15 mai 2011

[Yves Daoudal] «Forme extraordinaire»

SOURCE - Yves Daoudal - 15 mai 2009

Un lecteur a laissé ce commentaire à ma note sur la messe au Panthéon de Rome :

« Pourquoi n'utilisez-vous pas le terme forme extraordinaire comme l'a défini le Pape ? Vous semblez adhérer à l'herméneutique de continuité du Concile Vatican II, mais pas sur le plan liturgique ? Etes-vous favorable à la réforme de la réforme ? La Concile avait demandé une réforme de la liturgie, est-ce que vous estimez cela légitime ? »

Je pense que ma réponse à ces questions intéresse d'autres lecteurs, c'est pourquoi j'en fais une note.

J'adhère en effet à l'herméneutique de continuité du concile Vatican II. La question est précisément que la messe de Paul VI, présentée comme étant l'application de la Constitution sur la liturgie, est en rupture avec la tradition, et, telle qu'elle fut voulue par Paul VI, en rupture avec le texte même du Concile (la langue de la liturgie est le latin, le chant de la liturgie est le grégorien...). La légitime réforme de la liturgie, commencée par Pie XII, poursuivie par Jean XXIII, s'est transformée en révolution. Je suis a priori favorable à la réforme de la réforme, mais je n'y crois guère, du moins à court terme et même à moyen terme.

L'expression « forme extraordinaire », qu'elle ait été une invention du pape pour tenter de faire passer la pilule auprès des évêques, ou qu'elle corresponde vraiment à la pensée du pape, ne me paraît pas satisfaisante. Par exemple, maintenant que tous les prêtres ont le droit de célébrer cette « forme », imaginons que la majorité d'entre eux la célèbrent une fois chaque dimanche, et imaginons que la majorité des fidèles participent à cette messe et en fassent la messe principale. Si elle devient la messe ordinaire, comment pourrait-on continuer de l'appeler « forme extraordinaire » ?

De plus, comment la messe qui fut ordinaire pendant cinq siècles peut-elle subitement devenir extraordinaire?

Cette expression semble assez généralement admise en France, mais je constate que le cardinal Castrillon Hoyos, qui s'est dépensé pour faire connaître et appliquer le motu proprio, ne l'utilisait guère. Il parlait de la « forme ancienne », de l'« usus antiquior ». Cette dernière expression est assez utilisée dans les pays anglo-saxons. Dans le même esprit, certains disent « Novus Ordo Missae » (NOM) et « Vetus Ordo Missae (VOM). En Angleterre et en Italie, on parle aussi de la « messe en latin », ce qui n'est guère satisfaisant dans la mesure où la messe de Paul VI a été promulguée en latin et peut se célébrer en latin, même si Paul VI lui-même voulait qu'elle soit entièrement célébrée en langue vulgaire (en contradiction avec le texte de Vatican II). Certains suggèrent d'appeler l'ancienne forme « messe de saint Grégoire », et le maître de chœur de l'abbaye de Kergonan l'appelait ainsi il y a trente ans. J'aimerais bien personnellement l'utiliser, mais pour la plupart des fidèles cette expression est inconnue.

Les orientaux parlent de la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome, de saint Basile, de saint Jacques... Ce qui montre qu'il n'est pas du tout illégitime d'« attribuer » une messe à un personnage. L'expression « messe de saint Grégoire » aurait l'avantage de l'attribuer à un père de l'Eglise comme l'était saint Jean Chrysostome. Mais l'expression « messe de saint Pie V » est devenue d'usage courant, et elle exprime parfaitement de quoi il s'agit (une fois précisé qu'elle n'a pas été « faite » par saint Pie V, de même que la liturgie de saint Jean Chrysostome n'a pas été faite par saint Jean Chrysostome).

On ne veut pas dire « messe de saint Pie V » parce qu'on refuse d'appeler la « forme ordinaire » « messe de Paul VI », parce que le fait de l'appeler « messe de Paul VI » implique qu'elle ne serait pas traditionnelle. C'est pourtant un fait qu'il y a une messe de Paul VI, qui outrepasse largement ce que demandait le concile.

C'est pourquoi je continue de dire « messe de saint Pie V » et « messe de Paul VI », expressions qui me paraissent définir le moins mal ce dont il s'agit.

[Il y a un point sur lequel je suis en total désaccord avec la Constitution conciliaire sur la liturgie, mais ça ne concerne pas la messe, c'est la répartition du psautier sur quatre semaines dans l'office divin, ce qui est une rupture de la tradition universelle de toutes les Eglises d'Orient et d'Occident. Cf. ma conférence sur les psaumes.]

14 mai 2011

[Mgr Williamson - Commentaire Eleison] Pomme pourrie

SOURCE - Mgr Williamson, fsspx - Commentaire Eleison - 14 mai 2011

De deux façons une pomme pourrie peut jeter un peu de lumière sur les ténèbres de l'Eglise actuellement éclipsée. D'abord, on n'attend pas que chaque partie d'une pomme soit pourrie pour l'appeler une pomme pourrie. Pourtant certaines parties ne sont pas encore pourries. Pour répondre alors à la question si la pomme est pourrie, il faut faire une double distinction : comme un tout, oui ; ces parties-ci, oui ; ces parties-là, non. Ensuite, une pomme encore bonne et sa pourriture sont bien distinctes l'une de l'autre, mais elles ne sont pas pour autant séparables. La pourriture étreint la pomme sans laquelle elle périt. C'est du bon sens. Appliquons la première partie à la Nouvelle Messe et à l'Eglise conciliaire, la deuxième partie à l'Eglise et à la Papauté.

La Nouvelle Messe est pourrie comme un tout par son anthropocentrisme conciliaire, et certaines parties ne sont manifestement  pas catholiques, par exemple l'Offertoire, mais d'autres parties sont catholiques, comme le Kyrie Eleison. Puisqu'elle est pourrie comme un tout, en transformant peu à peu les catholiques en protestants, il ne faut pas y assister, mais cela n'empêche pas que cette partie qu'est la Consécration puisse être valide. Dès lors on ne peut dire ni que la Nouvelle Messe est valide, donc on peut y assister, ni qu'on ne peut pas y assister, donc elle est invalide. En vérité, dans sa partie essentielle elle peut être valide, mais cela ne suffit pas comme raison pour exposer sa foi au danger d'y assister comme un tout.

De même, l'Eglise d'aujourd'hui et pourrie comme un tout pour autant que le conciliarisme s'y trouve bien répandue, mais cela ne signifie pas que toute partie de l'Eglise soit pourrie de conciliarisme. Alors il est tout aussi faux de condamner telle partie encore catholique à cause de la pourriture du tout conciliaire, que d'excuser le tout conciliaire à cause des parties encore catholiques. Si l'on veut que son esprit corresponde à la réalité, il faut distinguer non seulement entre les différentes parties mais aussi entre les parties et le tout.

Passant à la deuxième partie de la comparaison avec une pomme pourrie, nous pouvons dire qu'il est vraiment utile de parler de deux églises, à savoir de l'Eglise catholique et de « l'Eglise conciliaire », parce que le conciliarisme se trouve dans la réalité répandu dans toute l'Eglise, même si dans leur état pur le catholicisme et le conciliarisme s'excluent mutuellement comme la pomme et sa pourriture. Mais dans la réalité actuelle elles ne sont pas plus séparables que la pourriture de sa pomme, ou n'importe quel parasite de son hôte. Dans la réalité il n'y a qu'une seule Eglise, l'Eglise catholique, infectée partout aujourd'hui par la pourriture conciliaire.

De même pour chaque Pape conciliaire, il est vraiment utile que de dire qu'il est la tête unique de deux églises, parce que de par ses paroles et actions, tantôt catholiques, tantôt conciliaires, il se met à la tête et de l'Eglise catholique et de la pourriture conciliaire. Pourtant cela ne veut pas dire qu'il est la tête de deux églises en réalité séparées. Cela veut dire qu'il est la tête et du catholicisme et du conciliarisme dans l'unique Eglise catholique, à présent défigurée partout par la pourriture conciliaire.

Et pourquoi nos chefs de l'Eglise sont-ils à tel point amourachés de la pourriture conciliaire ?  C'est parce qu'en hommes modernes ils ne peuvent se passer de la liberté. C'est une autre histoire. En attendant, nous devons prier de toutes nos forces pour Benoît XVI, pour qu'il comprenne de nouveau la différence entre une pomme et sa pourriture !

Kyrie eleison.

[Abbé Meramo] Des vessies pour des lanternes

SOURCE - Abbé Basilio Meramo - 14 mai 2011

Répondant à une question lors de la conférence qu’il donnait devant les fidèles au prieuré de Bogotá, le 9 mai dernier, Monseigneur de Galarreta a laissé entendre qu’en demandant à Rome de déclarer la nullité des excommunications, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X savait qu’on lui concéderait la levée de ces dernières.

Ses paroles exactes sont les suivantes : « Nous avons demandé la déclaration de nullité en sachant que l’excommunication allait être levée ». Or, un tel aveu est révélateur, car il confirme que la Fraternité a demandé une chose (la déclaration de nullité de l’excommunication supposée) en sachant parfaitement qu’on allait lui accorder autre chose (la levée de l’excommunication), qu’elle devait finir par accepter avec reconnaissance.
 
Quel besoin avait-elle de le cacher ? Elle aurait dû le déclarer dès le début pour que tous (tant ses prêtres que ses fidèles) le sachent, pour que tout soit très clair d’emblée, pour qu’on ait du moins une vision bien nette de la situation.

Sur le moment, on nous a fourni de nombreuses explications, mais on ne nous a jamais dit qu’on avait demandé la déclaration de nullité en sachant déjà  que l’excommunication allait être levée. Mais il y a plus : la Fraternité  avait sollicité en fait l’annulation du décret d’excommunication,  ce qui n’est pas la même chose qu’une déclaration de nullité.

Monseigneur Fellay a dit, dans son sermon prononcé à Flavigny le 2 février 2006 : « Nous avons demandé bien sûr le retrait du décret d’excommunication, son annulation ; mais même dire "annuler" veut déjà dire que l’on reconnaîtrait quelque chose ».
 
Il importe d’être bien clair et d’insister sur la distinction à faire entre la NULLITÉ de l’excommunication (ou de son décret) et l’ANNULATION de l’excommunication, car ce n’est pas du tout la même chose.

Dans le premier cas, on affirme que l’excommunication a été nulle, qu’elle n’a jamais existé comme telle, qu’elle a toujours été invalide. Le second cas est tout différent : on recon-naît que l’excommunication a été valide, mais qu’elle est maintenant annulée. Autrement dit, Rome revient sur le décret d’excommunication (lequel est perçu comme valide) dans la mesure où les excommuniés ont demandé pardon, et l’excommunication (peine médicinale) est levée, supprimée ; en termes canoniques, la peine est remise.
 
Monseigneur de Galarreta dit que ce que la Fraternité a fait là fut une bonne chose. Mais dans ce cas, pourquoi ne l’a-t-elle pas dit plus tôt ? Pourquoi avoir fourni tant d’explications et de justifications sans le dire ? Tout cela est surprenant et significatif. On nous a donné une foule d’explications, mais à aucun moment il n’a été question de celle-là.

Maintenant que ces choses appartiennent au passé, et alors que tout le monde a cru ce que la Fraternité disait au départ, on vient nous faire cette révélation qui n’a plus d’importance désormais. Ce qui est évident, c’est qu’on nous a menti, c’est qu’on nous a trompés en ne nous disant pas cela dès le début. Voilà la vérité.
 
Pour donner bonne impression, on a fait oeuvre de dissimulation, on a sollicité une bonne chose – la déclaration de nullité de l’excommunication (en demandant que celle-ci soit déclarée nulle, sans valeur dès le début) –, alors qu’on savait devoir obtenir en définitive une chose mauvaise : la rémission de l’excommunication (ce qui équivalait à reconnaître implicitement la réalité de cette dernière).

Il y a là une tromperie vis-à-vis des prêtres et de tous les fidèles ; c’est pire que de vouloir faire prendre des vessies pour des lanternes, c’est demander des lanternes en sachant qu’on va obtenir des vessies, c’est même demander des lanternes afin d’obtenir des vessies ; c’est se déclarer satisfait de la lumière donnée par les vessies, voire – en définitive – préférer celle des vessies à celle des lanternes.

Tout en sauvant les apparences, bien entendu, car il était hors de question de demander franchement (impudemment) la levée des excommunications. Non ! Il importait de le faire d’une manière dissimulée, avec l’assurance préalable de l’accord de Rome, cela va de soi.

C’est ce qu’ils ont fait, et c’est ce qui s’est produit. À présent, le clou est planté, la pilule est avalée, la vessie est allumée, et ils en sont satisfaits, car ils continuent à croire qu’il vaut mieux s’éclairer avec une vessie que de rester dans le noir sans lanterne.

Que cette demi-lumière leur suffise donc !

Abbé Basilio Méramo
Bogotá, le 14 mai 2011

[Abbé Aulagnier, ibp - ITEM] Note sur le problème de la « légitimité » du NOM

SOURCE - ITEM - 14 mai 2011

Sur le mot « légitimité », je ferais une distinction. Le pape, dans sa fonction de Pontife suprême, a bien évidemment le droit de donner à l’Eglise une nouvelle liturgie. Ainsi le pape Paul VI pouvait-il donner à l’Eglise le 3 avril 1969, une nouvelle messe. C’était téméraire mais c’était en son pouvoir…Sous ce rapport, ce nouveau rite est légitime. Cela ne lui donnait pourtant nullement le droit de signer la Constitution « Missale Romanum » promulgant le nouveau rite de la messe avec un texte doctrinal et explicatif des nouvelles rubriques – « l’institutio generalis » – contenant le fameux article 7 qui, de l’opinion même du cardinal Journet, était hérétique. Or c’est à la lumière de ce fameux article 7 que la nouvelle messe a été élaborée. Certes, cet article 7 fut modifié, mais cela n’entraîna pas le moindre changement dans la nouvelle messe. Cela est-il légitime?

De plus, l’abbé Dulac a démontré, à son époque, que cette nouvelle messe si elle n’est pas hérétique, est « valide » selon les trois conditions requises à la validité d’un sacrment; mais elle est « équivoque », ce qui, disait-il, est bien plus grave que l’hérésie. Un rite « équivoque » peut-il être légitime? Est-ce que le mal est légitime? Et quel mal ce nouveau rite n’a-t-il pas fait aux âmes, aux prêtres, à l’Eglise! Il a divisé l’Eglise. Il a vidé et vide les séminaires et les congrégations religieuses. Mgr Lefebvre disait ne pouvoir ouvrir et faire vivre un séminaire avec le nouveau rite. J’en suis personnellement convaincu. Il ne suffira pas de « sacraliser » le nouveau rite de Paul VI pour sortir de la crise ecclésiale, il faut soit le supprimer soit le réformer. On semble se diriger vers la « réforme ». Mais ce rite est-il seulement « réformable »?

[APIC] Rome: Célébration d’une messe selon le rite extraordinaire dans la basilique Saint-Pierre

SOURCE - APIC - 14 mai 2011

Rome, 15 mai 2011 (Apic) Dans la matinée du 15 mai, le cardinal Walter Brandmüller, ancien président du comité des sciences historiques, a célébré une ‘messe pontificale’ selon le rite extraordinaire dans la basilique Saint-Pierre.

Cette messe a eu lieu deux jours après la publication de l’Instruction “Universae Ecclesiae” par la Commission pontificale “Ecclesia Dei”, visant à faciliter l’interprétation du Motu proprio “Summorum Pontificum” de Benoît XVI qui libéralisait l’usage des livres liturgiques en latin d’avant le Concile Vatican II (1962-1965). (apic/imedia/lb/amc)

[Patricia Briel - letemps.ch] Messe en latin: le Vatican publie des normes

SOURCE - Patricia Briel - letemps.ch - 14 mai 2011

L’Eglise n’entend pas privilégier le rite ancien au détriment de la messe moderne

En 2007, Benoît XVI autorisait largement l’usage de la messe en latin pour favoriser l’unité au sein de l’Eglise, mise à mal en 1988 par le schisme de l’évêque intégriste français Marcel Lefebvre. Vendredi, le Vatican a publié l’Instruction Universae Ecclesia, qui précise les modalités d’application du motu proprio (décret) Summorum Pontificum du pape. C’est l’occasion, pour la Congrégation pour la doctrine de la foi qui l’a rédigée, de faire une mise en garde à l’adresse des fidèles qui seraient tentés de soutenir le combat intégriste, de dénigrer la messe issue de la réforme liturgique de Vatican II et de contester l’autorité du pape.

En effet, précise le texte, ceux qui demandent la célébration de la messe tridentine «ne doivent jamais venir en aide ou appartenir à des groupes qui nient la validité ou la légitimité de la Sainte Messe ou des sacrements célébrés selon la forme ordinaire, ou qui s’opposent au pontife romain comme Pasteur suprême de l’Eglise universelle».

Dans un contexte où les négociations avec les lefebvristes semblent piétiner, et après avoir ­accepté leurs principales revendications à l’ouverture d’un dialogue, le Vatican entend réaffirmer son autorité. Il justifie notamment la publication de ce document par le fait que les fidèles qui souhaitent la célébration de la messe en latin augmentent.

Le rite autorisé est celui du Missel de Jean XXXIII, qui date de 1962. Il revient à l’évêque diocésain de prendre les mesures nécessaires pour garantir que tous les fidèles qui le désirent aient accès à cette forme de messe. La célébration de celle-ci implique l’existence d’un groupe de fidèles «stable», selon le motu proprio Summorum Pontificum. L’instruction précise la portée de ce mot: est considéré comme «stable» un groupe constitué de personnes issues d’une paroisse donnée, ou de personnes de différents diocèses et paroisses qui se retrouvent dans une église pour la célébration du rite. 

Réserves

Toutefois, consciente des réserves que suscite encore cette forme de messe, la Congrégation pour la doctrine de la foi recommande une certaine retenue: «Dans chaque cas, le curé, le recteur ou le prêtre responsable de l’église prendra sa décision avec prudence, en se laissant guider par son zèle pastoral et par un esprit d’accueil généreux.»

Certains craignaient que Benoît XVI ne cherche à privilégier le rite ancien au détriment du nouveau. La publication de cette instruction lèvera leurs doutes.

13 mai 2011

[Luc Perrin - le Forum Catholique] "...pas loin du statu quo et un recul même sur un point sensible.."


SOURCE - Luc Perrin - le Forum Catholique - 13 mai 2011

[Message de Luc Perrin en réponse à la publication de l'instruction sur l’application de la Lettre apostolique Summorum Pontificum]

Très peu d'avancées : le flou, en effet, persiste quant aux recours à la PCED même si on insiste un peu plus sur eux. Une des restrictions sur les groupes stables est levée (origine géographique) mais rien sur le nombre. La levée pour les religieux du veto du supérieur, plus théorique que pratique comme chacun sait ; idem pour les diocésains avec l'art. 23 qui ne fait que confirmer leur droit et réprouver un empiètement des évêques en certains diocèses. La chicane sur la connaissance d'agrégé de lettres classiques du latin est levée également (art. 20) : quelques diocèses anti-tradis fanatiques aux USA avaient usé de ce prétexte.

La grande avancée annoncée, l'enseignement dans les séminaires (art. 21), est annulée par la formule mise en incise : "si les exigences pastorales le suggèrent". Il est facile de deviner qu'en France et de multiples pays sans doute les "exigences pastorales" ne suggéreront rien ...

Et le recul annoncé est bien là : l'ordination des prêtres diocésains est bien exclue par l'article 31
"Seuls les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie
apostolique qui dépendent de la Commission pontificale Ecclesia Dei
ainsi que ceux dans lesquels se maintient l’usage des livres
liturgiques de la forme extraordinaire peuvent utiliser le Pontifical
romain en vigueur en 1962 pour conférer les ordres mineurs et majeurs."
Les ordinations effectuées par Mgr Rey seront donc sans suite, ce qui est très dommageable quant au principe. L'ordination de prêtres diocésains pour la Forme extraordinaire est ainsi découragée.
Le paradoxe est grand d'ailleurs puisqu'on pourra continuer, heureusement, à ordonner des évêques selon la forme de 1962.

En gros le statu quo va continuer à moins que la PCED se mette vraiment à "juger" (art. 13).
On apprend incidemment qu'une "grande enquête" a été réalisée au préalable auprès des évêques dans le monde. Le long délai et le peu de progrès du texte final y trouvent sans doute leur explication ...

[Jean-Marie Guénois - Le Figaro] Les messes en latin ont doublé en quatre ans

SOURCE - Jean-Marie Guénois - Le Figaro - 13 mai 2011

Le Vatican a publié des normes pour mieux accompagner le retour partiel à l'ancien rite autorisé par Benoît XVI en 2007.

Le nombre des messes célébrées en latin a doublé en France depuis bientôt quatre ans. Précisément depuis le 7 juillet 2007 où Benoît XVI a permis aux catholiques qui le désiraient de suivre la messe selon le missel de 1962, avant la réforme liturgique du Concile Vatican II.

Très sensible au sujet, le Pape allemand avait ainsi publié un motu proprio, décret définissant deux formes de la liturgie romaine: «ordinaire» pour la messe conciliaire; «extraordinaire» pour la messe préconciliaire. Il s'était donné trois années pour évaluer sa mise en œuvre.

Après ce temps d'observation, le Saint-Siège a publié vendredi une «instruction» pour préciser quatre points.

L'esprit de cette réforme tout d'abord: il n'y a pas de «contradiction» entre les rites. La liturgie ancienne est considérée comme «un trésor à conserver précieusement». Pour autant, cette mixité doit «favoriser la réconciliation au sein de l'Église». Et s'il est demandé aux évêques d'accueillir «généreusement» les groupes qui désirent des messes en latin, Rome attend en retour que «jamais» ces fidèles n'aident ou n'appartiennent à des groupes qui «nient la validité ou la légitimité» de la forme ordinaire de la messe ou «s'opposent au Pontife romain».

Second point: alors que le motu proprio exigeait, pour être recevable, que toute demande de messe extraordinaire émane d'un groupe «stable» issu de la même paroisse, cette condition géographique disparaît. Désormais, les demandeurs peuvent même appartenir à des diocèses différents.

Troisième ajustement: Rome «suggère» mais sans l'imposer que les évêques prévoient que leurs séminaristes puissent apprendre à célébrer selon l'ancien rite.

Enfin, le Saint-Siège rappelle que la commission Ecclesia Dei, qui dépend de la congrégation pour la Doctrine de la foi, est compétente «en tant que supérieur hiérarchique» - donc au-dessus des évêques - pour appliquer le motu proprio et gérer les éventuels conflits.

À ce jour, seuls trois diocèses (Mende, Viviers, Châlons-en-Champagne) n'appliquent pas encore le motu proprio. Mais, il y a quatre ans, c'était près de la moitié des cent diocèses français qui n'ouvraient pas cette possibilité pourtant permise par Jean-Paul II en 1988. Un épiscopat français plutôt bon élève comparé à l'épiscopat allemand qui résiste à ce retour de l'ancien rite.

Christian Marquant, président de l'association Paix liturgique (4000 adhérents), milite pour la messe en latin et reconnaît ces «progrès». Mais il regrette que certains diocèses ne permettent cette messe «qu'une fois par mois ou à des horaires impossibles pour les familles». Il soutient que «500 demandes» ne seraient pas satisfaites. En attendant, chaque dimanche, 200 messes «extraordinaires» sont célébrées en latin et 15.000 messes «ordinaires» en français.

[Zenit] Instruction « Universae Ecclesiae » : note du père Lombardi

SOURCE - Zenit - 13 mai 2011

ROME, Vendredi 13 mai 2011 (ZENIT.org) - Nous publions ci-dessous une note du directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, le P. Federico Lombardi, qui synthétise la nouvelle Instruction « Universae Ecclesiae » sur l'application du Motu proprio « Summorum Pontificum » sur l'usage de la Liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970. Cette traduction française a été distribuée par la Salle de presse du Saint-Siège.
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L'Instruction sur l'application du Motu proprio "Summorum Pontificum" (du 7 juillet 2007, entré en vigueur le 14 septembre 2007) a été approuvée par le Pape Benoît XVI le 8 avril dernier et est datée du 30 avril, mémoire liturgique de Saint Pie V, Pape.

L'Instruction, reprenant les premiers mots du texte latin, s'intitule "Universae Ecclesiae" et émane de la Commission Pontificale "Ecclesia Dei", à qui le Pape avait confié - entre autre - la tâche de veiller sur le respect et l'application du Motu proprio. C'est pourquoi, elle porte la signature de son Président, le Card. William Levada, et de son Secrétaire, Mgr. Guido Pozzo.

Le document a été envoyé à tous les évêques la semaine dernière. Nous rappelons que "les instructions... explicitent les dispositions des lois, expliquent et fixent leurs modalités d'application" (CIC, can. 34). Comme il est dit au n.12, l'Instruction est promulguée "en vue de garantir la correcte interprétation et la juste application" du Motu proprio "Summorum Pontificum".

Il était naturel qu'après la loi contenue dans le Motu Proprio, suive l'Instruction sur son application. Le fait que cela advienne aujourd'hui, plus de trois ans après, s'explique facilement si l'on se souvient que dans la Lettre du Pape accompagnant le Motu Proprio, il disait explicitement aux évêques: "Je vous invite à écrire au Saint-Siège, trois ans après l'entrée en vigueur de ce Motu Proprio. Si de sérieuses difficultés apparaissent vraiment, des voies seront recherchées pour trouver une solution". L'Instruction porte donc aussi en soi le fruit de la vérification triennale de l'application de la loi, qui avait été prévue depuis le début.

Le document est présenté dans un langage simple et de lecture facile. Son Introduction (nn.1-8) rappelle brièvement l'histoire du Missel Romain jusqu'à la dernière édition de Jean XXIII, en 1962, et au nouveau Missel approuvé par Paul VI en 1970, suite à la réforme liturgique du Concile Vatican II, et confirme le principe fondamental selon lequel il s'agit de "deux formes de la Liturgie Romaine, définies respectivement ordinaria et extraordinaria : il s'agit de deux usages du seul Rite romain, qui se placent l'un à côté de l'autre. L'une et l'autre forme sont l'expression de la même lex orandi de l'Eglise. Par son usage vénérable et ancien, la forma extraordinaria doit être conservée avec l'honneur qui lui est dû" (n. 6).

La finalité du Motu proprio est aussi confirmée, s'articulant sur les trois points suivants: a) offrir à tous les fidèles la Liturgie Romaine dans son usage le plus ancien, considérée comme un précieux trésor à conserver; b) garantir et assurer réellement, à ceux qui le demandent, l'usage de la forma extraordinaria; c) favoriser la réconciliation au sein de l'Eglise (cf n. 8).

Une Section du document (nn. 9-11) rappelle brièvement les devoirs et les pouvoirs de la Commission "Ecclesia Dei", à qui le Pape "a conféré le pouvoir ordinaire vicarial" en la matière. Cela implique, entre autre, deux conséquences très importantes. D'abord, celle-ci peut décider des recours qui lui sont présentés contre d'éventuelles mesures d'évêques ou d'autres ordinaires, qui semblent contraires aux dispositions du Motu proprio (avec toujours la possibilité de faire ensuite un recours contre les décisions de la Commission près le Tribunal suprême de la Signature Apostolique). En outre, il revient à la Commission, avec l'approbation de la Congrégation pour le Culte Divin, de s'occuper d'une éventuelle édition des textes liturgiques pour la forma extraordinaria du Rite romain (dans la suite du document on espère, par exemple, l'insertion de nouveaux saints et de nouvelles préfaces).

La partie proprement normative du document (nn. 12-35) contient 23 brefs points sur les différents thèmes.

La compétence des Evêques diocésains est confirmée pour la réalisation du Motu proprio, rappelant qu'en cas de controverses sur la célébration dans la forma extraordinaria, c'est la Commission "Ecclesia Dei" qui tranchera.

Clarification est apportée quant au concept de coetus fidelium (c'est-à-dire "groupe de fidèles") stabiliter existens ("stable") qui désirent pouvoir assister à la célébration dans sa forma extraordinaria. Laissant toutefois à la sage évaluation des pasteurs le nombre de personnes nécessaires pour le constituer, il est précisé que celui-ci ne doit pas être nécessairement constitué de personnes appartenant à une seule paroisse, mais peut être composé de personnes provenant de différentes paroisses voire de différents diocèses. L'Instruction, tenant toujours compte du respect des exigences pastorales plus larges, propose un esprit d'"accueil généreux" envers les groupes de fidèles qui demandent la forma extraordinaria ou des prêtres qui demandent de célébrer occasionnellement dans cette forme avec quelques fidèles.

Une précision très importante est apportée (n. 19) selon laquelle les fidèles qui demandent la célébration dans sa forma extraordinaria "ne doivent en aucune façon soutenir ou appartenir à des groupes qui se disent contraires à la validité ou légitimité de la forma ordinaria" et/ou à l'autorité du Pape comme Pasteur Suprême de l'Eglise universelle. Cela irait, en effet, en contradiction manifeste avec la finalité de "réconciliation" du Motu proprio lui-même.

D'importantes indications sont aussi données sur le "prêtre idoine" à célébrer dans la forma extraordinaria. Naturellement celui-ci ne doit pas avoir d'empêchement d'un point de vue canonique, suffisamment bien connaître le latin et le rite à célébrer. C'est pourquoi les évêques sont encouragés à permettre, dans les séminaires, une formation adéquate à cette fin, et il est possible de recourir, en cas de manque de prêtres idoines, à la collaboration des prêtres des Instituts érigés par la Commission "Ecclesia Dei" (qui utilisent normalement la forma extraordinaria).

L'Instruction confirme que tout prêtre séculier ou religieux a l'autorisation de célébrer la Messe "sans peuple" dans la forma extraordinaria s'il le souhaite. Ainsi, s'il ne s'agit pas de célébration avec le peuple, les religieux individuels n'ont pas besoin de l'autorisation de leurs supérieurs.

Suivent - toujours en ce qui concerne la forma extraordinaria - des normes relatives aux règles liturgiques et à l'usage des livres liturgiques (comme le Rituel, le Pontifical, le Cérémonial des évêques), à la possibilité d'utiliser la langue locale pour les lectures (en complément de la langue latine, ou aussi comme alternative dans les "Messes lues"), à la possibilité pour les clercs d'utiliser le Bréviaire d'avant la réforme liturgique, à la possibilité de célébrer le Triduum Sacré dans la Semaine Sainte pour les groupes de fidèles demandant l'ancien rite. En ce qui concerne les ordinations sacrées, l'usage des livres liturgiques plus anciens est permis seulement dans les Instituts qui dépendent de la Commission "Ecclesia Dei".

Ce texte, une fois lu, donne l'impression d'un grand équilibre, qui entend favoriser - selon l'intention du Pape - l'usage serein de la liturgie précédant la réforme de la part de prêtres et de fidèles qui en ressentent le sincère désir pour leur bien spirituel; et qui entend garantir la légitimité et l'effectivité d'un tel usage dans la mesure du possible. En même temps, le texte est animé par la confiance en la sagesse pastorale des évêques, et insiste fortement sur l'esprit de communion ecclésiale qui doit être présent chez tous - fidèles, prêtres, évêques - afin que la finalité de réconciliation, ainsi présente dans la décision du Saint-Père, ne soit pas empêchée ou freinée, mais favorisée et atteinte.

[Thibault Raisse - Le Parisien] L’étrange monastère où a séjourné Dupont de Ligonnès

SOURCE - Thibault Raisse  - Le Parisien - 13 mai 2011

Une abbaye du Vaucluse où Xavier Dupont de Ligonnès avait séjourné à la fin des années 1980 a été visitée par les policiers. L’homme est toujours activement recherché après la mort de sa femme et de ses enfants.

Bigot ou profane ? Jusqu’ici, Xavier Dupont de Ligonnès n’apparaissait guère obsédé par la religion. Il ne fréquentait guère le groupe de prière de sa mère à Versailles, séchait la messe le dimanche à Nantes comme à Pornic. Pourtant, la vie spirituelle de l’homme le plus recherché de France semble receler encore bien des mystères.

A la fin des années 1980, alors qu’il vit à Draguignan (Var), le suspect numéro un de la tuerie de Nantes — au cours de laquelle sa famille a été retrouvée massacrée le 21 avril — est un habitué du monastère Sainte-Madeleine dans le Vaucluse. Un détail? Pas vraiment : en plus d’être l’une des communautés traditionalistes de France, l’abbaye se situe à seulement 40 km du Pontet, le village où le fugitif s’était arrêté dormir dans la nuit du 12 au 13 avril.

C’est une amie de l’une des sœurs de Xavier qui avait transmis l’information aux enquêteurs fin avril. Celle-ci raconte aux policiers que le suspect, alors célibataire, effectuait, à la fin des années 1980, des séjours réguliers dans ce monastère. « A l’époque c’était quelqu’un de sombre et renfermé, se souvient cette amie. La famille connaissait alors des tensions, qui semblaient liées à la personnalité très forte de la mère de Xavier. » L’abbaye, créée en 1970, et sa quarantaine de moines bénédictins sont alors proches de Mgr Lefevbre, chef de file des traditionalistes, en rupture avec le Vatican. Aujourd’hui encore, la messe y est célébrée en latin, selon le rite traditionnel. C’est également le seul monastère du pays à ne pas adhérer à la Conférence des religieux et religieuses de France, qui fédère les communautés catholiques de l’Hexagone.

Cette information ne va pas laisser les enquêteurs indifférents. Car s’ils savent que le suspect a bien passé la nuit du 12 au 13 avril dans un gîte du Pontet et celle du 14 au 15 à Roquebrune-sur-Argens, ils ignorent toujours où le suspect a pu dormir dans la nuit du 13 au 14. Les policiers de la PJ de Nantes se rendent donc à l’abbaye le 24 avril, mais les bénédictins assurent ne pas avoir croisé le fugitif. « Si nous l’avions vu, nous l’aurions dénoncé », dit un responsable de la communauté, qui ajoute que le visage de Xavier lui était « inconnu » jusqu’alors.

Après une visite minutieuse, les enquêteurs ne trouvent rien de suspect. Depuis leur passage, une photo de Xavier trône devant la porte du monastère, surmontée du numéro de la PJ de Nantes. « C’est un crime atroce, commente un responsable du monastère. Nous avons prié pour lui, pour qu’il se rende à la police. Après quoi, le bon Dieu le jugera. »

[temoignagechretien.fr - Philippe Clanché] Rite extraordinaire : une instruction qui instruit peu

SOURCE - temoignagechretien.fr - Philippe Clanché - 13 mai 2011

Le texte romain tant attendu sur l'application du motu proprio Summorum Pontificum de 2007 n'est guère révolutionnaire.

Depuis plusieurs mois, les passionnés de débat liturgique attendaient un document du Vatican. Le document devait préciser les modalités d'application d'un texte donné en 2007, le motu proprio Summorum pontificum, libéralisant l'utilisation du rite pré-conciliaire de la messe, apprécié par la frange traditionaliste du catholicisme, particulièrement en France. Moult fois repoussée, l'instruction Universae ecclesiae a enfin été rendue publique ce 13 mai.

Il convient de revenir d'abord sur les grandes lignes du texte de 2007, qui a fait sortir de la semi-clandestinité le rite ancien dit « de saint-Pie V ». Cette façon ancienne de célébrer la messe, « jamais abrogée » mais largement abandonnée, constitue depuis 2007 une des « deux mises en œuvre de l’unique rite romain » (A. 1). Ce rite extraordinaire est alors autorisé sans condition pour les messes sans fidèles ou dans des communautés religieuses.

Dans les paroisses « où il existe un groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure, le curé appréciera lui-même ce qui convient pour le bien de ces fidèles en harmonie avec la sollicitude pastorale de la paroisse, sous le gouvernement de l’Évêque (…) en évitant la discorde et en favorisant l’unité de toute l’Église » (A. 5).

Commençons par un point décevant du nouveau texte. Celui-ci tente de définir ce que Summorum pontificum nommait «  groupe stable de fidèles attachés à la tradition liturgique antérieure », ici appelé coetus fidelium. Un tel ensemble « pourra se dire stable s’il est constitué de personnes issues d’une paroisse donnée qui, même après la publication du Motu Proprio, se sont réunies à cause de leur vénération pour la liturgie célébrée dans l’usus antiquior et qui demandent sa célébration dans l’église paroissiale, un oratoire ou une chapelle. Il  peut aussi se composer de personnes issues de paroisses ou de diocèses différents qui se retrouvent à cette fin dans une église paroissiale donnée, un oratoire ou une chapelle ». La précision ne saute pas aux yeux, si ce n'est l'exigence d'une pérennité, que chacun pourra cependant interpréter comme il l'entend.

DISCERNEMENT DU PASTEUR

Passons aux sujets plus sensibles. Les esprits chagrins pourront voir un hiatus sur une vraie question : quelle est la liberté réelle du curé face à une demande de messe selon le rite extraordinaire? Le curé est censé « accepter cette célébration, tout en tenant compte des exigences liées aux horaires des célébrations liturgiques de l’église » (A. 16). Voici qui ne laisse pas beaucoup de place au discernement du pasteur.

Mais – surprise !-, l’article suivant indique que  « dans chaque cas, le curé prendra sa décision avec prudence, en se laissant guider par son zèle pastoral et par un esprit d’accueil généreux ». Cette seconde formulation, plus ouverte, consonne davantage avec le libre-arbitre offert dans le document de 2007. Nul doute que certains se glisseront dans cette faille pour montrer qu'un refus contreviendrait à l'esprit du nouveau texte romain.

On attendait des précisions concernant les célébrants du rite extraordinaire non issus des instituts dépendant de la Commission pontificale Ecclesia dei, qui le pratiquent en permanence (2). Le texte parle de prêtre « idoine » à cet office, lequel doit notamment « avoir du latin une connaissance de base qui lui permette de prononcer correctement les mots et d’en comprendre le sens » (ce qui n'était pas forcément le cas de tous les prêtres avant Vatican II).  Au-delà, il est demandé aux évêques « d’offrir au clergé la possibilité d’acquérir une préparation adéquate ».

Dans sa sagesse, le texte prévoit que cela ne sera pas facile dans chaque diocèse. En cas d'impossibilité de fournir un « prêtre idoine », et dans le même esprit que le texte de 2007, le nouveau document invite alors les évêques à « demander la collaboration des prêtres des Instituts érigés par la Commission Ecclesia Dei, soit pour célébrer, soit même pour enseigner à le faire ».

FORMATION

Pour trouver des célébrants, on pourra sans doute compter sur le zèle des prêtres de ces instituts, trop contents de ce retour en grâce amorcé en 2007. Mais concernant l'enseignement, il faudra trouver des formateurs et des candidats à la formation. Quand on connaît l'emploi du temps des prêtres diocésains français, on imagine difficilement que des heures d'apprentissage pour un rite demandé parfois par une poignées de fidèles puisse passer pour une priorité.

Universae ecclesiae évoque bien sûr les séminaires. L'instruction indique : « On devra pourvoir à la formation convenable des futurs prêtres par l’étude du latin, et, si les exigences pastorales le suggèrent, offrir la possibilité d’apprendre la forme extraordinaire du rite » (A. 21). Si les générations de futurs prêtres semblent avoir moins de mal que leurs aînés avec la langue de saint Augustin et de saint Thomas, on s'interroge sur l'estimation de l'« exigence pastorale » de la mise en place du dispositif. La plupart des centres de formation français étant aujourd'hui interdiocésains, cela promet de belles discussions entre évêques pour savoir s'il y a lieu ou non de prévoir dans la formation un modèle d'apprentissage du rite extraordinaire.

Concluons par un satisfecit. L'article 19 apporte une nouveauté qui va réjouir les catholiques attachés au Concile et qui vivent au quotidien à côté de férus de l'ancien rite. « Les fidèles qui demandent la célébration de la forme extraordinaire ne doivent jamais venir en aide ou appartenir à des groupes qui nient la validité ou la légitimité de la Sainte Messe ou des sacrements célébrés selon la forme ordinaire, ou qui s’opposent au Pontife romain comme Pasteur suprême de l’Église universelle. » (A. 19).

Avec cette exigence, Rome demande de couper les liens persistants entre les ralliés et les toujours schismatiques. On peut espérer que, dans le même esprit, les dénigrements du rite ordinaire par les tenants de l'extraordinaire vont diminuer, rendant ainsi plus facile à vivre la cohabitation locale.

Auparavant, on demandait aux « modernes » d'être bienveillants envers les « anciens », sans que la réciproque soit pratiquée. Ainsi, à l'heure de la création controversée de l'Institut du Bon Pasteur à Bordeaux en octobre 2006, le cardinal Ricard (2) avait demandé à ses ouailles d'« entrer dans l’attitude évangélique de cet accueil du frère, qui implique toujours gratuité et espérance dans la foi », pendant que l'abbé Laguérie continuait d'exprimer son mépris pour les prêtres du diocèse. Avec une charité mutuelle réelle, bien des tensions pourraient s'apaiser localement.

Si ce texte, qui ne change en rien l'air du temps catholique, peut avoir cette vertu, les catholiques conciliaires peuvent  si ce n'est s'en réjouir, du moins ne pas s'en fâcher.

(1) On trouve notamment la Fraternité sacerdotale Saint-Pierre, l'Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre, l'Institut du Bon-Pasteur, ainsi que des monastères bénédictins (Le Barroux) ou dominicains.
(2) Membre de la Commission Ecclesia dei

[Vatican] Instruction sur l’application de la Lettre apostolique Summorum Pontificum

SOURCE - Commission Pontificale Ecclesia Dei - 13 mai 2011

INSTRUCTION sur l’application de la Lettre apostolique Summorum Pontificum donnée motu proprio par SA SAINTETÉ LE PAPE BENOÎT XVI

I. Introduction

1. La Lettre apostolique Summorum Pontificum, donnée motu proprio par le Souverain Pontife Benoît XVI le 7 juillet 2007 et entrée en vigueur le 14 septembre 2007, a rendu plus accessible la richesse de la liturgie romaine à l’Église universelle.

2. Par ce Motu Proprio, le Souverain Pontife Benoît XVI a promulgué une loi universelle pour l’Église, avec l’intention de donner un nouveau cadre normatif à l’usage de la liturgie romaine en vigueur en 1962.

3. Après avoir rappelé la sollicitude des Souverains Pontifes pour la sainte liturgie et la révision des livres liturgiques, le Saint-Père reprend le principe traditionnel, reconnu depuis des temps immémoriaux et à maintenir nécessairement à l’avenir, selon lequel « chaque Église particulière doit être en accord avec l’Église universelle, non seulement sur la doctrine de la foi et sur les signes sacramentels, mais aussi sur les usages reçus universellement de la tradition apostolique ininterrompue. On doit les observer non seulement pour éviter les erreurs, mais pour transmettre l’intégrité de la foi, car la règle de la prière de l’Église correspond à sa règle de foi1 ».

4. Le Souverain Pontife évoque en outre les Pontifes romains qui se sont particulièrement donnés à cette tâche, notamment saint Grégoire le Grand et saint Pie V. Le Pape souligne également que, parmi les livres liturgiques sacrés, le Missale Romanum a joué un rôle particulier dans l’histoire et qu’il a connu des mises à jour au cours des temps jusqu’au bienheureux Pape Jean XXIII. Puis, après la réforme liturgique qui suivit le Concile Vatican II, le Pape Paul VI approuva en 1970 pour l’Église de rite latin un nouveau Missel, qui fut ensuite traduit en différentes langues. Le Pape Jean Paul II en promulgua une troisième édition en l’an 2000.

5. Plusieurs fidèles, formés à l’esprit des formes liturgiques antérieures au Concile Vatican II, ont exprimé le vif désir de conserver la tradition ancienne. C’est pourquoi, avec l’indult spécial Quattuor abhinc annos publié en 1984 par la Sacrée Congrégation pour le Culte divin, le Pape Jean Paul II concéda sous certaines conditions la faculté de reprendre l’usage du Missel romain promulgué par le bienheureux Pape Jean XXIII. En outre, avec le Motu Proprio Ecclesia Dei de 1988, le Pape Jean Paul II exhorta les Évêques à concéder généreusement cette faculté à tous les fidèles qui le demandaient. C’est dans la même ligne que se situe le Pape Benoît XVI avec le Motu Proprio Summorum Pontificum, où sont indiqués, pour l’usus antiquior du rite romain, quelques critères essentiels qu’il est opportun de rappeler ici.

6. Les textes du Missel romain du Pape Paul VI et de la dernière édition de celui du Pape Jean XXIII sont deux formes de la liturgie romaine, respectivement appelées ordinaire et extraordinaire : il s’agit de deux mises en œuvre juxtaposées de l’unique rite romain. L’une et l’autre forme expriment la même lex orandi de l’Église. En raison de son usage antique et vénérable, la forme extraordinaire doit être conservée avec l’honneur qui lui est dû.

7. Le Motu Proprio Summorum Pontificum s’accompagne d’une lettre du Saint-Père aux Évêques, publiée le même jour que lui (7 juillet 2007) et offrant de plus amples éclaircissements sur l’opportunité et la nécessité du Motu Proprio lui-même : il s’agissait effectivement de combler une lacune, en donnant un nouveau cadre normatif à l’usage de la liturgie romaine en vigueur en 1962. Ce cadre s’imposait particulièrement du fait qu’au moment de l’introduction du nouveau missel, il n’avait pas semblé nécessaire de publier des dispositions destinées à régler l’usage de la liturgie en vigueur en 1962. En raison de l’augmentation du nombre de ceux qui demandent à pouvoir user de la forme extraordinaire, il est devenu nécessaire de donner quelques normes à ce sujet.
Le Pape Benoît XVI affirme notamment : « Il n’y a aucune contradiction entre l’une et l’autre édition du Missale Romanum. L’histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture. Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste2 ».

8. Le Motu Proprio Summorum Pontificum constitue une expression remarquable du magistère du Pontife romain et de son munus propre - régler et ordonner la sainte liturgie de l’Église3 - et il manifeste sa sollicitude de Vicaire du Christ et de Pasteur de l’Église universelle4. Il se propose :
a) d’offrir à tous les fidèles la liturgie romaine dans l’usus antiquior, comme un trésor à conserver précieusement ;
b) de garantir et d’assurer réellement l’usage de la forme extraordinaire à tous ceux qui le demandent, étant bien entendu que l’usage de la liturgie latine en vigueur en 1962 est une faculté donnée pour le bien des fidèles et donc à interpréter en un sens favorable aux fidèles qui en sont les principaux destinataires;
c) de favoriser la réconciliation au sein de l’Église.

II. Les missions de la Commission pontificale Ecclesia Dei

9. Le Souverain Pontife a doté la Commission pontificale Ecclesia Dei d’un pouvoir ordinaire vicaire dans son domaine de compétence, en particulier pour veiller sur l’observance et l’application des dispositions du Motu Proprio Summorum Pontificum (cf. art. 12).

10. § 1. La Commission pontificale exerce ce pouvoir, non seulement grâce aux facultés précédemment concédées par le Pape Jean Paul II et confirmées par le Pape Benoît XVI (cf. Motu Proprio Summorum Pontificum, art. 11-12), mais aussi grâce au pouvoir d’exprimer une décision, en tant que Supérieur hiérarchique, au sujet des recours qui lui sont légitimement présentés contre un acte administratif de l’Ordinaire qui semblerait contraire au Motu Proprio.
§ 2. Les décrets par lesquels la Commission pontificale exprime sa décision au sujet des recours pourront être attaqués ad normam iuris devant le Tribunal Suprême de la Signature Apostolique.

11. Après approbation de la Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, il revient à la Commission pontificale Ecclesia Dei de veiller à l’édition éventuelle des textes liturgiques relatifs à la forme extraordinaire du rite romain.
 
III. Normes spécifiques

12. À la suite de l’enquête réalisée auprès des Évêques du monde entier et en vue de garantir une interprétation correcte et une juste application du Motu Proprio Summorum Pontificum, cette Commission pontificale, en vertu de l’autorité qui lui a été attribuée et des facultés dont elle jouit, publie cette Instruction, conformément au canon 34 du Code de droit canonique.
La compétence des Évêques diocésains

13. D’après le Code de droit canonique5, les Évêques diocésains doivent veiller à garantir le bien commun en matière liturgique et à faire en sorte que tout se déroule dignement, pacifiquement et sereinement dans leur diocèse, toujours en accord avec la mens du Pontife romain clairement exprimée par le Motu Proprio Summorum Pontificum6. En cas de litige ou de doute fondé au sujet de la célébration dans la forme extraordinaire, la Commission pontificale Ecclesia Dei jugera.

14. Il revient à l’Évêque diocésain de prendre les mesures nécessaires pour garantir le respect de la forme extraordinaire du rite romain, conformément au Motu Proprio Summorum Pontificum.

Le cœtus fidelium (cf. Motu Proprio Summorum Pontificum, art. 5 § 1)

15. Un cœtus fidelium pourra se dire stable (stabiliter exsistens), au sens où l’entend l’art. 5 § 1 de Summorum Pontificum, s’il est constitué de personnes issues d’une paroisse donnée qui, même après la publication du Motu Proprio, se sont réunies à cause de leur vénération pour la liturgie célébrée dans l’usus antiquior et qui demandent sa célébration dans l’église paroissiale, un oratoire ou une chapelle ; ce cœtus peut aussi se composer de personnes issues de paroisses ou de diocèses différents qui se retrouvent à cette fin dans une église paroissiale donnée, un oratoire ou une chapelle.

16. Si un prêtre se présente occasionnellement avec quelques personnes dans une église paroissiale ou un oratoire en souhaitant célébrer dans la forme extraordinaire, comme le prévoient les articles 2 et 4 du Motu Proprio Summorum Pontificum, le curé, le recteur ou le prêtre responsable de l’église acceptera cette célébration, tout en tenant compte des exigences liées aux horaires des célébrations liturgiques de l’église elle-même.

17. § 1. Dans chaque cas, le curé, le recteur ou le prêtre responsable de l’église prendra sa décision avec prudence, en se laissant guider par son zèle pastoral et par un esprit d’accueil généreux.
§ 2. Dans le cas de groupes numériquement moins importants, on s’adressera à l’Ordinaire du lieu pour trouver une église où ces fidèles puissent venir assister à ces célébrations, de manière à faciliter leur participation et une célébration plus digne de la Sainte Messe.

18. Dans les sanctuaires et les lieux de pèlerinage, on offrira également la possibilité de célébrer selon la forme extraordinaire aux groupes de pèlerins qui le demanderaient (cf. Motu Proprio Summorum Pontificum, art. 5 § 3), s’il y a un prêtre idoine.

19. Les fidèles qui demandent la célébration de la forme extraordinaire ne doivent jamais venir en aide ou appartenir à des groupes qui nient la validité ou la légitimité de la Sainte Messe ou des sacrements célébrés selon la forme ordinaire, ou qui s’opposent au Pontife romain comme Pasteur suprême de l’Église universelle.

Le sacerdos idoneus (cf. Motu Proprio Summorum Pontificum, art. 5 § 4)

20. Les conditions requises pour considérer un prêtre comme « idoine » à la célébration dans la forme extraordinaire s’énoncent comme suit :
a) tout prêtre qui n’est pas empêché par le droit canonique7, doit être considéré comme idoine à la célébration de la Sainte Messe dans la forme extraordinaire ;
b) il doit avoir du latin une connaissance de base qui lui permette de prononcer correctement les mots et d’en comprendre le sens ;
c) la connaissance du déroulement du rite est présumée chez les prêtres qui se présentent spontanément pour célébrer dans la forme extraordinaire et qui l’ont déjà célébrée.

21. On demande aux Ordinaires d’offrir au clergé la possibilité d’acquérir une préparation adéquate aux célébrations dans la forme extraordinaire. Cela vaut également pour les séminaires, où l’on devra pourvoir à la formation convenable des futurs prêtres par l’étude du latin8, et, si les exigences pastorales le suggèrent, offrir la possibilité d’apprendre la forme extraordinaire du rite.

22. Dans les diocèses sans prêtre idoine, les Évêques diocésains peuvent demander la collaboration des prêtres des Instituts érigés par la Commission pontificale Ecclesia Dei, soit pour célébrer, soit même pour enseigner à le faire.

23. La faculté de célébrer la Messe sine populo (ou avec la participation du seul ministre) dans la forme extraordinaire du rite romain est donnée par le Motu Proprio à tout prêtre séculier ou religieux (cf. Motu Proprio Summorum Pontificum, art. 2). Pour ces célébrations, les prêtres n’ont donc besoin, selon le Motu Proprio Summorum Pontificum, d’aucun permis spécial de leur Ordinaire ou de leur supérieur.
La discipline liturgique et ecclésiastique

24. Les livres liturgiques de la forme extraordinaire seront utilisés tels qu’ils sont. Tous ceux qui désirent célébrer selon la forme extraordinaire du rite romain doivent connaître les rubriques prévues et les suivre fidèlement dans les célébrations.

25. De nouveaux saints et certaines des nouvelles préfaces pourront et devront être insérés dans le Missel de 19629, selon les normes qui seront indiquées plus tard.

26. Comme le prévoit le Motu Proprio Summorum Pontificum à l’article 6, les lectures de la Sainte Messe du Missel de 1962 peuvent être proclamées soit seulement en latin, soit en latin puis dans la langue du pays, soit même, dans le cas des Messes lues, seulement dans la langue du pays.

27. En ce qui concerne les normes disciplinaires liées à la célébration, on appliquera la discipline ecclésiastique définie dans le Code de droit canonique de 1983.

28. De plus, en vertu de son caractère de loi spéciale, le Motu Proprio Summorum Pontificum déroge, dans son domaine propre, aux mesures législatives sur les rites sacrés prises depuis 1962 et incompatibles avec les rubriques des livres liturgiques en vigueur en 1962.

La Confirmation et l’Ordre sacré

29. La permission d’utiliser la formule ancienne pour le rite de la confirmation a été reprise par le Motu Proprio Summorum Pontificum (cf. art. 9 § 2). Dans la forme extraordinaire, il n’est donc pas nécessaire d’utiliser la formule rénovée du Rituel de la confirmation promulgué par le Pape Paul VI.

30. Pour la tonsure, les ordres mineurs et le sous-diaconat, le Motu Proprio Summorum Pontificum n’introduit aucun changement dans la discipline du Code de droit canonique de 1983 ; par conséquent, dans les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique qui dépendent de la Commission pontificale Ecclesia Dei, le profès de vœux perpétuels ou celui qui a été définitivement incorporé dans une société cléricale de vie apostolique est, par l’ordination diaconale, incardiné comme clerc dans l’Institut ou dans la Société, conformément au canon 266 § 2 du Code de droit canonique.

31. Seuls les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique qui dépendent de la Commission pontificale Ecclesia Dei ainsi que ceux dans lesquels se maintient l’usage des livres liturgiques de la forme extraordinaire peuvent utiliser le Pontifical romain en vigueur en 1962 pour conférer les ordres mineurs et majeurs.

Le Bréviaire romain

32. Les clercs ont la faculté d’utiliser le Bréviaire romain en vigueur en 1962 dont il est question à l’article 9 § 3 du Motu Proprio Summorum Pontificum. Celui-ci doit être récité intégralement et en latin.

Le Triduum sacré

33. S’il y a un prêtre idoine, le cœtus fidelium qui adhère à la tradition liturgique précédente peut aussi célébrer le Triduum sacré dans la forme extraordinaire. Au cas où il n’y aurait pas d’église ou d’oratoire exclusivement prévu pour ces célébrations, le curé ou l’Ordinaire prendront les mesures les plus favorables au bien des âmes, en accord avec le prêtre, sans exclure la possibilité d’une répétition des célébrations du Triduum sacré dans la même église.

Les rites des Ordres religieux

34. Il est permis d’utiliser les livres liturgiques propres aux Ordres religieux et en vigueur en 1962.

Pontifical romain et Rituel romain

35. Conformément au n. 28 de cette Instruction et restant sauf ce qui est prescrit par le n. 31, l’usage du Pontifical romain et du Rituel romain, ainsi que celui du Cérémonial des Évêques en vigueur en 1962 sont permis.

Au cours de l’audience du 8 avril 2011 accordée au Cardinal Président de la Commission pontificale Ecclesia Dei, le Souverain Pontife Benoît XVI a approuvé la présente Instruction et en a ordonné la publication.

Donné à Rome, au siège de la Commission pontificale Ecclesia Dei, le 30 avril 2011, en la mémoire de saint Pie V.

William Cardinal Levada
Président


Monseigneur Guido Pozzo
Secrétaire


1 Benoît XVI, Motu proprio Summorum Pontificum, art. 1 : AAS 99 (2007), p. 777 ; La Documentation catholique 104 (2007), pp. 702-704 ; cf. Présentation générale du Missel romain, 3e éd., 2002, n. 397.
2 Benoît XVI, Lettre aux Évêques qui accompagne la Lettre apostolique « motu proprio data » Summorum Pontificum sur l’usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970 : AAS 99 (2007), p. 798 ; La Documentation catholique 104 (2007), p. 707.
3 Cf. Code de droit canonique, c. 838, § 1 et § 2.
4 Cf. Code de droit canonique, c. 331.
5 Cf. Code de droit canonique, c. 223 § 2 ; 838 § 1 et § 4.
6 Cf. Benoît XVI, Lettre aux Évêques qui accompagne la Lettre apostolique « motu proprio data » Summorum Pontificum sur l’usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970 : AAS 99 (2007), p. 799 ; La Documentation catholique 104 (2007), p. 707.
7 Cf. Code de droit canonique, c. 900 § 2
8 Cf. Code de droit canonique, c. 249 ; Conc. œcum. Vat. II, Const. Sacrosanctum Concilium, n. 36 ; Décr. Optatam totius, n. 13.
9 Cf. Benoît XVI, Lettre aux Évêques qui accompagne la Lettre apostolique « motu proprio data » Summorum Pontificum sur l’usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970 : AAS 99 (2007), p. 797 ; La Documentation catholique 104, p. 706.

[00711-03.01] [Texte original: Latin]

[Le Figaro - Jean-Marie Guénois] La guerre du latin n'aura pas lieu

SOURCE - Le Figaro - Jean-Marie Guénois - 13 mai 2011

Les normes publiées par le Vatican pour encadrer le retour partiel de la messe en latin autorisée en 2007 par Benoît XVI sont plus équilibrées que ce que certains pouvaient craindre.

Il n'est pas question pour Rome de favoriser la messe selon le missel de 1962 contre la réforme liturgique voulue par le Concile Vatican II, ou au détriment de celle-ci.
Pour ceux qui en douteraient, l'idée du Pape actuel - sensible à l'ancienne liturgie mais qui ne fait que poursuivre une volonté déjà exprimée par Jean-Paul II en 1988 - est de permettre à tout catholique qui le désirerait, de suivre la messe selon l'ancien rite.

Ce rite est perçu par "l'Instruction", publiée le 13 mai, comme un "trésor à conserver précieusement" mais l'idée force de ces normes (qui précisent l'application du Motu Proprio de 2007) est de considèrer l'ouverture à la forme "extraordinaire" du rite romain comme un vecteur de "réconciliation" dans l'Eglise. Et non comme la déclaration d'une nouvelle guerre du latin.

Certes l'instruction entend faciliter la vie des groupes qui demandent ces messes en latin en abolissant la limite paroissiale. Ils peuvent même se rassembler au delà des frontières diocésaines pour déposer une demande auprès d'une prêtre. Certes, l'instruction suggère - mais sans l'imposer - que les séminaristes puissent également se former à l'ancien rite. Certes, elle confirme que la commission Ecclesia Dei (désormais statutairement abrité au sein de la Congrégation pour la Doctrine de la foi) est compétente pour trancher les conflits.

Mais - c'est aussi nouveau - le texte insiste sur une réciprocité : "les fidèles qui demandent la célébration de la forme extraordinaire ne doivent jamais venir en aide ou appartenir à des groupes qui nient la validité ou la légitimité de la Sainte Messe ou des sacrements célébrés selon la forme ordinaire, ou qui s'opposent au Pontife romain comme Pasteur suprême de l'Eglise universelle". Sous entendu : le respect pour la forme extraordinaire du rite romain implique le respect de la forme ordinaire du rite romain.

A titre indicatif, pour 200 messes célébrées en latin chaque dimanche en France, 15 000 sont célébrées en français.

[Abbé de Tanoüarn, ibp - MetaBlog] Un petit pas de plus

SOURCE - Abbé de Tanoüarn, ibp - MetaBlog - 13 mai 2011

Un journée sans pouvoir communiquer : c'était un vendredi 13 !

Je profite de ce qu'apparemment tout est remis en place sur Blogspot, Google ayant fait le nécessaire, pour dire quelques mots de Universae Ecclesiae, l'instruction sur la Lettre apostolique Summorum pontificum. Elle était attendue cette instruction. On peut dire que Benoît XVI a souhaité donner à ses collaborateurs les moyens d'aller jusqu'au bout de la logique libératrice du Motu proprio.

Jusqu'au bout ?

Disons que les pouvoirs de la Commission Ecclesia Dei sont précisés : "le Motu Proprio Summorum Pontificum, est-il écrit constitue une expression remarquable du magistère du Pontife romain et de sa fonction propre - régler et ordonner la sainte liturgie de l’Église - et il manifeste sa sollicitude de Vicaire du Christ et de Pasteur de l’Église universelle" (n°8). Vous l'avez compris : le Motu proprio n'est pas seulement un acte de tolérance vis-à-vis de quelques traditionalistes attardés (mais dont le nombre s'accroît comme le remarquent conjointement les auteurs du document et Jean Marie Guesnois dans le Figaro ces jours-ci). Il est un magistère remarquable. L'Instruction n'hésite pas à citer Grégoire le Grand et Pie V comme le fit le Motu proprio en 2007.

Bref, il s'agit, avec cette Instruction de graver le Motu proprio dans le marbre : plus moyen de faire machine arrière.

Il s'agit aussi d'en faciliter la mise en application "large et généreuse". Jusqu'à maintenant, le rôle de la Commission vaticane Ecclesia Dei, énoncé au n°11 et 12 de la Lettre apostolique, et qui devait être une instance de recours administratif en cas de blocage, n'avait pas été précisé dans les faits. La Commission n'intervenait pas de façon juridique. Elle reçoit ce pouvoir explicitement de Benoît XVI aujourd'hui - pouvoir d'accueillir un recours administratif qu'ont tous les dicastères, mais qui, dans son cas, n'était pas clairement octroyé : "La Commission pontificale exerce ce pouvoir, non seulement grâce aux facultés précédemment concédées par le Pape Jean Paul II et confirmées par le Pape Benoît XVI (cf. Motu-Proprio Summorum Pontificum, art. 11-12 : voilà pour le passé), mais aussi grâce au pouvoir d’exprimer une décision, en tant que Supérieur hiérarchique, au sujet des recours qui lui sont légitimement présentés contre un acte administratif de l’Ordinaire qui semblerait contraire au Motu Proprio". Et voilà pour le présent. D'une certaine façon, c'est vrai, Universae Ecclesiae n'ajoute rien. Universae Ecclesiae précise. Il n'y a plus possibilité de ruser ou de finasser avec la lettre de Summorum pontificum. C'est la Commission Ecclesia Dei qui est ici chargée de l'interprétation en cas de litige et, s'il le faut de la mise en œuvre d'une solution généreuse. Quelle charge !

D'autant que la situation de la liturgie traditionnelle n'est pas simple. Les fidèles reçoivent ici explicitement un droit, dans la mesure où ils s'organisent en groupes stables (même s'ils proviennent de paroisses différentes) à voir leur demande accueillie.

On me dira : les fidèles ont le droit d'attaquer un acte administratif de l'évêque, d'après le texte (n°10 a). Mais si l'évêque garde le silence. S'il ne produit aucun acte, il ne peut pas y avoir d'arbitrage de la Commission...
J'ai un ami canoniste de haute volée. Il m'a répondu sans hésiter : le silence administratif est un acte administratif...

Ce qui est clair c'est que, dans les cas les plus difficiles, il faudra de bons avocats-conseils : pas de faute de procédure, ça ne pardonne pas !

Il reste vrai qu'une procédure administrative donne raison en général au détenteur de l'autorité (voir le cas récent de l'abbé Michel de Thiberville). Mais, contrairement à d'autres instances comme la Congrégation du Clergé ou même le dicastère pour le culte divin, il faut souligner que les circonstances politiques au cours desquelles se trouvent rappelés et fixés les pouvoirs de la Commission Ecclesia Dei sont exceptionnels. Chaque décision (surtout les premières) sera médiatisée. Bref le peuple de Dieu, organisé démocratiquement en groupes stables, ainsi que le prévoit la Lettre apostolique, pourrait retrouver, à la faveur des circonstances, un lambeau de contre-pouvoir, non ? Qu'en pense Golias ? M'est avis que cela peut tourner à la petite révolution, une révolution pas méchante comme la révolution du jasmin, une révolution de velours... Le pape avait des choses à donner à la Fraternité Saint Pie X. Elle ne l'a pas voulu. A qui donnera-t-il ce qu'il voulait donner, quelle que soit la forme sous laquelle il fera ces dons-encouragements ?

Il faut reconnaître tout de même que dans ce système, les diocèses sont favorisés au détriment des communautés Ecclesia Dei, surtout celles qui sont composées de séculiers (FSSP ICRSP IBP etc.). Restent à encourager tous les évêques vraiment pontifes, faiseurs de ponts, qui acceptent ces communautés dans leur diocèse.

Au chapitre du passif, il y a cette interdiction d'ordonner les prêtres diocésains selon le rite traditionnel : cela donne une vraie spécificité aux Communautés ED. Notez d'ailleurs qu'il y a toujours moyen de tourner ce genre de clause. Je suis sûr que, dans certains cas, si un évêque en fait la demande à la Commission pour tel de ses sujets, il ne va pas obtenir un refus.

Je voudrais insister sur un point : l'article 19 sur lequel Nicolas Senèze dans La Croix insiste lourdement, comme s'il avait besoin de compenser quelque chose, me semble capital : "Les fidèles qui demandent la célébration de la forme extraordinaire ne doivent jamais venir en aide ou appartenir à des groupes qui nient la validité ou la légitimité de la Sainte Messe ou des sacrements célébrés selon la forme ordinaire, ou qui s’opposent au Pontife romain comme Pasteur suprême de l’Église universelle".

J'ai tout de suite remarqué le mot "légitimité" accolé au mot "validité" pour ajouter quelque chose. A ma connaissance, j'ai été le premier à l'employer et cela a fait, sur le FC au temps où XA n'avait pas peur de la contradiction, un beau grabuge. Je gage qu'aujourd'hui on va pouvoir dire que la liturgie rénovée est légitime, sans avoir à s'excuser. J'en suis ravi.

Qu'ajoute le terme de légitimité au terme de validité ? Il signifie que l'on n'a pas le droit d'étudier un rite de manière purement liturgique, sans tenir compte de la dimension ecclésiologique de la liturgie. La res et sacramentum du sacrement de l'eucharistie c'est l'unité de l'Eglise dans le Christ, ne l'oublions pas ! Alors un rite pourra être en lui-même plus ou moins bon, criticable, bonifiable, et parfois formellement condamnable. N'empêche ! S'il est promulgué par le pape, pasteur universel, "dont c'est la fonction propre de régler et d'ordonner la sainte liturgie de l'Eglise" (Universae Ecclesiae n°8)... ce rite est... non seulement valide, mais légitime.

Je me réjouis de l'utilisation de ce terme de "légitimité" dans cette instruction. Etre catholique, c'est reconnaître l'autorité du pape dans le domaine de définition de son pouvoir. Le Successeur de Pierre a pouvoir sur la liturgie. On ne peut nier la légitimité, la validité juridique d'une de ses réformes sans nier son autorité et ainsi détruire l’Église - ce qui est le propre du schisme.

Je crois que l'on n'a jamais le droit de sacrifier les principes de l'ecclésiologie universelle, qui sont les conditions d'existence à travers les siècles de l’Église catholique, aux principes de la théologie sacramentaire, fussent-ils solidement établis. Comme disait Pascal, "il faut tenir les deux bouts de la chaîne". Sacrifier l’Église à la messe ou la messe à l’Église, cela n'a pas de sens. Lorsque je parle de l’Église, je précise que je parle de l’Église universelle (le "seul bercail" de Jean 10, qui ne va pas sans l'unique Pasteur), je ne parle pas de sa petite Église à soi ! C'est si facile de construire pour un temps sa petite Église !

Je n'attaquerai personne nommément : qui se sent morveux se mouche. Quant à moi je n'ai pas l'habitude de cracher dans la soupe qui m'a nourrie. Il y a eu des moments cornéliens dans la crise de l’Église. Grâce à Benoît XVI et à son magistère liturgique, le dilemme se dénoue.

[Sandro Magister - Chiesa] Deux messes pour une seule Église

SOURCE - Sandro Magister - Chiesa - 13 mai 2011

Un seul rite romain sous deux formes, l'ancienne et la moderne. C'est le traitement décidé par Benoît XVI pour assainir un désordre liturgique arrivé "à la limite du supportable". Pour ceux qui n'ont pas confiance, un nouveau document donnant des instructions vient d’être publié

ROME, le 13 mai 2011 – Pour comprendre le pourquoi de la libéralisation de la messe selon l’ancien rite romain, que Benoît XVI a décidée par le motu proprio "Summorum Pontificum" de 2007 et qu’il confirme par l'instruction "Universæ Ecclesiæ" publiée aujourd’hui, le guide le plus sûr reste la lettre du pape Joseph Ratzinger aux évêques qui accompagnait ce motu proprio :

"Chers frères dans l'Episcopat..."


Dans cette lettre, Benoît XVI décrivait la situation "à la limite du supportable" qu’il voulait assainir. Si non seulement les lefebvristes – dont la volonté de rupture, toutefois, allait "plus en profondeur" – mais aussi beaucoup de gens fidèles au concile Vatican II "désiraient retrouver également la forme de la sainte Liturgie qui leur était chère", c’est-à-dire revenir à l'ancien missel, le motif, selon le pape, était le suivant :

"En de nombreux endroits on ne célébrait pas fidèlement selon les prescriptions du nouveau Missel ; au contraire, celui-ci finissait par être interprété comme une autorisation, voire même une obligation de créativité ; cette créativité a souvent porté à des déformations de la Liturgie à la limite du supportable. Je parle d’expérience, parce que j’ai vécu moi aussi cette période, avec toutes ses attentes et ses confusions. Et j’ai constaté combien les déformations arbitraires de la Liturgie ont profondément blessé des personnes qui étaient totalement enracinées dans la foi de l’Église".

La conviction de Benoît XVI est au contraire que "les deux formes d’usage du Rite Romain peuvent s’enrichir réciproquement". L’ancien rite pourra être utilisé pour de nouvelles fêtes et de nouveaux textes. D’autre part "dans la célébration de la Messe selon le Missel de Paul VI, pourra être manifestée de façon plus forte que cela ne l’a été souvent fait jusqu’à présent, cette sacralité qui attire de nombreuses personnes vers le rite ancien".

C’est bien ce qui se produit, au vu de tous, à chaque fois que le pape Ratzinger célèbre la messe : il le fait selon le rite "moderne" mais dans un style fidèle aux richesses de la tradition.

Dans l'instruction "Universæ Ecclesiæ" publiée aujourd’hui avec la date du 30 avril 2011, fête de saint Pie V, figure cet autre passage de la lettre de Benoît XVI de 2007 :

"Il n’y a aucune contradiction entre l’une et l’autre édition du 'Missale Romanum'. L’histoire de la liturgie est faite de croissance et de progrès, jamais de rupture. Ce qui était sacré pour les générations précédentes reste grand et sacré pour nous, et ne peut à l’improviste se retrouver totalement interdit, voire considéré comme néfaste".

Inversement – réaffirme l'instruction au n° 19 – les fidèles qui célèbrent la messe selon l’ancien rite "ne doivent jamais venir en aide ou appartenir à des groupes qui nient la validité ou la légitimité de la Sainte Messe ou des sacrements célébrés selon la forme ordinaire".

Voici donc le lien vers l'instruction publiée le 13 mai 2011 et relative à l'application du motu proprio "Summorum Pontificum" de 2007.

Universæ Ecclesiæ

D’autre part voici la note de synthèse du directeur de la salle de presse du Saint-Siège, le père Federico Lombardi :

"L'Instruction sur l'application du motu proprio..."

L’instruction et la note ont été toutes les deux publiées dans les principales langues. On trouve également sur le site du Vatican, traduite en plusieurs langues, la lettre adressée par Benoît XVI aux évêques en 2007.

Mais, étrangement, le motu proprio "Summorum Pontificum" continue à n’être présent sur le site du Saint-Siège qu’en deux langues, et parmi les moins connues : le latin et le hongrois :

Summorum Pontificum

Le 15 mai prochain, IVe dimanche de Pâques, une messe solennelle selon le rite ancien sera célébrée à la basilique pontificale Saint-Pierre au Vatican, pour la première fois à l'Autel de la Chaire.

Le célébrant sera le cardinal Antonio Cañizares Llovera, préfet de la congrégation pour le culte divin.

Le chœur sera dirigé par le cardinal Domenico Bartolucci, ancien maître de chapelle perpétuel de la Chapelle Sixtine.

La messe conclura un colloque consacré au motu proprio "Summorum Pontificum". Parmi les intervenants figureront le cardinal Cañizares lui-même, l’évêque Athanasius Schneider et Mgr Guido Pozzo, secrétaire de la commission pontifical "Ecclesia Dei".

Le programme du colloque :

"Una speranza per tutta la Chiesa"


Traduction française par Charles de Pechpeyrou.

[Golias - Romano Libero] Le départ de l’abbé d’Escher de la Fraternité saint Pie x...

SOURCE - Golias - Romano Libero - 13 mai 2011

Voici un événement qui ne plaira guère à nos amis intégristes qui s’étaient empressés il y a quelques mois de célébrer avec joie le départ de l’Abbaye de Saint Maurice en Suisse du jeune prêtre Yannick Marie Escher,en entrant à Ecône, dans un prieuré à Genève. Le jeune ecclésiastique ne se sentait pas très bien dans l’univers intégriste. Il quitte désormais - semble-t-il - l’état religieux et redevient laïc, exerçant la profession d’enseignant. De sensibilité traditionnelle, il était parti dans la Fraternité Saint Pie X sur un coup de tête. De manière fracassante, prétendant que seul Ecône défendait encore une vision catholique du prêtre. A l’époque ce ralliement inattendu d’un jeune prêtre venu de l’"Eglise conciliaire" avec été salué avec des cris de victoire par les intégristes. Un peu anticipés. En fait le jeune homme très vulnérable avait tout simplement du mal à se situer et s’accrochait à ce qui lui semblait constituer une référence sûre et protectrice. Au bout de quelques semaines il déchanta très vite.

Cette trajectoire illustre sans doute à sa façon la trajectoire parfois douloureuse de jeunes prêtres qui se cherchent. Et qui sont alors tentés par l’intégrisme. Mais plus par fragilité que par atavisme ou par héritage. D’une certaine façon l’histoire de ce malheureux jeune prêtre est symptomatique du déphasage de nombre de vocations actuelles, qui ne se retrouvent pas dans le style d’Eglise issu de l’après-Concile mais qui néanmoins n’ont pas la formation ni sans doute le tempérament de l’intégrisme dont il rêve. On peut se demander si la responsabilité n’en incombe pas en grande part à l’obstination des autorités ecclésiastiques de maintenir un système qui ne convient plus aujourd’hui et qui ne peut que séduire des personnes fragilisées, ou du moins un nombre plus important d’entre elles.

Saluons dans ce passage la vraie charité chrétienne de Mgr Joseph Roduit, qui a donné toutes ses chances à ce jeune père. Dont on peut mesurer la souffrance. Et dont il faut sans doute évaluer les complexités, les paradoxes et les contradictions. Comme un reflet de l’Eglise d’aujourd’hui.

12 mai 2011

[La Croix] Ces prêtres qui apprennent à célébrer selon la forme extraordinaire

SOURCE - La Croix - 12 mai 2011

Le Vatican publie aujourd’hui un texte pour l’interprétation du motu proprio Summorum pontificum de 2007 qui avait libéralisé les messes en rite préconciliaire.

Il prévoit notamment une formation au rite ancien dans les séminaires.

En France, des prêtres ont accepté de se former, sans pour autant tourner le dos à l’esprit de Vatican II


Ordonné en juin 2009, le P. Olivier Foulon célèbre une fois par mois la messe tridentine dans sa paroisse des Hauts-de-Seine. Rien, pourtant, ne prédisposait ce vicaire de 31 ans, élevé dans une famille catholique « ordinaire », entre vie paroissiale et aumônerie, à se plonger dans une liturgie qu’il ne connaissait qu’à travers les récits de ses grands-parents.

« Notre vicaire épiscopal cherchait des prêtres pour célébrer dans les trois lieux affectés à la messe selon la forme extraordinaire dans le diocèse de Nanterre. Je l’ai fait comme un service, avec curiosité », raconte le P. Foulon qui, comme beaucoup de sa génération, dit se sentir étranger aux querelles liturgiques de l’après-Concile.

Heureux d’avoir pu ajouter « une corde à mon arc », il affirme avoir découvert « tout un monde » : « Pour le latin, je me débrouille. Ce sont plutôt tous ces gestes, moments de silence, inclinations et génuflexions qui m’ont demandé de l’investissement. Aujourd’hui encore, je dois répéter avant chaque célébration. »

Aucune formation spécifique n’étant dispensée dans les séminaires diocésains, c’est donc au sein d’un « lieu spécialisé », le monastère Notre-Dame de Triors (Drôme), que le P. Foulon a suivi une formation intensive.

Une cinquantaine de prêtres formés chaque année

Comme lui, ils seraient chaque année une cinquantaine, pour la plupart âgés de moins de 45 ans, à frapper à la porte des abbayes traditionalistes de France : Triors, donc, mais aussi Le Barroux (Vaucluse), Randol (Puy-de-Dôme), Fontgombault (Indre).

Ce phénomène, qui remonte aux années 1980, s’est accéléré en 2007 avec la publication du motu proprio Summorum pontificum, libéralisant l’usage de la forme extraordinaire du rite romain. « Certains prêtres nous sont envoyés par leur évêque, mais la plupart du temps, leur requête relève d’une démarche personnelle et spirituelle », précise Dom Hervé Courau, abbé de Triors.

« Cela a enrichi ma façon de célébrer la messe ordinaire, témoigne un jeune prêtre du diocèse de Versailles. Vatican II a voulu simplifier les rites, pour que le sens des gestes soit mieux compris. Avec le risque parfois de réduire ce mystère à ce que l’intelligence peut en percevoir… Or, cela nous dépasse. C’est ce que j’ai redécouvert à Triors. »

La messe extraordinaire, ce vicaire ne la célèbre pourtant qu’en privé ou lors de retraites. Au quotidien, la forme ordinaire lui semble « favoriser davantage la participation de l’assemblée ».

Les demandes de messe extraordinaire en augmentation depuis 2007

Si les demandes ont augmenté après la publication du motu proprio, elles se sont stabilisées autour de 240 lieux en France. Sans provoquer, donc, de raz de marée liturgique, la messe tridentine semble avoir trouvé son public.

« Beaucoup, parmi les jeunes foyers, s’attachent à cette messe, quel que soit leur milieu », s’étonne le P. Patrick Zago. À 73 ans, cet assomptionniste a réinvesti la messe de son enfance « par souci pastoral » et prête régulièrement main-forte dans le diocèse d’Évry ou à Lourdes, lors du Pèlerinage national. « J’ai été heureux de retrouver certains morceaux de grégorien, le silence sacral pendant la prière eucharistique… Mais je trouve quand même cette célébration très chargée, et la forme ordinaire me semble mettre mieux en évidence la Parole de Dieu. »

Va-t-on, à l’exemple des P. Foulon et Zago, vers une généralisation de cette double compétence ? Certains en rêvent. Dans le diocèse de Lyon, une structure inédite a même été mise en place l’an dernier, la maison Sainte-Blandine, avec l’ambition de former les futures générations de « prêtres motu proprio ».

« Il n’y a ni contradiction, ni rupture entre les deux, plaide son responsable, le P. Laurent Spriet. Apprendre à célébrer selon la forme extraordinaire, ce n’est rien de plus que de vouloir renouer avec ses racines. »

Pas un enjeu prioritaire

Reste que les candidats à Sainte-Blandine se font encore rares : un seul a suivi le cursus à ce jour. C’est que la plupart des prêtres attachés à la forme extraordinaire se trouvent dans les instituts dédiés, et sont peu enclins à célébrer la messe Paul VI (Bon-Pasteur, Christ-Roi…). Tandis que 200 prêtres diocésains seulement sont passés par les abbayes traditionalistes en quatre ans, sur les 14 350 recensés en 2009.

Du reste, les diocèses n’y voient pas un enjeu prioritaire. « Il y a des urgences tellement plus importantes ! estime le P. Pascal-Grégoire Delage, vicaire épiscopal en Charente-Maritime. Oui, quelques chrétiens ont la nostalgie de l’ancienne liturgie, mais nos contemporains sont très loin de cela. Dans un monde souvent chaotique, ils ont surtout besoin d’entendre qu’ils sont aimés de Dieu. »

Par ailleurs, ajoute-t-il, « l’Église n’est pas un supermarché ». Car, derrière ces questions liturgiques, certains redoutent une « Église à la carte » pour les fidèles comme pour les prêtres. Or, « l’enjeu est de savoir si la liturgie peut être choisie en fonction de sa sensibilité ou si on la reçoit de l’Église », pointe un autre formateur, qui préfère rester anonyme.

D’autant que, dans la pratique, la mise en œuvre de ce service liturgique entraîne parfois des tensions. « À la publication du motu proprio, témoigne un jeune prêtre francilien, je voulais être prêt à répondre à la demande de mes paroissiens. Je me suis formé. Sans constater une recrudescence des demandes. En revanche, ma situation est devenue inconfortable : les fidèles attachés à la messe Paul VI n’ont pas compris mon choix et les traditionalistes, eux, guettaient avec suspicion le moindre de mes faux pas ».

Au final, constate-t-il « déçu », son geste de bonne volonté destiné à favoriser l’unité de sa paroisse « n’a fait que créer de nouvelles divisions ».

CÉLINE HOYEAU et FRANCOIS-XAVIER MAIGRE

[famillechretienne.fr] « Messe traditionnelle » : le Vatican publie l’instruction pour une interprétation correcte du « Motu proprio »

SOURCE - famillechretienne.fr - 12 mai 2011

La Commission pontificale Ecclesia Dei publie le 13 mai l’instruction Universae ecclesiae visant à faciliter l’interprétation du Motu proprio Summorum pontificum de Benoît XVI, publié le 7 juillet 2007, qui avait libéralisé l’usage des livres liturgiques en latin d’avant le Concile Vatican II.

Le texte de l’instruction Universae ecclesiae, publié en 6 langues en plus de la version originale en latin et accompagné d’une note explicative, devrait permettre une interprétation correcte du Motu proprio Summorum pontificum de juillet 2007. Il devrait en particulier inciter plus encore les évêques du monde entier à appliquer ce document pontifical qui visait notamment à faciliter la célébration de la messe selon la forme dite « extraordinaire », avec les livres liturgiques promulgués en juin 1962 avant leur réforme, plus tard, par Paul VI.

Le document, probablement visé par la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, inciterait aussi nouvellement les séminaires du monde entier à enseigner aux futurs prêtres comment célébrer la messe selon le missel de saint Pie V. Il devrait aussi éclaircir, en partie, le concept de « groupe stable » susceptible de demander la célébration de la messe selon l’ancien rite, sans pour autant préciser le nombre de fidèles nécessaires.

Enfin, la Commission Ecclesia Dei devrait être chargée de juger les litiges éventuels entre fidèles et évêques locaux.

« Messe pontificale » selon le rite extraordinaire

Le 13 mai, alors que le Vatican publier cette instruction particulièrement attendue dans les milieux de la tradition, un congrès s’ouvre à Rome sur ce même Motu proprio. Pour conclure cette réunion, le préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, le cardinal Antonio Cañizares Llovera, célèbre dans la matinée du 15 mai une « messe pontificale » selon le rite extraordinaire dans la basilique Saint-Pierre. C’est la première fois, depuis la réforme liturgique conciliaire, qu’un cardinal de la curie romaine célèbre une messe en rite traditionnel à l’autel de la Chaire, au fond de la basilique vaticane.

11 mai 2011

[Abbé Daniel Vigne, fsspx] Pas de restauration spontanée...

SOURCE- Abbé Daniel Vigne, fsspx - Nouvelles du Préau - mise en ligne par La Porte Latine - mai 2011

La génération spontanée prétendait que la vie apparaissait, comme par enchantement, d’un corps en décomposition. Or les expériences ont très vite montre que la vie ne peut pas venir de la mort. Aujourd’hui, nous parlons d’une fin de civilisation, comparable à la décrépitude d’un corps, prélude selon certains, a une nouvelle civilisation.

Mais nous savons qu'il ne peut y avoir qu'une seule civilisation, quelque soit l'époque, c'est la civilisation chrétienne. Cependant son éventuelle disparition ne viendrait pas de son incapacité a faire face aux problèmes modernes. Au contraire, c'est notre temps qui ne va plus car il rejette ses principes chrétiens. Toute atteinte contre Notre-Seigneur est la véritable cause de la déchéance de nos sociétés.

Comment faire pour que le Christ Roi retrouve la gloire d’antan ? Attendre une génération spontanée qui serait un miracle ? Cela ne nous appartient pas.

Cependant notre pays n’est pas a sa première épreuve même s’il n’y en a jamais eu d’aussi profonde. Quand nous regardons ce qui a prévalu dans chaque situation tragique de la fille aînée de l'Église, apparaît la persévérance dans les actes vertueux des hommes, non pas nécessairement prestigieux mais surtout ayant une foi digne d’Abraham. Le Bon Dieu agit alors de manière aussi discrète qu’efficace aux moyens de la communication des mérites de Notre-Seigneur. Alors que tout semble s’effondrer matériellement, surgit un esprit plus fort encore. N’oublions pas qu’il n’y a pas que la causalité physique, il y a aussi celle spirituelle plus importante. Si l’ennemi du genre humain a un pouvoir sur la matière il ne l’a pas directement sur les âmes méritantes. Même Satan ne peut pas s’opposer a la puissance d’un petit enfant qui offre sa journée à Jésus. La force de l’ennemi (mais est-ce bien une force?) est dans la destruction. La force du vertueux est dans le bien qui par nature est supérieur a toute destruction. Aussi le simple acte vertueux d’une mère de famille dans son foyer est d’une force cachée, mais o combien puissante pour la civilisation et la victoire du Coeur Immaculé.

N’en doutons pas, la croisade à laquelle nous invite Monseigneur Fellay est plus forte qu’une révolution et le Sang qui coule est celui de Notre Seigneur a travers notre devoir d’etat transcende par la récitation de notre chapelet... Bon rosaire !

[Zenit] Instruction « Universae Ecclesiae » ou du bon usage du rite « extraordinaire »

SOURCE - Zenit - Anita S. Bourdin - 11 mai 2011

De l’utilisation du missel de Jean XXIII, réformé par Benoît XVI

ROME, Mercredi 11 mai 2011 (ZENIT.org) - Le Vatican publie une instruction pour la mise en oeuvre du motu proprio de Benoît XVI sur le rite de la messe sous sa forme « extraordinaire », c'est-à-dire selon le rite en latin du missel de Jean XXIII, réformé par Benoît XVI, pour ce qui est de la liturgie du Vendredi Saint.

Cette instruction, intitulée « Universae Ecclesiae », et élaborée par la Commission pontificale « Ecclesia Dei », sera publiée par la salle de presse du Saint-Siège vendredi prochain, 13 mai, accompagnée d'une note explicative. Elle sera également publiée dans l'édition de L'Osservatore Romano en italien du samedi 14 mai.

Le texte de l'instruction sera publié en sept langues : latin, français, italien, allemand, anglais, espagnol et portugais.

Il s'agit en quelque sorte d'un « mode d'emploi » de la lettre apostolique de Benoît XVI, en forme de motu proprio, « Summorum Pontificum ».

« Summorum Pontificum (cura) » - « La sollicitude des Souverains Pontifes » - sont les premiers mots de la lettre apostolique de Benoît XVI publiée le 7 juillet 2007 pour définir « des nouvelles règles pour l'usage de la liturgie romaine antérieure à la réforme de 1970 ».

Il s'agit donc de la liturgie de la messe en latin réformée - en dernier - par le bienheureux pape Jean XXIII, c'est-à-dire du missel approuvé par lui en 1962, que l'on présente souvent de façon imprécise comme le « rite tridentin »: il a été révisé plusieurs fois, par exemple, en 1956 pour les Offices de la semaine sainte, et en vue d'une meilleure participation de l'assemblée.

En 2007, la lettre d'introduction au motu proprio « Summorum Pontificum » annonçait que la Commission pontificale « Ecclesia Dei » devait étudier différentes question, notamment, introduire les nouveaux saints dans le calendrier - saint Pio, Thérèse de Lisieux, Docteur de l'Eglise - : « Dans l'ancien Missel pourront et devront être insérés les nouveaux saints, et quelques-unes des nouvelles préfaces ».

En 2008, « Ecclesia Dei » a en outre répondu à une question de la Conférence épiscopale du Royaume Uni à propos des fêtes liturgiques d'obligation, en indiquant que « les fêtes liturgiques doivent être communes à tous les catholiques de rite romain, quelle que soit la forme liturgique utilisée ».

Déjà, le 8 juillet 2007, une note de la salle de presse du Saint-Siège avait expliqué les caractéristiques du rite « extraordinaire » selon le missel de Jean XXIII (cf. Zenit du 8 juillet 2007).

De plus, Benoît XVI y introduisait lui-même une modification, dans le prolongement de la réforme de Jean XXIII. En effet, une fois par an, le Vendredi Saint, la liturgie de la Passion - qui n'est pas une liturgie de la messe - prévoit une longue prière d'intercession pour le monde entier.

La réforme touche la prière de ce jour-là pour les juifs. Le missel tridentin comprenait pour cet office une « prière pour la conversion des juifs ». Pie XII avait fait préciser en 1955 que la formule « pro perfidis judaeis » devait être comprise comme « pour les juifs qui n'ont pas la foi, et non les juifs ‘perfides' », puisque c'est le sens du latin : « perfidis » signifie « qui manque de foi », ici, il s'agit de la foi dans le Christ Jésus.

Cette nuance n'étant pas perceptible pour la plupart, le bienheureux Jean XXIII supprima le terme «perfidis».

Mais Benoît XVI est allé plus loin : la prière pour la « conversion » des juifs subsistait en effet et se référait à « l'aveuglement » et « aux ténèbres » par référence à la lumière du Christ, célébrée la nuit de Pâques.
Dans la ligne de la déclaration conciliaire « Nostra ætate » sur les rapports de l'Eglise avec les religions non-chrétiennes et spécialement le judaïsme, le Missel de 1970 - dit « de Paul VI » - a de fait adopté une prière d'intercession où les juifs ne sont plus considérés comme à convertir, mais comme les partenaires de l'Alliance avec Dieu : « Prions pour les juifs à qui Dieu a parlé, en premier. (...) Dieu éternel et Tout-Puissant, toi qui as choisi Abraham et sa descendance pour en faire les fils de ta promesse, conduis à la plénitude de la rédemption le premier peuple de l'Alliance, comme ton Église t'en supplie ».

Le 6 février 2008, par un décret, publié par L'Osservatore Romano, la Secrétairerie d'État a promulgué une autre prière, en latin, qui doit être intégrée le Vendredi saint dans le rite « extraordinaire » : l'Eglise prie, en latin, pour que « tout Israël soit sauvé ».

Anita S. Bourdin