10 août 2009

[DICI] Allemagne : Plainte contre la Fraternité Saint-Pie X jugée irrecevable

SOURCE - août 10, 2009


Une centaine de fidèles ont répondu à l´appel de la Fraternité Saint-Pie X à protester à Stuttgart, le 1er août, en marge de la Christopher Street Day (CSD), défilé de la fierté homosexuelle organisé à Berlin du 20 au 27 juillet.

La réunion de protestation s´est déroulée sans incident. Une plainte des organisateurs de la CSD avait toutefois été déposée, parce que dans son bulletin d´information, le district d’Allemagne de la Fraternité Saint-Pie X avait dénoncé le fait que lors de ce défilé « les êtres humains se comportaient en sauvages et manifestaient de manière obscène et perverse dans les rues ». Elle avait fait aussi référence au IIIe Reich en affirmant que « comme sous ce régime, il y avait eu des catholiques courageux qui s´y étaient opposés, il devait aussi y avoir aujourd´hui des catholiques courageux pour s´opposer à cette folie qu´est la Christopher Street Day ».

Suite à la plainte déposée par les responsables de la CSD, les autorités judiciaires de Stuttgart ont conclu qu´il s´agissait d´une manifestation d´opinion qui n´était pas un appel à la violence ni à des mesures arbitraires. (Sources : Apic/kna)

[Père Juan Carlos Ceriani] 2004-2009: infructueuse opposition a l’«opération-suicide» ou: les raisons de la démission du Père Juan Carlos Ceriani

SOURCE - document écrit par le Père Ceriani qui quite la FSSPX et diffusé par le 'Courrier de Tychique' de Max Barret le 10 août 2009. [Tradinews ne reprend que la lettre à proprement parler, soit les 10 premières pages du document du Père Juan Carlos Ceriani. Pour les annexes, se reporter au document original]


1988: «opération-survie de la Tradition»
2004-2009: infructueuse opposition a l’«opération-suicide» ou: les raisons de la démission du Père Juan Carlos Ceriani…

Chers lecteurs,

Soyez remerciés d’avoir commencé à lire cette lettre, mais afin que vous ne soyez pas découragés par sa longueur (44 pages!), je désire d’abord vous en expliquer le contenu.

La lettre elle-même n’est composée que des dix premières pages dans une présentation suffisamment aérée pour en faciliter la lecture.

De la page 11 à la fin vous trouverez dix Annexes qui viennent corroborer ma démonstration afin qu’il ne soit pas dit que j’affirme sans prouver. La lecture desdites Annexes n’est pas absolument nécessaire, mais la plupart d’entre elles constituent cependant un véritable matériel d'étude et de réflexion.

Vous pouvez éventuellement ne lire que l’Annexe XI, page 43, qui est ma lettre de démission et qui résume mes arguments. J’ajouterai même que les points 7), 15), 16), 17) et 18) de cette lettre contiennent à eux seuls l’essentiel du problème.

Si toutefois, pour comprendre l’ensemble de ma résolution, vous voulez bien m'accompagner patiemment au fil des pages, alors commençons!

À Buenos Aires, Argentine, j'ai appartenu pendant quatorze années, jusqu'à ma rentrée au Séminaire de Paraná, à ce qu’on peut appeler une»paroisse réactionnaire», paroisse dans laquelle j'ai été formé par les livres et les conférences des Pères Leonardo Castellani, Julio Meinvielle, David Núñez, et des Professeurs Jordán Bruno Genta et Carlos Sacheri, entre autres.

Je remercie la Providence divine de ce que, en 1965 alors que je n’avais que onze ans, est arrivé dans cette paroisse le Père Carlos Morani qui, jusqu'à son décès prématuré en juin 1970, a été le guide et le soutien du Centre d'Études d'Orthodoxie Catholique, source de ma formation intellectuelle.

En 1976, après une année de lutte intense contre le nouveau Curé, nommé en 1975 pour détruire matériellement et spirituellement notre paroisse, est arrivé pour moi le moment de rentrer au Séminaire. Il était parfaitement clair que je ne pouvais ni ne devais le faire dans le séminaire du diocèse de Buenos Aires. Comme tant d'autres jeunes au cours des années soixante-dix, je me suis orienté vers le séminaire du diocèse de Paraná, où j'ai eu l'occasion de connaître par les journaux la suspense a divinis de Monseigneur Marcel Lefebvre, ses motifs et ses conséquences, ainsi que les convictions et l'enseignement de l’illustre prélat. Jusqu'à ce moment la question du Novus Ordo Missæ ne s'était pas posée pour moi.

Je suis resté là trois années vivant dans une atmosphère de plus en plus étouffante, me demandant sans cesse «quelle Messe vais-je dire une fois ordonné?», «Vais-je devoir accepter cette doctrine conciliaire qui pénètre jusque dans la philosophie, la théologie, le catéchisme, la piété, la liturgie, le droit canon?». Ceux qui me connaissent comprendront que tout cela a été matière à moult discussions avec certains professeurs et confrères.

Il était clair que je ne pouvais continuer ainsi. Janvier et février 1979 ont été pour moi des mois de réflexion et de prière pour en arriver à comprendre que je devais abandonner l’Église Conciliaire et m'associer au combat de Monseigneur Lefebvre pour l'Église Catholique et sa Tradition contre la Nouvelle Église ; que je devais adhérer à la Rome Éternelle et rejeter la Rome néo-protestante et néo-moderniste. Tout comme trois années auparavant, cette nouvelle décision m’a valu une nouvelle rupture: rupture avec l’atmosphère ecclésiale et avec mes amis.

Pendant mon Séminaire et mes cinq premières années de sacerdoce à la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, bien que des situations doctrinales complexes se soient présentées (comme par exemple l’Indult d'octobre 1984), la présence de Monseigneur Marcel Lefebvre, ses interventions ainsi que la distance et le manque d'information depuis mon poste en Argentine, m’ont préservé de l’inquiétude.

La première alerte sérieuse a été l'atmosphère troublante dans laquelle nous avons dû vivre de novembre 1987 à mai 1988. Après l'annonce en juin 1987 de prochaines consécrations épiscopales, nous ne savions pas comment allaient se terminer ces fameux pourparlers romains.

En juin 1988, par l'intermédiaire de L'Osservatore romano, j'ai eu connaissance du Protocole d'accord signé le 5 mai. Ma première réaction a été de dire: Rome ment! Et Dieu m’est témoin que je n’aurais pas suivi Monseigneur Lefebvre s'il avait continué avec ce Protocole, dont le contenu complet est bien celui qui a été publié par le journal du Vatican et que, cependant, bien des prêtres de la Fraternité et l’ensemble des fidèles ne connaissent pas. Mais en juin, les consécrations étaient déjà décidées pour le 30, et j'ai considéré que le triste document était véritablement relégué aux oubliettes. Pour comprendre ce dont il s’agit, on peut se reporter à l’Annexe X - lettre de l’Abbé Ceriani à Mgr Fellay du 29 mai 2009, page 38.

Je regrette beaucoup de ne pas avoir demandé à l’époque à Monseigneur Lefebvre une rétractation claire et nette de la signature de ce document qui, de nos jours encore, est sujet à discussions au sein de la Fraternité et constitue une arme redoutable entre les mains de la Rome conciliaire.

Pendant 12 années environ, grâce à la situation obtenue par les consécrations épiscopales de 1988, nous avons vécu tranquillement le développement de toutes les Institutions de la Grande Oeuvre de la Tradition Catholique, laquelle n'est pas un mouvement de plus dans l’Église Officielle comme le prétend Benoît XVI (et comme semble l’avoir accepté Monseigneur Fellay, puisqu’on lit dans la Lettre aux Amis et Bienfaiteurs Nº 74: «Nous avions demandé cela, dès l’an 2001, comme signe de bienveillance de la part du Vatican envers le mouvement traditionnel (…) On craint un rapprochement entre la tête de l’Eglise et notre mouvement.»).

Puis, à partir de l'an 2000 il a été à nouveau question de reprendre contact avec la Rome occupée par le modernisme ; et en 2001 sont apparus les fameux préalables. Dieu et quelques membres de la Fraternité sont témoins que, dès le début, la chose m'a paru fort équivoque ; mais à ce moment-là, mes craintes n’ont pas dépassé le stade de simples commentaires en privé.

Ce n’est qu’en juillet 2004 que j’ai décidé d’intervenir auprès de mes Supérieurs. Comme on peut le constater dans mon Appel (voir Annexe I, page 11), dès que Monseigneur Bernard Fellay a annoncé en juin 2004 qu'il avait demandé à Rome «‘officiellement’ le retrait du Décret de Déclaration des excommunications» j'ai écrit la même lettre à sept de mes Supérieurs (les quatre évêques, le Premier Assistant, l’Econome Général et le Secrétaire Général) pour leur faire remarquer que cette demande impliquait la reconnaissance des excommunications et que, tôt ou tard, nous allions finir par accepter l’inacceptable, c’est-à-dire la levée desdites excommunications.

Monseigneur Fellay et Monseigneur Tissier de Mallerais se sont contentés de me répondre qu'il s'agissait seulement d'une «imprécision de langage».

Trois lettres importantes à ces Évêques, ainsi qu’un travail canonique sur la question (voir résumé dans l’Annexe II, page 14), n’ont pas reçu de réponse. Comment comprendre que l’on veuille discuter doctrinalement avec la Rome Conciliaire quand on n'accorde même pas une réponse à un membre de la Fraternité?

Concernant l'autre préalable, la demande de la «libération de la Messe de toujours», «la possibilité de célébrer la messe tridentine», je ne suis pas intervenu jusqu'à la publication du Motu proprio du 7 juillet 2007.

Pourquoi? Parce que l’argument d'autorité basé sur Monseigneur Lefebvre était trop fort pour essayer, par un argument de raison, de m'opposer à la demande d'une égalité liturgique du rite catholique avec le rite bâtard. Monseigneur Lefebvre avait en effet, à plusieurs reprises, fait la même demande, pensant que cette situation ne serait que temporaire, la messe de toujours devant rapidement évincer le rite de Paul VI.

J’ajoute, cependant, que je n’ai pas fait chanter le Te Deum à mes fidèles de la Guadeloupe et que j’ai prêché à deux reprises, en Guadeloupe et en Martinique, pour expliquer aux fidèles la nocivité de ce document.

Bien qu’ayant effectué plusieurs travaux depuis la publication du Motu proprio pour démontrer sa nocivité et son opposition à l'oeuvre de la restauration de la Sainte Messe, je n'ai pu en publier qu’un seul sur la Porte Latine (voir»Motu proprio – réactions notables»), et ceci après avoir dû surmonter de nombreuses difficultés pour vaincre les réticences de mon Supérieur de District. La conclusion de cet article dit:

«a) De par sa cause matérielle ce Motu proprio manifeste que la Rome de tendance néomoderniste et néo-protestante continue de s’éloigner de la théologie catholique de la Sainte Messe, telle qu'elle a été formulée à la XXème session du Concile de Trente.

b) De par son intention ce Motu proprio est simple comme la colombe et prudent comme le serpent ; mais, il faut le dire, sa simplicité benoîte est une astuce de plus du serpent, capable d’induire en erreur les élus mêmes. Cependant, rassurez-vous, chers fidèles, sa tête sera écrasée par l’Immaculée…»

Je n’ai pas pris la peine de demander la publication des autres études parce que je savais qu’elles ne seraient pas acceptées, étant donné qu’elles ne correspondent pas à l'interprétation de ce document par le Supérieur Général (voir les résumés dans l’Annexe III, page 15).

Je demande pardon à l'Église, à l'Oeuvre de la Tradition, à la Fraternité et à tous les fidèles de ne pas avoir réagi avant. Pardon pour mon mauvais exemple!

Le 30 décembre 2008 j'ai parlé personnellement à mon Supérieur de District à propos du second préalable (le «retrait du décret de déclaration des excommunications») et à propos d’un éditorial qu'il pensait publier le 1er janvier. Je lui ai remis en mains propres le travail de l’Annexe II, page 14.

Une fois publié son éditorial «D'un préalable l'autre», je lui ai envoyé une lettre le 6 janvier 2009, puis une autre le 20 janvier, sans obtenir de réponse. (Voir à ce sujet l’Annexe IV, page 18).

Après la publication du Décret du 21 janvier, contrairement à ce qui est arrivé dans presque tous les Prieurés, la lettre du Supérieur Général n’a pas été lue aux fidèles dans nos chapelles des Antilles, parce qu'elle contenait des imprécisions, des contradictions et une ambiguïté grave à propos de l'acceptation du Concile Vatican II (ceci a été reconnu et le texte a été modifié, mais pas le reste). Nous n’avons pas chanté non plus le Magnificat. La «levée des excommunications» ne nous mettait pas le coeur à la fête…

Par l'intermédiaire de mon Prieur, qui a assisté le lundi 26 janvier à une réunion de Prieurs convoqués à Paris par Monseigneur Fellay, j'ai recouru de vive voix à mes Supérieurs et j'ai demandé la révision de l'acceptation du Décret du Vatican dans un délai d’une semaine sans, toutefois, que cela constitue un ultimatum.

Pendant cette réunion, Monseigneur Fellay a déclaré que dans sa lettre du 15 décembre 2008, il n'avait pas demandé la levée des excommunications, mais le retrait du décret de déclaration des excommunications ; mais qu’il ne demanderait pas à Rome une rétractation.

J’ai eu une longue conversation téléphonique avec mon Supérieur de District le jeudi 29 janvier, au cours de laquelle je lui ai dit entre autres choses que, s'il est certain que le Décret du Vatican est faux, il faut le dénoncer comme tel et le rejeter.

Il m'a demandé un mois pour voir comment allaient évoluer les choses ; et il a ajouté qu'il allait faire son possible pour changer la situation. Compte tenu de l’urgence et de la gravité de ladite situation, je lui ai répondu qu’un mois me paraissait trop long et j’ai donc maintenu le délai d’une semaine.

Mais comme il allait faire son possible pour changer la situation, il m’était permis de croire qu’il avait bien compris le problème ; je lui ai donc demandé de supprimer du site officiel du District de France, La Porte Latine, trois informations qui ne correspondent pas à la réalité:

a) «Le dossier complet du retrait du décret des excommunications de 1988». En donnant à comprendre aux lecteurs que Rome a accordé le»retrait du décret des excommunications» et non la «levée des excommunications».

b) Deux vidéos dans lesquelles on parle de la «Réhabilitation de Mgr Lefebvre». Et par conséquent les lecteurs interprètent que Rome a réhabilité la personne de Monseigneur Lefebvre.

c) Dans une de ces vidéos apparaît une phrase prétendument extraite du Décret dans laquelle on peut lire:

«Je déclare privée d’effets juridiques la censure d’excommunication latae sententiae».

Quand en réalité le texte original dit: «je remets aux Évêques Bernard Fellay, Bernard Tissier de Mallerais, Richard Williamson et Alfonso de Galarreta la censure d’excommunication latae sententiae déclarée par cette Congrégation le 1er juillet 1988, ainsi que je déclare privé d’effets juridiques, à partir de la date d’aujourd’hui, le Décret publié à cette époque.»

La différence est grande. Que prétend-on nous faire croire? Pensant me rassurer, le Supérieur du District m'a dit que le texte de la vidéo avait été préparé avant de connaître le texte du Décret… Il y aurait donc eu plusieurs textes? Y a-t-il eu échange entre Rome et la Fraternité?

Est-on arrivé à un consensus? En effet, les mots sont presque identiques, mais pas leur disposition dans le texte…

Samedi 31 janvier, malheureusement, rien n’avait changé sur La Porte Latine ; bien au contraire, on publiait deux interviews de Monseigneur Fellay qui contribuaient à augmenter la confusion.

Dans celle de l'hebdomadaire Monde et Vie, Olivier Figueras demande»Vous attendiez-vous, Monseigneur, à cette levée de l’excommunication vous concernant?» Et Mgr Fellay répond:

«Je m’y attendais depuis 2005, depuis la première lettre de demande de levée de l’excommunication que j’avais adressée à la demande de Rome même. Parce qu’il est clair que Rome ne demandait pas cette lettre pour refuser de lever l’excommunication.»

J'ai commencé alors à envoyer mon Appel aux quatre Évêques et aux Supérieurs majeurs de la Fraternité avec l'espoir que, comme je les en supplie à la fin du texte, ils allaient reconsidérer devant Dieu la situation actuelle et que, à l’exemple de Monseigneur Lefebvre au moment du Protocole, ils reviendraient sur leurs pas.

A ce moment-là sont arrivés, à une heure d'intervalle, deux messages:

— appel du Secrétaire Général disant que je devais arrêter mon envoi parce qu’une heure plus tard devait sortir un Communiqué officiel de Monseigneur Fellay clarifiant les choses.

— un message électronique du Supérieur du District disant que dans la semaine suivante sortirait ce Communiqué, mais que la Maison Générale n'avait pas accepté que soient corrigées les inexactitudes qui figuraient sur La Porte Latine. Elles s’y trouvent d’ailleurs encore aujourd’hui!...

N’ayant pas reçu le Communiqué officiel, j'ai complété l'envoi aux Supérieurs majeurs et j’ai renoncé à étendre cet envoi à certains prêtres et fidèles comme je l’avais un moment envisagé.

Lundi 2 février m’est arrivé ce Communiqué officiel, confidentiel, réservé seulement aux prêtres, dans lequel on confirme la décision d'accepter tel quel et sans le censurer le Décret du Vatican.

Pour expliquer pourquoi on n'exigeait pas de Rome une rétractation, Monseigneur Fellay se demande si, vu les circonstances et la situation de l’Eglise, nous pouvions obtenir beaucoup plus.

Et il dit ensuite que «Rome ne perd jamais la face», et qu’il serait illusoire pour le moment, voire dangereux, d’exiger du pouvoir pontifical une sorte de désaveu ou de rétractation. Enfin il conclut qu’il s’agit pour nous de sauver le principe d’autorité.

Qu’y a-t-il eu de changé dans la situation de l'Église entre le 15 décembre 2008 et le 21 janvier 2009? De plus, «Rome ne perd jamais la face»? C’est faux! Tant à Mgr Fellay qu’à Mgr Tissier de Mallerais j’ai fait parvenir des références historiques sur ce point (voir Annexe V, page 19).

La situation devenant de plus en plus ambiguë, je ne pouvais garder plus longtemps le silence: il était de mon devoir de rendre public mon appel. C’est ce que j’ai fait le mardi 3 février.

Si l’on revient en arrière, on se rend compte en effet que depuis vingt ans, la Fraternité est passée par différentes étapes sans que rien, en apparence, ne justifie ce glissement progressif:

Satisfaction d'être déclarée excommuniée par «ce système qui se qualifie lui-même d’Eglise conciliaire, contrefaçon d’Eglise, évolutive, pentecôtiste, et syncrétiste», qui par le fait même s’auto excommunie (Lettre Ouverte des Supérieurs, juillet 1988. Voir Annexe I, et Fideliter n° 64, juillet-août 1988).

Puis déclarations pour essayer de démontrer que l'excommunication n'est pas valide, sans insister sur le fait que l’excommuniée est la Rome moderniste.

En septembre-novembre 2005, satisfaction, joie et utilisation des déclarations du Cardinal Castrillón Hoyos: «Ils sont à l’intérieur de l’Eglise. Il y a seulement ce fait qu’il manque une pleine, une plus parfaite –comme cela a été dit durant la rencontre avec Monseigneur Fellay– une plus pleine communion, parce que la communion existe».

Puis déclarations réitérées pour souligner que la déclaration de l'excommunication par Rome constitue un obstacle pour l'apostolat, et que, par conséquent, il faut demander le retrait de cette déclaration.

Enfin, acceptation, satisfaction, joie et remerciements pour ce décret qui lève l'excommunication et remet la censure.

Mon appel ayant été rendu public le 3 février, j'ai été invité le lundi 9 février par le Supérieur du District à prendre part à une réunion de prêtres au Séminaire de Flavigny, France, afin d’exposer ma position et de profiter de ce voyage pour aborder en privé ces questions avec Monseigneur Fellay et lui-même.

Mais les choses étaient bien différentes quand je suis arrivé à Flavigny le lundi 16 février!

Comme cela était à prévoir, on m’a imposé silence et j’ai reçu une Première Admonition Canonique en vue de mon expulsion, si je persistais à faire appel publiquement.

Ainsi donc, alors que la situation vis-à-vis de Rome est de plus en plus ambiguë, supplier publiquement les quatre Évêques de la Fraternité de reconsidérer devant Dieu la situation actuelle et, à l’exemple de Monseigneur Lefebvre, de revenir sur leurs pas, leur demander instamment de confirmer à nouveau prêtres et fidèles dans le bon combat pour la Rome Éternelle contre l’Église conciliaire, cela est considéré comme un délit par les actuelles autorités de la Fraternité St Pie X!

A l’admonition canonique j'ai répondu, par lettre du 24 février, que:

J’affirme que je suis intervenu publiquement parce que la confusion des termes qui existe, la situation d'humiliation de «l'opération survie de l'OEuvre de la Tradition» et l’attaque contre son existence même m'ont mis dans un véritable «état de nécessité».

Je témoigne que j'ai agi de «bonne foi», avec «bonne volonté» et avec «rectitude de conscience», étant donné que depuis 2004 j’avais essayé, en privé, d'éviter d'arriver à la situation actuelle, mais sans résultat.

Le mardi 17 février à Flavigny, j'avais d’ailleurs encore remis à Monseigneur Fellay et au Supérieur du District, en mains propres, un travail dans lequel je développais les quatre points

suivants:

Les deux préalables n’ont pas atteint leur but. Ils se sont montrés inefficaces.

On n’a pas reçu ce qu’on a demandé.

Ce que l’on dit avoir obtenu ne correspond pas à la réalité.

La publication des deux documents romains a eu pour conséquence un mal plus grand encore. Les actes législatifs romains ont humilié la Sainte Messe et l’Opération survie de l'OEuvre de la Tradition. (Voir Annexe VI, page 21).

Ici j’attire l’attention de mon lecteur sur le fait que la réunion de ces quatre points constitue une utilisation indue de la Médiation de la Très Sainte Vierge Marie et un outrage envers la Mère de Dieu.

De plus, se jeter volontairement dans cette»opération-suicide» implique tenter Dieu qui a déjà sauvé l’Oeuvre de la Tradition en 1988… «Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu»

Enfin, toujours dans ma réponse du 24 février, j’ai demandé que dans la Lettre aux Amis et Bienfaiteurs nº74 soit enfin clarifiée la situation, tant en ce qui concerne les fidèles qu’en ce qui concerne Rome:

1) En ce qui concerne nos fidèles:

Que la FSSPX reconnaisse les ambiguïtés publiées et les clarifie.

2) En ce qui concerne la Rome antichrist et moderniste:

A) Rester dans la position actuelle, sans chercher de nouveaux contacts.

B) Si la Rome antichrist et moderniste tente d’avoir avec nous de nouveaux contacts,

spécialement des discussions théologiques, exiger comme préalables à toute discussion et non comme matière de discussion:

a) La suppression de la distinction entre «forme ordinaire et forme extraordinaire» d'un même rite.

b) La réhabilitation sans ambiguïtés ni conditions de Mgr Lefebvre et de Mgr de Castro Mayer.

c) La déclaration formelle que la FSSPX n'a pas demandé «la levée des excommunications», comme le dit le Décret du 21 janvier 2009.

En attendant, mon séjour à Flavigny des 16 et 17 février me réservait d’autres surprises!

Le premier sursaut s'est produit quand Monseigneur Fellay au cours d’une conférence a déclaré tout simplement: «J’en ai marre de discuter sur les mots.»

Quelques jours plus tard, dans ma lettre déjà citée du 24 février, je n’ai pas manqué d’évoquer cet ennui du Supérieur Général:

«Je constate que la confusion n’a été créée ni par Rome, ni par les prêtres de la Fraternité, ni par les fidèles, mais par le Supérieur Général et les Supérieurs de Districts.

En effet, Rome a toujours utilisé le même langage, erroné, mais clair et précis.

La Fraternité, par contre, tout au long des huit dernières années est tombée dans l’équivocité dans les termes, qui a engendré une grande confusion dans l’esprit des prêtres et des fidèles.

La conséquence de cette équivocité dans les termes et de cette confusion dans les esprits est l’ambiguïté et l’imprécision dans les communiqués officiels et les articles parus dans la presse.»

(Voir Annexe VII, page 23).

La seconde surprise de Flavigny m’est venue encore par Monseigneur Fellay quand il a déclaré que «Quelques-uns pour faciliter les choses font une identification entre l’Eglise Officielle et l’Eglise Moderniste. Mais c’est une erreur, parce que nous parlons d’une réalité concrète.»

Quand les prêtres ont été invités à poser des questions, je me suis contenté, pour répondre à cette déclaration, de me référer à une conférence et à une interview de Monseigneur Lefebvre, dont j’ai lu quelques passages, tout simplement.

De plus, dans ma lettre du 24 février, j’ai demandé si cette «réalité concrète» est «l'église visible» de Dom Gérard. Et j’ai ajouté que je ne voudrais pas assister à une nouvelle confusion sur les mots qui conduirait de nouveau notre Supérieur Général à «en avoir marre»; parce que, en effet: Rome a toujours utilisé un langage clair et précis. Monseigneur Marcel Lefebvre et les autorités de la Fraternité ont également toujours utilisé un langage clair et précis. Aujourd’hui, par contre, le Supérieur Général, Monseigneur Bernard Fellay, exprime une idée insolite et étonnante, inconnue dans le langage de notre Fondateur. Il doit utiliser des formules claires et précises pour éviter une nouvelle confusion, cette fois à propos de l’identification entre “église officielle” et “église moderniste” ou “église conciliaire”. Il ne peut pas changer la nature de notre combat ; s'il ne veut pas accomplir cette mission, il doit y renoncer. (Voir Annexe VIII, page 27).

Comme je n'ai même pas obtenu accusé de réception de cette lettre, j'en ai envoyé une autre le 10 mars. Or, le 9 mars, le Supérieur de District m'a écrit, disant répondre à mes lettres du 24 février et du 10 mars (sic). En réalité, il répondait seulement à ma décharge sur l'Admonition Canonique contenue dans ma lettre du 24 février. En substance, il me dit:

«La Fraternité n’a pas abdiqué de sa volonté de combattre les grandes erreurs et hérésies véhiculées par la Rome conciliaire. En conséquence de quoi, les approximations ou contradictions que vous déplorez restent cependant accidentelles. Elles ne justifiaient donc pas une réaction publique comme celle que vous avez eue. Seule une capitulation avérée de la Fraternité dans le combat de la foi aurait pu légitimer cette protestation publique.»

Le 17 mars je répondis à cette lettre en posant le problème dans sa réalité concrète:

Est-il accidentel que le rite romain de la Sainte Messe (qui n’avait jamais perdu son droit) ait perdu, de jure, sa condition de seule forme ordinaire et officielle?

Est-il accidentel que la Rome antichrist et moderniste, par le biais du Motu proprio, l’ait humilié en le reléguant au rang de «forme extraordinaire» et en l’unissant au «rite bâtard», qui serait la «forme ordinaire»de l’unique rite romain?

Ne pas avoir réagi devant semblable innovation, ne constitue-t-il pas déjà une capitulation avérée de la Fraternité dans le combat de la foi?

La Rome antichrist et moderniste, par le Décret du 21 janvier 2009, a humilié l’«opération survie» des sacres épiscopaux, la présentant non seulement comme illicite, mais aussi comme délictueuse et censurable. Est-ce accidentel de ne pas avoir exigé que soit lavé l’honneur des évêques consacrés, des deux évêques consécrateurs, de la Fraternité, de toute l’OEuvre de la Tradition, et surtout l’honneur de l’Eglise? Est-ce accidentel de ne pas avoir réagi devant pareille diffamation, qui remet en cause la continuité de notre mission?

Si cela ne constitue pas encore une capitulation avérée de la Fraternité dans le combat de la foi, cela y conduit sûrement.

Il semble bien que le Supérieur Général, pour faciliter les choses, ne veut plus faire l’identification entre l’Eglise officielle et l’Eglise moderniste. Est-ce accidentel?

Non! cela n'est pas accidentel à notre combat, il s’agit d’une véritable dénaturation du combat de l’OEuvre de la Tradition pour l’Eglise catholique contre l’Eglise conciliaire.

Le 21 avril j’ai reçu un courrier électronique du Supérieur du District, daté du 18 dont voici un extrait:

«Le combat de la Fraternité est de garder, transmettre, propager et confesser la Foi. De combattre, en conséquence, toutes les erreurs et les hérésies professées par «l’église conciliaire» qui l’affaiblissent et la corrompent. De maintenir sa protestation contre ces erreurs et ces hérésies, alors même que certaines concessions lui seraient faites, tant que les principes de la révolution conciliaire n’ont pas été désactivés. Enfin, dans les circonstances actuelles, et conformément à la déclaration du Chapitre Général de 2006 ainsi qu’à la stratégie sans cesse répétée par notre Supérieur Général, de ne pas accepter de conclure des accords canoniques avant d’avoir obtenu la certitude morale que Rome ait renoncé aux principes mortifères du Concile. Voilà ce qui fait l’essentiel de notre combat. Aucune des questions que vous posez ne touche à cela seul qui est essentiel.»

J'avoue que de semblables affirmations m'ont désorienté un peu plus. Selon le Supérieur du district, il serait accidentel:

que le rite romain de la Sainte Messe ait perdu sa condition de seule forme ordinaire et officielle ;

que la Rome antichrist et moderniste l’ait humilié en le reléguant au rang de «forme

extraordinaire» et en l’unissant au «rite bâtard»;

que ne soit pas lavé l’honneur des évêques consacrés, des deux évêques consécrateurs, de la Fraternité, de toute l’OEuvre de la Tradition, et surtout l’honneur de l’Eglise ;

qu’on ne fasse plus l’identification entre l’Eglise officielle et l’Eglise moderniste…

Tandis que je réfléchis à une réponse, arrive la Lettre aux Amis et Bienfaiteurs Nº 74, qui confirme les ambiguïtés et les contrevérités déjà dénoncées, en même temps que l'intention de discuter avec la Rome antichrist et moderniste sans exiger d’elle des explications ni réfuter sa fausseté. Toute cette stratégie, pourtant bien claire en elle-même, est cachée derrière «l’écran de fumée» des 12.000.000 de chapelets. Cette Lettre a motivé les commentaires de l’Annexe IX page 33.

Cest à ce moment que je décide de quitter la Fraternité

En effet, comme le dit le Père Leonardo Castellani: “Vivre «en protestant» ce n'est pas un idéal religieux. On proteste une fois contre un abus ; et ensuite on commence à vivre contre l'abus ou en-dehors de l'abus.

Après avoir essayé de «vivre contre l'abus» pendant ces derniers mois, présentant mes «protestations»de manière privée, j’en suis arrivé à la conclusion suivante:

ou bien l'abus allait m’expulser (me mettre dehors), si je continuais à vivre contre lui,

ou bien je devais prendre la décision de vivre en dehors de l'abus.

De même que j’avais eu à lutter dans la chère paroisse réactionnaire de mon adolescence ; de même que j’ai dû prendre la décision de choisir un séminaire en dehors du diocèse de Buenos Aires pour le quitter trois ans plus tard, aujourd’hui, après trente années, j’ai choisi d’abandonner la Fraternité Saint Pie X. J'assume la responsabilité de cette décision pour défendre résolument ma foi et mon sacerdoce, attaqués par la Rome antichrist et moderniste, inspiratrice et propagatrice de l’hérésie conciliaire.

Ma résolution de partir étant déjà prise, le 29 avril je répondis brièvement au courrier du Supérieur du District daté du 18 avril: Aucune de vos lettres n’a apporté de réponse claire et précise à mes questions. Mais rassurez-vous: vous pouvez être certain à présent que je ne reviendrai plus sur ces sujets ; je vois que c’est inutile…

Il restait encore une surprise à venir, et non des moindres. Le 7 mai j’ai reçu une lettre du Supérieur Général, Monseigneur Fellay, datée du 11 avril. Premier courrier après le 3 juin 2005!

Il est triste de constater qu’il n'a pas eu d’autre but en m’écrivant que de manifester son agacement, brandir des menaces et proférer des insultes.

L'autorité invoquée, que je ne cesse pas de lui reconnaître, lui vient de Dieu, certainement, mais ne lui a pas été conférée pour insulter ses sujets. En agissant de la sorte, il démontre, une fois de plus, qu'il n'a pas d’autre argument que le volontarisme: «sic volo, sic iubeo, sit pro ratione voluntas».

À ce stade des événements, ma réponse se contentera de donner une leçon à l'abus d'autorité.

Mais il y aura encore une réponse, et de sa part, et de la mienne. Voir en l’Annexe X ces quatre lettres, page 35.

Je suis parfaitement conscient de l’immense responsabilité que je dois assumer ; à partir de maintenant je serai considéré comme «clericus vagus», sans aucune reconnaissance, ni de l’Église officielle (il y a 30 ans que j'ai renoncé à elle), ni de l'Oeuvre de la Tradition qui adhère au nominalisme et au volontarisme des actuelles autorités de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X, ce nominalisme et ce volontarisme les empêchant de continuer le bon combat pour l'Église Catholique contre l'Église Officielle, conquise par le Conciliarisme.

Ce motif, ajouté à l’outrage envers la Très Sainte Vierge Marie et à la tentation contre Dieu constitue la raison ultime de mon départ. Voir Annexe XI, page 43, points 7), 15), 16), 17) et 18).

Si c’est nécessaire, je répète une fois de plus que je conteste et estime nuls et sans valeur, tant de droit que de fait:

le Motu proprio Summorum pontificum, du 7 juillet 2007, qui prétend assimiler le Sacro-saint Rite Romain de la Sainte Messe au «rite bâtard montinien»,

les prétendues excommunications de 1988, le Décret qui essaie de les déclarer et le Décret du 21 janvier 2009 qui tente de les lever, en laissant croire qu'elles étaient valables.

Ces contestations et leurs conséquences, je les considère comme une marque d'honneur et un signe d'orthodoxie devant les fidèles. Ceux-ci, en effet, ont le droit absolu de savoir que le prêtre auquel ils s'adressent n'est pas en communion avec une église falsifiée, évolutive, pentecôtiste et syncrétiste.

La divine Providence a voulu que Monseigneur Lefebvre, 21 jours avant sa mort, écrive ces paroles aussi consolantes que prophétiques; c’est à elles je fais appel à présent:

«Le restaurateur de la chrétienté c’est le prêtre par l’offrande du vrai sacrifice, par la collation des vrais sacrements, par l’enseignement du vrai catéchisme, par son rôle de pasteur vigilant pour le salut des âmes. C’est auprès de ces vrais prêtres fidèles que les chrétiens doivent se regrouper et organiser toute la vie chrétienne. Tout esprit de méfiance envers les prêtres qui méritent la confiance diminue la solidité et la fermeté de la résistance contre les destructeurs de la Foi.» (Préface du n°1 de la «Documentation sur la Révolution dans l’Eglise», Ecône, le 4 mars 1991).

A Fort de France, le 4 août 2009, Père Juan Carlos Ceriani

9 août 2009

[Paix Liturgique] Maranatha pour la Paix Liturgique

SOURCE - Lettre de paix Liturgique n°190 - 9 août 2009
Début juillet, le site italien www.maranatha.it a publié une poignante lettre ouverte de ses deux animateurs, les frères Gandolfo Lambruschini, au Saint-Père. Nous vous livrons cette semaine la lecture de ce document particulièrement intéressant après vous avoir révélé quelques aspects de ses auteurs.

1) Qui sont les frères Lambruschini ?

Membres actifs du tiers-ordre franciscain, les jumeaux Paolo et Giovanni Gandolfo Lambruschini ont choisi durant les années 90 de se consacrer entièrement à la santé de leurs parents, gravement malades. Retenus de ce fait à domicile, ils ont pourtant trouvé un moyen de poursuivre leur élan missionnaire par le biais d'internet. Fin 1999, ils créent le site maranatha.it « pour mettre à la disposition du plus grand nombre la liturgie de l'Église ». Le succès de leur site auprès du clergé italien les conduit à développer des outils spécifiques pour télécharger facilement les textes liturgiques. Aujourd'hui, ils enregistrent 2 000 à 3 000 téléchargements par mois pour une moyenne de 10 000 visiteurs mensuels.

"Site le plus cliqué au Vatican" selon ses auteurs, maranatha.it est paradoxalement aujourd'hui dans le collimateur de nombreuses hiérarchies diocésaines italiennes. Le crime de ses rédacteurs ? Avoir publié dès la sortie du motu proprio Summorum Pontificum des ressources liées à la liturgie traditionnelle, à commencer par le missel de Jean XXIII. Depuis lors, les frères Gandolfo Lambruschini ont dû faire face à des pressions de toute sorte, plus ou moins aimables mais aussi claires les unes que les autres : pas de publicité pour le rite ancien...

Au lieu de plier, les jumeaux Gandolfo Lambruschini ont persisté, fidèles à "la réforme de la réforme" promue par le Saint Père, jusqu'à se faire les porteurs d'une demande de messe dans leur paroisse, à Sestri Levante, sur la côte ligure. Et c'est précisément le sort réservé à cette demande depuis deux ans par leur curé et leur évêque qui les a poussé à s'adresser aujourd'hui au Souverain Pontife.

Dès 2007, leur curé leur oppose un refus catégorique. Se retournant alors vers leur évêque diocésain, auprès duquel ils font valoir le texte papal, ils obtiennent de lui un premier accord : une messe un samedi sur deux. La première messe, qui rassemble une soixantaine de fidèles, est un succès. Mais très vite les incidents se multiplient : changement de lieu de culte, changement d'horaire, retard du prêtre... Les deux frères retournent voir l'évêque et demandent, pour eux et pour les fidèles de la petite communauté, une messe hebdomadaire. Après avoir expliqué qu'il n'avait pas de prêtre à disposition, l'évêque finit par accéder à leur requête. Ainsi, depuis le début 2009, un prêtre vient chaque samedi de Chiavari (le siège épiscopal) célébrer la forme extraordinaire du rite romain. Une quarantaine de personnes en moyenne participe à cette messe, en dépit de son horaire malcommode : 16h30 !

Certains pourraient se contenter de cette situation en demi-teinte mais pas les Gandolfo Lambruschini. Ce qu'ils demandent, c'est la pleine et généreuse application du motu proprio : la messe dominicale et la possibilité réelle de célébrer les sacrements selon la forme traditionnelle. Et de préférence au cœur de leur paroisse plutôt que dans une église périphérique. Constatant, à la lecture des témoignages qui leur parviennent par le biais de maranatha.it, que leur situation est celle de l'immense majorité des demandeurs italiens, ils ont décidé d'utiliser leur visibilité médiatique pour adresser au Pape ce qui ressemble fort à un cri de détresse.
2) De larges extraits de la lettre ouverte des rédacteurs de maranatha.it à Sa Sainteté Benoît XVI

Très Saint Père,

Humblement, nous vous écrivons pour porter à votre connaissance ce qu'il y a au plus profond de notre cœur.

Mais avant tout, nous devons vous remercier pour les enseignements que vous dispensez dans les Audiences, les Homélies, les Lettres et les Encycliques qui accompagnent, depuis des années, notre développement spirituel. En ces temps de grande "crise", cela a été pour nous, et nous croyons pour toute l'Église, un grand bienfait.

Votre enseignement représente une véritable libération de l'horreur spirituelle des temps modernes, un refuge sûr et une réparation garantie pour l'âme après avoir été endoctrinés de faux savoirs et d'interprétations personnelles élevées au rang de dogmes. Grâce à vous, un malaise spirituel qui couvait dans l'Église depuis des années et que nous avons ressenti avec grande douleur est en passe d'être résorbé. Un malaise dû à une confusion entre le vrai et le faux, le juste et l'erreur, toujours plus difficiles à distinguer et toujours moins nettement perçus, y compris des pasteurs eux-mêmes.

Malheureusement, nous désirons vous communiquer ce qui nous tient vraiment à cœur, ce que nous avons vécu depuis le 7 juillet 2007 dans le simple cadre d'une très ordinaire vie de paroisse.

En particulier, nous désirons porter à votre connaissance ce qui est notre vie, et la vie de tant d'autres, au lendemain du Motu Proprio Summorum Pontificum. Grâce à celui-ci et à la sensibilité liturgique de Votre Sainteté - chère au cœur de qui, comme nous, ne voit pas de "mal" dans l'expression liturgique de la foi qui a nourri spirituellement tant de Saints au fil des siècles de vie de l'Église -, nous avons obtenu, non sans sacrifices, souffrances et humiliations de la part de notre Évêque, la célébration de la Sainte Messe de toujours dans un Oratoire extérieur à notre paroisse.

La joie de redécouvrir la Sainte Messe, aimée de nos parents et que nous pensions éliminée pour toujours, l'a emporté sur la profonde déception de constater que cette sacrosainte liturgie n'a pas trouvé sa place à l'intérieur de notre très chère communauté paroissiale.

Dans l'article 5.1 du Motu Proprio, vous avez fait un grand cadeau à toute l'Église, en réaffirmant l'importance et le rôle central de la paroisse, de la communauté paroissiale unie par, et autour de, la Liturgie, juste clarification attendue depuis des années. Vous avez dit avec clarté que la tradition liturgique des 20 siècles passés n'avait pas été "excommuniée" mais avait toujours été valide, licite, légitime et sanctifiante. Le Motu Proprio Summorum Pontificum a vraiment constitué un grand acte de justice.

L'extraordinaire importance de ce document, croyons-nous, réside dans le fait que la Messe de toujours a enfin fait son retour dans la vie paroissiale de tous les jours et n'est plus reléguée dans les seules "mains" de quelques fidèles et associations auxquels va néanmoins notre approbation pour avoir su conserver ce trésor.

La tradition véritable ne réside pas seulement dans des mots et des gestes codifiés dans les temps anciens et transmis au fil des siècles par l'Église. La tradition est aussi ce qui nous lie, par le sang comme par le sol. Les racines qui plongent dans notre communauté, par lesquelles se révèle véritablement le sens mystique de la tradition qui n'est ni une ni loi ni un rite, mais une communauté d'esprits, unis et vivants, que pas même la mort n'a le pouvoir de séparer. Dans la paroisse, nos ancêtres, nos parents et nos descendants sont unis à nous spirituellement, comme un seul peuple vivant rassemblé face au Sacrifice du Christ.

Quelle tristesse de constater le dilemme qui nous est imposé : choisir de maintenir notre enracinement en humiliant notre sensibilité liturgique ou bien nourrir cette sensibilité en nous coupant de notre lien paroissial, nous obligeant à devenir des fugitifs, des exilés, relégués dans des chapelles, sans curé, sans cure attentive de nos âmes. Souvent ces chapelles sont des "centres de messe" qui regroupent des personnes venant de différents endroits, tous coupés de leur paroisse respective parce qu'ils n'ont pas d'autre solution pour se sanctifier, ne pouvant puiser à la source de tradition dans leur paroisse, là où celle-ci devrait naturellement se manifester.

Cette exclusion de la vie communautaire et paroissiale n'est rien d'autre qu'une ghettoïsation et la vraie cause d'une division que nous n'avons pas voulue mais que nous subissons !

C'est comme si la tradition était une maladie infectieuse à mettre en quarantaine pour éviter la contagion des catholiques encore indemnes. Et pourtant, comme nous aimerions participer à la Sainte Messe de toujours, célébrée par notre curé, dans notre paroisse, de la même façon dont nous participons à la Sainte Messe dans sa sacrosainte forme ordinaire ! Mais celle-ci est reléguée au loin, comme si elle n'était qu'un sous-produit de la liturgie catholique, de dignité inférieure, ne méritant d'être suivie que de catholiques de dignité inférieure !

Et que dire des problèmes que nous avons dû affronter du jour où nous avons mis en ligne, à disposition des prêtres du monde entier, le Missel Romain du Bienheureux Pape Jean XXIII avec toutes les explications et commentaires spirituels sur les différents gestes de la Sainte Messe. Que ce soit dans notre communauté paroissiale ou dans notre Diocèse, nous avons rencontré de nombreuses difficultés et enduré de nombreuses souffrances.

(…)

Le résultat est qu'à l'instant présent, grâce à ces persécutions subtiles et incessantes, nous nous sentons, bien malgré nous, éloignés de l'Église. Nous avons la douloureuse impression que notre Mère l'Église nous a chassés, tourné le dos, humiliés. Le manque que nous en ressentons est terrible !

En d'autres termes, nous souffrons de constater que de nombreux prêtres et évêques interprètent la Foi Catholique et la Divine Liturgie qui est l'expression finale de cette foi, non pas en "continuité" - comme vous l'avez expliqué plus d'une fois en vous référant à la tradition bimillénaire de l'Église - mais en "rupture" ouverte et incurable, allant jusqu'à faire de cette rupture un étendard à montrer avec arrogance au monde. Il est terrible d'éprouver concrètement chaque jour que dans l'Église elle-même il est impossible d'adhérer librement à tout le Magistère, sans recevoir en contrepartie moqueries et grimaces ! C'est tout simplement absurde. Nous sommes simplement Catholiques, enfants de l'Église catholique, Apostolique et Romaine, obéissants au Vicaire du Christ et à ses lois, fidèles à son enseignement et désireux de participer au Sacrifice même du Christ, qui se réalise aussi bien sous la forme ordinaire et moderne que sous celle, extraordinaire et plus antique, de l'unique Messe catholique.

(…)

Des témoignages constants que notre site enregistre depuis des mois, nous pouvons affirmer que notre expérience n'est pas un cas isolé.

Nous avons choisi de rendre publique cette lettre pleine de tristesse que nous vous adressons humblement, pour y associer spirituellement les invocations et les souffrances de nombreux autres catholiques qui se trouvent dans des situations identiques à la nôtre, subissant les mêmes vexations et humiliations.

Nous désirons que vous connaissiez la réalité. De la même façon, nous voulons que les fidèles qui ne connaissent pas la tradition liturgique de l'Église puissent prendre conscience du problème de coexistence pacifique qui se pose, en l'état actuel des choses, à l'intérieur du monde catholique et dont les amoureux de la tradition ne sont en aucun cas les responsables. Nous vous prions de grand cœur, Très Saint Père, de prendre les mesures opportunes que vous seul êtes à même de mettre en œuvre, afin que le Motu Proprio Summorum Pontificum vienne à être appliqué dans chaque paroisse.

Aidez-nous, Votre Sainteté, et permettez-nous de pouvoir goûter à ces fruits sanctifiants dans notre communauté paroissiale, naturellement et simplement, sans discriminations inutiles. Faites que les fidèles puissent réellement choisir, sans encourir la moindre répercussion, humiliation ou autre pénible fardeau.

Nous sommes convaincus qu'à cette requête s'unissent tant de frères qui, en Italie et dans le monde, éprouvent la même affliction, mais qui n'ont pas toujours le moyen de faire entendre leur malaise. Nous vous l'adressons au nom de l'histoire, au nom des générations futures et au nom de la véritable unité de l'Église.

Saint Père, nous vous supplions, ne nous laissez pas seuls ! Nous prions l'Esprit Saint, par l'intercession de la Bienheureuse Vierge Marie Immaculée, de garder Votre Sainteté en bonne santé et de vous donner la force et le courage de guider toujours efficacement l'Église, nous aidant à obtenir la célébration de la liturgie traditionnelle dans nos paroisses.

En la fête du Très Précieux Sang de Notre Seigneur, le 1er juillet 2009, avec l'expression de notre estime et de notre respect,

Vos très dévoués serviteurs dans le Christ,

Paolo et Giovanni Gandolfo Lambruschini

(Notre traduction à partir de la source http://www.maranatha.it/Letter.htm)
Les réflexions de Paix Liturgique :

1/ Il est patent de constater qu’il en est en Italie comme en France : obstruction au Motu Proprio et opposition au Pape. Rien de très original en somme. De chaque côté des Alpes, des évêques utilisent les mêmes méthodes indignes pour nier la demande des fidèles et pour faire en sorte que le Motu Proprio apparaisse comme un coup d’épée dans l’eau. Pour arriver à leur fin, maintenir l’apartheid liturgique et leurs monopoles, ces hommes (bien peu) d’Eglise semblent prêts à tout…
À Sestri Levante comme à Amiens, l'attitude du clergé face au motu proprio Summorum Pontificum est tristement et malheureusement similaire. Les curés se défaussent et les évêques appliquent en traînant les pieds le motu proprio... de 1988 (Ecclesia Dei).

Résultat : les fidèles sont tenus à l'écart de la vie paroissiale et doivent se contenter du minimum pastoral, une messe de temps en temps dans une église éloignée.

2/ Le fait que la lettre de maranatha.it soit rédigée par des catholiques qui ne sont pas issus du monde traditionnel est en soi significatif. Comme l'a rappelé récemment le Cardinal Cañizares « en publiant le motu proprio Summorum Pontificum la volonté du Pape n'a pas été uniquement de satisfaire les fidèles de Mgr Lefebvre, ni de se limiter à répondre aux justes désirs des fidèles qui se sentent liés, pour des motifs divers, à l'héritage liturgique représenté par le rite romain, mais bel et bien d'offrir à tous les fidèles la richesse de la liturgie de l'Église, en permettant la découverte des trésors de son patrimoine liturgique aux personnes qui les ignoraient encore » (voir notre lettre n° 181).

En un sens, l'histoire des jumeaux Gandolfo Lambruschi est l'illustration parfaite de la justesse des propos du Cardinal et de ce pourquoi le Saint Père a voulu le Motu Proprio.

[Aletheia n°145] Le statut canonique de la Fraternité Saint-Pie X, de ses évêques et de ses prêtres - par Yves Chiron

SOURCE - Aletheia n°145 - 6 août 2009


Le statut canonique de la Fraternité Saint-Pie X, de ses évêques et de ses prêtres - par Yves Chiron

La note de la Secrétairerie d’État, en date du 4 février 2009, qui a suivi la levée de l’excommunication des quatre évêques de la FSPX, précisait :

La levée de l’excommunication a libéré les quatre évêques d’une peine canonique gravissime, mais elle n’a pas changé la situation juridique de la Fraternité Saint-Pie X, qui, au moment présent, ne jouit d’aucune reconnaissance canonique dans l’Église catholique. Les quatre évêques, bien que libérés de l’excommunication, n’ont pas de fonction canonique dans l’Église et n’exercent pas de ministère licite en son sein.

Le 10 mars suivant, dans sa Lettre aux évêques de l’Église catholique sur la levée de l’excommunication, Benoît XVI expliquait les raisons doctrinales de la situation canonique actuelle de la FSSPX :

La levée de l’excommunication était une mesure de la discipline ecclésiastique : les personnes étaient libérées du poids de conscience que constitue la punition ecclésiastique la plus grave. Il faut distinguer ce niveau disciplinaire du domaine doctrinal. Le fait que la Fraternité Saint-Pie X n’ait pas de position canonique dans l’Église, ne se base pas en fin de compte sur des raisons disciplinaires mais doctrinales. Tant que la Fraternité n’a pas une position canonique dans l’Église, ses ministres non plus n'exercent pas de ministères légitimes dans l'Église [...]. tant que les questions concernant la doctrine ne sont pas éclaircies, la Fraternité n’a aucun statut canonique dans l’Église, et ses ministres – même s’ils ont été libérés de la punition ecclésiastique – n'exercent de façon légitime aucun ministère dans l'Église.

La pleine communion de la FSSPX avec le Saint-Siège n’a pas encore été retrouvée. La levée de l’excommunication a été, de la part de Benoît XVI, un geste de miséricorde et le début d’un processus dont le but n’est pas encore atteint : « inviter encore une fois les quatre Évêques au retour » (Lettre du 12 mars 2009).

La FSPX reste, aujourd’hui encore, dans une situation canonique anormale, ou anomique si l’on veut. Cette position a été rappelée, à quelques jours des ordinations prévues à Écône, par un communiqué du Saint-Siège, le 17 juin dernier, qui concluait : Ces ordinations doivent donc être considérées également comme illégitimes.

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Un article de L’Année canonique

L’Année canonique est la principale revue française de droit canonique. Elle est publiée sous les auspices de la Société internationale de droit canonique et de législations religieuses comparées et de la Faculté de droit canonique de Paris. Son dernier numéro contient un article de Philippe Toxé, doyen honoraire de cette Faculté, consacré à « La levée des excommunications de quatre évêques de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X »[1]. Cet article de treize pages procède de manière méthodique : il analyse d’abord le décret de remise de peine du 21 janvier, puis il en montre la portée.

On ne reprendra pas toutes les analyses de l’auteur, qui s’en tient strictement au plan canonique. Il rappelle que le décret du 21 janvier 2009 « ne concerne que les fidèles pour qui il est porté, et que la peine mentionnée. Il ne faut donc pas lui faire produire des effets juridiques au-delà ou lui demander de résoudre d’autres questions ».

Les évêques de la FSSPX, s’ils sont relevés de l’excommunication, ne sont pas encore en communion complète avec le Saint-Siège : « ces quatre évêques n’ont pas de mission canonique, n’ayant ni office ecclésiastique de nature épiscopale, comme un office diocésain, ni titre in partibus. Ce n’est que dans la mesure où ils recevront un tel titre ou office qui manifestera leur mission canonique en communion avec le siège apostolique qu’ils seront membres du collège épiscopal de l’Église catholique. »

Sans même parler du statut canonique de la FSSPX en général, la situation canonique des prêtres de la FSSPX reste, elle aussi, non résolue. Le décret du 21 janvier n’a pas modifié leur statut personnel : « Salvo meliori iudicio, il semble raisonnable de penser que le plus grand nombre de ces clercs a encouru deux censures : l’excommunication latae sententiae dès lors qu’ils ont adhéré au schisme et la suspense a divinis ipso facto, dès lors qu’ils ont été ordonnés sans dimissoriales d’un ordinaire légitime ».

Cette suspense ne les empêche pas de recevoir les sacrements, « mais leur interdit d’exercer le pouvoir d’ordre et de juridiction ». Leur statut personnel reste à déterminer et leur situation canonique est encore en attente de régularisation.

Ce que ne dit pas l’article, ce sont les accommodements avec le droit canon qui ont été trouvés, avant le décret du 21 janvier, et encore plus depuis le décret du 21 janvier.

Tout le monde se souvient du pèlerinage que la FSSPX, ses quatre évêques en tête, a pu faire dans les basiliques majeures de Rome à l’occasion du Jubilé de l’an 2000. L’abbé de La Rocque écrivait ensuite dans la Lettre à nos frères prêtres (n° 7, sept. 2000) : « Le quinze août de l’an deux mille, en la fête de l’Assomption de la Très sainte Vierge Marie, notre Supérieur Général, Son Excellence Monseigneur Bernard Fellay, put célébrer une messe chantée en la Basilique Sainte-Marie-Majeure ».

L’information était fausse. Mgr Fellay n’avait pas obtenu de pouvoir célébrer la messe dans la basilique. C’est en plein air, sur le Colle Oppio, qu’il a dû la célébrer. En revanche, en cette année jubilaire, nombre de sanctuaires et d’églises se sont ouverts, en France et ailleurs, aux prêtres de la FSSPX. Depuis, au cas par cas, selon la générosité des curés, recteurs et évêques diocésains, des permissions ont été accordées et sont accordées, en nombre toujours plus grand, pour des messes de pèlerinage, ou des mariages ou d’autres cérémonies religieuses. Avec, parfois, des restrictions ou des vexations.

Outre les solutions institutionnelles et canoniques encore à trouver pour la FSSPX, ses évêques et ses prêtres, il reste encore, bien souvent, une conversion des cœurs, de part et d’autre, à opérer.

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NOTE

[1] Le numéro où paraît l’article est le 49, année 2007. Comme toutes les revues scientifiques ou universitaires, L’Année canonique paraît en retard. Ce tome XLIX (566 pages) a été imprimé en juin 2009 pour les éditions Letouzey et Ané (87 boulevard Raspail, 75006 Paris).

[Max Barret / Courrier de Tychique n°297] Ennemi public n°1

SOURCE - Max Barret - 9 aout 2009


Dimanche 9 août 2009

Xième Dimanche après la Pentecôte

J’offre à Dieu les terribles souffrances morales qui me sont causées. Je pardonne à tous ceux qui me les infligent. Je prie pour que Dieu les éclaire, et je remercie du fond du coeur tous ceux qui m’accordent leur soutien dans ces moments difficiles.


Ennemi public n° 1

De chauffeur, d’hôte, d’ami intime et de confident de Mgr Lefebvre, voici que le rédacteur de ce « Courrier » est devenu l’ennemi public de l’oeuvre fondée par celui qui lui accordait une confiance totale, au point de décacheter, sous ses yeux, à la table familiale, une lettre reçue du Vatican, de la lire, de la lui faire lire, et même de l’autoriser à en prendre des photos…

Qu’en est-il ?

L’auteur de ce « Courrier » est accusé par M. l’abbé de Cacqueray, de « porter publiquement des jugements sur la Fraternité » ! Et alors ? Je ne vois pas pourquoi je serais déclaré répréhensible pour autant ! Depuis quand les fidèles de la Tradition qui fréquentent les chapelles de la FSSP X n’auraient que le droit de payer et le devoir de se taire ? Il est vrai que j’ai critiqué l’enthousiasme suscité et imposé dans les chapelles par la « libération de la messe » puis par la « levée des excommunications ». Qu’il me soit permis de rappeler, tout d’abord, que les écrits, ouvrages et autres publications d’un laïc ne sont soumis à aucune censure ecclésiastique, sauf s’ils portent atteinte aux moeurs et à la foi. Est-ce le cas de mes écrits ?... Voyons cela :

La libération de la messe tridentine. Tout le monde sait que la messe dite de St Pie V n’était pas interdite et ne l’avait jamais été. Il n’y avait donc nul besoin d’en demander la libéralisation. De nombreux prétextes ont été invoqués pour le faire cependant. Or, qu’a-t’on obtenu ? La reconnaissance qu’effectivement elle n’avait jamais été abrogée – pouvait-il en être autrement – mais, en contre partie, son rabaissement au rang d’ « extraordinaire » ! La messe « dite de St Pie V » qui reste la seule, l’unique, la vraie messe n’est donc plus, depuis la publication du fameux « Motu proprio », qu’occasionnelle, concédée, bien en dessous de l’« ordinaire », cette « messe bâtarde » étant confirmée dans sa suprématie ! Où est la victoire ?... Une telle « entourloupette » conciliaire, habilement ficelée, valait-elle un « Te Deum » et … le champagne ? On dira, on a déjà dit, que cette mesure allait ouvrir les églises à la célébration de ce rite « extraordinaire ». C’est vrai. Au moins dans quelques diocèses ! Pourquoi le nier ? Et après ?... Si les célébrants conciliaires savaient tout le parti qu’ils peuvent tirer d’une telle concession, c’est chaque dimanche qu’ils célébreraient une « messe en latin », car de nombreux fidèles, sensibles à la liturgie traditionnelle, y assisteraient – peu importe d’ailleurs que ce soit dans le rite « ordinaire » ou « extraordinaire », pourvu que ce soit digne et en latin – et goberaient les enseignements oecuméniques modernistes et mondialistes que les prêtres leur asséneraient joyeusement !... Oui : où est la victoire ?

La levée des excommunications.

Si je lis le texte du décret levant les excommunications (Zenit.org – 24 janvier 2009) voici deux passages qui m’ont inquiété et je ne suis pas le seul : « Dans une lettre adressée, le 15 décembre 2008, à son éminence le cardinal Dario Castrillon Hoyos, Mgr Bernard Fellay, au nom des trois autres évêques consacrés le 30 juin 1988, sollicitait de nouveau la levée de l’excommunication « latae sententiae » déclarée officiellement par le Décret du Préfet de la Congrégation pour les évêques publié le 1ier juillet 1988 » C’est le premier passage. Voici le deuxième : « En vertu des facultés qui m’ont expressément été accordées par le Saint Père Benoît XVI, en vertu du présent décret, je remets aux évêques (suivent leurs noms) la levée de l’excommunication décrétée par cette Congrégation le 1ier juillet 1988, et je déclare privé d’effet juridique, à partir l’excommunication décrétée par cette Congrégation le 1ier juillet 1988, et je déclare privé d’effet juridique, à partir de ce jour, le Décret émis à l’époque ».

Le décret officiel publié le 1ier juillet 1988, excommuniant les quatre évêques, n’a donc pas été annulé, ni retiré. Et, officiellement, les quatre évêques ont donc bel et bien été excommuniés, alors que la Fraternité éditait une brochure « Ni schismatiques, ni excommuniés » ! C’est tellement vrai que le cardinal Giovanni Battista Re, qui a signé le décret, en sa qualité de préfet de la Congrégation pour les Evêques, tient à préciser : « Je déclare privé d’effet juridique (le décret d’excommunication) à partir de ce jour » Par conséquent, jusqu’au 21 janvier 2009, les quatre évêques ont été excommuniés officiellement, avec toutes les conséquences qui en découlent ! C’est grave ! Si j’interprète mal, il faut le dire.

Ecrire et publier ces réflexions est-ce propager « des propos suspicieux et calomnieux qui peuplent les lignes » de ce « Courrier » ?

Mais pourquoi le Père Antoine ?

Que le Père Antoine ne partage pas mes opinions, qu’il les condamne même, pourquoi pas ? Mais pourquoi cesser de desservir notre chapelle pour un seul personnage, aussi condamnable soit-il à ses yeux, alors que bon nombre de fidèles ne lisent jamais le « Courrier de Tychique », certains étant même en désaccord avec ses jugements ! Alors … Pourquoi priver ces fidèles du ministère des Pères qu’ils apprécient depuis des années ? Ils ne comprennent pas ! Ils ne voient pas le rapport ! Il y a là un grand mystère !... Pourquoi, aussi, écrit-il que « cette lettre n’est cautionnée ni approuvée par aucun prêtre de la Tradition »… alors que c’est faux ! Aucun prêtre ?... Mais si mon Père : un certain nombre que je pourrais citer si je ne m’étais pas engagé à respecter leur anonymat ! Et même un des quatre évêques de la FSSP X ! Il est abonné à ce maudit « Courrier » depuis longtemps et il m’a écrit le 2 août 2008 – il y a donc tout juste un an : « Priez, oui, et ramez avec le bulletin auprès de ceux qui sont capables d’entendre, et vous aurez fait tout ce qui est en votre pouvoir pour contribuer à former un corps de résistance qui jusqu’ici n’a pas été contourné et qui, de façon ou d’autre, s’avérera incontournable tant qu’on reste dans la vérité » ! Vous le savez bien, je vous ai adressé la photocopie de ce message ! Alors pourquoi, oui, pourquoi ? …

Approuvé et encouragé par l’un des quatre évêques de la Fraterrnité… mais condamné par un Supérieur de District et le Père gardien d’un couvent franciscain….Ça fait plutôt désordre ! Qui commande ? D’où cette réflexion d’un abbé de la FSSP X dont je tairais le nom parce qu’il est très connu : « Avant de vouloir mettre de l’ordre dans l’Eglise, on ferait peut-être bien d’en mettre dans la Fraternité ! »

Mais si le Père Antoine réagit aussi violemment, fulminant sa condamnation sur un support médiatique mondial, alors que mon « Courrier » ne touche, tout au plus, que quelques centaines de lecteurs, c’est qu’il ya des souvenirs qui ne peuvent s’effacer et qui, aujourd’hui, deviennent gênants… Mon épouse et moi-même avons été les premiers fidèles à assister à la première messe dominicale célébrée par le bon Père Eugène, à Verjon (Ain) dans une maison privée (octobre 1972). Nous n’étions que quatre fidèles ! Notre apostolat a fait le reste et quelques années plus tard, nous avons été si nombreux que, malgré la défense faite par le Père Eugène de faire connaître cette messe, il a dû nous demander de le quitter, ne pouvant plus se consacrer, comme il le voulait, à la formation de ses postulants. Et il a alors déclaré au cours d’une mémorable messe d’adieu (octobre 1980) : « Allez-vous en ! Vous m’êtes précieux mais vous m’êtes devenu un fardeau trop lourd. Fondez une association, suivez M. Barret : il y a deux ans que je lui en parle ! Suivez-le, ne vous divisez pas ! » (Je possède l’enregistrement de ce sermon. Les Capucins aussi.) Il m’adoubait ainsi comme chevalier d’un « corps de résistance », une sorte de chef d’escadron en somme ! Je présume que le Père Eugène n’avait pas donné cette consigne sans réflexion. Il connaissait la « bête ». Il l’avait testée et jugée depuis huit ans… Il savait que l’animal était rétif ! En somme, que c’était un combattant !... Alors, quand il a pris la décision de quitter Verjon, j’ai tout fait pour qu’il ne s’éloigne pas de nous : il avait projeté de partir dans l’Indre ! On peut dire que j’ai remué ciel et terre pour qu’il reste dans la région. Nous avons visité plusieurs propriétés ensemble. Et lorsqu’un agent immobilier (Mme Gendron !) m’a parlé de Morgon, je m’y suis aussitôt rendu (1983). On connaît la suite … J’ai fait la même chose pour l’école de Cressia !... Eh oui : c’est encore moi ! Plus tard, c’est Mgr Lefebvre, lui-même, qui me confiait la même tâche : « Il faut toujours veiller au grain ! Heureusement qu’il y a des vigies comme vous ! » (Lettre manuscrite du 7 mars 1990 : un an avant sa mort) ! Quant à l’école St Jean Bosco, actuellement à Marlieux, j’ai pu obtenir un don de 300 000 frs pour sa fondation (1983) somme qui, d’après les indices officiels que chacun peut vérifier, correspondrait aujourd’hui à 549.000 frs soit environ 83.000 € ! Sans cet apport l’école n’aurait pas pu survivre …Pour mémoire, je cite aussi le vaste ensemble immobilier de Châtillon, acheté, aménagé transformé… puis offert à la Fraternité… qui semble l’avoir oublié ! Dommage !... C’est pourquoi je pense continuer à m’en tenir aux consignes données par deux des plus grands combattants de la guerre anti-moderniste… Elles semblent avoir porté leurs fruits.

Que Dieu veuille bien me permettre de poursuivre, tant qu’il le voudra, l’oeuvre entreprise il y a une quarantaine d’années (1967 date de départ de notre paroisse) !

7 août 2009

[Présent] "Veilleurs dans la nuit" - Journée monastique à Ste Madeleine du Barroux

SOURCE - 7 aout 2009 - Présent daté du 8 août 2009 - Olivier Figuéras - mis en ligne par unavoce.fr

“Veilleurs dans la nuit” - Une journée monastique à l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux

Nous vous le signalions le 9 juillet dernier (et le lendemain également) à propos de l’émission Dieu merci !, diffusée sur Direct 8 le 10 juillet dernier (et rediffusée le 13) : l’abbaye Sainte-Madeleine du Barroux dispose désormais d’un DVD, Veilleurs dans la nuit, un documentaire d’à peine une heure, réalisé par « les films de l’Effronté », qui permet à tout un chacun de suivre une journée monastique, au gré des heures liturgiques et des travaux du jour. Mais aussi de connaître un peu les origines très diverses de ces hommes comme les autres, qui se sont retranchés du monde pour se donner tout entiers à la louange de Dieu. Sept fois le jour ; et au milieu de la nuit. Origines très diverses : Dieu n’est pas réservé à une élite ; il s’est fait, définitivement, dans sa création, tout à tous. Et il a renouvelé cette promesse dans l’incarnation, et plus spécialement sur le bois de la croix.

La journée commence à 3 h 30, avec l’office de Matines – et la voix profonde du narrateur, Michael Lonsdale – qui nous transporte à l’instant dans le monde monastique : un monde sans frontières temporelles, intact, tel que saint Benoît l’a édifié il y a plus de quinze siècles… Elle se termine au coucher du soleil (du moins quand l’été n’est point trop avancé…) par la tendre prière et l’ombre complice des complies. Dans l’abandon simple à la Vierge, entre les mains de laquelle tout repose.

Qu’est-ce qu’un moine ? A ceux qui se posent la question – qui est aussi celle de l’abandon à Dieu – ce film apportera sinon une réponse, du moins l’amorce d’une voie sur laquelle, tel Saul sur le chemin de Damas, ils pourront trouver une réponse.

A ceux qui croient connaître la réponse, il rappellera que celle-ci est un don, qui se doit d’être vécu chaque jour pour n’être point oublié…

Dom Gérard, le fondateur du Barroux, précisait : « Les moines ont fait l’Europe mais ils ne l’ont pas fait exprès. Leur aventure est d’abord une aventure intérieure, dont l’unique mobile est la soif d’absolu, la soif d’un autre monde. Avant d’être des académies de science et des carrefours de civilisations, les monastères sont le rappel obstiné, intraitable, qu’il existe un autre monde, dont celui-ci n’est que l’image, qu’il annonce et qu’il préfigure. »

Cette porte ouverte sur la vérité – que Dom Gérard a désormais franchie – nous montre l’impuissance des mots à répondre à cette simple question ; des mots qui manqueraient plutôt de nous cacher la réalité qu’est le Verbe…

Alors, au-delà des quelques mots indispensables, il convient de se plonger dans cette harmonie, faite d’images surperbes et de la splendeur grégorienne. Afin de saisir, à défaut de comprendre, la réalité que ces hommes de Dieu sont venus chercher dans cet abandon à Dieu.

Profitez-en ! C’est plus qu’une journée “portes ouvertes” ; une retraite dans le mystère de la vie consacrée à Dieu, dans la beauté liturgique ; une fenêtre ouverte sur l’au-delà…

Veilleurs dans la nuit, 52 mn + bonus, un film d’Eddy Vicken et Yvon Bertorello ; sous-titrages en anglais, allemand, italien et espagnol (ainsi que français pour malentendants).

OLIVIER FIGUERAS

6 août 2009

[Aletheia n°145] Le statut canonique de la Fraternité Saint-Pie X, de ses évêques et de ses prêtres - par Yves Chiron

Aletheia n°145 - 6 août 2009

Le statut canonique de la Fraternité Saint-Pie X, de ses évêques et de ses prêtres - par Yves Chiron

La note de la Secrétairerie d’État, en date du 4 février 2009, qui a suivi la levée de l’excommunication des quatre évêques de la FSPX, précisait :

La levée de l’excommunication a libéré les quatre évêques d’une peine canonique gravissime, mais elle n’a pas changé la situation juridique de la Fraternité Saint-Pie X, qui, au moment présent, ne jouit d’aucune reconnaissance canonique dans l’Église catholique. Les quatre évêques, bien que libérés de l’excommunication, n’ont pas de fonction canonique dans l’Église et n’exercent pas de ministère licite en son sein.

Le 10 mars suivant, dans sa Lettre aux évêques de l’Église catholique sur la levée de l’excommunication, Benoît XVI expliquait les raisons doctrinales de la situation canonique actuelle de la FSSPX :

La levée de l’excommunication était une mesure de la discipline ecclésiastique : les personnes étaient libérées du poids de conscience que constitue la punition ecclésiastique la plus grave. Il faut distinguer ce niveau disciplinaire du domaine doctrinal. Le fait que la Fraternité Saint-Pie X n’ait pas de position canonique dans l’Église, ne se base pas en fin de compte sur des raisons disciplinaires mais doctrinales. Tant que la Fraternité n’a pas une position canonique dans l’Église, ses ministres non plus n'exercent pas de ministères légitimes dans l'Église [...]. tant que les questions concernant la doctrine ne sont pas éclaircies, la Fraternité n’a aucun statut canonique dans l’Église, et ses ministres – même s’ils ont été libérés de la punition ecclésiastique – n'exercent de façon légitime aucun ministère dans l'Église.

La pleine communion de la FSSPX avec le Saint-Siège n’a pas encore été retrouvée. La levée de l’excommunication a été, de la part de Benoît XVI, un geste de miséricorde et le début d’un processus dont le but n’est pas encore atteint : « inviter encore une fois les quatre Évêques au retour » (Lettre du 12 mars 2009).

La FSPX reste, aujourd’hui encore, dans une situation canonique anormale, ou anomique si l’on veut. Cette position a été rappelée, à quelques jours des ordinations prévues à Écône, par un communiqué du Saint-Siège, le 17 juin dernier, qui concluait : Ces ordinations doivent donc être considérées également comme illégitimes.

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Un article de L’Année canonique

L’Année canonique est la principale revue française de droit canonique. Elle est publiée sous les auspices de la Société internationale de droit canonique et de législations religieuses comparées et de la Faculté de droit canonique de Paris. Son dernier numéro contient un article de Philippe Toxé, doyen honoraire de cette Faculté, consacré à « La levée des excommunications de quatre évêques de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X »[1]. Cet article de treize pages procède de manière méthodique : il analyse d’abord le décret de remise de peine du 21 janvier, puis il en montre la portée.

On ne reprendra pas toutes les analyses de l’auteur, qui s’en tient strictement au plan canonique. Il rappelle que le décret du 21 janvier 2009 « ne concerne que les fidèles pour qui il est porté, et que la peine mentionnée. Il ne faut donc pas lui faire produire des effets juridiques au-delà ou lui demander de résoudre d’autres questions ».

Les évêques de la FSSPX, s’ils sont relevés de l’excommunication, ne sont pas encore en communion complète avec le Saint-Siège : « ces quatre évêques n’ont pas de mission canonique, n’ayant ni office ecclésiastique de nature épiscopale, comme un office diocésain, ni titre in partibus. Ce n’est que dans la mesure où ils recevront un tel titre ou office qui manifestera leur mission canonique en communion avec le siège apostolique qu’ils seront membres du collège épiscopal de l’Église catholique. »

Sans même parler du statut canonique de la FSSPX en général, la situation canonique des prêtres de la FSSPX reste, elle aussi, non résolue. Le décret du 21 janvier n’a pas modifié leur statut personnel : « Salvo meliori iudicio, il semble raisonnable de penser que le plus grand nombre de ces clercs a encouru deux censures : l’excommunication latae sententiae dès lors qu’ils ont adhéré au schisme et la suspense a divinis ipso facto, dès lors qu’ils ont été ordonnés sans dimissoriales d’un ordinaire légitime ».

Cette suspense ne les empêche pas de recevoir les sacrements, « mais leur interdit d’exercer le pouvoir d’ordre et de juridiction ». Leur statut personnel reste à déterminer et leur situation canonique est encore en attente de régularisation.

Ce que ne dit pas l’article, ce sont les accommodements avec le droit canon qui ont été trouvés, avant le décret du 21 janvier, et encore plus depuis le décret du 21 janvier.

Tout le monde se souvient du pèlerinage que la FSSPX, ses quatre évêques en tête, a pu faire dans les basiliques majeures de Rome à l’occasion du Jubilé de l’an 2000. L’abbé de La Rocque écrivait ensuite dans la Lettre à nos frères prêtres (n° 7, sept. 2000) : « Le quinze août de l’an deux mille, en la fête de l’Assomption de la Très sainte Vierge Marie, notre Supérieur Général, Son Excellence Monseigneur Bernard Fellay, put célébrer une messe chantée en la Basilique Sainte-Marie-Majeure ».

L’information était fausse. Mgr Fellay n’avait pas obtenu de pouvoir célébrer la messe dans la basilique. C’est en plein air, sur le Colle Oppio, qu’il a dû la célébrer. En revanche, en cette année jubilaire, nombre de sanctuaires et d’églises se sont ouverts, en France et ailleurs, aux prêtres de la FSSPX. Depuis, au cas par cas, selon la générosité des curés, recteurs et évêques diocésains, des permissions ont été accordées et sont accordées, en nombre toujours plus grand, pour des messes de pèlerinage, ou des mariages ou d’autres cérémonies religieuses. Avec, parfois, des restrictions ou des vexations.

Outre les solutions institutionnelles et canoniques encore à trouver pour la FSSPX, ses évêques et ses prêtres, il reste encore, bien souvent, une conversion des cœurs, de part et d’autre, à opérer.

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NOTE

[1] Le numéro où paraît l’article est le 49, année 2007. Comme toutes les revues scientifiques ou universitaires, L’Année canonique paraît en retard. Ce tome XLIX (566 pages) a été imprimé en juin 2009 pour les éditions Letouzey et Ané (87 boulevard Raspail, 75006 Paris).

3 août 2009

[DICI] sur "Motu Proprio Ecclesiae unitatem"

SOURCE - 3 août 2009


Le 8 juillet, conformément à ce qu’il avait annoncé dans sa lettre du 10 mars 2009 aux évêques du monde entier, Benoît XVI a publié le Motu Proprio Ecclesiae unitatem par lequel il rattache la Commission Ecclesia Dei à la Congrégation pour la doctrine de la foi : « Précisément parce que les problèmes qui doivent maintenant être traités avec la Fraternité Saint-Pie X sont de nature essentiellement doctrinale, j’ai décidé – 21 ans après le Motu Proprio Ecclesia Dei, et conformément à ce que je comptais faire – de revoir la structure de la Commission Ecclesia Dei, en la reliant de manière étroite avec la Congrégation pour la doctrine de la foi », a annoncé le pape.

Dans la nouvelle configuration de la Commission pontificale Ecclesia Dei, « le président de la Commission est le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi ». « La Commission a son propre organigramme composé du secrétaire et d’officials ». En outre, « il incombera au président, aidé par le secrétaire, de soumettre les cas et les questions à caractère doctrinal à l’étude et au discernement des instances ordinaires de la Congrégation pour la doctrine de la foi, mais aussi d’en soumettre les résultats aux dispositions supérieures du souverain pontife ». Tant que les questions doctrinales « ne seront pas éclaircies, la Fraternité n’a pas de statut canonique dans l’Eglise et ses ministres ne peuvent exercer aucun ministère de manière légitime », a précisé le pape.

Peu avant la publication du Motu Proprio, le Bureau de presse du Saint-Siège avait annoncé que le cardinal William Joseph Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, prenait la place du cardinal Dario Castrillon Hoyos, « arrivé au terme de son service comme président de la Commission pontificale Ecclesia Dei ». Mgr Guido Pozzo occupera le poste de secrétaire de la Commission, laissé vacant depuis la mort de Mgr Mario Marini en mai dernier. Enfin, dans un communiqué accompagnant le document pontifical, le cardinal Levada a annoncé le départ du vice-président de la Commission Ecclesia Dei, Mgr Camille Perl, « après de nombreuses années de service ».

Dans un communiqué, le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux et membre de la Commission Ecclesia Dei, a présenté ainsi le document romain : « Il ne fournit pas d’informations absolument inédites puisque son contenu avait été déjà en grande partie dévoilé par le Saint-Père dans sa lettre aux évêques du monde entier du 10 mars dernier ». Il restructure ainsi la Commission pontificale Ecclesia Dei, qui demeure mais est désormais rattachée plus étroitement à la Congrégation pour la doctrine de la foi. Le cardinal Ricard rappelle que cette Congrégation donne son avis sur les questions dont elle a à se saisir et que cet avis est toujours soumis au pape pour décision. Et d’ajouter : « Le pape sait que les vraies difficultés sont d’ordre doctrinal et qu’une véritable communion dans l’Eglise ne saurait s’établir sur des ambiguïtés ou un flou doctrinal ». – Cette nécessité reconnue de discussions doctrinales est le point fondamental du Motu Proprio. La tâche de la Commission Ecclesia Dei – rappelée au n°2 du document romain – qui consistait depuis 1988 à donner un statut canonique aux prêtres ayant quitté la Fraternité fondée par Mgr Lefebvre, ne comprenait pas ces discussions théologiques préalables, absolument indispensables aux yeux de la Fraternité Saint Pie X. (Voir le texte intégral du Motu Proprio Ecclesiae unitatem dans nos Documents)

L’agence Apic note au passage : « S’il revient largement sur les rapports avec la Fraternité Saint-Pie X, le Motu Proprio Ecclesiae Unitatem n’évoque pas le sort des autres instituts qui dépendent de la Commission Ecclesia Dei, telles que la Fraternité Saint-Pierre, l’Institut du Bon Pasteur ou encore la fraternité brésilienne Saint-Jean-Marie-Vianney, du diocèse de Campos ». (Sources : Apic/Imedia/sources privées)