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9 mai 2011

[Paix Liturgique] Le pape pose des jalons liturgiques pour l'avenir

SOURCE - Paix Liturgique, lettre 282 - 9 mai 2011

Vatican Information Service a donné tout récemment cette très intéressante information :
CITE DU VATICAN, 6 MAI 2011 (Vatican Information Service). Benoît XVI a reçu ce matin les participants aux IX Congrès international de liturgie organisé par l'Institut pontifical liturgique de St. Anselme, pour le 50 anniversaire de sa fondation. Le Pape a rappelé que Jean XXIII, "répondant juste avant le Concile aux attentes du mouvement liturgique, avait voulu relancer cette prière de l'Église en chargeant la Faculté bénédictine de l'Aventin de constituer un centre de recherche pour assurer une base solide à la réforme de la liturgie". Rappelant le titre du congrès, Entre mémoire et prophétie, il a dit que la première appartenait à l'histoire d'un institut qui a offert pendant cinquante ans d'activité et d'enseignement sa contribution à une Église engagée dans l'actualisation de Vatican II. "Le terme prophétique ouvre à un nouvel horizon même si la liturgie de l'Église ne saurait se limiter à la simple réforme conciliaire. Elle va bien au-delà car le but principal de la réforme n'a pas été de changer textes et rites, mais de renouveler la pensée liturgique en mettant au cœur de la vie chrétienne et de la pastorale la célébration du mystère pascal. Malheureusement, souvent de la part des pasteurs et des liturgistes, la liturgie a plus été envisagée comme un objet de réforme que comme un sujet en mesure de raviver la vie chrétienne, du fait qu'il existe un lien étroit entre renouveau liturgique et renouveau de la vie ecclésiale". La liturgie, a poursuivi Benoît XVI, "vit du rapport constant et précis entre une sainte tradition et un légitime progrès, ainsi que l'expose clairement la constitution conciliaire" Sacrosanctum Concilium. "Trop souvent on oppose maladroitement tradition et progrès alors que les deux concepts se complètent intégralement. La tradition est une réalité vivante, qui inclut en quelque sorte tout principe de développement, de progrès... Puisse votre institut poursuivre avec élan le service qu'il rend à l'Église, en pleine fidélité à sa riche tradition liturgique comme à la réforme voulue par le Concile Vatican II selon les critères édictés par la Sacrosanctum Concilium et les indications du Magistère". AC/VIS 20110506 (350)
Plusieurs précisions s’imposent :

1°/ Le Saint-Père s’adresse aux participants du IXe Congrès international de liturgie organisé par l'Institut pontifical liturgique de Saint-Anselme, pour le 50ème anniversaire de sa fondation, autrement dit le gratin du gratin de la science liturgique actuelle, si on nous permet cette expression familière.
L’Athénée pontifical Saint-Anselme (qui fut d’abord « Institut Pontifical liturgique Saint-Anselme », fondé en 1961, dans la vue de préparer activement la réforme liturgique), situé sur ce lieu merveilleux qu’est l’Aventin, à Rome, est confié à l’ordre bénédictin. Y est délivré un enseignement universitaire de philosophie, de théologie, d’études monastiques, de théologie sacramentaire, d’histoire de la théologie. Mais cet établissement est particulièrement spécialisé dans les matières liturgiques. D'un excellent niveau, il fut longtemps très « progressiste », mais il s’est aujourd’hui relativement « recentré ».

2°/ Sous Jean-Paul II, lorsque le Pape recevait les participants d’un colloque ou les membres d’une institution romaine – ce qui arrivait parfois plusieurs fois par semaine – il était d’usage que le discours qu’il prononçait ait été rédigé par les récipiendaires eux-mêmes (par exemple, les jésuites de la Civita Cattolica, ou les membres de la Rote Romaine, etc.). Le secrétariat du Pape revoyait le discours, introduisait éventuellement quelques corrections et le donnait à lire au Pontife qui le découvrait en même temps que ceux auxquels il s’adressait.
Il n’en est pas de même sous Benoît XVI, qui fait préparer ses interventions par son entourage le plus rapproché, voire même en certaines matières – c’est le cas pour la liturgie – se charge lui-même de la première rédaction. L’inconvénient que l’on met souvent en avant en Curie peut se trouver dans le fait que les propos du Pape ne sont pas visés par divers spécialistes qui pourraient donner leur avis. L’avantage est qu’on sait que c’est la pensée personnelle du Pape qui est exprimée, surtout dans un discours comme celui-ci.

3°/ Les écrits du cardinal Ratzinger sur le sujet de la liturgie, et notamment de la réforme liturgique de Paul VI, on été très nombreux. Entre beaucoup d’autres lieux, il s’était exprimé sur ce sujet dans : l’Entretien sur la foi, Fayard, 1985 ; La célébration de la foi, Téqui, 1985 ; Ma vie (autobiographie), Fayard, 1998 ; L’Esprit de la liturgie, Ad Solem, 2001 ; Un chant nouveau pour le Seigneur, Desclée, 2002. Les critiques de la réforme de Paul VI, spécialement sous l’angle de sa radicalité, avaient été parfois extrêmement sévères : « J’étais consterné de l’interdiction de l’ancien missel […]. On démolit le vieil édifice pour en construire un autre, certes en utilisant largement le matériau et les plans de l’ancienne construction » (Ma vie, pp. 132, 134).
Son ultime intervention sur le thème avait été publiée quelques mois avant son élévation au souverain pontificat, sous la forme d’une recension qu’il avait donnée de l’ouvrage du P. Alcuin Reid, The Organic Development of the Liturgy (Saint Michael’s Abbey Press, Londres, 2004), recension publiée notamment par le mensuel 30 Giorni (décembre 2004). Le cardinal Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi en appelait, contre la réforme à laquelle on avait assisté à la fin des années 60, à une autre réforme liturgique qui représenterait un vrai « développement organique » par rapport au Mouvement liturgique tel qu’il s’est développé jusqu’en 1948 et tel qu’il avait pris corps dans les réformes de Pie XII, essentiellement celle de la Semaine Sainte.
En revanche, depuis son accession au souverain pontificat, en dehors du Motu Proprio Summorum Pontificum de juillet 2007 et de la Lettre aux évêques qui l’accompagnait, les propos de Benoît XVI concernant la liturgie sont devenus extrêmement rares. D’où l’intérêt particulier du discours que nous évoquons.

4°/ Enfin, il est extrêmement probable que le discours s’adressant aux participants du colloque de Saint-Anselme dévoile des thèmes qui doivent se trouver dans l’introduction du Motu Proprio annoncé depuis pas mal de temps, et dont la sortie est toujours retardée, lequel serait destiné à redonner psychologiquement du lustre à la Congrégation pour le Culte divin, en consacrant son rôle de promotion, non de textes organisant une « réforme de la réforme », mais d’un « esprit » allant dans le sens de cette correction de la réforme de Paul VI.

Les thèmes développés par le Pape :

1°/ Autres temps, autres perspectives : le Pape relève habilement que le congrès à pour thème : « mémoire et prophétie ». Il saisit le second terme : « prophétie ». « Le terme prophétique ouvre à un nouvel horizon même si la liturgie de l'Église ne saurait se limiter à la simple réforme conciliaire. Elle va bien au-delà car le but principal de la réforme n'a pas été de changer textes et rites, mais de renouveler la pensée liturgique en mettant au cœur de la vie chrétienne et de la pastorale la célébration du mystère pascal ». Thème classique chez Benoît XVI : la vraie réforme liturgique, comme le vrai Concile n’ont pas été compris. C’est donc vers ce vrai esprit qu’il faut désormais se tourner.

2°/ Ce qui n’a pas fonctionné dans la réforme de Paul VI : le thème précédent reste assez vague. Vient une critique relativement plus précise – mais prudente – de ce qu’on pourrait appeler une « herméneutique de rupture » du point de vue liturgique : « Malheureusement, souvent de la part des pasteurs et des liturgistes, la liturgie a plus été envisagée comme un objet de réforme que comme un sujet en mesure de raviver la vie chrétienne, du fait qu'il existe un lien étroit entre renouveau liturgique et renouveau de la vie ecclésiale ». Et puis encore : la liturgie « vit du rapport constant et précis entre une sainte tradition et un légitime progrès, ainsi que l'expose clairement la constitution conciliaire Sacrosanctum Concilium ». Et puis aussi : « Trop souvent on oppose maladroitement tradition et progrès alors que les deux concepts se complètent intégralement. La tradition est une réalité vivante, qui inclut en quelque sorte tout principe de développement, de progrès ».

3°/ Ce qu’il faudrait faire pour corriger le tir : cela, malheureusement, le Pape n’en dit rien.
La partie la plus intéressante de ce discours reste implicite. On comprend que la réforme de Paul VI le laisse aussi insatisfait que lorsqu’il était cardinal Ratzinger, mais on comprend aussi qu’il ne passera vraisemblablement pas aux actes, c'est-à-dire aux textes. Au fur et à mesure qu’avance le pontificat, on voit que cette « réforme de la réforme » n’établira pas au moyen d’une série de lois et décrets, un troisième missel, à mi-chemin entre le missel tridentin et le missel nouveau (lequel est d’ailleurs bien plus un ensemble indéfini, un assemblage divers et évolutif, qu’un véritable missel au sens traditionnel). Le cardinal Ratzinger hier, le pape Benoît XVI bien plus encore aujourd’hui, répugne à mettre en œuvre un mouvement de réformes autoritaires et continues semblables – mais en sens inverse – à ce qu’a été la mise en œuvre de la réforme de Paul VI.
Il faut dire que, liturgiquement, l’Église est aujourd’hui une grande malade. Les liturgistes de Benoît XVI, et Benoît XVI lui-même, pourraient-ils agir autrement que par la médication douce de l’exemple : celui du Souverain Pontife, celui des évêques qui voudront bien eux aussi donner l’exemple à sa suite ? On voir ainsi, le Pape donner de petits coups de pouce : manière très digne des célébrations pontificales ; réutilisation par Guido Marini, le cérémoniaire pontifical, de somptueux ornements de la sacristie de Saint-Pierre ; disposition de gros chandeliers sur l’autel qui estompent l’effet théâtral de la célébration face au peuple ; distribution de la communion à genoux, sur la langue.

4°/ Des jalons pour l’avenir : en fait, pour l’essentiel, Benoît XVI pose des jalons pour l’avenir, et ceci de deux manières :
· En indiquant que le véritable esprit de la réforme conciliaire n’a pas été compris ;
· Et par le fait même, en permettant les critiques de plus en plus nombreuses, de plus en plus ouvertes, à Rome même, dans les colloques, des livres, des conférences, de la formidable révolution qu’a été la novation sans exemple dans l’histoire qu’a subie la liturgie romaine à la fin des années soixante.
En matière liturgique, comme en matière doctrinal par son fameux discours de décembre 2005 sur l’herméneutique de Vatican II, Benoît XVI s’inscrit dans l’histoire du post-concile comme le Pape qui ouvre des brèves, plus par le fait qu’il dit que par ce qu’il dit.

5°/ Le terme logique des propos du Pape : historiquement, il est, de toutes façons, inéluctable. La réforme de Paul VI, sauf les incommensurables dégâts qu’elle aura accumulés du point de vue pastoral, catéchétique, pédagogique, missionnaire, culturel, ne peut que disparaître à terme.
Cette disparition programmée, du fait de l’état de l’Église, et de la crise sans précédent de l’autorité, semble ne pouvoir être que progressive. A cet égard, le texte certainement majeur du Pontificat restera le Motu Proprio Summorum Pontificum, avec ce mécanisme – peut-être le seul concrètement possible pour revenir progressivement à une liturgique digne de ce nom dans les paroisses ordinaires – d’établissement d’une sorte de concurrence entre les deux rites, l’ancien et le nouveau, baptisés « formes » extraordinaire et ordinaire. En présentant son texte, le Pape a parlé d’« enrichissement réciproque » que pouvaient s’apporter l’une et l’autre formes.
Bien entendu, tout le monde sait que la forme la plus évidemment « riche » est celle qui bénéficiait d’une tradition ininterrompue de dix siècles, et dont la valeur doctrinale et rituelle était au moins semblable à celle des autres grandes liturgies catholiques. De sorte que personne ne songe sérieusement à nier que la forme qui doit être enrichie/transformée est d’abord cette liturgie fabriquée hâtivement il y a quarante ans. Et c’est ce projet d’enrichissement/transformation de la réforme de Paul VI, dans le but de la rendre plus traditionnelle dans son fond et dans sa forme, qu’on a pris l’habitude de qualifier de réforme de la réforme. Il est clair que la chance de réussite la plus sérieuse de ce « retour » se trouve dans la diffusion la plus large possible de la liturgie traditionnelle, dite « forme extraordinaire ».

Faire progressivement revenir la liturgie des paroisses à la tradition liturgique latine. Il est vrai que dans le discours aux congressistes de Saint-Anselme, le Pape ne dit pas cela expressément. Il est probable qu’à la différence du cardinal Ratzinger, le pape Benoît XVI ne le dira jamais expressément. Mais c’est bien cela, pour l’avenir, que prépare toutes et chacune de ses interventions en ce domaine.

[Golias - Romano Libero] Wojtyla progressiste en liturgie...

SOURCE - Golias - Romano Libero - 9 mai 2011

Nous avons souvent fait écho à certains jugements réservés concernant Jean-Paul II et son pontificat de la part de courants d’ouverture. Mais il ne faudrait pas oublier des réticences venant de l’autre bord. Sans le vouloir, et pour se justifier lui-même, Mgr Piero Marini apporte aujourd’hui de l’eau à leur moulin.
Ce liturgiste de 69 ans est aujourd’hui archevêque et Président du Comité chargé des congrès eucharistiques. Mais il a été surtout de 1987 à 2007 le maître des cérémonies pontificales, ce qui fait que son visage est très connu à la télévision. D’une vaste culture, d’esprit ouvert mais ancré dans la tradition romaine, il s’inscrit dans la ligne de la réforme liturgique, celle de son ancien mentor, le cardinal Virgilio Noè. Ce qui, on le devine, lui vaut de la part des intégristes une inimitié particulièrement farouche. D’ailleurs, Benoît XVI l’a écarté des cérémonies pontificales, pour y nommer un autre Marini, Guido, qui n’a de commun avec le premier que son patronyme. Mais avant même l’élection de Benoît XVI, Piero Marini était la cible d’attaques répétées et violentes de milieux intégristes. De sorte qu’en 2003, encore sous Jean-Paul II pourtant, il perdit la barrette rouge qui lui était destinée. Est-il besoin de préciser que Benoît XVI ne la lui donnera pas ?

De sérieux reproches ont été faits à Marini de brader la liturgie, d’introduire des nouveautés indues ou des pratiques folkloriques, de se soucier à peine de la validité même des sacrements (hosties consacrées loin de l’autel, baptêmes des JMJ de 1997 sans lien ou presque entre la formule et l’eau versée, etc...). De plus, Marini, comme jadis Virgilio Noè, étaient franchement hostiles à tout retour, même partiel et par miséricorde, à la liturgie d’avant le Concile.

C’est une confidence récente de Piero Marini dont se fait l’écho le jeune et brillant vaticaniste Paolo Rodari qui pourrait mettre le feu aux poudres. Aux reproches adressés non sans raison d’avoir mis en place des messes qui ressemblaient plus à des shows qu’à des rites sacrés, l’ancien cérémoniaire de Jean-Paul II répond - et il n’y aucune raison de ne pas le croire - qu’il répondait ainsi à la demande très claire de Karol Wojtyla lui-même, un acteur de théâtre, peu sensible au « proprium » de la liturgie que défend Ratzinger. En ce sens, paradoxalement, Mgr Piero Marini, malgré son éviction, aurait été plus proche du Pontife actuel ! Au début de son pontificat, Karol Wojtyla continuait à garder comme les vieux prêtres polonais le pouce et l’index joints après la consécration. Mais par piété. Le cérémoniaire d’alors, Mgr Virgilio Noè, lui fit alors savoir que ce n’était plus prévu, et le Pape y renonça. Le cardinal Wojtyla n’a jamais été soucieux de liturgie, plus de mystique et par ailleurs d’une théâtralité aux fortes résonances émotionnelles. D’où son intérêt pour les célébrations des charismatiques, de la communauté du chemin-néocatéchuménal et des fêtes du Tiers Monde (messes africaines, etc...). D’où ce style des célébrations pontificales lors des voyages de par le monde. Aujourd’hui défunt, un ancien cérémoniaire pontifical, proche du cardinal Poletti, Mgr Antonio Massone, Recteur de l’Eglise romaine de Sainte Cécile s’affligeait en privé du peu de sensibilité du Pape pour les traditions liturgiques. A la limite, il aurait bien vu des messes hard rock disait Massone.

Ceci n’est certainement pas fait pour redorer le souvenir du Pape polonais chez les intégristes. Et cela expliquerait la froideur d’un Ratzinger sans doute attristé de voir son Pape d’alors si peu sensible à la liturgie. Décidément, la béatification du 1er mai ne fait pas que des heureux !

8 mai 2011

[François Guttin-Lombard - leprogres.fr] L’incroyable pensionnat catholique à l’ancienne des monts du Lyonnais

SOURCE - François Guttin-Lombard - leprogres.fr - 8 mai 2011
Quarante garçons, du CM1 à la 1 ere, sont en pension à l’école de la Péraudière à Montrottier, qui prône les valeurs du catholicisme traditionaliste. Les messes sont en latin, les élèves coupent eux-mêmes le bois, sont en uniforme pour les cérémonies et ne rentrent chez eux que tous les quinze jours

C’est au bout d’une petite route, à trois kilomètres du village, que se trouve l’école de la Péraudière. Entre champs et forêt, plusieurs corps de ferme abritent les locaux de cet établissement imaginé en 1946 par Luce Quenette, et qui a accueilli ses premiers élèves, une dizaine, en 1954.
Aujourd’hui, ils sont quarante garçons -il existe une école sœur pour les filles en Savoie- à étudier dans cette école que son directeur Philippe Houzelle définit comme « catholique traditionaliste. Car je n’aime pas le qualificatif intégriste ».

Dans le village, c’est pourtant comme cela que l’on désigne cet établissement très discret, qui a reçu à plusieurs reprises la visite de Monseigneur Lefebvre (voir ci-dessous).

On le présente même comme un « repère » de sympathisants d’extrême-droite. « Le seul parti auquel on adhère, c’est celui de Dieu » répond Philippe Houzelle. Sur ce coup, le maire du village, apparenté PS, vient à la rescousse. « À une époque, un enseignant s’est présenté aux cantonales sous l’étiquette FN. Certains ont pu faire l’amalgame » analyse Bernard Chaverot.

Pupitres en bois et tableau noir, sol de la cour en terre battue, pas de télé à l’internat, la Péraudière donne néanmoins furieusement dans le rétro. Et l’assume. « Nous inculquons, aux enfants, l’amour de la vie campagnarde » explique Philippe Houzelle. « Nous leur faisons faire des jeux en pleine nature. Quand il neige, ils font du ski (NDLR sans remonte-pente !) dans le pré en contrebas. Le soir, les enseignants et les élèves balayent les pièces, ça donne le sens du concret. Et ceux qui le demandent coupent le bois, sous surveillance d’adultes bien sûr ».

L’uniforme n’est plus de rigueur, sauf « pour les jours de fête. On évite quand même les tenues fluo les autres jours » glisse le directeur.

Les quarante élèves - le nombre autorisé par la commission de sécurité- viennent d’un peu partout, « même si 80 % sont issus du Sud-Est, principalement d’un triangle Lyon/Grenoble-Valence. Et nous avons des gens de toutes origines sociales, de l’agriculteur au noble ».

Pour inscrire son enfant à la Péraudière, mieux vaut quand même partager une conception très traditionaliste du catholicisme. La messe hebdomadaire - les prières sont quotidiennes- est ainsi servie en latin dans la chapelle de l’école par les capucins de Morgon.

« Il faut effectivement s’engager sur la morale catholique » détaille le directeur, par ailleurs officier de réserve dans les chasseurs alpins. « Ici, c’est cadré. C’est d’ailleurs ce que recherchent les parents. Des garçons ont besoin d’un suivi, même s’ils sont loin d’être la majorité ».

En clair, à Montrottier, le pensionnat n’est pas destiné à accueillir les fortes têtes, mais les adeptes d’un catholicisme assez éloigné de celui de la grande majorité de l’église française.

École hors contrat - « par vocation, ça nous permet d’avoir un enseignement religieux spécifique » -, la Péraudière propose un enseignement à dominante littéraire. « Jusqu’en seconde, on suit le programme de l’académie, avec qui nous avons de très bons rapports et qui vient inspecter l’établissement tous les deux ans ».

Malgré cette absence d’aides publiques, les tarifs ne sont pas trop élevés. Il faut compter de 350 à 450 euros par mois, tout compris, selon l’âge de l’enfant.

L’effectif par classe va par contre faire rêver la plupart des enseignants du public. « Cette année, nos classes vont de deux élèves, en 8 e, à dix, en 4 e. Ce petit nombre fait que l’on peut plus s’occuper des enfants ».

Les résultats sont plutôt à la hauteur. Le seul élève à avoir passé le bac l’année dernière l’a obtenu avec la mention Bien.

Et ça ne devait pas être dû uniquement aux deux prières et au chapelet récités chaque jour.

"On ne vit pas hors du temps" affirme le directeur

Quand on explique au directeur qu’on a l’impression de se trouver dans le décor du film « Les choristes », la réponse ne se fait pas attendre. « Je ne suis pas d’accord avec cette comparaison. La vie de la pension qu’il décrit me paraît caricaturale. Ce qu’on fait ici n’a rien à voir avec le film. Nous avons un esprit familial, pas excessivement rigoureux. Il n’y a pas de corrections chez nous, les seules punitions sont des colles, les élèves ont des textes à recopier ».

Philippe Houzelle n’a d’ailleurs pas aimé le film « même s’il y a de très belles choses, comme le prof de chant qui arrive, par l’art, à ce que les enfants donnent quelque chose d’eux-mêmes ».

Il est persuadé que « nous ne vivons pas hors du temps. J’ai plutôt le sentiment contraire. Nous élevons des jeunes gens dans les valeurs universelles de l’homme. Et je crois que la société comptera un jour ou l’autre sur les valeurs que nous inculquons aux enfants ».

François Guttin-Lombard

7 mai 2011

1.500 messages sur TradiNews

Nous avions commencé TradiNews comme une expérience de revue de presse - qui prendrait, ou pas. Et voici que vient d'être posté le 1.500e message. Allez! on continue, au moins jusqu'à 3.000. N'oubliez pas, chers lecteurs, que vous pouvez vous abonner (si ce n'est déjà le cas) aux mises à jours en laissant votre adresse mail dans le cadre qui se trouve à gauche ("#s'abonner @ TradiNews") de ce texte.

[DICI] Commentaire sur l’homélie de Benoît XVI

SOURCE - DICI - 7 mai 2011
Dans le panégyrique de son prédécesseur, Benoît XVI affirme : « Il a ouvert au Christ la société, la culture, les systèmes politiques et économiques, en inversant avec une force de géant, force qui lui venait de Dieu, une tendance qui pouvait sembler irréversible ». L’inversion dont il est ici question est celle d’un rapport de force entre le christianisme, d’une part, le marxisme et l’idéologie du progrès, d’autre part. En effet, pour Benoît XVI, « cette charge d’espérance qui avait été cédée en quelque sorte au marxisme et à l’idéologie du progrès, il (Jean-Paul II) l’a légitimement revendiquée pour le christianisme, en lui restituant la physionomie authentique de l’espérance ». En d’autres termes, l’espérance qui avait été sécularisée au profit d’un messianisme politique, aurait été à nouveau mise au service du christianisme par Jean-Paul II qui lui aurait ainsi rendu sa physionomie authentique. S’agit-il vraiment de la vertu théologale d’espérance ? L’abbé Patrick de La Rocque dans son étude, parue ces jours-ci, Jean-Paul II, doutes sur une béatification (Clovis éd.) montre que l’espérance chez le pape polonais est centrée sur ce qu’il a lui-même « dénommé la dimension humaine de la Rédemption, cette espérance a pour objet l’édification de la civilisation de l’amour, pour moyen la prière considérée comme sentiment religieux – et par conséquent les religions prises dans leur pluralité et la liberté religieuse –, et pour motif l’espérance dans l’homme. »

A ce propos, il est particulièrement instructif de se reporter à la première encyclique du dernier pape canonisé. Dans E supremi apostolatus, saint Pie X expliquait sa devise « Instaurare omnia in Christo, restaurer toutes choses dans le Christ » (Ep. 1,10) : « Il s’agit de ramener les sociétés humaines, égarées loin de la sagesse du Christ, à l’obéissance de l’Eglise ; l’Eglise à son tour les soumettra au Christ, et le Christ à Dieu », car « tout restaurer dans le Christ et ramener les hommes à l’obéissance divine sont une seule et même chose ».

Là où saint Pie X voulait tout restaurer en Jésus-Christ (selon l’original grec : récapituler, mettre le Christ à la tête), Jean-Paul II ne souhaitait plus qu’ouvrir au Christ, en le proposant simplement à la société, à la culture, aux systèmes politiques et économiques, – et ce au nom d’une liberté religieuse paradoxalement conçue comme un dogme par un concile officiellement pastoral.

Pour tenter de justifier cette mutation – qui est une rupture –, on pourra présenter une objection pastorale, à savoir qu’avec des héritiers des révolutions de ces deux derniers siècles, il est chimérique de prétendre restaurer un rapport hiérarchique entre le Christ et la société, et qu’en conséquence il est plus efficace de se contenter d’exercer une simple influence. Saint Pie X qui n’ignorait pas les difficultés de l’apostolat d’aujourd’hui, n’envisageait pas pour autant de diminuer les exigences de la foi, mais il précisait dans la même encyclique : « pour que ce zèle à enseigner produise les fruits que l’on en espère et serve à former en tous le Christ, rien n’est plus efficace que la charité (…). En vain espérerait-on attirer les âmes à Dieu par un zèle emprunt d’amertume ; reprocher durement les erreurs et reprendre les vices avec âpreté cause très souvent plus de dommage que de profit. » Autrement dit, le souci pastoral au service des dogmes de foi, et non l’inverse.

(DICI n°234 du 07/05/11)

[Mgr Bernard Fellay, fsspx - DICI] Préface de Mgr Bernard Fellay à "Jean-Paul II, doutes sur une béatification"

SOURCE - Mgr Bernard Fellay, fsspx - DICI - 7 mai 2011
Le 2 avril 2005, au terme d’un des plus longs pontificats de l’histoire, mourait Karol Wojtyla, élu pape le 16 octobre 1978 sous le nom de Jean-Paul II. Ce pontificat d’une durée exceptionnelle – plus d’un quart de siècle – se révèle aussi d’une rare densité. Jean-Paul II a prononcé des milliers de discours, publié 14 encycliques et des centaines d’autres documents pontificaux, visité 130 nations de par le monde, donné près de 3.000 audiences publiques ou privées au cours desquelles il a reçu environ 20 millions de personnes, accueilli les évêques du monde entier lors de 10.000 rencontres, accordé plus de 1.000 entretiens à des personnalités politiques ou diplomatiques, etc.

Cette énumération, qu’il serait facile de poursuivre, manifeste la difficulté qu’il y a à prononcer un jugement serein et nuancé sur Karol Wojtyla, même en se limitant à la période du pontificat. Comment l’évaluer à sa juste valeur, alors que nombre d’actes et de décisions n’ont pas encore déployé leurs conséquences dans l’histoire ? Alors que nombre d’archives ne sont pas encore accessibles aux chercheurs, fussent-ils ecclésiastiques ? Par exemple, sa vie de prêtre puis d’évêque n’aurait-elle pas été éclairée par la consultation des archives secrètes de la Pologne d’après-guerre ? Mais celles-ci ne sont accessibles que depuis le printemps 2007, soit précisément à l’heure où s’achevait le procès diocésain, seul habilité à recueillir les témoignages qui serviront ensuite à l’instruction du procès romain. Ce seul exemple manifeste combien un bilan effectué aujourd’hui laissera forcément dans l’ombre de larges pans de cette existence. Ce n’est donc pas sans raison que la sagesse de l’Eglise avait imposé le respect d’un certain délai (cinquante ans, selon le Code de droit canonique de 1917 en son canon 2101) entre la mort d’une personne et le début de la discussion sur l’héroïcité des vertus, ce qui permettait le recul historique nécessaire.

Pourtant, un mois après la mort de Jean-Paul II, le pape Benoît XVI autorisait l’ouverture du procès de béatification de son prédécesseur. Moins de deux ans furent jugés suffisants pour clore le procès diocésain, et deux nouvelles années pour élever Karol Wojtyla au rang de « vénérable » : le 19 décembre 2009, en effet, Benoît XVI signait le décret reconnaissant l’héroïcité des vertus de Karol Wojtyla, ouvrant toute grande la voie à une béatification, fixée au 1er mai 2011.

L’empressement qui entoure cette béatification n’est pas seulement regrettable au regard du jugement que l’histoire pourra porter sur ce pontificat. Il a surtout pour conséquence de délaisser les graves interrogations posées à la conscience catholique, et ce précisément au sujet des vertus qui définissent la vie chrétienne, à savoir les vertus surnaturelles et théologales de foi, d’espérance et de charité. Au regard du premier commandement de Dieu par exemple, comment évaluer les gestes d’un pape qui, par son propos comme par son baiser, semble élever le Coran au rang de Parole de Dieu ? qui implore saint Jean-Baptiste pour la protection de l’islam ? qui se félicite d’avoir participé activement aux cultes animistes dans les forêts sacrées du Togo ? Il y a quelques décennies, selon les normes mêmes du droit ecclésiastique, de tels gestes auraient suffi à jeter la suspicion d’hérésie sur la personne qui les aurait posés. Et ils seraient devenus aujourd’hui, comme par enchantement, le signe d’une vertu de foi pratiquée à un degré héroïque ? Le pontificat de Jean-Paul II et les innombrables innovations qui l’ont ponctué – de la réunion interreligieuse d’Assise aux multiples demandes de pardon, en passant par la première visite d’un pape à une synagogue – ne sont pas sans poser de graves interrogations à la conscience catholique, interrogations qui ne font que s’accentuer lorsque, par une béatification, de telles pratiques sont proposées comme un exemple au peuple chrétien.

A la suite de Mgr Marcel Lefebvre, dont les jugements sur le pape Jean-Paul II sont publics, la Fraternité Saint-Pie X n’a pas cru pouvoir taire de telles interrogations. J’ai donc demandé en son temps à l’abbé Patrick de La Rocque de rédiger un document qui serait remis aux autorités ecclésiastiques en charge du procès diocésain : c’est à cette instance, en effet, qu’il revenait de recueillir tous les témoignages favorables et défavorables concernant la réputation de sainteté de Jean-Paul II.
Ce document, qui constitue le corps du présent livre, fut envoyé selon les normes du droit aux divers responsables du procès diocésain, afin d’être placé parmi les pièces du dossier et examiné avec le même soin que les autres. Parvenu à temps aux bureaux compétents, notre pli fut mystérieusement mis de côté, pour n’être décacheté qu’au lendemain de la clôture du procès diocésain, c’est-à-dire trop tard pour être pris en considération. Ainsi, il ne figura point parmi les dizaines de milliers de pages de témoignages solennellement remises à la Congrégation pour le culte des saints. Portées par un autre biais à la connaissance des tribunaux romains, nos interrogations ne reçurent malheureusement aucune réponse, bien au contraire : le 19 décembre 2009, le Saint-Siège déclarait l’héroïcité des vertus du pape défunt. Devions-nous dès lors nous taire ? Fort de la recommandation de l’apôtre – « Insiste à temps et à contretemps » (2 Tm 4, 2) – nous choisissions de remettre ce même manuscrit à nos interlocuteurs romains, dans le cadre des échanges doctrinaux entre la Fraternité Saint-Pie X et le Saint-Siège, leur indiquant de surcroît notre intention de publication. Effet du hasard du calendrier ou non, le monde apprenait quelques jours plus tard l’arrêt provisoire du procès de béatification, faute de preuves suffisantes attestant du « miracle » qui aurait été obtenu par l’intercession de Jean-Paul II. Pourtant, ce même « miracle » était finalement reconnu quelques mois plus tard, et la cérémonie de béatification programmée pour le 1er mai 2011. Ces pages reprenaient donc toute leur actualité. Aussi en ai-je demandé la publication.

L’auteur aurait pu, dans son examen, puiser dans les nombreux faits étonnants, troublants, scandaleux même qui ont émaillé ce pontificat. Était-il digne et convenable, pour un pape catholique, de recevoir les cendres sacrées de Shiva ? D’aller prier selon le mode juif au Mur des lamentations ? De faire lire l’épître en sa présence par une femme aux seins nus ? Tant et tant de faits auraient pu être relevés qui, pour le moins, jettent une ombre sur ce pontificat et sèment le trouble dans toute âme vraiment catholique. Ces pages pourtant ne s’arrêteront pas à une dimension simplement factuelle, mais nous mèneront jusqu’au cœur du problème, en exposant ce qui constitua le point essentiel et l’axe du pontificat : « l’humanisme » de Jean-Paul II, ses présupposés avoués et ses conséquences inéluctables, « humanisme » dont l’illustration la plus marquante fut la réunion interreligieuse d’Assise en 1986. Et si l’abbé de La Rocque nous présente sous trois chapitres distincts quelques-unes des principales raisons qui font obstacle à la béatification de Jean-Paul II, son analyse manifeste l’unité fondamentale de pensée et d’action de Karol Wojtyla dont, il faut malheureusement le reconnaître, la compatibilité avec la Tradition catholique est bien difficile à établir.

A l’heure où le Siège apostolique s’apprête à renouveler le geste scandaleux posé par Jean-Paul II à Assise en 1986, les lignes qui vont suivre redoublent hélas d’actualité. Puissent néanmoins ces pages, porteuses de graves interrogations, éclairer les âmes de bonne volonté et faire briller aux yeux de beaucoup la foi catholique dans toute sa splendeur, sa force et sa douceur.

Menzingen, le 25 mars 2011,
en la fête de l’Annonciation de la Très Sainte Vierge Marie,
20e anniversaire du rappel à Dieu de Mgr Marcel Lefebvre.

+ Bernard Fellay,
Supérieur général
de la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

(Source : Clovis – DICI n°234 du 07/05/11)

[Mgr Williamson - Commentaire Eleison] Vrai Pape? - II

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison - 7 mai 2011
Que la bonne foi ou la bonne volonté subjective de la part des Papes conciliaires suffise pour empêcher que leurs hérésies objectives, vraiment horribles, font qu'ils ne sont pas de vrais Papes, c'est une opinion exposée ici (EC 198) il y a une semaine, mais qui est bien loin d'être agréée par tout le monde. Lisez le Professeur Doermann pour voir comment Jean-Paul II a propagé le Salut Universel, lisez Mgr Tissier de Mallerais pour voir comment Benoît XVI évacue la Croix. Ces hérésies au moins matérielles sont tellement horribles que ceux-là sont nombreux qui affirment   #1, qu'elles ne peuvent pas avoir de vrais Vicaires du Christ pour auteurs,  ou #2, que toute la bonne foi du monde ne peut neutraliser leur poison,  ou #3, que la bonne foi subjective est exclue dans le cas de Papes conciliaires qui ont été formés quand même dans la bonne vieille théologie.  Voyons tranquillement chacun de ces arguments :--

Jusqu'à quel point le Bon Dieu peut permettre à ses Vicaires de le trahir (objectivement), Dieu seul le sait avec certitude. Mais nous savons par l'Evangile (Lc. XVIII, 8) que lorsque le Christ reviendra sur terre, il n'y retrouvera guère la Foi. Mais la Foi en 2011 s'est-elle déjà réduite à ce point-là ?  On peut penser que non, et alors il se peut que Dieu permette à ses Vicaires conciliaires de descendre encore plus bas, sans qu'ils cessent d'être ses Vicaires. En effet,  l'Evangile n'affirme-t-il pas qu'au moment même ou Caïphe complotait le plus grand des crimes jamais commis contre Dieu, à savoir le meurtre judiciaire du Christ (Jn.XI, 50-51), il était le Grand Prêtre?

Il est vrai que l'hérésie objective des hérétiques bien intentionnés est beaucoup plus importante pour l'Eglise universelle que leurs bonnes intentions subjectives, vrai aussi que beaucoup d'hérétiques objectifs sont subjectivement convaincus de leur propre innocence. Pour cette double raison, lorsque l'Eglise est bien portante elle met en marche le mécanisme dont elle dispose pour forcer ces hérétiques matériels soit à renoncer à leurs hérésies, soit à se faire des hérétiques formels - c'est l'Inquisition qu'elle revêt de toute son autorité divine pour discerner et condamner l'hérésie, pour sauvegarder la pureté de sa doctrine. Mais alors que se passe-t-il si c'est l'autorité suprême de l'Eglise qui nage dans les hérésies objectives ?  Qui y a-t-il au-dessus des Papes qui ait l'autorité nécessaire pour les corriger ?  Personne !  Alors Dieu a-t-il abandonné son Eglise ?  Nullement, mais il la soumet à une épreuve gravissime qui n'a été que trop méritée par la tiédeur de la masse des fidèles d'aujourd'hui - y compris, hélas, des dits «Traditionalistes»?

Il est vrai que Benoît XVI comme Jean-Paul II a reçu une formation pré-conciliaire en philosophie et théologie. Mais déjà en leur temps les vers du subjectivisme kantien et de l'évolutionnisme hégélien rongeaient depuis plus d'un siècle les entrailles du concept d'une vérité objective et immuable, sans lequel concept celui d'un dogme catholique immuable n'a aucun sens. Par ailleurs si ces Papes ont donné dans l'hérésie matérielle, on peut bien dire que cela n'a pas été sans leur faute - soit la recherche de la popularité, soit l'orgueil intellectuel. N'empêche, la faute morale ne remplace pas la condamnation par l'autorité en matière de doctrine pour les transformer d'hérétiques matériels en hérétiques formels.

Donc étant donné que seuls les hérétiques formels sont exclus de l'Eglise, et que dans le cas des Papes le seul moyen de discerner et de condamner les hérétiques formels n'est pas disponible, ne s'ensuit-il pas que sur le problème posé par les Papes conciliaires une certaine liberté d'opinion doit rester ouverte ?  D'une part le mot « sédévacantiste » ne mérite pas d'être devenu le gros mot qu'en font les « Traditionalistes » libéraux, mais d'autre part les arguments des sédévacantistes ne sont pas aussi concluants qu'ils le veulent ni le prétendent.  Concluons que les sédévacantistes peuvent encore être catholiques, mais qu'il n'y a une obligation pour aucun catholique de se faire sédévacantiste.  Personnellement, je crois que les Papes conciliaires sont, malgré tout, de vrais Papes.

6 mai 2011

[Benjamin Coste - famillechretienne.fr] Max Guazzini : le président du Stade français rugby s’essaie au chant grégorien

SOURCE - Benjamin Coste - famillechretienne.fr - 6 mai 2011

L’actuel président du Stade français, l’un des deux clubs de rugby de la capitale, est connu pour être l’un des acteurs de la professionnalisation de l’ovalie en France. Businessman intransigeant, l’ancien patron de NRJ, à qui l’on doit l’impudique Calendrier des dieux du stade, cultive un jardin secret inattendu : la foi et le chant grégorien.

Est-ce au rugby que Max Guazzini a cultivé l’art du contre-pied ? L’homme, haut comme un deuxième ligne, voudrait brouiller les cartes qu’il ne s’y prendrait pas autrement. En effet, l’actuel président du Stade français a engendré un nouveau projet, musical celui-là. Rien d’étonnant pour l’ancien attaché de presse de Dalida, ex-président de NRJ. Sauf que là, Guazzini a œuvré à la production d’un album de… chant grégorien ! Pas moins de quarante-six titres réunis sur un double CD baptisé Credo.

Il faut plonger dans l’histoire personnelle de ce fils d’immigrés italiens pour comprendre son attachement au chant traditionnel de l’Église catholique. Un œil sur son Iphone zébré des trois éclairs du Stade français, l’homme aux fiers 63 ans sans un cheveu blanc se remémore sa scolarité à Notre-Dame de la Viste. Cet établissement catholique de Marseille est toujours tenu par la congrégation Timon-David arborant une mission : « graver Jésus-Christ dans les cœurs ».

« La messe, le moment le plus important de ma journée »

« À l’époque, tous les chants étaient en latin » se souvient Max. « Ma foi s’est éveillée durant ces années » confie-t-il avec un sourire immaculé. Car l’ancien thuriféraire de la Viste, capable de réunir plusieurs fois par saison 80 000 personnes au Stade de France pour de « simples » matches du Top 14, se revendique de l’Église catholique, apostolique et romaine. Pas un saupoudrage spirituel selon lui, mais une conviction qui fait de la messe « le moment le plus important de ma semaine » affirme le paroissien de Sainte-Jeanne-de-Chantal à Paris (XVIe arrondissement).

L’homme public, dont on vante l’épaisseur du carnet d’adresses de A comme artistes, à S comme sportifs en passant par P comme politiques, refuse de dévoiler sa vie privée : récemment, les auteurs d’une biographie non officielle en ont fait les frais par voie de justice… C’est avec pudeur qu’il livre son questionnement adolescent face à une possible vocation, sur le « Viens, suis-moi » du Christ qui le hante. On s’étonne face à l’instigateur de l’érotique Calendrier des dieux du stade. Il se défend : « Je ne suis pas un saint et nous faisons tous des conneries sur cette terre. La fête, les flonflons, tout cela passera avec nous. »

Plutôt qu’un réel « coming out » catho, Max Guazzini semble vouloir témoigner de sa foi, de manière plus ou moins subliminale. Ainsi, le livret accompagnant Credo est signé Max Guazzini SCJ – comprendre Sacré Cœur de Jésus –. Quant aux célèbres maillots roses du club, ils sont marqués ces dernières saisons d’un visage virginal : « Mon idée première était de représenter la Vierge Marie. Mais notre équipementier nous en a dissuadés, et nous avons opté pour Blanche de Castille, reine de France et mère de Saint Louis »

Un chant pour atteindre le royaume des cieux

« Le chant grégorien et latin participe de l’élévation de l’esprit vers le royaume des cieux dont les clefs ont été remises à l’apôtre saint Pierre » écrit Guazzini, choriste à ses rares heures perdues. Il se réjouit que Benoît XVI ait permis au latin « de revivre » et dit avoir comme livre de chevet L’Imitation de Jésus-Christ. « Je ne suis pas intégriste » précise celui qui n’a pas choisi pour marraines du Stade français Jeanne d’Arc ou Mère Teresa qu’il admire, mais le top-modèle Naomi Campbell et Madonna...

Max Guazzini n’en est plus à un paradoxe près. Mais, comme le reste, il assume : « Nous avons tous plusieurs facettes, non ? »

Benjamin Coste

[Paix Liturgique] Mgr Aillet aux côtés des cardinaux Koch et Canizares pour le troisième colloque romain sur le motu proprio

SOURCE - Paix Liturgique, lettre 281 - 6 mai 2011

En 2008, le premier colloque romain sur le Motu Proprio Summorum Pontificum avait été marqué par l'accusation portée par Mgr Perl, alors secrétaire de la Commission Ecclesia Dei, contre les évêques italiens, coupables de s'opposer à l'application du texte pontifical. Une déclaration qui avait défrayé la chronique transalpine, de nombreux journaux la relayant auprès de leurs lecteurs. En 2009, la seconde édition de ce colloque avait eu pour point d'orgue le salut adressé aux participants par le Saint-Père au terme de l'Angélus, place Saint-Pierre, à l'issue de la messe célébrée dans la basilique par Mgr Burke. Que faut-il attendre de la troisième édition de ce colloque qui se tiendra la semaine prochaine dans les murs de la prestigieuse université pontificale de l'Angelicum ?

I - UN PROGRAMME SUBSTANTIEL

Dom Folsom, supérieur des bénédictins de Nursie (lettre de Paix liturgique n°186), Mgr Schneider, évêque auxiliaire d'Astana (lettres de Paix liturgique n°249, 250 et 251), Mgr Pozzo, secrétaire de la Commission Ecclesia Dei, Don Nicola Bux, consultant du Saint-Siège (voir notamment lettres de Paix liturgique n°211 et 258), les Franciscains de l'Immaculée (voir lettres de Paix liturgique n°171 et 223), la Fraternité Saint-Pierre qui assurera une grande partie du service liturgique en l'église de la Trinité des Pèlerins, l’Institut du Christ-Roi intervenant lors de la messe à Saint-Pierre : voici les ingrédients du troisième colloque sur le Motu Proprio Summorum Pontificum qui se tiendra à Rome la semaine prochaine (du 13 au 15 mai) sous la houlette du père Nuara, officiel de la Commission Ecclesia Dei.

Le colloque est organisé en trois temps. Le premier temps, le vendredi 13 mai après-midi, est réservé aux prêtres, séminaristes et religieux. Il comprendra une conférence de Dom Folsom sur la place de la liturgie dans la vie sacerdotale et se conclura par les vêpres pontificales célébrées par Mgr Schneider.

La journée de colloque elle-même, se déroulera le samedi 14 dans un cadre beaucoup plus institutionnel que celui des deux premières éditions puisque les participants se retrouveront dans les murs de l'université pontificale Saint-Thomas-d'Aquin, le fameux “Angelicum”. Les conférences principales seront tenues par le cardinal Cañizares, Préfet de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements (sur le thème “La liturgie sacrée, vie de l'Église”) ; par Mgr Aillet, évêque de Bayonne (“Esprit de la liturgie, liturgie de l'Esprit”) ; et par le cardinal Koch, Président du Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens (“La liturgie traditionnelle de l'Église, pont œcuménique”). Si le cardinal Cañizares et Mgr Aillet sont connus pour leur adhésion à la réforme de la réforme voulue par le Saint-Père, c'est néanmoins la première fois comme évêque, depuis son livre écrit alors qu’il était encore vicaire général de Toulon, Un événement liturgique ou le sens d’un Motu Prorio (Tempora, 2007), que l'évêque de Bayonne affiche aussi publiquement son intérêt pour la liturgie traditionnelle de l'Église. Quant au cardinal Koch, sa conférence est très attendue car elle va donner un imprimatur romain à un argument méconnu en faveur de la liturgie extraordinaire : sa capacité à rapprocher de l'Église catholique un certain nombre de frères séparés, demeurés fidèles à une liturgie digne et théocentrée, comme les orthodoxes et les luthériens notamment. Ce sera aussi la première fois que le prélat helvétique s'exposera aussi clairement en défense du texte pontifical, ce qui n'est pas rien eu égard aux tensions qui traversent l'Église suisse (voir lettre de Paix liturgique n°279).

Le dernier temps du colloque sera constitué par la messe au faldistoire (c'est-à-dire au « fauteuil », le trône était réservé à l’évêque du lieu, qui est ici le Pape) que célébrera le cardinal Cañizares le dimanche matin en la basilique Saint-Pierre du Vatican. Le cardinal célébrera de bonne heure (8 heures) mais sur l'autel de la Chaire de Saint-Pierre. Ce sera donc la première messe traditionnelle célébrée publiquement dans la nef principale de la basilique depuis le Concile (l’historien Luc Perrin se plaît à rappeler aussi souvent qu’il le peut que la « messe du Concile », de 1962 à 1965, était la messe de Saint-Pie-V, puisque la messe de Paul VI ne date que de 1969). En 2009, c'est seulement dans la chapelle fermée du Saint-Sacrement que le cardinal Burke, qui n'était encore qu'archevêque avait officié. Soulignons que l'ensemble des officiels de la Commission Ecclesia Dei seront ministres liturgiques lors de la cérémonie, tel Mgr Descourtieux, chargé de la section francophone. Le cérémoniaire sera le chanoine Guitard de l'Institut du Christ-Roi et le chœur sera dirigé par le cardinal Bartolucci, ancien directeur du Chœur de la Chapelle Sixtine. Et on remarquera aussi la présence, comme « familiers » (c'est-à-dire membres de la « famille » liturgique) du Pontife, de Mgr Nicolas Thèvenin, protonotaire apostolique et de Mgr Marco Agostini, l’un des cérémoniaires pontificaux.

II – LES REFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) Ce colloque Summorum Pontificum est désormais un rendez-vous obligé dans le paysage romain. Et c'est une bonne chose. D'autant plus que sa non-tenue à l'automne dernier, consécutive à la confirmation de l'entrée de son animateur principal, le père Nuara (dominicain), au sein de la Commission Ecclesia Dei avait alimenté quelques inquiétudes quant à son avenir.

2) La présence de Mgr Aillet est un signe encourageant pour les catholiques de France sensibles à la liturgie traditionnelle de l'Église. Elle confirme que le texte de Benoît XVI a bel et bien fait tomber un tabou et réparé une longue injustice. Nous ne pouvons que réaffirmer une nouvelle fois notre reconnaissance sincère envers le Saint Père et lui renouveler toute notre affection dévouée.

3) Le samedi 30 mars, le quotidien officiel de la conférence épiscopale italienne, Avvenire, a accepté de publier une pleine page de publicité pour le colloque. Certes, une pleine page de rédactionnel eut été préférable et moins onéreuse pour les organisateurs, cependant, là encore, Rome nous donne une leçon d'ouverture et de banalisation. Même si l'épiscopat italien est encore majoritairement réticent quant à l'enrichissement mutuel des deux formes du rite romain, il ne considère plus la liturgie traditionnelle comme hors de l'Église. C'est bien la moindre des choses depuis le 7 juillet 2007 et la publication du Motu Proprio, mais ce n'est pas encore, malheureusement, le cas de ce côté-ci des Alpes.

4) Quel sera le temps fort médiatique de ce troisième colloque ? En 2008, l'intervention inopinée du cardinal Castrillón, président de la Commission Ecclesia Dei, et les propos de son secrétaire, Mgr Perl sur l'opposition épiscopale avaient retenu l'attention. En 2009, la publication des résultats du sondage réalisé par l'institut Doxa pour Paix Liturgique et le salut pontifical avaient marqué le colloque et ses participants. Cette année, c’est très officiellement que Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la Commission Ecclesia Dei, parlera de : « Motu Proprio Summorum Pontificum bilan et perspective » Quant à Mgr Nicola Bux, il abordera un sujet brûlant, à l’heure où l’on s’interroge sur l’intégration principale ou seulement subsidiaire du sacrement de l’ordre selon la forme traditionnelle dans le cadre du Motu Proprio : « Le Sacrement de l'Ordre Sacré dans le Pontifical Romain (ed. ty. de 1961-1962) Une réflexion de théologie liturgique ».
Gageons donc sans risque que cette édition 2011 aura aussi son “momentum” et que la forme extraordinaire y gagnera en visibilité.

1 mai 2011

[Abbé Basilio Méramo] Béatification de l’éclipse du soleil

SOURCE - Abbé Basilio Méramo - 1er mai 2011

Bogotá, 1er mai 2011

La béatification de Jean-Paul II, dont la devise était De Labore Solis (éclipse du soleil), signale d’une part l’éclipse de ce soleil qui symbolise la lumière du Christ et de Son Église sur le monde, lequel sombre dans la grande apostasie des nations des gentils qu’annoncent les Saintes Écritures, d’aut re part l’effacement de l’obstacle (Katejon) constitué par l’empire de la vérité, que saint Pie X a évoqué en disant que le Christ viendrait une seconde fois (Parousie), lorsque la doctrine se serait corrompue et que la Vérité ne pourrait plus régner en ce monde : « Veillez, ô prêtres, à ce que, par votre faute, la doctrine de Jésus-Christ ne perde pas la parure de son intégrité. Conservez toujours la pureté et l’intégrité de la doctrine […] Lorsque cette doctrine ne pourra plus se garder incorruptible et que l’empire de la vérité ne sera plus possible en ce monde, alors le Fils de Dieu apparaîtra une seconde fois. Mais jusqu’à ce dernier jour, nous devons maintenir intact le dépôt sacré et répéter la glorieuse déclaration de saint Hilaire : “Mieux vaut mourir en ce siècle que corrompre la chasteté de la vérité” ». (Pie X, Jérôme Dal-Gal O.M. Conv. 1953, p. 107 et 108).

Avec la béatification de Jean-Paul II, ce qui règne, c’est l’erreur, le mensonge et la confusion doctrinale et religieuse, à un point tel qu’on ne l’avait jamais vu et qu’on ne le reverra plus jamais (il s’agit de la grande tribulation dont parlent les prophéties sacrées). Cette béatification représente l’apothéose de la Synagogue de Satan dans l’Église, outragée dans sa virginité doctrinale et religieuse, c’est la béatification de la nouvelle Église postconciliaire, c’est-à-dire de la nouvelle et fausse religion mondiale, oecuméniste, gnostico-kabbalistique, c’est la béatification du modernisme et de la révolution antichrétienne universelle, c’est la béatification de la contre-Église de l’Antéchrist-pseudo-prophète, c’est la béatification du Mystère d’Iniquité, c’est la béatification de l’abomination de la désolation dans le Temple (l’Église), c’est le triomphe du judaïsme au sein de l’Église, la « gloire de l’olivier » (De Gloria Olivae, devise de Benoît XVI) ; c’est donc l’annonce de la réduction de la véritable Église à un petit troupeau (pusillus grex, Luc 12, 32) dispersé de par le monde, resté fidèle à la sacro-sainte Tradition apostolique et romaine. À La Salette, Notre Dame nous a appris que « Rome perdra la foi et deviendra le siège de l’Antéchrist ». Elle nous a révélé aussi que « l’Église sera éclipsée », que « le monde sera dans la consternation », car « Il est temps. Le soleil s'obscurcit; la foi seule vivra », « la vraie foi s'est éteinte, et la fausse lumière éclaire le monde », « ce sera le temps des ténèbres; l'Église aura une crise affreuse », « combattez, enfants de lumière, vous, petit nombre qui y voyez ; car voici le Temps des temps, la Fin des fins ». (Aparición y Mensage de La Salette, José Luis de Urrutia S.J.)

N’oublions pas la prophétie de saint Anselme, évêque de Sunium, en Grèce, qui date du treizième siècle (Vaticina illustrium virorum, Venise, 1605), car elle est en rapport avec Jean-Paul II, lequel a pour prénom Karol : « Malheur à toi, ville des sept collines. Quand la lettre K sera acclamée à l’intérieur de tes murailles, alors ta chute sera proche. Tes gouvernants seront détruits. Par tes crimes et tes blasphèmes, tu as irrité le Très-Haut ; tu périras dans la déroute et le sang ». (cf. la brochure El Tiempo que se Aproxima – según las principales profecias, réimprimé en 1988, p. 32 ; éditeur : Publicaciones del Padre José de Urrutia, S.J., qui fut professeur à la faculté de droit canonique de Madrid.)

De même, dans son commentaire de l’Apocalypse, le vénérable Holzhauser écrivit, au sujet de l’Église et de sa situation déplorable à la fin des temps apocalyptiques précédant la venue du Messie en gloire et en majesté :

« § 3. De l'Antipape abominable et scélérat idolâtre qui déchirera l'Occident et fera adorer la première bête (XIII, 11-18).

« XIII, 11 : “Puis je vis monter de la terre une autre bête, qui avait deux cornes semblables à celles d’un agneau, et qui parlait comme un dragon”. Cette bête est un faux prophète qui annoncera le fils de perdition comme étant le Christ, […] tandis que le faux prophète s’élèvera, il prévaudra et dominera sur la terre ferme, qui est voisine des mers et sur laquelle s’exerce actuellement l’empire romain, lequel comprend en son sein les États de l’Église. “Elle avait deux cornes semblables à celles d’un agneau”, parce qu’il s’agira d’un chrétien apostat […]. Alors l’Église sera dispersée dans les lieux solitaires et déserts, dans les forêts et les montagnes, ainsi que dans les crevasses des rochers, car le pasteur aura été frappé, et les brebis auront été dispersées. Car ce sera comme au temps de la Passion de Notre Seigneur. Et il semble que c’est à cette ultime désolation que Notre Seigneur fait allusion lorsqu’Il dit dans Sa Passion (Matthieu, XXVI, 31) : “car il est écrit : je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées”. Par conséquent, l’Église latine sera déchirée, et à l’exception des élus, il y aura une défection totale de la Foi ». (Révélation du Passé et de l’Avenir, Interprétation de l’Apocalypse par le vénérable Barthélémy Holzhauser, vers 1650, p. 91.) À son tour, Monseigneur Lefebvre a dit très clairement – après avoir parlé avec le cardinal Ratzinger à Rome (ce pourquoi, du reste, l’on cache et méconnaît ceci aujourd’hui) – que Rome était tombée dans l’apostasie, que le concile Vatican II était schismatique, que les personnes qui occupaient Rome étaient des antichrists : « … du fait de cette déchristianisation, je pense que l’on peut dire que ces personnes qui occupent Rome aujourd’hui sont des anti-Christ. Je ne dis pas Antéchrist, je dis anti-Christ, comme le dit saint Jean. “Déjà, l’anti-Christ sévit de notre temps”, dit saint Jean dans sa première lettre. [NdT : dans la traduction de cette épître par le chanoine Crampon, il est question uniquement de « l’antéchrist » (sans majuscule ni trait d’union).] L’anti-Christ, des anti-Christ. Ils sont anti-Christ, c’est sûr, absolument certain. » (Conférence spirituelle, Écône, 14 septembre 1987).

Comme si cela ne suffisait pas, Monseigneur Lefebvre met le doigt également sur l’apostasie de la Rome moderniste : « Ce qui vous intéresse, c’est de connaître quelles sont mes impressions après l'entrevue que j'ai eue avec le Cardinal Ratzinger le 14 juillet dernier. Hélas, je dois dire que Rome a perdu la foi, mes chers amis. Rome est dans l’apostasie. Ce ne sont pas des paroles, ce ne sont pas des mots en l’air que je vous dis. C’est la vérité. Rome est dans l’apostasie. » (Conférence spirituelle, Écône, 14 septembre 1987).

En ce qui concerne le concile Vatican II, Monseigneur Lefebvre a souligné qu’il s’agissait d’un concile schismatique correspondant à une nouvelle Église, ce dont très peu de gens tiennent compte aujourd’hui, pour ne pas dire personne : « Ce concile représente, tant aux yeux des autorités romaines qu’aux nôtres, une nouvelle Église, qu’ils appellent d’ailleurs l’“Église conciliaire”. Nous croyons pouvoir affirmer, en nous en tenant à la critique interne et externe de Vatican II, c’est-à-dire en analysant les textes et en étudiant les avenants et aboutissants de ce concile, que celui-ci, tournant le dos à la tradition et rompant avec l’Église du passé, est un concile schismatique. On juge l’arbre à ses fruits. » (Un Évêque parle, éd. Dominique Martin Morin, 1977, tome II, p. 97).

Quant au cardinal Ratzinger, qui était à l’époque Préfet de la Congrégation de la Foi, Monseigneur Lefebvre affirma catégoriquement, peu avant de mourir, que c’était un hérétique : « Je vous invite à lire le dense article de fond de Si, si, No, no qui est sorti aujourd’hui sur le Cardinal Ratzinger, c’est épouvantable. J’ignore qui est l’auteur de l’article, puisqu’ils ne mettent jamais qu’un pseudonyme ; […] Il met en doute qu’il y ait un magistère qui soit permanent et définitif dans l’Église. Ce n’est pas possible. Il s’attaque à la racine même de l’enseignement de l’Église, de l’enseignement du magistère de l’Église. Il n’y a plus une vérité permanente dans l’Église, de vérités de Foi, de dogmes par conséquent ; c’en est fini des dogmes dans l’Église ; cela c’est radical. Evidemment ceci est hérétique, c’est tellement clair, c’est horrible, mais c’est comme ça. » (Conférence spirituelle, Écône, 8 et 9 février 1991). Le lecteur non averti voudra bien noter que ce fut là une des dernières conférences de Monseigneur Lefebvre, qui devait mourir le mois suivant, le 25 mars 1991).

Tout cela nous amène à évoquer ce qu’avait déjà déclaré de façon quasi, voire tout à fait prophétique l’abbé Leonardo Castellani : « C’est le Mystère d’Iniquité, “l’abomination de la désolation” ; la partie charnelle de l’Église occultant, adultérant et même persécutant la vérité, c’est la Synagogue de Satan, et c’est pourquoi la partie fidèle de l’Église devra subir “les douleurs de l’enfantement”, […] » (Los Papeles de Benjamín Benavides, ed. Dictio, Buenos Aires, 1978, p. 226 et 227).

« L’hérésie d’aujourd’hui, […] peut apparaître comme ne niant explicitement aucun dogme chrétien alors qu’elle les falsifie tous. Néanmoins, si l’on y regarde de près, on voit qu’elle va jusqu’à nier explicitement la seconde venue du Christ, de même que Sa royauté, Son messianisme et Sa divinité, c’est-à-dire rien de moins que le processus divin de l’Histoire. Et en niant la divinité du Christ, elle nie Dieu. On est là en présence d’un athéisme radical revêtu des formes de la religiosité. Elle a beau maintenir l’appareil extérieur et la phraséologie chrétienne, elle falsifie le christianisme en le transformant en une adoration de l’homme ; autrement dit, elle assied l’homme dans le temple de Dieu comme s’il était Dieu. Elle exalte l’homme comme si les forces de celui-ci étaient infinies, elle promet à l’homme d’accéder par ses propres forces au Royaume de Dieu et au Paradis sur terre. L’adoration de la Science, l’espérance dans le Progrès et l’effroyable religion de la démocratie ne sont qu’idolâtrie de l’homme, à savoir le fond satanique de toutes les hérésies, à l’état pur désormais. […] Cette religion n’a pas encore de nom, et quand elle en aura un, ce nom ne sera pas le sien ; ce jour-là, tous les chrétiens qui ne croient pas en la seconde venue du Christ se soumettront à elle. » (Cristo ¿vuelve o no vuelve?, ed. Dictio, Buenos Aires, 1976, p. 18).

Pour enchaîner et compléter les idées, écoutons ce que Nicolás Gómez Dávila a dit de la démocratie : « La démocratie est une religion anthropothéiste. Son principe est une option de caractère religieux, un acte par lequel l’homme s’assimile à Dieu ». Voici d’autres passages de ses écrits qui en disent long, eux aussi, sur la parenté entre démocratie et gnose : « Les cosmogonies orphiques et les sectes gnostiques sont des anthropothéismes rétrospectifs, la religion démocratie moderne est un anthropothéisme futuriste. » ; ou encore : « La démocratie est athée, non parce qu’elle a constaté l’irréalité de Dieu, mais parce qu’elle a absolument besoin que Dieu n’existe pas dans la mesure où la conviction de la divinité de l’homme implique la négation de l’existence de Dieu. » Il démontre, enfin, la relation entre démocratie et progressisme : « L’idée du progrès est la théodicée de l’anthropothéisme futuriste, la théodicée du dieu qui s’éveille depuis l’insignifiance de l’abîme. » (Extrait de Textos I, Bogotá 1959).

À ceux qui recherchent et attendent un éventuel triomphe avant la Parousie ou son équivalent (une hypothétique reconquête), nous tenons à rappeler charitablement ce dont notre cher abbé Castellani nous a déjà averti : « À l’époque actuelle, ce sera non pas l’Église, par un triomphe de l’esprit de l’Évangile, mais bien Satan, par le triomphe de l’esprit d’apostasie, qui réalisera une pacification totale (quoique perverse, apparente et brève) et englobera toutes les nations sous son règne ; car le Règne messianique du Christ sera précédé du règne apostatique de l’Antéchrist. » (Decíamos Ayer, ed. Sudestada, 1968, p. 27).

On assiste, par conséquent, non au triomphe de l’Église, mais bien à celui de la contre-Église, au triomphe de la religion adultérée par la judaïsation et la « kabbalisation » opérées au sein de l’Église, qui apparaît comme étant une pseudoÉglise. C’est ce que l’abbé Castellani nous montre dans le texte cité précédemment. Ne nous trompons pas de triomphe ! Car il n’est pas de moyen terme : si nous n’attendons pas le triomphe du Christ-Roi revenant en gloire et en majesté dans la Parousie, qui équivaudra au triomphe du Coeur Immaculé de Marie ou des Saints Coeurs, nous attendons le triomphe de l’esprit d’apostasie, ainsi qu’on peut le déduire du texte en question.

Devant la béatification de Jean-Paul II, il n’y a vraiment qu’une chose à dire : elle représente la grande apostasie suscitée par le Malin, le châtiment que mérite un monde ayant renié le Christ sur l’autel de la mondialisation, qui procure la paix sur terre, mais une paix fausse et sacrilège, sans la Vérité et sans le Christ.

C’est ainsi que s’entendent les paroles prophétiques et terrifiantes du Christ : « Quand le Fils de l’homme viendra, trouvera-t-il la foi sur terre ? » (Lc. 18, 8) et « si ces jours n’étaient abrégés, nul ne s’échapperait » (Mt. 24, 22).

Se taire, c’est être complice ; qui se tait consent, et qui consent accepte. C’est ce que soulignait déjà le pape Léon XIII en citant – pour les faire siennes – les paroles de son prédécesseur saint Félix III (483-492) : « Le jugement de Notre prédécesseur Félix III concernant cette question est très grave : “ne pas résister à l’erreur, c’est l’approuver ; ne pas défendre la vérité, c’est l’étouffer […] Qui cesse de s’opposer à un crime manifeste peut en être considéré comme secrètement complice”. » (Encyclique Inimica Vis, 8 décembre 1892).

N’oublions pas, en outre, la grande exhortation apocalyptique par laquelle saint Paul nous demande de nous montrer vigilants et expectants, sans jamais céder au mal : « Je t’adjure devant Dieu et devant le Christ Jésus, qui doit juger les vivants et les morts, et par son apparition et son règne, prêche la parole, insiste à temps et à contretemps, reprends, menace, exhorte, avec une entière patience et toujours en instruisant. Car un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine; mais ils se donneront une foule de docteurs, suivant leurs convoitises et avides de ce qui peut chatouiller les oreilles ; ils les fermeront à la vérité pour les ouvrir à des fables. Mais toi, sois circonspect en toutes choses, endure la souffrance, fais oeuvre d’un prédicateur de l’Évangile, sois tout entier à ton ministère. » (II Tim. 4, 1-5).

« Cela est, cela n’est pas. Ce qui se dit de plus vient du Malin » (Mt. 5, 37), car « tout ce qui ne vient pas de la foi est péché » (Rom. 14, 23) ; c’est pourquoi « le juste vivra par la foi » (Rom. 1, 17), sans « se conformer au siècle présent » (Rom. 12, 2) et toujours « en obéissant à la vérité » (I Pierre 1, 22). Et dans ces derniers temps apocalyptiques, « fermes dans la foi » (I Pierre, 5, 9), nous devons persévérer jusqu’à la Parousie, comme nous y exhorte l’Apôtre saint Jacques : « Prenez donc patience, mes frères, jusqu’à l’avènement du Seigneur » (Jacques, 5, 7). C’est dans la Parousie que réside notre bienheureuse espérance, selon les Apôtres saint Pierre et saint Paul : « tournez toute votre espérance vers cette grâce qui vous sera apportée le jour où Jésus-Christ paraîtra » (Pierre, 1, 13). « … elle [la grâce de Dieu] nous enseigne à renoncer à l’impiété et aux convoitises mondaines, et à vivre dans le siècle présent avec tempérance, justice et piété, en attendant la bienheureuse espérance et l’apparition glorieuse de notre grand Dieu et Sauveur Jésus-Christ. » (Tite, 2, 13).

Abbé Basilio Méramo

Bogotá, 1er mai 2011

30 avril 2011

[Jean Madiran - Présent] En marge d’une béatification - Les ruminations d’un contemporain

SOURCE - Jean Madiran - Présent - 30 avril 2011

J’avais cinquante-huit ans, comme lui, quand le cardinal Wojtyla, élu pape, prit le nom de Jean-Paul II, soit pour honorer son prédécesseur immédiat, prématurément décédé, soit pour marquer lui aussi une filiation dynastique avec les deux papes du Concile, Jean XXIII et Paul VI. La presse communiste internationale et le parti communiste français ne cessaient depuis des années de s’exprimer sur le Saint-Siège en termes troublants. Sept jours avant l’élection du 16 octobre 1978, le secrétaire général du parti communiste en France Georges Marchais déclarait : « Si le nouveau pape continue ce qu’a été l’œuvre de Jean XXIII et de Paul VI, on ne pourra que s’en féliciter. » Le secrétaire du comité central du parti chargé des affaires religieuses Maxime Gremetz proclamait en février 1980 : « Nous portons une appréciation positive sur Jean-Paul II. » C’était pourtant huit mois après le premier voyage de Jean-Paul II en Pologne. Les communistes n’avaient pas encore compris ce qui se passait. Ils y voyaient, selon Gremetz, l’acceptation de « la réalité du monde socialiste », comme si le Pape avait « dit aux masses chrétiennes : vous devez contribuer à la construction de cette société ». Gremetz allait jusqu’à estimer que la « définition » donnée par Jean-Paul II des droits de l’homme « rejoint la nôtre ». Ce sont d’ailleurs les communistes qui avaient mis en circulation le surnom de « pape des droits de l’homme », couramment répété durant les premières années du pontificat. Un tel langage n’avait bien entendu, dans la pensée communiste, aucune portée « doctrinale », il ne relevait que de la praxis marxiste-léniniste consistant à entraîner les chrétiens dans sa pratique de la dialectique, alors nommée « lutte de classes », que l’effondrement en Europe du communisme soviétique nous a laissée en héritage sous le nom désormais de « lutte contre toute discrimination ».

Les conséquences réelles de ce premier voyage en Pologne n’apparurent au communisme soviétique que bien après coup. Il fut alors définitivement détrompé de l’espoir de manipulation qu’il avait placé en Karol Wojtyla depuis une quinzaine d’années. C’est sa déception furieuse qui se traduisit par la tentative d’assassinat du 13 mai 1981.

II

Mais l’année précédant l’attentat, Jean-Paul II avait déjà gagné nos cœurs au Bourget, le 1er juin 1980, par sa triple interpellation de la France «fille aînée de l’Eglise» et «éducatrice des nations»:

— Es-tu fidèle aux promesses de ton baptême?

La France existait donc encore. Ou plutôt, à l’appel du Pape, elle ressuscitait. On commençait cependant à entendre dire que les acclamations des jeunes, notamment lorsqu’ils applaudissaient à tout rompre les injonctions pontificales de virginité jusqu’au mariage, adhéraient au chanteur plutôt qu’à sa chanson. Et de fait, l’appel à la France a été tout à fait effacé par les Français. On ne l’aperçoit plus dans les tonnes d’hagiographies provoquées par la béatification prévue pour le 1er mai. Pourtant j’en trouve tout de même une petite mention, gentiment faite par une personne très pieuse dans une publication très recommandable, mais voici ce que cela donne :

«France, souviens-toi des promesses de ton baptême!»

La «fille aînée» et « l’«éducatrice des nations» ont disparu.

Jean-Paul II avait pourtant répété trois fois : « fille aînée de l’Eglise », ce dont personne ne semble s’être souvenu dans le récent débat officiel, et avorté, sur notre identité nationale. Cette identité de «fille aînée » est aujourd’hui refusée par nos autorités politiques et religieuses, c’est pourtant la seule qui soit spécifique à la France. Il y en a tout de même quelques-uns, relevant plus ou moins de l’école catholique contre-révolutionnaire, qui ont toujours gardé présentes à l’esprit la triple interpellation de Jean-Paul II et la gratitude profonde qui lui en est due. Due d’abord à Jésus notre Seigneur, dont le message à la France ne nous était pas apporté cette fois par la voie surnaturelle de sainte Jeanne d’Arc, de sainte Marguerite-Marie, de Notre-Dame de l’Ile Bouchard. Son message nous était apporté par la voie naturelle, mais temporellement officielle, de son Vicaire sur la terre, comme il l’avait été au début du même siècle par saint Pie X.

III

La génération catholique contre-révolutionnaire qui était contemporaine de Karol Wojtyla avait, parmi ses caractéristiques intellectuelles les plus manifestes, celle d’étudier beaucoup, notamment sous l’influence de Jean Ousset, les documents pontificaux, surtout sous l’angle social et politique ; elle vivait dans une grande familiarité filiale avec « la doctrine sociale de Léon XIIII à Pie XII ». Elle supporta le choc, à partir de 1958, d’une discontinuité dont on découvrait peu à peu qu’elle était moins superficielle qu’on ne s’était d’abord efforcé de l’espérer. Un courant moderniste qui n’avait jamais été tari devenait dominant par une interprétation relativiste de l’Écriture, du catéchisme, de la messe. Après vingt années de filiale familiarité disparue, Jean-Paul II apparaissait comme en continuité avec la discontinuité de 1958-1978. On écrivait de lui dès juillet 1980 : « Lorsqu’il parle de ses grands prédécesseurs, c’est Paul VI et Jean XXIII qu’il nomme, ce n’est ni Pie X ni Pie XII. » Il s’opposa pourtant très vite à la « théologie de la libération » qui s’était emparée de l’Amérique latine. Il le fit par un acte doctrinal intitulé : « Instruction sur la liberté chrétienne et la libération » (23 mars 1986). Rédigée par la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi, elle était approuvée par le Souverain Pontife qui avait ordonné sa publication. Certes, il y avait eu son encyclique Laborem exercens qui était sans doute une « encyclique sociale » mais qui prévenait qu’elle ne se voulait pas « doctrinale ». L’« Instruction » au contraire se chargeait de « mettre en évidence les principaux éléments de la doctrine chrétienne sur la liberté et la libération » (§ 2). La plupart n’y aperçurent, pour s’en féliciter ou pour le regretter, que la critique des erreurs latino-américaines. Mais elle était le premier document, sous le règne de Jean-Paul II, formulant didactiquement une nouvelle manière de concevoir et d’exposer la doctrine sociale catholique. Il y apparaissait, souvent avec les mêmes mots, une rupture de continuité avec les « enseignements de Léon XIII à Pie XII ». Cette rupture est analysée dans le premier chapitre de La révolution copernicienne dans l’Église. Je me permets d’y renvoyer le lecteur car je ne tente pas ici d’écrire une synthèse récapitulative et critique de l’ensemble du pontificat, mais simplement quelques ruminations fragmentaires, partielles, en marge et forcément incomplètes, comme peut le faire un chroniqueur.

IV

Tout à coup, sept ans plus tard, et tout à fait inattendue, la familiarité filiale est intellectuellement retrouvée avec l’encyclique Veritatis splendor. Nous l’avons reçue, nous l’avons lue, nous l’avons relue en versant des larmes de joie et avec l’envie de crier au miracle. Avions-nous donc oublié que l’Église, malgré ses maladies temporelles, est un miracle permanent ? mais aussi un mystère, celui d’une Présence réelle qui est voilée. Dans l’encyclique il y avait le ton, la manière, la substance, la force de la vérité, il y avait à la fois l’allure et le contenu. Il y avait ce que les contemporains de Karol Wojtyla n’avaient plus rencontré depuis une trentaine d’années. Par un mot insuffisant mais fortement expressif, on pouvait dire que cette encyclique était « thomiste ». À contre-courant de l’exégèse dominante, l’encyclique citait avec une assurance tranquille les commentaires scripturaires des Pères de l’Église et des grands docteurs médiévaux, saint Augustin, saint Ambroise, saint Jean Chrysostome, saint Cyrille d’Alexandrie, saint Grégoire le Grand, elle citait même, comble d’anti-modernisme exégétique, le In duo praecepta et le In Epistulam ad Romanos de saint Thomas. Elle citait aussi 58 fois Vatican II, mais si l’on y regardait de près, on voyait que chaque fois, c’était dans un effort rectificatif, parfois à peine esquissé. Et puis cette encyclique Veritatis splendor fut bientôt suivie d’une encyclique Fides et ratio également « thomiste ». Il me revenait à la mémoire une pensée de notre grand et vénéré ami Gustave Corçaô (mort sous Paul VI) : «Je sais reconnaître la voix de ma Mère l’Église, je sais reconnaître ce qui n’est pas la voix de ma Mère.»

V

Dans son premier voyage pontifical en France, Jean-Paul II avait déclaré que « liberté-égalité-fraternité » sont des idées chrétiennes. Ce n’était pas tout à fait une nouveauté. Paul VI, dix-sept ans plus tôt, l’avait déjà dit, et André Charlier notait alors : « Je crois qu’il a appris l’histoire dans Maritain. Comme il est tout de même indispensable qu’il sache l’histoire vraie, j’ai peur que la Providence ne nous ménage des événements capables de la lui apprendre.»

C’est toute la question, délicate et inexpliquée, du ralliement verbal de l’Église à cette Révolution française dont Paul VI disait que « bien qu’elle apparût comme une protestation (sic !) contre l’Eglise, ses raisons étaient profondément chrétiennes ». On peut tirer des nombreux discours de Jean-Paul II une solide réfutation d’un tel ralliement, mais on peut y trouver aussi ce ralliement en œuvre ; en œuvre au moins verbale. Et s’agissant d’Assise, on entend bien Marc Tosatti nous assurer que la Déclaration Dominus Jesus en contredit tous les défauts et tous les dangers : là comme ailleurs, ces contradictions ne nous expliquent rien, elles ne suscitent que des incertitudes.

Le langage des Droits de l’Homme ne serait chez Jean-Paul II, selon Joël-Benoît d’Onorio, qu’un lexique de la modernité utilisé pour mieux en subvertir la subversion. La Déclaration des Droits de 1948 serait invoquée « non comme un acte de perfection mais comme un élément de réflexion, non comme un point d’arrivée mais comme un point de départ ». Si c’est bien cela qu’a voulu tenter Jean-Paul II, valait-il la peine d’un détour aussi compliqué, aussi acrobatique, aussi inefficace ? Il n’a porté remède ni à la sécularisation crapuleuse des grandes démocraties occidentales, ni à l’apostasie immanente contaminant le clergé et sa hiérarchie. Le nombre des catholiques pratiquants était passé en France de 25 % de la population en 1965, à l’issue du Concile, à 15 % lors de l’élection de Jean-Paul II. Au bout de son pontificat il était tombé à 5 % (et à 4 % aujourd’hui). Sans doute les chiffres ne disent pas tout, mais ils disent quand même quelque chose et, comme le fait observer l’abbé Claude Barthe, « des églises remplies et des séminaires florissants seraient préférables pour la mission du Christ ». L’Eglise ne connaît d’ailleurs pas seulement un affaiblissement social et moral : sillonnée par les autorités parallèles et anonymes des comités, commissions et conférences, elle est en somme humainement ingouvernable. Remarque profonde de l’abbé Guillaume de Tanoüarn : « La nouvelle évangélisation, lancée à son de trompe, n’est pas vraiment crédible. Aujourd’hui le dialogue et la quête du consensus l’emportent toujours sur le témoignage et la conversion. »

Le cardinal Angelo Amato, préfet de la congrégation romaine pour la cause des saints, est allé rassurer Le Figaro en lui révélant que le procès en béatification a examiné la « liste des éléments à éclaircir » et que « dans le cas de Jean-Paul II toutes les questions qui pouvaient laisser une zone d’ombre ont trouvé une réponse claire ». On la connaîtra peut-être un jour, cette réponse claire, quand les archives du procès pourront être consultées. Il est probable qu’elles ne seront pas ouvertes avant la conclusion d’un éventuel procès de canonisation. Celui-ci sera en quelque sorte ce que nous autres journalistes appelons une « contre-enquête ». Mais la canonisation comporte en outre la note d’infaillibilité, selon l’opinion tenue pour certaine par la quasi-totalité des théologiens. La béatification, elle, n’est pas infaillible, elle doit cependant être accueillie avec respect, et il est ordinairement considéré comme téméraire de la critiquer en public. La « contre-enquête », si elle a lieu, pourra lever aussi les incertitudes supplémentaires provoquées par la déclaration du Cardinal dans la même interview :

« Sur des sujets importants, il [Jean-Paul II] ne s’attachait pas aux limites et allait à l’essentiel. Et ce fut le cas pour Assise. »

Si telle était vraiment la justification d’Assise, et si désormais il était admis par principe que « les limites » ne valent que pour les choses de moindre importance, on assisterait vite à de drôles de danses dans les églises. Il est vrai que l’on en a déjà vu pas mal, mais la « dé-limitation » n’était pas encore aussi solennellement devenue un critère officiel de sainteté.

JEAN MADIRAN

[Mgr Williamson - Commentaire Eleison] Vrai Pape? - I

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison - 30 avril 2011

Depuis que j'ai dit il y a trois semaines (CE 195, 9 avril) que la béatification demain de Jean-Paul II ne fera de lui qu'un Néo-bienheureux de la Nouvelleglise, il était raisonnable que l'on me demandât si je ne suis pas ce qu'on appelle un « sédévacantiste ». Après tout, si je déclare virtuellement que Benoît XVI est un Néo-pape, comment puis-je croire encore qu'il est un vrai Pape ?  En l'occurrence je crois qu'il est non seulement Néo-pape de l'Eglise conciliaire, mais aussi vrai Pape de l'Eglise catholique, parce que les deux choses ne s'excluent pas encore complètement l'une l'autre, et alors je ne crois pas que le Siège de Rome soit vacant. Voici la première partie de mon raisonnement :--

D'une part je considère que Benoît XVI est un Pape valide parce qu'il a été validement élu Evêque de Rome par les prêtres des paroisses romaines, c'est-à-dire les Cardinaux, au conclave de 2005, et même si par quelque défaut caché l'élection en elle-même n'était pas valide, elle aura été convalidée, comme l'enseigne l'Eglise, par le fait que l'Eglise universelle a accepté Benoît XVI comme Pape après l'élection. Envers cet élu en tant que tel je voudrais alors montrer tout le respect, la révérence et le soutien que les catholiques doivent au Vicaire du Christ.

D'autre part les paroles et actions du Pontife sont manifestement celles d'un Pape « conciliaire », chef de l'Eglise conciliaire. Cela est clairement prouvé - et ce ne sont là que les preuves les plus récentes - par la néo-béatification demain de Jean-Paul II, grand promoteur de Vatican II, et par la commémoration en octobre prochain de l'événement désastreux d'Assise organisé par Jean-Paul II en 1986, où le Premier Commandement de Dieu a été bafoué au nom de l'œcuménisme    conciliaire de l'homme. En effet, là où le Premier Commandement exclut absolument les fausses religions (Deut.V, 7-9), virtuellement Vatican II les embrasse toutes (Unitatis redintegratio, Nostra Aetate). Donc je crois que Benoît XVI est bien le Vicaire du Christ, mais je crois aussi qu'il trahit sa fonction sacrée de confirmer ses frères dans la Foi (Lc.XXII, 32), et alors tout en le respectant comme il faut en tant que successeur de Pierre, je n'entends ni le suivre ni lui obéir (Actes V,29) lorsqu'il n'agit pas comme Pierre. C'est la même distinction que faisait toujours Mgr. Lefebvre.

Mais observez que tout en trahissant - au moins objectivement - la vraie religion, Benoît XVI y tient !  Par exemple, en voulant empêcher que l'on accuse Assise III comme on a accusé Assise I de mélanger les religions, il annonce que la grande procession de toutes les religions ensemble en octobre aura lieu en silence. Autrement dit, tout en promouvant l'erreur, Benoît XVI n'entend pas abandonner la vérité !  De cette façon il ne cesse pas de ressembler à un arithméticien qui prétend que deux et deux peuvent faire indifféremment quatre ou cinq !  Lorsque c'est le Pape qui raisonne ainsi, c'est une recette pour la confusion dans l'Eglise de haut en bas, parce que quiconque le suit dans ce système-là d'arithmétique du 4 ou 5 s'enfoncera la tête dans la plus pure contradiction et confusion !

Mais observez encore que Benoît XVI en tant qu'arithméticien personnel prétend absolument qu'il croit que deux et deux font quatre. Et pour autant qu'il est sincère ce faisant, et il y paraît sincère - Dieu seul le sait avec certitude - il s'ensuit qu'il ne persiste pas à nier ce qu'il sait être des vérités définies de la Foi catholique. Au contraire, il semble convaincu, comme le montre Mgr Tissier, qu'il « régénère » ces vérités à l'aide de la pensée moderne !  Dès lors il devient difficile de prouver dans son cas l'accusation d'hérésie formelle, et voilà pourquoi même son amour et sa promotion de deux et deux font cinq ne fait pas encore de moi-même un sédévacantiste.

Mère de Dieu, Siège de la Sagesse, protégez-nous de la confusion !

Kyrie eleison.

29 avril 2011

[Abbé Paul Aulagnier] Jean Paul II a-t-il été contrerévolutionnaire ?

SOURCE - Abbé Paul Aulagnier - Regards sur le Monde - 29 avril 2011

Parce qu’il a existé une « symbiose étroite entre le catholicisme et la Contre-Révolution », une « harmonie entre la philosophie de l’une et l’enseignement de l’autre » – ce fut tout le sens du Magistère de l’Eglise depuis deux siècles – harmonie qui ont fait « la force de l’opposition à la société moderne » – je cite René Rémond analysé par Jean Madiran dans quelques articles de Présent en 2009 -, il est juste de se poser cette question : Jean Paul II a-t-il été lui aussi contrerévolutionnaire ? A-t-il eu une pensée contrerévolutionnaire ? Y a t il continuité ou rupture de son enseignement d’avec l’enseignement de ses prédécesseurs ?

On pourrait affirmer qu’il fut contrerévolutionnaire à lire certains de ses jugements sur le monde moderne. C’est ce que me disait M Yves Chiron lorsque je lui adressais le premier chapitre de mon commentaire du livre de Jean Paul II « Mémoire et Identité », commentaire que j’ai publié ensuite en un livre intitulé « Politique de Jean Paul II », paru aux éditions Godefroy de Bouillon.

Mais en est-il vraiment ainsi ?

Jean Madiran, à qui j’adressais également le livre quelques mois après sa parution, en mars 2011, en doutait vraiment. Il justifiait sa pensée en deux articles qu’il consacrait à mon livre dans Présent. Je partage son jugement.

I- Jean Paul II : une pensée contrerévolutionnaire.

Pourtant j’avoue que le Pape exprime de très profondes considérations sur le monde moderne, qui ne seraient pas contredites par l’école contre-révolutionnaire.

A- La racine du mal contemporain : la philosophie cartésienne.

Il en est ainsi, par exemple, de son jugement sur ce qu’il appelle « les idéologies du mal ». Il les nomme, il les décrit, – le National-socialisme, le communisme – et surtout il en cherche la cause. La cause de ces maux terribles, il la trouve dans ce qu’il est convenu d’appeler « la philosophie des Lumières », plus précisément, encore dans la philosophie cartésienne, dans l’idéalisme cartésien. Avec le cartésianisme, l’intelligence humaine façonne son propre objet, indépendamment du réel, devient à elle-même sa propre loi, elle devient législatrice en matière spéculative. C’est l’arbitraire philosophique qui s’introduit dans la pensée et dans l’action. L’idée devient ainsi le seul terme immédiatement atteint par la pensée, c’est sa « chose ». C’est une véritable « réification » des idées, nous dira Jacques Maritain dans ses « Trois Réformateurs ». L’intelligence jouit dès lors d’une « parfaite autonomie », d’une « parfaite immanence », d’une « indépendance » absolue, Elle est par elle-même. Elle jouit de « l’aséité de l’intelligence incréée ». Dès lors, parce que la pensée rompt avec le réel, parce qu’elle affirme la liberté de la pensée à l’égard de l’objet, « l’homme n’est mesuré par rien, mais tout autant soumis à n’importe quoi ». Alors en politique, ce peut être l’heure des totalitarismes. C’est ce qu’a connu la France, lors de la Révolution française, en 1789. C’est ce qu’ont connu l’Allemagne, avec le National Socialisme et la Russie avec le Bolchevisme, au XXème siècle. C’est ce que risque de connaître aussi le XXI siècle…Avec une telle philosophie, – le Pape est formel – « L’homme reste seul : seul comme créateur de sa propre histoire et de sa propre civilisation ; seul comme celui qui décide de ce qui est bon et de ce qui est mauvais, comme celui qui existerait et agirait -etsi Deux non daretur – même si Dieu n’existait pas » (Mémoir et Identité. p. 23) « Si donc l’homme peut décider par lui-même, sans Dieu, de ce qui est bon et de ce qui est mauvais, il peut aussi disposer qu’un groupe d’homme soit anéanti ».

« Pourquoi tout cela arrive-t-il, se demande le Pape ? Quelle est la racine de ces idéologies de l’après lumières ? En définitive, la réponse est simple : cela arrive parce que Dieu en tant que Créateur a été rejeté, et du même coup la source de détermination de ce qui est bien et de ce qui est mal. On a aussi rejeté la notion de ce qui, de manière plus profonde, nous constitue comme « êtres humains », à savoir la notion de « nature humaine » comme « donné réel » et à sa place, on a mis un produit de la pensée librement formée et librement modifiable en fonction des circonstances » (id. p.25)

Mais le National-socialisme, le Bolchévisme ne sont plus. Alors la vie est belle ! Plus de mal à l’horizon !
Détrompez-vous dit le Pape : « Parvenu à ce point, on ne peut omettre d’aborder une question plus que jamais actuelle et douloureuse. Après la chute des régimes édifiés sur « les idéologies du mal », dans les pays concernés, les formes d’exterminations évoquées ci-dessus ont en fait cessé. Demeure toutefois l’extermination légale des êtres humains conçus et non encore nés. Il s’agit encore une fois d’une extermination décidée par les Parlements, élus démocratiquement, dans lesquels on en appelle au progrès civil des sociétés et de l’humanité entière. D’autres formes de violation de la loi de Dieu ne manquent pas non plus. Je pense, par exemple, aux fortes pressions du Parlement européen pour que soient reconnues les unions homosexuelles comme une forme alternative de famille, à laquelle reviendrait aussi le droit d’adopter ; on peut et même on doit se poser la question de savoir s’il ne s’agit pas, ici encore, d’une nouvelle « idéologie du mal », peut-être plus insidieuse et plus occulte, qui tente d’exploiter, contre l’homme, contre la famille même, les droits de l’hommes » (id. p. 24-25)

Oui ! Pour éviter tout cela, « fruit de l’idéalisme cartésienne », il faut revenir, nous dit le Pape, à la philosophie de l’être, à la philosophie réaliste, à la philosophie thomiste. Il l’écrit à la page 25 de son livre « Mémoire et Identité » qui est, pour moi, comme son testament politique: « Si nous voulons parler de manière sensée du bien et du mal, nous devons revenir à saint Thomas d’Aquin, c’est-à-dire à la philosophie de l’être » (p. 25).

Avouez que pour quelqu’un que l’on présentait comme élève des philosophies idéalistes allemandes, c’est pas mal.

C’est bien là une attitude contrerévolutionnaire !

Mais une hirondelle ne fait pas le printemps, me direz-vous !

Les chose humaines sont souvent complexes » ?

Il y a d’autres hirondelles de ce genre que l’on peut voir dans le ciel de la pensée de Jean Paul II, d’autres affirmations contre-révolutionnaires dans son livre « Mémoire et Identité ».

B- Sa pensée sur l’Europe.

Sa pensée sur l’Europe est aussi très intéressante. C’est l’objet des chapitres 2 et 3 de mon livre. L’Europe, explique-t-il, est « chrétienne» ou elle n’est pas, en ce sens que c’est le Christ qui en est la « Pierre angulaire ». C’est le Christ qui a fait de l’Europe ce qu’elle est.

Voyez la belle description qu’il en fait :

« Les pays de l’Europe occidentale ont une tradition chrétienne ancienne : c’est ici que la culture chrétienne a atteint ses sommets. Ce sont des peuples qui ont enrichi l’Eglise d’un grand nombre de saints. En Europe occidentale ont fleuri des œuvres d’art superbes : les majestueuses cathédrales romaines et gothiques, les basiliques de la Renaissance et du baroque, les peintures de Giotto, du bienheureux Fra Angelico, des innombrables artistes du XVe et du XVI siècles, les sculptures de Michel Ange, la coupole de Saint Pierre et la chapelle Sixtine. Y sont nées les sommes théologiques, parmi lesquelles se détache celle de saint Thomas d’Aquin ; ici se sont formées les plus hautes traditions de la spiritualité chrétienne, les œuvres des mystiques – hommes et femmes – des pays germaniques, les écrits de sainte Catherine de Sienne en Italie, de sainte Thérèse d’Avila et de saint Jean de la Croix en Espagne. Ici sont nés les grands ordres monastiques, à commencer par celui de saint Benoît, qui peut certainement être appelé père et éducateur de l’Europe entière, les grands ordres mendiants, parmi lesquels les Franciscains et les Dominicains, jusqu’aux congrégations de la Réforme catholique et des siècles suivants, et qui ont fait et font encore tant de bien dans l’Eglise. La grande épopée missionnaire a tiré ses ressources avant tout de l’Occident européen, et aujourd’hui y surgissent des mouvements apostoliques magnifiques et dynamiques, dont le témoignage ne peut pas ne pas porter de fruits même dans l’ordre temporel. En ce sens, nous pouvons dire que le Christ est toujours la « pierre angulaire » de la construction et de la reconstruction des sociétés dans l’Occident chrétien. » (Mémoire et identité ».p. 62-63).

Et lorsqu’il reçut le prix Charlemagne, Jean Paul II cita le discours de Pie XII que ce dernier prononçait le 11 novembre 1948. II moule ainsi sa pensée sur la pensée de Pie XII…Ce pape que l’on voulait oublier, que l’on ne citait plus…voilà que le pape Jean Paul II le nomme expressément dans son discours du 24 mars 2004: « Etant donné que le Saint Siège se trouve sur un territoire européen, l’Eglise possède des relations particulières avec les peuples de ce continent. C’est pourquoi, dès le début, le Saint-Siège a participé au processus d’intégration européenne. Après la terreur de la Deuxième Guerre mondiale, mon prédécesseur Pie XII de vénéré mémoire a démontré le profond intérêt de l’Eglise, en appuyant de façon explicite l’idée de la formation d’une « union européenne », en ne laissant aucun doute quant au fait que l’affirmation valable et durable d’une telle union exigeait de se référer au christianisme comme facteur d’identité et d’unité (cf Discours du 11 novembre 1948 à l’union des fédéralistes européens à Rome) »(ib.p.59)

Cet enseignement sur l’Europe chrétienne, faisant du Christ la pierre fondamentale de l’Europe, Jean Paul II ne l’a pas dit une fois mais mille fois. Il le reprenait dans son Encyclique « Ecclesia de Europa ».
Mais ce qui est surtout très intéressant dans sa pensée, c’est l’analyse qu’il fait de la décadence actuelle de l’Europe. L’Europe perd son âme parce qu’elle perd l’enseignent de l’Evangile, l’enseignement du Christ. Elle est gagnée par l’agnosticisme, le scepticisme, le nihilisme, elle sombre dans la désespérance parce qu’elle oublie son Christ, sa « lumière ». Et ce fut l’œuvre essentiel de la Révolution de 1789, de la Philosophie des Lumières. C’est l’objet des politiques actuels. L’Europe est menacé de perdre son âme parce que prévaut en elle : « une anthropologie sans Dieu et sans le Christ ». Cette manière de penser a conduit à considérer l’homme comme « le centre absolu de la réalité, lui faisant occuper faussement la place de Dieu. On oublie alors que ce n’est pas l’homme qui fait Dieu, mais Dieu qui fait l’homme. L’oubli de Dieu a conduit à l’abandon de l’homme », et c’est pourquoi, « dans ce contexte, il n’est pas surprenant que se soient largement développés le nihilisme en philosophie, le relativisme en gnoséologie et en morale, et le pragmatisme, voire un hédonisme cynique, dans la manière d’aborder la vie quotidienne ». La culture européenne donne l’impression d’une « apostasie silencieuse » de la part de l’homme comblé qui vit comme si Dieu n’existait pas. Dans une telle perspective prennent corps les tentatives, renouvelées tout récemment encore, de présenter la culture européenne en faisant abstraction de l’apport du christianisme qui a marqué son développement historique et sa diffusion universelle. Nous sommes là devant l’apparition d’une nouvelle culture, pour une large part influencée par les médias, dont les caractéristiques et le contenu sont souvent contraires à l’Évangile et à la dignité de la personne humaine. De cette culture fait partie aussi un agnosticisme religieux toujours plus répandu, lié à un relativisme moral et juridique plus profond, qui prend racine dans la perte de la vérité de l’homme comme fondement des droits inaliénables de chacun. Les signes de la disparition de l’espérance se manifestent parfois à travers des formes préoccupantes de ce que l’on peut appeler une « culture de mort » ».

Une telle pensée est d’un réalisme impressionnant, tout à fait digne d’une pensée contrerévolutionnaire.

Mais dans « Mémoire et Identité », Jean Paul II a, sur ce sujet du déclin de l’Europe, des phrases très profondes aussi. Il parle tout d’abord du Moyen Age, période d’une grande maturité en tous les domaines, philosophiques, théologiques, artistiques, architecturaux, sociaux. Il parle ensuite du « Schisme d’Orient » en 1054 qui divisa l’Europe, ce fut la première « fissure ». Puis vint les « temps modernes » où l’Europe connut d’autres fissures encore, avec Martin Luther. Ce fut le début de la Réforme. « L’Europe occidentale, dit-il, qui était un continent uni du point de vue religieux durant le Moyen Age, fit donc, au début des temps modernes, l’expérience de graves divisions, qui se sont renforcées au cours des siècles suivants. Il en découla des conséquences de caractère politique, sur la base du principe « cuius regnio eius religio ». Telle la religion du Prince, telle celle du pays. Parmi les conséquences, on ne peut pas ne pas mentionner celle, particulièrement triste, des guerres de religion ».

C’était là « une préannonce des divisons ultérieures et des nouvelles souffrances qui se manifestaient au cours des temps »…Puis vint la période des Lumières et sa prise de position contre le Christ : « Le refus du Christ et en particulier de son mystère pascal – de la croix et de la résurrection – se dessina à l’horizon de la pensée européenne à cheval sur le XVIIe et le XVIIIe siècle, dans la période des Lumières… les Lumières s’opposèrent à ce que l’Europe était devenue sous l’effet de l’évangélisation. Leurs représentants pouvaient être en quelque sorte assimilés aux auditeurs de Paul à L’Aréopage. La majorité d’entre eux ne refusaient pas l’existence du « Dieu inconnu » comme Etre spirituel et transcendant, dans lequel il « nous est donné de vivre et de nous mouvoir et d’exister (Act 17 28). Cependant les « illuministes » radicaux, plus de quinze siècles après le discours à l’Aréopage, repoussaient la vérité sur le Christ, le Fils de Dieu qui s’est fait connaître en se faisant homme, en naissant de la Vierge à Bethléem, en annonçant la Bonne Nouvelle et en donnant enfin sa vie pour les péchés de tous les hommes. De ce Dieu-homme, mort et ressuscité, la pensée européenne des Lumières voulait se défaire, et elle fit de nombreux efforts pour L’exclure de l’histoire du continent. Il s’agit d’un effort auquel de nombreux penseurs et hommes politiques actuels continuent de rester obstinément fidèles » (p. 117-118) ( op. p. 43-46).

C’est pourquoi, il conclut ce survol de l’histoire de l’Europe par ces mots: « On pourrait malheureusement qualifier l’Europe, à cheval sur les deux millénaires, de continent des dévastations ».

On retrouve ici la pensée du cardinal Pie, prélat que l’on peut dire contrerévolutuionnaire. Lui aussi écrit dans une de ses synodales : Avec la Révolution, « la conspiration a été ourdie contre Dieu et son Christ. C’est Dieu, c’est le Christ dont on veut briser les chaînes, dont on veut secouer le joug. Ils ont dit à Dieu et surtout à son Christ : Retire-toi, nous ne voulons plus de la science de tes voies. Et il fut fait comme il fut dit. Il existait un pacte ancien, une longue alliance entre la religion et la société, entre le christianisme et la France ; le pacte fut déchiré, l’alliance rompue. Dieu était dans les lois, dans les institutions, dans les usages ; il en fut chassé, le divorce fut prononcé entre la constitution et l’Evangile, la loi fut sécularisée, et il fut statué que l’esprit de la nation moderne n’aurait rien à démêler avec Dieu, duquel elle s’isolait entièrement…Dieu avait sur la terre des jours qui lui appartenaient, des jours qu’il s’était réservés et que tous les siècles et que tous les peuples avaient respectés unanimement ; et toute la famille des impies s’est écriée : faisons disparaître de la terre les jours consacrés à Dieu… (O vous les prêtres), c’est à cause du nom de Jésus-Christ que vous êtes un objet de haine…Ce n’est pas vous qu’ils ont rejeté, mais c’est moi, de peur que je règne sur eux. C’en est fait : tous les droits de Dieu sont anéantis ; il ne reste debout que les droits de l’homme, ou plutôt l’homme est Dieu, sa raison est le Christ et la nation est l’Eglise….La révolution…veut être adorée seule et ne laisse d’autre idole debout qu’elle-même. » (Cardinal Pie p 797 dans le « card Pie de A à Z »)

C’est le langage de l’école de la pensée contre-révolutionnaire. Jean Paul II tient le même langage lorsqu’il regarde l’évolution de l’Europe.

C- Liberté et vérité.

On pourrait dire la même chose lorsqu’on analyse sa pensée sur le problème de la « Démocratie » et de la « vérité », ou mieux sur le couple « liberté- vérité ».

Même s’il pense que la Démocratie est « une conquête authentique de la culture » – ce que l’on peut contester – il n’en fait pourtant pas le seul mode possible de gouvernement, loin de la. Par contre, il demande avec force que ne soit pas séparer « démocratie » et «vérité », « liberté et vérité » parce qu’autrement nous pourrions connaître une période « d’effroi et de confusion morale » totales.

Pourquoi donc ?

Il répond dans un langage que ne dénoncerait pas, là non plus, l’école contrerévolutionnaire:

« La liberté se renie elle-même, elle se détruit (…) quand elle ne reconnaît plus et ne respecte plus son lien constitutif avec la vérité. Chaque fois que la liberté, voulant s’émanciper de toute tradition et de toute autorité, se ferme même aux évidences premières d’une vérité objective et commune, fondement de la vie personnelle et sociale, la personne finit par prendre pour unique et indiscutable critère de ses propres choix non plus la vérité sur le bien et le mal, mais seulement son opinion subjective et changeante ou même ses intérêts égoïstes et ses caprices ». (Evangelium Vitae)

Cette rupture entre liberté et vérité constitue ce qu’il appelle, « l’utopie libertaire ». Cette « liberté sans vérité », qui est malheureusement en phase d’expansion croissante dans le monde démocratique actuel, est raison de la décadence que l’on connaît.

Cette « utopie libertaire », dit-il, a mûri dans le contexte philosophique du relativisme agnostique ; elle a trouvé un puissant instrument législatif (et donc social et politique) dans le positivisme juridique. Ce n’est plus la vérité objective qui assure la rationalité juridique et la légalité morale des lois ou des sentences, mais seulement la vérité relative ou conventionnelle, qui est le fruit pragmatique du compromis de l’Etat ou du politique.

Dès lors on suit « des dérives inquiétantes, lorsque l’on assimile la démocratie à une pure procédure, ou lorsque l’on pense que la volonté exprimée par la majorité suffit ‘tout court’ à déterminer le caractère moral d’une loi. En réalité, la valeur de la démocratie, se maintient ou disparaît en fonction des valeurs qu’elle incarne et promeut […] Le fondement de ces valeurs ne peut se trouver dans des ‘majorités’ d’opinion provisoires et fluctuantes, mais seulement dans la reconnaissance d’une loi morale objective ».

En d’autres termes plus simples, on ne peut pas établir le vrai et le juste sur la seule opinion d’une majorité. (Je développe longuement ces idées dans le chapitre 7 de mon livre intitulé : « de la démocratie »).

« La liberté possède une ‘‘logique’’ interne qui la qualifie et l’ennoblit : elle est ordonnée à la vérité et elle se réalise dans la recherche et la mise en œuvre de la vérité. Séparée de la vérité sur la personne humaine, elle se dégrade en licence dans la vie individuelle et, dans la vie politique, en arbitraire des plus forts et en arrogance du pouvoir. C’est pourquoi, loin d’être une limitation ou une menace pour la liberté, la référence à la vérité de l’homme – vérité universellement connaissable par la loi morale inscrite dans le cœur de chacun – est réellement une garantie de l’avenir de la liberté ».

La « structure morale de la liberté » se trouve dans la « vérité », autrement dit dans la loi naturelle. Et c’est justement l’absence de ce respect de la loi naturelle – le Décalogue – qui est à l’origine de la dégradation civilisationnelle, fruit de l’ « utopie libertaire » envahissante dans nos pays.

Il est difficile d’être plus opposé à la philosophie des Lumières, à la définition de la Loi qui, pour elle, est seulement « l’expression de la volonté générale » indépendamment de toute vérité objective.

C’est bien en raison de cette dichotomie entre la vérité et la liberté, dichotomie qui est le formel de la Révolution dont est issue la démocratie moderne, que nous arrivons au terme d’un siècle ou deux à une période d’« effroi et de confusion morale ».

C’est pourquoi il faut retrouver le sens du vrai « Si après la chute des systèmes totalitaires, les sociétés se sont senties libres, presque simultanément est apparu un problème de fond : celui de l’usage de la liberté (…) Le danger de la situation dans laquelle l’on vit aujourd’hui consiste dans le fait que, dans l’usage de la liberté, l’on prétend faire abstraction de la dimension éthique, c’est-à-dire de la considération du bien et du mal moral. Une certaine conception de la liberté, qui trouve à présent un vaste écho dans l’opinion publique, détache l’attention de l’homme des responsabilités éthiques. Ce sur quoi l’on s’appuie uniquement aujourd’hui est la seule liberté. On dit : ce qui importe c’est d’être libres, détachés de tous remords ou de tous liens, afin de pouvoir agir selon nos propres jugements, qui en réalité ne sont souvent que des caprices. Cela est clair : un libéralisme de ce genre ne peut être qualifié que de primitif. Son influence est potentiellement dévastatrice ».

C’est bien dit et juste.

Il précisera même sa pensée en disant : « Les éléments constitutifs de la vérité objective sur l’homme et sur sa dignité s’enracinent profondément dans la recta ratio (NDLR. C’est la définition même de la loi selon Saint Thomas. La loi est l’expression de la recta ratio promulguée par l’autorité en charge du Bien Commun) dans l’éthique et dans le droit naturel : ce sont des valeurs qui précèdent tout système juridique positif et que la législation, dans un État de droit, doit toujours préserver, en les soustrayant à l’arbitraire des individus et à l’arrogance des puissants » (Discours aux participants au Symposium international « Evangelium Vitae et Droit », 23 mai 1996, n. 5)

Vous le voyez, le rappel de la loi naturelle, comme norme civilisatrice, est une idée forte de Jean Paul II. C’est aussi un des principes de la pensée contrerévolutionnaire.

Mais je laisserai le développement de cette idée à Mme Smits. Je crois que c’est le sujet qu’elle annonçait…

II- Vous avez dit « contrerévolutionnaire » ?

Mais malgré toutes ces vérités ici rappelées, peut-on dire que Jean Paul II a eu vraiment une pensée contrerevolutionnaire ? Appartient-il à l’école contrerévolutionnaire ?

Je ne le pense pas.

Il me semble que je peux donner deux raisons majeures

A- Son jugement sur la Révolution française.

Ce jugement ne serait pas approuvé par l’école contrerévoluionnaire. Il nous donne ce jugement dans le chapitre 18 de son livre « Mémoire et Identité ». Le voici : « Les Lumières européennes n’ont pas seulement produit les atrocités de la Révolution françaises : elles ont eu des fruits positifs comme les idées de liberté, d’égalité et de fraternité, qui sont aussi des valeurs enracinées dans l’Evangile. Même si elles ont été proclamées indépendamment de lui, ces idées révélaient à elles seules leurs origines. De cette façon, les Lumières françaises ont préparé le terrain à une meilleure compréhension des droits de l’homme. En vérité, la Révolution a violé de fait, et de bien des manières, ces droits ». ( ib. p 131)

Non. La trilogie révolutionnaire : « liberté, égalité, fraternité » telle que conçue par la philosophie des Lumières n’est nullement conçue dans l’esprit évangélique, dans l’esprit de la Révélation. Pour la bonne et simple raison que la Révolution fait profession du plus grand naturalisme. Elle nie le Christ et sa doctrine. Elle nie tout surnaturalisme. Sa trilogie a donc été pensée indépendamment de l’Evangile et même contre l’Evangile, contre Dieu. Et c’est pourquoi il est impossible de dire que cette trilogie plonge ses racines dans l’Evangile. La Révolution ne respecte pas la « tradition divine », ni l’autorité de l’Eglise et de ses décisions. Au contraire elle les combat. Elle est « antichristique », « pur antichristianisme ». « Toute voix doit se mettre et l’unisson de sa voix », nous dit le cardinal Pie. Et sa voix n’est rien d’autre que le rationalisme, la naturalisme, la philosophie qui nie tout simplement le surnaturel et donc la Révélation et donc l’Evangile et ses principes. Il y a une antinomie radicale entre le monde chrétien et le monde révolutionnaire. La Révolution ne se soumet à rien qui ne soit pas elle. Et « si elle tolère l’existence des diverses religions admises à vivre sous son abri, c’est à la condition qu’elle pourra les dominer toutes » (card. Pie de A à Z. p. 798). Comme le dit toujours très justement le cardinal Pie : « tout dogme, même surnaturel et révélé, devient un programme séditieux s’il est en désaccord avec ses théories et ce qu’elle appelle « ses principes ». (id ; p.798). Si donc je trouve bien dans l’Evangile, ces mots liberté, égalité, fraternité, – dans les Epîtres de saint Paul, par exemple, – ils ne « sonnent » pas comme ils « sonnent » dans la trilogie révolutionnaire. Ils ne sonnent pas de la même manière parce qu’ils ont une autre origine et partant un autre sens. Pour l’un – la Révolution – la liberté est celle de la révolte contre Dieu et sa loi, contre son Eglise et son enseignement parce la Révolution refuse tout « dogme » qui ne soit pas sien, encore qu’elle soit « antidogmatisme ». Pour l’autre – l’Eglise – la liberté est celle de cette belle soumission libre et adorante de la volonté humaine à la loi de Dieu et à son Décalogue. N’oublions pas que la Révolution parce que plongeant ces racines dans le naturalisme est l’antichristianisme dans sa plus haute expression. La Révolution est opposée au christianisme par tout ce qu’elle est. Elle nie le surnaturel. Dès lors pour elle, « le christianisme est une usurpation et une tyrannie » (cardinal Pie ib.p. 643). Elle l’élimine du monde, sinon de la sphère privée… « Sa passion obstinée, et dans la mesure où elle y réussit, son œuvre réelle, c’est de détrôner le Christ et de la chasser de partout : ce qui est la tâche de l’antéchrist et ce qui est l’ambition suprême de Satan….Il s’agit de l’exclure de la pensée et de l’âme des hommes, de le bannir de la vie publique et des mœurs des peuples pour substituer à son règne ce qu’on appelle le pur règne de la raison et de la nature ». (card Pie. Ib. p. 644) Comment pouvoir écrire alors que cette trilogie « liberté, d’égalité et de fraternité », plonge ses racines dans l’Evangile. Serait-ce par inadvertance ? Allons donc.

B- Son attitude pastorale vis-à-vis du monde moderne.

Un autre point d’interrogation, c’est son attitude pastorale devant le monde moderne révolutionnaire.
En effet devant le monde « révolutionnaire », deux attitudes sont possibles, nous dit le pape,
- soit celle de la « polémique » (id.p.134 Mémoire et Identité) et donc de la condamnation ou contestation
- ce fut l’attitude de l’Eglise depuis (et contre) la Révolution française, avec le Syllabus de Pie IX et les enseignements pontificaux de Léon XIII à Pie XII, nous dit, avec raison, Jean Madiran dans Présent -
- soit celle de « l’aide fraternelle » (id. p.135), celle de la compréhension.

Selon Jean-Paul II, le Concile a volontairement et clairement choisi son camp. Il a adopté la seconde attitude, décrétée plus conforme à « l’esprit de l’Evangile », car l’esprit de l’Evangile s’exprime avant tout dans « la disponibilité à offrir au prochain une aide fraternelle ».

Le pape le confesse : « Dans l’exposé de la doctrine, le concile a volontairement adopté une ligne qui ne soit pas polémique. Il a préféré se présenter comme une nouvelle expression de l’inculturation qui a accompagné le christianisme depuis le temps des Apôtres. En suivant ses indications, les chrétiens peuvent aller à la rencontre du monde contemporain et engager avec lui un dialogue constructif. Ils peuvent aussi se pencher sur l’homme blessé, comme le samaritain de l’Evangile cherchant à soigner ses blessures en ce début du XXIè siècle. En effet l’esprit de l’Evangile s’exprime avant tout dans la disponibilité à offrir au prochain une aide fraternelle ». (id. p. 134-135))

C’est toute la « dialectique » de « Gaudium et Spes ». « Il a préféré aller à la rencontre du monde contemporain et engager avec lui un dialogue constructif ». (p. 134)

C’est du reste l’interprétation qu’en fait le cardinal Ratzinger lui-même. Ce texte conciliaire a cherché à aménager, dit-il, entre l’Eglise et le monde tel qu’il est issu de la Révolution, « un rapport positif de coopération dont le but est la construction du « monde ». Il écrit très clairement, dans « Les principes de la Théologie catholique » p. 426 : « si l’on cherche un diagnostic global du texte, on pourrait dire qu’il est (en liaison avec les textes sur la liberté religieuse et sur les religions dans le monde) une révision du Syllabus de Pie IX, une sorte de Contre –Syllabus….Le Syllabus a tracé une ligne de séparation devant les forces déterminantes du XIX siècle : les conceptions scientifiques et politiques du libéralisme…. Gaudium et Spes joue le rôle d’un contre-syllabus dans la mesure où il représente une tentative pour une réconciliation officielle de l’Eglise avec le monde tel qu’il était devenu depuis 1789 » Ainsi l’Eglise veut-elle « coopèrer avec le monde pour construire le monde. »

Voilà la grande orientation du Concile Vatican II auquel Jean-Paul II veut être fidèle. Voilà la grande illusion du Concile. Voilà la grande illusion du pontificat de Jean Paul II. Voilà ce que lui reproche l’école contrerévolutionnaire.

Car c’est là une «utopie »». Entre l’Eglise et le monde de la Révolution, l’opposition est totale. Vouloir les concilier, même dans un esprit évangélique, est utopique. Vouloir entretenir « un colloque » d’amour et de respect, « un parler ensemble » et « comme la recherche en commun de la solution des problèmes » est peut-être une belle intention, mais c’est une contradiction. Car, comme le dit Jean Madiran, « à l’offre d’une « aide fraternelle », ce monde contemporain répond en imposant l’avortement, la promotion de l’homosexualité, le métissage des religions, l’égalitarisme suppresseur de toutes les discriminations, la supériorité de la loi politique sur la loi religieuse, et par-dessus tout, le diabolique enseignement obligatoire, dans les écoles, des dépravations sexuelles aux plus jeunes enfants » (Présent). N’oublions jamais que la Révolution, dans ses principes, est essentiellement a-catholique. Elle ne veut pas du catholicisme. Elle est opposée au monde catholique qu’elle veut détruire dans sa totalité, jusque dans ses jours de fêtes religieuses. Mais Gaudium et Spes a décidé de rompre avec « cette attitude de réserve critique à l’égard des forces déterminantes du monde moderne », il faut effacer cette attitude « par une insertion résolue » dans ce mouvement. Le clergé de l’Eglise y perdra son identité ? Peut importe…Cette utopie se fait alors « destructrice » ! Comme le dit toujours Jean Madiran, (cette utopie) « a intellectuellement désarmé les fidèles, le clergé, et sa hiérarchie ».

Ainsi sur ce point de l’attitude pastorale du pontificat de Jean Paul II, il n’y a donc pas seulement éloignement de la prudence contrerévolutionnaire, il y a eu « rupture délibérée » (Jean Madiran) d’avec la Magistère antérieur de l’Eglise, du Syllabus de Pie IX aux enseignements pontificaux de Léon XIII à Pie XII. C’est le drame du Concile Vatican II avec Gaudium et Spes.

Il y a donc dans l’enseignement de Jean Paul II une certaine part d’incohérence.