette « Eglise du Christ » hors de l’Eglise catholique. Les autres religions ne sont pas privées d’éléments de salut… Les « églises orthodoxes » deviennent d’authentiques églises particulières dans lesquelles s’édifie « l’Eglise du Christ. »
Ces nouvelles perspectives ont évidemment bouleversé les rapports avec les autres religions. Il est impossible de parler d’un changement superficiel, c’est bien une nouvelle et très profonde mutation que l’on prétend imposer à l’Eglise de Notre Seigneur Jésus-Christ. Ce qui fait que Jean-Paul II a pu parler de « nouvelle ecclésiologie », admettant un changement essentiel dans cette partie de la théologie qui traite de l’Eglise. Nous ne comprenons tout simplement pas comment l’on peut prétendre que cette nouvelle compréhension de l’Eglise serait encore en harmonie avec la définition traditionnelle de l’Eglise. Elle est nouvelle, elle est radicalement autre et elle oblige le catholique à avoir un comportement foncièrement différent avec les hérétiques et schismatiques qui ont tragiquement abandonné l’Eglise et bafoué la foi de leur baptême. Ils ne sont désormais plus des « frères séparés », mais des frères qui « ne sont pas en pleine communion »… et nous sont « profondément unis » par le baptême dans le Christ, d’une union inamissible… La dernière mise au point de la Congrégation de la Doctrine de la Foi sur le mot subsistit est à ce propos très éclairante. Tout en affirmant que l’Eglise ne peut pas enseigner de nouveauté, elle confirme la nouveauté introduite au Concile…
De même pour l’évangélisation : le devoir sacré de tout chrétien de répondre à l’appel de Notre Seigneur Jésus-Christ est d’abord affirmé, « Allez par tout le monde, et prêchez l’Evangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné. [2] » Mais il est ensuite allégué que cette évangélisation ne concerne que les païens, et ainsi, ni les chrétiens, ni les juifs ne sont concernés… Tout récemment les cardinaux Kasper et Bertone, au sujet de la controverse sur la nouvelle prière pour les Juifs, ont affirmé que l’Eglise ne les convertirait pas.
Ajoutons à cela les positions papales au sujet de la liberté religieuse et nous pouvons aisément conclure que le combat de la foi n’a en rien diminué ces dernières années. Le Motu Proprio qui introduit une espérance de changement vers le mieux au niveau liturgique, n’est pas accompagné par des mesures logiquement corrélatives dans les autres domaines de la vie de l’Eglise. Tous les changements introduits au Concile et dans les réformes post-conciliaires que nous dénonçons, parce que l’Eglise les a précisément déjà condamnés, sont confirmés. Avec la différence que désormais, on affirme en même temps que l’Eglise ne change pas… ce qui revient à dire que ces changements seraient parfaitement dans la ligne de la Tradition catholique. Le bouleversement au niveau des termes joint au rappel que l’Eglise doit rester fidèle à sa Tradition peuvent en troubler plus d’un. Tant que les faits ne corroborent pas l’affirmation nouvelle, il faut conclure que rien n’a changé dans la volonté de Rome de poursuivre les orientations conciliaires, malgré quarante années de crise, malgré les couvents dépeuplés, les presbytères abandonnés, les églises vides. Les universités catholiques persistent dans leurs divagations, l’enseignement du catéchisme reste une inconnue alors que l’école catholique n’existe plus comme spécifiquement catholique : c’est devenu une espèce éteinte…
Voici pourquoi la Fraternité Saint-Pie X ne peut pas « signer d’accord ». Elle se réjouit franchement de la volonté papale de réintroduire le rite ancien et vénérable de la sainte Messe, mais découvre aussi la résistance parfois farouche d’épiscopats entiers. Sans désespérer, sans impatience, nous constatons que le temps d’un accord n’est pas encore venu. Cela ne nous empêche pas de continuer d’espérer, de continuer le chemin défini dès l’an 2000. Nous continuons de demander au Saint-Père l’annulation du décret d’excommunication de 1988, car nous sommes persuadés que cela ferait le plus grand bien à l’Eglise et nous vous encourageons à prier pour que cela se réalise. Mais il serait très imprudent et précipité de se lancer inconsidérément dans la poursuite d’un accord pratique qui ne serait pas fondé sur les principes fondamentaux de l’Eglise, tout spécialement sur la foi.
La nouvelle croisade du Rosaire à laquelle nous vous appelons, pour que l’Eglise retrouve et reprenne sa Tradition bimillénaire, appelle aussi quelques précisions. Voici comment nous la concevons : que chacun s’engage à réciter un chapelet à une heure assez régulière du jour. Vu le nombre de nos fidèles et leur répartition dans le monde entier, nous pouvons être assurés que toutes les heures du jour et de la nuit auront leurs voix vigilantes et orantes, de ces voix qui veulent le triomphe de leur Mère céleste, l’avènement du Règne de Notre Seigneur, « sur la terre comme au ciel ».
+ Bernard Fellay
Menzingen, le 14 avril 2008

[1] Mensuel Jesus, novembre 1984, p. 72.
[2] Mc, 16, 15-16.

13 avril 2008

[Max Barret - Tychique] Souffrance d’un fils spirituel de Dom Gérard

Max Barret - Tychique n°238 - 13 avril 2008

Extrait de Tychique n°238 – 13 avril 2008 – par Max Barret, ancien chauffeur de Mgr Lefebvre
Souffrance d’un fils spirituel de Dom Gérard.
Les combattants de ma génération, ou ce qu’il en reste, se souviennent très certainement des chroniques de Julio Fleichman publiées dans la revue « Itinéraires » pendant plusieurs années. Comme Gustavo Corçao, dont il devint l’ami, il était un converti et rappelait sa condition de « pauvre juif tâtonnant au milieu de ses troubles » qu’il était encore au début des années 1950, lorsque, précisément il rencontra Gustavo Corçao… Ami fidèle de Mgr Lefebvre et de Mgr de Castro Mayer, il n’en dirigea pas moins le service juridique de « Coca-Cola » de 1963 à 1988. Marié le 28 juillet 1956, dans un monastère bénédictin, il eut quatre enfants dont un, devenu moine, Dom Laurenço Fleichman qui rejoignit le Monastère Sainte Madeleine du Barroux, en 1980. C’est sa souffrance que je veux évoquer en citant quelques passages de son témoignage bouleversant. 
« Il m’a fait trop de mal pour dire du bien de lui. Il m’a fait trop de bien pour dire du mal de lui ! » Je crois que ce sont les mots qu’avait écrit l’abbé Berto sur Jacques Maritain, et qu’aujourd’hui je pourrais reprendre à mon compte à propos de Dom Gérard Calvet OSB qui vient de disparaître. »
Suit la longue évocation du parcours de Dom Gérard. Puis, je cite toute la fin du témoignage qu’il faut lire avec attention. 
« (…) Ce n’était pas comme Ecône parce que ce n’était pas un évêque, mais il y avait une profondeur dans ses écrits et sa pensée qu’on pouvait remarquer dans ses articles de la revue « Itinéraires ». Mais Dom Gérard avait certains défauts graves et sa nature pouvait être gagnée facilement par des personnes qui le flattaient avec certains types de compliments. A cette époque il était confus et a aussitôt commencé à glisser dans l’orgueil de se savoir si influent, si recherché par tant de gens, en réussissant à construire un monastère qui laissait la France bouche bée ! Le premier signe de ce phénomène intervint en 1983, lorsque sortit le nouveau Code de Droit canonique. Le prêtre qui enseignait cette matière, issu du diocèse d’Avignon et qui célébrait aussi la messe traditionnelle, fit une conférence en montrant plusieurs erreurs graves du nouveau Code. Mais, comme sont tous ces « conservateurs », à la fin il disait que c’était l’Eglise qui nous le donnait et que nous devions l’accepter… Je lui ai demandé comment il pouvait être donné par l’Eglise et aussi corrompu. Mais Dom Gérard ne l’a pas laissé répondre en affirmant qu’il était de l’Eglise et que nous allions l’utiliser à la lumière de la Tradition. Comme à l’accoutumée, dom Gérard m’a demandé de téléphoner à Mgr de Castro Mayer pour connaître l’avis de l’Evêque émérite de Campos, docteur en Droit Canon. Ils ont entendu personnellement la réponse de Dom Antonio (de Castro Mayer ndlr) : « Le nouveau Code de Droit canon fait partie des hérésies de Vatican II ». Et la chose est restée ainsi. Mes inquiétudes, en vérité, ont diminué dans la mesure où Dom Gérard continuait, après cela, à critiquer fortement et en public les erreurs du pape et du Concile. Il suffit de relire un des exemplaires de la Lettre aux amis du Monastère où il parlait de « l’hérésie oecuméniste ».

« En 1984, Dom Gérard a été appelé à une rencontre avec le président de la Confédération bénédictine à Florence, en Italie. Là on lui a proposé de recevoir les approbations de Rome pour la vie monastique et pour la messe traditionnelle, si, en échange, il acceptait de ne plus aller à Ecône. A son retour, Dom Gérard en a parlé à la communauté qui lui a répondu que cette proposition était une trahison, et que lui n’était pas un traître. Par cette réponse et d’autres encore, je me sentais en sécurité malgré des glissements que je percevais déjà. Quatre ans plus tard, encore influencé par des personnes infiltrées dans le monastère, le Prieur se laissa séduire par une Tradition officialisée par Rome, en disant croire à la sincérité des autorités qui, disait-il, ne lui demandaient rien en échange. Mais Dom Gérard a reçu le cardinal Mayer qui est rapidement venu au Barroux proposer un accord après le refus de Monseigneur Lefebvre de continuer les négociations. Pour faire un accord avec Rome, le Barroux devait s’éloigner de Mgr Lefebvre. La même proposition qu’en 1984… avec une réponse différente de dom Gérard. Cette fois la mitre et la crosse de l’abbé étaient en jeu. Rome savait séduire pour gagner. Et la trahison arriva. Il a trahi ce que Monseigneur Lefebvre avait fait pour le Barroux. Il a trahi la Sainte Eglise en baissant les bras, en cessant le combat, en concélébrant avec le pape à Rome, en acceptant la nouvelle messe. Ensuite il a laissé agir la dynamique de Vatican II (comme le dira quelques années plus tard l’abbé Cottier, aujourd’hui cardinal, à propos de l’accord de Campos). S’il m’est permis de me citer moi-même, je dois dire qu’avant de partir du Barroux j’ai dit à Dom Gérard : « Des milliers de familles attendent, en France et dans le monde, un mot pour les confirmer dans la foi, en refusant la trame et la malice de nos ennemis. Cet accord sera l’occasion de grandes divisions dans les familles ». Tout a été vain. Le reste fut un drame aux proportions incalculables, pour les moines divisés, pour une belle communauté monastique qui changeait l’itinéraire de sa vie pour finir détruite, ensevelie par le progressisme de Vatican II. Des vingt prêtres que nous étions au Barroux, je crois que cinq sont restés. Quelques uns ont tout lâché, la vie monastique et le sacerdoce, d’autres ont continué le combat de la Foi aux côtés de la FSSPX, d’autres sont devenus prêtres diocésains en célébrant la nouvelle messe, aussi mondains et laïcisés que les prêtres progressistes. Un cataclysme que maintenant, devant Notre Seigneur, Dom Gérard doit considérer dans toute sa proportion…. Il paraît que, dans ses derniers mois, il se serait rendu compte du mal qu’il avait permis et avait causé. Il aurait dit qu’il s’était trompé dans son choix de 1988. Je ne sais pas ce qu’il en est vraiment. Je prie pour son âme en ce moment terrible, le remerciant de tout ce que j’ai appris de lui, attristé par tout ce que j’ai souffert par lui, animé par la vertu d’Espérance du désir qu’il ait une place au purgatoire où il puisse expier ses manques.

« De son âme, de sa vie morale, je n’ai pas à témoigner, ni n’ai à dire quoi que ce soit contre lui. Mais la chute de son monastère, causé par sa vanité, en a atteint beaucoup, a blessé l’Eglise et a besoin d’être expiée. »

Dom Laurenço Fleichman.

Où l’on voit la perversité des instances romaines…

Il suffit de relire les passages que j’ai soulignés dans le texte ci-dessus ! Comme me l’a écrit personnellement Mgr Lefebvre : « Ils n’ont pas changé, sinon en pire » (cf. « Mgr Lefebvre, tout simplement » p. 126). On y découvre la fourberie, la duplicité, la perversité des squatters sans scrupules, qui ne sont en réalité que les « exécuteurs des hautes oeuvres » d’une action planifiée depuis fort longtemps ! Et l’on constate, affligé, le succès de leur entreprise quand le piège fonctionne !
En effet, il aurait pu ne pas fonctionner ! Il eut suffi d’un adversaire solide, déterminé et moins perméable aux sirènes du monde. Car, comme le précise Dom Fleichman, c’est par la vanité de Dom Gérard, que la belle communauté monastique du Barroux fut « détruite et ensevelie par le progressisme de Vatican II » !... Le même sort serait réservé à la Fraternité St Pie X si elle tombait dans le même piège ! Il n’en existe pas de preuve plus incontestable que le témoignage de Dom Laurenço Fleichman.

11 avril 2008

[Jean Madiran - Présent] La question de la messe

SOURCE - Jean Madiran - Présent - 11 avril 2008

La question spectaculairement esquivée par le Fr. Roger en 1970 n’a pas seulement une portée historique. Elle est toujours d’actualité.
Aujourd’hui, trente-huit ans après, les incertitudes et objections exprimées concernant la messe de Paul VI n’ont toujours pas été décisivement dissipées.
Le Fr. Max Thurian, pasteur protestant et sous-prieur de Taizé, avait dès 1969 salué la promulgation de la messe nouvelle en déclarant au journal La Croix :
— Peut-être des communautés non catholiques pourront célébrer la Sainte Cène avec les mêmes prières que l’Eglise catholique. Théologiquement c’est possible.
Cette déclaration fut bientôt suivie par des affirmations identiques ou analogues d’autres pasteurs protestants, provoquant chez beaucoup de catholiques une intense émotion.
Cette émotion s’exprima notamment, à l’automne 1969, dans une lettre au Saint-Siège signée par 6 000 prêtres espagnols :
— Si cette célébration par un protestant est théologiquement possible, c’est que le nouvel Ordo n’exprime plus aucun dogme avec lequel les protestants sont en désaccord.
Dans le Courrier de Rome, l’abbé Raymond Dulac y apercevait l’apparition d’une nouvelle forme d‘œcuménisme :
— Le nouvel Ordo Missae introduit ou favorise un nouveau concept de l’unité religieuse. Il permet d’exprimer avec des mots identiques des idées différentes. Ce qui n’est devenu possible que parce que les mots sont équivoques ou les idées indécises.
Sur ce sujet, le Fr. Roger, écartant toute « argumentation », n’a jamais répondu que par la déclaration d’une conviction personnelle :
— Pour ma part, j’ai la certitude que, dans le nouvel Ordo Missae, la substance de la messe est la même que celle qui a toujours été vécue et priée auparavant.
Mais simultanément, et au moins jusqu’en 1992, Max Thurian professait que « tout l’apport positif de la Réforme avait été assumé dans la foi catholique par le concile Vatican II ».
A défaut d’argumentation explicative, les convictions personnelles de Max Thurian et de Roger Schutz furent commodément appuyées du côté de l’Eglise par une interdiction, autoritaire et absolue, de célébrer la messe traditionnelle. Cette interdiction, on le sait, est restée en vigueur jusqu’aux premières années du XXIe siècle.
Louis Salleron, l’auteur du livre fondamental, et le plus solide, sur La Nouvelle Messe, posait la question :
— Pourquoi les frères de Taizé qui n’acceptent pas la messe traditionnelle acceptent-ils la nouvelle messe ? Quelle est, à leurs yeux, la différence substantielle entre les deux messes qui leur permet d’accepter la nouvelle alors qu’ils refusent l’ancienne ? Comment se fait-il, si les changements de la nouvelle messe sont secondaires pour les catholiques, qu’ils soient essentiels pour les protestants ?
Et l’abbé Raymond Dulac :
« Les nouveaux rites, valables en eux-mêmes pour le sens qu’on peut leur donner, sont équivoques au point d‘être acceptés par les protestants qui les reçoivent dans un autre sens. »
Cette observation, comme la question de Louis Salleron, n’a rien perdu de sa valeur.
JEAN MADIRAN
Article extrait du n° 6567 "de Présent"
du Vendredi 11 avril 2008

9 avril 2008

[Laurent Villemin - La Croix] Le schisme de Mgr Lefebvre a bien plus de vingt ans

SOURCE - La Croix - 9 avril 2008

Le schisme de Mgr Lefebvre a bien plus de vingt ans
Alors qu'approche l'anniversaire de la rupture intégriste de 1988, Nicolas Senèze met au jour ses soubassements historiques et idéologiques dans son livre "La Crise intégriste", qui vient de paraître aux éditions Bayard
LA CRISE INTÉGRISTE Vingt ans après le schisme de Mgr Lefebvre, de Nicolas Senèze
Bayard, 193 p., 15 €

Nicolas Senèze, chef adjoint du service Religion de La Croix, ne cherche pas à polémiquer dans le débat délicat autour du lefebvrisme, mais à comprendre. Avec sagacité, il remonte aux sources de la crise intégriste et explique comment on en est arrivé au blocage actuel. La grande pédagogie de l’auteur permet de démêler un écheveau des plus complexes.
L’ouvrage montre comment la crise est le fruit de la rencontre entre l’histoire singulière d’un homme, Marcel Lefebvre, et d’un certain nombre de rancœurs présentes dans la société française. Mgr Lefebvre subit l’influence de la pensée de Maurras et de l’Action française au Séminaire français de Rome, par l’intermédiaire du supérieur, le P. Le Floch.
Son départ en mission en Afrique, où il fait merveille, explique également son éloignement de ce que la France va vivre dans les années 1930, lors du second conflit mondial et dans l’après-guerre. C’est donc tout naturellement que vont se rallier à lui différents courants : partisans de l’intransigeantisme catholique en réaction à la Révolution française, militants et activistes déçus, passés par le pétainisme et l’Algérie française. L’opposition au Concile, identifié comme « l’effondrement catholique », cristallisera cette dérive intégriste.
Pas d’abord une affaire de messe en latin dite dos au peuple
L’abondante documentation du livre permet de comprendre que l’intégrisme n’est pas d’abord une affaire de messe en latin dite dos au peuple. Tirés à la fois de la biographie de Mgr Lefebvre par l’abbé Tissier de Mallerais et des études historiques universitaires, les documents accumulés dévoilent une position de fond. Elle comprend une certaine idée de la Révélation de Dieu, ainsi qu’une position de l’Église à l’égard du monde moderne qui ne peut accepter la liberté religieuse et la reconnaissance d’une dignité humaine autonome.
On le mesure bien dans l’échec de toutes les tentatives de conciliation lancées par les papes, de Paul VI à Benoît XVI. Par des extraits de lettres, des minutes de conversation entre Mgr Lefebvre ou ses successeurs et les papes, Nicolas Senèze montre comment se durcit la logique d’enfermement sur une base d’opposition à Vatican II.
L’auteur n’en conclut pas que l’opposition à la réforme liturgique n’a joué aucun rôle. Mais il montre comment elle a plutôt servi de bannière de ralliement au début des années 1970, et non lors du Concile. On découvre aussi combien nombre de fidèles qui avaient soutenu Mgr Lefebvre, pour sa volonté de restaurer la messe de saint Pie V, s’écarteront finalement de lui : mesurant les soubassements idéologiques, ils ne le suivront pas dans l’opposition radicale à Rome et dans le schisme. L’attachement à la « messe de toujours » ne suffit pas pour être intégriste.
On est vite passionné par ce livre où se déploie largement la narration mais où l’auteur, en bon informateur, distille les notices théologiques : qu’est-ce que la Tradition ? Peut-on laisser les fidèles choisir leur rite ? Peut-on en appeler à la Tradition contre le pape ? Quiconque cherche des repères pour voir clair dans ces difficiles questions y trouvera son compte… et des éléments de discernement.
Laurent VILLEMIN

8 avril 2008

[Paix Liturgique] La Lettre de Paix liturgique n°96

SOURCE - 8 Avril 2008

Sommaire de notre lettre 96 du 8 Avril 2008
Combien sont les fidèles qui veulent vivre leur Foi Catholique au rythme de la forme extraordinaire du rite latin?
Somme - Le 13 avril messe traditionnelle à Domqueur
Ain - Vite la paix à Bourg-en-Bresse
Essonne - Multiplication des demandes...
Paris 13éme - Le groupe s'amplifie !
Jura - Un groupe pour la forme extraordinaire à Dole
Pas - de -Calais - Sur motuproprio62 associez-vous à un groupe de demandeur !
26ème pèlerinage de Pentecôte de Paris vers Chartes

Combien sont les fidèles qui veulent vivre leur Foi Catholique au rythme de la forme extraordinaire du rite latin ?
 Après 40 années d''apartheid liturgique dans les diocèses de France, il serait bien naïf de croire que du jour au lendemain, nonobstant la promulgation du Motu Proprio de Benoît XVI, les aspirations des fidèles qui désirent vivre leur foi au rythme de la liturgie traditionnelle puissent être pratiquement prises en compte dans l''ensemble de nos villes et de nos diocèses.
Souvent, on entend des personnes dire "nous aimerions vivement bénéficier des mesures d''apaisement de Benoît XVI, mais nous ne connaissons pas d''autres familles de notre zone pastorale ayant la même sensibilité, nous sommes isolés et tout seul, nous n''arriverons à rien..."
Dans ces circonstances, la question de savoir combien sont les fidèles qui veulent vivre leur foi Catholique au rythme de la forme extraordinaire du rite latin peut se poser. Cette question peut apparaître de prime abord comme « théorique » alors qu''en fait, elle est éminemment « pratique » et a des implications concrètes pour tous ceux qui ont hâte de participer à ces célébrations dans leurs paroisses ou leurs villes…

Laissons parler les chiffres...

Deux sondages ont été effectués ces dernières années auprès d’institut indépendants (dont le dernier il y a un an et demie, plusieurs mois avant la promulgation du Motu Proprio du 7 juillet 2007). C''est là la seule mesure scientifique, neutre et objective qui ait été faite en la matière. Ces deux sondages donnent les mêmes résultats :

-15% des catholiques aimeraient vivre leur foi au rythme de ce que Benoît XVI nomme la forme extraordinaire du rite romain

-75% sont neutres et le plus souvent bienveillants

-Et seulement 5% sont hostiles à une pluralité liturgique ...

Pour plus d''informations, voir la lettre 60 de Paix Liturgique disponible sur le site http://www.paixliturgique.com/ qui reprenait et commentait les résultats du sondage réalisé le 8 novembre 2006 par l''Institut CSA.
Si l’on sait que 60% des français se disent Catholiques et que 5% sont des pratiquants « Réguliers » c''est à dire selon les critères « actuels » des pratiquants qui assistent à la messe au moins une fois par mois, nous pouvons en déduire logiquement que pour chaque « groupe » de population de 10 000 personnes, l''on a 6000 « catholiques, 30 0 pratiquants parmi lesquelles 45 sont favorables à la liturgie traditionnelle.

A partir de là faites vos calculs…

Là où il y a 50 000 âmes, il y a statistiquement 30 000 "Catholiques", 1500 "pratiquants", et 225 "personnes attachées à la forme extraordinaire du rite romain"…
Les conséquences de la réalité de ces chiffres n’ont probablement pas encore été mesurées ni par nos évêques ni par nous-mêmes….
Ainsi à tous ceux qui aimeraient vivre leur foi au rythme de la liturgie traditionnelle mais qui n''en ont pas encore l''occasion, il convient de rappeler avec assurance que s''ils pensent être les seuls dans leur zone pastorale, ils se trompent. Ce n''est pas parce qu''ils ne connaissent parfois seulement que quelques familles intéressées, que l ''aspiration n''existe pas.
Sans le savoir, ils ne sont pas seuls et il suffirait de lancer publiquement une demande pour s''en rendre compte...
L''analyse de paix liturgique
Ces chiffres ne reflètent pourtant que la fourchette basse de la réelle demande car ils ont été révélés par des enquêtes faites alors que le Motu Proprio n''était pas publié et que de nombreuses personnes sondées ne savaient pas que cette liturgie était autorisée par Rome. Comment en effet aimer ce que l''on ne connaît pas ? Nul doute que l''augmentation du nombre de lieux de culte où est célébrée la forme extraordinaire du rite romain fera également grandir le nombre de fidèles intéressés qui découvriront ou redécouvriront une liturgique qui les touche et leur parle du Bon Dieu.
Contrairement à une idée reçue, les familles qui souhaitent vivre leur foi au rythme de la liturgie traditionnelle ne sont pas seulement celles qui fréquentent les lieux de culte traditionnels déjà existants. Il existe de nombreux pratiquants des paroisses qui préféreraient assister à la messe dans la forme extraordinaire mais qui ne le peuvent pas faute de messe traditionnelle célébrée près de chez eux à un horaire praticable. D''autres fidèles, déboussolés par les abus liturgiques encore bien présents dans bon nombre de paroisses ont cessé toute pratique religieuse et retrouveraient volontiers le chemin de l''église s''ils pouvaient assister à la messe traditionnelle. Ainsi, à chaque fois qu''une nouvelle célébration de la forme extraordinaire du rite romain est mise en place, de nouveaux fidèles y participent.

Expliquer l''inexplicable" ....

Cette constatation de simple bon sens, vérifiée par de multiples expériences de terrain, explique assurément l''inexplicable" que semble ressentir certains. Oui, contrairement au discours officiel, les fidèles attachés à la messe de Saint Pie V existent et sont nombreux. Ce n''est pas parce que l''on a répété pendant des années qu''il n''y avait pas de demande de célébration de messe traditionnelle que cela correspond à la réalité ecclésiale.
Ainsi, de nombreux exemples récents ont montré de manière éclatante que dès lors qu''on propose à ces familles une célébration de la messe dans la forme extraordinaire du rite romain, ces familles qui n''avaient jusque là pas été mises en situation de pouvoir exprimer leur attachement à cette liturgie, répondent avec enthousiasme à ces nouvelles expériences paroissiales.
- Ainsi, quand 450 personnes assistent à la 1ere Messe traditionnelle de Rambouillet, ce ne sont pas des fidèles imaginaires ou des fidèles qui viennent d''autres diocèses,
- Quand 200 personnes assistent à la seule messe traditionnelle mensuelle autorisée à Reims alors qu''on disait à l''évêché que seulement une famille était demandeuse... ce n''est pas le fruit d''une "génération spontanée" mais c''est la preuve que le discours de Monseigneur Jordan ne correspond en rien à la réalité
- De même, quand 200 fidèles se retrouvent dans le 14 ème arrondissement de Paris à la messe récemment mise en place par le curé de l''église Saint Pierre de Montrouge.
Ces expériences apparaissent parfois comme des "manipulations" à ceux qui ont toujours refusé de voir la réalité car elles ébranlent leurs certitudes idéologiques et leur confort. Le problème est que ces expériences sont bel et bien des succès qui correspondent à de réels besoins pastoraux. Notre expérience de terrain dans le diocèse de Nanterre nous avait déjà démontré que ce n''est pas parce que certaines personnes décrètent qu''il n''y a pas de demande que cela est la vérité. !

Partout lançons-nous !

A tous ceux qui souhaitent suivre notre Pape Benoît XVI dans son chemin de paix liturgique, nous ne pouvons donc que dire qu''il faut se lancer ! Partout où le bon sens rend les choses possibles, c''est à dire dans tous les bassins de population d’au moins 30 000 habitants (et donc un potentiel de 150 fidèles attachés à la forme extraordinaire du rite romain), il faut se lancer, tenter l''expérience et inviter nos curés à voir la réalité. C''est en multipliant les demandes, nous vivrons demain ce dont nous rêvons aujourd''hui.
Un dernier point… Certains n’hésitent pas aujourd’hui à considérer avec un cynisme époustouflant que seuls les groupes « qui auraient existé » avant la promulgation du Motu Proprio pourraient bénéficier des bienfaits de celui-ci… au delà de la mauvaise foi que cet argument sous-tend, répondons que déjà en 1991 plus de 100 000 familles avaient proclamé au Saint-Père leur désir de vivre leur foi catholique au rythme de la liturgie tridentine. Comment pourrions-nous admettre aujourd’hui qu’ils n’étaient pas déjà " un groupe réel et stable " ?

Sylvie Mimpontel
Présidente du mouvement pour la Paix Liturgique et la Réconciliation dans l’Église.

Somme - Le 13 avril messe traditionnelle à Domqueur
Le 13 avril à 9h30 sera célébré dans l''église de Domqueur dans la Somme, une messe selon la forme extraordinaire de l''unique rite romain

Soyons nombreux à nous associer par la prière ou notre présence à cette célébration.

Contact :
bonneval806@orange.fr
03 22 31 27 41


Ain - Vite la paix à Bourg-en-Bresse
A Bourg en Bresse les fidèles nombreux sollicitent leur évêque pour que leur soit accordé une célébration chaque dimanche et fêtes selon la forme extraordinaire du rite romain
Pour que la paix s'instaure il importe que de plus en plus de catholique s'associent à ce groupe.
Agissez donc au plus vite auprès de vos amis et connaissance pour que la réconciliation tant souhaité s''instaure au plus vite à Bourg et dans les autres zones pastorales de l''Ain !
Contact :
fr.dupre@free.fr
04 74 30 01 91
http://www.motuproprio01.com

Essonne - Multiplication des demandes...
De nombreux groupes de fidèles sont en train de se constituer dans l''Essonne merci de les rejoindre et de les aider en faisant connaitre ce mouvement à vos amis...
Contact :
http://www.motuproprio91.com

Paris 13éme - Le groupe s''amplifie !
Les fidèles du 13éme arrondissement de Paris sont de plus en plus nombreux et mettent désormais tous leurs efforts pour que soit célébré chaque dimanche une messe selon la forme ordinaire à sainte Anne de la Butte aux Cailles il est donc urgent de vous associer à cette initiative
Merci de les soutenir, d''en parler à vos amis et de les rejoindre d''urgence !
Contact :
http://www.motuproprio75.com

Jura - Un groupe pour la forme extraordinaire à Dole
Des fidèles de Dole et de ses environs s''organisent afin d''obtenir la célébration hebdomadaire d''une messe selon la forme extraordinaire du rite latin, après avoir cru qu''une messe leur serait accordée chaque semaine il semble impossible désormais que ce bienfait leur soit accordé...
Merci de les rejoindre ou de les aider !
Contact :
patriote39@aliceadsl.fr
03 84 82 36 59
http://www.motuproprio39.com

Pas - de -Calais - Sur motuproprio62 associez-vous à un groupe de demandeur !
Si vous souhaitez vous associer à un des groupes de familles qui sollicitent la célébration d''une messe selon la forme extraordinaire sur les paroisses du Nord allez-vous inscrire ... et faites inscrire vos amis sur le site de motuproprio62 !
Contact :
http://www.motuproprio62.com

26ème pèlerinage de Pentecôte de Paris vers Chartes
Une Messe de préparation du 26ème pèlerinage de Pentecôte 2008 sera célébrée par Monsieur l’Abbé Guilhem le Coq (FSSP) le mercredi 9 avril 2008 à 19 h 30 en l’église Saint Germain l’Auxerrois. (Place du Louvre, 75001 Paris)
Métro Louvre-Rivoli (ligne 1) - Parking souterrain juste devant l''église –

Jusqu''au 10 avril, il est possible de s''inscrire, à tarif réduit, au prochain pèlerinage de Pentecôte.

Pour vous inscrire :
- envoyez votre Bulletin d’Inscription, si vous l’avez reçu, à NDC 49 avenue de Paris 78000 Versailles
- ou rendez-vous sur le site www.nd-chretiente.com
- ou téléphonez au 01 39 07 27 00
Contact :
01 39 07 27 00
www.nd-chretiente.com