25 août 2009

[Le Nouvelliste] Célébrer la messe “tourné vers le Seigneur” ou face au peuple?

SOURCE - Vincent Pellegrini - 25 aout 2009


Je vois que le sujet de la messe célébrée tournée vers le Seigneur ou “ad orientem” (à l’Est)-(dos au peuple) suscite sur ce blog un débat intéressant. Pour décrisper ce débat, je reviendrai donc sur des extraits d’un texte que j’ai publié sur ce blog le 14 janvier 2008:

Dans un livre publié en 2004 en anglais (et en 2006 en français par la maison d’édition “Ad solem”) et consacré à l’orientation de la prière liturgique*, celui qui était alors le cardinal Joseph Ratzinger écrivait en préface:

“Pour le catholique pratiquant ordinaire, les changements les plus patents de la réforme liturgique du second concile du Vatican semblent tenir en deux points: la disparition du latin, et le fait d’avoir tourné les autels vers le peuple. Ceux qui liront les documents de référence seront surpris de constater qu’en vérité ni l’un ni l’autre ne se trouve dans les décrets du concile. (…) Il n’y a rien dans le document conciliaire qui concerne le fait de tourner les autels vers le peuple; ce point n’apparaît que dans les instructions post-conciliaires.”
Le cardinal Ratzinger cite ensuite les textes (directives) disant qu’il est “préférable” et “souhaitable” de célébrer vers le peuple, mais ajoute que “cela n’implique aucune obligation” et que ce “n’est qu’une simple suggestion” comme l’a précisé le 25 septembre 2000 la Congrégation pour le culte divin. Joseph Ratzinger ajoute (la préface du livre a été signée en 2003):

“L’orientation physique, dit la Congrégation, doit être distinguée de l’orientation spirituelle. Même s’il célèbre vers le peuple, le prêtre devrait toujours être orienté vers Dieu par Jésus-Christ. Rites, signes, symboles et paroles jamais ne pourront épuiser la réalité intérieure du mystère du salut. Voilà pourquoi la Congrégation met en garde contre toute position unilatérale et rigide dans ce débat.”
Le pape, qui a d’ailleurs déjà célébré par exemple en janvier 2008 “tourné vers le Seigneur”, ajoute notamment dans la préface du livre précité:
“Cet ouvrage récapitule un débat, qui, en dépit des apparences, n’a jamais été conclu, pas même après le deuxième concile du Vatican. Le liturgiste d’Innsbruck Josef Andreas Jungmann, l’un des architectes de la Constitution conciliaire sur la sainte Liturgie, s’est résolument opposé, dès le tout début, au slogan polémique selon lequel auparavant le prêtre célébrait en tournant le dos au peuple; il souligne avec force que le point à considérer n’est pas que le prêtre se détournait des fidèles, mais au contraire qu’il se tournait dans la même direction qu’eux. La liturgie de la Parole revêt le caractère de la proclamation et du dialogue: adresses et répons lui appartiennent à juste titre. Mais dans la liturgie de l’Eucharistie, le prêtre conduit l’assemblée en prière en direction du Seigneur vers qui il se tourne avec elle. C’est pourquoi, dit Jungmann, la direction commune du prêtre et du peuple est si intrinsèquement adaptée à l’acte liturgique. Louis Boyer (qui fut comme Jungmann l’un des liturgistes artisans du Concile) et Klaus Gamber ont l’un et l’autre, chacun à sa manière, traité de cette même question. En dépit de leur grande renommée, il ne leur fut d’abord pas possible de faire entendre leur voix, si forte et insistante était la tendance à communaliser la célébration liturgique, qui poussait à considérer dès lors le face à face du prêtre et des fidèles comme une absolue nécessité. Ces derniers temps, l’atmosphère s’est peu à peu apaisée…”

J’ai parlé aussi sur ce blog le 21 août de Mgr Slattery, évêque de Tulsa (Etats-Unis) qui célèbre désormais la messe dans sa cathédrale tourné vers le Seigneur. Voici ce qu’il dit notamment dans un long texte auquel renvoie un lien hypertexte de mon article du 21 août:

“Depuis les temps anciens, la position du prêtre et du peuple reflétait cette idée de la Messe, puisque le peuple priait, était debout ou à genou à l’endroit qui, visiblement, correspond au Corps de Notre Seigneur, tandis que le prêtre à l’autel se tenait à la tête comme Tête. Nous formions tout le corps du Christ – Tête et membres – à la fois sacramentellement par le baptême et visiblement par notre situation et notre attitude. De manière tout aussi importante, chacun – célébrant ou assemblée – regardait dans la même direction puisqu’ils étaient un seul dans le Christ pour l’offrande au Père du sacrifice du Christ, unique, non répétable et acceptable. Quand nous étudions les plus anciennes pratiques liturgiques de l’Église, nous découvrons que le prêtre et le peuple faisaient face à la même direction, généralement l’Est, dans l’attente du retour du Christ puisqu’Il reviendra “de l’Orient”. À la Messe, l’Église veille en attendant ce retour. Cette position unique est dite ad orientem, ce qui signifie simplement “tourné vers l’Est”. Prêtre et peuple célébrant la Messe ad orientem fut la norme liturgique pendant près de dix-huit siècles. Il devait y avoir de solides raisons pour que l’Église ait maintenu pendant si longtemps cette norme. Et il y en avait ! (…) Bien avant son élection comme successeur de saint Pierre, le pape Benoît XVI nous a vivement conseillé de faire appel à l’ancienne pratique liturgique de l’Église afin de retrouver un culte plus authentiquement catholique. C’est pour cette raison que j’ai rétabli la vénérable disposition ad orientem quand je célèbre la Messe à la cathédrale. Ce changement ne doit pas être mal interprété, comme : “l’évêque tourne le dos aux fidèles”, ou comme un manque d’égards envers les fidèles voire une hostilité qui seraient miens. De telles interprétations montrent que l’on n’a pas compris qu’en faisant face à la même direction, la position du célébrant et celle de l’assemblée rendent explicite le fait que nous cheminons tous ensemble vers Dieu. Le prêtre et le peuple sont ensemble dans ce pèlerinage. Ce serait aussi une idée erronée que de considérer cette retrouvaille d’une ancienne tradition comme un pur retour en arrière. Le pape Benoît XVI répète constamment qu’il est important de célébrer la Messe ad orientem, mais son intention n’est pas d’encourager les célébrants à devenir des “antiquaires de la liturgie”. Tout au contraire, Sa Sainteté veut que nous redécouvrions ce qui sous-tend cette ancienne tradition et l’a rendu pérenne pendant tant de siècles, à savoir que l’Église comprend que la célébration de la Messe est d’abord et essentiellement le culte que le Christ offre à son Père. »

24 août 2009

[Paix Liturgique] Pourquoi tant d'aveuglement dans le diocèse de Versailles?

SOURCE - Lettre de Paix Liturgique n°192 - 24 août 2009
Loin de s'apaiser, la marée calme mais montante des demandes de célébration de messes selon la forme extraordinaire dans le diocèse de Versailles se transforme peu à peu en véritable lame de fond qui déstabilise les autorités du diocèse.

Plus que jamais il y a une distorsion entre le discours officiel et les réalités de terrain.

Nous reproduisons ci-dessous l'intervention orale du Père Olivier Leborgne, Vicaire Général du diocèse de Versailles, lors du colloque organisé le dimanche 28 septembre 2008 au Palais des Congrès de Versailles par un groupe de fidèles attachés au développement de la forme extraordinaire.

Ce texte vieux de presque un an n’a pas pris une ride...
Mesdames, Messieurs, Chers Pères,

Permettez-moi de vous saluer. C’est donc au nom de Monseigneur Aumonier que je suis présent parmi vous et que je vous adresse ces quelques mots. Cette rencontre étant organisée dans la ville de Versailles, l’évêque du lieu désire ainsi manifester son intérêt pour tous ceux qui y participent et je remercie donc les organisateurs de cette rencontre de m’avoir permis de prendre la parole devant vous.

Les mots de l’Apôtre des Nations que nous entendions dans la liturgie de ce jour, selon la forme ordinaire du rite, me paraissent tout-à-fait adaptés à ce que j’ai compris de l’esprit de cette rencontre et je me permets de vous les relire : « Frères, s’il est vrai que dans le Christ on se réconforte les uns les autres, si l’on s’encourage dans l’amour, si l’on a de la tendresse et de la pitié, alors, pour que ma joie soit complète, ayez le même amour, le même sentiment. Recherchez l’unité. Ne soyez jamais intrigants ni vantards, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun ne soit pas préoccupé de lui-même mais aussi des autres. Ayez entre vous les mêmes sentiments que l’on doit avoir dans le Christ Jésus ». Et suit la magnifique hymne aux Philippiens, que, malheureusement je ne prends pas le temps de citer. Cette rencontre a pour objet d’évoquer la mise en œuvre en France du Motu proprio Summorum pontificum donné par Benoît XVI le 7 juillet 2007. Je me bornerai pour ma part à vous livrer quelques éléments concernant cette mise en œuvre dans le diocèse de Versailles et à évoquer quelques questions qui peuvent y être liées.

A l’heure où à été rendu public le Motu proprio du Saint-Père, le diocèse de Versailles vivait déjà une application généreuse du Motu Proprio Ecclesia Dei Afflicta, puisque dans 3 lieux, non seulement la messe selon ce que nous appelons désormais la forme extraordinaire du rite romain y était célébrée, et que le catéchisme y était donné, l’ensemble des sacrements célébré, et que les chapelains et vice-chapelains respectifs pouvaient y déployer leurs ailes pastorales dans une bonne intelligence et fraternité avec le clergé diocésain. Pour une part, et j’y reviendrai, Monseigneur Aumonier et son prédécesseur, avaient anticipé sur le futur Motu proprio. Quand, il y a un peu plus d’un an, celui-ci a été publié, Monseigneur Aumonier a pris deux décisions, qu’il a communiquées le 9 juillet à l’ensemble des prêtres du diocèse. D’une part, soutenir les lieux déjà existants, proposant la messe selon le missel extraordinaire, et d’autre part, demander aux prêtres du diocèse, dans l’esprit du Motu proprio reçu dans sa totalité, d’accueillir volontiers les demandes faites par des groupes stables, en discernant, dans la sollicitude pastorale, ce qui paraissait opportun et possible. Vous le savez sans doute, cela a permis non seulement que des messes selon la forme extraordinaire du rite soit célébrées dans des lieux où elle ne l’était pas auparavant en semaine, je pense à Saint-Nom-la-Bretèche ou au Vésinet, ou certains dimanches, comme à Rambouillet, mais aussi, cela a permis des célébrations dominicales, selon la forme extraordinaire du missel romain, dans deux nouveaux lieux. Rolleboise, dans l’ouest du diocèse, et tout récemment, la Chapelle des Clarisses à Versailles. Pour Rolleboise, nous pouvons remarquer que nous sommes là dans la visée explicite du Motu proprio, puisqu’il s’agit d’un groupe de fidèles de la Fraternité-Saint-Pie-X, qui a demandé, avec son pasteur, à revenir dans l’Eglise-Mère. A Versailles, le Motu proprio n’a fait qu’encourager une réflexion que nous avions entamée plusieurs mois auparavant et qui visait à répondre au mieux au bien des fidèles. Les Abbés Guimon et Servigny, qui ont demandé à être incardinés dans le diocèse de Versailles, ont été confirmés comme chapelain et vice-chapelain de Notre-Dame des Armées, et la Chapelle des Clarisses est désormais confiée au curé de la paroisse Saint-Louis, pour que la messe selon la forme extraordinaire du rite y soit célébrée. Les Abbés Leroux et Cayla de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pierre, y ont été nommés vice-chapelains. C’est ainsi maintenant six lieux dans le diocèse, qui non seulement proposent ainsi quinze messes selon la forme ancienne du missel tous les dimanches, dont sept à Versailles-ville, et neuf dans un rayon de 3 kilomètres autour de la paroisse Notre-Dame, mais aussi permettent à l’ensemble de l’activité paroissiale, pastorale pardon, de se développer.

Voici donc où nous en sommes aujourd’hui. Certains pensent que ce n’est pas assez. Il est certain que personne ne fait assez pour la communion, et que l’Esprit Saint nous pousse à toujours progresser en ce sens. En même temps, nous savons tous ce qui est de foi catholique, que c’est l’évêque, successeur des Apôtres et pasteur au nom du Christ, par la grâce de l’Onction reçue lors de son ordination, qui est le garant de l’unité, et que si Amour et Vérité se rencontrent comme le dit le Psaume 84, et que donc il n’est pas de Charité sans Vérité, pas plus qu’il n’est de Vérité sans Charité, la disponibilité à l’esprit qui fait la communion sous l’autorité de l’évêque, ne saurait se confondre avec quelque esprit mondain de revendication ou de groupes de pression.

De nombreuses questions se posent encore. Parmi celles-ci, j’en évoquerai quatre.

Première question : qu’est-ce qu’un groupe stable ?

Le Motu proprio n’en donne pas de définition. Si certains peuvent clairement être nommés comme tels, et il y en a plusieurs dans le diocèse, une demande personnelle ou deux ou trois personnes peut-elle être réputée d’un groupe stable ? Et qu’en est-il quand une personne dit représenter un groupe dont elle veut pourtant garder l’anonymat ?

Pour la deuxième question, permettez-moi de citer l’article 5, paragraphe 1 du Motu proprio du Saint-Père dans son intégralité. Je cite : « Dans les paroisses où il existe un groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure, le curé accueillera volontiers leur demande, de célébrer la messe selon le rite du missel romain édité en 1962. Il appréciera lui-même ce qui convient pour le bien de ces fidèles, en harmonie avec la sollicitude pastorale de la paroisse, sous le gouvernement de l’évêque, selon les normes du Canon 392, en évitant la discorde et en favorisant l’unité de toute l’Eglise ».

La visée du Saint-Père Benoît XVI est, par le Motu proprio, de favoriser l’unité.

L’article 5 dans son paragraphe 1 dit deux choses qui, me semble-t-il, sont inséparables : dans la Vérité, il faut faire tout ce qui est possible pour élargir la communion si l’on peut dire et en ce sens accueillir volontiers la demande, la demande d’un groupe stable, d’une part ; et d’autre part, le curé concerné doit apprécier ce qui convient pour le bien des fidèles, et je cite le Motu proprio : « en harmonie avec la sollicitude pastorale de la paroisse, sous le gouvernement de l’évêque, en évitant la discorde et en favorisant l’unité de l’Eglise ».

Le Pape fait donc appel à la responsabilité pastorale des curés pour, si l’on peut dire, élargir la communion sans l’abîmer. Je vais prendre deux exemples pour illustrer ce propos. Nous sommes confrontés à Versailles à un bon problème, aussi paradoxal cela puisse-t-il paraître. Les églises de Versailles, et vous pourrez vérifier, sont pleines le dimanche. La paroisse Notre-Dame, pour ne citer qu’elle, rassemble tous les dimanches 3600 fidèles pour la messe, selon la forme ordinaire du rite. La demande qui a été faite, au moins dans une de ses formulations à un moment, demanderait de déplacer peu ou prou toutes les messes du matin, ce qui concerne 2500 fidèles.
Autre exemple, dans une autre paroisse du diocèse où une demande a été faite et accueillie avec une réelle bienveillance par le curé, quand après réflexion et concertation, il a annoncé qu’il était dans l’impossibilité de répondre favorablement à cette demande, toute l’assemblée dominicale a applaudi. Ces applaudissements ont blessé certaines personnes, comment ne pas les comprendre ? Cela blesse l’unité, cela m’a blessé. On ne peut que regretter cette réaction spontanée de l’assemblée. Mais on ne peut pas l’ignorer. Cela veut dire qu’il y a des craintes et des peurs et qu’il faut sans doute plus que quelques mois pour les apaiser. C’est un long travail que d’œuvrer pour l’unité, et il faut tout faire pour, mais comme dit le Saint-Père, cela ne doit pas provoquer la discorde. La question est importante et elle habite le cœur de Monseigneur Aumonier, comment travailler à la communion sans abîmer la communion ? Cela ne signifie pas que rien n’est ou ne sera possible, mais qu’il faut du temps, du dialogue et que rien ne sera possible, sans une détermination partagée qui évite tout ce qui ajoute aux peurs, excite les craintes ou même, inconsciemment, favorise la discorde.

Autre question : le Motu proprio favorise l’instance paroissiale pour répondre à la demande de groupes stables. S’agit-il alors seulement de mettre à disposition un lieu matériel et physique, aussi proche et beau soit-il, ou de permettre une vraie communion paroissiale ? En d’autres termes, sommes-nous fidèles à l’esprit du Motu proprio quand on veut une messe quitte à faire venir un prêtre d’ailleurs pour célébrer la messe et donner le catéchisme ou devons-nous favoriser des solutions véritablement paroissiales où un prêtre puisse célébrer la messe selon les deux formes du missel pour rassembler sa communauté et offrir une vraie cohérence pastorale ? Des prêtres du diocèse de Versailles désirent, dans ce sens, sincèrement apprendre à célébrer la messe selon la forme extraordinaire du missel, et plusieurs l’ont déjà fait. Certains aussi qui célèbrent habituellement selon la forme extraordinaire désirent apprendre à célébrer selon la forme ordinaire pour donner une visibilité plus forte à cette unité. Je m’en réjouis profondément.

Une dernière question habite un certain nombre de prêtres de notre diocèse, qu’il me paraît important de vous partager. S’il est vrai, comme le dit l’adage théologique, que l’Eucharistie fait l’Eglise, alors comment le signifier concrètement ? L’une des spécificités de la Foi catholique, vous le savez, est qu’elle est très réaliste. Comment donc le signifier concrètement quand un curé ne peut jamais rassembler sa communauté dans une même forme de l’unique rite romain ?

En vous remerciant de votre attention, et en vous priant de bien vouloir m’excuser du fait que je ne pourrai pas rester très longtemps et que vous allez me voir partir assez vite, je voudrais vous souhaiter une bonne rencontre. Je la confie à Notre-Dame pour que, par son intercession, nous devenions toujours davantage ce que nous sommes et ce que la messe ne cesse de faire de nous, l’unique corps du Christ, livré pour le salut du monde. Je vous remercie.

Les commentaires de Paix Liturgique :

1- Ce texte de septembre 2008 n’a pas pris une ride. Il résume toujours aussi parfaitement la mauvaise foi affligeante de l’évêché et le décalage complet entre le dogme versaillais « nous avions anticipé le Motu Proprio, la demande est largement satisfaite, tout va bien » et les réalités de terrain qui se traduisent par une opposition systématique au Motu Proprio de Benoît XVI.

2- "Que chacun ne soit pas préoccupé de lui-même mais aussi des autres", "il est certain que personne ne fait assez pour la communion". Ces belles paroles ne doivent-elles pas s'appliquer en premier lieu à ceux qui ont l'autorité, le pouvoir, et tiennent aujourd'hui les commandes d'un système au bord de la faillite ? Cette citation, placée dans le contexte de l'intervention du père Leborgne, sous-entendrait que les fidèles demandeurs de la messe selon la forme extraordinaire sont des enfants gâtés qui ne pensent qu'à eux. Est-ce vraiment l'esprit du Motu Proprio de Benoît XVI ? N’est il pas normal que les enfants demandent à leur père ce dont ils ont besoin pour vivre ? Mgr Aumonier, comme autorité du diocèse, n’a-t-il pas le devoir de se préoccuper des autres, suivant ainsi l'exemple de Benoît XVI ?

3- Le Père Leborgne ose ensuite dire que le diocèse de Versailles vivait déjà une application généreuse du Motu Proprio Ecclesia Dei Afflicta. Quelle méconnaissance de son propre diocèse ! Mgr Aumonier n'est-il pas conscient du nombre de fidèles qui fréquentent les lieux de messe extraordinaire ? N'a-t-il pas lui-même, dans son communiqué de presse de septembre 2008 annoncé qu'il confiait à la Fraternité Saint Pierre un nouveau lieu de culte dans Versailles pour désengorger la chapelle Notre Dame des Armées ? Il est évident que le diocèse de Versailles propose, par rapport à des diocèse ruraux, un nombre plus élevé de lieux de cultes destinés à la forme extraordinaire ; mais ramené au nombre et à l'attente des fidèles de ce diocèse, très largement favorable ou tout au moins ouvert à la forme extraordinaire, ces lieux sont en réalité des miettes.

4- Ainsi, le père Olivier Leborgne revient-il à nouveau sur le cas de Notre Dame de Versailles, croyant bon d'indiquer que plusieurs options s'offrent aux fidèles de cette paroisse dans un rayon de 3 km autour de leur église. Il oublie que les lieux existants sont bondés. Il ignore sans doute la difficulté pour une famille nombreuse (et c'est souvent le cas…) de faire 3 kms en ville ou de prendre sa voiture à Versailles le dimanche matin dans le quartier Notre Dame, pour aller assister à la messe. Il refuse surtout de faire une lecture simple et honnête du texte du Pape qui, incontestablement, doit s'appliquer dans une paroisse ou près de 1000 fidèles souhaitent bénéficier de la forme extraordinaire de l'unique rite romain. A moins que lorsque le Père leborgne dit « le Motu proprio favorise l’instance paroissiale », ces mots pourtant simples et clairs n’aient pas le même sens que pour tout un chacun.

5- Le Motu proprio est ainsi balayé, fort maladroitement, du revers de la main. Le Père Leborgne, après avoir liquidé la demande des fidèles de la paroisse Notre Dame de Versailles, qui représente indiscutablement un groupe stable très important, s'amuse à jouer sur les mots en s'interrogeant sur la réalité d'un groupe stable à partir de deux ou trois fidèles. De qui se moque-t-on ? Au lieu de tergiverser sur les demandes les moins importantes, Mgr Aumonier ne devrait-il pas demander à ses curés d'instaurer un véritable dialogue dans les paroisses où, comme le reconnaît le Père Leborgne, il existe des groupes stables importants ? C'est par ce dialogue que pourront s'apaiser les tensions dont il dénonce lui-même l'existence. En effet, quand des fidèles de saint Germain en Laye applaudissent à l'annonce que fait leur curé de refuser la demande de messe extraordinaire dans leur paroisse, est-il normal que ce dernier ne dise pas un mot pour ramener le calme ? Plutôt que de prendre cette exemple pour justifier l'inaction, Mgr Aumonier ne devrait il pas condamner de tels agissements et demander au curé concerné de mettre en place un dialogue au sein de sa paroisse pour "éviter que la tunique sans couture du Christ ne se déchire davantage"?

6- Enfin, le Père Leborgne démolit ses propres arguments. Il s'interroge sur la meilleure option, entre des lieux destinés exclusivement à la forme extraordinaire ou bien des messes extraordinaires au sein des paroisses, insistant sur le fait que la solution paroissiale permettrait à un prêtre de célébrer la messe selon les deux formes du missel, rassemblant ainsi toute sa communauté en offrant une vraie cohérence pastorale… et quelques instants plus tard il s'inquiète du fait qu'un curé ne puisse pas rassembler toute sa communauté autour d'une unique forme du rite !

7- Un double langage ? Le Père Leborgne, tiendrait-il un langage différent selon les personnes qu'il a en face de lui. Aurait-il prononcé les paroles qui vont suivre devant des paroissiens ordinaires ? "Benoît XVI veut nous provoquer à nous retrouver comme des frères et pas seulement comme des cousins éloignés. Le Motu Proprio vise à inciter des fidèles à retrouver leur place dans l'Eglise en leur signifiant que la question liturgique n'arrêtera pas leur retour dans l'Eglise. Nous sommes dans une injonction de travailler à la communion. Les gens, qui regardaient auparavant les traditionalistes du coin de l'œil, qui eux-même considéraient les autres commes des laxistes, sont invités à s'accueillir avec bienveillance. L'Eglise, ce n'est pas l'un ou l'autre, c'est l'un et l'autre. C'est un vrai défi." Le Parisien Yvelines du 3 juillet 2008.

Que d'incohérences, mon Père, que d'incohérences Monseigneur !
Etes-vous si mal à l'aise pour vous défendre si maladroitement ?
Que craignez-vous ?
Pourrez-vous entendre la demande d’une partie importante du troupeau avant qu'il ne soit trop tard ?

[Radio Vatican] Aucune réforme liturgique prévue par le Saint-Siège

SOURCE - radio Vatican - 24 août 2009
Aucune nouvelle réforme liturgique n’est en vue tout au moins dans l’immédiat. Le bureau de presse du Saint-Siège a apporté un démenti aux allégations parues ces jours derniers dans un quotidien italien. "Il Giornale" avait fait état il y a quelques jours de recommandations adressées au pape par la Congrégation pour le Culte Divin en vue de renforcer la place du latin dans la liturgie et la communion dans la bouche. Selon ces informations, le prêtre devrait également à nouveau célébrer la messe dos au public. Après avoir consulté la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements, le bureau de presse a fait savoir qu’il n’y avait à l’heure actuelle aucune proposition institutionnelle concernant une modification des livres liturgiques en usage.

[APIC] France: Fraternité Saint Pie X: 509 prêtres dans le monde

SOURCE - 24 août 2009
Ordinations sacerdotales en augmentation

Paris, 24 août 2009 (Apic) La Fraternité traditionaliste Saint Pie X compte actuellement 509 prêtres dans le monde. Ces informations proviennent du site internet de la Fraternité en France.

Il faut ajouter à ce chiffre les 215 séminaristes qui se préparent à la prêtrise dans les six séminaires appartenant à la Fraternité.

Le site indique aussi que la Fraternité est présente dans 63 Etats: dans 31 d’entre eux, elle a des prêtres résidents, alors que dans 32 ce sont des prêtres en mission. De plus, il y a 117 frères, 82 oblates, 166 Sœurs de la Fraternité. Selon les chiffres donnés, la communauté possède aussi 161 prieurés, 725 centres de messe, 2 instituts universitaires, 90 écoles et 7 maisons de retraite pour personnes âgées

En 2008, la Fraternité a enregistré exactement 50 entrées dans ses séminaires, davantage que les années précédentes. Le nombre des ordinations sacerdotales a également augmenté: durant le premier semestre 2009, ce sont 20 ordinations qui ont eu lieu, contre 15 en 2008. La Fraternité prévoit d’autres ordinations jusqu’à fi décembre 2009 dans les séminaires de La Reja, en Argentine et de Goulburn, en Australie. Site internet: www.laportelatine.org/international/maison/statistiques/stat.php (apic/com/gs/js)

20 août 2009

[CRC - Il Est Ressuscité] Pour sortir de la crise

SOURCE - Contre Réforme Catholique - frère Bruno de Jésus - aout 2009
L’encyclique “ sociale ” annoncée pour Pâques 2007, quarantième anniversaire de Populorum progressio, est enfin parue. Son retard nous a été une invitation providentielle à relire et mettre en pratique la Lettre sur le Sillon, “ Notre charge apostolique ”, du pape saint Pie X, en prévision de son proche centenaire (25 août 1910 ; reproduite intégralement dans l’autodafé, p. 681-700), « le plus humain des textes pontificaux de ce siècle, dont nul Pape n’a plus osé parler depuis, pas même Pie XII béatifiant et canonisant son Docteur ! » (Georges de Nantes, CRC n° 225, août-septembre 1986).

Saint Pie X condamne le mouvement démocrate chrétien du Sillon avec une fermeté et une clarté prophétique. En effet, « le recul du temps donne à saint Pie X une étourdissante nouveauté » observe l’abbé de Nantes (ibid.), et la doctrine de ce saint Pontife éclaire comme un phare notre nuit qui s’épaissit parce que la doctrine qu’il condamnait a triomphé au Concile. Pour le constater, il suffit de comparer le texte de saint Pie X à celui de la “ Constitution pastorale ” Gaudium et spes sur “ La vie économique et sociale ” (Il est ressuscité n° 80, avril 2009) et sur “ La vie de la communauté politique ” (Il est ressuscité n° 81, mai 2009).

Saint Pie X s’adresse aux évêques français :

« Non, vénérables Frères, il faut le rappeler énergiquement dans ces temps d’anarchie sociale et intellectuelle où chacun se pose en docteur et en législateur, on ne bâtira pas la cité autrement que Dieu ne l’a bâtie [c’est précisément ce que se proposait le mouvement du Sillon de Marc Sangnier] ; on n’édifiera pas la société, si l’Église n’en jette les bases et ne dirige les travaux [le concile Vatican II a tout au contraire décidé de transformer l’Église en servante du monde en construction, sur la base nouvelle des droits de la Personne humaine condamnés jusque-là, encore par saint Pie X, précisément] ; non, la civilisation n’est plus à inventer ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. [Paul VI a voulu inventer une civilisation nouvelle, qu’il appelait la « civilisation de l’amour ». Tandis que, pour saint Pie X, il n’y en a qu’une...] Elle a été, elle est ; c’est la civilisation chrétienne, c’est la cité catholique. »

Surprenant optimisme : la civilisation chrétienne, la cité catholique non seulement « a été » mais « elle est » encore, malgré toutes les révolutions qui ont tenté de l’anéantir, la dernière en date étant celle du concile Vatican II. Depuis ce Concile, les Papes ne parlent plus jamais de la “ Chrétienté ”. Alors que pour saint Pie X, et pour l’abbé de Nantes, son fidèle disciple, « il ne s’agit que de l’instaurer et de la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine de la révolte et de l’impiété : Omnia instaurare in Christo. » (Lettre sur le Sillon, n° 11)

On peut dire que « les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine de la révolte et de l’impiété » ont mené leur assaut final à la faveur du concile Vatican II, et donc avec tout le prestige, la puissance, l’autorité de l’Église. Dans un premier temps, elles l’ont emporté en substituant, au sein même de l’Église, au cœur du sanctuaire, le culte de l’homme qui se fait Dieu au culte du Dieu qui s’est fait homme. Et la crise présente qui s’étend sur le monde est le salaire de cette impiété suprême. Pour en sortir, il nous faut contre-attaquer « l’utopie malsaine » qui en est la cause, et lui opposer les « fondements naturels et divins » de la « civilisation chrétienne », de la « cité catholique » que nous voulons restaurer avec l’aide de Dieu et le bon secours du Cœur Immaculé de Marie. C’est ce que nous tenterons en commentant l’encyclique Caritas in veritate dans les pages qui suivent.

« L’utopie malsaine » dont il s’agit, et qui a triomphé au concile Vatican II, est le personnalisme : un système philosophique, métaphysique, inventé par Jacques Maritain, maître à penser des papes Paul VI et Jean-Paul II. Si nous voulons instaurer, restaurer une société catholique, il faut commencer par réfuter ce prétendu “ humanisme intégral ” inventé pour faire pièce au “ nationalisme intégral ” et transformer l’Église en Mouvement d’Animation Spirituelle de la Démocratie Universelle. Un seul philosophe a opposé une métaphysique vraie, “ relationnelle ”, à la philosophie “ personnaliste ” de Maritain : l’abbé de Nantes, notre Père, qui n’a pas hésité à en tirer toutes les conséquences, jusqu’à s’élever contre les erreurs de Paul VI et de Jean-Paul II.

Sur cette base, nous pourrons rétablir les « fondements naturels et divins » d’une vie « économico-sociale », l’abbé de Nantes préfère dire : « écologique ». L’écologie catholique de nos 150 Points s’oppose au capitalisme et au socialisme, ou plutôt : au socialo-capitalisme responsable de la crise actuelle. Dans les années du Concile et des pontificats de Paul VI et Jean-Paul II, le “ système ” capitalo-socialiste a triomphé au point de paraître conduire l’humanité sur la voie d’un “ progrès ” merveilleux, Populorum progressio, qui faisait l’homme vraiment roi de l’univers. Et c’est notre idéal “ écologique ” qui faisait figure d’utopie. Aujourd’hui, ça n’est plus du rêve. Dans l’effondrement du système capitalo-socialiste, c’est l’écologie catholique... ou la famine pour tout le monde.

Pour que renaisse l’ordre de la Chrétienté, il faut, selon la recommandation de saint Pie X, ne pas nous laisser « égarer, dans le dédale des opinions contemporaines, par le mirage d’une fausse démocratie ». Il adressait cette recommandation aux évêques français, sans pouvoir soupçonner que tous les évêques du monde tomberaient dans cette erreur et en produiraient, en Concile, cinquante ans plus tard, un document époustouflant sous le titre Gaudium et spes, dans un « langage emphatique plein de promesses aussi sonores qu’irréalisables », celui-là même que saint Pie X disait emprunté « à la rhétorique des pires ennemis de l’Église et du peuple. » L’encyclique Caritas in veritate de Benoît XVI en est aujourd’hui le fruit achevé, insurpassable.

Il a manqué aux Pères du concile Vatican II, il manque à Benoît XVI, d’être « persuadés que la question sociale et la science sociale ne sont pas nées d’hier [ils étaient même persuadés du contraire, et Benoît XVI est l’héritier de cette conviction : selon eux, tout a commencé avec Léon XIII, premier Pape “ social ”] ; que, de tout temps, l’Église et l’État, heureusement concertés, ont suscité dans ce but des organisations fécondes ; que l’Église, qui n’a jamais trahi le bonheur du peuple par des alliances compromettantes, n’a pas à se dégager du passé et qu’il lui suffit de reprendre, avec le concours des vrais ouvriers de la restauration sociale, les organismes brisés par la Révolution et de les adapter, dans le même esprit chrétien qui les a inspirés, au nouveau milieu créé par l’évolution matérielle de la société contemporaine : car les vrais amis du peuple ne sont ni révolutionnaires ni novateurs, mais traditionalistes. » (n° 44 de la Lettre “ Notre charge apostolique ” sur le Sillon, du 25 août 1910)

frère Bruno de Jésus.

19 août 2009

[Disputationes Theologicae] Rencontre avec Mgr. Bartolucci

SOURCE - 19 août 2009


La réforme liturgique des années 70 occupe aujourd’hui une place importante dans l’horizon des controverses théologiques, et puisque liturgie et théologie sont intimement liées, on ne peut exclure du champ des discussions l’une ou l’autre sans risquer de tomber dans une conception fractionnée de la théologie qui a montré sa nocivité depuis les années 50. Il est aujourd’hui nécessaire, dans le cadre du vaste débat auquel nous voulons participer activement ici, de poser les bases d’une analyse honnête et courageuse du passé liturgique récent, tout en proposant, dans une attitude positive et bienveillante, des remèdes pratiques et surtout réalisables. Notre rédaction veut lancer un tel débat sans tomber pour autant, si possible, dans les erreurs méthodologiques du passé : c’est pourquoi nous avons voulu le mettre en œuvre en nous appuyant sur le témoignage de quelqu’un qui, par son âge et son prestige, n’est pas seulement une autorité en la matière, mais est aussi un véritable témoin de l’authentique tradition. Étant donné que la liturgie est avant tout une science pratique, nous n’avons pas voulu commencer cette discussion par la consultation d’un liturgiste chevronné, spécialiste des manuels et des rubriques, mais en recueillant les enseignements de quelqu’un qui a vu et vécu la liturgie comme aucun autre, depuis les campagnes toscanes et leurs immanquables processions populaires accompagnées par la fanfare, jusqu’aux fastes et aux splendeurs de la « chapelle papale » dans les Palais apostoliques : Monseigneur Domenico Bartolucci. Son verbe haut et ses expressions typiquement toscanes – malheureusement difficiles à rendre dans cette traduction française – comme les anecdotes dont il ponctue ses réponses, expriment mieux que de longs discours les convictions d’un homme d’Église qui a vécu dans la souffrance, avec elle, les tumultes des dernières décennies.

Rencontre avec Mons. Domenico BARTOLUCCI, maître émérite de la chapelle Sixtine, grand ami et collaborateur de Benoît XVI. (Interview Pucci Cipriani, Stefano Carusi - Traduction française Matthieu Raffray)

Né en 1917 à Borgo San Lorenzo (Florence), toscan par sa naissance puis romain par l’appel du Pape, il est nommé en 1952 substitut de la Chapelle Sixtine, aux côtés de Lorenzo Perosi, puis maître de cette chapelle papale à partir de 1956, où il a eu l’honneur de travailler avec cinq papes. Le 24 juin 2006, le Pontife régnant a tenu à organiser une cérémonie spéciale (photo) afin de sceller « à perpétuité » sa proximité et son admiration pour le grand musicien, auquel il adressait les mots suivants : « la polyphonie sacrée, en particulier celle de l’école romaine, est un héritage à conserver avec soin (…) un authentique aggiornamento de la musique sacrée ne peut advenir que sur le socle de la grande tradition héritée du passé, celle du chant grégorien et de la polyphonie sacrée ».

Maître, la publication récente du Motu proprio Summorum Pontificum a apporté un vent d’air frais dans le panorama liturgique désolant qui nous entoure… en avez-vous profité vous-même pour célébrer la « messe de toujours » ?

A vrai dire, j’ai toujours célébré cette messe, de façon ininterrompue depuis mon ordination… En fait j’aurais même des difficultés à célébrer la messe du rite moderne, puisque je ne l’ai jamais dite…

Pour vous, elle n’a donc jamais été abolie ?

Ce sont les paroles mêmes du Saint Père, même si certains font mine de ne pas le comprendre, et même si beaucoup ont soutenu le contraire dans le passé.

Pensez-vous que les fidèles soient moins enthousiasmés par la forme traditionnelle du rite, à cause de son aspect peu « participatif » ?

Allez, il ne faut pas dire de bêtises ! Moi j’ai connu la participation des fidèles autrefois, aussi bien à Rome, dans les basiliques, qu’à travers le Monde, et ici-même dans le « Mugello », dans cette paroisse, dans cette belle campagne autrefois peuplée de gens pleins de foi et de piété. Le dimanche à vêpres, le prêtre aurait pu se contenter d’entonner le « Deus in adjutorium meum intende », et puis se mettre à dormir sur la banquette jusqu’au capitule : les fidèles auraient continué tout seuls et les pères de famille auraient entonné, un par un, les antiennes !

C’est donc pour vous une vaine polémique, par rapport à l’actuel style liturgique ?

Hélas, je ne sais pas si vous avez déjà assisté à des funérailles : Alléluias, applaudissements, des phrases loufoques, au point de se demander si ces gens ont déjà lu l’évangile : Notre-Seigneur lui-même pleure sur Lazare et sur la mort… Avec ce fade sentimentalisme, on ne respecte même pas la douleur d’une mère. J’aurais voulu vous montrer comment autrefois le peuple assistait à une messe des morts, avec quelle componction et quelle dévotion on entonnait le magnifique et terrible Dies Irae !

Mais la réforme n’a-t-elle pas été faite par des gens conscients et bien formés doctrinalement ?

Je m’excuse, mais la réforme a été faite par des hommes arides, arides, je vous le répète. Moi, je les ai connus. Et quant à la doctrine, je me souviens que le cardinal Ferdinando Antonelli, de vénérable mémoire, disait souvent : « Qu’est-ce que nous pouvons faire de ces liturgistes qui ne connaissent pas la théologie ? »

Nous sommes bien d’accord avec vous, Monseigneur, mais il est vrai aussi qu’autrefois les gens n’y comprenaient rien…

Chers amis, n’avez-vous jamais lu saint Paul : « il n’est pas nécessaire de savoir plus que ce qui est nécessaire » : il faut aimer la connaissance ad sobrietatem. Avec cet état d’esprit, dans quelques années on prétendra comprendre la transsubstantiation comme on explique un théorème de mathématiques… Mais le prêtre lui-même ne peut comprendre entièrement un tel mystère !

Alors comment en est-on parvenu à un tel effondrement de la liturgie ?

Ça a été une mode, tout le monde parlait, tout le monde « rénovait », tout le monde pontifiait, sur la base d’un sentimentalisme qui prétendait tout réformer, et on faisait taire habilement les voix qui s’élevaient en défense de la tradition bimillénaire de l’Église. On a inventé une sorte de « liturgie du peuple »… lorsque j’entendais ces ritournelles, je me souvenais des paroles de l’un de mes professeurs de séminaire, qui nous enseignait que « la liturgie est l’œuvre du clergé, mais elle est pour le peuple ». Il voulait dire par là qu’elle doit descendre de Dieu et non pas monter à partir de la base. Je dois pourtant reconnaître que cet air corrompu s’est maintenant raréfié : les nouvelles générations de prêtres sont peut-être meilleures que celles qui ont précédé ; les jeunes prêtres ne sont plus ces idéologues furieux doublés de modernistes iconoclastes : ils sont plein de bons sentiments, mais ils manquent de formation…

Que voulez-vous dire par « ils manquent de formation » ?

Je veux dire qu’il faut de vrais séminaires ! Je parle de ces structures que la sagesse de l’Église avait finement ciselées à travers les siècles. Vous ne vous rendez pas compte de l’importance d’un séminaire : une liturgie vécue… les différents moments de l’année y sont vécus socialement avec les confrères du séminaire, l’Avent, le Carême, les grandes fêtes de Pâques : tout cela éduque à un point que vous n’imaginez pas. Une rhétorique insensée a fait passer l’image que le séminaire déforme les prêtres, que les séminaristes, éloignés du monde, resteraient fermés sur eux-mêmes et distants du monde. Ce ne sont que des fantaisies pour gaspiller une formation riche de plusieurs siècles d’expérience, et pour ne la remplacer que par du vide.

Pour revenir sur la crise liturgique, vous, Monseigneur, êtes-vous favorable à un retour en arrière ?

Regardez : défendre le rite antique ne consiste pas à être passéiste, mais à être « de toujours ». Par exemple, c’est une erreur d’appeler la messe traditionnelle « messe de saint Pie V » ou « messe Tridentine », comme s’il s’agissait de la messe d’une époque particulière. Notre messe romaine est au contraire universelle, dans le temps et dans le lieu : une unique langue de l’Océanie à l’Arctique. En ce qui concerne la continuité dans le temps, je peux vous raconter un épisode significatif : une fois nous étions en compagnie d’un évêque, dont je ne vous donnerai pas le nom, dans une petite église de la région ; nous apprenons alors subitement le décès d’un ami commun qui nous était cher, et nous décidons alors de célébrer sur le champ la messe pour lui. En cherchant dans la sacristie, on se rend compte qu’il n’y avait là que des missels antiques. Et bien l’évêque a refusé catégoriquement de célébrer. Je ne l’oublierai jamais… et je répète que la continuité de la liturgie implique que, sauf cas particuliers, je puisse célébrer aujourd’hui avec le vieux missel poussiéreux pris sur une étagère, et qui il y a quatre siècles a servi à l’un de mes prédécesseurs dans le sacerdoce.

On parle actuellement d’une « réforme de la réforme », qui devrait limer les irrégularités introduites dans les années 70…

La question est assez complexe… Que le nouveau rite ait des déficiences est désormais une évidence pour tout le monde, et le Pape a dit et il a écrit plusieurs fois que celui-ci devrait « regarder vers l’ancien ». Mais que Dieu nous garde de la tentation des pastiches hybrides. La Liturgie avec un L majuscule est celle qui nous vient des siècles passés : c’est elle qui est la référence. Qu’on ne l’abâtardisse pas avec des compromis « déplaisant à Dieu et à ses ennemis »…

Que voulez-vous dire par là ?

Prenons par exemple les innovations des années 70 : des chansonnettes laides et pourtant tellement en vogue dans les églises en 1968 sont aujourd’hui déjà des pièces de musée. Lorsqu’on renonce à la pérennité de la Tradition pour s’immerger dans le temps, on est aussi condamné à suivre les changements de modes. A propos de la réforme de la semaine sainte dans les années cinquante, je vous raconte une histoire : cette réforme avait été entreprise avec une certaine hâte, sous un Pie XII déjà affaibli et fatigué. Si bien que quelques années plus tard, sous le pontificat de Jean XXIII – car quoiqu’on en dise, en matière de liturgie il était d’un traditionalisme convaincu et émouvant – m’arrive un coup de fil de Mgr. Dante, le cérémoniaire du Pape, qui me demande de préparer le Vexilla Regis pour l’imminente célébration du Vendredi Saint. Interloqué, je lui réponds : « mais vous l’avez aboli ! ». Alors il m’a dit : « Le Pape le veut » ; et en quelques heures j’ai organisé les répétitions de chant, et nous avons chanté à nouveau, avec une grande joie, ce que l’Église chantait ce jour-là depuis des siècles. Tout cela pour dire que lorsqu’on a fait des déchirures dans le tissu de la liturgie, ces trous restent difficiles à recoudre, et ils se voient. Face à notre liturgie multiséculaire, nous devons contempler avec vénération, et nous souvenir qu’avec cette manie de toujours vouloir « améliorer », nous risquons de ne faire que des dégâts.

Maître, quel a donc été le rôle de la musique dans ce processus ?

La musique a joué un rôle incroyable pour plusieurs raisons : le « cécilianisme » maniéré – auquel Perosi ne fut pas étranger – avait introduit avec ses mélodies chantantes un sentimentalisme romantique nouveau, qui n’avait rien à voir, par exemple, avec la corpulence éloquente et solide de Palestrina. Certaines extravagances mal placées de Solesmes avaient cultivé un grégorien susurré, fruit lui aussi de cette pseudo restauration médiévalisante qui a eu tant de succès au XIXème siècle. C’était l’idée de l’opportunité d’une récupération archéologique, aussi bien en musique qu’en liturgie, d’un passé lointain dont nous auraient éloigné les « siècles obscurs » du Concile de Trente… De l’archéologisme, en somme, qui n’a rien à voir, absolument rien à voir avec la Tradition, car il veut récupérer ce qui finalement n’a peut-être jamais existé. Un peu comme certaines églises restaurées dans le style « pseudo roman » de Viollet-le-Duc. Ainsi donc, entre un archéologisme qui prétend se rattacher à l’époque apostolique, mais en se séparant des siècles qui nous relient à ce passé, et un romantisme sentimental qui méprise la théologie et la doctrine pour exalter les « états d’âme », s’est préparé le terrain qui a abouti à cette attitude de suffisance vis-à-vis de ce que l’Église et nos Pères nous avaient transmis.

Que voulez-vous dire, Monseigneur, lorsque dans le domaine musical vous attaquez Solesmes ?

Je veux dire que le chant grégorien est modal et non pas tonal. Il est libre, et non pas rythmé. Ce n’est pas « un, deux, un, deux, trois ». Il ne fallait pas dénigrer la façon de chanter dans nos cathédrales pour lui substituer un chuchotement pseudo monastique et affecté. On n’interprète pas le chant du Moyen-âge avec des théories d’aujourd'hui, mais il faut le prendre comme il nous est parvenu. De plus, le grégorien d’autrefois savait être aussi un chant populaire, chanté avec force et vigueur, comme le peuple exprimait sa foi avec force et vigueur. Et c’est cela que Solesmes n’a pas compris. Cela étant dit, il faut bien sûr reconnaître l’immense et savant travail philologique qui y a été fait en ce qui concerne l’étude des manuscrits antiques.

Maître, alors où en sommes-nous dans la restauration de la musique sacrée et de la liturgie ?

Je ne nie pas qu’il y ait quelque signes de reprise… mais je vois tout de même persister une sorte d’aveuglement, comme une certaine complaisance pour tout ce qui est vulgaire, grossier, de mauvais goût, et aussi pour ce qui est doctrinalement téméraire… Ne me demandez pas, je vous en prie, mon avis sur les « guitarades » et les chansonnettes qu’ils nous chantent encore pendant l’offertoire. Le problème liturgique est sérieux : il faut cesser d’écouter la voix de ceux qui n’aiment pas l’Église et qui s’opposent au Pape. Si on veut guérir un malade, il faut d’abord se souvenir que « le médecin timoré laisse la plaie s’infecter (il medico pietoso fa la piaga purulenta) »…

18 août 2009

[Blog de Bernard Antony] Numéro hors-série de Marianne sur « Les intégristes »

SOURCE - 18 aout 2009 - Bernard Antony

Je lis cela en quelque sorte par nécessité professionnelle. Car on ressort-là des articles un peu retouchés ou réchauffés qui ont déjà bien servi. Et l’on retrouve toujours et encore la signature du couple semble-t-il indissociable, sinon indissoluble : Caroline Fourest-Fiametta Venner. Elles resservent sans nausée semble-t-il à peu de choses près leurs mêmes indigentes considérations contre les « cathos purs et durs ». Ces deux demoiselles font une sorte de fixation sur moi, avec toujours les mêmes clichés, lieux communs et déformations. Mais elles sont de remarquables vendeuses. Elles fourguent leur même camelote, à quelques variantes près, pour s’adapter aux styles des canards, au Monde, à l’immonde, je veux dire Charlie-Hebdo et à une multiplicité d’autres feuilles sans parler de leurs invitations sur les radios et télés, où elles tiennent toujours les mêmes blablas fanatiques.
S’il y en a à qui l’intégrisme rapporte, c’est bien à ce charmant duo de pimprenelles de la cathophobie.

Contre la messe en latin !

Là aussi, on retrouve la même « tarte à la crème » de plus en plus moisie, infiniment resservie contre la messe en latin.
Mais qu’est-ce que cela peut bien faire à des athées, à des agnostiques, à des protestants, à des juifs, à des adorateurs de l’oignon que la messe des catholiques soit célébrée en latin ? Il y a là vraiment quelque chose de très mystérieux. Quelque diable, que le latin rendrait plus furieux encore qu’à l’ordinaire, ne leur inspirerait-il pas cette commune et frénétique aversion ?
Moi, par exemple, je ne me préoccupe pas de savoir si on use dans les prêches à la mosquée d’arabe littéraire ou les idiomes dialectaux. Mais je remarque qu’on ne transige pas avec le Coran en arabe, puisque l’arabe est pour les mahométans la langue d’Allah.
Je crois savoir aussi qu’à la synagogue, on ne lit jamais la Tora autrement qu’en hébreu. Même si pour la plupart des juifs, l’hébreu, c’est... de l’hébreu !
Je ne m’indigne pas contre cela. Je ne me vois pas inviter les rabbins à modifier leur liturgie et à dévider des Rouleaux rédigés en langue basque ou en breton. Ce serait là une grande impolitesse.
Alors, que certains journalistes juifs dont je lis quelquefois la prose dans leur presse communautaire veuillent bien pratiquer la même politesse !

17 août 2009

[Paix Liturgique] Entretien avec Ricardo Turrini Vita, président d'Una Voce Italie

SOURCE - lettre de Paix Liturgique n°191 - 17 août 2009
A la suite de notre dernière lettre qui se faisait l’écho de la lettre ouverte au Saint Père publiée sur le site www.maranatha.it, nous publions aujourd’hui un entretien qu’a bien voulu nous accorder Monsieur Ricardo Turrini Vita, Président d'Una Voce Italie.

Haut-fonctionnaire romain, Ricardo Turrini Vita est de longue date l'un des piliers d'Una Voce Italie. Il nous donne son point de vue sur la réalité décrite par la lettre de maranatha.it et son jugement sur l'alternative que pourraient représenter les paroisses personnelles - comme c'est à Rome le cas de la Très Sainte Trinité des Pèlerins - aux blocages rencontrés pour l'application du motu proprio Summorum Pontificum dans le cadre diocésain.

PL - Président Turrini Vita, que pensez-vous de la lettre ouverte au Saint Père publiée sur le site maranatha.it ? Dans quelle mesure la situation dépeinte dans cette lettre est-elle représentative de la situation italienne ?

RTV - Plus qu'une lettre, ce texte est un appel dont il serait nécessaire de distinguer le contenu, la forme, le style et le support.

Sur le fond, les signataires illustrent bien que l'objectif du Souverain Pontife est de rendre le culte traditionnel vivant, au même titre que le culte nouveau, dans le contexte pastoral ordinaire. Mais en même temps, ils soulignent que la réalité est diverse, je dirais même contraire.

Pour juger de cette réalité, il faut d’abord considérer que coexistent deux droits : celui du catholique à l’usage du rite ancien (la forme extraordinaire) et celui du prêtre à ne pas le célébrer. Dans le cas dont nous parle la lettre - et comme le prévoit le MP Summorum Pontificum -, l’évêque a de toute façon permis une autre célébration, dont l’étendue n’est pas indiquée. Le cas est moins malheureux qu’ailleurs.

Si ma sensibilité personnelle et mon éducation font que je ne ressens pas particulièrement la nécessité de lier le culte traditionnel aux paroisses diocésaines, je reconnais néanmoins volontiers que les raisons affectives exposées dans la lettre sont justes et nobles et que les curés de paroisse devraient en tenir compte.

Les attitudes rencontrées par les auteurs sont, quant à elles, bien connues - et depuis des décennies - de tous ceux qui combattent pour la messe traditionnelle, et notamment au sein d'Una Voce Italie : le refus, la moquerie, la grossièreté. Après les très clairs éclaircissements canoniques fournis par le Saint Père actuel, les comportements rapportés par les deux signataires sont de plus devenus des enfreintes à la loi.
J'ai souvent fait observer que le sens de la légalité au sein du clergé se perdait, et pas seulement dans le domaine liturgique. De nombreux clercs ne se sentent pas tenus d'obéir à la loi ce qui, je le dis en passant, discrédite de fait la "pastorale de la légalité" dont on entend souvent parler. Les causes d'un tel comportement, outre la propension commune au péché, sont profondes et ne se limitent pas aux seuls bouleversements des années 70.

Il convient également de dire que de nombreux prêtres n'ont pas reçu de formation au culte traditionnel et que peu d'attention en général, même dans le nouveau rite, a été donnée à leur formation, comment dire, mistagogique.

Enfin, le Pape est le chef visible de l'Église mais n'en est pas le corps tout entier et ne peut suppléer à lui seul à ses défauts.

En Italie, si mépris et refus sont en général la règle, le nombre de lieux où le curé (ou l'ordinaire) n'est pas hostile à la forme extraordinaire grandit régulièrement. Les conditions d'application les meilleures dans le cadre canonique et dans la fidélité à l’esprit du Pontife s'observent à Rome, à Gênes et à Florence.

Quant à la forme de ce texte, au-delà du langage non protocolaire qui est utilisé, je ne crois pas en ce qui me concerne à l'utilité de tels appels : en 45 ans d'existence, Una Voce en a lancé de très nombreux sans grand résultat. Cependant, je tiens à féliciter les signataires pour l'affection filiale qu'ils nourrissent envers le Saint Père.

PL - En France, selon le sondage CSA pour Paix Liturgique de septembre 2008, 34% des catholiques se disent prêts à participer régulièrement à la Messe selon la forme extraordinaire si elle était célébrée dans leurs paroisses. Quelle serait, selon vous, la proportion de fidèles italiens disposés à faire de même ?

RTV - Je crois qu'elle serait inférieure : en fait, il manque en Italie une tradition de formation liturgique comme celle qui fut offerte par un géant comme Dom Guéranger. Toutefois, si l'on considère que le nombre des pratiquants en Italie est bien supérieur à celui de la France, il se pourrait, tous comptes faits, que celui des fidèles attachés au culte ancien ne soit pas inférieur au vôtre. À condition que celui-ci soit offert librement et avec régularité.

PL - Face aux résistances du clergé à l'ouverture des paroisses diocésaines à la forme extraordinaire de la messe, une issue pourrait se trouver dans le développement de paroisses personnelles, comme cela a été fait à Rome au printemps 2008. À la lumière de l'expérience romaine, que pensez-vous de cette solution ?

RTV - L'expérience romaine est satisfaisante parce que la paroisse s'est affirmée et intégrée à la pastorale générale. Surtout, celle-ci permet non seulement de bénéficier des sacrements et du culte mais offre aussi une formation spirituelle et des exercices de piété. Selon moi, la paroisse personnelle serait le meilleur moyen de pourvoir aux besoins de la portion du peuple de Dieu attachée au rite ancien ; à condition, bien entendu, qu'il existe un clergé disposé à s'y dévouer avec un esprit conforme à celui que la tradition exige.
Les réflexions de Paix Liturgique

1/ Monsieur Ricardo Turrini Vita connaît parfaitement la question liturgique en Italie. Son ancrage de terrain, ses nombreuses relations (laïques et ecclésiastiques), ses fonctions au sein d’Una Voce font de lui l’un des meilleurs spécialistes de la situation italienne. Le parcours de Monsieur Ricardo Turrini Vita est bien différent de celui des frères Lambruschini (voir notre lettre n°190 sur la lettre ouverte au Saint Père publiée sur le site maranatha.it), pourtant, leur attachement réciproque à la forme extraordinaire du rite romain et leur souhait de le promouvoir leur a donné de nombreux points communs : moqueries, insultes, calomnies, campagne de dénigrement.

« Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose » dit l’adage. Cette pratique déloyale et scandaleuse pour des femmes et des hommes qui se revendiquent d’Eglise n’est hélas pas nouvelle : Ainsi, une distribution de tracts en faveur de la messe traditionnelle sur des pare-brise de voiture devient une « perturbation des ordinations sacerdotales » qui se déroulent dans l’église voisine, la récitation d’un chapelet dans la rue devient « une tentative de perturbation de la messe télévisée », une lettre respectueuse de demande d’application du Motu Proprio signée par plusieurs familles devient une « pétition inadmissible, une pression qui n’a pas sa place dans l'Église »… On ne compte plus non plus les attaques personnelles, les dossiers soi-disant « très graves » sur ce que l’on appelle les « traditionalistes » et dont on attend toujours la publication dix ans après… On ne compte pas non plus les amalgames politiques, les raccourcis indignes…

Non cela n’est pas nouveau mais qu’il nous soit permis de toujours nous en indigner et de ne pas nous habituer à cette culture du mépris.

2/ A la lueur de l'expérience romaine qu'il connaît bien puisqu'il est lui même paroissien de la Très Sainte Trinité des Pèlerins (http://roma.fssp.it/), Monsieur Ricardo Turrini Vita semble plaider pour le développement de paroisses personnelles dédiées à la forme extraordinaire du rite romain. Cette formule n’est pas sans avantage à commencer par la concorde… Toutefois, force est de constater que la plupart des arguments en sa faveur sont le plus souvent des arguments de type négatif en ce que la paroisse personnelle est conçue d’abord comme le moyen de cesser de supporter les moqueries, insultes, calomnies, campagne de dénigrement et autres obstructions telles que précédemment décrites.

Si l’érection de paroisses personnelles ne va clairement pas contre le Motu Proprio puisque le texte papal prévoit cette possibilité explicitement (article 10), il nous semble que le Saint Père fait de la paroisse territoriale le cadre naturel et premier d’application du Motu Proprio.

En effet et comme le rappelait très récemment le Cardinal Cañizares, Préfet de la Congrégation du Culte Divin, « la volonté du Pape n'a pas été uniquement de satisfaire les fidèles de Mgr Lefebvre, ni de se limiter à répondre aux justes désirs des fidèles qui se sentent liés, pour des motifs divers, à l'héritage liturgique représenté par le rite romain, mais bel et bien d'offrir à tous les fidèles la richesse de la liturgie de l'Église, en permettant la découverte des trésors de son patrimoine liturgique aux personnes qui les ignoraient encore ».

Dans cette optique, il nous semble donc que la paroisse territoriale de Monsieur et Madame Toutlemonde doit être le cadre normal, ordinaire et habituel de la célébration de l’une et l’autre des deux formes du rite romain.
C’est à ce prix que le trésor liturgique de la forme extraordinaire ne sera plus le fait de quelques réserves d’indiens mais pourra bel et bien être rendu à toute l'Église universelle.

[France Catholique] A propos du livre de Gérard Leclerc

SOURCE - Père Michel Gitton - 17 août 2009


Le livre que notre ami Gérard Leclerc vient de consacrer à Mgr Lefebvre arrive au bon moment.

L’attention portée au fondateur de la dissidence d’Ecône s’est trouvée soudain relancée par la levée de l’excommunication encourue en 1988 par les quatre évêques ordonnés alors par lui sans mandat pontifical, mesure qui a eu les conséquences médiatiques que l’on sait. Plus récemment, la mise en place par le Pape de la commission chargée de l’examen des questions doctrinales posées par la Fraternité Saint Pie X, dans le cadre de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, a prouvé que l’on ne s’en tenait pas à des mesures de courtoisie. De façon générale, ce livre rejoint les interrogations de nombreux catholiques, qui, après avoir cru que le schisme lefebvriste était une affaire réglée et qu’il s’agissait d’un quarteron de soldats perdus que l’histoire allait balayer, se sont rendus compte qu’il y a avait là une interpellation persistante que l’on ne pouvait négliger.

Il faut dire que c’est un livre courageux, qui n’a pas peur de sortir des chemins battus et qui renonce aux schémas manichéens trop souvent employés de part et d’autre. Il y a un réel effort pour présenter la stature humaine de l’évêque missionnaire hors pair que fut Marcel Lefebvre. Il y a aussi une tentative - à laquelle on ne peut qu’applaudir - pour sortir le débat des questions politiques et le poser à son vrai niveau, c’est-à-dire au plan doctrinal. Gérard Leclerc s’interroge sur les bases intellectuelles du fondateur d’Ecône qu’il trouve, sans surprise, dans la néo-scolastique enseignée à Rome dans les années 20, telle qu’elle a pu être synthétisée par le cardinal Billot.

C’est malheureusement là que je reste gêné par l’excessive assurance de l’auteur. Pour lui, il est si clair que le courant de la « Nouvelle Théologie », illustré par une pléiade de grands esprits comme les RR PP Daniélou, de Lubac, Bouyer, etc., a définitivement surclassé la théologie romaine sur laquelle s’appuyait Marcel Lefebvre que la cause est entendue et que celui-ci qui n’en a pas démordu est évidemment hors jeu pour toute discussion sérieuse. Je ne suis pas le dernier à reconnaître ma dette vis-à-vis du courant en question et j’ai personnellement peu de sympathie pour le néo-thomisme de ces années-là, mais il faut rester juste et ne pas commettre en sens contraire l’erreur que nous reprochons à nos partenaires : la scolastique a marqué l’enseignement de l’Eglise pendant toute la période qui précède le Concile, c’était l’horizon intellectuel de la plupart des Pères, elle a donné un Maritain et d’autres penseurs non négligeables. Ses insuffisances et ses raideurs n’empêchent pas qu’elle a porté certains aspects du dogme avec lequel l’approche plus existentielle et historique des théologiens de Fourvière a eu parfois un peu de mal. Le moment n’est-il pas venu précisément de réévaluer positivement tout ce qui nous vient de cet héritage et de tenter une honnête confrontation avec les acquis (qui me semblent pour ma part incontestables) des travaux fondés sur le renouveau biblique et patristique de l’après-guerre ?

Pour ceux qui, comme moi, ont cherché durant toutes ces années à rester fidèles au Pape et aux évêques, qui ont assimilé sans complexe Vatican II, qui ont vécu avec la Réforme liturgique, même si c’est parfois avec un peu de mal, les circonstances actuelles obligent à une sérieuse réflexion, nous pourrions avoir l’impression que le sol nous manque sous les pieds et que l’Eglise va nous donner tort. L’occasion est bonne sans doute pour réfléchir sur ce qui a réellement changé dans ces dernières années et nous demander où nous en sommes. Pourquoi ne peut-on plus aborder la question de l’intégrisme comme nous l’aurions fait il y a vingt ans ou même dix, quand, face à la critique progressiste encore dominante dans bien des milieux, il semblait important de maintenir une ligne « centriste », qui renvoyait dos-à-dos Hans Küng et les amis de Mgr Lefebvre, leur trouvant de surcroît des ressemblances cachées (1) ? Il semblerait que plusieurs des appuis de la position que je viens de caractériser se soient révélés à l’usage plus fragiles que nous ne pouvions le croire. Nous étions déjà sensibles aux faiblesses du triomphalisme post-conciliaire, qui à l’époque régnait encore dans bien des milieux d’Eglise (« les fruits merveilleux du concile »…), nous savions que, si Vatican II avait fait beaucoup de choses importantes, il n’avait pas rempli nos églises, ni ramené à la foi les masses déchristianisées, pas même séduit les intellectuels dans le vent. Nous savions déjà que la route serait longue avant de tirer de cet événement tous les fruits de renouveau dont il était porteur. Mais nous faisions confiance à un certain style, qui était en gros celui de Jean-Paul II. Il consistait à pratiquer ce qu’on a parfois appelé pas très gentiment le « grand écart » : fidélité à l’intérieur et ouverture à l’extérieur, réaffirmer, par exemple, que seul le catholicisme est la vraie religion (Dominus Jesus) et se retrouver à Assise pour prier en compagnie de tous les chefs religieux de l’humanité. Ce jeu assez exaltant de prendre au vol la modernité, de réinvestir ses concepts (comme les droits de l’homme) au nom du Christ et de l’Evangile, d’être sensible aux revendications des femmes sans les admettre au sacerdoce mais en définissant positivement leur rôle, tout cela nous a nourris et il n’y a vraiment pas lieu de le regretter. Seulement ce jeu d’équilibre pénétrait difficilement dans la conscience des catholiques de base, nous le savons peut-être mieux aujourd’hui. A la mort de Jean-Paul II, une religieuse interviewée et sollicitée de donner son témoignage avait dit tout naturellement : « Jean-Paul II nous a appris que ce qui était important, ce n’était pas la différence de nos croyances, mais le fait de bien s’entendre avec les hommes de toutes les religions ». Avait-elle compris le message ? Ce n’est pas sûr. Mais combien ont été comme elle ? Qui oserait aujourd’hui, dans nos paroisses, malgré les appels à la « nouvelle évangélisation », proclamer que la vérité confiée par le Christ à l’Eglise est nécessaire pour le salut ?

La ligne suivie dans ces années-là passait aussi par cette conviction que le renouveau, qui avait tardé, qui avait été compromis par les folies de l’après 68, allait enfin se manifester. Les nouvelles communautés, les nouveaux ordres religieux, nés après la crise, forts d’une ferveur toute neuve et d’une audace sans complexe, allaient relever les ruines de l’ordre ancien. Une partie du tissu ecclésial allait vers la mort, une autre vers la vie. Les JMJ nous administraient tous les deux ou trois ans la preuve d’un succès croissant auprès des jeunes du monde entier. Certes il y avait des prophètes de malheur pour dire dès ces années-là que le phénomène n’était pas si clair qu’il paraissait et pour dénoncer le « rêve de Compostelle » (2), rêve d’une reconquête de l’Europe et du monde par une religion épurée et retrempée dans ses sources évangéliques. Mais on y croyait.

Ce n’est pas forcément qu’on n’y croit plus, mais on sait que, là encore, le résultat n’est pas à portée de main. Beaucoup de communautés nouvelles, sans perdre leur bel enthousiasme, ont connu des crises plus ou moins profondes, elles ont dû apprendre la patience des réformes institutionnelles, les redéploiements douloureux, et la nécessité de mieux se former. Les JMJ sont maintenant un rite qui se continue et qui fait du bien, mais l’appel prophétique n’est peut-être plus tout à fait là. Dans les séminaires des pays d’Europe occidentale, la reprise tarde à se manifester, c’est le moins qu’on puisse dire.

Pendant ce temps, il faut bien se rendre à l’évidence que l’aile « traditionaliste », dans sa forme « ralliée », comme dans sa forme dure, continue de marquer des points. Que ce soit au plan des vocations religieuses et sacerdotales, au plan de l’éducation et de la vitalité des communautés, on ne peut plus soutenir qu’il s’agit là de quelques attardés en voie de disparition. Certes, il ne faut pas s’illusionner, là non plus tout n’est pas rose, la solidité affichée cache bien des faiblesses, mais on ne saurait quand même nier que la transmission de la foi aux jeunes générations y a souvent mieux réussi qu’ailleurs, malgré les trésors de pédagogie déployés dans les parcours de la catéchèse officielle.

Nous voilà donc ramenés à l’humilité et c’est mieux ainsi. Cela nous permet peut-être d’entendre ce qu’ont à nous dire les disciples de Marcel Lefebvre, malgré le côté désagréable et souvent exagéré de leurs critiques. Au fond, ils nous alertent sur les faiblesses possibles de ce que nous croyions définitivement admis et que nous tenons toujours pour des progrès indiscutables : la valeur de la réforme liturgique, le dialogue interreligieux, la collégialité épiscopale, une vision dynamique de la tradition de l’Eglise. Il ne s’agit pas de brader tout cela dans un nouvel opportunisme aussi idiot que le précédent, mais la moindre chose est d’accueillir les questions, de reconnaître que tout n’a pas fonctionné parfaitement jusqu’ici chez nous et qu’il y a peut-être lieu de revoir sur certains points notre copie, surtout d’approfondir ce que nous avions trop vite conclu. Nos amis peuvent nous y aider, comme nous pouvons les aider à sortir de certains blocages, qui ne peuvent mener qu’à des impasses.

Car eux aussi doivent reconnaître que les choses ne se sont pas passées comme ils l’attendaient. L’« apostasie de l’Eglise » devait aboutir à une crise apocalyptique, où Dieu reconnaîtrait les siens dans le naufrage général. Or, sans qu’ils osent toujours se l’avouer, ils voient bien que l’Eglise de Jean-Paul II et de Benoît XVI continue à vivre et à rayonner, le Veau d’or n’est pas installé dans le sanctuaire, la foi est enseignée et les sacrements dispensés, peut-être pas tout à fait comme ils le souhaiteraient, mais il est quand même difficile de nier la continuité. Alors que faire ? Tenir indéfiniment dans cette position paradoxale d’être catholiques sans Rome, ou saisir la main tendue ?

Il ne s’agit pas ici de politique, mais d’abord de la vérité. N’empêche qu’on se prend à rêver de la force qui serait celle d’une Eglise ayant réussi à résorber un schisme et qui parviendrait à atteler à la tâche de l’évangélisation les combattants pugnaces de la « messe de toujours » et les enfants de la génération Jean-Paul II !

Michel GITTON


(1) Le P. Louis Bouyer voyait la racine commune du traditionalisme catholique et du progressisme dans la théologie romantique du début du 19e siècle et spécialement chez Félicité de Lamennais (1782-1854).

(2) Le rêve de Compostelle. Vers la restauration d’une Europe chrétienne ? Sous la direction de René Luneau, avec la collaboration de Paul Ladrière, Paris Centurion 1989.

16 août 2009

[Max Barret / Courrier de Tychique] Essayer de comprendre …

SOURCE - Max Barret - 16 août 2009


Notre Dame de la Salette : Priez pour nous !

Essayer de comprendre …

Les événements semblant se précipiter, et l’horizon s’assombrissant, il nous faut bien essayer de comprendre ! Car, si on en croit le porte-parole de la FSSP X – le glorieux et triomphant abbé Célier – le plan de réintégration de celle-ci, prévu en trois étapes, en serait arrivé à la troisième qu’il prévoit ainsi – c’est lui le planificateur – : « Et tout à la fin interviendra la régularisation canonique, redonnant à la Fraternité un statut clair et stable » ! (« Monde et Vie » n° 806 – 31 janvier 2009). Notez bien que l’abbé Célier n’utilise pas le conditionnel. La régularisation canonique de la Fraternité « interviendra » ! Il en est certain. Ce qui implique forcément que la Fraternité aura avalé pas mal de couleuvres quand on sait la fermeté avec laquelle le Vatican entend maintenir les acquis du Concile ! Dés lors, pourquoi avons-nous combattu ? Quelle tristesse ! Par ailleurs, dans sa conférence du 31 juillet à Mentzingen, Mgr Fellay a déjà envisagé le statut qui serait celui de la Fraternité, quand les accords seront signés : « mon souhait serait une prélature, mais je n’ai pas de préférence » (La Porte Latine). On peut donc conjecturer que c’est bien vers une « prélature » que l’on pourrait s’orienter.

Qu’est-ce qu’une prélature ?

Les lecteurs de ce « Courrier » ne sont pas des analphabètes, mais il n’est pas très courant que l’on ait à se pencher sur ce sujet.

Il existe, diverses « prélatures » mais la plus connue est la « prélature personnelle », celle de l’ « Opus Dei ». C’est même la seule à l’heure actuelle. Elle est le fruit du Concile Vatican II et c’est Jean Paul II qui l’érigea en prélature personnelle de dimension internationale, par la Constitution apostolique « Ut sit » du 28 novembre 1982, devenue exécutoire le 19 mars 1983.

Les béotiens – espèce à laquelle je reconnais humblement appartenir – peuvent, s’ils ne font que survoler les aspects de cette concession, lui trouver un aspect engageant. L’Opus Dei est une structure juridictionnelle qui possède son autonomie propre et une juridiction ordinaire. Le canon 295 § 1 stipule : « La prélature personnelle est régie par les statuts établis par le Siège Apostolique, et un prélat est mis à sa tête comme Ordinaire propre ; celui-ci a le droit d’ériger un séminaire national ou international, ainsi que d’incardiner des séminaristes et de les appeler aux ordres au titre du service de la prélature. » Que demander de mieux ? … On comprend que ce soit considéré comme une panacée honnête ! Mais on ne peut sûrement pas faire l’injure à Mgr Fellay de s’en être tenu à ces dispositions sans les avoir étudiées. Or, déjà dans ce canon (n° 295) on découvre qui en tient effectivement les rênes. Les statuts de la prélature sont établis par le Siège Apostolique ! D’autre part : un prélat est mis à sa tête comme ordinaire propre ! Donc, Rome en établira les statuts et en fixera le prélat. Le canon 297 précise, en outre, que ces statuts déterminent les rapports de la prélature avec les Evêques diocésains… Mais il y a bien pire ! Si vous visitez le site de l’Opus Dei vous y découvrirez des précisions intéressantes tirées desdits statuts ! Par exemple, si la prélature « dépend de façon immédiate et directe du Souverain Pontife » (ce qui, en des temps ordinaires, semble tout à fait légitime…) ses « fidèles laïcs restent des fidèles des diocèses où ils résident et, par conséquent, ils continuent d’être soumis à l’évêque diocésain de la même manière et sur les mêmes questions que les autres baptisés, leurs égaux » !... Je regrette infiniment d’avoir à le dire, mais, dans la situation actuelle, j’en suis fort éloigné et n’ai nulle envie de changer d’attitude ! Et les diacres et les prêtres incardinés doivent « favoriser les relations fraternelles avec les membres du presbyterium diocésain et observer avec soin la discipline générale du clergé » etc … etc…. Tout est solidement verrouillé.

Il faudrait être bien naïf pour imaginer que la Rome des antichrists se montre plus conciliante et plus arrangeante dans l’élaboration – par elle – des statuts de la prélature évoquée par Mgr Fellay… quand on voit la fourberie dont elle a fait preuve lors de la publication des deux derniers « Motu proprio » concernant la messe et les excommunications ! Si les tractations se poursuivent, une fois de plus : le piège fonctionnera!

Ce qui obscurcit tout !

Ce qui obscurcit et perturbe tout débat, c’est que, depuis plusieurs années, on se comporte comme si nous n’avions pas été mis en garde contre une situation prédite et annoncée à Fatima et à la Salette (« Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’antéchrist ») et comme si l’Eglise n’était pas aux mains de ses pires ennemis ! Que le cardinal Ratzinger ait été, avec ses complices, le cardinal Angelo Sodano, l’archevêque Tarcisio Bertone et le cardinal Dario Castrillon de Hoyos, l’auteur du faux troisième secret de Fatima ne dérange plus personne ! Or il y a là un acte monstrueux ! Rappelons que, en mars 2002, le cardinal Mario Luigi Ciappi, théologien de Jean Paul II, a déclaré (in journal « Catholique ») : « Dans le troisième secret, il est prédit entre autres choses que la grande apostasie de l’Eglise commencerait au sommet » Et le cardinal Oddi a écrit, lui, dans le journal « Il Sabato » du 17 mars 1990 : « Le troisième secret n’a rien à voir avec Gorbatchev ! La Sainte Vierge nous y avertissait de l’apostasie dans l’Eglise » raison pour laquelle, bien sûr, il ne fut pas révélé en 1960, comme il aurait dû l’être.

Nous étions à la veille du Concile ! Dans son ouvrage « La bataille finale du démon » le Père Paul Kramer écrit : « Ce sont ces hommes (les quatre mentionnés ci-dessus) qui ont pris le commandement pour essayer rien moins que de tuer le message de Fatima et, avec lui, l’espoir envoyé du Ciel au monde de notre temps. Ils ont combiné et conspiré, et puis ils ont agi publiquement pour imposer à l’Eglise une version du message de Fatima qui ne ressemble en rien à la prophétie que la Mère de Dieu a délivré au monde pour toute l’humanité (…) Ils méritent donc d’être identifiés comme les responsables de ce crime que nous alléguons ici. » Crime abominable, pourrait-on ajouter ! (Consultez le site Internet : « La bataille finale du démon » vous y trouverez des citations intéressantes)

Dans le même ouvrage, le Père Kramer, particulièrement bien documenté, ajoute cette précision qui en dit long sur la minutie mise à « tuer le message de Fatima » : « Le Père Joaquim Alonso, Docteur en théologie et philosophie de l’Université grégorienne de Rome, qui fut professeur de philosophie à Rome, Madrid et Lisbonne, fut pendant 16 ans l’archiviste officiel de Fatima, désigné par l’Evêque de Fatima, pour préparer l’étude critique et définitive de Fatima. Or, c’est le Père Edouard Dhanis, l’un des auteurs du « Catéchisme hollandais » (hérétique n.d.l.r.) et qui fit carrière en essayant de déboulonner le message de Fatima, qui fut le seul « expert » de Fatima mentionné par le Cardinal Ratzinger dans le document du 26 juin 2000 : « Le Message de Fatima »

Lorsque, sachant cela, on découvre dans l’interview que Mgr Fellay a accordée le 31 juillet à Apcom (publiée sur « La Porte Latine ») qu’il considère Benoît XVI comme une « personne intègre qui prend très au sérieux la situation de l’Eglise », on devrait être en droit de s’en déclarer surpris… sans passer pour un ennemi de la FSSP X !... Car : ou bien Ratzinger – devenu Benoît XVI – a changé et prend désormais « très au sérieux la situation de l’Eglise » et alors il faut qu’il frappe sa coulpe et qu’il répare officiellement le scandaleux outrage qu’il a fait à la Très Sainte Vierge Marie, ou bien il n’a pas changé et il reste l’un des « responsables de ce crime » (dixit Père Kramer) avec lequel il devrait être impossible d’ouvrir le moindre début du plus petit dialogue. Car ce crime est la source de tout le désordre né dans l’Eglise… depuis 1960 (et même avant mais c’est à partir de cette date que tout s’est accéléré). Benoît XVI ose se dire préoccupé par la situation de l’Eglise ? Il en est en grande partie le responsable ! Et tous ses derniers déplacements, ses dernières déclarations, ses dernières encycliques prouvent que s’il a changé… c’est en pire, comme me l’écrivait Mgr Lefebvre dans l’une des lettres qu’il m’a adressées.

Et cependant le ralliement devient de plus en plus probable.

Les choses iraient beaucoup plus vite s’il ne restait un écueil. Et il est de taille ! C’est Mgr Lefebvre, ce géant de la Foi et ce défenseur de l’Eglise une, sainte, catholique, apostolique et romaine ! On peut difficilement faire l’impasse sur l’enseignement sans équivoque de celui, qui sera sûrement porté sur les autels quand le Coeur Immaculé de Marie triomphera !

Alors on prend tout doucement ses distances avec les déclarations du fondateur de la Fraternité. C’est fait avec un art consommé de la manipulation. Vous en trouverez la preuve dans « Fideliter » (n° 189 - mai juin 2009) On peut y lire (p.65): Question : « La Fraternité s’écarte-t’elle des paroles de Monseigneur ? » – Réponse : « A supposer qu’elle s’en écarte, elle aurait le droit de le faire sur certains points (…) La Fraternité est autorisée à s’écarter des choix prudentiels de ses supérieurs passés, voire de son fondateur dés lors qu’elle reste fidèle à sa mission » ! Tout est délicatement enrobé. Mais c’est dit et on peut donc s’attendre à ce que l’on s’en écarte effectivement. Je ne puis tout citer, aussi pour qu’on ne puisse pas m’accuser (comme on l’a fait) de trafiquer les textes, j’invite les lecteurs à se forger une opinion personnelle en lisant l’intégralité de cet éditorial.

15 août 2009

[Abbé Meramo] Lettre aux fidèles du petit troupeau

SOURCE - Abbé Meramo - 15 août 2009 - mise en ligne le 30 août 2009 par tychique.net


A la suite de mon expulsion de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X qui sanctionne mon désaccord avec le Motu proprio et la fallacieuse levée de la prétendue excommunication, je suis venu en France parce que ce pays est le berceau de la Tradition et que, s'il doit y avoir une réaction, elle ne peut avoir lieu qu’ici, étant donné le contexte historique : c’est en France que se joue le combat de la Tradition.

Les fidèles doivent comprendre qu'il est urgent d’organiser une résistance pour continuer le combat de la Tradition catholique apostolique et romaine contre le modernisme hérétique condamné par le pape saint Pie X. Aujourd'hui, règnent en maîtres à Rome ces infiltrés puissants qui veulent désagréger les derniers bastions de l’Eglise encore visibles ainsi que toute véritable résistance.

Aussi, les fidèles doivent défendre l'Eglise catholique et sa foi contre cette nouvelle Eglise qui ne peut pas être la vraie, mais qui en a seulement les apparences et ainsi trompe tout le monde jusqu'aux traditionalistes eux-mêmes qui ont suivi le combat de Mgr Lefebvre et de Mgr de Castro Mayer, ces valeureux combattants qui se sont opposés aux erreurs du concile Vatican II. Ils sont aujourd'hui trahis. Nous sommes aujourd'hui trahis !

Les deux « préalables » sont un moyen subtil de détruire le combat et la résistance héroïques engagés par eux. Le Motu proprio, sous prétexte de reconnaître la licéité de la messe de toujours, est avant tout la légitimation de la nouvelle messe, ce nouveau culte « bâtard ». Il est aujourd'hui appelé « rite ordinaire », c'est-à-dire le rite normal, alors que la Messe de toujours, qualifiée d’« extraordinaire », est le rite exceptionnel. C'est comme si on acceptait que l'unique et légitime épouse soit reléguée au second plan tandis que la concubine serait légitimée et deviendrait en plus l'épouse principale. C'est incroyable !

Il en est de même pour la levée des excommunications. Quel que soit le motif invoqué par Mgr Fellay à droite et à gauche, en haut et en bas, il est un fait incontestable que, selon les termes explicites du décret romain, on accepte la rémission de la peine (remissio poenae) ce qui, par conséquent, indique bien que l'on était effectivement excommunié, et que Rome, paternellement et avec bienveillance, enlève la sanction, étant donné que les délinquants, faisant montre de bonne volonté, abandonnent leur pertinacité, en lui demandant gentiment le retrait de ladite sanction.

Il est évident que les deux fameux « préalables » qui nous ont obtenu le Motu proprio et la levée de la prétendue excommunication ont été suggérés et demandés par la Rome moderniste et apostate, comme le montrent bel et bien ces deux textes sortis de la bouche de Mgr Fellay : « Après ces longues discussions, le Cardinal [Castrillón Hoyos] dit : Je constate que tout ce que vous exposez ne vous met pas en dehors de l’Eglise, donc vous êtes dans l’Eglise. Et il a continué en disant : Je vous demande d’écrire au Pape pour lui demander qu’il enlève les excommunications ». (Sermon de Mgr Fellay à Flavigny le 2 février 2006). Voici le deuxième texte: « Je m’attendais à cette levée de l’excommunication depuis 2005, depuis la première lettre de la demande de levée de l’excommunication que j’avais adressée à la demande de Rome même. Parce qu’il est clair que Rome ne demandait pas cette lettre pour refuser de lever l’excommunication ». (Entretien avec Mgr Fellay, Monde et Vie, n° 806, 31 janvier 2009).

Je m'adresse donc à tous les fidèles qui veulent résister à la capitulation sournoise de Mgr Fellay et qui comprennent que le Motu proprio est un stratagème subtil et pervers pour occulter le schisme liturgique et doctrinal de la nouvelle religion conciliaire avec sa nouvelle messe, fruit de l'adultère, qui s'éloigne « de façon impressionnante dans l’ensemble comme dans le détail » de la messe catholique comme le dit le Bref examen critique des cardinaux Ottaviani et Bacci.

Avec l'acceptation de ces deux « préalables » suggérés par la Rome apostate pluraliste et oecuméniste, l'oeuvre de Mgr Lefebvre est vilement trahie par Mgr Fellay et tous les hauts responsables de la Fraternité.

En étant confirmés dans la foi du baptême, les fidèles ont reçu le caractère sacramentel nécessaire pour défendre l’Eglise de ses ennemis publics comme de véritables soldats du Christ. Ainsi donc, tous les fidèles ont le devoir impérieux de réagir. Ils doivent se regrouper et agir pour développer une résistance (théologique, doctrinale, religieuse), seul moyen en ces temps de confusion et de désorientation de garder la foi ainsi que leur appartenance à l'Eglise catholique qui, aujourd’hui, se trouve réduite à un petit troupeau (pusillus grex, Luc 32, 12) dispersé de par le monde et persécuté par la nouvelle Eglise de l'Antéchrist, à savoir la nouvelle religion universelle, c'est-à-dire oecuménique, typique de l'anti-verbe qui dénature le véritable Verbe divin, le Christ.

A ce titre, les fidèles doivent se défendre et s'organiser pour continuer la véritable résistance sans aucun compromis avec l’apostasie. Ils doivent savoir clairement que la nouvelle Eglise n'a pas, comme l'a dit Mgr Lefebvre, la note de la visibilité de l'Eglise, mais que ce sont ceux qui restent fidèles à la vraie foi et à la Tradition catholique qui la possèdent.

Rappelons-nous ce que disait Mgr Lefebvre en 1988 : « Où est l’Eglise visible ? L’Eglise visible se reconnaît aux signes qu’elle a toujours donnés pour sa visibilité : elle est une, sainte, catholique et apostolique. Je vous demande : où sont les véritables marques de l’Eglise ? Sont-elles davantage dans l’Eglise officielle (il ne s’agit pas de l’Eglise visible, il s’agit de l’Eglise officielle) ou chez nous, en ce que nous représentons, ce que nous sommes ? Il est clair que c’est nous qui gardons l’unité de la foi, qui a disparu de l’Eglise officielle. Tout cela montre que c'est nous qui avons les marques de l'Eglise visible. S'il y a encore une visibilité de l'Eglise aujourd'hui, c'est grâce à vous. Ces signes ne se trouvent plus chez les autres. Il n'y a plus chez eux d'unité de la foi, or c'est la foi qui est la base de toute visibilité de l'Eglise. Sortir de l'Eglise ? Bien sûr, on pourra nous objecter : « Faut-il obligatoirement sortir de l'Eglise visible pour ne pas perdre son âme, sortir de la société des fidèles unis au Pape ? » Ce n'est pas nous, mais les modernistes qui sortent de l'Eglise. Quant à dire « sortir de l'Eglise VISIBLE », c'est se tromper en assimilant Eglise officielle et Eglise visible ». (Fideliter n° 66. Novembre-Décembre 1988).

Donc, il est clair que l’Eglise officielle n’est pas la véritable Eglise divine du Christ, mais une nouvelle Eglise, l’Eglise oecuménique conciliaire de l’Antéchrist.

Comme le disait encore Mgr Lefebvre : « Nous sommes suspens a divinis par l’Eglise conciliaire et pour l’Eglise conciliaire, dont nous ne voulons pas faire partie. Cette Eglise conciliaire est une Eglise schismatique, parce qu’elle rompt avec l’Eglise catholique de toujours. Elle a ses nouveaux dogmes, son nouveau sacerdoce, ses nouvelles institutions, son nouveau culte, déjà condamné par l’Eglise en maints documents officiels et définitifs (…) L’Eglise qui affirme de pareilles erreurs est à la fois schismatique et hérétique. Cette Eglise conciliaire n’est donc pas catholique ». (Mgr Lefebvre, 29 juillet 1976).

N’oublions pas ce que disait déjà le Cardinal Pie à son époque, et qui est aujourd’hui plus vrai que jamais : « La scission, la séparation, le divorce des sociétés avec Dieu, qui est donné par Saint Paul comme un signe précurseur de la fin (II Thes, 1,3), ira se consommant de jour en jour. L’Eglise, société sans doute toujours visible, sera de plus en plus ramenée à des proportions simplement individuelles et domestiques ». (Cardinal Pie, cité par J. Jamet, Le cardinal Pie de A à Z, Editions de Paris 2005, « Le Christ, Roi des Nations »).

Il n'est pas possible de ne pas résister, de ne pas réagir au discours trompeur, inintelligent (pour ne pas dire complètement insensé) de Mgr Fellay qui, avec sa flûte, nous mystifie et arrive à assoupir les esprits, nous empêchant de penser, de réfléchir, de rester vigilants et de réagir pour nous laisser doucement étouffer par les tentacules du pouvoir d'iniquité du pseudo-prophète, l'Antéchrist religieux. Car, comme l'avait déjà dit Mgr Lefebvre après un entretien avec le cardinal Ratzinger, « Rome est dans l'apostasie ». Notre Dame à La Salette n’avait-elle pas annoncé - chose dont il ne faut pas s'étonner - que « Rome perdrait la foi et deviendrait le siège de l'Antéchrist » ?

Il ne faut donc pas se laisser absorber comme les pères de Campos acceptant sans rechigner l’abomination de Mgr Rifan, à qui personne n'a osé s'opposer. Car il se passe aujourd’hui la même chose avec les successeurs de Mgr Lefebvre.

C’est pourquoi il faut rester fidèle jusqu'au bout en témoignant notre amour pour le Christ crucifié et la sainte Eglise Catholique Apostolique et Romaine.

En l’Assomption de la Vierge Marie, le 15 août 2009.

Abbé Basilio Méramo

Contact : pusillus.grex@gmail.com

10 août 2009

[DICI] Allemagne : Plainte contre la Fraternité Saint-Pie X jugée irrecevable

SOURCE - août 10, 2009


Une centaine de fidèles ont répondu à l´appel de la Fraternité Saint-Pie X à protester à Stuttgart, le 1er août, en marge de la Christopher Street Day (CSD), défilé de la fierté homosexuelle organisé à Berlin du 20 au 27 juillet.

La réunion de protestation s´est déroulée sans incident. Une plainte des organisateurs de la CSD avait toutefois été déposée, parce que dans son bulletin d´information, le district d’Allemagne de la Fraternité Saint-Pie X avait dénoncé le fait que lors de ce défilé « les êtres humains se comportaient en sauvages et manifestaient de manière obscène et perverse dans les rues ». Elle avait fait aussi référence au IIIe Reich en affirmant que « comme sous ce régime, il y avait eu des catholiques courageux qui s´y étaient opposés, il devait aussi y avoir aujourd´hui des catholiques courageux pour s´opposer à cette folie qu´est la Christopher Street Day ».

Suite à la plainte déposée par les responsables de la CSD, les autorités judiciaires de Stuttgart ont conclu qu´il s´agissait d´une manifestation d´opinion qui n´était pas un appel à la violence ni à des mesures arbitraires. (Sources : Apic/kna)