16 septembre 2008

Un bilan du Motu proprio par Mgr Perl
2008-09-16 - Luc Perrin - leforumcatholique.org
Merci à l'abbé F.H. pour ce texte du plus haut intérêt. Mgr Perl est vice-président de la PCED, dont il fut le secrétaire depuis sa création en 1988. Il a donc la vue la plus synthétique du problème, à partir des rapports diocésains/des instituts et des requêtes - il mentionne celles-ci c'est à souligner - des fidèles.

Quel tableau trace-t-il au bout d'un an ?
- d'abord une surprise. "la majorité des évêques italiens" ainsi que la majorité des supérieurs religieux en Italie ont multiplié les obstacles à l'application du Motu proprio.
Sous les yeux du Saint-Père, alors que le cardinal-président de la CEI est un "ratzingérien", Mgr Bagnasco, c'est l'opposition à la messe traditionnelle qui domine.
- Parmi les pays où une opposition est observée, Mgr Perl met en premier l'Allemagne avec une directive très bureaucratique de la Conférence épsicopale destinée à bloquer l'application
Puis il cite, à partir des plaintes des fidèles revenues jusqu'à la PCED:
- la France "des ombres et de la lumière", la Grande-Bretagne, le Canada, les Etats-unis, l'Australie.
C'est-à-dire les pays où les communautés E.D. étaient les plus fortes, avant 2007. Notons le silence sur l'Amérique latine, sur l'Afrique et sur l'Asie.

Mgr Perl relève le manque de prêtres, parmi les obstacles matériels à une plus grande diffusion de la Forme extraordinaire, spécialement en zone rurale pour la RFA et la France. Mais il précise qu'il y a aussi une culture du rejet chez de nombreux prêtres soit qu'ils ne savent pas célébrer selon ce rit, soit qu'ils ont été "endoctrinés", dit-il, à penser "que l'ancienne messe est dépassée".
Il signale que les lettres de demande des fidèles affluent sur son bureau et qu'il comprend que beaucoup soient "déçus" qu'au bout d'un an, ils n'aient rien obtenu. Mais selon lui, un an est un délai très court pour le rythme de l'Eglise.
Il croit discerner une évolution plus favorable du climat général pour la réception de Summorum Pontificum. Il relève que les jeunes prêtres sont désireux souvent d'user du missel de 1962 et "je crois que le Saint Père a fait le motu proprio en pensant à eux". Il termine par une remarque critique, pondérée, sur la Forme ordinaire.

Mais il n'y a pas mention d'une quelconque Instruction, pourtant annoncée comme "imminente" en ... janvier, et par conséquent rien de précis quant à la levée des "obstacles" multiples que relève Mgr Perl.
Mgr Perl souligne, discrètement, que des jeunes prêtres ont décidé de dire la messe traditionnelle, sans rien demander à leur évêque, comme le Pape leur en a donné le droit. Faut-il penser, comme pour le texte de Lourdes que le développement de Summorum Pontificum passera :
- par plus d'initiative de la part des prêtres, une vraie prise de risque, à laquelle les encourage à demi-mot le très prudent prélat luxembourgeois ?
- par une meilleure compréhension et un vrai service de l'unité, comme le demande le Pape aux évêques (de France et du monde).
Mais qu'il n'y aura pas d'autres dispositions législatives ?
Il aurait mieux fait de se taire!
2008-09-16 - Guido Horst - Kathnet - version française: proliturgia
C'est sous ce titre que le journaliste et vaticaniste Guido Horst nous donne, sur le site de Kathnet, une analyse pertinente des propos tenus par le Cardinal André Vingt-Trois au sujet des rapports entre les évêques de France et le Saint-Père. Les lignes de Guido Horst témoignent de l'image pitoyable que notre épiscopat donne de lui au-delà des frontières de l'Hexagone.
"Si le pape avait été un chef d'entreprise, il aurait limogé sans tambour ni trompette son homme de confiance pour la France. Mais comme le Successeur de Pierre n'est pas un chef d'entreprise, qu'il est plutôt un pasteur compatissant qui part à la recherche de chacune de ses brebis, le Cardinal André Vingt-Trois restera certainement archevêque de Paris.
Il n'en est pas moins vrai que son intervention, minimisant la portée de l'événement aussitôt après la rencontre de Benoît XVI avec les évêques de France à Lourdes, aura jeté une ombre sur la visite du Pape en France, alors même que dans les médias Benoît XVI avait incontestablement marqué des points.
Le Pape s'était exprimé très clairement devant les évêques. D'une part à propos de la libéralisation de l' "ancienne messe", et des relations avec les traditionalistes, désirant qu'aucun ne devait avoir le sentiment d'être mis à l'écart par l'Eglise. D'autre part, en confirmant la sacralité des liens du mariage et en s'exprimant clairement contre la bénédiction d'unions illégitimes.
Comment ne pas s'étonner que suite à de telles paroles, le Cardinal Vingt-Trois, Président de la Conférence épiscopale de France, ait déclaré aux médias que la relation entre le Pape et les évêques ne relève pas d'une "soumission servile", que cela n'a rien à voir avec un chef d'entreprise et ses subordonnés?
"Nous avons accueilli et écouté le Pape comme un frère qui vient conforter la foi de ceux avec qui il travaille et il est en communion." a dit Mgr Vingt-Trois. "Et si nous avons quelque chose à lui dire, nous le disons", a-t-il ajouté.
On peut penser à juste titre que l'enthousiasme des pages consacrées hier par les journaux français à la visite du Pape n'aura pas été égratigné par la déclaration du Cardinal Vingt-Trois. Bien que dans "Le Parisien" on ait pu trouver l'opinion selon laquelle les évêques français n'ont pas vraiment applaudi aux paroles du Pape lorsque celui-ci a réaffirmé la position romaine dans les questions concernant le remariage des divorcés et la messe sous sa forme extraordinaire.
Les médias français ont montré une grande sympathie à l'égard de leur hôte allemand. Chez les évêques, au contraire, ce ne fut pas que de l'enthousiasme. Mgr Vingt-Trois tiendrait-il encore un peu de gallicanisme caché dans les plis de sa soutane rouge-sang de Cardinal, dont la couleur symbolise la vérité de la foi qu'il convient de défendre fut-ce au prix de son sang? Le Président de la Conférence épiscopale française a pour le moins éveillé le sentiment qu'il se voit comme le porte-parole d'une église autocéphale, c'est-à-dire indépendante de Rome.
Tout d'un coup il est devenu clair, au milieu d'un séjour par ailleurs réussi en France, que les voyages du Pape ne sont pas, même pour Benoît XVI, qu'un bain de foules en jubilation. Ce que le Pape avait déjà dit du chemin qui restait à parcourir à l'Eglise de France, il l'a répété devant les évêques: il faudra trouver une nouvelle voie, pour que soient exprimées, et vécues au quotidien, les valeurs chrétiennes fondamentales sur lesquelles est construite l'identité de la nation.
Le président Sarkozy avait laissé entrevoir cette possibilité. Et le Pape avait affirmé qu'alors on verrait progressivement disparaître les conditions politiques et sociétales permettant l'expression d'anciens sentiments de méfiance, voire d'animosité. L'Eglise ne revendique pas pour elle-même la place de l'Etat, elle ne veut pas se mettre à la place de l'Etat. Pourtant, et Benoît XVI l'avait déjà fait remarquer dans son discours au Palais de l'Elysée, il est devenu plus que nécessaire de lancer une nouvelle réflexion sur le vrai sens et l'importance d'une "laïcité ouverte" sur laquelle le Président Sarkozy avait déjà ouvert le débat lors de son voyage à Rome fin 2007. Pour le Pape, deux choses sont fondamentales: "d'une part, d'insister sur la distinction entre le politique et le religieux, afin de garantir aussi bien la liberté religieuse des citoyens que la responsabilité de l'Etat envers eux, et d'autre part, de prendre une conscience plus claire de la fonction irremplaçable de la religion pour la formation des consciences et de la contribution qu'elle peut apporter, avec d'autres instances, à la création d'un consensus éthique fondamental dans la société."
Benoît XVI garde toujours l'espoir d'une renaissance possible en Europe d'une culture imprégnée de l'idée chrétienne. Que les mots qu'il avait prononcés, juste avant son élection au trône de Pierre soient repris au vol: ne plus vivre "comme si Dieu n'existait pas", mais adopter la maxime inverse: "vivez comme si Dieu existait! Vous n'aurez jamais à le regretter." Au Collège des Bernardins devant les représentants du monde de la culture, le Pape dit on ne peut plus clairement que le non-sens, le nihilisme, le manque d'orientation et le relativisme de toutes les valeurs ne peuvent mener qu'à la destruction de toute humanité.
La France, dont les racines et les traditions sont chrétiennes, n'est plus aujourd'hui un pays catholique. Mais l'Eglise y vit en liberté, et si elle était unie, elle pourrait témoigner en faveur des valeurs chrétiennes. Unie en elle-même, et unie avec le Pape à Rome. C'est bien pour cela que les propos du Cardinal Vingt-Trois ont suscité tant d'irritation. Comme s'ils posaient un point d'interrogation derrière ces mots: union avec le Pape? Union avec les traditionalistes que Benoît XVI aimerait reconquérir pour l'Eglise? Le Cardinal-archevêque de Paris aurait mieux fait de se taire.
La messe en latin réclamée
16 septembre 2008  - Jean-François Cliche - cyberpresse.ca
16 septembre 2008
La messe en latin réclamée
Jean-François Cliche
Le Soleil - Québec

La messe en latin commence à faire des petits. Après son retour quotidien dans Limoilou, l’an dernier, quelques groupes l’ont demandé dans leurs paroisses, un peu partout dans la province. Non sans créer un apparent malaise au sein des autorités catholiques du Québec, d’ailleurs.
Le rite «tridentin», de son vrai nom, a longtemps été la norme. Il est célébré en latin et a cette particularité que le prêtre fait dos à l’assistance — ses défenseurs disent plutôt qu’il fait «face à Dieu». Dans les années 60, le Concile Vatican II a réformé cette liturgie (sans pour autant l’interdire) afin que les curés s’adressent aux fidèles directement et dans leur langue. En juillet 2007, cependant, le pape Benoît XVI s’est prononcé en faveur d’un retour à la messe en latin, sous certaines conditions, et le cardinal Marc Ouellet semble y être favorable.
Elle donc est revenue à Québec l’an dernier, à l’église Saint-François d’Assise, dans Limoilou, où quelques dizaines de gens y assistaient au début. L’assemblée compterait maintenant jusqu’à 150 personnes le dimanche selon plusieurs témoins ; ils n’étaient toutefois qu’une soixantaine lorsque Le Soleil s’est rendu sur place, le 7 septembre.
Le phénomène reste marginal, mais l’abbé Guillaume Loddé, qui préside la cérémonie en latin à Québec, célèbre maintenant des messes dans d’autres régions. «On se déplace à la demande des fidèles. On ne débarque pas comme ça, à l’improviste», dit-il.
D’autant plus que l’autorisation de l’évêque local n’est pas garantie…
Résistance
À Chicoutimi, un groupe d’une centaine de personnes a remis une pétition à l’évêché lui demandant de ramener la messe «traditionnelle» une fois par mois. Mais en entrevue au Soleil, l’évêque de l’endroit, Mgr André Rivest, a affirmé avoir consulté ses prêtres, qui «ne souhaitaient pas du tout, pour des questions d’unité dans le diocèse, que j’autorise cette célébration-là. Ce n’est pas une question de latin, mais de rite. Le rite tridentin, c’est le rite dos au peuple, sans aucune participation de l’assemblée».
Depuis ce refus, ceux qui demandent son retour arguent que le pape est favorable à l’ancien rite, mais les instructions de Rome stipulent que la demande doit venir d’un «groupe stable», s’objecte Mgr Rivest. Celui de Chicoutimi ne répond pas à ce critère, dit-il, parce que ses membres sont éparpillés dans toute la région et donc «ne cheminent pas ensemble», comme ceux qui vivent dans une même paroisse.
Ailleurs, à Drummondville, c’est plutôt le nombre insuffisant de fidèles voulant une messe en latin par mois qui a conduit l’évêque de Nicolet, Mgr Raymond Saint-Gelais, à refuser la demande. «Il n’y avait qu’une seule famille, dit-il, alors ce n’est pas suffisant.»
Non loin de là, cependant, une requête similaire a été acceptée dans la paroisse de Sainte-Rosalie, mais à l’évêché de Saint-Hyacinthe (dont fait partie la paroisse), on insiste lourdement sur le côté exceptionnel de la chose.
«C’est une messe à caractère privé, au sens où on l’accueille, mais on n’en fait pas la promotion», précise le vicaire général du diocèse de Saint-Hyacinthe, Jean-Marc Robillard. L’évêché, dit-il, a accepté d’accommoder deux familles qui voulaient le rite tridentin — l’abbé Loddé parle plutôt d’environ 60 personnes —, mais «on préfère que nos gens prient dans la langue du peuple et que nos célébrations soient plus vivantes, plus parlantes que dans une langue que les gens ne comprennent pas. (…)
«Benoît XVI insistait (dans sa lettre de juillet 2007, NDLR) que dans les endroits où cela sera autorisé, il faudra s’assurer que les gens comprennent le latin. Sinon, c’est de la nostalgie, une fixation dans le passé, peut-être.»
Il reste par ailleurs très peu de prêtres qui connaissent suffisamment le latin et le rituel tridentin pour célébrer la messe «à la traditionnelle», ajoute M. Robillard. «Alors s’il y a des fidèles qui sont restés attachés à cette forme de piété, on peut l’autoriser, mais ça ne rejoint pas la majorité (…) et autant que possible, on souhaiterait que ces groupes de fidèles s’ouvrent aussi à la grande église, qui a sa prière dans les normes de Vatican II.»

[Paix Liturgique] Merci, Merci, Merci et Merci!

SOURCE - Lettre de Paix Liturgique n° 143 - 16 septembre 2008

« La beauté des rites ne sera, certes, jamais assez recherchée, assez soignée, assez travaillée, puisque rien n'est trop beau pour Dieu, qui est la Beauté infinie. Nos liturgies de la terre ne pourront jamais être qu'un pâle reflet de la liturgie céleste, qui se célèbre dans la Jérusalem d'en haut, objet du terme de notre pèlerinage sur terre. Puissent, pourtant, nos célébrations s'en approcher le plus possible et la faire pressentir ! »
(homélie du pape lors des vêpres à Notre-Dame de Paris, le 12 septembre)
MERCI TRES SAINT-PERE

Merci Très Saint Père pour votre venue en France, pour vos paroles claires et courageuses qui nous fortifient et nous encouragent dans notre vie de baptisés.

Les foules qui des Bernardins à Notre Dame, des Invalides à la grotte de Lourdes étaient là pour vous accueillir et vous écouter, vous expriment toute leur reconnaissance pour votre œuvre de Paix et leur amour filial.

Un an jour pour jour après l’entrée en vigueur du Motu Proprio Summorum Pontificum, merci pour vos paroles prononcées à l’occasion de votre discours à nos Pères les évêques de France. Ces paroles fortes du successeur de Pierre nous montrent clairement la direction à suivre et nous rappellent ce que veut l’Eglise pas seulement pour aujourd'hui mais pour demain. Vos paroles nous encouragent à œuvrer sans cesse pour la paix liturgique dans la charité et sans jamais être vindicatif à l'encontre de nos pasteurs.

Voici l’extrait du discours du 14 septembre 2008 de Benoît XVI dont on peut retrouver l’intégralité sur http://www.zenit.org/article-18808?l=french :

(...)

Le culte liturgique est l'expression suprême de la vie sacerdotale et épiscopale, comme aussi de l'enseignement catéchétique. Votre charge de sanctification du peuple des fidèles, chers Frères, est indispensable à la croissance de l'Église. J'ai été amené à préciser, dans le Motu proprio Summorum Pontificum, les conditions d'exercice de cette charge, en ce qui concerne la possibilité d'utiliser aussi bien le missel du bienheureux Jean XXIII (1962) que celui du Pape Paul VI (1970). Des fruits de ces nouvelles dispositions ont déjà vu le jour, et j’espère que l'indispensable pacification des esprits est, grâce à Dieu, en train de se faire. Je mesure les difficultés qui sont les vôtres, mais je ne doute pas que vous puissiez parvenir, en temps raisonnable, à des solutions satisfaisantes pour tous, afin que la tunique sans couture du Christ ne se déchire pas davantage. Nul n'est de trop dans l'Église. Chacun, sans exception, doit pouvoir s'y sentir chez lui, et jamais rejeté. Dieu qui aime tous les hommes et ne veut en perdre aucun nous confie cette mission de Pasteurs, en faisant de nous les Bergers de ses brebis. Nous ne pouvons que Lui rendre grâce de l'honneur et de la confiance qu'Il nous fait. Efforçons-nous donc toujours d'être des serviteurs de l'unité !
(...)

Les fidèles attachés à la liturgie traditionnelle de l’Eglise ont bien conscience qu’ils ne représentent qu’un petit groupe de 15 à 25 % des fidèles. Ils vous remercient par conséquent d’autant plus de votre action en vue de les accueillir normalement dans les paroisses et de votre œuvre de pacification. Sachez pouvoir compter sur chacun d’eux.

MERCI A TOUS NOS PERES LES EVEQUES DE FRANCE

Merci en particulier à Monseigneur Vingt Trois et à Monseigneur Perrier qui ont accueilli le Saint Père à Paris puis à Lourdes. Merci pour leurs paroles de communion qui ont exprimé l’attachement des millions de fidèles de France au Souverain Pontife. Merci à tous les évêques qui ont pu exprimer à la radio, dans la presse écrite ou à la télévision l’attachement de l’Eglise de France et son entière communion avec le successeur de Pierre.

MERCI A MGR PATRICK CHAUVET

Merci à Monseigneur Patrick Chauvet curé de la paroisse Saint François Xavier à Paris pour l’accueil de la veillée de prière organisée par l’Association Notre-Dame de Chrétienté (www.nd-chretiente.com) le vendredi 12 septembre à l’occasion de la venue du Saint Père à Paris.

Merci à Monseigneur Chauvet qui malgré ses fonctions de cérémoniaire pour la venue du Pape a trouvé le temps d’assister à cette veillée.

Merci à Monseigneur Chauvet d’avoir permis à plus de 2.500 fidèles qui se sont succédé au cours de la veillée de prier dans sa belle et grande église parisienne.

Merci à Monseigneur Chauvet pour son accueil bienveillant dans sa paroisse des nombreux prêtres de communautés traditionnelles ayant participé à cette veillée de prières (Riaumont, Institut du Christ Roi Souverain Prêtre, Chanoines de Lagrasse, Fraternité Saint Pierre, Dominicains de Chéméré le Roi, Moines du Barroux ou de Triors et bien d'autres …)

ENFIN UN GRAND MERCI A KTO

Pour la couverture médiatique de grande qualité qu’elle a assuré pendant la visite du Saint Père en France. Cette chaîne de télévision a permis à des millions de fidèles qui n’ont pas pu se déplacer à Paris ou à Lourdes de vivre ce grand moment pour l’Eglise de France en communion avec le Pape. Merci Kto ! (http://www.ktotv.com/)

15 septembre 2008

La Fraternité Saint-Pie X entre 1988 et 2008
Septembre 2008 - Lettre à nos frères prêtres n°39 - Lettre trimestrielle de liaison de la Fraternité Saint-Pie X avec le clergé de France - mise enligne par laportelatine.org
La Fraternité Saint-Pie X entre 1988 et 2008

Nous publions ici quelques statistiques succinctes sur l’évolution de la Fraternité Saint-Pie X entre 1988 et aujourd’hui. Loin d’avoir disparu, loin d’avoir souffert de la « concurrence » des instituts Ecclesia Dei (comme la Fraternité Saint-Pierre, etc.), la Fraternité Saint-Pie X continue de se développer. Elle apparaît toujours davantage sur les radars du paysage ecclésial.

En 1988, la Fraternité Saint-Pie X comptait 200 prêtres et 30 frères (religieux non prêtres). Le District de France comptait, pour sa part, 55 prêtres répartis dans 25 prieurés (résidences de prêtres).
De ces 200 prêtres de 1988, 70 ne sont plus aujourd’hui membres de la Fraternité Saint-Pie X : dix environ sont morts, vingt ont quitté la Fraternité Saint-Pie X en 1988 pour rejoindre la Fraternité Saint-Pierre ou les autres instituts Ecclesia Dei qui se sont formés à ce moment-là, quarante ont quitté la Fraternité Saint-Pie X au fil des vingt dernières années, habituellement pour rejoindre un diocèse, moins souvent pour s’intégrer dans un institut Ecclesia Dei.
Il faut savoir, en effet, que quasi tous les diocèses de France possèdent dans leur clergé un ou plusieurs anciens membres de la Fraternité Saint-Pie X, l’ayant quittée soit comme séminaristes, soit comme prêtres. Les « anciens d’Écône », avec le bagage de leur formation traditionnelle, constituent ainsi progressivement un pourcentage de moins en moins négligeable du clergé français.
Si nous retirons ces 70 prêtres partis au fil des ans, nous arrivons à 130 prêtres qui restent de 1988 : c’est ce chiffre de 130 prêtres qu’il convient de comparer au chiffre actuel des prêtres, pour mesurer la croissance réelle de la Fraternité Saint-Pie X en vingt ans.
En 2008, la Fraternité Saint-Pie X dans son ensemble compte 480 prêtres et 100 frères. Le District de France compte pour sa part 135 prêtres répartis dans 40 prieurés.
Il faut noter que les congrégations religieuses amies de la Fraternité comportant des prêtres, et qui sont au nombre de quatre sur le territoire français (bénédictins, capucins, dominicains et Fraternité de la Transfiguration), ont connu une augmentation parallèle de leur nombre de prêtres et de maisons durant ces vingt ans.
Pour évaluer l’évolution pastorale durant ces vingt ans écoulés, on peut aussi s’arrêter sur les écoles. En 1988, le District de France de la Fraternité Saint-Pie X dirigeait 11 écoles primaires et/ou secondaires, regroupant 800 élèves. En 2008, le District dirige 23 écoles primaires et/ou secondaires, regroupant 1640 élèves.
Il faut souligner que le District de France ne dirige pas d’écoles secondaires de filles, tâche réservée notamment aux Dominicaines enseignantes. Ces religieuses ont connu sur cette période une évolution analogue : un doublement en nombre d’écoles et d’élèves. Elles scolarisent ainsi en 2008 plus de 1500 jeunes filles dans 11 écoles (qui toutes assurent le primaire et le secondaire).
Bilan du Motu Proprio après un an d’existence
Septembre 2008 - Lettre à nos frères prêtres n°39 - Lettre trimestrielle de liaison de la Fraternité Saint-Pie X avec le clergé de France - mise enligne par laportelatine.org
BILAN DU MOTU PROPRIO APRES UN AN D’EXISTENCE
Après un an du Motu Proprio Summorum Pontificum, il est bon de faire un bilan d’étape. Ce sont les premiers pas d’une situation nouvelle, même s’il ne s’agit pas encore d’un raz de marée, comme l’avait d’ailleurs prédit depuis longtemps la Fraternité Saint-Pie X. Mais la liturgie traditionnelle, désormais, ne cesse de grandir, et le mouvement va s’amplifier dans les années à venir.
Les groupes de demande de la messe traditionnelle
Chaque département comprend aujourd’hui au moins un groupe constitué et référencé (sur le site internet « Paix liturgique ») de demande pour la liturgie traditionnelle, selon les termes du Motu Proprio. En tout, la France métropolitaine compte 155 groupes référencés. Mais il existe également de nombreux groupes locaux qui n’ont pas pris la peine de se faire recenser et qui sont simplement en contact personnel avec le curé local pour solliciter la célébration de la liturgie traditionnelle.
Seize départements comptent deux groupes distincts de demande (pour des lieux relativement éloignés géographiquement) : les Bouches du Rhône (13), le Cantal (15), la Côte d’Or (21), le Finistère (29), la Gironde (33), l’Isère (38), le Jura (39), la Nièvre (58), le Pas de Calais (62), le Puy de Dôme (63), la Seine Maritime (76), la Seine et Marne (77), le Tarn (81), le Vaucluse (84), la Vendée (85), la Vienne (86).
Sept départements comptent trois groupes distincts de demande : les Alpes Maritimes (03), le Calvados (14), l’Eure et Loir (28), le Nord (59), l’Oise (60), le Var (83), le Val d’Oise (95). Quatre départements comptent plus de trois groupes de demande : l’Essonne (91) compte cinq groupes, les Hauts de Seine (92) en comptent six, Paris (75) en compte onze, de même que le département considéré comme le plus pratiquant de France, les Yvelines (78).
Il faut enfin souligner que l’Île de France, fief du « lustigérisme » (plutôt réticent envers le « traditionalisme ») représenté désormais par le cardinal Vingt-Trois, président de la Conférence épiscopale, concentre à elle seule quarante groupes de demande, qui se révèlent très actifs et déterminés, comme l’a expérimenté récemment le prêtre désigné par le Cardinal pour gérer ce dossier.
Les « nouvelles messes » en France depuis un an
Si l’on fait la liste des nouveaux lieux de culte où la messe traditionnelle est célébrée depuis le Motu Proprio, le bilan peut paraître maigre : seulement une quarantaine de lieux nouveaux se sont ouverts. Mais cette impression est trompeuse, si on ne la confronte pas aux réalités matérielles.
Le calendrier fournit en réalité la véritable clé d’explication. Le Motu Proprio est paru au début des vacances (de la part de Rome, ce choix estival n’était sans doute pas fortuit). C’est seulement après la rentrée que les personnes ont commencé à se contacter, que des groupes se sont constitués.
Une fois ce premier travail accompli, les groupes ont pris contact avec le curé du lieu. Des rencontres, des réunions, des échanges épistolaires ont eu lieu. Le curé a réfléchi, il a consulté, il a considéré les enjeux humains et matériels (célébrant, lieu, horaire, etc.). Lorsqu’il a donné une réponse positive, cette dernière n’a pu intervenir que plusieurs mois après la rentrée des classes.
La typologie de ces nouvelles célébrations le manifeste d’ailleurs clairement. De juillet à novembre, il n’y en a quasiment aucune. Décembre en voit deux puis, à partir de janvier, c’est la montée en puissance : on peut dire que, depuis janvier 2008, chaque semaine voir démarrer au moins une nouvelle célébration de la messe traditionnelle dans une paroisse.
Or il y a actuellement, rappelons-le, plus de 150 groupes de demande : la dynamique, qui a enfin démarré, ne peut que s’accélérer. En particulier au moment où les paroisses réorganisent leurs horaires annuels de célébration : c’est évidemment l’occasion privilégiée de faire place à la messe traditionnelle.
Le rythme d’une ouverture par semaine se maintenant, comme tout le laisse prévoir, le nombre de messes célébrées le dimanche selon ce rite doublera donc en France d’ici à cinq ans.
Présence de la messe traditionnelle en France le dimanche
En effet, si l’on s’intéresse à la présence actuelle de la messe traditionnelle en France, on relève que, dans le cadre du Motu Proprio, cette messe est déjà assurée le dimanche dans 153 lieux en France métropolitaine. La Fraternité Saint-Pie X (avec les congrégations qui lui sont liées), pour sa part, assure la messe traditionnelle le dimanche dans 163 lieux en France métropolitaine.
Six départements ne possèdent encore aucun lieu de culte traditionnel : les Alpes de Haute Provence (04), l’Ardèche (07), la Creuse (23), la Lozère (48), la Meuse (55) et la Haute Saône (70). Il faut toutefois souligner que ces départements ne totalisent qu’un peu plus d’un million d’habitants à eux six. Les quatre-vingt-neuf départements restants de la France métropolitaine ont donc accès à la messe traditionnelle le dimanche grâce à 316 lieux de culte.
Onze départements ne sont desservis que par la Fraternité Saint-Pie X : les Ardennes (08), la Charente (16), la Charente Maritime (17), la Corse (20), le Jura (39), le Loir et Cher (41), la Haute Marne (52), la Moselle (57), les Pyrénées Atlantiques (64), les Deux Sèvres (79), la Seine Saint-Denis (93). Neuf départements ne sont desservis que dans le cadre du Motu Proprio : l’Ariège (09), le Cantal (15), les Landes (40), la Haute Loire (43), le Lot (46), la Sarthe (72), l’Yonne (89), l’Essonne (91) et le Val de Marne (94).
Onze départements ne possèdent qu’un seul lieu de culte traditionnel : les Ardennes (08), l’Ariège (09), le Cantal (15), la Charente (16), les Landes (40), le Loir et Cher (41), la Haute Loire (43), la Haute Marne (52), l’Essonne (91) , la Seine Saint-Denis (93) et le Val de Marne (94).
Vingt et un départements, en revanche, possèdent entre cinq et neuf lieux de culte traditionnel : l’Allier (03), les Alpes Maritimes (06), l’Aude (11), la Côte d’Or (21), le Finistère (29), la Gironde (33), l’Hérault (34), l’Indre (36), la Loire (42), la Loire Atlantique (44), le Maine et Loire (49), la Mayenne (53), le Morbihan (56), le Nord (59), l’Orne (61), le Pas de Calais (62), le Puy de Dôme (63), le Rhône (69), Paris (75), le Var (83) et la Vendée (85). Les Bouches du Rhône atteignent dix lieux de culte traditionnel, de même que les Yvelines (78), Paris n’étant encore qu’à neuf lieux.
Un « enthousiasme mitigé » de la part de certains évêques français
Un an après le Motu Proprio, on constate toutefois qu’un certain nombre d’évêques français (pas tous, heureusement) souscrivent volontiers à la déclaration d’intention de Mgr Jacques David, évêque émérite d’Évreux (nos prélats, en général, ne retrouvent leur langue qu’après leur retraite) : « Je ne suis pas personnellement favorable à cette forme de prière liturgique » (Monique Hébrard, Prêtres – Enquête sur le clergé d’aujourd’hui, Buchet-Chastel, 2008, p. 346).
Pour ceux-là, et même si c’est plutôt le coeur lourd et en traînant les pieds, le Motu Proprio Summorum Pontificum de juillet 2007 est enfin l’occasion de mettre en pratique le Motu Proprio Quattuor abhinc annos de… 1984. Pas le Motu Proprio Ecclesia Dei adflicta de 1988 : nous en sommes encore loin, car celui-ci demandait « une application large et généreuse », alors que ces évêques accordent avec réticence et de façon tatillonne quelques rares permissions, assorties de conditions restrictives, et si possible en des lieux et à des horaires solidement impraticables.
En considérant le laps de temps qu’il a fallu à ces évêques pour commencer enfin à mettre en oeuvre timidement le Motu Proprio de 1984, on peut se dire avec humour et philosophie qu’ils commenceront probablement à mettre en application le Motu Proprio de 2007 vers l’année… 2030.
Benoît XVI, conscient de ce manque d’enthousiasme, a pris le parti de les contourner, et de s’adresser directement aux prêtres. Mgr David, écho des opposants, s’en plaint. A la remarque de Monique Hébrard : « Désormais, ce genre de décision risque d’échapper à l’évêque », il répond : « Je le regrette. J’aurais préféré que le pape demande que dans chaque diocèse il y ait un lieu de sensibilité traditionaliste » (Ibid.). C’est un peu tard : le pape souhaitait précisément cela depuis 1984. Ceux qui durant vingt-trois ans ont tenu ces demandes pour nulles et non avenues ne peuvent se plaindre d’être aujourd’hui dépossédés d’une responsabilité qu’ils ont si mal exercée. C’est donc désormais aux milliers de prêtres diocésains que la responsabilité du développement de la liturgie traditionnelle est déléguée avec confiance par le Siège apostolique.
Évaluer le sens d’un mouvement - éditorial de l'abbé de Cacqueray
Septembre 2008 - Abbé de Cacqueray, FSSPX - Fideliter n°185 - laportelatine.org
Évaluer le sens d’un mouvement
Depuis un an, des jugements contradictoires ont été émis concernant le Motu Proprio Summorum pontificum de juillet 2007. Avec le recul, il est possible d’y voir plus clair.
Le point fondamental pour bien l’interpréter, me semble-t-il, est de percevoir qu’il inaugure un mouvement concernant la liturgie et, de ce fait, l’Église elle-même (Lex orandi, lex credendi). C’est seulement en évaluant le sens et la portée de ce mouvement qu’on peut exprimer un jugement juste, et justifié.
Un mouvement démarre d’un point de départ. Quelle est la situation de la liturgie en juin 2007? La domination quasi totale, écrasante, de la messe dite de Paul VI, et l’élimination à peu près absolue de la messe traditionnelle, considérée soit comme totalement dépassée, soit comme carrément interdite.
Face à cela, deux très petits groupes. D’une part, les « traditionalistes » qui déclarent sans discontinuer que la messe traditionnelle n’est pas interdite et ne peut pas l’être, et qui n’ont jamais accepté la messe de Paul VI; mais ceux-là sont durement persécutés par les autorités ecclésiastiques. D’autre part, les « Ecclesia Dei » à qui, par la grâce de quelques lois d’exception, est permis dans des conditions restrictives de célébrer la messe traditionnelle, au titre d’une préférence spirituelle.
Le premier article du Motu Proprio est évidemment inacceptable: la messe traditionnelle et la messe de Paul VI sont « deux mises en œuvre de l’unique rite romain ». Mais cette formule exprime simplement le point de départ.
Or, à partir de cet état des lieux (catastrophique), le Motu Proprio va ouvrir la voie, et beaucoup plus largement que tout ce qui avait été fait jusqu’ici, à la célébration de la messe traditionnelle.
« Le Missel romain promulgué par saint Pie V et réédité par le Bx Jean XXIII doit (…) être honoré en raison de son usage vénérable »; « Il est donc permis de célébrer le sacrifice de la messe suivant l’édition type du Missel romain promulgué par le Bx Jean XXIII en 1962 et jamais abrogé »; « Tout prêtre catholique de rite latin, qu’il soit séculier ou religieux, peut utiliser le Missel romain publié en 1962 par le Bx Pape Jean XXIII »; « Pour célébrer ainsi (…), le prêtre n’a besoin d’aucune autorisation, ni du Siège apostolique ni de son Ordinaire », etc.
Et aussi (lettre du pape): « Je voudrais attirer l’attention sur le fait que le Missel de 1962 n’a jamais été juridiquement abrogé, et que par conséquent, en principe, il est toujours resté autorisé ».
Le Motu Proprio ouvre donc une porte vers la liturgie traditionnelle pour tous ceux, et ils sont immensément nombreux, qui en ont été privés illégitimement depuis quarante ans.
Cela ne concerne pas, bien sûr, ceux qui savent que la messe traditionnelle ne peut pas être interdite, et y assistent donc en toute sûreté de conscience. Pour cette minorité, hélas! que sont les « traditionalistes », utiliser le Motu Proprio serait une régression: ce serait admettre que la messe de Paul VI a « la même dignité » que la messe traditionnelle: ce qu’à bon droit nous avons toujours refusé.
En revanche, ceux qui ne connaissent que la messe de Paul VI et étaientjusqu’ici persuadés, en raison de la propagande, que la messe traditionnelle était interdite voire mauvaise, peuvent désormais avoir l’occasion, grâce au Motu Proprio, d’accéder à cette messe et d’en découvrir les richesses.
Tel est le sens essentiel du mouvement inauguré par le Motu Proprio: une certaine possibilité, pour tant de baptisés qui en ont été privés depuis des décennies, de voir pour la première fois la liturgie traditionnelle de l’Église et de s’y réhabituer; passage progressif mais humainement nécessaire pour commencer à sortir, au moins au plan liturgique, de la crise.
Les évêques français (en particulier) ne s’y sont pas trompés, qui font tout pour bloquer, restreindre, dénaturer le Motu Proprio.
Ne nous y trompons donc pas nous-mêmes.
Abbé Régis de Cacqueray +, Supérieur du District de France
La leçon d'un échec
Septembre 2008 - Abbé Christian Bouchacourt, Supérieur du district d'Amérique du Sud de la FSSPX - Editorial de "Iesus Christus" n° 118
Le 8 septembre 2006, à grand renfort de publicité, fut fondé l’Institut du Bon Pasteur (IBP). Déclaré de droit pontifical, relevant donc directement du Saint Siège et non des évêques locaux, l’IBP a ainsi reçu le pouvoir d’ouvrir des séminaires, de prendre en charge des paroisses personnelles, c'est-à-dire des lieux de culte regroupant des fidèles désireux de suivre la liturgie traditionnelle et de profiter de la vie paroissiale qui en découle. Il peut aussi incardiner des prêtres et des diacres, appeler aux ordres mineurs et majeurs des candidats jugés aptes au sacerdoce. Ses statuts vont même jusqu’à spécifier que la liturgie traditionnelle est déclarée « rite propre de l’Institut dans tous ses actes liturgiques » (1) et que les membres habilités peuvent «émettre des critiques sérieuses et constructive de Vatican II pour permettre d’en donner une interprétation authentique». Certes, l’IBP n’a obtenu aucun évêque issu de ses rangs, mais à quoi bon, dit-on, puisque dans la pratique, conformément au droit canonique, tous les évêques du monde entier peuvent conférer les saints Ordres aux membres de l’Institut et administrer la confirmation chaque fois que l’IBP en fera la demande.
En présence de tels privilèges concédés, certains prophétisèrent l’inévitable déclin de la Fraternité Saint-Pie X, car toutes les revendications de cette dernière étaient satisfaites dans le nouvel institut, l’octroi d’un évêque excepté. Ces prophètes de malheur annoncèrent que les séminaires de la FSSPX verraient leurs effectifs chuter, que l’apostolat de ses prêtres allait devenir stérile du fait de l’entêtement de ses supérieurs et qu’une dérive sectaire et schismatique était quasiment inévitable.
Le 1er février 2007, nouveau succè ! L’IBP obtient sa première paroisse personnelle à Bordeaux, un séminaire est ouvert en France tandis que deux districts voient le jour : l’un en France et l’autre en… Amérique du Sud ! Tous les deux dirigés par des transfuges de la FSSPX. Les vocations affluent, un pré-séminaire est fondé à Sao Paulo au Brésil, tandis qu’une messe d’ordination est célébrée en la basilique Saint-Jean de Latran à Rome. En Amérique du Sud, des maisons sont ouvertes à Santiago du Chili, à Sao Paulo au Brésil et à Bogota en Colombie. Devant de telles réalisations, la méfiance de la FSSPX à l’égard des intentions de Rome paraît sans consistance. Quelques prêtres et séminaristes de la FSSPX se laissent séduire par l’œuvre nouvellement fondée et s’y agrégent. Tout semble aller pour le mieux, jusqu’à…
L’année suivante, en 2007, l’enthousiasme commence à retomber. A Bogota, le cardinal fait savoir que l’IBP était persona non grata et qu’il ne pourrait y exercer un apostolat officiel. (2)
Au mois de mars de l’année 2008, le cardinal de Santiago signifie à Monsieur l’abbé Navas, Supérieur de District de l’Institut en Amérique Latine, que l’IBP a 6 mois pour faire ses valises et terminer tout apostolat dans la capitale chilienne. Au même moment, l’archevêque de Sao Paulo au Brésil informe le prêtre de l’Institut qu’il n’a pas besoin des services de l’IBP dans son diocèse.
Pour finir, le 5 août dernier, l’IBP quitte le Brésil et termine tout apostolat dans le pays. Aujourd’hui, en Amérique du Sud l’IBP n’a plus aucun apostolat reconnu par les évêques. Tandis qu’au même moment, un prêtre argentin de l’Institut demandait à rejoindre la FSSPX…
De tels faits, loin de nous réjouir, ne peuvent que nous affliger car des prêtres et des fidèles sont sortis meurtris de ce fiasco. Cependant nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que tout cela aurait pu être évité. Les craintes de la FSSPX étaient donc fondées !
Pourquoi Rome a-t-elle favorisé l’érection de l’Institut du Bon Pasteur ? Est-elle convaincue que seul un retour à la Tradition peut guérir le mal qui ronge l’Eglise de l’intérieur ? Est-elle persuadée de la supériorité de la Messe Traditionnelle sur celle de Paul VI ? Veut-elle revenir peu à peu à l’usage de l’ancien Rituel des sacrements pour le bien des âmes ? La réponse est négative.
Depuis des années, Rome essaie d’établir un équilibre politique entre son aile traditionnelle et son aile progressiste et voudrait, avec le temps, en faire la synthèse. Un coup à droite, un coup à gauche ! Voilà pourquoi, hier, Rome a concédé l’érection de l’IBP et qu’elle approuve aujourd’hui les statuts du Chemin Néocatéchuménal, société religieuse qui s’éloigne de façon impressionnante dans son enseignement comme dans sa pratique de la Tradition catholique.
Force est de constater que Rome reste toujours fortement imprégnée d’esprit libéral. De fait, la marche forcée de l’œcuménisme continue.
L’IBP, comme toutes les familles religieuses qui ont signé un accord pratique avec Rome, se tait. Personne n’a osé émettre des critiques sur la visite récente du Pape à la Synagogue, ou confronter à la doctrine traditionnelle l’apologie du libéralisme américain que fit le Pape Benoît XVI à son retour des Etats-Unis.
Seule la FSSPX rappelle à temps et à contretemps que de tels évènements sont en rupture avec la Tradition et l’enseignement des Papes. Il nous faut malheureusement constater que la diffusion de la Vérité, l’extension du règne du Christ-Roi et le salut des âmes ne sont plus les seuls critères qui guident les décisions romaines.
L’érection de l’IBP a été une décision politique visant à favoriser une « légitime sensibilité traditionnelle » dans l’Eglise mais sans remise en cause de l’esprit de Vatican II. Les évêques d’Amérique du Sud y ont vu un péril pour les acquis du concile Vatican II, ils ont refusé son implantation et Rome a cédé ! Malgré quelques signes positifs, les autorités romaines ne veulent pas encore d’un retour à la Tradition. L’IBP n’est donc qu’en liberté surveillée !
Cet échec montre aussi qu’aujourd’hui Rome n’a plus l’autorité suffisante pour faire respecter ses décisions. Nous le constatons chaque jour dans l’application du Motu Proprio au sujet de la messe Tridentine. Le lâchage de l’IBP n’est que la confirmation de cette impuissance. Animée par de faux principes, Rome et les évêques ne veulent plus exercer leur autorité sauf pour condamner la FSSPX. Nous l’avons vu récemment à Corrientes lors de l’inauguration de notre chapelle.
Mais une relecture des textes du concile Vatican II à la lumière de la Tradition est-elle possible ? L’IBP qui s’était donné la possibilité de par ses statuts de faire « des critiques sérieuses et constructives » sur les textes les plus controversés est restée bien silencieux sur ce sujet jusqu’à ce jour.
Le Révérend Père Calmel op, répond avec beaucoup de clarté à cette question:
« On sait depuis longtemps que ce sont des textes [les textes conciliaires, N.d.l.R.] de compromis. On sait encore qu’une fraction modernisante voulait imposer une doctrine hérétique. Empêchée d’aboutir, elle est quand même parvenue à faire adopter des textes non formels ; ces textes présentent le double avantage pour le modernisme de ne pouvoir être taxés de propositions carrément hérétiques, mais cependant de pouvoir être tirés dans un sens opposé à la foi. Nous attarderons-nous à les combattre directement ? Un moment nous y avons pensé. La difficulté c’est qu’ils ne donnent pas prise à l’argumentation ; ils sont trop mous. Lorsque vous essayez de presser une formule qui vous parait inquiétante, voici que, — dans la même page — vous en trouvez une autre entièrement irréprochable. Lorsque vous cherchez à étayer votre prédication ou votre enseignement sur un texte solide, impossible à tourner, propre à transmettre à votre auditoire le contenu traditionnel de la foi et de la morale, vous vous apercevez bientôt que le texte que vous avez choisi au sujet par exemple de la liturgie, ou du devoir des sociétés à l’égard de la vraie religion, ce texte est insidieusement affaibli par un second texte qui, en réalité, exténue le premier alors qu’il avait l’air de le compléter. Les décrets succèdent aux constitutions et les messages aux déclarations sans donner à l’esprit, sauf exception rarissime, une prise suffisante ». (3)
Jean Madiran confirme aussi cette analyse:
« Les textes conciliaires ont été complétés (dans le cas de la Nota praevia) ou même rédigés d’une manière suffisamment traditionnelle pour pouvoir être votés par une quasi-unanimité, et cependant d’une manière suffisamment astucieuse pour permettre, comme la suite l’a montré, des développements ultérieurs qu’à l’époque les pères conciliaires auraient refusés ». (4)
Au milieu de cette tempête qui ne semble se prolonger, se dresse la noble figure du Pape Pie XII décédé il y a tout juste cinquante ans, le 9 octobre 1958. Il fut le dernier pape à proposer avec force une solution totalement catholique à la crise qui déjà secouait le monde et commençait à miner l’Eglise. Il faut relire sa première encyclique. Elle constitue tout un programme qui se fait l’écho de saint Pie X qu’il canonisa :
« Peut-il y avoir un devoir plus grand et plus urgent que « d’annoncer les insondables richesse du Christ » (5) aux hommes de notre temps? Et peut-il y avoir chose plus noble que de déployer « les étendards du Christ Roi » — Vexilla Regis — devant ceux qui ont suivi et suivent des emblèmes trompeurs, et de regagner au drapeau victorieux de la croix ceux qui l’on abandonné? (…) La reconnaissance des droits royaux du Christ et le retour des individus et de la société à la loi de sa vérité et de son amour sont la seule voie de salut. (…) La rééducation de l’humanité, si elle veut avoir quelque effet, doit être avant tout spirituelle et religieuse : elle doit, par conséquent, partir du Christ comme de son fondement indispensable, être réalisée par la justice et couronnée par la charité. (…) Quand fut affaiblie la foi en Dieu et en Jésus-Christ, quand fut obscurcie dans les âmes la lumière des principes moraux, du même coup se trouva sapé le fondement unique, et impossible à remplacer, de cette stabilité, de cette tranquillité, de cet ordre extérieur, privé et public, qui seul peut engendrer et sauvegarder la prospérité des Etats ». (6)
Nous espérons qu’un jour de telles paroles retentiront à nouveau depuis la Chaire de Pierre ! Cela demandera peut-être du temps, mais ce jour viendra car nous croyons en la promesse du Christ de ne pas abandonner son Eglise et son Vicaire. En attendant il nous faut demander la grâce de la fidélité, tenir, prier, agir, faire pénitence et supplier Notre Dame de nous accorder cette restauration de la Tradition qui ne pourra venir que de Rome. Comme nous l’a recommandé Monseigneur Fellay, faisons monter notre supplication vers le ciel lors de notre rosaire quotidien récité à cette intention. L’avenir de l’Eglise et du monde en dépend !
Dieu vous bénisse!
Abbé Christian Bouchacourt, Supérieur du District d'Amérique du Sud

Notes
(1) Statuts de l’IBP I § 2.
(2) Décrèt 1289, du 8 août 2007, signé par le Cardinal Pedro Rubiano Sáenz, archevêque de Bogota (Colombie).
(3) RP Calmel, op: Brève apologie pour l’Eglise de toujours, p. 35-36 édit. Difralivre.
(4) Jean Madiran: Le concile en question, p. 63 (édition D.M.M.).
(5) Saint Paul aux Ephésiens, III, 8.
(6) Pie XII: Encyclique “Summi Pontificatus”, du 23 octobre 1939.
Ecclesia Dei Afflicta : le sas
Septembre 2008 - Abbé Jean-Baptiste Frament, FSSPX - Bulletin Sainte Anne n°201 de septembre 2008 - laportelatine.org
Un sas.
Cela sert à passer d’un milieu à un autre quand on ne veut pas mélanger les deux milieux. Par exemple, pour entrer ou sortir d’un sous-marin sans faire pénétrer l’eau dans le sous-marin, ou pour passer d’une zone contaminée à un zone saine sans contaminer la zone saine.
Comme je viens de le dire, cela sert à sortir ou à entrer. Cela dépend du sens dans lequel on l’utilise ... et du point de vue où l’on se place.
En soi, un sas n’est pas un lieu de vie, mais un lieu de passage. Si l’on y vit, ce n’est que temporairement. La vie, la vraie, se déroule en dehors du sas. On ne reste pas enfermé dans un sas : sinon on y meurt, peut-être pas tout de suite, mais à la longue.
Cette description me semble bien s’appliquer aux divers regroupements de catholiques qui se réclament du motu proprio « Ecclesia Dei afflicta ». Le sas dont il s’agit est un sas entre deux milieux incompatibles : le milieu de la foi catholique et le milieu des erreurs modernes, le milieu de ceux qui se battent pour la défense de la foi et celui de ceux qui acceptent les erreurs.
Initialement, ce sas a été mis en place pour être un sas de sortie : la sortie du combat de la Foi. Il s’agissait de vider le mouvement traditionnel de ses troupes avec un épouvantail et une carotte. L’épouvantail du schisme et de l’excommunication et la carotte de la Tradition protégée par Rome. Seulement voilà : s’ils pouvaient garder la Tradition, les ‘catholiques affligés’ n’avaient pas le droit de se battre, de combattre les erreurs. Ils devaient, soit réintégrer les rangs officiels, soit cesser le combat en restant dans ce sas qui devint bientôt une sorte de ghetto, une réserve pour les indiens de la Tradition.
Comme nous l’avons vu, un sas n’est pas un lieu de vie. Même si le sas a été aménagé pour prolonger l’attente de ceux qui s’y sont enfermés, il n’est, de par sa nature, qu’un lieu de passage. En ce sens, le sas Ecclesia Dei est une impasse. Aussi, l’attente dans ce sas a, on le conçoit, quelque chose de désespérant. Il reste alors un moyen pour se consoler : faire nombre, se dire que ce lieu est un bon endroit de vie puisque beaucoup de monde s’y retrouve. Il n’y a qu’à voir l’ardeur de ceux qui cherchent à constituer partout des ‘groupes stables’ pour le motu proprio de Benoît XVI … en oubliant que les groupes vraiment stables existent depuis longtemps et vivent de leur belle vie en menant le bon combat de la Foi.
Mais l’accroissement numérique ne reste que quantitatif. Il ne peut pas changer l’inactivité en combat. Le sas reste un sas, et il faut tôt ou tard en sortir… d’un côté … ou de l’autre. « Nul ne peut servir deux maîtres » : c’était l’évangile de dimanche dernier.
Et là, les choses deviennent intéressantes ! Car, pour faire nombre, les « catholiques affligés » avaient du recruter … y compris chez les modernes. Et parmi ces derniers, nombreux sont ceux qui sont entrés dans le sas et ont pris goût à la Tradition. Et comme ils comprenaient bien qu’on ne vit pas indéfiniment dans un sas, certains ont fini par rejoindre les rangs du bon combat de la Foi. On peut imaginer le dépit de ceux qui avaient conçu le sas pour vider la Tradition : voilà que ce sas fonctionnait dans les deux sens !
Est-ce là l’explication de ce qu’on a appelé « l’ultimatum » ? Il s’agissait de nous interdire de combattre les erreurs quand elles étaient proposées par le pape. Etait-ce un rappel que le combat des erreurs était prohibé par le Vatican ? Une tentative pour mettre un sens unique à l’entrée du sas ? Je n’en sais rien : je ne connais pas le secret des coeurs.
Ce qui est sûr, c’est que nos « catholiques affligés » sont vraiment dans une triste situation. Ils pensaient pénétrer l’Eglise de l’intérieur pour la ramener à sa Tradition et voici que les portes du sas commencent à se refermer.
Jadis, du temps de leurs combats pour la Tradition, ils étaient au coeur de l’Eglise et accumulaient victoires et mérites. Maintenant, ils se retrouvent en marge de l’Eglise officielle, considérés avec méfiance par ceux là même avec qui ils sont censés travailler… et tout cela, sans avoir rien gagné quant à leur place dans l’Eglise. Au contraire : ils ont perdu leur place d’honneur, au coeur du combat de la Foi et de la Tradition.
Parmi ces catholiques affligés, certains ont trahi en abandonnant consciemment le bon combat : nous les confions à la miséricorde de Dieu ; d’autres ont abandonné le combat par aveuglement : nous prions Dieu de les éclairer ; d’autres enfin se sont faits piégés et – peut-être – n’osent pas faire marche arrière : nous prions Dieu de leur donner le courage de faire amende honorable et de reprendre le bon combat.
Abbé Jean-Baptiste Frament
Extrait du Sainte Anne n° 201 de septembre 2008
« Un peu de paix »
Septembre 2008 - Cardinal Philippe Barbarin - lanef.net
« Un peu de paix » Dossier Summorum Pontificum un an après
Cardinal Philippe Barbarin
Source : La Nef n°196 de septembre 2008

La Nef – Comment analysez-vous Summorum Pontificum un an après sa mise en œuvre ?
Cardinal Philippe Barbarin – L’intention du Saint-Père était d’apporter un peu de paix. À Lyon, le nombre des Messes célébrées selon la forme extraordinaire est passé de trois à six, les dimanches. Il est difficile de faire un bilan mais, dès septembre 2007, un homme m’a abordé un jour dans la rue et m’a dit que la décision du pape et notre détermination à lui obéir l’avaient touché. Il quittait donc la Fraternité Saint-Pie X, et venait désormais avec sa famille à la Messe à l’église Saint-Georges. Sont-ils nombreux à avoir fait comme lui ? Je ne sais pas.
Dans d’autres parties du monde, la question ne se pose pas de la même façon. Au moment de la sortie du motu proprio, des cardinaux d’Espagne ou de Pologne avaient dit que ce problème était surtout français et venait de la manière dont la réforme liturgique avait été mise en œuvre dans notre pays. Naturellement, eux aussi ont obéi au pape, et ils ont demandé à certains de leurs prêtres d’apprendre à célébrer la Messe selon la forme extraordinaire.
Comment la resacralisation de la liturgie voulue par le pape peut se faire et quels rôles peuvent jouer les deux formes liturgiques du rite romain ?
L’intention du Saint-Père est largement partagée dans le peuple chrétien. Il suffit d’observer l’attitude des fidèles lors de grands rassemblements comme le Congrès Eucharistique ou les JMJ. À Sydney, il y avait une église où chaque jour était proposée aux jeunes, après les catéchèses, la Messe selon la forme extraordinaire. Le samedi soir, ils ont rejoint tout le monde à Randwick et participé à la Messe du dimanche, célébrée par le pape selon le nouvel Ordo Missae. Là, l’importance accordée à l’adoration eucharistique – vécue intensément aussi à Québec –, les quelques chants latins, le long temps de silence après la communion ont été marquants.
La grande question, c’est de savoir où le Saint-Père veut aller. Il a plusieurs fois laissé entendre qu’il était temps de reprendre en profondeur la réforme liturgique, comme on revoit maintenant de près la traduction de la Bible. Le maintien de la forme extraordinaire dans la vie liturgique de l’Église aidera à ce travail. Nous avons le recul suffisant pour faire un bilan des progrès apportés par le nouvel Ordo et des richesses de l’ancien qu’il ne faudrait pas perdre. C’est ainsi que les deux formes pourront s’enrichir mutuellement.
Vis-à-vis des fidèles de votre diocèse attachés à l’ancienne forme liturgique, quelle est votre ligne directrice ?
Les inviter à la paix et à retrouver la confiance. En fait, cette communauté souffre de vives tensions internes. Longtemps à Lyon, je n’en étais pas conscient. Dès que j’ai pu, je suis allé visiter la communauté de l’église Saint-Georges et j’ai donné un enseignement sur l’Eucharistie durant les vêpres. Puis, encouragé personnellement par le pape, j’y ai célébré la confirmation. Tout s’est très bien passé ; les parents me présentaient leurs enfants pour que je les bénisse, il n’y avait ni reproche ni critique dans les propos, mais plutôt un climat de confiance et de respect, et même d’affection.
Puis, un an avant la parution du motu proprio, de nouveaux supérieurs ont été élus dans la Fraternité Saint-Pierre. Certains prêtres, en désaccord avec les décisions qui ont suivi, ont demandé leur incardination dans mon diocèse, et toute la communauté s’est alors scindée en deux. Des campagnes de mails d’une grande violence ont été lancées, on a vu naître des comités de soutien… Tout cela a fait beaucoup de mal et, bien que le calme soit revenu, je pressens que le feu couve toujours. Comment l’éteindre ?
La seule solution pour retrouver l’unité, c’est de faire ce que nous demande l’Église et d’obéir au pape. Sur ce point, je rends hommage aux responsables de la Fraternité Saint-Pierre, qui parlent le même langage et invitent leurs fidèles à vivre dans l’obéissance et la charité.
Le motu proprio ne résout pas toutes les questions. Par exemple, lorsque les fidèles d’une seule paroisse ne sont pas assez nombreux et qu’ils doivent se regrouper sur un secteur plus vaste, ou quand ils posent des exigences sur le lieu de la célébration et sur le choix du prêtre officiant…
Les supérieurs de la Fraternité Saint-Pie X viennent une fois de plus de refuser la main généreusement tendue par Rome : qu’en pensez-vous ?
À l’Abbaye de Saint Maurice, dans le Valais, on m’a rapporté ce propos de Mgr Fellay : « Nous ne pouvons pas nous affirmer catholiques et continuer à rester séparés de Rome. » Je me désole que les différentes tentatives de rapprochement aient échoué depuis plus de vingt ans, mais lorsque j’entends une déclaration du responsable de la Fraternité Saint-Pie X, aussi simple et pleine de bon sens, je garde confiance. Benoît XVI, instruit par l’histoire, dit que si une rupture de cet ordre n’est pas réparée dans les décennies qui suivent, il faudra ensuite des siècles pour y parvenir. À Lyon, où un Concile œcuménique, à la fin du xiiie siècle, a essayé en vain de réparer les dégâts du schisme de 1054, on ne peut qu’être d’accord avec lui. Pour l’unité, il y a toujours urgence.
A Paris et à Lourdes Benoît XVI remet l'ancien au goût du jour
15/09/2008 - AFP - lepoint.fr
A Paris et à Lourdes Benoît XVI remet l'ancien au goût du jour
Par Emmanuelle ANDREANI

Communion à genoux, défense de la messe en latin devant les évêques: Benoît XVI a affiché à Paris comme à Lourdes son attachement aux pratiques liturgiques anciennes, au nom de l'"unité" entre tradition et modernité dans l'Eglise.
A Lourdes (sud-ouest), le pape a justifié dimanche sa décision de libéraliser l'ancienne messe en latin devant les évêques français, alors qu'une partie d'entre eux avait accueilli avec réserve cette mesure prise à la fin de l'été 2007, l'interprétant comme une main tendue aux traditionalistes.
Benoît XVI a appelé les catholiques français à "une pacification des esprits", invoquant "l'unité" de l'Eglise.
"Nul n'est de trop dans l'Eglise. Chacun, sans exception, doit pouvoir s'y sentir chez lui, et jamais rejeté", a-t-il insisté dans une référence aux traditionalistes et aux intégristes, attachés à la messe en latin et qui rejettent les évolutions du concile Vatican II (liberté religieuse, dialogue avec les autres religions).
"Les fondamentalistes ont l'air d'avoir à Rome un traitement assez favorable (et) cela indispose un certain nombre d'évêques" qui subissent sur le terrain les pressions de ces opposants à Vatican II, a estimé le père Henri Madelin, jésuite en Belgique, interrogé par l'AFP.
D'autres pratiques liturgiques, ainsi que des accessoires, qui étaient tombés en désuétude après les réformes de Vatican II, ont revu le jour sous Benoît XVI. Lors des messes célébrées en plein air samedi aux Invalides à Paris et sur la prairie de Lourdes dimanche, le pape a choisi de donner la communion dans la bouche aux fidèles agenouillés, un usage tombé en désuétude après les réformes de Vatican II et qu'il a de nouveau instauré au printemps. Cette pratique ancienne, très en vogue chez les traditionalistes, a été abandonnée dans la plupart des paroisses où l'hostie est reçue debout, dans la main ou la bouche selon le choix des fidèles.
En France, il a arboré, comme il le fait depuis fin 2007, un bâton pastoral surmonté d'une croix et datant du pape Pie IX (1846-1878), qui a remplacé celui de son prédécesseur Jean Paul II, surmonté d'un christ en croix. Ce retour à l'ancien dans le domaine liturgique a suivi l'arrivée au Vatican en octobre 2007 d'un nouveau maître des célébrations liturgiques, Mgr Guido Marini, dont on a aperçu en France la mince silhouette dans l'ombre du pape lors des cérémonies.
Mgr Marini avait expliqué ces changements par le souci de mettre en valeur "le sens du mystère" et du "sacré".
Le recours à des vêtements liturgiques remontant au concile de Trente (1545-63) et à la "contre-Réforme catholique", ainsi que la réintroduction de détails rituels abandonnés depuis le concile Vatican II, "veulent souligner cette continuité avec les célébrations qui ont marqué la vie de l'Eglise dans le passé", avait-il alors indiqué. Le pape Benoît XVI achevait lundi une visite de quatre jours à Paris puis à Lourdes, la première en France de son pontificat.
Le paradoxe de l'Eglise
15.09.08 - lemonde.fr
[EXTRAIT]
[...] [Benoît XVI] a tenté de faire plier la hiérarchie catholique, à propos de la messe en latin, dans son historique face-à-face avec des catholiques intégristes dont Rome mesure mal l'esprit revanchard et maurrassien. [...]
[TEXTE ENTIER] Edito du Monde
Le paradoxe de l'Eglise Les voyages du pape en France ont toujours un effet dopant sur les catholiques. Celui qui se termine à Lourdes lundi 15 septembre, n'a pas dérogé à la règle : 260 000 croyants se sont mobilisées samedi aux Invalides, près de 200 000 dimanche à Lourdes, retrouvant une visibilité dans l'une des sociétés les plus déchristianisées d'Europe. Ils ont affirmé paisiblement leur foi et s'étonnent des intentions de "reconquête" que leur prêtent encore les milieux laïques extrêmes.
L'accueil réservé à Benoît XVI, à l'Elysée et par des centaines d'intellectuels au Collège des Bernardins, témoigne aussi d'un intérêt renforcé pour le fait religieux et la pensée chrétienne. L'étape de Lourdes, enfin, a montré que la religion populaire se porte bien. A la fin de cette année anniversaire des apparitions, la cité mariale aura reçu huit millions de pèlerins.
Les catholiques auraient donc des raisons d'être optimistes. Sauf à craindre qu'un tel voyage soit un feu de paille, plus que l'amorce d'une évolution durable. "N'ayez pas peur" : ce mot fétiche de Jean Paul II a été répété par un pape qu'on disait trop cérébral, et dont la France a découvert la capacité à toucher des foules, sans céder au culte de la personnalité. Mais s'il a tenté de réveiller la tradition sociale et missionnaire de l'Eglise de France, il ne lui a guère offert de perspectives capables de la sortir du coma statistique dans lequel elle est plongée depuis trente ans.
Devant les évêques, Benoît XVI n'a fait aucune proposition nouvelle pour enrayer la chute des vocations. Il a consolidé la discipline qui marginalise les divorcés remariés de religion catholique. Il n'a pas donné le coup de pouce espéré au dialogue avec les autres confessions chrétiennes, avec l'islam et le judaïsme. Et il a tenté de faire plier la hiérarchie catholique, à propos de la messe en latin, dans son historique face-à-face avec des catholiques intégristes dont Rome mesure mal l'esprit revanchard et maurrassien. Paradoxe complet : la curiosité pour le christianisme progresse en France, alors que la structure de l'Eglise s'affaiblit. Celle-ci semble même entrée dans une sorte d'immobilisme doctrinal, liturgique, oecuménique, qui rappelle - malheureusement - les dernières années du pontificat de Pie XII, le pape de la guerre et de l'après-guerre.
Article paru dans l'édition du 16.09.08

14 septembre 2008

Le pape justifie la messe en latin
14/09/2008 - lepoint.fr
14/09/2008
Le pape justifie la messe en latin

Le pape Benoît XVI a passé en revue les difficultés qu'affronte l'Eglise dans un discours aux évêques français réunis dimanche à Lourdes, évoquant la question des divorcés remariés, les tensions suscitées par la libéralisation de la messe en latin et le défi de la laïcité.

Devant 170 évêques et cardinaux dans une salle des sanctuaires le Pape s'empare de "la question douloureuse (...) des divorcés remariés", qui sont interdits de communion pendant la messe conformément au droit canon. Il a refusé toute ouverture de l'Eglise, rappelant "fermement le principe de l'indissolubilité du mariage" mais a souhaité que l'Eglise entoure "de la plus grande affection ceux et celles qui ne parviennent pas à respecter" ce principe. Sur le problème de la famille, qui constitue selon lui "une urgence particulière", le souverain pontife a regretté que "des lois ont relativisé en différents pays sa nature de cellule primordiale de la société", soulignant que la famille est "le socle sur lequel repose toute la société".

"L'Eglise ne revendique pas la place de l'Etat"

Benoît XVI, qui est à Lourdes depuis samedi après-midi à l'occasion du "150e anniversaire des apparitions de la Vierge à Bernadette Soubirous", avait auparavant évoqué une question particulièrement sensible en France, celle de la libéralisation de la messe en latin. Il a justifié sa décision de réhabiliter cette liturgie ante-conciliaire, accueillie avec réserve par une partie de l'Eglise de France qui l'a interprétée comme une main tendue aux traditionalistes, et a appelé les catholiques à "l'unité". "Efforçons-nous toujours d'être des serviteurs de l'unité (...) Nul n'est de trop dans l'Église. Chacun, sans exception, doit pouvoir s'y sentir chez lui, et jamais rejeté", a-t-il insisté. Malgré une proximité doctrinale à certains égards de Benoît XVI avec les traditionalistes, les obstacles à un accord entre l'Église et la fraternité sacerdotale Saint Pie X (traditionalistes lefebvristes) n'ont pas encore été levés.

Après avoir incité les jeunes "à ne pas avoir peur du Christ", lors de sa messe aux Invalides samedi à Paris, Benoît XVI est revenu sur une difficulté majeure de l'Eglise française, celle du déclin constant des vocations. "Les prêtres ont besoin de votre affection, de votre encouragement et de votre sollicitude. Tout prêtre doit pouvoir se sentir heureux de servir l'Eglise", a-t-il déclaré aux évêques.

Il a également abordé le thème délicat de la laïcité, déjà évoqué à l'Elysée devant le président Nicolas Sarkozy. "L'Eglise ne revendique pas la place de l'Etat. Elle ne veut pas se substituer à lui", a-t-il dit, prenant soin de souligner que le Vatican "désirait respecter" l'"originalité de la situation française". Il a néanmoins plaidé pour "la mise en évidence des racines chrétiennes de la France (qui) permettra à chacun des habitants de ce pays de mieux comprendre d'où il vient et où il va".
Le discours du pape aux évêques de France réunis à Lourdes
14 septembre 2008 - ouest-france.fr
[EXTRAIT] [...] Le culte liturgique est l'expression suprême de la vie sacerdotale et épiscopale, comme aussi de l'enseignement catéchétique. Votre charge de sanctification du peuple des fidèles, chers Frères, est indispensable à la croissance de l'Église. J'ai été amené à préciser, dans le Motu proprio Summorum Pontificum, les conditions d'exercice de cette charge, en ce qui concerne la possibilité d'utiliser aussi bien le missel du bienheureux Jean XXIII (1962) que celui du Pape Paul VI (1970). Des fruits de ces nouvelles dispositions ont déjà vu le jour, et j’espère que l'indispensable pacification des esprits est, grâce à Dieu, en train de se faire. Je mesure les difficultés qui sont les vôtres, mais je ne doute pas que vous puissiez parvenir, en temps raisonnable, à des solutions satisfaisantes pour tous, afin que la tunique sans couture du Christ ne se déchire pas davantage. Nul n'est de trop dans l'Église. Chacun, sans exception, doit pouvoir s'y sentir chez lui, et jamais rejeté. Dieu qui aime tous les hommes et ne veut en perdre aucun nous confie cette mission de Pasteurs, en faisant de nous les Bergers de ses brebis. Nous ne pouvons que Lui rendre grâce de l'honneur et de la confiance qu'Il nous fait. Efforçons-nous donc toujours d'être des serviteurs de l'unité ! [...]
[TEXTE ENTIER] 14 septembre 2008
Le discours du pape aux évêques de France réunis à Lourdes
Messieurs les Cardinaux, Très chers Frères dans l'Épiscopat !
C'est la première fois depuis le début de mon Pontificat que j'ai la joie de vous rencontrer tous ensemble. Je salue cordialement votre Président, le Cardinal André Vingt-Trois, et je le remercie des paroles aimables qu’il m’a adressées en votre nom. Je salue aussi avec plaisir les Vice-Présidents ainsi que le Secrétaire Général et ses collaborateurs. Je salue chaleureusement chacun de vous, mes Frères dans l'Épiscopat, qui êtes venus des quatre coins de France et d'Outre-mer. J'inclus également Mgr François Garnier, Archevêque de Cambrai, qui célèbre aujourd'hui à Valenciennes le Millénaire de Notre-Dame du Saint-Cordon.
Je me réjouis d'être parmi vous ce soir dans cet hémicycle « Sainte Bernadette », qui est le lieu ordinaire de vos prières et de vos rencontres, lieu où vous exposez vos soucis et vos espérances, et lieu de vos discussions et de vos réflexions. Cette salle est située à un endroit privilégié près de la grotte et des basiliques mariales. Certes, les visites ad limina vous font rencontrer régulièrement le Successeur de Pierre à Rome, mais ce moment, que nous vivons, nous est donné comme une grâce pour réaffirmer les liens étroits qui nous unissent dans le partage du même sacerdoce directement issu de celui du Christ rédempteur. Je vous encourage à continuer à travailler dans l'unité et la confiance, en pleine communion avec Pierre qui est venu pour raffermir votre foi. Bien nombreuses sont actuellement vos préoccupations ! Je sais que vous avez à coeur de travailler dans le nouveau cadre défini par la réorganisation de la carte des provinces ecclésiastiques, et je m'en réjouis vivement. Je voudrais profiter de cette occasion pour réfléchir avec vous sur quelques thèmes que je sais être au centre de votre attention.
L'Église - Une, Sainte, Catholique et Apostolique - vous a enfantés par le Baptême. Elle vous a appelés à son service ; vous lui avez donné votre vie, d'abord comme diacres et prêtres, puis comme évêques. Je vous exprime toute mon estime pour ce don de vos personnes : malgré l'ampleur de la tâche, que ne vient pas diminuer l'honneur qu'elle comporte – honor, onus ! – vous accomplissez avec fidélité et humilité la triple tâche qui est la vôtre : enseigner, gouverner, sanctifier suivant la Constitution Lumen Gentium (nn. 25-28) et le décret Christus Dominus. Successeurs des Apôtres, vous représentez le Christ à la tête des diocèses qui vous ont été confiés, et vous vous efforcez d’y réaliser le portrait de l'Évêque tracé par saint Paul ; vous avez à grandir sans cesse dans cette voie, afin d'être toujours plus « hospitaliers, amis du bien, pondérés, justes, pieux, maîtres de vous, attachés à l'enseignement sûr, conformes à la doctrine » (cf. Tt 1, 8-9). Le peuple chrétien doit vous considérer avec affection et respect. Dès les origines, la tradition chrétienne a insisté sur ce point : « Tous ceux qui sont à Dieu et à Jésus-Christ, ceux-là sont avec l'Évêque », disait saint Ignace d'Antioche (Aux Philad. 3, 2), qui ajoutait encore : « celui que le maître de maison envoie pour administrer sa maison, il faut que nous le recevions comme celui-là même qui l'a envoyé » (Aux Eph. 6, 1). Votre mission, spirituelle surtout, consiste donc à créer les conditions nécessaires pour que les fidèles puissent « chanter d'une seule voix par Jésus-Christ un hymne au Père » (Ibid. 4, 2) et faire ainsi de leur vie une offrande à Dieu.
Vous êtes à juste titre convaincus que, pour faire grandir en chaque baptisé le goût de Dieu et la compréhension du sens de la vie, la catéchèse est d’une importance fondamentale. Les deux instruments principaux dont vous disposez, le Catéchisme de l'Église catholique et le Catéchisme des Évêques de France constituent de précieux atouts. Ils donnent de la foi catholique une synthèse harmonieuse et permettent d'annoncer l'Évangile dans une fidélité réelle à sa richesse. La catéchèse n'est pas d'abord affaire de méthode, mais de contenu, comme l'indique son nom même : il s'agit d'une saisie organique (kat-echein) de l'ensemble de la révélation chrétienne, apte à mettre à la disposition des intelligences et des coeurs la Parole de Celui qui a donné sa vie pour nous. De cette manière, la catéchèse fait retentir au coeur de chaque être humain un unique appel sans cesse renouvelé: « Suis-moi » (Mt 9, 9). Une soigneuse préparation des catéchistes permettra la transmission intégrale de la foi, à l’exemple de saint Paul, le plus grand catéchiste de tous les temps, vers lequel nous regardons avec une admiration particulière en ce bimillénaire de sa naissance. Au milieu des soucis apostoliques, il exhortait ainsi : « Un temps viendra où l’on ne supportera plus l’enseignement solide, mais, au gré de leur caprice, les gens iront chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ils refuseront d’entendre la Vérité pour se tourner vers des récits mythologiques » (2 Tm 4, 3-4). Conscients du grand réalisme de ses prévisions, avec humilité et persévérance vous vous efforcez de correspondre à ses recommandations : « Proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps … avec une grande patience et avec le souci d'instruire » (2 Tm 4, 2).
Pour réaliser efficacement cette tâche, vous avez besoin de collaborateurs. Pour cette raison les vocations sacerdotales et religieuses méritent plus que jamais d'être encouragées. J'ai été informé des initiatives qui sont prises avec foi en ce domaine, et je tiens à apporter tout mon soutien à ceux qui n'ont pas peur, tel le Christ, d'inviter jeunes ou moins jeunes à se mettre au service du Maître qui est là et qui appelle (cf. Jn 11, 28). Je voudrais remercier chaleureusement et encourager toutes les familles, toutes les paroisses, toutes les communautés chrétiennes et tous les mouvements d'Église qui sont la bonne terre qui donne le bon fruit (cf. Mt 13, 8) des vocations. Dans ce contexte, je ne veux pas omettre d’exprimer ma reconnaissance pour les innombrables prières de vrais disciples du Christ et de son Église. Il y a parmi eux des prêtres, des religieux et religieuses, des personnes âgées ou des malades, des prisonniers aussi, qui durant des décennies ont fait monter vers Dieu leurs supplications pour accomplir le commandement de Jésus : « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson » (Mt 9, 38). L'Évêque et les communautés de fidèles doivent, pour ce qui les concerne, favoriser et accueillir les vocations sacerdotales et religieuses, en s'appuyant sur la grâce que donne l'Esprit Saint pour opérer le discernement nécessaire. Oui, très chers Frères dans l'épiscopat, continuez à appeler au sacerdoce et à la vie religieuse, tout comme Pierre a lancé ses filets sur l'ordre du Maître, alors qu'il avait passé la nuit à pêcher sans rien prendre (cf. Lc 5, 5).
On ne dira jamais assez que le sacerdoce est indispensable à l'Église, dans l'intérêt même du laïcat. Les prêtres sont un don de Dieu pour l'Église. Les prêtres ne peuvent déléguer leurs fonctions aux fidèles en ce qui concerne leurs missions propres. Chers Frères dans l'épiscopat, je vous invite à rester soucieux d'aider vos prêtres à vivre dans une union intime avec le Christ. Leur vie spirituelle est le fondement de leur vie apostolique. Vous les exhorterez avec douceur à la prière quotidienne et à la célébration digne des Sacrements, surtout de l'Eucharistie et de la Réconciliation, comme le faisait saint François de Sales pour ses prêtres. Tout prêtre doit pouvoir se sentir heureux de servir l'Église. A l'école du curé d'Ars, fils de votre terre et patron de tous les curés du monde, ne cessez pas de redire qu'un homme ne peut rien faire de plus grand que de donner aux fidèles le corps et le sang du Christ, et de pardonner les péchés. Cherchez à être attentifs à leur formation humaine, intellectuelle et spirituelle et à leurs moyens d'existence. Essayez, malgré le poids de vos lourdes occupations, de les rencontrer régulièrement et sachez les recevoir comme des frères et des amis (cf. LG 28 et CPE 16). Les prêtres ont besoin de votre affection, de votre encouragement et de votre sollicitude. Soyez proches d'eux et ayez une attention particulière pour ceux qui sont en difficulté, malades ou âgés (cf. CPE 16). N'oubliez pas qu'ils sont comme le dit le Concile Vatican II, reprenant la superbe expression utilisée par saint Ignace d'Antioche aux Magnésiens, « la couronne spirituelle de l'Évêque » (LG 41).
Le culte liturgique est l'expression suprême de la vie sacerdotale et épiscopale, comme aussi de l'enseignement catéchétique. Votre charge de sanctification du peuple des fidèles, chers Frères, est indispensable à la croissance de l'Église. J'ai été amené à préciser, dans le Motu proprio Summorum Pontificum, les conditions d'exercice de cette charge, en ce qui concerne la possibilité d'utiliser aussi bien le missel du bienheureux Jean XXIII (1962) que celui du Pape Paul VI (1970). Des fruits de ces nouvelles dispositions ont déjà vu le jour, et j’espère que l'indispensable pacification des esprits est, grâce à Dieu, en train de se faire. Je mesure les difficultés qui sont les vôtres, mais je ne doute pas que vous puissiez parvenir, en temps raisonnable, à des solutions satisfaisantes pour tous, afin que la tunique sans couture du Christ ne se déchire pas davantage. Nul n'est de trop dans l'Église. Chacun, sans exception, doit pouvoir s'y sentir chez lui, et jamais rejeté. Dieu qui aime tous les hommes et ne veut en perdre aucun nous confie cette mission de Pasteurs, en faisant de nous les Bergers de ses brebis. Nous ne pouvons que Lui rendre grâce de l'honneur et de la confiance qu'Il nous fait. Efforçons-nous donc toujours d'être des serviteurs de l'unité !
Quels sont les autres domaines qui requièrent une plus grande attention - Les réponses peuvent différer d'un diocèse à l'autre, mais il y a certainement un problème qui apparaît partout d’une urgence particulière : c’est la situation de la famille. Nous savons que le couple et la famille affrontent aujourd'hui de vraies bourrasques. Les paroles de l’évangéliste à propos de la barque dans la tempête au milieu du lac peuvent s’appliquer à la famille : « Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait » (Mc 4, 37). Les facteurs qui ont amené cette crise sont bien connus, et je ne m'attarderai donc pas à les énumérer. Depuis plusieurs décennies, des lois ont relativisé en différents pays sa nature de cellule primordiale de la société. Souvent, elles cherchent plus à s'adapter aux moeurs et aux revendications de personnes ou de groupes particuliers, qu'à promouvoir le bien commun de la société. L'union stable d'un homme et d'une femme, ordonnée à la construction d'un bonheur terrestre grâce à la naissance d'enfants donnés par Dieu, n'est plus, dans l'esprit de certains, le modèle auquel l’engagement conjugal se réfère. Cependant l’expérience enseigne que la famille est le socle sur lequel repose toute la société. De plus, le chrétien sait que la famille est aussi la cellule vivante de l'Église. Plus la famille sera imprégnée de l'esprit et des valeurs de l'Évangile, plus l'Église elle-même en sera enrichie et répondra mieux à sa vocation. D’ailleurs je connais et j’encourage vivement les efforts que vous faites afin d'apporter votre soutien aux différentes associations qui oeuvrent pour aider les familles. Vous avez raison de maintenir, même à contre-courant, les principes qui font la force et la grandeur du Sacrement de mariage. L'Église veut rester indéfectiblement fidèle au mandat que lui a confié son Fondateur, notre Maître et Seigneur Jésus-Christ. Elle ne cesse de répéter avec Lui : « Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas ! » (Mt 19, 6). L’Église ne s'est pas donné cette mission : elle l'a reçue. Certes, personne ne peut nier l'existence d'épreuves, parfois très douloureuses, que traversent certains foyers. Il faudra accompagner ces foyers en difficulté, les aider à comprendre la grandeur du mariage, et les encourager à ne pas relativiser la volonté de Dieu et les lois de vie qu'Il nous a données. Une question particulièrement douloureuse est celle des divorcés remariés. L'Église, qui ne peut s'opposer à la volonté du Christ, maintient fermement le principe de l'indissolubilité du mariage, tout en entourant de la plus grande affection ceux et celles qui, pour de multiples raisons, ne parviennent pas à le respecter. On ne peut donc admettre les initiatives qui visent à bénir des unions illégitimes. L'Exhortation apostolique Familiaris consortio a indiqué le chemin ouvert par une pensée respectueuse de la vérité et de la charité.
Les jeunes, je le sais bien, chers Frères, sont au centre de vos préoccupations. Vous leur consacrez beaucoup de temps, et vous avez raison. Ainsi que vous avez pu le constater, je viens d'en rencontrer une multitude à Sydney, au cours de la Journée Mondiale de la Jeunesse. J'ai apprécié leur enthousiasme et leur capacité de se consacrer à la prière. Tout en vivant dans un monde qui les courtise et qui flatte leurs bas instincts, portant, eux aussi, le poids bien lourd d'héritages difficiles à assumer, les jeunes conservent une fraîcheur d'âme qui a fait mon admiration. J'ai fait appel à leur sens des responsabilités en les invitant à s'appuyer toujours sur la vocation que Dieu leur a donnée au jour de leur Baptême. « Notre force, c'est ce que le Christ veut de nous », disait le Cardinal Jean-Marie Lustiger. Au cours de son premier voyage en France, mon vénéré Prédécesseur avait fait entendre aux jeunes de votre pays un discours qui n'a rien perdu de son actualité et qui avait alors reçu un accueil d'une ferveur inoubliable. « La permissivité morale ne rend pas l'homme heureux », avait-il proclamé au Parc-des-Princes, sous des tonnerres d'applaudissements. Le bon sens qui inspirait la saine réaction de son auditoire n'est pas mort. Je prie l'Esprit Saint de parler au coeur de tous les fidèles et, plus généralement, de tous vos compatriotes, afin de leur donner - ou de leur rendre - le goût d'une vie menée selon les critères d'un bonheur véritable.
A l'Élysée, j'ai évoqué l'autre jour l'originalité de la situation française que le Saint-Siège désire respecter. Je suis convaincu, en effet, que les Nations ne doivent jamais accepter de voir disparaître ce qui fait leur identité propre. Dans une famille, les différents membres ont beau avoir le même père et la même mère, ils ne sont pas des individus indifférenciés, mais bien des personnes avec leur propre singularité. Il en va de même pour les pays, qui doivent veiller à préserver et développer leur culture propre, sans jamais la laisser absorber par d'autres ou se noyer dans une terne uniformité. « La Nation est en effet, pour reprendre les termes du Pape Jean-Paul II, la grande communauté des hommes qui sont unis par des liens divers, mais surtout, précisément, par la culture. La Nation existe "par" la culture et "pour" la culture, et elle est donc la grande éducatrice des hommes pour qu'ils puissent "être davantage" dans la communauté » (Discours à l'UNESCO, 2 juin 1980, n. 14). Dans cette perspective, la mise en évidence des racines chrétiennes de la France permettra à chacun des habitants de ce Pays de mieux comprendre d'où il vient et où il va. Par conséquent, dans le cadre institutionnel existant et dans le plus grand respect des lois en vigueur, il faudrait trouver une voie nouvelle pour interpréter et vivre au quotidien les valeurs fondamentales sur lesquelles s’est construite l’identité de la Nation. Votre Président en a évoqué la possibilité. Les présupposés sociopolitiques d’une antique méfiance, ou même d’hostilité, s'évanouissent peu à peu. L'Église ne revendique pas la place de l'État. Elle ne veut pas se substituer à lui. Elle est une société basée sur des convictions, qui se sait responsable du tout et ne peut se limiter à elle-même. Elle parle avec liberté, et dialogue avec autant de liberté dans le seul désir d'arriver à la construction de la liberté commune. Une saine collaboration entre la Communauté politique et l’Église, réalisée dans la conscience et le respect de l’indépendance et l’autonomie de chacune dans son propre domaine, est un service rendu à l’homme, ordonné à son épanouissement personnel et social. De nombreux points, prémices d'autres qui s'y ajouteront selon les nécessités, ont déjà été examinés et résolus au sein de l’ « Instance de Dialogue entre l’Église et l’État ». En vertu de sa mission propre et au nom du Saint-Siège, le Nonce Apostolique y siège naturellement, lui qui est appelé à suivre activement la vie de l’Église et sa situation dans la société.
Comme vous le savez, mes prédécesseurs, le bienheureux Jean XXIII, ancien Nonce à Paris, et le Pape Paul VI, ont voulu des Secrétariats qui sont devenus, en 1988, le Conseil Pontifical pour la promotion de l'Unité des Chrétiens et le Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux. S'y ajoutèrent très vite la Commission pour les Rapports Religieux avec le Judaïsme et la Commission pour les Rapports Religieux avec les Musulmans. Ces structures sont en quelque sorte la reconnaissance institutionnelle et conciliaire des innombrables initiatives et réalisations antérieures. Des commissions ou conseils similaires se trouvent d'ailleurs dans votre Conférence Épiscopale et dans vos Diocèses. Leur existence et leur fonctionnement démontrent la volonté de l'Église d'aller de l'avant (…) dans le dialogue bilatéral. La récente Assemblée plénière du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux a mis en évidence que le dialogue authentique demande comme conditions fondamentales une bonne formation pour ceux qui le promeuvent, et un discernement éclairé pour avancer peu à peu dans la découverte de la Vérité. L'objectif des dialogues oecuménique et interreligieux, différents naturellement dans leur nature et leur finalité respective, est la recherche et l’approfondissement de la Vérité. Il s'agit donc d'une tâche noble et obligatoire pour tout homme de foi, car le Christ lui-même est la Vérité. La construction des ponts entre les grandes traditions ecclésiales chrétiennes et le dialogue avec les autres traditions religieuses, exigent un réel effort de connaissance réciproque, car l'ignorance détruit plus qu'elle ne construit. Par ailleurs, il n'y a que la Vérité qui permette de vivre authentiquement le double Commandement de l'Amour que nous a laissé Notre Sauveur. Certes, il faut suivre avec attention les différentes initiatives entreprises et discerner celles qui favorisent la connaissance et le respect réciproques, ainsi que la promotion du dialogue, et éviter celles qui conduisent à des impasses. La bonne volonté ne suffit pas. Je crois qu'il est bon de commencer par l'écoute, puis de passer à la discussion théologique pour arriver enfin au témoignage et à l'annonce de la foi elle-même (cf. Note doctrinale sur certains aspects de l'évangélisation, n. 12, 3 décembre 2007). Puisse l'Esprit Saint vous donner le discernement qui doit caractériser tout Pasteur ! Saint Paul recommande : « Discernez la valeur de toute chose. Ce qui est bien, gardez-le ! » (1 Th 5, 21). La société globalisée, pluriculturelle et pluri-religieuse dans laquelle nous vivons, est une opportunité que nous donne le Seigneur de proclamer la Vérité et d'exercer l'Amour afin d'atteindre tout être humain sans distinction, même au-delà des limites de l'Église visible.
L'année qui a précédé mon élection au Siège de Pierre, j'ai eu la joie de venir dans votre pays pour y présider les cérémonies commémoratives du soixantième anniversaire du débarquement en Normandie. Rarement comme alors, j'ai senti l'attachement des fils et des filles de France à la terre de leurs aïeux. La France célébrait alors sa libération temporelle, au terme d'une guerre cruelle qui avait fait de nombreuses victimes. Aujourd’hui, c'est surtout en vue d’une véritable libération spirituelle qu'il convient d'oeuvrer. L'homme a toujours besoin d'être libéré de ses peurs et de ses péchés. L'homme doit sans cesse apprendre ou réapprendre que Dieu n'est pas son ennemi, mais son Créateur plein de bonté. L'homme a besoin de savoir que sa vie a un sens et qu'il est attendu, au terme de son séjour sur la terre, pour partager à jamais la gloire du Christ dans les cieux. Votre mission est d'amener la portion du Peuple de Dieu confiée à vos soins à la reconnaissance de ce terme glorieux. Veuillez trouver ici l'expression de mon admiration et de ma gratitude pour tout ce que vous faites afin d'aller en ce sens. Veuillez être assurés de ma prière quotidienne pour chacun de vous. Veuillez croire que je ne cesse de demander au Seigneur et à sa Mère de vous guider sur votre route.
Avec joie et émotion, je vous confie, très chers Frères dans l'Épiscopat, à Notre Dame de Lourdes et à sainte Bernadette. La puissance de Dieu s'est toujours déployée dans la faiblesse. L'Esprit Saint a toujours lavé ce qui était souillé, abreuvé ce qui était sec, redressé ce qui était déformé. Le Christ Sauveur, qui a bien voulu faire de nous les instruments de la communication de son amour aux hommes, ne cessera jamais de vous faire grandir dans la foi, l'espérance et la charité, pour vous donner la joie d'amener à Lui un nombre croissant d'hommes et de femmes de notre temps. En vous confiant à sa force de Rédempteur, je vous donne à tous et de tout coeur une affectueuse Bénédiction Apostolique.