22 septembre 2009

[Le Suisse Romain] Rome-Ecône: Williamson bis ?

SOURCE - Le Suisse romain - 22 septembre 2009
La télévision suédoise, qui avait lancé l'interview missile de l'évêque intégriste Williamson mettant le feu au poudre dans l'affaire de la levée des excommunications d'Ecône, diffusera un reportage mercredi soir 23 septembre qui affirme que le Saint-Siège, donc le Pape, connaissaient les positions négationnistes du prélat. Le Cardinal Kasper répond qu'il savait ses idées de façon générale, sans plus, contrairement à la commission Ecclesia Dei.

Allons-nous assister à un feuilleton Williamson bis ? C'est très difficile à dire. L'histoire du cinéma connaît bien les gros risques que prend un producteur pour un "remake".

Les discussions avec la Fraternité Saint Pie X se tiendront dès la mi-octobre et la mot d'ordre est: "no comment, confidentialité". Cela va provoquer la curiosité, car les journalistes adorent l'interdit, aller au-delà du permis, pour chercher l'info.

Personnellement, bien que tout reste possible, je doute de l'arrivée d'une seconde crise de communication. Le Pape Benoît XVI se rendra prochainement à la Synagogue de Rome et sa lettre aux évêques est tellement claire que cette émission suédoise risque d'être du réchauffée. On surfe toujours sur l'idée absurde et calomnieuse qu'outre l'Eglise catholique, le Pape serait antisémite car un ancien des jeunesses hitlériennes.

Les suédois sont très peu intéressés par ces histoires, contrairement à la France, qui apparemment, comprendrait soudainement le suédois. Le subtile procédé de Montesquieu et de ses "Lettres Persanes", consistant à se faire passer pour un étranger, semble toujours d'actualité.

En tout cas, pas d'effet suprise cette fois-ci, nous savons le programme de la TV suédoise deux jours avant. Suivons l'affaire...

[Mgr Jacques Masson / Hermas] « Monseigneur Lefebvre ? On le poussera au schisme ! » (1) - Paroles d'un Evêque

SOURCE - Mgr Jacques Masson, publié par le site Hermas - 22 septembre 2009


« Monseigneur Lefebvre ? On le poussera au schisme ! » (1)

« Monseigneur Lefebvre ? On le poussera au schisme ! »

Paroles d’un Evêque.
D’un Evêque français.
Mon Evêque,
Monseigneur Jacques Ménager,
alors Evêque de Meaux.
[Juillet 1971].

POURQUOI ET COMMENT JE SUIS ALLE A ECÔNE

Avant d’arriver à cette date de juillet 1971, date à laquelle j’étais Directeur du Séminaire d’Ecône, et d’évoquer les événements décisifs de 1972, un an plus tard, il est nécessaire de faire un petit saut en arrière, pour bien comprendre le déroulement des choses.

La première question qui se pose est en effet la suivante : pourquoi et comment ai-je été amené à aller à Ecône ?

Ma décision de quitter la France, l’Eglise de France, et de me joindre à Monseigneur Lefebvre, ne fut pas le fruit d’un caprice, mais le résultat d’une décision prise après mûre réflexion, conséquence de quatre années de ministère dans le diocèse de Meaux, au petit séminaire Sainte-Marie de Meaux tout d’abord, pendant trois ans, puis à la paroisse Saint Jean-Baptiste de Nemours ensuite, une année environ.

Après trois années de “purgatoire” au Séminaire Saint-Sulpice, à Issy-les-Moulineaux, que j’ai déjà évoquées. [On se reportera, sur le blog Hermas, aux articles publiés par Mgr Masson relatifs à cette période.]

Le petit-séminaire Sainte Marie de Meaux

J’ai été ordonné prêtre le 25 juin 1966, au titre du Diocèse de Meaux. Quelques semaines avant l’Ordination, l’Evêque, de passage à Saint-Sulpice, m’annonçait qu’il me nommait au petit séminaire Sainte-Marie de Meaux, en ces termes : « Je vous donne carte blanche, vous devez y remettre de l’ordre, de la discipline et de la spiritualité, et vous occuper plus spécialement des séminaristes et des Dimanches Apostoliques ».

Le Séminaire Sainte-Marie était un séminaire « mixte » en ce sens qu’il accueillait des séminaristes, mais aussi des élèves et des étudiants non séminaristes. Il ne tarda pas à devenir « mixte » au sens complet du mot, pour les classes de terminale.

Mon arrivée fit sensation : j’étais jeune alors, 29 ans, et je portais la soutane. Il y avait un autre prêtre qui portait la soutane, le Père Taroux, professeur en classe de Première. Mais il était « âgé », on le lui pardonnait… Ils sont toutefois parvenus à le faire se mettre en clergyman, après mon départ.

Sensation dans le corps professoral, prêtres professeurs, et professeurs laïcs, mais aussi chez les élèves et les étudiants, et en particulier chez les séminaires des « « grandes classes ». De fait, Monseigneur Ménager l’avait bien vu, il y avait un grand vide spirituel, une absence de formation, de discipline. L’arrivée d’un « nouveau », en soutane, attira tout particulièrement les séminaristes les plus grands, ceux qui étaient censés entrer à Saint-Sulpice, mais qui en avaient déjà perdu toute envie, après y avoir fait quelques visites ! Le peu qu’ils en avaient vu leur suffisait. Et je les comprenais très bien.

Ils se regroupèrent ainsi autour de moi, changèrent de directeur de conscience, ce qui est toujours un drame, surtout quand certains prêtres font la « chasse aux pénitents ». Et notamment le Directeur des Vocations, le Père Duranton, professeur de Lettres également pour les 3° et 2 : il valait mieux se mettre bien avec lui ! Paris vaut bien une Messe, n’est-ce pas ?

Je passe rapidement, car je pourrais écrire un livre sur ces trois années passées au petit-séminaire de Sainte-Marie de Meaux. Mais le fait est que les jeunes séminaristes s’étaient regroupés autour de moi, du moins les plus grands, surtout pour les « Dimanches Apostoliques », une fois par mois, où ils ne retournaient pas en famille, mais restaient pour un jour et demi de retraite au séminaire. J’étais responsable aussi de la liturgie. Et les jeunes adoraient le chant grégorien, recherchaient les Bénédictions du Saint-Sacrement, les Adorations du Saint-Sacrement. Les plus grands ont même obtenu de faire une nuit d’adoration du Sacrement, en menaçant d’occuper la chapelle, car le Supérieur, le Père Lherbier, le leur avait débord refusé. Le dimanche soir, on chantait même les Complies en latin. Et, bien souvent, les séminaristes (les plus grands) venaient dans ma chambre pour réciter le Chapelet. Cela n’existait pas à Sainte-Marie ! Pour assister à la Messe « officielle » du matin, il fallait une permission spéciale, exceptionnelle, du surveillant de la classe d’étude.

Mais ces jeunes se « battaient » pour pouvoir me servir la Messe le matin, en privé, à l’autel situé au fond de la Chapelle, alors qu’il y avait, dans le même temps, la Messe « officielle », célébrée par le Directeur des Vocations le Père Duranton, réduit bien souvent à parler dans le désert. Ce qui ne manqua pas de créer des tensions, bien sûr !

Le 8 décembre 1967, fête patronale du séminaire Sainte Marie, nous avons même eu une Messe Pontificale célébrée par Mgr Ménager. Rien n’y manquait : les Diacres assistants, les porte-insignes, bref, une vingtaine de servants dans le chœur. Les jeunes étaient « aux Anges », d’autant plus que j’avais préparé la chorale qui avait chanté tout le Kyriale des Messes solennelles n° 2 « Kyrie Fons Bonitatis ». Les jeunes, séminaristes et non séminaristes de la chorale, chantaient de tout leur cœur. A la fin de la Messe, Monseigneur Ménager m’a remercié, en ajoutant (in cauda venenum) : « Mais le Kyrie était beaucoup trop long ». Je lui répondis : « Certes ! Mais il a été composé par des gens qui méditaient, pour des gens qui méditent ».

Et ainsi, la situation s’est tendue, régulièrement, et devint rapidement insoutenable. D’autant plus que les jeunes qui se destinaient au Sacerdoce me disaient, dans leur langage affectueux « L’abbé, vous devez nous trouver un BON séminaire, parce qu’on n’ira pas à LEUR Saint Sulpice ». Trouver un bon séminaire ! « Hic jacet lepus » ! C’était bien là la difficulté ! J’étais devenu un « trublion », au point que le Père Duranton me demanda un jour s’il pouvait venir me parler dans mon bureau-chambre. Bien sûr, avant son arrivée, j’ai installé un magnétophone sous mon lit ! Je résume l’entretien en quelques mots : « Avec votre soutane, et vos idées préconciliaires, vous êtes un scandale pour tout le Diocèse ». Mais déjà pour Sainte-Marie, et surtout pour lui qui avait perdu une grande partie de ses pénitents. Il était bien « en cour » avec Mgr Ménager, et je m’attendais à être changé « pour faire un peu de pastorale en paroisse » et « être remis au pas en contact avec la réalité ». Le Père Lherbier m’avait soutenu, il me soutenait, il était heureux de chanter les Complies en latin etc. Mais c’était un faible, surtout devant le Père Duranton.

Je dois reconnaître que ce dernier ne me portait pas du tout dans son cœur. Surtout après une intervention de ma part auprès de Mgr Ménager. En 1969, Le Père Duranton, Directeur des Vocations, avait organisé deux journées de rencontre pour les jeunes gens et les jeunes filles du Diocèse, un samedi et un dimanche. Il avait prévu notamment une Messe « à étapes » : le samedi soir, dîner en commun dans la nature, si le temps le permettait, au cours duquel se déroulerait la première partie de la Messe : La Liturgie de la Parole.

Après cela, repos dans les greniers des fermes des environs, couchés dans la paille, garçons et filles mélangés, pour aider aux rencontres interpersonnelles, favoriser les contacts et les échanges et aider ainsi les jeunes à préparer leur avenir.

Pour le dimanche matin, le petit déjeuner comprendrait la liturgie de l’Offertoire, avec la présentation du pain et du vin. Et, pendant le repas de midi, on procèderait à la Consécration et à la communion.

Mis au courant de ce projet, préparé dans tous les détails, j’intervins auprès de Mgr Ménager, réticent d’abord sur une intervention, mais qui dut céder devant ma menace de déposer une plainte à Rome. La réunion des jeunes du Diocèse aurait lieu, comme prévu, mais la Messe serait célébrée, normalement, dans l’église du village qui nous accueillait. La Messe ? Les jeunes, assis, couchés sur le sol de l’église, discutant, riant, en tenue négligée après une nuit passée dans la paille, et dans quelles conditions (?) chantaient à tue-tête des chants hippies, accompagnés à la guitare, et qui n’avaient, pour la plupart, aucun rapport avec la Messe célébrée. Je m’étais réfugié, par prudence, au fond de l’église, et les séminaristes s’étaient joints à moi les uns après les autres.

Vint le moment de l’échange de la paix, qui se donna sous toutes les formes possibles et imaginables ; aussi, lorsque des jeunes, envoyés tout exprès par l’organisateur pour « nous donner la paix », j’ai répondu avec un grand sourire « Foutez-nous la paix ! ». A la sortie de l’église, au moment de quitter l’assemblée, un groupe de jeunes, guidé par l’Abbé Duranton, s’en prit à nous, à moi, en criant : « hérétiques, intégristes ».

Mon avenir était tracé !

A la fin du mois de juillet, Monseigneur Ménager m’annonça, non pas oralement, mais par lettre, que je reçus alors que j’étais en vacances avec ma famille, que j’étais nommé Vicaire à Nemours. A la mi-juin je lui avais parlé de bruits concernant mon changement ! Il m’avait répondu avec fermeté : « Il n’en est pas question ».

Parole d’Evêque.

[Note de TradiNews - la suite du texte a été publiée le 23 septembre 2009]

La paroisse Saint Jean Baptiste de Nemours

Bref, au mois de septembre je me retrouvais comme vicaire à la paroisse Saint Jean Baptiste de Nemours : une très belle Basilique gothique. J’étais chargé notamment de l’aumônerie du Lycée mixte qui accueillait plus de mille élèves. Inutile de dire le désarroi des séminaristes de Sainte-Marie ! Mais ils ont maintenu le contact, malgré la distance, et sont venus me voir régulièrement. Ce qui explique la suite.

Les paroissiens de Nemours m’ont très bien accueilli, et, très vite, des réunions de prière (avec récitation du chapelet), se sont multipliées dans des familles qui se regroupaient pour cela. Avant de prendre contact avec le Lycée, la rentrée n’était pas encore faite, j’ai reçu une visite inattendue : mon prédécesseur. Il était tout simplement venu me donner un « conseil fraternel » en me sommant de me mettre en civil, « sinon j’allais détruire tout le travail qu’il avait fait pendant des années au lycée ». Je lui ai demandé « fraternellement » de bien vouloir s’en aller, et de s’occuper de ses affaires.

Première journée au Lycée : j’étais arrivé un peu avant l’heure dans la salle de classe qui m’était attribuée. L’heure tournait, et personne ne venait. Je pris mon chapelet et commençais à prier. Une fille d’une quinzaine d’année arrive et me déclare sans ambages : « Voilà, je vais être franche avec vous. Je viens en ambassade, envoyée par mes copains et copines. Si vous me ‘plaisez’, tous viendront. Sinon, personne ne se déplacera ».

Je la fis asseoir, et nous avons parlé très simplement. Au bout d’une demi-heure, elle me dit : « Vous me plaisez, vous êtes ouvert, sympathique, ON viendra, toutes les classes viendront ! ». Les cours ont alors commencé, avec une affluence croissante. J’ai jugé qu’il était plus judicieux de leur demander de me poser les questions qui les préoccupaient, qui les intéressaient. Et nous avons eu de bonnes conversations, au cours desquelles j’ai pu me rendre compte (déjà !) de leur ignorance religieuse complète !

La glace a vite été brisée. J’attendais une question qui vint au bout de deux mois : « Pourquoi portez-vous la soutane ? ». C’était évident. J’ai expliqué. Et voici ce que me répondit la jeune fille qui était venue en ambassadrice : « Mon Père, vous nous plaisez, et vous n’êtes pas ce qu’on nous avait dit de vous. Le précédent aumônier nous avait averti qu’il allait être changé, et que son successeur serait un prêtre en soutane, aux idées arriérées, et qu’il serait bon de boycotter’ ses cours, de ne pas y assister, pour lui donner une leçon. On a vu que ce qu’il nous avait dit de vous n’était pas vrai, et, je dois vous dire que tous mes copains et copines sont contents de la manière dont vous leur présentez la religion, de la manière avec laquelle vous répondez aux questions que nous nous posons dans notre vie. Vous êtes un prêtre moderne et qui croit à ce qu’il fait. Vous nous plaisez ! ». Je n’en revenais pas !

Paroles de jeunes !

Au mois de mai 1969, il y eut un sursaut du mois de mai 1968 : le Lycée était fermé, bloqué par un piquet de grève composé d’étudiants et d’élèves. Je suis allé quand même au lycée, en garant ma voiture à l’extérieur. Devant le piquet, l’un me dit : « Nous sommes en grève, il n’y a pas de cours ». Je lui réponds : « Je ne fais pas de cours, je parle de religion, de Dieu, et je ne suis pas payé pour cela ! ». « Oui, c’est vrai, répond un autre : laisse-le entrer, lui, ce n’est pas pareil ! » Et j’ai fait cours, la seule salle de classe éclairée, des jeunes grévistes ayant même quitté le piquet de grève pour venir assister au « cours ». Un groupe de surveillance de la grève, voyant une salle de cours éclairée, se présente pour faire respecter l’ordre de grève : « Oh, excusez-vous ! Vous, ce n’est pas pareil. Et surtout, ne partez pas, car après cette heure de cours, c’est notre tour ! ».

Quelques semaines auparavant, en revenant du Lycée, j’avais eu une surprise. Sur le palier, devant la porte de mon appartement au presbytère, quelqu’un m’attendait. C’était Mgr Ménager, l’Evêque ! Il était venu tout exprès de Meaux, en 2 CV pour me voir, pour me parler. Je le fis entrer. Mais, avant de commencer notre conversation, je lui dis : « Monseigneur, je dois tout d’abord vous poser une question : entre vous et le Père Lherbier, il y a un menteur : l’un qui m’a dit que j’allais être changé, et l’autre qui m’a dit qu’il n’en était pas question ? Qui est le menteur ? ».

« C’est vrai, me dit Mgr Ménager : je ne voulais pas vous changer, et j’ai eu tort de céder aux pressions de certains prêtres de Sainte-Marie, et le Père Lherbier aussi, c’est un faible, vous le connaissez bien. Vous y faisiez du bon travail. Selon ce que je vous avais demandé ! Vraiment je regrette ! ». Je lui demande alors la raison de sa visite qui m’honorait. Il me fit part de sa grande préoccupation à propos de mon ministère auprès des jeunes… parce que je continuais à porter la soutane. N’y avaient-il pas d’autres problèmes plus importants dans le Diocèse, au petit séminaire déjà ? Faire 200 kms aller et retour pour cela !

La Providence est bonne : j’avais trouvé les cahiers de présence aux cours de religion, laissés par mon prédécesseur. J’avais préparé moi aussi un cahier des présences. Il y avait deux courbes opposées. L’une, descendante, tous au long des mois. L’autre ascendante, en augmentation régulière, avec une participation jamais atteinte par mon prédécesseur. Devant ces faits indéniables, Mgr Ménager ne sut que me répondre : « Je vous fais confiance, mais soyez prudent ! ».

Parole d’Evêque.

Le Clergé du Doyenné : Je dois être bref, là aussi, car on pourrait écrire un roman, un drame plutôt. Un exemple suffit pour montrer l’accueil dont j’ai été l’objet de la part de mes « confères » dans le Sacerdoce. Il y avait chaque mois un réunion de Doyenné, le Doyen étant le Curé de ma paroisse. Puis, nous nous retrouvions au restaurant pour un dîner « amical ». Au cours du deuxième dîner, donc peu de temps après mon arrivée, le prêtres d’une paroisse voisine me dit, à table, devant tout le monde : « Tant que tu auras la soutane, la porte de mon presbytère t’est fermée ». je lui répondis : « Sois tranquille, je ne veux pas prendre ton virus progressiste ! ». Un autre renchérit, et j’ai honte pour lui, aujourd’hui encore, et il me dit en haussant la voix : « Quand je te vois habillé avec ta robe, habillé en femme, j’ai envie de coucher avec toi ! ».

Un grand silence ! Je réponds à haute voix : « Tu es un beau salaud et un gros porc ! ». Puis, je me suis levé, et suis parti.. Je n’ai plus jamais assisté à aucune de leurs réunions. Le Doyen ne m’a jamais parlé ensuite de cet incident. Je me suis dit : « Qui ne dit mot, consent ».

Le Séminaire de Saint-Sulpice, le Petit-Séminaire Sainte Marie de Meaux, le ministère pastoral à la paroisse Saint Jean Baptiste de Nemours présentaient un point commun, que je ressentais de plus en plus vivement au plus profond de moi-même. La « théologie nouvelle » présentée par les prêtres dans les catéchismes et dans les homélies, la célébration des Saints Mystères, la perte du sens du sacré, de la nécessité de la Confession, la perte progressive et uniformément accélérée de la conscience de la nature du prêtre et du Sacerdoce, sa « laïcisation » complète par le passage de la soutane au clergyman qui n’a été qu’une étape très brève vers l’habit civil, le « sens nouveau » de la Messe, considérée comme une Assemblée, un repas fraternel, avec l’introduction de la Sainte Communion dans la main surtout, la perte, voire même le mépris des dévotions habituelles de la vie chrétienne, comme l’Adoration du Saint-Sacrement, les Processions, la récitation du Chapelet, le Mois de Marie, le Mois de Saint Joseph, le Mois du Sacré-Cœur, le Mois du Rosaire, le Chemin de Croix : en bref, tout ce qui avait sanctifié les générations et les générations qui nous précédés, tout cela était « jeté aux orties ». C’était prendre à la lettre l’Ecriture qui dit « Et voilà que je fais toutes choses nouvelles ».

Ce que je ressentais, en conséquence, c’était que, pour un prêtre « catholique », il n’était pas possible, il n’était plus possible de rester en France, non pas à cause des fidèles, mais en raison du rejet fait par les prêtres et par les religieuses, de tout ce qui leur semblait être « d’avant LE Concile ».

Et ce que je ressentais alors, me fut confirmé quelques années plus tard (j’anticipe), en 1974 : J’avais quitté Ecône, convaincu depuis le mois de novembre 1972 que Monseigneur Lefebvre, malgré lui (? cf. ci-dessous), en arriverait à consacrer des Evêques. Et, mon départ avait été aussi le début du départ de plusieurs séminaristes d’Ecône, pour les mêmes raisons. Avec cette différence : j’étais prêtre. Ils n’étaient que séminaristes et, séminaristes d’Ecône, ils n’étaient rien. En effet, après avoir pris contact avec mon Evêque, Mgr Louis Kuehn, Evêque de Meaux, successeur de Mgr Ménager, pour lui dire que le temps était venu pour moi de reprendre un ministère pastoral dans mon Diocèse d’incardination, même une simple paroisse de campagne de 500 habitants, j’obtins cette réponse : « Il n’en est pas question : vous y feriez un pèlerinage d’intégristes » !


J’ouvre ici une petite parenthèse, intéressante : l’Evêque de Meaux refusait de me donner un ministère dans « mon » Diocèse. Mais, le 25 mars 1979 (j’étais alors à Rome depuis 1974, cf. ci-dessous), le Pape Jean Paul II fit une visite Pastorale à la Paroisse de Sainte Croix en Jérusalem, paroisse où les séminaristes sortis d’Ecône et moi-même étions hébergés. Son Excellence Mgr Martin, alors Préfet de la Maison Pontificale (le futur Cardinal Jacques Martin), qui m’honorait de son amitié, et protégeait ces jeunes, nous fit placer devant la porte de la Sacristie, pour être sûrs que nous rencontrions le Saint-Père, car nous n’avions pas été prévus dans la programme des rencontres avec le Saint-Père !

Et pour cause lors du déjeuner au Vatican, en préparation à la visite à la Basilique de Sainte Croix en Jérusalem, le Pape Jean Paul II avait interrogé le Curé de la paroisse, le Père Paolo, Cistercien sur le groupe « d’intégristes » qui se trouvaient en pension au Couvent Cistercien (qui me l’a raconté ensuite) : « ON » avait mis en garde le Saint-Père contre les anciens séminaristes d’Ecône, les « transfuges », et contre le prêtre qui les accompagnait, ancien Directeur d’Ecône, et qui célébrait chaque matin la Messe de Saint Pie V pour eux dans la Chapelle des Reliques de la Sainte Croix (devant l’écriteau en trois langues, vu par la Sainte Vierge) : il fallait se méfier d’eux, car ils ne pouvaient qu’être contre le Concile en désobéissant ainsi au Pape !

Et de fait, pendant la Messe, le Saint-Père nous dévisagea avec son regard scrutateur, mais bienveillant, se demandant certainement où était la vérité.

Avant la Messe, étant donné que le groupe des séminaristes assurait les chants en grégorien, et que nous devions recevoir la Sainte Communion des mains mêmes du Saint-Père, Monseigneur Noë, alors Maître des Cérémonies Pontificales, s’adressa à nous à ce sujet, en nous disant qu’il « était interdit de faire la génuflexion avant de recevoir la Sainte Communion ». Devenu Cardinal, puis Archiprêtre de la Basilique Saint-Pierre, il interdisait toute célébration privée de la Messe de Saint Pie V même aux prêtres qui avaient l’indult ou le « celebret » !

[Note de TradiNews - la suite du texte a été publiée le 24 septembre 2009]

Pour cette visite du Pape Jean Paul II à Sainte Croix en Jérusalem, des amis m’avaient donné la consigne suivante : « Dites simplement au Saint-Père : J’ai été le premier Supérieur du Séminaire d’Ecône ».

Le Saint-Père sort de la sacristie, et me trouve devant lui, avec les séminaristes qui m’entourent. Je lui dis le « Mot magique » : « J’ai été le premier Supérieur d’Ecône » :

Le Saint-Père s’arrête alors, me pose un flot de questions. Puis il fait le tour des séminaristes pour les interroger sur leur situation et préciser mes dires.

Puis le Saint-Père revient vers moi. Il me dit : - « Et vous, quelle est votre situation ». - « Mon Evêque refuse de me donner un ministère dans le diocèse ». - « Qui est votre Evêque ? ». - « L’Evêque de Meaux ». Monseigneur Jacques Martin (futur Cardinal Jacques Martin) intervient alors : - « Le diocèse de Bossuet Très Saint-Père ! Ce que l’Abbé Masson vous dit est vrai, car je le suis depuis son arrivée à Rome ».

Le Saint-Père alors de se tourner vers le Cardinal Ugo Poletti, son Vicaire Général pour le Diocèse de Rome, et lui dit : - « Faites incardiner Monsieur l’Abbé Masson dans le Diocèse de Rome. Il a fait un long chemin, et il a assez souffert ! ». Puis, se tournant vers moi, il me dit, avec un grand sourire, plein de malice, d’affection et de « complicité » : « Comme cela vous échapperez à la tyrannie des Evêques de France ! » (sic !)

Parole de Pape.

[Je ferme la parenthèse]


Devant le refus de Mgr Kuehn de me donner un ministère je lui ai proposé de me laisser reprendre les études en théologie. Après une longue discussion sur les différentes Universités, j’obtins de venir à Rome.

Et c’est ainsi que je me retrouvais à Rome, guidé, je le crois, par la Providence. Mais, les séminaristes qui étaient partis avec moi, en même temps que moi ? Il y eut des contacts entre l’Evêque de Meaux, et Monseigneur Bernard, Evêque de Nancy. Il y eut même une réunion pour étudier cette question, avec les deux Evêques, les séminaristes, et des parents dans les Vosges, au Valtin, dans une maison, propriété de Mgr Kuehn. Beaucoup de promesses furent faites, des engagements à respecter la « sensibilité spirituelle » de ces jeunes, de reconnaître leurs études à Ecône, le port de la soutane, de les faire accepter au Séminaire Français de Rome, etc. C’était prometteur, c’était PROMIS.

Mais, il y avait d’autres Evêques en France. Dont Mgr Vilnet, alors Evêque de Saint Dié [qui avait eu Mgr Kuehn comme Vicaire Général], et qui déclara [Monseigneur Kuehn, en personne, m’a rapporté ses paroles début septembre 1974] : « La France n’a pas besoin de prêtres pieux et traditionnalistes. Il faut les envoyer au Vietnam qui est encore un Pays pieux » (sic !).

Tout ce qui avait été promis au Valtin, fut renié, quelques jours avant la rentrée universitaire, la rentrée au Séminaire Français : pas de reconnaissance des études faites, pas de soutane ni même de clergyman, une année de « mise à l’essai » pour « remettre ces jeunes dans la voie droite », les « désintoxiquer » [« un palier de désintoxication » déclara un jour Mgr Etchegaray, lors d’un repas-entretien à la Trinité des Monts avec Mgr Arrighi, pour étudier le problème des séminaristes venus d’Ecône, et ceux qui ne voulaient ni d’Ecône, ni des séminaires de France]. Mais la Providence veillait sur ces jeunes, et une solution serait trouvée. Peut-être en parlerai-je plus tard…

Non, un prêtre « catholique » ne pouvait pas rester en France sans y perdre sa santé, sa sérénité ! Mais les séminaristes qui étaient encore au petit séminaire de Meaux ? J’y arrive, tout doucement, tout comme au titre donné à ces « Souvenirs » ou « Mémoires » (à suivre).

Mgr J. Masson

21 septembre 2009

[DICI] Les entretiens doctrinaux entre la Fraternité Saint-Pie X et le Saint Siège

SOURCE - DICI - 21 septembre 2009

Le site Internet argentin Panorama catolico internacional a fait paraître l’information selon laquelle Mgr Alfonso de Galarreta serait chargé de « coordonner et diriger les rencontres avec la commission désignée par le Saint-Siège », dans le cadre des entretiens théologiques entre la Fraternité Saint-Pie X et le Vatican. Il est précisé, au conditionnel, que Mgr de Galarreta « aurait été nommé président de la Commission de théologiens de la Fraternité en charge des discussions doctrinales avec le Saint-Siège ».

En réalité, Mgr Alfonso de Galarreta est président de la commission qui doit préparer les dossiers qui seront étudiés lors des entretiens théologiques avec les représentants du Saint-Siège. Cette commission interne à la Fraternité Saint-Pie X, constituée en avril dernier, n’est pas une commission bilatérale.

Jusqu’à plus ample informé, la déclaration de Mgr Bernard Fellay à l’agence italienne Apcom, en date du 31 juillet, demeure actuelle :

Q. Mgr Fellay, est-il prévu que vous vous rendiez à Rome prochainement ? Le début des entretiens a-t-il été fixé ? Et avez-vous déjà pensé à la composition de votre commission ? Combien de personnes ?

R. Aucune date n’a encore été fixée pour le dialogue, mais nous pouvons présumer qu’il aura lieu en automne. Je viendrai à Rome à ce moment, mais il n'y a encore rien de précis. La Commission est déjà formée de 3-4 personnes, mais nous ne pouvons pas encore fournir les noms, pour éviter toute pression. – Voir DICI n° 200 du 8 août 2009

Du côté romain, certains noms circulent. Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la Commission Ecclesia Dei, aurait déjà pressenti trois théologiens : le P. Charles Morerod, dominicain, nouveau secrétaire de la Commission théologique internationale, doyen de la faculté de philosophie de l’Université Angelicum à Rome ; le P. Karl-Josef Becker, jésuite, qui a été professeur invité à la faculté de théologie de l’Université grégorienne ; et le P. Fernando Ocáriz, vicaire général de l’Opus Dei, qui a enseigné à l’Université Pontificale de la Sainte-Croix. (DICI n°201 – 19/09/09 – Sources : Panorama catolico internacional/ Apic/ sources privées)

[Mgr Williamson] Des discussions difficiles - IIIe partie

SOURCE - 19 septembre 2009

ELEISON COMMENTS CXV (19 septembre 2009) : DES DISCUSSIONS DIFFICILES IIIème PARTIE

Deux objections mettent en relief la nature, les buts et les limitations des discussions doctrinales qui doivent s'ouvrir bientôt entre les autorités romaines et la Fraternité Saint-Pie X. Selon la première objection, la Doctrine Catholique n'est pas discutable. Selon la seconde, aucun Catholique ne peut prétendre discuter sur un pied d'égalité avec les représentants du Pape. Dans des circonstances normales, ces deux objections sont valables, mais nous ne sommes pas dans un temps normal.

En ce qui concerne la première objection, bien évidemment la doctrine Catholique inchangée et inchangeable ne peut pas être discutée. Le problème à présent, c'est que Vatican II a entrepris de la changer. Par exemple, un état catholique peut-il ou doit-il tolérer la pratique publique de religions fausses ? La Tradition Catholique dit que c'est le « peut » qui vaut, mais uniquement pour éviter un plus grand mal ou pour atteindre un plus grand bien. Par contre Vatican II dit que c'est le « doit » qui vaut, et ce en toutes circonstances. Mais si Jésus-Christ est reconnaissable comme étant Dieu incarné, alors pas plus que le « peut » n'est vrai. En revanche, si le « doit » est vrai, alors Jésus-Christ n'est pas nécessairement reconnaissable comme étant Dieu. Le « peut » et le « doit » sont aussi loin l'un de l'autre que Jésus-Christ Dieu par nature divine est loin de Jésus-Christ Dieu par choix humain. C'est toute la distance entre Jésus-Christ étant, et n'étant pas, objectivement, Dieu !

Et cependant, les autorités romaines d'aujourd'hui prétendent que la doctrine de Vatican II n'est pas en rupture mais en continuité avec le dogme Catholique. A moins donc - à Dieu ne plaise ! - que la Fraternité ne trahisse elle aussi le dogme Catholique, ce n'est pas discuter si Jésus est Dieu ou pas que la Fraternité entend faire, ni soumettre la doctrine Catholique à la discussion. Elle espère plutôt persuader tout Romain capable encore de l'entendre que la doctrine de Vatican II contredit gravement la Doctrine Catholique. Et même si très peu de ces Romains sont capables de l'entendre, la Fraternité estimera néanmoins qu'il aura été de son devoir de rendre ce témoignage à la Vérité.

Mais les autorités Romaines pourraient répondre : « Nous représentons le Pape. Comment osez-vous prétendre discuter avec nous ? » C'est la seconde objection ; et pour toute personne qui pense que la Rome Conciliaire est dans la Vérité, cette objection apparaît valide. Mais, c'est la Vérité qui fait Rome et pas Rome qui fait la Vérité. Notre Seigneur Lui-même a déclaré de façon répétée dans l'Evangile de St. Jean que sa doctrine n'est pas de lui mais de son Père (par exemple dans St Jean VII, 16). Mais alors, s'il n'est pas dans le pouvoir de Jésus de changer la Doctrine Catholique, encore moins est-ce dans le pouvoir de son Vicaire le Pape ! Si donc un Pape, par l'usage du libre-arbitre que Dieu lui a imparti, choisit de s'éloigner dans une certaine mesure de la Doctrine Catholique, alors, tout en restant Pape, dans cette mesure-là il met de côté sa dignité de Pape, et dans la même mesure il se met avec ses représentants en dessous de quiconque reste fidèle à la Doctrine du Maître divin.

Autrement dit, cette dignité que le Pape met de côté pour autant qu'il se départit de la Vérité sera assumée par tout Catholique qui reste fidèle à la Vérité. Comme l'a dit Monseigneur Lefebvre dans une réplique fameuse aux autorités Romaines qui l'interrogeaient sur ses dissensions avec le Pape Paul VI : « C'est moi qui devrait vous interroger ! ». Faire valoir la Vérité de Dieu le Père est la fierté et l'humilité, la vocation et la gloire de la petite Fraternité de Monseigneur Lefebvre. Si jamais il y avait le moindre danger que ces discussions avec Rome fissent abandonner à la Fraternité cette vocation, c'est à ce moment-là qu'il ne faudrait absolument plus discuter !

Kyrie eleison.

Londres, Angleterre

[Le Progrès] Rentrée « à l'ancienne » à l'école Sainte-Catherine de Sienne d'Unieux

SOURCE - Le Progrès - 21 septembre 2009


Une cinquante d'enfants sont scolarisés au Prieuré St-François-Régis, un établissement administré par la Fraternité saint Pie X. Une toute petite communauté installée dans le château Holtzer

Blouse marine et mocassins de rigueur pour les 51 enfants de cette petite école privée, administrée par la Fraternité saint Pie X, pour lesquels la fin des vacances a sonné cette semaine.

Sur le perron, l'abbé Mérel, les bras croisés. Un homme discret. Il est le responsable du Prieuré Saint-François-Régis. Une toute petite communauté installée dans le joli château Holtzer à Unieux. Ils sont trois prêtres et cinq religieuses. Pour eux aussi, les vacances sont terminées. Depuis cette semaine, ils accueillent une cinquantaine de petites têtes blondes, dans cette école hors contrat, mais sous contrôle de l'Education nationale. Nous sommes jeudi matin. La cloche vient de sonner. Les enfants sont en rang dans la cour. Il n'y a pas un bruit. L'abbé Mérel, la quarantaine tout juste, est impassible dans sa soutane noire. Dans un silence presque religieux, les enfants entrent dans leur salle de classe, précédés par leur institutrice. Elles sont quatre à assurer l'enseignement à l'école Sainte-Catherine-de-Sienne. Deux jeunes religieuses et deux jeunes femmes laïques. Dans la très belle salle de classe du château au parquet en chêne, on entend à peine quelques rires d'enfants qui s'installent. Des rires qui contrastent avec la rigueur très prononcée de l'établissement. Rigueur, certes, mais pas austérité. Car si la journée commence par une prière de consécration à l'Enfant Jésus de Prague, elle va très vite s'enchaîner avec une leçon de français pour la classe double des CM1 et CM2. Au tableau noir, un texte : « Le chasseur et son chien ». L'institutrice interroge ; les réponses des enfants s'enchaînent de façon très spontanée. Mais ici, pas question de répondre sans lever le doigt.

On frappe. L'abbé Mérel entrouvre la porte. Les enfants se lèvent. La discipline est la règle d'or de la maison. Comme la tenue vestimentaire.

Plutôt que l'uniforme, l'abbé Mérel préfère parler des blouses. Elles sont d'ailleurs fournies aux élèves. Marine uni pour les petits garçons ; vichy bleu et blanc avec un large col brodé pour les petites filles. C'est la règle, pour que tous soient sur le même pied d'égalité, explique l'abbé. Car ici, même si le coût de la scolarité est élevé, les familles ne sont pas forcément toutes aisées et le problème d'argent ne doit pas être un obstacle à la scolarité. C'est aussi écrit dans le règlement. Alors pourquoi des parents choisissent-ils de confier leurs enfants à cette petite école presque hors du temps ?

«Certains recherchent ce qu'ils ont connu plus jeunes, l'ordre dans le bon sens du terme, la rigueur, la discipline. Mais aussi pour l'enseignement qui est chez nous d'un bon niveau et qui a fait ses preuves. Enfin, pour l'enseignement religieux traditionnel », explique l'abbé. Car, outre la prière du matin, il y a également celle de midi et celle du soir pour la vingtaine de petits internes.

C'est aussi sans compter avec les temps de prière plus importants : le lundi et le mardi où l'on dit le chapelet ; le jeudi avec le salut du Saint-Sacrement et le vendredi avec une messe d'école en latin et un sermon. Sans oublier l'enseignement du catéchisme, de l'histoire Sainte et de la Liturgie.

Ici, les enfants sont même encouragés à se confesser. « Ce n'est pas une obligation, c'est un acte personnel », affirme l'abbé Mérel.

Dans l'immense parc du château Holtzer, l'heure de la récréation est un vrai moment de détente pour les petits écoliers. On court, on rit beaucoup aussi. La joie, la bonne humeur : des valeurs que défend au quotidien l'école Sainte-Catherine-de-Sienne d'Unieux, au même titre que le respect de l'autre, la charité ou l'obéissance.

Frédéric Paillas


Petit règlement à usage interne

A l'école Sainte-Catherine-de-Sienne, le règlement est formel : cheveux courts pour les garçons et cheveux attachés pour les filles, qui doivent porter uniquement des jupes. Les chaussures de sport sont interdites. Seules les chaussures de ville ou les mocassins sont autorisés. Le port de la blouse est obligatoire. Dans chaque classe, en fin de semaine, le directeur de l'établissement remet une médaille à l'enfant le plus méritant, pour ses efforts et une médaille pour l'enfant le plus méritant de l'école.

F. P.

[Le Progrès] L'abbé Merel : « On nous colle des étiquettes qui sont injustes »

SOURCE - le progrès - 21 septembre 2009


L'abbé Mérel ne se livre pas facilement. Il pèse chacun de ses mots car il sait que la Fraternité saint Pie X, qui reste en dehors de l'Eglise, fait souvent débat. « Ce que nous cherchons ici, avant tout, c'est donner les bases essentielles de la culture générale, dont a besoin un enfant. Ce sont ces bases traditionnelles, celles qui ont fait leurs preuves, explique-t-il. C'est un peu la même chose pour l'enseignement religieux : nous pratiquons la religion catholique traditionnelle ». L'abbé Mérel assume pleinement son appartenance à la Fraternité saint Pie X, dont la particularité est de dire la messe en latin. Intégristes ? : le mot le fait bondir intérieurement. « Les mots sont là pour susciter des émotions et là, c'est une émotion négative. Intégriste, non ; intègrement catholique, oui », préfère-t-il. « La tradition, c'est notre valeur sûre ». Incontestablement, le prêtre assume ces différences. « Oui, sans doute, nous sommes différents. Mais qu'importe, nous avons des méthodes d'enseignement qui marchent et les enfants obtiennent de bons résultats dans la poursuite de leurs études ».

F. P.

20 septembre 2009

[Paix Liturgique] Sondage aux Etats-Unis : 45 % des pratiquants réguliers assisteraient à la messe traditionnelle s’ils en avaient la possibilité

SOURCE - lettre 196 de Paix Liturgique - 20 septembre 2009
Sondage aux Etats-Unis : 45 % des pratiquants réguliers assisteraient à la messe traditionnelle s’ils en avaient la possibilité : d'un côté de l'Atlantique comme de l'autre, c'est grosso modo un catholique sur trois qui désire pratiquer sa foi dans la forme extraordinaire du rite romain

LES FAITS :

Une enquête de l'Université de Georgetown (*) menée en 2008 mais dont les conclusions n'ont été présentées que le 24 août dernier, a été menée sur l’opinion des catholiques américains au sujet de la messe traditionnelle.

Effet Motu Proprio ou pas, force est de constater que les chiffres parlent d’eux-mêmes…

En effet cette enquête révèle des tendances parfaitement remarquables :
- 25% des catholiques des États-Unis sont favorables au développement de la messe traditionnelle
- 12% seulement des catholiques des États-Unis sont hostiles au développement de la messe traditionnelle
- 29% des fidèles ne se déclarant pas hostiles à la forme extraordinairense disent en outre prêts à y assister si celle-ci devait être célébrée près de chez eux. Un chiffre qui grimpe à 45% chez les pratiquants réguliers (au sens de assistant à la messe au moins une fois par semaine) contre 20% qui n'iraient de toute façon pas et 35% qui ne savent pas.

Conduite auprès d'un échantillon de 1007 catholiques et s'inspirant d'un sondage mené en 1985 par l'institut Gallup, cette étude met en évidence le fait que la plus grande partie des fidèles américains (63%) est sans opinion quant aux dispositions du Motu Proprio Summorum Pontificum.

Et ce pour une raison simple comme le souligne Mark Gray, l'universitaire qui a commenté les résultats : "une si large proportion de catholiques ne connaît pas cette messe qu'elle a tendance à ne pas se prononcer". (**)

LES COMMENTAIRES DE PAIX LITURGIQUE

1) La première leçon de ce sondage américain est le manque d'information des fidèles quant à la libération de la messe traditionnelle par Benoît XVI. Tant qu'une majorité d'évêques et de prêtres maintiendra une chape de plomb sur le contenu et l'esprit du Motu Proprio Summorum Pontificum, une majorité de fidèles continuera à ne pas savoir de quoi il s'agit et donc à ne pouvoir en demander l'application.
Comme l’écrivait fort justement M. Patrick Banken, Président d’Una Voce dans sa lettre au Saint Père en date du 17 juillet 2008 « … Nous constatons avec regret que, depuis sa publication, le texte du Motu proprio n’a pas reçu la diffusion qu’il mérite, ce qui a contribué et contribue encore à décourager l’expression même de ces voeux. On ne peut pas demander ce qu’on ne connaît pas. La Commission Ecclesia Dei en a été maintes fois informée, mais les requêtes répétées sont restées sans réponse... ».
Pourtant, malgré cette censure, un séminariste français sur quatre en 2010 (voir lettre de Paix Liturgique n° 176) sera de forme extraordinaire. Qu’en serait il si au sein de chaque paroisse, les propositions du Pape n’étaient ni cachées ni travesties par un clergé en faillite soucieux de conserver ses privilèges et son monopole ? 30 %, 40 %, plus ?


2) L'effondrement du camp des opposants à la forme extraordinaire est la deuxième leçon de ce sondage nord-américain.

En 1985, une précédente étude révélait que 40 % des catholiques américains étaient favorables à la messe traditionnelle et 35 % étaient contre.
En un peu plus de 20 ans, le parti des opposants à la messe traditionnelle a été divisé par 3 (de 35% à 12%) !

Cet effondrement est incontestablement dû pour partie à l'apaisement liturgique apparu sous Jean-Paul II et poursuivi par Benoît XVI. Par ailleurs, la bascule démographique en cours dans le monde catholique n’y est pas non plus pour rien. En effet, aux Etats-Unis comme ailleurs, les générations ayant embrassé les interprétations abusives du dernier concile s'éteignent peu à peu sans réelle relève tandis que les nouvelles générations de catholiques sont en quête de contenu spirituel et doctrinal.


3) Si l'on considère enfin le chiffre de 29% de catholiques américains prêts à assister à la messe traditionnelle si elle était célébrée près de chez eux (45% chez les pratiquants réguliers), il est intéressant de le rapprocher de celui de 34% relevé en France en septembre 2008 par le CSA pour Paix Liturgique (voir notre Lettre n°146). D'un côté de l'Atlantique comme de l'autre, c'est grosso modo un catholique sur trois qui désire pratiquer sa foi dans la forme extraordinaire du rite romain.

Pourtant, on est bien loin, aux Etats Unis comme en France, de voir cette liturgie offerte dans une paroisse sur trois ou lors d’une des trois messes dominicales qui sont célébrées chaque dimanche dans toutes les grosses paroisses !
Il nous paraît plus que jamais indispensable de communiquer pour infléchir peu à peu la résistance du clergé et obtenir que la réalité paroissiale de terrain réponde finalement aussi bien à la volonté pontificale qu'au désir des fidèles.

Demandez et vous recevrez, frappez et on vous ouvrira !
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(*) "Opinions About the Latin Mass Have Shifted Over Time", étude CARA du 24 août 2009, consultable à l'adresse suivante : http://cara.georgetown.edu/pr082409.pdf
(**) Source : The Boston Pilot, journal de l'Archevêché de Boston, 28 août 2009.

[Max Barret - Le Courrier de Tychique] Que reste-t’il à négocier ?

SOURCE - Max Barret - Le Courrier de Tychique n°302 - 20 septembre 2009


Que reste-t’il à négocier?

« La Vie » vient de publier (14 septembre) un article intitulé « Fraternité St Pie X : Enfin le débat sur le fond». On y lit:

« Les discussions théologiques » entre le Vatican et la FSSPX doivent conditionner le retour plein et définitif du groupe intégriste à la communion de l’Eglise. Or, d’après les déclarations du cardinal archevêque de Vienne, Christoph Schönborn au quotidien bavarois « Passauer Neue Presse », le 12 septembre, leur ouverture est imminente. »

Dans la même interview le cardinal ajoute : « La seule motivation des efforts de Benoît XVI pour ouvrir ce dialogue est de ramener au bercail un groupe de catholiques qui s’est séparé de l’Eglise. »

L’objectif est donc clairement affiché : « retour plein et définitif de la FSSPX à la communion de l’Eglise»! « Ramener au bercail » la FSSPX! Par ailleurs, il s’agira pour le Vatican de « clairement signifier aux lefebvristes ce qui n’est « pas négociable » : la position à l’égard des Juifs, des autres religions, chrétiennes et non chrétiennes, et le droit fondamental de l’être humain à la liberté religieuse. » (« La Vie » - 14 septembre) Pas négociable!

On dira, il reste la messe! Voyons cela : « Même si le pape Benoît XVI a autorisé la célébration de la messe de St Pie V, et même s’il plaide pour une plus grande « sacralité » de la liturgie par la réintroduction d’éléments rituels anciens – comme le fait de célébrer le dos au peuple, de réciter certaines prières en latin, ou de donner la communion à genoux – il n’a nullement l’intention de supprimer le missel de Paul VI (concocté par un Franc-maçon! ndlr) (…) dont il défend la richesse ». (« La Vie » – même numéro). Inutile de rêver! La messe, la vraie, la seule messe, restera « extraordinaire », en retrait de la « messe bâtarde » (dixit Mgr Lefebvre)!

Par ailleurs, le cardinal explique que : ce sont-là « des thèmes cruciaux puisqu’ils engagent le fond de la foi, en abordant la question du Salut et de la place de l’Eglise catholique dans le projet divin. » (op.cit.)

Eh bien! Si nous savons lire, il n’y aura rien à négocier sur ces « thèmes cruciaux » « qui engagent le fond de la foi »! Pour tout catholique qui s’est engagé dans la défense de l’oeuvre et du combat de Mgr Lefebvre, c’est un véritable camouflet certainement ressenti comme tel par bon nombre de fidèles de la FSSPX!

Certes, dans le n° 121 de la revue « Iesus Christus » Mgr de Galaretta affirme : « Nous savons que tant qu’il n’y aura pas un retour de Rome à la Tradition, quelque accord pratique ou canonique que ce soit est incompatible avec la confession et la défense publiques de la foi et signifierait notre mort. Dans le meilleur des cas, et humainement parlant, nous en avons pour plusieurs années de discussions. »

Mgr de Galaretta nous permettra bien d’évoquer, respectueusement, les réflexions que cette déclaration nous inspire. « Plusieurs années »? « Dans le meilleur des cas »? Et encore est-il certain du résultat? … Mais en attendant que vont devenir les âmes? Ne vont-elles pas continuer à se perdre par une lente et sournoise dérive, générée, dans bon nombre de nos chapelles, par des sermons de moins en moins critiques, de plus en plus bienveillants pour Benoît XVI, dont on n’ose plus dénoncer les errements… quand on ne les justifie pas? C’est déjà nettement perceptible aujourd’hui! Alors dans plusieurs années!...


« Esto fidelis » le sermon du RP Avril pour le 15 août!

Le RP Maurice Avril m’a fait l’honneur de me communiquer le texte intégral de son sermon du 15 août dernier, et de m’accorder la permission de le publier. Pris par la place, je regrette infiniment de ne pouvoir vous en adresser la totalité. Mais en voici les extraits qui me paraissent le plus en phase avec la situation actuelle. Et tout d’abord l’introduction :

« Chaque année, au Grand Séminaire d’Alger, notre saint archevêque, Mgr Leynaud nous amenait à, l’étage de notre classe de théologie, ouvrait deux battants, nous conviait à entrer et nous déclarait solennellement : « C’était là! Vous êtes dans la salle du toast! » Et dans une grande émotion il continuait : « C’était le 12 novembre 1890, le cardinal Lavigerie avait invité une soixantaine des plus hautes personnalités de la magistrature et de l’armée. Voici la place de l’amiral Duperré, son escadre mouillait alors en rade d’Alger. A la fin du repas, le cardinal, debout, levait son verre, et, devant ce parterre de royalistes de la France profonde, annonçait de la part de Léon XIII le ralliement de l’Eglise à la République. S’en était suivi un silence cataleptique. »

« Était-ce la fin du monde? Certes, la fin d’un monde, la fin de l’ère chrétienne. En toute réalité, ce ralliement c’était le crash fatal de l’Église dans les filets maçonniques. C’était, enfin, le couronnement de l’offensive maçonnique et le glas de la Sainte Église. Sans drame, la mentalité chrétienne allait se couler dans la pensée devenue unique. »

« Tout ralliement impose une allégeance servile à la doctrine que l’on condamnait en condamnant la doctrine que l’on défendait. Nous, chrétiens, c’est le Christ que nous défendons, le Christ qui s’est proclamé la Vérité dans toute son intégrité, et en sa Personne et en ses Enseignements. C’est la Sainte Église que nous défendons, l’unique Église du Christ, « épouse bien aimée » du Christ ». (…)

Et, après un survol de toute l’oeuvre que Dieu a bien voulu lui donner la grâce d’accomplir – et elle est immense – il termine ainsi son sermon :

« Le combat dure depuis 40 ans, et pour quelques-uns un demi siècle. Hélas! Peu à peu les ardeurs se sont refroidies, soit par essoufflement, usure, lassitude devant la longueur et la complexité de la crise, soit encore par faiblesse, aveuglement ou lâcheté, soit même par une certaine contamination de cette pensée unique qui pollue les esprits ou aussi par conformisme ou complexe de la normalité, soit enfin devant les mirages, les pièges ou les promesses!

« Alors que la situation est plus gravissime que jamais, les forces occultes peuvent désormais lancer l’assaut final contre le Christ et son Église. Quant au contexte, il est le même que voici 40 ans : l’héroïsme sera-t’il le même ou le front sera-t’il déserté. La majorité avait glissé dans le complexe conciliaire, glissera-t’elle aujourd’hui dans un complexe de ralliement? S’incorporer au système, c’est trahir la Tradition! (…)

« Non seulement nous voulons combattre, mais nous en appelons au combat. Frères et soeurs dans le Christ, réveillez-vous, redressez-vous, rejoignez les premières lignes! Vous constatez que l’enjeu du combat n’a pas changé : il faut garder la foi dans toute son intégrité. Et comment? En refusant tout ce qui provoque le naufrage de la foi. En clair, il faut absolument refuser la messe nouvelle et le Concile, sans concessions, sans compromissions!

« Le Concile : les théologiens progressistes, comparses et complices des loges, ont exhumé les erreurs, condamnées par les papes de Pie IX à Pie XII, pour imposer le néo-modernisme et l’humanisme intégral, à savoir une autre foi, fondamentalement opposée, et par là une nouvelle religion qui pourra s’inféoder à la religion universelle! La nouvelle messe est arrivée pour justifier la légitimité du Concile. Collusion indéniable, il la fallait cette messe pour faire passer le concile ; il le fallait ce concile pour faire avaler cette messe!

« Esto fidelis », restons fidèles : je n’attaque ni groupes, ni personnes, je justifie la logique et la nécessité du combat. « Esto fidelis » ma déclaration ne doit surprendre personne, c’est dés le début, depuis un demi siècle que j’ai mené ce combat précis. S’il faut le décupler, c’est que la gravité de la situation s’est décuplée ; mes précisions ne peuvent qu’en sortir décuplées! « Esto fidelis », réveillez-vous, redressez-vous, le Coeur Immaculé de Marie ne pourra triompher que si vous vous portez aux premières lignes! » (…)

« En pleine communion! »

Je ne saurais dire la joie qui m’envahit en me sentant en pleine communion avec ce géant de la foi! Aussi, par le canal de ce modeste bulletin, j’invite toux ceux qui le lisent à « se réveiller, se redresser» fermement, courageusement car « s’incorporer au système, c’est trahir la Tradition.» Merci de votre soutien, mon Père! Que Dieu vous garde encore longtemps!

18 septembre 2009

[Golias] La « Dream Team » du Vatican pour « dialoguer » avec les Lefebvristes

SOURCE - Golias - Romano Libero - 17 septembre 2009


Mgr Franz Schuster, vicaire général de Vienne, en Autriche, vient de déclarer que l’Eglise devait se montrer plus ouverte à l’endroit des hommes de notre temps, et partir à leur rencontre. La Croix elle-même n’a pas hésité à reprendre l’information et à y consacrer un entrefilet.

Au même moment, le cardinal Christoph Schönborn, son archevêque, annonce que le dialogue entre les intégristes et le Vatican va s’engager dès les tout-prochains jours. Dans une interview publiée samedi par le quotidien bavarois Passauer Neue Presse, le cardinal a estimé que le pape Benoît XVI avait « de bonnes raisons » d’ouvrir ce dialogue.

« Le pape Benoît XVI considère avec raison comme de son devoir de s’engager pour l’unité de l’Eglise », précise Mgr Schönborn. « C’est la seule motivation de ses efforts en vue de ramener au bercail un groupe de catholiques qui s’est séparé de l’Eglise », qui oriente sa décision ajoute le cardinal autrichien. Peut-être - selon des rumeurs - à la demande même du Pape.

Mais il est intéressant de noter que l’archevêque de Vienne, après cette parole en ce sens, semble insinuer que le dialogue n’aboutira pas, et que le Saint-Siège n’acceptera pas l’inacceptable. Facile, habile et discrète, au demeurant d’exprimer ses propres réserves personnelles. Dont on sait qu’elles sont grandes. Selon Mgr Schönborn, à l’occasion de ce dialogue, il va être « clairement signifié » aux traditionalistes les points qui, pour le Vatican, « ne sont pas négociables » : la position à l’égard des juifs, des autres religions, chrétiennes et non-chrétiennes, ainsi que la liberté religieuse comme droit fondamental de l’Humanité.

Les conservateurs sont furieux de cette annonce anticipée par le cardinal Schönborn d’une reprise des pourparlers. Derrière le ton serein et irénique du prélat autrichien, ils devinent une stratégie habile pour torpiller l’entreprise de rabibochage. Tout en donnant faisant preuve d’une apparente bonne disposition.

En effet, la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX) a toujours souligné qu’un dialogue avec le Vatican ne pouvait avoir des chances de succès que si le Saint-Siège « admettait les erreurs du Concile Vatican II » (1962-1965), lequel avait donné un nouvel élan à l’oecuménisme et ouvert la voie au rapprochement entre catholiques et juifs.

Selon l’agence de presse catholique autrichienne Kathpress, le Vatican a d’ores et déjà formé un groupe d’experts chargé de dialoguer avec les traditionalistes. Ce groupe est présidé par le secrétaire de la commission vaticane Ecclesia Dei, Mgr Guido Pozzo, 57 ans, qui a choisi personellement les autres membres aval l’aval de Benoît XVI. Il comprend notamment le Dominicain suisse Charles Morerod, le Jésuite allemand Karl Josef Becker et le vicaire général de l’Opus Dei (et probable successeur du prélat en titre qui doit partir à la retraite), Mgr Fernando Ocariz Brana, théologien espagnol. Des conservateurs très marqués.

Tous trois sont conseillers de la Congrégation vaticane pour la doctrine de la foi, dont dépend Ecclesia Dei, présidée par le cardinal Ratzinger avant qu’il devienne pape. Côté traditionalistes, c’est un dignitaire espagnol, Mgr Alfonso De Galaretta, qui est en charge des discussions. Dont on sait qu’il est sceptique sur l’issue des pourparlers et partisan d’une ligne dure face à Rome (contrairement à Mgr Bernard Fellay, le supérieur général de la Fraternité). Mgr de Galarreta préside une Commission interne à la Fraternité Saint Pie X, dont nous n’avons pu connaître les membres, reflétant les diverses tendances, y compris celle qui est la plus « accommodante », à laquelle se rattachent Mgr Bernard Fellay, supérieur général de la Fraternité, ainsi que les abbés Grégoire Célier et Alain Lorans. Selon des rumeurs, cette tendance « ouverte » (tout est relatif !) ne jouirait cependant pas de la majorité et ne devrait pas avoir le dernier mot ! Mgr Guido Pozzo, nommé, le 8 juillet, Secrétaire de la Commission Ecclesia Dei, en est la cheville ouvrière. Officiellement, la Commission dépend de la Congrégation pour la doctrine de la foi mais son préfet, le cardinal William Levada, en mauvaise santé, ne s’en occupera pas. Originaire du diocèse de Trieste, où il est né en 1951, prêtre depuis 1977, Mgr Guido Pozzo a été employé à la Congrégation pour la Doctrine de la foi depuis 1987. C’est un intellectuel, de vaste culture et un conservateur au plan des idées. Il est membre de ce que Claude Barthe, expert du Vatican et du traditionalisme, appelle la « nouvelle école romaine ». On pourrait même dire qu’il se rattachait plutôt dans l’enseignement qu’il donnait à l’Université pontificale du Latran à l’ancienne école romaine, celle de la minorité conciliaire, celle de Mgr Brunero Gherardini, théologien très favorable à la réintégration des intégristes. Sans approuver des positions qu’il juge outrancières, C’est donc Mgr Pozzo qui sera chargé de la gestion de la « forme extraordinaire ». La réorganisation technique de la Commission Ecclesia Dei, entérinée par le Motu proprio du 2 juillet dernier, est une décision du Pape et de ses plus proches conseillers. Il s’agit à présent d’engager des discussions au niveau doctrinal, à l’évidence le plus sensible. L’issue est très incertaine.

Charles Morerod est connu du monde académique par ses travaux consacrés à Cajetan (1469-1534), un cardinal dominicain auquel Léon X, en son temps, confia la tâche du dialogue avec Martin Luther. Doyen de la faculté de philosophie de l’Angelicum de Rome, rédacteur de l’édition française de la revue « Nova et Vetera » (fondée jadis par le cardinal Journet) Morerod n’est certes pas un progressiste. Toutefois, on le considère comme loyal avec ses interlocuteurs et capable d’entendre des points de vue différents du sien. Il a pris la suite du dominicain suisse François Von Gunten dans l’étude des problèmes théologiques spécifiques posés par la tradition anglicane. Au sein de l’actuelle Commission Théologique internationale, il défend des positions traditionnelles, mais de façon moins unilatérale que son homologue francophone, le Père Serge-Thomas Bonino. A l’exemple de son ami le cardinal Georges Cottier, il aime envisager aussi la complexité des problèmes, en incluant la dimension pastorale. On dit qu’il pourrait bientôt remplacer le Père Woyciech Giertych, un dominicain polonais, en qualité de théologien officiel du Pape. Giertych ne paraît pas, en effet, avoir l’étoffe de la fonction. Une erreur de casting de plus.

Charles Morerod, s’il n’est pas traditionaliste, est considéré par les intégristes comme un bon thomiste, aussi orthodoxe qu’on puisse l’être dans l’Eglise actuelle. Il est déjà engagé dans des dialogues avec le courant lefebvriste, en particulier au sein du GREC, groupe d’échanges entre catholiques. On le dit en bons termes avec l’abbé Grégoire Célier, l’un des experts de St Pie X les plus ouverts aux positions romaines.

Né en 1928, ami personnel de Joseph Ratzinger, le jésuite Karl Josef Becker, est connu pour sa rigueur doctrinale, et même un esprit volontiers pointilleux. Ses étudiants de l’Université Grégorienne de Rome redoutaient son sens implacable du détail, et de la formule. Cité comme possible cardinal lors d’un prochain consistoire, il jouit de la plus totale confiance de la Curie. Il s’est toujours montré sévère à l’endroit de son confrère jésuite Karl Rahner. Etranger au traditionalisme liturgique, il est néanmoins respecté par les plus traditionnels pour son orthodoxie scrupuleuse et sa grande droiture, quelque peu rigide d’ailleurs.

Le troisième larron, Mgr Fernando Ocariz, né en 1944 est vicaire général de l’Opus Dei. Théologien moins renommé que ses deux associés, vulgarisateur plus que théoricien original, il est cependant l’auteur de nombreuses publications. On le dit dans la ligne de l’Opus, sans originalité de pensée, conformiste mais très pro dans le travail. Des trois, il est celui qui inspire le moins de sympathie aux traditionalistes. Présenté parfois comme ambitieux, on lui prête, à tort ou à raison l’intention de remplacer Mgr Echeverria comme prélat de l’oeuvre. Ou même de faire carrière au plus haut niveau à la Curie romaine. Il souhaite une réconciliation mais à condition que les intégristes ne jouissent pas du statut de prélature personnelle, qui doit selon lui rester l’exclusive de l’Opus.

Le départ à la retraite du cardinal Dario Castrillon Hoyos, atteint par la limite d’âge, coïncidait avec l’éviction du secrétaire en titre Mgr Camille Perl, et le décès prématuré du numéro trois, Mgr Mario Marini, un italien de la veine de Pozzo sur lequel le cardinal Bertone, Secrétaire d’Etat, misait beaucoup. Né en 1938, Camille Perl, un luxembourgeois dépourvu d’envergure, obstiné et maladroit, a sans doute nui à la cause qu’il voulut défendre plus qu’il ne la servit. Il se retire de l’active comme protonotaire apostolique et chanoine de Saint Pierre. Le chapitre de la basilique Vaticane - où il retrouvera Mgr Gherardini - est en effet considéré comme le cimetière des éléphants. Un lieu de refuge pour des prélats de haut rang finalement écartés.

Il ne fait pas l’ombre d’un doute que les discussions à venir, sous prétexte de porter sur « l’acceptation » de Vatican II, traiteront essentiellement des notes théologiques de telle assertion, du genre littéraire de tel texte, du degré d’obligation de tel autre. Voire de la nécessité d’expliciter certains textes qui se prêtent à des ambiguïtés.

Dans sa fameuse lettre du 10 mars 2009 aux évêques du monde Benoît XVI expliquait : « Il devient clair ainsi que les problèmes qui doivent être traités à présent sont de nature essentiellement doctrinale et regardent surtout l’acceptation du concile Vatican II et du magistère post-conciliaire des papes. »

Jamais à la Curie les esprits ne furent aussi favorables à l’intégration des lefebvristes. Cependant l’état des mentalités demeure tel, au sein de la fraternité St Pie X, que les pourparlers seront explosifs, délicats, et peut-être vains. A bien des égards, c’est d’ailleurs un comble. Pétrifiée dans ses certitudes, la fraternité claquerait la porte au nez d’une Curie qui n’est pourtant pas loin de partager ses points sur le Concile !

[Abbé Aulagnier] Le bon droit de la messe « tridentine ». Pour une célébration publique

SOURCE - Abbé Paul Aulagnier, ibp - 18 septembre 2009


Le bon droit de la messe « tridentine ». Pour une célébration publique
publié dans nouvelles de chrétienté le 18 septembre 2009

Avec le Motu Proprio « Summorum pontificum » de Benoît XVI, la messe « tridentine » a retrouvé son bon droit dans la sainte Eglise, son « droit de cité » C’est l’article 1 du document : « Le Missel romain promulgué par S. Pie V et réédité par le B. Jean XXIII doit être considéré comme l’expression extraordinaire de la même « lex orandi » de l’Église et être honoré en raison de son usage vénérable et antique…. Il est donc permis de célébrer le Sacrifice de la Messe suivant l’édition type du Missel romain promulgué par le B. J ean XXIII en 1962 et jamais abrogé, en tant que forme extraordinaire de la Liturgie de l’Église ».

Fort bien. Et le pape précise alors les conditions de sa célébration publique. Elle peut être célébrée dans les oratoires publics des Instituts « Ecclesia Dei » avec la présence de fidèles et dans les églises paroissiales diocésaines, avec l’accord du curé. Il n’est pas dit qu’elle doit être célébré uniquement « privativement ». Ce qui serait le comble de la contradiction. Cette législation abrogeait toute autre législation antérieure. Nous étions le 7 juillet 2007

Pourtant, un jour, alors que je me trouvais encore à Vichy, je recevais de l’archevêché de Clermont, mon « celebret » – le papier en quelque sorte d’identité du prêtre dans un diocèse – avec un note, une astérisque : vous ne pouvez célébrer la messe tridentine que « privatim », en privé. Nous étions le 28 avril 2006, un peu plus d’un an avant le Motu Proprio de Benoît XVI. Vous imaginez que ce « privatim », écrit de la main de l’évêque sur mon « celebret », ne me fit pas plaisir. Je l’exprimais sur mon site Item en deux articles de « Regard sur le monde politique et religieux », les 16 et 23 mai 2006.

Le temps passa sans réaction particulière de Mgr Hippolyte Simon. Mais le 25 septembre 2008, un peu plus d’un an après la publication du Motu Proprio de Benoît XVI réhabilitant publiquement la messe « tridentine », il me donnait rendez-vous à Paris à la maison centrale de l’épiscopat français à Paris, 58 avenue de Breteuil, Paris 7ème, , rendez-vous que j’honorais. Il voulait me parler d’une affaire de règlement d’une somme à valoir à la Cavimac, notre organisme social, règlement qui semblait conditionner le versement de ma retraite que je ne touchais toujours pas alors que j’aurais du la toucher dès le 25 mai 2005. La chose était relativement importante pour moi. Il acceptait d’en assurer le règlement, me dit-il, mais me demandait de retirer les deux articles de 2006, de mon site. Je dois dire que je ne me souvenais plus très bien de l’objet de ces articles…Ma mémoire me fait souvent défaut. Ce n’est pas le cas de Mgr Hippolyte Simon, croyez moi. Quoiqu’il en soit, je lui ai dit immédiatement qu’il n’en était pas question. Le dialogue a tourné court. J’ai eu l’occasion, quelques jours après d’en informer l’économe du diocèse… Quoi qu’il en soit, de retour à mon studio, je revois mes articles de l’époque. J’ai tout de suite compris la raison de la demande de l’évêque. Mes articles sont toujours sur le site, dans les archives de 2006. Je n’ai rien enlevé et pour cause.

En mars 2009, je reçus, ce qui m’étonna fort, de Mgr Perl un courriel puis la lettre m’annonçant que Mgr Hippolyte Simon demandait à la Commission Ecclesia Dei mon ex cardination. Ma situation n’était pas claire et il ajoutait que, sur mon site, je critiquais Benoît XVI. Je lui répondis qu’ayant toujours été incardiné au diocèse de Clermont, même du temps de Mgr Lefebvre et de mon attachement à la FSSPX, je ne voyais pas la raison de changer cette ancienne et longue disposition. Je pense que mon refus de retirer de mon site les articles concernant Mgr Hippolyte Simon, l’indisposait fort… Et pour cause.
Je vous prends à témoin.
Vous comprendrez que Mgr Simon ne sera pas le premier des évêques de France à appliquer dans toute son ampleur le Motu Proprio de Benoît XVI. Ainsi vont les choses.

Voici la lettre ouverte que j’adressais à Mgr Simon. Nous étions le 23 mai 2006. C’est le n° 90 de « Regard sur le monde »

Vous avez dit « Privatim » Monseigneur !

Vous venez de me faire adresser, Monseigneur, par votre chancelier, le 3 mai dernier, le document ecclésiastique qu’on appelle officiellement « lettres de recommandation ». Entre nous, on l’appelle « celebret ». C’est son nom ordinaire. Il est signé de votre chancelier, contre signé de votre main et daté du 28 avril 2006. Il est valable pour un an. Le « celebret » est pour le prêtre un peu comme la carte d’identité pour le citoyen. C’est un document important. C’est un document administratif, public, « ad usum publicum ». Il affirme que je suis bien prêtre, que j’ai bien reçu le sacerdoce, que je peux à la fois « célébrer la sainte messe et entendre les confessions selon les normes du droit », que je ne souffre d’aucun empêchement pour ce double ministère. Vous l’attestez –testificatur- vous-même, qui plus est en latin. Vous écrivez que « prebyterum diocesis Paul Aulangier non impedimento esse ei ad missam celebrandam et fuisse adprobatum ad audiendas secundum normas iuris »

Vous me le confirmiez, du reste, dans votre bureau de l’archevêché de Clermont lorsque vous me transmettiez l’acceptation de ma profession de foi par le cardinal Castrillon Hoyos.
C’est ce que vous attestez officiellement, de nouveau, par ce « celebret » ou « lettres de recommandation ».

Ces « lettres de recommandations » sont vraiment importantes pour un prêtre car, sans elles, il peut ne pas être autorisé, par le recteur ou le curé d’une église, à y célébrer la sainte messe. C’est ce qu’affirme le Can. 903 du Code de Droit canon : « Un prêtre, même inconnu du recteur de l’église, sera par lui (admis) à célébrer pourvu qu’il lui présente les lettres de recommandation de son Ordinaire ou de son Supérieur, délivrées au moins dans l’année, ou que le recteur puisse juger prudemment que rien ne l’empêche de célébrer ». S’il ne les a pas, il peut lui refuser la célébration des saints mystères. C’est un peu comme la carte d’identité. Sans elle, vous ne passez pas les frontières.

Vous comprenez, Monseigneur, combien ce document m’est précieux, moi qui ai vécu toute ma vie sacerdotale comme « traqué ». Oui « traqué ». Je vous assure que ce n’est pas agréable…J’ai du souvent rusé dans les sacristies, faire comme si j’allais dire la « nouvelle » messe, partir avec le nouveau missel et mettre sous mon bras le petit missel romain, celui que j’aime, que l’Eglise m’a aussi transmis et que Mgr Lefebvre m’a appris à aimer. Cela n’a rien d’agréable.

Mais vous ajoutez de votre main sur ce celebret après le « ad missam celebrandam » un petit astérisque qui me renvoie en marge, à un mot écrit en lettres capitales : « PRIVATIM ».

Je ne serais donc autorisé à dire la sainte messe dite de saint Pie V qu’en privé. Vous me l’avez dit oralement, il est vrai, puis confirmé par lettre privée. Je n’étais habilité qu’à célébrer la messe « tridentine » que dans ma paroisse d’Ambert pour quelques membres de ma famille et amis ou dans les oratoires privés du monastère de Randol.

Vous m’avez même interdit la célébration d’une messe de mariage au beau sanctuaire de Saint Saturnin. Je ne faisais que rendre service à un confrère, à la famille pour laquelle j’avais obtenu, grâce à mes relations romaines, une belle bénédiction du Souverain Pontife. Le curé responsable, que la famille avait informé, avait donné son accord. Rien ne fut caché. Ni le nom du prêtre, donné expressément : l’abbé Paul Aulagnier ni le rite utilisé : le rite saint Pie V. Vous avez appris la chose. Et vous avez mis toute votre autorité en jeu pour l’empêcher in extremis. C’était en votre pouvoir. Mais cette interdiction m’était faite non pas en raison de mes irrégularités canoniques ou peines canoniques, puisque vous aviez reconnu et que vous confessiez publiquement qu’ils n’y en avaient pas, mais simplement parce que je disais et célébrais la messe saint Pie V…et qu’elle était célébrée par moi-même…C’était le fait du « prince ». La famille dut s’adresser à un autre prêtre qui, lui, a reçu les consentements des jeunes fiancés dans le rites saint Pie V et a célébré la sainte messe dans le rite de saint Pie V…avec le consentement du curé et le votre. Vous ne vous y êtes pas opposés…Allez voir pourquoi ? Allez comprendre ?
J’ai accepté sans rien dire cet ordre humiliant et pas très raisonnable …Vous êtes tout puissant sur vos prêtres. Cet ordre, toutefois, restait privé…Je me suis tenu tranquille dans le diocèse…pensant que des jours meilleurs viendraient…Je n’avais pas le choix !

Mais là, dans la délivrance de ce « celebret », dans ce document public, officiel, vous notifiez, cette fois publiquement, que je ne peux célébrer la sainte messe que «PRIVATIM », sans public, qu’en privé. La chose est dès lors différente. Elle devient publique. Elle ne touche pas seulement ma personne. Elle touche aussi l’Eglise, son bien, son patrimoine, son être historique, la messe dite de saint Pie V.

Cette messe traditionnelle, latine et grégorienne dite de saint Pie V est le bien de l’Eglise. Elle ne peut être mise au rancard, dans un placard. Elle peut être célébrée publiquement par tout prêtre, en ordre canoniquement. C’est mon cas. C’est ce que je voudrais faire valoir à votre autorité.

Vous me permettrez, Monseigneur, respectueusement, cette argumentation.

Ce rite dit de Saint Pie V est multiséculaire.

Le rite que je célèbre, depuis mon ordination, le 17 octobre 1971, est un rite » canonisé » par la Bulle « Quo Primum Tempore » de Saint Pie V. Ce rite est multiséculaire.

Il est plus que centenaire puisqu’il remonte au 13 juillet 1570, date de publication de cette Bulle par Saint Pie V. Mais, Saint Pie V n’a fait que « réviser » le rite de la messe comme le dit Monseigneur K GAMBER dans son livre « La réforme liturgique en question » aux Editions Sainte Madeleine 1992 -page 16, préfacé par les Cardinaux RATZINGER et STICKLER :

« La liturgie romaine est restée à travers les siècles presque inchangée dans sa forme initiale, faite de simplicité et même d’austérité. Elle représente en tout cas le rite le plus ancien. Au cours des temps, plusieurs papes y ont apporté des modifications rédactionnelles, comme le fit dès le début le pape saint Damase (366-384) et, plus tard surtout saint Grégoire le grand (590-604) … »

« La liturgie damaso-grégorienne est restée en vigueur dans l’Eglise catholique romaine jusqu’à la réforme liturgique actuelle ».

« C’est pourquoi il est contraire aux faits de dire, comme il arrive souvent aujourd’hui, qu’on a aboli le « missel de saint Pie V ». Les modifications apportées au missel romain durant près de 1400 ans n’ont en rien touché au rite proprement dit, contrairement à ce que nous vivons aujourd’hui dans des proportions effrayantes; il s’est seulement agi d’enrichissements en fêtes nouvelles, en formulaires de messe et en certaines prières … » (p 16).

» Le canon de la messe, à quelques modifications près effectuées sous saint Grégoire 1er (590- 604), avait atteint dès Gélase 1er (492-496) la forme qu’il a gardée jusqu’ici « .

Cette messe est donc une coutume immémoriale.

Elle rentre dans « ces coutumes centenaires ou immémoriales » au sujet desquels le canon 28 du nouveau code reprenant le canon 30 du code de Benoît XV dit : « la coutume…est révoquée par le moyen d’une loi contraire mais s’il n’est pas fait expressément mention, les lois (contraires) ne révoquent pas les coutumes centenaires ou immémoriales « .

Il y a une hiérarchie dans les lois.

S’il en est ainsi, il était donc nécessaire de faire figurer, dans la Constitution « Missale Romanum » du même Pontife, instituant la nouvelle messe, celle dite de Paul VI, une mention expresse révoquant la coutume immémoriale, du type « non obstante quacumque consuetudine etiam centenaria et immemorabili » ou autre formule semblable (voir Padre Masseo da Casola o.f.m. cap.Compendio di Diritto Canonico Marietti 1967- p. 91).

La formule générique utilisée par Paul VI: « Non obstantibus (…) Constitutionibus et Ordinationibus Apostolicis a praedecessoribus Nostris editis » (« nonobstant les constitutions et ordonnances apostoliques données par nos prédécesseurs « ) peut tout au plus autoriser une discussion sur l’abrogation éventuelle de la Bulle Quo Primum Tempore de Saint Pie V et d’une manière générale des normes superposées par Saint Pie V au rite romain traditionnel mais elle ne touche pas le rite romain traditionnel en tant qu’il est une coutume immémoriale.

Certes, on sait que Paul VI engagea « son autorité pontificale elle-même » dans cette affaire de réforme liturgique. Il le fit expressément dans son allocution au Consistoire du 24 mai 1974. Il demanda bien, devant tous les cardinaux réunis, publiquement, solennellement obéissance à la réforme liturgique. Elle « engage le Concile ». Elle engage surtout « l’autorité pontificale elle-même ». Il le dit formellement : « « C’est au nom de la Tradition que nous demandons à tous nos fils, à toutes les communautés catholiques de célébrer dans la dignité et la ferveur la liturgie rénovée. »

« C’est donc avec une profonde amertume, mais aussi avec une paternelle espérance que nous nous adressons une fois de plus à ce confrère (Mgr Lefebvre), à ses collaborateurs et à ceux qui se sont laissés entraîner par eux… Nous comprenons leur attachement sentimental à des formes de culte et de discipline auxquelles ils étaient habitués, qui pendant longtemps ont été pour eux un soutien spirituel et dans lesquelles ils avaient trouvé une nourriture spirituelle. Mais nous avons le ferme espoir qu’ils sauront réfléchir avec sérénité sans parti pris, et qu’ils voudront admettre qu’ils peuvent trouver aujourd’hui le soutien et la nourriture auxquels ils aspirent dans les formes renouvelées que le Concile Vatican II et nous-même avons décrétées comme nécessaires pour le bien de l’Eglise, pour son progrès dans le monde contemporain, pour son unité »

Pour le pape Paul VI, la messe nouvelle est obligatoire. La messe traditionnelle, elle, est interdite.
Le Vatican – le pape, son entourage – veut l’instauration dans l’Eglise de la nouvelle messe, celle de Paul VI, à l’exclusion de toute autre. Le Pape le dit clairement.

« Rome » rejette de son sein la coutume immémoriale de la messe de Saint Pie V. Elle n’en veut plus. Elle n’est plus agréée.

Chose étonnante. Chose stupéfiante. Sans doute. C’est une des raisons de la crise de l’Eglise.

Mais les formes canoniques n’ont pas été respectées. C’est la thèse brillante d’un abbé Dulac. Toutefois, et voilà le drame… les « intentions pontificales » ne peuvent pas être exprimées d’une manière plus claire. La messe traditionnelle a vécu. Elle n’est plus.

Mais qu’est-ce que cela ? Qu’est-ce qu’un discours par rapport à une coutume immémoriale de l’Eglise ?

Alors dire, ou laisser dire que, par cette seule Constitution « Missale romanum » du 3 avril 1969 ou par ce seul discours du 24 mai 1974, la coutume immémoriale qu’est la messe dite de saint Pie V, ait été supprimée, c’est excessif.

Il y a là manifestement un abus de droit
Il y a manifestement un abus de pouvoir.

Il y a, en effet, dans l’Eglise, comme dans toute société, une hiérarchie des lois. Un simple décret ne peut abolir une loi constitutionnelle… comme un simple discours, une coutume immémoriale. Autrement c’est établir l’arbitraire.

Je vous ferai de plus remarquer, Monseigneur, que ni les allocutions successives de Paul VI, ni les diverses instructions et notifications de la Congrégation pour le Culte Divin ne peuvent suppléer au silence de la Constitution Apostolique « Missale Romanum » du 3 avril 1969 :
- soit parce que les documents « se présentent comme de simples actes interprétatifs et exécutifs de la Constitution Missale Romanum »;

- soit parce que étant approuvés simplement en forme commune, ils n’ont pas les pouvoirs de déroger, abroger, ou obroger quoique ce soit par leur propre autorité (Prof. Neri Capponi).

La commission cardinalice de 1986.

Il faut enfin remarquer, Monseigneur, qu’une commission de 9 cardinaux nommée par le Pape Jean-Paul II en 1986 affirma, pour sa part, à 8 cardinaux sur 9, que la Bulle Quo Primum Tempore n’a pas été abrogée -j’ajoute ici ni explicitement ni tacitement. J’ai raconté tout cela, dans le menu, dans le chapitre 4 de mon livre la « Bataille de la Messe » (aux Ed, de Paris). Il est vrai que vous ne l’avez pas lu. Vous n’aimez pas « la bataille »…Pourtant vous l’a faite, Monseigneur….

C’est le témoignage donné par le Cardinal STICKLER en juillet 1995, dans une interview exprimée à Latin Mass Society, aux USA.

La conclusion: la messe dite de Saint Pie V est un vrai droit pour tout catholique

La conclusion à tirer, Monseigneur, est la suivante, Jean Madiran le dit bien dans Présent du Samedi 20 mai 2006:
« Le missel romain de saint Pie V est un rite officiel de l’Eglise, hors d’atteinte de toute abolition » ou de toute limitation. « Les promulgations pontificales de 1969 et 1970 ont bien existé, elles ont simplement pu installer un second rite romain officiel, (NB : j’ajouterai toutefois, quant à moi : en ce domaine tout ne fut pas clair) coexistant avec le précédent, elles ne pouvaient faire valablement davantage et la situation, plus clairement aperçue désormais, est celle de la légalité canonique simultanée du rite traditionnel et du rite de Paul VI »

Si la volonté de Paul VI avait été celle d’abroger les formes liturgiques précédentes, il aurait dû le dire explicitement, l’exprimer dans les formes requises puisqu’il s’agissait pour le rite traditionnel d’une coutume immémoriale.

Puisqu’il ne l’a pas dit ni fait dans les formes, le rite romain traditionnel, appelé improprement de Saint Pie V, est toujours en vigueur, au moins « vi consuetudinis », « par la force de la coutume ». Il n’a pas à être limité par votre propre autorité, Monseigneur. Il n’a pas à être octroyé ni à être ôté. Il n’a pas à être déclaré être célébré en privé ou en public. Il est simplement à être reconnu et à être respecté dans les dispositions réglant son emploi à côtés des rites ou du rite réformé.

Si donc il est toujours en vigueur, il est légitime de le célébrer. Il est un droit » propre à tout fidèle ..

J’invoque donc, à ce sujet, Monseigneur, le canon 96 contre votre « PRIVATIM», contre votre « astérisque » mise indûment dans mon « celebret ». Ce canon, en effet, est ainsi libellé: « par le baptême, un être humain est incorporé à l’église du Christ et y est constitué comme personne avec les obligations et les droits qui sont propres aux chrétiens ». Or le rite dit de Saint Pie V est un rite catholique, et donc un droit catholique pour tout baptisé. N’oubliez pas, Monseigneur que le rite improprement appelé « tridentin » est d’un usage universel et multiséculaire, d’usage constant et libre, bien avant la Constitution apostolique Quo Primum Tempore.

Je fonde également ma réclamation sur le canon 214 qui dit: « Les fidèles ont le droit de rendre le culte à Dieu selon les dispositions de leur rite propre approuvé par les pasteurs légitimes de l’église ». J’ai donc le droit de rendre le culte à Dieu, par la célébration de la Sainte Messe dans le rite dit de Saint Pie V, sans aucune limitation dans le temps et dans l’espace.

Et si je n’obtiens pas satisfaction, à savoir : l’envoi d’un autre « celebret » sans cette mention : «PRIVATIM », je ferais recours au canon 221 -§ 1 : « Il appartient aux fidèles de revendiquer légitimement les droits dont ils jouissent dans l’Eglise et de les défendre devant le for ecclésiastique compétent, selon le droit ».

De plus, ne pensez-vous pas que ce « PRIVATIM » en matière liturgique est, dans la situation actuelle du corps épiscopal français, assez mal venu?

Nous voilà arrivés à une époque où l’épiscopat français prenant enfin compte du fait « traditionaliste » dans les diocèses, semble vouloir ouvrir le « dialogue » et donner, avec prudence, gain de cause aux légitimes réclamations des traditionalistes en matière liturgique.
Ce sont les conclusions de votre assemblée générale de printemps à Lourdes, les 5,6,7 avril 2006. Vous semblez vouloir « bien articuler l’accueil de la diversité ». Vous désirez « reconnaître la place dans l’Eglise d’une diversité de sensibilités liturgiques et d’animations ecclésiales… ». Croyiez-vous y réussir en limitant le zèle de ces prêtres à la célébration de la messe tridentine d’une manière « PRIVATIM» ? Le pensez, ne serait pas raisonnable !

Et si vous vous ordonnez à la création de paroisses personnelles dans vos diocèses sous votre autorité, – il est vrai que vous, vous ne les voulez pas…- vous ne pourrez tout de même pas les obliger à une « messe PRIVATIM ». Votre « PRIVATIM », Monseigneur, est anachronique. Il ne correspond pas aux intentions épiscopales…Seriez-vous au sein de l’épiscopat dans l’isolement, dans la division ?

Vous savez bien également que le pape Benoît XVI désire régler ce problème liturgique au plus vite en reconnaissant la légitime existence du rite tridentin. Il n’a jamais lui non plus parlé de limiter l’usage de ce droit en une célébration «PRIVATIM ». Bien mieux, il disait important « de cesser de bannir la forme de la liturgie en vigueur jusqu’en 1970. Celui qui, à l’heure actuelle, intervient pour la validité de cette liturgie ou qui la pratique, est traité comme un lépreux : c’est la fin de toute tolérance. Elle est telle qu’on n’en a pas connue durant toute l’histoire de l’Eglise. On méprise par là tout le passé de l’Eglise…J’avoue aussi que je ne comprends pas pourquoi beaucoup de mes confrères évêques se soumettent à cette loi d’intolérance qui s’oppose aux réconciliations nécessaires dans l’Eglise sans raison valable ». (Voici quel est notre Dieu. p. 291).

Enfin le cardinal Barbarin, Primat des Gaules vient de donner « l’imprimatur » à un « Paroissial » intitulé Jubilate Deo. Il l’a donnée, en date du 22 février 2006. – Vous le voyez c’est tout récent – Or ce livre d’Eglise, ce « Paroissial » est au service des prêtres et des fidèles vivant de la liturgie traditionnelle ». Il n’ y a là encore aucune restriction dans le droit de la célébration de cette liturgie…comme vous voulez m’y obliger. C’est, tout simplement, une nouvelle reconnaissance du « droit de cité » dans l’Eglise de cette liturgie ancestrale que célébrait devant une immense foule le cardinal Castrillon Hoyos et à Campos lors de la messe des sacres de Mgr Rifan, le 15 août 2002 et à Sainte Marie Majeur, à Rome.

Je suis, de votre Excellence, l’humble serviteur en NSJC.
Abbé Paul Aulagnier

Et le 16 mai 2006, j’écrivais un autre papier intitulé « ad missam celebradam »* PRIVATIM, j’en redonne un passage :

« Oh ! comme ce « PRIVATIM » est injuste, injurieux et faux.

Certes, il me touche d’abord. Il touche ma personne. Il touche surtout mon sacerdoce que j’ai reçu des mains de Mgr Lefebvre, ce grand missionnaire, le 17 octobre 1971, d’une manière tout à fait légale, avec les « démissoires » de mon évêque, Mgr de La Chanonie, évêque, à l’époque, de Clermont, me laissant à la disposition de Mgr Lefebvre et de la FSSPX qu’il fondait. Il m’a confié ce trésor, cette messe pour que je puisse la célébrer et puisse en faire bénéficier le plus grand nombre. Pour que je puisse rendre d’abord à Dieu, par elle, « tout honneur et toute gloire », « omnis honor et gloria ». Pour que je puisse par ce sacrifice du Christ auquel je suis ontologiquement lié, sanctifier toutes les générations et obtenir le pardon des offenses des vivants et des morts. C’est bien la finalité de la rédemption qui se perpétue par les mains du prêtre…Je communie à cet enseignement de l’Eglise qu’elle rappelle dans son canon 897 : « Le Sacrement le plus vénérable est la très sainte Eucharistie dans laquelle le Christ Seigneur lui-même est contenu, offert et reçu, et par laquelle l’Église vit et croît continuellement. Le Sacrifice eucharistique, mémorial de la mort et de la résurrection du Seigneur, dans lequel le Sacrifice de la croix est perpétué au long des siècles, est le sommet et la source de tout le culte et de toute la vie chrétienne, par lequel est signifiée et réalisée l’unité du peuple de Dieu et s’achève la construction du Corps du Christ. En effet, les autres sacrements et toutes les oeuvres d’apostolat de l’Église sont étroitement liés à la très sainte Eucharistie et y sont ordonnés ».

Et c’est cette messe qui fait la joie du prêtre, sa raison d’être, son enthousiasme…Il trouve toute consolation dans son ministère, dans son ministère dominical…où tout le peuple de fidèles l’entoure, chante et confesse avec fierté, la gloire de Dieu, s’approche de la Sainte Table pour y recevoir l’Eucharistie, le Seigneur, le Bon Pasteur, le Consolateur des âmes… Oui ! La messe célébrée est la raison du prêtre, la raison de sa paroisse, de l’église paroissiale. C’est là qu’elle doit être célébrée pour les fidèles. Il ne le reçoit pas pour lui, ce sacerdoce. Il ne la reçoit pas pour lui, cette messe. Il la reçoit pour la célébrer pour Dieu et sa gloire et pour le peuple et sa sanctification. De sorte que vouloir le réduire à une célébration « PRIVATIM», en ces trente mètres carrés, c’est vouloir le réduire à néant. C’est vouloir le mettre à mort. « C’est par toi que je meurs » disait Jeanne d’Arc à Cauchon, son juge, l’évêque de Beauvais. Ce « PRIVATIM» qui touche mon sacerdoce, et la messe, c’est vouloir les réduire à néant, alors qu’ils sont fait pour la multitude, « ad gentes » : « Allez enseigner toutes les Nations baptisez-les au nom de Père et du Fils et du Saint Esprit »

Mais ce «PRIVATIM » touche finalement et concerne principalement l’Eglise, son droit, son patrimoine, sa liturgie, son histoire, son être historique. C’est surtout cela qui est en cause dans ce «PRIVATIM». Aussi est-ce la raison pour laquelle je désire réagir au plus tôt et le plus fort possible.